Mgr Pizzaballa: s’inspirer des saintes femmes pour annoncer l’espérance de la Résurrection

Triduum au Saint-Sépulcre

Triduum au Saint-Sépulcre  (AFP or licensors)

Mgr Pizzaballa: s’inspirer des saintes femmes pour annoncer l’espérance de la Résurrection

L’annonce de la Résurrection a déjà retenti dans la Basilique du Saint Sépulcre. Dans l’homélie de la veillée pascale célébrée ce samedi matin, le patriarche latin de Jérusalem est revenu en particulier sur la figure des saintes femmes, premières annonciatrices de la résurrection de Jésus.

En raison du Statu Quo en vigueur dans le Lieu saint, la Vigile pascale est toujours célébrée le matin du Samedi Saint. La célébration a donc eu lieu ce 3 avril 2021 en présence de fidèles, contrairement à l’année dernière. Toujours aucun pèlerin en revanche, à cause des restrictions anti-Covid en vigueur, ni de fidèle de Cisjordanie ou de Gaza.

Dans son homélie, le patriarche latin, qui a présidé la messe, a proposé une réflexion sur les saintes femmes myrrhophores, qui se rendent au tombeau du Christ au matin de Pâques pour oindre son corps d’onguents et de parfums, selon les coutumes funéraires juives. «Elles ont la capacité de supporter leur douleur (…), n’hésitent pas à dépenser de l’argent, à acheter ce qui est nécessaire pour honorer Jésus, non pas un échec, mais un bien-aimé», a souligné l’archevêque. Leur amour pour Lui ne s’est pas éteint avec sa mort, leur lien avec le Maître va au-delà des rêves humains d’un nouveau royaume. Le véritable amour est gratuit, il ne dépend pas des circonstances et ne connaît pas la mort».

De ces femmes et de leur attitude -elles qui se rendent en hâte pour honorer le Christ-, nous devons apprendre «à dépenser vraiment notre vie pour l’amour du Christ, à regarder la croix comme la mesure de cet amour qui nous a rachetés et ce tombeau vide comme l’annonce de la vie éternelle pour nous tous».

La Résurrection n’est pas une théorie, elle est une expérience à vivre, a fait remarquer le patriarche latin pour qui il est plus que jamais besoin «de témoins qui montrent les signes du Ressuscité parmi nous, qui annoncent de manière crédible que le monde n’est plus au pouvoir de la mort». «Les témoins d’aujourd’hui sont ceux qui, malgré l’adversité, la douleur, la solitude, la maladie et l’injustice, passent leur vie à créer des opportunités de justice, d’amour et d’accueil. Ce sont ceux qui savent pardonner, parce qu’ils se sentent déjà pardonnés. Ce sont ceux qui, dans le silence de chaque jour, donnent leur vie pour leurs propres enfants et ceux des autres (..) et qui s’en occupent avec amour et passion, sans se soucier d’eux-mêmes». Et c’est l’Église qui est le premier témoin, car elle est «le lieu où le Ressuscité nous parle à travers les sacrements et l’annonce de la Parole» ; aussi ne doit-elle pas craindre la solitude et l’incompréhension pour manifester le Ressuscité «avec sérénité, une parole sûre et claire, un témoignage libre et passionné».

Et d’ajouter que la rencontre avec le Christ ressuscité ne s’effectue pas en restant enfermé dans nos cénacles mais en allant au sépulcre, conscient que le témoignage le plus nécessaire est celui de l’espérance. «Ne nous replions pas sur nous-mêmes et ne nous enfermons pas dans nos peurs. Ne laissons pas la mort et ses sujets nous effrayer (…) La Résurrection est l’annonce d’une nouvelle joie qui fait irruption dans le monde, qui ne peut rester enfermée dans ce Lieu, mais qui, d’ici, doit encore atteindre tout le monde», a conclu Mgr Pizzaballa.

Source: VATICANNEWS, le 3 avril 2021

Texte intégral:

Dimanche de Pâques

Jérusalem, 4 avril 2021

Chers frères et sœurs,

Le Christ est ressuscité, alléluia !

Nous voici à nouveau réunis pour conclure cette semaine de prière et de célébration. Une fois de plus, nous sommes venus ici au tombeau pour proclamer avec force et joie que le Christ est ressuscité, que la mort n’a plus de pouvoir sur lui et sur chacun de nous.

La célébration a commencé par le chant de l’antienne : « Je suis ressuscité et je suis toujours avec toi, alléluia ». C’est le cri de joie de l’Église après les jours de douleur et de souffrance de la passion, de la mort et de la sépulture du Seigneur. Ces mots, tirés du psaume 139, sont placés sur les lèvres de Jésus, qui est sorti glorieux de ce tombeau après que le Père l’ait ressuscité des morts. Mais ce sont aussi des paroles qui peuvent être répétées par chacun d’entre nous réunis dans ce lieu très saint, parce que dans le Christ ressuscité nous renaissons du péché et de la mort à la grâce et à la vie, et parce que nous savons que le Christ est ressuscité des morts et qu’il ne mourra plus jamais. La mort n’a plus de pouvoir sur lui (Rm 6, 9). En ce jour créé par le Seigneur (Ps 118, 24), premier jour de la semaine, nous sommes réunis pour témoigner de l’événement de la Résurrection et pour proclamer que le Christ ressuscité restera toujours avec nous.

L’Évangile de Pâques est rempli de verbes significatifs, mais un seul l’emporte sur tous : voir. Il s’agit de voir à Pâques… Marie a vu la pierre renversée (20 :1), Pierre a vu les linges (20 :5), Jean a vu le tombeau vide…. (20 :4). Ils ne trouvent pas le corps, mais ils voient…. Et la vision s’approfondit de plus en plus jusqu’à ce qu’ils s’écrient : « Nous avons vu le Seigneur ! » (20,25).

