L’Epiphanie, une invitation à se donner soi-même au Christ, par Mgr Francesco Follo

Crèche napolitaine, Avent 2017 place Saint-Pierre, capture CTV

Crèche Napolitaine, Avent 2017 Place Saint-Pierre, Capture CTV

L’Epiphanie, une invitation à se donner soi-même au Christ, par Mgr Francesco Follo

Méditation pour la solennité de l’Épiphanie

(ou janvier 2023 selon les Conférences épiscopales nationales)

Is. 60,1-6; Ps. 71; Eph. 3,2-3.5-6; Mt. 2,1-12.

1) Trois Epiphanies[1]: une marche d’une fête à l’autre.
Si le Christ s’est déjà manifesté à Bethléem aux bergers, pourquoi célébrer son épiphanie (mot grec qui veut dire manifestation) aux Rois Mages, aux Hébreux sur les rives du Jourdain, aux disciples de Jésus à Cana de Galilée?  Parce que « le Seigneur conduit son troupeau spirituel d’une fête à l’autre » (Homélie d’un auteur syrien anonyme). « A la première fête, dans la grotte de Bethléem, la création  a reçu le Créateur du sein de la Vierge, et à la fête du baptême l’épouse reçoit l’Époux du sein du baptême. A la première naissance, Il a été engendré par la Vierge, et à la fête d’aujourd’hui Il a été engendré par le baptême » (Ibid.).
Entre ces deux fêtes il y en a une autre: celle des Rois Mages. Comme les pasteurs appelés par l’ange à participer à la Gloire de Dieu et à la paix des hommes, les Mages, des spécialistes de l’astronomie, eux aussi, furent guidés par l’étoile pour participer à l’événement qui changea le cours de l’histoire et les destins de l’humanité et du monde.
De ces mystérieux personnages aussi, venus de loin, nous apprenons à connaître, aimer et adorer l’Enfant Jésus, Sauveur du monde entier. Ces païens ont commencé à connaître Jésus grâce aux étoiles, c’est-à-dire grâce à la sagesse humaine, par le biais de la raison.
Mais la raison, à elle toute seule, ne suffit pas à conduire les mages jusqu’à l’Enfant Jésus. Ils ont eu besoin des Ecritures, de la Révélation. Toutefois pour arriver jusqu’à Jésus, la Bible non plus ne suffit pas. Les scribes et les pharisiens, qui conservaient la Révélation, n’ont pas bougé pour aller connaître le Roi des rois. La connaissance ne suffit pas, il faut autre chose, Il faut le désir de rencontrer Jésus, être prêt, comme les rois mages, à courir le risque d’entreprendre un long voyage, avec pour seul guide dans la nuit une étoile. Hérode et les chefs d’Israël, eux qui avaient pourtant la Révélation et n’étaient pas loin d’Israël,  ne s’étaient pas lancé à la recherche de Jésus. Au contraire, dès qu’ils surent que le Roi par excellence était né, ils ont cherché à l’éliminer.
Les Sages hommes d’Orient, poussés par leur désir de vérité, de lumière et de vie, ont quitté leurs beaux palais. Si les mages n’étaient pas partis, s’ils n’avaient pas quitté leurs palais pour aller loin de chez eux, ils n’auraient pas vu le Christ. « Tant que les mages demeurèrent dans leur pays, ils ne virent qu’une étoile, mais lorsqu’ils l’eurent quittée, ils méritèrent de voir le Soleil même de justice (Mt 3,20). Disons mieux: s’ils n’avaient pas entrepris généreusement leur voyage, ils n’auraient même pas vu l’Etoile » (cf. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, 7-8). Cette Etoile est la voie, et la voie c’est le Christ, parce qu’Il est l’Etoile. Là où est le Christ, il y a aussi l’étoile ; en effet, celui-ci est l’étoile brillante du matin. Il se manifeste par sa lueur » (Saint Ambroise de Milan, Commentaire sur l’Evangile selon saint Luc, II, 45).
Si, comme les rois mages, nous sommes des hommes « à la recherche » de quelque chose en plus, de la vraie lumière, de cette lumière capable de nous indiquer le chemin à parcourir, nous quitterons nos maisons et notre sécurité pour suivre cette étoile, qui ne conduit pas à la grande ville de Jérusalem, mais nous guide vers Bethléem, une petite ville. Pour nous faire trouver le Roi des rois, elle nous fait aller parmi les pauvres, parmi les simples. Les critères de Dieu ne sont pas ceux des hommes. Dieu ne se manifeste pas dans la puissance violente de ce monde, mais dans la puissance douce de son amour, un amour qui ne s’impose pas, mais se propose à notre liberté. Si nous l’accueillons, nous serons transformés, nous serons capables d’arriver jusqu’à Celui qui est l’Amour. Cet Amour se manifeste adulte sur les rives du Jourdain, demandant d’être baptisé.
La manifestation de Jésus Christ aux pécheurs repentis, qui allaient trouver Jean le Baptiste, a Dieu le Père pour témoin qui dit: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » (Mc 9,7) et cette invitation à l’écoute nous introduit dans la quotidienneté d’un rapport personnel avec le Christ, avec l’Agneau envoyé par le Père pour enlever les péchés du monde. En descendant dans les eaux du Jourdain, Jésus, l’Emmanuel, le Dieu toujours avec nous, montre comment il s’est uni à nous, pécheurs. Par son baptême, le Sauveur commence à se manifester aussi comme Celui qui est venu baptiser l’humanité dans l’Esprit Saint, lui apportant la vie en abondance, (cf. Jn 10,10), la vraie vie.

2) La troisième « épiphanie » : le miracle aux noces de Cana.
L’épisode des noces de Cana est un épisode surprenant pour différentes raisons. C’est en effet un fait raconté dans l’évangile de Jean, qui est l’évangile intérieur, spirituel, contemplatif et a l’air d’un miracle très matériel, qui transforme l’eau en vin pour ne pas gâcher un repas de noce. Certes, Jésus en accomplissant ce miracle entretient la simple joie humaine de deux époux le jour de leurs noces, mais il est étonnant que son disciple bien-aimé l’ait choisi comme premier miracle à raconter dans son Evangile. A moins que l’importance de cet épisode est dans le fait que saint Jean veut raconter les noces entre Jésus et les hommes et nous dire que le vin qui manque est celui du sacrifice d’amour de l’Epoux.
Le pape François nous enseigne: « En entamant son ministère public durant les noces de Cana, Jésus se manifeste comme l’époux du peuple de Dieu, annoncé par les prophètes, et nous révèle la profondeur de la relation qui nous unit à Lui: c’est une nouvelle Alliance d’amour. » (Audience générale du 8 juin 2016). Aux noces de Cana, on n’assiste donc pas seulement à un miracle mais à la manifestation (épiphanie) de Jésus comme Epoux. Il est l’Epoux attendu et «  durant ces noces, Il lie ses disciples à Lui par une Alliance nouvelle et définitive. A Cana, les disciples de Jésus deviennent sa famille et à Cana naît la foi de l’Église » (Ibid.). Cette foi se fonde sur un acte d’amour attentif également au manque de vin et nous révèle que la vie chrétienne est la réponse à cet amour. L’Eglise est la famille sur laquelle Jésus fait rejaillir cet amour. L’Eglise qui conserve et donne cet amour sponsal à tous.
Le signe (nom que donne saint Jean  aux miracles dans son évangile) accompli par Jésus à Cana de Galilée (Jn, 2,1-12) est une manifestation messianique, comme le Baptême au Jourdain et comme l’adoration des mages à Bethléem. Mais, alors qu’à la grotte ce sont des hommes qui rendaient manifeste la vérité de l’Enfant Jésus, et  au Baptême le Père qui révèle la signification profonde du Christ, à Cana c’est Jésus lui-même qui se manifeste.
Le récit du miracle de Cana ne souligne pas beaucoup la puissance du Christ. Il insiste plutôt sur des détails comme l’abondance du vin (environ 600 litres), son excellente  qualité, le fait même que celui-ci remplace l’eau préparée pour les ablutions rituelles[2]. Tant de caractéristiques proprement messianiques. Jésus est le Messie, la nouvelle Alliance et la nouvelle loi. Mais on remarque tout de suite un détail important. La messianité de Jésus renferme l’idée d’un changement: il y a quelque chose de vieux (l’eau) qui doit diminuer pour laisser la place à quelque chose de nouveau (le vin). La vieille Loi laisse la place à la nouvelle, qui est une loi de liberté (cf. Jc 1, 25;  2, 12), une loi de grâce et d’amour (Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologica, I-II, q. 107, a.1). A cette loi, nouvelle et parfaite, adhèrent les disciples présents au miracle, qui les pousse à croire en Jésus Christ, et accepter son amour qui transforme. Aujourd’hui, un exemple actuel de cette façon de croire et de répondre à cet amour nous vient des vierges consacrées. Celles-ci l’aiment comme Lui-même désire être aimé, dans la concrétude de la vie: « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » (Jn 14, 15; cf. 14, 21). Elles l’aiment en ayant en elles les mêmes dispositions que Lui (cf. Fil 2, 5), en partageant son mode de vie, fait d’humilité et de mansuétude, d’amour et de miséricorde, de service et de disponibilité, de tendresse et d’attention. De cette façon, elles qui sont «  vierges pour le Christ », réalisent leur condition de «  mère en esprit » (Rite de consécration des Vierges, n. 16). En effet, «  Selon la doctrine des Pères, les vierges, en recevant du Seigneur «  la consécration de la virginité », deviennent signe visible de la virginité de l’Eglise, un instrument de sa fertilité » (Saint Jean Paul II, Discours aux Participants au congrès international de l’“Ordo Virginum” pour les 25 ans de la promulgation du Rite, 2 juin 1995)

Lecture patristique

Saint Basile le Grand (+ 379)
Homélies sur Noël, 2 (PG 31, 1472-1476)

L’étoile vient de s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. C’est pourquoi les mages, quand ils virent l’étoile, éprouvèrent une très grande joie (Mt 2,9-10). Accueillons, nous aussi, cette grande joie dans nos coeurs. Car c’est de la joie que les anges annoncent aux bergers. Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, dansons avec les anges! Il nous est né aujourd’hui un Sauveur, qui est le Messie, le Seigneur (Lc 2,11). C’est Dieu, le Seigneur, qui nous illumine (Ps 117,27), non pas sous la forme de Dieu, pour ne pas épouvanter notre faiblesse, mais sous la forme du serviteur, afin de donner la liberté à ceux qui étaient réduits en servitude. Qui donc a un coeur assez endormi, qui donc est assez ingrat pour ne pas se réjouir, exulter et rayonner devant un tel événement?
Cette fête est commune à toute la création: elle accorde à notre monde les biens qui sont au-delà du monde, elle envoie des archanges à Zacharie et à Marie, elle constitue des choeurs d’anges qui proclament: Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bienveillance aux hommes (Lc 1,14). Les étoiles accourent du haut du ciel, les mages quittent les nations païennes, la terre offre son accueil dans une grotte. Personne n’est indifférent, personne n’est ingrat. Nous-mêmes, fêtons le salut du monde, le jour de naissance de l’humanité. On ne peut plus dire maintenant: Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière (Gn 3,19), mais: Rattaché à l’homme céleste (cf. 1Co 15,48), tu seras élevé au ciel. On n’entendra plus dire: Tu enfanteras dans la souffrance, (Gn 3,16), car bienheureuse celle qui a enfanté l’Emmanuel, et les mamelles qui l’ont allaité. Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, l’insigne du pouvoir est sur son épaule (Is 9,6).
Unissez-vous à ceux qui ont reçu avec joie le Seigneur venant du ciel. Pensez aux bergers pénétrés de sagesse, aux grands prêtres qui prophétisent, aux femmes remplies de joie, quand Marie est invitée par Gabriel à se réjouir, et que Jean tressaille dans les entrailles d’Elisabeth. Anne propageait la bonne nouvelle; Syméon tenait dans ses bras ce petit enfant dans lequel tous adoraient le Dieu de majesté. Bien loin de mépriser ce qu’ils voyaient, ils magnifiaient la grandeur de sa divinité. Car la vertu divine apparaissait à travers ce corps humain, comme la lumière à travers les vitres, resplendissante, pour ceux dont les yeux du coeur étaient purifiés.
Puissions-nous être trouvés avec eux, nous aussi, contemplant la gloire du Seigneur comme dans un miroir, et être nous-mêmes transfigurés de gloire en gloire (2Co 3,18), par la grâce et la tendresse miséricordieuse de notre Seigneur Jésus Christ: à lui la gloire et la puissance, pour les siècles des siècles. Amen.
NOTES
[1] Quand nous parlons d’ « épiphanie » nous entendons la manifestation de Jésus Christ à tous les gentils, représentés par les Roi Mages, qui se prosternèrent aux pieds de l’Enfant Roi et l’adorèrent. Toutefois, comme il est indiqué dans la liturgie des heures: «  Aujourd’hui l’Eglise s’unit à son Epoux céleste, car dans le Jourdain le Christ a lavé ses péchés ; les Mages accourent avec des dons aux noces royales, et les invités se réjouissent en voyant l’eau transformée en vin » (Ant. au Benedictus de l’Epiphanie). Donc, en soi, la solennité de l’Epiphanie célèbre trois manifestations : celle à toute l’humanité représentée par les Rois Mages, celle aux Hébreux sur les rives du Jourdain, là où le Seigneur est baptisé et indiqué comme fils bien-aimé par le Père; et celle aux disciples par le biais du miracle de l’eau transformée en vin pendant les noces de Cana, qui sont un symbole des noces du Christ et de l’Eglise.
[2]  « Il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des juifs ; chacune contenait deux à trois mesures (C’est-à-dire environ cent litres. Et Jésus dit à ceux qui servaient : Remplissez d’eau les jarres. Et ils les remplirent jusqu’au bord » (Jn 2, 6-7).

Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

Source: ZENIT.ORG, le 5 janvier 2023

Marie, «Mère du Dieu de la Paix», par Mgr Francesco Follo

Notre-Dame du Puy-en-Velay, Wikimedia © Pat343434

Notre-Dame Du Puy-En-Velay, Wikimedia © Pat343434

Marie, «Mère du Dieu de la Paix», par Mgr Francesco Follo

Méditation pour la solennité de Marie Mère de Dieu

« La solennité d’aujourd’hui ne célèbre pas une idée abstraite, mais un mystère et un fait historique : Jésus-Christ, personne divine, né de la Vierge Marie qui est sa vraie Mère ».

Dans sa méditation des textes de la liturgie de ce dimanche 1er janvier 2023, solennité de la Bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu, Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, invite à s’émerveiller devant le mystère de l’Incarnation avec Marie, Mère de Dieu et Mère de Jésus :

« Avec les yeux de Marie, contemplons le Fils de Dieu né homme pour l’homme et confié aux soins de sa mère », « à l’école du regard de Marie, surpris par la joie, nous pouvons cueillir par le cœur ce que nos yeux et notre esprit seuls ne parvient ni à percevoir, ni à contenir. »

Mère du Dieu de la Paix, Pain de Vie à partager dans l’actuelle famine de paix 

Solennité de Ste Marie, Mère de Dieu (Ier Dimanche après Noël) – Année A – 1er janvier 2023

Nm 6, 22-27; Ps 66; Gal 4,4-7; Lc 2,16-21)

1) Bénie par le Fruit béni

Il y a huit jours, nous avons célébré la naissance, à Bethléem, du Fils de Dieu qui “s’est fait enfant pour nous faire devenir hommes” (Saint Ambroise). Aujourd’hui, une semaine après la naissance de Jésus, la liturgie nous invite à célébrer la Vierge Marie en tant que Mère de Dieu : celle « qui a donné à la lumière le Roi qui gouverne le ciel et la terre pour les siècles éternellement » (Antienne d’entrée de la Messe d’aujourd’hui). La liturgie nous fait méditer aujourd’hui sur le Verbe fait homme, et répète qu’il est né de la Vierge. Il est le « fruit béni des entrailles » de cette Vierge qui trouva en ce « fruit » tout ce qu’Ève avait désiré en mangeant le fruit mais qu’elle ne trouva pas. En fait, dans son fruit, Ève désira trois choses que le diable lui avait faussement promises, c’est-à-dire de 1) devenir comme Dieu et être conscient du bien et du mal, 2) d’avoir le plaisir parce que ce fruit était « bon à manger », 3) d’avoir la beauté parce que ce fruit était si beau à voir.

En mangeant le fruit défendu, Ève a enfreint l’image et la ressemblance à Dieu. Dans le fruit béni de son sein, Marie, et avec elle tous les chrétiens, a trouvé ce que Ève cherchait : l’union à Dieu à travers le Christ et la ressemblance avec Lui. Ève cherchait le plaisir et la joie, mais elle a trouvé la douleur et la nudité. Dans le fruit du sein de la Vierge nous trouvons grâce et salut : celui qui mangera ce fruit aura la vie éternelle.

