La Vie après la vie, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo © CCIC Centre Catholique International de Coopération avec l'UNESCO
Mgr Francesco Follo © CCIC Centre Catholique International De Coopération Avec L’UNESCO

La Vie après la vie, par Mgr Francesco Follo

Méditation sur les lectures de dimanche 6 novembre 2022

XXXIIème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C- 6 novembre 2022

Rite Romain 2Mac 7,1-2.9-14; Ps 16; 2 Ts 2,16-3,5; Lc 20,27-38

Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ le Roi de l’Univers

  1. Le Dieu des vivants

Le passage de l’Évangile de ce dimanche parle de la vie au-delà de la mort, en nous narrant une question surprenante que les Sadducéens  posent à Jésus ; sa réponse est encore bien plus surprenante.

Certains sadducéens se rapprochent du Messie dans le Temple car ils veulent faire dire au Christ quelque chose qui leur permet, sinon de le condamner, mais du moins de le gêner. Ils Lui demandent : « S’il y a la résurrection, qu’est-ce qui arrive dans ce cas-là ? ». Ils Lui présentent un cas hypothétique et invraisemblable où sept frères épousent l’un après la mort de l’autre, la même femme pour suivre la loi du lévirat  qui prescrivait au beau-frère de prendre comme épouse la femme du frère décédé sans enfants.

Dans ce cas improbable, les Saducéens essayaient de démontrer que l’idée de la résurrection  était absurde et étrangère à l’Ecriture. En présentant l’hypothèse paradoxale de la femme épousée sept fois, c’était comme dire que l’existence de la résurrection conduisait à des complications inadmissibles. Donc, ils étaient certains ridiculiser n’importe quelle réponse de Jésus, s’il avait affirmé l’existence de la résurrection qui était pour eux une idée ridicule et étrangère à l’Ecriture : c’était une sorte de superstition populaire.

Jésus répond à la question des Saducéens : «  Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui » (Lc 20, 34 – 38).

Pour bien comprendre la réponse de Jésus, il faut rappeler que, dans l’Ancien Testament, la certitude d’une vie future qui dépasse le seuil de la mort et assure un destin heureux et lumineux à l’homme, n’avait pas encore atteint la maturité et la force qui aura dans le Nouveau Testament. Dans l’Evangile, cela devient clair grâce à la révélation du Christ, confortée par sa propre résurrection, trois jours après sa mort sur la Croix.

Jésus parle d’une vie au-delà de la mort, une vie dans laquelle le juste est en pleine communion avec Dieu, le Dieu des vivants dont Moïse avait déjà parlé (cfr. Ex. 3,6). Ce verset de l’Exode, qui fait partie du Pentateuque et était reconnu par les Sadducéens comme livre inspiré, ne parle pas directement de la résurrection du Seigneur en tant que Dieu des vivants. Ce faisant, Jésus conduit la discussion à la racine, c’est-à-dire à la conception du Dieu vivant et sa fidélité: si Dieu aime l’homme, il ne peut pas l’abandonner au pouvoir de la mort.

Le pouvoir de l’homme sur l’homme  est une domination qui donne souvent la mort aux vivants, celui de Dieu est service, qui toujours donne la vie aux morts. Jésus enseigne que les ressuscités sont fils de Dieu qui participent pleinement à la vie divine. Nous ne pouvons pas nous imaginer comment cette vie sera, mais il est certain que ce sera une vie pleine, dans la joie de l’amour  réciproque. Notre Dieu n’est pas un Dieu des morts, mais des vivants. Il est au service de la vie, Il est la vie. La mort n’est pas le dernier mot sur tout et tout le monde, et Dieu est un Père qui aime et donne à ses enfants la vie à jamais. Il ne tue pas ses enfants. Il les aime tellement que, pour leur donner la vie, il a envoyé son Fils Jésus, qui a donné sa vie pour eux.

2) Une vie et un amour à partager pour l’éternité. 

Les Sadducéens, malheureusement, ne sont pas les seuls à ne pas croire en la résurrection. Hier comme aujourd’hui, beaucoup de monde, chrétiens et non chrétiens, se demandent quel est le sens de la résurrection. Comme les non-croyants, nous, les chrétiens, disons souvent : « L’important, c’est la santé ». L’important est de prolonger la vie dans la façon la plus décente  possible. Et au lieu de nous poser la question d’une bonne vie, nous discutons sur la bonne mort (en effet, « euthanasie » signifie bonne mort).

Evidemment, dans cette perspective où la mort est un fait à affronter d’une façon la moins douloureuse possible, il est très difficile d’accepter la révélation de la résurrection. Par contre, la résurrection est thème fondamental. La résurrection est le principe de la vie chrétienne. C’est si vrai que les Apôtres dirent  – lorsqu’ils ont dû choisir quelqu’un à la place de Judas Iscariote – : «  Prenons un qui avec nous a été témoin de la résurrection ». Et dans la lettre aux Corinthiens, Saint Paul écrit  « Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (ch 15, 14). Sans la résurrection, le Christianisme n’a aucune valeur. Avec la résurrection -la résurrection de la chair- donc, (le terme « chair désigne l’homme dans sa condition de faiblesse et de mortalité, cfr Gn 6, 3 ; Ps 56,5 ; Is 40,6), tout Christianisme est debout ou sinon, il s’effondre, au-delà de toutes sucreries, tout romantisme sur la bonté et sur l’amour.  

Les paroles du Christ aux Sadducéens sont claires : « Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui » (Lc 20, 37-28) et donc, ceci ne sont pas morts. S’ils sont à Dieu : ils sont vivants.

Dieu est Vie, il est le Dieu qui donne la vie, il est le Dieu qui aime la vie et le Fils de Dieu nous dit clairement que la vie vient de Dieu : “tout le monde vit pour lui”. Tout d’abord, ce n’est pas pour la peur de la mort que nous, les croyants du Christ, « attendons la vie éternelle ». Nous l’attendons parce que nous avons appris de Dieu que la vie nait de Dieu et  que Lui seul donne de vivre. Nous avons compris que Dieu ne sera pas absent au moment de notre mort parce qu’il est à l’origine  de notre naissance et de celle de chaque nouvel enfant. 

Celui qui a voulu Abraham, Isaac, Jacob et chacun de nous, ne peut pas nous avoir mis au monde, à la lumière du monde, pour nous envoyer dans les ténèbres de la mort. Il ne nous a pas fait naitre pour nous faire mourir. Il est le Dieu des vivants, non pas des enfants morts.   

3) Résurrection et virginité

En conclusion de ces réflexions sur la rencontre des Sadducéens avec le Christ, je voudrais souligner que le débat de Jésus avec ces hébreux a pour thème la résurrection, mais  il  nous offre aussi un enseignement sur la virginité. 

Le Messie enseigne que les ressuscités ne prennent ni femme ni mari. Cela implique que l’état final de l’humanité est l’état virginal,  au sens où le rapport exclusif entre homme et femme, avec ses significations d’unité et fécondité, n’a plus de raison d’exister dans une phase conclusive de l’histoire. Quand « Dieu sera tout en tous » (cfr 1 Cor15, 28), il y aura un seul amour et il sera l’amour trinitaire. Lorsque le rapport exclusif entre homme et femme aura cessé, l’amour trinitaire que les ressuscités expérimenteront sera un amour virginal.   

Alors, nous comprenons mieux la valeur de la vie des vierges consacrées dans le monde : ces femmes sont un « signe »  qui indique ce que sera la vie de tous les jours dans le Ciel.  (cf rituel de consécration des vierges n° 24) 

Ces femmes consacrées témoignent qu’accueillir le Christ comme Seigneur de façon pleine et exclusive veut dire témoigner concrètement la vérité du prologue de Saint Jean : « à tous ceux qui l’ont reçu, (Jésus) a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu », « enfants de la résurrection » dans le Fils qui a vaincu la mort. Ces femmes montrent dans une façon spéciale que les chrétiens participent désormais de la nature et de la vie divine, et elles sont ici en ce temps et en ce monde « jugées dignes d’un autre monde et de la résurrection des morts ». Elles vivent chaque relation de façon différente, céleste parce qu’« elles sont pareilles aux anges ». Dans l’Eglise qui est le monde sauvé, les vierges représentent le témoignage et le signe de l’état de la résurrection finale, où on ne prend pas ni femme ni mari, comme les mariés sont le signe du Christ époux de l’Eglise et les prêtres sont signes de la présence efficace du Christ pasteur. 

Lecture patristique

Homélie du II° siècle

« Dans sa miséricorde, Dieu nous ressuscite »

Il faut que nous regardions Jésus Christ ainsi que nous regardons Dieu: comme le juge des vivants et des morts, et il ne faut pas que nous estimions médiocrement notre salut. Car si nous estimons médiocrement le Christ, c’est que nous espérons aussi des réalités médiocres. Ceux qui accordent peu de valeur à ce qu’ils ont appris là-dessus sont en état de péché; et nous aussi, nous péchons, si nous ne savons pas à partir de quel lieu, par qui et pour quelle destination nous avons été appelés, si nous ne savons pas tout ce que le Christ a accepté de souffrir à cause de nous.

Que lui donnerions-nous en retour? Quel fruit qui soit digne de celui qu’il nous a donné? Quelle dette nous avons envers lui! Il nous a gratifiés de la lumière, comme un père il nous a déclarés ses fils, il nous a sauvés quand nous périssions. Quelle louange assez grande pourrions-nous lui donner? Comment le payer de retour pour toutes ses largesses? Notre esprit était si débile que nous adorions des pierres, du bois, de l’or, de l’argent et du bronze façonnés par les hommes, et toute notre vie n’était rien d’autre qu’une mort. Nous étions donc plongés dans l’aveuglement, notre vue était remplie de ténèbres, et voilà que nous avons retrouvé la vue, nous avons écarté, par son bon vouloir, le nuage qui nous enveloppait.

Car il a eu pitié de nous, sa tendresse s’est émue et il nous a sauvés, lorsqu’il a vu que nous étions dans l’égarement, que nous allions à notre perte et que nous n’avions aucun espoir d’être sauvés en dehors de lui. Car il nous a appelés alors que nous n’existions pas et il a voulu nous faire passer du néant à l’être !

Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantais pas, éclate en cris de joie, toi qui n’as pas connu les douleurs , car plus nombreux sont les enfants de la délaissée que les enfants de celle qui a un époux. Ces paroles: Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantais pas, s’adressent à nous; car c’est notre Eglise qui était stérile, avant que des enfants lui fussent donnés. Ces paroles: Pousse des cris de joie, toi qui n’as pas connu les douleurs, signifient les prières que nous devons, avec simplicité faire monter vers Dieu pour ne pas succomber, comme les femmes qui sont dans les douleurs. Ces paroles: car plus nombreux sont les enfants de la délaissée que les enfants de celle qui a un époux, voici ce qu’elles signifient: notre peuple paraissait délaissé par le Seigneur; mais maintenant que nous sommes croyants, nous sommes plus nombreux que ceux qui semblaient posséder Dieu.

Il est dit, dans un autre passage de l’Écriture : Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. Cela signifie que le Seigneur cherche ceux qui se perdent, voilà ceux qu’il faut sauver. C’est en effet une oeuvre grande et admirable d’affermir non pas les édifices solides, mais ceux qui s’écroulent. C’est ainsi que le Christ a voulu sauver ce qui était perdu, et qu’il a été le salut de beaucoup, lui qui est venu et qui nous a appelés alors que déjà nous étions perdus.

Source : ZENIT.ORG, le 4 novembre 2022

16.10.2022 – MÉDITATIONS SUR LES LECTURES – MGR FRANCESCO FOLLO

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

La prière persévérante

Méditation sur les lectures de dimanche 16 octobre

XXIXème dimanche du temps ordinaire – Année C – 16 octobre 2022

Rite Romain : Ex 17, 8-13; Ps 120; 2 Tm 3,14 – 4,8; Lc 6, 43-48

Rite Ambrosien : Is 60,11-21 (1 P 2, 4-10); He 15-17.20-21; Lc 6, 43-48

IIIème dimanche d’octobre

Dédicace du Duomo de Milan

1) La persévérance de la prière : la nécessité de prier sans cesse.

L’Évangile de ce dimanche commence avec cette phrase : « En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité de toujours prier sans se décourager » et se termine avec cette interrogation du Messie qui se demande : « Cependant le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Au-delà donc de l’invitation à la prière persévérante, Saint Luc attire l’attention sur le « problème » de la foi persévérante : serons-nous capable de la maintenir ferme ou bien sera-t-elle seulement une forme de marchandage pour résoudre nos problèmes ?

En ce qui concerne la prière, même si on ne met pas en doute – évidemment – l’affirmation de Jésus sur la nécessité de prier avec persévérance, insistance et confiance, la question qui vient tout de suite à l’esprit est : « Comment peut-on prier toujours ? » Parce que s’il est vrai que la prière est la respiration de la foi (pape François) et que prier est donc une nécessité parce que si l’on  arrête de respirer, on arrête de vivre, cependant cette respiration spirituelle n’est pas aussi spontanée et automatique que la respiration naturelle. Parce que ce qui dans la nature est spontané, devient pour l’esprit le fruit d’une ascèse, d’un travail, on pourrait même dire d’une lutte qui implique toutes les énergies.

Écouter, méditer, parler et se taire devant le Seigneur qui parle est un art qui s’apprend en le pratiquant avec persévérance. Certainement la prière est un don, qui réclame cependant d’être accueilli ; c’est l’œuvre de Dieu, mais elle exige un engagement et une assiduité de notre part ; surtout la continuité et la persévérance sont importantes.

En persévérant dans la prière, nous comprenons et nous faisons l’expérience qu’elle est la respiration de la vie, comme la respiration de l’amour pour un couple qui s’aime.

La prière est notre communion avec le Père et le Fils dans l’Esprit Saint, qui nous met en communion avec la création comme don, et avec les autres comme frères : la prière est la vie humaine, pleinement réalisée. C’est pour cela qu’il faut toujours prier. Sans se décourager cependant, même si Dieu semble sourd à écouter notre prière. En effet ce qu’il nous donne n’est pas important : l’important est que nous soyons avec lui et que nous ayons confiance en lui. C’est cela le vrai fruit de la prière, qui est comme un canal ouvert où circule l’oxygène de Dieu, la vie de Dieu que nous respirons.

Dans l’amitié profonde avec Jésus et en vivant, en Lui et avec Lui, une relation filiale avec le Père, à travers notre prière fidèle et persévérante, nous pouvons ouvrir une fenêtre sur le ciel de Dieu. En parcourant la voie de la prière, sans considérations humaines, nous pouvons même aider les autres à la parcourir : c’est aussi vrai pour la prière chrétienne qu’en marchant, d’autres chemins s’ouvrent et nous pouvons les parcourir avec foi.

Sainte Teresa de Calcutta enseignait : « Le fruit du silence est la prière. Le fruit de la prière est la foi. Le fruit de la foi est l’amour. Le fruit de l’amour est le service. Le fruit du service est la paix. » Et à une demande que lui fit une sœur sur comment apprendre à prier, cette grande et humble sainte répondit : « En priant. » Et elle ajoutait : « On ne nous demande pas d’être doués mais d’être fidèles. Commencez et finissez la journée avec la prière. Allez à Dieu comme des enfants. Si vous trouvez difficile de prier vous pouvez dire. « Viens Esprit Saint, guide-moi, protège-moi, libère mon esprit afin que je puisse prier. » La prière ne demande pas d’interrompre son travail, mais de continuer son travail comme s’il était une prière. Ce qui compte c’est d’être avec Lui, vivre en Lui, dans sa volonté. » Pour être avec le Christ, il n’y a pas besoin d’avoir un quelconque doctorat, il suffit d’être comme Mère Teresa une personne de prière et de foi. Il suffit d’être comme ce paysan paroissien d’Ars qui tous les soirs après le travail dans les champs allait à l’église et y restait un long moment, sans ouvrir la bouche, contemplant le Christ en croix. A la demande du saint Curé d’Ars sur comment il remplissait ce long moment de prière, cet humble travailleur de la terre répondit : « Je le regarde et il me regarde. »

2) La persévérance de la foi : la nécessité de persévérer dans la foi, toujours.

