Les chrétiens sont appelés à être sel de la terre et lumière du monde, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo
Mgr Francesco Follo

Les chrétiens sont appelés à être sel de la terre et lumière du monde, par Mgr Francesco Follo

Rayonner l’amour de Dieu par le témoignage, par les bonnes œuvres

Vème  Dimanche du  Temps Ordinaire – Année A – 5 février 2023

1) Le sel[1] de la terre, la lumière[2]du monde est Jésus et nous avec Lui.

Dans l’évangile de ce dimanche, le Christ dit à ses disciples de toujours : « Vous êtes le sel de la terre … Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,13 et 14). Avec ces mots, Jésus ne nous invite pas à nous efforcer de devenir sel et lumière, il nous révèle ce que nous sommes. Il ne nous dit pas ce que nous devons faire, il nous rappelle ce que nous sommes déjà : sel et lumière. Comme l’agir suit l’être, prenons donc conscience que nous sommes comme le sel qui conserve et donne des saveurs, et comme la lumière qui illumine, donne confiance et réchauffe. Nous avons le devoir de donner une nouvelle « saveur » au monde et de le préserver de la corruption, avec la sagesse de Dieu qui resplendit pleinement sur le visage du Fils parce qu’Il est la vraie lumière qui illumine chaque homme (Jn 1,9).

En disant : « Vous êtes le sel de la terre », Jésus nous explique que toute la nature humaine corrompue par le péché est devenue insipide, mais que par l’intermédiaire de notre ministère de témoignage, la grâce du Saint Esprit règnera et conservera le monde. C’est pour cela que le Rédempteur nous apprend les vertus des Béatitudes, celles qui sont les plus nécessaires, les plus efficaces pour nous qui voulons lui ressembler.

Celui qui est doux, humble, miséricordieux et juste, ne conserve pas en lui les bonnes œuvres qu’il a réalisées, mais il tient à ce que ces sources ruissellent aussi pour le bien des autres. Celui qui a le cœur pur, qui est facteur de paix, qui souffre de la persécution pour la vérité, voilà la personne qui consacre sa vie pour le bien de tous. Si nous nous répandons comme le sel, nous donnons de la saveur à la vie du monde, nous construisons une culture de la vie et une civilité de l’amour.

En disant : « Vous êtes la lumière du monde », le Christ nous apprend qu’unis à lui, nous pouvons diffuser, au milieu des ténèbres de l’indifférence et de l’égoïsme, la lumière de l’amour de Dieu, vrai sagesse qui donne une signification à l’existence et à l’action des hommes. A cet enseignement sur le fait que nous sommes lumière, Jésus ajoute ces paroles : « Une ville qui se trouve sur un mont ne peut rester cachée, on ne peut non plus allumer une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier de façon qu’elle illumine tous ceux qui sont à la maison. Ainsi, votre lumière resplendira devant les hommes pour qu’ils voient vos bonnes œuvres et rendent la gloire à Notre Père qui est aux cieux » (Mt5,15-16).

2) Œuvres de lumière.

S’il est vrai que, dans notre lumière, les hommes trouvent le Christ, lumière de vie et vérité parfaite, il est aussi vrai que nous sommes lumière non pas avec la doctrine et les paroles mais avant tout avec les œuvres que notre lumière resplendit dans le monde.

Pour faire ceci, nous ne devons pas avoir de qualités dons particulières, nous devons « prêcher » avec nos œuvres. Il n’y aurait pas de non-croyant si nous étions des chrétiens comme il se doit.

Saint-François de Sales disait : « ne parle pas de Dieu à celui qui ne te le demande pas. Mais vis de façon que, tôt ou tard, il te le demande ».

C’est comme cela : ce sont nos œuvres qui rallument la demande et convainquent. Dans ce monde, nous serons sel de la terre et lumière du monde. De cette façon, nous serons de vrais missionnaires même sans dire une parole. Le pape François enseigne ceci : « Nous tous baptisés, nous sommes des disciples missionnaires et sommes appelés à devenir un évangile vivant dans le monde : avec une vie, nous porterons la lumière du Christ avec le témoignage d’une charité véritable ».

Pour celui qui est plutôt appelé à prêcher avec la parole, une loi s’impose : celle de mettre en pratique ce qu’il prêche aux autres. Saint-Jean Chrysostome disait : « Les élèves observent la conduite des maîtres et, s’ils voient qu’eux aussi sont atteints par les mêmes défauts ou même, par des défauts qui sont pires, comment pourront-ils admirer le Christianisme ? ». Et il ajoutait : « Lorsque je cherche en toi les signes pour te reconnaître chrétien, je trouve les signes opposés. Si je voulais juger celui que tu es par les lieux que tu fréquentes, par les personnes corrompues avec lesquelles tu te trouves, par tes paroles inutiles et pas sérieuses, je dirais que je n’ai rien pour te reconnaitre comme chrétien ». Justement, Saint-François de Sales se demandait : « Quelle différence existe entre l’Evangile et la vie d’un saint ? ». Lui-même répondait : « C’est la même différence qui existe entre une symphonie écrite sur une partition et une symphonie jouée ». C’est comme cela : dans la vie d’un saint ou, au moins, d’un chrétien fervent, nous apprenons comment on met en pratique l’Evangile. Nous tous, entre autres, nous devons nous efforcer d’être cette « symphonie jouée » pour tous les frères que nous rencontrerons sur notre chemin.

Nous sommes donc appelés à être le sel de la terre et la lumière du monde, en accomplissant les bonnes œuvres. A ce point, il est tout à fait normal de se demander en quoi consistent les bonnes œuvres dont Jésus parle dans l’évangile d’aujourd’hui.

Pour les bonnes œuvres, il ne faut pas penser uniquement aux œuvres de miséricorde qui doivent être toujours présentes comme les vertus. Pour être concret, je rappelle brièvement quelles sont les vertus et quels sont les vices capitaux.

Avant tout je dresse la liste des vertus théologales : foi, espoir et charité. Les vertus cardinales sont : justice, prudence, force et tempérance. Il ne faut pas négliger les vertus qui se trouvent dans les béatitudes : patience, pureté, humilité, douceur, simplicité ou pauvreté d’esprit. Cela vaut la peine de rappeler aussi les sept vices capitaux : orgueil, paresse, luxure, colère, gourmandise, envie et avarice.

Chaque fois que nous nous laissons influencer par ces vices, nous donnons un faux témoignage et nous éloignons notre prochain de la vérité. Si, au contraire, nous exercerons les vertus et accomplirons de bonnes œuvres, nous serons la lumière qui illumine, nous serons le sel qui donne le goût.

L’important est de ne pas rester à la surface de nous-mêmes, mais d’aller vers le cœur où se trouvent une poignée de sel et une étincelle de lumière. En vivant selon l’Evangile, cette étincelle allume la lampe et notre lumière resplendit parmi nos bonnes œuvres.

Et faisons cela avec humilité en sachant que le sel de la terre, la lumière du monde est Jésus. Notre personne sera lumière et sel si – grâce à une bonne vie- elle parlera de Lui et le moins possible d’elle-même.

3) Les vierges consacrées dans le monde : femmes d’œuvres de lumière.

Pour le Christ, nos bonnes œuvres sont œuvres de lumière. Ce sont les œuvres faites par les pauvres, par les purs, par les simples. Lorsque nous suivons le commandement de l’amour comme règle de vie, alors, nous sommes le sel et la lumière pour ceux que nous rencontrons. Là où nous nous aimons, là où la charité vit dans la vérité, là le sel qui donne la saveur à la vie est propagé.

Là où il y a l’amour au Christ et pour le Christ, là où il existe une vie de communion, là il y a la lumière qui combat l’obscurité, là se trouve une lampe qui donne la lumière.

C’est l’amour, le « sel de la terre et la lumière du monde ». C’est l’amour qui donne la saveur et la lumière à la vie, c’est l’amour le cœur de la sagesse et le chemin de l’annonciation de l’évangile de la joie. C’est l’amour qui nous appelle à partager, pour être et pour témoigner.

L’amour de Dieu est comparable au sel et à la lumière. Il faut donc en prendre soin. Un exemple de la façon dont cet amour est cultivé nous vient des vierges consacrées dans le monde. Saint -Augustin dit : « Etre amoureux de Dieu est l’histoire de l’amour la plus grande. Le chercher est l’aventure la plus grande. Le trouver est la réalisation humaine la plus grande. Le partager est la mission de celui á qui cet amour est consacré.

Avec leur vie consacrée et chaste, ces femmes témoignent humblement que l’amour du Christ est partie intégrante de la vie et comparable au sel et à la lumière. Dans le Christ leur vie est remplie de lumière : lumière de foi qui illumine le cœur et rafraîchit la mémoire, lumière de l’amour fécond qui réchauffe. A travers leur vie, elles sont quotidiennement des lampes qui resplendissent la lumière du Christ dans le monde. Ces femmes consacrées ne portent pas seulement la lampe des vierges prudentes, elles sont des lampes allumées, vigilantes qui, pour resplendir, ont l’huile de la fidélité dans l’amour et la persévérance pour les bonnes œuvres.

Avec un courage humble, ces femmes ont accepté l’appel que Dieu leur a proposé. Dans son omnipotence et tendresse, Dieu les appelle à être saintes dans la virginité vécue dans le monde. Cela serait stupide de se vanter d’un tel appel, car c’est un signe de responsabilité de l’accueillir, en témoignant qu’il est possible de vivre une vie tissée de lumière déjà sur cette terre. (cf. rituel de consécration des vierges, n° 28 : « Veillez, car vous ne savez ni le jour, ni l’heure. Conservez avec soin la lumière de l’Evangile ».)

Lecture patristique

Saint Jean Chrysostome (+ 407)

Catéchèses baptismales 4, 18-21 33

SC 50, 192-193 199

Nous avons revêtu le Christ une fois pour toutes, et nous sommes devenus dignes de l’avoir comme hôte. Si nous le voulons, nous pourrons donc, sans dire un seul mot, en menant simplement une vie parfaite, révéler à tous la puissance qui habite en nous. C’est bien de cela que parle le Christ, quand il dit : Que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux (Mt 5,16). Cette lumière n’atteint pas les sens corporels, mais elle illumine l’âme et l’esprit de ceux qui la voient ; elle dissipe les ténèbres du mal et dispose tous ceux qui la reçoivent à briller de leur propre lumière et à prendre la vertu pour modèle.

Que votre lumière brille devant les hommes. Le Christ dit justement devant les hommes. Il veut dire : « Que votre lumière soit si vive qu’elle vous éclaire et brille également devant les hommes, car ils ont besoin de son aide ! » La lumière naturelle permet de chasser les ténèbres pour voir le chemin à parcourir et aller droit devant soi sur une route ordinaire. Il en est de même pour la lumière spirituelle provenant d’une conduite exemplaire : elle éclaire ceux qui ont les yeux de leur esprit obscurcis par l’erreur et qui sont incapables d’apercevoir nettement le chemin de la vertu ; elle ôte la chassie des yeux de leur intelligence ; elle les met sur la bonne voie et leur permet de suivre désormais le chemin de la vertu.

Alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. Autrement dit : que votre vertu, que la discipline rigoureuse de votre conduite et de votre pratique des bonnes œuvres éveillent en ceux qui vous voient le désir de glorifier le Maître universel. Que chacun de vous ait à cœur, je vous en prie, de mener une vie si parfaite qu’elle entraîne tous ceux qui la voient à chanter la louange du Maître.

Par votre conduite exemplaire, attirez sur vous la grâce de l’Esprit, si bien que vous deviendrez inexpugnables. Ainsi l’Église se réjouira et exultera de votre progrès ; notre Maître à tous sera glorifié et tous nous deviendrons dignes du Royaume des cieux, par la grâce, la miséricorde et l’amour du Fils unique de Dieu, notre Seigneur Jésus Christ, à qui soient, avec le Père et le Saint-Esprit, gloire, puissance, honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

Catéchèses baptismales 4, 18-21 33, SC 50, 192-193 199

Nous avons revêtu le Christ une fois pour toutes, et nous sommes devenus dignes de l’avoir comme hôte. Si nous le voulons, nous pourrons donc, sans dire un seul mot, en menant simplement une vie parfaite, révéler à tous la puissance qui habite en nous. <> C’est bien de cela que parle le Christ, quand il dit : Que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux (Mt 5,16). Cette lumière n’atteint pas les sens corporels, mais elle illumine l’âme et l’esprit de ceux qui la voient ; elle dissipe les ténèbres du mal et dispose tous ceux qui la reçoivent à briller de leur propre lumière et à prendre la vertu pour modèle.

Que votre lumière brille devant les hommes. Le Christ dit justement devant les hommes. Il veut dire : « Que votre lumière soit si vive qu’elle vous éclaire et brille également devant les hommes, car ils ont besoin de son aide ! » La lumière naturelle permet de chasser les ténèbres pour voir le chemin à parcourir et aller droit devant soi sur une route ordinaire. Il en est de même pour la lumière spirituelle provenant d’une conduite exemplaire : elle éclaire ceux qui ont les yeux de leur esprit obscurcis par l’erreur et qui sont incapables d’apercevoir nettement le chemin de la vertu ; elle ôte la chassie des yeux de leur intelligence ; elle les met sur la bonne voie et leur permet de suivre désormais le chemin de la vertu.

Alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. Autrement dit : que votre vertu, que la discipline rigoureuse de votre conduite et de votre pratique des bonnes œuvres éveillent en ceux qui vous voient le désir de glorifier le Maître universel. Que chacun de vous ait à cœur, je vous en prie, de mener une vie si parfaite qu’elle entraîne tous ceux qui la voient à chanter la louange du Maître.

Par votre conduite exemplaire, attirez sur vous la grâce de l’Esprit, si bien que vous deviendrez inexpugnables. Ainsi l’Église se réjouira et exultera de votre progrès ; notre Maître à tous sera glorifié et tous nous deviendrons dignes du Royaume des cieux, par la grâce, la miséricorde et l’amour du Fils unique de Dieu, notre Seigneur Jésus Christ, à qui soient, avec le Père et le Saint-Esprit, gloire, puissance, honneur, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

[1] Le SEL, que l’on utilise normalement sur la nourriture pour les rendre plus savoureux mais aussi pour les conserver,  a ces significations symboliques surtout dans le monde biblique: 1. Le sel de l’alliance et de la solidarité.Dans l’Orient Ancien il existait un pacte du sel, synonyme d’alliance inviolable. 2. Le sel de l’amour.« Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix entre vous »  (Mc9,50)3. Le sel de la vie. Au Moyen-Orient on frictionne le nouveau-né avec du sel pour lui donner vigueur et vitalité (Ez. 16,4) mais également pour éloigner les esprits du mal de son existence. 4. Le sel du savoir.Nous aussi pour indiquer une personne sans intelligence nous disons qu’elle est « insipide ». Mettre le sel de l’intelligence, de la réflexion dans ses propres paroles signifie devenir des personnes capables de conseiller, de soutenir, de conforter et de guider les autres (Col 4,6)5. Le sel de la mort. L’eau salée ne désaltère pas, le sel versé  sur une blessure, brûle, les étendues de sel de la Mer Morte ne permettent pas la vie. Dans l’antiquité en Orient, chez les Grecs comme chez les Romains, quand on voulait qu’une ville conquise et rasée au sol soit considérée comme morte à jamais, on versait du sel sur ses ruines. 6. Le sel de la malédictionDans la Bible, la « malédiction du sel » est souvent citée: Dt 29,22; Ger 17,6. 7. Le sel de la purification. Les victimes, lors des sacrifices, étaient couvertes de sel pour devenir pures.

[2] LA LUMIERE, qui éclaire et réchauffe, a ces significations : 1. Elle est la première créature que Dieu désire créer: « Que la Lumière soit ». 2. Dieu lui-même est Lumière: « Dieu est lumière, en lui il n’y a pas de ténèbres » (1Jn 1,5). 3. La Parole de Dieu est lumière: « Sa parole est une lampe à nos pieds » (Ps 109,105). 4. Jésus lui-même se proclame la vraie lumière du monde venu éclairer chaque homme (Jn 1,5; 8,12). 5. Lumière source de vie: le monde immense dans une pérenne obscurité mourrait, comme meurt une plante.

Source : ZENIT.ORG, le 3 février 2023

La joie est la loi fondamentale du chrétien parce qu’elle implique l’amour, par Mgr Francesco Follo (Partie 2)

Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo 

La joie est la loi fondamentale du chrétien parce qu’elle implique l’amour, par Mgr Francesco Follo (Partie 2)

La loi du bonheur réalisée et pas seulement désirée, attendue

3) Les béatitudes et la vie consacrée dans le monde.

