Plus de deux mille martyrs victimes des « Rouges » lors de la guerre civile espagnole

CNS photo/Reuters – Durant la béatification au Vatican de 2007 martyrs de la guerre civiles espagnole, des étudiants portent les portraits de prêtres assassinés.

De Dawn Beutner sur The Catholic World Report:

Martyrs du communisme de la guerre civile espagnole

Il y a plus de deux mille martyrs de la guerre civile espagnole dans le calendrier actuel de l’Église, datant de 1934 à 1939.

23 juillet 2022

L’année 1936 marque le début d’une horrible guerre civile en Espagne.

Peut-être que, comme moi, vous ne vous souvenez pas d’avoir appris la guerre civile espagnole en cours d’histoire au lycée. Après tout, le nombre de victimes de la guerre civile espagnole semble faible (un million tout de même ! ndB) par rapport aux millions de morts de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale, ainsi que des nombreux autres conflits sanglants du XXe siècle. Il n’est pas surprenant que les manuels d’histoire se concentrent davantage sur les guerres aux causes plus simples et au bilan plus lourd.

Quels sont les événements qui ont conduit à la guerre civile espagnole ? En 1931, le roi d’Espagne s’est enfui en Angleterre, et le gouvernement qui a été mis en place peu après a été généralement décrit comme inefficace. Deux camps se sont formés pour tenter de prendre le contrôle du pays : les républicains et les nationalistes. Le reste de l’histoire est compliqué (1) mais mérite d’être compris.(2) Cependant, pour les catholiques fidèles d’Espagne, le choix était clair.

Les dirigeants républicains étaient en grande partie une alliance de socialistes, de communistes et d’anarchistes. Leur objectif premier n’était pas d’assurer la transition pacifique de leur pays vers un meilleur mode de vie pour tous les Espagnols, mais de mener une révolution violente qui renverserait le gouvernement en place et établirait une forme d’État communiste. Quels que soient les reproches que l’on puisse faire au leader nationaliste Francisco Franco et à son règne ultérieur en tant que dictateur fasciste de l’Espagne, pour les catholiques espagnols à l’époque de la guerre, il n’y avait pas de véritable alternative. Les Républicains suivaient le même plan de bataille que celui utilisé dans toutes les autres révolutions communistes, et l’une des tactiques les plus connues dans cette lutte était de tuer les chrétiens.

En Espagne, cela signifiait tuer les catholiques. Suivant la stratégie évidente selon laquelle il est plus efficace d’exécuter les dirigeants de ceux qui s’opposent à vous, plutôt que la base, les républicains ont particulièrement recherché toute personne portant une soutane ou un habit religieux.

C’est pourquoi le bienheureux Joan Huguet Cardona a été tué. Il n’avait été ordonné prêtre que depuis un mois lorsque les miliciens républicains sont entrés dans sa ville de Ferreries. Comme il portait une soutane, ils l’ont trouvé rapidement, l’ont arrêté, l’ont obligé à enlever sa soutane et lui ont ordonné de cracher sur un objet de dévotion (une sorte de chapelet) qu’il portait. Lorsqu’il a refusé de le faire, il a été abattu. Cela s’est passé le 23 juillet 1936.

Il est vrai que la persécution anticatholique sévissait dans tout le pays depuis plusieurs années, et on aurait pu s’attendre à ce que le pauvre jeune prêtre soit mieux préparé. Mais le supérieur d’un monastère passioniste dans la ville de Daimiel savait très bien que la situation était devenue dangereuse à cette même date du 23 juillet. Que pouvait-il faire pour protéger les autres prêtres et frères religieux passionistes, ainsi que les jeunes gens qui étudiaient pour devenir passionistes et qui étaient tous sous sa responsabilité ? Lorsque ce supérieur, le bienheureux Nicéforo de Jésus et Marie (né Vicente Diez Tejerina), entendit des hommes armés s’approcher alors que les passionistes étaient en prière ensemble, il les avertit qu’ils étaient face à leur propre Gethsémani et leur donna l’absolution et la communion. Certains de ces vingt-six hommes ont été abattus immédiatement ; les autres ont été autorisés à partir mais ont été suivis par les républicains et finalement retrouvés et tués. Des témoins ont indiqué qu’ils avaient pardonné à leurs meurtriers avant d’être exécutés.

Le 23 juillet également, la milice républicaine est arrivée dans un monastère de religieuses Minim à Barcelone. La Bienheureuse Mère Maria Montserrat Garcia Solanas, qui était leur supérieure, ainsi que huit autres religieuses Minimes et une laïque qui assistait les religieuses, ont tous été abattus.

Le même jour, tard dans la nuit, le bienheureux Lluis Janer Riba, un prêtre diocésain, a été réveillé par des miliciens républicains devant sa fenêtre qui lui ont ordonné de descendre sur la place de la ville. Lorsqu’il est arrivé en bas, ils l’ont abattu.

Ce même jour, dans la région de Tolède, les bienheureux Pedro Ruiz de los Panos et Josep Sala Pico ont été arrêtés. Ils étaient tous deux membres des Prêtres ouvriers diocésains, une fraternité sacerdotale qui se consacre à l’encouragement des vocations. Ils ont eux aussi été sommairement tués par les républicains.

Dans la région de Cordoue, en Espagne, à la même date, un groupe de quatre prêtres diocésains, un séminariste, un mari et une femme (tous sont désormais honorés du titre de « bienheureux ») ont été capturés par des miliciens républicains et exécutés.

Notez que dans tous ces cas, il n’y a jamais eu la moindre prétention à un procès. Le simple fait d’être un prêtre catholique ou un fidèle catholique était une raison suffisante pour être abattu à vue. Ils n’ont pas été exécutés pour activisme politique, pour un quelconque crime connu – aucun d’entre eux n’était même armé – ou pour atteindre un objectif tactique dans la guerre. Ils étaient simplement haïs pour leur foi en Jésus-Christ. Bien sûr, cela rend relativement facile pour l’Église de les reconnaître officiellement comme martyrs.

Le calendrier actuel de l’Église compte plus de deux mille martyrs de la guerre civile espagnole, datant de 1934 à 1939. Contrairement aux siècles précédents où les dossiers personnels détaillés pouvaient être très limités, chacun de ces milliers de martyrs peut être identifié par son nom, sa date de naissance, et même généralement par des photos. Le pape François a béatifié un groupe de dominicains morts en martyrs à Almagro pas plus tard qu’en juin 2022, et il existe de nombreux autres martyrs documentés de la guerre civile espagnole qu’il pourrait également béatifier, s’il décidait de le faire.

