Ukraine : « les blessures sont profondes », par Mgr Gallagher

L'icône de la Vierge Hodigitria de Popeliv (Ukraine) © capture de Zenit / Vatican News

L’icône De La Vierge Hodigitria De Popeliv (Ukraine) © Capture De Zenit / Vatican News

Ukraine : « les blessures sont profondes », par Mgr Gallagher

À Bucha, « c’est une horreur »

En terminant aujourd’hui sa visite de trois jours en Ukraine (18-20 mai), Mgr Paul Richard Gallagher, le secrétaire pour les relations avec les États, a visité ce vendredi 20 mai 2022 Bucha, une ville de l’oblast de Kiev où quelques centaines de civils ont été martyrisés et tués pendant l’occupation russe : « Les blessures sont profondes, a dit Mgr Gallagher dans l’entretien avec Vatican News en italien: il est difficile maintenant de parler de paix, de réconciliation, car dans le cœur des gens les souffrances, les blessures sont si profondes qu’il faut donner du temps. »

À Bucha, « c’est une horreur, parce que ces choses ont été faites par des hommes à d’autres hommes, … faites à des civils, faites de manière complètement barbare », a-t-il déclaré après sa visite à la fosse commune près de l’église orthodoxe Saint-André, où environ 100 corps sans nom ont été exhumés et parmi ceux-ci, il y avait aussi des enfants. « Et c’est vraiment une horreur, a-t-il répété. Nous en sommes témoins, des souffrances et du martyre de ce pays. »

À la question « comment trouver la paix » dans un pays qui a vu toutes ces horreurs, Mgr Gallagher répond que « les Ukrainiens trouveront la paix entre eux, mais les blessures sont profondes et il faudra beaucoup, beaucoup plus de temps pour trouver la paix avec la Russie, avec les gens qui ont été impliqués dans ce terrible conflit, dans cette guerre ».

Il pense qu’« il faut donner du temps, il faut laisser parler les gens, exprimer aussi beaucoup de sentiments négatifs envers les autres ». Et il invite à « prier » : « Nous devons beaucoup prier, que le Seigneur, qui est en fait le seul salut, nous donne la grâce de guérir ces blessures et que les gens puissent avancer. »

Mgr Gallagher souligne le « courage » et la « détermination » des Ukrainiens dans la reconstruction du pays : « Une chose qui m’a profondément touché ces jours-ci, explique-t-il, c’est avec quel courage, avec quelle détermination le peuple ukrainien essaie de faire de ce printemps que nous voyons dans les champs, dans les bois et dans les forêts, une renaissance pour ce pays. Ils essaient de reconstruire, de nettoyer, de restaurer les choses, avec beaucoup d’entrain, avec beaucoup de courage. Et ils méritent toute notre reconnaissance et notre estime. »

La paix en Ukraine : « faire tout ce qui est possible »

Dans son autre entretien avec Vatican News, hier le 19 mai, Mgr Gallagher affirme que « le Saint-Siège et le Saint-Père lui-même sont prêts à faire tout ce qui est possible » pour la paix en Ukraine. Les diplomates du Vatican poursuivent leurs « contacts avec les autorités ukrainiennes, et également par l’intermédiaire de l’ambassade de Russie auprès du Saint-Siège » ils ont « quelques contacts avec Moscou ».

Mgr Gallagher souligne que « le Saint-Siège souhaite continuer à encourager l’envoi d’aide humanitaire » ainsi qu’à « sensibiliser la communauté internationale, ce qui est toujours nécessaire ». « Malheureusement, dit-il, dans chaque conflit, … au bout d’un moment la lassitude s’installe, même pour soutenir un peuple en difficulté. »

Le secrétaire pour les relations avec les États note aussi que plusieurs initiatives sont organisées par le Saint-Siège pour mettre fin à la guerre : « Ce que nous essayons de faire, ce que le pape a fait, c’est de lancer de nombreuses interventions, de nombreux moments de prière et de nombreux appels pour la fin de la guerre en Ukraine, et nous allons continuer dans cette direction. »

Source: ZENIT.ORG, Le 20 mai 2022

Mgr Gallagher au Soudan du Sud pour préparer une visite du Pape

Mgr Paul Richard Gallagher lors de sa visite au Soudan du Sud

Mgr Gallagher au Soudan du Sud pour préparer une visite du Pape

Du 21 au 23 décembre, le Secrétaire pour les Relations avec les États s’est rendu à Juba, où il a rencontré les autorités politiques et religieuses du pays et les collaborateurs de l’archevêque de Canterbury. Il a rencontré le président de la République, Salva Kiir, qui a réitéré son engagement envers le processus de paix et sa volonté d’accueillir le Pape François.

Salvatore Cernuzio – Cité du Vatican

Il n’y aura probablement jamais de «moment parfait», mais il n’est pas exclu que le Pape se rende au Soudan du Sud l’année prochaine. Il s’agit d’un désir déjà exprimé à plusieurs reprises par François lui-même et qui bénéficie d’un «grand soutien» de la part des autorités et de la population de ce pays africain indépendant depuis 10 ans.

C’est ce qu’a déclaré Mgr Paul Richard Gallagher, Secrétaire pour les Relations avec les États, qui a effectué une visite de trois jours à Juba, du 21 au 23 décembre, au cours de laquelle il a rencontré les dirigeants politiques et religieux locaux.

