« La puissance de la foi est puissance d’amour », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

« La puissance de la foi est puissance d’amour », par Mgr Francesco Follo

Méditation des lectures de dimanche 2 octobre 2022

Voici la méditation des lectures de la messe de dimanche 2 octobre 2022, par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

La puissance de la foi est puissance d’amour

XXVIII Dimanche du Temps ordinaire – Année C – 2 octobre 2022

Hab 1,2-3;2, 2-4; Ps 94; 2Tm 1,6-8.13-14; Lc 17,5-10

            1) La foi n’est pas une question de quantité.

Pourquoi, dans l’évangile d’aujourd’hui, les disciples demandent-ils au Christ « Augmente en nous la foi » (Lc 17, 5) ? Parce que la demande de Le suivre en quittant tout (cf. Lc 16, 13) et de pardonner sans compter (cf. Lc 17, 3-4), leur a fait comprendre combien leur foi était petite.

Cela fait longtemps qu’ils ont reconnu le Fils de Dieu, l’Amour miséricordieux et fidèle, en Jésus Christ. Maintenant ce qu’ils demandent c’est d’avoir de plus en en plus confiance en cet amour miséricordieux et fidèle de Dieu.

En effet, seule une foi tenace et pleine permet de mettre toute leur vie sous le signe de la miséricorde et de la fidélité.

Les disciples d’hier nous font comprendre à nous disciples d’aujourd’hui que nous sommes appelés à avoir confiance en cette fidélité de Dieu, qui est l’engagement persévérant et total avec lequel Dieu s’est livré, une fois pour toutes, à l’humanité, dans sa Parole. Croire à la Parole n’est pas un problème de quantité, c’est donner « parole » à la Parole, c’et s’engager sans réserve auprès de Celui qui s’est engagé pour nous, sans plus y réfléchir.

Pour faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’avoir une foi « en grande quantité » mais une foi « de qualité », authentique et tenace, le Christ fait une comparaison très convaincante : L’arbre est bien accroché à la terre et même les tempêtes n’arrivent pas à le déraciner.  Eh bien, il suffit d’un brin de foi – petit comme un grain de moutarde – pour le déraciner. Avoir la foi c’est faire confiance en Dieu humblement et totalement, c’est accepter un projet calculé sur les possibilités de Dieu et non sur les nôtres. Les possibilités de réussite ne sont pas dues à la grandeur de nos capacités mais à l’ampleur de l’amour de Dieu envers nous et auquel nous croyons.

Un exemple actuel nous vient de Sainte Thérèse de Calcutta, qui n’a certes pas eu de gestes spectaculaires, mais une foi vaillante montrant que de la puissance de la foi s’écoule la puissance de l’amour. Cette sainte a fait bien plus que d’aller planter l’arbre dans la mer. Commençant par s’occuper des moribonds de Calcutta, elle a soigné et sauvé une foule innombrable de pauvres, aidée par des milliers de sœurs qui l’ont suivie et la suivent toujours. Grâce à ses yeux –purs comme ceux des anges – Mère Teresa a su reconnaître le Christ dans tous les Lazare qu’elles rencontraient sur terre, et grâce à sa foi qui est « une source d’amour », elle a su soigner les plus pauvres des pauvres de ses mains saintes et pures, pour lesquelles toucher les plaies d’un malade était comme toucher celles du Christ. La Mère des pauvres avait une foi d’une si grande « qualité » qu’un courant d’amour totalement gratuit et désintéressé s’est déclenché, qui est encore aujourd’hui parlant, multilingue, et destiné à durer.

Sainte Teresa de Calcutta a montré que dans l’Eglise il y a le ministère de la charité, car l’Eglise ne doit pas seulement annoncer mais vivre la Parole qui est charité.

La foi solide de M. Teresa lui a permis de s’abandonner totalement au Christ, dans une confiance amoureuse pour celui à qui elle avait « simplement » fait de la place, devenant sa sainte demeure. Cette foi, elle l’exprime bien dans la prière suivante : « Seigneur, donne-moi la foi qui soulève des montagnes, mais avec amour. Enseigne-moi cet amour qui trouve sa joie dans la vérité, toujours prêt à pardonner, à croire, à espérer, à supporter. Enfin, quand toutes les choses finies se dissoudront et que tout sera clair, fais en sorte que j’aie été le reflet, faible mais constant, de ton amour parfait. »

Cette prière nous aidera à grandir d’une foi vaillante et charitable.

            2) Service gratuit.

Après l’enseignement sur la puissance de la foi (un brin suffit pour déraciner un arbre), l’Evangile d’aujourd’hui se poursuit par une brève parabole, dans laquelle jésus n’entend pas décrire le comportement de Dieu envers l’homme mais celui du croyant envers Dieu : un comportement totalement disponible, sans calculs et sans prétention.

Le service et la gratuité sont les caractéristiques fondamentales du disciple qui, – comme tout le monde ici-bas – se trouve confronté au scandale et aux péchés mais vit avec la miséricorde et le pardon. C’est pourquoi il faut que la foi soit constamment renforcée, autrement dit notre connaissance de l’amour de Dieu, et vivre dans le service et la gratuité, car la charité et la justice ne sont pas seulement une question de bénévolat social, mais un acte spirituel effectué avec la grâce de l’Esprit Saint. Les saints – et Sainte Teresa de Calcutta en est l’exemple le plus moderne – ont expérimenté dans leur vie cette profonde unité entre la prière et l’action, entre l’amour de Dieu et la charité envers nos frères.

Cette sainte femme se fit Missionnaire de la charité car sa foi, si solide au point de résister à l’aridité et à l’absence de consolations spirituelles, lui permit de voir en Jésus la plus haute expression de l’amour de Dieu, mais également celui auquel nous nous unissons pour pouvoir croire.  Pour elle, avoir la foi ne consistait pas seulement à regarder vers Jésus, mais à le voir selon son point de vue. La foi, pour elle, comme cela doit l’être pour nous, doit être « participation » au regard du Christ face à la vie.

Comme enseigne le pape François : « la foi est écoute et vision, elle se transmet aussi comme parole et comme lumière » (Lumen fidei, 37), donc le plus difficile n’est pas d’accepter les doctrines, mais d’accueillir la foi comme un fait vital qui parle et éclaire la vie, autrement dit qui lui donne un sens.

Bref, la foi n’est pas une attitude purement intellectuelle, comme la simple acceptation de certaines vérités. Il ne s’agit pas simplement de professer mais de vivre la foi. Qui appelle à un témoignage courageux et au service gratuit. Ceux qui disent croire et demeurer en Jésus Christ, doivent se comporter comme lui (1 Je 2, 6). L’apôtre Jacques le rappelle lui aussi dans sa lettre : la foi sans les œuvres (de charité) est une foi vaine et morte (Jc 2, 26).

Les vierges consacrées dans le monde sont un bel exemple de ce service gratuit qui devient « témoignage ». En se donnant totalement au Christ, elles montrent que la foi est « un abandon raisonnable » dans les bras du Bien-Aimé. Elles montrent, de façon exemplaire, que nous sommes tous appelés à avoir confiance non pas en un mystère ennemi, mais amoureux, à suivre non pas les ordres absurdes d’une divinité capricieuse, mais la loi d’une liberté donnée par un Dieu qui délivre.

Le Dieu que le Bible révèle est un Dieu

Qui demande confiance,

Qui a marché dans le désert et souffert,

Qui a accompagné et éclairé des tribus de bédouins, faisant d’eux un peuple d’espérance,

Qui a éclairé le roi d’Israël,

Qui a arraché des hommes du pré et de la terre pour en faire des prophètes,

Qui est le Verbe fait chair et demande d’être accueilli avec les oreilles mais également avec le cœur.

Ces femmes consacrées se sont faites épouses de ce Dieu qui, depuis surtout la Croix au mont Calvaire, a montré des millions de fois combien Il nous aime douloureusement et passionnément.

Par leur consécration, ces femmes témoignent que le grain de moutarde, le grain de foi :

  • C’est croire en l’amour d’un Dieu qui nous aime infiniment et ne faiblit jamais ;
  • C’est aimer en servant concrètement l’autre, et non en se servant de lui.
  • C’est avoir confiance, confiance en sa Parole, puissance de l’amour qui est et donne la vie.

Donc une foi puissante c’est avant tout une puissance d’amour, cet amour incroyable pour l’homme, pour chaque homme, que Dieu a manifesté en son Fils, et qui rend le croyant capable lui aussi, d’aimer à son tour. C’est pour les faire grandir dans cette confiance que, lors de leur consécration – Prière eucharistique II, rituel de consécration des vierges-, l’Eglise prie : « …qu’elles ne faiblissent pas dans l’ardeur de leur foi et de leu charité, mais qu’elles te servent sans défaillance, toi et tout ton peuple, jusqu’au jour où viendra le Christ, leur époux ».

Lecture Patristique

Saint Augustin (354 -430)

Sermon 115, 1 ; PL 38, 655.

Prier pour que grandisse notre foi

« La lecture du saint évangile fortifie notre prière et notre foi, et nous dispose à nous appuyer non sur nous-mêmes mais sur le Seigneur. Y a-t-il un moyen plus efficace de nous encourager à la prière que la parabole du juge inique qui nous a été racontée par le Seigneur ? Le juge inique, évidemment, ne craignait pas Dieu ni ne respectait les hommes. Il n’éprouvait aucune bienveillance pour la veuve qui recourait à lui et cependant, vaincu par l’ennui, il finit par l’écouter. Si donc il exauça cette femme qui l’importunait par ses prières, comment ne serions-nous pas exaucés par celui qui nous encourage à lui présenter nos prières ? C’est pourquoi le Seigneur nous a proposé cette comparaison tirée des contraires pour nous faire comprendre qu’il faut toujours prier sans se décourager (Lc 18,1). Puis il a ajouté : Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ! (Lc 18,8).

Si la foi disparaît, la prière s’éteint. Qui pourrait, en effet, prier pour demander ce qu’il ne croit pas ? Voici donc ce que l’Apôtre dit en exhortant à prier : Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés. Puis, pour montrer que la foi est la source de la prière et que le ruisseau ne peut couler si la source est à sec, il ajoute : Or, comment invoquer le Seigneur sans avoir d’abord cru en lui (Rm 10,13-14) ? Croyons donc pour pouvoir prier et prions pour que la foi, qui est au principe de notre prière, ne nous fasse pas défaut. La foi répand la prière, et la prière, en se répandant, obtient à son tour l’affermissement de la foi.

D’ailleurs, pour que la foi ne faiblisse pas dans les tentations, le Seigneur a dit : Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation (Mt 26,41). Telles sont ses paroles : Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. Qu’est-ce qu’entrer en tentation ? Simplement, sortir de la foi. Car la tentation est d’autant plus forte que la foi est plus faible, et la tentation est d’autant plus faible que la foi est plus forte. Oui, vraiment, mes bien-aimés, c’est pour que la foi ne s’affaiblisse pas et ne se perde pas que le Seigneur a dit : Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. Afin que vous le compreniez mieux, il a dit au même endroit dans l’évangile : Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment. Mais j’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne sombre pas (Lc 22,31-32). Et celui que guette le danger ne ferait pas sienne la prière de son protecteur ?