Ève cherchait la beauté qui passe et prit un fruit de la mort, Marie a donné à l’humanité le fruit le plus beau que les anges contempleront : il est le plus beau parmi les fils des hommes (cf. Ps44,3.) parce qu’il est la splendeur de la gloire du Père (Hb 1,3). Jésus, le Seigneur.

Donc « cherchons dans le fruit de la Bienheureuse Vierge ce que nous désirons parce que c’est cela le fruit béni par Dieu. La Vierge est donc bénie mais son fruit, Jésus, est encore plus béni » (Saint Thomas d’Aquin, Commentaire au ‘Je vous salue Marie’).

2) Les langes du Christ

Il est vrai qu’aujourd’hui, octave de Noël, on célèbre la fête de « Marie, Mère de Dieu », mais on ne peut oublier qu’aujourd’hui c’est aussi le 1er janvier. Une nouvelle année solaire commence donc. C’est est un temps « supplémentaire » que la Providence nous donne dans le contexte du salut inauguré par le Rédempteur il y a 2017 ans.

Même si les lectures bibliques de la Messe d’aujourd’hui mettent l’accent sur le « Fils de Marie » et sur le « Nom du Seigneur » au lieu de Marie, la solennité d’aujourd’hui est dédiée à la Vierge Mère de Dieu, pour souligner que le Verbe « sans temps » est entré dans le temps par l’intermédiaire de Marie. L’apôtre Paul le rappelle en affirmant que Jésus est « né d’une femme” (cf. Gal 4,4 – IIème lecture d’aujourd’hui).

Le titre « Mère de Dieu » souligne la mission unique de la Vierge sainte dans l’histoire du salut : mission qui est à la base du culte et de la dévotion que le peuple chrétien lui réserve. Notre Dame n’a pas reçu le don de Dieu uniquement pour elle-même, mais pour le donner au monde : dans sa virginité féconde, Dieu a donné aux hommes les biens du salut éternel, comme dit la Collecte : « Dieu qui dans la virginité féconde de Marie as donné aux hommes les biens du salut éternel, fais que nous expérimentions son intercession parce qu’à travers elle nous avons reçu l’auteur de la vie, le Christ, ton fils ».

Dans la liturgie d’aujourd’hui, c’est humblement que domine la figure de Marie, vraie Mère de Jésus, Homme-Dieu. La solennité d’aujourd’hui ne célèbre pas une idée abstraite, mais un mystère et un fait historique : Jésus-Christ, personne divine, né de la Vierge Marie qui est sa vraie Mère.

Cette Mère enveloppe le Fils avec des langes et cet Enfant, ce “nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (cf. Lc 2, 12) est le signe donné par les anges aux bergers pour reconnaître le Roi des Rois. Partis rapidement, les bergers arrivèrent à la grotte de Bethléem et trouvèrent l’enfant emmailloté non seulement par des langes blancs mais ils trouvèrent Marie et Joseph, les personnes blanches de pureté qui, d’amour pur, emmaillotaient et réchauffaient le Nouveau-Né.

Noël, mystère de la joie : mystère de l’Incarnation, de la génération miraculeuse d’un Dieu qui choisit de révéler son visage aux hommes non par l’embrassade d’un immense ciel orné par des étoiles splendides, mais entre les bras d’une jeune femme pure, gardée par un homme pur : Joseph.

Avec les yeux de Saint Joseph regardons Marie, la Vierge Mère, qui est la première à croire, et la première à voir le miracle né dans et de sa chair : son corps est la seconde nature -la nature humaine- du Christ et son ventre est le premier trône du Roi des rois, puis viendra la mangeoire, puis la croix : aujourd’hui nous.

Avec les yeux de Marie, contemplons le Fils de Dieu né homme pour l’homme et confié aux soins de sa mère. Elle vit avec les yeux posés sur le Christ et fait trésor de chacun de ses gestes. A l’école du regard de Marie, surpris par la joie, nous pouvons cueillir par le cœur ce que nos yeux et notre esprit seuls ne parvient ni à percevoir, ni à contenir.

Avec les yeux des bergers, surpris par la joie, nous regardons le fait que la paix pour tous est née et gardée par la tendresse de la Mère de Dieu : Marie a donné au monde le Prince de la Paix, Jésus le Rédempteur de l’humanité.

Notre paix, le Christ, est entre les bras d’une mère : Marie, une de nous. La Paix, Jésus, né d’une femme, est le don de Noël par excellence mis dans nos bras. Lui est le visage de la Paix qui rayonne par nos visages, mendiants la paix.

Mendions cette paix de la Vierge Marie et nous l’aurons, comme l’eurent les pasteurs qui « allèrent, sans tarder, et trouvèrent Marie et Joseph et l’enfant, couché dans la crèche » (Lc 2, 16). Ces pauvres bergers, mendiants de Dieu dans un enfant, rencontrèrent le Prince de la Paix dans l’enfant-Jésus qui faisait d’eux des témoins de la joie de se sentir aimés et capables d’aimer, « artisans » de paix, de la paix qui nait de l’expérience d’être aimé. Demandons à Marie, Mère de Dieu, de nous aider à accueillir son Enfant et, en Lui, la vraie paix.

Comme les bergers, essayons d’être mendiants du Ciel, affamés d’amour, assoiffés de paix, rendons-nous à Bethléem et mettons-nous à genoux devant la crèche, qui montre Dieu qui devient Enfant de paix et une Mère, qui nous l’offre. Cette Vierge Mère fait naître de nuit l’Enfant parce que l’amour est toujours un don qui fait naître le jour. Elle donna le jour à la Lumière. Marie reflète avec beaucoup de splendeur la Lumière qui est descendue sur la terre. Que cette Lumière nous conduise sur les chemins de la paix, parce que « la lumière de Jésus est une lumière douce, une lumière tranquille, c’est une lumière de paix, c’est comme la lumière de la nuit de Noël : sans prétentions » (Pape François).

3) Maternité1 et virginité de Lumière et de Paix

Cette douce et humble lumière du Christ est portée aujourd’hui de façon particulière par les Vierges consacrées dans le monde. Grâce au don d’elles-mêmes au Christ, elles vivent par et pour amour de Dieu et des autres. Les consacrées irradient la même lumière que leur Epoux apporte au monde. Leur vie vécue humblement rappelle  « le premier amour avec lequel le Seigneur  Jésus Christ a réchauffé votre cœur » (Benoît XVI). Ces femmes  qui s’offrent complètement dans la virginité, s’offrent corps et âme pour être avec le Christ et se mettre, comme Lui, au service de Dieu et des frères. Leur chemin est un chemin continu avec le Christ, rencontré aujourd’hui à Bethlehem, puis sur les terres de la Terre Sainte dans le cœur jusqu’au Calvaire, pour être avec Lui, instruments de Sa paix.

Lecture Patristique

Saint Athanase

Lettre à Épictète

PG 26, 1-58, 1062, 1066

En Marie, Dieu s’est vraiment fait homme.

Le Verbe a pris en charge la descendance d’Abraham, c’est pourquoi il devait se faire en tous points semblable à ses frères et prendre un corps pareil au nôtre. Aussi Marie est-elle vraiment nécessaire pour qu’il prenne ce corps en elle et l’offre en notre faveur comme étant le sien. ~ L’Écriture rappelle son enfantement et dit : Elle emmaillota son fils ; le sein qui l’allaita a été déclaré bienheureux, et l’on a considéré qu’il est né d’elle comme pour l’offrande d’un sacrifice. ~ Gabriel le lui avait annoncé en termes soigneusement choisis. Il n’a pas dit, de façon banale : « Celui qui va naître en toi » pour ne pas faire croire que ce serait un corps extérieur introduit du dehors ; il a dit : Celui qui va naître de toi, pour inviter à croire que celui qui allait naître sortirait d’elle. ~

Tout cela s’est fait ainsi pour que le Verbe, en assumant notre nature et en l’offrant en sacrifice, la fasse totalement sienne. Il a voulu nous revêtir ensuite de sa propre nature, ce qui permet à saint Paul de dire : Il faut que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité. Cela ne s’est pas fait de façon fictive comme certains hérétiques l’ont encore imaginé : jamais de la vie ! Le Sauveur est devenu vraiment homme, et le salut de l’homme tout entier est venu de là. ~ Notre salut n’est pas une apparence, il n’est pas pour le corps seul, mais pour l’homme tout entier, âme et corps, et ce salut est venu du Verbe lui-même.

Ce qui est venu de Marie était donc humain par nature, selon les Écritures, et le corps du Seigneur était un vrai corps ; oui, un vrai corps, puisqu’il était identique au nôtre, car Marie est notre sœur, puisque nous descendons tous d’Adam. ~

Bien entendu, le Verbe ne s’est pas transformé en chair ; il seulement pris notre nature ; le mot de saint Jean : le Verbe s’est fait chair ne signifie pas autre chose, ainsi qu’on peut le voir à des expressions analogues, par exemple chez saint Paul : le Christ s’est fait malédiction pour nous.

L’union du Verbe à la nature n’ajoute rien à la Trinité, tandis que le corps humain a reçu un grand avantage de sa communion et de son unité avec le Verbe : de mortel il est devenu immortel, de purement humain il est devenu spirituel et lui qui vient de la terre, il franchit les portes du ciel.

Certes, même après que le Verbe a pris un corps en Marie, la Trinité demeure la Trinité, sans addition ni diminution. Elle est toujours parfaite : dans la Trinité on reconnaît l’unique divinité, et c’est ainsi que dans l’Eglise on proclame un seul Dieu, le Père du Verbe.

Les temps sont accomplis :

Aujourd’hui naît d’une femme,

celui qui nous rend fils de Dieu.

Son visage brille sur nous

et son Esprit pénètre nos cœurs.

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1 Comment ne pas penser au sanctuaire du Puy-en-Velay (France) ? Selon la tradition, l’origine du sanctuaire est contemporaine de la proclamation solennelle de la maternité divine de Marie par le concile d’Ephèse (431).
Le Puy semble donc un lieu majeur choisi très tôt par Marie pour rendre visible et concrète en Europe sa maternité divine. La prière que nous aimons spécialement au Puy est l’Angelus où, trois fois par jour, avec Marie, nous accueillons dans la joie, la venue du Fils de Dieu parmi nous. Nous chantons aussi très souvent le Salve Regina. En 1998, l’UNESCO l’a inscrit au patrimoine mondial de l’humanité en raison de son rayonnement sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle (Un des premiers pèlerins connus est Godescalc, évêque du Puy, parti en pèlerinage en 951).

Source : ZENIT.ORG, le 20 décembre 2022

«Du Ciel à la Terre pour porter la Terre au Ciel», par Mgr Francesco Follo

Messe de la nuit de Noël, 24 décembre 2020 © Vatican Media
Messe De La Nuit De Noël, 24 Décembre 2020 © Vatican Media

«Du Ciel à la Terre pour porter la Terre au Ciel», par Mgr Francesco Follo

Méditation sur les textes de la nuit de Noël

« La merveille de Noël est là. Sans la révélation des anges, nous ne comprendrions pas que ce nouveau-né couché dans une mangeoire est le Seigneur. Et sans l’enfant couché dans la mangeoire, nous ne comprendrions pas que la gloire du vrai Dieu est différente de la gloire de l’homme ».

Dans sa méditation pour la messe de la nuit de Noël, Mgr Francesco Follo, représentant permanent du Saint-Siège à l’Unesco, invite à s’émerveiller de l’humilité de Dieu et à accueillir le mystère de Noël avec l’humilité des bergers à la crèche :

« Ce tout-petit nous demande d’être aimé : révérons-le comme le Seigneur des anges, mais aimons-le comme un tendre nouveau-né. Craignons-le comme le Seigneur de la puissance, mais aimons-le emmailloté de langes. Respectons-le comme le roi du ciel, mais aimons-le dans la mangeoire qui est le trône et l’autel.

« Aimons-le en nous mettant à genoux et cherchons à percevoir dans ses yeux rieurs de petit enfant les yeux émus du Crucifié et ceux, lumineux, du Ressuscité ».

Voici la méditation de Mgr Francesco Follo:

Du Ciel à la Terre pour porter la Terre au Ciel.

Is 9,1-6; Sal 95; Tt 2,11-14; Lc 2,1-14

Messe de la Nuit – 25 décembre 2022

1) Il est né à Bethléem, allons nous agenouiller. 

Dans la messe de minuit et dans celle du matin, la liturgie de Noël propose le récit de la naissance de Jésus selon saint Luc[1], qui rapporte l’annonce de l’ange aux bergers : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Lc 2, 11).

Aujourd’hui, 25 décembre 2022, pour nous « est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David ». Cette ville est Bethléem et, comme le firent les bergers dès qu’ils eurent entendu l’annonce angélique, c’est là que nous devons nous hâter de nous rendre.

Aujourd’hui, comme dans la sainte nuit d’il y a plus de 2000 ans, ceci est le signe qui est donné : « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). C’est un signe qui frappe par sa totale simplicité. Ce qui surprend, c’est l’absence de tout trait merveilleux. Les bergers, et nous avec eux, sont bien sûr à la fois enveloppés et apeurés par la gloire de Dieu, mais le signe qu’ils reçoivent est simplement : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (id). Et quand ils arrivent à Bethléem, ils ne voient rien d’autre qu’un humble nouveau-né dans une pauvre crèche. La merveille de Noël est là. Sans la révélation des anges, nous ne comprendrions pas que ce nouveau-né couché dans une mangeoire est le Seigneur. Et sans l’enfant couché dans la mangeoire, nous ne comprendrions pas que la gloire du vrai Dieu est différente de la gloire de l’homme.

L’amour tout-puissant est « sous la forme d’un petit enfant. La toute-puissance comme non- puissance. Non-puissance comme l’amour, qui dépasse tout, qui donne un sens à tout » (Saint Jean-Paul II, homélie du 24 décembre 1985). Dieu s’est fait petit enfant pour que nous puissions le comprendre, l’accueillir, l’aimer.

Ce tout-petit nous demande d’être aimé : révérons-le comme le Seigneur des anges, mais aimons-le comme un tendre nouveau-né. Craignons-le comme le Seigneur de la puissance, mais aimons-le emmailloté de langes. Respectons-le comme le roi du ciel, mais aimons-le dans la mangeoire qui est le trône et l’autel.

Aimons-le en nous mettant à genoux et cherchons à percevoir dans ses yeux rieurs de petit enfant les yeux émus du Crucifié et ceux, lumineux, du Ressuscité, en priant : « Seigneur, notre Dieu, accorde-nous de nous réjouir en célébrant par ces mystères la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ, en méritant par une digne conduite, de parvenir à la communion avec lui » (Lit. Mes.). Il est le Pain de Vie qui naît à Bethléem, qui veut dire en hébreu « maison du pain ».

« Cette maison du Pain est aujourd’hui l’Église, où se donne le corps du Christ, le vrai pain. La mangeoire de Bethléem est l’autel dans l’église. C’est ici que se nourrissent les créatures du Christ. Les langes sont le voile du sacrement. Ici, sous les espèces du pain et du vin, il y a le vrai corps et sang du Christ. Dans ce sacrement, nous croyons qu’il y a le Christ véritable, mais enveloppé de langes c’est-à-dire invisible. Nous n’avons pas de signe aussi grand et évident de la nativité du Christ que le corps que nous mangeons et le sang que nous buvons tous les jours en nous approchant de l’autel : tous les jours, nous voyons s’immoler celui qui est né une seule fois pour nous de la Vierge Marie. Hâtons-nous donc, frères, vers cette crèche du Seigneur ; mais avant, dans la mesure du possible, préparons-nous avec sa grâce à cette rencontre pour que tous les jours et pendant toute notre vie « d’un cœur pur, avec une conscience droite et une foi sincère » (2 Cor 6,6), nous puissions chanter avec les anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes qu’il aime » (Lc 2,14) » (Aelred de Rievaulx, Discours 2 pour Noël).

2) Humilité de Noël 

Sans la révélation apportée avec joie et humilité par les anges, nous ne comprendrions pas que l’enfant couché dans une mangeoire est le Seigneur. Et sans l’enfant couché dans la mangeoire, nous ne comprendrions pas que la gloire du vrai Dieu est différente de la gloire de l’homme.

Cette gloire se manifeste dans l’humilité et elle est comprise par l’humilité. C’est pourquoi l’évangile nous demande d’imiter l’humilité des bergers qui, reconnaissant dans un pauvre enfant encore sans parole le Logos, la Parole, le sens plénier de leur vie, l’adorent comme le roi des rois qui avait pourtant comme trône une pauvre mangeoire. Et c’est pour cela que nous devons imiter l’humilité des anges qui, dans la nuit étoilée et bénie, chantaient : « Gloire au plus haut du ciel et sur la terre paix aux hommes qu’il aime ».

Selon saint Bernard de Clairvaux, les anges sont insérés vitalement dans le plan salvifique réalisé par le Christ. Non seulement parce qu’ils acceptent ce dessein rédempteur et qu’ils y collaborent activement par leur amour total et inconditionnel.