Dans la première partie, j’ai essayé de donner des éléments de réponse à la demande « comment prier sans cesse ? ». Maintenant j’essaierai d’ébaucher une réponse à cette demande du Christ : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Il y a un lien très fort entre la foi et la prière, parce que la foi est cette prière inlassable.

Peut-être ne réussissons-nous pas à comprendre que c’est justement le Seigneur qui désire notre cri, notre prière continuelle. Même quand il semble disparaître de notre vie, quand nous nous sentons comme la veuve de l’évangile d’aujourd’hui, c’est lui qui nous répète avec tendresse : « Fais-moi entendre ta voix, montre-moi tes larmes, dis-moi ce qui est au fond de ton cœur. »

C’est l’expérience concrète de l’amour et du soutien de Dieu, que nous faisons tous tôt ou tard et plus ou moins dans notre vie, qui nous donne la certitude que même lorsque nous ne voyons plus rien ou que nous voyons seulement l’obscurité et des nœuds terribles, la justice et l’amour de Dieu sont à l’œuvre. Tout, mais vraiment tout ! deviendra clair seulement à la fin, quand nous aurons la vision parfaite ; maintenant il nous est demandé de faire confiance et d’avoir confiance en Dieu, c’est à dire d’avoir la foi. Une foi qui n’est certainement pas facile et qui demande de la force, de la fermeté et de la persévérance comme la prière de la veuve de l’Évangile et comme celle de Paul qui va jusqu’à dire : « Je vous exhorte, mes frères, à lutter avec moi dans la prière. «  (Romains 15, 30) : en grec le verbe est « sunagonizein » (= agoniser avec) qui indique le combat décisif et suprême.

L’important est de croire à l’amour du Christ qui nous a montré sur la croix qu’il nous aime plus que lui-même. Alors nous comprenons que la nécessité de prier sans cesse et sans se lasser est la nécessité de l’amour. Seul un cœur amoureux prie avec foi, sans se lasser et répond sans cesse à la voix de son Bien-Aimé. La prière n’est ni une folie ni un refuge aliénant. La prière est la rencontre avec l’ami que nous ne méritons pas mais qui s’offre à nous, êtres provisoires et précaires, qui prions.

En effet le verbe « prier » a la même racine que « précaire » qui désigne une personne qui a quelque chose seulement si l’autre la lui donne. Donc notre rapport à Dieu et aux personnes est toujours précaire. Toute relation humaine est précaire, parce que nous l’avons seulement si nous la désirons et si l’autre nous la donne gratuitement. Donc par nature la prière est l’acte fondamental de la relation entre les personnes.

En effet, la première chose que l’on enseigne à l’enfant est de demander et de dire merci. Ce qui est fondamental. C’est la relation. Autrement il y a le fétichisme, la chosification parce que si l’on n’entre pas dans une attitude de reconnaissance, ce qui intéresse ce sont les choses et non les personnes.

Pour cela, il convient de prier sans cesse, à tout moment et en tout lieu comme Jésus nous en a donné le témoignage surtout au moment de la crucifixion. Avec sa prière continuelle, si persévérante qu’elle continue même lorsqu’il est sur la croix, Jésus nous conduit à la foi, à la confiance totale en Dieu et en sa volonté et il veut nous montrer que ce Dieu qui a tant aimé l’homme et le monde, au point d’envoyer son Fils unique (cf Jn 3, 16), est le Dieu de la vie, le Dieu qui donne l’espérance et qui est capable de retourner les situations les plus humainement impossibles. La prière confiante d’un croyant devient alors un témoignage vivant de cette présence de Dieu dans le monde, de son intérêt pour l’homme, de son action pour réaliser son plan de salut.

De cette prière fidèle parce que persévérante et faite dans la foi, les vierges consacrées dans le monde sont des exemples simples et clairs. Ces femmes se sont consacrées parce qu’elles ont cru en l’amour miséricordieux et fidèle de Dieu. Pour cette foi, elles ont mis toute leur vie sous le signe de la miséricorde et de la fidélité. Fidélité c’est à dire engagement persévérant et inconditionnel. Dieu s’est offert à nous, une fois pour toute dans sa Parole. Il ne l’a jamais reprise. Croire c’est donner sa propre parole, s’engager envers Celui qui s’est engagé envers nous sans retour. Par conséquent, elles aussi sont fidèles, persévérantes, tenaces en tout.(cf rituel de consécration des vierges n° 26 : « Recevez cet anneau, signe de votre union avec le Christ. Gardez une fidélité sans partage au Seigneur Jésus ; il vous introduira un jour dans la joie de l’alliance éternelle ») Elles ne reprennent pas la parole donnée lors de la consécration. Elles n’abandonnent pas la bonne cause de Dieu qui s’est manifesté à elles comme Personne pour qui il vaut la peine de vivre.

Joyeusement, elles ont tout donné d’elles-mêmes, âme et corps parce que la virginité n’est pas seulement un état du corps, elle est principalement une vertu de l’âme. Avec leur consécration vécue humblement dans le monde, elles montrent qu’une vie donnée à Dieu dans le secret et dans la prière et que la virginité est le fruit de la prière mais surtout d’une foi et d’un amour fervent pour le Christ, parce que sans l’amour du Christ, il n’est pas possible d’être vierge. A la fin, il est utile de rappeler que la virginité chrétienne a comme modèle la vierge Marie qui a été la vierge par excellence, c’est à dire la disponibilité à l’action de Dieu. Et si Dieu s’est incarné en Elle, il l’a fait grâce à sa disponibilité.

Lecture patristique

St-Augustin d’Hippone

10 Conseils sur la prière

  1. « Adresse-toi plutôt à ton Seigneur Lui-même, frappe à la porte de cette demeure où Il repose avec sa famille, prie, supplie, insiste. Bien différent de cet ami dont il est question dans la parabole, Il se lèvera et te donnera, car Il est tout disposé à donner. Tu frappes sans avoir encore obtenu ? Frappe encore, car Il veut te donner. Et s’Il diffère de te donner ce que tu veux, c’est pour enflammer tes désirs, et pour t’empêcher d’apprécier moins ce que tu aurais obtenu plus tôt »  (Sermon 105).
  2. « Oui, Jésus est mieux disposé à nous donner que nous à recevoir ; plus disposé à faire miséricorde que nous ne le sommes à sortir de la misère » (Sermon 105).
  3. “La prière qui s’élève dans sa pureté d’un cœur fidèle est comme l’encens qui monte des saints autels. Rien n’est devant Dieu plus agréable que cette odeur : qu’elle soit l’odeur de tous les fidèles » (Commentaire sur le psaume 140).
  4. “La foi est la source de la prière, et si la foi manque, il n’y a plus de prière. Prions donc pour que notre foi ne vienne pas à faiblir. La foi produit la prière, et la prière à son tour obtient l’affermissement de la foi » (Catena Aurea).
  5. « Si nos prières sont parfois non exaucées, c’est que nous demandons aut mali, aut male, aut mala : aut mali, en étant mauvais, et pas assez préparés pour demander ; aut male, nous demandons mal, d’une mauvaise manière, avec peu de foi ou sans persévérance, ou avec peu d’humilité ; aut mala, nous demandons des choses mauvaises, ou qui, pour une raison ou une autre, ne nous conviendront pas » (La Cité de Dieu, 20, 22).
  6. « Il peut paraître étonnant que Celui qui nous exhorte à prier (…) soit Celui-là même qui sait ce qui nous est nécessaire avant que nous le Lui demandions. Alors, pourquoi Dieu fait-Il cela ? Nous pourrions nous en inquiéter, si nous ne comprenions pas que le Seigneur notre Dieu n’attend certes pas que nous Lui apprenions ce que nous voulons, qu’Il ne peut ignorer. Mais Il veut que notre désir s’excite par la prière, afin que nous soyons capables d’accueillir ce qu’Il s’apprête à nous donner. Car ce que Dieu nous réserve est très grand, tandis que nous sommes petits et de pauvre capacité pour le recevoir. Voilà pourquoi il nous a été dit : Dilatez-vous » (Lettre 130, à Proba).
  7. « Toujours maintenir vivant ce désir continuel de Dieu. Mais les soins et les affaires d’ici-bas attiédissent notre désir, c’est pourquoi  à certaines heures et à certains temps fixés, nous prions aussi Dieu avec des paroles ; par ces paroles, nous nous avertissons nous-mêmes de reprendre nos élans, et nous empêchons que notre esprit soit attiédi et se refroidisse  complètement ; il s’éteindrait même totalement, faute d’être ranimé fréquemment » (Lettre 130 à Proba).
  8. « Que Dieu nous garde de la prière bavarde, mais la prière doit être continue, si la ferveur persévère. Parler beaucoup, c’est traiter dans sa prière d’une chose nécessaire en paroles superflues. Mais prier beaucoup, c’est insister auprès de Celui que nous prions, par un long et pieux désir du cœur. La plupart du temps, on traite mieux celui que nous prions par les gémissements que par les discours, plus par les larmes que par le langage » (Lettre 121 à Proba).
  9. « Fais ce que tu peux, demande ce que tu ne peux pas, et Dieu t’aidera afin que tu puisses le faire » (Sermon 43, sur la nature et la grâce).
  10. « Si tu parcours toutes les prières de l’Écriture, tu ne trouveras rien, je crois, qui ne soit contenu dans cette prière du Seigneur et n’y trouve sa conclusion (Notre Père) » (Lettre 130 à  Proba).

« L’Amour attend notre ‘merci’ », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 17 déc. 2018 © Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 17 Déc. 2018 © Mgr Francesco Follo

« L’Amour attend notre ‘merci’ », par Mgr Francesco Follo

Méditation sur les lectures de dimanche 9 octobre

Le retour du Samaritain lépreux vers le Christ « pour le remercier de la guérison accordée à tous », est « un geste eucharistique » grâce auquel « il reçoit la guérison du cœur », explique Mgr Francesco Follo en introduisant son commentaire de l’évangile du dimanche 9 octobre prochain. « Maintenant le Samaritain n’est plus un lépreux guéri mais un homme sauvé ».

Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, invite à méditer, dans l’évangile de Luc, le récit dans lequel sur les 10 lépreux guéris par Jésus, un seul revient sur ses pas lorsqu’il se découvre guéri, pour rendre gloire à Dieu.

Mgr Follo fait observer que l’invocation “Seigneur, pitié“ « introduit chaque célébration eucharistique ». L’important réside « dans le fait que l’invocation “Seigneur, prends pitié“ se transforme en “merci“. De cette façon, explique-t-il, « nous reconnaissons pleinement que notre misère a besoin de miséricorde ».

L’Amour attend notre ‘merci

XXVIIIe Dimanche du Temps ordinaire – Année C –  9 octobre 2022

2 R 5,14-17; Ps 97; 2 Tm 2,8-13; Lc 17,11-19).

  1) La guérison de la lèpre du cœur

Jésus est en marche vers Jérusalem, là où il sait qu’il devra affronter la mort  pour « passer », Lui et l’humanité entière, dans la « terre » promise du Ciel. Dans cet exode vers la Ville de la Paix où il fêtera la Pâques (le passage de son retour au Père, le passage de la mort à la vie), Il ne laisse rien qui ne soit visité de sa présence, rien qui ne soit pas touché de ses saintes mains et de son regard de miséricorde qui guérit l’âme et le corps.

Dans ce chemin vers Jérusalem qui se situe au sud de la Terre Sainte, Jésus suit un parcours géographiquement absurde parce qu’il prend la direction du nord, vers la Samarie et la Galilée.

Mais Jésus suit la carte du coeur et va vers le centre en passant par les périphéries existentielles. En effet, quels sont ceux qui peuvent être plus périphériques que les lépreux qui sont des morts vivants  parce que, surtout à cette époque, ils devaient rester en dehors de la ville, en ne pouvant pas habiter avec leurs concitoyens. Ils étaient condamnés à vivre en marge de la vie parce qu’ils étaient porteurs d’une maladie  que l’on considérait contagieuse et qui les rendait impurs, immondes.

Ces dix lépreux représentent l’entière humanité, intoxiquée par le péché, condamnée à mort. Donc ils étaient incapables de faire le chemin de la vie. Jésus ordonne à tous (y compris nous) de marcher et d’aller « faire certifier » le miracle de la guérison par des prêtres, comme la Loi mosaïque l’ordonne.

Mais il ne suffit pas d’obéir et de marcher ; il faut prendre conscience du don reçu. Malheureusement, un seul, un samaritain (c’est-à-dire un qui unissait à la fois la marginalisation de la maladie et celle du mépris des autres qui le considéraient comme hérétique) retourne chez le Christ pour le remercier de la guérison accordée à tout le monde. Grâce à ce geste eucharistique (eucharistie signifie remerciement), il reçut la guérison du cœur.

En effet, dans cette rencontre entre Jésus et les lépreux, il y a deux mots clés : « pitié » et « merci ».
L’invocation  « Seigneur, pitié », « Seigneur, aie miséricorde de nous pécheurs » introduit chaque célébration eucharistique  (qui signifie «  célébration de grâce ») et c’est la prière que chacun de nous adresse au Seigneur au début de la Messe.

L’important réside dans le fait que l’invocation : « Seigneur, prends pitié » se transforme en « merci ». De cette façon, nous reconnaissons pleinement que notre misère a besoin de miséricorde.

A la demande d’être écoutés et aimés malgré notre mal et qui s’exprime avec l’invocation « Je t’en prie, Seigneur, sauve-moi » Ps 114,4), le Christ répond avec sa miséricorde infinie dans laquelle nous somme guéris à un niveau supérieur auquel que nous demandons. En effet, avec le miracle d’aujourd’hui, le Seigneur nous apprend qu’il y a deux niveaux de guérison : un, plus superficiel, concerne le corps; l’autre, plus profond, touche l’intimité de la personne que la Bible appelle « cœur » duquel toute l’existence irradie. La santé du corps n’est pas contre celle du coeur, bien au contraire, la guérison complète et radicale est le salut qui agit de façon telle que notre cœur ne reste pas loin du Christ.

Souvenons-nous que le salut réside dans la relation avec le Seigneur, source de vie, et non dans la purification de la lèpre parce qu’on tombera encore malade plus tard, et qu’il faudra mourir. Donc le salut n’est pas simplement d’être purifié, guéri. Ce n’est pas la bonne santé parce qu’elle s’en va tôt ou tard. Le salut est autre chose : c’est la communion avec Lui, c’est revenir à Lui et glorifier Dieu à haute voix. « J’aime le Seigneur pour qu’il écoute le cri de ma prière » (Ps 114, 1-2). C’est dans l’Eucharistie que nous vivons la foi et la rencontre avec Lui qui nous a aimés et sauvés. Alors allons avec gratitude à la source de notre confiance qui est Son amour grâce auquel nous pouvons vivre.

2) Sauvés grâce à notre ‘merci’

Le retour (mot qui est synonyme de conversion) du lépreux guéri fut dicté par la reconnaissance vers le Messie qui l’avait guéri. Mais, dans ce geste, nous pouvons reconnaître le Christ comme Grand Prêtre, chez qui ce n’est plus la loi de Moise mais la nouvelle loi de l’Amour qui « impose » d’aller : en effet, c’est à Lui de certifier que l’on a recouvré la santé. Grâce au « merci », l’invocation de compassion pour la terrible maladie qui corrompt le corps devient une expérience d’amour et de communion.

Maintenant le samaritain n’est plus un lépreux guéri mais un homme sauvé.

Ce samaritain a compris qu’en retournant vers Jésus pour glorifier Dieu, tout ce qui lui était interdit lui devient accessible : le Temple, le culte, la vie du Peuple Saint.

Cet homme sauvé est poussé par la gratitude à se rapprocher avec pleine confiance du trône de la Grâce pour recevoir la miséricorde, trouver la grâce, et être aidé au moment opportun.(cfr Hb 4,15-16).

