RUSSIE – Lettre pastorale des Évêques catholiques à Moscou : la « mission créatrice » des baptisés ne se plaint pas des « temps difficiles »

Foto: Studija ‘Kana’

Moscou (Agence Fides) – « Ce ne sont pas nos plans pastoraux, ni nos projets personnels qui font grandir l’Eglise, mais le témoignage humble et persévérant que nous lui rendons. Rappelons-nous les paroles de Benoît XVI : l’Église grandit et se répand non par le prosélytisme, mais par l’attraction du Christ lui-même (cf. Homélie au Sanctuaire d’Aparecida, 13 mai 2007) ».

C’est ce qui ressort de la Lettre aux catholiques de l’archidiocèse de la Mère de Dieu à Moscou pour l’année pastorale 2023-2024, signée par l’archevêque Paolo Pezzi et Nikolaj Dubinin, son évêque auxiliaire. Le document, daté du 8 septembre, sera largement diffusé le dimanche 17 septembre, jour du début de la nouvelle année pastorale.


S’inspirant d’une expression utilisée par le Pape Benoît XVI le 26 septembre 2009 sur le vol Rome-Prague, les deux évêques demandent aux fidèles de ne pas se laisser décourager par la petitesse numérique des petites communautés catholiques auxquelles ils appartiennent, mais de mettre en œuvre une « mission créative ». « 

Au début du christianisme et à plusieurs reprises au cours de l’histoire, les chrétiens étaient une minorité : de petites communautés qui sanctifiaient le monde autour d’elles, non seulement avec une nouvelle doctrine, mais aussi avec un style de vie qui attirait les gens vers le Christ. Même s’ils rejetaient l’enseignement chrétien, de nombreux juifs et païens ne pouvaient s’empêcher d’admirer les relations d’amour mutuel, de vraie miséricorde, de caritas, qui existaient dans ces communautés ».

La voie suggérée par les deux Évêques n’est pas de rester dans une attitude attentiste vis-à-vis du monde extérieur, mais d’embrasser la réalité environnante en partant de ce que l’on est : « Parfois, lorsque nous visitons des paroisses », poursuivent les Évêques, « nous entendons dire que (nous, catholiques, ndlr) sommes incapables de faire quoi que ce soit de bon parce que nous vivons dans des temps difficiles ». C’est ce que beaucoup de gens pensent et cela nous tue.

Cependant, la mission créative n’attend pas les circonstances favorables : elle diffuse simplement le témoignage de la communion que nous vivons (ou, malheureusement, que nous ne vivons pas) ».

Poursuivant leur invitation à ne pas se laisser écraser par un sentiment d’impuissance et de perte d’espérance, Mgr Pezzi et Mgr Dubinin ont demandé aux baptisés de faire le bien avec le peu qu’ils ont : « Nous pouvons nous plaindre que le conflit en Ukraine perdure, mais en fin de compte, nous ne pouvons guère soulager notre conscience. Si nous nous tournons vers le Christ, des initiatives surgissent, peut-être même très simples, mais profondes et durables.

Nous ne pouvons pas résoudre le « problème » des réfugiés, nous ne pouvons pas établir la paix, mais nous pouvons aller vers des personnes concrètes et leur transmettre notre paix intérieure, si nous “en avons une”. L’attention aux besoins, non seulement matériels mais aussi spirituels, de chaque personne est indiquée dans le document comme une dimension essentielle de la vie communautaire.

En effet, face au nombre croissant de catholiques qui s’éloignent de l’Église, les évêques nous invitent à ne pas nous attarder sur les chiffres du problème, mais à regarder chaque personne dans son unicité, comme une âme qui a besoin de Dieu et, par conséquent, de la proximité des frères et sœurs dans la foi.

Le point de départ pour être créatif dans la mission, même si nous sommes peu nombreux, est la relation avec Jésus présent ici et maintenant, « à travers les personnes par lesquelles chacun de nous a rencontré le Christ, à travers les sacrements, à travers l’Église dans le concret d’une certaine paroisse, d’une certaine communauté ou d’un certain charisme, à laquelle chacun de nous appartient ».


La lettre annonce également la participation de Mgr Pezzi et d’Oksana Pimenova – une jeune laïque de Moscou, impliquée depuis longtemps dans la pastorale des jeunes du diocèse – au prochain Synode des évêques à Rome, ainsi que la création d’une Commission du Jubilé pour 2025, qui coordonnera les différentes initiatives locales pour l’Année jubilaire.


En conclusion du Document, les évêques portent à l’attention des catholiques du diocèse la prière de consécration à la Vierge Marie du Père combonien Pietro Tiboni MCCJ (1925-2017), prière qui demande l’intercession de la Vierge pour que « le Christ donne à tous les hommes le même goût de la vie nouvelle qu’il nous a donné ».


L’archidiocèse de la Mère de Dieu couvre un territoire de 2 629 000 kilomètres carrés et comprend une centaine de petites ou très petites communautés catholiques. Il n’existe pas de chiffres précis sur le nombre de catholiques présents dans la Fédération, mais comme l’a déclaré Mgr Pezzi à l’agence RIA Novosti en juillet dernier, le nombre de catholiques baptisés est vraisemblablement inférieur à un million.

Source : Agence Fides, le 16 septembre 2023

Le pape fait l’éloge de la Russie impériale. L’Église ukrainienne lui demande de se rétracter

Le pape fait l’éloge de la Russie impériale. L’Église ukrainienne lui demande de se rétracter

De Sandro Magister sur Settimo Cielo (traduction de diakonos.be):

Ce vendredi 25 août après-midi, le Pape François s’est connecté à Saint-Pétersbourg à l’occasion de la Xè rencontre nationale des jeunes catholiques de Russie et leur a adressé en espagnol ce message vidéo, diffusé le jour suivant par la salle de presse du Vatican, également en version italienne :

> “Queridos jóvenes, queridas jóvenes: que la paz…”

Le thème du message du Pape était le même que celui des JMJ de Lisbonne. « Marie se leva et s’en alla en hâte (Luc 1, 39) », avec ces seules paroles susceptibles d’être associées à la guerre déchaînée par la Russie contre l’Ukraine :

« Je vous souhaite à vous, jeunes Russes, la vocation d’être artisans de paix au milieu de tant de conflits, au milieu de tant de polarisations de toute part, qui affligent notre monde. Je vous invite à être des semeurs, à répandre des graines de réconciliation, de petites graines qui en cet hiver de guerre ne germeront pas pour le moment sur la terre glacée mais qui fleuriront dans un printemps futur ».