À bien y réfléchir, dès l’incarnation de son Verbe, Dieu s’est « servi » des anges pour préparer les hommes au grand événement de la venue de son Fils sur la terre. Même après l’incarnation du Verbe, pendant sa passion, sa mort et sa résurrection, les anges furent présents et actifs. Et quand Jésus reviendra dans la gloire à la fin des temps, les anges seront encore là pour annoncer son avènement final.

À ce point-ci, m’inspirant encore de saint Bernard, je fais une précision sur la relation des anges avec le Christ. Celui-ci est Dieu, par conséquent les anges lui sont soumis, mais le Fils de Dieu a pris la faiblesse humaine et, en tant qu’homme, il leur est inférieur. On voit là leur humilité : ils servent le Verbe y compris en tant qu’homme, ils se soumettent à sa seigneurie, même humaine, parce que dans cet événement se réalise, se concrétise et se concentre la volonté supérieure de Dieu le Père. Ainsi en a voulu le Père et ils accueillent sa très haute volonté, se prosternant devant l’enfant qui naît à Bethléem. Jésus et un petit enfant, un homme en tout égal à nous excepté le péché, par conséquent un être faible, fragile, comparé à eux qui sont de purs esprits, toutefois dans cette chair humaine, subsiste le Verbe éternel de Dieu, leur Seigneur. Pour cette raison, ils s’inclinent, ils l’adorent, ils se prosternent et chantent sa gloire, ils le servent avec grande disponibilité et humilité. Faisons de même, parce que l’humilité du Christ est servie par l’humilité des anges et des bergers, en premier, puis arriveront les humbles rois mages.

Noël est un mystère d’humilité et il est bon qu’il soit intérieur, qu’il soit célébré dans le silence du cœur humble, dans la conscience qui se fait attentive et pensive. Et il est intérieur et rénovateur s’il nous fait saisir le discours qu’en entrant dans le monde, Jésus a prononcé non par des mots mais par les faits. Quel discours ? Celui de l’humilité ; c’est là la leçon fondamentale du mystère de Dieu fait homme et c’est là le premier médicament dont nous ayons besoin (cf. S. Augustin d’Hippone, De Trin. 8, 5, 7, P.L. 42, 952). C’est de cette racine que la vie bonne peut renaître.

L’invitation à l’humilité sera plus tard répétée par le Christ adulte quand il dira : « si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18, 3).

Aujourd’hui, je paraphraserais cette phrase ainsi : « Si vous ne devenez pas comme ce petit enfant, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux ».

3) Humilité et virginité 

Les bergers ont compris avec leur cœur que, dans l’enfant qu’ils voyaient dans la grotte, la promesse du prophète Isaïe était devenue réalité : « un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir » (Is 9,5 – I Lecture de la Messe de la Nuit).

L’ange de Dieu nous invite nous aussi à nous mettre en chemin avec notre cœur pour voir l’enfant couché dans la mangeoire. Pour nous aussi, le signe de Dieu est la simplicité. Le signe de Dieu est le petit enfant. Le signe de Dieu est qu’il s’est fait petit pour nous. C’est cela sa manière de régner : en aimant et en se laissant aimer avec une humble simplicité.

De nous, Dieu ne veut rien d’autre que notre amour. À travers cette charité, nous apprenons à entrer dans ses sentiments, dans sa pensée et dans sa volonté ; nous apprenons à vivre avec Jésus et à pratiquer avec lui aussi l’humilité du renoncement qui fait partie de l’essence de l’amour. « Ou l’amour chrétien est humble ou ce n’est pas l’amour de Dieu » (pape François, 8 avril 2013).

Une manière significative de vivre cet humble amour est celui des vierges consacrées dans le monde. Ces femmes se tiennent à côté du Christ, à l’exemple de Marie vierge et mère en l’imitant particulièrement, elle dont le cœur et l’esprit sont pleinement humbles. C’est en raison de son humilité unique que Dieu demanda le « oui » de cette jeune femme, pour réaliser son dessein d’amour et de miséricorde.

La virginité de Marie est unique et incomparable, mais les vierges consacrées dans le monde témoignent que sa signification spirituelle concerne tous les chrétiens. Les personnes vierges montrent que celui qui se confie profondément et humblement à l’amour de Dieu accueille Jésus en lui et le donne au monde dans un Noël quotidien.

Dans leur vie cachée, elles accueillent aussi et surtout l’enseignement de la grande humilité d’un Maître qui ne parle pas encore mais qui est vraiment leur Tout.

Lecture Patristique

Théodote d’Ancyre (+ après 438)

Homélies pour Noël, 1

PG 77, 1360-1361

Le Seigneur de tous est venu, s’est fait pauvre 

Le Seigneur de tous est venu sous la forme de l’esclave, revêtu de pauvreté, comme un chasseur qui ne veut pas effaroucher son gibier. Il choisit pour naître un village obscur dans une région inconnue. Il naît d’une vierge qui est pauvre et il adopte tout ce qui est pauvre, afin de partir sans bruit à la chasse du salut de l’homme. Car s’il était né dans la gloire et les richesses, les incroyants diraient assurément que le monde a été transformé par ses largesses. S’il avait choisi pour naître la grande ville de Rome, ils attribueraient à la puissance de ses concitoyens les changements de l’univers. S’il avait été fils d’empereur, on aurait expliqué ses bienfaits par sa puissance. S’il avait été fils d’un sénateur, on aurait attribué à ses lois les progrès réalisés.

Or, qu’a-t-il fait? Uniquement des actions pauvres et banales, tout ce qui était modeste et ignoré du plus grand nombre, afin que le monde sache que la divinité seule a réorganisé le monde. C’est pour cela qu’il a choisi une mère pauvre, et une patrie plus pauvre encore. Il n’avait aucune ressource, et cette indigence nous est signalée par la crèche. Car, puisqu’on n’avait pas de lit pour coucher le Seigneur, on le mit dans une mangeoire et ce manque du nécessaire devint une glorieuse annonce prophétique. Car il est déposé dans une mangeoire pour annoncer qu’il sera la nourriture de ceux qui ne savent pas parler élégamment. Le Verbe de Dieu attirait à lui les riches et les pauvres, les hommes éloquents et ceux qui s’expriment avec difficulté, puisqu’il vit dans la pauvreté, lui qui couche dans une mangeoire. Voilà comment l’indigence devient une prophétie, comment la pauvreté de celui qui pour nous s’est fait chair (Jn 1,14) a montré à tous combien il est accessible.

Car personne n’a manqué de confiance pour avoir été intimidé par les richesses inouïes du Christ; personne n’a été empêché de l’aborder par la hauteur de son pouvoir. Il est apparu banal et pauvre, lui qui s’est offert à tous pour leur salut. Car dans la crèche, c’est le Verbe de Dieu qui se présente au moyen du corps, afin que l’ignorant aussi bien que l’intellectuel puisse accéder à cet aliment qui nous sauve. Et c’est peut-être cela aussi que le prophète proclamait à l’avance quand il disait, en dévoilant le mystère de cette crèche: Le boeuf connaît son propriétaire, et l’âne la crèche de son maître. Israël ne me connaît pas, mon peuple ne comprend pas (Is 1,3).<>

Il s’est fait pauvre à notre profit, lui qui était riche en raison de sa divinité, afin de rendre le salut facilement accessible à tous. C’est ce que voulait dire saint Paul: Lui qui était riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riche par sa pauvreté (2Co 8,9). Et qui donc était ce riche? Et de quoi était-il riche, et comment celui-là est-il devenu pauvre à cause de nous? Dites- le-moi: qui donc, quand il était riche, est devenu pauvre de ma pauvreté? C’est Dieu, dit saint Paul, qui était riche par sa création. Donc Dieu même s’est fait pauvre, adoptant la pauvreté de celui qui devenait visible. Car lui-même est riche de sa divinité, et en même temps s’est fait pauvre pour nous.

[1] “En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » (Lc 2, 1 – 15, Évangile de la Messe de la nuit, Lc 15 – 20, Évangile de la Messe de l’aurore)

Source: ZENIT.ORG, le 23 décembre 2022

Une invitation à la joie à partager, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

Une invitation à la joie à partager, par Mgr Francesco Follo

Méditation pour le 3ème dimanche de l’Avent

De Mère Teresa, « nous apprenons que la joie entre dans le cœur de celui qui se met au service ses petits et des pauvres. Dieu prend sa demeure en Celui qui aime de cette façon et son âme est dans la joie. Si, au contraire, on fait de la joie une idole, on se trompe de chemin et il est vraiment difficile de trouver la joie dont Jésus parle et que nous recevons dans la rencontre avec Jésus ».

Dans sa méditation des textes liturgiques du 11 décembre 2022, 3ème dimanche de l’Avent, ou « Dimanche de la joie », Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, invite à attendre la véritable joie, celle qu’apporte l’Evangile et « dont personne n’est exclu » : la présence même de l’Emmanuel, qui se donne aux pauvres.

Méditation de Mgr Francesco Follo : Une invitation à la joie à partager

Rite Romain

3ème dimanche de l’Avent – Année A – 11 décembre 2022

Is 35,1-6.8.10 ; Ps 145 ; Jc 5,7-10 ; Mt 11, 2-11

            1) Joie pour le Dieu proche.

            L’Evangile est joie, c’est une joyeuse et bonne nouvelle de Dieu qui naît parmi nous pour rester toujours avec nous : Il est l’Emmanuel, qui donne aux pauvres non seulement quelque chose mais qui se donne lui-même. L’évangile est l’annonce d’une Présence qui est joie. Pour cela, même si tout l’Avent est le temps de l’attente et de joie, ce dimanche est le dimanche de la joie.

Voyons comment la liturgie d’aujourd’hui nous présente cette joie de l’attente qui deviendra à Noël la félicité pour la possession d’un bien connu et aimé[1] : Jésus Christ.

Déjà dans l’antienne d’entrée de la Messe, l’Eglise nous invite à être toujours heureux, en utilisant les mots de Saint-Paul « Gaudete in Domino semper – réjouissez-vous dans le Seigneur, toujours » (Phil 4.4) [2].

Ensuite, dans la prière du début de la messe d’aujourd’hui, le prêtre présente notre désir de joie en priant ainsi : « Regarde, Père, ton peuple qui attend avec foi le Noël du Seigneur, et fait nous célébrer le grand mystère du salut avec une exultation renouvelée » (Collecte du 3ème dimanche de l’Avent).

Cette prière est suivie de la première lecture de la messe où Isaïe affirme : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu » (Is 35,1s). Le prophète Isaïe propose cet hymne à la joie parce que le peuple d’Israël a été libéré de l’esclavage.

Le Psaume 145, ensuite, décrit toute la miséricorde de Dieu vers les besogneux et les marginaux. C’est un hymne de louange à la Providence du Seigneur : « Le Seigneur est fidèle, il rend justice aux opprimés, donne du pain aux affamés, libère les prisonniers. Il redonne la vue aux aveugles, relève celui qui est tombé, aime les justes, protège les étrangers. Il soutient l’orphelin et la veuve, il règne pour toujours de génération en génération ».

Ces expressions, nous les retrouvons dans la 3e lecture, celle de l’Evangile.

Dans cette 3ème lecture, Jésus enseigne l’Evangile de la joie non en proposant un discours mais en attirant l’attention sur le fait qu’avec Lui « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l’évangile est annoncé aux pauvres » (Mt 11,2-5).

Jésus fait tant de miracles qui sont le signe de sa bonté, de sa tendresse, de son amour, de son salut pour toujours : de sa joie !

2) Jean le Précurseur et annonciateur de la joie.

Personne n’est exclu de la joie que nous attendons toujours plus intensément. Mais chacun de nous sait que ceci n’est pas une attente toujours facile. C’est pour cela que la lettre de Jacques (2ème lecture) parle de la patience du paysan. La personne patiente est celle qui, comme le paysan, attend le fruit se son travail jusqu’au temps opportun qu’il ne lui revient pas de déterminer. La personne patiente est celle qui ne se laisse pas abattre par les adversités mais qui reste ferme et solide dans son espérance « obstinée ».

Si nous revenons à l’Evangile d’aujourd’hui, nous voyons que, après avoir indiqué les oeuvres sur lesquelles il faut réfléchir et sur base desquelles il est possible donner un jugement sur Lui, le Rédempteur exprime sa pensée sur Jean le Précurseur. Il le fait en s’adressant à la foule. La grandeur de Jean ne consiste pas seulement dans l’austérité de sa vie et dans la force de son caractère. Elle est plutôt dans le fait d’avoir accepté le devoir de courir devant le Messie pour lui préparer le terrain. Le fait que Jean est envoyé pour appeler à la conversion et pour indiquer l’arrivée du Messie le qualifie de messager de joie.

Jean le Baptiste est venu rendre témoignage à Jésus et à la joie qu’il apporte. Comment peut-on ne pas être dans la joie si Jean nous indique le Christ comme l’agneau qui manifeste l’amour de Dieu avec la miséricorde ?

Le Baptiste « permit » à Jésus de descendre dans l’eau du Jourdain pour accomplir toute justice (cf. Mt 3,15), nous permettons à Dieu d’être l’Amour qui descend dans notre cœur pour accomplir en nous cette justice.

Jean, depuis petit et même encore avant de naître, indiqua la présence de Jésus tressaillant de joie dans le ventre de sa maman Elisabeth. Adulte, il devint petit pour que le Christ grandisse (cf. Jn 3,30). Nous aussi, devenons petits et laissons le Christ naître et grandir en nous, en dilatant notre coeur.

Alors nous serons dans la joie et cette joie nous rendra évidente la présence du Sauveur, comme il arriva à Jean le Précurseur.

Alors nous serons des témoins du Seigneur que nous attendons et que nous cherchons à aimer et à incarner, le Seigneur qui est réellement le Dieu aimant de la vie et le donneur de joie.

3) Témoins de la joie.

Dans l’Evangile de ce dimanche, face aux envoyés de Jean le Baptiste qui demandent à Jésus s’Il est le Messie, Jésus répond en disant ce qu’il fait : les miracles. Ces actions stupéfiantes parlent de son origine en Dieu : de sa mission rédemptrice. C’est Lui le Messie attendu, il n’y a rien aucun d’autre à attendre, parce que sa vie est un hymne à la charité, à la solidarité sur le mode parfait et définitif. Il ne faut pas attendre d’autre consolateur des affligés, d’autre samaritain qui soigne l’infortuné le long du chemin. Jésus assume la souffrance humaine, intervient avec ses pouvoirs pour sauver celui qui se trouve dans le besoin et porter dans le monde la joie évangélique.

Les saints continuent cette oeuvre du Christ. L’exemple plus récent est celui de Sainte Thérèse de Calcutta.

Cette missionnaire de la Charité et mère des pauvres est un très beau et actuel témoin de cette joie évangélique, qui naît d’un fait, d’un évènement de libération. Cette Sainte a été en contact avec la misère, la dégradation humaine, la mort, en vivant chaque jour parmi les plus pauvres des pauvres. Son âme a connu l’épreuve de la nuit obscure de la foi, et pourtant elle a donné à tous le sourire de Dieu. Elle-même exprime son expérience de joie de cette façon : « Nous attendons avec impatience le paradis, là où est Dieu, mais il est de notre pouvoir rester au paradis ici-bas et à partir de maintenant. Etre heureux avec Dieu signifie : aimer comme Lui, aider comme Lui, donner comme Lui, servir comme Lui » (La joie de se donner aux autres, Milan 1987, p 143).

De cette mère des pauvres nous apprenons que la joie entre dans le coeur de celui qui se met au service ses petits et des pauvres. Dieu prend sa demeure en Celui qui aime de cette façon et son âme est dans la joie. Si, au contraire, on fait de la joie une idole, on se trompe de chemin et il est vraiment difficile de trouver la joie dont Jésus parle et que nous recevons dans la rencontre avec Jésus. C’est ce que nous enseigne Pape François en écrivant : « La joie de l’Evangile remplit le cœur et la vie entière de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par Lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ, la joie naît et renaît toujours « . ( Es.Ap. Evangelii gaudium,1).

Un autre exemple actuel, contemporain de vie dépensée dans la joie du Christ attendu et accueilli avec joie nous vient des vierges consacrées dans le monde. Grâce à la virginité offerte pour le règne de Dieu, ces femmes instaurent un rapport d’amour personnel et exclusif avec le Christ. Le renoncement à l’amour humain (eros) pour vivre dans l’amour de Dieu (agape) témoigne que, pour elles, le Christ est tout. La joie est l’expérience d’être aimé, c’est pourquoi la joie de la vierge consacrée est le Christ : « Ceci sera la joie des vierges du Christ, joie à propos du Christ, joie en le Christ, joie avec le Christ, joie suivant le Christ, joie par le Christ, joie à cause du Christ » (Saint-Augustin d’Hippone, De virginitate, 27: PL 40, 411).