Le monde fonde la joie sur les biens possédés, sur le succès, ou sur toute autre chose de ce type. Jésus Christ, Lui, avec l’Evangile de la joie, nous invite à fonder notre joie sur Son amour et en l’imitant. En assumant ses traits paradoxaux d’homme vrai, parce que pauvre, doux, humble, en pleurs, affamé et assoiffé de justice, miséricordieux, pur de cœur, artisan de paix, persécuté  pour la justice (cf. Mt. 5, 3 – 10)

Une façon significative d’imiter le Christ et de mettre en pratique les béatitudes est celui des vierges consacrées dans le monde. En se donnant pleinement, ces femmes témoignent qu’il est possible d’être heureux sans se laisser fasciner par les choses du monde tout en y vivant. Devant les choses humaines nous sommes comme les grecs de l’antiquité devant la Méduse: pétrifiés ! Nous restons nous aussi pétrifiés et n’avons plus la capacité de croire, d’aller jusqu’à Dieu. Les choses terrestres ont un pouvoir de séduction; non seulement elles nous arrachent à Dieu, mais nous paralysent, nous empêche d’accéder à Lui, nous empêchent de faire une vraie expérience de ce qui est notre vraie richesse : Dieu ! Ces consacrées nous rappellent  que Dieu seul peut assouvir (Saint Thomas d’Aquin, Expositio in symb. Ap. 1), que Dieu seul suffit (Sainte Thérèse d’Avila[1]), que notre corps vit de notre âme et notre âme vit de Dieu, qu’en Le cherchant nous cherchons le bonheur (Cf. Saint Augustin, Confessions, 10, 20, 29). Et en trouvant Dieu, nous trouvons le vrai et l’éternel bonheur (P. Olivier Marie). Bonheur que l’evêque invoque sur la consacrée de la manière suivante : « et toi, Dieu toujours fidèle, sois leur fierté, leur joie, leur amour ; » Rituel de consécration des vierges n°24

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone

Sermon 53

  1. La solennité de cette vierge sainte qui a rendu témoignage au Christ et qui a mérité que le Christ lui rendit témoignage, qui a été immolée en public et couronnée en secret, est pour nous un avertissement. Elle nous dit d’entretenir votre charité de ce discours évangélique où le Sauveur vient de nous faire connaître les voies diverses qui conduisent à la vie bienheureuse. Il n’est personne qui n’aspire à cette vie; on ne peut trouver personne qui ne veuille être heureux. Ah! si seulement on désirait mériter la récompense avec autant d’ardeur qu’on soupire après la récompense elle-même! Qui ne prend son essor quand on lui dit: Tu seras bienheureux? Il devrait donc entendre avec plaisir aussi à quelle condition il le sera. Doit-on refuser le combat lorsqu’on cherche la victoire? La vue de (254) la récompense ne devrait-elle pas enflammer le coeur pour le travail qui l’obtient? A plus tard ce que nous demandons; mais c’est maintenant qu’il nous est commandé de mériter ce que nous obtiendrons plus tard.

Commence à rappeler les divines paroles, les commandements et les récompenses évangéliques. – «Bienheureux les pauvres de gré, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux. – Tu posséderas plus tard ce royaume des cieux; sois maintenant pauvre de gré. Veux-tu réellement posséder plus tard ce magnifique royaume? Vois quel esprit t’anime et sois pauvre de gré. Mais qu’est-ce qu’être pauvre de gré? Demandes-tu peut-être. Aucun orgueilleux n’est pauvre de gré; le pauvre de gré est donc l’homme humble. Le royaume des cieux est haut placé ; mais « quiconque s’humilie s’élèvera» jusques là (Lc 14,2).

  1. Considère ce qui suit: «Bienheureux ceux qui sont doux, car ils auront la terre pour héritage.» Tu veux posséder la terre? Prends garde d’être possédé par elle. Tu la posséderas si tu es doux; tu en seras possédé si tu ne l’es pas. Mais en entendant qu’on t’offre comme récompense la possession de la terre, n’ouvre pas des mains avares pour t’en emparer dès aujourd’hui, aux dépens même de ton voisin; ne sois pas le jouet de l’erreur. Posséder la terre, c’est s’attacher intimement à Celui qui a fait le ciel et la terre. La douceur en effet consiste à ne pas résister à son Dieu, à l’aimer et non pas soi dans le bien que l’on fait; et dans le mal que l’on souffre justement, à ne pas lui en vouloir mais à s’en vouloir à soi-même. Il n’y a pas un léger mérite de lui plaire en se déplaisant et de se déplaire en lui plaisant.
  1. Troisième béatitude: «Bienheureux ceux qui pleurent; car ils seront consolés.» Les pleurs désignent le travail, et la consolation, la récompense. Quelles sont, hélas ! les consolations de ceux qui pleurent d’une manière charnelle ? Aussi importunes que redoutables; car en essuyant leurs larmes, ils craignent toujours d’en verser de nouvelles. Un père, par exemple, se désole d’avoir perdu son fils, la naissance d’un autre le réjouit; celui-ci remplace celui qui n’est plus, mais il est pour lui un sujet de crainte comme le premier a été un sujet de tristesse, et il ne trouve dans aucun d’eux consolation véritable. La vraie consolation sera de recevoir ce qu’on ne pourra perdre, et on mérite d’en jouir plus tard, lorsque maintenant on gémit d’être en exil.
  1. Quatrième devoir et quatrième récompense: «Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.» Tu veux être rassasié? Comment le seras-tu? Si tu aspires au rassasiement du corps, une fois les aliments digérés, tu ressentiras de nouveau le tourment de la faim ; car il est dit : «Quiconque boira de cette eau, aura soif encore (Jn 4,13).» Quand un topique étendu sur une plaie parvient à la guérir, toute douleur disparaît, mais la nourriture ne chasse la faim et ne restaure que pour un moment; car la faim succède au rassasiement; et en vain applique-t-on chaque jour le remède de la nourriture, il ne cicatrise point la faiblesse. Ayons donc faim et soif de la justice; c’est le moyen d’en être un jour rassasiés, car notre rassasiement viendra de ce qui maintenant provoque en nous et la faim et la soif. Que notre âme en ait faim et soif; pour elle aussi il y a une nourriture et il y a un breuvage. « Je suis, dit le Seigneur, le pain descendu du ciel (Jn 6,41).» Voilà le pain destiné à apaiser ta faim. Désire aussi le breuvage qui étanchera ta soif: «En vous,» Seigneur, «est la source de vie (Ps 35,10).»
  1. Autre maxime: «Bienheureux les miséricordieux, car Dieu leur fera miséricorde.» Fais-la et on la fera; fais-la envers un autre et on la fera envers toi. Tu es à la fois riche et pauvre, riche des biens temporels, pauvre des biens éternels. Tu entends un homme mendier. Tu mendies toi-même auprès de Dieu. On te demande, et tu demandes. Ce que tu feras envers ton solliciteur, Dieu le fera envers le sien. Plein d’un côté et vide de l’autre, remplis de ta plénitude le vide des pauvres, et le tien sera rempli de la plénitude de Dieu.
  1. Nous lisons encore: «Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu.» Telle est la fin de notre amour; mais c’est une fin qui nous perfectionne et non une fin qui nous détruit. On finit un repas et on finit un vêtement; un repas, quand on a consumé la nourriture; un vêtement, quand on achève de le coudre. Ici et là on achève; ici de consumer, et là de perfectionner. Quels que soient maintenant nos actes et nos vertus, nos efforts et les louables et innocentes aspirations de notre coeur, une fois que nous verrons Dieu nous serons entièrement satisfaits. Que pourrait chercher encore celui qui possède Dieu, et de quoi se contenterait celui à qui Dieu ne suffit pas? Ce que nous voulons, ce que nous cherchons, ce que nous ambitionnons, c’est de voir Dieu. Et qui n’aurait ce désir?

Mais considère ces paroles: «Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu.» Donc, afin de le voir, prépare ton coeur. Pour me servir d’une comparaison toute matérielle, à quoi bon désirer voir le soleil à son lever, si les yeux sont fermés par la maladie? Qu’on les guérisse et ils seront heureux de voir la lumière; s’ils restent malades, elle fera leur tourment. De même tu ne pourras voir sans la pureté du coeur, ce que ne sauraient contempler que les coeurs purs. Tu seras repoussé, éloigné, tu ne pourras jouir. «Bienheureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu.»

Combien de fois déjà le Sauveur a-t-il répété ce mot Bienheureux? Quelles causes a-t-il assignées à la béatitude? Quelles oeuvres et quels salaires, quels mérites et quelles récompenses a-t-il énumérés? Jamais jusqu’alors il n’avait dit: «Ils verront Dieu. – Bienheureux les pauvres de gré, car le royaume des cieux est à eux. Bienheureux ceux qui sont doux, car ils auront la terre en héritage. Bienheureux ceux qui pleurent; ils seront consolés. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice; «ils seront rassasiés. Bienheureux les miséricordieux; ils obtiendront miséricorde.» Il n’a pas encore été dit: «Ils verront Dieu.» Nous arrivons aux coeurs purs; c’est à eux qu’est promise la vue de Dieu, et ce n’est pas sans motif, car ils ont des yeux pour voir Dieu. C’est de ces yeux que parle l’Apôtre quand il dit : « Les yeux éclairés de votre cœur. » Ep 1,18 Maintenant donc ces yeux, parce qu’ils sont faibles, sont éclairés par la foi ; devenus plus tard vigoureux, ils seront éclairés par la réalité même. «Tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons loin du Seigneur; car nous marchons dans la foi et non dans la claire vue (2Co 5,6-7).» Et tant que nous marchons ainsi dans la foi, que dit de nous l’Ecriture? Que «maintenant nous voyons à travers un miroir, en énigme, et qu’alors ce sera face à face (1Co 13,12).»

[1] La prière complète de Sainte Thérèse d’Avila est: « Que rien ne te trouble que rien ne t’épouvante. Tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout ; celui qui possède Dieu ne manque de rien: Dieu seul suffit ! Que ton désir soit de voir Dieu; ta crainte, de le perdre; ta douleur, de ne pas le posséder; ta joie, de ce qui peut te conduire à lui, et tu vivras dans une grande paix ».

Source: ZENIT.ORG, le 27 janvier 2023

La joie est la loi fondamentale du chrétien parce qu’elle implique l’amour, par Mgr Francesco Follo (Partie 1)

Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

La joie est la loi fondamentale du chrétien parce qu’elle implique l’amour, par Mgr Francesco Follo (Partie 1)

La loi du bonheur réalisée et pas seulement désirée, attendue

Dernier dimanche de janvier

Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph – Fête

1) La loi des Béatitudes.

L’évangile d’aujourd’hui nous propose les béatitudes, si connues, si citées et commentées que nous risquons de croire  que nous les connaissons déjà et de ne pas avoir besoin de les relire, de méditer à nouveau dessus pour mieux les comprendre et les appliquer.

Le premier mot prononcé par Jésus dans son discours de la Montagne est : « Heureux [1] » (Mt5, 2). Tel le nouveau Moïse, le Messie a gravi la montagne et du haut de sa chaire, donné la loi qui désigne la joie comme un devoir pour le chrétien. En effet les Béatitudes dans l’évangile de saint Matthieu, répondent au Décalogue du Livre de l’exode. La première alliance nouée entre Dieu et le peuple d’Israël fut ratifiée par le don de la Loi et l’acceptation par Israël de cette volonté divine. La Nouvelle Alliance aussi commence par la loi, mais sa loi sont les Béatitudes[2] et elle est ratifiée par notre « oui », « fiat », « amen », grâce auquel en nous, en premier lieu, en Marie, la joie s’est incarnée et a établi sa demeure entre nous et en nous.

La loi chrétienne, les commandements de Dieu, les préceptes de l’Eglise, tous se réalisent dans le fait même que nous portons en nous la joie, qui est Jésus-Christ, cette joie qui vient de ce que nous avons Dieu en nous, que nous sommes non seulement aimés et croyons en l’amour, mais que nous répondons à cet amour en nous donnant pleinement au Seigneur. Voilà ce qu’est le bonheur : aimer parce qu’ont est aimé.

La Loi de l’Ancien Testament est totalement portée par le don de la « Loi des Béatitudes » du Nouveau Testament. Ce don nous fait comprendre effectivement que l’unique loi du chrétien ne peut être que la joie, à partir du moment où toutes les Béatitudes commencent toujours par le même mot: « heureux ». « Heureux » parce que pauvres, « heureux » parce que doux, « heureux » parce que purs de coeur, « heureux » les persécutés: de toute façon, toujours « heureux ». Les Béatitudes sont les lois que le Christ a données pour nous indiquer la vocation des fidèles associés à la gloire de sa Passion et de sa Résurrection. Les Béatitudes «  éclairent les actions et les attitudes caractéristiques de la vie chrétienne ; elles sont les promesses paradoxales qui soutiennent l’espérance dans les tribulations ; elles annoncent les bénédictions et les récompenses déjà obscurément acquises aux disciples ; elles sont inaugurées dans la vie de la Vierge Marie et de tous les saints » (CCC 1717).

Les Béatitudes sont la promesse d’une vie pleine et d’une loi qui indique un programme de vie heureux. Toutefois on ne saurait penser que ces béatitudes sont exemptes d’épreuves et souffrances, comme un «  bien être » purement terrestre. On doit les voir comme une possibilité  d’expérimenter que ce que l’on est, ou ce que l’on vit, a un sens (c’est-à-dire une direction et une signification), donne la «  conviction », « une raison » selon laquelle la vie vaut la peine d’être vécue. Se rappeler aussi que ce bonheur est mesurable à la fin du parcours entrepris, parce que durant notre cheminement il est présent, mais il arrive que les épreuves, les souffrances, la passion, le contredisent.

Vivre les Béatitudes c’est vivre comme le Christ, mais c’est difficile, en effet le christianisme « n’est pas facile, mais heureux » (Paul VI).

            2) Portrait du Christ et le nôtre. 

Les béatitudes ne sont pas seulement la nouvelle loi que le Christ promulgue. Celles-ci « dépeignent le visage de Jésus-Christ et en décrivent la charité » (CCC 1717), faisant ressortir les traits de sa figure et mettant en évidence sa manière de penser et d’agir que nous devons faire nôtre avec amour.

D’un côté, les béatitudes sont un portrait du Fils de Dieu venu parmi nous, de l’autre, elles décrivent les caractéristiques du disciple qui, dans les pas du Maître, par la force de l’Esprit, vit l’imitation de son Seigneur, en se laissant habiter par Lui. Donc,  nous mettons en pratique les béatitudes pour devenir des hommes neufs par le biais de la grâce qui nous vient de Jésus: en elles nous reconnaissons le projet et le parcours de sainteté selon l’évangile, parce que le saint n’est que l’homme nouveau rendu tel par le Christ.

Ce que le Christ exige n’est pas seulement d’être des saints, parfaits en amour (« Vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » – Mt 5, 48), mais d’être des « bienheureux », heureux dans notre perfection, car la sainteté et le bonheur sont indissociables.

Mais si la béatitude suppose la perfection, qu’est-ce que la perfection?

C’est la présence de Dieu dans notre cœur, Dieu à qui nous avons dit « oui ».

C’est vivre la vie de Dieu, qui se donne à chacun de nous.

Par conséquent, il est important que chacun de nous prenne conscience de ce don que nous avons reçu. Et, dans la mesure où nous en aurons pris conscience, où nous aurons vraiment foi en ce don, nous serons en mesure alors de  faire tout autant l’expérience de cette joie d’être aimés.

Mais cette joie n’est pas seulement décrite dans l’Evangile du jour. Toute la liturgie de la Parole de ce dimanche met l’accent sur ce thème, partant en premier lieu de la béatitude de la pauvreté, comme on le voit dans le refrain du psaume responsorial, dans la lecture du livre de Sophonie, et dans le passage de la première lettre aux corinthiens, dans laquelle Paul affirme que Dieu se sert de ceux qui ne comptent pas pour confondre le monde. « Heureux le pauvre » implique certainement une invitation à mettre les pauvres au centre de l’attention. Le pauvre d’esprit est celui qui a confiance en Dieu, attend de Dieu, pose sa confiance uniquement en Lui. Comme l’entend saint Matthieu, la pauvreté ne peut se réduire à un abstrait détachement général des biens. C’est l’attitude concrète et publique, dont les béatitudes suivantes déterminent son contenu: la construction de la paix, la faim de justice, la miséricorde, la limpidité intérieure. Des attitudes toutes concrètes et actives. Bien que mettant au premier plan les attitudes intérieures et spirituelles, saint Mathieu n’oublie pas d’inviter  à un engagement concret et courageux pour la justice et la paix.