Mais ensuite, avant la bénédiction finale, François, s’est lancé dans une déclaration improvisée en italien, qui n’a pas été publiée par la salle de presse du Vatican mais par le site « Il Sismografo », et que l’on peut écouter dans cette vidéo toujours disponible en ligne :

« N’oubliez pas votre héritage. Vous êtes héritiers de la grande Russie : la grande Russie des saints, des rois, la grande Russie de Pierre le Grand, de Catherine II, cet empire russe grand, cultivé, de tant de culture, de tant d’humanité. Ne renoncez jamais à cet héritage. Vous êtes les héritiers de la grande Mère Russie, allez de l’avant. Et merci. Merci pour votre façon d’être, pour votre façon d’être Russes ».

Naturellement, ces déclarations ont eu un grand écho à travers le monde, notamment dans cet article de Francis X. Rocca dans « The Wall Street Journal » :

> Pope Francis Praises Historical Russian Imperialism Amid War in Ukraine

Mais surtout, cet éloge sans retenue de la Russe impériale de la part du Pape a incité l’archevêque majeur de l’Église grecque catholique ukrainienne à publier le soir du lundi 28 août la déclaration suivante que nous reproduisons intégralement ici :

*

Déclaration de sa béatitude Sviatoslav Shevchuk concernant les déclarations du pontife romain pendant la rencontre avec la jeunesse Russe

C’est avec grande douleur et inquiétude que nous avons eu connaissance des paroles, attribuées, au Saint-Père François, prononcées pendant la rencontre à distance avec la jeunesse catholique russe, qui s’est déroulée le 25 août dernier en vidéoconférence à Saint-Pétersbourg.

Nous présumons que les déclarations de Sa Sainteté aient été prononcées de manière spontanée, sans la prétention de donner une analyse historique, et encore moins avec l’intention de soutenir les ambitions impérialistes de la Russie. Malgré cela, nous partageons la grande douleur suscitée par ses observations dans le chef des évêques, du clergé, des moines et des fidèles non seulement de notre Église, mais également d’autres confessions chrétiennes, ainsi que de représentants d’autres confessions religieuses. Dans le même temps, nous partageons également la grande déception de la société civile ukrainienne à la suite de ces déclarations.

Les déclarations sur la « grande Russie de Pierre I, de Catherine II, de cet empire grand et illuminé, de grande culture et de grande humanité » font référence au pire exemple de l’impérialiste et du nationalisme extrême russe.

Nous craignons que ces déclarations soient comprises par certains comme un encouragement envers ce nationalisme impérialiste qui est la véritable cause de la guerre en Ukraine. Une guerre que chaque jour sème la mort et la destruction dans notre peuple.

Les exemples employés par Sa Sainteté ne correspondent en réalité pas à son magistère sur la paix. Au contraire, le Saint-Père a toujours dénoncé toutes les formes d’impérialisme dans le monde d’aujourd’hui et il a mis en garde contre le danger du nationalisme extrême, en soulignant que ce sont bien eux la cause de « la troisième guerre mondiale par morceaux ».

En tant qu’Église, nous tenons à signaler que, dans le contexte de l’agression de la Russie contre l’Ukraine, de telles expressions inspirent les ambitions néocoloniales du pays agresseur au lieu de dénoncer et de condamner cette manière d’ « être Russes ».

Afin d’éviter que les déclarations et les intentions du Saint-Père ne soient manipulées, nous attendons de la part du Saint-Siège une explication de la situation.

L’Église grecque catholique ukrainienne unie à toute la société civile en Ukraine condamne l’idéologie du « monde russe » et toute la façon criminelle d’ « être Russes ». Nous espérons que notre voix sera entendue par le Saint-Père.

Dans quelques jours, les évêques de notre Église se réuniront à Rome pour célébrer le Synode annuel de l’Église grecque catholique ukrainienne. Nous aurons en outre l’occasion de rencontrer Sa Sainteté et de lui présenter personnellement les doutes et la douleur du peuple ukrainien, confiant en sa sollicitude paternelle envers notre peuple.

Source : Settimo Cielo (traduction de diakonos.be), le 28 août 2023

La Russie et l’Ukraine démentent les propos du pape François : elles ne sont pas au courant d’une mission de paix du Vatican

Drapeaux de la Russie et de l’Ukraine © Organisation mondiale pour la Paix
Drapeaux De La Russie Et De L’Ukraine © Organisation Mondiale Pour La Paix

La Russie et l’Ukraine démentent les propos du pape François : elles ne sont pas au courant d’une mission de paix du Vatican

Pas de déclaration de la salle de presse du Saint-Siège pour l’instant

Lors du vol de retour de Budapest à Rome, le pape a répondu à une question sur un processus de paix entre l’Ukraine et la Russie et une éventuelle rencontre entre François lui-même et Poutine. C’est dans ce contexte qu’il a déclaré : « Je suis prêt à faire tout ce qui doit être fait. De plus, il y a maintenant une quête en cours, mais elle n’est pas encore publique. Voyons comment… Quand ce sera public je le dirai. »

Cette simple déclaration a fait la une des journaux. Ces gros titres ont interprété la mission comme une mission de paix du Vatican pour servir de médiateur entre la Russie et l’Ukraine. Cependant, un jour après cette déclaration du pape François, la Russie et l’Ukraine ont nié avoir eu connaissance de cette mission qui devrait les impliquer.

Interrogé par la presse, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov dit à l’agence TASS  qu’ils ne connaissent aucune mission de paix de la part du Vatican : « Nous ne savons rien. »

Mais ce n’était pas seulement la Russie qui contredisait le pape. L’Ukraine a également affirmé ne pas avoir connaissance d’une mission de paix du Vatican. Le ton était d’autant plus vif que, depuis Kiev, ils ont assuré que si cela a lieu, c’est sans l’accord du président Zelenski, selon une source gouvernementale – déclaration à CNN .

