La rencontre entre le Pape et Kirill en juin annulée

Le Pape François avec le patriarche Kirill, en 2016.Le Pape François avec le patriarche Kirill, en 2016.

La rencontre entre le Pape et Kirill en juin annulée

Dans une interview au quotidien argentin La Nación, publiée jeudi 21 avril, le Pape François a déclaré mettre tout en œuvre pour que cesse la guerre en Ukraine, et a annoncé l’annulation de la rencontre prévue en juin à Jérusalem avec le patriarche de Moscou. 

Osservatore Romano

Au quotidien argentin La Nación, François a confirmé qu’il y a «toujours» des efforts pour parvenir à la paix : «Le Vatican ne se repose jamais. Je ne peux pas vous donner les détails car il ne s’agirait plus d’efforts diplomatiques. Mais les tentatives ne cesseront jamais».

François a également évoqué les «très bonnes» relations et une éventuelle rencontre avec le patriarche de Moscou, Kirill. «Je suis désolé que le Vatican ait dû annuler une deuxième rencontre avec le patriarche Kirill, que nous avions prévue en juin à Jérusalem. Mais notre diplomatie a estimé qu’une rencontre entre nous en ce moment pourrait conduire à une grande confusion. J’ai toujours encouragé le dialogue interreligieux. Lorsque j’étais archevêque de Buenos Aires, j’ai réuni chrétiens, juifs et musulmans dans un dialogue fructueux. C’est l’une des initiatives dont je suis le plus fier. C’est la même politique que je promeus au Vatican. Comme vous m’avez peut-être entendu le dire à plusieurs reprises, pour moi, l’accord est supérieur au conflit.»

Interrogé sur sa visite, le 25 février au matin, à l’ambassade de la Fédération de Russie auprès du Saint-Siège, Via della Conciliazione, le Pape a déclaré : «J’y suis allé seul. Je ne voulais pas que quelqu’un m’accompagne. C’était ma responsabilité personnelle. C’est une décision que j’ai prise lors d’une nuit de veille en pensant à l’Ukraine. Il est clair pour ceux qui veulent voir les choses telles qu’elles sont que j’indiquais au gouvernement qu’il pouvait mettre fin à la guerre immédiatement. Pour être honnête, je voulais faire quelque chose pour qu’il n’y ait plus un seul mort en Ukraine. Pas même un de plus. Et je suis prêt à tout faire.»

Mentionner Vladimir Poutine

«Pourquoi ne mentionne-t-il jamais Vladimir Poutine ou la Russie ?» À cette question du journaliste, François a répondu : «Un pape ne nomme jamais un chef d’État, et encore moins un pays, qui est supérieur à son chef d’État.»

Quant aux motivations qui ont déclenché la guerre, le Souverain pontife a déclaré : «Toute guerre est anachronique dans ce monde et à ce niveau de civilisation. C’est pourquoi j’ai embrassé publiquement le drapeau de l’Ukraine. C’était un geste de solidarité avec ses morts, ses familles et ceux qui ont été forcés d’émigrer».

Par ailleurs, sur l’éventualité de son voyage à Kiev, le Souverain pontife a expliqué : «Je ne peux rien faire qui mette en danger les objectifs supérieurs, qui sont la fin de la guerre, une trêve, ou au moins un corridor humanitaire. Quel serait l’intérêt pour le Pape d’aller à Kiev si la guerre continuait le lendemain ?».

Source: VATICANNEWS, le 22 avril 2022

La décision du pape est reçue avec la plus grande satisfaction. Kirill est devenue persona non grata dans le monde chrétien. L’apologie de la guerre et du crime est antichrétien. Il aura certainement à en répondre devant le créateur !

Lituanie: Les prêtres critiquant Cyrille sur l’Ukraine sanctionnés

Lituanie: Les prêtres critiquant Cyrille sur l’Ukraine sanctionnés

Dans le diocèse de l’Église orthodoxe russe en Lituanie, les prêtres qui se sont dissociés de la position du patriarche Cyrille de Moscou sur la guerre en Ukraine ont été démis de leurs fonctions et mis en réserve.

Le métropolite Innocent de Vilnius et de Lituanie, qui avait d’abord soutenu les «dissidents», a nommé un évêque fidèle à Moscou. Une tentative claire de Moscou d’empêcher la possibilité qu’une partie des paroisses lituaniennes ne transite vers une autre juridiction. Par exemple, vers l’Église orthodoxe de Pologne. C’est un clair signal envoyé aux diocèses lettons et estoniens, où les sentiments sont similaires, peut-on lire sur le site PARLONS D’ORTHODOXIE.

Le journaliste et politologue russe Konstantin von Eggert, ancien rédacteur en chef du bureau de Moscou de la BBC, écrit que le métropolite Innocent a aligné son diocèse sur la «ligne générale» du patriarcat de Moscou. Le soutien à une «opération militaire spéciale» est obligatoire non seulement pour les prêtres en Fédération de Russie, mais également pour ceux qui se trouvent dans l’Union européenne.

Suite et source: CATH.CH, le 18 avril 2022

Ukraine : « Les orthodoxes vivent douloureusement cette situation », par Ch. Levalois

Le patriarche Kirill au Forum des jeunes © p. Igor Palkin / patriarcat de Moscou
Le Patriarche Kirill Au Forum Des Jeunes © P. Igor Palkin / Patriarcat De Moscou

Ukraine : « Les orthodoxes vivent douloureusement cette situation », par Ch. Levalois

Entretien avec le rédacteur en chef du site Orthodoxie.com

Christophe Levalois, rédacteur en chef du site Orthodoxie.com, affirme que « les orthodoxes vivent douloureusement cette situation » de la guerre menée par la Russie en Ukraine. « Elle est pour eux un choc, car ce sont deux pays majoritairement orthodoxes, ils se sentent d’autant plus concernés par ce qu’il s’y passe qu’ils sont des peuples frères, explique-t-il dans un entretien avec Vatican News publié le 13 avril 2022. Dans chaque famille russe, il y a des Ukrainiens, et dans les familles ukrainiennes, des Russes. »

Il souligne « en outre » que les Russes et les Ukrainiens « sont très présents dans les mêmes paroisses en Occident, et marchent ensemble spirituellement, c’est donc un choc très douloureux ».