Cet homme qui était détruit, méprisé, seul et isolé fait l’expérience du salut et non seulement d’une vie digne sur terre qui lui est aussi restituée, mais le Seigneur lui donne la vie qui ne passe plus.

L’important est que nous allions nous aussi vers le Christ en mendiant la pitié et en lui disant : « merci » et nous revivrons  nous aussi  l’expérience de Jésus guérisseur et, surtout, rédempteur qui sauve le corps  et le cœur.

D’une manière paradoxale mais correcte, nous pouvons dire que le  lépreux sauvé (qui est chacun de nous lorsque nous sommes repentis et reconnaissants) devient l’annonce vivante de l’Evangile de la vie.

Aujourd’hui, la même chose  nous arrive : si nous implorons pitié et disons merci, nous devenons de vrais  disciples du Christ, ses fidèles annonciateurs.

C’est l’enseignement du reste du récit de Saint Luc d’aujourd’hui : Jésus loue la foi du samaritain lépreux et le désigne « annonciateur » de la bonne et joyeuse nouvelle. Cette nouvelle est confiée à celui qui, grâce à la foi, reçoit  la purification de la lèpre du péché, le salut de l’âme, et la rédemption du coeur. Avec Romain le Mélode, prions : « Comme tu as purifié le lépreux de son infirmité, oh Tout-Puissant, ainsi pour guéris le mal de nos âmes, Tu qui es miséricordieux, par l’intercession de la Mère de Dieu, médecin de nos âmes, Ami des hommes, sauveur immune du péché » (Hymne 23, Préface).

La grandeur du Samaritain a été celle de mettre non seulement sa santé sans les mains du Seigneur mais toute sa vie.

Nous pouvons donc nous demander ce qui a poussé l’homme qui a reçu le miracle aujourd’hui à s’abandonner au Christ avec un coeur joyeux et plein de reconnaissance.  Nous pouvons nous poser une question analogue, valide pour les situations moins dramatiques : « Qu’est-ce qui pousse les vierges consacrées dans le monde à mettre leur propre vie aux pieds du Christ-Epoux pour qu’il en fasse ce qui lui plait ? ». Cela ne peut être que la même et profonde certitude qui anima le cœur de Marie, face à l’annonce de l’Ange Gabriel à Nazareth jusqu’au pied de la croix à Jérusalem. C’est cette même et profonde certitude qui donna la force à Saint Joseph face à la tâche que Dieu lui confia ; c’est la même certitude qui soutint les Apôtres devant le martyre : la compassion de Dieu s’est penchée vers nous, la Miséricorde de l’Eternel est descendue sur la terre et a assumé un visage humain. C’est le Christ, notre seul bien : Il ne veut rien d’autre que notre bien. Il est né et mort pour cela. Il est ressuscité et est ici, présent dans l’Eucharistie, pour cela. C’est pour cela que nous pouvons nous abandonner à Lui sans réserves, pour cela nous pouvons aller vers Lui, nous agenouiller en suppliant et en mettant toute notre vie dans sa Volonté pour Lui permettre de nous dire à nouveau : « Je t’aime ».

L’abandon dans les mains du Christ de la part des vierges consacrées est pour nous un exemple quotidien, simple et imitable pour relier notre confiance en Jésus qui, avec son saint et pur amour,  nous communique pureté et santé pleine. (cf Rituel de consécration des vierges, n° 24 : « Et toi, Dieu toujours fidèle, sois dans la maladie leur guérison ») Dans notre vie de chaque jour, nous apprenons que la guérison commence lorsque nous savons que nous pouvons compter sur quelqu’un qui veut notre bien, qui nous est proche et qui est disposé à porter notre mal, que ce soit la maladie ou le péché.

Voilà : la compassion radicale, vécue par Jésus,  demande à chacun de nous de nous interroger sur notre capacité à rester à côté de celui qui se sent impur et malade. Comment oublier que François d’ Assise a compris tout le christianisme le jour où il décida d’embrasser un lépreux ? A ce moment-là, il commença son chemin de disciple jusqu’à devenir « très semblable à Jésus », jusqu’ à lui ressembler « physiquement » avec les stigmates?

Jésus est la sainteté qui brûle chaque notre péché. Il est la vie qui guérit nos maladies, mais ce service aux hommes a un prix élevé : Jésus ne peut plus entrer publiquement dans les villages, mais il est contraint de rester dans des lieux déserts, c’est-à-dire à vivre la situation qui était celle du lépreux auparavant : Jésus soigne et guérit les autres au prix de la prendre leur mal sur lui. Le texte latin du prophète Isaïe sur le serviteur du Seigneur dit: « Nous le considérions comme un lépreux » (Is 53,4b). Oui, Jésus, le Serviteur, le Messie, le Sauveur s’est fait pour nous comme un lépreux, pour guérir notre lèpre du le corps et de l’esprit. De cette façon, sur la croix il aura des plaies comme un lépreux : mais nous pouvons fixer sur lui notre regard dans l’espérance certaine de la guérison, certains de la compassion de celui qui « a pris sur lui nos souffrances et nos maux » (Is 53,4a).

Lecture Patristique

Saint Ambroise de Milan

Traité des mystères

 « Que la récente lecture des livres des Rois serve aussi à ton enseignement. Nous y avons vu Naaman le Syrien couvert de lèpre que personne n’avait pu guérir… Naaman finit par consentir aux conseils de ses serviteurs et se baigna. Aussitôt purifié, il comprit que l’artisan de la purification de chacun n’était pas l’eau mais la grâce 

Sache maintenant que cette jeune fille captive, c’est l’Assemblée qui, en vérité, est bien jeune parmi les nations, autrement dit : l’Eglise du Seigneur qui était opprimée auparavant par la captivité du péché dans le temps où elle n’avait pas encore reçu la liberté de la grâce…

Je vois de l’eau telle que j’en avais vu quotidiennement. Je m’y étais souvent baigné, sans avoir jamais été purifié pour autant et elle aurait soudain le pouvoir d’accomplir cette purification ? Eh bien, sache par là que l’eau n’a ce pouvoir qu’avec l’Esprit

Qu’est-ce que l’eau sans la croix du Christ (d’où jaillit l’eau et le sang) ? C’est un élément ordinaire, sans aucun effet sacramentel. Et pourtant sans eau, le mystère de la régénération ne pourrait s’accomplir : nul, en effet, s’il n’est rené de l’eau et de l’Esprit ne peut entrer dans le Royaume de Dieu… » 

« Nous lisons en effet dans les livres des Rois qu’un Gentil (un païen), Naaman, a été, selon la parole du Prophète, délivré des taches de la lèpre ; pourtant bien des juifs étaient rongés par la lèpre du corps, et aussi de l’âme… Pourquoi donc le Prophète ne soignait-il pas ses frères, ses concitoyens, ne guérissait-il pas les siens, alors qu’il guérissait des étrangers…? N’est-ce pas que le remède dépend de la bonne volontéet non de la nation

L’Eglise est ce peuple rassemblé d’entre les étrangers, ce peuple jadis lépreux avant d’être baptisé dans le fleuve mystérieux : « Le Christ a voulu rendre sainte l’Eglise en la purifiant avec l’eau qui lave et cela par la Parole ; il a voulu se la présenter à lui-même splendide, sans tache ni ride… » (Eph 5, 26-27)

En Naaman nous est montrée la figure du salut qui viendra pour les Gentils.

St Bruno de Segni

« Il est bien que, pour cette guérison de lépreux, on ne désigne expressément aucune localité, pour montrer que ce n’est pas le seul peuple d’une cité spéciale, mais les peuples de l’univers qui ont été guéris…
Si donc le remède de la lèpre est la parole, le mépris de la parole est assurément la lèpre de l’âme…

Le Seigneur prescrit de se monter au prêtre ; car se montrant au prêtre, le prêtre comprendra qu’il n’a pas été guéri selon la procédure légale, mais par la grâce de Dieu supérieure à la Loi ; le Seigneur montrait qu’il ne détruisait pas la Loi mais l’accomplissait. Il se conduisait selon la Loi, alors même qu’on le voyait guérir en dépassant la Loi, ceux que les remèdes de la Loi n’avaient pas guéris.

« Que représentent les dix lépreux sinon l’ensemble des pécheurs ? … Lorsque vint le Christ, tous les hommes soufraient de la lèpre de l’âme, même s’ils n’étaient pas tous atteints de celle du corps… Or la lèpre de l’âme est bien pire que celle du corps…

Ces hommes se tenaient à distance car ils n’osaient pas, étant donné leur état, s’avancer plus près de lui. Il en va de même pour nous : tant que nous demeurons dans nos péchés, nous nous tenons à l’écart. Donc, pour recouvrer la santé et guérir de la lèpre de nos péchés, supplions d’une voix forte et disons : « Jésus, Maître, prends pitié de nous ». Cette supplication ne doit toutefois pas venir de notre bouche, mais de notre cœur

En cours de route, ils furent purifiés…souvent, en effet, le pécheur est pardonné avant de venir trouver le prêtre. En réalité il est guéri à l’instant même où il se repent…

Le Samaritain représente tous ceux qui ont été purifiés dans l’eau du baptême ou guéris par le sacrement de Pénitence… ils imitent le Christ, ils marchent à sa suite en le glorifiant et en lui rendant grâce..

C’est la foi qui guérit l’homme dans son âme et dans son corps.

Source : ZENIT.ORG, le 7 octobre 2022

« La puissance de la foi est puissance d’amour », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

« La puissance de la foi est puissance d’amour », par Mgr Francesco Follo

Méditation des lectures de dimanche 2 octobre 2022

Voici la méditation des lectures de la messe de dimanche 2 octobre 2022, par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

La puissance de la foi est puissance d’amour

XXVIII Dimanche du Temps ordinaire – Année C – 2 octobre 2022

Hab 1,2-3;2, 2-4; Ps 94; 2Tm 1,6-8.13-14; Lc 17,5-10

            1) La foi n’est pas une question de quantité.

Pourquoi, dans l’évangile d’aujourd’hui, les disciples demandent-ils au Christ « Augmente en nous la foi » (Lc 17, 5) ? Parce que la demande de Le suivre en quittant tout (cf. Lc 16, 13) et de pardonner sans compter (cf. Lc 17, 3-4), leur a fait comprendre combien leur foi était petite.

Cela fait longtemps qu’ils ont reconnu le Fils de Dieu, l’Amour miséricordieux et fidèle, en Jésus Christ. Maintenant ce qu’ils demandent c’est d’avoir de plus en en plus confiance en cet amour miséricordieux et fidèle de Dieu.

En effet, seule une foi tenace et pleine permet de mettre toute leur vie sous le signe de la miséricorde et de la fidélité.

Les disciples d’hier nous font comprendre à nous disciples d’aujourd’hui que nous sommes appelés à avoir confiance en cette fidélité de Dieu, qui est l’engagement persévérant et total avec lequel Dieu s’est livré, une fois pour toutes, à l’humanité, dans sa Parole. Croire à la Parole n’est pas un problème de quantité, c’est donner « parole » à la Parole, c’et s’engager sans réserve auprès de Celui qui s’est engagé pour nous, sans plus y réfléchir.

Pour faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’avoir une foi « en grande quantité » mais une foi « de qualité », authentique et tenace, le Christ fait une comparaison très convaincante : L’arbre est bien accroché à la terre et même les tempêtes n’arrivent pas à le déraciner.  Eh bien, il suffit d’un brin de foi – petit comme un grain de moutarde – pour le déraciner. Avoir la foi c’est faire confiance en Dieu humblement et totalement, c’est accepter un projet calculé sur les possibilités de Dieu et non sur les nôtres. Les possibilités de réussite ne sont pas dues à la grandeur de nos capacités mais à l’ampleur de l’amour de Dieu envers nous et auquel nous croyons.

Un exemple actuel nous vient de Sainte Thérèse de Calcutta, qui n’a certes pas eu de gestes spectaculaires, mais une foi vaillante montrant que de la puissance de la foi s’écoule la puissance de l’amour. Cette sainte a fait bien plus que d’aller planter l’arbre dans la mer. Commençant par s’occuper des moribonds de Calcutta, elle a soigné et sauvé une foule innombrable de pauvres, aidée par des milliers de sœurs qui l’ont suivie et la suivent toujours. Grâce à ses yeux –purs comme ceux des anges – Mère Teresa a su reconnaître le Christ dans tous les Lazare qu’elles rencontraient sur terre, et grâce à sa foi qui est « une source d’amour », elle a su soigner les plus pauvres des pauvres de ses mains saintes et pures, pour lesquelles toucher les plaies d’un malade était comme toucher celles du Christ. La Mère des pauvres avait une foi d’une si grande « qualité » qu’un courant d’amour totalement gratuit et désintéressé s’est déclenché, qui est encore aujourd’hui parlant, multilingue, et destiné à durer.

Sainte Teresa de Calcutta a montré que dans l’Eglise il y a le ministère de la charité, car l’Eglise ne doit pas seulement annoncer mais vivre la Parole qui est charité.

La foi solide de M. Teresa lui a permis de s’abandonner totalement au Christ, dans une confiance amoureuse pour celui à qui elle avait « simplement » fait de la place, devenant sa sainte demeure. Cette foi, elle l’exprime bien dans la prière suivante : « Seigneur, donne-moi la foi qui soulève des montagnes, mais avec amour. Enseigne-moi cet amour qui trouve sa joie dans la vérité, toujours prêt à pardonner, à croire, à espérer, à supporter. Enfin, quand toutes les choses finies se dissoudront et que tout sera clair, fais en sorte que j’aie été le reflet, faible mais constant, de ton amour parfait. »

Cette prière nous aidera à grandir d’une foi vaillante et charitable.

            2) Service gratuit.

Après l’enseignement sur la puissance de la foi (un brin suffit pour déraciner un arbre), l’Evangile d’aujourd’hui se poursuit par une brève parabole, dans laquelle jésus n’entend pas décrire le comportement de Dieu envers l’homme mais celui du croyant envers Dieu : un comportement totalement disponible, sans calculs et sans prétention.

Le service et la gratuité sont les caractéristiques fondamentales du disciple qui, – comme tout le monde ici-bas – se trouve confronté au scandale et aux péchés mais vit avec la miséricorde et le pardon. C’est pourquoi il faut que la foi soit constamment renforcée, autrement dit notre connaissance de l’amour de Dieu, et vivre dans le service et la gratuité, car la charité et la justice ne sont pas seulement une question de bénévolat social, mais un acte spirituel effectué avec la grâce de l’Esprit Saint. Les saints – et Sainte Teresa de Calcutta en est l’exemple le plus moderne – ont expérimenté dans leur vie cette profonde unité entre la prière et l’action, entre l’amour de Dieu et la charité envers nos frères.

Cette sainte femme se fit Missionnaire de la charité car sa foi, si solide au point de résister à l’aridité et à l’absence de consolations spirituelles, lui permit de voir en Jésus la plus haute expression de l’amour de Dieu, mais également celui auquel nous nous unissons pour pouvoir croire.  Pour elle, avoir la foi ne consistait pas seulement à regarder vers Jésus, mais à le voir selon son point de vue. La foi, pour elle, comme cela doit l’être pour nous, doit être « participation » au regard du Christ face à la vie.

Comme enseigne le pape François : « la foi est écoute et vision, elle se transmet aussi comme parole et comme lumière » (Lumen fidei, 37), donc le plus difficile n’est pas d’accepter les doctrines, mais d’accueillir la foi comme un fait vital qui parle et éclaire la vie, autrement dit qui lui donne un sens.

Bref, la foi n’est pas une attitude purement intellectuelle, comme la simple acceptation de certaines vérités. Il ne s’agit pas simplement de professer mais de vivre la foi. Qui appelle à un témoignage courageux et au service gratuit. Ceux qui disent croire et demeurer en Jésus Christ, doivent se comporter comme lui (1 Je 2, 6). L’apôtre Jacques le rappelle lui aussi dans sa lettre : la foi sans les œuvres (de charité) est une foi vaine et morte (Jc 2, 26).