Il y a «un grand soutien pour une visite du Saint-Père», a expliqué l’archevêque britannique au micro de Mbikoyezu John Gbemboyo, collaborateur de la rédaction anglophone de Vatican News: «Bien que, comme pour toutes ces choses, il n’y ait jamais de moment parfait, nous devons aller de l’avant dans tout le processus de discernement», a-t-il assuré.

Projet d’un voyage commun avec le primat anglican

La visite avant Noël du Secrétaire aux relations avec les États au Soudan du Sud avait été planifiée depuis plusieurs mois, en coordination avec le Lambeth Palace, la résidence officielle de l’archevêque de Canterbury. C’est avec le primat anglican, Justin Welby, que le pape François avait exprimé en 2017, lors d’une visite dans la paroisse anglicane de Rome, son désir de mener une mission œcuménique au Soudan du Sud.

Dès le mois d’octobre de cette année-là, il semblait que la visite pourrait avoir lieu, mais la détérioration de la situation politique et l’escalade des affrontements dans différentes parties du pays, qui ont entraîné la rupture du cessez-le-feu et une grave crise humanitaire, ont mis un frein à cette initiative. 

Le souvenir de la rencontre avec les dirigeants sud-soudanais au Vatican

En avril 2019, François avait soutenu l’organisation au Vatican d’une retraite spirituelle des plus hautes autorités religieuses et politiques sud-soudanaises. La réunion avait été conçue par l’archevêque de Canterbury, avec la participation du président Salva Kiir et des vice-présidents désignés, dont Rebecca Nyandeng De Mabior, veuve du leader sud-soudanais John Garang, et Riek Machar, leader de l’opposition. Offrant l’une des images les plus étonnantes de son pontificat, François leur avait embrassé les pieds en s’agenouillant, rendant visible et concret le plaidoyer exprimé plus tôt dans son discours pour le don de la paix à un peuple défiguré par près de six ans de guerre civile.

Mgr Gallagher est revenu sur ce geste en rappelant que «la retraite au Vatican a fait l’objet d’une grande attention, notamment en raison du geste extrême du Saint-Père, qui a supplié les dirigeants du Sud-Soudan de poursuivre le processus de paix pour le bien du peuple. Nous avons donc travaillé sur ce point» pendant les jours de la visite.

Cette tournée «a été indirectement influencée par Covid-19, mais au final, nous avons décidé qu’il n’y aurait jamais de moment parfait pour le faire. Nous avons décidé de venir maintenant. Nous sommes venus dans le but d’écouter les gens, d’écouter les dirigeants, tant politiques que religieux, pour voir quelle est la situation ici et quelle contribution le Saint-Siège, en particulier le Pape François, et l’archevêque de Canterbury peuvent apporter pour faire avancer ce processus de paix.»

Un programme dense

Arrivé à Juba le 21 décembre en début d’après-midi, accompagné de Mgr Andrea Piccioni, de la Section des relations avec les États, Mgr Gallagher a été accueilli par le nonce au Soudan du Sud, résidant à Nairobi, Mgr Hubertus Matheus Maria van Megen, par Mgr Ionuţ Paul Strejac, chargé d’affaires ad interim résidant à Juba, par l’archevêque de Juba et par les évêques de Malakal et de Wau, ainsi que par une représentation des religieux en poste dans le pays. À l’aéroport, il a eu une conversation privée avec le ministre des Affaires étrangères, Mayiik Ayii Deng.

L’après-midi, à la nonciature, il a rencontré l’évêque anglican Precious Omuku et Martha Jarvis, des représentants du Palais de Lambeth, ainsi que quelques diplomates, avec lesquels il a discuté de la situation politique, économique et sociale actuelle du Sud-Soudan. Cette rencontre a été suivie d’une réunion avec les évêques sud-soudanais, qui ont exprimé leur gratitude au Pape «pour sa proximité paternelle» et ont renouvelé «l’engagement de l’Église locale en faveur du pays».

Le 22 décembre au matin, Mgr Gallagher, accompagné de délégations du Saint-Siège et du Palais de Lambeth, a été reçu par le président Salva Kiir Mayardit à sa résidence. Cette conversation cordiale a permis de réaffirmer le soutien du Vatican au processus de paix et d’évoquer la possibilité que le pape, Justin Welby et le modérateur de l’Église presbytérienne d’Écosse se rendent dans le pays l’année prochaine.

Cette proposition a été accueillie favorablement par le chef de l’État, qui a réitéré l’engagement du gouvernement dans la mise en œuvre de la paix, tout en remerciant le Pape et l’archevêque de Canterbury de promouvoir l’unité et la stabilité au Soudan du Sud. Salva Kiir, en particulier, a remercié François pour l’aide humanitaire offerte aux populations touchées par les récentes inondations, notamment dans le diocèse de Malakal.