Mais lorsque le Seigneur dit : Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? il a en vue la foi parfaite, celle qu’on peut à peine trouver sur la terre. Voyez : l’église de Dieu est remplie. Qui y viendrait s’il n’avait aucune foi ? Mais si cette foi était parfaite, qui ne transporterait pas les montagnes ? Regardez les Apôtres eux-mêmes : s’ils n’avaient pas eu une grande foi, ils n’auraient pas renoncé à tout ce qu’ils avaient, ils n’auraient pas foulé aux pieds les espoirs terrestres pour suivre le Christ. Et pourtant, leur foi n’était pas parfaite, car ils n’auraient pas dit au Seigneur : Augmente en nous la foi (Lc 17,5). »

Source : ZENIT.ORG, le 30 septembre 2022

« Le pauvre à la porte, c’est le Christ », par Mgr Francesco Follo

Repas de fête pour les pauvres 29/6/2018 © Adam Trojanek, Church in Poland
Repas De Fête Pour Les Pauvres 29/6/2018 © Adam Trojanek, Church In Poland

« Le pauvre à la porte, c’est le Christ », par Mgr Francesco Follo

Méditation sur l’évangile de dimanche 25 septembre 2022

Voici la méditation de l’évangile du XXVIème Dimanche du Temps ordinaire, le 25 septembre 2022, proposée par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

« Le pauvre à la porte, c’est le Christ »

 XXVIème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C  – 25 septembre 2022

Amos 6,1.4-7; Psaume  145; 1 Timothée 6,11-16; Luc 16,19-31.

1) Le mendiant à la porte.
L’évangile de ce 26e dimanche du temps ordinaire nous présente la parabole du bon vivant (= goinfre) riche et Lazare, ce qui nous amène à nous tourner vers le pauvre qui est jeté à notre porte à cause de la famine et de la guerre, en le reconnaissant comme le Christ qui nous sauve. Le Salut apparaît et se tient à la porte de nos vies avec les vêtements en morceaux du mendiant blessé et affamé: « Le vrai protagoniste de l’histoire est le mendiant : le Christ mendiant du cœur de l’homme et le cœur de l’homme mendiant du Christ.» (Mgr. Luigi Giussani).
Au lieu d’ériger des murs, nous sommes appelés à construire des ponts de charité pour les pauvres en qui réside le Mendiant par excellence: le Christ Sauveur.

Au lieu de regarder les pauvres avec de la gêne, nous sommes appelés à les  accueillir avec amour, avec le partage. Pour mieux comprendre l’enseignement du Christ sur la charité, regardons de plus près la parabole d’aujourd’hui :
Dans ce récit, le Messie parle d’un riche dont l’égoïsme empêche de secourir un pauvre ; En le rejetant comme un frère, il rejette Dieu qui est Père du pauvre et du riche.
Cet homme riche dont Jésus ne dit pas le nom, est le riche typique qui ne se soucie que de savourer les joies de cette vie, sans penser ni à Dieu, ni aux autres, ni à la vie éternelle.

Apparemment, ce riche ne fait rien de mal en profitant de la vie, mais il est tellement pris par cette joie éphémère qu’il ne réalise même pas qu’à la porte de sa maison, se trouve un pauvre homme qui est aussi malade et couvert de plaies. De plus, ce pauvre qui a un nom : Lazare (nom qui signifie «Dieu aide »[1] , c’est-à-dire que Dieu nous aide dans les pauvres) est tourmenté par la faim. Il ne peut pas répondre parce qu’il est à l’extérieur de la porte et il ne peut même pas ramasser les miettes qui tombent de la table du riche. Seuls les chiens ont pitié de lui et lui lèchent ses plaies.
Cette première partie de la scène décrite dans la parabole nous présente la force apparente de la richesse qui permet de savourer les joies passagères de la vie qui s’écoule très rapidement et qui n’empêche pas la douleur dramatique de la mort. La deuxième partie de la scène parle de ce qui se passe après la mort où l’on voit où Lazare dans la joie éternelle et l’homme riche dans la douleur sans fin.
Il faut reconnaître que les mots utilisés par saint Luc sont très forts. Il écrit ainsi pour préciser que l’épisode est symbolique, mais cela ne signifie pas non plus que le message qu’il communique puisse être minimisé ou équivoque.

Sous une forme dramatique, la parabole du riche, goinfre, et du pauvre Lazare affamé montre  toute la force provisoire et destructrice de la richesse mal utilisée. Quand la richesse est réduite à être seulement un moyen de satisfaction personnelle, elle ferme notre cœur au besoin de notre voisin, au point de nous rendre incapables de voir ceux qui sont dans besoin et, pire encore, de bâtir  un mur devant  notre porte afin de ne pas voir les mendiants et les exclure de notre vie. Au lieu de résoudre le problème avec la vraie charité,  on le censure de façon hypocrite.
En bref, la parabole ne montre pas seulement le contraste entre le pauvre et le riche, mais il souligne que le pauvre et le riche sont voisins, et que le riche ne remarque pas ou ne veut pas voir le pauvre.
Les riches qui vivent en égoïstes, deviennent aveugles et ils ne voient pas les pauvres, même s’ils sont à la porte. Ils sont aussi aveugles à l’Écriture qui nous dit de reconnaître Dieu dans les pauvres. Le  riche égoïste ne s’oppose pas à Dieu et n’opprime pas les pauvres. Tout simplement, il ne les voit pas. C’est ici que se trouve le grand danger de la richesse, ce qui est peut-être la principale leçon de cette parabole.

2) La pureté angélique et la pauvreté.
Sainte Teresa de Calcutta affirmait que, pour reconnaître le Christ dans les pauvres, il nous faut une pureté angélique. Si nos yeux et nos cœurs sont purs, ils peuvent reconnaître Jésus en Lazare.
Le Rédempteur a « assumé » notre nature de pauvre Lazare. C’est celui qui, aujourd’hui, se trouve à notre porte, sur le seuil de notre vie rassasiée de biens matériels, orgueilleuse et dominatrice. Jésus s’est fait Lazare pour que nous puissions reconnaitre notre réalité de mendiants d’infini, de nostalgiques d’éternité. Lui, le Mendiant, il frappe à la porte de notre cœur le désir du vrai bonheur : pur.

Pour avoir cette pureté qui sait voir le Christ dans le pauvre, lui qui se contente des miettes de notre table, il est d’abord nécessaire -comme premier pas- de demander pardon avec un cœur contrit.
Le deuxième pas consiste à « élever le regard » vers le Christ, comme l’homme riche éleva son regard vers Lazare dans le ciel avec Abraham ; et il consiste à Lui quémander  d’avoir le même sort que Lazare, le frère qui savait aimer au milieu de sa pauvreté et de la maladie. De notre part, mandions un cœur pur qui permette à nos yeux de voir le Christ à côté de nous, Lui qui mendie notre attention, notre pitié comme Lazare
Le troisième pas consiste à ouvrir la porte de notre cœur auquel Jésus frappe : habillés de  notre faiblesse, qu’Il nous éveille du sommeil d’une vie superficielle et rassasiée seulement de biens matériels abondants.
Le quatrième pas consiste à nous reconnaître humblement comme de pauvres « chiens » -comme le dit la parabole – : chassés de tous, ils remarquent la « douleur de l’amour » de Lazare-Christ. Les chiens soignent alors ses plaies et le sauvent.
Enfin il faut se convertir en demandant avec humilité et contrition que quelqu’un « mouille le bout de son doigt pour baigner notre langue » et nous donne la communion de vie.        Dans cette communion de vie de l’amour sont surmontés les obstacles entre maris et femmes, entre parents et enfants, entre frères et entre collègues, entre riches et pauvres, entre les réfugiés et nous.

En ouvrant la porte à ce voisin, nous serons en mesure de l’ouvrir au Christ, l’Emmanuel, le Dieu qui est toujours avec nous et qui nous est plus proche à nous-mêmes que nous, nous le sommes à nous-mêmes.
Nous sommes tous appelés à vivre cette pureté pour reconnaître le Christ dans les pauvres et être mendiants du Sauveur, mais les vierges consacrées dans le monde témoignent que la virginité est « la pauvreté amoureuse” (Jacopone da Todi) qui laisse tous les autres amours pour se donner à Christ. Avec coeur vierge, elles regardent vers le Christ comme Véronique l’a fait : elles deviennent ce qu’elles contemplent, en mendiant seulement l’amour du Christ.
Grace à cet amour virginal qui contemple l’Aimé, le cœur de la vierge devient le lieu où s’imprime le visage du Christ, icône de vérité. Avec leur vie de mendiantes de l’amour de l’Epoux, elles témoignent que l’on peut tout quitter avec joie, car avec lui, rien ne se perd, mais tout mené à son achèvement. De Lui vient la perfection de la lumière qui brille dans les actes, dans les mots, dans les yeux des créatures qui rendent notre vie telle une chanson avec ces paroles :
« Peut-être que le but de la vie est de vivre?
Est-ce que le destin des enfants de Dieu est de rester ancrés à la terre ?
Non ! ce n’est pas vivre mais  mourir. Il ne faut échapper à la Croix mais y monter et donner avec joie que nous avons.

Voici la joie, la liberté, la grâce, l’éternelle jeunesse! » (Paul Claudel, L’annonce faite à Marie).
Leurs cœurs sont en harmonie avec la miséricorde ; et leur vie consacrée est un signe que chacun de nous est appelé à être, «lieu» habité par Dieu dont le puissant amour pardonne et recrée.

Lecture Patristique: Saint Polycarpe, De la lettre aux Philippiens

J’ai pris grande part à votre joie, en notre Seigneur Jésus Christ, quand vous avez reçu les martyrs, images de la véritable charité; quand vous avez escorté, comme vous deviez le faire, ces hommes qui étaient captifs de chaînes dignes des saints, chaînes qui sont des diadèmes pour ceux qui ont été vraiment choisis par Dieu et notre Seigneur. Et je me suis réjoui de ce que la racine vigoureuse de votre foi, réputée depuis les temps anciens, persiste jusqu’à maintenant et porte des fruits en notre Seigneur Jésus Christ; lui qui a enduré pour nos péchés d’aller au-devant de la mort; lui que Dieu a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort; lui en qui vous croyez, sans le voir encore, avec une joie inexprimable qui vous transfigure, cette joie à laquelle beaucoup désirent parvenir car vous savez que c’est par grâce que vous êtes sauvés, non pas par vos oeuvres, mais en vertu du bon vouloir de Dieu, par Jésus Christ. Aussi préparez-vous à l’action et servez Dieu avec crainte et en vérité ; laissez de côté le vain bavardage et l’erreur de la foule ; croyez en celui qui a ressuscité d’entre les morts notre Seigneur Jésus Christ et lui a donné la gloire et un trône à sa droite. A lui tout est soumis, au ciel et sur la terre ; tout ce qui respire lui rend un culte, il viendra juger les vivants et les morts, et Dieu demandera compte de son sang à ceux qui refusent de croire en lui.

Celui qui l’a ressuscité d’entre les morts nous ressuscitera aussi, si nous faisons sa volonté. Si nous suivons ses commandements et si nous aimons ce qu’il a aimé – en nous abstenant de toute injustice, cupidité, amour de l’argent, médisance et faux témoignage – en ne rendant pas le mal pour le mal, l’insulte pour l’insulte, coup pour coup, ni malédiction pour malédiction; en nous souvenant de l’enseignement du Seigneur qui a dit: Ne jugez pas, pour ne pas être jugés; pardonnez, et vous serez pardonnés; faites miséricorde pour recevoir miséricorde; la mesure dont vous mesurerez servira aussi pour vous; et encore : Bienheureux les pauvres et ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume de Dieu est à eux.

R/ Jésus, le Seigneur, est venu
pour que nous ayons la vie.

Si tu reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton coeur,
il te rassemblera à nouveau du milieu des peuples.

Serais-tu égaré à l’extrémité des cieux,
même là le Seigneur ton Dieu viendra te prendre.

Je te propose aujourd’hui la vie ou la mort :
choisis la vie, en aimant le Seigneur ton Dieu.
***
[1] Lazare vient de l’hébreu « Eli Oser: Dieu aide. » Le nom de ce pauvre est « Dieu aide » parce que Dieu aide les pauvres, et parce que le pauvre homme est Dieu qui nous aide. « Ce que vous avez fait pour l’un de ces derniers, c’est pour moi que vous l’avez fait, venez béni ». Autrement dit, les pauvres sont là pour aider et ont un nom; le pauvre est Dieu qui nous aide, pardonne et re-crée.