Que nous apprend cette effroyable litanie de martyrs d’un seul jour – le 23 juillet 1936 ? Elle nous enseigne le respect de la vertu héroïque de quarante-sept personnes qui n’ont pas abandonné leur foi catholique même face à la mort. Elle nous rappelle aussi que le communisme et notre foi catholique sont toujours et partout incompatibles.

Mais nous ne pouvons pas défendre notre foi catholique ou nos martyrs si nous ne prenons pas le temps de comprendre notre histoire et leurs récits. Une fois que nous aurons compris certaines des complexités de la guerre civile espagnole (qui, il est vrai, ne sont pas seulement évoquées ici), nous serons mieux équipés pour répondre à la propagande moderne contre notre foi et nos héros. Et lorsque nous serons mis au défi de renier notre foi de bien moins de façons que ne l’ont fait ces martyrs, nous serons plus enclins à imiter leur courage et leur fidélité.

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1. Le camp républicain était soutenu de l’extérieur par la Russie communiste et encensé par les progressistes occidentaux. D’autre part, le camp nationaliste était soutenu à l’extérieur par l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie, mais aussi à l’intérieur par des catholiques fidèles qui défendaient la tradition espagnole et la monarchie.

2. Les ouvrages The Rise and Fall of the Communist Revolution et The Crisis of Christendom du Dr Warren Carroll offrent d’excellentes explications sur l’histoire de la guerre civile espagnole.

Source: The Catholic World Report, le 22 juillet 2022

Le Pape reconnaît le martyre de cinq prêtres tués pendant la Commune

commune de paris
© Collection particulière – Photomontage d’Eugène Appert mettant en scène l’exécution des otages lors de la semaine sanglante de la Commune de Paris.

Le Pape reconnaît le martyre de cinq prêtres tués pendant la Commune

Le pape François a reconnu le martyre de cinq prêtres français tués en haine de la foi en 1871 pendant la Commune, a indiqué le Bureau de presse du Saint-Siège ce jeudi 25 novembre.

Le pape François a autorisé la promulgation par la Congrégation pour les causes des saints d’un décret reconnaissant notamment le martyre de cinq prêtres français tués en haine de la foi en 1871 pendant la Commune de Paris, annonce le Bureau de presse du Saint-Siège le 25 novembre 2021. Il s’agit des pères Henri Planchat, Ladislas Radigue, Polycarpe Tuffier, Frézal Tardieu, Marcellin Rouchouze.

Cette décision du Saint-Siège ouvre la voie à leur prochaine béatification, dernière étape sur le chemin de la sainteté avant une canonisation. La béatification est habituellement célébrée dans le pays d’origine des bienheureux par un représentant du pontife, la plupart du temps le préfet de la Congrégation pour les causes des saints.

Tous tués pendant la « Semaine sanglante »

Le premier martyr est le père Henri Planchat. Né en 1823, il rejoint les Frères de Saint Vincent de Paul et est ordonné en 1850. Il poursuit ses études en Italie et revient en France pour exercer son ministère pastoral dans plusieurs villes françaises. En 1863, il est transféré à Paris où il s’occupe des plus pauvres, des blessés de guerre et des malades. Arrêté le 6 avril 1871 par les autorités de la Commune de Paris, il est fusillé le 26 mai de la même année. 

Le père Ladislas Radigue est aussi né en 1823. Il a intégré la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie et de l’Adoration perpétuelle du Saint Sacrement en 1843, avant d’être ordonné en 1848. Il devient le Supérieur de la maison mère de cette congrégation située à Picpus, dans l’est de Paris. Arrêté le 12 avril 1871 par les autorités de la Commune, il est fusillé le 26 mai avec les quatre autres prêtres.

Le père Polycarpe Tuffier, né en 1807, est lui aussi membre de la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie depuis 1823. Ordonné en 1830, il est longtemps aumônier à Paris puis devient procureur de sa congrégation dans la maison mère de Picpus. Comme le Père Ladislas Radigue, il est fusillé le 26 mai. 

Le père Marcellin Rouchouze, né en 1810, est aussi membre de la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. Ce professeur de latin, de mathématiques et de philosophie est envoyé en Belgique pour travailler dans les collèges de la congrégation et est ordonné prêtre en 1852. Présent à Paris pendant la Commune, il est fusillé avec ses confrères le 26 mai 1871. 

Le père Frézal Tardieu, né en 1814, est lui aussi membre de la Congrégation des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie. Ordonné en 1840, il était enseignant en théologie dogmatique et conseiller général de la Congrégation dans la maison mère de Picpus à Paris quand il est arrêté puis fusillé le 26 mai 1871. 

La Commune, adversaire de la foi

La Congrégation pour les causes des saints explique que la haine de la foi était « la motivation dominante des actions des bourreaux » de ces cinq prêtres. « La Commune, en plus des exigences sociopolitiques, avait des implications antireligieuses évidentes », considère le dicastère, certains Communards percevant la religion comme « un obstacle à éliminer ». 

La haine de la foi est en outre confirmée par « la férocité perpétrée contre les religieux par la foule en colère et le pillage des lieux et du mobilier servant au culte », ainsi que les profanations eucharistiques. Tous les martyrs étaient en outre « conscients du risque qu’ils couraient ».

Source: ALETEIA, le 25 novembre 2021

De nouveaux martyrs de la guerre d’Espagne béatifiés

Benet da Santa Coloma De Gramenet, et ses compagnons, tués en 1936 durant la guerre civile espagnole.Benet da Santa Coloma De Gramenet, et ses compagnons, tués en 1936 durant la guerre civile espagnole. 

De nouveaux martyrs de la guerre d’Espagne béatifiés

Le cardinal Marcello Semeraro a présidé ce samedi, à Manrese, la messe de béatification de Benet da Santa Coloma De Gramenet et de deux compagnons. «Tous trois ont été mis à mort sans aucun procès, mais uniquement parce qu’ils étaient chrétiens» a rappelé le préfet de la Congrégation pour la cause des saints.

