« La vie est pèlerinage et mission », par Mgr Francesco Follo

Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

« La vie est pèlerinage et mission », par Mgr Francesco Follo

La communion avec le Christ: une mission

« Nous sommes appelés à vivre la communion » avec le Christ « non pas comme un refuge ou comme une fuite du monde, mais comme une mission et un devoir pour collaborer avec Lui. Sa tâche devient notre mission », explique Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, dans sa méditation des lectures de dimanche 3 juillet prochain.

Il ne s’agit pas, précise Mgr Follo, d’ « enseigner en premier lieu la vérité et des doctrines » mais d’ « annoncer une Présence qui fait vivre, agir et penser d’une  façon neuve: en frères et sœurs ».

Voici la méditation de Mgr Francesco Follo.

La vie est pèlerinage et mission

XIV Dimanche du Temps Ordinaire – Année C – 3 juillet 2016

Is 66, 10 – 14; Sal 6, 14 – 18; Lc 10, 1 – 12.17 – 20 (forme brève: Lc 10, 1 – 9)

2Sam 12,7-10.13; Pd 31; Gal 2,16.19-21; Lc 7,36-8,3

1) Chrétiens c’est à dire Missionnaires

L’évangile de dimanche dernier nous a rappelé que nous avons été appelés à être des vrais disciples du Christ en mettant le Rédempteur au-dessus de toute affection, de toute joie. Aujourd’hui nous sommes appelés à vivre la communion avec Lui non pas comme un refuge ou comme une fuite du monde, mais comme une mission et un devoir pour collaborer avec Lui. Sa tache devoir devient notre mission.

Cette mission ne s’adresse pas seulement à quelqu’un de disciples mais à tous les disciples de Jésus, c’est à dure nous tous.

Donc nous sommes tous appelés à être des missionnaires pour porter la Bonne et heureuse nouvelle de la présence d’un Dieu qui s’est fait un de nous pour nous faire comme Lui, riche de miséricorde. La miséricorde de Dieu arrive aux hommes à travers le témoignage de ceux qui l’ont connue et expérimentée dans leur propre personne.

Le Christ appelle pour envoyer porter cette annonce de vérité, de charité et d’espérance. La mission de Jésus est de sauver le monde avec un amour qui jusque-là nous ne connaissions pas : celui de sauver tout le monde sans exclusion et avec un amour vrai. Cette annonce ne consiste pas à enseigner en premier lieu la vérité et des doctrines mais dans l’annoncer une Présence qui fait vivre, agir et penser d’une  façon neuve: en frères et sœurs.

En effet, les mots « missionnaire » et « apôtre » dérivent un du latin et l’autre du grec. Ils signifient « mandaté », « envoyé ». Chacun de nous est « envoyé » aux sœurs et aux frères. Donc, la dimension missionnaire, apostolique, est essentielle pour chaque chrétien et se réalise en suivant le Christ et en allant vers le prochain.

C’est pourquoi, lorsque nous disons que l’Eglise est apostolique, nous ne voulons pas dire seulement qu’elle est fondée sur les apôtres, mais c’est à partir de cette graine (des apôtres d’il y a 2000 ans) que la plante s’est développée. S’il est vrai que la mission est l’aspect fondamental de l’Eglise, il est aussi vrai qu’elle est un aspect fondamental de chacun de nous. En effet, en tant que enfants s de Dieu, nous sommes appelés à témoigner notre « être fils et filles » en devenant des frères et des soeurs avec tous les autres sur les routes du monde.

2) Pèlerins donc Missionnaires

Une des caractéristiques de l’Evangéliste Luc est de décrire le Christ dans une attitude de pèlerin qui n’est pas réductible à celle d’un voyageur, parce que pour Lui le chemin n’est pas seulement un moyen pour arriver à une destination, mais une façon d’être, de vivre, typique de qui sait que la terre n’est pas sa demeure stable.

Le Chrétien est un  voyageur qui devient pèlerin avec le Christ, Qui enseigne que notre vie est un chemin avec Lui, pour apprendre à se donner par amour, comme Lui a fait qui est le chemin et la joie.

Le pape François nous invite sur ce chemin: « toujours en le chemin avec cette vertu pèlerine : la joie! Vertu qui nous rend crédibles et exprime l’expérience de miséricorde et d’appartenance au Dieu vrai et amoureux.

Dans ce chemin, nous pouvons être guidés  par deux phrases du Nouveau Testament.

La première est celle  de Jésus qui se définit « chemin » : « Je suis le chemin , la vérité et la vie » (Jn 14,6).

La seconde est celle qui définit les chrétiens et sont appelés « ceux du chemin » (tou odòs) (Act 9, 2) qui est traduit « ceux qui suivent la doctrine du Christ ». « Ceux du chemin »  est le premier nom qui a été donné aux disciples du Christ : ce sont ceux qui sont en la route pour suivre ce nouveau Maître, qui a été tué d’une façon honteuse mais qui est ressuscité. Le chemin chrétien est donc une route (le Christ) à parcourir en tenant fixe un objectif, celui de suivre le Christ, de se conformer à Lui. La fin devient un parcours : suivre le Christ est le chemin. C’est vivre la vie avec le cœur qui marche, qui va vers Dieu avec les pas intérieurs de la prière et porte la charité aux autres.

A cet égard, St Grégoire le Grand écrit: « Notre Seigneur et Sauveur, frères très chers, parfois nous instruit pars des paroles, parfois par des faits. Ses actions deviennent des préceptes quand tacitement, avec ce qu’il fait, il nous indique ce que nous devons faire. Voilà qu’il envoie ses disciples prêcher deux par deux. Parce que deux sont les préceptes de la charité : la charité vers Dieu et la charité vers le prochain, et parce qu’il aie l’amour il faut au moins de personnes. L’amour qu’un a pour soi-même personne l’appelle charité ; il doit être dirigé vers un autre, pour qu’il soit appelé charité. Le Seigneur envoie ses disciples deux par deux pour nous faire comprendre que si quelqu’un n’a pas d’amour pour les autre, il ne doit pas se mettre a prêcher » (Hom., 17, 1 – 4.7 s).

           3) Vierges et pèlerines

Les personnes qui, d’une façon spéciale, font sienne la spiritualité de la vie comme un chemin, comme un pèlerinage, sont les vierges consacrées dans le monde.

La virginité est la modalité propre au Christ  d’aimer et, ces femmes témoignent qu’il est possible de répondre à l’amour du Christ avec le don total de soi-même. En effet, le vrai amour n’est pas de donner des choses, des biens matériels, mais de donner soi-même. Le vrai amour de Dieu est celui de l’aimer pour ce qu’il est et pas pour ce qu’il a.

La virginité est aussi la modalité d’aimer de Marie, la première à être heureuse non pas pour ce qu’elle faisait mais certaine que son nom était inscrit dans le coeur de Dieu, qui avait regardé à son humble servante

Comme la Vierge Marie, Mère du Chemin et Arche de l’Alliance, a marché sur les monts de Judée pour porter Jésus et sa joie à sa cousine Elisabeth, sur les routes de l’exil pour sauver le Fils de Dieu, sur le chemin du Calvaire pour devenir notre Mère, ainsi les vierges consacrées vivent en portant Jésus dans le monde, à travers leur vie vécue simplement et chastement.

Comme Marie porta au monde le Christ sous son cœur, les vierges consacrées aussi portent au monde l’évangile et le salut du Christ qu’elles portent dans leur cœur.

C’est un cœur dédié à Lui seul et à son Règne. Pour ce Règne de Dieu, il faut des personnes qui, le cœur rempli de Dieu, se consacrent à la venue de ce Règne. La virginité consacrée est toujours  missionnaire et ne concerne pas seulement les consacrés qui vont vers des Terres lointaines pour annoncer l’Evangile  mais concernent toutes les vierges.

Comme pour la Vierge Marie, la virginité ne signifie pas stérilité, mais, au contraire, fécondité maximale. De cette façon, ces femmes consacrées montrent qu’il peut y avoir une fécondité sur un plan différent de celle physique.

La première fois que la virginité apparait  dans l’histoire du salut, elle est associée à la naissance d’un enfant: « Voici, la Vierge concevra et enfantera un enfant….. » (Is 7, 14). La tradition de l’Eglise a saisi ce lien en associant constamment  le titre de vierge à celui de mère. Maria est la Vierge Mère; l’Eglise est vierge et mère. « Un est le Père de tous, un aussi  le Verbe de tous, un et identique est le Saint Esprit et une seule est la vierge mère : ainsi j’aime appeler l’Eglise » (St Clément d’Alexandrie). Enfin chaque âme et, en particulier, chaque âme consacrée est vierge et mère : « Chaque âme croyante, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ est considérée, à sa manière, vierge et féconde » (Ibid.).

Les personnes consacrées se rappellent que s’il est vrai que le chemin-pèlerinage de Jésus a été son amour jusqu’à la fin, il est aussi vrai que le chemin-pèlerinage suivant Jésus est celui de l’amour nuptial.

Le rite de consécration des vierges est appelé dans le dictionnaire de liturgie, « consécration matrimoniale à Jésus Christ ». C’est la raison pour laquelle chacune de ces femmes est appelée « Sponsa Christi »

Il est vrai que chaque personne chrétienne est épouse du Christ, mais il est demandé aux vierges consacrées de l’être d’une façon éminente. Elles doivent vivre et témoigner l’union « nuptiale » avec Jésus Christ d’une manière religieuse, chaste, dévouée et totale. La virginité consacrée leur permet d’être des fenêtres transparentes entre l’Eglise et le monde, en laissant passer la lumière vraie de l’amour miséricordieux.

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon 101, 1-211

PL 38, 605-607 610

L’évangile qui vient d’être lu nous invite à nous interroger sur la moisson dont le Seigneur a dit: La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson (Lc 10,2). Alors, aux douze disciples auxquels il avait donné le nom d’Apôtres, il en adjoignit soixante-douze autres. Puis il les envoya tous, comme ses paroles l’indiquent, à une moisson déjà préparée.

Quelle était donc cette moisson? Certainement pas la moisson des païens, puisque chez eux rien n’avait été semé. Il nous faut donc l’entendre du peuple juif. C’est pour cette moisson-là qu’est venu le maître de la moisson, et il y a envoyé ses moissonneurs. Quant aux païens, il leur a envoyé des semeurs, non des moissonneurs. Sachons donc que la moisson était faite chez les Juifs et les semailles chez les païens. Le Seigneur avait choisi ses Apôtres dans cette moisson, où le grain était mûr et prêt à être coupé, car les prophètes l’y avaient semé. Quel plaisir de parcourir du regard la terre que Dieu cultive! Quel délice de contempler ses dons et les ouvriers qui travaillent dans son champ!

Vous pouvez y observer deux moissons, l’une qui est en cours, l’autre, encore à faire; celle-ci chez les païens, celle-là chez les Juifs. Prouvons ce que nous venons de dire en nous appuyant simplement sur la divine Écriture, celle du maître de la moisson. Voici. Nous savons qu’il est dit dans le passage que nous venons d’entendre: La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

Il est bien dans mon propos de vous montrer que la moisson a rapport aux peuples parmi lesquels les prophètes ont prêché. Ce sont eux en effet qui étaient les semeurs, afin que les Apôtres puissent être les moissonneurs. Pour germer et grandir, le blé avait dû être semé par les prophètes; arrivé à maturité, il attendait que les Apôtres viennent le moissonner. Le Seigneur n’a-t-il pas déclaré alors à ses disciples: Vous dites que l’été est encore loin. Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson (Jn 4,35). Il a dit encore: D’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux (Jn 4,38). Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes ont pris de la peine. Ils ont peiné pour semer le grain. A son avènement, le Seigneur a trouvé la moisson mûre. Et il a envoyé les moissonneurs avec la faux de l’Évangile.

Les prédicateurs de l’Évangile ne saluent personne en chemin. Ils ne veulent rien faire d’autre qu’annoncer la Bonne Nouvelle par amour de leurs frères. Qu’ils entrent dans les maisons et qu’ils disent: Paix à cette maison (Lc 10,5). Ils ne se bornent pas à en parler, mais ils répandent la paix dont ils sont remplis. Ils proclament la paix et la possèdent. Celui qui est rempli de paix salue en disant: Paix à cette maison. S’il y a là un ami de la paix, la paix du messager ira reposer sur lui (Lc 10,6).

Source: ZENIT.ORG, le 1er juillet 2022

« Adorer, adhérer, partager », par Mgr Francesco Follo

Fête-Dieu 14 juin 2020, capture @ Vatican Media

Fête-Dieu 14 Juin 2020, Capture @ Vatican Media

Solennité du Saint-Sacrement

L’Eucharistie est un don : « le Corps et la vie du Fils. Dans l’Eucharistie, où nous recevons en don le corps du Christ donné pour nous et pour tous , s’accomplit toute promesse de Dieu », explique Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

« Nous vivons dans l’Eucharistie toutes les fêtes que nous célébrons dans l’année, de Noël à Pâques, de la Pentecôte à la Trinité, rappelle-t-il. Nous recevons une vie nouvelle, à travers le Fils. L’important est de ne pas garder ce don pour soi, mais de le partager ».

Voici la méditation proposée par Mgr Follo pour la solennité du Corps et du Sang de Jésus.

Adorer, adhérer, partager

Solennité du Corps et du Sang du Christ 

Année C – 19 juin 2022

Gen 14,18-20; Ps 109; 1Cor 11,23-26; Lc 9,11-17

            1) Multiplier le pain et rompre le Pain de vie.

Cette année, pour nous faire vivre la Fête-Dieu, la liturgie nous propose un passage de l’Evangile selon saint Luc qui raconte le miracle de la multiplication des pains accompli dans les environs de  Bethsaïde (maison de la pêche en juif), le village de Pierre, André et Philippe (cf. Jn 1,44).

De retour, avec ses disciples de son travail ‘d’évangélisation’, Jésus s’était retiré dans ce lieu désert, solitaire, pour se retrouver un peu seul avec les siens et, probablement, leur donner la possibilité de se reposer de leur « lourde » tâche missionnaire. Une grande foule accourt vers Jésus. Toutes ces personnes ont faim de paroles qui leur expliquent la vraie vie, et elles viennent avec des malades. Jésus accueille tout le monde. Il leur parle de Dieu et de son Règne, guérit ceux qui en ont besoin. Car la mission du messie est d’enseigner, guérir et nourrir l’âme et le corps.

Pour la fête du Saint sacrement du Corps et du Sang du Christ (ou Fête-Dieu), c’est à cette prédication et ce soin spirituel et matériel que s’attache aujourd’hui le passage choisi sur la multiplication des pains (Lc 9,11-17), image du pain eucharistique, car « ni pour Dieu ni pour nous, donner Sa parole suffisait. L’homme a trop faim et Dieu a du donner sa Chair et son Sang » (Divo Barsotti).

Les phrases centrales sont celles que l’on répète à chaque fois que nous célébrons l’eucharistie : « Il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule » (cf. Lc 11, 16).

Je crois bon d’affirmer que tout l’Evangile illustre ces paroles, qui sont à lire dans le contexte des versets précédents, en particulier les 12 et 13: « Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. Mais Jésus leur dit : “Donnez-leur vous-mêmes à manger” ».

Jésus avait déjà donné aux Douze le mandat de prêcher l’évangile et de guérir les malades. Maintenant il leur confie la mission de donner à manger aux foules. Ici, l’épisode de la multiplication des pains et des poissons indique que Jésus ne veut pas seulement rassasier, mais accomplir un geste révélateur, montrer comment Dieu veut que les hommes se comportent.

