Marche des martyrs : les leçons d’une agression

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Michel Pourny – La Marche des Martyrs interrompue par des militants d’extrême-gauche. Paris, 29 mai 2021.

Marche des martyrs : les leçons d’une agression

L’agression injuste de la procession en mémoire des martyrs de la Commune rappelle aux chrétiens, paradoxalement, que le monde les attend toujours du côté des plus faibles. 

L’attaque stupide de la procession commémorant les victimes de la commune en 1871 a fait couler beaucoup d’encre. Des tribunes et des contre-tribunes ont été publiées dans la presse pour s’interroger sur le bien-fondé de cette procession, sur ce qu’elle commémorait, sur les véritables raisons de ce massacre en mai 1871, sur l’attitude des partisans actuels de la Commune capables de mépriser et d’attaquer leurs concitoyens qui organisent une procession religieuse. C’est une histoire de bains de sang que l’on commémore sans pudeur afin de s’assurer d’avoir quelque légitimité pour les reproduire un jour. Ainsi va cette humanité depuis le sang d’Abel. 

Stupidité manichéenne

Je n’aime guère quand le politique et le religieux se mélangent et ces événements de 1871, qui ne sont pas sans rappeler ceux de 1793, réunissaient toutes les rancœurs, les peurs, les frustrations et les espoirs d’un peuple dont le christianisme était la religion dominante. Après presque vingt ans d’un Second Empire, colonial, capitaliste, bourgeois et chrétien, la réaction après la défaite de Sedan était à la hauteur de la colère qui couvait dans le peuple. De fait l’Église était clairement du côté de l’Empire, en particulier Mgr Darboy. Les Versaillais refusèrent de livrer Blanqui en échange de l’archevêque de Paris, ce qui montre bien l’égal mépris dans lequel était tenu l’archevêque et ses curés de paroisse tant par la Commune que par le gouvernement provisoire de Thiers qui ne désirait qu’une seule chose : éradiquer les révolutionnaires. 

Pris entre deux feux, les représentants de l’Église étaient devenus une quantité et un enjeu négligeables sur l’échiquier avec une défaite militaire historique et ses conséquences économiques et politiques, une chambre majoritairement royaliste élue par la province, des ferments révolutionnaires surtout présents dans les grandes villes et prêts à en découdre après avoir été tenus sous le boisseau pendant des décennies et s’être fait confisquer toutes les tentatives d’instauration d’une République. En quatre-vingts ans, ce sont onze régimes différents qui gouvernement la France ! Vouloir relire ces événements d’une façon manichéenne serait une stupidité historique mais nous sommes de plus en plus habitués à voir les contempteurs médiatiques relire l’histoire de France à l’aune de leurs dadas idéologiques. 

Aliénante séduction du pouvoir

Je n’entrerai pas dans le débat sur l’opportunité de cette procession et je n’en rajouterai pas sur la condamnation de l’attaque dont elle fut victime. Les « antifas » — ou prétendus tels car nous verrons bien ce qu’ils feront le jour où la démocratie sera vraiment attaquée — se ridiculisent par des propos et une violence qui ne sont qu’une gourmandise politique acquise à vil prix. Doute-t-on tellement de son bon droit qu’il nous faille invoquer les morts de jadis ? Commémorer les victimes du passé ne fait pas de nous des victimes actuelles. Cela est valable pour les deux camps. 

Il ne suffit pas de mourir pour être martyr et il n’est pas nécessaire d’être martyr pour être saint. 