La loi chrétienne est donc : être contents, être heureux dans l’amour reçu et partagé dans un esprit de pauvreté.

Avec cette description existentielle proposée comme loi, le Rédempteur répond au désir inné de bonheur, qui est d’origine divine. Dieu l’a mis dans le cœur de l’homme pour l’attirer vers Lui, car Lui seul peut le combler. « Il est certain que nous voulons tous vivre heureux ; et dans tout le genre humain, il ne se trouve qui n’approuve cette proposition, avant même qu’on ait fini de l’exprimer (Saint Augustin, De moribus ecclesiae catholicae, 1, 3, 4: PL 32, 1312). « Comment donc vous chercher, ô mon Dieu ? Quand je vous cherche, vous, mon Dieu, c’est le bonheur que je cherche. Ah ! Puissé-je vous chercher pour que vive mon âme ! Car mon corps vit de mon âme, et mon âme vit de vous ! ” (Saint Augustin, Conf., 10, 20, 29).

«  Seul Dieu peut assouvir » (Saint Thomas d’Aquin, Expositio in symb. Ap. 1). C’est pourquoi il est juste et bon de reconnaitre que la joie des béatitudes trouve son fondement dans la certitude d’un meilleur avenir, en communion avec Dieu et comme don de Dieu, et en même temps dans la joyeuse découverte  que dès à présent il est possible de goûter à une nouvelle façon de vivre.

[1] La traduction par l’adjectif « heureux » du mot grec « makárioi » d’où vient également l’expression italienne « magari » ne rend pas tout à fait le sens de cet adjectif en grec. « Heureux » ne doit pas être compris comme un simple adjectif, mais comme une invitation au bonheur, à une vie pleine, à la conscience d’une joie que rien ni personne ne peut voler ou éteindre (cf. Jn 16,23). « Heureux » vaut aussi pour « bénis » (cf. Mt 25,34), par opposition aux « malheurs »  (cf. Mt 23,13-32; Lc 6,24-26), mais indique quelque chose qui n’est pas seulement une action de Dieu qui rend justes et saufs le jour du jugement (cf. Ps 1,1; 41,2), mais qui, déjà à l’époque, donne un sens, une espérance consciente et joyeuse à qui ce mot s’adresse.

[2] Les Béatitudes sont présentées fréquemment comme l’antithèse néotestamentaire au Décalogue, comme, pour ainsi dire, la plus haute éthique chrétienne vis-à-vis des commandements de l’Ancien Testament. Cette interprétation déforme complètement le sens des paroles de Jésus. Pour Jésus, la validité du Décalogue est un acquis (cf. Par ex., Mc 10,19; Lc 16,17); le Discours de la montagne reprend les commandements de la Seconde Table et les approfondit, ne les abolit pas (cf. Mt 5,21-48); cela s’opposerait diamétralement au principe fondamental affirmé dans ce discours sur le Décalogue: « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. » (Mt5,17s). En tout cas il est important de souligner que Jésus n’entend pas abolir le Décalogue, au contraire il le renforce.

Source : ZENIT.ORG, le 27 janvier 2023

La conversion, c’est se détacher du mal pour adhérer au bien : le Christ, et marcher avec lui

Mgr Francesco Follo

La conversion, c’est se détacher du mal pour adhérer au bien : le Christ, et marcher avec lui, par Mgr Follo

Méditation sur les lectures du dimanche 22 janvier 2023

IIIe dimanche du temps ordinaire – Année A – 22 janvier 2023

Rite romain

Is 8, 23b – 9, 3; Ps 26; 1 Cor 1, 10-13, 17; Mt 4, 12-23

Rite ambrosien

Ez 16, 2-7a, 13b-18; Ps 104; 2 Cor 8. 7-15; Lc 9, 10b-17.

IIIème dimanche après l’Épiphanie.

1) Conversion et charité

Dimanche dernier, l’Évangile de Saint Matthieu nous a rappelé que Jésus est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Ce dimanche, ce même évangéliste nous propose les premières paroles de la prédication de Jésus, Agneau sans tache qui a pris sur lui le péché, et qui dit:  » Convertissez-vous (en grec « metanocite »), car le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4, 17).

Le verbe grec utilisé par Saint Matthieu a comme substantif  « matanoia », c’est à dire « changement d’esprit » et indique que la pénitence est un profond et complet changement de l’esprit et du cœur sous l’influence de la parole de Dieu et dans la perspective du Royaume des Cieux.

Il ne faut pas non plus oublier que pénitence signifie aussi changement de vie en cohérence avec le changement du cœur. Si la pénitence est la conversion qui passe du cœur aux œuvres et donc à la vie entière du chrétien, on peut donc affirmer, sans se tromper, qu’il n’y a pas de vie chrétienne sans conversion.

A ce point, il est important de préciser que c’est la charité qui fait la vie chrétienne et que la charité est conversion, parce que tout notre être se tourne vers Dieu. Dans la conversion, notre cœur et notre esprit se tournent entièrement vers Dieu. « Conversio » veut dire se tourner. Qu’est-ce que cela signifie? Se tourner vers le Christ n’est pas tant un mouvement physique, c’est un mouvement spirituel du mal vers le bien, avec la ferme décision de vivre de Lui, en Lui et pour Lui.

Nous ne devons donc pas interpréter le commandement d’amour: « Convertissez-vous » seulement comme une invitation à nous repentir de nos propres péchés, il indique la nécessité de révolutionner notre vie. C’est comme si Jésus nous disait: « Changez de logique », « Changez de route, ne voyez-vous pas que celle où vous êtes est un chemin qui ne conduit pas à la vie mais à la mort? » C’est la proposition d’une opportunité:  » Venez avec moi. Là où je suis, il y a la vie, celle qui est vraie et durable ».

C’est cela que le Rédempteur veut dire: « Changez de façon de penser et d’agir parce que le Royaume s’est fait proche. » Qu’est-ce que le Royaume des cieux ou de Dieu? C’est la vraie vie qui fleurit en toutes ses formes. Le royaume est de Dieu, mais il est pour les hommes que Dieu aime paternellement et éternellement, vraiment pour toujours.

Il faut garder présent que la conversion n’est pas faite une fois pour toute, c’est la vocation de toute une vie. On peut penser qu’une fois baptisé, dans la vie de communion avec le Christ, avec les sacrements, avec la célébration de l’Eucharistie, on arrive à la perfection donnée par le baptême et reconfirmée par l’Eucharistie et qu’on arrive à mettre en pratique le Discours sur la Montagne. Mais ce n’est pas ainsi. Seul le Christ lui-même accomplit vraiment et complètement le Discours sur la montagne. Nous, nous avons toujours besoin d’être lavés par le Christ et renouvelés par lui. Pour cela nous avons besoin de cette conversion permanente qui s’alimente à l’humilité de nous savoir pécheurs en chemin, jusqu’à ce qu’il nous tende la main définitivement et nous introduise à la vie éternelle. Nous devons vivre dans cette attitude d’humilité vécue jour après jour.

Du fait que nous nous sommes convertis à Jésus, qui est vérité et amour, nous devons le suivre toute notre vie et être témoin de son amour. Dieu est amour et la rencontre avec lui est la seule réponse possible aux inquiétudes du cœur humain ; un cœur qui est habité de l’espérance, qui ouvre déjà le présent au futur, tant et si bien que Saint Paul a écrit que « c’est dans l’espérance que nous avons été sauvés » (Rm 8, 24).

L’important est donc de faire grandir en nous le besoin de placer, en Dieu seul, notre unique espérance.

2)  Conversion et vocation

La conversion n’est pas un chemin en arrière ou à reculons. La conversion est bien un retour à la maison mais à celle du ciel. Notre chemin de conversion nous conduit vers le haut. La conversion chrétienne n’est pas seulement morale (un pécheur qui retrouve le chemin du bien) ou religieuse (un athée qui vient à la foi en Dieu), mais c’est une conversion à la personne même du Christ, « soleil qui surgit d’en haut » et clé de voûte du destin humain. En se convertissant, c’est à dire en se tournant vers le Christ, survient la rencontre qui change intégralement toute notre  façon de penser et de vivre. C’est une rencontre-conversion qui fait renaître d’en haut (cf Jn 3, 7) et qui nous fait comprendre que notre vocation est de suivre le Christ non pas tant pour faire de bonnes actions mais pour réaliser l’invitation du Fils de Dieu: « Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48).

Il y a trois niveaux de réponse à cette vocation-conversion à la perfection infinie de l’amour de Dieu:

« Aime ton prochain comme toi-même. »

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

« Aimez-vous comme vous aime le Père céleste. » 

Si nous prenons au sérieux l’invitation à la conversion évangélique qui nous est redite aujourd’hui, nous devons aimer comme le Christ nous le demande, en programmant notre vie quotidienne et en prenant les décisions concrètes qu’exige cet « aimer comme ».

De ces trois « comme », je souligne particulièrement aujourd’hui le troisième parce que notre vocation est principalement de nous tourner vers Dieu pour devenir comme Lui: « Retourne en toi. Et une fois rentré en toi, retourne-toi encore vers le haut: ne reste pas en toi. D’abord retourne en toi depuis le monde extérieur, et puis restitue-toi toi-même à celui qui t’a créé et qui t’a cherché toi qui était perdu; il t’a trouvé fugitif; il t’a converti à lui-même, toi qui lui avais tourné le dos. Retourne en toi, donc, et avance vers Celui qui t’a créé » (Saint Augustin d’Hippone, Discours 330, 3). Entreprise certainement impossible sans la grâce du Christ Rédempteur et de l’Esprit Sanctificateur: la parole de Dieu, les sacrements, la prière, le magistère de l’Église, les œuvres de charité, les conseils évangéliques, etc. Il s’agit finalement de devenir littéralement comme le Christ: « Réjouissons-nous et rendons grâce à Dieu: non seulement nous sommes devenus chrétiens, mais nous sommes devenus le Christ lui-même… Émerveillez-vous, réjouissez-vous: nous sommes devenus le Christ! Si le Christ est la tête et nous les membres, l’homme complet est Lui et nous (Id, Commentaire de l’Évangile de Jean 21, 8). »

3) La vocation des vierges consacrées

L’invitation à la conversion, c’est à dire notre vocation, est donc un appel à la sainteté, à devenir comme le Christ. Une fois compris cela, la réponse à cette invitation est de dire comme l’a fait la Sainte Vierge:  » Me voici, qu’il soit fait selon ta parole ». Et comme l’ont fait les apôtres qui ont tout de suite abandonné leurs filets, leur bateau et leur famille pour le suivre (cf Mt 4, 20).

Leur « oui » à la vocation de Dieu a été précédé d’autres  » Me voici » : celui fleuri sur les lèvres d’Abraham, de Moise, de Samuel, d’Isaïe etc. C’est comme quand on faisait l’appel à l’école et que chacun répondait rapidement en disant « présent! ».

Qu’a-t-il de mystérieux ce « Me voici » qui ouvre le cœur de Dieu, qui est la réponse suffisante à Dieu? Tout le reste, il s’en occupe lui, mais il veut d’abord entendre ce « Me voici » qui signifie : « Seigneur je suis là, je ne fuis pas ta présence, je suis disponible, je t’écoute, mon cœur est prêt » comme dit le psaume: « Mon cœur est prêt pour toi Seigneur ». 

Chaque « Me voici » est un miracle de la grâce de Dieu, c’est la liberté qui mystérieusement s’ouvre à la grâce et aujourd’hui ce miracle est plus que jamais évident. Aujourd’hui le Seigneur appelle de façon plus que jamais ténue, mystérieuse et respectueuse et qu’un jeune homme ou qu’une jeune fille aient le courage de fermer les oreilles à toutes les attractions du monde et répondent « me voici » est un miracle que notre cœur, notre bouche et notre vie permettent à Dieu de faire.

Notre « Me voici », comme celui de tous les chrétiens, doit être joyeux, enthousiaste, émerveillé parce qu’il doit contenir la conscience d’avoir été choisi, d’avoir été repéré par Dieu, d’être l’objet d’une prédilection de Dieu.

Une façon actuelle de dire ce « Me voici » est celle des vierges consacrées dans le monde. Comme disait Saint Ambroise: « Les vierges consacrées sont dans le monde signe de vraie beauté ».

La beauté de la vie consacrée est aussi le thème de fond de l’Exhortation post-synodale Vita Consacrata, développée amplement en partant de l’icône de la Transfiguration. Saint Jean-Paul II écrivait: » Comme il est beau de rester avec toi Seigneur, de se dédier à toi, de concentrer de manière exclusive notre existence en toi! » En effet qui a reçu la grâce de cette communion d’amour spéciale  avec le Christ, se sent comme emporté par sa splendeur. « Il est le plus beau parmi les fils de l’homme » (Ps 45/44; ibid n.15).

La forme de vie de l’Ordo Virginum est une forme de vie qui se développe désormais de façon continue dans plusieurs pays.

Sur cet Ordo, le CIC (Can 604) s’exprime clairement, ainsi que les textes liturgiques (le rite de la consécration) et ceux du magistère même récents qui en parlent. Aujourd’hui nous faisons référence à l’Exhortation apostolique déjà citée, qui selon moi décrit bien l’Ordo Virginum dans sa spécificité, en le plaçant tout de suite après la mention de la vie monastique, comme une forme pour ainsi dire germinale des expériences suivantes de vie religieuse et consacrée:  » C’est un motif de joie et d’espérance de voir qu’aujourd’hui recommence à fleurir l’antique Ordre des vierges, attesté dans les communautés chrétiennes depuis les temps apostoliques. Consacrées par l’Évêque diocésain, elles acquièrent un lien particulier avec l’Église, au service de laquelle elles se dédient tout en restant dans le monde. Seule ou en communauté, elles constituent une image particulière et eschatologique de l’épouse céleste et de la vie future, quand l’Église vivra finalement en plénitude l’amour pour le Christ époux » (n. 7).

Le charisme de l’Ordo Virginum est un charisme très ancien. Il s’agit d’une tradition antique à ressusciter dans les réalités d’aujourd’hui, avec la même force et le même génie qu’aux origines. Nous ne sommes donc pas face à une réalité vague, générique, amorphe; elle a une identité bien précise, même si elle n’est pas facile à décrire dans ses particularités. Il s’agit certes d’un charisme à vivre avec simplicité et humilité, comme une voie ecclésiale (qui n’est pas unique) vers la sainteté, comme une existence offerte à Dieu dans un dévouement silencieux, gratuit et attentif. 

Lecture patristique

Lansperge le Chartreux (+ 1539)

Sermon 5, Opera omnia, 3, 315-317

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière (Is 9,1). Mes frères, nul n’ignore que nous sommes tous nés dans les ténèbres et que nous y avons vécu autrefois. Mais faisons en sorte de ne plus y rester, maintenant que le soleil de justice s’est levé pour nous. 

Le Christ est donc venu illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, pour guider leurs pas dans le chemin de la paix. De quelles ténèbres parlons-nous? Tout ce qui se trouve dans notre intelligence, dans notre volonté ou dans notre mémoire, et qui n’est pas Dieu ou n’a pas sa source en Dieu, autrement dit tout ce qui en nous n’est pas à la gloire de Dieu et fait écran entre Dieu et l’âme, est ténèbres. 

Aussi le Christ, ayant en lui la lumière, nous l’a-t-il apportée pour que nous puissions voir nos péchés et haïr nos ténèbres. Vraiment, la pauvreté qu’il a choisie quand il n’a pas trouvé de place à l’hôtellerie, est pour nous la lumière à laquelle nous pouvons connaître dès maintenant le bonheur des pauvres en esprit, à qui appartient le Royaume des cieux.

L’amour dont le Christ a témoigné en se consacrant à notre instruction et en s’exposant à endurer pour nous les épreuves, l’exil, la persécution, les blessures et la mort sur la croix, l’amour qui finalement l’a fait prier pour ses bourreaux, est pour nous la lumière grâce à laquelle nous pouvons apprendre à aimer aussi nos ennemis.