Selon les disciples, c’est aux gens de la foule d’aller s’acheter des vivres. Alors que pour Jésus,  au lieu d’acheter il faut partager. Cela signifie que les relations entre nous et les autres, entre nous et la Terre, doivent changer. Nous avons là tout le sens de l’Eucharistie, qui dit non seulement ‘présence’ de Dieu mais une présence transformée en pain rompu et une vie partagée. Les choses que nous possédons – peu ou beaucoup – sont toujours des dons de Dieu, à partager avec les autres, et non à utiliser malgré les autres. Si les disciples étaient allés eux-mêmes acheter du pain pour la foule (« à moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple » – Ibid. 9, 13), ils auraient eu un geste de philanthropie, et non un geste qui ouvre nos relations à une autre logique, celle du don, capable de révéler un nouveau visage de Dieu, communion d’amour et de don.

Et ainsi se lève un nouveau jour. En effet, ce n’est pas par hasard si saint Luc a écrit: « Le jour commençait à baisser » (Ibid. 9, 12) : comment oublier le soir des disciples d’Emmaüs (Ibid. 24, 13-15)  mais surtout le soir de la Cène (Ibid. 22, 19-20) quand il institua l’Eucharistie: le jour arrivait à son terme et il en commençait un « nouveau ». Quand nous pensons être à la fin de la journée, cette fin est en fait le début de Sa journée,  sans crépuscule.

2) La logique du don.

Il est vrai que dans ce passage de l’évangile,  les gestes de Jésus  – rompre le pain et le distribuer avec l’aide des disciples – font penser au repas eucharistique. Toutefois, il ne s’agit pas d’une simple préfiguration symbolique de l’Eucharistie mais d’une vraie et profonde révélation de Jésus et de son existence et, donc, d’une vraie révélation du geste eucharistique. Pour saint Luc la distribution des pains, la dernière Cène, le repas d’Emmaüs, sont les piliers autour desquels se manifeste la logique de l’existence de Jésus: une vie offert en don.

L’Eucharistie est ce don: le Corps et la vie du Fils. Dans l’Eucharistie, où nous recevons en don « le corps du Christ donné pour nous et pour tous », s’accomplit toute promesse de Dieu. Nous vivons dans l’Eucharistie toutes les fêtes que nous célébrons dans l’année, de Noël à Pâques, de la Pentecôte à la Trinité. Nous recevons une vie nouvelle, à travers le Fils. L’important est de ne pas garder ce don pour soi, mais de le partager.

Mais ce partage est possible si on brise le pain (ce n’est pas par hasard qu’un des noms de la messe soit « fractio  Panis » du latin « frangere » qui veut dire «  rompre, briser, émincer, couper en morceaux »).         Le verbe « rompre » apparaît dans tous les récits illustrant l’institution de l’Eucharistie, dans ceux parlant de la multiplication des pains et celui des disciples d’Emmaüs. Les verbes sont toujours quatre: il prit, bénit, rompit et donna. Et toujours dans la même séquence. Que de fois les avons-nous entendus : jusqu’à, peut-être, en avoir fait l’habitude.

Si Jésus accepte d’être coupé en morceau sans hésitation ni résistance, c’est par amour pour nous. Il partage sa vie en « la brisant », en se laissant couper en tant de petits morceaux pour les donner à bien plus des 5 000 personnes dont parle l’Evangile du jour.

Comment pouvons-nous apprendre de Lui pour être comme Lui? En faisant la communion et acceptant de nous « distribuer » en toute confiance. Accueillons la vocation à nous donner, en vivant de manière eucharistique, c’est-à-dire en unissant les efforts de notre travail quotidien et ceux d’une vie vécue dans l’amour de Dieu.

Tandis que nous prions le Seigneur de nous aider à imiter dans la vie quotidienne ce qu’aujourd’hui nous célébrons, prenons exemple sur les vierges consacrées dans le monde, car «  le Mystère eucharistique a aussi un rapport intrinsèque avec la virginité consacrée, en tant qu’elle est expression du don exclusif de l’Église au Christ, qu’elle accueille comme son Époux avec une fidélité radicale et féconde. Dans l’Eucharistie, la virginité consacrée trouve inspiration et nourriture pour sa donation totale au Christ » (Benoît XVI, Sacramentum caritatis,n. 81)

La vierge consacrée aime avec passion l’Eucharistie. Elle reçoit du Christ « inspiration » et « nourriture ». Toujours prête à recevoir l’amour intime du Seigneur et à le rendre sous forme de prière et de service, elle se nourrit quotidiennement d’eucharistie. Ceci lui donne la force de se présenter publiquement comme vierge, dans une société qui a beaucoup de mal, quand elle ne s’y oppose pas, à accepter la présence de personnes qui sont des femmes non seulement consacrées mais vierges.

Ces vierges témoignent qu’il vaut mieux vivre comme si Dieu existait, que Dieu est la raison de la vie, de la vraie vie, une vie heureuse. En faisant cela, elles sont des «  témoins de la joie de l’Evangile » (Pape François).

Leur vie montre que se réalise tout ce que l’évêque promet à l’homélie: « Le Christ, Fils de la Vierge et époux des vierges, sera votre joie et votre couronne sur la terre, jusqu’à ce qu’il vous conduise aux noces éternelles dans son royaume où, en entonnant le chant nouveau, vous suivrez l’Agneau partout où il ira » (Rituel pour la consécration des Vierges, Projet d’homélie, n. 29) et dans la prière de consécration: «  Seigneur, sois pour elles la joie, l’honneur et l’unique volonté ; sois leur réconfort dans l’affliction ; sois leur conseiller dans l’incertitude ; sois leur défense dans le danger, leur patience dans l’épreuve, l’abondance dans la pauvreté, nourriture dans le jeûne, leur remède dans la maladie. En toi, Seigneur, qu’elles possèdent tout,  parce qu’elles T’ont choisi, Toi seul par dessus tout » (Ibid., n. 38). La vierge consacrée est un don d’amour fidèle à Dieu et spirituellement fécond pour l’Eglise. C’est une histoire d’humilité et de vie cachée,  d’une vie déjà éternelle, joie anticipée d’une attente qui est déjà présence.

           Lecture Patristique

Saint Thomas d’Aquin (1225 – 1274)

Opusc. 57. lect. 1-4

Le mystère de l’Eucharistie.

Le Fils unique de Dieu, voulant nous faire participer à sa divinité, a pris notre nature afin de diviniser les hommes, lui qui s’est fait homme.

En outre, ce qu’il a pris de nous, il nous l’a entièrement donné pour notre salut. En effet, sur l’autel de la croix il a offert son corps en sacrifice à Dieu le Père afin de nous réconcilier avec lui; et il a répandu son sang pour qu’il soit en même temps notre rançon et notre baptême : rachetés d’un lamentable esclavage, nous serions purifiés de tous nos péchés.

Et pour que nous gardions toujours la mémoire d’un si grand bienfait, il a laissé aux fidèles son corps à manger et son sang à boire, sous les dehors du pain et du vin.

Banquet précieux et stupéfiant, qui apporte le salut et qui est rempli de douceur ! Peut-il y avoir rien de plus précieux que ce banquet où l’on ne nous propose plus, comme dans l’ancienne Loi, de manger la chair des veaux et des boucs, mais le Christ qui est vraiment Dieu ? Y a-t-il rien de plus admirable que ce sacrement ? ~

Aucun sacrement ne produit des effets plus salutaires que celui-ci : il efface les péchés, accroît les vertus et comble l’âme surabondamment de tous les dons spirituels !

Il est offert dans l’Église pour les vivants et pour les morts afin de profiter à tous, étant institué pour le salut de tous. Enfin, personne n’est capable d’exprimer les délices de ce sacrement, puisqu’on y goûte la douceur spirituelle à sa source et on y célèbre la mémoire de cet amour insurpassable, que le Christ a montré dans sa passion.

Il voulait que l’immensité de cet amour se grave plus profondément dans le cœur des fidèles. C’est pourquoi à la dernière Cène, après avoir célébré la Pâque avec ses disciples, lorsqu’il allait passer de ce monde à son Père, il institua ce sacrement comme le mémorial perpétuel de sa passion, l’accomplissement des anciennes préfigurations, le plus grand de tous ses miracles ; et à ceux que son absence remplirait de tristesse, il laissa ce sacrement comme réconfort incomparable.

Source: ZENIT.ORG, le 17 juin 2022

« Nous sommes faits à l’image de la Trinité », par Mgr Francesco Follo

« Dogmatic Sarcofagus », Musées Du Vatican, WIKIMEDIA DP

« Nous sommes faits à l’image de la Trinité », par Mgr Francesco Follo

Communion d’amour

Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, propose cette méditation , invitant les lecteurs de Zenit à « comprendre de plus en plus que nous sommes faits à l’image de la Trinité. La preuve la plus forte de cette vérité est que seul l’amour nous rend heureux, car nous vivons en relation avec l’amour et nous vivons pour être aimés ».

A ceux qui objectent que « le mystère de la Trinité ne sert à rien pour la vie quotidienne », Mgr Follo répond : « au contraire, ces Trois Personnes divines sont pour nous les plus intimes dans la vie quotidienne : elles ne sont pas hors de nous, comme l’épouse ou le mari, mais elles sont en nous. Elles demeurent en nous (Jn 14,23), nous sommes leur « temple » et nous demeurons en Elles ».

Voici le texte de la méditation pour le dimanche 12 juin prochain :

La Trinité et sa demeure.

Solennité de la Sainte Trinité – 12 juin 2022

Pr 8, 22 ; Ps 8 ; Rm 5, 1-5 ; Jn 16, 12 -15

1) Le signe de croix et la Trinité 

Aujourd’hui nous sommes appelés à fêter le mystère de la très Sainte Trinité. Pour aider à vivre et à célébrer cette fête de l’amour, avant de commenter l’Evangile d’aujourd’hui, je rappelle que la profession de foi en Dieu-Trinité – Père, Fils et Saint-Esprit – est liée au signe de croix. Cette pratique de piété « est et reste le geste fondamental de la prière du chrétien… Le signe de croix est surtout un évènement de Dieu : le Saint Esprit nous conduit au Christ et le Christ nous ouvre la porte vers le Père. Dieu n’est plus le Dieu inconnu ; il a un nom. Nous pouvons l’appeler, et Lui, Il nous appelle » (Benoît XVI).

Avec le signe de croix, nous nous immergeons en Dieu-Trinité, comme l’indique le texte grec de l’Evangile selon Saint-Mathieu (Mt 28,19). En fait, en envoyant ses disciples en mission dans le monde entier, le Christ leur demande de baptiser « au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit.

Tout d’abord, quelques explications sur le texte grec de « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit». Le grec de ce passage ne comporte pas la préposition « en », qui veut dire « dans », c’est-à-dire qu’il n’utilise pas la préposition « au nom » de la Trinité – comme il est d’usage de dire, par exemple, lorsqu’un ambassadeur parle « au nom » de son gouvernement, c’est-à-dire par autorité, et représentation de celui qui l’envoie.

Par contre, le texte grec utilise les mots de : « eis to onoma », c’est-à-dire : « vers ou dans le nom ». Ils expriment un mouvement « vers » ou « dans » le nom, aussi vers l’intimité de la Trinité, vers l’intérieur du nom. Donc, faire le signe de croix est une immersion dans le nom de la Trinité, une insertion en Son nom, une interpénétration de l’être de Dieu et de notre être qui est immergé dans le Dieu-Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, comme par exemple, dans le mariage où deux personnes deviennent une seule chair, elles deviennent une nouvelle et unique réalité avec un seul et nouveau nom » (Ibid.).

« Faire » le signe de croix, c’est aussi dire « oui » à Jésus-Christ qui a souffert pour nous et qui, dans son corps offert pour nous, a rendu visible l’amour de Dieu jusqu’au don total de Lui- même pour nous.

En outre, « faire » le signe de croix est se remettre sous la protection de la croix qui, comme un bouclier, nous défend dans les grandes et petites adversités de la vie, en général, et de la journée en particulier. La croix est un signe de la passion, mais, en même temps, elle est aussi un signe de la résurrection : elle est, pour ainsi dire, le pilier du salut que Dieu nous offre, le pont sur lequel nous surmontons l’abysse de la mort et toutes les menaces du mal et par lequel nous pouvons arriver jusqu’à Lui.

Enfin (mais ces raisons de faire le signe de croix ne sont pas les seules), en faisant le signe de croix – au moins le matin – nous remercions Dieu le Père pour la nouvelle journée qu’il nous concède, nous prions le Christ et lui confions notre vie; nous demandons au Saint Esprit d’illuminer toutes nos actions quotidiennes. En bref, nous commençons la journée sous le signe de l’amour trinitaire en entrant dans la communion d’amour de Dieu le Père, du Fils et du Saint Esprit.

2) La Trinité selon l’Evangile d’aujourd’hui. 

Commentons maintenant le très bref texte évangélique (Jn 16.12-15) de la Messe de ce dimanche de la Trinité. L’étroit rapport d’amour, de connaissance et de communion entre le Père, le Fils et le Saint Esprit émerge de ces quelques versets. Les paroles de Jésus nous font immerger dans le mystère de la Trinité avec cette exigence de fond qui est la connaissance de la vérité qui n’est autre qu’amour. Il nous faut toujours comprendre plus que Dieu est Père, c’est-à-dire source féconde, qu’Il est Fils, c’est-à-dire Parole faite chair, amour proche et fraternel, et qu’Il est Esprit c’est-à-dire amour aimant qui nous fait expérimenter la vérité de l’amour.

Il est souvent objecté que le mystère de la Trinité ne sert à rien pour la vie quotidienne. Au contraire, ces Trois Personnes divines sont pour nous les plus intimes dans la vie quotidienne : elles ne sont pas hors de nous, comme l’épouse ou le mari, mais elles sont en nous. Elles demeurent en nous (Jn 14,23), nous sommes leur « temple » et nous demeurons en Elles.

Toute notre vie se déroule dans le signe et dans la présence de la Trinité. Au début de la vie, nous avons été baptisés « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Toujours au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit, nous avons été confirmés, les époux unis par les liens du mariage et les prêtres consacrés par l’évêque. A la fin de notre vie, aspirons à ce que l’on prie avec ces mots près de notre lit : « Ame chrétienne, pars de ce monde : au nom du Père qui t’a créé, du Fils qui t’a racheté et du Saint Esprit qui t’a sanctifié ».

Croire à la Trinité, c’est croire que Dieu est amour, parce que de l’éternité Il a « en son sein » un Fils, le Verbe, qu’il aime avec un amour infini, c’est-à-dire avec le Saint Esprit. Comme le rappelle Saint-Augustin, il y a toujours trois réalités ou sujets dans chaque amour : un qui aime, un qui est aimé et l’amour qui les unit. Ce grand et saint évêque écrivait : « Dieu le Père est l’Aimant, le Fils est l’Aimé et le Saint Esprit est l’Amour ».

Le Dieu chrétien est un et trois parce qu’il est communion d’amour et il est aussi la réponse à certains athées qui disent que Dieu serait une projection que l’homme fait de lui-même, comme quelqu’un qui échange sa propre image reflétée dans une flaque d’eau ou d’un lac avec une personne différente. Ceci pourrait être valable pour une autre idée de Dieu mais pas celle du Dieu chrétien. Quel besoin l’homme aurait-il de se scinder en trois personnes : Père, Fils, et Saint Esprit si Dieu n’est autre que la projection que l’homme se fait de sa propre image?

A l’objection qui dit que ce mystère de la Trinité est trop difficile, je réponds avec l’invitation à célébrer humblement le Dieu tel qu’Il est, en Lui rendant hommage d’une constante reconnaissance. Dieu un et Trois nous a non seulement créé à son image et à sa ressemblance mais il a pris amoureusement possession de notre personne et l’a élevée à une grandeur démesurée : le Père nous a adopté dans son Fils incarné; le Verbe illumine notre intellect par sa lumière, le Saint Esprit nous a élu pour son habitation.

3) La Trinité en nous. 

A ce point, nous pouvons nous demander comment garder ce Temple de chair de l’Esprit : pas seulement en évitant le pêché qui profane cette demeure et offense Dieu mais aussi en vivant en la grâce de Dieu et en cultivant un cœur pur et docile à l’Esprit.

Il est vrai qu’avec le Baptême, nous sommes tous devenus Temple, c’est-à-dire demeure sacrée de l’Esprit Saint.