Amedeo Lomonaco -Cité du Vatican

Le 6 novembre, l’Église espagnole célèbre 2053 martyrs de la persécution religieuse au XXe siècle dans le pays. Ce samedi, Benet da Santa Coloma De Gramenet, Josep Oriol da Barcelona et Domènec da Sant Pere de Ruidebitllets, de l’Ordre des Frères Mineurs Capucins, ont été élevés aux honneurs des autels. Martyrisés en 1936 pendant la guerre civile espagnole, ils ont vécu dans une période marquée par un climat hostile à l’Église. Des épisodes de persécution avaient déjà été enregistrés dans le pays depuis le début des années 30 dans la région des Asturies. Mais c’est avec le déclenchement de la guerre civile que la persécution contre l’Église devient systématique et féroce. À Manrèse, en Catalogne, après le 18 juillet 1936, une persécution sanglante a commencé contre les prêtres, les religieux et religieuses et les laïcs. Quatre jours plus tard, le 22 juillet 1936, le couvent où vivaient Benet de Santa Coloma de Gramenet, Josep Oriol de Barcelone et Domènec de Sant Pere de Ruidebitllets est occupé, dévasté et incendié. Obligés de se réfugier chez des parents et des amis, les trois frères capucins, à des dates différentes et dans des circonstances similaires, ont été enlevés, torturés et assassinés.

Semeraro : sur le visage de chaque martyr un trait du Christ

Au cours de la messe de béatification célébrée dans la basilique de Santa Maria de la Seu, à Manrèse, le cardinal Marcello Semeraro, préfet de la Congrégation pour la cause des saints, a rappelé que «tous trois ont été mis à mort sans aucun procès, mais uniquement parce qu’ils étaient chrétiens». Lorsque la guerre civile a éclaté, «ils ont été capturés et soumis à des coups et des humiliations». Le père Benet a également été «invité à blasphémer et à renier sa foi dans le Christ». Leur histoire, a dit le cardinal dans son homélie, ressemble à celle de tous les autres martyrs ; une histoire qui, cependant, bien que répétée pendant des siècles jusqu’à aujourd’hui dans l’histoire de l’Église, est toujours une histoire singulière, parce que chacun est, devant Dieu, unique et irremplaçable et, en Jésus-Christ, toujours appelé par son nom unique. Le cardinal Semeraro a ajouté : «Dans le visage de chaque martyr, nous trouvons un aperçu original du visage du Christ : c’est toujours lui qui accorde à chacun la fermeté de la persévérance et donne la victoire dans la bataille». Les trois nouveaux bienheureux, par des chemins différents, sont arrivés à Manrese où leurs vies se sont entremêlées avec le chemin du martyre.

Benet de Santa Coloma de Gramenet

Né le 6 septembre 1892 dans le village de Santa Coloma de Gramenet, au sein d’une famille d’agriculteurs humble et profondément catholique, Benet ressent l’appel au sacerdoce en 1903 et entre au petit séminaire de Barcelone. Après quelques années, il a revêtu l’habit capucin le 18 février 1909 au noviciat de la province de Barcelone d’Arenys de Mar et a fait sa première profession le 20 février 1910. Il a été ordonné prêtre le 29 mai 1915. Sa vie religieuse s’est déroulée dans les deux maisons de formation d’Igualada et de Manrèse.

Josep Oriol de Barcelone

Né à Barcelone le 25 juillet 1891, Josep Oriol est entré au séminaire de la ville catalane. Se sentant fortement attiré par la vie capucine, il commença son noviciat le 21 octobre 1906, poursuivant sa formation dans le couvent d’Igualada et plus tard dans ceux d’Olot et de Sarriá à Barcelone. Il a été ordonné prêtre le 29 mai 1915. Il a enseigné la liturgie, l’hébreu et l’histoire ecclésiastique dans l’étude théologique de Sarriá. En 1925, il est envoyé au couvent de Manrèse. Il s’y consacre à la prédication, au ministère de la confession et à la direction spirituelle.

Domènec da Sant Pere de Ruidebitllets

Né le 11 décembre 1882 dans une famille d’agriculteurs, Doménec est entré au séminaire de Barcelone en 1897. Il a terminé ses études philosophiques et théologiques et a été ordonné prêtre le 25 mai 1907. L’année suivante, le 3 octobre 1908, il entre au noviciat des Capucins. Pendant la période de formation initiale à la vie capucine, il s’est consacré avec fruit à la prédication et au ministère de la confession. En 1913, il est parti comme missionnaire au Costa Rica et au Nicaragua. Il est ensuite retourné en Catalogne en 1930. Il est d’abord affecté au couvent de Sarriá, puis à Arenys de Mar et enfin à Manrèse.

Source: VATICANNEWS, le 6 novembre 2021

A Cordoue, la béatification de Juan Elias Medina et ses 127 compagnons, martyrs

Juan Elias Medina et ses 127 compagnons, martyrs durant la guerer civile espagnole (1936-1939)Juan Elias Medina et ses 127 compagnons, martyrs durant la guerer civile espagnole (1936-1939) 

A Cordoue, la béatification de Juan Elias Medina et ses 127 compagnons, martyrs

Un pan de l’Histoire dont la mémoire peut devenir un lieu d’évangélisation dans des contextes sécularisés : tel a été le témoignage des martyrs de la guerre civile espagnole du début du XXe siècle, selon les mots du cardinal Marcello Semeraro, préfet de la Congrégation pour les causes des saints, qui a présidé samedi matin la messe de béatification dans la cathédrale de Cordoue.

Gabriella Ceraso – Cité du Vatican

C’est en novembre 2020 que le Pape François a promulgué les décrets de béatification de ces 127 martyrs, tués en haine de la foi à Cordoue, durant la guerre civile espagnole (1936-1939).

Il s’agissait de prêtres, dont Juan Elias Medina, mais aussi de religieux et de laïcs, dont les exécutions brutales s’inscrivaient dans le climat de persécution que la milice républicaine avait instauré contre tous ceux qui osaient professer leur appartenance à l’Église catholique. Certains d’entre eux étaient impliqués dans des activités ecclésiastiques ou étaient membres d’associations telles que l’Action catholique ou l’Adoration nocturne du Saint-Sacrement. Don Juan Elias lui-même a apporté réconfort et assistance spirituelle à ses compagnons pendant ses jours d’emprisonnement. Et la foi qu’ils ont confessée, ils l’ont portée dans leur cœur jusqu’au moment de la mort, l’exprimant fièrement par les mots “Viva Cristo Rey” (Vive le Christ -Roi), avant d’accorder leur pardon à leurs bourreaux.

Les élus du Seigneur

Mais quelle est cette haine du monde et qui sont ces martyrs ? Dans son homélie, le cardinal Marcello Semeraro, préfet de la Congrégation pour les causes des saints, a parlé d’eux comme étant «choisis» par le Seigneur, c’est-à-dire «retirés du monde», et pour cette raison même haïs : «Dans la haine du monde, il y a donc comme la jalousie et l’envie de ceux qui ont perdu leur proie, de ceux à qui on l’a enlevée. Voici donc le double engagement que la parole du Seigneur entend susciter dans notre volonté : s’éloigner du “monde”, qui désigne ici le groupe de ceux qui préfèrent les ténèbres à la lumière, l’erreur à la vérité, l’amour à la haine ; et puis, aussi, veiller à ne pas se laisser ensorceler par la nostalgie du péché.» 