Elle est pour nous lumière, l’humilité avec laquelle il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur (Ph 2,7), et, refusant la gloire du monde, voulut naître dans une étable plutôt que dans un palais et subir une mort honteuse sur un gibet. Grâce à cette humilité nous pouvons savoir combien détestable est le péché d’un être de limon, un pauvre petit homme de rien, lorsqu’il s’enorgueillit, se glorifie et ne veut pas obéir, tandis que nous voyons le Dieu infini, humilié, méprisé et livré aux hommes.

Elle est aussi pour nous lumière, la douceur avec laquelle il a supporté la faim, la soif, le froid, les insultes, les coups et les blessures, lorsque comme un agneau il a été conduit à l’abattoir et comme une brebis devant le tondeur il n’a pas ouvert la bouche (Is 53,7). Grâce à cette douceur, en effet, nous voyons combien inutile est la colère, de même que la menace, nous consentons alors à souffrir et nous ne servons pas le Christ par routine. Grâce à elle, nous apprenons à connaître tout ce qui nous est demandé: pleurer nos péchés dans la soumission et le silence, et endurer patiemment la souffrance quand elle se présente. Car le Christ a enduré ses tourments avec tant de douceur et de patience, non pour des péchés qu’il n’a pas commis, mais pour ceux d’autrui.

Dès lors, frères très chers, réfléchissez à toutes les vertus que le Christ nous a enseignées par sa vie exemplaire, qu’il nous recommande par ses exhortations et qu’il nous donne la force d’imiter avec l’aide de sa grâce.

Source : ZENIT.ORG, le 21 janvier 2023

L’Epiphanie, une invitation à se donner soi-même au Christ, par Mgr Francesco Follo

Crèche napolitaine, Avent 2017 place Saint-Pierre, capture CTV

Crèche Napolitaine, Avent 2017 Place Saint-Pierre, Capture CTV

L’Epiphanie, une invitation à se donner soi-même au Christ, par Mgr Francesco Follo

Méditation pour la solennité de l’Épiphanie

(ou janvier 2023 selon les Conférences épiscopales nationales)

Is. 60,1-6; Ps. 71; Eph. 3,2-3.5-6; Mt. 2,1-12.

1) Trois Epiphanies[1]: une marche d’une fête à l’autre.
Si le Christ s’est déjà manifesté à Bethléem aux bergers, pourquoi célébrer son épiphanie (mot grec qui veut dire manifestation) aux Rois Mages, aux Hébreux sur les rives du Jourdain, aux disciples de Jésus à Cana de Galilée?  Parce que « le Seigneur conduit son troupeau spirituel d’une fête à l’autre » (Homélie d’un auteur syrien anonyme). « A la première fête, dans la grotte de Bethléem, la création  a reçu le Créateur du sein de la Vierge, et à la fête du baptême l’épouse reçoit l’Époux du sein du baptême. A la première naissance, Il a été engendré par la Vierge, et à la fête d’aujourd’hui Il a été engendré par le baptême » (Ibid.).
Entre ces deux fêtes il y en a une autre: celle des Rois Mages. Comme les pasteurs appelés par l’ange à participer à la Gloire de Dieu et à la paix des hommes, les Mages, des spécialistes de l’astronomie, eux aussi, furent guidés par l’étoile pour participer à l’événement qui changea le cours de l’histoire et les destins de l’humanité et du monde.
De ces mystérieux personnages aussi, venus de loin, nous apprenons à connaître, aimer et adorer l’Enfant Jésus, Sauveur du monde entier. Ces païens ont commencé à connaître Jésus grâce aux étoiles, c’est-à-dire grâce à la sagesse humaine, par le biais de la raison.
Mais la raison, à elle toute seule, ne suffit pas à conduire les mages jusqu’à l’Enfant Jésus. Ils ont eu besoin des Ecritures, de la Révélation. Toutefois pour arriver jusqu’à Jésus, la Bible non plus ne suffit pas. Les scribes et les pharisiens, qui conservaient la Révélation, n’ont pas bougé pour aller connaître le Roi des rois. La connaissance ne suffit pas, il faut autre chose, Il faut le désir de rencontrer Jésus, être prêt, comme les rois mages, à courir le risque d’entreprendre un long voyage, avec pour seul guide dans la nuit une étoile. Hérode et les chefs d’Israël, eux qui avaient pourtant la Révélation et n’étaient pas loin d’Israël,  ne s’étaient pas lancé à la recherche de Jésus. Au contraire, dès qu’ils surent que le Roi par excellence était né, ils ont cherché à l’éliminer.
Les Sages hommes d’Orient, poussés par leur désir de vérité, de lumière et de vie, ont quitté leurs beaux palais. Si les mages n’étaient pas partis, s’ils n’avaient pas quitté leurs palais pour aller loin de chez eux, ils n’auraient pas vu le Christ. « Tant que les mages demeurèrent dans leur pays, ils ne virent qu’une étoile, mais lorsqu’ils l’eurent quittée, ils méritèrent de voir le Soleil même de justice (Mt 3,20). Disons mieux: s’ils n’avaient pas entrepris généreusement leur voyage, ils n’auraient même pas vu l’Etoile » (cf. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur Matthieu, 7-8). Cette Etoile est la voie, et la voie c’est le Christ, parce qu’Il est l’Etoile. Là où est le Christ, il y a aussi l’étoile ; en effet, celui-ci est l’étoile brillante du matin. Il se manifeste par sa lueur » (Saint Ambroise de Milan, Commentaire sur l’Evangile selon saint Luc, II, 45).
Si, comme les rois mages, nous sommes des hommes « à la recherche » de quelque chose en plus, de la vraie lumière, de cette lumière capable de nous indiquer le chemin à parcourir, nous quitterons nos maisons et notre sécurité pour suivre cette étoile, qui ne conduit pas à la grande ville de Jérusalem, mais nous guide vers Bethléem, une petite ville. Pour nous faire trouver le Roi des rois, elle nous fait aller parmi les pauvres, parmi les simples. Les critères de Dieu ne sont pas ceux des hommes. Dieu ne se manifeste pas dans la puissance violente de ce monde, mais dans la puissance douce de son amour, un amour qui ne s’impose pas, mais se propose à notre liberté. Si nous l’accueillons, nous serons transformés, nous serons capables d’arriver jusqu’à Celui qui est l’Amour. Cet Amour se manifeste adulte sur les rives du Jourdain, demandant d’être baptisé.
La manifestation de Jésus Christ aux pécheurs repentis, qui allaient trouver Jean le Baptiste, a Dieu le Père pour témoin qui dit: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » (Mc 9,7) et cette invitation à l’écoute nous introduit dans la quotidienneté d’un rapport personnel avec le Christ, avec l’Agneau envoyé par le Père pour enlever les péchés du monde. En descendant dans les eaux du Jourdain, Jésus, l’Emmanuel, le Dieu toujours avec nous, montre comment il s’est uni à nous, pécheurs. Par son baptême, le Sauveur commence à se manifester aussi comme Celui qui est venu baptiser l’humanité dans l’Esprit Saint, lui apportant la vie en abondance, (cf. Jn 10,10), la vraie vie.

2) La troisième « épiphanie » : le miracle aux noces de Cana.
L’épisode des noces de Cana est un épisode surprenant pour différentes raisons. C’est en effet un fait raconté dans l’évangile de Jean, qui est l’évangile intérieur, spirituel, contemplatif et a l’air d’un miracle très matériel, qui transforme l’eau en vin pour ne pas gâcher un repas de noce. Certes, Jésus en accomplissant ce miracle entretient la simple joie humaine de deux époux le jour de leurs noces, mais il est étonnant que son disciple bien-aimé l’ait choisi comme premier miracle à raconter dans son Evangile. A moins que l’importance de cet épisode est dans le fait que saint Jean veut raconter les noces entre Jésus et les hommes et nous dire que le vin qui manque est celui du sacrifice d’amour de l’Epoux.
Le pape François nous enseigne: « En entamant son ministère public durant les noces de Cana, Jésus se manifeste comme l’époux du peuple de Dieu, annoncé par les prophètes, et nous révèle la profondeur de la relation qui nous unit à Lui: c’est une nouvelle Alliance d’amour. » (Audience générale du 8 juin 2016). Aux noces de Cana, on n’assiste donc pas seulement à un miracle mais à la manifestation (épiphanie) de Jésus comme Epoux. Il est l’Epoux attendu et «  durant ces noces, Il lie ses disciples à Lui par une Alliance nouvelle et définitive. A Cana, les disciples de Jésus deviennent sa famille et à Cana naît la foi de l’Église » (Ibid.). Cette foi se fonde sur un acte d’amour attentif également au manque de vin et nous révèle que la vie chrétienne est la réponse à cet amour. L’Eglise est la famille sur laquelle Jésus fait rejaillir cet amour. L’Eglise qui conserve et donne cet amour sponsal à tous.
Le signe (nom que donne saint Jean  aux miracles dans son évangile) accompli par Jésus à Cana de Galilée (Jn, 2,1-12) est une manifestation messianique, comme le Baptême au Jourdain et comme l’adoration des mages à Bethléem. Mais, alors qu’à la grotte ce sont des hommes qui rendaient manifeste la vérité de l’Enfant Jésus, et  au Baptême le Père qui révèle la signification profonde du Christ, à Cana c’est Jésus lui-même qui se manifeste.
Le récit du miracle de Cana ne souligne pas beaucoup la puissance du Christ. Il insiste plutôt sur des détails comme l’abondance du vin (environ 600 litres), son excellente  qualité, le fait même que celui-ci remplace l’eau préparée pour les ablutions rituelles[2]. Tant de caractéristiques proprement messianiques. Jésus est le Messie, la nouvelle Alliance et la nouvelle loi. Mais on remarque tout de suite un détail important. La messianité de Jésus renferme l’idée d’un changement: il y a quelque chose de vieux (l’eau) qui doit diminuer pour laisser la place à quelque chose de nouveau (le vin). La vieille Loi laisse la place à la nouvelle, qui est une loi de liberté (cf. Jc 1, 25;  2, 12), une loi de grâce et d’amour (Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologica, I-II, q. 107, a.1). A cette loi, nouvelle et parfaite, adhèrent les disciples présents au miracle, qui les pousse à croire en Jésus Christ, et accepter son amour qui transforme. Aujourd’hui, un exemple actuel de cette façon de croire et de répondre à cet amour nous vient des vierges consacrées. Celles-ci l’aiment comme Lui-même désire être aimé, dans la concrétude de la vie: « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » (Jn 14, 15; cf. 14, 21). Elles l’aiment en ayant en elles les mêmes dispositions que Lui (cf. Fil 2, 5), en partageant son mode de vie, fait d’humilité et de mansuétude, d’amour et de miséricorde, de service et de disponibilité, de tendresse et d’attention. De cette façon, elles qui sont «  vierges pour le Christ », réalisent leur condition de «  mère en esprit » (Rite de consécration des Vierges, n. 16). En effet, «  Selon la doctrine des Pères, les vierges, en recevant du Seigneur «  la consécration de la virginité », deviennent signe visible de la virginité de l’Eglise, un instrument de sa fertilité » (Saint Jean Paul II, Discours aux Participants au congrès international de l’“Ordo Virginum” pour les 25 ans de la promulgation du Rite, 2 juin 1995)

Lecture patristique

Saint Basile le Grand (+ 379)
Homélies sur Noël, 2 (PG 31, 1472-1476)

L’étoile vient de s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. C’est pourquoi les mages, quand ils virent l’étoile, éprouvèrent une très grande joie (Mt 2,9-10). Accueillons, nous aussi, cette grande joie dans nos coeurs. Car c’est de la joie que les anges annoncent aux bergers. Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, dansons avec les anges! Il nous est né aujourd’hui un Sauveur, qui est le Messie, le Seigneur (Lc 2,11). C’est Dieu, le Seigneur, qui nous illumine (Ps 117,27), non pas sous la forme de Dieu, pour ne pas épouvanter notre faiblesse, mais sous la forme du serviteur, afin de donner la liberté à ceux qui étaient réduits en servitude. Qui donc a un coeur assez endormi, qui donc est assez ingrat pour ne pas se réjouir, exulter et rayonner devant un tel événement?
Cette fête est commune à toute la création: elle accorde à notre monde les biens qui sont au-delà du monde, elle envoie des archanges à Zacharie et à Marie, elle constitue des choeurs d’anges qui proclament: Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bienveillance aux hommes (Lc 1,14). Les étoiles accourent du haut du ciel, les mages quittent les nations païennes, la terre offre son accueil dans une grotte. Personne n’est indifférent, personne n’est ingrat. Nous-mêmes, fêtons le salut du monde, le jour de naissance de l’humanité. On ne peut plus dire maintenant: Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière (Gn 3,19), mais: Rattaché à l’homme céleste (cf. 1Co 15,48), tu seras élevé au ciel. On n’entendra plus dire: Tu enfanteras dans la souffrance, (Gn 3,16), car bienheureuse celle qui a enfanté l’Emmanuel, et les mamelles qui l’ont allaité. Un enfant nous est né, un fils nous a été donné, l’insigne du pouvoir est sur son épaule (Is 9,6).
Unissez-vous à ceux qui ont reçu avec joie le Seigneur venant du ciel. Pensez aux bergers pénétrés de sagesse, aux grands prêtres qui prophétisent, aux femmes remplies de joie, quand Marie est invitée par Gabriel à se réjouir, et que Jean tressaille dans les entrailles d’Elisabeth. Anne propageait la bonne nouvelle; Syméon tenait dans ses bras ce petit enfant dans lequel tous adoraient le Dieu de majesté. Bien loin de mépriser ce qu’ils voyaient, ils magnifiaient la grandeur de sa divinité. Car la vertu divine apparaissait à travers ce corps humain, comme la lumière à travers les vitres, resplendissante, pour ceux dont les yeux du coeur étaient purifiés.
Puissions-nous être trouvés avec eux, nous aussi, contemplant la gloire du Seigneur comme dans un miroir, et être nous-mêmes transfigurés de gloire en gloire (2Co 3,18), par la grâce et la tendresse miséricordieuse de notre Seigneur Jésus Christ: à lui la gloire et la puissance, pour les siècles des siècles. Amen.
NOTES
[1] Quand nous parlons d’ « épiphanie » nous entendons la manifestation de Jésus Christ à tous les gentils, représentés par les Roi Mages, qui se prosternèrent aux pieds de l’Enfant Roi et l’adorèrent. Toutefois, comme il est indiqué dans la liturgie des heures: «  Aujourd’hui l’Eglise s’unit à son Epoux céleste, car dans le Jourdain le Christ a lavé ses péchés ; les Mages accourent avec des dons aux noces royales, et les invités se réjouissent en voyant l’eau transformée en vin » (Ant. au Benedictus de l’Epiphanie). Donc, en soi, la solennité de l’Epiphanie célèbre trois manifestations : celle à toute l’humanité représentée par les Rois Mages, celle aux Hébreux sur les rives du Jourdain, là où le Seigneur est baptisé et indiqué comme fils bien-aimé par le Père; et celle aux disciples par le biais du miracle de l’eau transformée en vin pendant les noces de Cana, qui sont un symbole des noces du Christ et de l’Eglise.
[2]  « Il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des juifs ; chacune contenait deux à trois mesures (C’est-à-dire environ cent litres. Et Jésus dit à ceux qui servaient : Remplissez d’eau les jarres. Et ils les remplirent jusqu’au bord » (Jn 2, 6-7).

Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

Source: ZENIT.ORG, le 5 janvier 2023

Marie, «Mère du Dieu de la Paix», par Mgr Francesco Follo

Notre-Dame du Puy-en-Velay, Wikimedia © Pat343434

Notre-Dame Du Puy-En-Velay, Wikimedia © Pat343434

Marie, «Mère du Dieu de la Paix», par Mgr Francesco Follo

Méditation pour la solennité de Marie Mère de Dieu

« La solennité d’aujourd’hui ne célèbre pas une idée abstraite, mais un mystère et un fait historique : Jésus-Christ, personne divine, né de la Vierge Marie qui est sa vraie Mère ».