Les vierges consacrées dans le monde sont un bel exemple de ce service gratuit qui devient « témoignage ». En se donnant totalement au Christ, elles montrent que la foi est « un abandon raisonnable » dans les bras du Bien-Aimé. Elles montrent, de façon exemplaire, que nous sommes tous appelés à avoir confiance non pas en un mystère ennemi, mais amoureux, à suivre non pas les ordres absurdes d’une divinité capricieuse, mais la loi d’une liberté donnée par un Dieu qui délivre.

Le Dieu que le Bible révèle est un Dieu

Qui demande confiance,

Qui a marché dans le désert et souffert,

Qui a accompagné et éclairé des tribus de bédouins, faisant d’eux un peuple d’espérance,

Qui a éclairé le roi d’Israël,

Qui a arraché des hommes du pré et de la terre pour en faire des prophètes,

Qui est le Verbe fait chair et demande d’être accueilli avec les oreilles mais également avec le cœur.

Ces femmes consacrées se sont faites épouses de ce Dieu qui, depuis surtout la Croix au mont Calvaire, a montré des millions de fois combien Il nous aime douloureusement et passionnément.

Par leur consécration, ces femmes témoignent que le grain de moutarde, le grain de foi :

  • C’est croire en l’amour d’un Dieu qui nous aime infiniment et ne faiblit jamais ;
  • C’est aimer en servant concrètement l’autre, et non en se servant de lui.
  • C’est avoir confiance, confiance en sa Parole, puissance de l’amour qui est et donne la vie.

Donc une foi puissante c’est avant tout une puissance d’amour, cet amour incroyable pour l’homme, pour chaque homme, que Dieu a manifesté en son Fils, et qui rend le croyant capable lui aussi, d’aimer à son tour. C’est pour les faire grandir dans cette confiance que, lors de leur consécration – Prière eucharistique II, rituel de consécration des vierges-, l’Eglise prie : « …qu’elles ne faiblissent pas dans l’ardeur de leur foi et de leu charité, mais qu’elles te servent sans défaillance, toi et tout ton peuple, jusqu’au jour où viendra le Christ, leur époux ».

Lecture Patristique

Saint Augustin (354 -430)

Sermon 115, 1 ; PL 38, 655.

Prier pour que grandisse notre foi

« La lecture du saint évangile fortifie notre prière et notre foi, et nous dispose à nous appuyer non sur nous-mêmes mais sur le Seigneur. Y a-t-il un moyen plus efficace de nous encourager à la prière que la parabole du juge inique qui nous a été racontée par le Seigneur ? Le juge inique, évidemment, ne craignait pas Dieu ni ne respectait les hommes. Il n’éprouvait aucune bienveillance pour la veuve qui recourait à lui et cependant, vaincu par l’ennui, il finit par l’écouter. Si donc il exauça cette femme qui l’importunait par ses prières, comment ne serions-nous pas exaucés par celui qui nous encourage à lui présenter nos prières ? C’est pourquoi le Seigneur nous a proposé cette comparaison tirée des contraires pour nous faire comprendre qu’il faut toujours prier sans se décourager (Lc 18,1). Puis il a ajouté : Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ! (Lc 18,8).

Si la foi disparaît, la prière s’éteint. Qui pourrait, en effet, prier pour demander ce qu’il ne croit pas ? Voici donc ce que l’Apôtre dit en exhortant à prier : Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés. Puis, pour montrer que la foi est la source de la prière et que le ruisseau ne peut couler si la source est à sec, il ajoute : Or, comment invoquer le Seigneur sans avoir d’abord cru en lui (Rm 10,13-14) ? Croyons donc pour pouvoir prier et prions pour que la foi, qui est au principe de notre prière, ne nous fasse pas défaut. La foi répand la prière, et la prière, en se répandant, obtient à son tour l’affermissement de la foi.

D’ailleurs, pour que la foi ne faiblisse pas dans les tentations, le Seigneur a dit : Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation (Mt 26,41). Telles sont ses paroles : Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. Qu’est-ce qu’entrer en tentation ? Simplement, sortir de la foi. Car la tentation est d’autant plus forte que la foi est plus faible, et la tentation est d’autant plus faible que la foi est plus forte. Oui, vraiment, mes bien-aimés, c’est pour que la foi ne s’affaiblisse pas et ne se perde pas que le Seigneur a dit : Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. Afin que vous le compreniez mieux, il a dit au même endroit dans l’évangile : Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment. Mais j’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne sombre pas (Lc 22,31-32). Et celui que guette le danger ne ferait pas sienne la prière de son protecteur ?

Mais lorsque le Seigneur dit : Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? il a en vue la foi parfaite, celle qu’on peut à peine trouver sur la terre. Voyez : l’église de Dieu est remplie. Qui y viendrait s’il n’avait aucune foi ? Mais si cette foi était parfaite, qui ne transporterait pas les montagnes ? Regardez les Apôtres eux-mêmes : s’ils n’avaient pas eu une grande foi, ils n’auraient pas renoncé à tout ce qu’ils avaient, ils n’auraient pas foulé aux pieds les espoirs terrestres pour suivre le Christ. Et pourtant, leur foi n’était pas parfaite, car ils n’auraient pas dit au Seigneur : Augmente en nous la foi (Lc 17,5). »

Source : ZENIT.ORG, le 30 septembre 2022

« Le pauvre à la porte, c’est le Christ », par Mgr Francesco Follo

Repas de fête pour les pauvres 29/6/2018 © Adam Trojanek, Church in Poland
Repas De Fête Pour Les Pauvres 29/6/2018 © Adam Trojanek, Church In Poland

« Le pauvre à la porte, c’est le Christ », par Mgr Francesco Follo

Méditation sur l’évangile de dimanche 25 septembre 2022

Voici la méditation de l’évangile du XXVIème Dimanche du Temps ordinaire, le 25 septembre 2022, proposée par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

« Le pauvre à la porte, c’est le Christ »

 XXVIème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C  – 25 septembre 2022

Amos 6,1.4-7; Psaume  145; 1 Timothée 6,11-16; Luc 16,19-31.

1) Le mendiant à la porte.
L’évangile de ce 26e dimanche du temps ordinaire nous présente la parabole du bon vivant (= goinfre) riche et Lazare, ce qui nous amène à nous tourner vers le pauvre qui est jeté à notre porte à cause de la famine et de la guerre, en le reconnaissant comme le Christ qui nous sauve. Le Salut apparaît et se tient à la porte de nos vies avec les vêtements en morceaux du mendiant blessé et affamé: « Le vrai protagoniste de l’histoire est le mendiant : le Christ mendiant du cœur de l’homme et le cœur de l’homme mendiant du Christ.» (Mgr. Luigi Giussani).
Au lieu d’ériger des murs, nous sommes appelés à construire des ponts de charité pour les pauvres en qui réside le Mendiant par excellence: le Christ Sauveur.

Au lieu de regarder les pauvres avec de la gêne, nous sommes appelés à les  accueillir avec amour, avec le partage. Pour mieux comprendre l’enseignement du Christ sur la charité, regardons de plus près la parabole d’aujourd’hui :
Dans ce récit, le Messie parle d’un riche dont l’égoïsme empêche de secourir un pauvre ; En le rejetant comme un frère, il rejette Dieu qui est Père du pauvre et du riche.
Cet homme riche dont Jésus ne dit pas le nom, est le riche typique qui ne se soucie que de savourer les joies de cette vie, sans penser ni à Dieu, ni aux autres, ni à la vie éternelle.

Apparemment, ce riche ne fait rien de mal en profitant de la vie, mais il est tellement pris par cette joie éphémère qu’il ne réalise même pas qu’à la porte de sa maison, se trouve un pauvre homme qui est aussi malade et couvert de plaies. De plus, ce pauvre qui a un nom : Lazare (nom qui signifie «Dieu aide »[1] , c’est-à-dire que Dieu nous aide dans les pauvres) est tourmenté par la faim. Il ne peut pas répondre parce qu’il est à l’extérieur de la porte et il ne peut même pas ramasser les miettes qui tombent de la table du riche. Seuls les chiens ont pitié de lui et lui lèchent ses plaies.
Cette première partie de la scène décrite dans la parabole nous présente la force apparente de la richesse qui permet de savourer les joies passagères de la vie qui s’écoule très rapidement et qui n’empêche pas la douleur dramatique de la mort. La deuxième partie de la scène parle de ce qui se passe après la mort où l’on voit où Lazare dans la joie éternelle et l’homme riche dans la douleur sans fin.
Il faut reconnaître que les mots utilisés par saint Luc sont très forts. Il écrit ainsi pour préciser que l’épisode est symbolique, mais cela ne signifie pas non plus que le message qu’il communique puisse être minimisé ou équivoque.

Sous une forme dramatique, la parabole du riche, goinfre, et du pauvre Lazare affamé montre  toute la force provisoire et destructrice de la richesse mal utilisée. Quand la richesse est réduite à être seulement un moyen de satisfaction personnelle, elle ferme notre cœur au besoin de notre voisin, au point de nous rendre incapables de voir ceux qui sont dans besoin et, pire encore, de bâtir  un mur devant  notre porte afin de ne pas voir les mendiants et les exclure de notre vie. Au lieu de résoudre le problème avec la vraie charité,  on le censure de façon hypocrite.
En bref, la parabole ne montre pas seulement le contraste entre le pauvre et le riche, mais il souligne que le pauvre et le riche sont voisins, et que le riche ne remarque pas ou ne veut pas voir le pauvre.
Les riches qui vivent en égoïstes, deviennent aveugles et ils ne voient pas les pauvres, même s’ils sont à la porte. Ils sont aussi aveugles à l’Écriture qui nous dit de reconnaître Dieu dans les pauvres. Le  riche égoïste ne s’oppose pas à Dieu et n’opprime pas les pauvres. Tout simplement, il ne les voit pas. C’est ici que se trouve le grand danger de la richesse, ce qui est peut-être la principale leçon de cette parabole.

2) La pureté angélique et la pauvreté.
Sainte Teresa de Calcutta affirmait que, pour reconnaître le Christ dans les pauvres, il nous faut une pureté angélique. Si nos yeux et nos cœurs sont purs, ils peuvent reconnaître Jésus en Lazare.
Le Rédempteur a « assumé » notre nature de pauvre Lazare. C’est celui qui, aujourd’hui, se trouve à notre porte, sur le seuil de notre vie rassasiée de biens matériels, orgueilleuse et dominatrice. Jésus s’est fait Lazare pour que nous puissions reconnaitre notre réalité de mendiants d’infini, de nostalgiques d’éternité. Lui, le Mendiant, il frappe à la porte de notre cœur le désir du vrai bonheur : pur.

Pour avoir cette pureté qui sait voir le Christ dans le pauvre, lui qui se contente des miettes de notre table, il est d’abord nécessaire -comme premier pas- de demander pardon avec un cœur contrit.
Le deuxième pas consiste à « élever le regard » vers le Christ, comme l’homme riche éleva son regard vers Lazare dans le ciel avec Abraham ; et il consiste à Lui quémander  d’avoir le même sort que Lazare, le frère qui savait aimer au milieu de sa pauvreté et de la maladie. De notre part, mandions un cœur pur qui permette à nos yeux de voir le Christ à côté de nous, Lui qui mendie notre attention, notre pitié comme Lazare
Le troisième pas consiste à ouvrir la porte de notre cœur auquel Jésus frappe : habillés de  notre faiblesse, qu’Il nous éveille du sommeil d’une vie superficielle et rassasiée seulement de biens matériels abondants.
Le quatrième pas consiste à nous reconnaître humblement comme de pauvres « chiens » -comme le dit la parabole – : chassés de tous, ils remarquent la « douleur de l’amour » de Lazare-Christ. Les chiens soignent alors ses plaies et le sauvent.
Enfin il faut se convertir en demandant avec humilité et contrition que quelqu’un « mouille le bout de son doigt pour baigner notre langue » et nous donne la communion de vie.        Dans cette communion de vie de l’amour sont surmontés les obstacles entre maris et femmes, entre parents et enfants, entre frères et entre collègues, entre riches et pauvres, entre les réfugiés et nous.

En ouvrant la porte à ce voisin, nous serons en mesure de l’ouvrir au Christ, l’Emmanuel, le Dieu qui est toujours avec nous et qui nous est plus proche à nous-mêmes que nous, nous le sommes à nous-mêmes.
Nous sommes tous appelés à vivre cette pureté pour reconnaître le Christ dans les pauvres et être mendiants du Sauveur, mais les vierges consacrées dans le monde témoignent que la virginité est « la pauvreté amoureuse” (Jacopone da Todi) qui laisse tous les autres amours pour se donner à Christ. Avec coeur vierge, elles regardent vers le Christ comme Véronique l’a fait : elles deviennent ce qu’elles contemplent, en mendiant seulement l’amour du Christ.
Grace à cet amour virginal qui contemple l’Aimé, le cœur de la vierge devient le lieu où s’imprime le visage du Christ, icône de vérité. Avec leur vie de mendiantes de l’amour de l’Epoux, elles témoignent que l’on peut tout quitter avec joie, car avec lui, rien ne se perd, mais tout mené à son achèvement. De Lui vient la perfection de la lumière qui brille dans les actes, dans les mots, dans les yeux des créatures qui rendent notre vie telle une chanson avec ces paroles :
« Peut-être que le but de la vie est de vivre?
Est-ce que le destin des enfants de Dieu est de rester ancrés à la terre ?
Non ! ce n’est pas vivre mais  mourir. Il ne faut échapper à la Croix mais y monter et donner avec joie que nous avons.

Voici la joie, la liberté, la grâce, l’éternelle jeunesse! » (Paul Claudel, L’annonce faite à Marie).
Leurs cœurs sont en harmonie avec la miséricorde ; et leur vie consacrée est un signe que chacun de nous est appelé à être, «lieu» habité par Dieu dont le puissant amour pardonne et recrée.

Lecture Patristique: Saint Polycarpe, De la lettre aux Philippiens

J’ai pris grande part à votre joie, en notre Seigneur Jésus Christ, quand vous avez reçu les martyrs, images de la véritable charité; quand vous avez escorté, comme vous deviez le faire, ces hommes qui étaient captifs de chaînes dignes des saints, chaînes qui sont des diadèmes pour ceux qui ont été vraiment choisis par Dieu et notre Seigneur. Et je me suis réjoui de ce que la racine vigoureuse de votre foi, réputée depuis les temps anciens, persiste jusqu’à maintenant et porte des fruits en notre Seigneur Jésus Christ; lui qui a enduré pour nos péchés d’aller au-devant de la mort; lui que Dieu a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort; lui en qui vous croyez, sans le voir encore, avec une joie inexprimable qui vous transfigure, cette joie à laquelle beaucoup désirent parvenir car vous savez que c’est par grâce que vous êtes sauvés, non pas par vos oeuvres, mais en vertu du bon vouloir de Dieu, par Jésus Christ. Aussi préparez-vous à l’action et servez Dieu avec crainte et en vérité ; laissez de côté le vain bavardage et l’erreur de la foule ; croyez en celui qui a ressuscité d’entre les morts notre Seigneur Jésus Christ et lui a donné la gloire et un trône à sa droite. A lui tout est soumis, au ciel et sur la terre ; tout ce qui respire lui rend un culte, il viendra juger les vivants et les morts, et Dieu demandera compte de son sang à ceux qui refusent de croire en lui.

Celui qui l’a ressuscité d’entre les morts nous ressuscitera aussi, si nous faisons sa volonté. Si nous suivons ses commandements et si nous aimons ce qu’il a aimé – en nous abstenant de toute injustice, cupidité, amour de l’argent, médisance et faux témoignage – en ne rendant pas le mal pour le mal, l’insulte pour l’insulte, coup pour coup, ni malédiction pour malédiction; en nous souvenant de l’enseignement du Seigneur qui a dit: Ne jugez pas, pour ne pas être jugés; pardonnez, et vous serez pardonnés; faites miséricorde pour recevoir miséricorde; la mesure dont vous mesurerez servira aussi pour vous; et encore : Bienheureux les pauvres et ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume de Dieu est à eux.

