Le «chemin de Croix» du Liban

Cathédrale de Beyrouth, croix composée de débris de vitraux de l'explosion dans le port de la capitale libanaiseCathédrale de Beyrouth, croix composée de débris de vitraux de l’explosion dans le port de la capitale libanaise

Le «chemin de Croix» du Liban

En 2013, la rédaction des méditations du chemin de croix du Pape avait été confiée à des jeunes Libanais. À l’époque, les textes reflétaient les préoccupations des chrétiens du Moyen-Orient, avec en toile de fond la guerre en Syrie, démarrée en 2011, la guerre en Irak, le fondamentalisme, et l’instabilité politique du Liban.

Entretien réalisé par Marie Duhamel – Cité du Vatican

Neuf ans se sont écoulés depuis que Carlos Moawad a participé à la rédaction des méditations du chemin de Croix au Colisée. Benoît XVI, qui avait effectué un voyage apostolique au Liban en septembre 2012, avait confié la préparation des méditations à des jeunes libanais. C’est cependant en présence de François que s’est déroulé la Via Crucis, après la renonciation de son prédécesseur. Carlos se souvient de ce 29 mars 2013, de la prière commune des milliers de fidèles rassemblés au pied du Colisée. «Tous les peuples du monde priaient pour la paix», alors qu’il portait le flambeau et accompagnait la Croix de station en station. Alors, sur fond déjà de guerre en Syrie, la question du fondamentalisme et de la présence des chrétiens au Moyen-Orient faisait l’objet des méditations. Aujourd’hui, ces préoccupations restent au centre des prières de Carlos Moawad, comme il en témoigne dans un entretien accordé à Vatican News.

La guerre en Syrie, l’Irak, le fondamentalisme, l’instabilité politique du Liban, que l’on retrouvait dans les méditations du chemin de Croix de 2013, sont-elles encore des préoccupations premières pour vous, jeunes Libanais?

En fait, le chemin de Croix est le chemin de la vie quotidienne avec tous ses développements et évolutions. Lorsque nous récitons les prières du chemin de Croix, nous ne pensons pas seulement aux souffrances historiques de Jésus, mais aussi à ses souffrances incarnées aujourd’hui dans ses frères et sœurs qui souffrent de persécutions et de guerres inutiles. C’est dans cet esprit d’actualisation que nous avons préparé les réflexions du chemin de Croix en 2013. C’est à partir de la réalité vécue par nos jeunes chrétiens que nous avons élaboré nos prières…et je veux dire par jeunes : les jeunes au Liban, en Syrie, en Irak, en Égypte, en Palestine, en Jordanie et dans tous les pays du Moyen-Orient. La jeunesse libanaise rejette le fondamentalisme religieux.

Sur le plan social, il existe une fraternité entre les jeunes musulmans et chrétiens au Liban. Ils jouissent des mêmes droits. Le Liban est un pays démocratique et la liberté d’expression religieuse et politique est inscrite dans sa constitution. Les jeunes musulmans et chrétiens du Liban rejettent l’extrémisme religieux. Aujourd’hui, nous allons réciter le chemin de Croix, en portant dans nos prières notre pays le Liban, complètement ébranlé sous la Croix, et qui a grand besoin d’un Simon de Cyrène pour l’aider à s’élever. Aujourd’hui, nous prions le chemin de Croix pour être réconfortés par Jésus, car le chemin de notre avenir n’est jamais clair et les Libanais ne voient pas que la résurrection est très proche, mais ils espèrent que le Seigneur interviendra dans les événements de leur patrie et fera rouler la pierre de la tombe pour les faire sortir des ténèbres dans lesquelles ils sont actuellement placés.

Cette année, les médiations sont confiées à des familles, dans le cadre de l’année de la famille Amoris Laetitia. Vous êtes un jeune père de famille nombreuse à Beyrouth. Quelles sont vos difficultés et vos espoirs ? celles des familles qui vous entourent ?

La famille libanaise en général est une famille conservatrice dont les membres se réunissent périodiquement et fréquemment, à chaque fête et évènement spirituel ou national, pour partager la joie, et profiter de la beauté des relations familiales et jouir de l’amour qui y existe. C’est la culture de la famille libanaise, qui a malheureusement du mal aujourd’hui à guérir en raison de la migration de sa jeunesse, à cause du manque d’emplois à l’intérieur du Liban, une jeunesse qui recherche un moyen de subsistance décent. Les parents envoient leurs enfants étudier à l’extérieur du pays et ne leur conseillent pas d’y retourner avant que les conditions économiques et politiques ne s’améliorent.

Mais, après tout, la solidarité entre les familles demeure et existe, et sans cette solidarité, les Libanais ne se seraient pas levés ces dernières années et n’auraient pas enduré l’humiliation qu’ils ont subie au niveau humanitaire, en particulier de la part de leur autorité politique. Il y a un grand défi pour les familles libanaises, malgré tous les obstacles, de pouvoir éduquer les jeunes générations sur les valeurs sociales et morales, et les coutumes et traditions spéciales et uniques qui caractérisent notre pays. L’État est en faillite et ce sont les pères et mères de famille qui paient les primes scolaires et médicales, le coût de l’obtention de l’électricité et bien d’autres choses de base. Avec l’augmentation de la pauvreté et la détérioration du pouvoir d’achat, tous les efforts quotidiens des parents se sont déplacés vers la recherche de moyens de fournir un revenu matériel, d’abord pour subvenir aux besoins de leurs enfants. Ils ont été forcés de penser a gagner leur vie d’abord et avant tout. Je dois ici remercier l’Église et les ONG pour leurs grands efforts visant à sauver les familles libanaises de la faim qui leur est imposée.

