«La porte étroite du don de la vie», par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

«La porte étroite du don de la vie», par Mgr Francesco Follo

Méditation pour le dimanche 21 août 2022

Voici la méditation proposée par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, pour ce XXI Dimanche du Temps ordinaire.

La porte étroite du don de la vie 

XXI Dimanche du Temps Ordinaire – Année C – 21 aout 2022

Rite Romain

Is 66,18-21; Ps 116; Héb 12,5-7.11-13; Lc 13,22-30

1) Le don de la vie pour entrer dans la Vie est une lutte.

Si nous lisons avec attention le récit de l’évangile de ce dimanche, nous remarquons que Jésus ne répond pas directement à la question : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? », mais il invite à être sérieux dans les résolutions et dans les choix : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas » (Lc 13,24).

Pour le Christ, il n’est pas important répondre à la question de savoir combien de personnes se sauvent. Pour Lui, c’est plus important dire comment nous pouvons nous sauver et Il indique le chemin du salut qui passe par une porte étroite.

En effet, la vraie question que nous devons nous poser n’est pas : « N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? », mais : « Qu’est-ce qu’il faut faire pour ne pas être exclus du salut ». C’est pour cela que le Christ commence sa réponse par un impératif : « Luttez ». La traduction officielle en français est « Efforcez-vous », mais le texte grecque utilise « agonìzesthe » de « agonizo » (d’où vient le mot « agonie » qui est la lutte finale avant la mort), qu’il faudrait traduire « luttez » avec toutes les forces, sans relâche et avec fermeté d’orientation, c’est à dire avec le regard et le cœur orientés vers le Christ.

En outre, il faut faire attention au fait que, au lieu de répondre à une question sur les autres («  N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »), Jésus donne une réponse qui concerne directement ce qui L’écoutent : « Luttez ».

« Luttez », « efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ». Par la porte large passe celui qui croit avoir sur lui l’odeur de Dieu, prise grâce aux encensements, rites et prières, et il s’en vante. Par la porte étroite entre « celui qui porte sur lui l’odeur des brebis » (Pape François), l’ouvrier de Dieu avec les mains marquées par le travail et par le bon cœur. C’est la porte du service d’amour, de se mettre à disposition de Dieu et du prochain.

Jésus nous dit qu’il faut parcourir le chemin qu’Il a tracé et, qu’il faut passer par la porte qui est Lui-même : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé » (Jn 10, 9).

Pour se sauver il faut prendre comme Lui notre croix, nous renier nous-mêmes dans nos aspirations contraires à l’idéal évangélique et Le suivre sur son chemin : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive » (Lc 9,23).

Pour tous ceux qui le veulent, le passage à la vie éternelle est ouvert, mais il est ‘étroit’ parce qu’il est exigeant, il exige des efforts, abnégation, mortification de son égoïsme : il est crucifiant. Mais ça vaut vraiment la peine d’accueillir l’appel de l’unique Rédempteur qui invite tous et toutes au banquet de la vie immortelle.

Déjà à partir de maintenant et pour l’éternité, la vie est belle et heureuse non pas parce qu’elle est dans l’égoïsme, mais parce qu’elle fait sienne la croix ,et la remplit d’un amour qui libère, qui déchaine tout le bien qui est en nous.

Mais il faut satisfaire à une unique condition qui est la même pour tous : celle de s’efforcer, de lutter pour suivre le Christ et L’imiter en prenant sur soi, comme Il a fait, notre propre croix et en dédiant notre vie au service des frères et sœurs en humanité.

2) La Porte de la miséricorde.

            Jésus parle de lui-même comme Porte et, en allant sur la croix, il montre que la clef de cette Porte est la Croix. C’est une porte « étroite » parce que son amour est un amour exigeant et parce que nous sommes « larges », gonflés par l’orgueil et l’amour propre.

Le Christ est la Porte de miséricorde qui pardonne à notre cœur contrit, c’est à dire haché, effrité, parce que les fragments du cœur de pierre brisé par la douleur ont permis à Dieu de s’en servir pour nous donner en cœur de chair. Porte étroite dont la clef est la Croix qui nous permet d’ouvrir la porte de son cœur même s’il s’agit des derniers moments de vie, comme il est arrivé au bon larron qui grâce à cette clef a ouvert la porte du Paradis (Lc 23, 39-43).

Nous-aussi pouvons et devons “utiliser” cette clef, qui nous fait renoncer à la vie pour avoir la Vie, pour rentrer dans le Royaume de Dieu et demeurer dans son amour et dans sa joie pour toujours.

Le Christ est la porte « étroite », mais il est aussi la porte « large », parce qu’elle a la largeur de l’infinie miséricorde de Dieu.