La lumière, l’amour, la vérité, le détachement du péché ont ainsi marqué la vie des disciples, ainsi que celle de ces frères, mais aussi la «proximité de Dieu» : «Le scénario ouvert par l’annonce de la haine du monde est exactement le contraire de l’autre parole réconfortante et pleine de promesses : “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique”. Il nous semble alors entendre l’écho de l’hymne pascal : “Mors et vita duello conflixere mirando … La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux : le maître de la vie mourut ; vivant, Il règne”. C’est cette conscience qui a animé nos martyrs, dont beaucoup, comme l’a rappelé l’évêque de Cordoue Adolfo Pérez y Muñoz, ont crié “Vive le Christ Roi” au moment de leur mort.»

Détestés par le monde parce qu’ils appartiennent à Jésus

Le cardinal prévient toutefois que la haine du monde ne doit pas être confondue avec une «difficulté» ou une adversité «qui ne vient pas du fait que nous sommes de vrais disciples du Seigneur, mais qui est la conséquence de notre infidélité, du fait que nous sommes entrés dans la logique du monde». La haine du monde n’est, explique-t-il, que la «violence qui nous atteint parce que nous appartenons au Seigneur». A cause de son nom. C’est à cause de cette certitude intérieure que le chrétien en vient même à être heureux de souffrir, comme nous le lisons dans les Actes des Apôtres, explique encore le cardinal. C’est pourquoi, ajoute-il «la haine du monde est inséparable de la vie de disciple de Jésus et constitue aussi sa meilleure apologie».

La vie et l’histoire des 127 martyrs espagnols que l’Église a déclaré bienheureux, s’inscrivent dans ce contexte : une telle variété de profils humains «s’exprime dans la multiplicité des vies quotidiennes, avant d’atteindre le sommet du martyre qui scelle de son sang toute l’existence». Et le cardinal Semeraro de conclure : «Nous sommes confrontés à un pan de l’Histoire dont la mémoire peut devenir un lieu d’évangélisation dans des contextes sécularisés. C’est le témoignage d’une Église circumdata varietate. C’est comme l’explosion de la Pentecôte, l’accomplissement de la prophétie de Joël : l’Esprit Saint se répand sur tous : jeunes et vieux, fils et filles, et quiconque invoque le nom du Seigneur sera sauvé».

A l’issue de l’Angélus ce dimanche, le Pape François a évoqué la mémoire de ces martyrs : «Que leur fidélité nous donne à tous, en particulier aux chrétiens persécutés dans les différentes parties du monde, la force de témoigner courageusement de l’Évangile», a-t-il lancé avant d’inviter les fidèles réunis sur la Place Saint-Pierre à applaudir les nouveaux bienheureux.

Source: VATICANNEWS, le 18 octobre

Il y a 150 ans, le chemin de croix du père Planchat

Un photomontage d'Eugène Appert représentant le massacre de la rue Haxo, le 26 mai 1871 à Paris. (Wikimedia Commons)Un photomontage d’Eugène Appert représentant le massacre de la rue Haxo, le 26 mai 1871 à Paris. (Wikimedia Commons) 

Il y a 150 ans, le chemin de croix du père Planchat

Ce 26 mai marque le 150e anniversaire du massacre de la rue Haxo, lors duquel 50 prisonniers périrent, exécutés par la Commune deux jours avant la reprise totale de Paris par les troupes versaillaises d’Adolphe Thiers. Parmi les victimes de ce massacre figurent 10 ecclésiastiques, dont le père Henri Planchat (1823-1871), religieux de Saint-Vincent-de-Paul actif dans l’évangélisation du monde ouvrier, et dont la cause de béatification est actuellement en cours.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Victime paradoxale d’un régime qui prétendait défendre les plus pauvres, le père Henri Planchat fut un précurseur du catholicisme social, qui allait trouver à la fin du XIXe siècle une reconnaissance et un élan encouragé au sommet de l’Église grâce à l’encyclique de Léon XIII, Rerum Novarum. Premier prêtre ordonné au sein de la congrégation des religieux de Saint-Vincent-de-Paul, le père Planchat a consacré son sacerdoce à lutter pour la justice sociale, aux côtés des ouvriers et de leurs familles dans les quartiers populaires de Grenelle puis de Charonne.

Issu d’un milieu bourgeois et intellectuel, cet étudiant en droit à Paris découvre sa vocation en se mettant au service des plus démunis aux côtés des membres de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, fondée en 1833 par le bienheureux Frédéric Ozanam (1813-1853) à partir de l’héritage spirituel du grand apôtre de la charité. Ordonné prêtre en 1850 (le premier à recevoir l’ordination parmi les religieux de Saint-Vincent-de-Paul), le père Planchat choisit de servir humblement le peuple de Paris, victime des injustices causées par la révolution industrielle et par le matérialisme de la bourgeoisie, dont l’avidité avait été libérée par le mot d’ordre de François Guizot, chef du gouvernement du roi Louis-Philippe : «Enrichissez-vous!».

Durant plus de 20 ans, le père Planchat participera à des propositions pastorales très innovantes pour l’époque: patronages pour les apprentis, incubateurs économiques, bibliothèques populaires, clubs ouvriers, œuvres au service des familles immigrées… Les religieux de Saint-Vincent-de-Paul voulaient alors soulager la misère des pauvres et les ramener à la foi par la charité. C’est pourtant au nom d’une supposée affiliation de l’Église catholique à la bourgeoisie que le père Planchat sera exécuté par les communards.

Un contexte de guerre civile

La Commune de Paris s’était formée en 1871, sur le modèle de la Commune de 1792 qui avait alors renversé le roi Louis XVI. Au terme de l’hiver 1870-71, le contexte est celui d’une France exsangue, profondément humiliée et déchirée: les armées prussiennes, après avoir vaincu triomphalement l’empereur Napoléon III à Sedan, campent aux portes de Paris. Les corps constitués de la IIIe République, proclamée le 4 septembre 1870, sont réfugiés à Versailles. Dans la capitale, la Garde nationale refuse d’accepter la défaite et, organisée en fédération, fonde la Commune le 26 mars 1871, cherchant à établir une République démocratique et sociale tout en rêvant de repousser l’envahisseur. C’est dans le contexte de cette dissidence qu’une brève mais cruelle guerre civile va opposer les « communards » (appelés aussi les « fédérés ») aux « Versaillais », affiliés au chef de l’État Adolphe Thiers, qui deviendra ensuite président de la République.