R/ Jésus, le Seigneur, est venu
pour que nous ayons la vie.

Si tu reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton coeur,
il te rassemblera à nouveau du milieu des peuples.

Serais-tu égaré à l’extrémité des cieux,
même là le Seigneur ton Dieu viendra te prendre.

Je te propose aujourd’hui la vie ou la mort :
choisis la vie, en aimant le Seigneur ton Dieu.
***
[1] Lazare vient de l’hébreu « Eli Oser: Dieu aide. » Le nom de ce pauvre est « Dieu aide » parce que Dieu aide les pauvres, et parce que le pauvre homme est Dieu qui nous aide. « Ce que vous avez fait pour l’un de ces derniers, c’est pour moi que vous l’avez fait, venez béni ». Autrement dit, les pauvres sont là pour aider et ont un nom; le pauvre est Dieu qui nous aide, pardonne et re-crée.

Source : ZENIT.ORG, le 23 septembre 2022

« Le fidèle est intelligent », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo à l'UNESCO, 2 juillet 2021 © Mgr Follo

Mgr Francesco Follo À L’UNESCO, 2 Juillet 2021 © Mgr Follo

« Le fidèle est intelligent », par Mgr Francesco Follo

Méditation de l’Evangile de dimanche 18 septembre

Voici la méditation hebdomadaire de Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

Le fidèle est intelligent

XXV Dimanche du Temps ordinaire – Année C – 18 septembre 2022

Am 8,4-7; Ps 112; 1Tm 2,1-8; Lc 16,1-13

            1) Eloge de l’intelligence.

Les dimanches passés, les morceaux choisis du récit évangélique de saint Luc nous ont fait réfléchir aux dangers d’un attachement égoïste à l’argent, aux biens matériels et à tout ce qui nous empêche de vivre pleinement notre vocation à aimer Dieu et nos frères. Aujourd’hui encore, au travers d’une parabole surprenante, qui  parle d’un gérant malhonnête que l’on félicite (cf. Lc 16,1-13), Saint Luc offre à ses disciples, donc à nous, un enseignement utile sur comment gérer correctement les biens de ce monde et sa propre vie, dans un rapport filial avec Dieu.

Le récit de cet intendant, astucieux, habile, nous renvoie à notre propre histoire. Chaque disciple, donc chacun de nous, est un gérant du Seigneur, auquel Celui-ci a confié la gestion de la terre et de ses biens, en particulier tous nos frères en humanité.

Le mot « gérant » revient sept fois dans la parabole. Il mérite donc d’être pris au sérieux. Dans le texte grec, nous trouvons le terme « oikonomos » qui veut dire « économe » en français (de oikos = maison et nomos = loi), autrement dit « celui qui  fait la loi à la maison ».

Il nous est alors tout naturel de nous demander: « Quelle loi offrons-nous à la maison, à notre existence, à la maison de Dieu, au saint temple de la présence de Dieu? »; « Quelle loi règlemente nos pensées, nos choix, nos actions et relations? »; « Le Seigneur Jésus est-il notre loi, son aboutissement (cf. Rm 10, 4)? »; « Au plus profond de nous-mêmes, prenons-nous plaisir à la loi de Dieu (cf. Rm 7, 22), autrement dit la vivons-nous de manière profonde ou seulement superficiellement, distraitement, sans amour, sans la pureté d’un cœur qui se laisse toucher par le Seigneur? »; « La maison, que nous sommes appelés à gérer, se fonde-t-elle sur cette loi qui trouve son plein accomplissement dans l’amour de nos frères (cf. Rm 13, 8.10), en les accueillant comme ils sont et partageant leurs fardeaux, leurs charges, leurs peines et leur pauvreté (cf. Gal 6, 2)? ».

La réponse à ces questions est OUI. Un OUI  immédiat, ferme, intelligent : habile, si nous voulons rester proches de la parabole d’aujourd’hui.

En effet, le messie nous présente cet « économe » non pas comme un modèle à suivre dans sa malhonnêteté, mais pour sa perspicacité et prévoyance. Jésus voudrait que les disciples aient cette même détermination que l’intendant eut pour lui-même. Comme lui, qui a agi avec habileté pour survivre, il voudrait que le disciple le soit pour « gérer » sa vie et sa demeure, en se dépensant pour le Royaume. Bien entendu, le gérant de la parabole et le disciple appartiennent à deux logiques différentes, le premier à celle du monde et le second à celle du Royaume.

Le gérant malhonnête et habile, se dit en lui-même: «  Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte” (Lc 16,3). Et immédiatement, il trouve une solution intelligente et malhonnête pour survivre.

Le disciple honnête mais rusé – ou intelligent, pour utiliser un terme plus positif – ne cherche pas seulement à gérer correctement, en toute moralité, les biens qu’on lui a confiés, mais se met tout de suite à faire ce que le gérant dit ne pas vouloir faire: « creuser » (signification littérale du verbe grec traduit par travailler la terre) et « mendier » parce qu’il n’en a pas la force et en aurait honte.

Accueillons l’invitation du livre des Proverbes, qui invite à creuser pour rechercher la Sagesse comme ferait un chercheur de trésor (Pr 2, 4).  Creuser avec les mains du cœur et de l’esprit. Creuser toujours, chaque jour, toujours, jusqu’à la fin de la vie, pour chercher le Seigneur, son visage, sa parole.

Creuser les profondeurs de la terre, celles de l’esprit et du cœur de l’homme, dans la quête de Dieu, est un travail pour vivre en hommes.

Nous devons endurcir nos mains, en les joignant en prière. Il nous faut renforcer nos genoux vacillants et commencer à vraiment travailler pour l’Evangile, à transpirer et nous fatiguer dans notre recherche du Seigneur, notre vrai trésor, pour «  l’administrer » ensuite en communion et dans le partage.

2) Mendier.

Pour creuser il faut de la force, et cette force nous devons la demander. La recherche se transforme donc en mendicité. La recherche de Dieu, notre envie de Lui et de voir son visage ne sont pas seulement une adhésion à tout un ensemble complexe de dogmes, qui étancherait la soif de Dieu présente dans l’homme, mendiant d’Infini, de paroles de vie éternelle.

En commentant le psaume 104, qui invite « rechercher sans trêve la face de Dieu », Saint Augustin souligne que cette invitation ne vaut pas seulement pour cette vie ; mais pour l’éternité. La découverte du « visage de Dieu » ne s’épuise jamais. Plus nous entrerons dans la splendeur de l’amour divin, plus il est beau de progresser dans la recherche, si bien que, « dans la mesure où l’amour grandit, granditaussi la recherche de Celui qui a été trouvé » ((Enarr. in Ps. 104,3: CCL 40, 1537).

Nous ne sommes pas des êtres pour la mort (cf. Heidegger, Etre et Temps), mais pour la vie, et nous mendions pour vivre éternellement. Le mendiant de Dieu cherche le Pain de la vie, et avec la force que lui procurera ce Pain, il peut commencer à persévérer sur le chemin qui le conduit vers la vie.

Certes, si nous ne regardons qu’à l’extériorité, l’immédiate évidence c’est que la vie ressemble à un long voyage vers la mort, qui a pour monument une tombe. Et une belle tombe, c’est la glorification de la mort.

Mais si, comme suggère le pape François, nous regardons la vie avec trois inquiétudes : celle de l’esprit, celle de la rencontre avec Dieu et celle de l’amour, nous serons des pèlerins vers la vie. En mendiant, faisons de nous des pèlerins qui, de la mort, vont vers la vie.

L’important est de continuer à mendier, sans se replier sur soi-même. Il est indispensable de continuer à rechercher la vérité, le sens ultime et définitif de la vie, sans jamais cesser de rechercher le visage de Dieu.

Cette inquiétude de l’esprit porte à désirer, rechercher, « avec inquiétude » cette rencontre avec Dieu. En effet l’inquiétude de connaître la vérité et le sens de la vie, n’est pas pour avoir de belles pensées en tête mais pour rencontrer Dieu, sens et signification de la vie et qui, en Jésus-Christ, révèle le bon et miséricordieux visage du destin. En rencontrant celui qui est Parole de vie et dit des paroles de vie nous faisons l’expérience de la proximité de Dieu. Nous sommes amenés à comprendre que ce Dieu que nous cherchons à l’extérieur de nous, loin de nous, est proche de tout être humain, proche de notre cœur, plus intime avec nous que nous ne le soyons avec nous-mêmes (cf. St. Augustin, Les Confessions, III,6,11). Toutefois, il ne faut pas s’arrêter  de connaître et rencontrer Dieu. Notre marche inquiète se poursuit. Elle aboutit dans la troisième inquiétude: celle de l’amour.

Qu’est-ce que l’inquiétude de l’amour? « C’est toujours chercher, sans répit, le bien de l’autre, de la personne aimée, avec cette intensité qui porte aussi aux larmes. Me viennent à l’esprit Jésus qui pleure devant le sépulcre de son ami Lazare, Pierre qui, après avoir renié Jésus, croise son regard riche de miséricorde et d’amour et pleure amèrement, le Père qui attend sur la terrasse le retour de son fils et court à sa rencontre alors qu’il est encore loin. Il me vient à l’esprit la Vierge Marie qui, avec amour, suit son Fils Jésus jusqu’à la croix. » (Pape François, Homélie 28 août 2013).

            3) Inquiétude et virginité.

Dans la virginité, l’inquiétude de l’amour se fait mendicité, plaçant l’être humain dans la demande fixe et constante du Christ. En effet «  la virginité n’est pas absence de désir, mais intensité de désir » (Sainte Thérèse d’Avila). Elle n’est pas entrée dans le monde comme une philosophie, mais comme un don de Dieu qui appelle à une communion stable, profonde et exclusive, avec le Christ. Le fait qu’elle soit exclusive n’implique pas qu’il y ait « exclusion », car dans l’amour éprouvé pour Dieu  il y a l’amour du prochain.

Poussées par un amour inconditionnel pour le Christ et l’humanité, surtout les pauvres et les souffrants, les vierges consacrées vivent comme des « mendiantes du Ciel » (Jacques Maritain) et «  reproduisent dans leur vie de tous les jours, la vie de Jésus sur terre: chaste, pauvre et obéissant » (Pape François, Const. Ap. Vultum Dei quaerere, 5; Cf. Saint Jean Paul II, Vie consacrée, n. 14).

Il est vrai qu’être amoureux de Dieu et du prochain concerne tous les croyants, comme l’

écrivait jadis saint Augustin : «  Le jardin du Seigneur, mes frères, ce jardin a toutes sortes de fleurs: non seulement les roses des martyrs, mais aussi les lis des vierges, le lierre des gens mariés, les violettes des veuves. Absolument aucune catégorie de gens, mes bien-aimés, ne doit désespérer de sa vocation: c’est pour tous que le Seigneur a souffert » (Sermons, 304,3).

Mais il est vrai aussi que les vierges consacrées dans le monde, qui vivent dans un détachement d’elles-mêmes, de tous et de tout,  détachement qui soit aussi pauvre, obéissant et chaste, témoignent de façon plus haute et radicale que seul le Fils de Dieu fait homme, présent dans le monde, est Celui qui manque au cœur humain. La virginité dans le monde est en effet le témoignage suprême que tout est en fonction du Christ: elle rappelle à ceux qui vont travailler et à ceux qui se marient que tout est en fonction du Christ.

Les vierges consacrées témoignent que dans le monde aussi il est possible de donner la priorité à Dieu et que ce n’est que lorsqu’Il est au centre de nos pensées et de nos actions, jour après jour, que la vie personnelle et la société, avec ses dynamismes, peuvent trouver leur juste direction et tout leur sens. Par contre, là où Dieu n’occupe pas la première place ; là où Il n’est pas reconnu et adoré comme le Bien suprême, la dignité de l’homme est menacée. Dans un monde où l’égoïsme et la recherche du plaisir font la loi, les vierges consacrées sont les gardiennes de la pureté, du désintérêt, de la pitié et de la vraie dignité humaine.

Lecture patristique

Saint Gaudence de Brescia (+ 410)

Sermon 18; PL 20, 973-975

Le Seigneur Jésus est le maître véritable qui enseigne à ses disciples les préceptes nécessaires au salut. Il a raconté à ses Apôtres d’alors la parabole de l’intendant pour les exhorter, ainsi que tous les croyants d’aujourd’hui, à se montrer fidèles à faire l’aumône. En faisant le portrait de ce personnage, il a voulu nous apprendre que rien ne nous appartient ici-bas, mais que notre Seigneur nous a remis l’administration de ses richesses pour en faire un usage convenable, en rendant grâce, ou pour les distribuer à nos compagnons de service selon les besoins de chacun. Il ne nous est pas permis de gaspiller au hasard les richesses qui nous ont été confiées, ni de les employer à des dépenses superflues, car nous devrons rendre compte de leur usage au Seigneur, lors de sa venue.

A la fin, le Seigneur a ajouté cette conclusion à la parabole: Eh bien, moi, je vous dis: Faites-vous des amis avec l’argent trompeur afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles (Lc 16,9). <> Ces amis, qui obtiendront notre salut, sont évidemment les pauvres, car, selon la parole du Christ, c’est lui-même, l’auteur de la récompense éternelle, qui recueillera en eux les services que notre charité leur aura procurés. Dès lors, les pauvres nous feront bon accueil, non point en leur propre nom, mais au nom de celui qui, en eux, goûte le fruit rafraîchissant de notre obéissance et de notre foi.

Ceux qui accomplissent ce service de l’amour seront reçus dans les demeures éternelles du Royaume des cieux, puisqu’aussi bien le Christ dira: Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis le commencement du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire (Mt 25,34). <>

Il a dit également: Si vous n’avez pas été fidèles avec l’argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable (Lc 16,11)? Si quelqu’un, en effet, ne se montre pas fidèle dans l’administration des richesses terrestres, qui procurent les moyens de commettre beaucoup d’actions malhonnêtes, qui pensera à lui confier les vraies richesses célestes, dont jouissent avec raison et équitablement ceux qui se sont montrés justes, et fidèles à faire des dons aux pauvres? <>

Aussitôt après avoir dit cela, le Seigneur ajoute, finalement: Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera (Lc 16,12)? En effet, rien de ce qui est dans ce monde ne nous appartient vraiment. Car nous qui attendons la récompense future, nous sommes invités à nous conduire ici-bas comme des hôtes et des pèlerins, de façon que nous puissions tous dire au Seigneur avec assurance: Je suis un étranger, un passant comme tous mes pères (Ps 38,13).

Mais les biens éternels appartiennent en propre aux croyants. Ils se trouvent au ciel, là où, nous le savons, sont notre coeur et notre trésor (Mt 6,21), et où – c’est notre intime conviction – nous habitons dès maintenant par la foi. Car, selon l’enseignement de saint Paul: Nous sommes citoyens des cieux (Ph 3,20).

Source: ZENIT.ORG, le 16 septembre 2022

«La porte étroite du don de la vie», par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

«La porte étroite du don de la vie», par Mgr Francesco Follo

Méditation pour le dimanche 21 août 2022

Voici la méditation proposée par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, pour ce XXI Dimanche du Temps ordinaire.

La porte étroite du don de la vie 

XXI Dimanche du Temps Ordinaire – Année C – 21 aout 2022

Rite Romain

Is 66,18-21; Ps 116; Héb 12,5-7.11-13; Lc 13,22-30

1) Le don de la vie pour entrer dans la Vie est une lutte.

Si nous lisons avec attention le récit de l’évangile de ce dimanche, nous remarquons que Jésus ne répond pas directement à la question : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? », mais il invite à être sérieux dans les résolutions et dans les choix : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas » (Lc 13,24).

Pour le Christ, il n’est pas important répondre à la question de savoir combien de personnes se sauvent. Pour Lui, c’est plus important dire comment nous pouvons nous sauver et Il indique le chemin du salut qui passe par une porte étroite.