Répondant à la question de savoir pourquoi le patriarche russe Kirill soutient la guerre en Ukraine, Christophe Levalois explique que le « point fondamental » dans les « relations » entre le président Poutine et le patriarche est le fait qu’ils « partagent la même vision de ce qui est appelé le monde russe, Russkiy Mir ». « L’idée du « monde russe » est qu’il existe une même civilisation à la fois slave et orthodoxe. Sans forcément de connotation ethnique. Et tous les peuples héritiers de ce fondement sont considérés comme des peuples frères. »

Or, dans les discours aussi bien du président russe que du patriarche Kirill, poursuit Levalois, « il y a une accusation: les puissances occidentales cherchent à diviser et à séparer » les « peuples frères ». Le patriarche y ajoute encore « une connotation morale » : il accuse les puissances occidentales d’avoir apporté « une modernité comprise comme étant une destruction des valeurs traditionnelles de ce monde russe ».

Selon Levalois, la guerre « risque fort de consommer la rupture entre les deux pays et entre les orthodoxes qui relevaient du patriarcat de Moscou, qui étaient ukrainiens, mais qui avaient en même temps un lien spirituel avec le patriarcat de Moscou ». Il parle d’une « dénonciation très vigoureuse de cette guerre qui a été répétée à plusieurs reprises par le métropolite Onuphre, primat de cette Église orthodoxe ukrainienne ». Le métropolite « a demandé explicitement, et à plusieurs reprises, au patriarche Kirill d’intervenir auprès des autorités politiques de la Russie pour que la paix s’établisse le plus rapidement possible ». Même s’il continue de « commémorer le patriarche de Moscou » pendant les liturgies, « on s’aperçoit que les liens se défont entre les deux Églises ». « De plus en plus d’évêques, une quinzaine sur une centaine, dit Levalois, ont demandé la réunion d’un concile pour mettre en place l’autocéphalie de cette Église. Ce serait une rupture pour des personnes qui, jusqu’au 24 février, étaient fidèles à l’Église russe malgré des circonstances parfois difficiles. » « Cette guerre entraîne un retournement qui est opposé à cette vision du monde russe », affirme le rédacteur.

« Prises de position » des Églises orthodoxes

Certains chefs d’autres Églises orthodoxes rattachées au patriarcat de Moscou ont pris « une position » « ferme » par rapport à cette guerre, explique Levalois, mais ils n’envisagent pas « pour l’instant » de se tourner vers le patriarcat de Constantinople. Le rédacteur cite l’exemple du métropolite Jean de Doubna de l’archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale qui « a pris une position très ferme ». « Il a dit qu’il ne partageait pas du tout la position du patriarche Kirill, tout en rappelant son amour de l’Église russe et de la spiritualité russe. » Le métropolite Innocent de Vilnius (Lituanie) lui aussi « a très vigoureusement critiqué la position du patriarche », cependant « il a dit que c’était son point de vue personnel, sous-entendant que ce n’était pas le point de vue de l’Église ». « Il y a eu beaucoup de prises de position extrêmement vigoureuses et extrêmement fermes de la part aussi d’universitaires, de prêtres par rapport à cette situation dramatique », ajoute Levalois.

Le rédacteur en chef du site raconte que les paroisses orthodoxes en Occident « ont mis en place des initiatives humanitaires pour envoyer des dons, pour accueillir les personnes ». « C’est notre ethos de chrétiens, dit-il, d’essayer, malgré l’horreur des situations, d’aider les personnes, de prier pour la paix, de consoler et de renouer les fils pour qu’après cette catastrophe, à nouveau, il puisse y avoir une réconciliation. »

Médiation du Saint-Siège

Interrogé sur la médiation du Saint-Siège et du pape dans ce conflit, Levalois note que « cette médiation est surtout importante à moyen et long terme » : elle sera « très importante pour renouer tous les fils brisés et trouver les moyens pour, avec le temps, beaucoup de temps, aller vers une réconciliation ».

Selon lui, l’Église catholique « connaît très bien depuis longtemps ses interlocuteurs orthodoxes » et elle est « très bien placée pour bien comprendre les différents enjeux, et bien comprendre également les désirs et les visions des uns et des autres ». « C’est très important pour établir la paix, une paix juste et durable », conclut le rédacteur.

Source: ZENIT, le 15 avril 2022

Quelle est l’importance du soutien du patriarche Kirill à Poutine ?

De Massimo Introvigne sur Bitter Winter :

Patriarche Kirill : quelle est l’importance de son soutien à Poutine ?

Seul un petit pourcentage de Russes va à l’église. Beaucoup de ceux qui n’y vont pas peuvent néanmoins être influencés par les tirades du patriarche.

(Traduction d’un éditorial publié le 8 avril 2022 dans le quotidien italien « Il Mattino ».)

Deux statistiques provenant de sources normalement fiables nous renseignent sur l’humeur de la population russe. L’une nous apprend que le soutien à Poutine, qui était tombé à 69 % avant la guerre, est désormais supérieur à 80 % (bien que la capacité ou la volonté des personnes interrogées dans les sondages russes de répondre librement ait été mise en doute). Une autre statistique indique que la fréquentation des églises orthodoxes en Russie est tombée à environ 1 %.

La deuxième statistique doit être interprétée, étant donné qu’il n’existe pas dans l’Eglise orthodoxe de règle similaire au précepte catholique d’assister à la messe. Un catholique, du moins en théorie, devrait aller à la messe tous les dimanches. Pour un orthodoxe, cette obligation n’existe pas et beaucoup ne vont à l’église que lors des grandes fêtes. Toutefois, les spécialistes qui observent la religion en Russie s’accordent à dire que le nombre de Russes en contact avec l’Église orthodoxe ne cesse de diminuer et qu’il indique désormais une sécularisation comparable à celle de l’Europe occidentale.

Il pourrait sembler que cela démente une autre thèse commune à ceux qui étudient la religion en Russie, celle du pacte implicite mais très ferme entre l’Église orthodoxe russe et l’État, c’est-à-dire entre le patriarche Kirill et Poutine. Poutine protège l’Église orthodoxe par des lois qui interdisent les missions d’autres religions et le prosélytisme, ainsi que la « liquidation » de ceux qui insistent pour convertir les orthodoxes à une autre foi, comme les Témoins de Jéhovah.

Kirill rend la pareille en organisant, à travers le réseau capillaire des paroisses orthodoxes, le consentement à Poutine et à son parti, un peu comme les évêques catholiques italiens l’ont fait au XXe siècle avec les démocrates-chrétiens. Certains diront que c’est précisément cette identification entre l’Église orthodoxe et le pouvoir politique qui éloigne de nombreux Russes, en particulier les jeunes, des églises.