Dans sa méditation des textes de la liturgie de ce dimanche 1er janvier 2023, solennité de la Bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu, Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, invite à s’émerveiller devant le mystère de l’Incarnation avec Marie, Mère de Dieu et Mère de Jésus :

« Avec les yeux de Marie, contemplons le Fils de Dieu né homme pour l’homme et confié aux soins de sa mère », « à l’école du regard de Marie, surpris par la joie, nous pouvons cueillir par le cœur ce que nos yeux et notre esprit seuls ne parvient ni à percevoir, ni à contenir. »

Mère du Dieu de la Paix, Pain de Vie à partager dans l’actuelle famine de paix 

Solennité de Ste Marie, Mère de Dieu (Ier Dimanche après Noël) – Année A – 1er janvier 2023

Nm 6, 22-27; Ps 66; Gal 4,4-7; Lc 2,16-21)

1) Bénie par le Fruit béni

Il y a huit jours, nous avons célébré la naissance, à Bethléem, du Fils de Dieu qui “s’est fait enfant pour nous faire devenir hommes” (Saint Ambroise). Aujourd’hui, une semaine après la naissance de Jésus, la liturgie nous invite à célébrer la Vierge Marie en tant que Mère de Dieu : celle « qui a donné à la lumière le Roi qui gouverne le ciel et la terre pour les siècles éternellement » (Antienne d’entrée de la Messe d’aujourd’hui). La liturgie nous fait méditer aujourd’hui sur le Verbe fait homme, et répète qu’il est né de la Vierge. Il est le « fruit béni des entrailles » de cette Vierge qui trouva en ce « fruit » tout ce qu’Ève avait désiré en mangeant le fruit mais qu’elle ne trouva pas. En fait, dans son fruit, Ève désira trois choses que le diable lui avait faussement promises, c’est-à-dire de 1) devenir comme Dieu et être conscient du bien et du mal, 2) d’avoir le plaisir parce que ce fruit était « bon à manger », 3) d’avoir la beauté parce que ce fruit était si beau à voir.

En mangeant le fruit défendu, Ève a enfreint l’image et la ressemblance à Dieu. Dans le fruit béni de son sein, Marie, et avec elle tous les chrétiens, a trouvé ce que Ève cherchait : l’union à Dieu à travers le Christ et la ressemblance avec Lui. Ève cherchait le plaisir et la joie, mais elle a trouvé la douleur et la nudité. Dans le fruit du sein de la Vierge nous trouvons grâce et salut : celui qui mangera ce fruit aura la vie éternelle.

Ève cherchait la beauté qui passe et prit un fruit de la mort, Marie a donné à l’humanité le fruit le plus beau que les anges contempleront : il est le plus beau parmi les fils des hommes (cf. Ps44,3.) parce qu’il est la splendeur de la gloire du Père (Hb 1,3). Jésus, le Seigneur.

Donc « cherchons dans le fruit de la Bienheureuse Vierge ce que nous désirons parce que c’est cela le fruit béni par Dieu. La Vierge est donc bénie mais son fruit, Jésus, est encore plus béni » (Saint Thomas d’Aquin, Commentaire au ‘Je vous salue Marie’).

2) Les langes du Christ

Il est vrai qu’aujourd’hui, octave de Noël, on célèbre la fête de « Marie, Mère de Dieu », mais on ne peut oublier qu’aujourd’hui c’est aussi le 1er janvier. Une nouvelle année solaire commence donc. C’est est un temps « supplémentaire » que la Providence nous donne dans le contexte du salut inauguré par le Rédempteur il y a 2017 ans.

Même si les lectures bibliques de la Messe d’aujourd’hui mettent l’accent sur le « Fils de Marie » et sur le « Nom du Seigneur » au lieu de Marie, la solennité d’aujourd’hui est dédiée à la Vierge Mère de Dieu, pour souligner que le Verbe « sans temps » est entré dans le temps par l’intermédiaire de Marie. L’apôtre Paul le rappelle en affirmant que Jésus est « né d’une femme” (cf. Gal 4,4 – IIème lecture d’aujourd’hui).

Le titre « Mère de Dieu » souligne la mission unique de la Vierge sainte dans l’histoire du salut : mission qui est à la base du culte et de la dévotion que le peuple chrétien lui réserve. Notre Dame n’a pas reçu le don de Dieu uniquement pour elle-même, mais pour le donner au monde : dans sa virginité féconde, Dieu a donné aux hommes les biens du salut éternel, comme dit la Collecte : « Dieu qui dans la virginité féconde de Marie as donné aux hommes les biens du salut éternel, fais que nous expérimentions son intercession parce qu’à travers elle nous avons reçu l’auteur de la vie, le Christ, ton fils ».

Dans la liturgie d’aujourd’hui, c’est humblement que domine la figure de Marie, vraie Mère de Jésus, Homme-Dieu. La solennité d’aujourd’hui ne célèbre pas une idée abstraite, mais un mystère et un fait historique : Jésus-Christ, personne divine, né de la Vierge Marie qui est sa vraie Mère.

Cette Mère enveloppe le Fils avec des langes et cet Enfant, ce “nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (cf. Lc 2, 12) est le signe donné par les anges aux bergers pour reconnaître le Roi des Rois. Partis rapidement, les bergers arrivèrent à la grotte de Bethléem et trouvèrent l’enfant emmailloté non seulement par des langes blancs mais ils trouvèrent Marie et Joseph, les personnes blanches de pureté qui, d’amour pur, emmaillotaient et réchauffaient le Nouveau-Né.

Noël, mystère de la joie : mystère de l’Incarnation, de la génération miraculeuse d’un Dieu qui choisit de révéler son visage aux hommes non par l’embrassade d’un immense ciel orné par des étoiles splendides, mais entre les bras d’une jeune femme pure, gardée par un homme pur : Joseph.

Avec les yeux de Saint Joseph regardons Marie, la Vierge Mère, qui est la première à croire, et la première à voir le miracle né dans et de sa chair : son corps est la seconde nature -la nature humaine- du Christ et son ventre est le premier trône du Roi des rois, puis viendra la mangeoire, puis la croix : aujourd’hui nous.

Avec les yeux de Marie, contemplons le Fils de Dieu né homme pour l’homme et confié aux soins de sa mère. Elle vit avec les yeux posés sur le Christ et fait trésor de chacun de ses gestes. A l’école du regard de Marie, surpris par la joie, nous pouvons cueillir par le cœur ce que nos yeux et notre esprit seuls ne parvient ni à percevoir, ni à contenir.

Avec les yeux des bergers, surpris par la joie, nous regardons le fait que la paix pour tous est née et gardée par la tendresse de la Mère de Dieu : Marie a donné au monde le Prince de la Paix, Jésus le Rédempteur de l’humanité.

Notre paix, le Christ, est entre les bras d’une mère : Marie, une de nous. La Paix, Jésus, né d’une femme, est le don de Noël par excellence mis dans nos bras. Lui est le visage de la Paix qui rayonne par nos visages, mendiants la paix.

Mendions cette paix de la Vierge Marie et nous l’aurons, comme l’eurent les pasteurs qui « allèrent, sans tarder, et trouvèrent Marie et Joseph et l’enfant, couché dans la crèche » (Lc 2, 16). Ces pauvres bergers, mendiants de Dieu dans un enfant, rencontrèrent le Prince de la Paix dans l’enfant-Jésus qui faisait d’eux des témoins de la joie de se sentir aimés et capables d’aimer, « artisans » de paix, de la paix qui nait de l’expérience d’être aimé. Demandons à Marie, Mère de Dieu, de nous aider à accueillir son Enfant et, en Lui, la vraie paix.

Comme les bergers, essayons d’être mendiants du Ciel, affamés d’amour, assoiffés de paix, rendons-nous à Bethléem et mettons-nous à genoux devant la crèche, qui montre Dieu qui devient Enfant de paix et une Mère, qui nous l’offre. Cette Vierge Mère fait naître de nuit l’Enfant parce que l’amour est toujours un don qui fait naître le jour. Elle donna le jour à la Lumière. Marie reflète avec beaucoup de splendeur la Lumière qui est descendue sur la terre. Que cette Lumière nous conduise sur les chemins de la paix, parce que « la lumière de Jésus est une lumière douce, une lumière tranquille, c’est une lumière de paix, c’est comme la lumière de la nuit de Noël : sans prétentions » (Pape François).

3) Maternité1 et virginité de Lumière et de Paix

Cette douce et humble lumière du Christ est portée aujourd’hui de façon particulière par les Vierges consacrées dans le monde. Grâce au don d’elles-mêmes au Christ, elles vivent par et pour amour de Dieu et des autres. Les consacrées irradient la même lumière que leur Epoux apporte au monde. Leur vie vécue humblement rappelle  « le premier amour avec lequel le Seigneur  Jésus Christ a réchauffé votre cœur » (Benoît XVI). Ces femmes  qui s’offrent complètement dans la virginité, s’offrent corps et âme pour être avec le Christ et se mettre, comme Lui, au service de Dieu et des frères. Leur chemin est un chemin continu avec le Christ, rencontré aujourd’hui à Bethlehem, puis sur les terres de la Terre Sainte dans le cœur jusqu’au Calvaire, pour être avec Lui, instruments de Sa paix.

Lecture Patristique

Saint Athanase

Lettre à Épictète

PG 26, 1-58, 1062, 1066

En Marie, Dieu s’est vraiment fait homme.

Le Verbe a pris en charge la descendance d’Abraham, c’est pourquoi il devait se faire en tous points semblable à ses frères et prendre un corps pareil au nôtre. Aussi Marie est-elle vraiment nécessaire pour qu’il prenne ce corps en elle et l’offre en notre faveur comme étant le sien. ~ L’Écriture rappelle son enfantement et dit : Elle emmaillota son fils ; le sein qui l’allaita a été déclaré bienheureux, et l’on a considéré qu’il est né d’elle comme pour l’offrande d’un sacrifice. ~ Gabriel le lui avait annoncé en termes soigneusement choisis. Il n’a pas dit, de façon banale : « Celui qui va naître en toi » pour ne pas faire croire que ce serait un corps extérieur introduit du dehors ; il a dit : Celui qui va naître de toi, pour inviter à croire que celui qui allait naître sortirait d’elle. ~

Tout cela s’est fait ainsi pour que le Verbe, en assumant notre nature et en l’offrant en sacrifice, la fasse totalement sienne. Il a voulu nous revêtir ensuite de sa propre nature, ce qui permet à saint Paul de dire : Il faut que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité. Cela ne s’est pas fait de façon fictive comme certains hérétiques l’ont encore imaginé : jamais de la vie ! Le Sauveur est devenu vraiment homme, et le salut de l’homme tout entier est venu de là. ~ Notre salut n’est pas une apparence, il n’est pas pour le corps seul, mais pour l’homme tout entier, âme et corps, et ce salut est venu du Verbe lui-même.

Ce qui est venu de Marie était donc humain par nature, selon les Écritures, et le corps du Seigneur était un vrai corps ; oui, un vrai corps, puisqu’il était identique au nôtre, car Marie est notre sœur, puisque nous descendons tous d’Adam. ~

Bien entendu, le Verbe ne s’est pas transformé en chair ; il seulement pris notre nature ; le mot de saint Jean : le Verbe s’est fait chair ne signifie pas autre chose, ainsi qu’on peut le voir à des expressions analogues, par exemple chez saint Paul : le Christ s’est fait malédiction pour nous.

L’union du Verbe à la nature n’ajoute rien à la Trinité, tandis que le corps humain a reçu un grand avantage de sa communion et de son unité avec le Verbe : de mortel il est devenu immortel, de purement humain il est devenu spirituel et lui qui vient de la terre, il franchit les portes du ciel.

Certes, même après que le Verbe a pris un corps en Marie, la Trinité demeure la Trinité, sans addition ni diminution. Elle est toujours parfaite : dans la Trinité on reconnaît l’unique divinité, et c’est ainsi que dans l’Eglise on proclame un seul Dieu, le Père du Verbe.

Les temps sont accomplis :

Aujourd’hui naît d’une femme,

celui qui nous rend fils de Dieu.

Son visage brille sur nous

et son Esprit pénètre nos cœurs.

___________________________________

1 Comment ne pas penser au sanctuaire du Puy-en-Velay (France) ? Selon la tradition, l’origine du sanctuaire est contemporaine de la proclamation solennelle de la maternité divine de Marie par le concile d’Ephèse (431).
Le Puy semble donc un lieu majeur choisi très tôt par Marie pour rendre visible et concrète en Europe sa maternité divine. La prière que nous aimons spécialement au Puy est l’Angelus où, trois fois par jour, avec Marie, nous accueillons dans la joie, la venue du Fils de Dieu parmi nous. Nous chantons aussi très souvent le Salve Regina. En 1998, l’UNESCO l’a inscrit au patrimoine mondial de l’humanité en raison de son rayonnement sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle (Un des premiers pèlerins connus est Godescalc, évêque du Puy, parti en pèlerinage en 951).

Source : ZENIT.ORG, le 20 décembre 2022

«Du Ciel à la Terre pour porter la Terre au Ciel», par Mgr Francesco Follo

Messe de la nuit de Noël, 24 décembre 2020 © Vatican Media
Messe De La Nuit De Noël, 24 Décembre 2020 © Vatican Media

«Du Ciel à la Terre pour porter la Terre au Ciel», par Mgr Francesco Follo

Méditation sur les textes de la nuit de Noël

« La merveille de Noël est là. Sans la révélation des anges, nous ne comprendrions pas que ce nouveau-né couché dans une mangeoire est le Seigneur. Et sans l’enfant couché dans la mangeoire, nous ne comprendrions pas que la gloire du vrai Dieu est différente de la gloire de l’homme ».

Dans sa méditation pour la messe de la nuit de Noël, Mgr Francesco Follo, représentant permanent du Saint-Siège à l’Unesco, invite à s’émerveiller de l’humilité de Dieu et à accueillir le mystère de Noël avec l’humilité des bergers à la crèche :

« Ce tout-petit nous demande d’être aimé : révérons-le comme le Seigneur des anges, mais aimons-le comme un tendre nouveau-né. Craignons-le comme le Seigneur de la puissance, mais aimons-le emmailloté de langes. Respectons-le comme le roi du ciel, mais aimons-le dans la mangeoire qui est le trône et l’autel.

« Aimons-le en nous mettant à genoux et cherchons à percevoir dans ses yeux rieurs de petit enfant les yeux émus du Crucifié et ceux, lumineux, du Ressuscité ».

Voici la méditation de Mgr Francesco Follo:

Du Ciel à la Terre pour porter la Terre au Ciel.

Is 9,1-6; Sal 95; Tt 2,11-14; Lc 2,1-14

Messe de la Nuit – 25 décembre 2022

1) Il est né à Bethléem, allons nous agenouiller. 

Dans la messe de minuit et dans celle du matin, la liturgie de Noël propose le récit de la naissance de Jésus selon saint Luc[1], qui rapporte l’annonce de l’ange aux bergers : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Lc 2, 11).

Aujourd’hui, 25 décembre 2022, pour nous « est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David ». Cette ville est Bethléem et, comme le firent les bergers dès qu’ils eurent entendu l’annonce angélique, c’est là que nous devons nous hâter de nous rendre.

Aujourd’hui, comme dans la sainte nuit d’il y a plus de 2000 ans, ceci est le signe qui est donné : « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). C’est un signe qui frappe par sa totale simplicité. Ce qui surprend, c’est l’absence de tout trait merveilleux. Les bergers, et nous avec eux, sont bien sûr à la fois enveloppés et apeurés par la gloire de Dieu, mais le signe qu’ils reçoivent est simplement : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (id). Et quand ils arrivent à Bethléem, ils ne voient rien d’autre qu’un humble nouveau-né dans une pauvre crèche. La merveille de Noël est là. Sans la révélation des anges, nous ne comprendrions pas que ce nouveau-né couché dans une mangeoire est le Seigneur. Et sans l’enfant couché dans la mangeoire, nous ne comprendrions pas que la gloire du vrai Dieu est différente de la gloire de l’homme.

L’amour tout-puissant est « sous la forme d’un petit enfant. La toute-puissance comme non- puissance. Non-puissance comme l’amour, qui dépasse tout, qui donne un sens à tout » (Saint Jean-Paul II, homélie du 24 décembre 1985). Dieu s’est fait petit enfant pour que nous puissions le comprendre, l’accueillir, l’aimer.

Ce tout-petit nous demande d’être aimé : révérons-le comme le Seigneur des anges, mais aimons-le comme un tendre nouveau-né. Craignons-le comme le Seigneur de la puissance, mais aimons-le emmailloté de langes. Respectons-le comme le roi du ciel, mais aimons-le dans la mangeoire qui est le trône et l’autel.

Aimons-le en nous mettant à genoux et cherchons à percevoir dans ses yeux rieurs de petit enfant les yeux émus du Crucifié et ceux, lumineux, du Ressuscité, en priant : « Seigneur, notre Dieu, accorde-nous de nous réjouir en célébrant par ces mystères la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ, en méritant par une digne conduite, de parvenir à la communion avec lui » (Lit. Mes.). Il est le Pain de Vie qui naît à Bethléem, qui veut dire en hébreu « maison du pain ».