En effet, la vraie question que nous devons nous poser n’est pas : « N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? », mais : « Qu’est-ce qu’il faut faire pour ne pas être exclus du salut ». C’est pour cela que le Christ commence sa réponse par un impératif : « Luttez ». La traduction officielle en français est « Efforcez-vous », mais le texte grecque utilise « agonìzesthe » de « agonizo » (d’où vient le mot « agonie » qui est la lutte finale avant la mort), qu’il faudrait traduire « luttez » avec toutes les forces, sans relâche et avec fermeté d’orientation, c’est à dire avec le regard et le cœur orientés vers le Christ.

En outre, il faut faire attention au fait que, au lieu de répondre à une question sur les autres («  N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »), Jésus donne une réponse qui concerne directement ce qui L’écoutent : « Luttez ».

« Luttez », « efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ». Par la porte large passe celui qui croit avoir sur lui l’odeur de Dieu, prise grâce aux encensements, rites et prières, et il s’en vante. Par la porte étroite entre « celui qui porte sur lui l’odeur des brebis » (Pape François), l’ouvrier de Dieu avec les mains marquées par le travail et par le bon cœur. C’est la porte du service d’amour, de se mettre à disposition de Dieu et du prochain.

Jésus nous dit qu’il faut parcourir le chemin qu’Il a tracé et, qu’il faut passer par la porte qui est Lui-même : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé » (Jn 10, 9).

Pour se sauver il faut prendre comme Lui notre croix, nous renier nous-mêmes dans nos aspirations contraires à l’idéal évangélique et Le suivre sur son chemin : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive » (Lc 9,23).

Pour tous ceux qui le veulent, le passage à la vie éternelle est ouvert, mais il est ‘étroit’ parce qu’il est exigeant, il exige des efforts, abnégation, mortification de son égoïsme : il est crucifiant. Mais ça vaut vraiment la peine d’accueillir l’appel de l’unique Rédempteur qui invite tous et toutes au banquet de la vie immortelle.

Déjà à partir de maintenant et pour l’éternité, la vie est belle et heureuse non pas parce qu’elle est dans l’égoïsme, mais parce qu’elle fait sienne la croix ,et la remplit d’un amour qui libère, qui déchaine tout le bien qui est en nous.

Mais il faut satisfaire à une unique condition qui est la même pour tous : celle de s’efforcer, de lutter pour suivre le Christ et L’imiter en prenant sur soi, comme Il a fait, notre propre croix et en dédiant notre vie au service des frères et sœurs en humanité.

2) La Porte de la miséricorde.

            Jésus parle de lui-même comme Porte et, en allant sur la croix, il montre que la clef de cette Porte est la Croix. C’est une porte « étroite » parce que son amour est un amour exigeant et parce que nous sommes « larges », gonflés par l’orgueil et l’amour propre.

Le Christ est la Porte de miséricorde qui pardonne à notre cœur contrit, c’est à dire haché, effrité, parce que les fragments du cœur de pierre brisé par la douleur ont permis à Dieu de s’en servir pour nous donner en cœur de chair. Porte étroite dont la clef est la Croix qui nous permet d’ouvrir la porte de son cœur même s’il s’agit des derniers moments de vie, comme il est arrivé au bon larron qui grâce à cette clef a ouvert la porte du Paradis (Lc 23, 39-43).

Nous-aussi pouvons et devons “utiliser” cette clef, qui nous fait renoncer à la vie pour avoir la Vie, pour rentrer dans le Royaume de Dieu et demeurer dans son amour et dans sa joie pour toujours.

Le Christ est la porte « étroite », mais il est aussi la porte « large », parce qu’elle a la largeur de l’infinie miséricorde de Dieu.

Je m’explique avec un exemple pris de la vie de Saint Jérôme[1] qui – après sa conversion – pour faire pénitence de ses péchés choisit Bethleem pour les derniers 35 années de sa vie. Jusqu’à sa mort, pendant tout ce temps, il vit dans une pauvre cellule à côté de la grotte de la Nativité, priant, étudiant et traduisant en latin la Bible. Une nuit de Noël, l’Enfant Jésus lui apparut et lui demanda: – Jérôme, n’as-tu rien à me donner en ce jour de ma Naissance ?

Le Saint Lui répondit :

– Je Te donne mon cœur !

– D’accord, mais je désire d’autres choses encore. 

– Je Te donne mes prières !

Mais Jésus insistait 

– D’accord, mais je veux quelque chose encore.

– Je n’ai plus rien. Qu’est-ce que Tu veux que je Te donne ?

L’Enfant Jésus répondit :

– Donne-moi tes péchés, Jérôme, afin que je puisse avoir la joie de te les pardonner encore.

Jésus nous demande tout, même les péchés, pour nous donner tout (tout par-donner).

Au fil des siècles, aussi en vraiment beaucoup d’autres chrétiens la miséricorde de Dieu a triomphé. L’amour miséricordieux de Jésus poursuit, avec une force douce, son chemin à la conquête des cœurs. Parmi ces cœurs, une place spéciale est occupée par les vierges consacrées dans le monde qui vivant dans la virginité du don total de soi au Christ, acceptent avec joie de passer par la porte étroite pour appartenir étroitement à Lui qui dit: « Voici, je me tiens à la porte (du cœur) et je frappe: si quelqu’un entend ma voix et ouvre, je viendrai chez lui et je ferai une grande fête avec lui » (cf. Ap 3, 20).

Avec leur vie vécue dans la simplicité et l’humilité, ces femmes témoignent que la porte étroite est l’appartenance nuptiale au Christ par l’humble acceptation, dans la foi pure et dans la confiance sereine, de la parole de Dieu, de son dessin d’amour exigeant, amoureusement contraignant leurs personnes, le monde et l’histoire. C’est l’observance des commandements, comme expression de la volonté d’amour de Dieu, en vue d’un plus grand bien qui réalise le vrai bonheur. C’est aussi l’acceptation de la souffrance comme un moyen d’expiation et de rédemption pour soi-même et pour les autres, et comme expression suprême d’amour.

Les vierges consacrées témoignent que la porte étroite est, en un mot, l’accueil de la mentalité évangélique qui trouve dans le Sermon sur la montagne la plus pure synthèse et dans la virginité la plus haute réalisation. C’est l’amour pur et chaste qui sauve. L’amour qui déjà sur la terre est félicité intérieure de ceux qui, dans des manières variées, dans la douceur, dans la patience, dans la justice, dans la souffrance et dans les pleurs, s’oublient eux-mêmes et s’offrent en don. La croix – porte étroite parce strictement exigeante – est le symbole et l’icône de l’amour virginal, parce que la croix est la plénitude suprême de l’amour maximal pour Dieu et pour chaque personne humaine. C’est un amour qui embrasse tout le monde et n’exclut personne. Il est la synthèse au plus haut degré d’amour reçu et donné, d’amour crucifié et déjà ressuscité ou – au moins – illuminé par la lumière de l’aube de la résurrection. La croix est le cœur du monde, et les femmes qui ont choisi cet amour virginal accueillent en elles-mêmes ce cœur.

Lecture patristique

Saint Anselme d’Aoste (1033 – 1109)

Lettre 112, à Hugues le Reclus

Opera omnia, t. 3, 244-246.

Dieu proclame qu’il a mis en vente le Royaume des cieux. Mais ce Royaume est si beau que l’oeil de l’homme mortel ne peut voir, ni l’oreille entendre, ni l’esprit imaginer sa félicité et sa gloire.  Tout homme qui cherche à en connaître le prix obtiendra cette réponse: « Celui qui veut nous donner un Royaume dans le ciel n’a pas besoin d’argent terrestre, et nul ne peut rien donner à Dieu qui ne lui appartienne déjà, puisqu’il possède tout. »

Par ailleurs, Dieu ne donne pas un bien si précieux d’une manière totalement gratuite, car il ne l’accorde pas à celui qui n’aime pas. Personne, en effet, ne donne une chose qui lui est chère à celui pour qui elle n’a aucune valeur. Et comme Dieu n’a pas besoin de ce que tu as, et qu’il n’a pas à donner un bien si précieux à celui qui ne veut pas aimer ce bien, ce qu’il demande simplement, c’est l’amour, sans lequel il ne doit pas faire ce don. Donne donc l’amour et reçois le Royaume; aime, et il est à toi.

En somme, régner dans le ciel signifie simplement être uni à Dieu, à tous les anges et à tous les saints, ne faire qu’une volonté avec eux par l’amour, de façon à exercer tous ensemble une même puissance. Aime donc Dieu plus que toi-même et tu commenceras déjà à avoir ce que tu veux posséder parfaitement dans le ciel. Sois en accord avec Dieu et avec les hommes – à la seule condition qu’ils ne soient pas en désaccord avec lui – et tu commenceras aussitôt à régner avec Dieu et avec tous les saints. Car, dans le ciel, Dieu et tous les saints ajusteront leur volonté à la tienne, dans la mesure où tu auras ajusté en cette vie ta volonté à la leur. Si donc tu veux être roi dans le ciel, aime Dieu et les hommes comme tu dois le faire, et tu mériteras de devenir ce que tu désires.

Mais tu ne pourras parvenir à ce parfait amour qu’après avoir vidé ton cœur de tout autre amour. <> Voilà pourquoi ceux qui remplissent leur cœur de l’amour de Dieu et du prochain, ne veulent que les choses voulues par Dieu ou par les autres, pourvu que les choses voulues par ces derniers n’aillent pas à rencontre de la volonté de Dieu.

En conséquence, ils sont assidus aux prières, aux entretiens et aux pensées célestes, car il leur est doux de soupirer après Dieu, de lui parler, de l’entendre et de penser à celui qu’ils aiment tant. De là vient qu’ils sont joyeux avec ceux qui sont dans la joie, qu’ils pleurent avec ceux qui pleurent, qu’ils prennent les malheureux en pitié, qu’ils donnent à ceux qui sont dans le besoin, car ils aiment les autres comme eux-mêmes. Aussi dédaignent-ils les richesses, les pouvoirs, les plaisirs, les honneurs et les louanges, car celui qui aime ces choses agit souvent contre Dieu et son prochain.

C’est ainsi que tout ce qu’il y a dans la Loi et les prophètes dépend de ces deux commandements (Mt 22,40). Donc, celui qui veut parvenir à l’amour parfait avec lequel s’achète le Royaume, aimera le détachement, la pauvreté, l’effort et l’obéissance, comme font les saints.

[1] St. Jérôme naquit à Stridon vers 347 dans une famille chrétienne, qui lui assura une formation soignée, l’envoyant également à Rome pour perfectionner ses études. Dès sa jeunesse, il ressentit l’attrait de la vie dans le monde (cf. Ep 22, 7), mais en lui prévalurent le désir et l’intérêt pour la religion chrétienne. Après avoir reçu le Baptême vers 366, il s’orienta vers la vie ascétique et, s’étant rendu à Aquilée, il s’inséra dans un groupe de fervents chrétiens, qu’il définit comme un « chœur de bienheureux » (Chron. ad ann. 374) réuni autour de l’Evêque Valérien. Il partit ensuite pour l’Orient et vécut en ermite dans le désert de Calcide, au sud d’Alep (cf. Ep 14, 10), se consacrant sérieusement aux études. Il perfectionna sa connaissance du grec, commença l’étude de l’hébreu (cf. Ep 125, 12), transcrivit des codex et des œuvres patristiques (cf. Ep 5, 2).

La méditation, la solitude, le contact avec la Parole de Dieu firent mûrir sa sensibilité chrétienne. Il sentit de manière plus aiguë le poids de ses expériences de jeunesse (cf. Ep 22, 7) et il ressentit vivement l’opposition entre la mentalité païenne et la vie chrétienne.

En 382, il partit s’installer à Rome: là, le Pape Damase, connaissant sa réputation d’ascète et sa compétence d’érudit, l’engagea comme secrétaire et conseiller; il l’encouragea à entreprendre une nouvelle traduction latine des textes bibliques pour des raisons pastorales et culturelles.

Après la mort du Pape Damase, Jérôme quitta Rome en 385 et entreprit un pèlerinage, tout d’abord en Terre Sainte, témoin silencieux de la vie terrestre du Christ, puis en Egypte, terre d’élection de nombreux moines (cf. Contra Rufinum 3, 22; Ep 108, 6-14). En 386, il s’arrêta à Bethléem, où, furent construits un monastère masculin, un monastère féminin et un hospice pour les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte. Il resta à Bethléem jusqu’à sa mort, en continuant à exercer une intense activité: il commenta la Parole de Dieu; défendit la foi, s’opposant avec vigueur à différentes hérésies; il exhorta les moines à la perfection; il enseigna la culture classique et chrétienne à de jeunes élèves; il accueillit avec une âme pastorale les pèlerins qui visitaient la Terre Sainte. Il s’éteignit dans sa cellule, près de la grotte de la Nativité, le 30 septembre 419/420.

Source: ZENIT.ORG, le 19 août 2022

« Allumer le feu de l’amour sur la terre », par Mgr Francesco Follo

Veillée de Pâques, 3 avril 2021 © Vatican Media
Veillée De Pâques, 3 Avril 2021 © Vatican Media

« Allumer le feu de l’amour sur la terre », par Mgr Francesco Follo

Méditation de l’Evangile de dimanche 14 août 2022 par Mgr Mgr Francesco Follo

« Avec des paroles de feu, le Christ nous communique un amour sans fin qui a pour fin, pour but de nous faire entrer dans l’Amour », explique Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

« Le Fils de Dieu a le désir d’allumer le feu de l’amour sur la terre ». Il est lui-même ce « feu allumé, qui réchauffe et renouvelle, et qui rend capable d’aimer et de servir l’homme, notre prochain avec un amour divin », il est « le feu qu’il faut porter “dans” la terre de notre cœur ».

Voici la méditation proposée par Mgr Francesco Follo pour ce dimanche 14 août.

Feu d’Amour qui forme, purifie et donne lumière et chaleur.

XX Dimanche du Temps ordinaire – Année C – 14 aout 2022

Jér 38,4-6.8-10; Ps 39; Héb 12,1-4; Lc 12,49-53

            1) Désir.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus, le Verbe de Dieu fait homme pour le salut de tous, parle de son désir intense et angoissé de réaliser dans le temps, la mission que le Père lui a confiée. Avec des paroles de feu, le Christ nous communique un amour sans fin qui a pour fin, pour but de nous faire entrer dans l’Amour.

Avant de commenter ces paroles, je propose de les relire : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère » (Lc 12,49-53)

Naturellement, lorsque le Rédempteur parle de division, de « haine », il ne l’entend pas de la même façon que nous, c’est-à-dire un sentiment pervers contre quelqu’un mais le détachement total de soi pour faire place à l’Amour : un Amour qui en Jésus était vraiment un « baptême », un « feu » d’amour qui Le brûlait à l’intérieur.

Le Fils de Dieu a le désir d’allumer le feu de l’amour sur la terre. Il s’agit d’un feu de lumière et d’amour parce que :

  • c’est le feu du Saint Esprit donné à la Pentecôte ;
  • c’est le feu qui fait en manière la vérité devienne en nous charité et que la charité allume comme le feu le prochain que nous rencontrons parce que l’amour est comme le feu, si tu ne l’alimentes pas, il s’éteint ;
  • c’est le feu purificateur du jugement de Dieu, feu d’Amour miséricordieux qui sauve le monde.

Donc, Jésus a cet immense désir d’allumer le feu,

  • qui est l’Amour qui donne forme au le monde,
  • qui est l’Amour qui purifie et transforme
  • qui est l’Amour puissant qui donne lumière et chaleur.

Si nous passons devant un feu allumé, nous en ressentons la chaleur. Le Christ est le feu allumé, qui réchauffe et renouvelle, et qui rend capable d’aimer et de servir l’homme, notre prochain avec un amour divin.

Jésus est le feu qu’il faut porter « dans » la terre de notre coeur.

Jusqu’à quand tous les coeurs et les esprits humains ne seront pas incendiés par ce feu, la parole de l’évangile aura un son inefficace et le Règne sera encore loin.