Mais comment Kirill peut-il organiser un consensus pour Poutine si seule une petite minorité va à l’église ? En Russie, plus qu’ailleurs, il faut distinguer les différents cercles sur lesquels l’Église majoritaire exerce son influence. Une situation similaire se produit également en Italie.

Selon les statistiques les plus fiables, les catholiques actifs en Italie sont entre quinze et vingt pour cent, mais ceux qui se déclarent catholiques dans les sondages dépassent les quatre-vingts pour cent. Les déclarations du pape, y compris celles sur la guerre en Ukraine, font régulièrement la une des journaux, et elles influencent certainement un cercle plus large que la minorité comparativement étroite des catholiques actifs.

Ce processus en Russie est amplifié parce que, avec la disparition soudaine de l’identité soviétique, une identité russe a été reconstruite à la hâte sur la base d’une idée de la nation comme réalité spirituelle dont le cœur est la tradition orthodoxe. Des millions de Russes qui ne vont à l’église qu’à Pâques (ou jamais) se reconnaissent toutefois comme orthodoxes et partagent l’idée, également défendue par Poutine, que la Russie est grande parce que sa religion orthodoxe est grande. C’est pourquoi les déclarations du patriarche Kirill et ses prises de position sur la politique nationale et internationale influencent également ceux qui ne sont pas des orthodoxes « actifs » ou « pratiquants ».

Il existe deux mythes spécifiques et liés entre eux que la plupart des Russes connaissent et qui expliquent ces processus. Le premier est le mythe impérial de la Troisième Rome. La première serait la Rome impériale, la seconde Constantinople (aujourd’hui Istanbul), où l’Empire romain s’est installé après la chute de la ville de Rome, survivant jusqu’à la conquête turque en 1453.

Quelques années plus tard, le tsar Ivan III le Grand a inventé la formule nationaliste et propagandiste de la Troisième Rome, c’est-à-dire de l’Empire russe comme seul héritier légitime de l’Empire romain, un slogan popularisé un siècle plus tard par son successeur Ivan IV le Terrible, et aujourd’hui remis au goût du jour par Kirill et Poutine.

Si ce premier mythe est historique et politique, le second est religieux. Il réinterprète le thème de la Troisième Rome en termes religieux. Avec ce que les catholiques appellent le Grand Schisme d’Orient – et de nombreux orthodoxes le Grand Schisme d’Occident – l’Église d’Orient s’est séparée de l’Église de Rome en 1054. Le choix de l’Église orientale de s’appeler « orthodoxe » indiquait précisément qu’à ses yeux, elle défendait l’orthodoxie alors que Rome avait glissé dans l’hérésie.

À partir de ce moment, la vérité selon les orthodoxes ne se trouvait plus dans la première Rome, en Italie catholique, mais s’était déplacée vers la seconde Rome, Constantinople. Là aussi, après la conquête de Constantinople par les Turcs en 1453, les Russes ont fait valoir que le patriarche local n’était plus tout à fait capable de garder la vraie foi. Cette tâche incombait désormais à la Troisième Rome, Moscou, et à l’Église orthodoxe russe, qui s’était séparée du Patriarcat de Constantinople quelques années plus tôt, en 1448, même si de nouvelles réunions et de nouvelles séparations allaient suivre par la suite.

Ces jours-ci, une controverse d’il y a quelques années entre deux universitaires spécialistes des choses russes, Timothy Snyder de Yale et Marlene Laruelle de l’Université George Washington, est de nouveau à la mode. Tous deux s’accordent à dire qu’Alexandre Douguine, le politologue russe d’extrême droite et théoricien de l’eurasisme, est un habile propagandiste de lui-même et qu’il a réussi à convaincre beaucoup de monde de son influence sur Poutine, qui est en réalité modeste.

Selon Snyder, la véritable inspiration idéologique de Poutine est plutôt Ivan Ilyn, un philosophe expulsé de l’Union soviétique par Lénine pour ses positions monarchistes et anticommunistes et qui est mort près de Zurich en 1954. Laruelle invite à ne pas surestimer Ilyn non plus, malgré les honneurs publics de Poutine à son égard, et soutient que le philosophe a davantage influencé Kirill que le président russe.

Le sujet est sensible car Ilyn se disait fasciste et admirait Mussolini. Toutefois, ce n’est pas le fascisme d’Ilyn qui exerce une influence sur Kirill – et sur Poutine lui-même. C’est sa vision de la Russie comme une nation persécutée par l’Occident à travers sa propagande de la démocratie, ses hérésies et ses « cultes », et ses lobbies homosexuels, et en même temps comme une nation ayant une mission similaire à celle de Jésus-Christ : elle est persécutée, meurt, ressuscite et sauve le monde.

Ces idées inspirent clairement les sermons de Kirill mais séduisent aussi Poutine, qui a demandé et obtenu de la Suisse les restes d’Ilyn et les a fait réinhumer à Moscou dans une tombe devant laquelle il est allé se recueillir et s’inspirer.

Source: Bitter Winter, le 13 avril 2022

Guerre en Ukraine : le Patriarche russe appelle à “faire corps” autour du pouvoir

Kirill

Le Patriarche orthodoxe Kirill le 27 février. Crédits : Russian Orthodox Press Service via AFP

Dimanche 10 avril, Kirill de Moscou a appelé à se rallier autour du pouvoir pour combattre les “ennemis extérieurs et intérieurs” de la Russie, en plein conflit en Ukraine.

Le Patriarche orthodoxe Kirill, l’un des piliers du régime de Vladimir Poutine, a appelé dimanche 10 avril à se rallier autour du pouvoir pour combattre les “ennemis extérieurs et intérieurs” de la Russie, en plein conflit en Ukraine. “Dans cette période difficile pour notre Patrie, que le Seigneur aide chacun de nous à faire corps, y compris autour du pouvoir, et qu’il aide le pouvoir à assurer sa responsabilité devant le peuple et à le servir avec humilité et bonne volonté jusqu’à lui donner sa propre vie”, a déclaré Kirill lors d’une messe à Moscou.

C’est ainsi qu’une véritable solidarité apparaîtra dans notre peuple, ainsi qu’une capacité à repousser les ennemis extérieurs et intérieurs, et à construire une vie avec plus de bien, de vérité et d’amour”, a-t-il poursuivi, cité par l’agence de presse publique TASS. Le chef de l’Église orthodoxe russe, qui revendique environ 150 millions de fidèles dans le monde, principalement en Russie, a multiplié les sermons soutenant l’offensive du Kremlin en Ukraine.