« Cette maison du Pain est aujourd’hui l’Église, où se donne le corps du Christ, le vrai pain. La mangeoire de Bethléem est l’autel dans l’église. C’est ici que se nourrissent les créatures du Christ. Les langes sont le voile du sacrement. Ici, sous les espèces du pain et du vin, il y a le vrai corps et sang du Christ. Dans ce sacrement, nous croyons qu’il y a le Christ véritable, mais enveloppé de langes c’est-à-dire invisible. Nous n’avons pas de signe aussi grand et évident de la nativité du Christ que le corps que nous mangeons et le sang que nous buvons tous les jours en nous approchant de l’autel : tous les jours, nous voyons s’immoler celui qui est né une seule fois pour nous de la Vierge Marie. Hâtons-nous donc, frères, vers cette crèche du Seigneur ; mais avant, dans la mesure du possible, préparons-nous avec sa grâce à cette rencontre pour que tous les jours et pendant toute notre vie « d’un cœur pur, avec une conscience droite et une foi sincère » (2 Cor 6,6), nous puissions chanter avec les anges : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes qu’il aime » (Lc 2,14) » (Aelred de Rievaulx, Discours 2 pour Noël).

2) Humilité de Noël 

Sans la révélation apportée avec joie et humilité par les anges, nous ne comprendrions pas que l’enfant couché dans une mangeoire est le Seigneur. Et sans l’enfant couché dans la mangeoire, nous ne comprendrions pas que la gloire du vrai Dieu est différente de la gloire de l’homme.

Cette gloire se manifeste dans l’humilité et elle est comprise par l’humilité. C’est pourquoi l’évangile nous demande d’imiter l’humilité des bergers qui, reconnaissant dans un pauvre enfant encore sans parole le Logos, la Parole, le sens plénier de leur vie, l’adorent comme le roi des rois qui avait pourtant comme trône une pauvre mangeoire. Et c’est pour cela que nous devons imiter l’humilité des anges qui, dans la nuit étoilée et bénie, chantaient : « Gloire au plus haut du ciel et sur la terre paix aux hommes qu’il aime ».

Selon saint Bernard de Clairvaux, les anges sont insérés vitalement dans le plan salvifique réalisé par le Christ. Non seulement parce qu’ils acceptent ce dessein rédempteur et qu’ils y collaborent activement par leur amour total et inconditionnel.

À bien y réfléchir, dès l’incarnation de son Verbe, Dieu s’est « servi » des anges pour préparer les hommes au grand événement de la venue de son Fils sur la terre. Même après l’incarnation du Verbe, pendant sa passion, sa mort et sa résurrection, les anges furent présents et actifs. Et quand Jésus reviendra dans la gloire à la fin des temps, les anges seront encore là pour annoncer son avènement final.

À ce point-ci, m’inspirant encore de saint Bernard, je fais une précision sur la relation des anges avec le Christ. Celui-ci est Dieu, par conséquent les anges lui sont soumis, mais le Fils de Dieu a pris la faiblesse humaine et, en tant qu’homme, il leur est inférieur. On voit là leur humilité : ils servent le Verbe y compris en tant qu’homme, ils se soumettent à sa seigneurie, même humaine, parce que dans cet événement se réalise, se concrétise et se concentre la volonté supérieure de Dieu le Père. Ainsi en a voulu le Père et ils accueillent sa très haute volonté, se prosternant devant l’enfant qui naît à Bethléem. Jésus et un petit enfant, un homme en tout égal à nous excepté le péché, par conséquent un être faible, fragile, comparé à eux qui sont de purs esprits, toutefois dans cette chair humaine, subsiste le Verbe éternel de Dieu, leur Seigneur. Pour cette raison, ils s’inclinent, ils l’adorent, ils se prosternent et chantent sa gloire, ils le servent avec grande disponibilité et humilité. Faisons de même, parce que l’humilité du Christ est servie par l’humilité des anges et des bergers, en premier, puis arriveront les humbles rois mages.

Noël est un mystère d’humilité et il est bon qu’il soit intérieur, qu’il soit célébré dans le silence du cœur humble, dans la conscience qui se fait attentive et pensive. Et il est intérieur et rénovateur s’il nous fait saisir le discours qu’en entrant dans le monde, Jésus a prononcé non par des mots mais par les faits. Quel discours ? Celui de l’humilité ; c’est là la leçon fondamentale du mystère de Dieu fait homme et c’est là le premier médicament dont nous ayons besoin (cf. S. Augustin d’Hippone, De Trin. 8, 5, 7, P.L. 42, 952). C’est de cette racine que la vie bonne peut renaître.

L’invitation à l’humilité sera plus tard répétée par le Christ adulte quand il dira : « si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18, 3).

Aujourd’hui, je paraphraserais cette phrase ainsi : « Si vous ne devenez pas comme ce petit enfant, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux ».

3) Humilité et virginité 

Les bergers ont compris avec leur cœur que, dans l’enfant qu’ils voyaient dans la grotte, la promesse du prophète Isaïe était devenue réalité : « un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir » (Is 9,5 – I Lecture de la Messe de la Nuit).

L’ange de Dieu nous invite nous aussi à nous mettre en chemin avec notre cœur pour voir l’enfant couché dans la mangeoire. Pour nous aussi, le signe de Dieu est la simplicité. Le signe de Dieu est le petit enfant. Le signe de Dieu est qu’il s’est fait petit pour nous. C’est cela sa manière de régner : en aimant et en se laissant aimer avec une humble simplicité.

De nous, Dieu ne veut rien d’autre que notre amour. À travers cette charité, nous apprenons à entrer dans ses sentiments, dans sa pensée et dans sa volonté ; nous apprenons à vivre avec Jésus et à pratiquer avec lui aussi l’humilité du renoncement qui fait partie de l’essence de l’amour. « Ou l’amour chrétien est humble ou ce n’est pas l’amour de Dieu » (pape François, 8 avril 2013).

Une manière significative de vivre cet humble amour est celui des vierges consacrées dans le monde. Ces femmes se tiennent à côté du Christ, à l’exemple de Marie vierge et mère en l’imitant particulièrement, elle dont le cœur et l’esprit sont pleinement humbles. C’est en raison de son humilité unique que Dieu demanda le « oui » de cette jeune femme, pour réaliser son dessein d’amour et de miséricorde.

La virginité de Marie est unique et incomparable, mais les vierges consacrées dans le monde témoignent que sa signification spirituelle concerne tous les chrétiens. Les personnes vierges montrent que celui qui se confie profondément et humblement à l’amour de Dieu accueille Jésus en lui et le donne au monde dans un Noël quotidien.

Dans leur vie cachée, elles accueillent aussi et surtout l’enseignement de la grande humilité d’un Maître qui ne parle pas encore mais qui est vraiment leur Tout.

Lecture Patristique

Théodote d’Ancyre (+ après 438)

Homélies pour Noël, 1

PG 77, 1360-1361

Le Seigneur de tous est venu, s’est fait pauvre 

Le Seigneur de tous est venu sous la forme de l’esclave, revêtu de pauvreté, comme un chasseur qui ne veut pas effaroucher son gibier. Il choisit pour naître un village obscur dans une région inconnue. Il naît d’une vierge qui est pauvre et il adopte tout ce qui est pauvre, afin de partir sans bruit à la chasse du salut de l’homme. Car s’il était né dans la gloire et les richesses, les incroyants diraient assurément que le monde a été transformé par ses largesses. S’il avait choisi pour naître la grande ville de Rome, ils attribueraient à la puissance de ses concitoyens les changements de l’univers. S’il avait été fils d’empereur, on aurait expliqué ses bienfaits par sa puissance. S’il avait été fils d’un sénateur, on aurait attribué à ses lois les progrès réalisés.

Or, qu’a-t-il fait? Uniquement des actions pauvres et banales, tout ce qui était modeste et ignoré du plus grand nombre, afin que le monde sache que la divinité seule a réorganisé le monde. C’est pour cela qu’il a choisi une mère pauvre, et une patrie plus pauvre encore. Il n’avait aucune ressource, et cette indigence nous est signalée par la crèche. Car, puisqu’on n’avait pas de lit pour coucher le Seigneur, on le mit dans une mangeoire et ce manque du nécessaire devint une glorieuse annonce prophétique. Car il est déposé dans une mangeoire pour annoncer qu’il sera la nourriture de ceux qui ne savent pas parler élégamment. Le Verbe de Dieu attirait à lui les riches et les pauvres, les hommes éloquents et ceux qui s’expriment avec difficulté, puisqu’il vit dans la pauvreté, lui qui couche dans une mangeoire. Voilà comment l’indigence devient une prophétie, comment la pauvreté de celui qui pour nous s’est fait chair (Jn 1,14) a montré à tous combien il est accessible.

Car personne n’a manqué de confiance pour avoir été intimidé par les richesses inouïes du Christ; personne n’a été empêché de l’aborder par la hauteur de son pouvoir. Il est apparu banal et pauvre, lui qui s’est offert à tous pour leur salut. Car dans la crèche, c’est le Verbe de Dieu qui se présente au moyen du corps, afin que l’ignorant aussi bien que l’intellectuel puisse accéder à cet aliment qui nous sauve. Et c’est peut-être cela aussi que le prophète proclamait à l’avance quand il disait, en dévoilant le mystère de cette crèche: Le boeuf connaît son propriétaire, et l’âne la crèche de son maître. Israël ne me connaît pas, mon peuple ne comprend pas (Is 1,3).<>

Il s’est fait pauvre à notre profit, lui qui était riche en raison de sa divinité, afin de rendre le salut facilement accessible à tous. C’est ce que voulait dire saint Paul: Lui qui était riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riche par sa pauvreté (2Co 8,9). Et qui donc était ce riche? Et de quoi était-il riche, et comment celui-là est-il devenu pauvre à cause de nous? Dites- le-moi: qui donc, quand il était riche, est devenu pauvre de ma pauvreté? C’est Dieu, dit saint Paul, qui était riche par sa création. Donc Dieu même s’est fait pauvre, adoptant la pauvreté de celui qui devenait visible. Car lui-même est riche de sa divinité, et en même temps s’est fait pauvre pour nous.

[1] “En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » (Lc 2, 1 – 15, Évangile de la Messe de la nuit, Lc 15 – 20, Évangile de la Messe de l’aurore)

Source: ZENIT.ORG, le 23 décembre 2022

Une invitation à la joie à partager, par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo

Une invitation à la joie à partager, par Mgr Francesco Follo

Méditation pour le 3ème dimanche de l’Avent

De Mère Teresa, « nous apprenons que la joie entre dans le cœur de celui qui se met au service ses petits et des pauvres. Dieu prend sa demeure en Celui qui aime de cette façon et son âme est dans la joie. Si, au contraire, on fait de la joie une idole, on se trompe de chemin et il est vraiment difficile de trouver la joie dont Jésus parle et que nous recevons dans la rencontre avec Jésus ».

Dans sa méditation des textes liturgiques du 11 décembre 2022, 3ème dimanche de l’Avent, ou « Dimanche de la joie », Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, invite à attendre la véritable joie, celle qu’apporte l’Evangile et « dont personne n’est exclu » : la présence même de l’Emmanuel, qui se donne aux pauvres.

Méditation de Mgr Francesco Follo : Une invitation à la joie à partager

Rite Romain

3ème dimanche de l’Avent – Année A – 11 décembre 2022

Is 35,1-6.8.10 ; Ps 145 ; Jc 5,7-10 ; Mt 11, 2-11

            1) Joie pour le Dieu proche.

            L’Evangile est joie, c’est une joyeuse et bonne nouvelle de Dieu qui naît parmi nous pour rester toujours avec nous : Il est l’Emmanuel, qui donne aux pauvres non seulement quelque chose mais qui se donne lui-même. L’évangile est l’annonce d’une Présence qui est joie. Pour cela, même si tout l’Avent est le temps de l’attente et de joie, ce dimanche est le dimanche de la joie.

Voyons comment la liturgie d’aujourd’hui nous présente cette joie de l’attente qui deviendra à Noël la félicité pour la possession d’un bien connu et aimé[1] : Jésus Christ.

Déjà dans l’antienne d’entrée de la Messe, l’Eglise nous invite à être toujours heureux, en utilisant les mots de Saint-Paul « Gaudete in Domino semper – réjouissez-vous dans le Seigneur, toujours » (Phil 4.4) [2].

Ensuite, dans la prière du début de la messe d’aujourd’hui, le prêtre présente notre désir de joie en priant ainsi : « Regarde, Père, ton peuple qui attend avec foi le Noël du Seigneur, et fait nous célébrer le grand mystère du salut avec une exultation renouvelée » (Collecte du 3ème dimanche de l’Avent).

Cette prière est suivie de la première lecture de la messe où Isaïe affirme : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie ! On verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu » (Is 35,1s). Le prophète Isaïe propose cet hymne à la joie parce que le peuple d’Israël a été libéré de l’esclavage.

Le Psaume 145, ensuite, décrit toute la miséricorde de Dieu vers les besogneux et les marginaux. C’est un hymne de louange à la Providence du Seigneur : « Le Seigneur est fidèle, il rend justice aux opprimés, donne du pain aux affamés, libère les prisonniers. Il redonne la vue aux aveugles, relève celui qui est tombé, aime les justes, protège les étrangers. Il soutient l’orphelin et la veuve, il règne pour toujours de génération en génération ».

Ces expressions, nous les retrouvons dans la 3e lecture, celle de l’Evangile.

Dans cette 3ème lecture, Jésus enseigne l’Evangile de la joie non en proposant un discours mais en attirant l’attention sur le fait qu’avec Lui « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l’évangile est annoncé aux pauvres » (Mt 11,2-5).

Jésus fait tant de miracles qui sont le signe de sa bonté, de sa tendresse, de son amour, de son salut pour toujours : de sa joie !

2) Jean le Précurseur et annonciateur de la joie.

Personne n’est exclu de la joie que nous attendons toujours plus intensément. Mais chacun de nous sait que ceci n’est pas une attente toujours facile. C’est pour cela que la lettre de Jacques (2ème lecture) parle de la patience du paysan. La personne patiente est celle qui, comme le paysan, attend le fruit se son travail jusqu’au temps opportun qu’il ne lui revient pas de déterminer. La personne patiente est celle qui ne se laisse pas abattre par les adversités mais qui reste ferme et solide dans son espérance « obstinée ».

Si nous revenons à l’Evangile d’aujourd’hui, nous voyons que, après avoir indiqué les oeuvres sur lesquelles il faut réfléchir et sur base desquelles il est possible donner un jugement sur Lui, le Rédempteur exprime sa pensée sur Jean le Précurseur. Il le fait en s’adressant à la foule. La grandeur de Jean ne consiste pas seulement dans l’austérité de sa vie et dans la force de son caractère. Elle est plutôt dans le fait d’avoir accepté le devoir de courir devant le Messie pour lui préparer le terrain. Le fait que Jean est envoyé pour appeler à la conversion et pour indiquer l’arrivée du Messie le qualifie de messager de joie.

Jean le Baptiste est venu rendre témoignage à Jésus et à la joie qu’il apporte. Comment peut-on ne pas être dans la joie si Jean nous indique le Christ comme l’agneau qui manifeste l’amour de Dieu avec la miséricorde ?

Le Baptiste « permit » à Jésus de descendre dans l’eau du Jourdain pour accomplir toute justice (cf. Mt 3,15), nous permettons à Dieu d’être l’Amour qui descend dans notre cœur pour accomplir en nous cette justice.

Jean, depuis petit et même encore avant de naître, indiqua la présence de Jésus tressaillant de joie dans le ventre de sa maman Elisabeth. Adulte, il devint petit pour que le Christ grandisse (cf. Jn 3,30). Nous aussi, devenons petits et laissons le Christ naître et grandir en nous, en dilatant notre coeur.

Alors nous serons dans la joie et cette joie nous rendra évidente la présence du Sauveur, comme il arriva à Jean le Précurseur.

Alors nous serons des témoins du Seigneur que nous attendons et que nous cherchons à aimer et à incarner, le Seigneur qui est réellement le Dieu aimant de la vie et le donneur de joie.

3) Témoins de la joie.