Simplement cet épisode peut nous permettre de faire attention et de ne pas tout mélanger. Nous, chrétiens, nous aimons l’ordre. Nous serions anarchistes si l’homme était vertueux, mais nous savons qu’il est pécheur. La force et la rigueur du droit nous plaisent parce que nous savons qu’il est là pour défendre le plus faible et cela sent bon l’Évangile. Simplement nous oublions que nous pouvons parfois être du côté des plus forts et devenir les alliés d’un pouvoir qui aliène les plus faibles. Soit politiquement lorsque le pouvoir voit d’un bon œil le christianisme et vote des lois qui vont dans le sens de notre morale et de notre religion, au mépris de ceux qui ne la partagent pas, soit économiquement lorsque nous tirons quelques avantages financiers d’une position dominante, au mépris du soin des pauvres, soit médiatiquement lorsque l’on parle de nous et que cela nous flatte, au mépris du message que nous devons annoncer. 

Le juste que l’on tue

« Es-tu l’allié d’un pouvoir corrompu qui engendre la misère au mépris des lois ? On s’attaque à la vie de l’innocent, le juste que l’on tue est déclaré coupable » (Ps 93, 20- 21).

Le psalmiste interroge le Seigneur en relisant sa propre histoire politique et donc la nôtre tant l’histoire d’Israël contient l’histoire du monde. Ne faudrait-il pas aussi veiller à relire les moments politiques au cours desquels nous nous sommes compromis, quels que fussent les régimes, engendrant ensuite des persécutions à notre égard qui n’étaient pas le fruit de notre fidélité à l’Évangile mais de notre soif de domination ? Il ne suffit pas de mourir pour être martyr et il n’est pas nécessaire d’être martyr pour être saint. 

Source: ALETEIA, le 4 juin 2021

Procession attaquée à Paris: Mgr Aupetit s’inquiète pour l’État de droit

Mgr Michel Aupetit, lors du Chemin de Croix du Vendredi Saint, le 2 avril 2021.Mgr Michel Aupetit, lors du Chemin de Croix du Vendredi Saint, le 2 avril 2021. 

Procession attaquée à Paris: Mgr Aupetit s’inquiète pour l’État de droit

Samedi, une procession à la mémoire des otages fusillés le 26 mai 1871 lors du massacre de la rue Haxo a été interrompue en raison de l’agression de plusieurs catholiques par des activistes d’extrême-gauche. L’archevêque de Paris a réagi à ces incidents. 

Cyprien Viet – Cité du Vatican

La mémoire de la Commune de Paris, malgré 150 ans de distance, demeure un sujet de fracture au sein de la société française: ce samedi, l’agression faite sur des participants à une procession catholiques organisée à la mémoire des victimes du massacre de la rue Haxo, parmi lesquelles le père Michel Planchat, a montré combien les incompréhensions et les préjugés demeurent vifs dans une partie de la population.

Cette marche s’intégrait dans un ensemble d’évènements commémoratifs qui visaient à faire connaître le sort des religieux qui furent exécutés rue Haxo le 26 mai 1871, sans pour autant relancer le débat sur la Commune de Paris en tant que telle. Le père Yvon Sabourin, religieux de Saint-Vincent-de-Paul et postulateur de la cause de béatification du père Planchat, nous rappelait il y a quelques jours que l’enjeu de la procédure n’est pas de poser un jugement historique sur la Commune, mais de reconnaître le martyre de ces religieux, et donc le don de leur vie au nom du Christ.

Une procession gâchée par des « antifas »

Les pèlerins de samedi dernier devaient suivre le parcours des otages, depuis le square de la Roquette, où se situait autrefois la prison du même nom, jusqu’à l’église Notre-Dame-des-Otages, construite sur le lieu du massacre. Environ 300 personnes étaient rassemblées, avec un service d’ordre essentiellement assuré par quelques bénévoles, la préfecture n’ayant mobilisé que deux policiers pour sécuriser le parcours.

La marche a été rapidement perturbée par quelques militants d’extrême-gauche (des « antifas »), d’abord par de simples provocations verbales, puis des agressions physiques. Plusieurs personnes ont été blessées, dont un homme qui a été sérieusement blessé à la tête et hospitalisé. De nombreux participants à la procession ont dû se réfugier en l’église Notre-Dame-de-la-Croix de Ménilmontant, à mi-parcours, où la marche a donc pris fin prématurément.