Source : ZENIT.ORG, le 23 septembre 2022

« Le fidèle est intelligent », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo à l'UNESCO, 2 juillet 2021 © Mgr Follo

Mgr Francesco Follo À L’UNESCO, 2 Juillet 2021 © Mgr Follo

« Le fidèle est intelligent », par Mgr Francesco Follo

Méditation de l’Evangile de dimanche 18 septembre

Voici la méditation hebdomadaire de Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

Le fidèle est intelligent

XXV Dimanche du Temps ordinaire – Année C – 18 septembre 2022

Am 8,4-7; Ps 112; 1Tm 2,1-8; Lc 16,1-13

            1) Eloge de l’intelligence.

Les dimanches passés, les morceaux choisis du récit évangélique de saint Luc nous ont fait réfléchir aux dangers d’un attachement égoïste à l’argent, aux biens matériels et à tout ce qui nous empêche de vivre pleinement notre vocation à aimer Dieu et nos frères. Aujourd’hui encore, au travers d’une parabole surprenante, qui  parle d’un gérant malhonnête que l’on félicite (cf. Lc 16,1-13), Saint Luc offre à ses disciples, donc à nous, un enseignement utile sur comment gérer correctement les biens de ce monde et sa propre vie, dans un rapport filial avec Dieu.

Le récit de cet intendant, astucieux, habile, nous renvoie à notre propre histoire. Chaque disciple, donc chacun de nous, est un gérant du Seigneur, auquel Celui-ci a confié la gestion de la terre et de ses biens, en particulier tous nos frères en humanité.

Le mot « gérant » revient sept fois dans la parabole. Il mérite donc d’être pris au sérieux. Dans le texte grec, nous trouvons le terme « oikonomos » qui veut dire « économe » en français (de oikos = maison et nomos = loi), autrement dit « celui qui  fait la loi à la maison ».

Il nous est alors tout naturel de nous demander: « Quelle loi offrons-nous à la maison, à notre existence, à la maison de Dieu, au saint temple de la présence de Dieu? »; « Quelle loi règlemente nos pensées, nos choix, nos actions et relations? »; « Le Seigneur Jésus est-il notre loi, son aboutissement (cf. Rm 10, 4)? »; « Au plus profond de nous-mêmes, prenons-nous plaisir à la loi de Dieu (cf. Rm 7, 22), autrement dit la vivons-nous de manière profonde ou seulement superficiellement, distraitement, sans amour, sans la pureté d’un cœur qui se laisse toucher par le Seigneur? »; « La maison, que nous sommes appelés à gérer, se fonde-t-elle sur cette loi qui trouve son plein accomplissement dans l’amour de nos frères (cf. Rm 13, 8.10), en les accueillant comme ils sont et partageant leurs fardeaux, leurs charges, leurs peines et leur pauvreté (cf. Gal 6, 2)? ».

La réponse à ces questions est OUI. Un OUI  immédiat, ferme, intelligent : habile, si nous voulons rester proches de la parabole d’aujourd’hui.

En effet, le messie nous présente cet « économe » non pas comme un modèle à suivre dans sa malhonnêteté, mais pour sa perspicacité et prévoyance. Jésus voudrait que les disciples aient cette même détermination que l’intendant eut pour lui-même. Comme lui, qui a agi avec habileté pour survivre, il voudrait que le disciple le soit pour « gérer » sa vie et sa demeure, en se dépensant pour le Royaume. Bien entendu, le gérant de la parabole et le disciple appartiennent à deux logiques différentes, le premier à celle du monde et le second à celle du Royaume.

Le gérant malhonnête et habile, se dit en lui-même: «  Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte” (Lc 16,3). Et immédiatement, il trouve une solution intelligente et malhonnête pour survivre.

Le disciple honnête mais rusé – ou intelligent, pour utiliser un terme plus positif – ne cherche pas seulement à gérer correctement, en toute moralité, les biens qu’on lui a confiés, mais se met tout de suite à faire ce que le gérant dit ne pas vouloir faire: « creuser » (signification littérale du verbe grec traduit par travailler la terre) et « mendier » parce qu’il n’en a pas la force et en aurait honte.

Accueillons l’invitation du livre des Proverbes, qui invite à creuser pour rechercher la Sagesse comme ferait un chercheur de trésor (Pr 2, 4).  Creuser avec les mains du cœur et de l’esprit. Creuser toujours, chaque jour, toujours, jusqu’à la fin de la vie, pour chercher le Seigneur, son visage, sa parole.

Creuser les profondeurs de la terre, celles de l’esprit et du cœur de l’homme, dans la quête de Dieu, est un travail pour vivre en hommes.

Nous devons endurcir nos mains, en les joignant en prière. Il nous faut renforcer nos genoux vacillants et commencer à vraiment travailler pour l’Evangile, à transpirer et nous fatiguer dans notre recherche du Seigneur, notre vrai trésor, pour «  l’administrer » ensuite en communion et dans le partage.

2) Mendier.

Pour creuser il faut de la force, et cette force nous devons la demander. La recherche se transforme donc en mendicité. La recherche de Dieu, notre envie de Lui et de voir son visage ne sont pas seulement une adhésion à tout un ensemble complexe de dogmes, qui étancherait la soif de Dieu présente dans l’homme, mendiant d’Infini, de paroles de vie éternelle.

En commentant le psaume 104, qui invite « rechercher sans trêve la face de Dieu », Saint Augustin souligne que cette invitation ne vaut pas seulement pour cette vie ; mais pour l’éternité. La découverte du « visage de Dieu » ne s’épuise jamais. Plus nous entrerons dans la splendeur de l’amour divin, plus il est beau de progresser dans la recherche, si bien que, « dans la mesure où l’amour grandit, granditaussi la recherche de Celui qui a été trouvé » ((Enarr. in Ps. 104,3: CCL 40, 1537).

Nous ne sommes pas des êtres pour la mort (cf. Heidegger, Etre et Temps), mais pour la vie, et nous mendions pour vivre éternellement. Le mendiant de Dieu cherche le Pain de la vie, et avec la force que lui procurera ce Pain, il peut commencer à persévérer sur le chemin qui le conduit vers la vie.

Certes, si nous ne regardons qu’à l’extériorité, l’immédiate évidence c’est que la vie ressemble à un long voyage vers la mort, qui a pour monument une tombe. Et une belle tombe, c’est la glorification de la mort.

Mais si, comme suggère le pape François, nous regardons la vie avec trois inquiétudes : celle de l’esprit, celle de la rencontre avec Dieu et celle de l’amour, nous serons des pèlerins vers la vie. En mendiant, faisons de nous des pèlerins qui, de la mort, vont vers la vie.

L’important est de continuer à mendier, sans se replier sur soi-même. Il est indispensable de continuer à rechercher la vérité, le sens ultime et définitif de la vie, sans jamais cesser de rechercher le visage de Dieu.

Cette inquiétude de l’esprit porte à désirer, rechercher, « avec inquiétude » cette rencontre avec Dieu. En effet l’inquiétude de connaître la vérité et le sens de la vie, n’est pas pour avoir de belles pensées en tête mais pour rencontrer Dieu, sens et signification de la vie et qui, en Jésus-Christ, révèle le bon et miséricordieux visage du destin. En rencontrant celui qui est Parole de vie et dit des paroles de vie nous faisons l’expérience de la proximité de Dieu. Nous sommes amenés à comprendre que ce Dieu que nous cherchons à l’extérieur de nous, loin de nous, est proche de tout être humain, proche de notre cœur, plus intime avec nous que nous ne le soyons avec nous-mêmes (cf. St. Augustin, Les Confessions, III,6,11). Toutefois, il ne faut pas s’arrêter  de connaître et rencontrer Dieu. Notre marche inquiète se poursuit. Elle aboutit dans la troisième inquiétude: celle de l’amour.

Qu’est-ce que l’inquiétude de l’amour? « C’est toujours chercher, sans répit, le bien de l’autre, de la personne aimée, avec cette intensité qui porte aussi aux larmes. Me viennent à l’esprit Jésus qui pleure devant le sépulcre de son ami Lazare, Pierre qui, après avoir renié Jésus, croise son regard riche de miséricorde et d’amour et pleure amèrement, le Père qui attend sur la terrasse le retour de son fils et court à sa rencontre alors qu’il est encore loin. Il me vient à l’esprit la Vierge Marie qui, avec amour, suit son Fils Jésus jusqu’à la croix. » (Pape François, Homélie 28 août 2013).

            3) Inquiétude et virginité.

Dans la virginité, l’inquiétude de l’amour se fait mendicité, plaçant l’être humain dans la demande fixe et constante du Christ. En effet «  la virginité n’est pas absence de désir, mais intensité de désir » (Sainte Thérèse d’Avila). Elle n’est pas entrée dans le monde comme une philosophie, mais comme un don de Dieu qui appelle à une communion stable, profonde et exclusive, avec le Christ. Le fait qu’elle soit exclusive n’implique pas qu’il y ait « exclusion », car dans l’amour éprouvé pour Dieu  il y a l’amour du prochain.

Poussées par un amour inconditionnel pour le Christ et l’humanité, surtout les pauvres et les souffrants, les vierges consacrées vivent comme des « mendiantes du Ciel » (Jacques Maritain) et «  reproduisent dans leur vie de tous les jours, la vie de Jésus sur terre: chaste, pauvre et obéissant » (Pape François, Const. Ap. Vultum Dei quaerere, 5; Cf. Saint Jean Paul II, Vie consacrée, n. 14).

Il est vrai qu’être amoureux de Dieu et du prochain concerne tous les croyants, comme l’

écrivait jadis saint Augustin : «  Le jardin du Seigneur, mes frères, ce jardin a toutes sortes de fleurs: non seulement les roses des martyrs, mais aussi les lis des vierges, le lierre des gens mariés, les violettes des veuves. Absolument aucune catégorie de gens, mes bien-aimés, ne doit désespérer de sa vocation: c’est pour tous que le Seigneur a souffert » (Sermons, 304,3).

Mais il est vrai aussi que les vierges consacrées dans le monde, qui vivent dans un détachement d’elles-mêmes, de tous et de tout,  détachement qui soit aussi pauvre, obéissant et chaste, témoignent de façon plus haute et radicale que seul le Fils de Dieu fait homme, présent dans le monde, est Celui qui manque au cœur humain. La virginité dans le monde est en effet le témoignage suprême que tout est en fonction du Christ: elle rappelle à ceux qui vont travailler et à ceux qui se marient que tout est en fonction du Christ.

Les vierges consacrées témoignent que dans le monde aussi il est possible de donner la priorité à Dieu et que ce n’est que lorsqu’Il est au centre de nos pensées et de nos actions, jour après jour, que la vie personnelle et la société, avec ses dynamismes, peuvent trouver leur juste direction et tout leur sens. Par contre, là où Dieu n’occupe pas la première place ; là où Il n’est pas reconnu et adoré comme le Bien suprême, la dignité de l’homme est menacée. Dans un monde où l’égoïsme et la recherche du plaisir font la loi, les vierges consacrées sont les gardiennes de la pureté, du désintérêt, de la pitié et de la vraie dignité humaine.

Lecture patristique

Saint Gaudence de Brescia (+ 410)

Sermon 18; PL 20, 973-975

Le Seigneur Jésus est le maître véritable qui enseigne à ses disciples les préceptes nécessaires au salut. Il a raconté à ses Apôtres d’alors la parabole de l’intendant pour les exhorter, ainsi que tous les croyants d’aujourd’hui, à se montrer fidèles à faire l’aumône. En faisant le portrait de ce personnage, il a voulu nous apprendre que rien ne nous appartient ici-bas, mais que notre Seigneur nous a remis l’administration de ses richesses pour en faire un usage convenable, en rendant grâce, ou pour les distribuer à nos compagnons de service selon les besoins de chacun. Il ne nous est pas permis de gaspiller au hasard les richesses qui nous ont été confiées, ni de les employer à des dépenses superflues, car nous devrons rendre compte de leur usage au Seigneur, lors de sa venue.

