Mgr Pizzaballa: le salut est dans la rencontre personnelle avec Dieu

Basilique de l'Annonciation à NazarethBasilique de l’Annonciation à Nazareth 

Mgr Pizzaballa: le salut est dans la rencontre personnelle avec Dieu

Le Patriarche latin de Jérusalem a célébré la messe à Nazareth, à l’occasion de la solennité de l’Annonciation, ce jeudi 25 mars. Dans son homélie, il est revenu sur le mystère de l’Incarnation et ce qu’il implique pour les croyants, surtout en ces temps de pandémie.

L’Incarnation nous dit combien Dieu aime l’humanité, a affirmé Mgr Pizzaballa au cours de la messe célébrée dans la basilique de l’Annonciation à Nazareth. «Le monde n’a jamais été une île heureuse: les problèmes de toutes sortes, les injustices, les divisions, les guerres, les maladies sont là aujourd’hui comme hier et depuis toujours. Mais tout cela n’a en rien empêché l’accomplissement du projet de Dieu dans un tel monde», a précisé l’archevêque italien.

Il s’agit de vivre aujourd’hui dans ce monde, aussi blessé soit-il, avec la certitude qu’il est encore «le lieu où Dieu s’est manifesté, où il nous a rencontrés et où nous le rencontrons encore». Ces derniers mois, les rencontres virtuelles ont été plus nombreuses que celles réelles, en raison des divers confinements mais si la technologie a permis de maintenir un minimum de sociabilité, «ce n’est pas par elle que nous rencontrons le Seigneur», observe Mgr Pizzaballa. «Ce ne seront pas les messes virtuelles qui nous sauveront, ni les médias sociaux, mais les rencontres personnelles avec Lui», a-t-il ajouté.

Le mystère de l’Incarnation est aussi une invitation à trouver dans sa propre vie, personnelle et communautaire, les signes de la présence de Dieu, le lieu où l’on peut le rencontrer. Pour le Patriarche latin, il est nécessaire de retrouver un regard positif sur l’Église et le monde, «toujours habités par la présence de Dieu». Il importe que le mal, l’injustice et la solitude ne soient pas les seules voix qui nous interpellent.

«Dans ce monde, dans cette société, dans cette Église, nous sommes invités à prononcer notre ‘oui’ à Dieu qui nous appelle pour son plan de salut , un ‘oui’ qui se traduit ensuite par une action concrète et positive pour le bien et pour la justice», a poursuivi Mgr Pizzaballa qui estime pressant le besoin de «témoins qui nous aident à affronter les faits de la vie avec espérance et confiance», d’une communauté de croyants «au regard libre et serein sur la vie du monde, sans peur et désireux de construire et de promouvoir le bien et la justice». «Trop souvent, nous nous enfermons dans nos propres problèmes, qui deviennent notre seul horizon. Nous sommes toujours tellement pris par les petites affaires de la vie, par les choses à faire, ou même par les grands projets, que nous oublions l’essentiel: l’existence n’a de sens que si elle s’ouvre à l’amour».

Et le Patriarche latin de Jérusalem de conclure son homélie en demandant à la Vierge de Nazareth d’accompagner et de soutenir l’Église de Terre Sainte et de la rendre féconde d’une vie nouvelle et joyeuse pour le bien de tous.

Source: VATICANNEWS, le 26 mars 2021

TEXTE COMPLET DE L’HOMÉLIE:

Homélie Solennité de l’Annonciation 2021

Nazareth, 25 mars 2021

Chers frères et sœurs

Que le Seigneur vous donne la paix !

L’année dernière à la même époque, nous avons tous été choqués par l’arrivée de la pandémie dans nos vies personnelles et collectives. Tout était nouveau et nous ne nous sentions pas préparés à une telle situation, dans laquelle un petit virus allait effectivement paralyser la vie ordinaire dans le monde entier et anéantir les programmes économiques et sociaux de presque tous les pays.

Aujourd’hui, un an plus tard, nos idées ne sont plus claires. La peur nous a amenés à penser que le monde est un endroit hostile et dangereux. Peut-être gérons-nous mieux l’urgence sanitaire, mais tout le reste : l’économie, la société, l’éducation, le travail… tout est encore plus fragile et exposé à tant d’incertitude.