«Jamais je n’aurais anticipé une telle violence. Ça a dépassé tout ce que j’imaginais», a confié à La Croix le père Stéphane Mayor, curé de Notre-Dame-des-Otages, qui a remarqué l’étrange ressemblance entre les injures et coups subis par les otages lors de leur marche du 26 mai 1871 et l’agression de samedi dernier. «C’était un état d’esprit saisissant de similitude, dans l’atmosphère. Nous avons été menacés de mort à coups de: « Tuez-les tous ! »» s’est-il ému.

Mgr Aupetit invite au pardon

L’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, s’est exprimé le lendemain lors de la messe célébrée en l’église Notre-Dame-des-Otages, à la mémoire des martyrs de la rue Haxo. «Nous sommes troublés [de voir] que ce que nous prêchons, un Dieu d’amour, puisse provoquer autant de colère, autant de haine», a-t-il remarqué. Il a exhorté les fidèles à réagir à cette manifestation en se rappelant de l’exemple des otages, qui «n’ont jamais manifesté de colère face à la colère, de haine face à la haine, mais au contraire un cœur paisible et pardonnant», à la suite de Jésus qui a vécu en faisant le bien.

Dans une tribune publiée lundi 31 mai par Le Figaro, Mgr Aupetit précise que ces catholiques ne n’étaient pas rassemblés «pour manifester, ni pour revendiquer des droits particuliers», mais simplement «pour assumer leur devoir, celui de rendre hommage à leurs martyrs et de demander leur intercession. L’acte de mémoire est la garantie de l’espérance d’un peuple», a-t-il souligné, en remarquant que «la violence aveugle que ces pèlerins ont subie de la part des « antifas » est absolument inacceptable dans un État de droit».

Tirer les leçons de cet incident

L’archevêque de Paris assure que le diocèse est en contact avec la préfecture de police «pour faire le bilan de cet événement déplorable dans une discussion claire et une nécessaire mise au point»«Nous ne revendiquons pas des privilèges particuliers, nous demandons simplement l’égalité de traitement avec les autres religions et communautés concernant la protection des personnes, et le droit d’exprimer notre foi dans la sphère publique, ainsi que nous l’autorise notre République laïque, dans la paix civile et le respect du bien commun», assure-t-il, en remerciant le ministre de l’Intérieur pour son message de soutien.

Il rappelle qu’aucun chrétien ne doit répondre à la violence par la violence. Le Christ l’a fermement dit à Pierre, qui voulait s’interposer face aux gardes venus l’arrêter: «Remets ton épée au fourreau, celui qui vivra par l’épée périra par l’épée», lui avait répondu Jésus, selon le récit rapporté par l’Évangile de Matthieu. «Le signe de la Croix est la source et le sommet de l’histoire des hommes. Au cœur même de l’injustice et de la haine surgit la parole du pardon», explique Mgr Aupetit. «C’est une grâce de le savoir dans la foi. C’est aussi un devoir pour nous, catholiques au cœur de la cité des hommes, de témoigner au milieu du monde de l’amour du Christ victorieux du mal.»

«Nous demandons simplement de pouvoir le faire en paix dans le respect de nos institutions et la protection d’un État de droit qui garantisse la pleine liberté de culte et la protection de tous ses citoyens», conclut Mgr Aupetit.

Le souvenir d’une tragédie presque oubliée

Le 26 mai 1871, une quarantaine de gendarmes et une dizaine d’ecclésiastiques furent exécutés rue Haxo, parmi lesquels le père Michel Planchat, religieux de Saint-Vincent-de-Paul qui fut un précurseur du catholicisme social. Avec quatre religieux de Picpus exécutés avec lui, il fait actuellement l’objet d’un procès en béatification. Suspendue durant plusieurs décennies, la procédure a été relancée en 2005.