Cette joie est promise par  l’évêque pendant le rite de la consécration : « Le Christ, Fils de la Vierge et époux des vierges, sera votre joie et couronne sur la terre, jusqu’à ce qu’il vous conduise aux noces éternelles dans son règne, là où en chantant le chant nouveau vous suivrez l’Agneau partout où il aille » (RCV 27) et « Recevez l’anneau des noces mystiques avec le Christ et gardez intègre la fidélité à votre époux, pour que vous soyez accueillies dans la joie de la fête éternelle » (RCV 40).

Ces vierges consacrées sont des « femmes appelées à la prophétie de la joie … e à rayinner la lumière du visage de l’Epoux, reflétant par leur vie la beauté de l’harmonie et de l’amour du Christ dans ke concret, partageant les joies et les peines du  monde » Cette citation est prise de la préface du beau et fort utile livre De toutes les nations une unique Epouse – Ordo virginum, charisme ancien pour femme nouvelles  qui vient de sortir et téléchargeable  de ce lien https://www.libreriaeditricevaticana.va/img/cms/De%20toutes%20les%20nations%20une%20unique%20epouse/De%20toutes%20les%20nat/22_0805%20Copertina%20+%20testo.pdf),

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone

Sermon 66

ANALYSE. – Après avoir rappelé les éloges que Jean avait faits de Jésus et les témoignages que Jésus avait rendus à Jean, saint Augustin se demande comment et pourquoi le Précurseur envoya vers le Sauveur deux de ses disciples pour lui demander s’il était le Messie. En doutait-il après l’avoir montré comme tel au peuple d’Israël ? Il n’en doutait pas, mais il voulait confirmer les siens dans la foi à Jésus-Christ. – Recommandation en faveur des pauvres.

  1. La lecture du saint Évangile a soulevé devant nous une question relative à Jean-Baptiste. Que le Seigneur nous accorde de la résoudre à vos yeux comme il l’a résolue aux nôtres.

Le Christ, vous l’avez entendu, a rendu témoignage à Jean, et il l’a loué jusqu’à dire de lui que nul ne l’a surpassé parmi les enfants des femmes. Mais au-dessus de lui était le fils de la Vierge. Et de combien au- dessus ? Le héraut nous dira lui-même quelle distance entre lui et le Juge qu’il annonce. Sans doute Jean a devancé le Christ par sa naissance et ses prédications ; mais il l’a devancé pour le servir et non pour se préférer en lui. Tous les officiers du juge ne le précédent-il pas ? Ils lui sont inférieurs, quoiqu’ils marchent devant lui. Or, quel témoignage Jean n’a-t-il pas rendu au Christ ? Il est allé jusqu’à proclamer qu’il n’était pas digne de dénouer la courroie de sa chaussure. Quoi encore ? « Nous avons, dit-il, reçu de sa plénitude (2). » II se donnait comme un flambeau allumé à sa lumière ; aussi se prosternait-il à ses pieds ; il craignait en s’élevant de s’éteindre au souffle de l’orgueil. Il était si grand qu’on le prenait pour le Christ, et que si lui-même n’eût publié qu’il ne l’était point, l’erreur se serait accréditée et on aurait cru qu’il Pétait. Quel homme humble ! Le peuple lui rendait de tels hommages, et il les dédaignait. On se trompait sur la nature de sa grandeur, et il s’abaissait davantage. Ah ! c’est que rempli du Verbe de Dieu, il ne voulait point de l’élévation que confère la parole des hommes.

  1. Mt 11,2-11 – 2. Jn 1,16
  2. Voilà ce que Jean dit du Christ ; mais le Christ, que dit-il de Jean ? Nous l’avons entendu tout à l’heure. « Il commença à dire de Jean à la multitude : Qu’êtes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau agité par le vent ?» Assurément non, Jean en effet ne flottait pas à tout vent de doctrine. « Mais qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, et plus qu’un prophète. Pourquoi plus qu’un prophète ? Les prophètes ont prédit le futur avènement du Seigneur ; ils ont désiré de le voir et ne l’ont pas vu ; mais Jean a obtenu ce qu’ils ont vainement cherché. Il a vu le Seigneur, il l’a vu, il l’a montré du doigt en s’écriant : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui efface le péché du monde (1), » le voici. – Déjà le Christ était venu, mais on ne le connaissait pas ; de là les fausses idées répandues sur Jean. Voici Celui que les prophètes ont désiré de voir, Celui qu’ils ont prédit, Celui que figurait la Loi. « Voici l’Agneau de Dieu, voici Celui qui ôte le péché du monde. » Tel est le témoignage glorieux rendu par lui au Seigneur.

Et de son côté : « Parmi les enfants des femmes, dit le Seigneur, il ne s’en est point élevé de plus grand que Jean-Baptiste. Mais Celui qui vient après lui dans le royaume des cieux est plus grand que lui ;» par l’âge il vient après lui, pansa majesté il est plus grand que lui,

  1. Jn 1,29

[1] S. Thomas d’Aquino, Summa Theologiae, I-IIæ, q. 31, a. 3.

[2] C’est grâce à cette antienne que ce dimanche a pris le nome de dimanche “Gaudete” c’est à dire « réjouissez-vous, car le Messie est vraiment proche.

Source : ZENIT.ORG, le 9 décembre 2022

Christ Roi, la Vérité incarnée qui règne avec l’amour, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo
Mgr Francesco Follo

Christ Roi, la Vérité incarnée qui règne avec l’amour, par Mgr Francesco Follo

Méditation sur les lectures de dimanche 20 novembre 2022

34e dimanche du Temps ordinaire, Christ Roi – Année C – 20 novembre 2022

Rite romain

2e Sam 5,1-3;  Ps 121; Col 1,12-20; Lc 23,35-

1) Royauté de la vérité.
L’année liturgique se conclut avec la célébration du Christ, Roi de l’univers. En cette année 2016, la solennité de Christ Roi tombe le dimanche 20 novembre, jour conclusif de l’année du jubilé de la miséricorde amoureuse qui nous donne la lumière, maintenant et pour l’éternité.
Grâce à la liturgie, nous avons commencé notre chemin de cœur à Nazareth avec la Vierge Marie qui attendait le Messie annoncé par l’Ange ; ensuite, spirituellement, nous avons parcouru avec le sauveur les chemins de la Terre Sainte. A la fin du chemin liturgique annuel, nous arrivons  aujourd’hui à Jérusalem et nous sommes mis devant la croix sur laquelle Jésus meurt.
Pour fêter le Christ, roi de l’univers, certains peuvent s’étonner qu’aujourd’hui, l’Eglise ne nous propose pas l’histoire d’une théophanie (manifestation de Dieu) resplendissante : celle de la Transfiguration, par exemple. La liturgie nous invite à contempler Jésus sur la croix. Sur ce « trône » paradoxal, le Roi des rois exerce son pouvoir en sauvant un larron repenti.
Nous sommes invités à comprendre que la royauté de Jésus Christ a pour centre le mystère de sa mort et résurrection. Lorsque Jésus est mis sur la Croix, les chefs des juifs se moquent de lui : « Si tu es le Roi des Juifs, sauve toi-même »  (Lc 23,37). En réalité, Jésus, le Fils de Dieu, s’est offert  librement à sa passion  et la Croix est le signe paradoxal de sa royauté qui consiste en la Victoire de la volonté d’amour de Dieu Père sur la désobéissance du péché. De ce trône de bois simple et sec, le Christ règne en exerçant son pouvoir d’amour miséricordieux. De La Croix qui soutient le monde, Il règne et gouverne avec l’amour miséricordieux.
C’est en s’offrant lui-même dans le sacrifice d’expiation que Jésus devient le Roi universel, lorsqu’ Il déclarera, en apparaissant aux Apôtres après la Résurrection : « tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28,18).
Mais en quoi consiste la royauté de Jésus ?  Son règne est un « règne éternel et universel, règne de vérité et de vie, de sainteté et de grâce, d’amour et de paix » (Préface de la Messe du Christ Roi).
Nous aurons   accès à ce règne  en regardant Jésus sur La Croix comme le larron repenti. Cet homme a su reconnaître la vérité de Dieu dans un homme crucifié et fut sauvé pour toujours : Le Christ est Dieu, Il est grâce, Il est miséricorde et  Il est mort pour que chacun de nous puisse vivre.
S’il est important de comprendre que la  royauté du Christ resplendit  dans son « obstination  » à nous aimer, dans son refus d’utiliser sa puissance pour se sauver Lui-même, en donnant Sa vie et en nous donnant la vraie vie, il est encore plus important de comprendre que Jésus est le Roi de la vérité. Il est le roi de l’univers parce qu’il est la vérité, qu’Il fait entrer dans la vérité qui lui rend témoignage.
Pour Jésus qui se définit: Vérité,  Vie et Chemin (Jn 14,16), la vérité est la seule chose qui compte, comme il répondit à Pilate : « C’est toi qui le dis, moi je suis le roi.  C’est pour çela que je suis né et pour cela que je suis venu dans le monde : pour témoigner de la vérité. Celui qui est dans la vérité, écoute ma voix » (Jn18,37). Et cette affirmation ne contredit pas l’importance de l’amour. Vérité et amour ne sont pas en contradiction ;  plutôt : elles s’alimentent réciproquement. La vérité sans l’amour peut devenir brutale et l’amour sans la vérité peut devenir banal.  « Dans le dialogue de Jésus avec Pilate, il est évident qu’il n’existe aucune fracture entre l’annonce de Jésus en Galilée – le règne de Dieu – et ses discours à Jérusalem. Le centre du message jusqu’à la croix, jusqu’ à l’inscription sur la croix – est le règne de Dieu, la royauté nouvelle que Jésus représente. Le centre de tout est la vérité. La royauté annoncée par Jésus dans les paraboles est, en fait, la royauté de la vérité. L’érection de cette royauté, en tant que vraie libération de l’homme est ce qui intéresse » (Joseph Ratzinger – Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Paris 2011, p. 218).


2) Vrai Roi d’un monde nouveau.
Le pouvoir royal du Christ n’est pas comme celui des rois et des puissants de ce monde. C’est le pouvoir divin de donner la vie éternelle, de libérer du mal, de battre la domination de la mort. C’est le pouvoir de l’Amour qui pour s’imposer n’a pas  besoin de la force brutale mais de celle de la tendresse, qui sait reconnaître le bien du mal, attendrir un cœur dur, apporter la paix dans le conflit le plus âpre, allumer l’espérance dans le noir le plus total. Ce Règne de la Grâce ne s’impose jamais, il se propose et respecte toujours  notre liberté. Le Christ est venu « rendre le témoignage à la vérité » (Jn 18,37).
Vraiment, la royauté de Jésus n’a rien à partager avec le concept de royauté que nous, les hommes, nous avons. Nous sommes habitués à  appeler  « grands » ceux qui savent s’imposer avec « visibilité » dans la politique, dans l’économie, dans la vie sociale, et ceux qui souvent veulent s’imposer, étonner et dominer.
Le Règne de Jésus n’est pas de ce monde. Pourquoi ? Parce que la vérité est celle-ci :  « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle» (Jn 3,16).
Donc, l’important est d’accepter la Croix et de la reconnaître comme trône de vérité et de compassion. Le Christ compatît « avec » nous (au sens littéral du terme latin com-patire, c’est à dire souffrir avec) et sa compassion ne fut pas une émotion exprimée seulement avec les larmes. Jésus ne pleura pas seulement sur notre douleur et sur notre péché ; mais il l’éloigna de manière définitive sur la Croix lorsqu’ il prît sur lui, comme un agneau, comme un bouc émissaire, la faute du monde : il fit de notre passion la sienne. Jésus est « Roi mais sa puissance est la puissance de Dieu qui fait face au mal du monde, le péché qui défigure le visage de l’homme. Jésus prend sur lui le mal, la saleté, le péché du monde, notre péché et le lave avec son sang, avec la miséricorde, avec l’amour de Dieu » (Pape François, Angelus du 14 novembre 2015).
L’Agneau de  Dieu Immaculé qui enlève le péché du monde donne un témoignage constant à la vérité : à la vérité de l’Amour divin.
Le monde qui se moque du Christ : « Si tu es Roi, descends de la Croix, sauve-toi toi-même » est vaincu avec la Croix. « Ayez confiance, moi, j’ai vaincu le monde »  et donc « Je suis roi. Mais le monde n’a pas été vaincu à partir de l’intérieur du monde mais bien du haut du trône qui a été élevé au-dessus du monde. Jésus introduit la « Seigneurie » de Dieu dans le monde, en son intérieur : dans le cœur des hommes : en particulier des pauvres, des enfants, des miséricordieux, des doux, des persécutés : dans les cœurs purs. Par Lui, l’amour de Dieu a pris demeure sur la terre.

3) Un message trop haut et trop loin ?
Ce message du Christ Roi qui sert la vérité et l’amour à travers le don total de soi, peut être perçu comme quelque chose de lointain et de très haut que  nous, pauvres êtres humains, ne pouvons pas saisir. Le Christianisme semble être une doctrine non réaliste, non adaptée à ce monde. Mais le Rédempteur a dit : « Je suis venu dans le monde pour témoigner de la vérité et chacun qui croit en la vérité écoute ma voix ». Chacun et pas seulement ceux qui ont étudié la théologie ou le catéchisme. Le Christ Roi a une façon de se rendre compréhensible à chacun : en se faisant rencontre avec chaque être humain à condition que son cœur – même de façon inconsciente – s’unisse à Lui. Chaque être humain peut rencontrer le Christ et écouter sa voix. Les chrétiens n’en ont pas le monopole, ils ont le devoir de continuer à témoigner de la vérité et de l’amour  qu’ils ont expérimentés en eux de façon explicite et consciente, devant le monde
Un exemple particulier  de rendre ce témoignage est celui des vierges consacrées dans le monde. Avec leur don total d’elles-mêmes, ces femmes témoignent que le Règne du Christ commence au plus profond de la conscience des chrétiens, mais pour être authentique,  ce règne doit investir la vie quotidienne dans toutes les petites et grandes activités, en un mouvement vers l’extérieur. La dimension spirituelle intérieure ne s’oppose pas au faire. La première appelle nécessairement le second.
Ces vierges consacrées, aimantes de la vie spirituelle, témoignent de l’efficacité matérielle de l’union avec Dieu, c’est à dire du  règne du Christ auquel on adhère intérieurement, mais auquel on doit travailler dans le monde, extérieurement. La prière n’est pas du temps perdu et les problèmes de la vie quotidienne ne se résolvent pas en épargnant du temps et l’effort consacré à la prière. La grâce nécessaire à la réalisation de ces objectifs sociaux qui demandent beaucoup d’efforts et de sacrifices, ne peut pas être complètement indépendante de  la foi en Jésus Christ, Roi de l’univers.
En se consacrant, elles ont choisi définitivement et exclusivement le Christ, Epoux et vérité de leur vie. Ce choix ne garantit pas le succès selon les critères du monde mais assure cette paix et cette joie que seul Lui peut donner. L’expérience de ces femmes le démontre que – au nom du Christ, au nom de la vérité et de la justice – elles ont su s’opposer aux flatteries des pouvoirs terrestres avec leurs masques différents, jusqu’à sceller, avec le don total d’elles-mêmes, leur fidélité, pour collaborer à la construction du Royaume d’amour et de vérité de leur Epoux.(cf n° 17 du rituel de consécration des vierges : « Voulez-vous suivre le Christ selon l’Evangile de telle sorte que votre vie apparaisse comme un témoignage d’amour et le signe du Royaume à venir ? »)

Lecture Patristique
Saint Augustin d’Hippone
Traité 115

« C’est pourquoi Pilate lui dit: Tu es donc roi? Jésus répondit: Tu le dis, oui, je suis roi ». Il ne craignit pas d’avouer qu’il était roi. Mais par ces mots: « Tu le dis », il conserve toute sa liberté. Il ne nie pas qu’il soit roi (car il est roi d’un royaume qui n’est pas de ce monde) et il n’avoue pas qu’il soit roi d’un royaume qui passe pour être de ce monde. C’est ce que pensait celui qui disait: « Donc tu es roi », et à qui il fut répondu: « Tu le dis, oui, je suis roi ». Notre-Seigneur emploie ces mots. « Tu le dis », comme pour dire: Tu es un homme charnel et tu parles d’après les sentiments de la chair.
Notre-Seigneur ajoute ensuite: « Je suis né et je suis venu au monde pour rendre témoignage à la vérité ». Le pronom dont se sert le texte latin: in hoc natus sum, ne doit pas s’entendre en ce sens: Je suis né dans -cette chose; mais bien: Je suis né pour cela, tout comme il est dit: « C’est pour cela que je suis venu dans le monde ». Dans le texte grec il n’y a aucune ambiguïté. Par là il a manifestement voulu, en cet endroit, rappeler cette naissance temporelle par laquelle, après s’être incarné, il est venu dans le monde, et non pas cette naissance sans commencement par laquelle il était le Dieu par qui le