« Et il vit et crut… » (20,8). Il a cru : croire est une manière de voir profondément, de reconnaître que l’absence du corps de Jésus ne parle pas d’un vol, mais d’une vie nouvelle qui s’est produite ; il voit un vide, et il croit que ce vide est en fait une plénitude.

Et c’est ce que chacun de nous est appelé à faire aujourd’hui : entrer dans les lieux de la mort, et se tenir là, au bord du tombeau, pour voir et croire que si la mort continue à faire peur, en réalité elle n’a plus de pouvoir.

Nous sommes des personnes appelées à demeurer sur le seuil du tombeau, comme pour garder ouverte une frontière, un passage, pour vivre continuellement ce mouvement de la mort à la vie.

Voir que les signes de la mort sont encore présents, en nous et hors de nous, mais croire en cette grande et absolue nouveauté, d’un « plus fort » venu au monde pour vaincre cet ennemi que l’homme, seul, n’aurait jamais pu affronter.

Ici, je crois que Pâques, c’est cela, avant tout cela : non pas des corps retrouvés mais des yeux qui s’ouvrent… Pâques est un regard plus qu’une découverte, c’est un nouveau regard plus qu’une découverte des choses d’avant, des choses de toujours.

Au cours de l’année écoulée, dans une grande partie du monde, nous avons surtout compté les fléaux, les malades, les morts et, probablement, nous sommes tous un peu comme Marie de Magdala : tentés de revenir en arrière, de retrouver les corps que nous avons perdus, les occasions manquées, les fêtes reportées, la vie qui semblait nous échapper. Nous rêvons tous d’un retour à la normalité, mais cela peut ressembler à la recherche d’un cadavre, d’un monde et d’une vie malade, marquée par la mort.

En ce lieu, ici même, au contraire ; la voix mystérieuse du Ressuscité résonne, guidant notre recherche et rouvrant nos yeux, les rendant capables de voir dans le vide. Et ainsi, nous qui voudrions retrouver ce que nous avons perdu, nous nous redécouvrons capables de voir la grande nouveauté de la Pâque, si nous écoutons cette Voix, qui nous parle d’un avenir inconnu mais possible, qui nous renvoie non pas en arrière, mais vers le Père et vers nos frères (cf. Mt 28,10), qui nous pousse à partir et à ne pas revenir.

Pâques, c’est parier sur l’impossible de Dieu plutôt que sur le possible des hommes. Pâques, c’est voir le vide, regarder les signes de la passion et y voir les prémisses et la promesse d’une Vie nouvelle et extraordinaire, non pas parce que nous sommes des rêveurs mais parce que nous croyons en Dieu, Seigneur de l’impossible.

Je crois que ce monde fatigué, blessé, épuisé par la pandémie et par tant de situations de peur, de mort et de douleur, usé par trop de recherches vaines, qui trouve de moins en moins ce qu’il cherche, a de plus en plus besoin d’une Église aux yeux ouverts, au regard de Pâques, qui sait discerner les traces de la Vie même parmi les signes de la mort. Ici, avec le Christ, l’Église peut et doit se lever, l’Eglise appelée par son nom par le Seigneur, qui court annoncer avec joie qu’elle a vu le Seigneur dans les nombreux visages et dans les nombreuses histoires de beauté, de bonté et de sainteté qui ont consolé et réconforté son chemin.

À partir de Pâques, l’Église peut et doit se renouveler , humblement fière de la victoire de son Seigneur, oser proposer à tous la joie de l’Évangile, pour redessiner un monde et de nouvelles relations de justice et de fraternité. Le Christ n’est pas un cadavre, sa parole n’est pas une lettre morte, son royaume n’est pas un rêve brisé, son commandement n’est pas périmé : il est la vie, notre vie, la vie de l’Église et du monde. Il est la vérité, notre vérité, la vérité de l’Église souvent écartée par les puissants, mais la pierre angulaire de tout édifice qui veut défier les tempêtes. Il est le chemin, notre chemin, le chemin de l’Église, qui passe certes par le calvaire mais arrive infailliblement à la plénitude de la joie. Avec toute l’Église, nous voulons vivre cette Vie, proclamer cette vérité, marcher sur ce Chemin. Nous devons avoir le courage d’être des disciples de l’impossible, capables de voir le monde avec un regard racheté par la rencontre avec le Ressuscité, et de croire avec la foi solide de ceux qui ont fait l’expérience de la rencontre avec la Vie. Rien n’est impossible pour ceux qui ont la foi.

C’est ce que j’ai envie de dire à cette Église qui est la nôtre : courage ! Rien n’est impossible, cessons de nous replier sur nos blessures, de chercher les vivants parmi les morts, de regarder notre passé, ce que nous étions, ce que nous avons perdu. Nous n’y trouverons pas le Ressuscité, ce n’est pas notre Pâques !

Nous entendrons résonner dans nos rues la salutation typique de ces jours-ci : le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité !

Qu’il ne s’agisse pas seulement d’une salutation, mais de notre annonce en tant que peuple, en tant qu’Église qui sait témoigner avec conviction et certitude que toute mort, toute douleur, tout labeur, toute larme peut se transformer en vie. Et qu’il y a de l’espoir. Il y a toujours de l’espoir.

Je souhaite donc à chacun de nous, à notre Église et à notre ville de vivre toujours dans la lumière du Ressuscité qui donne la joie et la vie à qui veut la recevoir.

Joyeuses Pâques !

†Pierbattista Pizzaballa

    Patriarche latin de Jérusalem

Source: Patriarcat Latin de Jérusalem, le 4 avril 2021

Homélie du Patriarche Pierbattista Pizzaballa pour Pâques 2021

Homélie du Patriarche Pierbattista Pizzaballa pour Pâques 2021 

Mgr Pizzaballa: le salut est dans la rencontre personnelle avec Dieu

Basilique de l'Annonciation à NazarethBasilique de l’Annonciation à Nazareth 

Mgr Pizzaballa: le salut est dans la rencontre personnelle avec Dieu

Le Patriarche latin de Jérusalem a célébré la messe à Nazareth, à l’occasion de la solennité de l’Annonciation, ce jeudi 25 mars. Dans son homélie, il est revenu sur le mystère de l’Incarnation et ce qu’il implique pour les croyants, surtout en ces temps de pandémie.