Mais il est pareillement vrai que la « femme » a en elle des connotations spécifiques, qui l’ont rendue symbole du rapport nuptial entre Dieu et son peuple, déjà dans l’Ancien Testament,: des caractéristiques physiques, grâce auxquelles dans le langage courant le mot « vierge » est appliqué quasi exclusivement à la femme: des caractéristiques psychiques et spirituelles, liées à sa connaturelle capacité de s’ouvrir à l’accueil et de se donner avec fidélité (cfr Mulieris Dignitatis, n 20). Donc, plus pour la femme que pour l’homme la virginité consacrée a une valeur de signe et de réalité.

A cet égard, la prière solennelle de consécration des vierges nous aide. Elle dit : « Seigneur notre Dieu, toi qui veux habiter ceux qui te sont consacrés, tu aimes les cœurs libres et purs. Pose ton regard sur ces filles qui déposent dans tes mains la proposition de virginité de laquelle tu es l’inspirateur, pour te faire une offrande pure…..Par le don du Saint Esprit qu’elles soient prudentes dans la modestie, sages dans la bonté, austères dans la douceur, chastes dans la liberté. Ferventes dans la charité elles ne mettent rien avant ton amour ; qu’elles vivent dans les louanges sans aspirer à la louange ; qu’’elles te donnent à Toi seul la gloire dans la sainteté du corps et dans la pureté de l’esprit : qu’elles te craignent avec amour, qu’elles te servent par amour… Qu’elles possèdent tout en toi, Seigneur, parce qu’elles t’ont choisi toi seul, au-dessus de tout. »

Par grâce, nous les chrétiens nous tous sommes un Temple, où Dieu prend sa demeure. Mais les vierges consacrées témoignent d’une façon particulière d’être la demeure sacrée de Dieu. A cet égard, déjà au Moyen Age, Jean de Ford synthétise l’enseignement de l’Eglise: « Le Temple de Dieu est saint et je fais référence à toute l’Eglise des saints qui vivent soit dans un état conjugal, soit dans un état de veuvage ou dans un état de chasteté virginale. Mais la partie plus intérieure de ce Temple, ou, pour ainsi dire, le « sancta sanctorum » est occupée par celles qui, libres des liens conjugaux grâce à la pureté, aspirent aux plus hauts sommets de la virginité » (Sermo 52)

Lecture Patristique
Saint Hilaire de Poitiers (315 – 367)

Sur la Trinité, 12, 55-56 PL 10, 469-472

Selon saint Paul, ton Esprit Saint, mon Seigneur et mon Dieu, scrute et connaît tes profondeurs (cf. 1Co 2,10). Quand il intercède pour moi, il te parle à ma place par des cris inexprimables (cf. Rm 8,26). Rien, en dehors de toi, ne scrute ton mystère. Rien qui soit étranger ou extérieur n’est assez puissant pour mesurer la profondeur de ton infinie majesté. Tout ce qui pénètre en toi est de toi; rien de ce qui est étranger à toi n’a le pouvoir de te scruter.

Que ton Esprit Saint vienne de toi par ton Fils unique, je ne le perçois pas sensiblement, mais j’en ai la conviction. Car, dans le domaine spirituel qui est le tien, mon esprit est obtus, comme l’assure ton Fils unique: Ne sois pas étonné si je t’ai dit qu’il vous faut renaître. Car le vent souffle où il veut: tu entends le bruit qu’il fait mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’eau et de l’Esprit (Jn 3,7-8).

Je crois en ma nouvelle naissance sans la comprendre, et je suis déjà certain de vérités qui m’échappent. Sans que je comprenne comment, je renais, et ma nouvelle naissance s’accomplit réellement. Rien n’empêche l’Esprit de parler quand il veut et là où il veut. Le motif de sa venue et de son départ nous reste inconnu, même si j’ai la conviction de sa présence.

Jean, ton Apôtre, nous enseigne que tout a été fait par ton Fils qui était auprès de toi au commencement, qui est Dieu et Verbe de Dieu (cf. Jn 1,1-3). Et saint Paul énumère tout ce qui a été créé en lui, au ciel et sur la terre, êtres visibles et puissances invisibles ; il souligne que tout a été créé dans le Christ et par le Christ (cf. Col 1,16-17). Quant à l’Esprit Saint, il a jugé suffisant d’affirmer qu’il est ton Esprit.

Pour moi, je penserai comme ces deux hommes (Jean et Paul) que tu as choisis, et avec eux, je ne dirai rien sur ton Fils unique qui dépasse les capacités de mon intelligence: je me contenterai de dire qu’il est né. De même, avec eux, je ne dirai rien de ton Esprit Saint qui dépasse les ressources naturelles de l’homme: je déclarerai seulement qu’il est ton Esprit. Je ne veux pas d’une vaine querelle de mots: je m’en tiens à professer fermement une foi inébranlable.

Je t’en prie, mon Dieu, conserve intacte la ferveur de ma foi, et, jusqu’à mon dernier soupir, donne-moi d’exprimer ce qui est ma conviction, de garder toujours ce que j’ai professé dans le Symbole lors de ma nouvelle naissance, quand j’ai été baptisé dans le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Accorde-moi de t’adorer, toi notre Père, et ton Fils qui ne fait qu’un avec toi; fais que je reçoive ton Esprit Saint, qui procède de toi par ton Fils unique.

J’ai, en faveur de ma foi, un témoin autorisé, celui qui déclare: Père, tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi (Jn 17,10). Ce témoin, c’est mon Seigneur Jésus Christ, lui qui demeure en toi, lui qui vient et qui est toujours auprès de toi, étant toujours Dieu, pour les siècles des siècles. Amen.

Source: ZENIT.ORG, le 10 juin 2022

Pentecôte, le don du Consolateur, par Mgr Francesco Follo

Marie à la Pentecôte, par le p. Marko Ivan Rupnik SJ, Palais épiscopal de Tenerife, Espagne © centroaletti.it
Marie À La Pentecôte, Par Le P. Marko Ivan Rupnik SJ, Palais Épiscopal De Tenerife, Espagne © Centroaletti.it

Pentecôte, le don du Consolateur, par Mgr Francesco Follo

Un don mutuel

« L’homme, en tout temps et en tous lieux, désire une vie belle et pleine, juste et bonne, une vie qui ne soit pas menacée par la mort mais qui puisse mûrir et grandir jusqu’à sa plénitude. L’homme est comme un pèlerin qui traversant les déserts de la vie, a soif d’une eau vive, jaillissante et fraîche, capable de désaltérer en profondeur son désir profond de lumière, d’amour, de beauté et de paix. Nous sentons tous ce désir ! Et Jésus nous donne cette eau vive : c’est l’Esprit Saint qui procède du Père et que Jésus déverse en nos cœurs ».

C’est ce que rappelle Mgr Francesco Follo dans sa méditation des textes de la liturgie de dimanche prochain, 5 juin 2022, solennité de la Pentecôte.

« La célébration de la Pentecôte, explique Mgr Follo, n’est pas seulement un rite qui rappelle un événement passé, c’est un geste pour accueillir le don de l’Esprit qui renouvelle la terre et nos cœurs dans la joie, dans la paix ».

Voici le texte de la méditation de dimanche 5 juin.

Pentecôte. Le don du Consolateur

Année C – 5 juin 2022

Ac 2, 1-11 ; Ps 103 ; Rm 8, 8-17 ; Jn 14, 15-16.23-26

1) Ouverture et don de soi pour recevoir le Don.

La liturgie nous propose aujourd’hui pour la Solennité de la Pentecôte la lecture de l’Évangile de Saint Jean, chapitre 14, versets 15-16.23-26 qui sont extraits des discours d’adieu que Jésus fait dans l’Évangile de Saint Jean et qui vont du chapitre 13, verset 31 à tout le chapitre 17.

Le thème principal de ces discours magnifiques est l’Exode du Christ, c’est à dire « l’aller » de Jésus : « Je ne suis plus avec vous que pour peu de temps, là où je vais, vous ne pouvez venir. » (Jn 13, 33) ; « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; tandis qu’à présent je quitte le monde et je vais au Père. » (Jn 16, 28) ; « Mais maintenant je vais à toi, Père. » (Jn 17, 13). L’exode, l’aller de Jésus vers le Père porte aussi en lui la signification de notre aller, de notre exode, qui est notre parcours existentiel et notre parcours de foi en ce monde. En suivant et en écoutant le Christ sur ce chemin, nous apprenons à vivre en Lui, pour Lui, avec Lui et comme Lui.

C’est dans ce contexte que sont insérés les quatre versets qui sont proposés aujourd’hui dans la lecture de l’Évangile et où Jésus nous parle de l’Esprit consolateur. Pour réconforter ses disciples d’alors et aussi ceux d’aujourd’hui qui sont dans un chemin de lumière qui passe par la Croix, le Christ promet l’Esprit Saint qui est le « Consolateur » ou si l’on utilise le terme grec, le « Paraclet » ce qui veut dire « l’avocat défenseur », parce qu’il défend de Satan qui est l’accusateur. Si nous traduisions à la lettre « Paraclet », nous devrions écrire « appelé auprès », c’est à dire appelé pour être à coté de chaque disciple pour qu’il garde fidèlement la mémoire du Maître et pour qu’il ait une compréhension profonde de sa Parole ainsi que le courage tenace d’en être le témoin.

Toujours dans les quatre versets de l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus nous dit quelles sont les conditions pour accueillir l’Esprit : l’aimer Lui, écouter sa parole et observer ses commandements. S’il manque ces trois conditions, il n’y a aucune ouverture à l’Esprit et à son action en nous.

Ces trois conditions peuvent être résumées en une seule : le don complet de soi. Mère Teresa de Calcutta dirait : abandon total. A l’exemple de cette sainte et surtout de la Vierge Marie qui devint mère en s’abandonnant à l’action de l’Esprit Saint quand elle dit « Voici la servante du Seigneur », nous disons : « Qu’il soit fait selon ta parole ». Comme la Sainte Vierge, donnons-nous complètement à Dieu. Se donner à Lui c’est se donner à l’Amour qui rend notre vie féconde et heureuse.

2) La logique du don.

Au don de nous-même que nous lui faisons, le Père répond en nous donnant le Consolateur.

Ce don est précédé de l’acte d’amour du Père qui sait que nous avons besoin de consolation : « Toi, Seigneur, tu m’as scruté et tu me connais, tu connais mon coucher et mon lever ; de loin tu discernes mes projets ; tu surveilles ma route et mon gîte, et tous mes chemins te sont familiers. » (Ps 139, 1-4) Lui a vu ma misère en terre étrangère et il a écouté mon cri, il connaît en effet mes souffrances et voit les oppressions qui me tourmentent (Cf Es 3, 7-9) ; rien n’échappe à son amour infini pour moi. Pour tout cela, Il nous donne le Consolateur. Le Père est le Donateur : tout nous vient de Lui et de personne d’autre.

Si ensuite nous regardons la seconde lecture de la messe qui nous offre un extrait de la lettre de Saint Paul aux Romains (8, 8-17), nous comprenons que le don de Dieu est l’Esprit de liberté, parce qu’il nous libère de l’esclavage de la chair, c’est à dire de l’égoïsme. L’Esprit transforme le désir de l’homme : non plus les désirs de l’égoïsme, mais ceux de la charité, du don ému de soi-même. Quand nous restons enfermés dans notre égoïsme (la chair) nous percevons la loi de l’amour (la loi de Dieu) comme un poids et un esclavage. L’Esprit Saint rend saint le « désir » de l’être humain, alors la loi de la charité devient ce qu’il désire, ce à quoi il tend : la vie, la vérité et l’amour. L’Esprit Saint nous libère en nous transformant de l’intérieur, à tel point qu’il renouvelle même le rapport à Dieu : non plus esclave, mais fils. Et cela aussi est une grande liberté. Quand Saint Paul parle de fils « adoptifs », ce n’est pas pour diminuer notre filiation en la réduisant à quelque chose d’extérieur et de juridique mais pour en rappeler la gratuité. Dieu est « un abîme de paternité » (Origène), qui s’exprime en un amour intense, infini, rempli de sollicitude et de délicatesse, de tendresse et de miséricorde. Et quand le fils se rebelle contre cette paternité en cherchant à la nier, à la supprimer en s’éloignant de la maison paternelle et en gaspillant les richesses reçues comme avance sur l’héritage, la réaction du Père céleste non seulement n’est pas une réaction de colère mais témoigne d’un cœur qui s’attendrit. Dieu est un Père bon qui accueille et embrasse le fils perdu et repenti (Cf Luc 15, 11…), il donne gratuitement à ceux qui demandent (Cf Mat 18, 19 ; Mc 11, 24 ; Jn 16, 23) et il offre le pain du ciel et l’eau vive qui font vivre pour l’éternité (Cf Jn 6, 32.51.58). La paternité de Dieu est amour infini.

3) Le don de l’Esprit Consolateur.

Avec l’Ascension, le Christ ne nous a pas laissé seuls ni orphelins. Avec la Pentecôte, nous célébrons aujourd’hui le fait qu’il maintient la promesse de nous envoyer son Esprit qui nous permet d’aimer comme il aime lui. Si auparavant, il était avec nous et près de nous, désormais il sera en nous. Celui qui est aimé est la demeure de celui qui l’aime : il le porte dans son cœur, comme sa vie. Nous sommes depuis toujours en Dieu qui nous aime d’un amour éternel et paternel. Si nous l’aimons, il demeure en nous comme nous sommes en Lui. En effet Jésus dit : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le consolateur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14, 23-26)

Il est juste et beau de traduire le mot d’origine grec « Paraclet » par le mot « Consolateur » (du latin cum-solo = avec le seul, parce qu’il indique l’Esprit comme celui qui « sera avec nous pour toujours » cf Jn 14, 16). L’Esprit Saint est donc consolateur parce qu’il ne nous laisse jamais seul. Qui aime et est aimé n’est jamais seul, il est avec l’autre qui l’aime.

Après nous avoir dit que ce Consolateur est toujours avec nous et pour toujours, il nous en dit le nom : Esprit de Vérité. Esprit de Vérité veut dire Esprit vrai, la vraie vie. Qu’est-ce que la vraie vie ? C’est la vie de Dieu. Qu’est-ce que la vie de Dieu ? C’est l’Amour entre le Père et le Fils.

Ce Consolateur qui nous est donné est la vraie vie de Dieu. Et la vie de Dieu est l’Amour entre le Père et le Fils qui est toujours avec nous.

Le Pape François résume ainsi cela d’une façon profonde et existentielle : « L’Esprit Saint est la source inépuisable de la vie de Dieu en nous. » L’homme, en tout temps et en tous lieux, désire une vie belle et pleine, juste et bonne, une vie qui ne soit pas menacée par la mort mais qui puisse mûrir et grandir jusqu’à sa plénitude. L’homme est comme un pèlerin qui traversant les déserts de la vie, a soif d’une eau vive, jaillissante et fraîche, capable de désaltérer en profondeur son désir profond de lumière, d’amour, de beauté et de paix. Nous sentons tous ce désir ! Et Jésus nous donne cette eau vive : c’est l’Esprit Saint qui procède du Père et que Jésus déverse en nos cœurs.

« Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » (Jn 10, 10)

En écho à cet enseignement, je propose la prière de Mère Térésa de Calcutta : « Seigneur, tu es la vie que je veux vivre, la lumière que je veux refléter, le chemin qui conduit au Père, l’amour que je veux aimer, la joie que je veux partager, la joie que je veux semer autour de moi. Jésus, tu es tout pour moi, sans toi je ne peux rien. Tu es le Pain de vie que l’Église me donne. C’est par Toi, en Toi, avec Toi que je peux vivre. »

4) Le don de l’Esprit et les vierges consacrées dans le monde.