A la fin, le Seigneur a ajouté cette conclusion à la parabole: Eh bien, moi, je vous dis: Faites-vous des amis avec l’argent trompeur afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles (Lc 16,9). <> Ces amis, qui obtiendront notre salut, sont évidemment les pauvres, car, selon la parole du Christ, c’est lui-même, l’auteur de la récompense éternelle, qui recueillera en eux les services que notre charité leur aura procurés. Dès lors, les pauvres nous feront bon accueil, non point en leur propre nom, mais au nom de celui qui, en eux, goûte le fruit rafraîchissant de notre obéissance et de notre foi.

Ceux qui accomplissent ce service de l’amour seront reçus dans les demeures éternelles du Royaume des cieux, puisqu’aussi bien le Christ dira: Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis le commencement du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire (Mt 25,34). <>

Il a dit également: Si vous n’avez pas été fidèles avec l’argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable (Lc 16,11)? Si quelqu’un, en effet, ne se montre pas fidèle dans l’administration des richesses terrestres, qui procurent les moyens de commettre beaucoup d’actions malhonnêtes, qui pensera à lui confier les vraies richesses célestes, dont jouissent avec raison et équitablement ceux qui se sont montrés justes, et fidèles à faire des dons aux pauvres? <>

Aussitôt après avoir dit cela, le Seigneur ajoute, finalement: Et si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers, le vôtre, qui vous le donnera (Lc 16,12)? En effet, rien de ce qui est dans ce monde ne nous appartient vraiment. Car nous qui attendons la récompense future, nous sommes invités à nous conduire ici-bas comme des hôtes et des pèlerins, de façon que nous puissions tous dire au Seigneur avec assurance: Je suis un étranger, un passant comme tous mes pères (Ps 38,13).

Mais les biens éternels appartiennent en propre aux croyants. Ils se trouvent au ciel, là où, nous le savons, sont notre coeur et notre trésor (Mt 6,21), et où – c’est notre intime conviction – nous habitons dès maintenant par la foi. Car, selon l’enseignement de saint Paul: Nous sommes citoyens des cieux (Ph 3,20).

Source: ZENIT.ORG, le 16 septembre 2022

«La porte étroite du don de la vie», par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

«La porte étroite du don de la vie», par Mgr Francesco Follo

Méditation pour le dimanche 21 août 2022

Voici la méditation proposée par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, pour ce XXI Dimanche du Temps ordinaire.

La porte étroite du don de la vie 

XXI Dimanche du Temps Ordinaire – Année C – 21 aout 2022

Rite Romain

Is 66,18-21; Ps 116; Héb 12,5-7.11-13; Lc 13,22-30

1) Le don de la vie pour entrer dans la Vie est une lutte.

Si nous lisons avec attention le récit de l’évangile de ce dimanche, nous remarquons que Jésus ne répond pas directement à la question : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? », mais il invite à être sérieux dans les résolutions et dans les choix : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas » (Lc 13,24).

Pour le Christ, il n’est pas important répondre à la question de savoir combien de personnes se sauvent. Pour Lui, c’est plus important dire comment nous pouvons nous sauver et Il indique le chemin du salut qui passe par une porte étroite.

En effet, la vraie question que nous devons nous poser n’est pas : « N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? », mais : « Qu’est-ce qu’il faut faire pour ne pas être exclus du salut ». C’est pour cela que le Christ commence sa réponse par un impératif : « Luttez ». La traduction officielle en français est « Efforcez-vous », mais le texte grecque utilise « agonìzesthe » de « agonizo » (d’où vient le mot « agonie » qui est la lutte finale avant la mort), qu’il faudrait traduire « luttez » avec toutes les forces, sans relâche et avec fermeté d’orientation, c’est à dire avec le regard et le cœur orientés vers le Christ.

En outre, il faut faire attention au fait que, au lieu de répondre à une question sur les autres («  N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »), Jésus donne une réponse qui concerne directement ce qui L’écoutent : « Luttez ».

« Luttez », « efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ». Par la porte large passe celui qui croit avoir sur lui l’odeur de Dieu, prise grâce aux encensements, rites et prières, et il s’en vante. Par la porte étroite entre « celui qui porte sur lui l’odeur des brebis » (Pape François), l’ouvrier de Dieu avec les mains marquées par le travail et par le bon cœur. C’est la porte du service d’amour, de se mettre à disposition de Dieu et du prochain.

Jésus nous dit qu’il faut parcourir le chemin qu’Il a tracé et, qu’il faut passer par la porte qui est Lui-même : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé » (Jn 10, 9).

Pour se sauver il faut prendre comme Lui notre croix, nous renier nous-mêmes dans nos aspirations contraires à l’idéal évangélique et Le suivre sur son chemin : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive » (Lc 9,23).

Pour tous ceux qui le veulent, le passage à la vie éternelle est ouvert, mais il est ‘étroit’ parce qu’il est exigeant, il exige des efforts, abnégation, mortification de son égoïsme : il est crucifiant. Mais ça vaut vraiment la peine d’accueillir l’appel de l’unique Rédempteur qui invite tous et toutes au banquet de la vie immortelle.

Déjà à partir de maintenant et pour l’éternité, la vie est belle et heureuse non pas parce qu’elle est dans l’égoïsme, mais parce qu’elle fait sienne la croix ,et la remplit d’un amour qui libère, qui déchaine tout le bien qui est en nous.

Mais il faut satisfaire à une unique condition qui est la même pour tous : celle de s’efforcer, de lutter pour suivre le Christ et L’imiter en prenant sur soi, comme Il a fait, notre propre croix et en dédiant notre vie au service des frères et sœurs en humanité.

2) La Porte de la miséricorde.

            Jésus parle de lui-même comme Porte et, en allant sur la croix, il montre que la clef de cette Porte est la Croix. C’est une porte « étroite » parce que son amour est un amour exigeant et parce que nous sommes « larges », gonflés par l’orgueil et l’amour propre.

Le Christ est la Porte de miséricorde qui pardonne à notre cœur contrit, c’est à dire haché, effrité, parce que les fragments du cœur de pierre brisé par la douleur ont permis à Dieu de s’en servir pour nous donner en cœur de chair. Porte étroite dont la clef est la Croix qui nous permet d’ouvrir la porte de son cœur même s’il s’agit des derniers moments de vie, comme il est arrivé au bon larron qui grâce à cette clef a ouvert la porte du Paradis (Lc 23, 39-43).

Nous-aussi pouvons et devons “utiliser” cette clef, qui nous fait renoncer à la vie pour avoir la Vie, pour rentrer dans le Royaume de Dieu et demeurer dans son amour et dans sa joie pour toujours.

Le Christ est la porte « étroite », mais il est aussi la porte « large », parce qu’elle a la largeur de l’infinie miséricorde de Dieu.

Je m’explique avec un exemple pris de la vie de Saint Jérôme[1] qui – après sa conversion – pour faire pénitence de ses péchés choisit Bethleem pour les derniers 35 années de sa vie. Jusqu’à sa mort, pendant tout ce temps, il vit dans une pauvre cellule à côté de la grotte de la Nativité, priant, étudiant et traduisant en latin la Bible. Une nuit de Noël, l’Enfant Jésus lui apparut et lui demanda: – Jérôme, n’as-tu rien à me donner en ce jour de ma Naissance ?

Le Saint Lui répondit :

– Je Te donne mon cœur !

– D’accord, mais je désire d’autres choses encore. 

– Je Te donne mes prières !

Mais Jésus insistait 

– D’accord, mais je veux quelque chose encore.

– Je n’ai plus rien. Qu’est-ce que Tu veux que je Te donne ?

L’Enfant Jésus répondit :

– Donne-moi tes péchés, Jérôme, afin que je puisse avoir la joie de te les pardonner encore.

Jésus nous demande tout, même les péchés, pour nous donner tout (tout par-donner).

Au fil des siècles, aussi en vraiment beaucoup d’autres chrétiens la miséricorde de Dieu a triomphé. L’amour miséricordieux de Jésus poursuit, avec une force douce, son chemin à la conquête des cœurs. Parmi ces cœurs, une place spéciale est occupée par les vierges consacrées dans le monde qui vivant dans la virginité du don total de soi au Christ, acceptent avec joie de passer par la porte étroite pour appartenir étroitement à Lui qui dit: « Voici, je me tiens à la porte (du cœur) et je frappe: si quelqu’un entend ma voix et ouvre, je viendrai chez lui et je ferai une grande fête avec lui » (cf. Ap 3, 20).

Avec leur vie vécue dans la simplicité et l’humilité, ces femmes témoignent que la porte étroite est l’appartenance nuptiale au Christ par l’humble acceptation, dans la foi pure et dans la confiance sereine, de la parole de Dieu, de son dessin d’amour exigeant, amoureusement contraignant leurs personnes, le monde et l’histoire. C’est l’observance des commandements, comme expression de la volonté d’amour de Dieu, en vue d’un plus grand bien qui réalise le vrai bonheur. C’est aussi l’acceptation de la souffrance comme un moyen d’expiation et de rédemption pour soi-même et pour les autres, et comme expression suprême d’amour.

Les vierges consacrées témoignent que la porte étroite est, en un mot, l’accueil de la mentalité évangélique qui trouve dans le Sermon sur la montagne la plus pure synthèse et dans la virginité la plus haute réalisation. C’est l’amour pur et chaste qui sauve. L’amour qui déjà sur la terre est félicité intérieure de ceux qui, dans des manières variées, dans la douceur, dans la patience, dans la justice, dans la souffrance et dans les pleurs, s’oublient eux-mêmes et s’offrent en don. La croix – porte étroite parce strictement exigeante – est le symbole et l’icône de l’amour virginal, parce que la croix est la plénitude suprême de l’amour maximal pour Dieu et pour chaque personne humaine. C’est un amour qui embrasse tout le monde et n’exclut personne. Il est la synthèse au plus haut degré d’amour reçu et donné, d’amour crucifié et déjà ressuscité ou – au moins – illuminé par la lumière de l’aube de la résurrection. La croix est le cœur du monde, et les femmes qui ont choisi cet amour virginal accueillent en elles-mêmes ce cœur.

Lecture patristique

Saint Anselme d’Aoste (1033 – 1109)

Lettre 112, à Hugues le Reclus

Opera omnia, t. 3, 244-246.

Dieu proclame qu’il a mis en vente le Royaume des cieux. Mais ce Royaume est si beau que l’oeil de l’homme mortel ne peut voir, ni l’oreille entendre, ni l’esprit imaginer sa félicité et sa gloire.  Tout homme qui cherche à en connaître le prix obtiendra cette réponse: « Celui qui veut nous donner un Royaume dans le ciel n’a pas besoin d’argent terrestre, et nul ne peut rien donner à Dieu qui ne lui appartienne déjà, puisqu’il possède tout. »

Par ailleurs, Dieu ne donne pas un bien si précieux d’une manière totalement gratuite, car il ne l’accorde pas à celui qui n’aime pas. Personne, en effet, ne donne une chose qui lui est chère à celui pour qui elle n’a aucune valeur. Et comme Dieu n’a pas besoin de ce que tu as, et qu’il n’a pas à donner un bien si précieux à celui qui ne veut pas aimer ce bien, ce qu’il demande simplement, c’est l’amour, sans lequel il ne doit pas faire ce don. Donne donc l’amour et reçois le Royaume; aime, et il est à toi.