L’Incarnation nous dit combien Dieu aime l’humanité, a affirmé Mgr Pizzaballa au cours de la messe célébrée dans la basilique de l’Annonciation à Nazareth. «Le monde n’a jamais été une île heureuse: les problèmes de toutes sortes, les injustices, les divisions, les guerres, les maladies sont là aujourd’hui comme hier et depuis toujours. Mais tout cela n’a en rien empêché l’accomplissement du projet de Dieu dans un tel monde», a précisé l’archevêque italien.

Il s’agit de vivre aujourd’hui dans ce monde, aussi blessé soit-il, avec la certitude qu’il est encore «le lieu où Dieu s’est manifesté, où il nous a rencontrés et où nous le rencontrons encore». Ces derniers mois, les rencontres virtuelles ont été plus nombreuses que celles réelles, en raison des divers confinements mais si la technologie a permis de maintenir un minimum de sociabilité, «ce n’est pas par elle que nous rencontrons le Seigneur», observe Mgr Pizzaballa. «Ce ne seront pas les messes virtuelles qui nous sauveront, ni les médias sociaux, mais les rencontres personnelles avec Lui», a-t-il ajouté.

Le mystère de l’Incarnation est aussi une invitation à trouver dans sa propre vie, personnelle et communautaire, les signes de la présence de Dieu, le lieu où l’on peut le rencontrer. Pour le Patriarche latin, il est nécessaire de retrouver un regard positif sur l’Église et le monde, «toujours habités par la présence de Dieu». Il importe que le mal, l’injustice et la solitude ne soient pas les seules voix qui nous interpellent.

«Dans ce monde, dans cette société, dans cette Église, nous sommes invités à prononcer notre ‘oui’ à Dieu qui nous appelle pour son plan de salut , un ‘oui’ qui se traduit ensuite par une action concrète et positive pour le bien et pour la justice», a poursuivi Mgr Pizzaballa qui estime pressant le besoin de «témoins qui nous aident à affronter les faits de la vie avec espérance et confiance», d’une communauté de croyants «au regard libre et serein sur la vie du monde, sans peur et désireux de construire et de promouvoir le bien et la justice». «Trop souvent, nous nous enfermons dans nos propres problèmes, qui deviennent notre seul horizon. Nous sommes toujours tellement pris par les petites affaires de la vie, par les choses à faire, ou même par les grands projets, que nous oublions l’essentiel: l’existence n’a de sens que si elle s’ouvre à l’amour».

Et le Patriarche latin de Jérusalem de conclure son homélie en demandant à la Vierge de Nazareth d’accompagner et de soutenir l’Église de Terre Sainte et de la rendre féconde d’une vie nouvelle et joyeuse pour le bien de tous.

Source: VATICANNEWS, le 26 mars 2021

TEXTE COMPLET DE L’HOMÉLIE:

Homélie Solennité de l’Annonciation 2021

Nazareth, 25 mars 2021

Chers frères et sœurs

Que le Seigneur vous donne la paix !

L’année dernière à la même époque, nous avons tous été choqués par l’arrivée de la pandémie dans nos vies personnelles et collectives. Tout était nouveau et nous ne nous sentions pas préparés à une telle situation, dans laquelle un petit virus allait effectivement paralyser la vie ordinaire dans le monde entier et anéantir les programmes économiques et sociaux de presque tous les pays.

Aujourd’hui, un an plus tard, nos idées ne sont plus claires. La peur nous a amenés à penser que le monde est un endroit hostile et dangereux. Peut-être gérons-nous mieux l’urgence sanitaire, mais tout le reste : l’économie, la société, l’éducation, le travail… tout est encore plus fragile et exposé à tant d’incertitude.

Aujourd’hui, nous venons ici pour apporter notre expérience laborieuse devant la Vierge de Nazareth et pour nous demander ce que nous pouvons apprendre de ce que nous avons vécu. Nous nous sommes posés des questions, en fait, sur l’économie, sur la vie sociale, sur les soins de santé. Mais que dit tout cela à notre foi ? La foi et la vie doivent se parler. La foi est aussi une façon particulière d’accueillir la vie. Notre relation principale, celle avec le Seigneur, peut et doit éclairer notre expérience et nous aider à comprendre les signes des temps. Le Seigneur lui-même nous dit : «  Ainsi l’aspect du ciel, vous savez en juger ; mais pour les signes des temps, vous n’en êtes pas capables. » (Matt. 16:3).

Au cours de l’année écoulée, c’est la question que nous nous sommes posée le plus souvent dans l’Église. En cette année où nous avons presque toujours eu des églises fermées, des célébrations suspendues, sans Pâques et sans Noël… et où même la vie de foi semble être devenue virtuelle : messes en ligne, pastorale en zoom, bénédictions à distance et ainsi de suite.

Laissons-nous donc interpeller par la solennité d’aujourd’hui et essayons de faire un pas de plus pour tenter de comprendre, dans la mesure du possible, ce que le Seigneur nous indique.

La première considération concerne le mystère de l’Incarnation. Aujourd’hui, nous célébrons le « oui » de Marie qui a permis à Dieu de faire irruption dans la réalité du monde, en prenant notre chair même. Ici, le Verbe de Dieu a assumé notre humanité en tout sauf le péché. Et cela nous dit déjà combien Dieu aime cette réalité qui est la nôtre. Le monde n’a jamais été un havre de paix : les problèmes de toutes sortes, les injustices, les divisions, les guerres et les maladies sont là aujourd’hui comme hier et depuis toujours. Mais tout cela n’a en rien empêché l’accomplissement du plan de Dieu dans un tel monde. Son désir de salut n’a pas été arrêté par notre désobéissance : il est devenu l’un de nous, parce qu’il nous a aimés tels que nous sommes. Si nous avions été parfaits, peut-être n’y aurait-il pas eu besoin d’un plan de salut, de son intervention dans l’histoire.