C’est un don de l’Esprit Saint que le don virginal des vierges consacrées qui, dans la puissance de l’amour, ont su garder leur cœur tout entier pour le Christ. Il est vrai que depuis la Pentecôte, le mode de vie du Christ continue à être présent dans le mode de vie des Apôtres comme le livre des Actes nous le montre. Ce mode de vie ne disparaît même pas avec la mort des derniers apôtres : «  Tout au long des siècles, les personnes dociles à l’appel du Père et aux motions de l’Esprit Saint n’ont jamais manqué. Elles ont choisi ce chemin particulier à la suite du Christ pour se dédier à Lui d’un cœur sans partage. » (Cf 1Cor 7, 34) Elles aussi ont tout abandonné comme les apôtres pour être avec Lui et se mettre comme Lui au service de Dieu et de leurs frères. » (Vie Consacrée (VC) 1 ; cf. 14 ; 22)

Les femmes consacrées, en effet, sont appelées à vivre comme les vierges qui, à l’exemple de Marie vierge et mère, portent le Christ sur les routes du monde : elles deviennent christoformes (VC 19), c’est à dire qu’elles deviennent une icône sainte et pure. Et cela n’est possible seulement que par la force d’un don particulier de l’Esprit. (Ibid. 14).

Pour cela la personne appelée à la vie consacrée « doit ouvrir l’espace de sa propre vie à l’action de l’Esprit Saint. » (VC65)

Grâce à la puissance de l’Esprit de la Pentecôte, la personne consacrée devient profondément missionnaire, annonçant l’Évangile par une vie qui, grâce à la puissance de l’Esprit Saint, est progressivement configurée au Christ. (cf VC19)

Elles sont missionnaires de l’amour parce que la consécration les rend capable d’aimer avec le cœur du Christ (cf VC 75) et de se mettre comme lui au service des hommes.

Comme il est affirmé dans le Préambule au Rite de la Consécration des vierges : « Les vierges dans l’Église sont des femmes qui sous l’inspiration de l’Esprit Saint, font vœu de chasteté afin d’aimer plus ardemment le Christ et de servir leurs frères avec un dévouement plus libre. » (n2) Avec leur virginité consacrée, elles sont les témoins de la réalité concrète du monde invisible et spirituel et elles rappellent à nous tous la réalité du Royaume des cieux.

Lecture Patristique

Saint Léon le Grand (390 – 461)

Sermon 15, 1-3

CCL 138 A, 465-467

La solennité de ce jour, mes bien-aimés, doit être vénérée parmi les fêtes principales, tous les coeurs catholiques le savent. Nous devons assurément le plus grand respect à ce jour que l’Esprit Saint a consacré par le prodige suprême du don de lui-même.

Ce jour est en effet le dixième après celui où le Seigneur a dépassé toute la hauteur des cieux pour s’asseoir à la droite de Dieu son Père. Il est le cinquantième jour à briller pour nous depuis sa résurrection, en Jésus par qui le jour a commencé. Ce jour contient en lui-même de grands mystères, ceux de l’économie ancienne et ceux de la nouvelle. Il y est en effet clairement montré que la grâce avait été annoncée d’avance par la Loi, et que la Loi a été accomplie par la grâce.

En effet, c’est cinquante jours après l’immolation de l’agneau que jadis le peuple hébreu, libéré des Égyptiens, reçut la Loi sur la montagne du Sinaï. De même, le cinquantième jour après la passion du Christ, qui fut l’immolation du véritable agneau de Dieu, cinquante jours après sa résurrection, l’Esprit Saint fondit sur les Apôtres et sur le peuple des croyants. Le chrétien attentif reconnaîtra donc facilement que les débuts de l’Ancien Testament étaient au service des débuts de l’Évangile, et que la seconde alliance fut constituée par le même Esprit qui avait fondé la première.

Car, au témoignage de l’histoire apostolique, quand arriva la Pentecôte, ils se trouvaient tous réunis ensemble. Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent: toute la maison où ils se trouvaient en fut remplie. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux. Alors ils furent tous remplis de l’Esprit Saint. Ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit (Ac 2,1-4).

Comme elle est rapide, cette parole de sagesse, et lorsque Dieu est le maître, comme on apprend vite ce qu’il enseigne! On n’a pas eu besoin de traduction pour comprendre, d’exercice pour pratiquer, ni de temps pour étudier. Mais, l’Esprit de vérité soufflant où il veut (Jn 3,8), les mots qui étaient propres à chacune des nations devinrent communs à tous dans la bouche de l’Église.

A partir de ce jour, la trompette de la prédication évangélique se mit à retentir. Dès ce moment, les ondées de charismes, les flots de bénédictions arrosèrent tout désert et toute terre aride parce que, pour renouveler la face de la terre (Ps 103,30), l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux (Gn 1,2). Pour chasser les anciennes ténèbres, une lumière nouvelle jetait des éclairs. De l’éclat des lampes étincelantes naissaient et le Verbe du Seigneur qui illumine, et la parole enflammée qui, pour créer l’intelligence et consumer le péché, a le pouvoir d’illuminer et la force de brûler.

Source: ZENIT.ORG, le 3 juin 2022

L’Ascension « n’est pas la fin de l’histoire », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO 

L’Ascension « n’est pas la fin de l’histoire », par Mgr Francesco Follo

Les apôtres, « témoins de la communion »

L’Ascension « n’est pas la fin de l’histoire, mais elle l’ouvre à une fécondité inattendue pour que celle-ci devienne, par la grâce divine et l’action humaine, le sein de la nouvelle vie de communion avec Dieu », explique Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

Les apôtres, souligne Mgr Follo, « ne sont pas restés sur la montagne à regarder le ciel mais, obéissant au commandement d’amour du Christ, ils se sont faits témoins de la communion trinitaire qui donne forme et vie à la communion des hommes entre eux, en chemin pour atteindre le ciel».

Voici la méditation de la liturgie de l’Ascension, offerte par Mgr Follo, « avec l’invitation à se rappeler que, comme le Christ est descendu du ciel pour nous, a souffert et est mort sur la croix pour nous, ainsi il est ressuscité pour nous et est retourné vers Dieu, qui n’est donc plus loin».

Ascension dans la profondeur du Cœur de Dieu

Rite romain – Année C – 29 mai 2022

Ac 1,1-11 ; Ps 46 ; He 9,24-28 & 10,19-23 ; Lc 24,46-53

1 Ascension : élévation, exhaussement, exaltation

Pour célébrer la fête de l’Ascension, la liturgie pour l’année C nous propose le récit de saint Luc qui décrit cet événement avec le verbe « être emporté vers le haut », c’est-à-dire « élevé », par conséquent « exalté ».

En suivant l’enseignement de cet évangéliste, nous comprenons que l’Ascension a un double aspect. Le premier est celui de monter, vers le haut, vers le Père (« il était emporté au ciel »), précisant ainsi que la résurrection de Jésus n’est pas un retour à la vie d’avant, presque un pas en arrière, mais l’entrée dans une condition nouvelle, un pas en avant, dans la gloire de Dieu. Le second est celui du départ : l’Acension est présentée ensuite comme une séparation (« il se sépara d’eux »). Jésus retire sa présence visible, la susbstituant par une présence nouvelle, invisible, qui est toutefois plus profonde. Il s’agit d’une présence que l’on peut saisir dans la foi, dans l’écoute de la Parole, dans la fraction du pain (c’est-à-dire à la messe) et dans la fraternité.

Comme je l’ai fait observer au début de cette réflexion, saint Luc raconte le fait de l’Ascension en la présentant comme l’ « exaltation » de Jésus (cf. Lc 24,50-53 et Ac 1, 1-11). Cette élévation vers le ciel est, selon moi, étroitement lié à l’élévation du Christ sur la croix, qui devient le trône de son exaltation. Dans les deux cas, le Christ dit une parole de miséricorde, de pardon et de bénédiction.

Dans les deux élévations, il ne s’agit pas de la fin de la relation entre Jésus et ses disciples, et toutes les deux sont source de joie. Certes, la joie provoquée par le Christ « emporté sur » la croix vient après trois jours, tandis que celle d’aujourd’hui est immédiate. Ces deux élévations montrent bien le but rédempteur du Christ : l’amour est vainqueur de la mort, pardonne le péché et ouvre le paradis : le cœur du Père est la demeure du Fils et des fils dans le Fils.

Jésus, le Verbe de Dieu, s’est incarné pour porter Dieu et son amour sur la terre. Cet amour est comme l’aimant qui attire Dieu à l’homme et l’homme à Dieu : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14,23). Cette « descente » est suivie de la « montée » du Fils de Dieu qui retourne dans la demeure du Père. Avec l’ascension, l’humanité du Christ est transférée dans le cœur de la divinité. « Immergée dans l’être de la divinité, cette humanité prend part aux propriétés de Dieu, comme un fer incandescent participe des propriétés du feu » (H. U. von Balthazar).

De même que l’ascension-élévation du Christ ne fut pas, pour les disciples d’il y a environ deux mille ans, un spectacle, mais un événement dans lequel ils furent eux-mêmes insérés, ainsi, aujourd’hui, pour nous, l’élévation du Christ est un « sursum corda », c’est-à-dire un « élevons notre cœur », un mouvement vers le haut, auquel nous sommes tous appelés. Il s’agit d’un événement qui nous dit que l’être humain peut vraiment vivre quand il est tourné vers le haut. L’être humain est capable de hauteur, et la hauteur qui, seule, correspond à la mesure de l’homme est la hauteur de Dieu lui-même. Et c’est pour cela que l’oraison de la messe de ce jour nous fait prier ainsi : « Accordez-nous, nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, à nous qui croyons que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté au ciel, que nous y habitions aussi nous-mêmes en esprit ».

Une fois encore, la liturgie nous situe devant le primat de Dieu. Le pape François a affirmé : « L’ascension de Jésus au ciel nous fait connaître cette réalité si consolante sur notre chemin : dans le Christ, vrai Dieu et vrai homme, notre humanité a été portée auprès de Dieu ; il nous a ouvert le passage ; il est comme un premier de cordée lorsqu’on escalade une montagne, qui est parvenu à la cime et qui nous attire à lui pour nous conduire à Dieu ».

Par conséquent, pour les apôtres et maintenant pour nous, l’ascension est avant tout un regard contemplatif sur l’amour qui unit le Père et le Fils. La phrase de saint Luc dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Jésus était emporté au ciel » nous fait fixer notre regard sur cet événement : le Fils retourne vers le Père qui est au ciel. Le ciel est l’ « image » du Père, c’est le lieu de sa maison, de sa présence, de sa communion. Le Fils ressuscité ne peut qu’aller principalement chez le Père. Et nous, fils dans le Fils, nous apprenons que le salut ne consiste pas en notre grandeur ou importance présumée plus grande, mais dans cet exode, dans ce retour d’amour vers le haut, vers Dieu.

2 La mission comme témoignage, c’est-à-dire comme martyre

La tâche des disciples, ceux d’alors comme nous aujourd’hui, ne se réduit pas à regarder le ciel ou à connaître les temps et les moments cachés dans le secret de Dieu. La tâche des disciples jusqu’à la fin des temps est de porter le témoignage du Christ jusqu’aux extrémités de la terre.

Le Fils de Dieu, qui est en communion avec le Père, ne le garde pas jalousement comme son bien propre, mais il l’offre à ses disciples et les invite à en être témoins jusqu’aux extrémités de la terre. L’Ascension n’est pas la fin de l’histoire, mais elle l’ouvre à une fécondité inattendue pour que celle-ci devienne, par la grâce divine et l’action humaine, le sein de la nouvelle vie de communion avec Dieu.

L’Ascension nous annonce que la vraie question ne consiste pas à prolonger l’histoire, mais à monter avec le Christ vers le Père, conscients que chacun de nous « habite non pas là où est son corps, mais là où est son cœur » (saint Augustin d’Hippone).

C’est pourquoi les apôtres ne sont pas restés sur la montagne à regarder le ciel mais, obéissant au commandement d’amour du Christ, ils se sont faits témoins de la communion trinitaire qui donne forme et vie à la communion des hommes entre eux, en chemin pour atteindre le ciel.

N’oublions pas que le témoin (en grec, marturos = martyr) est celui qui est en mesure de faire une déposition, c’est-à-dire de raconter le fait auquel il a assisté en personne. Le milieu originel du témoignage est donc le débat d’un procès. Les apôtres ont personnellement vu les événements de Jésus (« tout ce que [Jésus a fait et enseigné] ») et ils sont donc en mesure d’en témoigner. Le mot « témoin » a cependant élargi sa signification. Il n’indique désormais plus seulement celui qui parle d’un fait auquel il a assisté. Le terme « témoin » est souvent employé pour indiquer une personne qui donne le bon exemple, mais l’Évangile demande d’être témoin en affirmant courageusement ce en quoi l’on croit profondément, prêt à l’affirmer jusqu’au sacrifice de sa propre vie. En ce sens, le véritable témoin est le martyr qui atteste par le don de sa vie la vérité qu’il a rencontrée et aimée.

Le témoin (= martyr) est donc caractérisé par un lien très profond au Christ qui est le martyr par excellence de l’amour et de la vérité : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). L’amour est la cause qui a poussé le Rédempteur à donner sa vie (cf. 1 Jn 4,8). Vérité et amour sont inséparables, parce que l’amour ne devient authentique que s’il est vrai.  Et la force de la vérité se manifeste dans l’amour. Cette double dimension est très présente dans le témoignage des martyrs. Le Christ s’est révélé comme la Vérité (cf. Jn 14,6) et cette vérité devient crédible à travers l’amour (cf. Jn 15, 13).

À cet égard, je crois utile de rappeler que si le martyr est le disciple, qui se fait semblable au maître parce qu’il accepte librement la mort pour le salut de ses frères et sœurs en humanité, la virginité peut être considérée comme une forme de martyre. En effet, la virginité consacrée implique de manière ordinaire – non extraordinaire comme dans le martyre du sang – une vie totalement identifiée à l’offrande du Christ, l’Agneau immolé.

La vierge consacrée dans le monde rend témoignage au Christ Seigneur par le don de sa vie quotidiennement renouvelé et vécu dans le travail quotidien, dans et pour le monde. Par sa consécration, la vierge dans le monde dit l’absolu de Dieu dans le fragment d’amour quotidiennement vécu dans la louange à Dieu et dans le service de miséricorde pour les pauvres.

La vierge consacrée offre son corps comme un « ciel » pour le Christ et se fait tabernacle vivant de celui qui a fait le ciel.

La vierge consacrée rend particulièrement vraie cette prière de saint Grégoire de Naziance : « Si je ne t’appartenais, ô mon Christ, je me sentirais une créature limitée. Je suis né et je me sens disparaître. Je mange, je dors, je me repose et je marche, je suis malade et je guéris. La soif et les tourments m’assaillent sans cesse, je jouis du soleil et de tout ce que la terre produit. Ensuite, je meurs et ma chair devient poussière comme celle des animaux, qui n’ont pas péché. Mais moi, qu’ai-je de plus qu’eux ? Rien, sinon Dieu. Si je ne t’appartenais, ô mon Christ, je me sentirais une créature limitée. »

Lecture Patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (370 – 444)

Commentaire sur l’évangile de Jean, 9, sur Jn 14,2-3

PG 74, 182-183.

Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure; sinon, est-ce que je vous aurais dit: Je pars vous préparer une place? (Jn 14,2) Si les demeures auprès du Père n’avaient pas été nombreuses, le Seigneur aurait dit qu’il partait en avant-coureur, manifestement afin de préparer les demeures des saints. Mais il savait que beaucoup étaient déjà prêtes et attendaient l’arrivée des amis de Dieu. Il donne donc un autre motif à son départ: préparer la route à notre ascension vers ces places du ciel en frayant un passage, alors qu’auparavant cette route était impraticable pour nous. Car le ciel était absolument fermé aux hommes, et jamais aucun être de chair n’avait pénétré dans ce très saint et très pur domaine des anges.