Dans l’Evangile de ce dimanche, face aux envoyés de Jean le Baptiste qui demandent à Jésus s’Il est le Messie, Jésus répond en disant ce qu’il fait : les miracles. Ces actions stupéfiantes parlent de son origine en Dieu : de sa mission rédemptrice. C’est Lui le Messie attendu, il n’y a rien aucun d’autre à attendre, parce que sa vie est un hymne à la charité, à la solidarité sur le mode parfait et définitif. Il ne faut pas attendre d’autre consolateur des affligés, d’autre samaritain qui soigne l’infortuné le long du chemin. Jésus assume la souffrance humaine, intervient avec ses pouvoirs pour sauver celui qui se trouve dans le besoin et porter dans le monde la joie évangélique.

Les saints continuent cette oeuvre du Christ. L’exemple plus récent est celui de Sainte Thérèse de Calcutta.

Cette missionnaire de la Charité et mère des pauvres est un très beau et actuel témoin de cette joie évangélique, qui naît d’un fait, d’un évènement de libération. Cette Sainte a été en contact avec la misère, la dégradation humaine, la mort, en vivant chaque jour parmi les plus pauvres des pauvres. Son âme a connu l’épreuve de la nuit obscure de la foi, et pourtant elle a donné à tous le sourire de Dieu. Elle-même exprime son expérience de joie de cette façon : « Nous attendons avec impatience le paradis, là où est Dieu, mais il est de notre pouvoir rester au paradis ici-bas et à partir de maintenant. Etre heureux avec Dieu signifie : aimer comme Lui, aider comme Lui, donner comme Lui, servir comme Lui » (La joie de se donner aux autres, Milan 1987, p 143).

De cette mère des pauvres nous apprenons que la joie entre dans le coeur de celui qui se met au service ses petits et des pauvres. Dieu prend sa demeure en Celui qui aime de cette façon et son âme est dans la joie. Si, au contraire, on fait de la joie une idole, on se trompe de chemin et il est vraiment difficile de trouver la joie dont Jésus parle et que nous recevons dans la rencontre avec Jésus. C’est ce que nous enseigne Pape François en écrivant : « La joie de l’Evangile remplit le cœur et la vie entière de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par Lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ, la joie naît et renaît toujours « . ( Es.Ap. Evangelii gaudium,1).

Un autre exemple actuel, contemporain de vie dépensée dans la joie du Christ attendu et accueilli avec joie nous vient des vierges consacrées dans le monde. Grâce à la virginité offerte pour le règne de Dieu, ces femmes instaurent un rapport d’amour personnel et exclusif avec le Christ. Le renoncement à l’amour humain (eros) pour vivre dans l’amour de Dieu (agape) témoigne que, pour elles, le Christ est tout. La joie est l’expérience d’être aimé, c’est pourquoi la joie de la vierge consacrée est le Christ : « Ceci sera la joie des vierges du Christ, joie à propos du Christ, joie en le Christ, joie avec le Christ, joie suivant le Christ, joie par le Christ, joie à cause du Christ » (Saint-Augustin d’Hippone, De virginitate, 27: PL 40, 411).

Cette joie est promise par  l’évêque pendant le rite de la consécration : « Le Christ, Fils de la Vierge et époux des vierges, sera votre joie et couronne sur la terre, jusqu’à ce qu’il vous conduise aux noces éternelles dans son règne, là où en chantant le chant nouveau vous suivrez l’Agneau partout où il aille » (RCV 27) et « Recevez l’anneau des noces mystiques avec le Christ et gardez intègre la fidélité à votre époux, pour que vous soyez accueillies dans la joie de la fête éternelle » (RCV 40).

Ces vierges consacrées sont des « femmes appelées à la prophétie de la joie … e à rayinner la lumière du visage de l’Epoux, reflétant par leur vie la beauté de l’harmonie et de l’amour du Christ dans ke concret, partageant les joies et les peines du  monde » Cette citation est prise de la préface du beau et fort utile livre De toutes les nations une unique Epouse – Ordo virginum, charisme ancien pour femme nouvelles  qui vient de sortir et téléchargeable  de ce lien https://www.libreriaeditricevaticana.va/img/cms/De%20toutes%20les%20nations%20une%20unique%20epouse/De%20toutes%20les%20nat/22_0805%20Copertina%20+%20testo.pdf),

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone

Sermon 66

ANALYSE. – Après avoir rappelé les éloges que Jean avait faits de Jésus et les témoignages que Jésus avait rendus à Jean, saint Augustin se demande comment et pourquoi le Précurseur envoya vers le Sauveur deux de ses disciples pour lui demander s’il était le Messie. En doutait-il après l’avoir montré comme tel au peuple d’Israël ? Il n’en doutait pas, mais il voulait confirmer les siens dans la foi à Jésus-Christ. – Recommandation en faveur des pauvres.

  1. La lecture du saint Évangile a soulevé devant nous une question relative à Jean-Baptiste. Que le Seigneur nous accorde de la résoudre à vos yeux comme il l’a résolue aux nôtres.

Le Christ, vous l’avez entendu, a rendu témoignage à Jean, et il l’a loué jusqu’à dire de lui que nul ne l’a surpassé parmi les enfants des femmes. Mais au-dessus de lui était le fils de la Vierge. Et de combien au- dessus ? Le héraut nous dira lui-même quelle distance entre lui et le Juge qu’il annonce. Sans doute Jean a devancé le Christ par sa naissance et ses prédications ; mais il l’a devancé pour le servir et non pour se préférer en lui. Tous les officiers du juge ne le précédent-il pas ? Ils lui sont inférieurs, quoiqu’ils marchent devant lui. Or, quel témoignage Jean n’a-t-il pas rendu au Christ ? Il est allé jusqu’à proclamer qu’il n’était pas digne de dénouer la courroie de sa chaussure. Quoi encore ? « Nous avons, dit-il, reçu de sa plénitude (2). » II se donnait comme un flambeau allumé à sa lumière ; aussi se prosternait-il à ses pieds ; il craignait en s’élevant de s’éteindre au souffle de l’orgueil. Il était si grand qu’on le prenait pour le Christ, et que si lui-même n’eût publié qu’il ne l’était point, l’erreur se serait accréditée et on aurait cru qu’il Pétait. Quel homme humble ! Le peuple lui rendait de tels hommages, et il les dédaignait. On se trompait sur la nature de sa grandeur, et il s’abaissait davantage. Ah ! c’est que rempli du Verbe de Dieu, il ne voulait point de l’élévation que confère la parole des hommes.

  1. Mt 11,2-11 – 2. Jn 1,16
  2. Voilà ce que Jean dit du Christ ; mais le Christ, que dit-il de Jean ? Nous l’avons entendu tout à l’heure. « Il commença à dire de Jean à la multitude : Qu’êtes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau agité par le vent ?» Assurément non, Jean en effet ne flottait pas à tout vent de doctrine. « Mais qu’êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, et plus qu’un prophète. Pourquoi plus qu’un prophète ? Les prophètes ont prédit le futur avènement du Seigneur ; ils ont désiré de le voir et ne l’ont pas vu ; mais Jean a obtenu ce qu’ils ont vainement cherché. Il a vu le Seigneur, il l’a vu, il l’a montré du doigt en s’écriant : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui efface le péché du monde (1), » le voici. – Déjà le Christ était venu, mais on ne le connaissait pas ; de là les fausses idées répandues sur Jean. Voici Celui que les prophètes ont désiré de voir, Celui qu’ils ont prédit, Celui que figurait la Loi. « Voici l’Agneau de Dieu, voici Celui qui ôte le péché du monde. » Tel est le témoignage glorieux rendu par lui au Seigneur.

Et de son côté : « Parmi les enfants des femmes, dit le Seigneur, il ne s’en est point élevé de plus grand que Jean-Baptiste. Mais Celui qui vient après lui dans le royaume des cieux est plus grand que lui ;» par l’âge il vient après lui, pansa majesté il est plus grand que lui,

  1. Jn 1,29

[1] S. Thomas d’Aquino, Summa Theologiae, I-IIæ, q. 31, a. 3.

[2] C’est grâce à cette antienne que ce dimanche a pris le nome de dimanche “Gaudete” c’est à dire « réjouissez-vous, car le Messie est vraiment proche.

Source : ZENIT.ORG, le 9 décembre 2022

« L’Avent, un chemin de conversion »

S. Jean-Baptiste, Angélus du 13 déc. 2020, capture @ Vatican Media

S. Jean-Baptiste, Angélus Du 13 Déc. 2020, Capture @ Vatican Media

« L’Avent, un chemin de conversion », par Mgr Francesco Follo

« Se convertir », c’est « retrouver son identité »

« En ce second dimanche de l’Avent, la liturgie nous invite à la conversion qui est nécessaire pour accueillir le Royaume des cieux qui s’approche », écrit Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, dans cette méditation des lectures de la messe du dimanche 4 décembre 2023, 2ème dimanche de l’Avent.

« En se convertissant, l’homme ne se perd pas mais retrouve son identité en se libérant des aliénations qui le fascinent mais le détruisent », explique Mgr Follo. Se convertir signifie « rentrer à la maison, se réapproprier son humanité intégrale, retrouver son identité de fils, comme cela se produit dans la parabole du fils prodigue ».

Voici la méditation de Mgr Francesco Follo :

 L’Avent, un chemin de conversion

II Dimanche de l’Avent – Année A – 4 décembre 2022

Is 11,1-10 ; Ps 71 ; Rm 15,4-9 ; Mt 3,1-12

  1. Attente de Dieu et conversion

En ce second dimanche de l’Avent, la liturgie nous invite à la conversion qui est nécessaire pour accueillir le Royaume des cieux[1]qui s’approche : « Convertissez-vous parce que le Royaume des cieux est proche » (Mt 3,1). Ce Royaume des cieux est Jésus lui-même, par conséquent le « proche » est le Fils de Dieu qui se fait chair dans le sein d’une femme et qui porte le salut à toute l’humanité. Ce salut apporté par le Christ et attendu par nous est justice, joie, paix, amour, vérité, bienveillance, solidarité, fraternité, rectitude, bonté.

Puisque la venue de Dieu dans notre vie est imminente, Jean le Baptiste nous demande avec énergie de nous consacrer à la pénitence qui purifie le cœur, l’ouvre à l’espérance et le rend capable de la rencontre avec Jésus qui vient dans le monde.

Mais il faut garder présent à l’esprit le fait que l’invitation à la conversion en faisant pénitence ne veut pas seulement dire vivre, pendant l’Avent, avec un style de vie plus sobre, avec une prière plus fréquente et une charité plus généreuse. La conversion appelle à un changement intérieur qui commence par la reconnaissance et la confession de son péché. En effet, se convertir indique un changement de l’esprit et du comportement et exige de reconnaître que l’on n’est pas digne que Dieu vienne habiter chez nous.

Il faut aussi garder à l’esprit le fait que la première conversion consiste dans la foi[2], qui n’est pas seulement adhésion au contenu d’un message, mais adhésion à une Personne, qui nous demande de venir dans notre vie et d’être accueillie. La conversion est donc un changement radical et profond de l’homme. Elle n’implique pas seulement un changement moral mais un changement théologique, c’est-à-dire une manière nouvelle de penser Dieu et de vivre en lui. C’est une orientation nouvelle de toute notre personne : esprit et cœur, pensée et action.

D’un côté, cette orientation au Royaume des cieux se situe dans la ligne des prophètes qui entendaient le concret de la conversion dans le détachement radical de tout ce qui, jusqu’ici, avait une valeur. De l’autre, elle va au-delà et montre que la conversion est le fait de se tourner vers le Royaume des cieux, vers une nouveauté qui se présente de façon imminente avec ses exigences et ses perspectives. Il s’agit de donner un tournant décisif à sa vie en l’orientant dans une nouvelle direction : le Royaume des cieux fonde et définit la conversion, et non une série d’efforts humains.

Pour que cette conversion arrive, faisons nôtre la prière que fait le prêtre au début de la messe de ce jour : « Dieu des vivants, suscite en nous le désir d’une conversion pour que, renouvelés par ton Saint Esprit, nous sachions appliquer dans toute relation humaine la justice, la douceur et la paix que l’incarnation de ton Verbe a fait germer sur la terre. Par notre Seigneur Jésus-Christ notre Seigneur » (Collecte du IIème dimanche de l’Avent, Année A). Alors se réalisera le vœu de saint Paul : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, Celui qui vous appelle : tout cela, il le fera » (1 Th 5,23-24).

  1. Conversion du haut des étoiles et conversion vers le haut

En ce dimanche, nous sommes appelés à aller spirituellement dans le désert, parce que l’Évangile d’aujourd’hui nous fait écouter la « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. » (Mt 3,3-4). Saint Jean-Baptiste, la voix qui annonce la Parole, est présenté comme un ascète du désert, qui porte des vêtements rugueux, qui a une ceinture de cuir autour des reins et se nourrit d’insectes. Mais s’il ne nous est pas demandé d’être des ascètes vivant la même vie dans le désert, il nous est demandé que notre conversion soit évangélique comme la sienne.

Cette conversion a au moins trois caractéristiques :

La première est la radicalité. La conversion n’est pas un changement extérieur ou partiel, mais une réorientation totale de tout l’être de l’homme. Il s’agit d’un véritable passage de l’égoïsme à l’amour, de l’attitude de tout garder pour soi au don de soi.

La seconde caractéristique est la religiosité : ce n’est pas en se confrontant à lui-même que l’homme découvre la mesure et la direction de son propre changement mais en se référant à Dieu. La première conversion (dans le sens étymologique de ‘se tourner vers pour être avec’) n’est pas celle de la personne humaine vers Dieu mais celle de Dieu vers chaque être humain. C’est un mouvement de grâce qui rend possible le changement de l’homme et en offre le modèle. Dans la nuit et dans la solitude d’une grotte, le printemps de l’humanité va arriver : le Fils de Dieu qui se fait pèlerin du haut des étoiles.

La troisième caractéristique de la conversion évangélique est sa profonde humanité. Se convertir signifie rentrer à la maison, se réapproprier son humanité intégrale, retrouver son identité de fils, comme cela se produit dans la parabole du fils prodigue.

Beaucoup de gens pensent de façon non évangélique que la conversion est comme une perte de ce qui est humain ; et, ce faisant, ils pensent que la personne humaine s’épanouit, si elle ne se convertit pas au Christ. C’est le contraire : en se convertissant, l’homme ne se perd pas mais retrouve son identité en se libérant des aliénations qui le fascinent mais le détruisent.

La conversion est un chemin constant vers le Christ pour renouveler continuellement notre « conduite céleste » par le moyen d’un nouveau désir du ciel. Changeons donc notre cœur en le rendant différent, avec le saint désir du Christ ; ainsi le ciel (le Christ) y trouvera plus d’espace.

Si nous voulons que la vie croisse, fleurisse et parvienne à maturation pour déchirer, un jour, le voile de la caducité, alors, le plus important est que cette vie plonge ses racines toujours plus profondément. Si nous voulons que la plénitude de Dieu nous remplisse de grâces, il est fondamental que notre cœur s’élargisse toujours plus, pour contenir toujours plus.

La conduite chrétienne, et donc pleinement humaine, devient plus parfaite quand elle jaillit d’un désir du ciel plus robuste : « Visite-nous, Seigneur, dans la paix : nos cœurs déborderont de joie » (cf. antienne du Magnificat, premières vêpres du IIème dimanche de l’Avent).

Cette demande « Visite-nous, Seigneur Jésus » doit être faite par tous les chrétiens et les vierges consacrées dans le monde, par le don total de soi au Christ, nous en donnent un bel exemple, grand et généreux. Elles sont conscientes que l’époux cherche sa bien-aimée et elles veillent en son attente et font leur ce passage du Cantique des cantiques : « La voix de mon bien-aimé ! C’est lui, il vient… Il bondit sur les montagnes, il court sur les collines, mon bien-aimé, pareil à la gazelle, au faon de la biche. Le voici, c’est lui qui se tient derrière notre mur : il regarde aux fenêtres, guette par le treillage. » (2,8-9). « Je dors, mais mon cœur veille… C’est la voix de mon bien-aimé ! Il frappe ! LUI – Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe » (5,2). « Je suis à mon bien-aimé, mon bien-aimé est à moi » (6,3).

Par leur consécration, ces femmes vierges montrent qu’il est possible, et que c’est source de joie, d’accueillir le Christ comme un hôte doucement attendu, comme l’époux à qui consacrer à jamais sa fidélité. Elles nous montrent avec humilité qu’il est possible de garder toujours allumées les lampes, en attendant avec amour la venue du Sauveur (cf. rituel de consécration des Vierges n° 28 : « Veillez car vous ne savez ni le jour ni l’heure. Conservez avec soin la lumière de l’Evangile, et soyez prêtes à aller à la rencontre de l’Epoux qui vient »).