Je m’explique avec un exemple pris de la vie de Saint Jérôme[1] qui – après sa conversion – pour faire pénitence de ses péchés choisit Bethleem pour les derniers 35 années de sa vie. Jusqu’à sa mort, pendant tout ce temps, il vit dans une pauvre cellule à côté de la grotte de la Nativité, priant, étudiant et traduisant en latin la Bible. Une nuit de Noël, l’Enfant Jésus lui apparut et lui demanda: – Jérôme, n’as-tu rien à me donner en ce jour de ma Naissance ?

Le Saint Lui répondit :

– Je Te donne mon cœur !

– D’accord, mais je désire d’autres choses encore. 

– Je Te donne mes prières !

Mais Jésus insistait 

– D’accord, mais je veux quelque chose encore.

– Je n’ai plus rien. Qu’est-ce que Tu veux que je Te donne ?

L’Enfant Jésus répondit :

– Donne-moi tes péchés, Jérôme, afin que je puisse avoir la joie de te les pardonner encore.

Jésus nous demande tout, même les péchés, pour nous donner tout (tout par-donner).

Au fil des siècles, aussi en vraiment beaucoup d’autres chrétiens la miséricorde de Dieu a triomphé. L’amour miséricordieux de Jésus poursuit, avec une force douce, son chemin à la conquête des cœurs. Parmi ces cœurs, une place spéciale est occupée par les vierges consacrées dans le monde qui vivant dans la virginité du don total de soi au Christ, acceptent avec joie de passer par la porte étroite pour appartenir étroitement à Lui qui dit: « Voici, je me tiens à la porte (du cœur) et je frappe: si quelqu’un entend ma voix et ouvre, je viendrai chez lui et je ferai une grande fête avec lui » (cf. Ap 3, 20).

Avec leur vie vécue dans la simplicité et l’humilité, ces femmes témoignent que la porte étroite est l’appartenance nuptiale au Christ par l’humble acceptation, dans la foi pure et dans la confiance sereine, de la parole de Dieu, de son dessin d’amour exigeant, amoureusement contraignant leurs personnes, le monde et l’histoire. C’est l’observance des commandements, comme expression de la volonté d’amour de Dieu, en vue d’un plus grand bien qui réalise le vrai bonheur. C’est aussi l’acceptation de la souffrance comme un moyen d’expiation et de rédemption pour soi-même et pour les autres, et comme expression suprême d’amour.

Les vierges consacrées témoignent que la porte étroite est, en un mot, l’accueil de la mentalité évangélique qui trouve dans le Sermon sur la montagne la plus pure synthèse et dans la virginité la plus haute réalisation. C’est l’amour pur et chaste qui sauve. L’amour qui déjà sur la terre est félicité intérieure de ceux qui, dans des manières variées, dans la douceur, dans la patience, dans la justice, dans la souffrance et dans les pleurs, s’oublient eux-mêmes et s’offrent en don. La croix – porte étroite parce strictement exigeante – est le symbole et l’icône de l’amour virginal, parce que la croix est la plénitude suprême de l’amour maximal pour Dieu et pour chaque personne humaine. C’est un amour qui embrasse tout le monde et n’exclut personne. Il est la synthèse au plus haut degré d’amour reçu et donné, d’amour crucifié et déjà ressuscité ou – au moins – illuminé par la lumière de l’aube de la résurrection. La croix est le cœur du monde, et les femmes qui ont choisi cet amour virginal accueillent en elles-mêmes ce cœur.

Lecture patristique

Saint Anselme d’Aoste (1033 – 1109)

Lettre 112, à Hugues le Reclus

Opera omnia, t. 3, 244-246.

Dieu proclame qu’il a mis en vente le Royaume des cieux. Mais ce Royaume est si beau que l’oeil de l’homme mortel ne peut voir, ni l’oreille entendre, ni l’esprit imaginer sa félicité et sa gloire.  Tout homme qui cherche à en connaître le prix obtiendra cette réponse: « Celui qui veut nous donner un Royaume dans le ciel n’a pas besoin d’argent terrestre, et nul ne peut rien donner à Dieu qui ne lui appartienne déjà, puisqu’il possède tout. »

Par ailleurs, Dieu ne donne pas un bien si précieux d’une manière totalement gratuite, car il ne l’accorde pas à celui qui n’aime pas. Personne, en effet, ne donne une chose qui lui est chère à celui pour qui elle n’a aucune valeur. Et comme Dieu n’a pas besoin de ce que tu as, et qu’il n’a pas à donner un bien si précieux à celui qui ne veut pas aimer ce bien, ce qu’il demande simplement, c’est l’amour, sans lequel il ne doit pas faire ce don. Donne donc l’amour et reçois le Royaume; aime, et il est à toi.