Les deux pays n’ont pas été les seuls à faire des déclarations. Depuis que le pape a rencontré à Budapest, hors programme officiel, l’ancien numéro deux de l’Église orthodoxe russe, l’archevêque Hilarion, il a publié une vidéo pour démentir certaines rumeurs selon lesquelles il aurait traité avec le pape d’un plan secret.

L’archevêque Hilarion a déclaré : « Des insinuations sont apparues dans la presse selon lesquelles j’ai rencontré le pape François pour lui donner des informations afin de parvenir à des accords secrets ou à d’autres fins politiques. Je réponds à ceux que cela intéresse : il n’y avait rien concernant les relations bilatérales entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe russe. Les questions politiques n’ont pas été abordées. La rencontre était de nature personnelle entre deux vieux amis. »

Le Métropolite Hilarion a également expliqué la raison de cette rencontre : « De nombreuses personnes m’ont demandé ces dernières heures pourquoi j’avais rencontré le pape François, alors qu’il n’y avait pas de rencontres séparées avec le représentant de Constantinople, ni avec d’autres évêques orthodoxes. La rencontre s’explique en raison de notre amitié personnelle de plus de dix ans, lorsqu’il a été élu pape en mars 2013. J’étais l’envoyé de l’Église russe pour sa cérémonie d’investiture. Le lendemain, je lui ai parlé en privé pendant une heure. C’était le troisième pape que je rencontrais dans ma vie : Jean-Paul II, rencontré une fois et Benoît XVI, quatre fois. Dans le cas du pape François, j’ai découvert qu’il avait une bonne expérience des relations bilatérales. »

Enfin l’archevêque Hilarion commente : « La Hongrie est un pays à population majoritairement catholique et le pape a été chaleureusement accueilli par des dizaines de milliers de personnes. La Hongrie est le seul pays de l’Union européenne ouvert malgré les pressions de Washington et de Bruxelles. C’est un pays qui protège les valeurs chrétiennes et s’oppose systématiquement à la propagande du libéralisme, de la permissivité morale et de la débauche. La Constitution hongroise commence par ces mots : « Que Dieu bénisse les Hongrois » et est une citation de l’hymne national hongrois, qui n’est rien de plus qu’une prière. La Constitution dit que nous sommes fiers que notre roi saint Étienne, il y a mille ans, ait fait de notre pays une partie de l’Europe chrétienne. Les valeurs chrétiennes sont protégées dans la Constitution hongroise, notamment : le mariage, défini comme l’union entre un homme et une femme ; toute personne a droit à la vie et à la dignité ; le fœtus a le droit d’être protégé dès la conception… »

Du côté du bureau de presse du Saint-Siège, aucune déclaration n’a été publiée pour préciser à quoi le pape fait référence avec « une mission » qui n’est pas encore publique. Les parties, pour l’instant, affirment ne pas être au courant.

Traduit de l’anglais par ZENIT

Source : ZENIT.ORG, le 3 mai 2023

RUSSIE – L’Assemblée des évêques catholiques se penche sur la souffrance des peuples :  » Il n’y a pas de guérison sans écoute de l’autre « 

Sibirskaja Katoličeskaja Gazeta

 » Les évêques attirent une fois de plus l’attention des fidèles sur la réalité de notre monde, sur les souffrances causées par la guerre, la violence et les catastrophes naturelles « .

C’est ce qui ressort du communiqué publié à l’issue de la 57ème assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques de Russie, qui s’est tenue dans la Maison des exercices spirituels « Bethléem », près de la ville de Novossibirsk, du 28 février au 2 mars.

Tous les évêques des quatre diocèses catholiques de la Fédération se sont réunis dans la capitale sibérienne : le métropolite de l’archidiocèse de la Mère de Dieu à Moscou, Paolo Pezzi, et son auxiliaire, Nikolaj Dubinin ; l’ordinaire du diocèse de la Transfiguration à Novossibirsk, Joseph Werth ; l’ordinaire du diocèse de St Clément à Saratov, Clemens Pickel ; l’ordinaire du diocèse de St Joseph à Irkoutsk, Kiryl Klimovič. Le Nonce apostolique en Russie et en Ouzbékistan, Mgr Giovanni D’Aniello, le conseiller de la nonciature, le père Piotr Tarnawski, et le secrétaire de la Conférence épiscopale, le père Stephan Lipke SJ ont également participé à l’assemblée .

Dans le communiqué, les évêques rappellent la souffrance de tant d’hommes et de femmes dans la société contemporaine, en particulier en Ukraine, dans le Caucase, en Syrie et en Turquie, ainsi que la blessure infligée aux individus et à la société par les séparations, les divorces, la violence domestique, les avortements, la misère des affamés, des sans-abri et des personnes en situation de dénuement.


C’est pourquoi les évêques demandent aux catholiques de Russie et à toutes les personnes de bonne volonté de reconsidérer la Lettre du Pape François pour le Carême 2023, dans laquelle il nous demande d’aller à la rencontre du Seigneur et de notre prochain.

La Conférence épiscopale indique trois voies nécessaires pour marcher et travailler ensemble dans les conditions historiques particulières du temps présent: la prière, accompagnée du jeûne et de la contemplation de l’amour qui a conduit le Christ à donner sa vie à la mort sur la croix et à la résurrection ; le dialogue, en invitant les fidèles à partager leurs préoccupations avec leurs proches et leurs amis : « Il n’y a pas de guérison sans écouter et prendre au sérieux ce que l’autre personne a à dire, même si c’est difficile à comprendre ou désagréable ou parfois même douloureux » ; un amour actif, en suivant l’exemple des catholiques vivant dans la partie sud-ouest de la Fédération, qui apportent leur aide à tous ceux qui en ont besoin, sans aucune discrimination sur la base de la croyance religieuse, de l’origine et des convictions personnelles de ceux qui ont besoin d’aide. En outre, face à certains cas d’expulsion de prêtres et de laïcs catholiques de la Fédération, la Conférence épiscopale appelle le gouvernement et tous les fidèles à être « ouverts aux valeurs évangéliques dont l’Église catholique est porteuse, qui est une partie petite mais intégrante de la société russe ».