En somme, régner dans le ciel signifie simplement être uni à Dieu, à tous les anges et à tous les saints, ne faire qu’une volonté avec eux par l’amour, de façon à exercer tous ensemble une même puissance. Aime donc Dieu plus que toi-même et tu commenceras déjà à avoir ce que tu veux posséder parfaitement dans le ciel. Sois en accord avec Dieu et avec les hommes – à la seule condition qu’ils ne soient pas en désaccord avec lui – et tu commenceras aussitôt à régner avec Dieu et avec tous les saints. Car, dans le ciel, Dieu et tous les saints ajusteront leur volonté à la tienne, dans la mesure où tu auras ajusté en cette vie ta volonté à la leur. Si donc tu veux être roi dans le ciel, aime Dieu et les hommes comme tu dois le faire, et tu mériteras de devenir ce que tu désires.

Mais tu ne pourras parvenir à ce parfait amour qu’après avoir vidé ton cœur de tout autre amour. <> Voilà pourquoi ceux qui remplissent leur cœur de l’amour de Dieu et du prochain, ne veulent que les choses voulues par Dieu ou par les autres, pourvu que les choses voulues par ces derniers n’aillent pas à rencontre de la volonté de Dieu.

En conséquence, ils sont assidus aux prières, aux entretiens et aux pensées célestes, car il leur est doux de soupirer après Dieu, de lui parler, de l’entendre et de penser à celui qu’ils aiment tant. De là vient qu’ils sont joyeux avec ceux qui sont dans la joie, qu’ils pleurent avec ceux qui pleurent, qu’ils prennent les malheureux en pitié, qu’ils donnent à ceux qui sont dans le besoin, car ils aiment les autres comme eux-mêmes. Aussi dédaignent-ils les richesses, les pouvoirs, les plaisirs, les honneurs et les louanges, car celui qui aime ces choses agit souvent contre Dieu et son prochain.

C’est ainsi que tout ce qu’il y a dans la Loi et les prophètes dépend de ces deux commandements (Mt 22,40). Donc, celui qui veut parvenir à l’amour parfait avec lequel s’achète le Royaume, aimera le détachement, la pauvreté, l’effort et l’obéissance, comme font les saints.

[1] St. Jérôme naquit à Stridon vers 347 dans une famille chrétienne, qui lui assura une formation soignée, l’envoyant également à Rome pour perfectionner ses études. Dès sa jeunesse, il ressentit l’attrait de la vie dans le monde (cf. Ep 22, 7), mais en lui prévalurent le désir et l’intérêt pour la religion chrétienne. Après avoir reçu le Baptême vers 366, il s’orienta vers la vie ascétique et, s’étant rendu à Aquilée, il s’inséra dans un groupe de fervents chrétiens, qu’il définit comme un « chœur de bienheureux » (Chron. ad ann. 374) réuni autour de l’Evêque Valérien. Il partit ensuite pour l’Orient et vécut en ermite dans le désert de Calcide, au sud d’Alep (cf. Ep 14, 10), se consacrant sérieusement aux études. Il perfectionna sa connaissance du grec, commença l’étude de l’hébreu (cf. Ep 125, 12), transcrivit des codex et des œuvres patristiques (cf. Ep 5, 2).

La méditation, la solitude, le contact avec la Parole de Dieu firent mûrir sa sensibilité chrétienne. Il sentit de manière plus aiguë le poids de ses expériences de jeunesse (cf. Ep 22, 7) et il ressentit vivement l’opposition entre la mentalité païenne et la vie chrétienne.

En 382, il partit s’installer à Rome: là, le Pape Damase, connaissant sa réputation d’ascète et sa compétence d’érudit, l’engagea comme secrétaire et conseiller; il l’encouragea à entreprendre une nouvelle traduction latine des textes bibliques pour des raisons pastorales et culturelles.

Après la mort du Pape Damase, Jérôme quitta Rome en 385 et entreprit un pèlerinage, tout d’abord en Terre Sainte, témoin silencieux de la vie terrestre du Christ, puis en Egypte, terre d’élection de nombreux moines (cf. Contra Rufinum 3, 22; Ep 108, 6-14). En 386, il s’arrêta à Bethléem, où, furent construits un monastère masculin, un monastère féminin et un hospice pour les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte. Il resta à Bethléem jusqu’à sa mort, en continuant à exercer une intense activité: il commenta la Parole de Dieu; défendit la foi, s’opposant avec vigueur à différentes hérésies; il exhorta les moines à la perfection; il enseigna la culture classique et chrétienne à de jeunes élèves; il accueillit avec une âme pastorale les pèlerins qui visitaient la Terre Sainte. Il s’éteignit dans sa cellule, près de la grotte de la Nativité, le 30 septembre 419/420.

Source: ZENIT.ORG, le 19 août 2022

« Allumer le feu de l’amour sur la terre », par Mgr Francesco Follo

Veillée de Pâques, 3 avril 2021 © Vatican Media
Veillée De Pâques, 3 Avril 2021 © Vatican Media

« Allumer le feu de l’amour sur la terre », par Mgr Francesco Follo

Méditation de l’Evangile de dimanche 14 août 2022 par Mgr Mgr Francesco Follo

« Avec des paroles de feu, le Christ nous communique un amour sans fin qui a pour fin, pour but de nous faire entrer dans l’Amour », explique Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

« Le Fils de Dieu a le désir d’allumer le feu de l’amour sur la terre ». Il est lui-même ce « feu allumé, qui réchauffe et renouvelle, et qui rend capable d’aimer et de servir l’homme, notre prochain avec un amour divin », il est « le feu qu’il faut porter “dans” la terre de notre cœur ».

Voici la méditation proposée par Mgr Francesco Follo pour ce dimanche 14 août.

Feu d’Amour qui forme, purifie et donne lumière et chaleur.

XX Dimanche du Temps ordinaire – Année C – 14 aout 2022

Jér 38,4-6.8-10; Ps 39; Héb 12,1-4; Lc 12,49-53

            1) Désir.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus, le Verbe de Dieu fait homme pour le salut de tous, parle de son désir intense et angoissé de réaliser dans le temps, la mission que le Père lui a confiée. Avec des paroles de feu, le Christ nous communique un amour sans fin qui a pour fin, pour but de nous faire entrer dans l’Amour.

Avant de commenter ces paroles, je propose de les relire : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère » (Lc 12,49-53)

Naturellement, lorsque le Rédempteur parle de division, de « haine », il ne l’entend pas de la même façon que nous, c’est-à-dire un sentiment pervers contre quelqu’un mais le détachement total de soi pour faire place à l’Amour : un Amour qui en Jésus était vraiment un « baptême », un « feu » d’amour qui Le brûlait à l’intérieur.

Le Fils de Dieu a le désir d’allumer le feu de l’amour sur la terre. Il s’agit d’un feu de lumière et d’amour parce que :

  • c’est le feu du Saint Esprit donné à la Pentecôte ;
  • c’est le feu qui fait en manière la vérité devienne en nous charité et que la charité allume comme le feu le prochain que nous rencontrons parce que l’amour est comme le feu, si tu ne l’alimentes pas, il s’éteint ;
  • c’est le feu purificateur du jugement de Dieu, feu d’Amour miséricordieux qui sauve le monde.

Donc, Jésus a cet immense désir d’allumer le feu,

  • qui est l’Amour qui donne forme au le monde,
  • qui est l’Amour qui purifie et transforme
  • qui est l’Amour puissant qui donne lumière et chaleur.

Si nous passons devant un feu allumé, nous en ressentons la chaleur. Le Christ est le feu allumé, qui réchauffe et renouvelle, et qui rend capable d’aimer et de servir l’homme, notre prochain avec un amour divin.

Jésus est le feu qu’il faut porter « dans » la terre de notre coeur.

Jusqu’à quand tous les coeurs et les esprits humains ne seront pas incendiés par ce feu, la parole de l’évangile aura un son inefficace et le Règne sera encore loin.

Pour renouveler la fragile et malade famille des hommes, il est nécessaire qu’il y aie un incendie de douleur et de passion. La saleté qui barbouille le corps, obstrue la bouche, les oreilles et suffoque les coeurs, doit être incinérée par le feu spirituel que Jésus est venu allumer. Ce feu n’est pas seulement la destruction du mal, mais il est salut du bien, feu de sainteté.

Le Christ nous donne un feu qui ne s’éteint pas, qui vient du ciel, c’est le feu de l’Esprit du Christ. Un feu de l’Esprit qui renouvelle la face de la terre et la rend en une expression lumineuse et chaude de la présence divine entre nous : c’est le feu de son Esprit, c’est le baptême de l’Amour, baptême d’Esprit et de feu.

            2) Angoisse.

Toujours dans l’Evangile d’aujourd’hui, le Christ parle de son désir d’allumer le feu de l’Amour sur la terre. En même temps, il parle aussi de son angoisse qui accepte que ce feu doit passe à travers l’eau de sa mort. Aussi notre vie présente est toujours une lutte entre le désir du bien et l’angoisse du mal, entre la paix et les choix difficiles. C’est un conflit que nous sommes appelés à vivre avec discernement, en sachant que toujours, en chaque jour de notre vie, nous sommes appelés à choisir ce qui est juste, même s’il y a un coût à payer.

Mais pourquoi Jésus parle d’angoisse ? Le Christ nous dit qu’Il est dans l’angoisse, parce qu’il sait que ce feu sera allumé et partagé à travers sa mort sur la Croix. Ce saint Bois est le berceau de la nouvelle Bethléem, qui signifie « ville du pain », c’est la mangeoire du Pain consommé, c’est la nouvelle auberge d’Emmaüs du pain rompu, la nouvelle Béthanie, que signifie « maison du pain » parfumé offert aux hommes pour toujours. C’est à Béthanie que Marie lava les pieds au Christ avec le baume de nard, symbole de la miséricorde.

Jésus est angoissé parce qu’il sait que ce feu vient d’un baptême, d’une eau qui jaillit de Lui sur la croix. La croix est le creuset capable de nous transformer en témoins (en grec : martyres) qui suivent le Christ, le martyre par excellence. Dans le coeur de l’Eglise le coeur du Christ bat : l’angoisse et le désir ardent qui l’ont poussé à témoigner dans l’urgence sur la vérité, poussent les apôtres et tous les chrétiens à annoncer l’Evangile.

            3) Division ou Paix ?

Le feu du Christ est capable de s’étendre sans faire les dégâts d’un incendie. Il crée des liens chaleureux avec un vif échange animé : un feu de vie et de paix. La paix de Jésus repose sur l’amour désintéressé et libre qui se donne gratuitement.

A ce point, une question spontanée nait : « Pourquoi, si le Christ est le Prince de paix, dit qui est venu porter la division et non la paix ? ».

Cette contradiction naît non pas parce que Jésus est venu pour porter la division et la guerre dans le monde, mais parce que la division et le contraste naissent inévitablement de sa venue à cause du fait qu’il met les personnes face à la décision. Et devant la nécessité de se décider, la liberté humaine réagit différemment et de façon contradictoire. La parole du Rédempteur et sa propre personne font ressortir tout ce qui est caché au plus profond du coeur humain. Le vieux Siméon l’avait prédit en prenant dans ses bras l’enfant Jésus : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre » (Lc 2, 34-35). Le Christ sera la première victime de cette contradiction, le premier à souffrir de l’ « épée » qu’ il est venu porter sur la terre. Ce sera Lui qui en ce conflit perdra la vie pour nous donner la Vie.

            4) Les Vierges consacrées dans le monde et la division.

Dans la vie, l’attente des belles choses ouvre notre coeur à la joie : l’attente de choses tristes et moches nous mettent face au drame de la peur, de l’inconnu. Dans ce cas, c’est un saut dans le noir. Jésus, au contraire est lumière, espoir, joie et sérénité : il est Tout.