Le voyage de Mgr Gallagher s’est poursuivi par une réunion avec certains représentants du Conseil œcuménique des Églises du Soudan du Sud, et avec des représentants de la société civile. Le matin du 23 décembre, l’archevêque a présidé une messe dans la cathédrale de Juba, en présence du troisième vice-président, Taban Deng Gai, au cours de laquelle il a encouragé les fidèles à vivre le mystère de Noël dans la recherche constante de l’unité, de la charité et du pardon. Après la célébration, le prélat a rencontré des religieux et religieuses du Sud-Soudan et a visité l’orphelinat St. Claire House for Children à Juba, auquel le Pape François a adressé un cadeau.

Un peuple optimiste et de grande foi

À l’issue de son voyage, le Secrétaire pour les Relations avec les États s’est dit «optimiste» à propos de l’Afrique, malgré les nombreux défis auxquels le continent est confronté, de l’insécurité à la pauvreté constante en passant par les ravages causés par les inondations: «Je reconnais les nombreux problèmes, mais je pense qu’il y a aussi beaucoup d’énergie et d’optimisme. Il existe un talent qui fera avancer le peuple africain, y compris le peuple du Soudan du Sud.»

Il a conclu avec une pensée pour Noël: «C’est un pays de grande foi, avec une grande tradition chrétienne. Et Noël est un moment où Jésus-Christ, dans sa fragilité, vient parmi nous. Dieu choisit l’humanité. Il y a donc un grand message d’espérance, un message de persévérance.»

Source: VATICANNEWS, le 24 décembre 2021

Un voyage du pape François au Liban se précise

POPE FRANCIS LEBANON
Vincenzo PINTO | AFP

Un voyage du pape François au Liban se précise

Le pape François pourrait aller au Liban entre la fin de l’année 2021 et le début de l’année 2022, a déclaré Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États de la Secrétairerie d’État, vendredi 25 juin. 

François se rendra-t-il au pays du cèdre d’ici la fin de l’année ? C’est en tout cas ce qu’a avancé Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États de la Secrétairerie d’État, lors d’une conférence de presse au Saint-Siège le 25 juin 2021. Le prélat participait à la présentation de la journée de prière pour le Liban qui aura lieu au Vatican le 1er juillet prochain.

Après la formation d’un gouvernement ?

« L’idéal », a affirmé le diplomate britannique, serait que le pape François « puisse interagir avec un gouvernement nouvellement formé » quand il se rendra au Liban. « Cela pourrait se faire avant la fin de l’année, c’est difficile à dire maintenant […] peut-être que ce sera au début de l’année prochaine », a-t-il répondu à un journaliste qui l’interrogeait sur ce voyage.

Le chef de la diplomatie vaticane a aussi ajouté qu’à ce stade il ne pouvait pas dire avec certitude « si le Pape pourrait envisager de partir sans que le gouvernement soit formé » dans le cas où les dirigeants libanais « ne parviennent pas à former un gouvernement » dans les prochains mois.

Concernant la prochaine journée de prière, Mgr Gallagher a affirmé espérer que cette réunion religieuse puisse « apporter une contribution » au processus de formation d’un nouveau gouvernement dans le pays. Cette journée réunira les principaux chefs des communautés chrétiennes du pays pour des moments de prière et de discussion.

Source: ALETEIA, le 25 juin 2021

Mgr Gallagher: la doctrine sociale de l’Église et le nouveau pacte vert

Forêt amazonienne (photo d'illustration)Forêt amazonienne (photo d’illustration) 

Mgr Gallagher: la doctrine sociale de l’Église et le nouveau pacte vert

Dans son intervention devant la fondation “Centesimus Annus” sur la doctrine sociale, le secrétaire pour les Relations avec les États relance le thème du «dialogue constructif» entre la foi et les valeurs écologistes et rappelle l’engagement du Vatican dans la réduction des émissions nettes d’ici à 2050.

L’Osservatore Romano

La qualité de la relation entre l’enseignement social de l’Église, «fervent défenseur d’une écologie saine, profonde et respectueuse», et les différents pactes verts dépendra «des divers degrés de compatibilité qui peuvent être progressivement identifiés par les deux parties»: c’est ce qu’a déclaré Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les Relations avec les États, lors de l’ouverture du cours de formation à la doctrine sociale de l’Église, organisé par la Fondation “Centesimus Annus – Pro Pontifice”, ce samedi 23 janvier.

Un dialogue constructif

Dans son intervention, l’archevêque, reprenant le thème général du cours – “La doctrine sociale de l’Église pour un nouveau pacte vert” – a examiné en profondeur ses implications «dans la pratique des États et dans l’évaluation du bien commun». Il a appelé à la mise en œuvre d’un «dialogue constructif» entre l’Église et les milieux environnementalistes, qui puisse inspirer des programmes écologiques et sociaux promus aux niveaux national et international. «Pour notre part, la précieuse valeur ajoutée que nous introduirons dans ce dialogue sera naturellement notre perspective chrétienne», a résumé le prélat en se référant au numéro 41 de l’exhortation apostolique post-synodale Querida Amazonia, qui affirme que «libérer les autres de leurs servitudes implique certainement de prendre soin de leur environnement et de le défendre, mais plus encore d’aider le cœur de l’homme à s’ouvrir avec confiance à ce Dieu qui, non seulement a créé tout ce qui existe, mais qui s’est aussi donné lui-même à nous en Jésus-Christ».