Les évêques appellent à poursuivre la réflexion, tant au niveau personnel que communautaire, sur ce que signifie vivre aujourd’hui la conversion pastorale et missionnaire suggérée par le Pape François. Parmi les nombreux points abordés par les travaux de la Conférence épiscopale, il y a celui de la formation correcte des fidèles sur les contenus de la foi et du Magistère de l’Église catholique, à partir des sources d’information officielles, à savoir les canaux du Saint-Siège, la Conférence des évêques catholiques de Russie et les diocèses catholiques.

En ce qui concerne les Journées Mondiales de la Jeunesse, qui se tiendront à Lisbonne du 2 au 6 août, les évêques disent garder l’espoir qu’un groupe de catholiques russes puisse y participer, en signalant également à tous les jeunes catholiques âgés de 16 à 30 ans la rencontre qui leur sera consacrée et qui se tiendra à Saint-Pétersbourg du 23 au 27 août.


Avec le clergé du diocèse hôte, le 2 mars, tous les participants à l’assemblée ont concélébré la liturgie eucharistique à la fin des travaux, présidée par Mgr D’Aniello.

La présence du Nonce a attiré dans la cathédrale de la capitale sibérienne des fidèles catholiques de plusieurs paroisses du diocèse de la Transfiguration, en vertu de la proximité particulière du Pape avec l’Église locale, que la figure du Nonce représente par nature. Les fidèles ont ensuite eu l’occasion de rencontrer brièvement le Nonce et les autres évêques dans la bibliothèque diocésaine adjacente.

Les catholiques présents dans le diocèse de la Transfiguration, qui couvre un territoire de 2 millions de km2, sont environ 500 000, soit près de 2% de la population résidente totale.

Il est, avec le diocèse de Saint-Clément à Saratov et le diocèse de Saint-Joseph à Irkoutsk, un diocèse suffragant de l’archidiocèse de la Mère de Dieu à Moscou : tous quatre constituent la province ecclésiastique de l’Église catholique en Russie.

Les catholiques de la Fédération de Russie représentant moins de 1% de la population totale, ils se réunissent le plus souvent en petites ou très petites communautés, dans certaines desquelles la présence d’un prêtre n’est pas continue tout au long de l’année.

La prochaine assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques de Russie se tiendra à Togliatti du 22 au 24 novembre. (CD)

Source : Agence Fides, le 6 mars 2023

RUSSIE – Des fidèles russes en prière avec le Pape pour demander le don de la paix

Ol’ga Dubjanina /Arcidiocesi Mosca

Moscou (Agence Fides) –  » Si Dieu est au milieu de nous, alors nous pouvons rencontrer diverses difficultés et des circonstances inextricables, mais nous ne perdons pas ce qui compte le plus: la relation avec Dieu : ces liens avec Dieu qui commencent déjà sur cette terre et trouvent leur accomplissement au ciel ».

C’est ainsi que Mgr Paolo Pezzi, Archevêque métropolitain de la Mère de Dieu à Moscou, s’est exprimé au cours de l’homélie de la messe qu’il a présidée en la fête de la Visitation de la Vierge Marie, s’adressant aux fidèles réunis dans la cathédrale catholique de Moscou, qui, comme les autres Russes, ressentent particulièrement la gravité du moment présent. « Le temps viendra, poursuit l’Archevêque, où nous ne serons plus confrontés à aucune épreuve ; mais, au cours de notre vie terrestre, plus importante encore que la résolution des problèmes est la perception de la compagnie, de la proximité du Seigneur Dieu, de la proximité de Jésus. Si Dieu s’était fait homme, était mort pour notre salut, était ressuscité, était monté au ciel, mais ne restait plus proche de nous, cela aurait été une offense, car en nous aurait surgi une espérance déçue.

Et comment Jésus réalise-t-il sa promesse ? En nous donnant l’Esprit Saint, qui est précisément le compagnon de Jésus, son guide. C’est pourquoi le magnificat de la Vierge Marie est l’exaltation de notre humanité : il signifie que notre vie sur terre est destinée à présenter le début de la gloire à laquelle nous participerons pour l’éternité.


À la fin de la célébration, l’Archevêque a invité les fidèles à attendre en silence, dans le recueillement, le début de la retransmission en direct de Rome, avec la prière du chapelet dirigée par le Pape François, pour demander le don de la paix en Ukraine et dans toutes les régions du monde où des conflits sont en cours. Pour l’occasion, un écran géant a été installé dans la cathédrale même et les fidèles réunis ont pu suivre les images diffusées par le service de presse du Vatican, avec traduction simultanée du chapelet en russe. Plus d’une centaine de personnes, dont des jeunes, des personnes âgées et des familles, ont suivi la retransmission en direct et ont prié dans une atmosphère de profonde dévotion et de recueillement.


L’archidiocèse de la Mère de Dieu, dirigé depuis 2007 par Mgr Pezzi, couvre un territoire de 2 629 000 kilomètres carrés et comprend une centaine de communautés. La province ecclésiastique de l’Église catholique en Russie comprend, outre l’archidiocèse, trois autres diocèses suffragants : le diocèse de Saint-Clément à Saratov, le diocèse de Saint-Joseph à Irkoutsk et le diocèse de la Transfiguration à Novossibirsk. Étant donné que les catholiques de la Fédération de Russie représentent moins de 1 % de la population totale, il s’agit principalement de petites ou très petites communautés, qui voient parfois la présence d’un prêtre assez rarement au cours de l’année. Dans la capitale, il n’existe pas de données précises sur le nombre de catholiques présents, car le concept de « paroisse » n’est pas seulement territorial, mais aussi lié aux différentes communautés (instituts religieux, mouvements ecclésiaux, groupes qui se réunissent par nationalité, etc.), souvent composées d’étrangers qui restent en Russie pour une période plus ou moins brève.

En outre, en raison des difficultés qui ont surgi à la suite du récent conflit, une diminution non négligeable de la présence de catholiques sans nationalité russe a été constatée récemment. Selon les demandes reçues par la paroisse de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge Marie, qui a pour église paroissiale la cathédrale catholique de Moscou, cette année, une cinquantaine de citoyens russes ont demandé au curé de la paroisse de rejoindre l’Église catholique.(CD) (Agence Fides 1/6/2022)

Source: AGENCE FIDES, le 1er juin 2022

Quelle est l’importance du soutien du patriarche Kirill à Poutine ?