Le 27 février, il y a vu un combat contre les “forces du mal”opposées à “l’unité” historique entre la Russie et l’Ukraine. Comme Vladimir Poutine, Kirill prône des valeurs conservatrices face à un Occident présenté comme décadent. De son côté, le pape François a appelé dimanche à une “trêve de Pâques” en Ukraine “pour arriver à la paix à travers de véritables négociations”. Les fêtes de Pâques du rite orthodoxe auront lieu cette année le dimanche 24 avril, une semaine après la célébration par les catholiques.

Source: RÉFORME.NET, le 11 avril 2022

ÉPIPHANE : LE PATRIACHE KIRILL SE RANGE DU CÔTÉ DE L’ANTÉCHRIST

Kirill avec le président russe Poutine et le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou. Photo Photo EPA, Alexeï Nikolski

Le patriarche Cyrille de Moscou est le créateur d’une « idéologie criminelle » et s’est rangé du côté de l’antéchrist. C’est ce que dit le métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine Épiphane.

Le métropolitain l’a écrit dans un post Facebook. Dans ce document, Épiphane réfléchit sur les développements de la guerre et s’adresse aux croyants au sein de l’Église orthodoxe russe. « Il s’agit du bien et du mal et du choix de chacun : êtes-vous avec Dieu ou avec le diable ? Kirill Gundyaev a déjà fait son choix en faveur de l’antéchrist. J’exhorte ceux qui le considèrent encore comme leur berger – ouvrez les yeux, regardez les fruits vénéneux de sa doctrine, éloignez-vous des méchants, ne continuez pas à être ses complices !

Ce n’est pas la première fois que les Russes sont comparés à l’antéchrist. Auparavant, l’archevêque orthodoxe ukrainien Evstratiy avait qualifié le président russe Vladimir Poutine d' »antéchrist ». Bien qu’Evstratiy ne reconnaisse pas Poutine comme l’antéchrist « ultime » tel que décrit dans la révélation, le président russe est « complètement impie » – comme Hitler ou Staline. Cela a été rapporté par le magazine chrétien allemand PRO.

Épiphane a souligné que l’idéologie du «monde russe» est la même que l’idéologie du nazisme parce qu’elle justifie la violence, le meurtre, la guerre et le génocide et, par conséquent, doit être rejetée et condamnée de la même manière que le nazisme est condamné.

Le métropolite se dit satisfait des progrès réalisés par l’armée ukrainienne à Kiev et dans ses environs et mentionne les crimes de guerre apparents des Russes. « Les meurtres de masse de civils sont un signe de génocide. » La métropole appelle la communauté internationale à faire quelque chose à ce sujet. « Vous avez le pouvoir; vous avez les armes, vous avez l’obligation morale de le faire, d’aider le peuple ukrainien à se défendre – et à vous protéger ! Pour protéger l’humanité !

Assassinat


Ce n’est pas la première fois que le métropolite Épiphane exprime son point de vue sur l’Église russe. Plus tôt, il a déclaré que plus d’une centaine de congrégations sont en train de passer de l’Église russe à l’Église ukrainienne sous la direction de Kiev.

L’Église ukrainienne a déclaré plus tôt que plusieurs « saboteurs » avaient été neutralisés, qui prévoyaient d’assassiner Epiphane.

Fascisme


Dimanche, le patriarche Kirill a organisé un service pour les soldats russes. Il les a appelés à défendre leur pays « comme seuls les Russes peuvent le faire ». À la cathédrale principale des forces armées de Kubinka, à l’extérieur de Moscou, le patriarche Kirill a déclaré à un groupe de militaires et de femmes militaires que la Russie était un pays « épris de paix » qui avait beaucoup souffert de la guerre. Cela rapporte l’agence de presse Reuters.

Selon le patriarche, la plupart des pays du monde sont sous « l’influence colossale d’une force, qui aujourd’hui, malheureusement, s’oppose à la force de notre peuple ». Selon Kirill, les soldats doivent défendre leur patrie. « Après tout, nous avons brisé le dos du fascisme, qui, sans aucun doute, aurait vaincu le monde sans la Russie. »

Kirill a reconnu qu’il y a maintenant un combat entre « frères et sœurs qui sont des gens de la Sainte Russie ». Cependant, « diverses forces ont poussé les frères les uns contre les autres ».

Le chef de l’Église gréco-catholique ukrainienne, sa Béatitude Sviatoslav, a déclaré plus tôt que « cette nouvelle idéologie meurtrière est peut-être pire que le nazisme ». Selon Sviatoslav, « cette idéologie attendra toujours son tribunal de Nuremberg ».

Source: CHRISTIAN NETWORK EUROPE, le 6 avril 2022

Le soutien du patriarche à la guerre de Poutine divise les orthodoxes

Patriarch’s support for Putin’s war fueling Russian Orthodox rift
Un prêtre prie devant une croix à la paroisse orthodoxe russe Saint-Nicolas de Myre à Amsterdam, aux Pays-Bas. (Crédit: paroisse Saint-Nicolas de Myra)

Le soutien du patriarche à la guerre de Poutine divise les orthodoxes

La paroisse orthodoxe russe d’Amsterdam a officiellement demandé l’autorisation canonique de se séparer de Moscou et de rejoindre le patriarcat orthodoxe de Constantinople.

La paroisse Saint-Nicolas de Myre a annoncé cette décision dans un pop-up sur son site web samedi, déclarant que cette décision “est extrêmement douloureuse et difficile pour toutes les personnes concernées“.

Cette décision fait suite à plusieurs déclarations récentes du patriarche orthodoxe russe Kirill, qui semblait soutenir l’invasion de l’Ukraine par la Russie et dans lesquelles il tenait l’Occident pour responsable du conflit en ne tenant pas compte des préoccupations de la Russie en matière de sécurité.

Selon le site d’information néerlandais Nederlands Dagblad, les quatre prêtres et un diacre en poste à Saint-Nicolas ont initialement écrit à leur autorité diocésaine, l’archevêque Elisey, pour dire qu’ils avaient décidé de ne pas mentionner le nom de Kirill pendant leur célébration de la Divine Liturgie parce qu’il “a exprimé son soutien total à la guerre“.

Avant d’envoyer cette lettre, la paroisse, où des croyants orthodoxes de différentes origines et nationalités prient ensemble depuis des années, avait déjà signé une pétition demandant à Kirill d’appeler à la fin de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Depuis le début de la guerre il y a un peu plus de deux semaines, au moins 15 diocèses orthodoxes russes ont publiquement donné leur bénédiction aux prêtres pour qu’ils cessent de commémorer Kirill dans leurs célébrations de la Divine Liturgie.