L’Église fait un grand travail et contribue à la survie des familles du pays en les embrassant spirituellement, moralement et matériellement. Malgré tous les obstacles, la famille n’a pas encore perdu foi en l’œuvre et en la présence de Dieu, et donc nous voyons des parents et leurs petits-enfants remplir les églises. J’étais vraiment ravi dimanche passe de voir cette grande foule de croyants a l’église célébrer la messe des rameaux ! Apres la messe nous avons tous fait une procession dans les rues de la ville tout en suivant Jésus représenté bien sûr par le curé de paroisse…les enfants tenant les bougies et portés sur leurs épaules de leurs parents , chantaient et criaient « Hosanna Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! » Si nous voulons regarder les choses d’un point de vue positif, nous pouvons voir que cette crise politique et économique difficile ressemble à un feu qui purifie ; elle a renforcé la foi en Dieu et a fait de la prière et de la relation personnelle avec le Christ le seul moyen de survivre au désespoir et de restaurer l’amour de la vie. Nos enfants ont été privés de beaucoup de loisirs, mais d’autre part, ils sont en train d’être élevés pour trouver de la joie dans les belles relations pleines de passion qu’ils vivent dans le cœur de leur famille, avec leurs voisins et amis, et avec le Seigneur aussi.

On sait les épreuves que traverse plus largement le pays, au niveau économique, social, politique. Qu’est-ce qui donne de l’espoir au peuple libanais aujourd’hui? Est-ce que l’annonce de la visite du Pape vous donne l’élan nécessaire à aller de l’avant?

Depuis octobre 2019, le peuple libanais traverse une crise politique et économique majeure. La classe politique est corrompue, et il n’y a aucun moyen de la changer sauf lors des prochaines élections législatives du 15 mai 2022, qui, nous l’espérons, seront une lueur d’espoir pour le peuple. La négligence de l’autorité au cours des dernières années a provoqué la faillite de l’État libanais et l’appauvrissement de la plupart des gens. La classe moyenne à laquelle le Liban est habitué s’est appauvrie en raison de la terrible dépréciation de la livre libanaise. Le peuple libanais attend le soutien politique et économique de la communauté internationale, et nous savons très bien que le Vatican a un rôle central dans la défense du Liban et de son peuple. Le Pape saint Jean-Paul II a lancé un Synode spécial pour le Liban, il lui a rendu visite en mai 1997, où il a signé l’Exhortation apostolique adressée à tous les Libanais, chrétiens et musulmans, intitulée : Une espérance nouvelle pour le Liban.

Puis en septembre 2012, le Pape Benoît XVI a conclu ses visites pontificales et apostoliques par une visite remarquée au Liban. Aujourd’hui, une fois de plus, le Pape François déclare qu’il souhaite visiter le Liban en juin 2022, ce pays qui a toujours été dynamique et prospère, plein d’intellectuels, un pays plein de croyants chrétiens et musulmans qui, ensemble, veulent restaurer la fierté et la dignité de leur pays. La venue du Pape François est une preuve évidente de l’importance de la présence stratégique de ce pays dans un environnement arabe et moyen-oriental toujours conflictuel. Cette visite donnera l’espoir au peuple libanais de sortir son pays de son isolement politique et économique. La visite du Pape, un mois après les élections législatives, servira de levier à la décision du peuple libanais de changer pour le mieux. La présence du Pape au Liban et sa rencontre avec tous les responsables civils et spirituels prouvera ce que le Liban représente en termes de culture et de civilisation.

Le peuple libanais a toujours formé un pont entre l’Orient et l’Occident, et le Pape souhaite bien sûr préserver et défendre ce modèle unique. Le Pape François vient prier avec les Libanais pour un avenir meilleur, afin de planter un peu de paix et de tranquillité dans leurs cœurs, afin de raviver le grand rêve de leur patrie, un rêve détruit par la situation économique désastreuse et le dilemme politique qui existe.

Source: VATICANNEWS, le 15 avril 2022

Les sœurs du Liban ont besoin d’aide

© Projets Rosalie

Les sœurs du Liban ont besoin d’aide

Impossible de l’ignorer. Le Liban traverse aujourd’hui des moments dramatiques. Et pourtant nombreux sont ceux qui s’accrochent pour venir en aide à la population, à commencer par les communautés religieuses. Les filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul gèrent un hôpital à 30 kilomètres de Beyrouth et lancent un appel à la générosité.

Dans la montagne du Metn, à 30 kilomètres de Beyrouth, le centre hospitalier de Bhannes est un des seuls à desservir la région. Ce sont les filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul qui s’occupent de cet établissement pluridisciplinaire dans le domaine de la santé. Construit à l’origine comme sanatorium en 1908, il s’est transformé après 1975 en centre de soins, tout spécialement orienté vers l’orthopédie et la traumatologie. 

Aujourd’hui le centre comprend quatre grands bâtiments : un hôpital général, un centre de rééducation et de réhabilitation, un centre de Maladies Chroniques, avec une unité Covid, et une polyclinique. Sur le domaine, il y a également une ferme, héritée du temps du sanatorium, où une quarantaine de vaches et des poules permettent de nourrir les sœurs et les malades. L’établissement compte 220 lits et près de 425 personnes travaillent ou dépendent de cette institution pour vivre.

© Projets Rosalie

Une situation alarmante

Sœur Élisabeth Noirot qui travaille dans le centre depuis plusieurs années lance aujourd’hui un cri d’alarme sur la situation du pays en général et sur l’hôpital de Bhannes en particulier : « Le Liban n’est plus la Suisse du Moyen-Orient. En silence, loin des feux de la rampe, le Liban, les libanais pleurent. Ce n’est pas son sang qui abreuve les sillons, même si ce fut encore parfois le cas le 4 août 2020, mais ses larmes de tristesse, de détresse et bientôt de désespoir ! Le pays se vide d’essence, de lait pour enfants, de produits de base, de médicaments… Mais surtout il se vide de ses enfants ! »

Avec une crise économique sans précédent, la monnaie a perdu 90% de sa valeur, les Libanais manquent de tout, notamment de carburant, d’électricité ou encore de médicaments. « La situation est de plus en plus dramatique car les gens n’arrivent plus à suivre l’inflation ! » Pour disposer d’électricité et continuer à servir les malades, les Filles de la Charité ont ainsi le besoin urgent d’acquérir une citerne de capacité de 30.000 litres pour y stocker du fioul. Cette réserve pourra assurer une quinzaine de jours de fonctionnement pour le centre hospitalier si l’alimentation en mazout continuait à être si problématique. 