  1. Mt 13,38 Mt 13,41. – 2. Jn 15,19. – 3 Col 1,13.

Père a créé le monde. Il dit donc qu’il est né et qu’il est venu en ce monde, qu’il est né d’une Vierge pour cela, c’est-à-dire pour cette fin, pour rendre témoignage à la vérité. Mais comme la foi n’appartient pas à tous (1), il ajoute: « Quiconque est de la vérité, entend ma voix », c’est-à-dire l’entend intérieurement; c’est-à-dire encore, obéit à ma voix; c’est la même chose que s’il disait: Croit en moi. Quand Jésus-Christ rend témoignage à la vérité, il se rend évidemment témoignage à lui-même; c’est lui, en effet, qui a dit: « Je suis la vérité (2) », et en un autre endroit il dit: « Moi, je rends témoignage de moi-même (3) ». Par ces autres paroles: « Quiconque est de la vérité, entend ma voix », il nous fait souvenir de la grâce par laquelle il nous appelle selon son bon plaisir. C’est de ce bon plaisir que l’Apôtre nous dit: « Nous savons qu’à ceux qui aiment Dieu, toutes choses tournent à bien, à ceux qui ont été appelés selon la volonté de Dieu (4) », selon la volonté de Celui qui appelle, et non pas de ceux qui sont appelés. Ceci est plus clairement exprimé en un autre endroit: « Collaborez à l’Evangile selon la puissance de Dieu qui nous sauve et noua appelle par sa sainte vocation, non d’après nos oeuvres, mais d’après sa volonté et sa grâce (5) ». Si nous supposons qu’il s’agisse de la nature dans laquelle nous avons été créés, comme la vérité nous a tous créés, qui est-ce qui ne serait pas de la vérité? Mais ce n’est pas à tous que la vérité a donné d’entendre la vérité, c’est-à-dire d’obéir à la vérité et de croire à la vérité; et cela sans aucun mérite antécédent, de peur que la grâce ne soit plus une grâce. Si Notre-Seigneur avait dit: Quiconque entend ma voix est de la vérité; alors celui-là serait regardé comme étant de la vérité, qui obtempérerait à la vérité. Mais il n’a pas parlé ainsi; il a dit: « Quiconque est de la vérité, entend ma voix ». Par conséquent, il n’est pas de la vérité, parce qu’il entend sa voix.; mais il entend sa voix, parce qu’il est de la vérité, c’est-à-dire parce que ce don lui a été accordé par la vérité. Qu’est-ce que cela veut dire? Rien que ceci: Il croit en Jésus-Christ par un don de Jésus-Christ.

  1. 2Th 3,2. – 2. Jn 14,6. – 3. Jn 8,18. – 4. Rm 8,18. – 5. 2Tm 1,8-9.

Source: ZENIT.ORG, le 18 novembre 2022

La Vie après la vie, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo © CCIC Centre Catholique International de Coopération avec l'UNESCO
Mgr Francesco Follo © CCIC Centre Catholique International De Coopération Avec L’UNESCO

La Vie après la vie, par Mgr Francesco Follo

Méditation sur les lectures de dimanche 6 novembre 2022

XXXIIème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C- 6 novembre 2022

Rite Romain 2Mac 7,1-2.9-14; Ps 16; 2 Ts 2,16-3,5; Lc 20,27-38

Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ le Roi de l’Univers

  1. Le Dieu des vivants

Le passage de l’Évangile de ce dimanche parle de la vie au-delà de la mort, en nous narrant une question surprenante que les Sadducéens  posent à Jésus ; sa réponse est encore bien plus surprenante.

Certains sadducéens se rapprochent du Messie dans le Temple car ils veulent faire dire au Christ quelque chose qui leur permet, sinon de le condamner, mais du moins de le gêner. Ils Lui demandent : « S’il y a la résurrection, qu’est-ce qui arrive dans ce cas-là ? ». Ils Lui présentent un cas hypothétique et invraisemblable où sept frères épousent l’un après la mort de l’autre, la même femme pour suivre la loi du lévirat  qui prescrivait au beau-frère de prendre comme épouse la femme du frère décédé sans enfants.

Dans ce cas improbable, les Saducéens essayaient de démontrer que l’idée de la résurrection  était absurde et étrangère à l’Ecriture. En présentant l’hypothèse paradoxale de la femme épousée sept fois, c’était comme dire que l’existence de la résurrection conduisait à des complications inadmissibles. Donc, ils étaient certains ridiculiser n’importe quelle réponse de Jésus, s’il avait affirmé l’existence de la résurrection qui était pour eux une idée ridicule et étrangère à l’Ecriture : c’était une sorte de superstition populaire.

Jésus répond à la question des Saducéens : «  Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui » (Lc 20, 34 – 38).

Pour bien comprendre la réponse de Jésus, il faut rappeler que, dans l’Ancien Testament, la certitude d’une vie future qui dépasse le seuil de la mort et assure un destin heureux et lumineux à l’homme, n’avait pas encore atteint la maturité et la force qui aura dans le Nouveau Testament. Dans l’Evangile, cela devient clair grâce à la révélation du Christ, confortée par sa propre résurrection, trois jours après sa mort sur la Croix.

Jésus parle d’une vie au-delà de la mort, une vie dans laquelle le juste est en pleine communion avec Dieu, le Dieu des vivants dont Moïse avait déjà parlé (cfr. Ex. 3,6). Ce verset de l’Exode, qui fait partie du Pentateuque et était reconnu par les Sadducéens comme livre inspiré, ne parle pas directement de la résurrection du Seigneur en tant que Dieu des vivants. Ce faisant, Jésus conduit la discussion à la racine, c’est-à-dire à la conception du Dieu vivant et sa fidélité: si Dieu aime l’homme, il ne peut pas l’abandonner au pouvoir de la mort.

Le pouvoir de l’homme sur l’homme  est une domination qui donne souvent la mort aux vivants, celui de Dieu est service, qui toujours donne la vie aux morts. Jésus enseigne que les ressuscités sont fils de Dieu qui participent pleinement à la vie divine. Nous ne pouvons pas nous imaginer comment cette vie sera, mais il est certain que ce sera une vie pleine, dans la joie de l’amour  réciproque. Notre Dieu n’est pas un Dieu des morts, mais des vivants. Il est au service de la vie, Il est la vie. La mort n’est pas le dernier mot sur tout et tout le monde, et Dieu est un Père qui aime et donne à ses enfants la vie à jamais. Il ne tue pas ses enfants. Il les aime tellement que, pour leur donner la vie, il a envoyé son Fils Jésus, qui a donné sa vie pour eux.

2) Une vie et un amour à partager pour l’éternité. 

Les Sadducéens, malheureusement, ne sont pas les seuls à ne pas croire en la résurrection. Hier comme aujourd’hui, beaucoup de monde, chrétiens et non chrétiens, se demandent quel est le sens de la résurrection. Comme les non-croyants, nous, les chrétiens, disons souvent : « L’important, c’est la santé ». L’important est de prolonger la vie dans la façon la plus décente  possible. Et au lieu de nous poser la question d’une bonne vie, nous discutons sur la bonne mort (en effet, « euthanasie » signifie bonne mort).

Evidemment, dans cette perspective où la mort est un fait à affronter d’une façon la moins douloureuse possible, il est très difficile d’accepter la révélation de la résurrection. Par contre, la résurrection est thème fondamental. La résurrection est le principe de la vie chrétienne. C’est si vrai que les Apôtres dirent  – lorsqu’ils ont dû choisir quelqu’un à la place de Judas Iscariote – : «  Prenons un qui avec nous a été témoin de la résurrection ». Et dans la lettre aux Corinthiens, Saint Paul écrit  « Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (ch 15, 14). Sans la résurrection, le Christianisme n’a aucune valeur. Avec la résurrection -la résurrection de la chair- donc, (le terme « chair désigne l’homme dans sa condition de faiblesse et de mortalité, cfr Gn 6, 3 ; Ps 56,5 ; Is 40,6), tout Christianisme est debout ou sinon, il s’effondre, au-delà de toutes sucreries, tout romantisme sur la bonté et sur l’amour.  

Les paroles du Christ aux Sadducéens sont claires : « Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui » (Lc 20, 37-28) et donc, ceci ne sont pas morts. S’ils sont à Dieu : ils sont vivants.

Dieu est Vie, il est le Dieu qui donne la vie, il est le Dieu qui aime la vie et le Fils de Dieu nous dit clairement que la vie vient de Dieu : “tout le monde vit pour lui”. Tout d’abord, ce n’est pas pour la peur de la mort que nous, les croyants du Christ, « attendons la vie éternelle ». Nous l’attendons parce que nous avons appris de Dieu que la vie nait de Dieu et  que Lui seul donne de vivre. Nous avons compris que Dieu ne sera pas absent au moment de notre mort parce qu’il est à l’origine  de notre naissance et de celle de chaque nouvel enfant. 

Celui qui a voulu Abraham, Isaac, Jacob et chacun de nous, ne peut pas nous avoir mis au monde, à la lumière du monde, pour nous envoyer dans les ténèbres de la mort. Il ne nous a pas fait naitre pour nous faire mourir. Il est le Dieu des vivants, non pas des enfants morts.   

3) Résurrection et virginité

En conclusion de ces réflexions sur la rencontre des Sadducéens avec le Christ, je voudrais souligner que le débat de Jésus avec ces hébreux a pour thème la résurrection, mais  il  nous offre aussi un enseignement sur la virginité. 

Le Messie enseigne que les ressuscités ne prennent ni femme ni mari. Cela implique que l’état final de l’humanité est l’état virginal,  au sens où le rapport exclusif entre homme et femme, avec ses significations d’unité et fécondité, n’a plus de raison d’exister dans une phase conclusive de l’histoire. Quand « Dieu sera tout en tous » (cfr 1 Cor15, 28), il y aura un seul amour et il sera l’amour trinitaire. Lorsque le rapport exclusif entre homme et femme aura cessé, l’amour trinitaire que les ressuscités expérimenteront sera un amour virginal.   

Alors, nous comprenons mieux la valeur de la vie des vierges consacrées dans le monde : ces femmes sont un « signe »  qui indique ce que sera la vie de tous les jours dans le Ciel.  (cf rituel de consécration des vierges n° 24) 

Ces femmes consacrées témoignent qu’accueillir le Christ comme Seigneur de façon pleine et exclusive veut dire témoigner concrètement la vérité du prologue de Saint Jean : « à tous ceux qui l’ont reçu, (Jésus) a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu », « enfants de la résurrection » dans le Fils qui a vaincu la mort. Ces femmes montrent dans une façon spéciale que les chrétiens participent désormais de la nature et de la vie divine, et elles sont ici en ce temps et en ce monde « jugées dignes d’un autre monde et de la résurrection des morts ». Elles vivent chaque relation de façon différente, céleste parce qu’« elles sont pareilles aux anges ». Dans l’Eglise qui est le monde sauvé, les vierges représentent le témoignage et le signe de l’état de la résurrection finale, où on ne prend pas ni femme ni mari, comme les mariés sont le signe du Christ époux de l’Eglise et les prêtres sont signes de la présence efficace du Christ pasteur. 

Lecture patristique

Homélie du II° siècle

« Dans sa miséricorde, Dieu nous ressuscite »

Il faut que nous regardions Jésus Christ ainsi que nous regardons Dieu: comme le juge des vivants et des morts, et il ne faut pas que nous estimions médiocrement notre salut. Car si nous estimons médiocrement le Christ, c’est que nous espérons aussi des réalités médiocres. Ceux qui accordent peu de valeur à ce qu’ils ont appris là-dessus sont en état de péché; et nous aussi, nous péchons, si nous ne savons pas à partir de quel lieu, par qui et pour quelle destination nous avons été appelés, si nous ne savons pas tout ce que le Christ a accepté de souffrir à cause de nous.

Que lui donnerions-nous en retour? Quel fruit qui soit digne de celui qu’il nous a donné? Quelle dette nous avons envers lui! Il nous a gratifiés de la lumière, comme un père il nous a déclarés ses fils, il nous a sauvés quand nous périssions. Quelle louange assez grande pourrions-nous lui donner? Comment le payer de retour pour toutes ses largesses? Notre esprit était si débile que nous adorions des pierres, du bois, de l’or, de l’argent et du bronze façonnés par les hommes, et toute notre vie n’était rien d’autre qu’une mort. Nous étions donc plongés dans l’aveuglement, notre vue était remplie de ténèbres, et voilà que nous avons retrouvé la vue, nous avons écarté, par son bon vouloir, le nuage qui nous enveloppait.

Car il a eu pitié de nous, sa tendresse s’est émue et il nous a sauvés, lorsqu’il a vu que nous étions dans l’égarement, que nous allions à notre perte et que nous n’avions aucun espoir d’être sauvés en dehors de lui. Car il nous a appelés alors que nous n’existions pas et il a voulu nous faire passer du néant à l’être !

Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantais pas, éclate en cris de joie, toi qui n’as pas connu les douleurs , car plus nombreux sont les enfants de la délaissée que les enfants de celle qui a un époux. Ces paroles: Réjouis-toi, stérile, toi qui n’enfantais pas, s’adressent à nous; car c’est notre Eglise qui était stérile, avant que des enfants lui fussent donnés. Ces paroles: Pousse des cris de joie, toi qui n’as pas connu les douleurs, signifient les prières que nous devons, avec simplicité faire monter vers Dieu pour ne pas succomber, comme les femmes qui sont dans les douleurs. Ces paroles: car plus nombreux sont les enfants de la délaissée que les enfants de celle qui a un époux, voici ce qu’elles signifient: notre peuple paraissait délaissé par le Seigneur; mais maintenant que nous sommes croyants, nous sommes plus nombreux que ceux qui semblaient posséder Dieu.

Il est dit, dans un autre passage de l’Écriture : Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. Cela signifie que le Seigneur cherche ceux qui se perdent, voilà ceux qu’il faut sauver. C’est en effet une oeuvre grande et admirable d’affermir non pas les édifices solides, mais ceux qui s’écroulent. C’est ainsi que le Christ a voulu sauver ce qui était perdu, et qu’il a été le salut de beaucoup, lui qui est venu et qui nous a appelés alors que déjà nous étions perdus.

Source : ZENIT.ORG, le 4 novembre 2022

« L’Amour attend notre ‘merci’ », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 17 déc. 2018 © Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 17 Déc. 2018 © Mgr Francesco Follo

« L’Amour attend notre ‘merci’ », par Mgr Francesco Follo

Méditation sur les lectures de dimanche 9 octobre

Le retour du Samaritain lépreux vers le Christ « pour le remercier de la guérison accordée à tous », est « un geste eucharistique » grâce auquel « il reçoit la guérison du cœur », explique Mgr Francesco Follo en introduisant son commentaire de l’évangile du dimanche 9 octobre prochain. « Maintenant le Samaritain n’est plus un lépreux guéri mais un homme sauvé ».

Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, invite à méditer, dans l’évangile de Luc, le récit dans lequel sur les 10 lépreux guéris par Jésus, un seul revient sur ses pas lorsqu’il se découvre guéri, pour rendre gloire à Dieu.

Mgr Follo fait observer que l’invocation “Seigneur, pitié“ « introduit chaque célébration eucharistique ». L’important réside « dans le fait que l’invocation “Seigneur, prends pitié“ se transforme en “merci“. De cette façon, explique-t-il, « nous reconnaissons pleinement que notre misère a besoin de miséricorde ».

L’Amour attend notre ‘merci

XXVIIIe Dimanche du Temps ordinaire – Année C –  9 octobre 2022

2 R 5,14-17; Ps 97; 2 Tm 2,8-13; Lc 17,11-19).

  1) La guérison de la lèpre du cœur

Jésus est en marche vers Jérusalem, là où il sait qu’il devra affronter la mort  pour « passer », Lui et l’humanité entière, dans la « terre » promise du Ciel. Dans cet exode vers la Ville de la Paix où il fêtera la Pâques (le passage de son retour au Père, le passage de la mort à la vie), Il ne laisse rien qui ne soit visité de sa présence, rien qui ne soit pas touché de ses saintes mains et de son regard de miséricorde qui guérit l’âme et le corps.

Dans ce chemin vers Jérusalem qui se situe au sud de la Terre Sainte, Jésus suit un parcours géographiquement absurde parce qu’il prend la direction du nord, vers la Samarie et la Galilée.

Mais Jésus suit la carte du coeur et va vers le centre en passant par les périphéries existentielles. En effet, quels sont ceux qui peuvent être plus périphériques que les lépreux qui sont des morts vivants  parce que, surtout à cette époque, ils devaient rester en dehors de la ville, en ne pouvant pas habiter avec leurs concitoyens. Ils étaient condamnés à vivre en marge de la vie parce qu’ils étaient porteurs d’une maladie  que l’on considérait contagieuse et qui les rendait impurs, immondes.