Alors qu’Elisey n’a apparemment pas accordé cette permission, les pasteurs de Saint-Nicolas ont décidé de s’abstenir d’utiliser son nom de leur propre chef, mais, à l’époque, sans intention de quitter l’Église orthodoxe russe.

Dans une déclaration aux paroissiens annonçant les raisons de leur décision, les pasteurs ont déclaré : “Nous n’avons pas quitté le Patriarcat de Moscou. Bien que nous ayons suspendu la commémoration du patriarche Kirill, nous continuons à nous souvenir de l’archevêque Elisey comme de notre évêque diocésain.

Ils ont noté qu’à certains moments de l’histoire orthodoxe russe, les clercs “ont trouvé impossible de se souvenir d’un chef d’église qui avait pris une certaine position politique“, et ont fait référence à plusieurs prêtres qui ont refusé de mentionner le nom du patriarche lorsqu’il “s’est déclaré loyal à l’État bolchevique en 1927.”

Aucun d’entre eux n’a considéré cela comme un abandon de l’église“, ont-ils ajouté.

Cependant, la situation a changé après une visite inopinée d’Elisey à la paroisse dimanche dernier, le 6 mars. Selon le Nederlands Dagblad, l’archevêque est arrivé dans une voiture diplomatique, qui appartiendrait à l’ambassade de Russie aux Pays-Bas, alors que la Divine Liturgie avait déjà commencé. La coutume orthodoxe veut que l’archevêque célèbre la Divine Liturgie s’il est présent, et Elisey a donc pris le relais.

Selon les règles orthodoxes, si le nom du patriarche n’est pas prononcé lorsque l’archevêque préside, cela entraîne un schisme ecclésial immédiat, de sorte que le nom de Kirill a finalement été mentionné par un diacre qui n’appartient pas à la paroisse.

Une fois l’office terminé, M. Elisey se serait entretenu en privé avec les deux prêtres les plus anciens de la paroisse pour les informer “que votre église suscite un grand intérêt” et leur dire que leur attitude “préoccupe beaucoup non seulement le patriarcat, mais aussi le ministère russe des affaires étrangères.

Les prêtres ont déclaré que depuis la visite d’Elisey dimanche dernier, la pression s’est accrue sur la paroisse, qui a été vandalisée mardi avec le symbole pro-russe controversé “Z“.

Face à ces menaces, la paroisse a pris contact avec la police et la justice locale.

Source: CRUX, le 13 mars 2022

Le patriarche russe Kirill, criminel de guerre ?

Le patriarche russe Kirill, criminel de guerre ?

Alors que la guerre d’agression brutale de la Russie en Ukraine s’est intensifiée, le chef de l’Église orthodoxe russe, le patriarche Kirill, n’a pas dit un mot contre l’agression russe. 

Pour Kirill, obéissant aux ordres de la censure russe, il n’y a pas de « guerre » en Ukraine. 

Au lieu de cela, dans sa première déclaration publique après l’attaque russe, Kirill ne pouvait que « profondément sympathiser avec toutes les personnes touchées par cette tragédie », comme si les Ukrainiens étaient victimes d’une inondation ou d’un tremblement de terre. 

La voix de Kirill compte en tant que chef du plus grand corps religieux de Russie – qui revendique l’Ukraine comme son « territoire canonique » – un qui est profondément lié à l’agenda de Vladimir Poutine et à celui de son régime. .

Le double langage de Kirill sur « les événements qui se déroulent » n’est pas seulement répréhensible – il pourrait même constituer un crime international. C’est à cause de l’importance de la propagande religieuse et de l’incitation dans cette guerre. 

Kirill et ses subordonnés ont pendant des années colporté des allégations de complot de persécution contre l’Église du Patriarcat de Moscou en Ukraine, à la suite de l’octroi de l’autocéphalie (indépendance) à l’Église orthodoxe d’Ukraine par le Patriarcat œcuménique basé à Istanbul. 

Kirill a affirmé recevoir « un rapport hebdomadaire sur ces violations de la loi, les souffrances que vivent les gens… la violence, les passages à tabac, les combats pour les églises ».

Le ministre des Affaires étrangères de fait de Kirill, le président du département des relations extérieures de l’Église, le métropolite Hilarion, a allégué une campagne « avec la participation des autorités » de passages à tabac et de saisies d’églises.

La campagne de propagande systématique de son Église sur l’Ukraine a été utilisée pour justifier la guerre par Poutine. 

Dans son discours du 21 février sur la reconnaissance des soi-disant « républiques populaires » de Donetsk et de Louhansk, Poutine a reproduit la propagande du patriarcat de Moscou : « Kiev continue de préparer la destruction de l’Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou… »

Kirill a longtemps fait écho à la principale affirmation de Poutine sous-jacente à sa guerre : le déni de l’existence d’un peuple ukrainien distinct. 

Poutine et Kirill affirment tous deux que les Russes et les Ukrainiens forment « un seul peuple ». Kirill a de nouveau invoqué cette théorie lorsque la Russie a bombardé des immeubles d’appartements et des hôpitaux ukrainiens.

Le 27 février, tout en faisant des remarques superficielles sur la prière pour la paix, Kirill a réitéré ses thèmes familiers sur l’Ukraine : « la situation politique actuelle dans l’Ukraine fraternelle » avec « les forces du mal qui ont toujours lutté contre l’unité de la Russie » et l’Église russe (la soi-disant « junte nazie » ?).

« A Dieu ne plaise qu’une ligne terrible tachée du sang de nos frères soit tracée entre la Russie et l’Ukraine », a-t-il poursuivi (sans laisser entendre que quelqu’un en particulier soit responsable de ce bain de sang), ajoutant une mise en garde contre le fait de donner « l’extérieur sombre et hostile force une occasion de se moquer de nous ».

Il a même précisé qu’en demandant au Seigneur de « protéger la terre russe contre les ennemis extérieurs », il inclut l’Ukraine et la Biélorussie en Russie, aux côtés d’ »autres tribus et peuples ». 

Les défenseurs ukrainiens combattent les envahisseurs russes mais, selon Kirill, le conflit est en fait entre un peuple Rus mythiquement uni (« Rus » est l’entité médiévale dont descendent les Russes et les Ukrainiens modernes) et des « ennemis extérieurs ». Ces puissants acteurs anonymes, selon Kirill, ont tenté de forcer les habitants du Donbass à organiser une « gay parade ».