Réagissant aux défaites sanglantes infligées par l’armée versaillaise, qui procède à des exécutions sommaires, la Commune adopte le 5 avril 1871 le « décret des otages », stipulant que toute personne soupçonnée de complicité avec le gouvernement de Versailles sera immédiatement emprisonnée et jugée dans les 48 heures par un grand jury. Alors que le nouveau régime républicain au pouvoir à Versailles n’a en réalité aucune sympathie pour l’Église catholique, le clergé se retrouve objet d’une hostilité de principe des dirigeants de la Commune, dont beaucoup sont mus par une idéologie anticléricale. «Pour Auguste Blanqui, il fallait éliminer le monothéisme, il fallait éliminer la religion. Pour lui, la religion c’était l’opium du peuple», explique le père Yvon Sabourin, religieux de Saint-Vincent-de-Paul et postulateur de la cause de béatification du père Planchat.

Le lendemain de ce décret, le Jeudi Saint, 6 avril, au début du Triduum pascal, le père Planchat est arrêté et immédiatement emprisonné. Dans une lettre à son frère, trois jours avant sa mort, après s’être confessé, il demande de prier «pour tous les hôtes de la prison», incluant donc ses geôliers dans ses intentions. Il ajoute: «Notre sacrifice est accompli».

Les combats s’intensifient durant la «semaine sanglante» du 21 au 28 mai, qui se terminera par la victoire des Versaillais après des combats au corps-à-corps, qui feront des milliers de morts. Dans ce contexte de chaos, le 26 mai sera la date du calvaire du père Planchat et de ses compagnons d’infortune, parmi lesquels neuf autres hommes d’Église et 36 gendarmes. Extirpés de la prison de la Roquette, ils vivront une marche particulièrement humiliante sous les huées de la foule, jusqu’à leur exécution.

Un chemin d’humiliation, à l’image de la passion du Christ

«En sortant de la prison, ils croisent une foule haineuse qui crie: à bas les curés, les calotins, fusillez-les!», raconte le père Sabourin.  Le chemin va durer trois kilomètres, à travers des rues qui vont mener jusqu’à la mairie du XXe arrondissement. Le maire ordonne alors de les fusiller au poste de commandement de la rue Haxo, qui sera deux jours plus tard le dernier lieu de retranchement des chefs de la Commune.

Ce moment à la fois tragique et festif prend la forme d’une kermesse macabre. «Des centaines de personnes suivent le cortège, une fanfare les accompagne avec des tambours. C’est vraiment impressionnant. Dans le quartier, il y a à la fois des gens haineux qui veulent la mort des prêtres, et des gens qui pleurent, notamment les enfants du patronage», explique le père Sabourin, qui a pu lire les témoignages de nombreux témoins directs de ces évènements.

Le cortège se déroule dans un climat confus et fébrile, le sort des otages suscitant de vives tensions parmi les dirigeants de la Commune eux-mêmes. Certains membres du courant socialiste s’opposent, sans succès, à l’exécution des religieux. «Les otages sont conduits jusqu’à la rue Haxo. Sur le balcon, les chefs communards discutent. Certains prennent la défense des prêtres et ne veulent pas les exécuter, d’autres veulent laisser faire… Cela fait penser au chemin de croix du Christ. C’est comme avec Pilate qui s’en lave les mains», remarque le père Sabourin.

«La foule est là. Une jeune cantinière, très vindicative, tire un coup de revolver, et finalement le commandant donne l’ordre de fusiller les otages, dix par dix. C’est un véritable massacre. Certains corps reçoivent jusqu’à 72 coups de baïonnette. Le père Planchat reçoit huit balles de fusil. On lui a cassé les cervicales avec une baïonnette. On lui a brisé les bras. Son corps, encore intact aujourd’hui, exhumé en 2017, nous montre toute cette violence, résultat de la haine qui habite le cœur des gens qui ne savent pas ce qu’ils font.» «Laissez-moi prier!» sera le dernier mot du père Planchat avant qu’il ne s’effondre, agrippé à un militaire.

Une cause relancée en 2005

Après 1871, le père Planchat et ses compagnons feront rapidement l’objet d’une dévotion locale, mais la procédure en béatification lancée peu après leur mort s’est ralentie en raison de différents évènements qui ont secoué la France: la séparation de l’Église et de l’État, les expulsions des congrégations religieuses, ou encore les deux guerres mondiales. Plus récemment, le climat politique post-Mai 68 a favorisé une vision « romantique » de la Commune de Paris, ce qui rendait difficile, pour le grand public, une compréhension objective de ces évènements et de leur caractère tragique.

Ce 150e anniversaire donne donc l’occasion de redonner une visibilité à cette tragédie oubliée, dans l’espoir que la reconnaissance formelle du martyre puisse ouvrir la voie à une ultérieure béatification. Depuis 2005, le travail historique a été relancé. «La cause des martyrs de la Commune semble une cause oubliée», regrette le père Sabourin, qui précise que la positio, c’est-à-dire le rapport du postulateur, n’est pas un jugement historique sur la Commune, mais une reconnaissance du don de la vie de ces prêtres exécutés.

«On a retrouvé son corps les yeux ouverts, tournés vers le ciel. Nous avons une admiration devant ce signe qui nous montre non pas la haine, mais l’amour. Cette cause n’a pas pour objectif de chercher des coupables, mais de montrer de bons prêtres, qui ont donné leur vie. C’est montrer à quel point l’amour est plus fort que la haine. Le sang des martyrs est semence de chrétiens», souligne le père Sabourin.

Ce prêtre est une source d’inspiration personnelle pour son engagement comme religieux de Saint-Vincent-de-Paul. «Le père Henri Planchat avait un ministère extraordinaire, il était connu des gens, il avait gagné le cœur de la population ouvrière», ce qui était exceptionnel pour l’Église de l’époque. «C’est celui qui avait le plus d’amour pour les pauvres, les ouvriers, les immigrés italiens de ces quartiers. Les Frères de Saint-Vincent-de-Paul allaient dans les quartiers populaires de Grenelle, de Charonne. Aujourd’hui aussi, il faut aller à la rencontre des gens, en faisant du porte-à-porte, du cœur à cœur, et non pas attendre qu’ils viennent dans nos églises», souligne le postulateur.