C’est le Christ qui inaugura pour nous ce chemin vers les hauteurs. En s’offrant lui-même à Dieu le Père comme les prémices de ceux qui dorment dans les tombeaux de la terre, il permit à la chair de monter au ciel, et il fut lui-même le premier homme apparu à ses habitants. Les anges ne connaissaient pas le mystère auguste et grandiose d’une intronisation céleste de la chair. Ils voyaient avec étonnement et admiration cette ascension du Christ. Presque troublés à ce spectacle inconnu, ils s’écriaient: Quel est celui-là qui arrive d’Édom(Is 63,1), c’est-à-dire de la terre? Mais l’Esprit ne permit pas que la milice céleste demeurât dans l’ignorance de cette disposition admirable de la sagesse de Dieu le Père. Il ordonna qu’on ouvrît les portes devant le Roi et Seigneur de l’univers: Princes, ouvrez vos portes, portes éternelles: qu’il entre, le roi de gloire (Ps 23,7 LXX)!

Donc, notre Seigneur Jésus Christ inaugura pour nous cette voie nouvelle et vivante: comme dit saint Paul, il n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, mais dans le ciel lui-même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu(He 9,24).

En effet, le Christ n’est pas monté pour se faire voir de Dieu son Père, car il était, il est et il sera toujours dans le Père, sous le regard de celui qui l’engendre, et c’est en lui qu’il se réjouit éternellement. Il monte maintenant, d’une façon étrange et insolite pour un homme, lui, le Verbe qui, à l’origine, n’avait pas revêtu l’humanité. S’il l’a fait, c’est pour nous et en notre faveur, afin que, reconnu comme un homme(Ph 2,7), mais avec la puissance du Fils, et entendant avec sa chair ce décret: Siège à ma droite (Ps 109,1), il puisse, établi lui-même comme Fils, transmettre la gloire de la filiation à tout le genre humain.

Car, puisqu’il est devenu homme, c’est comme l’un de nous qu’il siège à la droite du Père, bien qu’il soit supérieur à toute la création et consubstantiel au Père – il est en effet vraiment venu de lui, puisqu’il est Dieu venu de Dieu et lumière venue de la lumière.

Comme homme, il s’est présenté devant le Père en notre faveur, pour nous rendre capables de nous tenir debout devant la face du Père, alors que l’antique péché nous en avait chassés. Comme Fils, il s’est assis pour que nous-mêmes, à cause de lui, nous puissions être appelés fils de Dieu.

Aussi Paul, persuadé de parler au nom du Christ (cf. 2Co 13,3), enseigne-t-il que tout ce qui a été accordé au Christ est communiqué à l’humanité, puisque Dieu nous a ressuscités avec Jésus Christ et nous a fait asseoir dans les cieux avec lui (Ep 2,6). L’honneur et la gloire de siéger au ciel est propre au Christ, qui est Fils par nature. C’est à lui seul que cela revient et que nous le reconnaissons au sens strict. Il a beau avoir pris notre ressemblance en apparaissant comme un homme: la divinité lui appartient parce qu’il est Dieu, mais il nous transmet mystérieusement le don d’une telle dignité.

Source: ZENIT.ORG, le 27 mai 2022

L’Amour est d’abord « un don de Dieu », par Mgr Francesco Follo

Sanctuaire du Divin Amour, Rome, capture TV2000

Sanctuaire Du Divin Amour, Rome, Capture TV2000

L’Amour est d’abord « un don de Dieu », par Mgr Francesco Follo

« …avant d’être un commandement »

Il existe « un lien indissoluble » entre « l’amour » que nous portons à Jésus et « l’observance de sa parole », écrit Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO, dans son commentaire des lectures du VIe Dimanche de Pâques 2022.

Dans l’Evangile selon saint Jean, Jésus affirme : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ». « Quand on aime, explique Mgr Follo, la “parole” » de celui ou celle qu’on aime devient si importante qu’on la porte dans son cœur, on veille sur elle en l’observant ».

Voici le commentaire des lectures du VI Dimanche de Pâques, le 22 mai 2022, par Mgr Francesco Follo.

« Avec l’invitation à se rappeler qu’avant d’être un commandement, l’amour est un don que Dieu nous fait connaître et expérimenter, nous invitant à le partager ».

Obéir veut dire aimer

VI Dimanche de Pâques – Année C – 22 mai 2022

Ac 15,1-2.22-29 ; Ps 66 ; Ap 21,10-14.22-23 ; Jn 14,23-29

1) La marche des six dimanches de Pâques.

Pendant la période pascale, la liturgie de l’Eglise nous fait vivre (dans le sens biblique du terme : rendre présent) la présence concrète, et vraiment vivante, du Christ ressuscité. C’est pourquoi, pendant la messe des trois premiers dimanches de Pâques, sont proposés des passages de l’Evangile où l’on parle des rencontres de Jésus avec Marie Madeleine, avec les disciples d’Emmaüs, avec les apôtres, saint Thomas, et pour finir Pierre qui sera confirmé dans son amour après Lui avoir remis ses peines.

Le IV dimanche, on nous a rappelé que le Christ est le bon pasteur, qui nous guide par le biais des prêtres et des évêques. Le V dimanche, on nous a rappelé que Jésus ressuscité est présent dans l’amour vécu concrètement et donné réciproquement dans la communauté des chrétiens, qui ont « comme » exemple le Christ lui-même.

Aujourd’hui, l’enseignement des dimanches précédents est à son apogée. En effet, en ce VI dimanche de Pâques, l’Evangile nous dit que Jésus ne se contente par de demeurer parmi nous, il demande d’être écouté (que l’on observe sa parole) pour pouvoir « demeurer » en nous. Jésus n’est donc plus simplement avec nous, un parmi nous, même s’il est le meilleur : il est maintenant en nous avec son Esprit.

A nous croyants qui écoutons sa parole et à qui il donne l’Esprit Saint pour obtenir la paix et pour « rappeler à notre cœur tout ce que le Christ a fait et enseigné et nous rendre capables d’en témoigner, en joignant le geste à la parole » (cf. la Collecte du VIème dimanche de Pâques).

Connaître et faire l’expérience de l’amour de Dieu en nous et pour nous, est source de paix et de joie mais suppose également une grande responsabilité quotidienne.

2) Observer la Parole, qui est un don d’amour.

La méditation du jour, tirée d’un passage de l’évangile de Jean (14,23-29), illustre deux aspects : l’amour obéissant porté à Jésus et le don de l’Esprit.

Dans cet extrait, le Fils de Dieu fait le lien – un lien indissoluble – entre l’Amour qui Lui est porté et l’observance de sa parole. A ce propos, n’oublions pas que le terme grec « Logos », utilisé par saint Jean, peut varier selon les circonstances. Il peut signifier la « Parole » qui est Jésus Christ, le Verbe de Dieu, la « parole » que Jésus adresse à ses interlocuteurs, et le « commandement » donné par amour et à observer avec amour.  Ce troisième sens n’a rien d’étrange finalement, car quand on aime, la « parole » de celui ou celle qu’on aime devient si importante qu’on la porte dans son cœur, on veille sur elle en l’observant. Autrement dit, si nous aimons le Seigneur, cela veut dire que nous Le portons dans notre cœur. Nous conservons (observons) ses paroles, parce que nous voulons vivre comme Lui, nous voulons qu’Il devienne notre vie. En effet, quand on aime quelqu’un, cette personne devient notre vie et nous l’écoutons, mettant en pratique ce qu’elle nous dit.

Donc « obéir » au Seigneur est la preuve qu’on L’aime vraiment. Mais il est vrai que le verbe « aimer » dit aussi désir, affection, appartenance, mais ici on souligne que l’on ne peut parler de vrai amour sans observance des commandements : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jn 14, 23). Et, aussitôt après, dans le même verset 23, Jésus ajoute « mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Id 14, 23). Ici, le Fils de Dieu souligne une autre caractéristique de l’amour: c’est là où se passe la rencontre avec l’amour du Père. Je dirais même mieux ; c’est là où le Père et Jésus établissent leur demeure.

Marie, Vierge et Mère, est l’icône parfaite de cette demeure « construite » par obéissance amoureuse. Elle a accueilli le Fils de Dieu dans sa foi puis dans sa chair, obéissant pleinement à la Parole de Dieu.

L’obéissance à Dieu et à son action inclut aussi l’élément « obscurité » dans notre foi. Les relations entre l’être humain et Dieu n’effacent pas la distance entre le Créateur et la créature, n’effacent pas tout ce qu’affirme l’apôtre Paul devant la profondeur de la sagesse de Dieu: « Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! » (Rm 11,33). Mais ceux qui, comme Marie, s’ouvrent à Dieu totalement, finissent par accepter la volonté divine. Même si cette volonté est mystérieuse et ne correspond pas toujours à ce que nous voudrions, qu’elle est comme une épée qui transperce l’âme, comme le prophète Siméon a dit à Marie quand, avec Joseph, elle est allée présenter Jésus au Temple (cf. Lc 2,35).

Sur le chemin de la foi, la joie de recevoir un don d’amour est grande, mais il ne manque pas aussi de moments obscurs dus aux souffrances de la vie, aux croix de la vie. Il en fut ainsi pour Marie. Grâce à sa foi, elle connut la joie de l’Annonciation, mais connut l’obscurité de la crucifixion du Fils jusqu’à la lumière de sa Résurrection, sans jamais céder.

Alors, pour les apôtres, et pour chacun de nous, aujourd’hui, dans notre foi, le chemin de l’obéissance n’est pas différent: nous rencontrons des moments de lumière, mais aussi des moments où Dieu paraît absent, où son silence pèse sur notre cœur, et sa volonté ne correspond pas à la nôtre, à ce que nous voudrions. Mais plus nous nous ouvrons à Lui, plus nous accueillons le don de la foi et plaçons totalement notre confiance en Lui, plus Il nous rend capables, par sa présence, de vivre chaque situation de notre vie dans la paix et la certitude de sa fidélité et de son amour. Mais cela signifie sortir de soi-même et de ses propres projets, pour que la Parole de Dieu, observée avec amour, soit comme un phare pour guider nos pensées et nos actions.

Comment la Mère de Dieu a-t-elle pu vivre ce chemin de foi aux côtés de son Fils de manière si solide, même au plus fort de l’obscurité, sans perdre sa pleine confiance en l’action de la Providence? Et cette question vaut aussi pour les apôtres: « Comment ont-ils pu continuer à marcher avec le Christ et donner leur vie pour son Evangile, c’est-à-dire pour sa bonne et heureuse Parole qui conduit à la joie de la vraie vie par la Croix.

Marie et les apôtres ont obéi à l’amour, ont observé la parole reçue qui se tenait devant eux. Ils ont «  dialogué » avec le Christ, en conservant et observant Sa Parole. Ils ont réfléchi  au sens de cette Parole et en ont conclu qu’ils ne pouvaient pas quitter Jésus, car Lui seul avait la parole de vie éternelle. Le terme grec utilisé dans l’évangile, pour définir cette « réflexion », ‘’dielogizeto”, rappelle la racine du mot « dialogue ». Cela signifie que nous croyants, « auditeurs de la Parole », nous devons persévérer dans le dialogue avec la Parole de Dieu qui nous est dite, en la laissant pénétrer dans son esprit et dans son cœur pour comprendre ce que le Seigneur veut de chacun de nous.

3) le don de l’Esprit.

L’Evangile du jour nous dit aussi: « Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 25-26).

Que veut dire Jésus dans ces deux versets? Il veut dire à ses disciples d’hier et d’aujourd’hui, à nous ses disciples de toujours, qu’Il ne nous laisse jamais seuls, nous envoie le Défenseur, l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité qui donne la vie de Dieu. La vie de Dieu c’est l’amour. Et c’est cet amour, progressivement, qui nous fera connaître ce que Jésus a dit. Plus nous le connaitrons plus nous l’aimerons; plus nous l’aimerons plus nous le connaitrons et ainsi de suite jusqu’à l’infini.

L’enseignement de l’Esprit et l’enseignement de Jésus sont le même enseignement. Les deux ne s’opposent pas. L’Esprit a pour tâche d’enseigner et de faire en sorte que nous nous souvenions. C’est toujours l’enseignement de Jésus, mais saisi et compris dans sa totalité: « Il vous enseignera tout ». Il ne s’agit pas d’ajouter quelque chose à l’enseignement de Jésus, comme s’il était incomplet. « Tout » signifie totalité, sa racine, sa raison profonde. Et la mémoire aussi, don de l’Esprit, n’est pas un souvenir répétitif, mais un souvenir  qui actualise. L’Esprit entretient l’histoire de Jésus, la tient ouverte, la rendant  éternellement actuelle et salvifique. Donc  l’Esprit que Jésus nous a laissé sur la croix et dans l’histoire, sa présence constante dans l’histoire, est l’Esprit d’amour qui nous fait comprendre et nous fait faire ce que lui a dit et a fait. L’Esprit n’enseigne pas ou n’inspire pas de choses étranges, il nous fait comprendre ce que le Christ a dit et fait, en nous donnant la force de le vivre car seul l’amour nous fait comprendre et agir.

Naturellement nous recevons tous le don de l’Esprit, dont l’action en nous nous fait «  souvenir » (c’est-à-dire redonner au cœur) et « rend toujours présent » le Christ. Mais  Les Vierges consacrées dans le monde, en particulier, sont le signe visible du mystère de l’Eglise, qui est en même temps vierge et épouse (cf. 2 Cor 11,2; Ep 5, 25 – 27). Si d’un côté la virginité annonce d’emblée ce que sera la vie future (cf. Mt 22,30), une vie semblable à celle des anges, celle-ci a aussi une signification nuptiale comme il est indiqué dans le Rituel de consécration, au moment de la remise des insignes de la consécration, c’est-à-dire le voile et l’anneau, accompagnée de cette prière: « Recevez ce voile et cet anneau, signe de votre consécration nuptiale. Toujours fidèle au Christ, votre Epoux, n’oubliez jamais que vous vous êtes vouée au service du Christ et de son corps qui est l’Eglise » (REV, n 19 e n. 88).

Lecture Patristique

Saint Jean Chrysostome (+ 407)

Homélie 75, 1

PG 59, 403-405.

Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements (Jn 14,15-18). Je vous ai donné ce commandement de vous aimer les uns les autres, de pratiquer entre vous ce que moi-même ai fait pour vous. C’est cela l’amour: obéir à ces commandements, et ressembler à celui que vous aimez. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur. Nouvelle parole, pleine de délicatesse. Parce que les disciples ne connaissaient pas encore le Christ d’une manière parfaite, on pouvait penser qu’ils regretteraient vivement sa société, ses entretiens, sa présence selon la chair, et que rien ne pourrait les consoler de son départ. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur, c’est-à-dire: un autre tel que moi. <>

C’est quand le Christ les eut purifiés par son sacrifice que l’Esprit Saint descendit en eux. pourquoi n’est-il pas venu pendant que Jésus était avec eux? Parce que le sacrifice n’avait pas été offert. C’est seulement lorsque le péché eut été enlevé et que les disciples furent envoyés affronter les périls du combat, qu’il leur fallut un entraîneur. Mais alors, pourquoi l’Esprit n’est-il pas venu aussitôt après la résurrection? Afin qu’ayant un plus vif désir de le recevoir, ils l’accueillent avec une plus grande reconnaissance. Tandis que le Christ était avec eux, ils n’étaient pas affligés; lorsqu’il fut parti, leur solitude les plongea dans une crainte profonde; ils allaient donc accueillir l’Esprit avec beaucoup d’ardeur.

Il sera pour toujours avec vous. Cela signifie clairement qu/il ne vous quittera jamais. Il ne fallait pas qu’en entendant parler d’un Défenseur, ils imaginent une seconde incarnation et espèrent la voir de leurs yeux. Il rectifie donc leur pensée en disant: Le monde est incapable de le recevoir parce qu’il ne le voit pas. Car il ne sera pas avec vous de la même manière que moi, mais c’est dans vos âmes qu’il habitera, comme le signifient ces paroles: Il est en vous. Et il l’appelle l’Esprit de vérité parce qu’il leur fera connaître le vrai sens des préfigurations de la Loi ancienne.