Ces dix lépreux représentent l’entière humanité, intoxiquée par le péché, condamnée à mort. Donc ils étaient incapables de faire le chemin de la vie. Jésus ordonne à tous (y compris nous) de marcher et d’aller « faire certifier » le miracle de la guérison par des prêtres, comme la Loi mosaïque l’ordonne.

Mais il ne suffit pas d’obéir et de marcher ; il faut prendre conscience du don reçu. Malheureusement, un seul, un samaritain (c’est-à-dire un qui unissait à la fois la marginalisation de la maladie et celle du mépris des autres qui le considéraient comme hérétique) retourne chez le Christ pour le remercier de la guérison accordée à tout le monde. Grâce à ce geste eucharistique (eucharistie signifie remerciement), il reçut la guérison du cœur.

En effet, dans cette rencontre entre Jésus et les lépreux, il y a deux mots clés : « pitié » et « merci ».
L’invocation  « Seigneur, pitié », « Seigneur, aie miséricorde de nous pécheurs » introduit chaque célébration eucharistique  (qui signifie «  célébration de grâce ») et c’est la prière que chacun de nous adresse au Seigneur au début de la Messe.

L’important réside dans le fait que l’invocation : « Seigneur, prends pitié » se transforme en « merci ». De cette façon, nous reconnaissons pleinement que notre misère a besoin de miséricorde.

A la demande d’être écoutés et aimés malgré notre mal et qui s’exprime avec l’invocation « Je t’en prie, Seigneur, sauve-moi » Ps 114,4), le Christ répond avec sa miséricorde infinie dans laquelle nous somme guéris à un niveau supérieur auquel que nous demandons. En effet, avec le miracle d’aujourd’hui, le Seigneur nous apprend qu’il y a deux niveaux de guérison : un, plus superficiel, concerne le corps; l’autre, plus profond, touche l’intimité de la personne que la Bible appelle « cœur » duquel toute l’existence irradie. La santé du corps n’est pas contre celle du coeur, bien au contraire, la guérison complète et radicale est le salut qui agit de façon telle que notre cœur ne reste pas loin du Christ.

Souvenons-nous que le salut réside dans la relation avec le Seigneur, source de vie, et non dans la purification de la lèpre parce qu’on tombera encore malade plus tard, et qu’il faudra mourir. Donc le salut n’est pas simplement d’être purifié, guéri. Ce n’est pas la bonne santé parce qu’elle s’en va tôt ou tard. Le salut est autre chose : c’est la communion avec Lui, c’est revenir à Lui et glorifier Dieu à haute voix. « J’aime le Seigneur pour qu’il écoute le cri de ma prière » (Ps 114, 1-2). C’est dans l’Eucharistie que nous vivons la foi et la rencontre avec Lui qui nous a aimés et sauvés. Alors allons avec gratitude à la source de notre confiance qui est Son amour grâce auquel nous pouvons vivre.

2) Sauvés grâce à notre ‘merci’

Le retour (mot qui est synonyme de conversion) du lépreux guéri fut dicté par la reconnaissance vers le Messie qui l’avait guéri. Mais, dans ce geste, nous pouvons reconnaître le Christ comme Grand Prêtre, chez qui ce n’est plus la loi de Moise mais la nouvelle loi de l’Amour qui « impose » d’aller : en effet, c’est à Lui de certifier que l’on a recouvré la santé. Grâce au « merci », l’invocation de compassion pour la terrible maladie qui corrompt le corps devient une expérience d’amour et de communion.

Maintenant le samaritain n’est plus un lépreux guéri mais un homme sauvé.

Ce samaritain a compris qu’en retournant vers Jésus pour glorifier Dieu, tout ce qui lui était interdit lui devient accessible : le Temple, le culte, la vie du Peuple Saint.

Cet homme sauvé est poussé par la gratitude à se rapprocher avec pleine confiance du trône de la Grâce pour recevoir la miséricorde, trouver la grâce, et être aidé au moment opportun.(cfr Hb 4,15-16).

Cet homme qui était détruit, méprisé, seul et isolé fait l’expérience du salut et non seulement d’une vie digne sur terre qui lui est aussi restituée, mais le Seigneur lui donne la vie qui ne passe plus.

L’important est que nous allions nous aussi vers le Christ en mendiant la pitié et en lui disant : « merci » et nous revivrons  nous aussi  l’expérience de Jésus guérisseur et, surtout, rédempteur qui sauve le corps  et le cœur.

D’une manière paradoxale mais correcte, nous pouvons dire que le  lépreux sauvé (qui est chacun de nous lorsque nous sommes repentis et reconnaissants) devient l’annonce vivante de l’Evangile de la vie.

Aujourd’hui, la même chose  nous arrive : si nous implorons pitié et disons merci, nous devenons de vrais  disciples du Christ, ses fidèles annonciateurs.

C’est l’enseignement du reste du récit de Saint Luc d’aujourd’hui : Jésus loue la foi du samaritain lépreux et le désigne « annonciateur » de la bonne et joyeuse nouvelle. Cette nouvelle est confiée à celui qui, grâce à la foi, reçoit  la purification de la lèpre du péché, le salut de l’âme, et la rédemption du coeur. Avec Romain le Mélode, prions : « Comme tu as purifié le lépreux de son infirmité, oh Tout-Puissant, ainsi pour guéris le mal de nos âmes, Tu qui es miséricordieux, par l’intercession de la Mère de Dieu, médecin de nos âmes, Ami des hommes, sauveur immune du péché » (Hymne 23, Préface).

La grandeur du Samaritain a été celle de mettre non seulement sa santé sans les mains du Seigneur mais toute sa vie.

Nous pouvons donc nous demander ce qui a poussé l’homme qui a reçu le miracle aujourd’hui à s’abandonner au Christ avec un coeur joyeux et plein de reconnaissance.  Nous pouvons nous poser une question analogue, valide pour les situations moins dramatiques : « Qu’est-ce qui pousse les vierges consacrées dans le monde à mettre leur propre vie aux pieds du Christ-Epoux pour qu’il en fasse ce qui lui plait ? ». Cela ne peut être que la même et profonde certitude qui anima le cœur de Marie, face à l’annonce de l’Ange Gabriel à Nazareth jusqu’au pied de la croix à Jérusalem. C’est cette même et profonde certitude qui donna la force à Saint Joseph face à la tâche que Dieu lui confia ; c’est la même certitude qui soutint les Apôtres devant le martyre : la compassion de Dieu s’est penchée vers nous, la Miséricorde de l’Eternel est descendue sur la terre et a assumé un visage humain. C’est le Christ, notre seul bien : Il ne veut rien d’autre que notre bien. Il est né et mort pour cela. Il est ressuscité et est ici, présent dans l’Eucharistie, pour cela. C’est pour cela que nous pouvons nous abandonner à Lui sans réserves, pour cela nous pouvons aller vers Lui, nous agenouiller en suppliant et en mettant toute notre vie dans sa Volonté pour Lui permettre de nous dire à nouveau : « Je t’aime ».

L’abandon dans les mains du Christ de la part des vierges consacrées est pour nous un exemple quotidien, simple et imitable pour relier notre confiance en Jésus qui, avec son saint et pur amour,  nous communique pureté et santé pleine. (cf Rituel de consécration des vierges, n° 24 : « Et toi, Dieu toujours fidèle, sois dans la maladie leur guérison ») Dans notre vie de chaque jour, nous apprenons que la guérison commence lorsque nous savons que nous pouvons compter sur quelqu’un qui veut notre bien, qui nous est proche et qui est disposé à porter notre mal, que ce soit la maladie ou le péché.

Voilà : la compassion radicale, vécue par Jésus,  demande à chacun de nous de nous interroger sur notre capacité à rester à côté de celui qui se sent impur et malade. Comment oublier que François d’ Assise a compris tout le christianisme le jour où il décida d’embrasser un lépreux ? A ce moment-là, il commença son chemin de disciple jusqu’à devenir « très semblable à Jésus », jusqu’ à lui ressembler « physiquement » avec les stigmates?

Jésus est la sainteté qui brûle chaque notre péché. Il est la vie qui guérit nos maladies, mais ce service aux hommes a un prix élevé : Jésus ne peut plus entrer publiquement dans les villages, mais il est contraint de rester dans des lieux déserts, c’est-à-dire à vivre la situation qui était celle du lépreux auparavant : Jésus soigne et guérit les autres au prix de la prendre leur mal sur lui. Le texte latin du prophète Isaïe sur le serviteur du Seigneur dit: « Nous le considérions comme un lépreux » (Is 53,4b). Oui, Jésus, le Serviteur, le Messie, le Sauveur s’est fait pour nous comme un lépreux, pour guérir notre lèpre du le corps et de l’esprit. De cette façon, sur la croix il aura des plaies comme un lépreux : mais nous pouvons fixer sur lui notre regard dans l’espérance certaine de la guérison, certains de la compassion de celui qui « a pris sur lui nos souffrances et nos maux » (Is 53,4a).

Lecture Patristique

Saint Ambroise de Milan

Traité des mystères

 « Que la récente lecture des livres des Rois serve aussi à ton enseignement. Nous y avons vu Naaman le Syrien couvert de lèpre que personne n’avait pu guérir… Naaman finit par consentir aux conseils de ses serviteurs et se baigna. Aussitôt purifié, il comprit que l’artisan de la purification de chacun n’était pas l’eau mais la grâce 

Sache maintenant que cette jeune fille captive, c’est l’Assemblée qui, en vérité, est bien jeune parmi les nations, autrement dit : l’Eglise du Seigneur qui était opprimée auparavant par la captivité du péché dans le temps où elle n’avait pas encore reçu la liberté de la grâce…

Je vois de l’eau telle que j’en avais vu quotidiennement. Je m’y étais souvent baigné, sans avoir jamais été purifié pour autant et elle aurait soudain le pouvoir d’accomplir cette purification ? Eh bien, sache par là que l’eau n’a ce pouvoir qu’avec l’Esprit

Qu’est-ce que l’eau sans la croix du Christ (d’où jaillit l’eau et le sang) ? C’est un élément ordinaire, sans aucun effet sacramentel. Et pourtant sans eau, le mystère de la régénération ne pourrait s’accomplir : nul, en effet, s’il n’est rené de l’eau et de l’Esprit ne peut entrer dans le Royaume de Dieu… » 

« Nous lisons en effet dans les livres des Rois qu’un Gentil (un païen), Naaman, a été, selon la parole du Prophète, délivré des taches de la lèpre ; pourtant bien des juifs étaient rongés par la lèpre du corps, et aussi de l’âme… Pourquoi donc le Prophète ne soignait-il pas ses frères, ses concitoyens, ne guérissait-il pas les siens, alors qu’il guérissait des étrangers…? N’est-ce pas que le remède dépend de la bonne volontéet non de la nation

L’Eglise est ce peuple rassemblé d’entre les étrangers, ce peuple jadis lépreux avant d’être baptisé dans le fleuve mystérieux : « Le Christ a voulu rendre sainte l’Eglise en la purifiant avec l’eau qui lave et cela par la Parole ; il a voulu se la présenter à lui-même splendide, sans tache ni ride… » (Eph 5, 26-27)

En Naaman nous est montrée la figure du salut qui viendra pour les Gentils.

St Bruno de Segni

« Il est bien que, pour cette guérison de lépreux, on ne désigne expressément aucune localité, pour montrer que ce n’est pas le seul peuple d’une cité spéciale, mais les peuples de l’univers qui ont été guéris…
Si donc le remède de la lèpre est la parole, le mépris de la parole est assurément la lèpre de l’âme…

Le Seigneur prescrit de se monter au prêtre ; car se montrant au prêtre, le prêtre comprendra qu’il n’a pas été guéri selon la procédure légale, mais par la grâce de Dieu supérieure à la Loi ; le Seigneur montrait qu’il ne détruisait pas la Loi mais l’accomplissait. Il se conduisait selon la Loi, alors même qu’on le voyait guérir en dépassant la Loi, ceux que les remèdes de la Loi n’avaient pas guéris.

« Que représentent les dix lépreux sinon l’ensemble des pécheurs ? … Lorsque vint le Christ, tous les hommes soufraient de la lèpre de l’âme, même s’ils n’étaient pas tous atteints de celle du corps… Or la lèpre de l’âme est bien pire que celle du corps…

Ces hommes se tenaient à distance car ils n’osaient pas, étant donné leur état, s’avancer plus près de lui. Il en va de même pour nous : tant que nous demeurons dans nos péchés, nous nous tenons à l’écart. Donc, pour recouvrer la santé et guérir de la lèpre de nos péchés, supplions d’une voix forte et disons : « Jésus, Maître, prends pitié de nous ». Cette supplication ne doit toutefois pas venir de notre bouche, mais de notre cœur

En cours de route, ils furent purifiés…souvent, en effet, le pécheur est pardonné avant de venir trouver le prêtre. En réalité il est guéri à l’instant même où il se repent…

Le Samaritain représente tous ceux qui ont été purifiés dans l’eau du baptême ou guéris par le sacrement de Pénitence… ils imitent le Christ, ils marchent à sa suite en le glorifiant et en lui rendant grâce..

C’est la foi qui guérit l’homme dans son âme et dans son corps.

Source : ZENIT.ORG, le 7 octobre 2022

« La puissance de la foi est puissance d’amour », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

« La puissance de la foi est puissance d’amour », par Mgr Francesco Follo

Méditation des lectures de dimanche 2 octobre 2022

Voici la méditation des lectures de la messe de dimanche 2 octobre 2022, par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

La puissance de la foi est puissance d’amour

XXVIII Dimanche du Temps ordinaire – Année C – 2 octobre 2022

Hab 1,2-3;2, 2-4; Ps 94; 2Tm 1,6-8.13-14; Lc 17,5-10

            1) La foi n’est pas une question de quantité.

Pourquoi, dans l’évangile d’aujourd’hui, les disciples demandent-ils au Christ « Augmente en nous la foi » (Lc 17, 5) ? Parce que la demande de Le suivre en quittant tout (cf. Lc 16, 13) et de pardonner sans compter (cf. Lc 17, 3-4), leur a fait comprendre combien leur foi était petite.

Cela fait longtemps qu’ils ont reconnu le Fils de Dieu, l’Amour miséricordieux et fidèle, en Jésus Christ. Maintenant ce qu’ils demandent c’est d’avoir de plus en en plus confiance en cet amour miséricordieux et fidèle de Dieu.

En effet, seule une foi tenace et pleine permet de mettre toute leur vie sous le signe de la miséricorde et de la fidélité.

Les disciples d’hier nous font comprendre à nous disciples d’aujourd’hui que nous sommes appelés à avoir confiance en cette fidélité de Dieu, qui est l’engagement persévérant et total avec lequel Dieu s’est livré, une fois pour toutes, à l’humanité, dans sa Parole. Croire à la Parole n’est pas un problème de quantité, c’est donner « parole » à la Parole, c’et s’engager sans réserve auprès de Celui qui s’est engagé pour nous, sans plus y réfléchir.

Pour faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’avoir une foi « en grande quantité » mais une foi « de qualité », authentique et tenace, le Christ fait une comparaison très convaincante : L’arbre est bien accroché à la terre et même les tempêtes n’arrivent pas à le déraciner.  Eh bien, il suffit d’un brin de foi – petit comme un grain de moutarde – pour le déraciner. Avoir la foi c’est faire confiance en Dieu humblement et totalement, c’est accepter un projet calculé sur les possibilités de Dieu et non sur les nôtres. Les possibilités de réussite ne sont pas dues à la grandeur de nos capacités mais à l’ampleur de l’amour de Dieu envers nous et auquel nous croyons.

Un exemple actuel nous vient de Sainte Thérèse de Calcutta, qui n’a certes pas eu de gestes spectaculaires, mais une foi vaillante montrant que de la puissance de la foi s’écoule la puissance de l’amour. Cette sainte a fait bien plus que d’aller planter l’arbre dans la mer. Commençant par s’occuper des moribonds de Calcutta, elle a soigné et sauvé une foule innombrable de pauvres, aidée par des milliers de sœurs qui l’ont suivie et la suivent toujours. Grâce à ses yeux –purs comme ceux des anges – Mère Teresa a su reconnaître le Christ dans tous les Lazare qu’elles rencontraient sur terre, et grâce à sa foi qui est « une source d’amour », elle a su soigner les plus pauvres des pauvres de ses mains saintes et pures, pour lesquelles toucher les plaies d’un malade était comme toucher celles du Christ. La Mère des pauvres avait une foi d’une si grande « qualité » qu’un courant d’amour totalement gratuit et désintéressé s’est déclenché, qui est encore aujourd’hui parlant, multilingue, et destiné à durer.

Sainte Teresa de Calcutta a montré que dans l’Eglise il y a le ministère de la charité, car l’Eglise ne doit pas seulement annoncer mais vivre la Parole qui est charité.