Peut-être, a noté M. Gallagher, «le véritable grand fossé qui divise les sensibilités politiques et culturelles actuelles est-il le choix fondamental entre faire confiance à Dieu ou aux seuls produits de l’action humaine. Nous choisissons de croire en l’Homme aimé de Dieu, appelé à être le gardien de son jardin et non son concurrent», a-t-il assuré.

Les engagements du Saint-Siège

À cet égard, l’archevêque a rappelé les propos du Pape François lors du sommet international qui s’est tenu en mode virtuel le 12 décembre dernier, et dans le cadre duquel l’engagement du Saint-Siège à adopter une stratégie de neutralité climatique a été annoncé. À cette occasion, le Souverain Pontife a indiqué comment, pour atteindre cet objectif, nous allons agir à deux niveaux: d’une part, l’État de la Cité du Vatican «s’engage à réduire les émissions nettes à zéro avant 2050, en intensifiant les efforts de gestion environnementale, déjà en cours depuis quelques années, qui rendent possible l’utilisation rationnelle des ressources naturelles telles que l’eau et l’énergie, l’efficacité énergétique, la mobilité durable, la reforestation, et l’économie circulaire également dans la gestion des déchets»; d’autre part, le Saint-Siège «s’engage à promouvoir l’éducation à l’écologie intégrale».

Du reste, a fait observer le secrétaire pour les Relations avec les États, «nous savons bien combien il est difficile, voire impossible, de revenir à l’époque préindustrielle; nous comprenons également que les progrès de la science et de la technologie nous aident à réduire les très graves problèmes environnementaux qui affligent le monde». Et pourtant, «nous ne pourrons jamais être des écologistes crédibles sans un regard critique sur l’idée moderne de progrès, comprise comme le développement linéaire rassurant des possibilités humaines par une évolution technologique illimitée». L’ironie tragique, selon Mgr Gallagher, est qu’une «telle culture, qui imagine le produit de l’homme comme l’instance suprême, salvatrice et définitive, finit alors par détruire inexorablement l’homme lui-même et son environnement».

L’archevêque n’a pas manqué de rappeler les références aux Saintes Écritures et aux enseignements du Magistère sur la question de l’environnement, avertissant qu’il serait limitatif de réduire «la pensée économique et sociale de l’Église à une invitation générique à la déférence envers les valeurs de liberté et de justice sociale», car en tant que chrétiens «nous ressentons l’appel à la charité et à la fraternité universelle comme une joyeuse observance de la volonté de Dieu».

À l’origine du “nouveau pacte vert”

En soulignant «le moment historique difficile que nous vivons à cause de la pandémie de Covid-19», le prélat a fait remarquer que, en raison de son importance et de ses intentions, le nouveau pacte vert est «un sujet qui mérite la plus grande attention, et il est bon de le considérer non pas comme une proposition au contenu défini» mais comme «un cadre d’idées dans lequel des unités distinctes peuvent être reconnues, aujourd’hui et demain, et qui nécessitera donc la rigueur d’évaluations spécifiques».

Réfléchissant ensuite sur l’expression “nouveau pacte vert”, il a rappelé qu’elle est née aux États-Unis pendant la récession de 2007 pour définir «un type de programme environnemental visant à libérer l’économie nationale de la dépendance au pétrole, grâce à l’utilisation accrue d’énergies alternatives». Par la suite, elle a pris «une vocation internationale, confirmée par l’utilisation de termes similaires dans les programmes environnementaux promus par les Nations unies et l’Union européenne». Cette dernière, par exemple, emploie l’expression de “pacte vert pour l’Europe”, une stratégie proposée le 11 décembre 2019 par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et qui envisage, entre autres, «la neutralité climatique dans les pays de l’Union européenne d’ici 2050, la protection des écosystèmes et de la biodiversité», le soutien à une agriculture sans pesticides, engrais et produits chimiques, ainsi que la promotion «des véhicules électriques, l’augmentation des investissements dans les technologies environnementales, les subventions financières aux entreprises pour la conversion écologique et la coopération internationale pour améliorer les normes environnementales mondiales».

Néanmoins, a-t-il ajouté, les grands pactes verts en cours de développement tendent à «représenter d’une part l’espoir d’une percée historique pour l’avenir du monde» et d’autre part «une insistance sur certains thèmes qui semblent restreindre plutôt qu’élargir la réflexion écologique, risquant de lui donner un aspect écologiste uniforme et aligné». En ce sens, il pourrait être «judicieux» de donner la préférence dans les pactes verts aux «contenus qui ont moins que les autres les traits d’une écologie intéressée». En effet, «une certaine attitude culturelle qui d’une part convainc par de bonnes intentions sociales, mais d’autre part déçoit parce qu’elle ne remet pas en cause la spéculation économique» est quelque peu déroutante.

Les paradoxes de la dialectique politique actuelle

«Au moins une partie du récit sociopolitique de notre époque sur la mondialisation est marquée par une double ironie: elle finit par éteindre le dialogue au lieu de le promouvoir et risque de diviser au lieu d’unir», remarque Mgr Gallagher. Et c’est précisément le Pape François, dans sa récente encyclique Fratelli tutti, qui met en garde contre les «pièges possibles d’une culture peut-être plus inclusive sur la forme que sur le fond».