© Projets Rosalie

Cette sécurité est indispensable à l’établissement sans quoi il pourrait devoir arrêter d’aider la population du jour au lendemain. C’est pourquoi les sœurs lancent un appel à la générosité de tous, et une cagnotte en ligne où tous pourront aider en fonction de leurs moyens. « Tous les jours nous avons des départs de personnel soit pour l’étranger, soit pour d’autres hôpitaux privés ou universitaires qui donnent une partie du salaire en dollars ce que nous ne pouvons faire », s’inquiète encore sœur Elizabeth. « Cette semaine nous réduirons notre offre de lits car nous devons réunir les services de médecine et de chirurgie pour pouvoir compenser le manque de personnel surtout aide-soignant. Les infirmières aussi commencent à manquer car elles sont épuisées !”

Un petit geste 

« Notre seul secours après notre foi et notre certitude que Dieu ne nous abandonnera pas, c’est de faire appel à toutes les personnes de bonne volonté qui, par un petit geste, peuvent réellement et efficacement nous soutenir pour aider les libanais à survivre à cette crise dramatique. C’est donc pourquoi je m’adresse à vous en toute simplicité et en toute confiance. Ne nous abandonnez pas, merci ! », conclut sœur Elizabeth.

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Source: ALETEIA, le 26 novembre 2021

Le cardinal Raï appelle les Libanais à l’unité

Le cardinal Raï célébrant la messe commémorative de l'explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2021.Le cardinal Raï célébrant la messe commémorative de l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2021. 

Le cardinal Raï appelle les Libanais à l’unité

Lors de la messe de commémoration de l’explosion du 4 août 2020, le Patriarche maronite a délivré un message de fermeté et d’espérance pour la reconstruction de Beyrouth et du Liban.

Vatican News

«Beaucoup ont souhaité que cet anniversaire de l’explosion du port de Beyrouth soit un jour de colère, de manifestations et de condamnations», a reconnu le Patriarche maronite, tout en insistant sur la recherche de la consolation divine. «La voix de Dieu interpelle la conscience de chaque personne responsable de cette explosion, de loin ou de près, aussi longtemps qu’elle se cache ou qu’elle se barricade derrière les immunités. Toujours est-il que la voix de Dieu l’appelle et la met en peine, comme elle a inquiété Caïn toute sa vie, dans son éveil et son sommeil, et elle dit: « Qu’as-tu fait ? Ecoute le sang de ton frère crier vers moi du sol » (Genèse 4, 10)».

Évoquant les plus de 200 morts, les plus de 6000 blessés et les énormes dégâts matériels et psychologiques provoqués par la catastrophe, le cardinal libanais a dénoncé avec fermeté l’attitude de la classe politique. «Il est vraiment honteux d’échapper à la justice et de se cacher derrière de fausses immunités qui n’ont ni valeur ni poids par rapport à ce crime contre l’humanité, et la troisième plus grande explosion non nucléaire de l’histoire humaine.» Le cardinal Rai a néanmoins assuré qu’en ces circonstances dramatiques, «Jésus était en la croix avec nous, et aujourd’hui il nous appelle à la Résurrection avec tout ce que cela signifie en termes de foi, de paix intérieure et de vie nouvelle pour ceux qui sont partis.»

Un appel à éviter la violence

Le Patriarche maronite a remercié le Pape François pour son message de soutien et de compassion lors de l’audience générale, et il a appelé la population libanaise au calme. «En attitude déférente à l’égard de ce jour de commémoration, et par loyauté envers les victimes, les martyrs, les larmes de leurs familles et la douleur des blessés et autres affligés, j’appelle les frères et les sœurs en marche de protestation à éviter la violence, les paroles injurieuses, les attaques contre les institutions et les biens publics et privés, et à ne pas attaquer l’armée et les forces de sécurité.»

«Nous sommes venus prier et offrir le sacrifice de la rédemption pour les âmes de tous les martyrs, de toutes les victimes, et pour Beyrouth, joyau de la Méditerranée, et espace privilégié de rencontre des religions. Nous nous tenons avec vénération sur les décombres et parmi les ruines, allumant le flambeau de l’espoir et de l’avenir et écrivant une nouvelle histoire pour les générations à venir. La valeur de la commémoration est d’être la voie vers l’avenir et une expression de loyauté, commençant par la vérité et se terminant par la justice.»

Invitant chrétiens et musulmans à l’unité, le Patriarche maronite a demandé aux responsables politiques de «mettre tout de suite en place un gouvernement de réforme et de salut. Mais hélas ! personne des gens au pouvoir ne nous écoute. Nous sommes une voix qui crie dans le désert. Comme si personne ne mourait de faim, ni un port n’avait explosé, ni un pays ne s’était effondré», s’est-il attristé.

Au-delà du drame du 4 août 2020, le cardinal a fustigé la responsabilité de la classe politique libanaise dans la crise financière et institutionnelle qui fragilise le Pays du Cèdre depuis plusieurs années. «La société a rétrogradé, l’État s’est effondré, la démocratie a régressé, le pacte national a été mis à mal, l’Accord de Taëf a été délibérément bafoué et la culture a été laissée pour compte dans ses dimensions éducatives et créatives», a-t-il dénoncé.

Affirmation de la neutralité et de la souveraineté du Liban

«Tout en remerciant les pays amis pour leur aide, nous soulignons que la solidarité du monde avec le Liban commence par le renflouement économique et financier, puis par la convocation à une conférence internationale propre pour le Liban, laquelle proclamera officiellement sa neutralité et la mise en place d’un mécanisme efficace pour mettre en œuvre toutes les résolutions internationales», a-t-il insisté.