Célébrer l’Incarnation aujourd’hui signifie donc aussi savoir accueillir et aimer la réalité de ce monde, comme Dieu l’a aimé. Il ne s’agit pas de fermer les yeux sur la douleur, la nôtre et celle des autres, mais de vivre dans la certitude que ce monde, aussi blessé et offensé soit-il, est néanmoins le Lieu dans lequel Dieu s’est manifesté et dans lequel Il nous a rencontrés, et où nous le rencontrons encore aujourd’hui. Il n’y a rien, en fait, qui puisse nous empêcher de vivre pleinement. La foi implique aussi de reconnaître la beauté de notre réalité, de savoir affronter les événements de la vie, qu’ils soient beaux ou fatigants, avec la certitude du bien qui nous habite, de la Parole qui nous sauve. Face à la demande de l’Archange, qui est incroyable et humainement impossible à comprendre, Marie répond par la confiance dans le Dieu Providence, à qui elle sait qu’elle peut se confier.

Nous disons, et particulièrement au cours de cette dernière année, à l’école, au travail et même dans l’Église, nous vivons plus virtuellement que réellement. En cette année d’enfermement, en effet, la technologie nous est venue en aide et nous a permis de maintenir un minimum de sociabilité. Mais ce n’est pas par la technologie que nous rencontrerons le Seigneur, ce ne sont pas les masses virtuelles qui nous sauveront, ni même les réseaux sociaux, mais la rencontre personnelle avec Lui.

Le mystère que nous célébrons aujourd’hui est aussi une invitation à ne pas fuir le réel, à ne pas éviter de se confronter à ce que nous sommes vraiment mais, au contraire, à trouver dans notre vie, personnelle et communautaire, telle qu’elle est, les signes de la présence de Dieu, le lieu où nous pouvons le rencontrer. Nous devons retrouver un regard positif et serein sur l’Église et le monde, encore habités par sa présence. Le mal, la douleur, l’injustice et notre solitude ne peuvent être la seule voix qui nous interpelle. Aujourd’hui encore, si nous voulons écouter, l’invitation de Dieu résonne pour accueillir sa Parole semée en chacun de nous et qui veut porter du fruit,  » à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un » (Matt. 13:8). Dans ce monde, dans cette société, dans cette Église, nous sommes invités à dire notre « oui » à Dieu.

Un « oui » qui se traduit ensuite par des actions concrètes et positives pour le bien et pour la justice, un « oui » qui l’emporte sur toute crainte et toute peur, car « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1,37).

Le récit évangélique que nous avons entendu nous parle donc de ces témoins autour de l’événement de l’Annonciation : Joseph, l’époux de Marie, dont nous avons célébré la solennité il y a quelques jours ; Élisabeth, qui, bien que vieille, était enceinte et attendait le Baptiste ; l’archange Gabriel, bien sûr, et surtout l’Esprit Saint… Ce projet de salut, en effet, n’est pas une action intime réservée à la Vierge, mais en met d’autres en mouvement, crée une communauté de personnes, unies par le  » oui  » de Marie à l’action de l’Esprit. Derrière ce « oui », en somme, il y a les protagonistes de l’histoire du salut, les témoins du passé et du présent qui, mus et guidés par l’Esprit, sont devenus des collaborateurs dans la réalisation du plan divin.

Nous pouvons dire que le sens ultime de l’Annonciation est la Pentecôte : Marie est remplie de l’Esprit pour engendrer le Christ, afin que celui-ci, à travers la Pâque et le don de l’Esprit Saint, puisse être engendré dans tous les croyants.

L’Esprit nous donne un nouveau regard, la capacité de saisir l’œuvre de Dieu dans notre histoire ; il nous rend capables de reconnaître le Christ également dans la vie des autres. Et nous en avons toujours grand besoin, car s’il est vrai que chacun doit trouver en lui-même l’assurance de sa propre relation avec Dieu, il est également vrai qu’il existe une confirmation qui ne peut venir que de l’extérieur, dans la relation avec les autres.

Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de témoins qui nous aident à affronter les événements de la vie avec espoir et confiance, qui collaborent à rendre notre « oui » à Dieu déterminé et confiant. Nous avons besoin de l’Église, c’est-à-dire de croyants unis précisément par ce « oui », une communauté portant un regard libre et serein sur la vie du monde, sans crainte et désireuse de construire et de promouvoir la bonté et la justice.

Et maintenant je pense à notre terre et à notre Église : comme nous avons besoin de ce regard ! Comme nous avons besoin de faire confiance à l’Esprit qui donne à notre Église la capacité et la détermination d’accomplir sa Parole ici, parmi nous, pour dire avec la Vierge Marie : « qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38). Trop souvent, en effet, nous nous enfermons dans nos propres problèmes, qui deviennent notre seul horizon. Nous sommes toujours tellement pris par les petites affaires de la vie, par les choses à faire, ou même par les grands projets, que nous oublions l’essentiel : l’existence n’a de sens que si elle s’ouvre à l’amour, et le monde, c’est-à-dire nous tous, a besoin d’en faire l’expérience réelle, nous avons besoin de l’étreinte du pardon de Dieu, de son irruption dans la vie du monde. Se le rappeler et le rappeler aux autres, le mettre en pratique, telle est la vocation et la mission de l’Église aujourd’hui.

À la question que nous nous sommes posée au départ sur la manière d’interpréter ce temps, la réponse est donc dans les mots de la Vierge Marie : écouter et accomplir la Parole de Dieu. Il n’y a pas besoin de nouvelles formules, d’études approfondies, car « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Deut. 30,14).

Que la Vierge de Nazareth accompagne et soutienne notre Église et la rende féconde d’une vie nouvelle et joyeuse pour le bien de tous. Qu’elle aide notre communauté ecclésiale à être une lampe placée sur un boisseau (cf. Mt 5, 15) afin que, dans la douleur et la fatigue de chaque jour, elle puisse montrer à chacun le chemin de la rencontre avec l’amour de Dieu qui donne un sens et un juste poids à toute chose.