À ce stade, poursuit-il, «il me semble utile de souligner un risque présent dans la dialectique politique actuelle»: le fait que «les plus critiques de la logique du profit finissent par la soutenir involontairement», alors que ses défenseurs «se font l’illusion qu’elle peut préserver les bonnes valeurs auxquelles ils prétendent être attachés». À cet égard, il est fondamental de constater que «l’économie mondialisée, comprise comme une expansion extrême d’une logique commerciale, n’a rien à voir avec la vocation universelle de l’Église et avec le souhait de fraternité et de paix mondiale».

Source: VATICANNEWS, le 23 janvier 2021

« Dialogue et multilatéralisme pour un monde sans armes nucléaires », par Mgr Gallagher

Mgr Paul Richard Gallagher @ Holy See Mission
Mgr Paul Richard Gallagher @ Holy See Mission

« Dialogue et multilatéralisme pour un monde sans armes nucléaires », par Mgr Gallagher

Un entretien d’Andrea Tornielli pour Radio Vatican

« Mgr Gallagher, Secrétaire pour les relations avec les États explique aux médias du Vatican l’engagement du Saint-Siège dans le Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) qui entre en vigueur le 22 janvier: «La paix et la sécurité internationales ne peuvent pas être fondées sur la menace de destruction mutuelle», soutient-il »: c’est ce qu’explique Radio Vatican à l’occasion de cet entretien de Mgr Gallagher avec Andrea Tornielli, du Dicastère pour la communication.

*****

« Plus jamais la guerre, plus jamais le grondement des armes, plus jamais tant de souffrances», l’utilisation de l’énergie atomique à des fins belliqueuses est «immorale», tout comme la «possession» d’armes nucléaires. Le 24 novembre 2019, depuis le mémorial de la paix d’Hiroshima, le Pape François lançait un appel pour un monde enfin débarrassé des armes atomiques. Onze mois plus tard, en octobre dernier, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) était ratifié avant d’entrer en vigueur ce vendredi 22 janvier. Nous en parlons avec Mgr Paul Richard Gallagher, Secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États.

Excellence, le traité sur l’interdiction des armes nucléaires est le premier accord juridiquement contraignant qui interdit la mise au point, l’essai, la production, le stockage et le transfert des armes nucléaires, ainsi que leur utilisation. Pourquoi est-il important?

Comme nous le savons, les armes nucléaires font partie de la catégorie plus large des armes de destruction massive, tout comme les armes chimiques et biologiques. Ce sont des armes dont l’impact est indiscriminé, qui peuvent tuer un grand nombre de personnes en peu de temps et qui causent des dommages, y compris irréversibles ou à très long terme, aux écosystèmes, jusqu’à des centaines de kilomètres à la ronde. Ces armes ont été particulièrement développées depuis le siècle dernier. Elles peuvent également être utilisées par des acteurs non étatiques de nature terroriste. Compte tenu de ces graves conséquences et préoccupations, la communauté internationale est fermement résolue non seulement à prévenir leur prolifération, mais aussi à promouvoir une véritable interdiction de l’utilisation et de la possession de ces armes. À cette fin, un certain nombre d’instruments multilatéraux juridiquement contraignants ont été élaborés et mis en œuvre, qui visent à atteindre cet objectif.

Il manquait toutefois un traité qui se réfère aux armes atomiques….

Jusqu’à l’adoption en 2017 du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), il n’existait aucun instrument juridique international interdisant explicitement ces armes. L’entrée en vigueur du TIAN, le 22 janvier 2021, comble ce « fossé » entre les différents types d’armes de destruction massive.

Pourquoi le Saint-Siège était-il particulièrement attaché à sa ratification?

L’objectif principal du traité est d’interdire les armes nucléaires sans équivoque, en les plaçant dans la même catégorie que les autres armes de destruction massive telles que les armes chimiques et biologiques, déjà interdites. Ce faisant, il place également les armes nucléaires parmi les armes dont l’utilisation et la possession doivent être continuellement stigmatisées et délégitimées. C’est l’une des raisons pour lesquelles le Saint-Siège s’est engagé à ce que ce traité entre en vigueur et a activement participé à son processus de rédaction. Nombre de ses dispositions rappellent de manière directe ou indirecte la centralité de la personne humaine, le paradigme humanitaire et les liens étroits du traité avec la paix.

Quelle est le lien entre ce traité et le traité de 1970 sur la non-prolifération des armes nucléaires?

Le TIAN est le premier instrument juridique contraignant interdisant les armes nucléaires, tandis que le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) prévoit essentiellement trois objectifs: la non-prolifération des armes nucléaires, le désarmement progressif des armes nucléaires et la coopération dans l’utilisation pacifique de la technologie nucléaire. Le TNP, qui est entré en vigueur en 1970, est sans aucun doute un élément fondamental, un pilier de l’infrastructure internationale de lutte contre les armes nucléaires. Mais ce n’est pas la seule composante de cette structure; en fait, d’autres éléments en font partie: outre le TNP et le TIAN, il faut également tenir compte d’instruments juridiques tels que le traité pour l’interdiction des essais nucléaires (CTBT), les zones exemptes d’armes nucléaires, les accords de garanties que l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) a signés avec de nombreux États, et les traités bilatéraux tels que START (traité de réduction des armes stratégiques entre les États-Unis et la Russie, qui expirera le mois prochain). Ce sont des instruments complémentaires et chacun d’entre eux représente une tesselle de la mosaïque qui constitue le cadre d’un « monde libéré des armes nucléaires ».