Les vierges consacrées dans le monde s’offrent à ce Tout sans réserve. Elles aussi expérimentent la division que le Christ porte. En effet, la virginité implique ce détachement radical de la chaire pour être en totale et exclusive communion avec le Christ.

Ce n’est pas seulement une division qui nous sépare de « quelque chose » mais qui nous détache de choses pour être unis à « Quelqu’un », au Christ qui nous aime jusqu’à donner sa propre vie. Donc la division du monde devient un partage de grâce et un signe pour le monde que c’est beau et heureux se donner à Dieu, qui est leur constant interlocuteur. Ces femmes dans le dialogue avec Dieu s’ouvrent au dialogue avec toutes les personnes qui vivent dans le monde, vers lesquelles elles deviennent mères, mères des enfants de Dieu (cf. RCV, 29).

De cette façon, avec leur don virginal, les vierges consacrées témoignent qu’être disciples du Christ signifie Lui appartenir. C’est le sens plus profond des paroles dures et difficiles de l’Evangile d’aujourd’hui : il faut « oser » la haine, la division, même la plus dure, sans jamais se retourner en arrière pour ensevelir ou dire au revoir à nos familiers. Pour amour des nôtres, souvent, nous sommes appelés à couper radicalement, parce que « l’adversaire rusé, quand il se voit chassé du coeur des bons, cherche ce qui sont beaucoup aimés par eux et parle à travers leur mots affectueux et séduisants afin que, le coeur pénétré avec la force de l’amour, l’ épée persuasive de la tentations perce facilement dans les fortifications de la rectitude intérieure » (St Grégoire le Grand).

Lecture patristique

Denys le Chartreux (+ 1471)

Commentaire sur l’évangile de Luc

Opera omnia, 12, 72-74.

Je suis venu apporter un feu sur la terre, je suis descendu du haut du ciel et, par le mystère de mon Incarnation, je me suis manifesté aux hommes pour allumer dans les coeurs humains le feu de l’amour divin; et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé (Lc 12,49), c’est-à-dire qu’il prenne et devienne une flamme activée par l’Esprit Saint, et qu’il fasse jaillir des actes de bonté ! Le Christ annonce ensuite qu’il subira la mort sur la croix avant que le feu de cet amour n’enflamme l’humanité. C’est, en effet, la très sainte passion du Christ qui a valu à l’humanité un don aussi grand, et c’est avant tout le souvenir de sa passion qui allume une flamme dans les coeurs fidèles.

Je dois recevoir un baptême, autrement dit: « Il m’incombe et il m’est réservé par une disposition divine de recevoir un baptême de sang, de me baigner et de me plonger comme dans l’eau, dans mon sang répandu sur la croix pour racheter le monde entier; et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit accompli (Lc 12,50), en d’autres termes jusqu’à ce que ma passion soit achevée, et que je puisse dire: Tout est accompli (Jn 19,30)! » Le Christ, en effet, était sans cesse animé par l’amour.

Il expose ensuite le moyen de parvenir à la perfection de l’amour divin : Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde (Lc 12,51) ? C’est comme s’il disait : « Ne pensez pas que je sois venu donner aux hommes la paix selon la chair et le monde, la paix sans aucune règle, qui les ferait vivre en bonne entente dans le vice et leur assurerait la prospérité sur cette terre. »

Non, je vous le dis, ce qui signifie : « Je ne suis pas venu apporter une paix de ce genre, mais la division (Lc 12,52), une bonne et très salutaire séparation des esprits et même des corps. Ainsi, parce qu’ils aiment Dieu et recherchent la paix intérieure, ceux qui croient en moi se trouveront naturellement en désaccord avec les méchants ; ils se sépareront de ceux qui tentent de les détourner du progrès spirituel et de la pureté de l’amour divin, ou s’efforcent de leur créer des difficultés ».

Donc, la paix spirituelle, intérieure, la bonne paix, c’est la tranquillité de l’âme en Dieu, ou la bonne entente selon l’ordre juste. Le Christ est venu apporter cette paix avant toutes choses. La paix intérieure a sa source dans la charité. Elle consiste en une joie inaltérable de l’âme qui est en Dieu. On l’appelle la paix du coeur. Elle est le commencement et un certain avant-goût de la paix des saints qui sont dans la patrie, de la paix de l’éternité.

Source: ZENIT.ORG, le 12 août 2022

« La vie est pèlerinage et mission », par Mgr Francesco Follo

Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

« La vie est pèlerinage et mission », par Mgr Francesco Follo

La communion avec le Christ: une mission

« Nous sommes appelés à vivre la communion » avec le Christ « non pas comme un refuge ou comme une fuite du monde, mais comme une mission et un devoir pour collaborer avec Lui. Sa tâche devient notre mission », explique Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, dans sa méditation des lectures de dimanche 3 juillet prochain.

Il ne s’agit pas, précise Mgr Follo, d’ « enseigner en premier lieu la vérité et des doctrines » mais d’ « annoncer une Présence qui fait vivre, agir et penser d’une  façon neuve: en frères et sœurs ».

Voici la méditation de Mgr Francesco Follo.

La vie est pèlerinage et mission

XIV Dimanche du Temps Ordinaire – Année C – 3 juillet 2016

Is 66, 10 – 14; Sal 6, 14 – 18; Lc 10, 1 – 12.17 – 20 (forme brève: Lc 10, 1 – 9)

2Sam 12,7-10.13; Pd 31; Gal 2,16.19-21; Lc 7,36-8,3

1) Chrétiens c’est à dire Missionnaires

L’évangile de dimanche dernier nous a rappelé que nous avons été appelés à être des vrais disciples du Christ en mettant le Rédempteur au-dessus de toute affection, de toute joie. Aujourd’hui nous sommes appelés à vivre la communion avec Lui non pas comme un refuge ou comme une fuite du monde, mais comme une mission et un devoir pour collaborer avec Lui. Sa tache devoir devient notre mission.

Cette mission ne s’adresse pas seulement à quelqu’un de disciples mais à tous les disciples de Jésus, c’est à dure nous tous.

Donc nous sommes tous appelés à être des missionnaires pour porter la Bonne et heureuse nouvelle de la présence d’un Dieu qui s’est fait un de nous pour nous faire comme Lui, riche de miséricorde. La miséricorde de Dieu arrive aux hommes à travers le témoignage de ceux qui l’ont connue et expérimentée dans leur propre personne.

Le Christ appelle pour envoyer porter cette annonce de vérité, de charité et d’espérance. La mission de Jésus est de sauver le monde avec un amour qui jusque-là nous ne connaissions pas : celui de sauver tout le monde sans exclusion et avec un amour vrai. Cette annonce ne consiste pas à enseigner en premier lieu la vérité et des doctrines mais dans l’annoncer une Présence qui fait vivre, agir et penser d’une  façon neuve: en frères et sœurs.

En effet, les mots « missionnaire » et « apôtre » dérivent un du latin et l’autre du grec. Ils signifient « mandaté », « envoyé ». Chacun de nous est « envoyé » aux sœurs et aux frères. Donc, la dimension missionnaire, apostolique, est essentielle pour chaque chrétien et se réalise en suivant le Christ et en allant vers le prochain.

C’est pourquoi, lorsque nous disons que l’Eglise est apostolique, nous ne voulons pas dire seulement qu’elle est fondée sur les apôtres, mais c’est à partir de cette graine (des apôtres d’il y a 2000 ans) que la plante s’est développée. S’il est vrai que la mission est l’aspect fondamental de l’Eglise, il est aussi vrai qu’elle est un aspect fondamental de chacun de nous. En effet, en tant que enfants s de Dieu, nous sommes appelés à témoigner notre « être fils et filles » en devenant des frères et des soeurs avec tous les autres sur les routes du monde.

2) Pèlerins donc Missionnaires

Une des caractéristiques de l’Evangéliste Luc est de décrire le Christ dans une attitude de pèlerin qui n’est pas réductible à celle d’un voyageur, parce que pour Lui le chemin n’est pas seulement un moyen pour arriver à une destination, mais une façon d’être, de vivre, typique de qui sait que la terre n’est pas sa demeure stable.

Le Chrétien est un  voyageur qui devient pèlerin avec le Christ, Qui enseigne que notre vie est un chemin avec Lui, pour apprendre à se donner par amour, comme Lui a fait qui est le chemin et la joie.

Le pape François nous invite sur ce chemin: « toujours en le chemin avec cette vertu pèlerine : la joie! Vertu qui nous rend crédibles et exprime l’expérience de miséricorde et d’appartenance au Dieu vrai et amoureux.

Dans ce chemin, nous pouvons être guidés  par deux phrases du Nouveau Testament.

La première est celle  de Jésus qui se définit « chemin » : « Je suis le chemin , la vérité et la vie » (Jn 14,6).

La seconde est celle qui définit les chrétiens et sont appelés « ceux du chemin » (tou odòs) (Act 9, 2) qui est traduit « ceux qui suivent la doctrine du Christ ». « Ceux du chemin »  est le premier nom qui a été donné aux disciples du Christ : ce sont ceux qui sont en la route pour suivre ce nouveau Maître, qui a été tué d’une façon honteuse mais qui est ressuscité. Le chemin chrétien est donc une route (le Christ) à parcourir en tenant fixe un objectif, celui de suivre le Christ, de se conformer à Lui. La fin devient un parcours : suivre le Christ est le chemin. C’est vivre la vie avec le cœur qui marche, qui va vers Dieu avec les pas intérieurs de la prière et porte la charité aux autres.

A cet égard, St Grégoire le Grand écrit: « Notre Seigneur et Sauveur, frères très chers, parfois nous instruit pars des paroles, parfois par des faits. Ses actions deviennent des préceptes quand tacitement, avec ce qu’il fait, il nous indique ce que nous devons faire. Voilà qu’il envoie ses disciples prêcher deux par deux. Parce que deux sont les préceptes de la charité : la charité vers Dieu et la charité vers le prochain, et parce qu’il aie l’amour il faut au moins de personnes. L’amour qu’un a pour soi-même personne l’appelle charité ; il doit être dirigé vers un autre, pour qu’il soit appelé charité. Le Seigneur envoie ses disciples deux par deux pour nous faire comprendre que si quelqu’un n’a pas d’amour pour les autre, il ne doit pas se mettre a prêcher » (Hom., 17, 1 – 4.7 s).

           3) Vierges et pèlerines

Les personnes qui, d’une façon spéciale, font sienne la spiritualité de la vie comme un chemin, comme un pèlerinage, sont les vierges consacrées dans le monde.

La virginité est la modalité propre au Christ  d’aimer et, ces femmes témoignent qu’il est possible de répondre à l’amour du Christ avec le don total de soi-même. En effet, le vrai amour n’est pas de donner des choses, des biens matériels, mais de donner soi-même. Le vrai amour de Dieu est celui de l’aimer pour ce qu’il est et pas pour ce qu’il a.

La virginité est aussi la modalité d’aimer de Marie, la première à être heureuse non pas pour ce qu’elle faisait mais certaine que son nom était inscrit dans le coeur de Dieu, qui avait regardé à son humble servante

Comme la Vierge Marie, Mère du Chemin et Arche de l’Alliance, a marché sur les monts de Judée pour porter Jésus et sa joie à sa cousine Elisabeth, sur les routes de l’exil pour sauver le Fils de Dieu, sur le chemin du Calvaire pour devenir notre Mère, ainsi les vierges consacrées vivent en portant Jésus dans le monde, à travers leur vie vécue simplement et chastement.

Comme Marie porta au monde le Christ sous son cœur, les vierges consacrées aussi portent au monde l’évangile et le salut du Christ qu’elles portent dans leur cœur.

C’est un cœur dédié à Lui seul et à son Règne. Pour ce Règne de Dieu, il faut des personnes qui, le cœur rempli de Dieu, se consacrent à la venue de ce Règne. La virginité consacrée est toujours  missionnaire et ne concerne pas seulement les consacrés qui vont vers des Terres lointaines pour annoncer l’Evangile  mais concernent toutes les vierges.