De Massimo Introvigne sur Bitter Winter :

Patriarche Kirill : quelle est l’importance de son soutien à Poutine ?

Seul un petit pourcentage de Russes va à l’église. Beaucoup de ceux qui n’y vont pas peuvent néanmoins être influencés par les tirades du patriarche.

(Traduction d’un éditorial publié le 8 avril 2022 dans le quotidien italien « Il Mattino ».)

Deux statistiques provenant de sources normalement fiables nous renseignent sur l’humeur de la population russe. L’une nous apprend que le soutien à Poutine, qui était tombé à 69 % avant la guerre, est désormais supérieur à 80 % (bien que la capacité ou la volonté des personnes interrogées dans les sondages russes de répondre librement ait été mise en doute). Une autre statistique indique que la fréquentation des églises orthodoxes en Russie est tombée à environ 1 %.

La deuxième statistique doit être interprétée, étant donné qu’il n’existe pas dans l’Eglise orthodoxe de règle similaire au précepte catholique d’assister à la messe. Un catholique, du moins en théorie, devrait aller à la messe tous les dimanches. Pour un orthodoxe, cette obligation n’existe pas et beaucoup ne vont à l’église que lors des grandes fêtes. Toutefois, les spécialistes qui observent la religion en Russie s’accordent à dire que le nombre de Russes en contact avec l’Église orthodoxe ne cesse de diminuer et qu’il indique désormais une sécularisation comparable à celle de l’Europe occidentale.

Il pourrait sembler que cela démente une autre thèse commune à ceux qui étudient la religion en Russie, celle du pacte implicite mais très ferme entre l’Église orthodoxe russe et l’État, c’est-à-dire entre le patriarche Kirill et Poutine. Poutine protège l’Église orthodoxe par des lois qui interdisent les missions d’autres religions et le prosélytisme, ainsi que la « liquidation » de ceux qui insistent pour convertir les orthodoxes à une autre foi, comme les Témoins de Jéhovah.

Kirill rend la pareille en organisant, à travers le réseau capillaire des paroisses orthodoxes, le consentement à Poutine et à son parti, un peu comme les évêques catholiques italiens l’ont fait au XXe siècle avec les démocrates-chrétiens. Certains diront que c’est précisément cette identification entre l’Église orthodoxe et le pouvoir politique qui éloigne de nombreux Russes, en particulier les jeunes, des églises.

Mais comment Kirill peut-il organiser un consensus pour Poutine si seule une petite minorité va à l’église ? En Russie, plus qu’ailleurs, il faut distinguer les différents cercles sur lesquels l’Église majoritaire exerce son influence. Une situation similaire se produit également en Italie.

Selon les statistiques les plus fiables, les catholiques actifs en Italie sont entre quinze et vingt pour cent, mais ceux qui se déclarent catholiques dans les sondages dépassent les quatre-vingts pour cent. Les déclarations du pape, y compris celles sur la guerre en Ukraine, font régulièrement la une des journaux, et elles influencent certainement un cercle plus large que la minorité comparativement étroite des catholiques actifs.

Ce processus en Russie est amplifié parce que, avec la disparition soudaine de l’identité soviétique, une identité russe a été reconstruite à la hâte sur la base d’une idée de la nation comme réalité spirituelle dont le cœur est la tradition orthodoxe. Des millions de Russes qui ne vont à l’église qu’à Pâques (ou jamais) se reconnaissent toutefois comme orthodoxes et partagent l’idée, également défendue par Poutine, que la Russie est grande parce que sa religion orthodoxe est grande. C’est pourquoi les déclarations du patriarche Kirill et ses prises de position sur la politique nationale et internationale influencent également ceux qui ne sont pas des orthodoxes « actifs » ou « pratiquants ».

Il existe deux mythes spécifiques et liés entre eux que la plupart des Russes connaissent et qui expliquent ces processus. Le premier est le mythe impérial de la Troisième Rome. La première serait la Rome impériale, la seconde Constantinople (aujourd’hui Istanbul), où l’Empire romain s’est installé après la chute de la ville de Rome, survivant jusqu’à la conquête turque en 1453.

Quelques années plus tard, le tsar Ivan III le Grand a inventé la formule nationaliste et propagandiste de la Troisième Rome, c’est-à-dire de l’Empire russe comme seul héritier légitime de l’Empire romain, un slogan popularisé un siècle plus tard par son successeur Ivan IV le Terrible, et aujourd’hui remis au goût du jour par Kirill et Poutine.

Si ce premier mythe est historique et politique, le second est religieux. Il réinterprète le thème de la Troisième Rome en termes religieux. Avec ce que les catholiques appellent le Grand Schisme d’Orient – et de nombreux orthodoxes le Grand Schisme d’Occident – l’Église d’Orient s’est séparée de l’Église de Rome en 1054. Le choix de l’Église orientale de s’appeler « orthodoxe » indiquait précisément qu’à ses yeux, elle défendait l’orthodoxie alors que Rome avait glissé dans l’hérésie.

À partir de ce moment, la vérité selon les orthodoxes ne se trouvait plus dans la première Rome, en Italie catholique, mais s’était déplacée vers la seconde Rome, Constantinople. Là aussi, après la conquête de Constantinople par les Turcs en 1453, les Russes ont fait valoir que le patriarche local n’était plus tout à fait capable de garder la vraie foi. Cette tâche incombait désormais à la Troisième Rome, Moscou, et à l’Église orthodoxe russe, qui s’était séparée du Patriarcat de Constantinople quelques années plus tôt, en 1448, même si de nouvelles réunions et de nouvelles séparations allaient suivre par la suite.

Ces jours-ci, une controverse d’il y a quelques années entre deux universitaires spécialistes des choses russes, Timothy Snyder de Yale et Marlene Laruelle de l’Université George Washington, est de nouveau à la mode. Tous deux s’accordent à dire qu’Alexandre Douguine, le politologue russe d’extrême droite et théoricien de l’eurasisme, est un habile propagandiste de lui-même et qu’il a réussi à convaincre beaucoup de monde de son influence sur Poutine, qui est en réalité modeste.