Vous admettrez que c’est une mosaïque dont la réalisation semble encore lointaine…

Disons qu’il s’agit d’une mosaïque, malheureusement encore assez « floue », car certains des instruments mentionnés, certaines de ces « tesselles », ont encore besoin d’être bien « modelées », parce qu’elles ne sont pas entrées en vigueur ou ne sont pas appliquées de manière cohérente. Sur ces « tesselles », il est nécessaire de continuer à travailler avec l’engagement de tous, acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux; il faut intensifier les efforts pour repousser les pressions contre le multilatéralisme et surmonter la dynamique de suspicion et de méfiance. La mise en œuvre correcte de ces instruments représente, en fait, une étape fondamentale sur la « voie » vers un monde sans armes nucléaires. Il y a donc un autre aspect important que ce « parcours » requiert; un aspect pleinement reconnu dans le TIAN: l’importance tant de l’éducation à la paix et au désarmement sous tous ses aspects, que de la sensibilisation aux risques et aux conséquences des armes nucléaires pour les générations actuelles et futures; ces deux aspects ne peuvent être sous-estimés: L’éducation et la sensibilisation représentent également deux autres pièces importantes qui contribuent à composer la mosaïque d’un monde sans armes nucléaires et qui nécessitent un engagement dans des initiatives significatives visant à promouvoir une culture qui rejette ces armes, une culture de la vie et de la paix, une culture de l’attention.

Sur ce terrain, le Saint-Siège a toujours été en première ligne comme en témoignent les paroles du Pape François lors de son voyage au Japon.

Le Saint-Siège s’est toujours engagé à poursuivre dans cette direction, comme en témoigne le fait qu’il a ratifié tous les principaux traités nucléaires (TPN, CTBT, TIAN, accords de garanties avec l’AIEA) et par ses efforts continus pour promouvoir une culture concrète de la paix, fondée sur la dignité de la personne humaine et la primauté du droit, en favorisant une coopération responsable, honnête et cohérente avec tous les membres de la famille des nations. Tout cela exige une médiation attentive pour faciliter un dialogue politique efficace, en accordant une attention particulière à l’importance d’utiliser tous les instruments à notre disposition pour instaurer la confiance, pour dépasser la « théorie de la peur et de l’ennemi », pour souligner combien la dissuasion nucléaire représente un faux sentiment de sécurité et de stabilité, pour ancrer la question de la sécurité à celle du développement, pour faire levier sur le concept de « mémoire » et de dialogue. D’autre part, comme l’a dit le Saint-Père à Hiroshima le 4 novembre 2019: « nous ne pouvons pas permettre que les générations présentes et nouvelles perdent la mémoire de ce qui est arrivé, cette mémoire qui est garantie et encouragement pour construire un avenir plus juste et plus fraternel ».

Le TIAN a été ratifié par une cinquantaine de pays, mais pas par les grandes puissances nucléaires traditionnelles ni par celles qui ont ensuite développé la bombe atomique; pas non plus par les pays qui accueillent ces armes en tant qu’alliés d’autres pays qui les possèdent. Quels sont les espoirs de voir ce traité déboucher sur des résultats concrets?

Je voudrais reprendre une réflexion du Pape François, en m’inspirant du message vidéo qu’il a transmis le 24 septembre 2020 à la dernière session de l’Assemblée générale des Nations unies: « Nous sommes donc face à un choix entre deux voies possibles: l’une conduisant au renforcement du multilatéralisme, expression d’une coresponsabilité mondiale renouvelée, d’une solidarité fondée sur la justice et sur la réalisation de la paix et de l’unité de la famille humaine, projet de Dieu sur le monde; l’autre voie favorisant les attitudes d’autosuffisance, de nationalisme, d’individualisme et d’isolement […] néfaste à toute la communauté, infligeant des auto-préjudices à tous. Et elle ne doit pas l’emporter ». La question nucléaire est fortement liée à cette double perspective. D’une part, nous sommes préoccupés par le fait que les puissances nucléaires semblent souvent se détourner du multilatéralisme en matière de nucléaire et de la table des négociations, comme en témoigne une certaine érosion de l’architecture des armes nucléaires, mise en évidence par l’abandon du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), l’affaiblissement du plan d’action conjoint global (JCPoA) iranien, l’incertitude quant à l’avenir du programme START susmentionné et l’augmentation des dépenses militaires non seulement pour l’entretien mais aussi pour la modernisation des arsenaux nucléaires. D’autre part, nous devons être motivés et proactifs en restant fermes dans nos efforts pour travailler au désarmement et à la non-prolifération nucléaires. La promotion et la mise en œuvre du TIAN et la 10e conférence d’examen du TNP, prévues pour le mois d’août de cette année, sont deux opportunités claires pour faire progresser un monde sans armes nucléaires.

Les décisions sont entre les mains des États, mais que peuvent faire les personnes qui ne siègent pas dans les « salles de contrôle », celles qui rêvent d’un monde enfin débarrassé de ces armes?