Le massacre de la rue Haxo fut l’un des derniers épisodes de la Commune, avant son écrasement par les troupes versaillaises au terme de la Semaine sanglante, qui fit des milliers de morts, prenant l’ampleur d’une véritable guerre civile au cœur de Paris.

Source: VATICANNEWS, le 1er juin 2021

Il y a 150 ans, le chemin de croix du père Planchat

Un photomontage d'Eugène Appert représentant le massacre de la rue Haxo, le 26 mai 1871 à Paris. (Wikimedia Commons)Un photomontage d’Eugène Appert représentant le massacre de la rue Haxo, le 26 mai 1871 à Paris. (Wikimedia Commons) 

Il y a 150 ans, le chemin de croix du père Planchat

Ce 26 mai marque le 150e anniversaire du massacre de la rue Haxo, lors duquel 50 prisonniers périrent, exécutés par la Commune deux jours avant la reprise totale de Paris par les troupes versaillaises d’Adolphe Thiers. Parmi les victimes de ce massacre figurent 10 ecclésiastiques, dont le père Henri Planchat (1823-1871), religieux de Saint-Vincent-de-Paul actif dans l’évangélisation du monde ouvrier, et dont la cause de béatification est actuellement en cours.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Victime paradoxale d’un régime qui prétendait défendre les plus pauvres, le père Henri Planchat fut un précurseur du catholicisme social, qui allait trouver à la fin du XIXe siècle une reconnaissance et un élan encouragé au sommet de l’Église grâce à l’encyclique de Léon XIII, Rerum Novarum. Premier prêtre ordonné au sein de la congrégation des religieux de Saint-Vincent-de-Paul, le père Planchat a consacré son sacerdoce à lutter pour la justice sociale, aux côtés des ouvriers et de leurs familles dans les quartiers populaires de Grenelle puis de Charonne.

Issu d’un milieu bourgeois et intellectuel, cet étudiant en droit à Paris découvre sa vocation en se mettant au service des plus démunis aux côtés des membres de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, fondée en 1833 par le bienheureux Frédéric Ozanam (1813-1853) à partir de l’héritage spirituel du grand apôtre de la charité. Ordonné prêtre en 1850 (le premier à recevoir l’ordination parmi les religieux de Saint-Vincent-de-Paul), le père Planchat choisit de servir humblement le peuple de Paris, victime des injustices causées par la révolution industrielle et par le matérialisme de la bourgeoisie, dont l’avidité avait été libérée par le mot d’ordre de François Guizot, chef du gouvernement du roi Louis-Philippe : «Enrichissez-vous!».

Durant plus de 20 ans, le père Planchat participera à des propositions pastorales très innovantes pour l’époque: patronages pour les apprentis, incubateurs économiques, bibliothèques populaires, clubs ouvriers, œuvres au service des familles immigrées… Les religieux de Saint-Vincent-de-Paul voulaient alors soulager la misère des pauvres et les ramener à la foi par la charité. C’est pourtant au nom d’une supposée affiliation de l’Église catholique à la bourgeoisie que le père Planchat sera exécuté par les communards.

Un contexte de guerre civile

La Commune de Paris s’était formée en 1871, sur le modèle de la Commune de 1792 qui avait alors renversé le roi Louis XVI. Au terme de l’hiver 1870-71, le contexte est celui d’une France exsangue, profondément humiliée et déchirée: les armées prussiennes, après avoir vaincu triomphalement l’empereur Napoléon III à Sedan, campent aux portes de Paris. Les corps constitués de la IIIe République, proclamée le 4 septembre 1870, sont réfugiés à Versailles. Dans la capitale, la Garde nationale refuse d’accepter la défaite et, organisée en fédération, fonde la Commune le 26 mars 1871, cherchant à établir une République démocratique et sociale tout en rêvant de repousser l’envahisseur. C’est dans le contexte de cette dissidence qu’une brève mais cruelle guerre civile va opposer les « communards » (appelés aussi les « fédérés ») aux « Versaillais », affiliés au chef de l’État Adolphe Thiers, qui deviendra ensuite président de la République.