Il sera pour toujours avec vous.Qu’est-ce que cela veut dire? Ce qu’il dit de lui-même: Voici que je suis avec vous. Mais d’une façon différente, et il insinue que le Défenseur ne souffrira pas comme le Christ, et que lui ne vous quittera pas. Le monde est incapable de le recevoir parce qu’il ne le voit pas.Quoi donc? Serait-il visible pour les autres? Nullement. Il parle ici de la connaissance par l’esprit, puisqu’il ajoute aussitôt: Et ne le connaît pas.Nous savons qu’il emploie le mot « voir » au sens de connaissance très claire. Par « le monde » il entend ici les méchants, et c’est là un réconfort pour les disciples, que leur soit accordé un don de choix. <>

Il annonce un Défenseur autre que lui; il affirme que ce Défenseur ne les quittera pas; il ajoute qu’il viendra uniquement pour eux, comme le Christ lui-même est venu. Il déclare enfin qu’il va demeurer e n eux, mais ce n’est pas ainsi qu’il dissipe leur chagrin, car c’est lui qu’ils veulent, c’est sa compagnie. Et il dit pour les apaiser: Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.

Ne craignez pas, dit-il. Si j’ai promis d’envoyer un autre Défenseur, ce n’est pas que je veuille vous abandonner pour toujours. En disant : Pour qu’il soit toujours avec vous, ce n’est pas en ce sens que je ne vous verrai plus. Car, moi aussi, je reviens vers vous, je ne vous laisserai pas orphelins.

Source: ZENIT.ORG, le 20 mai 2022

La « manifestation » de Jésus à Pierre, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 17 déc. 2018 © Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 17 Déc. 2018 © Mgr Francesco Follo

La « manifestation » de Jésus à Pierre, par Mgr Francesco Follo

Une « rencontre d’amour »

Voici la méditation des lectures de ce IIIème Dimanche de Pâques, 1ermai 2022, par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO.

« Avec l’invitation à faire comme saint Pierre qui a offert sa douleur au Christ qui Christ l’a confirmé dans son amour ».

L’autorité de l’amour et de la miséricorde. 

III Dimanche de Pâques – Année C – 1er mai 2022

Ac 5,27-32.40-41 ; Ps 29; Ap 5,11-14 ; Jn 21,1-19

1) L’apparition est une manifestation, comme une rencontre d’amour. 

La liturgie de la messe d’aujourd’hui nous guide dans la compréhension et la réflexion de la résurrection du Christ, en nous proposant la troisième apparition de Jésus ressuscité aux apôtres.  Pour la précision, rappelons que dans le langage évangélique, le terme « apparition » a une signification bien plus profonde que celle qu’on lui donne aujourd’hui. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de l’apparition d’un fantôme ou de quelque chose d’évanescent. Quand l’évangéliste Jean parle d’ « apparition » il parle du Christ qui se révèle, d’une rencontre royale avec le Ressuscité: c’est une rencontre entre des êtres, qui débouchera sur une reconnaissance, un dialogue, un engagement. En effet, l’évangile de son disciple bien-aimé, nous dit que Jésus se manifeste aux pieuses femmes, à MarieMadeleine, aux disciples d’Emmaüs, aux apôtres dans le cénacle. Enfin, aux rencontres, que la liturgie nous a fait réécouter les dimanches précédents, l’évangile de Jean ajoute aujourd’hui l’apparition du Ressuscité à Pierre et 6 autres disciples, sur les rives du lac Tibériade. Ces derniers viennent de rentrer de leur pêche, qui était jadis leur métier.  Le jour n’est pas tout à fait levé et, Jésus se tient sur le rivage, mais ils ne savent pas que c’est Lui, ne le reconnaissent pas, et l’obscurité n’y est pour rien.

C’est lui, Jésus Ressuscité, qui les éclaire par des signes qui font remonter à leurs esprits des souvenirs. Souvenirs d’expériences vécues avec leur Maître, ce même Jésus qui, maintenant, va au-devant d’eux, se fait « rencontre », après avoir triomphé de la mort.

C’est l’amour du disciple bien-aimé qui a reconnu en premier le Christ.

C’est Pierre qui a pris l’initiative de se jeter de la barque pour arriver le premier jusqu’au Christ. Ces deux faits montrent les deux traits qui caractérisent chaque disciple : l’intuition de leur amour et leur promptitude à nager vers le Christ et jeter leurs filets de pêche, qui fait allusion à leur mission de pêcheurs d’hommes.

2) La pêche et le repas. 

La fatigue nocturne des pécheurs fut vaine car Jésus avait dit « en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). Mais avec lui tout change : ils jettent à nouveau leurs filets et cette fois-ci les retirent plein de poissons : 153 gros poissons.

C’est la présence du Seigneur qui remplit les filets, et c’est toujours sa Parole qui rendra efficace, à tout moment, la mission des disciples. Cette mission sera toujours vide sans le Christ et toujours fructueuse avec lui.

Mais le Ressuscité se manifeste, c’est-à-dire apparait aux yeux des disciples, non seulement au moment de leur pêche mais également en les invitant : « Venez manger ».

Il y a une étroite connexion entre la pêche et le repas. Les disciples reconnaissent le Seigneur quand Il leur dit : « venez manger ». Quand, au lever du jour, Jésus leur distribue le poisson, grillé sur un feu de braise avec du pain, il répète un des gestes les plus symboliques de toute sa vie sur terre : la miséricorde de la table servie. Jésus distribue pain et poissons (Jn 21,13),

Sur la rive du lac, ce geste de distribuer le poisson grillé sur un feu de braise avec le pain, se transforme en un silencieux et vivant souvenir de la multiplication des pains qui avait marqué le dernier repas du Fils de Dieu, avant de mourir. Ce jour-là, Jésus avait accompli ce geste d’amour extrême, pour marquer son dévouement total. Dévouement qui est sa vraie identité, l’identité d’un Dieu qui est Don, et s’est fait homme pour nous sauver en se donnant totalement. Jésus ressuscité se fait reconnaître en accomplissant des gestes de dévouement qui fut la vérité de tout son parcours. Ce dévouement appartient à Jésus sur terre et au Seigneur ressuscité. Cette identité l’accompagne dans chaque situation, elle révèle qui il est véritablement, et demande à être suivie en faisant don de soi.

3) Un vrai dialogue d’amour. 

L’évangile d’aujourd’hui se termine par un dialogue très connu entre Jésus et Pierre (Jn 21,1519). Pour avoir la charge de ses brebis, pour être leur berger, le messie ressuscité demande à Pierre de l’amour, rien d’autre.

Si l’Eglise est une communauté d’amour, son chef doit avoir la primeur en amour car il aime le Christ plus que quiconque. Certes, Pierre doit aimer aussi le troupeau qu’il est appelé à conduire vers la sainteté, en l’instruisant et le servant. Mais la condition pour exercer ce « ministère », cette charge, est avant tout d’aimer Jésus. Pour servir les hommes il ne suffit pas de les regarder et de regarder leurs besoins, il faut aimer Jésus Christ plus que quiconque.

Relisons cet échange : « Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »  Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis.  Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »  Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. » (Jn 21, 15-19).

Pourquoi le Christ a-t-il demandé à Pierre ce qu’Il savait déjà ? Saint Augustin répond : « A un triple reniement succède une triple confession : ainsi la langue de Pierre n’obéit pas moins à l’affection qu’à la crainte, et la vie présente du Sauveur lui fait prononcer autant de paroles, que la mort imminente de son Maître lui en avait arrachées. Si, en reniant le pasteur, Pierre donna la preuve de sa faiblesse, qu’il donne la preuve de son affection en paissant le troupeau du Seigneur. Quiconque fait paître les brebis du Christ, de manière à vouloir en faire, non pas les brebis du Christ, mais les siennes, celui-là est, par là même, convaincu de s’aimer lui-même et de ne pas aimer le Christ : il prouve qu’il se laisse conduire par le désir de la gloire, de la domination, de l’agrandissement temporel, et non par un élan du cœur, qui le porte à obéir, à se dévouer et à plaire à Dieu ; contre de telles gens s’élève la parole prononcée trois fois de suite par le Christ : ce sont de telles gens, que l’Apôtre gémit de voir chercher leur avantage, au lieu de chercher celui de Jésus-Christ (cf. Ph 2, 21). Que signifient, en effet, ces paroles : « M’aimes-tu ? Pais mes brebis ? » N’est-ce pas dire, en d’autres termes : Si tu m’aimes, ne songe point mes brebis, et pais-les, non pas comme les tiennes, mais comme les miennes ; travaille à les faire concourir à ma gloire, et non à la tienne ; étends sur elles mon empire, et non le tien ; cherche en elles, non ton profit, mais uniquement mon avantage » (Traité sur l’Evangile de saint Jean, 123, 4-5)

Jésus nous pose la même question : « M’aimes-tu ? Et il le fait en connaissant nos faiblesses. « Répondons comme saint Pierre qui nous montre le chemin : celui de suivre le Christ avec confiance car Il sait tout de nous, en misant moins sur nos capacités à lui être fidèles que sur son incontrôlable fidélité » (Pape François).

4) Une question répétée ? 

L’amour ne se répète pas, il contemple. Demander plusieurs fois à celui que l’on aime « m’aimestu ? », n’est pas « se répéter » mais « vérifier » – au sens étymologique de « présenter comme vrai » des liens d’amour – « inviter » à cette contemplation qui renforcera l’appartenance. Dans le cas de saint Pierre, Jésus « interroge » le premier des apôtres pour renouveler, dans le pardon, les liens qui les unissent à Dieu. Saint Pierre, plutôt que de répéter trois fois la même réponse, réaffirme trois fois la reconnaissance d’une appartenance qu’il avait renié à trois reprises durant la passion de son Bien-aimé. Au lever de ce jour-là, qui devint une belle journée, Pierre vit le Christ ressuscité sur la rive du lac Tibériade, se jeta de la barque pour être le premier à rejoindre à la nage l’Ami qui l’attendait. Arrivé sur le rivage, il se mit à genoux et le contempla, autrement dit sa prière devenait à la fois un geste et un regard vers le mystère de l’amour qui se tenait debout devant lui. Pierre était resté avec sa souffrance, celle d’un ami faible, qui avait trahi. Jésus Christ le confirma dans son amour et le remit debout, lui demanda de Le suivre en prenant la tête de la communauté de l’amour : l’Eglise.

Aujourd’hui, l’ami et frère Jésus s’adresse à nous, vient vers nous et nous demande « m’aimestu ? » et non « qu’as-tu fait ? »

A un monde qui défigure l’amour, en le confondant avec le plaisir, Jésus Christ proclame la loi de l’amour qui, en apportant miséricorde, purifie, élève et sanctifie.

La sainteté consiste à vivre pleinement l’amour envers Dieu et envers notre prochain. Il n’y en a qu’une mais elle peut prendre plusieurs formes, dont l’une est celle des vierges consacrées dans le monde. Ces femmes, en se dévouant totalement pour le Christ, grâce à une vie où rien ne passe avant Lui, montrent que la sainteté ne consiste pas à ne jamais avoir trahi, mais à réaffirmer chaque jour leur amitié nuptiale avec Jésus. « Conscientes que l’amour de Dieu est surtout un amour de miséricorde et que les femmes ont cette caractéristique » (Pape François), les vierges consacrées se sentent appelées à une tâche spéciale : être dans le monde les reflets de cette miséricorde et de cette tendresse. Par leur vie, elles Lui consacrent, ainsi qu’à son royaume, toute la force d’amour qui les habite, témoignent que chaque vocation est « accueil » – accueillir l’amour de Dieu et y répondre – en servant notre prochain. En se donnant totalement au Christ, elles se voient confier une mission particulière : être dans le monde le reflet spécial de la miséricorde et de la tendresse de Dieu. (cf rituel de consécration des vierges, autre formule de bénédiction finale prononcée par l’Evêque : « Que Dieu vous établisse aux yeux du monde comme signe et témoin de Son amour ! ».

Lecture Patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon Guelferbytanus 16, 1, PLS 2, 579

Voici que le Seigneur, après sa résurrection, apparaît de nouveau à ses disciples. Il interroge l’apôtre Pierre, il oblige celui-ci à confesser son amour, alors qu’il l’avait renié trois fois par peur. Le Christ est ressuscité selon la chair, et Pierre selon l’esprit. Comme le Christ était mort en souffrant, Pierre est mort en reniant. Le Seigneur Christ était ressuscité d’entre les morts, et il a ressuscité Pierre grâce à l’amour que celui-ci lui portait. Il a interrogé l’amour de celui qui le confessait maintenant, et il lui a confié son troupeau.

Qu’est-ce donc que Pierre apportait au Christ du fait qu’il aimait le Christ ? Si le Christ t’aime, c’est profit pour toi, non pour le Christ. Si tu aimes le Christ, c’est encore profit pour toi, non pour lui. Cependant le Seigneur Christ, voulant nous montrer comment les hommes doivent prouver qu’ils l’aiment, nous le révèle clairement : en aimant ses brebis.

Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? – Je t’aime. – Sois le pasteur de mes brebis. Et cela une fois, deux fois, trois fois. Pierre ne dit rien que son amour. Le Seigneur ne lui demande rien d’autre que de l’aimer, il ne lui confie rien d’autre que ses brebis. Aimons-nous donc mutuellement, et nous aimerons le Christ. Le Christ, en effet, éternellement Dieu, est né homme dans le temps. Il est apparu aux hommes comme un homme et un fils d’homme. Étant Dieu dans l’homme, il a fait beaucoup de miracles. Il a beaucoup souffert, en tant qu’homme, de la part des hommes, mais il est ressuscité après la mort, parce que Dieu était dans l’homme. Il a encore passé quarante jours sur la terre, comme un homme avec les hommes. Puis, sous leurs yeux, il est monté au ciel comme étant Dieu dans l’homme, et il s’est assis à la droite du Père. Tout cela nous le croyons, nous ne le voyons pas. Nous avons reçu l’ordre d’aimer le Christ Seigneur que nous ne voyons pas, et nous crions tous : « J’aime le Christ ».

Mais, si tu n’aimes pas ton frère que tu vois, comment peux-tu aimer Dieu que tu ne vois pas (1Jn 4,20) ? En aimant les brebis, montre que tu aimes le Pasteur, car justement, les brebis sont les membres du Pasteur. Pour que les brebis soient ses membres, le Pasteur a consenti à devenir la brebis conduite à la boucherie (Is 53,7). Pour que les brebis soient ses membres, il a été dit de lui : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29). Mais cet agneau avait une grande force. Veux-tu savoir quelle force s’est manifestée chez cet agneau ? L’agneau a été crucifié, et le lion a été vaincu.

Voyez et considérez avec quelle puissance le Seigneur Christ gouverne le monde, lui qui a vaincu le démon par sa mort. Aimons-le donc, et que rien ne nous soit plus cher que lui.

Source: ZENIT.ORG, le 29 avril 2022

« Une nouvelle surprenante, encore », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo au Vatican © Mgr Follo

Mgr Francesco Follo Au Vatican © Mgr Follo

« Une nouvelle surprenante, encore », par Mgr Francesco Follo

A Pâques, chercher

Ne cherchons pas le Christ parmi les grands, ils sont dans les tombeaux.

Ne le cherchons pas parmi les maîtres, ils sont dans les bibliothèques.

Il est vivant, cherchons-le parmi les vivants, car il est ressuscité.

Une nouvelle surprenante, encore

par

Mgr Francesco Follo

Les chroniques dramatiques de ces jours-ci apportent souvent, trop souvent, de mauvaises nouvelles et de mort  qui malheureusement surprennent de moins en moins.

Aujourd’hui, jour de Pâques, une bonne et vitale information nous est à nouveau offerte : c’est une nouvelle surprenante : c’est le récit d’une défaite (un homme mort sur la croix entre deux brigands) termine par le récit d’une victoire, relatant un tombeau vide et un Crucifix qui est revenu à la vie. C’est l’histoire d’un tombeau qui, s’il était plein, serait le signe de la défaite de l’homme et de Dieu. Le sépulcre vide est le premier signe de la victoire de Dieu et de l’homme. Le tombeau est vide et 20 siècles plus tard on le commémore encore. Le tombeau est vide et le Christ ressuscité et il se fait rencontre.