Comme pour la Vierge Marie, la virginité ne signifie pas stérilité, mais, au contraire, fécondité maximale. De cette façon, ces femmes consacrées montrent qu’il peut y avoir une fécondité sur un plan différent de celle physique.

La première fois que la virginité apparait  dans l’histoire du salut, elle est associée à la naissance d’un enfant: « Voici, la Vierge concevra et enfantera un enfant….. » (Is 7, 14). La tradition de l’Eglise a saisi ce lien en associant constamment  le titre de vierge à celui de mère. Maria est la Vierge Mère; l’Eglise est vierge et mère. « Un est le Père de tous, un aussi  le Verbe de tous, un et identique est le Saint Esprit et une seule est la vierge mère : ainsi j’aime appeler l’Eglise » (St Clément d’Alexandrie). Enfin chaque âme et, en particulier, chaque âme consacrée est vierge et mère : « Chaque âme croyante, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ est considérée, à sa manière, vierge et féconde » (Ibid.).

Les personnes consacrées se rappellent que s’il est vrai que le chemin-pèlerinage de Jésus a été son amour jusqu’à la fin, il est aussi vrai que le chemin-pèlerinage suivant Jésus est celui de l’amour nuptial.

Le rite de consécration des vierges est appelé dans le dictionnaire de liturgie, « consécration matrimoniale à Jésus Christ ». C’est la raison pour laquelle chacune de ces femmes est appelée « Sponsa Christi »

Il est vrai que chaque personne chrétienne est épouse du Christ, mais il est demandé aux vierges consacrées de l’être d’une façon éminente. Elles doivent vivre et témoigner l’union « nuptiale » avec Jésus Christ d’une manière religieuse, chaste, dévouée et totale. La virginité consacrée leur permet d’être des fenêtres transparentes entre l’Eglise et le monde, en laissant passer la lumière vraie de l’amour miséricordieux.

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon 101, 1-211

PL 38, 605-607 610

L’évangile qui vient d’être lu nous invite à nous interroger sur la moisson dont le Seigneur a dit: La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson (Lc 10,2). Alors, aux douze disciples auxquels il avait donné le nom d’Apôtres, il en adjoignit soixante-douze autres. Puis il les envoya tous, comme ses paroles l’indiquent, à une moisson déjà préparée.

Quelle était donc cette moisson? Certainement pas la moisson des païens, puisque chez eux rien n’avait été semé. Il nous faut donc l’entendre du peuple juif. C’est pour cette moisson-là qu’est venu le maître de la moisson, et il y a envoyé ses moissonneurs. Quant aux païens, il leur a envoyé des semeurs, non des moissonneurs. Sachons donc que la moisson était faite chez les Juifs et les semailles chez les païens. Le Seigneur avait choisi ses Apôtres dans cette moisson, où le grain était mûr et prêt à être coupé, car les prophètes l’y avaient semé. Quel plaisir de parcourir du regard la terre que Dieu cultive! Quel délice de contempler ses dons et les ouvriers qui travaillent dans son champ!

Vous pouvez y observer deux moissons, l’une qui est en cours, l’autre, encore à faire; celle-ci chez les païens, celle-là chez les Juifs. Prouvons ce que nous venons de dire en nous appuyant simplement sur la divine Écriture, celle du maître de la moisson. Voici. Nous savons qu’il est dit dans le passage que nous venons d’entendre: La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

Il est bien dans mon propos de vous montrer que la moisson a rapport aux peuples parmi lesquels les prophètes ont prêché. Ce sont eux en effet qui étaient les semeurs, afin que les Apôtres puissent être les moissonneurs. Pour germer et grandir, le blé avait dû être semé par les prophètes; arrivé à maturité, il attendait que les Apôtres viennent le moissonner. Le Seigneur n’a-t-il pas déclaré alors à ses disciples: Vous dites que l’été est encore loin. Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson (Jn 4,35). Il a dit encore: D’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux (Jn 4,38). Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes ont pris de la peine. Ils ont peiné pour semer le grain. A son avènement, le Seigneur a trouvé la moisson mûre. Et il a envoyé les moissonneurs avec la faux de l’Évangile.

Les prédicateurs de l’Évangile ne saluent personne en chemin. Ils ne veulent rien faire d’autre qu’annoncer la Bonne Nouvelle par amour de leurs frères. Qu’ils entrent dans les maisons et qu’ils disent: Paix à cette maison (Lc 10,5). Ils ne se bornent pas à en parler, mais ils répandent la paix dont ils sont remplis. Ils proclament la paix et la possèdent. Celui qui est rempli de paix salue en disant: Paix à cette maison. S’il y a là un ami de la paix, la paix du messager ira reposer sur lui (Lc 10,6).

Source: ZENIT.ORG, le 1er juillet 2022

« Adorer, adhérer, partager », par Mgr Francesco Follo

Fête-Dieu 14 juin 2020, capture @ Vatican Media

Fête-Dieu 14 Juin 2020, Capture @ Vatican Media

Solennité du Saint-Sacrement

L’Eucharistie est un don : « le Corps et la vie du Fils. Dans l’Eucharistie, où nous recevons en don le corps du Christ donné pour nous et pour tous , s’accomplit toute promesse de Dieu », explique Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

« Nous vivons dans l’Eucharistie toutes les fêtes que nous célébrons dans l’année, de Noël à Pâques, de la Pentecôte à la Trinité, rappelle-t-il. Nous recevons une vie nouvelle, à travers le Fils. L’important est de ne pas garder ce don pour soi, mais de le partager ».

Voici la méditation proposée par Mgr Follo pour la solennité du Corps et du Sang de Jésus.

Adorer, adhérer, partager

Solennité du Corps et du Sang du Christ 

Année C – 19 juin 2022

Gen 14,18-20; Ps 109; 1Cor 11,23-26; Lc 9,11-17

            1) Multiplier le pain et rompre le Pain de vie.

Cette année, pour nous faire vivre la Fête-Dieu, la liturgie nous propose un passage de l’Evangile selon saint Luc qui raconte le miracle de la multiplication des pains accompli dans les environs de  Bethsaïde (maison de la pêche en juif), le village de Pierre, André et Philippe (cf. Jn 1,44).

De retour, avec ses disciples de son travail ‘d’évangélisation’, Jésus s’était retiré dans ce lieu désert, solitaire, pour se retrouver un peu seul avec les siens et, probablement, leur donner la possibilité de se reposer de leur « lourde » tâche missionnaire. Une grande foule accourt vers Jésus. Toutes ces personnes ont faim de paroles qui leur expliquent la vraie vie, et elles viennent avec des malades. Jésus accueille tout le monde. Il leur parle de Dieu et de son Règne, guérit ceux qui en ont besoin. Car la mission du messie est d’enseigner, guérir et nourrir l’âme et le corps.

Pour la fête du Saint sacrement du Corps et du Sang du Christ (ou Fête-Dieu), c’est à cette prédication et ce soin spirituel et matériel que s’attache aujourd’hui le passage choisi sur la multiplication des pains (Lc 9,11-17), image du pain eucharistique, car « ni pour Dieu ni pour nous, donner Sa parole suffisait. L’homme a trop faim et Dieu a du donner sa Chair et son Sang » (Divo Barsotti).

Les phrases centrales sont celles que l’on répète à chaque fois que nous célébrons l’eucharistie : « Il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule » (cf. Lc 11, 16).

Je crois bon d’affirmer que tout l’Evangile illustre ces paroles, qui sont à lire dans le contexte des versets précédents, en particulier les 12 et 13: « Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. Mais Jésus leur dit : “Donnez-leur vous-mêmes à manger” ».

Jésus avait déjà donné aux Douze le mandat de prêcher l’évangile et de guérir les malades. Maintenant il leur confie la mission de donner à manger aux foules. Ici, l’épisode de la multiplication des pains et des poissons indique que Jésus ne veut pas seulement rassasier, mais accomplir un geste révélateur, montrer comment Dieu veut que les hommes se comportent.

Selon les disciples, c’est aux gens de la foule d’aller s’acheter des vivres. Alors que pour Jésus,  au lieu d’acheter il faut partager. Cela signifie que les relations entre nous et les autres, entre nous et la Terre, doivent changer. Nous avons là tout le sens de l’Eucharistie, qui dit non seulement ‘présence’ de Dieu mais une présence transformée en pain rompu et une vie partagée. Les choses que nous possédons – peu ou beaucoup – sont toujours des dons de Dieu, à partager avec les autres, et non à utiliser malgré les autres. Si les disciples étaient allés eux-mêmes acheter du pain pour la foule (« à moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple » – Ibid. 9, 13), ils auraient eu un geste de philanthropie, et non un geste qui ouvre nos relations à une autre logique, celle du don, capable de révéler un nouveau visage de Dieu, communion d’amour et de don.

Et ainsi se lève un nouveau jour. En effet, ce n’est pas par hasard si saint Luc a écrit: « Le jour commençait à baisser » (Ibid. 9, 12) : comment oublier le soir des disciples d’Emmaüs (Ibid. 24, 13-15)  mais surtout le soir de la Cène (Ibid. 22, 19-20) quand il institua l’Eucharistie: le jour arrivait à son terme et il en commençait un « nouveau ». Quand nous pensons être à la fin de la journée, cette fin est en fait le début de Sa journée,  sans crépuscule.

2) La logique du don.

Il est vrai que dans ce passage de l’évangile,  les gestes de Jésus  – rompre le pain et le distribuer avec l’aide des disciples – font penser au repas eucharistique. Toutefois, il ne s’agit pas d’une simple préfiguration symbolique de l’Eucharistie mais d’une vraie et profonde révélation de Jésus et de son existence et, donc, d’une vraie révélation du geste eucharistique. Pour saint Luc la distribution des pains, la dernière Cène, le repas d’Emmaüs, sont les piliers autour desquels se manifeste la logique de l’existence de Jésus: une vie offert en don.

L’Eucharistie est ce don: le Corps et la vie du Fils. Dans l’Eucharistie, où nous recevons en don « le corps du Christ donné pour nous et pour tous », s’accomplit toute promesse de Dieu. Nous vivons dans l’Eucharistie toutes les fêtes que nous célébrons dans l’année, de Noël à Pâques, de la Pentecôte à la Trinité. Nous recevons une vie nouvelle, à travers le Fils. L’important est de ne pas garder ce don pour soi, mais de le partager.

Mais ce partage est possible si on brise le pain (ce n’est pas par hasard qu’un des noms de la messe soit « fractio  Panis » du latin « frangere » qui veut dire «  rompre, briser, émincer, couper en morceaux »).         Le verbe « rompre » apparaît dans tous les récits illustrant l’institution de l’Eucharistie, dans ceux parlant de la multiplication des pains et celui des disciples d’Emmaüs. Les verbes sont toujours quatre: il prit, bénit, rompit et donna. Et toujours dans la même séquence. Que de fois les avons-nous entendus : jusqu’à, peut-être, en avoir fait l’habitude.

Si Jésus accepte d’être coupé en morceau sans hésitation ni résistance, c’est par amour pour nous. Il partage sa vie en « la brisant », en se laissant couper en tant de petits morceaux pour les donner à bien plus des 5 000 personnes dont parle l’Evangile du jour.

Comment pouvons-nous apprendre de Lui pour être comme Lui? En faisant la communion et acceptant de nous « distribuer » en toute confiance. Accueillons la vocation à nous donner, en vivant de manière eucharistique, c’est-à-dire en unissant les efforts de notre travail quotidien et ceux d’une vie vécue dans l’amour de Dieu.