Les commémorations à Paris

Plusieurs évènements sont organisés cette semaine dans le cadre de cette commémoration. Le père Yvon Sabourin tiendra une conférence ce jeudi 27 mai à 18h dans l’église construite sur le lieu du massacre du 26 mai 1871, l’église Notre-Dame-des-Otages, au 81 rue Haxo.

Le samedi 29 mai se tiendra une marche des martyrs, le long du parcours que suivirent les otages, avec un départ à 17h depuis le square de la Roquette, l’ancien site de la prison de la Roquette jusqu’à la rue Haxo. Enfin, le dimanche 30 mai à 11h se tiendra une messe solennelle présidée par l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, en l’église Notre-Dame-des-Otages.

La cause du père Planchat est associée à celle de quatre religieux de Picpus assassinés avec lui. De nombreux autres prêtres figurent parmi les victimes de la Commune, parmi lesquels des jésuites, des dominicains, des prêtres diocésains, et l’archevêque de Paris en personne, Mgr Georges Darboy, exécuté le 24 mai 1871 à la prison de la Roquette.

Plus de renseignements sont à retrouver sur le site du diocèse de Paris.

Source: VATICANNEWS, le 26 mai 2021

Le clergé de Xinxiang décimé par le gouvernement chinois

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P.RAZZO/CIRIC – Messe dominicale dans l’église Notre Dame de Chine, Paris.

Le clergé de Xinxiang décimé par le gouvernement chinois

Les autorités chinoises ont arrêté entre le 20 et le 21 mai à Xinxiang, dans le nord de la Chine, un évêque nommé par le Vatican ainsi que sept prêtres et dix séminaristes.

Nouvelle vague de répression en Chine. Alors que le monde a prié ce 24 mai pour l’unité des chrétiens en Chine, Pékin durcit les persécutions à l’égard des catholiques. En deux jours, le 20 et le 21 mai, les autorités ont arrêté un évêque, sept prêtres et une dizaine de séminaristes. Il s’agit de Mgr Joseph Zhang Weizhu, 63 ans, évêque de la préfecture apostolique de Xinxiang. Située dans le nord du pays, elle compte environ 100.000 fidèles. Évêque depuis 1991, il est reconnu par le Saint-Siège mais pas par le gouvernement chinois et est donc, à ce titre, considéré comme un criminel.

Une centaine de policiers mobilisés

Dix prêtres ont également été arrêtés car considérés comme criminels et parce qu’ils ont refusé de signer l’adhésion à l’Association patriotique des catholiques chinois (APCC), séparée de Rome, ainsi que la soumission au Parti communiste chinois (PCC). L’arrestation s’est déroulée à Shaheqiao, dans la province du Hebei, au sud de Pékin. Une dizaine de séminaristes ont également été arrêtés et remis à leur famille avec interdiction de poursuivre leurs études ecclésiastiques. Plus de 100 policiers ont été mobilisés pour participer à cette opération.

Plusieurs sources rapportent que la police, à la recherche des prêtres, a également fait du porte à porte afin de fouiller les logements. Ceux qui y ont découvert des signes attribuables à la foi catholique (croix, statues, images pieuses, photos du Pape…) ont donné une amende à leurs propriétaires et les objets ont été saisis et détruits.

Pour mémoire, depuis quelques mois Pékin a mis en œuvre une nouvelle réglementation autorisant les activités religieuses, y compris les séminaires, à condition qu’elles se tiennent dans des lieux enregistrés et contrôlés par le gouvernement. Les membres du clergé ne peuvent exercer leur ministère qu’à condition d’adhérer à l’APCC et de se soumettre au PCC.

Source: ALETEIA, le 25 mai 2021

À Casamari, la béatification de six moines cisterciens

Icône des martyrs de CasamariIcône des martyrs de Casamari  (RAPH@SUOR)

À Casamari, la béatification de six moines cisterciens

Dans les pages de L’Osservatore Romano, le postulateur général de l’ordre cistercien, le père Pierdomenico Volpi, présente quelques traits caractéristiques des six religieux – Siméon, Modeste, Mathurin, Albertin, Domenico, et Zosimo- qui sont béatifiés ce samedi 17 avril dans cette abbaye cistercienne du Latium par le cardinal Marcello Semeraro, préfet de la Congrégation pour la cause des saints.

par Pierdomenico Volpi

Le martyre a une connotation précise, comme nous le lisons dans le Catéchisme de l’Église catholique: il est « le témoignage suprême rendu à la vérité de la foi, le martyr est un témoin qui arrive jusqu’à la mort». On peut ainsi inclure dans ce témoignage les six religieux de Casamari: Siméon, Modeste-Marie, Maturin, Albertin, Domenico, et Zosimo.

Ayant entendu parler des violences commises par l’armée française lors de son retrait du Royaume des Deux-Siciles, de nombreux moines choisirent de quitter le monastère de Casamari. Conscients du risque, seuls les six religieux restèrent et accueillirent le groupe de soldats le 13 mai 1799.

Ils avaient pourtant des raisons valables de quitter le monastère: parmi eux, un moine qui n’avait pas prêté serment à la Constitution civile du clergé (le père Siméon Marie Cardon), un déserteur de l’armée républicaine française (le frère Mathurin Marie Pitri), un moine bohémien appartenant à l’Empire autrichien, ennemi acharné de la République française (le père Domenico Maria Zawrel), un religieux de l’abbaye de Sept-Fons qui s’était réfugié à Casamari (le frère Modeste Marie Burgen), un autre religieux français qui n’avait pas pu vivre sa vocation en France (le frère Albertino Marie Maisonade), et enfin, un jeune religieux de Milan (le frère Zosimo Maria Brambat).

Ils n’eurent même pas eu la «joie» de vivre le martyre. Les martyrs voient dans la souffrance la possibilité de verser leur sang pour le Christ, de lui ressembler dans la mort: chez les six religieux de Casamari, il n’y eut rien de tout cela, seulement de l’incertitude, de la peur et de la douleur ; ils accueillirent et nourrirent le groupe de soldats français, et furent tués comme de véritables «martyrs de l’accueil», morts comme ils ont vécu: dans la simplicité. Le père Siméon et ses compagnons étaient un «signe vivant de la présence de Dieu». Ils avaient tous suivi le Seigneur à l’école de Saint Benoît, à la manière cistercienne. Le père Siméon avait quitté la France parce qu’il ne pouvait pas vivre pleinement sa vocation de moine et avait affronté les ennemis de la foi catholique.