Le 3 mars, le jour même où Poutine profère une menace manifestement génocidaire de « détruire cette « anti-Russie » créée par l’Occident », le Patriarcat de Moscou fait circuler dans ses diocèses le texte d’une prière spéciale, « approuvée » par Kirill, pour être lu dans ses églises. 

Ce texte réitère le trope mondial russe du baptême commun du peuple russe et demande un « esprit d’amour fraternel ». Il demande à Dieu, « dans une langue étrangère, de gronder ceux qui veulent et de prendre les armes contre la Sainte Russie – d’interdire et de renverser leurs plans ». 

Cette propagande de guerre est destinée à être lue dans toutes les églises du Patriarcat de Moscou – y compris, grotesquement, celles d’Ukraine. 

Complicité de crimes de guerre ?

Cela confirme que Kirill est en phase avec la rhétorique de guerre de Poutine et expose en outre le patriarche à des accusations de complicité active dans des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des génocides.

Reconnaissant la complicité de Kirill, un nombre croissant de ses évêques en Ukraine refusent de commémorer le « patriarche de l’opération militaire » dans leurs services religieux, défiant les menaces de Moscou.

Les paroles de propagandistes influents peuvent avoir un impact réel. Reconnaissant cela, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques stipule : « Toute propagande en faveur de la guerre est interdite par la loi ».

Les cours et tribunaux internationaux depuis Nuremberg ont attribué la responsabilité pénale individuelle non seulement aux auteurs directs d’atrocités, mais aussi aux complices – ceux qui « aident ou encouragent ». 

Une personne qui aide ou encourage d’autres personnes à commettre des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité ou un génocide peut être tenue pénalement responsable. Ceci est codifié, par exemple, dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI).

Avec des questions sur la compétence et l’intention criminelle, et en l’absence de tout précédent contraignant, il est impossible de dire si un procureur international considérerait des accusations contre Kirill. 

Il est cependant concevable qu’un éminent idéologue du régime qui lance un barrage de propagande incitant avant et pendant un conflit puisse être accusé d’avoir aidé ou encouragé la perpétration de crimes de guerre ou d’avoir incité d’autres personnes au génocide. En fin de compte, la question de savoir si Kirill est coupable de crimes internationaux est une question à laquelle seule une cour ou un tribunal compétent pourrait répondre. 

Le 26 février, l’Ukraine a engagé une procédure contre la Fédération de Russie devant la Cour internationale de Justice, alléguant un génocide. 

Le 2 mars, le procureur de la CPI a décidé de poursuivre les enquêtes sur les crimes présumés en Ukraine. Bien sûr, la remise effective des auteurs de cette guerre entre les mains de la justice internationale pourrait être considérée comme un miracle encore plus grand que la disparition d’une montre Breguet. 

Compte tenu de la responsabilité pénale du régime de Poutine, Kirill et ses subordonnés ne figureront pas en tête de liste. 

Néanmoins, il n’y a pas de délai de prescription pour les crimes de guerre et ni le statut de prêtre ni une soutane incrustée de bijoux et de ferronnerie coûteux ne peuvent conférer l’immunité aux lois internationales. L’Union européenne et les États membres doivent veiller à ce qu’il n’y ait pas d’impunité pour les propagandistes de Poutine.

Source: GENERATIONSNOUVELLES, le 7 mars 2022

Guerre en Ukraine : le métropolite orthodoxe en France s’oppose au patriarche de Moscou

La guerre en Ukraine divise le monde orthodoxe. Le patriarche de Moscou, qui a affiché son soutien à Vladimir Poutine, se retrouve de plus en plus isolé. Dans une interview à France Inter, le métropolite Jean de Doubna, archevêque à Paris des églises orthodoxes russes en Europe occidentale dénonce « une erreur ».

Le métropolite Jean de Doubna, lors d'une célébration en la cathédrale Saint Alexandre Nevsky à Paris
Le métropolite Jean de Doubna, lors d’une célébration en la cathédrale Saint Alexandre Nevsky à Paris © Yefimov Vladimir (c) Archevêché des églises orthodoxes de tradition russe

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les divisions se montre au grand jour au sein du monde orthodoxe, troisième branche religieuse de la chrétienté. Le patriarche de Moscou, Kirill, que l’on dit proche de Vladimir Poutine, a pris ouvertement position en faveur de la guerre, dénonçant des « forces du mal« , « qui combattent l’unité » entre Ukraine et Russie. Depuis, les églises orthodoxes rattachées à Moscou expriment leurs critiques. 

C’est le cas des églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale. Leur archevêque, le métropolite Jean de Doubna, basé à Paris, a écrit une lettre ouverte au patriarche de Moscou pour s’opposer à la guerre. Il explique pourquoi pour la première fois lors d’une interview, à France Inter.

FRANCE INTER : Vous avez écrit au patriarche Kirill de Moscou, dont dépend votre archevêché ici à Paris et en Europe occidentale, suite à l’invasion russe le 24 février. Que lui avez-vous exprimé dans cette lettre ouverte ? 

JEAN DE DOUBNA : « Tout d’abord, nous avons écrit cette lettre face au silence qui devenait très pesant de notre patriarche qui ne condamnait pas cette guerre et cette invasion de l’Ukraine par la Fédération de Russie. Et petit à petit, nous avons découvert que le patriarche, à travers certains propos qu’il tenait soit dans des prédications, soit dans des conversations, qu’il soutenait implicitement cette invasion, au nom de cette idée de rassembler la Russie, ce monde imaginaire de la Russie qui s’étende de Moscou à Kiev en passant par la Biélorussie. Ce que nous avons demandé spécialement au patriarche, c’est d’intervenir auprès de la Fédération de Russie de façon à ce que cesse cette guerre et ce massacre de tous ses enfants, ces femmes, ces hommes, ces soldats qui s’entretuent et qui sont eux mêmes issus du même baptême de la Russie. »

Selon vous, pourquoi le patriarche Kirill évoque la « résistance au consumérisme » occidental, la résistance aux tentatives d’imposer des gay pride en Ukraine ? 

« Il y a en Russie, à l’heure actuelle, le développement d’un anti occidentalisme effréné où le monde occidental est considéré comme dépravé. Mais, en Russie, le consumérisme est pire que chez nous. Il suffit d’aller à Moscou pour le voir. Tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir. Mais il y a cette idéologie que la Russie est persécutée par l’Europe, par l’Occident. Mais ici, personne n’est contre la Russie. Tout le monde est contre la guerre, mais pas contre la Russie. La Russie est toujours le pays que nous portons dans notre cœur, nous aimons la tradition spirituelle de la Russie, la tradition littéraire, tout ce qui fait la richesse de la Russie. Nous l’aimons, mais nous ne voulons pas de cette guerre. »

Vous avez donc écrit cette lettre ouverte au patriarche de Moscou dont vous dépendez. Avez vous eu une réponse? 