Réagissant aux défaites sanglantes infligées par l’armée versaillaise, qui procède à des exécutions sommaires, la Commune adopte le 5 avril 1871 le « décret des otages », stipulant que toute personne soupçonnée de complicité avec le gouvernement de Versailles sera immédiatement emprisonnée et jugée dans les 48 heures par un grand jury. Alors que le nouveau régime républicain au pouvoir à Versailles n’a en réalité aucune sympathie pour l’Église catholique, le clergé se retrouve objet d’une hostilité de principe des dirigeants de la Commune, dont beaucoup sont mus par une idéologie anticléricale. «Pour Auguste Blanqui, il fallait éliminer le monothéisme, il fallait éliminer la religion. Pour lui, la religion c’était l’opium du peuple», explique le père Yvon Sabourin, religieux de Saint-Vincent-de-Paul et postulateur de la cause de béatification du père Planchat.

Le lendemain de ce décret, le Jeudi Saint, 6 avril, au début du Triduum pascal, le père Planchat est arrêté et immédiatement emprisonné. Dans une lettre à son frère, trois jours avant sa mort, après s’être confessé, il demande de prier «pour tous les hôtes de la prison», incluant donc ses geôliers dans ses intentions. Il ajoute: «Notre sacrifice est accompli».

Les combats s’intensifient durant la «semaine sanglante» du 21 au 28 mai, qui se terminera par la victoire des Versaillais après des combats au corps-à-corps, qui feront des milliers de morts. Dans ce contexte de chaos, le 26 mai sera la date du calvaire du père Planchat et de ses compagnons d’infortune, parmi lesquels neuf autres hommes d’Église et 36 gendarmes. Extirpés de la prison de la Roquette, ils vivront une marche particulièrement humiliante sous les huées de la foule, jusqu’à leur exécution.

Un chemin d’humiliation, à l’image de la passion du Christ

«En sortant de la prison, ils croisent une foule haineuse qui crie: à bas les curés, les calotins, fusillez-les!», raconte le père Sabourin.  Le chemin va durer trois kilomètres, à travers des rues qui vont mener jusqu’à la mairie du XXe arrondissement. Le maire ordonne alors de les fusiller au poste de commandement de la rue Haxo, qui sera deux jours plus tard le dernier lieu de retranchement des chefs de la Commune.

Ce moment à la fois tragique et festif prend la forme d’une kermesse macabre. «Des centaines de personnes suivent le cortège, une fanfare les accompagne avec des tambours. C’est vraiment impressionnant. Dans le quartier, il y a à la fois des gens haineux qui veulent la mort des prêtres, et des gens qui pleurent, notamment les enfants du patronage», explique le père Sabourin, qui a pu lire les témoignages de nombreux témoins directs de ces évènements.

Le cortège se déroule dans un climat confus et fébrile, le sort des otages suscitant de vives tensions parmi les dirigeants de la Commune eux-mêmes. Certains membres du courant socialiste s’opposent, sans succès, à l’exécution des religieux. «Les otages sont conduits jusqu’à la rue Haxo. Sur le balcon, les chefs communards discutent. Certains prennent la défense des prêtres et ne veulent pas les exécuter, d’autres veulent laisser faire… Cela fait penser au chemin de croix du Christ. C’est comme avec Pilate qui s’en lave les mains», remarque le père Sabourin.