«Le salut du Liban ne tardera pas à venir, a-t-il assuré. Cependant, il reste à rencontrer la communauté internationale à travers une action patriotique qui met en lumière notre volonté de vivre ensemble, pour que le salut passe par l’unité de l’entité libanaise. Nous entendons l’unité dans le pluralisme assumé et compris, l’unité dans la neutralité active, l’unité dans la décentralisation étendue, l’unité dans la législation civile et l’unité dans la civilisation et la paix. Nous ne voulons plus de combats, plus de guerres. Dans les annales de notre pays, nous avons un surplus de guerres des autres sur notre propre sol, un surplus de guerres intestines, un surplus de martyrs et un surplus de résistances. Mettons le cap sur la liberté et sur la paix. Soyons vigilants et éloignons de notre territoire national et de nos communautés les cartes qui se tracent à présent pour la région du Moyen-Orient.»

«Dieu nous regarde dans sa miséricorde, embrasse nos victimes et les joint à la tendresse de son cœur et aux lumières de sa gloire. Et comme il l’a promis dans la vision de Jean: « Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus. Car l’ancien monde s’en est allé » (Apocalypse 21 : 4). Amen!», a conclu le Patriarche Bechara Raï.

Source: VATICANNEWS, le 5 août 2021

Liban, recteur de Harissa: que le monde entier entende la prière du Pape

Sanctuaire Notre-Dame du Liban à Harissa, surplombant la Méditerranée, au nord de Beyrouth. Sanctuaire Notre-Dame du Liban à Harissa, surplombant la Méditerranée, au nord de Beyrouth.  

Liban, recteur de Harissa: que le monde entier entende la prière du Pape

C’est avec la richesse des particularités du pays du Cèdre, mais aussi avec la préoccupation dans leur cœur pour les conditions de vie de la population, que les chefs religieux du Liban rencontrent le Pape au Vatican le 1er juillet pour une journée de prière, réflexion et dialogue. 

Fausta Speranza – Cité du Vatican

L’événement est prévu le 1er juillet pour «marcher ensemble», comme l’a souligné le préfet de la Congrégation pour les Églises orientales, le cardinal Leonardo Sandri, lors d’une conférence de presse au Vatican. L’image choisie comme logo de l’initiative représente la statue de Notre-Dame de Harissa, qui veille sur le Liban. Avant de partir pour Rome, pour sa part, le patriarche d’Antioche des maronites, le cardinal Bechara Boutros Raï, a déclaré que les chefs religieux ne se rendent pas au Vatican «en portant uniquement les plaintes des chrétiens, mais celles de tous les Libanais. Nous apportons la cause du Liban, la cause de la liberté, du dialogue et de la coexistence islamo-chrétienne».   

Le programme de la journée

«Le Seigneur Dieu a des projets de paix. Ensemble pour le Liban», thème de la journée de réflexion et de prière pour le Liban à laquelle participent les principaux responsables des communautés chrétiennes présentes dans le pays. Il est prévu que le Pape et les chefs des Églises et des communautés ecclésiales se rendent à pied de la Maison Sainte-Marthe à la basilique Saint-Pierre en début de journée, après le moment de bienvenue et de salutation dans le hall de la résidence où ils sont invités du soir du 30 juin au matin du 2 juillet. Plusieurs moments de prière mais aussi de discussion ont été organisés: dans la salle Clémentine, ils rencontreront autour d’une table le Pape, le nonce apostolique au Liban, Mgr Joseph Spiteri, qui fera office de modérateur, et les dix chefs des communautés chrétiennes: du côté catholique, le patriarche d’Antioche des maronites, le cardinal Bechara Boutros Raï, le syrien catholique Ignace Youssef III Younan, le melkite Youssef Absi, l’évêque chaldéen Michel Kassarj et le vicaire apostolique latin, Mgr César Essayan.

La prière et l’appel du cœur

Depuis le Liban, terre d’anciennes communautés chrétiennes où le pourcentage de chrétiens vivant aux côtés de communautés musulmanes est le plus élevé par rapport aux pays arabes voisins, même si leur nombre est en baisse, un appel sincère est lancé à la population, épuisée par la pauvreté endémique, l’impasse politique et la crise de la pandémie, mais riche de foi et de confiance dans le Pape, comme le souligne le père Khalil Awan, recteur du sanctuaire de Notre-Dame du Liban à Harissa.

Le Liban, une Terre Sainte

«70 % de la population se trouve aujourd’hui sous le seuil de pauvreté au Liban et les produits de première nécessité font défaut», assure-t-il. À propos de la situation politique, il affirme que la dynamique de la corruption et des intérêts particuliers prévaut tant à l’intérieur du pays qu’au niveau international. «L’espérance est intense, explique-t-il, que l’attention que le Pape porte au Liban puisse représenter un appel entendu par le monde». Père Awan rappelle aussi ce qu’il appelle la belle coexistence entre chrétiens et musulmans au Liban, soulignant que ce n’est pas au niveau de cette relation que se situent les problèmes mais au niveau du mécontentement face à l’impasse sociale. Le recteur du sanctuaire qui surplombe Beyrouth évoque aussi le Liban comme une Terre Sainte; Jésus a vécu au sud du Liban, et le pays du Cèdre raconte l’histoire de nombreux saints au fil des siècles.

18 confessions religieuses coexistent

Une profonde gratitude pour toute l’attention du Pape François pour le Liban, pour cette journée de prière et pour toutes les initiatives -comme l’envoi d’aides concrètes ou l’envoi du secrétaire d’État, le cardinal Piero Parolin, à Beyrouth pour la journée de prière du 4 septembre 2020- est également relevé par le père Miled Tarrabay, procureur maronite de Rome, qui met l’accent sur la richesse des confessions religieuses au Liban: 18 religions sont reconnues par la Constitution au Liban. Il insiste aussi sur la valeur de la coexistence dans le respect mutuel et l’échange qui -souligne-t-il- est unique dans la région. C’est aussi pour cette raison, rappelle-t-il, que le Pape Jean-Paul II a parlé du Liban comme d’un pays qui n’est pas seulement une réalité territoriale mais un message au monde. Le père Tarrabay réitère enfin l’importance du choix du Pape François de maintenir les projecteurs sur ce qui se passe au Liban aujourd’hui car la société -dit-il- est profondément blessée par une série ininterrompue de tragédies.