Selon Snyder, la véritable inspiration idéologique de Poutine est plutôt Ivan Ilyn, un philosophe expulsé de l’Union soviétique par Lénine pour ses positions monarchistes et anticommunistes et qui est mort près de Zurich en 1954. Laruelle invite à ne pas surestimer Ilyn non plus, malgré les honneurs publics de Poutine à son égard, et soutient que le philosophe a davantage influencé Kirill que le président russe.

Le sujet est sensible car Ilyn se disait fasciste et admirait Mussolini. Toutefois, ce n’est pas le fascisme d’Ilyn qui exerce une influence sur Kirill – et sur Poutine lui-même. C’est sa vision de la Russie comme une nation persécutée par l’Occident à travers sa propagande de la démocratie, ses hérésies et ses « cultes », et ses lobbies homosexuels, et en même temps comme une nation ayant une mission similaire à celle de Jésus-Christ : elle est persécutée, meurt, ressuscite et sauve le monde.

Ces idées inspirent clairement les sermons de Kirill mais séduisent aussi Poutine, qui a demandé et obtenu de la Suisse les restes d’Ilyn et les a fait réinhumer à Moscou dans une tombe devant laquelle il est allé se recueillir et s’inspirer.

Source: Bitter Winter, le 13 avril 2022

Russkiy Mir : la doctrine de domination mondiale de Poutine

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De Luca Della Torre sur Corripondenza Romana:

Russkiy Mir : la doctrine de domination mondiale de Poutine

Le conflit en Ukraine généré par l’agression militaire russe contre un État souverain – en violation flagrante de tous les traités politiques les plus importants du droit international et du droit des Nations unies, auxquels la Russie elle-même adhère depuis des décennies – n’est pas le résultat d’une « volonté de puissance » irrationnelle dans l’esprit de l’intelligentsia liée à l’autocrate Vladimir Poutine.

Il existe, en effet, un niveau d’interprétation de cette guerre d’agression, qu’il faut relier à la dimension géopolitique internationale, un niveau d’interprétation bien connu depuis des années des chancelleries diplomatiques occidentales, des services de renseignement de l’état-major des forces armées européennes, américaines et de l’OTAN, des juristes et des analystes qui suivent le secteur des relations internationales et des traités sur la sécurité et la souveraineté des États nationaux.

Nous parlons de Russkiy Mir, le véritable levier idéologique stratégique à la base du poutinisme, compris comme une doctrine politique qui ne partage ni ne reconnaît les valeurs philosophiques de la civilisation chrétienne, de la primauté religieuse de l’Église catholique de Rome, de l’expérience culturelle historique romaine-germanique : en bref, un système géopolitique qui s’oppose à l’Europe et à l’Occident au nom d’un programme dans lequel l’idéologie panrusse, la mythologie eurasienne, le mysticisme orthodoxe et les théories de la conspiration puériles se rejoignent dangereusement.

Les pièces de ce puzzle compliqué ont des origines très anciennes. L’auteur a enseigné dans des universités russes sur des sujets liés au droit international, aux droits de l’homme et aux conflits armés, et peut certifier que l’élaboration de la pensée de Russkiy Mir s’est répandue de manière transversale bien avant l’agression contre l’Ukraine dans les structures supérieures de la société civile russe.

Russkiy Mir est devenu officiellement visible il y a près de vingt ans : en 2007, lors de son célèbre discours à la conférence de Munich, Poutine a expressément rejeté la possibilité de coopération et d’intégration dans une plate-forme commune de traités et d’accords selon les principes du droit international de respect de la souveraineté mutuelle et de l’intégrité territoriale entre la Russie et l’Occident. 

Le melting-pot complexe de l’idéologie Russkiy Mir repose essentiellement sur trois concepts : l’existence d’une communauté identitaire et d’une civilisation ethnique, linguistique et religieuse unique, dominée par la primauté politique nationaliste de Moscou, une communauté qui inclut de manière autoritaire également les soi-disant « compatriotes », c’est-à-dire tous les peuples slaves russophones ou les pays qui ont des minorités russophones en dehors de la frontière russe :  donc aussi les Ukrainiens et les Biélorusses, les Arméniens et les Kazakhs, les Lettons et les Estoniens, les Géorgiens et les Moldaves, qui n’auraient pas le droit d’être reconnus comme des peuples et des États souverains. Les propos de Poutine au début de l’invasion de l’Ukraine sont exemplaires à cet égard : les Ukrainiens ne sont pas un peuple ni un État, ils n’ont pas le droit d’exister, sauf sous le talon russe.

Les deuxième et troisième pivots de ce projet politique revanchard bâclé, outre l’assujettissement des peuples limitrophes de la Russie, sont l’exaltation de la religion orthodoxe comme véritable incarnation du mythe de la Troisième Rome, et la haine viscérale du complexe de valeurs des droits civils et politiques de l’individu, héritage de la primauté catholique de la centralité de la personne humaine par opposition au mysticisme collectiviste des cultures asiatiques dont Russkiy Mir s’imprègne.

En remettant en cause les valeurs et la tradition religieuse et culturelle de l’Occident, et de l’Europe en particulier, Poutine trouve dans l’Église orthodoxe et le patriarche Kirill un allié de poids pour le pouvoir politique du Kremlin : la foi orthodoxe est le bras spirituel de ce projet de domination mondiale, se faisant le porteur d’une charge polémique féroce contre le catholicisme et contre l’Église de Rome, au nom d’un dangereux concept équivoque de Tradition antithétique à la primauté du Pontife romain, prétendant incarner la mission de véritable Révélation divine qui serait assignée au rôle du Patriarcat de Moscou comme troisième Rome.

Selon la logique anticatholique du patriarche Kirill, le porte-drapeau de l’Église orthodoxe pour lutter pour la défense des chrétiens dans le monde serait le leader Poutine, la conscience de la communauté panrusse contre l’Occident, dans le sillage de la traditionnelle synergie byzantine entre le Trône et l’Autel.

Le troisième pivot, enfin, de ce bouillon de culture très dangereux autant qu’avorté à la base de Russkiy Mir est donné par une pléthore d’idéologues, d’intellectuels, de penseurs, en réalité de très faible valeur académique internationale, qui ont toujours incarné des positions extrêmement radicales et provocatrices dans l’élaboration d’une prétendue mystique géopolitique eurasienne dans le paysage culturel russe.