Le père Domenico avait abandonné à la fois sa patrie et l’ordre dominicain pour vivre plus résolument son appel à la sainteté. Un signe de la présence de Dieu est aussi le frère oblat Mathurin qui, guéri d’une grave maladie, avait quitté l’armée française pour consacrer sa vie à Dieu. Il ne fait aucun doute que tous les martyrs de Casamari, ayant choisi de se consacrer au Seigneur selon la règle bénédictine, étaient déjà un signe éloquent de la présence de Dieu et le martyre constitua un achèvement généreux de leur consécration.

L'abbaye cistercienne de Casamari

L’abbaye cistercienne de Casamari

étaient aussi un «signe pour la vie éternelle». Les mots que le père Siméon dit à ses sauveteurs avant de mourir sont à cet égard significatifs: «quand j’ai pris cet habit, j’ai renoncé à l’aide des hommes. Me soumettant à Dieu seul, je ne ferai rien qui puisse abréger ma vie ou la prolonger». Le frère Zosimo est également un signe plein de sens de la vie éternelle: mortellement blessé, il réussit à se cacher pendant trois jours puis se met en route pour Boville Ernica, à la recherche d’un prêtre qui pourrait lui administrer les derniers sacrements. Il dut cependant s’arrêter en chemin et, assisté par des paysans, il mourut là.

En tant que témoins de la vie monastique, puis en versant leur sang, nos martyrs sont aujourd’hui «une graine qui a donné un fruit efficace». Après leur martyre, de nombreux fidèles affluèrent sur leurs tombes et beaucoup parmi eux obtinrent des grâces. L’affluence était telle que le supérieur de l’époque leur imposa, en vertu de leur vœu d’obéissance, de ne plus accorder de faveurs pour leur intercession.

Aujourd’hui, les témoignages des fidèles dans le livre d’or installé près de leurs tombes sont très évocateurs : «chers frères martyrs, aujourd’hui nous parlions de vous, en souhaitant votre canonisation. Maintenant, dans le silence paisible de votre sépulcre, une seule phrase coule de mon cœur : ‘Tout est accompli’. Je comprends que je désire ce qui a déjà été, et qui est. Veuillez intercéder pour votre communauté, pour ce district, pour le diocèse, pour toute l’Église».

Enfin, les cisterciens de Casamari sont des «signes de contradiction». Le martyr est un témoin du Christ, lumière du monde, mais le monde choisit les ténèbres, préférant le mensonge à la vérité. «En Occident, l’on préfère souvent une visibilité discrète dans les médias, on propose un christianisme doucereux et conciliant qui n’a pas le courage de dire le ‘oui, oui ; non, non’ évangélique. C’est pourquoi les chrétiens eux-mêmes, pour ne pas aller ‘trop’ à l’encontre de la mentalité actuelle, préfèrent ignorer l’existence des martyrs». Les martyrs de Casamari répètent, en contradiction avec le monde, que la voie du monde n’est pas la voie du Seigneur; Jésus-Christ l’affirme clairement lorsqu’il proclame bienheureux les persécutés. Benoît XVI a écrit: «même ce XXIe siècle s’est ouvert sous le signe du martyre. Lorsque les chrétiens sont vraiment le levain, la lumière et le sel de la terre, ils deviennent eux aussi, comme cela est arrivé à Jésus, l’objet de persécutions» ; comme lui, ils sont des «signes de contradiction». La coexistence fraternelle, la foi, les choix en faveur des plus petits et des plus pauvres, qui marquent l’existence de la communauté chrétienne, suscitent parfois une violente aversion.

Nos martyrs ont accepté la haine du monde parce qu’ils savaient que cette haine était due à leur foi. De certains d’entre eux, nous ne connaissons que le nom et quelques brefs traits, mais comme il a été dit : «les martyrs brillent comme des étoiles, leur témoignage est fort, encourageant et devient un suprême témoignage d’amour».

Source: VATICANNEWS, le 17 avril 2021

Ce mercredi, priez pour les missionnaires martyrs

croix cassée
© Paul Gueu – Shutterstock

Ce mercredi, priez pour les missionnaires martyrs

La journée de prière et de jeûne pour les missionnaires martyrs, organisée ce mercredi 24 mars, est une occasion privilégiée de (re)découvrir les nombreuses figures d’Église qui ont donné leurs vies au nom du Christ.

Le martyre est une réalité bien actuelle et pas uniquement celle des premiers siècles de la chrétienté. « Les martyrs d’aujourd’hui sont plus nombreux que ceux des premiers siècles », rappelle régulièrement le pape François. « Nous sommes un seul corps et ces chrétiens sont les membres ensanglantés du corps du Christ qui est l’Église ». Parmi eux se trouvent les missionnaires. C’est pour leur rendre hommage qu’a été décidé en 1993 que le 24 mars serait dédié à la célébration d’une journée de prière et de jeûne en mémoire des missionnaires martyrs.

Le missionnaire martyr est un tisseur de fraternité.

Promue par le Mouvement des jeunes des Œuvres pontificales missionnaires d’Italie, cette journée se déroule le 24 mars, jour où Mgr Romero, archevêque de San Salvador, a été abattu alors qu’il célébrait la messe. « Le missionnaire martyr est un tisseur de fraternité. Sa vie entrelace sa propre existence avec celle du Christ, en se redécouvrant ainsi sarments d’une même vigne », rappelle avec justesse le mouvement. En 2020, 20 missionnaires ont été tués : 

  • Père Jozef Hollanders en Afrique du Sud
  • Augustin Avertse au Nigéria
  • Michael Nnadi, 18 ans, séminariste au Nigéria
  • Philippe Yarga, catéchiste au Burkina Faso
  • Sœur Henrietta Alokha, directrice d’un collège au Nigéria
  • Sœur Lydie Oyanem Nzoughe au Gabon
  • Père Oscar Juárez en Argentine
  • Père Ricardo Antonio Cortéz au Salvador
  • Père Nomer de Lumen aux Philippines
  • Père Roberto Malgesini en Italie
  • Lilliam Yunielka, 12 ans, au Nicaragua
  • Blanca Marlene González, 10 ans, au Nicaragua
  • Bryan José Coronado Zeledon, 17 ans, au Nicaragua
  • Père Adriano da Silva Barros au Brésil
  • Père José Manuel de Jesus Ferreira au Vénézuela
  • Rufinus Tigau, catéchiste en Papouasie
  • Père Jorge Vaudagna en Argentine
  • Sœur Matilda Mulengachonzi en Zambie
  • Frère Leonardo Grasso en Italie

Parmi les – nombreuses – figures de missionnaires martyrs se trouve le père Ettore Cunial dont le procès en béatification a été ouvert. Prêtre italien de la congrégation de saint Joseph, il a été tué un soir d’octobre 2001 en Albanie par un jeune de 17 ans qui l’attendait pour le tuer de 17 coups de couteau. Il avait été envoyé en mission à l’âge de 67 ans dans le pays un an auparavant, en 2000.