À leur exemple, je souhaite que, pas seulement en ce temps de l’Avent, nous cherchions tous à être toujours attentifs à la voix du Christ et à l’aimer par-dessus tout.

Lecture Patristique

Saint Augustin d’Hyppone (354 – 430)

Sermon 109, 1 ; PL 38, 636. 

Nous venons d’entendre l’évangile où Jésus critique ceux qui savaient reconnaître l’aspect du ciel, mais n’étaient pas capables de découvrir le temps où il était urgent de croire au Royaume des cieux (cf. Lc 12,54). C’est aux Juifs qu’il disait cela, mais cette parole parvient jusqu’à nous. Or le Seigneur Jésus Christ lui-même a commencé ainsi sa prédication : Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche (Mt 4,17). Jean Baptiste, son précurseur, avait commencé de la même façon : Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche (Mt 3,2). Et maintenant le Seigneur les blâme parce qu’ils ne veulent pas se convertir alors que le Royaume des cieux est proche, ce Royaume des cieux dont il dit lui-même qu’il ne vient pas de manière visible (Lc 17,20), et aussi qu’il est au milieu de vous (Lc 17,21).

Que chacun ait donc la prudence d’accepter les avertissements de notre Maître, pour ne pas laisser échapper le temps de sa miséricorde, ce temps qui se déroule maintenant, pendant lequel il épargne encore le genre humain. Car, si l’homme est épargné, c’est pour qu’il se convertisse, et que personne ne soit condamné.

C’est à Dieu de savoir quand viendra la fin du monde : quoi qu’il en soit, c’est maintenant le temps de la foi. La fin du monde trouvera-t-elle ici-bas l’un d’entre nous ? Je l’ignore, et il est probable que non.

Pour chacun de nous le temps est proche, parce que nous sommes mortels. Nous marchons au milieu des dangers. Si nous étions de verre, nous les redouterions moins. Quoi de plus fragile qu’un récipient de verre ? Pourtant on le conserve et il dure des siècles. Car on redoute pour lui une chute, mais non pas la vieillesse ni la fièvre. Nous sommes donc plus fragiles et plus faibles, et cette fragilité nous fait craindre chaque jour tous les accidents qui sont constants dans la vie des hommes. Et s’il n’y a pas d’accidents, il y a le temps qui marche. L’homme évite les heurts, évite-t-il la dernière heure ? Il évite ce qui vient de l’extérieur, peut-il chasser ce qui naît au-dedans de lui ? Parfois n’importe quelle maladie le domine subitement. Enfin, l’homme aurait-il été épargné toute sa vie, lorsqu’à la fin la vieillesse est venue, il n’y a plus de délai.

________________

[1] « Royaume des cieux » est une expression typique de saint Matthieu qui l’emploie trente-trois fois dans son Évangile. C’est une façon de parler juive qui, en signe de respect, substitue « cieux » au nom de Dieu. L’expression « Royaume des cieux » indique que Dieu se révèlera à tous les hommes et avec grande puissance : la puissance de l’Amour qui se donne et ne domine pas.

[2] Saint Thomas d’Aquin, Summa Theologica, I-IIae, q.113,a.4.

Source: ZENIT.ORG, le 2 décembre 2022

L’Avent : « conversion à une présence qui vient apporter la paix », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo, 17 déc. 2018 © Mgr Francesco Follo
Mgr Francesco Follo, 17 Déc. 2018 © Mgr Francesco Follo

L’Avent : « conversion à une présence qui vient apporter la paix », par Mgr Follo

Méditation pour le 1er dimanche de l’Avent

« Le temps de l’Avent: temps de conversion à une présence qui vient pour apporter la paix » : c’est le titre de la méditation proposée par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, pour ce dimanche 27 novembre 2022, premier dimanche de l’Avent.

Le temps de l’Avent: temps de conversion à une présence qui vient pour apporter la paix

1er dimanche de l’Avent – Année A – 27 novembre 2022

Is 2, 1-5; Ps 121; Rm 13, 11-14; Mt 24, 37- 44

  • La vigilance et autres dispositions.

Aujourd’hui commence le temps de l’Avent[1] qui prépare la fête de la naissance de Jésus à Bethléem. Ce bref temps liturgique, d’un peu moins de 30 jours, retrace la longue étendue des siècles écoulés dans l’attente du Rédempteur jusqu’à la plénitude des temps.

La liturgie nous aide à vivre ce temps de grâce :

Avec vigilance, c’est à dire avec l’engagement intense et convaincu de qui fait confiance à l’amour miséricordieux de Dieu et se prépare à la rencontre avec le Christ Sauveur.

            Avec la conversion du cœur, parce que sans un cœur tourné vers Dieu, l’attente, l’espérance et la joie pour la venue du Messie ne sont pas possibles.

            Avec un cœur de pauvre, non pas tant pauvre au sens économique qu’au sens biblique[2]de celui qui fait pleinement confiance à Dieu et s’appuie sur lui.

            Avec foi, vertu qui nous soutient pour accueillir, comme Marie, le Fils de Dieu fait chair pour notre salut.

            Avec espérance qui est l’attente confiante d’un bien à venir absolument bon (cf Saint Thomas d’Aquin III Sent, d. 26, q. 2, a. 1, ad 3).

            Avec piété dans la pratique de la prière qui est pendant l’Avent une affectueuse invocation à celui qui est attendu: Viens Seigneur Jésus.

            Avec joie, expression d’une attente joyeuse parce que celui qui est attendu viendra certainement. Dieu est fidèle.

J’ai placé en premier la vigilance, l’attention – c’est à dire la tension à la présence imminente du Christ – parce qu’en ce premier dimanche de préparation à la venue du Fils de l’homme dans notre vie, nous sommes invités à être vigilants. En effet la liturgie d’aujourd’hui nous propose un passage de l’Évangile dans lequel le Christ nous demande d’être attentifs aux événements pour découvrir en eux l’heure de la venue du Fils de l’homme. Le Rédempteur, pour illustrer la manière dont nous devons être attentifs aux événements, recourt d’abord à l’épisode du déluge universel à l’époque de Noé, puis se compare à un voleur qui vient dans la nuit et enfin à un maître de maison qui ne surveille pas son habitation.

Le fait de ne pas connaître le jour et l’heure de la venue du Christ doit nous convaincre de la nécessité de veiller toujours, d’être toujours prêts pour que toute notre vie soit tendue vers cette heure et ce jour. Nous devons arriver préparés à cette rencontre avec le Rédempteur, pour ne pas être pris par surprise mais prêts à accueillir Dieu qui vient sans prévenir, qui arrive quand on s’y attend le moins.

La vigilance est donc l’attitude avec laquelle nous devons vivre chaque fragment de notre vie personnelle et commune comme étant immensément précieux, ou mieux, comme étant le seul à notre disposition parce que c’est le moment présent. Quand on demanda à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, alors qu’elle était sur le point de mourir, si elle n’avait pas peur du voleur qu’elle était sur le point de rejoindre, elle répondit qu’elle l’attendait avec désir et amour. Cette sainte nous donne un exemple de sérénité vigilante dans la charité, de grande ouverture à Dieu, d’intense attente et d’adhésion à lui. La prière d’ouverture de la messe d’aujourd’hui résume bien tout cela: « O Dieu, Père miséricordieux, qui pour réunir les peuples dans ton royaume a envoyé ton Fils unique, maître de vérité et source de réconciliation, réveille en nous un esprit vigilant pour que nous marchions sur tes chemins de liberté et d’amour jusqu’à te contempler dans la gloire éternelle. Par notre Seigneur Jésus Christ. » (Collecte du premier dimanche de l’Avent – année A)

2) La conversion dans la joie.

L’Avent est le temps pendant lequel L’Église célèbre la joyeuse attente du messie ainsi que la forte et véritable certitude de l’Avent du Royaume de Dieu, qui est justice, paix et joie, sans rapport avec le boire et le manger (cf Rm 14, 17). Mais c’est seulement en retournant vers le Seigneur de tout notre cœur, dans l’attente de sa venue et de son retour, que ce Royaume de paix, de justice et de joie s’instaurera en nous et dans le monde.

La vigilance réclame la conversion pour lutter contre la somnolence, l’inattention et l’oubli. Il faut rappeler cependant que la personne vigilante ne désigne pas, comme c’est en revanche habituellement le cas dans le monde grec, la personne qui est éveillée, qui rassemble toutes ses forces et qui trouve en elle-même tout le courage nécessaire pour affronter la nuit et l’éventuel ennemi. Dans le monde biblique, vigilant désigne celui qui est éveillé, qui fait confiance à Dieu et qui s’agrippe à lui, qui s’abandonne à lui. La parole vigilante ne dit donc pas directement quelque chose à faire mais plutôt une façon de vivre et de regarder.

L’hymne de l’Avent: « Levez les yeux vers le ciel » nous fait chanter que « le salut de Dieu est proche » et nous commande : « Réveillez l’attente dans votre cœur pour accueillir le Roi de gloire ». L’impératif de regarder avec un cœur éveillé, c’est à dire avec attention et perspicacité implique la lucidité de ne pas se laisser tromper par les apparences ainsi que la clairvoyance qui nous permettra de reconnaître dans une grotte l’Enfant, « messager de paix », qui « apporte au monde le sourire de Dieu ».

Pour être bibliquement et chrétiennement vigilant, une conversion du cœur et des « yeux » est donc nécessaire. En effet sans une profonde conversion, il n’est pas possible de vivre l’attente, l’espérance et la joie pour la venue du Seigneur. L’esprit de conversion, propre à l’Avent, a des tonalités différentes de celles que réclame le Carême, même si dans ces deux périodes liturgiques, nous sommes invités à pratiquer plus intensément la prière, le jeune et l’aumône (=miséricorde). La substance essentielle est toujours la même mais, alors que le carême est marqué par l’austérité du pardon des péchés, l’Avent est marqué par la joie de la venue du Seigneur.

A cet égard le pape François enseigne. » L’Avent est un temps de joie parce qu’il nous fait revivre l’attente de l’événement le plus joyeux de l’histoire: la naissance du Fils de Dieu de la Vierge Marie. Savoir que Dieu n’est pas loin, mais proche, qu’il n’est pas indifférent mais compatissant, qu’il n’est pas étranger mais Père miséricordieux et qu’il nous suit amoureusement dans le respect de notre liberté: tout cela est le motif d’une joie profonde que les événements quotidiens ne peuvent altérer » (18 décembre 2015).

L’Avent est le temps de l’attente du Dieu éternel qui se fait présence d’amour dans le monde. Et c’est justement pour cette raison qu’il est de façon particulière le temps de la joie, d’une joie intériorisée, qu’aucune souffrance ne peut effacer. La joie parce que Dieu s’est fait enfant. Cette joie, invisiblement présente en nous, nous encourage à continuer notre chemin avec confiance.

L’Avent est par excellence le temps de l’espérance pendant lequel ceux qui croient au Christ sont invités à rester dans une attente vigilante et active, alimentée par la prière et par l’engagement actif et quotidien de l’amour.

Un exemple quotidien de vie dans l’attente du Christ dans une charité active nous vient des vierges consacrées dans le monde. En cela elles suivent l’invitation du pape émérite Benoît XVI:

« Que votre vie soit un témoignage particulier de charité et signe visible du Royaume à venir » (RCV, 30). Faites en sorte que votre personne irradie toujours la dignité du fait d’être épouse du Christ, exprime la nouveauté de l’existence chrétienne, et l’attente sereine de la vie future. Ainsi, par votre vie droite, vous pourrez être des étoiles qui orientent le chemin du monde. Le choix de la vie virginale, en effet, est un rappel du caractère transitoire des réalités terrestres et une anticipation des biens à venir. Soyez des témoins de l’attente vigilante et active de la joie, de la paix, qui est propre à qui s’abandonne à l’amour de Dieu. Soyez présentes dans le monde et cependant en pèlerinage vers le Royaume. La vierge consacrée s’identifie en effet avec cette épouse qui, avec l’Esprit, invoque la venue du Seigneur: « L’Esprit et l’épouse disent « viens »! » (Ap 22, 17). (Discours aux participants du congrès de l’ »Ordo Virginum » sur le thème « Virginité consacrée dans le monde: un don pour l’Église et dans l’Église » 15 mai 2008, n.6).

Lecture patristique

Saint Paschase Radbert ( 790 – 865)

Commentaire sur l’évangile de Matthieu, 11, 24,

PL 120, 799-800

Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure (Mt 25,13). Bien que le Seigneur parle ainsi pour tous, il s’adresse uniquement à ses contemporains, comme dans beaucoup d’autres de ses discours qu’on lit dans l’Écriture. Pourtant, ces paroles concernent tous les hommes parce que, pour chacun d’eux, le dernier jour arrivera ainsi que la fin du monde, quand il devra quitter cette vie. Il est donc nécessaire que chacun en sorte comme s’il devait être jugé ce jour-là. C’est pourquoi tout homme doit veiller à ne pas se laisser égarer, mais à rester vigilant, afin que le jour du Seigneur, quand il viendra, ne le prenne pas au dépourvu. Car celui que le dernier jour de sa vie trouvera sans préparation, serait encore trouvé sans préparation au dernier jour du monde. Je ne pense donc nullement que les Apôtres aient cru que le Seigneur viendrait juger le monde pendant leur vie; et pourtant, qui douterait qu’ils aient été attentifs à ne pas se laisser égarer, à veiller et à observer tous les conseils, donnés à tous, pour qu’ils soient trouvés préparés?

C’est pourquoi il faut toujours tenir compte d’un double avènement du Christ: l’un quand il viendra, et que nous devrons rendre compte de tout ce que nous aurons fait; l’autre, quotidien, quand il visite sans cesse notre conscience, et qu’il vient à nous afin de nous trouver prêts lors de son avènement. A quoi me sert, en effet, de connaître le jour du jugement, lorsque je suis conscient de tant de péchés? De savoir si le Seigneur vient, et s’il ne vient pas d’abord dans mon cœur et ne revient pas dans mon esprit, si le Christ ne vit pas et ne parle pas en moi?

Alors, oui, il m’est bon que le Christ vienne à moi, si avant tout il vit en moi et moi en lui. Alors pour moi, c’est comme si le second avènement s’était déjà produit, puisque la disparition du monde s’est réalisée en moi, parce que je puis dire d’une certaine manière: Le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde (Ga 6,14).

Réfléchissez encore à cette parole de Jésus : Beaucoup viendront en mon nom (Mt 24,5). Seul l’Antéchrist s’empare de ce nom, bien que ce soit mensonger; de même il présente son corps, mais sans le Verbe de vérité, et sans en avoir la sagesse. Dans aucun passage de l’Écriture, vous ne trouverez que le Seigneur ait déclaré: « Moi, je suis le Christ ». Car il lui suffisait de montrer qu’il l’était, par ses enseignements et ses miracles, parce que l’oeuvre du Père était en lui. L’enseignement de sa parole et sa puissance criaient: « Moi, je suis le Christ », plus fort que si des milliers de voix l’avaient crié.

Je ne sais donc pas si vous pourrez trouver qu’il l’a dit en paroles, mais il l’a montré en accomplissant les œuvres du Père (Jn 5,36) et en donnant un enseignement imprégné de piété filiale. Les faux messies en étant dépourvus, ils ne pouvaient employer que leurs discours pour soutenir leurs prétentions mensongères.

[1]L’Avent a quatre dimanches pour le rite romain et six pour le rite ambrosien. Cette année nous sommes dans l’année A selon le cycle liturgique triennal et nous serons accompagnés de l’évangile de Matthieu. Certaines caractéristiques de cet évangile sont  l’amplitude avec laquelle sont retranscrits les enseignements de Jésus (les fameux discours, comme celui de la montagne), et l’attention au rapport Loi-Évangile (l’Évangile est la « nouvelle Loi »). Il est considéré comme l’Évangile le plus « ecclésiastique » par le récit du primat de Pierre et par l’utilisation du terme Église, en grec « Ecclesia » (du verbe ekkalein qui veut dire convoquer, dont le substantif est justement ecclesia= convocation, assemblée) qui ne se rencontre pas dans les trois autres évangiles de Marc, Luc et Jean.

[2] Ce pauvre ou « anawim » comme l’appelle la Bible en hébreux, est le doux et l’humble, dont les principales dispositions sont l’humilité, la crainte de Dieu et la foi.

Source : ZENIT.ORG, le 25 novembre 2022