Mais la prière et la confiance ne manquent pas pour que le dialogue puisse prévaloir au Liban comme dans le monde qui, rappelle-t-il, souffre du terrorisme fondamentaliste et d’autres formes de refus du dialogue.

L’Église d’Antioche des Maronites

Selon la tradition, l’Église maronite, qui tire son nom du saint fondateur de la Communauté Saint-Maron, faisait à l’origine partie des Églises dites autocéphales, c’est-à-dire ne dépendant pas directement de l’un ou l’autre siège patriarcal (Rome et Constantinople). Persécutés par les Byzantins ainsi que par les Jacobites, les Maronites se sont réfugiés dans les montagnes du nord du Liban et se sont progressivement répandus dans tout le pays. L’historiographie officielle de l’Église maronite, cependant, rejette la thèse des origines monothélites et soutient la soumission dès le début à l’Église de Rome.

Quoi qu’il en soit, c’est après les croisades que les liens de l’Église maronite avec le trône pontifical de Rome se développent de manière continue; des liens consacrés par la fondation du Collège maronite à Rome en 1584. En 1736, le concile de Louaizé renforce la «latinisation» de l’Église maronite, qui conserve sa liturgie en syriaque et en arabe. De nombreuses communautés présentes sur le territoire libanais, au-delà de l’Église maronite, se définissent comme «antiochiennes», c’est-à-dire qu’elles se réfèrent au siège historique d’Antioche, ville située aujourd’hui en Turquie, après que la France ait cédé la Cilicie syrienne en 1939 en échange de la neutralité d’Ankara pendant la Seconde Guerre mondiale.

Autres communautés chrétiennes

Le pourcentage de chrétiens au Liban par rapport à la population musulmane est le plus élevé par rapport à ceux enregistrés dans les pays arabes voisins, bien que leur nombre soit malheureusement en baisse. À partir du 18e siècle, la présence de l’Église romaine s’est accrue grâce à ses missionnaires et de nouvelles communautés se sont développées, comme les Grecs catholiques, les Syriaques et les Chaldéens catholiques.

Au XIXe siècle, les différentes Églises protestantes ont également commencé à créer de nouvelles communautés. La création à Beyrouth, en 1866, du Collège protestant syrien, qui deviendra plus tard l’Université libano-américaine de Beyrouth, attire de nombreux jeunes chrétiens de différentes confessions orientales. Les Églises dites melkites -grecques orthodoxes- sont celles qui tirent leur obédience du patriarcat de Constantinople.

Ce schisme entre les deux grands sièges patriarcaux de Rome et de Constantinople sera aggravé par la quatrième croisade au XIIIe siècle, puis consacré par la chute de Constantinople aux mains des Turcs ottomans. La communauté qui comprend les Levantins, c’est-à-dire les Libanais ou les Syriens ou les Palestiniens d’origine européenne qui n’ont pas rejoint l’une des églises orientales existantes, est appelée latine. 

Source: VATICANNEWS, le 1er juillet 2021

Le Pape prie pour le Liban, message de paix qui éclaire le Moyen-Orient

Prière œcuménique pour la paix au Liban, jeudi 1er juillet 2021, en la basilique saint-Pierre de Rome. Prière œcuménique pour la paix au Liban, jeudi 1er juillet 2021, en la basilique saint-Pierre de Rome.  

Le Pape prie pour le Liban, message de paix qui éclaire le Moyen-Orient

Après la Prière œcuménique pour la paix au Liban, le Pape François a délivré un dense message devant neuf responsables chrétiens du pays, s’adressant au peuple libanais, à ses autorités politiques, à la communauté internationale. Depuis la basilique saint-Pierre de Rome ont ainsi résonné «les projets de paix, et non de malheur» que peut porter le pays levantin, si cher au Pape, pour notamment, dit-il, « son trésor de spiritualité et de civilisation ». 

Delphine Allaire – Cité du Vatican

La journée pour le Liban de ce jeudi 1er juillet s’est achevée dans la basilique Saint-Pierre par une prière œcuménique rythmée par la lecture d’extraits de la Parole de Dieu, des prières d’invocation et des chants des diverses traditions liturgiques arabe, syriaque, arménienne, araméenne et chaldéenne.

À la fin de la célébration, des jeunes ont donné aux chefs chrétiens une lampe allumée déposée sur un candélabre en signe d’espérance de paix; le Souverain pontife argentin a ensuite adressé son message très attendu au peuple en souffrance de la terre des cèdres. Il a commencé par renouveler son souhait de visiter prochainement le pays, se disant «fortement préoccupé» par la grave crise qu’il traverse.

Implorer le Ciel avec insistance 

Le peuple libanais, «déçu et épuisé», est en quête de certitudes, d’espérance, de paix en ce moment sombre. Ainsi François appelle à «ne pas se résigner, ne pas se lasser d’implorer du Ciel cette paix que les hommes peinent à construire sur la terre». «Demandons-la avec insistance pour le Moyen-Orient et pour le Liban. Ce cher pays, trésor de civilisation et de spiritualité, qui a rayonné au cours des siècles sagesse et culture, qui témoigne d’une expérience unique de coexistence pacifique, ne peut être laissé à la merci du sort ou de ceux qui poursuivent sans scrupules leurs intérêts personnels», a affirmé l’évêque de Rome, qui avait déjà rédigé une missive d’espérance au peuple libanais, le 24 décembre 2020.

Le Liban porte un message universel 

Le Liban est un petit-grand pays, mais il est davantage, a ajouté le Pape: «Il est un message universel de paix et de fraternité qui se lève du Moyen-Orient».