Pour renouveler la fragile et malade famille des hommes, il est nécessaire qu’il y aie un incendie de douleur et de passion. La saleté qui barbouille le corps, obstrue la bouche, les oreilles et suffoque les coeurs, doit être incinérée par le feu spirituel que Jésus est venu allumer. Ce feu n’est pas seulement la destruction du mal, mais il est salut du bien, feu de sainteté.

Le Christ nous donne un feu qui ne s’éteint pas, qui vient du ciel, c’est le feu de l’Esprit du Christ. Un feu de l’Esprit qui renouvelle la face de la terre et la rend en une expression lumineuse et chaude de la présence divine entre nous : c’est le feu de son Esprit, c’est le baptême de l’Amour, baptême d’Esprit et de feu.

            2) Angoisse.

Toujours dans l’Evangile d’aujourd’hui, le Christ parle de son désir d’allumer le feu de l’Amour sur la terre. En même temps, il parle aussi de son angoisse qui accepte que ce feu doit passe à travers l’eau de sa mort. Aussi notre vie présente est toujours une lutte entre le désir du bien et l’angoisse du mal, entre la paix et les choix difficiles. C’est un conflit que nous sommes appelés à vivre avec discernement, en sachant que toujours, en chaque jour de notre vie, nous sommes appelés à choisir ce qui est juste, même s’il y a un coût à payer.

Mais pourquoi Jésus parle d’angoisse ? Le Christ nous dit qu’Il est dans l’angoisse, parce qu’il sait que ce feu sera allumé et partagé à travers sa mort sur la Croix. Ce saint Bois est le berceau de la nouvelle Bethléem, qui signifie « ville du pain », c’est la mangeoire du Pain consommé, c’est la nouvelle auberge d’Emmaüs du pain rompu, la nouvelle Béthanie, que signifie « maison du pain » parfumé offert aux hommes pour toujours. C’est à Béthanie que Marie lava les pieds au Christ avec le baume de nard, symbole de la miséricorde.

Jésus est angoissé parce qu’il sait que ce feu vient d’un baptême, d’une eau qui jaillit de Lui sur la croix. La croix est le creuset capable de nous transformer en témoins (en grec : martyres) qui suivent le Christ, le martyre par excellence. Dans le coeur de l’Eglise le coeur du Christ bat : l’angoisse et le désir ardent qui l’ont poussé à témoigner dans l’urgence sur la vérité, poussent les apôtres et tous les chrétiens à annoncer l’Evangile.

            3) Division ou Paix ?

Le feu du Christ est capable de s’étendre sans faire les dégâts d’un incendie. Il crée des liens chaleureux avec un vif échange animé : un feu de vie et de paix. La paix de Jésus repose sur l’amour désintéressé et libre qui se donne gratuitement.

A ce point, une question spontanée nait : « Pourquoi, si le Christ est le Prince de paix, dit qui est venu porter la division et non la paix ? ».

Cette contradiction naît non pas parce que Jésus est venu pour porter la division et la guerre dans le monde, mais parce que la division et le contraste naissent inévitablement de sa venue à cause du fait qu’il met les personnes face à la décision. Et devant la nécessité de se décider, la liberté humaine réagit différemment et de façon contradictoire. La parole du Rédempteur et sa propre personne font ressortir tout ce qui est caché au plus profond du coeur humain. Le vieux Siméon l’avait prédit en prenant dans ses bras l’enfant Jésus : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre » (Lc 2, 34-35). Le Christ sera la première victime de cette contradiction, le premier à souffrir de l’ « épée » qu’ il est venu porter sur la terre. Ce sera Lui qui en ce conflit perdra la vie pour nous donner la Vie.

            4) Les Vierges consacrées dans le monde et la division.

Dans la vie, l’attente des belles choses ouvre notre coeur à la joie : l’attente de choses tristes et moches nous mettent face au drame de la peur, de l’inconnu. Dans ce cas, c’est un saut dans le noir. Jésus, au contraire est lumière, espoir, joie et sérénité : il est Tout.

Les vierges consacrées dans le monde s’offrent à ce Tout sans réserve. Elles aussi expérimentent la division que le Christ porte. En effet, la virginité implique ce détachement radical de la chaire pour être en totale et exclusive communion avec le Christ.

Ce n’est pas seulement une division qui nous sépare de « quelque chose » mais qui nous détache de choses pour être unis à « Quelqu’un », au Christ qui nous aime jusqu’à donner sa propre vie. Donc la division du monde devient un partage de grâce et un signe pour le monde que c’est beau et heureux se donner à Dieu, qui est leur constant interlocuteur. Ces femmes dans le dialogue avec Dieu s’ouvrent au dialogue avec toutes les personnes qui vivent dans le monde, vers lesquelles elles deviennent mères, mères des enfants de Dieu (cf. RCV, 29).

De cette façon, avec leur don virginal, les vierges consacrées témoignent qu’être disciples du Christ signifie Lui appartenir. C’est le sens plus profond des paroles dures et difficiles de l’Evangile d’aujourd’hui : il faut « oser » la haine, la division, même la plus dure, sans jamais se retourner en arrière pour ensevelir ou dire au revoir à nos familiers. Pour amour des nôtres, souvent, nous sommes appelés à couper radicalement, parce que « l’adversaire rusé, quand il se voit chassé du coeur des bons, cherche ce qui sont beaucoup aimés par eux et parle à travers leur mots affectueux et séduisants afin que, le coeur pénétré avec la force de l’amour, l’ épée persuasive de la tentations perce facilement dans les fortifications de la rectitude intérieure » (St Grégoire le Grand).

Lecture patristique

Denys le Chartreux (+ 1471)

Commentaire sur l’évangile de Luc

Opera omnia, 12, 72-74.

Je suis venu apporter un feu sur la terre, je suis descendu du haut du ciel et, par le mystère de mon Incarnation, je me suis manifesté aux hommes pour allumer dans les coeurs humains le feu de l’amour divin; et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé (Lc 12,49), c’est-à-dire qu’il prenne et devienne une flamme activée par l’Esprit Saint, et qu’il fasse jaillir des actes de bonté ! Le Christ annonce ensuite qu’il subira la mort sur la croix avant que le feu de cet amour n’enflamme l’humanité. C’est, en effet, la très sainte passion du Christ qui a valu à l’humanité un don aussi grand, et c’est avant tout le souvenir de sa passion qui allume une flamme dans les coeurs fidèles.

Je dois recevoir un baptême, autrement dit: « Il m’incombe et il m’est réservé par une disposition divine de recevoir un baptême de sang, de me baigner et de me plonger comme dans l’eau, dans mon sang répandu sur la croix pour racheter le monde entier; et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit accompli (Lc 12,50), en d’autres termes jusqu’à ce que ma passion soit achevée, et que je puisse dire: Tout est accompli (Jn 19,30)! » Le Christ, en effet, était sans cesse animé par l’amour.

Il expose ensuite le moyen de parvenir à la perfection de l’amour divin : Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde (Lc 12,51) ? C’est comme s’il disait : « Ne pensez pas que je sois venu donner aux hommes la paix selon la chair et le monde, la paix sans aucune règle, qui les ferait vivre en bonne entente dans le vice et leur assurerait la prospérité sur cette terre. »

Non, je vous le dis, ce qui signifie : « Je ne suis pas venu apporter une paix de ce genre, mais la division (Lc 12,52), une bonne et très salutaire séparation des esprits et même des corps. Ainsi, parce qu’ils aiment Dieu et recherchent la paix intérieure, ceux qui croient en moi se trouveront naturellement en désaccord avec les méchants ; ils se sépareront de ceux qui tentent de les détourner du progrès spirituel et de la pureté de l’amour divin, ou s’efforcent de leur créer des difficultés ».

Donc, la paix spirituelle, intérieure, la bonne paix, c’est la tranquillité de l’âme en Dieu, ou la bonne entente selon l’ordre juste. Le Christ est venu apporter cette paix avant toutes choses. La paix intérieure a sa source dans la charité. Elle consiste en une joie inaltérable de l’âme qui est en Dieu. On l’appelle la paix du coeur. Elle est le commencement et un certain avant-goût de la paix des saints qui sont dans la patrie, de la paix de l’éternité.

Source: ZENIT.ORG, le 12 août 2022

« La vie est pèlerinage et mission », par Mgr Francesco Follo

Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

« La vie est pèlerinage et mission », par Mgr Francesco Follo

La communion avec le Christ: une mission

« Nous sommes appelés à vivre la communion » avec le Christ « non pas comme un refuge ou comme une fuite du monde, mais comme une mission et un devoir pour collaborer avec Lui. Sa tâche devient notre mission », explique Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, dans sa méditation des lectures de dimanche 3 juillet prochain.

Il ne s’agit pas, précise Mgr Follo, d’ « enseigner en premier lieu la vérité et des doctrines » mais d’ « annoncer une Présence qui fait vivre, agir et penser d’une  façon neuve: en frères et sœurs ».

Voici la méditation de Mgr Francesco Follo.

La vie est pèlerinage et mission

XIV Dimanche du Temps Ordinaire – Année C – 3 juillet 2016

Is 66, 10 – 14; Sal 6, 14 – 18; Lc 10, 1 – 12.17 – 20 (forme brève: Lc 10, 1 – 9)

2Sam 12,7-10.13; Pd 31; Gal 2,16.19-21; Lc 7,36-8,3

1) Chrétiens c’est à dire Missionnaires

L’évangile de dimanche dernier nous a rappelé que nous avons été appelés à être des vrais disciples du Christ en mettant le Rédempteur au-dessus de toute affection, de toute joie. Aujourd’hui nous sommes appelés à vivre la communion avec Lui non pas comme un refuge ou comme une fuite du monde, mais comme une mission et un devoir pour collaborer avec Lui. Sa tache devoir devient notre mission.

Cette mission ne s’adresse pas seulement à quelqu’un de disciples mais à tous les disciples de Jésus, c’est à dure nous tous.

Donc nous sommes tous appelés à être des missionnaires pour porter la Bonne et heureuse nouvelle de la présence d’un Dieu qui s’est fait un de nous pour nous faire comme Lui, riche de miséricorde. La miséricorde de Dieu arrive aux hommes à travers le témoignage de ceux qui l’ont connue et expérimentée dans leur propre personne.

Le Christ appelle pour envoyer porter cette annonce de vérité, de charité et d’espérance. La mission de Jésus est de sauver le monde avec un amour qui jusque-là nous ne connaissions pas : celui de sauver tout le monde sans exclusion et avec un amour vrai. Cette annonce ne consiste pas à enseigner en premier lieu la vérité et des doctrines mais dans l’annoncer une Présence qui fait vivre, agir et penser d’une  façon neuve: en frères et sœurs.

En effet, les mots « missionnaire » et « apôtre » dérivent un du latin et l’autre du grec. Ils signifient « mandaté », « envoyé ». Chacun de nous est « envoyé » aux sœurs et aux frères. Donc, la dimension missionnaire, apostolique, est essentielle pour chaque chrétien et se réalise en suivant le Christ et en allant vers le prochain.

C’est pourquoi, lorsque nous disons que l’Eglise est apostolique, nous ne voulons pas dire seulement qu’elle est fondée sur les apôtres, mais c’est à partir de cette graine (des apôtres d’il y a 2000 ans) que la plante s’est développée. S’il est vrai que la mission est l’aspect fondamental de l’Eglise, il est aussi vrai qu’elle est un aspect fondamental de chacun de nous. En effet, en tant que enfants s de Dieu, nous sommes appelés à témoigner notre « être fils et filles » en devenant des frères et des soeurs avec tous les autres sur les routes du monde.

2) Pèlerins donc Missionnaires

Une des caractéristiques de l’Evangéliste Luc est de décrire le Christ dans une attitude de pèlerin qui n’est pas réductible à celle d’un voyageur, parce que pour Lui le chemin n’est pas seulement un moyen pour arriver à une destination, mais une façon d’être, de vivre, typique de qui sait que la terre n’est pas sa demeure stable.

Le Chrétien est un  voyageur qui devient pèlerin avec le Christ, Qui enseigne que notre vie est un chemin avec Lui, pour apprendre à se donner par amour, comme Lui a fait qui est le chemin et la joie.

Le pape François nous invite sur ce chemin: « toujours en le chemin avec cette vertu pèlerine : la joie! Vertu qui nous rend crédibles et exprime l’expérience de miséricorde et d’appartenance au Dieu vrai et amoureux.

Dans ce chemin, nous pouvons être guidés  par deux phrases du Nouveau Testament.

La première est celle  de Jésus qui se définit « chemin » : « Je suis le chemin , la vérité et la vie » (Jn 14,6).

La seconde est celle qui définit les chrétiens et sont appelés « ceux du chemin » (tou odòs) (Act 9, 2) qui est traduit « ceux qui suivent la doctrine du Christ ». « Ceux du chemin »  est le premier nom qui a été donné aux disciples du Christ : ce sont ceux qui sont en la route pour suivre ce nouveau Maître, qui a été tué d’une façon honteuse mais qui est ressuscité. Le chemin chrétien est donc une route (le Christ) à parcourir en tenant fixe un objectif, celui de suivre le Christ, de se conformer à Lui. La fin devient un parcours : suivre le Christ est le chemin. C’est vivre la vie avec le cœur qui marche, qui va vers Dieu avec les pas intérieurs de la prière et porte la charité aux autres.

A cet égard, St Grégoire le Grand écrit: « Notre Seigneur et Sauveur, frères très chers, parfois nous instruit pars des paroles, parfois par des faits. Ses actions deviennent des préceptes quand tacitement, avec ce qu’il fait, il nous indique ce que nous devons faire. Voilà qu’il envoie ses disciples prêcher deux par deux. Parce que deux sont les préceptes de la charité : la charité vers Dieu et la charité vers le prochain, et parce qu’il aie l’amour il faut au moins de personnes. L’amour qu’un a pour soi-même personne l’appelle charité ; il doit être dirigé vers un autre, pour qu’il soit appelé charité. Le Seigneur envoie ses disciples deux par deux pour nous faire comprendre que si quelqu’un n’a pas d’amour pour les autre, il ne doit pas se mettre a prêcher » (Hom., 17, 1 – 4.7 s).

           3) Vierges et pèlerines

Les personnes qui, d’une façon spéciale, font sienne la spiritualité de la vie comme un chemin, comme un pèlerinage, sont les vierges consacrées dans le monde.

La virginité est la modalité propre au Christ  d’aimer et, ces femmes témoignent qu’il est possible de répondre à l’amour du Christ avec le don total de soi-même. En effet, le vrai amour n’est pas de donner des choses, des biens matériels, mais de donner soi-même. Le vrai amour de Dieu est celui de l’aimer pour ce qu’il est et pas pour ce qu’il a.

La virginité est aussi la modalité d’aimer de Marie, la première à être heureuse non pas pour ce qu’elle faisait mais certaine que son nom était inscrit dans le coeur de Dieu, qui avait regardé à son humble servante

Comme la Vierge Marie, Mère du Chemin et Arche de l’Alliance, a marché sur les monts de Judée pour porter Jésus et sa joie à sa cousine Elisabeth, sur les routes de l’exil pour sauver le Fils de Dieu, sur le chemin du Calvaire pour devenir notre Mère, ainsi les vierges consacrées vivent en portant Jésus dans le monde, à travers leur vie vécue simplement et chastement.

Comme Marie porta au monde le Christ sous son cœur, les vierges consacrées aussi portent au monde l’évangile et le salut du Christ qu’elles portent dans leur cœur.

C’est un cœur dédié à Lui seul et à son Règne. Pour ce Règne de Dieu, il faut des personnes qui, le cœur rempli de Dieu, se consacrent à la venue de ce Règne. La virginité consacrée est toujours  missionnaire et ne concerne pas seulement les consacrés qui vont vers des Terres lointaines pour annoncer l’Evangile  mais concernent toutes les vierges.

Comme pour la Vierge Marie, la virginité ne signifie pas stérilité, mais, au contraire, fécondité maximale. De cette façon, ces femmes consacrées montrent qu’il peut y avoir une fécondité sur un plan différent de celle physique.