L’ami qui appelle l’amie par son nom : « Marie », essuie les larmes et mange avec ses Apôtres qui étaient retournés à leur vie antérieure. Ils pensaient que leur aventure humaine avec Jésus était terminée. Au contraire, cette histoire du Christ avec eux et avec l’humanité continue.

C’est une histoire vraiment surprenante, dans laquelle on voit que Dieu veut que nous soyons à lui, malgré notre résistance due au fait que le Christ est souvent considéré par les hommes comme un rival.

Certains croyants pensent à un Dieu comme l’Être suprême, le Seigneur du temps et de l’histoire, c’est-à-dire comme une entité et une loi qui s’impose de l’extérieur à l’individu. Aucun détail de la vie humaine ne lui échappe. L’être humain a ses propres désirs; il désire le plaisir, le pouvoir, l’argent, les choses des autres. Dans cette situation, Dieu leur apparaît comme celui qui leur barre la route avec ses « Tu dois », « Tu ne dois pas ». Au lieu d’une volonté d’amour qui ne veut que le bonheur de l’homme, la volonté de Dieu leur apparaît comme une volonté ennemie.

A l’origine de tout il y a l’idée d’un Dieu « rival » de l’homme que le serpent a instillé dans le coeur d’Adam et Eve et que certains penseurs modernes ont pris de maintenir en vie, affirmant que « là où naît Dieu, l’homme meurt » (Sartre).

Certes, la miséricorde de Dieu n’a jamais été ignorée dans le christianisme, mais seule la tâche de modérer les rigueurs inaliénables de la justice lui a été confiée. La miséricorde était l’exception, pas la règle.

Le Christ ressuscité est un Dieu qui, de temps en temps, se fait pour nous :

– créateur, accomplissant le miracle de nous tirer du gouffre obscur du néant :

– libérateur de l’esclavage « égyptien », toujours d’actualité, de la culpabilité, de l’erreur, de l’ignorance ;

– allié, lié à nous par un pacte éternel ;

– sauveur, en vertu du sacrifice du Christ qui se conforme douloureusement à la volonté du Père jusqu’à accepter librement la mort sur la croix ;

– renouvellement de tout, car avec la résurrection du Seigneur Jésus tout, chaque cœur, chaque attente, chaque perspective est renouvelé et transfiguré.

Le sépulcre scellé le vendredi soir était le signe de la défaite de l’homme et de la défaite de Dieu : de l’homme, que la mort saisit et détruit sans rémission ; et de Dieu, qui dans la tragédie du Golgotha ​​nous apparaît vaincu, obscurci, évincé, vaincu par le mal. Le tombeau découvert et vide, qui à l’aube du troisième jour est offert aux femmes effrayées, est le signe de la victoire de Dieu, qui d’ici commence l’œuvre de la restauration de l’univers, et en même temps de la victoire de l’homme .

L’homme Jésus-Christ, Fils de Dieu et notre frère, revient aujourd’hui vivant parmi les siens, nous rassurant que l’abîme de la mort n’est pas le dernier acte du drame humain : au-delà de toute douleur, au-delà de tout événement, au-delà du brouillard des doutes, des confusions, d’espoirs brisés, au-delà de la mort, un destin de résurrection, de gloire, de vie sans fin nous attend.

Ne cherchons pas le Christ parmi les soi-disant grands de l’histoire : les grands de l’histoire sont tous enfermés dans leurs tombes poussiéreuses. Ne le cherchons pas parmi les soi-disant justiciers ou parmi les célèbres maîtres humains : ils n’ont pas eu un sort différent de celui des autres. Seul Jésus est vraiment vivant, et pour cette raison même, il est le commencement de la vie pour nous et pour le monde. Le baptême nous a greffés sur lui et nous a fait participer à sa résurrection. Précisément parce qu’il est vivant, le seul vrai renouveau des hommes et de leurs conditions d’existence peut partir du Christ. En lui nous sommes devenus des hommes nouveaux, de lui nous recevons la mission, la possibilité concrète, l’énergie de tout renouveler.

Le souhait d’une joyeuse Pâques et le souhait d’une nouveauté de vie réelle et substantielle, qui conquiere d’abord nos cœurs et, puis, avec des cœurs renouvelés, se mette en marche pour conquérir la terre en paix. En bref, Pâques est la surprenante nouvelle que seul Dieu existe et est vivant, mais qu’il peut être rencontré et fait fleurir la vie, car il est le Dieu de la fleur vivante et non des mortes pensées.

D’une manière particulière j’adresse ces vœux aux Vierges consacrées, les invitant à imiter l’amour de Marie-Madeleine pour être comme elle un parfum épars et « gaspillé » pour le Christ. Avant Pâques, elle embrassa virginalement les pieds du Christ et fut la première à voir ses pieds le matin de Pâques, car son cœur n’avait cessé de chercher le Maître. L’espoir est donc que le Christ donnera à chacun de vous le cœur de Marie-Madeleine. Elle est une image (icône) de votre vocation : celle d’être un parfum répandu pour le Christ. Se consacrer virginalement au Christ, ce n’est pas perdre sa vie. C’est le gagner en accomplissant la plus belle œuvre : celle d’aimer le Christ et de faire connaître son amour au monde entier.

Source: ZENIT, le 14 avril 2022

« Ce qui surmonte la mort, ce n’est pas la vie, c’est l’amour », par Mgr Follo

Jerusalem

WIKIMEDIA COMMONS – Wayne McLean

« Ce qui surmonte la mort, ce n’est pas la vie, c’est l’amour », par Mgr Follo

« Le Christ transforme la vie en une jeunesse qui dure pour toujours !

« L’amour du Christ gagne à travers la mort, non en prolongeant la vie en une vieillesse décrépissante mais en transformant la vie en une jeunesse qui dure pour toujours ».

Mgr Francesco Follo propose ici une lecture de l’Evangile de dimanche prochain, 19 septembre 2021.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à Paris, à l’UNESCO propose aussi, comme lecture patristique une page de Théophylacte.

Ce qui surmonte la mort, ce n’est pas la vie, c’est l’amour

            1) En marche vers Jérusalem, par amour.

Jésus s’achemine vers Jérusalem pour vivre sa Pâque de mort et résurrection.

Il se rend dans la Ville Sainte pour se remettre entre les mains du Père par les mains des hommes. L’amour, c’est se mettre entre les mains des autres et ne pas avoir les autres entre les mains : ceci est le pouvoir, la possession. L’autre, l’amour, est un don de soi. Le Fils de l’homme va se remettre entre les mains des hommes, qui le tueront. Il sait déjà ce qu’elles vont lui faire, et ce que nous allons lui faire, car nos mains donnent, trop souvent, tendues pour prendre, ses mains, en revanche, il les « utilise » pour se donner. Il est Dieu et Dieu donne tout, il se donne tout. Au contraire le mal gagne parce que nous sommes égoïstes non pas seulement parce que nous sommes mauvais, mais parce que nous pensons que personne ne nous aime. Alors on veut le garder en main, donc on le vérifie, mais on l’a déjà tué. Seulement Dieu peut se remettre complètement entre les mains de l’homme.

Le Rédempteur sait qu’à Jérusalem il rencontrera la mort alors, tout en marchant, il prépare ses disciples à ce fait dramatique et bouleversant. Pour la deuxième fois (nous avons entendu la première dimanche dernier) il leur dit qu’il sera livré aux hommes qui veulent le tuer, mais qu’Il vaincra la mort en ressuscitant trois jours plus tard.

Les disciples ne comprennent pas les paroles du messie, tant il est vrai qu’à leur arrivée à Capharnaüm ils avouent à leur maître que, sur le chemin, ils ont discuté de savoir qui était le plus grand d’entre eux. La réponse donnée par le Rédempteur nous étonne encore aujourd’hui. Il dit que le plus grand est celui qui sert et que le Royaume de Dieu se mesure à l’accueil fait aux petits : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé » (Mc 9,37). L’Evangile de saint Marc poursuit avec d’autres enseignements que nous verrons dimanche prochain. La prière (la collecte) de la messe d’aujourd’hui résume très bien cet enseignement : « O Dieu, Père de tous les hommes, tu veux que les derniers soient les premiers et que l’enfant soit la mesure de ton royaume ; donne-nous la sagesse qui vient d’en haut, afin que nous recevions la parole de ton Fils et comprenions que devant toi le plus grand est celui qui sert. »

L’extrait de l’Evangile d’aujourd’hui ne juxtapose donc pas deux parties différentes : une sur l’annonce de la passion du Christ et l’autre sur la formation des disciples. Il s’agit d’un seul et même discours que nous pourrions intituler : « La croix de Jésus et ses conséquences pour le disciple ». Devenir serviteur et accueillir les petits en son nom sont deux comportements que Jésus, avec douceur et fermeté, enseigne aux siens et qui doivent être « pratiqués » conjointement. Mettre en pratique ces deux comportements consiste à imiter le Christ, en le suivant jusque sur la croix, et comme Lui, à être un serviteur pour tous : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9, 35).

Depuis le jour où le Fils de Dieu s’est incarné et qu’il est entré dans notre histoire, après un long chemin – du berceau de Bethléem jusqu’au « berceau » de la croix sur le mont Calvaire, à Jérusalem, point culminant après un long parcours d’offrande (= un chemin de croix) – les critères de jugement sur la valeur de la personne humaine et sur sa dignité sont complètement renversés : la dignité d’une personne ne dépend en rien de la place qu’elle occupe, du travail qu’elle fait, des choses qu’elle possède, de la réputation qu’elle s’est faite. La grandeur de l’homme ne dépend pas de ce qu’il fait d’important, mais du service qu’il rend à Dieu et à l’homme pour montrer la gloire, la bonté et l’amour du Seigneur.

L’accueil est un moyen privilégié pour rendre ce service. Saint Marc utilise le verbe « accueillir » à différentes occasions et sous différentes formes, mais toutes convergentes entre elles. L’évangéliste nous parle de l’accueil fait au missionnaire (6,11), à la Parole (4,20), au Royaume de Dieu (10,15), aux derniers. Accueillir signifie écouter, se rendre disponible, recevoir l’Infini fait Enfant, et recevoir les enfants qui, lorsqu’ils sont dans leur berceau, sont un reflet du ciel. Donc, accueillir signifie surtout se laisser « étonner » par la Parole, ou par le missionnaire, ou par le plus petit, et être capable de se mettre à son niveau.

2) Charité de la Passion

Aujourd’hui, Jésus enseigne en plaçant un enfant au milieu des disciples et en l’embrassant. Il accomplit un signe. L’enfant qu’il embrasse c’est Lui, et Lui il est le signe du Père qui l’a envoyé. L’enfant est signe de la tendresse de Dieu et de l’obéissance filiale de son Fils unique qui s’est fait enfant par amour et s’est crucifié par obéissance parmi les malfaiteurs. C’est un petit enfant, mais c’est un signe de Lui qui vient de Dieu ; et les paroles qu’il prononce (« Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé », Mc 9,37) sont très révélatrices : l’enfant placé au milieu d’eux et que Jésus embrasse est à la fois l’image du Christ, l’image du chrétien et l’image de Dieu. Accueillir l’enfant au nom du Christ c’est recevoir le mystère de Dieu.

L’Evangile d’aujourd’hui est un enseignement fort sur l’humanité du Fils de Dieu : Jésus dit être le Fils de l’homme. C’est pourquoi sa mort et sa résurrection sont des choses concrètes, vraies. Et puis il y a cette conversation à la maison quand le Seigneur se retrouve avec ses disciples, sa « nouvelle » sainte famille, ou disons en train de marcher vers la sainteté. Il ne leur fait pas de reproche mais leur explique la nouvelle manière d’être les premiers : accueillir un petit c’est accueillir Lui et le Père.

Les disciples ont du mal à comprendre que suivre Jésus signifie renoncer à soi et prendre sa propre croix, ils ont peur. Nous aussi nous avons peur de comprendre. Ce n’est pas que nous ne comprenons pas, mais nous ne voulons pas comprendre. Cet enfant embrassé et mis au milieu des disciples est le signe du mystère de Dieu se livrant aux hommes. L’accueil des « petits » montre l’authenticité de notre service et de notre hospitalité envers l’Infini qui s’est fait Petit pour nous.

Dans la Passion nous trouvons la charité. Il n’y a pas de plus grand amour que de se faire tout petit et de donner sa vie pour ses amis, de monter sur la croix et en être fier, comme y aspire l’apôtre Paul : « Que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté » (Gal  6,14). Mais quand on parle de croix, il n’est pas seulement question de deux morceaux de bois, mais de tout l’homme aussi, comme écrit saint Bernard de Clairvaux : « Peut-être bien est-ce nous qui sommes nous-mêmes la croix de Jésus, à laquelle on rapporte qu’il a été attaché, car l’homme représente en lui la forme de la croix, comme on peut le voir lorsqu’il étend les bras. »

C’est sur la croix que Jésus naît au ciel, et la Vierge Marie, qui l’avait mis au monde sans douleur, elle la Mère de Dieu, l’a « rendu au ciel » en acceptant de souffrir bien plus que lors de son accouchement et en nous acceptant comme ses enfants en son Fils. Cette Mater dolorosa, si solide sous la croix, est la Vierge des vierges. Celles-ci la suivent en l’imitant aussi dans sa maternité. Ces femmes en imitant Marie sont des mères en esprit car elles se donnent entièrement au Christ.

Marie a donné son corps et son sang – autrement dit toute sa vie – de façon unique et exceptionnelle, pour en faire le corps et le sang du Fils de Dieu. Elle fut mère dans le sens le plus profond du mot : elle donna sa vie à l’Autre, et « façonna » sa vie en lui. Elle accepta la seule chose vraiment essentielle pour chaque créature et toute la création : mettre le sens, et donc toute sa vie en Dieu. La virginité de Marie fut un don total d’amour, et non une « négation » de l’amour.

C’est la totalité du don de Marie à Dieu qui est donc la vraie expression, la vraie manifestation de son amour. La Mère de Dieu et notre mère à tous montra et montre toujours que la maternité est l’accomplissement de la féminité parce qu’elle est l’accomplissement de l’amour comme obéissance et réponse. C’est en faisant don de soi que l’amour donne vie, devient source de vie.

Le joyeux mystère de la maternité de Marie ne s’oppose donc pas au mystère de sa virginité. C’est le même mystère. Celle-ci n’est pas « mère » indépendamment de sa virginité ; au contraire, sa virginité révèle toute la plénitude de la maternité car « pleine en amour ». Les vierges consacrées témoignent qu’aujourd’hui encore cette maternité est possible, avec simplicité, foi et donation.

En effet, c’est cet amour plein qui nous fait accepter que Dieu vienne à nous, qu’on lui donne vie, Lui la vie du monde. Nous estimons et nous nous en réjouissons, nous reconnaissons que les vierges consacrées témoignent du but et de la plénitude de toute vie, de tout amour. C’est « accepter le Christ », lui donner vie en nous.

Lecture patristique

Théophylacte (+ 1109)

Commentaire sur l’évangile de Marc 

(PG 123, 588-589).

Jésus instruisait ses disciples en disant : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera » (Mc 9,30-31). Généralement Jésus fait alterner les miracles avec les discours qui concernent sa passion, pour ne pas laisser croire que celle-ci serait due à sa faiblesse. Il annonce donc la triste nouvelle de son exécution et la fait suivre de la joyeuse annonce de sa résurrection le troisième jour. Il veut nous apprendre que la joie succède toujours à la tristesse, afin que nous ne laissions pas inutilement les chagrins nous submerger, mais que nous espérions des réalités meilleures.

Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : De quoi discutiez-vous en chemin (Mc 9,33) ? Les disciples, qui entretenaient encore en eux-mêmes des pensées très humaines, avaient discuté ensemble pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand et était tenu en plus haute estime par le Christ.

Le Seigneur ne contrarie pas leur désir de jouir de sa plus haute estime. Il veut, en effet, que nous désirions parvenir au rang le plus élevé. Il n’entend pourtant pas que nous nous emparions de la première place, mais plutôt que nous atteignions les hauteurs par l’humilité. De fait, il a placé un petit enfant au milieu d’eux, et il veut que nous lui devenions semblables, nous aussi. Car le petit enfant ne recherche pas la gloire, il n’est ni envieux ni rancunier.

« Non seulement, dit-il, vous obtiendrez une grande récompense en lui ressemblant, mais si, à cause de moi, vous honorez également ceux qui lui ressemblent, vous recevrez en échange le Royaume des cieux. Aussi bien est-ce moi que vous accueillez et, en m’accueillant, vous accueillez Celui qui m’a envoyé. »

Tu vois donc quel immense pouvoir a l’humilité, jointe à la simplicité de vie et à la sincérité : elle a le pouvoir de faire habiter en nous le Fils et le Père, et aussi, de toute évidence, le Saint-Esprit.

Source: ZENIT.ORG, le 17 septembre 2021

« L’Ecole de la pitié », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

« L’Ecole de la pitié », par Mgr Francesco Follo

Commentaire des lectures de dimanche 18 juillet 2021

Par

Mgr Follo invite à « comprendre qu’en invitant les apôtres au repos, le Christ leur proposait  non seulement de récupérer leur forces après les fatigues de la mission, mais les invitait aussi à demeurer dans son amour d’ami fraternel ».

Mgr Francesco Follo propose ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 18 juillet 2021.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris, propose aussi comme lecture patristique un commentaire de saint Bède le Vénérable (+ 735) sur l’évangile de Marc.

AB

École de pitié 

            1) Rester avec le Christ pour ensuite l’apporter aux autres

L’invitation que le Christ fait à ses disciples (d’hier et d’aujourd’hui) qui reviennent de leur mission d’évangélisateurs, est de se reposer. Donc, Il va avec eux dans un lieu désert. Mais Jésus fait ça non seulement pour les faire se reposer mais aussi parce que dans le lieu solitaire Dieu semble cela au cœur (cf. Osée 2). Dans ce lieu dépourvu de bruit et de distractions, le Seigneur concède ce qu’il a vraiment promis, ce qui est le plus nécessaire : il se donne lui-même. Et il transmet le secret du Royaume et de la vie.

La vraie terre promise n’est pas tant un lieu géographique qu’un lieu spirituel qui permet d’être avec le Seigneur, de l’écouter, de recevoir de lui le souffle de sa paix, de se remplir de sa Présence, de s’enraciner davantage et plus dans son amour. Être avec lui est le premier travail de tous les envoyés. Ce n’est qu’après avoir accueilli sa personne, avant même son message, qu’il les enverra prêcher, après cette contagion de lumière

En cohérence avec le fait d’avoir choisi ses apôtres « pour qu’ils soient avec lui et pouvoir les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle. » (Mc 3,14 – 15), Jésus invite ses envoyés qui rentrent de leur tour missionnaire à venir se reposer auprès de Lui : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu » (Mc 6, 31). La mission née de la communion de vie avec le Christ a besoin de repos, elle exige de se mettre en retrait, de se retrouver « seuls » avec Jésus, dans un lieu solitaire, pour un cœur à cœur (cf. Osée 2). Le Messie utilise cette « halte de repos », à l’écart, pour donner la possibilité à ses disciples de reprendre des forces mais aussi pour les initier plus profondément aux « mystères du royaume » (cf. Mc 4,10-11) et les rendre encore plus capables d’annoncer la Parole.

Quelqu’un a écrit: «  Marche pour chercher les autres, mais arrête-toi pour te trouver toi ». C’est à cela que fait allusion l’invitation du Seigneur à ses disciples. Même les meilleures intentions du monde, ou la simple volonté de faire du bien aux autres, n’empêchent pas de s’égarer soi-même.  On peut «  se vider » au point de ne plus donner un sens ou une direction à ce que l’on fait. Et si cela peut arriver à l’apôtre, au missionnaire, alors à plus forte raison à ceux qui se sont comme « noyés » dans la vie active de tous les jours, une vie qui entraine une série d’engagements et de problèmes tous à l’extérieur de nous.

Il est donc indispensable d’accueillir l’invitation de Jésus qui nous dit à nous aussi: « Venez à l’écart, avec moi ». A ses côtés, on apprend le cœur de Dieu. Lors de cette pause à l’écart, le Seigneur donne ce qu’il a promis de plus précieux, ce dont on a le plus besoin: Lui-même. Remplis de sa présence nous pouvons repartir dans la multitude, emportant avec nous le cœur de Dieu qui fait de nous un sanctuaire de beauté et de compassion.

Selon moi, Jésus n’hésite pas entre s’occuper de ses disciples fatigués ou répondre aux gens qui sont à Sa recherche et à la recherche de Sa parole. Il fait reposer ses amis et, en même temps, répond aux chercheurs. De cette façon les disciples apprennent à se mettre à la disposition de l’homme, toujours. Ils apprennent à ne pas appartenir à eux-mêmes, mais à la douleur et à la soif de lumière des chercheurs de Lumière. Ils apprennent de Jésus sa simple et divine capacité à s’émouvoir. En étant avec le Christ, ils apprennent de Lui ce qu’est un regard ému.  Ce même trésor qu’aujourd’hui nous devons sauver : la compassion, ce mouvement qui, du cœur, descend jusqu’à la main et la fait agir.

2) Jésus formateur et évangélisateur

Pour bien comprendre les cinq versets du passage de l’Evangile d’aujourd’hui, il nous faut parler du contexte. Le chapitre 6 de Saint Marc illustre deux faits opposés. D’un côté, il parle du banquet de la mort, organisé par Hérode pour les notables de Galilée, au palais de la Capitale, où Jean Baptiste sera mis à mort (Mc 6,17-29). De l’autre, d’un banquet de la vie, organisé par Jésus pour le peuple de Galilée, affamé dans le désert, pour qu’ils ne périssent pas durant leur marche (Mc 6,35-44).

Les cinq versets de la lecture de ce dimanche (Mc 6, 30-34) figurent exactement entre ces deux banquets et soulignent deux choses: Jésus 1) formateur des disciples et 2) annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus n’est pas qu’une question de doctrine, mais d’accueil, de bonté, de tendresse, de disponibilité, de révélation de l’amour de Dieu.

            2.1. Formation

Les versets 30-32 de Marc au chapitre 6 montrent que Jésus formait ses amis à la responsabilité. Il impliquait les disciples dans la mission, les amenait dans un endroit plus tranquille pour se reposer et faire le point avec eux (cf. Lc 10,17-20). Il se préoccupait de leur alimentation et de leur repos, car leur mission les occupait tellement qu’ils n’avaient pas le temps de manger (cf. Jn 21,9-13). Former à «  marcher dans les pas du Christ » ne consistait pas d’emblée à transmettre la vérité et la faire apprendre par cœur, mais à transmettre la nouvelle expérience de Dieu et de la vie qui rayonnait de Jésus pour les disciples. La communauté qui se formait autour de Jésus était l’expression de cette nouvelle expérience de communion. La formation changeait le regard des personnes, leurs comportements. Elle faisait naître en elles une nouvelle conscience de la mission et d’eux-mêmes, leur faisait mettre les pieds près de ceux des exclus. Elle produisait cette «  conversion » qui se réalisait en acceptant la Bonne Nouvelle (Mc 1,15).

            2.2. Evangélisation

Puis aux versets 33-34, toujours du chapitre 6 de Marc, nous lisons que Jésus, pris de compassion, change sa manière d’utiliser son temps et accueille les gens qui le cherchent.

Les gens avaient eu l’intuition que Jésus aurait gagné l’autre rive du lac, et ils l’avaient suivi. Quand Jésus, après être descendu de la barque, s’aperçut de la foule, il renonça au repos et commença à enseigner. Les personnes ont l’air comme égarées et Jésus s’en émeut, « parce qu’elles étaient comme des brebis sans berger ». Ces paroles renvoient au psaume du Bon pasteur (Ps 23). Voyant qu’ils sont sans pasteur, Jésus s’offre comme guide. Il recommence à enseigner. Il guide la multitude qui, autrement, serait perdue dans le désert de la vie. Les gens peuvent alors entonner: « Le Seigneur est mon berger ! Je ne manque de rien! ».

 L’annonce de la Bonne Nouvelle montre que Jésus est plein de sollicitude et agit sous l’élan de la compassion.

Le Christ parcourt toute la Galilée : villages, petits bourgs, villes (Mc1,39). Il change même de résidence et part vivre à Capharnaüm (Mc1,21; 2,1), ville carrefour entre plusieurs routes, pour répandre l’Evangile. Il est toujours en train de marcher. Les disciples sont avec lui, partout. Dans les prairies, le long des routes, en montagne, dans le désert, en bateau, dans les synagogues, dans les maisons.

Cette compassion qu’il porte en lui, il la doit à sa passion pour le Père et pour les pauvres gens abandonnés de sa terre. N’importe où, partout où il trouvait des gens qui l’écoutaient, il parlait et transmettait la Bonne Nouvelle.

Les habitants de Galilée était impressionnés par la manière d’enseigner de Jésus, parce qu’ils avaient affaire à un « nouvel enseignement donné en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes! » (Mc 1,22.27). Enseigner était ce que Jésus faisait le plus (Mc 2,13; 4,1-2; 6,34). Plus de 15 fois par jour, affirme l’Evangile de saint Marc. Mais Marc ne dit presque jamais ce que le messie enseignait. Est-ce à dire que le contenu ne l’intéressait pas? Cela dépend de ce que l’on entend par « contenu ». Enseigner ne veut pas dire seulement transmettre des vérités à apprendre par cœur. Jésus avait un contenu qu’il transmettait par la parole mais aussi par le geste et dans sa manière de se rapporter aux autres. Le contenu n’est jamais séparé de la personne qui le transmet.

Pour saint Marc le contenu de l’enseignement de Jésus est «  la Bonne Nouvelle de Dieu » (Mc 1,14). La Bonne Nouvelle que Jésus proclame vient de Dieu et parle de Dieu. Dans tout ce que Dieu dit et fait, transparaissent les traits du visage de Dieu. Transparait l’expérience que lui-même a de Dieu, l’expérience du Père. Révéler Dieu comme Père est la source, le contenu et le but de la Bonne Nouvelle de Jésus.

Cette heureuse et bonne nouvelle doit avoir chez tous les chrétiens des annonciateurs. Toutefois, permettez-moi de souligner la contribution spéciale des Vierges consacrées dans la divulgation de l’Evangile partout dans le monde. Leur consécration dans la virginité n’est pas une fuite du monde, occasionnée par la peur ou le manque d’intérêt ou une question de dé-responsabilisation, mais pour exprimer, par des signes plus efficaces et incisifs, les éléments qui font partie de l’essence même de chaque vie chrétienne et de la fidélité au Seigneur: être toujours prêtes à tout quitter pour le royaume des Cieux ; refuser la logique du monde ; tendre aux biens spirituels qui ne passent pas, auxquels tout le monde est appelé; affirmer la primauté de l’amour de Dieu sur toutes les autres valeurs ; vivre dans la totale disponibilité à l’écoute du Verbe et dans la louange de Dieu; imiter le Christ en restant en Sa présence le plus possible, offrir par une existence exemplaire qui devient service d’amour, la réalisation exemplaire de ce que toute l’Eglise doit être.

Voici ce que dit la prière de consécration de saint Léon Le Grand : « Tu … as réservé à certaines de tes fidèles un don particulier prenant sa source à ta miséricorde. A la lumière de la sagesse éternelle tu leur as fait comprendre que, alors que demeuraient intacts la valeur et l’honneur des noces sanctifiées au début de ta bénédiction, selon ton dessein providentiel, il doit surgir des vierges qui, malgré leur renoncement au mariage, aspirent à posséder dans leur cœur la réalité de son mystère. Tu les appelles ainsi à réaliser, au-delà de l’union conjugale le lien sponsal avec le Christ dont les noces sont une image et un signe(RCV, n.38).

Lecture patristique

Saint Bède le Vénérable (+ 735)

Commentaire sur l’évangile de Marc, 2 (CCL 120, 5 10-5 H)

Suivre le Christ à l’écart

Les Apôtres se réunissent auprès de Jésus et lui rapportent tout ce qu’ils ont fait et enseigné (Mc 6,30). Les Apôtres ne sont pas seuls lorsqu’ils rapportent au Seigneur ce qu’ils ont fait et enseigné, mais ses disciples et ceux de Jean Baptiste viennent aussi lui annoncer ce que Jean a souffert pendant que les Apôtres enseignaient. <> Et il leur dit: Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. <> Pour faire comprendre combien il était nécessaire d’accorder du repos aux disciples, l’évangéliste poursuit en disant: De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux qu’on n’avait même pas le temps de manger (Mc 6,31) La fatigue de ceux qui enseignaient, ainsi que l’ardeur de ceux qui s’instruisaient, montrent bien ici comme on était heureux en ce temps-là.

Plût au ciel qu’il en fût de même encore à notre époque, qu’un grand concours de fidèles se pressât autour des ministres de la Parole pour les entendre, sans même leur laisser le temps de reprendre des forces! Car lorsqu’ils manquent du temps nécessaire pour prendre soin d’eux-mêmes, ils ont encore moins la possibilité de s’abandonner aux séductions de l’âme et du corps. Ou plutôt, du fait que l’on réclame d’eux à temps et à contretemps la parole de foi et le ministère du salut, ils brûlent du désir de méditer les pensées célestes et de les mettre sans cesse en pratique, de sorte que leurs actes ne démentent pas leurs enseignements.

Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l’écart (Mc 6,32). Les disciples ne montèrent pas seuls dans la barque, mais ils prirent avec eux le Seigneur et gagnèrent un endroit désert, comme l’évangéliste Matthieu l’indique clairement. Les gens les virent s’éloigner et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux (Mc 6,33). En disant qu’ils partirent à pied et arrivèrent avant eux, l’évangéliste laisse entendre que les disciples et le Seigneur n’ont pas navigué jusqu’à l’autre rive de la mer de Galilée ou du Jourdain, mais qu’après avoir traversé en barque un bras de mer ou une crique, ils sont parvenus à un endroit proche, situé dans la même région, et que les gens du pays pouvaient aussi gagner à pied.

En débarquant, Jésus vit une foule nombreuse, et il en eut pitié, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger, et il se mit à les instruire longuement (Mc 6,34). Matthieu donne plus d’explications sur la manière dont Jésus eut pitié d’eux, quand il dit: Et il en eut pitié, et il guérit leurs infirmes (Mt 14,14). Car avoir pitié des pauvres et de ceux qui n’ont pas de berger, c’est précisément leur ouvrir le chemin de la vérité en les instruisant, faire disparaître leurs infirmités physiques en les soignant, mais aussi les nourrir quand ils ont faim, et les encourager ainsi à louer la générosité divine. C’est ce que Jésus a fait, comme nous le rappelle encore la suite de cet évangile.

Il a en outre mis à l’épreuve la foi de la foule, et l’ayant éprouvée, lui a donné en retour une récompense proportionnée. Il a gagné en effet un endroit isolé pour voir si les gens auraient soin de les suivre. Eux l’ont suivi. Ils ont pris en toute hâte la route du désert, non sur des ânes ou des véhicules de tout genre, mais à pied, et ils ont montré, par cet effort personnel, quel grand soin ils avaient de leur salut.

En retour, Jésus a accueilli ces gens fatigués. Comme sauveur et médecin plein de puissance et de bonté, il a instruit les ignorants, guéri les malades et nourri les affamés, manifestant ainsi quelle grande joie lui procure l’amour des croyants.

Source: ZENIT.ORG, le 15 juillet 2021