«En ces temps de malheur, nous voulons affirmer avec force que le Liban est, et doit demeurer, un projet de paix, a insisté François, mettant en relief la vocation du pays, celle d’une terre de tolérance et de pluralisme, d’une oasis de fraternité où religions et confessions différentes se rencontrent, où communautés diverses cohabitent en mettant le bien commun avant les intérêts particuliers.

“Le Liban est un message universel de paix et de fraternité qui se lève du Moyen-Orient”

En finir avec les profiteurs du Liban

«Cela suffit, les avantages de quelques-uns sur le dos d’un grand nombre! Cela suffit, la domination des vérités de parti, sur les espérances des gens! Cela suffit d’utiliser le Liban et le Moyen-Orient pour des intérêts et des profits étrangers!»,s’est indigné le Saint-Père citant son discours de Bari en 2018, exhortant fermement à donner aux Libanais «la possibilité d’être protagonistes d’un avenir meilleur, sur leur terre et sans ingérences abusives».

Projets de paix et non de malheur, a solennellement martelé le Pape, saluant «la richesse florissante d’une histoire unique». «Vos hauts cèdres, symboles du pays, rappellent aussi que les grandes branches ne naissent que de racines profondes», a-t-il relevé, avant de se lancer dans une série d’interpellations à diverses échelles.  

Citoyens, politiques, diaspora

«À vous, citoyens: ne vous découragez pas, ne faiblissez pas, retrouvez dans les racines de votre histoire l’espérance de germer à nouveau.

À vous, dirigeants politiques: pour que, selon vos responsabilités, vous trouviez des solutions urgentes et stables à la crise économique, sociale et politique actuelle, en vous rappelant qu’il n’y a pas de paix sans justice.

À vous, chers Libanais de la diaspora: pour que vous mettiez au service de votre patrie les énergies et les meilleures ressources dont vous disposez.

À vous, membres de la Communauté internationale: par un effort conjoint, que les conditions soient posées pour que le pays ne s’effondre pas, mais entame un chemin de reprise. Ce sera un bien pour tous.»  

“À vous, citoyens: ne vous découragez pas!, ne faiblissez pas courage!, retrouvez dans les racines de votre histoire l’espérance de germer à nouveau.”

La mission des chrétiens

Et le Souverain pontife de rappeler que «l’avenir ne sera pacifique que s’il est commun». En effet, la vision chrétienne de la société vient des Béatitudes, elle jaillit de la douceur et de la miséricorde, elle porte à imiter dans le monde l’agir de Dieu qui est Père et qui veut la concorde entre ses enfants, a soutenu François, évoquant la mission des chrétiens: «Être des semeurs de paix et des artisans de fraternité, ne pas vivre de rancœurs et de remords passés, ne pas fuir les responsabilités du présent, cultiver un regard d’espérance.» Tout en souhaitant que cette journée du 1er juillet soit suivie d’initiatives concrètes «sous le signe du dialogue, de l’engagement éducatif et de la solidarité».

Au-delà du voile noir de la nuit, une aube nous attend, a ensuite lancé le Pape citant le poète libanais Khalil Gibran (1883-1931).

Qu’une aube d’espérance se lève

Les jeunes «sont des lampes qui brûlent en cette heure sombre», a rappelé François. «Regardons les enfants : que leurs yeux brillants, mais remplis de trop de larmes, secouent les consciences et orientent les choix». Le Pape a aussi rendu un hommage vibrant aux femmes libanaises, en pensant à la Mère de tous qui, de la colline d’Harissa, embrasse du regard ceux qui de la Méditerranée rejoignent le pays (Notre-Dame du Liban, sanctuaire de Harissa).«Les femmes sont génératrices de vie et d’espérance pour tous; qu’elles soient respectées, valorisées et impliquées dans les processus décisionnels du Liban», a souhaité le Saint-Père.

Comme il le fait souvent, il a aussi insisté, en sortant de son texte, sur l’importance d’écouter les personnes âgées. «Qu’elles nous donnent la mystique de l’histoire, qu’elles nous donnent les fondements du pays pour le faire avancer. Elles ont la volonté de recommencer à rêver: écoutons-les, pour qu’en nous ces rêves se transforment en prophétie», a improvisé le Pape.

Paraphrasant le poète symboliste Khalil Gibran, François a aussi rappelé que pour arriver à l’aube, il n’y avait d’autre voie que la nuit. «Et dans la nuit de la crise, il faut rester unis. Que la nuit des conflits se dissipe et qu’une aube d’espérance resurgisse. Que cessent les animosités, que disparaissent les désaccords, et que le Liban recommence à rayonner la lumière de la paix», a-t-il conclu.

“Pour arriver à l’aube, il n’y a d’autre voie que la nuit”

Source: VATICANNEWS, le 1er juillet 2021

Un voyage du pape François au Liban se précise

POPE FRANCIS LEBANON
Vincenzo PINTO | AFP

Un voyage du pape François au Liban se précise

Le pape François pourrait aller au Liban entre la fin de l’année 2021 et le début de l’année 2022, a déclaré Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États de la Secrétairerie d’État, vendredi 25 juin. 

François se rendra-t-il au pays du cèdre d’ici la fin de l’année ? C’est en tout cas ce qu’a avancé Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États de la Secrétairerie d’État, lors d’une conférence de presse au Saint-Siège le 25 juin 2021. Le prélat participait à la présentation de la journée de prière pour le Liban qui aura lieu au Vatican le 1er juillet prochain.

Après la formation d’un gouvernement ?

« L’idéal », a affirmé le diplomate britannique, serait que le pape François « puisse interagir avec un gouvernement nouvellement formé » quand il se rendra au Liban. « Cela pourrait se faire avant la fin de l’année, c’est difficile à dire maintenant […] peut-être que ce sera au début de l’année prochaine », a-t-il répondu à un journaliste qui l’interrogeait sur ce voyage.

Le chef de la diplomatie vaticane a aussi ajouté qu’à ce stade il ne pouvait pas dire avec certitude « si le Pape pourrait envisager de partir sans que le gouvernement soit formé » dans le cas où les dirigeants libanais « ne parviennent pas à former un gouvernement » dans les prochains mois.