« Non, je n’ai pas eu de réponse. » 

Aujourd’hui, d’autres églises orthodoxes en Europe se positionnent assez clairement en désaccord avec le patriarche de Moscou… 

« Toutes les églises orthodoxes à l’heure actuelle ont pris position contre cette guerre. On ne veut pas qu’on utilise le mot guerre. Or, c’est une guerre et une invasion d’un pays frère, d’un pays ami. Pourquoi ? Parce que ce pays veut vivre la démocratie. Parce que ce pays veut se rapprocher de l’Europe. Donc, c’est une agression. Et tout ça est dément. »  

Y a-t-il dans le discours et les prises de position du patriarche de Moscou un dévoiement du message religieux ?

« Par certains côtés, oui. Par certains côtés, le fait d’approuver cette invasion, cette guerre, comme il l’a dit, cette guerre « métaphysique », c’est pour nous très difficile à vivre. Il n’y a pas de guerre métaphysique. La guerre métaphysique c’est la guerre spirituelle, celle du jeûne, de la prière, guerre de l’amour du frère. Ça, c’est la guerre métaphysique de chaque chrétien. En même temps, le chrétien doit être un homme de paix. À chaque liturgie, nous chantons. « bienheureux les artisans de paix ». Le chrétien doit être un artisan de paix. Qui plus est un prêtre, qui plus est un évêque, qui plus est un patriarche. Mais prêcher et soutenir une vision nationaliste d’agressivité vis à vis à vis d’un peuple qui, dans le fond, cherche sa voie, qui veut vivre selon sa propre dynamique, l’empêcher de vouloir vivre ça et le tuer par la guerre ? Personne ne peut justifier ça. Aucun chrétien ne peut justifier ça. »

L’Église orthodoxe d’Amsterdam a annoncé qu’elle ne mentionnerait plus le nom de Kirill lors des célébrations, mais aussi qu’elle quittait le patriarcat de Moscou. Êtes vous prêt à quitter le patriarcat de Moscou ? 

« Pour l’instant, il n’est pas question pour nous de quitter le patriarcat de Moscou. Nous sommes dans un lien canonique avec le Patriarcat de Moscou. Nous restons en lien canonique avec le Patriarcat de Moscou. Nous ne partageons pas certaines visions du patriarche de Moscou. Mais autour de lui, il y a beaucoup de personnes qui ne partagent pas cette vision. Et notre humble lettre a permis à beaucoup d’autres voix d’écrire et de demander au patriarche qu’il intercède pour que la paix revienne en Ukraine. Qu’on arrête ce massacre d’innocents en Ukraine, c’est un massacre au nom d’une vision nationaliste et et qui n’a aucune justification. » 

Y a-t-il un risque pour le patriarche Kirill de Moscou de se retrouver isolé ? 

« Je pense que c’est un grand risque d’isolement. Et au niveau de toutes les églises orthodoxes. C’est un grand risque. Le patriarcat de Moscou fait autorité. Nous gardons des liens avec les théologiens, avec ses pères spirituels de très grande valeur, avec ses monastères, des lieux de prière, de charité. Nous gardons le lien avec tous, mais nous ne partageons pas cette vision de conquête par la violence. » 

Est ce qu’il y a un risque de scission aujourd’hui de certaines églises? Est-ce que la situation risque de déstabiliser l’organisation des églises orthodoxes? 

« Les églises orthodoxes étaient déjà dans une situation difficile à cause de l’Ukraine, à cause de la création de cette Eglise ukrainienne dans le cadre du patriarcat de Constantinople. Cela a été très mal fait et très mal ficelé. Moi, je n’ai jamais approuvé. Même quand j’étais dans le patriarcat de Constantinople, je n’ai jamais approuvé cette façon de faire. Mais maintenant,  toutes les églises sont bloquées. Et maintenant, qu’est ce qui va se passer en Ukraine ? Imaginez. Imaginez que l’Église ukrainienne se détache du patriarcat de Moscou. Le patriarcat de Moscou va perdre plus des deux tiers de ce qui fait sa vie, de son être profond. 

L’Église d’Ukraine est la première à souffrir. Elle est sous les bombes. Les hiérarques ont coupé la commémoration du patriarche de Moscou. Le métropolite Onuphre, qui est le chef de cette Eglise qui est une grande église, avec 12 500 paroisses, est dans une situation épouvantable. Nous lui avons envoyé une lettre de soutien pour lui dire notre amitié. Cette Église va probablement échapper au patriarcat de Moscou et va se reconstituer en Ukraine. C’est une erreur à la fois la Fédération de Russie et de notre patriarcat. C’est une erreur d’appréciation. C’est une erreur historique monumentale, ce qui se passe en ce moment. » 

Source: FRANCEINTER, le 28 mars 2022

La guerre sainte du patriarche Kirill, espion trouble

Le patriarche Kirill de Moscou partage beaucoup avec Vladimir Poutine... / Keystone/EPA/Maxim Shipenkov

La guerre sainte du patriarche Kirill, espion trouble

Entre un passé d’espion pour le KGB à Genève, de la contrebande de cigarettes avec l’Irak et son chalet en Suisse, qui est Kirill de Moscou, le patriarche de l’Église orthodoxe russe, qui soutient Poutine dans sa guerre en Ukraine?

Alors que le monde entier tournait ses regards vers le patriarche Kirill de Moscou, l’invoquant de faire entendre raison au président Poutine, le chef de l’Église orthodoxe russe a délivré, dimanche dernier, un sermon glaçant, ne laissant plus aucun doute quant à sa position personnelle. Mais que sait-on de ce personnage aussi influent que mystérieux, dont les propos bellicistes ont choqué jusque dans ses rangs? Entretien avec Antoine Nivière, professeur à l’Université de Lorraine, spécialiste de l’histoire culturelle et religieuse russe.

Comment décryptez-vous l’attitude du patriarche Kirill depuis le début de l’invasion russe en Ukraine?