+ Pierbattista

SOURCE: PATRIARCAT LATIN DE JÉRUSALEM, le 25 mars 2021

Pour Mgr Pizzaballa, l’Église de Terre Sainte doit surmonter le cléricalisme

Messe de Noël célébrée par Mgr Pizzaballa dans l'église sainte Catherine de BethléemMesse de Noël célébrée par Mgr Pizzaballa dans l’église sainte Catherine de Bethléem 

Pour Mgr Pizzaballa, l’Église de Terre Sainte doit surmonter le cléricalisme

Lors de la messe célébrée le 1er janvier, le patriarche latin de Jérusalem s’est attardé sur les nombreux aspects qui caractérisent l’Église en Terre Sainte, entre richesses et problèmes à surmonter.

Dépasser le cléricalisme et les particularismes internes qui risquent de «gêner le cheminement ecclésial» de l’Église locale, en repartant du Christ, Celui qui a brisé le mur de séparation par son incarnation: c’est, en substance, le cœur de l’homélie de Mgr Pizzaballa en la Solennité de sainte Marie mère de Dieu, le 1er janvier. Le patriarche latin a voulu réfléchir sur le thème de la paix dans une perspective proprement interne, en s’attardant sur les «barrières» que les croyants érigent parfois inconsciemment en eux-mêmes et entre eux.

Le fléau du cléricalisme

Mgr Pizzaballa en a énuméré quatre, le premier étant le cléricalisme, ou la «distance entre le clergé et les laïcs»: ce phénomène, évoqué à plusieurs reprises par le Pape François, est particulièrement présent dans l’Église de Jérusalem, a-t-il observé. La collaboration entre prêtres et laïcs est souvent mal comprise et finit par devenir: «faites simplement ce que le prêtre veut». Les facteurs culturels n’aident pas «à avoir une approche partagée de la vie ecclésiale»: d’une part, a-t-il noté, il est «difficile de convaincre d’avoir des conseils paroissiaux et de savoir comment partager des idées et des initiatives», d’autre part il est également «difficile de trouver des laïcs formés, engagés, désireux d’apporter une contribution positive à la communauté». Pour Mgr Pizzaballa, il s’agit «d’une véritable barrière qui doit être prise en considération, surtout en pensant aux générations futures, qui veulent être actrices de la vie de l’Église, et pas seulement exécutrices des ordres et des directives».

S’écouter les uns les autres

Le patriarche de Jérusalem a ensuite parlé du fossé générationnel entre ceux qui «regardent avec nostalgie le passé et regrettent un modèle d’Église et de communauté qui ne semble plus exister aujourd’hui», oubliant ainsi «de vivre le présent avec une sérénité chrétienne», et les jeunes qui «souhaitent changer même ce qui n’a peut-être pas besoin d’être changé». Les deux positions, a-t-il souligné, sont «des échappatoires au présent», alors que ce qui est demandé dans l’Eglise «est de s’écouter mutuellement, de se remercier pour ce qui a été fait jusqu’à présent et d’ouvrir de nouvelles voies selon la Grâce de Dieu». L’archevêque a également souligné la «distance entre les composantes locale et universelle de l’Église de Jérusalem», ou plutôt la «tentation», répandue dans tous les territoires inclus dans le patriarcat, «de considérer la composante universelle comme un “invité” et non comme une partie intégrante de l’Église», ou, au contraire, de considérer «la composante locale comme non pertinente, dépassée ou même en voie d’extinction», alors qu’au contraire, ces deux âmes «doivent se soutenir mutuellement, étant toutes deux nécessaires, constitutives de l’identité et de l’histoire de notre Église».

Le cœur en Christ

D’autres barrières sont représentées par les quatre identités nationales du diocèse: Jordanie, Israël, Palestine et Chypre, «souvent construites contre ou en antithèse», également en raison du contexte conflictuel dans lequel vit l’Église locale, et des diversités linguistiques qui sont «une incroyable richesse, mais aussi un obstacle non moindre à la rencontre et au partage». Pour Mgr Pizzaballa, il existe un dénominateur commun à toutes ces difficultés et il s’agit de l’individualisme, «devenu central», même dans l’Église de Jérusalem.

La manière de les surmonter et de les améliorer est donc de «partir de notre relation avec le Christ et non de nos besoins, de placer notre cœur dans le cœur du Christ, de lire notre réalité, également ecclésiale, à la lumière de la Parole de Dieu. Nous ne pouvons pas vivre sans amour et l’amour dont il faut partir, a conclu le Patriarche, est l’amour de Celui qui a donné sa vie pour nous et pour notre salut».

Source: VATICANNEWS, le 4 janvier 2021

Noël: soyons attentifs aux signes de la présence de Dieu invite, Mgr Pizzaballa

Un artisan bethléémite sculpte une crèche en bois d'olivierUn artisan bethléémite sculpte une crèche en bois d’olivier  (AFP or licensors)

Noël: soyons attentifs aux signes de la présence de Dieu, invite Mgr Pizzaballa

Pour le patriarche latin de Jérusalem, ces temps troublés, et par bien des aspects déconcertants, placent les croyants face à un choix: se laisser submerger par les fatigues du monde et ses logiques de pouvoir ou scruter la réalité avec «les yeux de l’Esprit» pour reconnaitre la présence de Dieu parmi les hommes.

Force est de constater que le climat de joie propre à cette période n’est pas au rendez-vous cette année, constate d’entrée Mgr Pizzaballa. La Terre Sainte s’est vue désertée depuis des mois par les pèlerins, de nombreuses personnes ont perdu leur travail et peu de fidèles pourront participer aux célébrations liturgiques. «En somme, nous vivons un Noël profil bas, à oublier».