Concernant la prochaine journée de prière, Mgr Gallagher a affirmé espérer que cette réunion religieuse puisse « apporter une contribution » au processus de formation d’un nouveau gouvernement dans le pays. Cette journée réunira les principaux chefs des communautés chrétiennes du pays pour des moments de prière et de discussion.

Source: ALETEIA, le 25 juin 2021

Le Pape va réunir les responsables chrétiens du Liban 

Beyrouth et son port le 27 mai 2021 portent encore les stigmates de l'explosion d'août 2020.
Beyrouth et son port le 27 mai 2021 portent encore les stigmates de l’explosion d’août 2020.   (AFP or licensors)

Le Pape va réunir les responsables chrétiens du Liban 

Le 1er juillet, le Pape François recevra au Vatican les responsables des communautés chrétiennes du Liban pour évoquer la profonde crise que traverse le pays depuis plusieurs mois, une preuve de la préoccupation du Saint-Père pour les Libanais. Il l’a annoncé ce dimanche 30 mai à l’issue de la prière de l’angélus, place Saint-Pierre.

«Une journée de réflexion sur la situation préoccupante du pays et pour prier ensemble pour le don de la paix et de la stabilité»: le Pape François l’a annoncé lors de ses saluts aux fidèles présents place Saint-Pierre pour la prière de l’angélus, qu’il rencontrerait le 1er juillet prochain au Vatican les «principaux responsables des communautés chrétiennes au Liban».

«Je confie cette intention à l’intercession de la Mère de Dieu tant vénérée au sanctuaire de Harissa et à partir de maintenant je vous demande d’accompagner la préparation de cet événement par une prière solidaire, invoquant pour ce pays bien-aimé un futur plus serein», a poursuivi le Saint-Père.

Crise économique et sociale

Le Liban vit une crise profonde et globale depuis l’automne 2019 sans qu’aucune solution de sortie n’apparaisse. La Banque mondiale a encore rappelé en avril que le pays «endure une dépression économique sévère et prolongée»et qu’aucune amélioration n’est à attendre cette année. Dépréciation de la monnaie nationale face au dollar, récession, dette, déficit budgétaire, chômage : tous les indicateurs économiques sont dans le rouge et ont plongé une très grande partie de la population dans la pauvreté et accentuent encore plus la précarité des plus fragiles.

L’explosion dans le port de Beyrouth en août 2020 a provoqué non seulement des morts et des destructions de logements ou d’infrastructures dans la capitale, mais aussi aggravé la crise en frappant la principale porte d’entrée et de sortie économique du pays. Elle a aussi conduit à accentuer la crise politique, poussant le gouvernement à la démission.

Le Liban sans gouvernement

Depuis, le Liban n’a plus de gouvernement, l’équipe sortante gérant les affaires courantes. La discorde entre les différents partis politiques, la méfiance de la population envers l’ensemble de la classe politique, les affrontements et les morts entre manifestants exaspérés et forces de l’ordre, ne font que prolonger cette crise globale et pousser le pays au bord du précipice.

L’Église maronite, via son patriarche, le cardinal Raï, tente depuis plusieurs mois de pousser les partis à former enfin un gouvernement et à travailler au redressement du pays, sans succès. La communauté internationale, très préoccupée par l’instabilité du pays dans une région déjà marquée par la guerre en Syrie et le conflit israélo-palestinien, se penche elle aussi sur le Liban. La France a tenté une médiation, exhortant la classe politique à ne pas jouer la carte du pire. Mais tous ces efforts ont pour l’instant été vains.

L’initiative du Pape François s’inscrit donc dans ce contexte très sombre d’un pays où la communauté chrétienne est divisée en plusieurs Églises.

Source: VATICANNEWS, le 30 mai 2021

La Vierge Marie, un phare dans la tempête pour des milliers de Libanais 

La statue de Notre-Dame-du-Liban, au sanctuaire de Harissa.La statue de Notre-Dame-du-Liban, au sanctuaire de Harissa. 

La Vierge Marie: un phare dans la tempête pour des milliers de Libanais 

L’étape libanaise, ce samedi, du « marathon de prière » organisé tout au long du mois de mai à travers une trentaine de sanctuaires mariaux du monde entier, donne l’occasion de se pencher sur la confiance profonde du peuple libanais en Marie, dans les joies comme dans les peines.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Le « marathon de prière » organisé en ce mois de mai par le Conseil pontifical pour la Nouvelle Évangélisation afin de confier le monde à Marie pour l’après-pandémie fait étape ce samedi 29 mai dans un pays profondément marial: le Liban. Le Rosaire, retransmis par Vatican News, sera récité à 18h depuis le sanctuaire Notre-Dame-du-Liban à Harissa, sur les hauteurs de Beyrouth, avec une intention particulière pour les personnes consacrées.

La pandémie de coronavirus a affecté le Pays du Cèdre d’une façon particulièrement douloureuse, avec à ce jour plus de 540 000 cas recensés et plus de 7700 décès, sans compter la surmortalité induite par la saturation des systèmes de santé. Ce fléau s’est ajouté aux conséquences de l’explosion du 4 août 2020 qui avait dévasté une partie de Beyrouth et fait de nombreuses victimes, et à la crise institutionnelle qui paralyse toute prise de décision politique, le pays demeurant sans gouvernement de plein exercice depuis l’été dernier. La crise économique et sociale touche toute la population, avec des difficultés d’approvisionnement alimentaire, un chômage massif, et une insécurité croissante. Dans ce contexte difficile, pour de nombreux Libanais, la prière à Marie apparaît donc comme une indispensable source d’unité et de consolation.

Dominic Chikhani est l’initiateur d’une chaîne de prière intitulée Mary’s Heart, (le « Cœur de Marie », en français), un groupe qui rassemble près de 85 000 personnes sur Facebook, afin d’assurer un relais continu dans la prière. «Marie a toujours été, pour le peuple libanais ce phare, « Stella Maris », l’Étoile de la mer, qui guide les navires en péril vers le port de Jésus, son Fils. Elle nous demande encore une fois, dans ces temps où les ténèbres sont durs, de croire en Jésus, de ne pas perdre la foi», explique-t-il.