En somme, régner dans le ciel signifie simplement être uni à Dieu, à tous les anges et à tous les saints, ne faire qu’une volonté avec eux par l’amour, de façon à exercer tous ensemble une même puissance. Aime donc Dieu plus que toi-même et tu commenceras déjà à avoir ce que tu veux posséder parfaitement dans le ciel. Sois en accord avec Dieu et avec les hommes – à la seule condition qu’ils ne soient pas en désaccord avec lui – et tu commenceras aussitôt à régner avec Dieu et avec tous les saints. Car, dans le ciel, Dieu et tous les saints ajusteront leur volonté à la tienne, dans la mesure où tu auras ajusté en cette vie ta volonté à la leur. Si donc tu veux être roi dans le ciel, aime Dieu et les hommes comme tu dois le faire, et tu mériteras de devenir ce que tu désires.

Mais tu ne pourras parvenir à ce parfait amour qu’après avoir vidé ton cœur de tout autre amour. <> Voilà pourquoi ceux qui remplissent leur cœur de l’amour de Dieu et du prochain, ne veulent que les choses voulues par Dieu ou par les autres, pourvu que les choses voulues par ces derniers n’aillent pas à rencontre de la volonté de Dieu.

En conséquence, ils sont assidus aux prières, aux entretiens et aux pensées célestes, car il leur est doux de soupirer après Dieu, de lui parler, de l’entendre et de penser à celui qu’ils aiment tant. De là vient qu’ils sont joyeux avec ceux qui sont dans la joie, qu’ils pleurent avec ceux qui pleurent, qu’ils prennent les malheureux en pitié, qu’ils donnent à ceux qui sont dans le besoin, car ils aiment les autres comme eux-mêmes. Aussi dédaignent-ils les richesses, les pouvoirs, les plaisirs, les honneurs et les louanges, car celui qui aime ces choses agit souvent contre Dieu et son prochain.

C’est ainsi que tout ce qu’il y a dans la Loi et les prophètes dépend de ces deux commandements (Mt 22,40). Donc, celui qui veut parvenir à l’amour parfait avec lequel s’achète le Royaume, aimera le détachement, la pauvreté, l’effort et l’obéissance, comme font les saints.

[1] St. Jérôme naquit à Stridon vers 347 dans une famille chrétienne, qui lui assura une formation soignée, l’envoyant également à Rome pour perfectionner ses études. Dès sa jeunesse, il ressentit l’attrait de la vie dans le monde (cf. Ep 22, 7), mais en lui prévalurent le désir et l’intérêt pour la religion chrétienne. Après avoir reçu le Baptême vers 366, il s’orienta vers la vie ascétique et, s’étant rendu à Aquilée, il s’inséra dans un groupe de fervents chrétiens, qu’il définit comme un « chœur de bienheureux » (Chron. ad ann. 374) réuni autour de l’Evêque Valérien. Il partit ensuite pour l’Orient et vécut en ermite dans le désert de Calcide, au sud d’Alep (cf. Ep 14, 10), se consacrant sérieusement aux études. Il perfectionna sa connaissance du grec, commença l’étude de l’hébreu (cf. Ep 125, 12), transcrivit des codex et des œuvres patristiques (cf. Ep 5, 2).

La méditation, la solitude, le contact avec la Parole de Dieu firent mûrir sa sensibilité chrétienne. Il sentit de manière plus aiguë le poids de ses expériences de jeunesse (cf. Ep 22, 7) et il ressentit vivement l’opposition entre la mentalité païenne et la vie chrétienne.

En 382, il partit s’installer à Rome: là, le Pape Damase, connaissant sa réputation d’ascète et sa compétence d’érudit, l’engagea comme secrétaire et conseiller; il l’encouragea à entreprendre une nouvelle traduction latine des textes bibliques pour des raisons pastorales et culturelles.

Après la mort du Pape Damase, Jérôme quitta Rome en 385 et entreprit un pèlerinage, tout d’abord en Terre Sainte, témoin silencieux de la vie terrestre du Christ, puis en Egypte, terre d’élection de nombreux moines (cf. Contra Rufinum 3, 22; Ep 108, 6-14). En 386, il s’arrêta à Bethléem, où, furent construits un monastère masculin, un monastère féminin et un hospice pour les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte. Il resta à Bethléem jusqu’à sa mort, en continuant à exercer une intense activité: il commenta la Parole de Dieu; défendit la foi, s’opposant avec vigueur à différentes hérésies; il exhorta les moines à la perfection; il enseigna la culture classique et chrétienne à de jeunes élèves; il accueillit avec une âme pastorale les pèlerins qui visitaient la Terre Sainte. Il s’éteignit dans sa cellule, près de la grotte de la Nativité, le 30 septembre 419/420.

Source: ZENIT.ORG, le 19 août 2022

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