Paralysés par la peur

«Cette année 2020 a été marquée par la peur: la santé, l’économie, et aussi la politique… tout semble avoir été renversé par ce petit mais puissant virus, qui a anéanti en peu de temps nos projets et qui nous laisse désorientés» poursuit le patriarche latin de Jérusalem, qui souligne combien il est difficile, dans un tel contexte, de s’affranchir de cette peur tenace, que les yeux du corps s’obstinent à fixer.

Il est donc temps d’ouvrir plutôt les yeux de l’esprit, car eux savent voir «les signes que Dieu donne à l’homme: les signes de Sa présence, de Sa force cachée et de Son royaume qui surgissent en nous quand nous Lui laissons de la place». Loin des manifestations puissantes et visibles de force, le signe de l’avènement du Royaume de Dieu se révèle dans un petit enfant reposant sur la paille d’une mangeoire.

«Mais c’est un signe que nous pouvons facilement laisser échapper, nous pouvons passer à côté de lui sans même nous en rendre compte, parce que nous sommes tellement submergés par nos angoisses et nos peurs, que nous nous enfermons volontiers dans nos perspectives humaines et que nous ne nous rendons pas compte de sa présence. (…) La peur nous empêche de nous ouvrir et ainsi nous devenons stériles, au lieu de répondre à notre appel à devenir porteurs de Dieu», affirme l’archevêque latin de la Ville trois fois sainte.

Que voient nos yeux aujourd’hui?

«Jésus est venu pour renverser nos pensées, pour surprendre nos attentes, pour secouer notre existence… pour nous réveiller de l’illusion que tout est connu, que tout est sous contrôle, que le découragement est la seule réponse logique à la triste réalité de notre monde». Aussi, à l’image des bergers, sommes-nous invités à nous laisser guider par l’Esprit pour reconnaitre le signe de la présence de Dieu. Car c’est un choix crucial qui se pose aux croyants: «soit nous nous limitons à regarder notre réalité du monde d’aujourd’hui, avec ses logiques de pouvoir et d’épouvante, soit nous apprenons à scruter au-delà et avec les yeux de l’Esprit et à reconnaître la présence du Royaume parmi nous. Soit nous laissons place à la frustration et aux fatigues du monde, soit nous nous rendons capables, malgré tout, de joie et d’amour. Que voient nos yeux aujourd’hui ? Quelle présence ? Sommes-nous comme les bergers capables d’aller au-delà de l’apparence et de reconnaître l’œuvre de Dieu dans le monde ?»

Et le patriarche de conclure : «Si nous décidons de célébrer Noël cette année encore, c’est parce que nous croyons qu’il est né et qu’il est présent. Il nous revient maintenant de devenir le signe d’une grande joie, la joie de l’Emmanuel – Dieu avec nous – et de devenir témoins de cette joie à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre” (Actes 1, 8)».

Source: VATICANNEWS, le 23 décembre 2020

Mgr Pizzaballa: «Nous devons trouver un nouvel élan pastoral»

Mgr Pizzaballa (au centre), accueilli par le Custode de Terre Sainte Mgr Francesco Patton, le 4 décembre. Mgr Pizzaballa (au centre), accueilli par le Custode de Terre Sainte Mgr Francesco Patton, le 4 décembre.   (AFP or licensors)

Mgr Pizzaballa: «Nous devons trouver un nouvel élan pastoral»

Le nouveau patriarche latin de Jérusalem a fait vendredi son entrée solennelle dans la basilique du Saint-Sépulcre. Dans son discours, il a demandé à Dieu de l’éclairer dans sa nouvelle tâche et fait part de son désir d’approfondir les liens avec les Eglises-soeurs de Terre Sainte comme avec les juifs et les musulmans. 

Vatican News

Nommé Patriarche latin de Jérusalem le 24 octobre dernier par le Pape François, Mgr Pierbattista Pizzaballa a fait vendredi son entrée solennelle dans la basilique du Saint-Sépulcre de la ville Sainte. Au cours de cette cérémonie solennelle, qui marque officiellement sa prise de fonction, le nouveau patriarche, accueilli officiellement par le custode de Terre Sainte Francesco Patton, a prononcé un discours où il a fait part de ses orientations pastorales et missionnaires dans la nouvelle charge qu’il occupe.

«En ce Lieu Saint, je demande à Dieu de me donner la force, le courage et la constance de donner vie à cette Église, de l’aimer et de la conduire avec patience dans un esprit paternel» a t-il expliqué, rappelant que toute initiative ecclésiale se faisait sous le signe de la lumière pascale. 

«Ramené au Saint-Sépulcre»

Mgr Pizzaballa est revenu sur ses trente ans au service de l’Église en Terre Sainte, récemment comme administrateur apostolique du patriarcat de Jérusalem, avant sa nomination par le Pape François. «Au moment où je pensais qu’il était temps de partir, d’ouvrir un nouveau chapitre, le Seigneur, par l’intermédiaire du Saint-Père, le Pape François, m’a ramené ici, et m’appelle à nouveau à célébrer Pâques ici … avec vous» a t-il souligné.

Le nouveau patriarche latin est revenu sur les nombreux défis auquels il a dû faire face ces dernières années: «le Seigneur m’a guidé et accompagné dans de nombreuses décisions que je n’aurais jamais prises seul» et confié à Dieu les nombreux chantiers qui s’ouvrent. «Nous devons trouver un nouvel élan pastoral qui tienne compte des différents territoires et cultures, mais qui soit aussi capable de tous nous unir» a ainsi plaidé Mgr Pizzaballa.

«Toucher le coeur de tous»

Parmi les principaux défis, il y a ceux d’abord d’ordre économiques et sociaux, aggravés par la pandémie actuelle, a t-il relevé. «Nous espérons une politique claire et pacifique, et non des propositions fragiles et à court terme mais qui affectent profondément la vie de toutes nos familles. Nous espérons approfondir les rencontres avec les églises sœurs, nos frères musulmans et juifs» a précisé le patriarche. 