Une dévotion enracinée dans le quotidien des Libanais

«À chaque tournant de rue, il y a une petite statue de Marie, ou de saints, comme saint Charbel par exemple, avec une bougie allumée par le voisin ou la voisine du coin, avec un petit bouquet de fleurs. C’est surprenant de voir ces petits coins de Ciel, qui illuminent le quotidien», se réjouit-il.

À ces oratoires parfois improvisés ceci s’ajoutent les nombreuses églises qui portent le nom de Notre-Dame, du nord au sud du pays, comme par exemple Notre-Dame-de-l’Attente, un sanctuaire situé, selon la tradition, sur le lieu où Marie attendait Jésus quand il est venu prêcher dans le sud du Liban, un territoire appelé le «pays de Tyr et de Sidon», dans les récits bibliques. De nombreux Libanais situent dans cette région le premier miracle relaté dans les Évangiles, l’épisode des noces de Cana, même si la localisation exacte du lieu demeure un sujet incertain, certains archéologues le localisant plutôt en Galilée.

«Marie, c’est la femme de l’ultime recours», précise Dominic Chikhani. De nombreux Libanais vivent des expériences spirituelles très fortes, liées à leur confiance en Marie, qui les protège de nombreux maux. Marie les aide à croire en un Dieu vivant, qui a vaincu la mort, qui intervient en faveur de ceux qui lui font confiance, y compris dans la réalité physique, par des guérisons, ou en repoussant des agresseurs. L’échec des tentatives d’infiltration djihadiste, quand Daech contrôlait des zones proches de la plaine de la Bekaa, à la frontière syrienne, est ainsi attribuée par certains Libanais à la protection de Marie.

Mais au-delà de ces évènements de l’actualité, ce qui est en jeu, c’est le salut des âmes. «Le plus important, c’est de mériter le Ciel. Notre-Dame a promis que dans son Cœur immaculé, elle sera notre protection, notre voie vers le Seigneur. On ne va pas perdre la foi dans cette vallée des tènèbres et des pleurs. Elle va nous tenir la main par son Rosaire, l’arme des derniers temps, l’arme ultime, l’arme qui reste quand tout est tombé. C’est une arme spirituelle confiée à saint Dominique, un cadeau d’amour pour les chrétiens, et une arme pour repousser les ennemis visibles et invisibles», confie Dominic Chikhani.

Ce «combat qui se passe dans les âmes et dans les cœurs» doit empêcher de prendre le chemin de la corruption et de prendre au contraire celui de la sanctification. L’eucharistie et de la dévotion à Notre-Dame, à l’image de la vision de Don Bosco, doivent aider à trouver un bon chemin, dans la fidélité à l’Église catholique.

Le projet Mary’s Heart, un outil pour répandre le feu de la foi

La plateforme Mary’s Heart, qui est diffusée pour l’instant essentiellement en arabe et en anglais, mobilise actuellement 30 personnes qui prient en continu, en direct, à chaque heure de la journée, en lisant des prières, des neuvaines, des extraits des Évangiles. Elle fait partie des fruits positifs de la pandémie, puisqu’elle est née du besoin de garder un lien entre quelques groupes de prière qui ne pouvaient plus se réunir physiquement en raison du confinement.

Le projet, qui n’impliquait au départ que quelques groupes de prière au Liban, s’est finalement répandu à travers tout le Moyen-Orient et à travers la diaspora arabe chrétienne dans le monde entier. L’enjeu est de transmettre la passion du salut des âmes, en se tournant vers les autres. «Bien entendu, il faut partir de soi, on ne peut pas exporter un amour qui n’existe pas chez nous, mais il faut avoir le souci des autres», notamment en priant pour les pécheurs, en offrant pour eux des actes de réparation et de sacrifice.

Près de 90 000 personnes suivent ce groupe. Avec les décalages horaires et les niveaux d’engagements des différents followers, à chaque instant, des centaines de personnes prient ensemble. «Cette étincelle a pris feu dans leur coeur», explique Dominic Chikhani, qui a aussi lancé en mars une démarche intitulée « Un million de chapelets pour le salut du Liban et du monde ».

Non pas revenir à la normale, mais diffuser la paix de Jésus

«On prie pour la paix dans le monde, mais la paix de Jésus-Christ: on ne souhaite pas revenir à la normale, mais aller vers un monde dans laquelle la vraie paix que personne ne peut prendre existe dans chaque cœur, pour l’autre, pour la Vérité avec un grand V, la Vérité de Jésus, au sein de l’Église catholique», martèle-t-il.

L’initiative a été lancée le 19 mars pour la fête de saint Joseph et devrait se terminer le 8 décembre, pour la fête de l’Immaculée Conception. 25% de la période est passée, et déjà 250 000 chapelets ont été dits. Le rythme est donc tenu. Cette fidélité dans le rythme de prière donne à Dominic Chikhani l’impression que le monde vit «l’heure de Marie» imaginée par les grands saints mariaux comme saint Alphonse de Liguori, saint Louis-Marie Grignion de Montfort et saint Charbel. Une autre démarche intitulée « Rosary Rally » a également été lancée, impliquant notamment des catholiques d’Irlande et des États-Unis.

L’initiative du marathon de prière proposé par le Pape François, et dans lequel s’inscrit donc le Rosaire de samedi soir au sanctuaire de Notre-Dame-de-Liban, s’inscrit aussi dans cette dynamique de confiance en Marie pour demander le salut des âmes. Ce foisonnement d’initiatives mariales réjouit Dominic Chikhani. Pour lui, cela montre que «l’Esprit Saint travaille encore, et que son feu surgit de plus belle».

Le témoignage de Dominic Chikhani

Source: VATICANNEWS, le 28 mai 2021