Lev Gumilev (1912-1992), philosophe de Poutine, selon lequel les nations tirent leur élan des rayons cosmiques, de sorte que la volonté d’exister de l’Occident serait presque épuisée et que la Russie, au contraire, aurait encore l’énergie de former un puissant État slave embrassant l’Eurasie et soumettant l’Europe à la mission purificatrice de l’orthodoxie.

Konstantin Leontyev (1831-1891), moine ultra-réactionnaire du XIXe siècle, qui admirait la hiérarchie et la monarchie, le trône et l’autel selon la primauté de la troisième Rome orthodoxe, et méprisait la foi catholique.

Le politologue Serghei Karaganov, spécialiste des relations internationales, affirme que l’effondrement regrettable de l’Union soviétique a laissé des peuples entiers sans sentiment de nationalité incapables de s’affirmer en tant qu’États souverains parce que les élites politiques de ces peuples manquent des éléments historiques des valeurs qui devraient les caractériser. D’où, selon Karaganov, la mission de la Russie d’établir une union eurasienne, capable de diriger et de coordonner le bien commun de ces peuples sous sa direction autoritaire, en partenariat avec la solide alliance de la Russie avec le régime communiste asiatique totalitaire de la Chine.

Enfin, le pittoresque ainsi que la disqualification d’Aleksander Dugin, professeur licencié de l’Université de Moscou, philosophe et politologue, qui incarne une veine mystico-ésotérique délirante d’inspiration national-socialiste, appréciée en Italie et en Occident par les milieux puérils de la droite radicale. Douguine, récemment interviewé par les médias italiens, a décrit l’invasion de l’Ukraine en ces termes : « Il ne s’agit pas seulement de dénazifier le pays et de protéger le Donbass, c’est une bataille contre l’Occident, c’est-à-dire l’Antéchrist ». Dans le panthéon de la pensée géopolitique de Russkiy Mir, selon les analystes et les chercheurs européens, la matrice du niveau idéologique du choc des civilisations qui inspire le dessein politique du régime Poutine est sans équivoque : il s’agit d’une guerre entre l’Occident et la Russie, entre l’Occident et le rêve eurasien des puissances orientales – Moscou mais surtout Pékin – d’imposer leurs modèles totalitaires, athées et collectivistes contre la civilisation millénaire de l’Occident chrétien.

Source: Torre sur Corripondenza Romana, le 13 avril 2022

Traduction: BELGICATHO, le 13 avril 2022

Chemin de Croix : «Je suis russe et j’aime l’Ukraine»

Chemin de croix au Colisée © L'Osservatore Romano
Chemin De Croix Au Colisée © L’Osservatore Romano

Chemin de Croix : «Je suis russe et j’aime l’Ukraine»

Entretien avec une étudiante russe à Rome

« Je suis russe et j’aime l’Ukraine », affirme une étudiante russe, Albina, du cours de licence en sciences infirmières à l’Université Campus Bio-Medico à Rome. Elle sera présente à la treizième station du Chemin de Croix au Colisée avec une infirmière ukrainienne, Irina, du Centre de soins palliatifs « Ensemble dans les soins » de la Fondation de l’hôpital universitaire Campus Bio-Medico, indique Vatican News en italien du 11 avril 2022.

Au cours du Chemin de Croix présidé par le pape François le Vendredi saint 15 avril, Albina priera « pour la paix » : « Je prierai pour la paix, je prierai pour l’Ukraine. Je prierai pour mes proches et que toute cette horreur soit bientôt terminée. Le monde a besoin de paix et d’amour. »

Albina souligne qu’il existe un lien profond entre les Russes et les Ukrainiens et que le peuple russe ne veut pas « cette guerre » : « On ne peut même pas imaginer le nombre de liens familiaux entre les peuples d’Ukraine et de Russie, dit-elle : il y a beaucoup de Russes vivant en Ukraine et il y a beaucoup d’Ukrainiens vivant en Russie. C’est une tragédie qui touche les deux peuples. Je suis sûr que ni le peuple russe ni le peuple ukrainien ne veulent pas cette guerre. Tout le monde aimerait une vie normale. »

Arrivée en Italie en 1998, Albina a fait connaissance avec Irina, une infirmière ukrainienne, l’année passée lors du stage au Centre de soins palliatifs « Ensemble dans les soins » : « J’ai ressenti un grand soutien de sa part, raconte Albina. En ce moment, le peuple d’Irina a besoin de ce soutien. Avec un de mes amis, également Ukrainien, nous avons envoyé de l’aide aux familles nécessiteuses avant même la guerre. Nous organisons maintenant un jardin d’enfants pour aider les familles des réfugiés en Ukraine. En ce moment, de nombreuses infirmières en soins palliatifs et collègues de cours contribuent à favoriser la collecte de fournitures scolaires, des produits de première nécessité. »

Albina souligne que toutes ces actions prouvent « à quel point la vie de chaque personne est précieuse pour nos professionnels de la santé ». « L’humanité de ce département ne connaît pas de limites, ajoute-t-elle. Et les manifestations de l’humanité sont bien plus fortes que n’importe quelle guerre. »

Elle parle de leçons apprises dans le département des soins palliatifs : « Nous devons aider tout le monde, quels que soient le pays et la couleur de peau. Surtout dans le service de soins palliatifs, il y a beaucoup de sens à la vie. Nos patients nous apprennent beaucoup… On pourrait penser qu’en phase terminale il n’y a plus rien à faire. Au lieu de cela, il y a beaucoup à faire : la douleur peut être soulagée en redonnant à la personne sa dignité, en la plaçant au centre. Ce département nous apprend beaucoup sur la valeur de la vie humaine. »

Albina souligne qu’il est important pour elle d’être ensemble avec Irina, de partager ses espoirs avec elle : « Cette force que nous nous donnions l’une à l’autre était un soutien moral, explique-t-elle. Cet être ensemble est très important pour surmonter toute difficulté. Je crois que dans un avenir proche, comme Irina et moi, la Russie et l’Ukraine apprendront aussi à vivre en paix, à se soutenir mutuellement…Le monde n’a pas besoin de guerres, mais de paix. »

Source: ZENIT, le 13 avril 2022

Guerre en Ukraine : le Patriarche russe appelle à “faire corps” autour du pouvoir

Kirill

Le Patriarche orthodoxe Kirill le 27 février. Crédits : Russian Orthodox Press Service via AFP

Dimanche 10 avril, Kirill de Moscou a appelé à se rallier autour du pouvoir pour combattre les “ennemis extérieurs et intérieurs” de la Russie, en plein conflit en Ukraine.