Je réponds avec les paroles du Pape François à Nagasaki le 24 novembre 2019: « Un monde en paix, libre des armes nucléaires, est l’aspiration de millions d’hommes et de femmes partout. Transformer cet idéal en réalité demande la participation de tous: individus, communautés religieuses, société civile, Etats dotés d’armes nucléaires et ceux qui n’en possèdent pas, secteurs militaires et privés, et organisations internationales. Notre réponse à la menace des armes nucléaires doit être collective et concertée, sur la base de la construction, ardue mais constante, d’une confiance mutuelle qui brise la dynamique de méfiance qui prévaut actuellement ».

Quelles sont, selon vous, les attitudes à éviter dans cette entreprise?

Dans cet effort, nous devons éviter les formes de récrimination et de polarisation mutuelles qui entravent le dialogue plutôt que de l’encourager. L’humanité a la capacité de travailler ensemble pour construire notre maison commune; nous avons la liberté, l’intelligence et la capacité de guider et de diriger la technologie, de fixer des limites à notre pouvoir et de mettre tout cela au service d’un autre type de progrès : plus humain, social et intégral (cf. Pape François, Lettre encyclique Laudato si’ sur la sauvegarde de la maison commune, 24 mai 2015, n° 112). Comme je l’ai dit, la dixième conférence d’examen du TNP aura lieu à New York en août prochain. C’est un moment critique où la communauté internationale, et en particulier les puissances nucléaires, pourront faire preuve d’une réelle volonté de promouvoir la paix et la sécurité internationales et de leur capacité à comprendre les leçons importantes de la pandémie de Covid-19, qui nous a confrontés à ce que nous pouvons appeler une véritable « crise de sécurité ».

Est-ce que parler de « dissuasion » a encore un sens aujourd’hui? Que nous enseigne à ce propos la crise du coronavirus?

La pandémie de Covid-19 nous enseigne beaucoup de choses: en fait, l’une des leçons que nous pouvons en tirer est l’importance de reconsidérer notre concept de sécurité. La paix et la sécurité internationales ne peuvent être fondées sur la menace d’une destruction mutuelle ou d’un anéantissement total, ni sur le maintien d’un équilibre des pouvoirs ou la régulation des relations en substituant « la force du droit » à « la loi de la force ». La paix et la sécurité doivent être fondées sur le dialogue et la solidarité, sur la justice, sur le développement humain intégral, sur le respect des droits fondamentaux de l’homme, sur la sauvegarde de la création, sur la promotion des structures éducatives et sanitaires, sur l’instauration de la confiance entre les peuples. Dans cette perspective, il est nécessaire d’aller au-delà de la dissuasion nucléaire. La communauté internationale est invitée à adopter des stratégies d’avenir pour promouvoir cet objectif de paix et de sécurité internationales et éviter les approches myopes des problèmes de sécurité nationale et internationale. La réalisation d’un monde sans armes nucléaires s’inscrit dans cette stratégie d’avenir, fondée sur la conscience que « tout est lié », dans cette perspective d’écologie intégrale si bien décrite par le Pape François dans Laudato si’ (cf. nn. 117 et 138). Le TIAN va dans ce sens. Cette stratégie ne peut être construite qu’à travers un dialogue solidement orienté vers le bien commun et non vers la protection d’intérêts voilés ou particuliers.

Quels pas concrets peuvent être réalisés pour atteindre l’objectif d’un monde débarrassé de ces armements mortels qui mettent en danger l’existence même de l’humanité?

L’objectif ultime de l’élimination totale des armes nucléaires est à la fois un défi et un impératif moral et humanitaire. Une approche concrète devrait promouvoir la réflexion sur une éthique de la paix et de la sécurité multilatérale et coopérative dépassant la peur et l’isolationnisme qui dominent aujourd’hui de nombreux débats. Le destin commun de l’humanité exige le renforcement pragmatique du dialogue ainsi que la construction et la consolidation de mécanismes de confiance et de coopération capables de créer les conditions d’un monde sans armes nucléaires.

Source: ZENIT.ORG, le 21 janvier 2021

Mgr Gallagher: la diplomatie vaticane lutte contre les pauvretés spirituelle et matérielle

Mgr Paul Richard Gallagher, Secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les États, depuis 2014.

Mgr Gallagher: la diplomatie vaticane lutte contre les pauvretés spirituelle et matérielle

À l’occasion du 40ème anniversaire de la signature de l’accord entre le Saint-Siège et le Pérou, Mgr Paul Richard Gallagher a prononcé un ample et large discours sur la mission de la diplomatie vaticane. Le Secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les États la considère ainsi comme «un chemin, difficile mais possible», qui vise à favoriser la fraternité entre les peuples, «en brisant les mécanismes de l’indifférence». 

Le discours prononcé hier par Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États, à l’occasion du 40ème anniversaire de la signature de l’accord entre le Saint-Siège et le Pérou, conclu à Lima le 19 juillet 1980, était entièrement consacré à la diplomatie du Saint-Siège, précisant ses objectifs et son approche intégrale.