La foi solide de M. Teresa lui a permis de s’abandonner totalement au Christ, dans une confiance amoureuse pour celui à qui elle avait « simplement » fait de la place, devenant sa sainte demeure. Cette foi, elle l’exprime bien dans la prière suivante : « Seigneur, donne-moi la foi qui soulève des montagnes, mais avec amour. Enseigne-moi cet amour qui trouve sa joie dans la vérité, toujours prêt à pardonner, à croire, à espérer, à supporter. Enfin, quand toutes les choses finies se dissoudront et que tout sera clair, fais en sorte que j’aie été le reflet, faible mais constant, de ton amour parfait. »

Cette prière nous aidera à grandir d’une foi vaillante et charitable.

            2) Service gratuit.

Après l’enseignement sur la puissance de la foi (un brin suffit pour déraciner un arbre), l’Evangile d’aujourd’hui se poursuit par une brève parabole, dans laquelle jésus n’entend pas décrire le comportement de Dieu envers l’homme mais celui du croyant envers Dieu : un comportement totalement disponible, sans calculs et sans prétention.

Le service et la gratuité sont les caractéristiques fondamentales du disciple qui, – comme tout le monde ici-bas – se trouve confronté au scandale et aux péchés mais vit avec la miséricorde et le pardon. C’est pourquoi il faut que la foi soit constamment renforcée, autrement dit notre connaissance de l’amour de Dieu, et vivre dans le service et la gratuité, car la charité et la justice ne sont pas seulement une question de bénévolat social, mais un acte spirituel effectué avec la grâce de l’Esprit Saint. Les saints – et Sainte Teresa de Calcutta en est l’exemple le plus moderne – ont expérimenté dans leur vie cette profonde unité entre la prière et l’action, entre l’amour de Dieu et la charité envers nos frères.

Cette sainte femme se fit Missionnaire de la charité car sa foi, si solide au point de résister à l’aridité et à l’absence de consolations spirituelles, lui permit de voir en Jésus la plus haute expression de l’amour de Dieu, mais également celui auquel nous nous unissons pour pouvoir croire.  Pour elle, avoir la foi ne consistait pas seulement à regarder vers Jésus, mais à le voir selon son point de vue. La foi, pour elle, comme cela doit l’être pour nous, doit être « participation » au regard du Christ face à la vie.

Comme enseigne le pape François : « la foi est écoute et vision, elle se transmet aussi comme parole et comme lumière » (Lumen fidei, 37), donc le plus difficile n’est pas d’accepter les doctrines, mais d’accueillir la foi comme un fait vital qui parle et éclaire la vie, autrement dit qui lui donne un sens.

Bref, la foi n’est pas une attitude purement intellectuelle, comme la simple acceptation de certaines vérités. Il ne s’agit pas simplement de professer mais de vivre la foi. Qui appelle à un témoignage courageux et au service gratuit. Ceux qui disent croire et demeurer en Jésus Christ, doivent se comporter comme lui (1 Je 2, 6). L’apôtre Jacques le rappelle lui aussi dans sa lettre : la foi sans les œuvres (de charité) est une foi vaine et morte (Jc 2, 26).

Les vierges consacrées dans le monde sont un bel exemple de ce service gratuit qui devient « témoignage ». En se donnant totalement au Christ, elles montrent que la foi est « un abandon raisonnable » dans les bras du Bien-Aimé. Elles montrent, de façon exemplaire, que nous sommes tous appelés à avoir confiance non pas en un mystère ennemi, mais amoureux, à suivre non pas les ordres absurdes d’une divinité capricieuse, mais la loi d’une liberté donnée par un Dieu qui délivre.

Le Dieu que le Bible révèle est un Dieu

Qui demande confiance,

Qui a marché dans le désert et souffert,

Qui a accompagné et éclairé des tribus de bédouins, faisant d’eux un peuple d’espérance,

Qui a éclairé le roi d’Israël,

Qui a arraché des hommes du pré et de la terre pour en faire des prophètes,

Qui est le Verbe fait chair et demande d’être accueilli avec les oreilles mais également avec le cœur.

Ces femmes consacrées se sont faites épouses de ce Dieu qui, depuis surtout la Croix au mont Calvaire, a montré des millions de fois combien Il nous aime douloureusement et passionnément.

Par leur consécration, ces femmes témoignent que le grain de moutarde, le grain de foi :

  • C’est croire en l’amour d’un Dieu qui nous aime infiniment et ne faiblit jamais ;
  • C’est aimer en servant concrètement l’autre, et non en se servant de lui.
  • C’est avoir confiance, confiance en sa Parole, puissance de l’amour qui est et donne la vie.

Donc une foi puissante c’est avant tout une puissance d’amour, cet amour incroyable pour l’homme, pour chaque homme, que Dieu a manifesté en son Fils, et qui rend le croyant capable lui aussi, d’aimer à son tour. C’est pour les faire grandir dans cette confiance que, lors de leur consécration – Prière eucharistique II, rituel de consécration des vierges-, l’Eglise prie : « …qu’elles ne faiblissent pas dans l’ardeur de leur foi et de leu charité, mais qu’elles te servent sans défaillance, toi et tout ton peuple, jusqu’au jour où viendra le Christ, leur époux ».

Lecture Patristique

Saint Augustin (354 -430)

Sermon 115, 1 ; PL 38, 655.

Prier pour que grandisse notre foi

« La lecture du saint évangile fortifie notre prière et notre foi, et nous dispose à nous appuyer non sur nous-mêmes mais sur le Seigneur. Y a-t-il un moyen plus efficace de nous encourager à la prière que la parabole du juge inique qui nous a été racontée par le Seigneur ? Le juge inique, évidemment, ne craignait pas Dieu ni ne respectait les hommes. Il n’éprouvait aucune bienveillance pour la veuve qui recourait à lui et cependant, vaincu par l’ennui, il finit par l’écouter. Si donc il exauça cette femme qui l’importunait par ses prières, comment ne serions-nous pas exaucés par celui qui nous encourage à lui présenter nos prières ? C’est pourquoi le Seigneur nous a proposé cette comparaison tirée des contraires pour nous faire comprendre qu’il faut toujours prier sans se décourager (Lc 18,1). Puis il a ajouté : Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ! (Lc 18,8).

Si la foi disparaît, la prière s’éteint. Qui pourrait, en effet, prier pour demander ce qu’il ne croit pas ? Voici donc ce que l’Apôtre dit en exhortant à prier : Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés. Puis, pour montrer que la foi est la source de la prière et que le ruisseau ne peut couler si la source est à sec, il ajoute : Or, comment invoquer le Seigneur sans avoir d’abord cru en lui (Rm 10,13-14) ? Croyons donc pour pouvoir prier et prions pour que la foi, qui est au principe de notre prière, ne nous fasse pas défaut. La foi répand la prière, et la prière, en se répandant, obtient à son tour l’affermissement de la foi.

D’ailleurs, pour que la foi ne faiblisse pas dans les tentations, le Seigneur a dit : Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation (Mt 26,41). Telles sont ses paroles : Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. Qu’est-ce qu’entrer en tentation ? Simplement, sortir de la foi. Car la tentation est d’autant plus forte que la foi est plus faible, et la tentation est d’autant plus faible que la foi est plus forte. Oui, vraiment, mes bien-aimés, c’est pour que la foi ne s’affaiblisse pas et ne se perde pas que le Seigneur a dit : Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. Afin que vous le compreniez mieux, il a dit au même endroit dans l’évangile : Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment. Mais j’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne sombre pas (Lc 22,31-32). Et celui que guette le danger ne ferait pas sienne la prière de son protecteur ?

Mais lorsque le Seigneur dit : Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? il a en vue la foi parfaite, celle qu’on peut à peine trouver sur la terre. Voyez : l’église de Dieu est remplie. Qui y viendrait s’il n’avait aucune foi ? Mais si cette foi était parfaite, qui ne transporterait pas les montagnes ? Regardez les Apôtres eux-mêmes : s’ils n’avaient pas eu une grande foi, ils n’auraient pas renoncé à tout ce qu’ils avaient, ils n’auraient pas foulé aux pieds les espoirs terrestres pour suivre le Christ. Et pourtant, leur foi n’était pas parfaite, car ils n’auraient pas dit au Seigneur : Augmente en nous la foi (Lc 17,5). »

Source : ZENIT.ORG, le 30 septembre 2022

« Le pauvre à la porte, c’est le Christ », par Mgr Francesco Follo

Repas de fête pour les pauvres 29/6/2018 © Adam Trojanek, Church in Poland
Repas De Fête Pour Les Pauvres 29/6/2018 © Adam Trojanek, Church In Poland

« Le pauvre à la porte, c’est le Christ », par Mgr Francesco Follo

Méditation sur l’évangile de dimanche 25 septembre 2022

Voici la méditation de l’évangile du XXVIème Dimanche du Temps ordinaire, le 25 septembre 2022, proposée par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

« Le pauvre à la porte, c’est le Christ »

 XXVIème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C  – 25 septembre 2022

Amos 6,1.4-7; Psaume  145; 1 Timothée 6,11-16; Luc 16,19-31.

1) Le mendiant à la porte.
L’évangile de ce 26e dimanche du temps ordinaire nous présente la parabole du bon vivant (= goinfre) riche et Lazare, ce qui nous amène à nous tourner vers le pauvre qui est jeté à notre porte à cause de la famine et de la guerre, en le reconnaissant comme le Christ qui nous sauve. Le Salut apparaît et se tient à la porte de nos vies avec les vêtements en morceaux du mendiant blessé et affamé: « Le vrai protagoniste de l’histoire est le mendiant : le Christ mendiant du cœur de l’homme et le cœur de l’homme mendiant du Christ.» (Mgr. Luigi Giussani).
Au lieu d’ériger des murs, nous sommes appelés à construire des ponts de charité pour les pauvres en qui réside le Mendiant par excellence: le Christ Sauveur.

Au lieu de regarder les pauvres avec de la gêne, nous sommes appelés à les  accueillir avec amour, avec le partage. Pour mieux comprendre l’enseignement du Christ sur la charité, regardons de plus près la parabole d’aujourd’hui :
Dans ce récit, le Messie parle d’un riche dont l’égoïsme empêche de secourir un pauvre ; En le rejetant comme un frère, il rejette Dieu qui est Père du pauvre et du riche.
Cet homme riche dont Jésus ne dit pas le nom, est le riche typique qui ne se soucie que de savourer les joies de cette vie, sans penser ni à Dieu, ni aux autres, ni à la vie éternelle.

Apparemment, ce riche ne fait rien de mal en profitant de la vie, mais il est tellement pris par cette joie éphémère qu’il ne réalise même pas qu’à la porte de sa maison, se trouve un pauvre homme qui est aussi malade et couvert de plaies. De plus, ce pauvre qui a un nom : Lazare (nom qui signifie «Dieu aide »[1] , c’est-à-dire que Dieu nous aide dans les pauvres) est tourmenté par la faim. Il ne peut pas répondre parce qu’il est à l’extérieur de la porte et il ne peut même pas ramasser les miettes qui tombent de la table du riche. Seuls les chiens ont pitié de lui et lui lèchent ses plaies.
Cette première partie de la scène décrite dans la parabole nous présente la force apparente de la richesse qui permet de savourer les joies passagères de la vie qui s’écoule très rapidement et qui n’empêche pas la douleur dramatique de la mort. La deuxième partie de la scène parle de ce qui se passe après la mort où l’on voit où Lazare dans la joie éternelle et l’homme riche dans la douleur sans fin.
Il faut reconnaître que les mots utilisés par saint Luc sont très forts. Il écrit ainsi pour préciser que l’épisode est symbolique, mais cela ne signifie pas non plus que le message qu’il communique puisse être minimisé ou équivoque.

Sous une forme dramatique, la parabole du riche, goinfre, et du pauvre Lazare affamé montre  toute la force provisoire et destructrice de la richesse mal utilisée. Quand la richesse est réduite à être seulement un moyen de satisfaction personnelle, elle ferme notre cœur au besoin de notre voisin, au point de nous rendre incapables de voir ceux qui sont dans besoin et, pire encore, de bâtir  un mur devant  notre porte afin de ne pas voir les mendiants et les exclure de notre vie. Au lieu de résoudre le problème avec la vraie charité,  on le censure de façon hypocrite.
En bref, la parabole ne montre pas seulement le contraste entre le pauvre et le riche, mais il souligne que le pauvre et le riche sont voisins, et que le riche ne remarque pas ou ne veut pas voir le pauvre.
Les riches qui vivent en égoïstes, deviennent aveugles et ils ne voient pas les pauvres, même s’ils sont à la porte. Ils sont aussi aveugles à l’Écriture qui nous dit de reconnaître Dieu dans les pauvres. Le  riche égoïste ne s’oppose pas à Dieu et n’opprime pas les pauvres. Tout simplement, il ne les voit pas. C’est ici que se trouve le grand danger de la richesse, ce qui est peut-être la principale leçon de cette parabole.

2) La pureté angélique et la pauvreté.
Sainte Teresa de Calcutta affirmait que, pour reconnaître le Christ dans les pauvres, il nous faut une pureté angélique. Si nos yeux et nos cœurs sont purs, ils peuvent reconnaître Jésus en Lazare.
Le Rédempteur a « assumé » notre nature de pauvre Lazare. C’est celui qui, aujourd’hui, se trouve à notre porte, sur le seuil de notre vie rassasiée de biens matériels, orgueilleuse et dominatrice. Jésus s’est fait Lazare pour que nous puissions reconnaitre notre réalité de mendiants d’infini, de nostalgiques d’éternité. Lui, le Mendiant, il frappe à la porte de notre cœur le désir du vrai bonheur : pur.

Pour avoir cette pureté qui sait voir le Christ dans le pauvre, lui qui se contente des miettes de notre table, il est d’abord nécessaire -comme premier pas- de demander pardon avec un cœur contrit.
Le deuxième pas consiste à « élever le regard » vers le Christ, comme l’homme riche éleva son regard vers Lazare dans le ciel avec Abraham ; et il consiste à Lui quémander  d’avoir le même sort que Lazare, le frère qui savait aimer au milieu de sa pauvreté et de la maladie. De notre part, mandions un cœur pur qui permette à nos yeux de voir le Christ à côté de nous, Lui qui mendie notre attention, notre pitié comme Lazare
Le troisième pas consiste à ouvrir la porte de notre cœur auquel Jésus frappe : habillés de  notre faiblesse, qu’Il nous éveille du sommeil d’une vie superficielle et rassasiée seulement de biens matériels abondants.
Le quatrième pas consiste à nous reconnaître humblement comme de pauvres « chiens » -comme le dit la parabole – : chassés de tous, ils remarquent la « douleur de l’amour » de Lazare-Christ. Les chiens soignent alors ses plaies et le sauvent.
Enfin il faut se convertir en demandant avec humilité et contrition que quelqu’un « mouille le bout de son doigt pour baigner notre langue » et nous donne la communion de vie.        Dans cette communion de vie de l’amour sont surmontés les obstacles entre maris et femmes, entre parents et enfants, entre frères et entre collègues, entre riches et pauvres, entre les réfugiés et nous.

En ouvrant la porte à ce voisin, nous serons en mesure de l’ouvrir au Christ, l’Emmanuel, le Dieu qui est toujours avec nous et qui nous est plus proche à nous-mêmes que nous, nous le sommes à nous-mêmes.
Nous sommes tous appelés à vivre cette pureté pour reconnaître le Christ dans les pauvres et être mendiants du Sauveur, mais les vierges consacrées dans le monde témoignent que la virginité est « la pauvreté amoureuse” (Jacopone da Todi) qui laisse tous les autres amours pour se donner à Christ. Avec coeur vierge, elles regardent vers le Christ comme Véronique l’a fait : elles deviennent ce qu’elles contemplent, en mendiant seulement l’amour du Christ.
Grace à cet amour virginal qui contemple l’Aimé, le cœur de la vierge devient le lieu où s’imprime le visage du Christ, icône de vérité. Avec leur vie de mendiantes de l’amour de l’Epoux, elles témoignent que l’on peut tout quitter avec joie, car avec lui, rien ne se perd, mais tout mené à son achèvement. De Lui vient la perfection de la lumière qui brille dans les actes, dans les mots, dans les yeux des créatures qui rendent notre vie telle une chanson avec ces paroles :
« Peut-être que le but de la vie est de vivre?
Est-ce que le destin des enfants de Dieu est de rester ancrés à la terre ?
Non ! ce n’est pas vivre mais  mourir. Il ne faut échapper à la Croix mais y monter et donner avec joie que nous avons.

Voici la joie, la liberté, la grâce, l’éternelle jeunesse! » (Paul Claudel, L’annonce faite à Marie).
Leurs cœurs sont en harmonie avec la miséricorde ; et leur vie consacrée est un signe que chacun de nous est appelé à être, «lieu» habité par Dieu dont le puissant amour pardonne et recrée.