Depuis cette basilique du Saint-Sépulcre, Mgr Pizzaballa a enfin demandé aux fidèles de Jérusalem de prier pour sa mission. «Je n’ai pas le « don des langues », a t-il souligné non sans humour, mais je vous assure de mon désir sincère de toucher le cœur de tous, et en particulier celui de ceux qui sont en difficulté et dans le besoin en cette période

Source: VATICANNEWS, le 5 décembre 2020

Terre Sainte : «L’espérance chrétienne donne un sens à ce que l’on vit»

Remise du pallium à Mgr Pizzaballa © Vatican Media

Remise Du Pallium À Mgr Pizzaballa © Vatican Media

Terre Sainte : «L’espérance chrétienne donne un sens à ce que l’on vit»

Le nouveau patriarche Pizzaballa dans L’Osservatore Romano

« L’espérance chrétienne n’est pas le simple optimisme qui nous fait dire que tout va bien… L’espérance chrétienne donne un sens à ce que l’on vit ».

C’est ce qu’a dit le nouveau patriarche latin de Jérusalem Mgr Pierbattista Pizzaballa en saluant les personnes présentes à la messe célébrée dans la ville sainte le 5 novembre 2020, indique L’Osservatore Romano en italien du 6 novembre 2020.

Il a été nommé par le pape François le 24 octobre dernier et il a reçu l’imposition du pallium quatre jours plus tard.

Le patriarche a invité les fidèles à mettre la volonté « dans la Volonté de Dieu, sous la protection de la Vierge Marie Reine de Palestine ».

C’est la prière qui donne la force

Il a souligné l’importance de la prière en parlant de la principale tâche de l’évêque qui consiste à « apprendre et ensuite guider son peuple à vivre dans une situation donnée, suscitant une attitude de résilience et non de défaite ou de frustration » : « De toute évidence, la prière est la condition préalable à la réalisation de tout cela. C’est la prière qui donne la force. »

Dans une petite interview accordée à L’Osservatore Romano, MgrPizzaballa a nommé – parmi les défis spirituels les plus urgents – le renforcement du « sens de la communauté », « dans un contexte de fragmentation sociale, politique et économique qui affecte nécessairement la sphère religieuse », a-t-il dit. Un autre défi est de « veiller à l’unité dans un contexte diocésain pluriforme (le patriarcat latin de Jérusalem a juridiction sur les catholiques de rite latin en Israël, Palestine, Jordanie et Chypre) où coexistent différentes nations, différentes langues et cultures ».

L’évêque ne travaille pas seul

Le nouveau patriarche a souligné une grande importance de trouver de bons « collaborateurs » pour son travail : « L’évêque ne travaille pas seul, a-t-il dit, nous allons donc passer à la réflexion sur la nomination des vicaires dans les différentes régions pastorales, des conseils presbytéraux, etc. Bref, il faut tout d’abord créer un bon groupe de collaborateurs avec qui dessiner les lignes du futur proche. »

En parlant des problèmes sociaux, le patriarche a dit qu’il y en a « anciens et nouveaux » : « Les anciens problèmes sont, par exemple, le conflit israélo-palestinien, l’économie en difficulté, un état social très fragile, en particulier dans certaines parties du territoire. Les nouvelles situations sont les conséquences de la pandémie qui aggravent nos conditions de précarité, qui ont atteint la limite. »

Source: ZENIT.ORG, le 6 novembre 2020

Mgr Pizzaballa: Savoir voir, à travers la douleur, les choses nouvelles que Dieu crée

Mgr Pizzaballa à l'intérieur de la basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem, le 9 avril 2020.
Mgr Pizzaballa à l’intérieur de la basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem, le 9 avril 2020.  

Mgr Pizzaballa: Savoir voir, à travers la douleur, les choses nouvelles que Dieu crée

À Jérusalem, c’est la première fois en au moins un siècle que la basilique du Saint-Sépulcre est fermée pour les célébrations du Triduum pascal. À l’instar de l’office de la Passion et du Chemin de Croix du Vendredi Saint, la Vigile pascale s’est déroulée sans fidèles ce samedi 11 avril 2020. Dans son homélie, l’administrateur apostolique de Jérusalem à une capacité de contemplation renouvelée après «ces temps de vide».

«L’expérience de ces jours-ci est la plus proche de l’expérience pascale et du signe, du Saint-Sépulcre du Christ auprès duquel nous vivons». C’est par ces fortes paroles que l’administrateur apostolique de Jérusalem, Mgr Pierbattista Pizzaballa a initié son homélie de la Vigile pascale, samedi 11 avril 2020.

«Ce que nous vivons, en fait, ce sont des jours marqués par un grand vide : vide de rites, vide de visages, vide de présences, vide de contacts…», a-t-il expliqué, en poursuivant: «Nous ne parvenons pas à bien comprendre ce qui se passe, nous n’arrivons pas à voir ou entrevoir ce qui va se passer, comment nous serons, comment et si nous reprendrons notre vie».

Une réaction que l’administrateur apostolique du Patriarcat latin de Jérusalem compare ainsi à celle des femmes «au matin de la première Pâque»,  de même qu’«aux sentiments des disciples après la douleur du Vendredi Saint et le silence du Samedi».

Voir les signes de la mort et croire

Nous ne devrions donc pas chercher à fuir ce sentiment trop rapidement, en conclut Mgr Pizzaballa, car «éduqués par le Vendredi et le Samedi Saint, nous, les chrétiens, devrions être capables d’affronter la mort, de faire face à la tombe, au silence de Dieu et des hommes». 

«En effet, la joie de Pâques n’est pas un banal happy end de l’histoire de Jésus, relève-t-il, ce n’est pas la fin heureuse de l’Évangile grâce à laquelle ils vécurent tous heureux pour toujours, ni l’effacement de la douleur du monde ou la simple suppression des nombreuses blessures sanglantes de l’histoire».