Aujourd’hui, nous venons ici pour apporter notre expérience laborieuse devant la Vierge de Nazareth et pour nous demander ce que nous pouvons apprendre de ce que nous avons vécu. Nous nous sommes posés des questions, en fait, sur l’économie, sur la vie sociale, sur les soins de santé. Mais que dit tout cela à notre foi ? La foi et la vie doivent se parler. La foi est aussi une façon particulière d’accueillir la vie. Notre relation principale, celle avec le Seigneur, peut et doit éclairer notre expérience et nous aider à comprendre les signes des temps. Le Seigneur lui-même nous dit : «  Ainsi l’aspect du ciel, vous savez en juger ; mais pour les signes des temps, vous n’en êtes pas capables. » (Matt. 16:3).

Au cours de l’année écoulée, c’est la question que nous nous sommes posée le plus souvent dans l’Église. En cette année où nous avons presque toujours eu des églises fermées, des célébrations suspendues, sans Pâques et sans Noël… et où même la vie de foi semble être devenue virtuelle : messes en ligne, pastorale en zoom, bénédictions à distance et ainsi de suite.

Laissons-nous donc interpeller par la solennité d’aujourd’hui et essayons de faire un pas de plus pour tenter de comprendre, dans la mesure du possible, ce que le Seigneur nous indique.

La première considération concerne le mystère de l’Incarnation. Aujourd’hui, nous célébrons le « oui » de Marie qui a permis à Dieu de faire irruption dans la réalité du monde, en prenant notre chair même. Ici, le Verbe de Dieu a assumé notre humanité en tout sauf le péché. Et cela nous dit déjà combien Dieu aime cette réalité qui est la nôtre. Le monde n’a jamais été un havre de paix : les problèmes de toutes sortes, les injustices, les divisions, les guerres et les maladies sont là aujourd’hui comme hier et depuis toujours. Mais tout cela n’a en rien empêché l’accomplissement du plan de Dieu dans un tel monde. Son désir de salut n’a pas été arrêté par notre désobéissance : il est devenu l’un de nous, parce qu’il nous a aimés tels que nous sommes. Si nous avions été parfaits, peut-être n’y aurait-il pas eu besoin d’un plan de salut, de son intervention dans l’histoire.

Célébrer l’Incarnation aujourd’hui signifie donc aussi savoir accueillir et aimer la réalité de ce monde, comme Dieu l’a aimé. Il ne s’agit pas de fermer les yeux sur la douleur, la nôtre et celle des autres, mais de vivre dans la certitude que ce monde, aussi blessé et offensé soit-il, est néanmoins le Lieu dans lequel Dieu s’est manifesté et dans lequel Il nous a rencontrés, et où nous le rencontrons encore aujourd’hui. Il n’y a rien, en fait, qui puisse nous empêcher de vivre pleinement. La foi implique aussi de reconnaître la beauté de notre réalité, de savoir affronter les événements de la vie, qu’ils soient beaux ou fatigants, avec la certitude du bien qui nous habite, de la Parole qui nous sauve. Face à la demande de l’Archange, qui est incroyable et humainement impossible à comprendre, Marie répond par la confiance dans le Dieu Providence, à qui elle sait qu’elle peut se confier.

Nous disons, et particulièrement au cours de cette dernière année, à l’école, au travail et même dans l’Église, nous vivons plus virtuellement que réellement. En cette année d’enfermement, en effet, la technologie nous est venue en aide et nous a permis de maintenir un minimum de sociabilité. Mais ce n’est pas par la technologie que nous rencontrerons le Seigneur, ce ne sont pas les masses virtuelles qui nous sauveront, ni même les réseaux sociaux, mais la rencontre personnelle avec Lui.

Le mystère que nous célébrons aujourd’hui est aussi une invitation à ne pas fuir le réel, à ne pas éviter de se confronter à ce que nous sommes vraiment mais, au contraire, à trouver dans notre vie, personnelle et communautaire, telle qu’elle est, les signes de la présence de Dieu, le lieu où nous pouvons le rencontrer. Nous devons retrouver un regard positif et serein sur l’Église et le monde, encore habités par sa présence. Le mal, la douleur, l’injustice et notre solitude ne peuvent être la seule voix qui nous interpelle. Aujourd’hui encore, si nous voulons écouter, l’invitation de Dieu résonne pour accueillir sa Parole semée en chacun de nous et qui veut porter du fruit,  » à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un » (Matt. 13:8). Dans ce monde, dans cette société, dans cette Église, nous sommes invités à dire notre « oui » à Dieu.