La première fois que la virginité apparait  dans l’histoire du salut, elle est associée à la naissance d’un enfant: « Voici, la Vierge concevra et enfantera un enfant….. » (Is 7, 14). La tradition de l’Eglise a saisi ce lien en associant constamment  le titre de vierge à celui de mère. Maria est la Vierge Mère; l’Eglise est vierge et mère. « Un est le Père de tous, un aussi  le Verbe de tous, un et identique est le Saint Esprit et une seule est la vierge mère : ainsi j’aime appeler l’Eglise » (St Clément d’Alexandrie). Enfin chaque âme et, en particulier, chaque âme consacrée est vierge et mère : « Chaque âme croyante, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ est considérée, à sa manière, vierge et féconde » (Ibid.).

Les personnes consacrées se rappellent que s’il est vrai que le chemin-pèlerinage de Jésus a été son amour jusqu’à la fin, il est aussi vrai que le chemin-pèlerinage suivant Jésus est celui de l’amour nuptial.

Le rite de consécration des vierges est appelé dans le dictionnaire de liturgie, « consécration matrimoniale à Jésus Christ ». C’est la raison pour laquelle chacune de ces femmes est appelée « Sponsa Christi »

Il est vrai que chaque personne chrétienne est épouse du Christ, mais il est demandé aux vierges consacrées de l’être d’une façon éminente. Elles doivent vivre et témoigner l’union « nuptiale » avec Jésus Christ d’une manière religieuse, chaste, dévouée et totale. La virginité consacrée leur permet d’être des fenêtres transparentes entre l’Eglise et le monde, en laissant passer la lumière vraie de l’amour miséricordieux.

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon 101, 1-211

PL 38, 605-607 610

L’évangile qui vient d’être lu nous invite à nous interroger sur la moisson dont le Seigneur a dit: La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson (Lc 10,2). Alors, aux douze disciples auxquels il avait donné le nom d’Apôtres, il en adjoignit soixante-douze autres. Puis il les envoya tous, comme ses paroles l’indiquent, à une moisson déjà préparée.

Quelle était donc cette moisson? Certainement pas la moisson des païens, puisque chez eux rien n’avait été semé. Il nous faut donc l’entendre du peuple juif. C’est pour cette moisson-là qu’est venu le maître de la moisson, et il y a envoyé ses moissonneurs. Quant aux païens, il leur a envoyé des semeurs, non des moissonneurs. Sachons donc que la moisson était faite chez les Juifs et les semailles chez les païens. Le Seigneur avait choisi ses Apôtres dans cette moisson, où le grain était mûr et prêt à être coupé, car les prophètes l’y avaient semé. Quel plaisir de parcourir du regard la terre que Dieu cultive! Quel délice de contempler ses dons et les ouvriers qui travaillent dans son champ!

Vous pouvez y observer deux moissons, l’une qui est en cours, l’autre, encore à faire; celle-ci chez les païens, celle-là chez les Juifs. Prouvons ce que nous venons de dire en nous appuyant simplement sur la divine Écriture, celle du maître de la moisson. Voici. Nous savons qu’il est dit dans le passage que nous venons d’entendre: La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

Il est bien dans mon propos de vous montrer que la moisson a rapport aux peuples parmi lesquels les prophètes ont prêché. Ce sont eux en effet qui étaient les semeurs, afin que les Apôtres puissent être les moissonneurs. Pour germer et grandir, le blé avait dû être semé par les prophètes; arrivé à maturité, il attendait que les Apôtres viennent le moissonner. Le Seigneur n’a-t-il pas déclaré alors à ses disciples: Vous dites que l’été est encore loin. Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson (Jn 4,35). Il a dit encore: D’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux (Jn 4,38). Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes ont pris de la peine. Ils ont peiné pour semer le grain. A son avènement, le Seigneur a trouvé la moisson mûre. Et il a envoyé les moissonneurs avec la faux de l’Évangile.

Les prédicateurs de l’Évangile ne saluent personne en chemin. Ils ne veulent rien faire d’autre qu’annoncer la Bonne Nouvelle par amour de leurs frères. Qu’ils entrent dans les maisons et qu’ils disent: Paix à cette maison (Lc 10,5). Ils ne se bornent pas à en parler, mais ils répandent la paix dont ils sont remplis. Ils proclament la paix et la possèdent. Celui qui est rempli de paix salue en disant: Paix à cette maison. S’il y a là un ami de la paix, la paix du messager ira reposer sur lui (Lc 10,6).

Source: ZENIT.ORG, le 1er juillet 2022

« Adorer, adhérer, partager », par Mgr Francesco Follo

Fête-Dieu 14 juin 2020, capture @ Vatican Media

Fête-Dieu 14 Juin 2020, Capture @ Vatican Media

Solennité du Saint-Sacrement

L’Eucharistie est un don : « le Corps et la vie du Fils. Dans l’Eucharistie, où nous recevons en don le corps du Christ donné pour nous et pour tous , s’accomplit toute promesse de Dieu », explique Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

« Nous vivons dans l’Eucharistie toutes les fêtes que nous célébrons dans l’année, de Noël à Pâques, de la Pentecôte à la Trinité, rappelle-t-il. Nous recevons une vie nouvelle, à travers le Fils. L’important est de ne pas garder ce don pour soi, mais de le partager ».

Voici la méditation proposée par Mgr Follo pour la solennité du Corps et du Sang de Jésus.

Adorer, adhérer, partager

Solennité du Corps et du Sang du Christ 

Année C – 19 juin 2022

Gen 14,18-20; Ps 109; 1Cor 11,23-26; Lc 9,11-17

            1) Multiplier le pain et rompre le Pain de vie.

Cette année, pour nous faire vivre la Fête-Dieu, la liturgie nous propose un passage de l’Evangile selon saint Luc qui raconte le miracle de la multiplication des pains accompli dans les environs de  Bethsaïde (maison de la pêche en juif), le village de Pierre, André et Philippe (cf. Jn 1,44).

De retour, avec ses disciples de son travail ‘d’évangélisation’, Jésus s’était retiré dans ce lieu désert, solitaire, pour se retrouver un peu seul avec les siens et, probablement, leur donner la possibilité de se reposer de leur « lourde » tâche missionnaire. Une grande foule accourt vers Jésus. Toutes ces personnes ont faim de paroles qui leur expliquent la vraie vie, et elles viennent avec des malades. Jésus accueille tout le monde. Il leur parle de Dieu et de son Règne, guérit ceux qui en ont besoin. Car la mission du messie est d’enseigner, guérir et nourrir l’âme et le corps.

Pour la fête du Saint sacrement du Corps et du Sang du Christ (ou Fête-Dieu), c’est à cette prédication et ce soin spirituel et matériel que s’attache aujourd’hui le passage choisi sur la multiplication des pains (Lc 9,11-17), image du pain eucharistique, car « ni pour Dieu ni pour nous, donner Sa parole suffisait. L’homme a trop faim et Dieu a du donner sa Chair et son Sang » (Divo Barsotti).

Les phrases centrales sont celles que l’on répète à chaque fois que nous célébrons l’eucharistie : « Il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule » (cf. Lc 11, 16).

Je crois bon d’affirmer que tout l’Evangile illustre ces paroles, qui sont à lire dans le contexte des versets précédents, en particulier les 12 et 13: « Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. Mais Jésus leur dit : “Donnez-leur vous-mêmes à manger” ».

Jésus avait déjà donné aux Douze le mandat de prêcher l’évangile et de guérir les malades. Maintenant il leur confie la mission de donner à manger aux foules. Ici, l’épisode de la multiplication des pains et des poissons indique que Jésus ne veut pas seulement rassasier, mais accomplir un geste révélateur, montrer comment Dieu veut que les hommes se comportent.

Selon les disciples, c’est aux gens de la foule d’aller s’acheter des vivres. Alors que pour Jésus,  au lieu d’acheter il faut partager. Cela signifie que les relations entre nous et les autres, entre nous et la Terre, doivent changer. Nous avons là tout le sens de l’Eucharistie, qui dit non seulement ‘présence’ de Dieu mais une présence transformée en pain rompu et une vie partagée. Les choses que nous possédons – peu ou beaucoup – sont toujours des dons de Dieu, à partager avec les autres, et non à utiliser malgré les autres. Si les disciples étaient allés eux-mêmes acheter du pain pour la foule (« à moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple » – Ibid. 9, 13), ils auraient eu un geste de philanthropie, et non un geste qui ouvre nos relations à une autre logique, celle du don, capable de révéler un nouveau visage de Dieu, communion d’amour et de don.

Et ainsi se lève un nouveau jour. En effet, ce n’est pas par hasard si saint Luc a écrit: « Le jour commençait à baisser » (Ibid. 9, 12) : comment oublier le soir des disciples d’Emmaüs (Ibid. 24, 13-15)  mais surtout le soir de la Cène (Ibid. 22, 19-20) quand il institua l’Eucharistie: le jour arrivait à son terme et il en commençait un « nouveau ». Quand nous pensons être à la fin de la journée, cette fin est en fait le début de Sa journée,  sans crépuscule.

2) La logique du don.

Il est vrai que dans ce passage de l’évangile,  les gestes de Jésus  – rompre le pain et le distribuer avec l’aide des disciples – font penser au repas eucharistique. Toutefois, il ne s’agit pas d’une simple préfiguration symbolique de l’Eucharistie mais d’une vraie et profonde révélation de Jésus et de son existence et, donc, d’une vraie révélation du geste eucharistique. Pour saint Luc la distribution des pains, la dernière Cène, le repas d’Emmaüs, sont les piliers autour desquels se manifeste la logique de l’existence de Jésus: une vie offert en don.

L’Eucharistie est ce don: le Corps et la vie du Fils. Dans l’Eucharistie, où nous recevons en don « le corps du Christ donné pour nous et pour tous », s’accomplit toute promesse de Dieu. Nous vivons dans l’Eucharistie toutes les fêtes que nous célébrons dans l’année, de Noël à Pâques, de la Pentecôte à la Trinité. Nous recevons une vie nouvelle, à travers le Fils. L’important est de ne pas garder ce don pour soi, mais de le partager.

Mais ce partage est possible si on brise le pain (ce n’est pas par hasard qu’un des noms de la messe soit « fractio  Panis » du latin « frangere » qui veut dire «  rompre, briser, émincer, couper en morceaux »).         Le verbe « rompre » apparaît dans tous les récits illustrant l’institution de l’Eucharistie, dans ceux parlant de la multiplication des pains et celui des disciples d’Emmaüs. Les verbes sont toujours quatre: il prit, bénit, rompit et donna. Et toujours dans la même séquence. Que de fois les avons-nous entendus : jusqu’à, peut-être, en avoir fait l’habitude.

Si Jésus accepte d’être coupé en morceau sans hésitation ni résistance, c’est par amour pour nous. Il partage sa vie en « la brisant », en se laissant couper en tant de petits morceaux pour les donner à bien plus des 5 000 personnes dont parle l’Evangile du jour.

Comment pouvons-nous apprendre de Lui pour être comme Lui? En faisant la communion et acceptant de nous « distribuer » en toute confiance. Accueillons la vocation à nous donner, en vivant de manière eucharistique, c’est-à-dire en unissant les efforts de notre travail quotidien et ceux d’une vie vécue dans l’amour de Dieu.

Tandis que nous prions le Seigneur de nous aider à imiter dans la vie quotidienne ce qu’aujourd’hui nous célébrons, prenons exemple sur les vierges consacrées dans le monde, car «  le Mystère eucharistique a aussi un rapport intrinsèque avec la virginité consacrée, en tant qu’elle est expression du don exclusif de l’Église au Christ, qu’elle accueille comme son Époux avec une fidélité radicale et féconde. Dans l’Eucharistie, la virginité consacrée trouve inspiration et nourriture pour sa donation totale au Christ » (Benoît XVI, Sacramentum caritatis,n. 81)

La vierge consacrée aime avec passion l’Eucharistie. Elle reçoit du Christ « inspiration » et « nourriture ». Toujours prête à recevoir l’amour intime du Seigneur et à le rendre sous forme de prière et de service, elle se nourrit quotidiennement d’eucharistie. Ceci lui donne la force de se présenter publiquement comme vierge, dans une société qui a beaucoup de mal, quand elle ne s’y oppose pas, à accepter la présence de personnes qui sont des femmes non seulement consacrées mais vierges.

Ces vierges témoignent qu’il vaut mieux vivre comme si Dieu existait, que Dieu est la raison de la vie, de la vraie vie, une vie heureuse. En faisant cela, elles sont des «  témoins de la joie de l’Evangile » (Pape François).

Leur vie montre que se réalise tout ce que l’évêque promet à l’homélie: « Le Christ, Fils de la Vierge et époux des vierges, sera votre joie et votre couronne sur la terre, jusqu’à ce qu’il vous conduise aux noces éternelles dans son royaume où, en entonnant le chant nouveau, vous suivrez l’Agneau partout où il ira » (Rituel pour la consécration des Vierges, Projet d’homélie, n. 29) et dans la prière de consécration: «  Seigneur, sois pour elles la joie, l’honneur et l’unique volonté ; sois leur réconfort dans l’affliction ; sois leur conseiller dans l’incertitude ; sois leur défense dans le danger, leur patience dans l’épreuve, l’abondance dans la pauvreté, nourriture dans le jeûne, leur remède dans la maladie. En toi, Seigneur, qu’elles possèdent tout,  parce qu’elles T’ont choisi, Toi seul par dessus tout » (Ibid., n. 38). La vierge consacrée est un don d’amour fidèle à Dieu et spirituellement fécond pour l’Eglise. C’est une histoire d’humilité et de vie cachée,  d’une vie déjà éternelle, joie anticipée d’une attente qui est déjà présence.

           Lecture Patristique

Saint Thomas d’Aquin (1225 – 1274)

Opusc. 57. lect. 1-4

Le mystère de l’Eucharistie.

Le Fils unique de Dieu, voulant nous faire participer à sa divinité, a pris notre nature afin de diviniser les hommes, lui qui s’est fait homme.

En outre, ce qu’il a pris de nous, il nous l’a entièrement donné pour notre salut. En effet, sur l’autel de la croix il a offert son corps en sacrifice à Dieu le Père afin de nous réconcilier avec lui; et il a répandu son sang pour qu’il soit en même temps notre rançon et notre baptême : rachetés d’un lamentable esclavage, nous serions purifiés de tous nos péchés.

Et pour que nous gardions toujours la mémoire d’un si grand bienfait, il a laissé aux fidèles son corps à manger et son sang à boire, sous les dehors du pain et du vin.

Banquet précieux et stupéfiant, qui apporte le salut et qui est rempli de douceur ! Peut-il y avoir rien de plus précieux que ce banquet où l’on ne nous propose plus, comme dans l’ancienne Loi, de manger la chair des veaux et des boucs, mais le Christ qui est vraiment Dieu ? Y a-t-il rien de plus admirable que ce sacrement ? ~

Aucun sacrement ne produit des effets plus salutaires que celui-ci : il efface les péchés, accroît les vertus et comble l’âme surabondamment de tous les dons spirituels !

Il est offert dans l’Église pour les vivants et pour les morts afin de profiter à tous, étant institué pour le salut de tous. Enfin, personne n’est capable d’exprimer les délices de ce sacrement, puisqu’on y goûte la douceur spirituelle à sa source et on y célèbre la mémoire de cet amour insurpassable, que le Christ a montré dans sa passion.

Il voulait que l’immensité de cet amour se grave plus profondément dans le cœur des fidèles. C’est pourquoi à la dernière Cène, après avoir célébré la Pâque avec ses disciples, lorsqu’il allait passer de ce monde à son Père, il institua ce sacrement comme le mémorial perpétuel de sa passion, l’accomplissement des anciennes préfigurations, le plus grand de tous ses miracles ; et à ceux que son absence remplirait de tristesse, il laissa ce sacrement comme réconfort incomparable.

Source: ZENIT.ORG, le 17 juin 2022