«L’action diplomatique du Saint-Siège ne se contente pas d’observer les événements ni d’en évaluer la portée; elle ne peut pas non plus rester seulement une sorte de voix critique de la conscience». L’archevêque en poste depuis 2014 à la Secrétairerie d’État a donc souligné combien «le Saint-Siège est appelé à agir pour faciliter la coexistence entre les différentes nations, pour promouvoir la fraternité entre les peuples, la coopération véritable, concordante et ordonnée, dans une solidarité structurée au profit du bien commun et de celui des individus».

Priorité aux droits humains des plus vulnérables

C’est bien sûr le Pape François qui demande au Saint-Siège d’intervenir sur la scène internationale, «non pour garantir une sécurité générique, rendue plus difficile que jamais en cette période d’instabilité permanente», mais pour «soutenir une idée de paix, comme fruit de relations justes, c’est-à-dire du respect des normes internationales, de la protection des droits humains fondamentaux, à commencer par ceux des derniers, les plus vulnérables».

La fonction «ecclésiale» de la diplomatie «comme instrument de communion qui unit le Souverain Pontife avec les évêques et les Églises locales respectives, est aussi la voie particulière par laquelle le Pape peut concrètement atteindre les « périphéries » spirituelles et matérielles de l’humanité», a précisé Mgr Gallagher. 

En relation diplomatique avec 183 États

Le secrétaire aux relations avec les États a rappelé que le réseau diplomatique du Saint-Siège a des relations bilatérales avec 183 États, auxquels il faut ajouter l’Union européenne et l’Ordre souverain de Malte. «Il entretient également des relations multilatérales stables avec de nombreuses autres institutions intergouvernementales, compétentes dans les différents secteurs dans lesquels s’articule la structure de la gouvernance internationale», a ajouté le diplomate britannique, originaire de Liverpool.

La paix selon le Saint-Siège, ne s’arrête pas au droit international

De ce fait, selon Mgr Gallagher, «l’idée de paix dont le Saint-Siège est porteur ne s’arrête pas à celle que les nations expriment dans le droit international contemporain. Travailler pour la paix ne signifie pas seulement déterminer un système de sécurité internationale et, peut-être, respecter ses obligations. Elle est également nécessaire pour prévenir les causes qui peuvent déclencher un conflit de guerre, ainsi que pour éliminer les situations culturelles, sociales, ethniques et religieuses qui peuvent rouvrir des guerres sanglantes qui viennent de se terminer».

Garantir la justice avant la légalité

En ce sens, le droit international «doit continuer à se doter d’institutions juridiques et d’instruments réglementaires, capables de gérer les conflits conclus ou les situations dans lesquelles les efforts diplomatiques ont forcé les armes à se taire». Un passage important de l’intervention du secrétaire aux relations avec les États est ainsi consacré à la phase post-conflit: «La tâche dans la phase du post-conflit ne se limite pas à réorganiser les territoires, à reconnaître une souveraineté nouvelle ou modifiée, ou encore à garantir par la force armée les nouveaux équilibres obtenus. Elle doit plutôt clarifier la dimension humaine de la paix, en éliminant toute raison possible qui pourrait à nouveau compromettre la condition de ceux qui ont vécu les horreurs de la guerre, et qui attendent et espèrent maintenant, selon la justice, un avenir différent. Traduit dans le langage de la diplomatie, cela signifie donner la priorité à la force du droit sur l’imposition des armes, en garantissant la justice avant même la légalité».

Briser les mécanismes de l’indifférence

Mgr Gallagher a ensuite dénoncé la «propagation de l’indifférence» qui ne concerne pas seulement les lieux de conflit et de guerre, peut-être géographiquement éloignés. «Aujourd’hui, elle remet également en question chacun d’entre nous qui, volontairement ou non, sommes touchés dans notre vie quotidienne par une vague continue de nouvelles et d’informations, qui nous relie virtuellement au reste du monde et nous montre des otages de la souffrance, des sans-abri, des nombreuses victimes de guerres forcées à émigrer, des personnes sans défense, de celles qui ont perdu leur emploi et des plus vulnérables». L’archevêque s’est ainsi dit convaincu qu’aujourd’hui, plus que jamais, il est nécessaire «de briser ces mécanismes d’indifférence, de briser la coquille protectrice de notre égoïsme, passant ainsi des théorèmes sur la paix possible, à des expériences concrètes de paix vécue, même si elle est souffrante».

Lutter contre la pauvreté matérielle et spirituelle

La voie principale, souligne-t-il encore, est celle indiquée par le Pape François. C’est-à-dire la lutte contre la pauvreté, tant matérielle que spirituelle, la construction de la paix, et, enfin, être des bâtisseurs de ponts par le dialogue.

«Ce sont aussi trois points de référence qui indiquent un chemin personnel, social et global auquel le Pape a invité tout le monde, dès les premiers jours de son service comme évêque de Rome», a rappelé Mgr Gallagher, ajoutant que l’appel de François reste pressant et exigeant, surtout aujourd’hui.

«Il nous demande d’être très courageux et de laisser derrière nous les certitudes faciles que nous avons acquises, nous engageant dans une authentique conversion du cœur, des priorités, des modes de vie, en nous exposant à la rencontre de l’autre, même lorsque nous avons l’impression de ne pas le connaître suffisamment, de venir de mondes culturels et religieux trop différents ou de parler des langues encore si différentes». 

Source: VATICANNEWS, le 7 novembre 2020