« En quelques mois, la population fut frappée par sa proximité à l’égard de tout un chacun, par son action pastorale faite de charité et de compassion, d’attention aux souffrances spirituelles et morales », a confié à Fides  son postulateur, le père Giuseppe Rainone. « Le don du père Ettore Cunial n’est pas seulement celui de la dernière heure tragique mais de l’ensemble de sa vie », abonde le père Cesare Cotemme, lui aussi membre de la Congrégation de Saint Joseph, qui l’avait bien connu pendant plusieurs années. « Il s’agit d’une expression admirable et précieuse du mystère de la vie, d’une vie reçue par Dieu et dépensée dans son ensemble pour L’aimer et Le servir sans jamais résister à Sa volonté, sans jamais éloigner ou exclure personne ».

Enlevés, portés disparus… on est sans nouvelle de ces missionnaires :

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Source: ALETEIA, le 23 mars 2021

L’hommage du pape François aux 48 chrétiens tués en 2010 à Bagdad

Ahmad AL-RUBAYE / AFP

L’hommage du pape François aux 48 chrétiens tués en 2010 à Bagdad

Le pape François s’est adressé vendredi aux chrétiens d’Irak en la cathédrale Notre-Dame de l’Intercession, à Bagdad. Ce sanctuaire avait été visé à la veille de la Toussaint 2010 par la prise d’otages la plus sanglante contre des chrétiens d’Irak qui a fait 53 morts, dont 48 chrétiens.

Afin de ne pas être contaminé par le découragement, « le Seigneur nous a donné un vaccin efficace » : l’espérance, a déclaré le pape François aux évêques, prêtres, religieuses et séminaristes réuni à la cathédrale de Notre-Dame de l’Intercession de Bagdad le 5 mars 2021. Le pape y a notamment évoqué « nos frères et soeurs morts lors de l’attentat terroriste dans cette cathédrale il y a dix ans et dont la cause de béatification est en cours », au début de son adresse.

Dans cet édifice, 48 chrétiens – dont la cause de béatification est en cours – furent assassinés pendant une messe en 2010. Des éléments de décoration marquent l’endroit exact où les corps ont été retrouvés. Ces lieux ont été « bénis par le sang de nos frères et soeurs qui ont payé le prix extrême de leur fidélité au Seigneur et à son Église », a souligné le successeur de Pierre.

Leur sacrifice doit inspirer les chrétiens à renouveler leur « foi dans la force de la Croix et de son message salvifique » de pardon, de réconciliation et de renaissance. Le pontife a ainsi salué l’engagement des chrétiens d’Irak à être des « artisans de paix », répandant des semences de réconciliation et de coexistence fraternelle. Leur mort rappelle « avec force » que l’incitation à la guerre, les attitudes de haine, la violence et l’effusion de sang sont incompatibles avec les enseignements religieux, a-t-il insisté. « Et je veux rappeler toutes les victimes de violences et de persécutions, appartenant à quelque communauté religieuse que ce soit ».

Le pape a alors évoqué la rencontre interreligieuse d’Ur prévue ce samedi où il rencontrera les leaders des traditions religieuses présentes dans ce pays. Il s’agira de « proclamer une fois encore notre conviction que la religion doit servir la cause de la paix et de l’unité entre tous les enfants de Dieu », a-t-il martelé.

Source: ALETEIA, le 6 mars 2021

Le Pape se souvient du martyr de quatre missionnaires au Salvador

Commémoration de l'assassinat de Mgr Romero, à San Salvador, en mars 2018.Commémoration de l’assassinat de Mgr Romero, à San Salvador, en mars 2018.  (ANSA)

Le Pape se souvient du martyr de quatre missionnaires au Salvador

Lors de l’audience générale, le Pape François a évoqué la mémoire de trois religieuses et d’une volontaire, assassinées il y a quarante ans au Salvador alors qu’elles apportaient de l’aide aux plus pauvres de ce pays d’Amérique centrale. Cet après-midi, le cardinal Czerny présidera une messe de suffrage à Rome.

Vatican News

Dans les années soixante-dix, le Salvador est aux mains des militaires après le coup d’État de 1972. Ils gouvernent par la peur avec l’appui des escadrons de la mort qui se débarrassent de toutes les personnes soupçonnées de leur être hostiles. Après Mgr Oscar Romero qui avait osé s’opposer à haute voix contre la violence de la junte, d’autres catholiques furent assassinés au Salvador.

Le Pape rend hommage de mercredi à quatre missionnaires, les soeurs de Marynkoll Ita Ford et Maura Clarke, l’ursuline Dorothy Kazel et la volontaire laïque Jean Donovan, venues dans le pays pour aider les plus pauvres.

Il y a quarante ans, les quatre missionnaires nord-américaines sont enlevées à l’aéroport par des hommes armés. Le Pape évoque ce matin leur martyr: «Le 2 décembre 1980, elles ont été kidnappées, violées et assassinées par un groupe de paramilitaires. Elles servaient au Salvador dans le contexte de la guerre civile. Avec un engagement évangélique et en prenant de grands risques, elles ont apporté de la nourriture et des médicaments aux personnes déplacées et aidé les familles les plus pauvres.»

A l’époque, les inégalités sociales sont alors criantes: 0,5 % des propriétaires possèdent 40 % des terres et 60 % des paysans n’en possèdent aucune. La pauvreté aussi, selon les statistiques de l’ONU, la consommation de calories est la plus faible de l’Amérique continentale. Le taux d’analphabétisme est de 45%.

«Ces femmes ont vécu leur foi avec une grande générosité» affirme François et cela en fait «un exemple pour tous afin de devenir de fidèles disciples missionnaires».

Les dépouilles des religieuses et de la volontaire ont été retrouvées le jour suivant leur enlèvement, jetées dans un fossé, comme le furent des milliers d’autres corps.

Ce soir à 18h30, le cardinal Michael Czerny célébrera une messe de suffrage en leur honneur. Le sous-secrétaire de la Section migrants et réfugiés du Dicastère pour le développement humain intégral a passé plusieurs années au Salvador après le massacre en 1989 des jésuites de l’Universitad Centroamericana José Simeon Cañas, une institution dont le jésuite canadien est devenu le vice-recteur en 1991, dirigeant également son Institut des droits de l’homme. 

Source: VATICANNEWS, le 2 décembre 2020