Au contraire, estime-t-il, la joie de Pâques, la vraie joie, nait et consiste précisément en une nouvelle capacité à regarder le vide, à dialoguer avec la douleur, à voir les signes de la mort et à croire.

Au-delà des larmes et lamentations, la vision

«Venez et voyez», c’est le regard pascal. Pour Mgr Pizzaballa, ce vide que l’on a atteint ces jours derniers ressemble beaucoup au vide du Tombeau du Seigneur. «Je pense donc que dans les jours et les mois à venir, nous aurons tous besoin d’une capacité de contemplation renouvelée. Une vision: c’est ce que nous demandons et nous voulons. Savoir voir, à travers la douleur et la mort, les choses nouvelles que Dieu crée et recrée», a ajouté l’ancien Custode de Terre Sainte, insistant bien sur le fait d’aller «au-delà des larmes et lamentations», pour «nous ouvrir courageusement à des relations renouvelées dans lesquelles l’écoute et l’émerveillement pour l’autre et sa vie, surtout s’il est faible et fragile, passent avant mon intérêt, mes préjugés et mon profit».

Être plus conscients du don à offrir et recevoir

«Personne ne peut se sauver seul», comme l’avait répété le Pape lors de la bénédiction Urbi et Orbi du 27 mars dernier, n’est pas seulement le refrain de nos jours, c’est la vérité de l’existence, assure Mgr Pizzaballa. «Et si, à certains moments, il est juste et approprié de ‘’rester à la maison’’, c’est seulement pour que nous puissions en sortir plus conscients du don à offrir et à recevoir», a-t-il complété.

«Que cette Pâque soit encore une nouvelle création et que le chaos du monde y retrouve ordre et beauté», a enfin souhaité l’administrateur apostolique du Patriarcat latin. 

Source: Vaticannews, le 11 avril 2020

Prière depuis le Mont des Oliviers pour bénir Jérusalem et le monde

Mgr Pizzaballa, sur le mont des Oliviers, lors du dimanche des Rameaux, le 5 avril 2020.
Mgr Pizzaballa, sur le mont des Oliviers, lors du dimanche des Rameaux, le 5 avril 2020.

Prière depuis le Mont des Oliviers pour bénir Jérusalem et le monde

Mgr Pierbattista Pizzaballa, administrateur du patriarcat latin de Jérusalem, a présidé pour le dimanche des Rameaux une liturgie depuis le Dominus Flevit sur le Mont des Oliviers, avant de bénir la ville et le monde avec une relique de la Sainte Croix.

C’est une prière exceptionnelle, spéciale contre la pandémie de Coronavirus, qu’a prononcé en ce dimanche des Rameaux l’administrateur apostolique « sede vacante » du patriarcat latin de Jérusalem. Une prière prononcée depuis le Monts des Oliviers, au lieu de la traditionnelle procession des Rameaux de Bethphagé à la basilique Sainte-Anne. Une liturgie de la Parole célébrée en présence de quelques frères franciscains et séminaristes du patriarcat latin. 

Dans son message publié sur le site du patriarcat latin de Jérusalem, Mgr Pizzaballa revient sur les circonstances extraordinaires de cette Semaine Sainte. «Nous n’avons pas levé nos palmes et nos rameaux d’oliviers pour crier “Hosanna» à notre Roi, Jésus-Christ. Les rues qui, en ce jour, seraient pleines de monde et de chants, d’hymnes et de cornemuses sont vides et silencieuses». Une expérience qui doit inviter au questionnement,«Que pouvons-nous faire dans ces moments dramatiques pour la vie du monde et pour la nôtre ?»

Une leçon à tirer 

«C’est peut-être la leçon que Jésus veut nous donner aujourd’hui. Nous nous tournons vers Dieu quand quelque chose nous fait mal. Lorsque nous sommes en difficulté, nous voulons soudain tous poser les grandes questions difficiles», a expliqué l’archevêque de Jérusalem. Dit autrement, chacun veut «que Jésus devienne le genre de roi et de messie qui résout nos problèmes : la paix, le travail, la vie de nos enfants ou de nos parents, une aide, en bref, les situations difficiles que nous traversons. Nous voulons qu’il nous sauve du Corona Virus, que tout redevienne comme avant…»

Mais si Jésus exauce nos prières, a continué Mgr Pizzaballa, il répond à sa manière, disant «oui» à nos désirs les plus profonds, mais «non» à nos désirs immédiats.

«L’histoire de la grande entrée à Jérusalem, en somme, est une leçon sur l’écart entre nos attentes et la réponse de Dieu», la foule sera déçue car Jésus ne répondra pas à ses attentes de salut immédiat. Mais au fond, «l’entrée de Jésus à Jérusalem est vraiment le moment où le salut naît. Les “Hosanna” étaient justifiées, mais pas pour les raisons que les habitants de Jérusalem avaient supposées. Apprendre cette leçon, c’est faire un grand pas vers la vraie foi chrétienne».

Ainsi, l’administrateur apostolique invite à reconnaître que «nous sommes encore loin de cette foi simple et pure, la foi des pauvres». 

Une foi basée sur l’espoir et non la certitude

«Nous voudrions, nous voulons que notre vie change, ici et maintenant, et non pas dans un avenir vague ou dans l’au-delà. Nous voulons un Dieu tout-puissant et fort, nous voulons avoir foi en un Dieu qui nous donne certitude et sécurité. Puisse-t-il nous calmer dans cette mer de craintes et d’incertitudes dans laquelle nous nous trouvons maintenant».

L’Évangile nous dit cependant que la foi chrétienne est fondée sur l’espoir et l’amour, et non sur la certitude. En conclusion, Mgr Pizzaballa a invité à déposer devant le Messie «le peu que nous avons, nos prières, nos besoins, notre besoin d’aide, nos pleurs, notre soif de Lui et de Sa parole de consolation. Nous savons qu’il nous faut purifier nos intentions, demandons-Lui aussi cette grâce, de comprendre ce dont nous avons vraiment besoin».

Source: Vaticannews, le 5 avril 2020