Lecture Patristique: Saint Polycarpe, De la lettre aux Philippiens

J’ai pris grande part à votre joie, en notre Seigneur Jésus Christ, quand vous avez reçu les martyrs, images de la véritable charité; quand vous avez escorté, comme vous deviez le faire, ces hommes qui étaient captifs de chaînes dignes des saints, chaînes qui sont des diadèmes pour ceux qui ont été vraiment choisis par Dieu et notre Seigneur. Et je me suis réjoui de ce que la racine vigoureuse de votre foi, réputée depuis les temps anciens, persiste jusqu’à maintenant et porte des fruits en notre Seigneur Jésus Christ; lui qui a enduré pour nos péchés d’aller au-devant de la mort; lui que Dieu a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort; lui en qui vous croyez, sans le voir encore, avec une joie inexprimable qui vous transfigure, cette joie à laquelle beaucoup désirent parvenir car vous savez que c’est par grâce que vous êtes sauvés, non pas par vos oeuvres, mais en vertu du bon vouloir de Dieu, par Jésus Christ. Aussi préparez-vous à l’action et servez Dieu avec crainte et en vérité ; laissez de côté le vain bavardage et l’erreur de la foule ; croyez en celui qui a ressuscité d’entre les morts notre Seigneur Jésus Christ et lui a donné la gloire et un trône à sa droite. A lui tout est soumis, au ciel et sur la terre ; tout ce qui respire lui rend un culte, il viendra juger les vivants et les morts, et Dieu demandera compte de son sang à ceux qui refusent de croire en lui.

Celui qui l’a ressuscité d’entre les morts nous ressuscitera aussi, si nous faisons sa volonté. Si nous suivons ses commandements et si nous aimons ce qu’il a aimé – en nous abstenant de toute injustice, cupidité, amour de l’argent, médisance et faux témoignage – en ne rendant pas le mal pour le mal, l’insulte pour l’insulte, coup pour coup, ni malédiction pour malédiction; en nous souvenant de l’enseignement du Seigneur qui a dit: Ne jugez pas, pour ne pas être jugés; pardonnez, et vous serez pardonnés; faites miséricorde pour recevoir miséricorde; la mesure dont vous mesurerez servira aussi pour vous; et encore : Bienheureux les pauvres et ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume de Dieu est à eux.

R/ Jésus, le Seigneur, est venu
pour que nous ayons la vie.

Si tu reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton coeur,
il te rassemblera à nouveau du milieu des peuples.

Serais-tu égaré à l’extrémité des cieux,
même là le Seigneur ton Dieu viendra te prendre.

Je te propose aujourd’hui la vie ou la mort :
choisis la vie, en aimant le Seigneur ton Dieu.
***
[1] Lazare vient de l’hébreu « Eli Oser: Dieu aide. » Le nom de ce pauvre est « Dieu aide » parce que Dieu aide les pauvres, et parce que le pauvre homme est Dieu qui nous aide. « Ce que vous avez fait pour l’un de ces derniers, c’est pour moi que vous l’avez fait, venez béni ». Autrement dit, les pauvres sont là pour aider et ont un nom; le pauvre est Dieu qui nous aide, pardonne et re-crée.

Source : ZENIT.ORG, le 23 septembre 2022

« Le fidèle est intelligent », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo à l'UNESCO, 2 juillet 2021 © Mgr Follo

Mgr Francesco Follo À L’UNESCO, 2 Juillet 2021 © Mgr Follo

« Le fidèle est intelligent », par Mgr Francesco Follo

Méditation de l’Evangile de dimanche 18 septembre

Voici la méditation hebdomadaire de Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

Le fidèle est intelligent

XXV Dimanche du Temps ordinaire – Année C – 18 septembre 2022

Am 8,4-7; Ps 112; 1Tm 2,1-8; Lc 16,1-13

            1) Eloge de l’intelligence.

Les dimanches passés, les morceaux choisis du récit évangélique de saint Luc nous ont fait réfléchir aux dangers d’un attachement égoïste à l’argent, aux biens matériels et à tout ce qui nous empêche de vivre pleinement notre vocation à aimer Dieu et nos frères. Aujourd’hui encore, au travers d’une parabole surprenante, qui  parle d’un gérant malhonnête que l’on félicite (cf. Lc 16,1-13), Saint Luc offre à ses disciples, donc à nous, un enseignement utile sur comment gérer correctement les biens de ce monde et sa propre vie, dans un rapport filial avec Dieu.

Le récit de cet intendant, astucieux, habile, nous renvoie à notre propre histoire. Chaque disciple, donc chacun de nous, est un gérant du Seigneur, auquel Celui-ci a confié la gestion de la terre et de ses biens, en particulier tous nos frères en humanité.

Le mot « gérant » revient sept fois dans la parabole. Il mérite donc d’être pris au sérieux. Dans le texte grec, nous trouvons le terme « oikonomos » qui veut dire « économe » en français (de oikos = maison et nomos = loi), autrement dit « celui qui  fait la loi à la maison ».

Il nous est alors tout naturel de nous demander: « Quelle loi offrons-nous à la maison, à notre existence, à la maison de Dieu, au saint temple de la présence de Dieu? »; « Quelle loi règlemente nos pensées, nos choix, nos actions et relations? »; « Le Seigneur Jésus est-il notre loi, son aboutissement (cf. Rm 10, 4)? »; « Au plus profond de nous-mêmes, prenons-nous plaisir à la loi de Dieu (cf. Rm 7, 22), autrement dit la vivons-nous de manière profonde ou seulement superficiellement, distraitement, sans amour, sans la pureté d’un cœur qui se laisse toucher par le Seigneur? »; « La maison, que nous sommes appelés à gérer, se fonde-t-elle sur cette loi qui trouve son plein accomplissement dans l’amour de nos frères (cf. Rm 13, 8.10), en les accueillant comme ils sont et partageant leurs fardeaux, leurs charges, leurs peines et leur pauvreté (cf. Gal 6, 2)? ».

La réponse à ces questions est OUI. Un OUI  immédiat, ferme, intelligent : habile, si nous voulons rester proches de la parabole d’aujourd’hui.

En effet, le messie nous présente cet « économe » non pas comme un modèle à suivre dans sa malhonnêteté, mais pour sa perspicacité et prévoyance. Jésus voudrait que les disciples aient cette même détermination que l’intendant eut pour lui-même. Comme lui, qui a agi avec habileté pour survivre, il voudrait que le disciple le soit pour « gérer » sa vie et sa demeure, en se dépensant pour le Royaume. Bien entendu, le gérant de la parabole et le disciple appartiennent à deux logiques différentes, le premier à celle du monde et le second à celle du Royaume.

Le gérant malhonnête et habile, se dit en lui-même: «  Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte” (Lc 16,3). Et immédiatement, il trouve une solution intelligente et malhonnête pour survivre.

Le disciple honnête mais rusé – ou intelligent, pour utiliser un terme plus positif – ne cherche pas seulement à gérer correctement, en toute moralité, les biens qu’on lui a confiés, mais se met tout de suite à faire ce que le gérant dit ne pas vouloir faire: « creuser » (signification littérale du verbe grec traduit par travailler la terre) et « mendier » parce qu’il n’en a pas la force et en aurait honte.

Accueillons l’invitation du livre des Proverbes, qui invite à creuser pour rechercher la Sagesse comme ferait un chercheur de trésor (Pr 2, 4).  Creuser avec les mains du cœur et de l’esprit. Creuser toujours, chaque jour, toujours, jusqu’à la fin de la vie, pour chercher le Seigneur, son visage, sa parole.

Creuser les profondeurs de la terre, celles de l’esprit et du cœur de l’homme, dans la quête de Dieu, est un travail pour vivre en hommes.

Nous devons endurcir nos mains, en les joignant en prière. Il nous faut renforcer nos genoux vacillants et commencer à vraiment travailler pour l’Evangile, à transpirer et nous fatiguer dans notre recherche du Seigneur, notre vrai trésor, pour «  l’administrer » ensuite en communion et dans le partage.

2) Mendier.

Pour creuser il faut de la force, et cette force nous devons la demander. La recherche se transforme donc en mendicité. La recherche de Dieu, notre envie de Lui et de voir son visage ne sont pas seulement une adhésion à tout un ensemble complexe de dogmes, qui étancherait la soif de Dieu présente dans l’homme, mendiant d’Infini, de paroles de vie éternelle.

En commentant le psaume 104, qui invite « rechercher sans trêve la face de Dieu », Saint Augustin souligne que cette invitation ne vaut pas seulement pour cette vie ; mais pour l’éternité. La découverte du « visage de Dieu » ne s’épuise jamais. Plus nous entrerons dans la splendeur de l’amour divin, plus il est beau de progresser dans la recherche, si bien que, « dans la mesure où l’amour grandit, granditaussi la recherche de Celui qui a été trouvé » ((Enarr. in Ps. 104,3: CCL 40, 1537).

Nous ne sommes pas des êtres pour la mort (cf. Heidegger, Etre et Temps), mais pour la vie, et nous mendions pour vivre éternellement. Le mendiant de Dieu cherche le Pain de la vie, et avec la force que lui procurera ce Pain, il peut commencer à persévérer sur le chemin qui le conduit vers la vie.

Certes, si nous ne regardons qu’à l’extériorité, l’immédiate évidence c’est que la vie ressemble à un long voyage vers la mort, qui a pour monument une tombe. Et une belle tombe, c’est la glorification de la mort.

Mais si, comme suggère le pape François, nous regardons la vie avec trois inquiétudes : celle de l’esprit, celle de la rencontre avec Dieu et celle de l’amour, nous serons des pèlerins vers la vie. En mendiant, faisons de nous des pèlerins qui, de la mort, vont vers la vie.

L’important est de continuer à mendier, sans se replier sur soi-même. Il est indispensable de continuer à rechercher la vérité, le sens ultime et définitif de la vie, sans jamais cesser de rechercher le visage de Dieu.

Cette inquiétude de l’esprit porte à désirer, rechercher, « avec inquiétude » cette rencontre avec Dieu. En effet l’inquiétude de connaître la vérité et le sens de la vie, n’est pas pour avoir de belles pensées en tête mais pour rencontrer Dieu, sens et signification de la vie et qui, en Jésus-Christ, révèle le bon et miséricordieux visage du destin. En rencontrant celui qui est Parole de vie et dit des paroles de vie nous faisons l’expérience de la proximité de Dieu. Nous sommes amenés à comprendre que ce Dieu que nous cherchons à l’extérieur de nous, loin de nous, est proche de tout être humain, proche de notre cœur, plus intime avec nous que nous ne le soyons avec nous-mêmes (cf. St. Augustin, Les Confessions, III,6,11). Toutefois, il ne faut pas s’arrêter  de connaître et rencontrer Dieu. Notre marche inquiète se poursuit. Elle aboutit dans la troisième inquiétude: celle de l’amour.

Qu’est-ce que l’inquiétude de l’amour? « C’est toujours chercher, sans répit, le bien de l’autre, de la personne aimée, avec cette intensité qui porte aussi aux larmes. Me viennent à l’esprit Jésus qui pleure devant le sépulcre de son ami Lazare, Pierre qui, après avoir renié Jésus, croise son regard riche de miséricorde et d’amour et pleure amèrement, le Père qui attend sur la terrasse le retour de son fils et court à sa rencontre alors qu’il est encore loin. Il me vient à l’esprit la Vierge Marie qui, avec amour, suit son Fils Jésus jusqu’à la croix. » (Pape François, Homélie 28 août 2013).

            3) Inquiétude et virginité.

Dans la virginité, l’inquiétude de l’amour se fait mendicité, plaçant l’être humain dans la demande fixe et constante du Christ. En effet «  la virginité n’est pas absence de désir, mais intensité de désir » (Sainte Thérèse d’Avila). Elle n’est pas entrée dans le monde comme une philosophie, mais comme un don de Dieu qui appelle à une communion stable, profonde et exclusive, avec le Christ. Le fait qu’elle soit exclusive n’implique pas qu’il y ait « exclusion », car dans l’amour éprouvé pour Dieu  il y a l’amour du prochain.

Poussées par un amour inconditionnel pour le Christ et l’humanité, surtout les pauvres et les souffrants, les vierges consacrées vivent comme des « mendiantes du Ciel » (Jacques Maritain) et «  reproduisent dans leur vie de tous les jours, la vie de Jésus sur terre: chaste, pauvre et obéissant » (Pape François, Const. Ap. Vultum Dei quaerere, 5; Cf. Saint Jean Paul II, Vie consacrée, n. 14).

Il est vrai qu’être amoureux de Dieu et du prochain concerne tous les croyants, comme l’

écrivait jadis saint Augustin : «  Le jardin du Seigneur, mes frères, ce jardin a toutes sortes de fleurs: non seulement les roses des martyrs, mais aussi les lis des vierges, le lierre des gens mariés, les violettes des veuves. Absolument aucune catégorie de gens, mes bien-aimés, ne doit désespérer de sa vocation: c’est pour tous que le Seigneur a souffert » (Sermons, 304,3).

Mais il est vrai aussi que les vierges consacrées dans le monde, qui vivent dans un détachement d’elles-mêmes, de tous et de tout,  détachement qui soit aussi pauvre, obéissant et chaste, témoignent de façon plus haute et radicale que seul le Fils de Dieu fait homme, présent dans le monde, est Celui qui manque au cœur humain. La virginité dans le monde est en effet le témoignage suprême que tout est en fonction du Christ: elle rappelle à ceux qui vont travailler et à ceux qui se marient que tout est en fonction du Christ.

Les vierges consacrées témoignent que dans le monde aussi il est possible de donner la priorité à Dieu et que ce n’est que lorsqu’Il est au centre de nos pensées et de nos actions, jour après jour, que la vie personnelle et la société, avec ses dynamismes, peuvent trouver leur juste direction et tout leur sens. Par contre, là où Dieu n’occupe pas la première place ; là où Il n’est pas reconnu et adoré comme le Bien suprême, la dignité de l’homme est menacée. Dans un monde où l’égoïsme et la recherche du plaisir font la loi, les vierges consacrées sont les gardiennes de la pureté, du désintérêt, de la pitié et de la vraie dignité humaine.

Lecture patristique

Saint Gaudence de Brescia (+ 410)

Sermon 18; PL 20, 973-975

Le Seigneur Jésus est le maître véritable qui enseigne à ses disciples les préceptes nécessaires au salut. Il a raconté à ses Apôtres d’alors la parabole de l’intendant pour les exhorter, ainsi que tous les croyants d’aujourd’hui, à se montrer fidèles à faire l’aumône. En faisant le portrait de ce personnage, il a voulu nous apprendre que rien ne nous appartient ici-bas, mais que notre Seigneur nous a remis l’administration de ses richesses pour en faire un usage convenable, en rendant grâce, ou pour les distribuer à nos compagnons de service selon les besoins de chacun. Il ne nous est pas permis de gaspiller au hasard les richesses qui nous ont été confiées, ni de les employer à des dépenses superflues, car nous devrons rendre compte de leur usage au Seigneur, lors de sa venue.

A la fin, le Seigneur a ajouté cette conclusion à la parabole: Eh bien, moi, je vous dis: Faites-vous des amis avec l’argent trompeur afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles (Lc 16,9). <> Ces amis, qui obtiendront notre salut, sont évidemment les pauvres, car, selon la parole du Christ, c’est lui-même, l’auteur de la récompense éternelle, qui recueillera en eux les services que notre charité leur aura procurés. Dès lors, les pauvres nous feront bon accueil, non point en leur propre nom, mais au nom de celui qui, en eux, goûte le fruit rafraîchissant de notre obéissance et de notre foi.

Ceux qui accomplissent ce service de l’amour seront reçus dans les demeures éternelles du Royaume des cieux, puisqu’aussi bien le Christ dira: Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis le commencement du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire (Mt 25,34). <>

Il a dit également: Si vous n’avez pas été fidèles avec l’argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable (Lc 16,11)? Si quelqu’un, en effet, ne se montre pas fidèle dans l’administration des richesses terrestres, qui procurent les moyens de commettre beaucoup d’actions malhonnêtes, qui pensera à lui confier les vraies richesses célestes, dont jouissent avec raison et équitablement ceux qui se sont montrés justes, et fidèles à faire des dons aux pauvres? <>

Aussitôt après avoir dit cela, le Seigneur ajoute, finalement: Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera (Lc 16,12)? En effet, rien de ce qui est dans ce monde ne nous appartient vraiment. Car nous qui attendons la récompense future, nous sommes invités à nous conduire ici-bas comme des hôtes et des pèlerins, de façon que nous puissions tous dire au Seigneur avec assurance: Je suis un étranger, un passant comme tous mes pères (Ps 38,13).

Mais les biens éternels appartiennent en propre aux croyants. Ils se trouvent au ciel, là où, nous le savons, sont notre coeur et notre trésor (Mt 6,21), et où – c’est notre intime conviction – nous habitons dès maintenant par la foi. Car, selon l’enseignement de saint Paul: Nous sommes citoyens des cieux (Ph 3,20).

Source: ZENIT.ORG, le 16 septembre 2022