Le Patriarche orthodoxe Kirill, l’un des piliers du régime de Vladimir Poutine, a appelé dimanche 10 avril à se rallier autour du pouvoir pour combattre les “ennemis extérieurs et intérieurs” de la Russie, en plein conflit en Ukraine. “Dans cette période difficile pour notre Patrie, que le Seigneur aide chacun de nous à faire corps, y compris autour du pouvoir, et qu’il aide le pouvoir à assurer sa responsabilité devant le peuple et à le servir avec humilité et bonne volonté jusqu’à lui donner sa propre vie”, a déclaré Kirill lors d’une messe à Moscou.

C’est ainsi qu’une véritable solidarité apparaîtra dans notre peuple, ainsi qu’une capacité à repousser les ennemis extérieurs et intérieurs, et à construire une vie avec plus de bien, de vérité et d’amour”, a-t-il poursuivi, cité par l’agence de presse publique TASS. Le chef de l’Église orthodoxe russe, qui revendique environ 150 millions de fidèles dans le monde, principalement en Russie, a multiplié les sermons soutenant l’offensive du Kremlin en Ukraine.

Le 27 février, il y a vu un combat contre les “forces du mal”opposées à “l’unité” historique entre la Russie et l’Ukraine. Comme Vladimir Poutine, Kirill prône des valeurs conservatrices face à un Occident présenté comme décadent. De son côté, le pape François a appelé dimanche à une “trêve de Pâques” en Ukraine “pour arriver à la paix à travers de véritables négociations”. Les fêtes de Pâques du rite orthodoxe auront lieu cette année le dimanche 24 avril, une semaine après la célébration par les catholiques.

Source: RÉFORME.NET, le 11 avril 2022

ÉPIPHANE : LE PATRIACHE KIRILL SE RANGE DU CÔTÉ DE L’ANTÉCHRIST

Kirill avec le président russe Poutine et le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou. Photo Photo EPA, Alexeï Nikolski

Le patriarche Cyrille de Moscou est le créateur d’une « idéologie criminelle » et s’est rangé du côté de l’antéchrist. C’est ce que dit le métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine Épiphane.

Le métropolitain l’a écrit dans un post Facebook. Dans ce document, Épiphane réfléchit sur les développements de la guerre et s’adresse aux croyants au sein de l’Église orthodoxe russe. « Il s’agit du bien et du mal et du choix de chacun : êtes-vous avec Dieu ou avec le diable ? Kirill Gundyaev a déjà fait son choix en faveur de l’antéchrist. J’exhorte ceux qui le considèrent encore comme leur berger – ouvrez les yeux, regardez les fruits vénéneux de sa doctrine, éloignez-vous des méchants, ne continuez pas à être ses complices !

Ce n’est pas la première fois que les Russes sont comparés à l’antéchrist. Auparavant, l’archevêque orthodoxe ukrainien Evstratiy avait qualifié le président russe Vladimir Poutine d' »antéchrist ». Bien qu’Evstratiy ne reconnaisse pas Poutine comme l’antéchrist « ultime » tel que décrit dans la révélation, le président russe est « complètement impie » – comme Hitler ou Staline. Cela a été rapporté par le magazine chrétien allemand PRO.

Épiphane a souligné que l’idéologie du «monde russe» est la même que l’idéologie du nazisme parce qu’elle justifie la violence, le meurtre, la guerre et le génocide et, par conséquent, doit être rejetée et condamnée de la même manière que le nazisme est condamné.

Le métropolite se dit satisfait des progrès réalisés par l’armée ukrainienne à Kiev et dans ses environs et mentionne les crimes de guerre apparents des Russes. « Les meurtres de masse de civils sont un signe de génocide. » La métropole appelle la communauté internationale à faire quelque chose à ce sujet. « Vous avez le pouvoir; vous avez les armes, vous avez l’obligation morale de le faire, d’aider le peuple ukrainien à se défendre – et à vous protéger ! Pour protéger l’humanité !

Assassinat


Ce n’est pas la première fois que le métropolite Épiphane exprime son point de vue sur l’Église russe. Plus tôt, il a déclaré que plus d’une centaine de congrégations sont en train de passer de l’Église russe à l’Église ukrainienne sous la direction de Kiev.

L’Église ukrainienne a déclaré plus tôt que plusieurs « saboteurs » avaient été neutralisés, qui prévoyaient d’assassiner Epiphane.

Fascisme


Dimanche, le patriarche Kirill a organisé un service pour les soldats russes. Il les a appelés à défendre leur pays « comme seuls les Russes peuvent le faire ». À la cathédrale principale des forces armées de Kubinka, à l’extérieur de Moscou, le patriarche Kirill a déclaré à un groupe de militaires et de femmes militaires que la Russie était un pays « épris de paix » qui avait beaucoup souffert de la guerre. Cela rapporte l’agence de presse Reuters.

Selon le patriarche, la plupart des pays du monde sont sous « l’influence colossale d’une force, qui aujourd’hui, malheureusement, s’oppose à la force de notre peuple ». Selon Kirill, les soldats doivent défendre leur patrie. « Après tout, nous avons brisé le dos du fascisme, qui, sans aucun doute, aurait vaincu le monde sans la Russie. »

Kirill a reconnu qu’il y a maintenant un combat entre « frères et sœurs qui sont des gens de la Sainte Russie ». Cependant, « diverses forces ont poussé les frères les uns contre les autres ».

Le chef de l’Église gréco-catholique ukrainienne, sa Béatitude Sviatoslav, a déclaré plus tôt que « cette nouvelle idéologie meurtrière est peut-être pire que le nazisme ». Selon Sviatoslav, « cette idéologie attendra toujours son tribunal de Nuremberg ».

Source: CHRISTIAN NETWORK EUROPE, le 6 avril 2022