«La foule est là. Une jeune cantinière, très vindicative, tire un coup de revolver, et finalement le commandant donne l’ordre de fusiller les otages, dix par dix. C’est un véritable massacre. Certains corps reçoivent jusqu’à 72 coups de baïonnette. Le père Planchat reçoit huit balles de fusil. On lui a cassé les cervicales avec une baïonnette. On lui a brisé les bras. Son corps, encore intact aujourd’hui, exhumé en 2017, nous montre toute cette violence, résultat de la haine qui habite le cœur des gens qui ne savent pas ce qu’ils font.» «Laissez-moi prier!» sera le dernier mot du père Planchat avant qu’il ne s’effondre, agrippé à un militaire.

Une cause relancée en 2005

Après 1871, le père Planchat et ses compagnons feront rapidement l’objet d’une dévotion locale, mais la procédure en béatification lancée peu après leur mort s’est ralentie en raison de différents évènements qui ont secoué la France: la séparation de l’Église et de l’État, les expulsions des congrégations religieuses, ou encore les deux guerres mondiales. Plus récemment, le climat politique post-Mai 68 a favorisé une vision « romantique » de la Commune de Paris, ce qui rendait difficile, pour le grand public, une compréhension objective de ces évènements et de leur caractère tragique.

Ce 150e anniversaire donne donc l’occasion de redonner une visibilité à cette tragédie oubliée, dans l’espoir que la reconnaissance formelle du martyre puisse ouvrir la voie à une ultérieure béatification. Depuis 2005, le travail historique a été relancé. «La cause des martyrs de la Commune semble une cause oubliée», regrette le père Sabourin, qui précise que la positio, c’est-à-dire le rapport du postulateur, n’est pas un jugement historique sur la Commune, mais une reconnaissance du don de la vie de ces prêtres exécutés.

«On a retrouvé son corps les yeux ouverts, tournés vers le ciel. Nous avons une admiration devant ce signe qui nous montre non pas la haine, mais l’amour. Cette cause n’a pas pour objectif de chercher des coupables, mais de montrer de bons prêtres, qui ont donné leur vie. C’est montrer à quel point l’amour est plus fort que la haine. Le sang des martyrs est semence de chrétiens», souligne le père Sabourin.

Ce prêtre est une source d’inspiration personnelle pour son engagement comme religieux de Saint-Vincent-de-Paul. «Le père Henri Planchat avait un ministère extraordinaire, il était connu des gens, il avait gagné le cœur de la population ouvrière», ce qui était exceptionnel pour l’Église de l’époque. «C’est celui qui avait le plus d’amour pour les pauvres, les ouvriers, les immigrés italiens de ces quartiers. Les Frères de Saint-Vincent-de-Paul allaient dans les quartiers populaires de Grenelle, de Charonne. Aujourd’hui aussi, il faut aller à la rencontre des gens, en faisant du porte-à-porte, du cœur à cœur, et non pas attendre qu’ils viennent dans nos églises», souligne le postulateur.

Les commémorations à Paris

Plusieurs évènements sont organisés cette semaine dans le cadre de cette commémoration. Le père Yvon Sabourin tiendra une conférence ce jeudi 27 mai à 18h dans l’église construite sur le lieu du massacre du 26 mai 1871, l’église Notre-Dame-des-Otages, au 81 rue Haxo.

Le samedi 29 mai se tiendra une marche des martyrs, le long du parcours que suivirent les otages, avec un départ à 17h depuis le square de la Roquette, l’ancien site de la prison de la Roquette jusqu’à la rue Haxo. Enfin, le dimanche 30 mai à 11h se tiendra une messe solennelle présidée par l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, en l’église Notre-Dame-des-Otages.

La cause du père Planchat est associée à celle de quatre religieux de Picpus assassinés avec lui. De nombreux autres prêtres figurent parmi les victimes de la Commune, parmi lesquels des jésuites, des dominicains, des prêtres diocésains, et l’archevêque de Paris en personne, Mgr Georges Darboy, exécuté le 24 mai 1871 à la prison de la Roquette.

Plus de renseignements sont à retrouver sur le site du diocèse de Paris.

Source: VATICANNEWS, le 26 mai 2021