Un « oui » qui se traduit ensuite par des actions concrètes et positives pour le bien et pour la justice, un « oui » qui l’emporte sur toute crainte et toute peur, car « rien n’est impossible à Dieu » (Lc 1,37).

Le récit évangélique que nous avons entendu nous parle donc de ces témoins autour de l’événement de l’Annonciation : Joseph, l’époux de Marie, dont nous avons célébré la solennité il y a quelques jours ; Élisabeth, qui, bien que vieille, était enceinte et attendait le Baptiste ; l’archange Gabriel, bien sûr, et surtout l’Esprit Saint… Ce projet de salut, en effet, n’est pas une action intime réservée à la Vierge, mais en met d’autres en mouvement, crée une communauté de personnes, unies par le  » oui  » de Marie à l’action de l’Esprit. Derrière ce « oui », en somme, il y a les protagonistes de l’histoire du salut, les témoins du passé et du présent qui, mus et guidés par l’Esprit, sont devenus des collaborateurs dans la réalisation du plan divin.

Nous pouvons dire que le sens ultime de l’Annonciation est la Pentecôte : Marie est remplie de l’Esprit pour engendrer le Christ, afin que celui-ci, à travers la Pâque et le don de l’Esprit Saint, puisse être engendré dans tous les croyants.

L’Esprit nous donne un nouveau regard, la capacité de saisir l’œuvre de Dieu dans notre histoire ; il nous rend capables de reconnaître le Christ également dans la vie des autres. Et nous en avons toujours grand besoin, car s’il est vrai que chacun doit trouver en lui-même l’assurance de sa propre relation avec Dieu, il est également vrai qu’il existe une confirmation qui ne peut venir que de l’extérieur, dans la relation avec les autres.

Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de témoins qui nous aident à affronter les événements de la vie avec espoir et confiance, qui collaborent à rendre notre « oui » à Dieu déterminé et confiant. Nous avons besoin de l’Église, c’est-à-dire de croyants unis précisément par ce « oui », une communauté portant un regard libre et serein sur la vie du monde, sans crainte et désireuse de construire et de promouvoir la bonté et la justice.

Et maintenant je pense à notre terre et à notre Église : comme nous avons besoin de ce regard ! Comme nous avons besoin de faire confiance à l’Esprit qui donne à notre Église la capacité et la détermination d’accomplir sa Parole ici, parmi nous, pour dire avec la Vierge Marie : « qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38). Trop souvent, en effet, nous nous enfermons dans nos propres problèmes, qui deviennent notre seul horizon. Nous sommes toujours tellement pris par les petites affaires de la vie, par les choses à faire, ou même par les grands projets, que nous oublions l’essentiel : l’existence n’a de sens que si elle s’ouvre à l’amour, et le monde, c’est-à-dire nous tous, a besoin d’en faire l’expérience réelle, nous avons besoin de l’étreinte du pardon de Dieu, de son irruption dans la vie du monde. Se le rappeler et le rappeler aux autres, le mettre en pratique, telle est la vocation et la mission de l’Église aujourd’hui.

À la question que nous nous sommes posée au départ sur la manière d’interpréter ce temps, la réponse est donc dans les mots de la Vierge Marie : écouter et accomplir la Parole de Dieu. Il n’y a pas besoin de nouvelles formules, d’études approfondies, car « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique » (Deut. 30,14).

Que la Vierge de Nazareth accompagne et soutienne notre Église et la rende féconde d’une vie nouvelle et joyeuse pour le bien de tous. Qu’elle aide notre communauté ecclésiale à être une lampe placée sur un boisseau (cf. Mt 5, 15) afin que, dans la douleur et la fatigue de chaque jour, elle puisse montrer à chacun le chemin de la rencontre avec l’amour de Dieu qui donne un sens et un juste poids à toute chose.

+ Pierbattista

SOURCE: PATRIARCAT LATIN DE JÉRUSALEM, le 25 mars 2021

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