Celle-ci est dans la lignée d’une longue tradition du patriarcat de Moscou, qui manifeste des liens étroits avec les autorités, autrefois de l’Union soviétique et aujourd’hui du régime du président Poutine. Malgré les affirmations qu’il s’agit d’une Russie nouvelle, le patriarche Kirill est resté dans le prolongement de l’URSS et de ses services secrets, dont il est lui-même issu.

Tout comme Poutine, le chef de l’Église orthodoxe russe vient du KGB?

Tout à fait. Quand les archives du KGB ont été brièvement accessibles à une commission d’enquête parlementaire de la Douma au début des années 1990, celui qui n’était alors que l’archevêque Kirill (Goundiaev) y apparaissait sous le nom de code «Mikhailov» en tant qu’agent recruté par le KGB au sein du clergé du patriarcat de Moscou. Et cela notamment en raison de ses fonctions comme représentant du patriarcat auprès du Conseil œcuménique des Églises (COE) à Genève. Cela avait été publié dans la presse russe de l’époque.

On serait donc toujours dans une forme d’union sacrée entre l’État et l’Église?

On est dans une double union. Premièrement, il y a cette tradition de soumission de la hiérarchie de l’Église orthodoxe au pouvoir politique, qui remonte jusqu’au Moyen Âge, mais qui a été renforcé à l’époque soviétique par un contrôle absolu et une utilisation de l’Église au profit des intérêts politiques de l’URSS, notamment sur la scène internationale à partir de la Seconde Guerre mondiale.

Mais il y a une deuxième tradition, presque millénaire, qui est celle d’un nationalisme centré sur l’orthodoxie. Poutine a beaucoup joué là-dessus. Après la disparition de l’idéologie marxiste de l’époque soviétique, il fallait remplacer ce vide, ce vacuum, et la religion a été rapidement perçue comme un élément d’identification national fort qui permettait de se distinguer de l’Occident.

Kyrill a été recruté comme espion du KGB, notamment en raison de son rôle au COE à Genève

ANTOINE NIVIÈRE, SPÉCIALISTE DE L’HISTOIRE CULTURELLE ET RELIGIEUSE RUSSE

C’est donc ainsi qu’il faut comprendre l’ homélie du 6 mars,où le patriarche évoquait la notion de guerre sainte? 
Absolument. À l’instar de Poutine, le patriarche Kirill a fait sienne la théorie du choc des civilisations. Cela fait plusieurs années qu’il se fait le propagateur de ce qu’il appelle le «monde russe», soit un monde orthodoxe et nationaliste, mettant en avant les valeurs traditionnelles et s’opposant à l’Occident, perçu comme perverti, décadent et moralement dégénéré. D’où notamment sa grande diatribe sur les gay prides, qui relèveraient d’un plan des Occidentaux pour détruire la société russe. Pour lui, la responsabilité de ce conflit incombe aux Occidentaux, qui souhaitent imposer ce genre de comportements.

A-t-il toujours tenu cette ligne?

Non, il s’est progressivement radicalisé, un peu de la même façon que le président Poutine. Au départ, c’était un théologien plutôt libéral. Il était d’ailleurs le disciple du métropolite Nicodème de Léningrad, le métropolite de l’œcuménisme, celui-là même qui est mort dans les bras du pape Jean Paul 1er au Vatican. En 1989, il est devenu le président au Département des affaires étrangères du patriarcat de Moscou. Un poste sensible qui l’amenait à défendre les intérêts de l’État. Depuis qu’il est devenu patriarche en 2009, il s’est encore plus raidi dans une position conservatrice.

Comment vous expliquez-vous cette radicalisation?

Par sa proximité avec le pouvoir. À mesure que la relation entre la Russie et l’Occident se tendait, lui développait de plus en plus cette théorie d’un choc des civilisations. En même temps, en tant que patriarche, il est désormais à la tête de toute l’Église orthodoxe russe, et il doit donc prendre en considération l’essentiel de sa base. Or l’essentiel du clergé russe est quand même très traditionnaliste et conservateur. Tout comme la majorité de leurs ouailles: les vieilles dames appartenant à une génération déjà ancienne sont plutôt également de cette tendance, méfiantes face à l’œcuménisme et l’Occident.

Le «monde russe» s’oppose à un Occident perçu comme perverti, décadent et moralement dégénéré

Que peut-on dire de la personnalité même de ce patriarche?

C’est quelqu’un de très autoritaire et féru de pouvoir. Contrairement au pape dans le catholicisme romain, dans la théologie orthodoxe, le patriarche reste l’égal des autres évêques. Or ce patriarche se pense et se conduit comme s’il était au-dessus des autres. Son nom mériterait d’ailleurs de figurer dans la liste des oligarques sanctionnés par l’UE.

Comment cela?

Il a fait fortune dans les années 2000, quand il était le responsable des Affaires étrangères du patriarcat de Moscou et que l’Irak était sous embargo américain. La Russie avait alors soutenu l’Irak, en y envoyant des médicaments et autres produits de nécessité. Le commerce des cigarettes avait lui été confié à l’Église russe, qui prélevait une dîme dessus. Le patriarche Kirill a ainsi renforcé sa fortune personnelle. Il possède notamment un chalet en Suisse, apparemment dans le canton de Zurich: c’est un skieur invétéré depuis son enfance. Avec son frère, qui a longtemps été le représentant du patriarcat de Moscou au COE, ils ont tissé des liens profonds avec la Suisse. Il doit également y avoir des comptes en banque…

Il a fait fortune avec le commerce de cigarettes avec l’Irak, alors sous embargo américain

Quels sont les liens personnels qu’il entretient avec Poutine?

Dans les années 2000 et jusqu’au début des années 2010, il y avait une espèce bonne entente entre les deux. Ils aimaient bien se montrer ensemble, notamment au monastère de Valaam, sur une île du lac Ladoga, près de Saint-Pétersbourg, ville dont ils sont tous deux natifs. Poutine s’y est fait construit une de ses nombreuses datcha, et une autre datcha luxueuse a été construite à côté pour le patriarche.

Et aujourd’hui?

Les relations se sont un peu ternies. En cause, l’échec de Kirill à garder tous les orthodoxes ukrainiens dans le giron du patriarcat de Moscou, et ce malgré les promesses dont il avait bercé Poutine. Ces derniers temps, à l’instar du président russe, il s’est replié sur lui-même. Depuis deux ans, il vit reclus dans sa datcha de luxe des environs de Moscou, sous prétexte qu’il a peur du Covid. Il ne sort que très peu, pour les grandes fêtes ou des rencontres au Kremlin. Il est dès lors lui aussi déconnecté des réalités.

Source: PROTESTINFO, le 14 mars 2022