Tandis que nous prions le Seigneur de nous aider à imiter dans la vie quotidienne ce qu’aujourd’hui nous célébrons, prenons exemple sur les vierges consacrées dans le monde, car «  le Mystère eucharistique a aussi un rapport intrinsèque avec la virginité consacrée, en tant qu’elle est expression du don exclusif de l’Église au Christ, qu’elle accueille comme son Époux avec une fidélité radicale et féconde. Dans l’Eucharistie, la virginité consacrée trouve inspiration et nourriture pour sa donation totale au Christ » (Benoît XVI, Sacramentum caritatis,n. 81)

La vierge consacrée aime avec passion l’Eucharistie. Elle reçoit du Christ « inspiration » et « nourriture ». Toujours prête à recevoir l’amour intime du Seigneur et à le rendre sous forme de prière et de service, elle se nourrit quotidiennement d’eucharistie. Ceci lui donne la force de se présenter publiquement comme vierge, dans une société qui a beaucoup de mal, quand elle ne s’y oppose pas, à accepter la présence de personnes qui sont des femmes non seulement consacrées mais vierges.

Ces vierges témoignent qu’il vaut mieux vivre comme si Dieu existait, que Dieu est la raison de la vie, de la vraie vie, une vie heureuse. En faisant cela, elles sont des «  témoins de la joie de l’Evangile » (Pape François).

Leur vie montre que se réalise tout ce que l’évêque promet à l’homélie: « Le Christ, Fils de la Vierge et époux des vierges, sera votre joie et votre couronne sur la terre, jusqu’à ce qu’il vous conduise aux noces éternelles dans son royaume où, en entonnant le chant nouveau, vous suivrez l’Agneau partout où il ira » (Rituel pour la consécration des Vierges, Projet d’homélie, n. 29) et dans la prière de consécration: «  Seigneur, sois pour elles la joie, l’honneur et l’unique volonté ; sois leur réconfort dans l’affliction ; sois leur conseiller dans l’incertitude ; sois leur défense dans le danger, leur patience dans l’épreuve, l’abondance dans la pauvreté, nourriture dans le jeûne, leur remède dans la maladie. En toi, Seigneur, qu’elles possèdent tout,  parce qu’elles T’ont choisi, Toi seul par dessus tout » (Ibid., n. 38). La vierge consacrée est un don d’amour fidèle à Dieu et spirituellement fécond pour l’Eglise. C’est une histoire d’humilité et de vie cachée,  d’une vie déjà éternelle, joie anticipée d’une attente qui est déjà présence.

           Lecture Patristique

Saint Thomas d’Aquin (1225 – 1274)

Opusc. 57. lect. 1-4

Le mystère de l’Eucharistie.

Le Fils unique de Dieu, voulant nous faire participer à sa divinité, a pris notre nature afin de diviniser les hommes, lui qui s’est fait homme.

En outre, ce qu’il a pris de nous, il nous l’a entièrement donné pour notre salut. En effet, sur l’autel de la croix il a offert son corps en sacrifice à Dieu le Père afin de nous réconcilier avec lui; et il a répandu son sang pour qu’il soit en même temps notre rançon et notre baptême : rachetés d’un lamentable esclavage, nous serions purifiés de tous nos péchés.

Et pour que nous gardions toujours la mémoire d’un si grand bienfait, il a laissé aux fidèles son corps à manger et son sang à boire, sous les dehors du pain et du vin.

Banquet précieux et stupéfiant, qui apporte le salut et qui est rempli de douceur ! Peut-il y avoir rien de plus précieux que ce banquet où l’on ne nous propose plus, comme dans l’ancienne Loi, de manger la chair des veaux et des boucs, mais le Christ qui est vraiment Dieu ? Y a-t-il rien de plus admirable que ce sacrement ? ~

Aucun sacrement ne produit des effets plus salutaires que celui-ci : il efface les péchés, accroît les vertus et comble l’âme surabondamment de tous les dons spirituels !

Il est offert dans l’Église pour les vivants et pour les morts afin de profiter à tous, étant institué pour le salut de tous. Enfin, personne n’est capable d’exprimer les délices de ce sacrement, puisqu’on y goûte la douceur spirituelle à sa source et on y célèbre la mémoire de cet amour insurpassable, que le Christ a montré dans sa passion.

Il voulait que l’immensité de cet amour se grave plus profondément dans le cœur des fidèles. C’est pourquoi à la dernière Cène, après avoir célébré la Pâque avec ses disciples, lorsqu’il allait passer de ce monde à son Père, il institua ce sacrement comme le mémorial perpétuel de sa passion, l’accomplissement des anciennes préfigurations, le plus grand de tous ses miracles ; et à ceux que son absence remplirait de tristesse, il laissa ce sacrement comme réconfort incomparable.

Source: ZENIT.ORG, le 17 juin 2022

« Nous sommes faits à l’image de la Trinité », par Mgr Francesco Follo

« Dogmatic Sarcofagus », Musées Du Vatican, WIKIMEDIA DP

« Nous sommes faits à l’image de la Trinité », par Mgr Francesco Follo

Communion d’amour

Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, propose cette méditation , invitant les lecteurs de Zenit à « comprendre de plus en plus que nous sommes faits à l’image de la Trinité. La preuve la plus forte de cette vérité est que seul l’amour nous rend heureux, car nous vivons en relation avec l’amour et nous vivons pour être aimés ».

A ceux qui objectent que « le mystère de la Trinité ne sert à rien pour la vie quotidienne », Mgr Follo répond : « au contraire, ces Trois Personnes divines sont pour nous les plus intimes dans la vie quotidienne : elles ne sont pas hors de nous, comme l’épouse ou le mari, mais elles sont en nous. Elles demeurent en nous (Jn 14,23), nous sommes leur « temple » et nous demeurons en Elles ».

Voici le texte de la méditation pour le dimanche 12 juin prochain :

La Trinité et sa demeure.

Solennité de la Sainte Trinité – 12 juin 2022

Pr 8, 22 ; Ps 8 ; Rm 5, 1-5 ; Jn 16, 12 -15

1) Le signe de croix et la Trinité 

Aujourd’hui nous sommes appelés à fêter le mystère de la très Sainte Trinité. Pour aider à vivre et à célébrer cette fête de l’amour, avant de commenter l’Evangile d’aujourd’hui, je rappelle que la profession de foi en Dieu-Trinité – Père, Fils et Saint-Esprit – est liée au signe de croix. Cette pratique de piété « est et reste le geste fondamental de la prière du chrétien… Le signe de croix est surtout un évènement de Dieu : le Saint Esprit nous conduit au Christ et le Christ nous ouvre la porte vers le Père. Dieu n’est plus le Dieu inconnu ; il a un nom. Nous pouvons l’appeler, et Lui, Il nous appelle » (Benoît XVI).

Avec le signe de croix, nous nous immergeons en Dieu-Trinité, comme l’indique le texte grec de l’Evangile selon Saint-Mathieu (Mt 28,19). En fait, en envoyant ses disciples en mission dans le monde entier, le Christ leur demande de baptiser « au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit.

Tout d’abord, quelques explications sur le texte grec de « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit». Le grec de ce passage ne comporte pas la préposition « en », qui veut dire « dans », c’est-à-dire qu’il n’utilise pas la préposition « au nom » de la Trinité – comme il est d’usage de dire, par exemple, lorsqu’un ambassadeur parle « au nom » de son gouvernement, c’est-à-dire par autorité, et représentation de celui qui l’envoie.

Par contre, le texte grec utilise les mots de : « eis to onoma », c’est-à-dire : « vers ou dans le nom ». Ils expriment un mouvement « vers » ou « dans » le nom, aussi vers l’intimité de la Trinité, vers l’intérieur du nom. Donc, faire le signe de croix est une immersion dans le nom de la Trinité, une insertion en Son nom, une interpénétration de l’être de Dieu et de notre être qui est immergé dans le Dieu-Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, comme par exemple, dans le mariage où deux personnes deviennent une seule chair, elles deviennent une nouvelle et unique réalité avec un seul et nouveau nom » (Ibid.).

« Faire » le signe de croix, c’est aussi dire « oui » à Jésus-Christ qui a souffert pour nous et qui, dans son corps offert pour nous, a rendu visible l’amour de Dieu jusqu’au don total de Lui- même pour nous.

En outre, « faire » le signe de croix est se remettre sous la protection de la croix qui, comme un bouclier, nous défend dans les grandes et petites adversités de la vie, en général, et de la journée en particulier. La croix est un signe de la passion, mais, en même temps, elle est aussi un signe de la résurrection : elle est, pour ainsi dire, le pilier du salut que Dieu nous offre, le pont sur lequel nous surmontons l’abysse de la mort et toutes les menaces du mal et par lequel nous pouvons arriver jusqu’à Lui.

Enfin (mais ces raisons de faire le signe de croix ne sont pas les seules), en faisant le signe de croix – au moins le matin – nous remercions Dieu le Père pour la nouvelle journée qu’il nous concède, nous prions le Christ et lui confions notre vie; nous demandons au Saint Esprit d’illuminer toutes nos actions quotidiennes. En bref, nous commençons la journée sous le signe de l’amour trinitaire en entrant dans la communion d’amour de Dieu le Père, du Fils et du Saint Esprit.

2) La Trinité selon l’Evangile d’aujourd’hui. 

Commentons maintenant le très bref texte évangélique (Jn 16.12-15) de la Messe de ce dimanche de la Trinité. L’étroit rapport d’amour, de connaissance et de communion entre le Père, le Fils et le Saint Esprit émerge de ces quelques versets. Les paroles de Jésus nous font immerger dans le mystère de la Trinité avec cette exigence de fond qui est la connaissance de la vérité qui n’est autre qu’amour. Il nous faut toujours comprendre plus que Dieu est Père, c’est-à-dire source féconde, qu’Il est Fils, c’est-à-dire Parole faite chair, amour proche et fraternel, et qu’Il est Esprit c’est-à-dire amour aimant qui nous fait expérimenter la vérité de l’amour.

Il est souvent objecté que le mystère de la Trinité ne sert à rien pour la vie quotidienne. Au contraire, ces Trois Personnes divines sont pour nous les plus intimes dans la vie quotidienne : elles ne sont pas hors de nous, comme l’épouse ou le mari, mais elles sont en nous. Elles demeurent en nous (Jn 14,23), nous sommes leur « temple » et nous demeurons en Elles.

Toute notre vie se déroule dans le signe et dans la présence de la Trinité. Au début de la vie, nous avons été baptisés « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Toujours au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit, nous avons été confirmés, les époux unis par les liens du mariage et les prêtres consacrés par l’évêque. A la fin de notre vie, aspirons à ce que l’on prie avec ces mots près de notre lit : « Ame chrétienne, pars de ce monde : au nom du Père qui t’a créé, du Fils qui t’a racheté et du Saint Esprit qui t’a sanctifié ».

Croire à la Trinité, c’est croire que Dieu est amour, parce que de l’éternité Il a « en son sein » un Fils, le Verbe, qu’il aime avec un amour infini, c’est-à-dire avec le Saint Esprit. Comme le rappelle Saint-Augustin, il y a toujours trois réalités ou sujets dans chaque amour : un qui aime, un qui est aimé et l’amour qui les unit. Ce grand et saint évêque écrivait : « Dieu le Père est l’Aimant, le Fils est l’Aimé et le Saint Esprit est l’Amour ».

Le Dieu chrétien est un et trois parce qu’il est communion d’amour et il est aussi la réponse à certains athées qui disent que Dieu serait une projection que l’homme fait de lui-même, comme quelqu’un qui échange sa propre image reflétée dans une flaque d’eau ou d’un lac avec une personne différente. Ceci pourrait être valable pour une autre idée de Dieu mais pas celle du Dieu chrétien. Quel besoin l’homme aurait-il de se scinder en trois personnes : Père, Fils, et Saint Esprit si Dieu n’est autre que la projection que l’homme se fait de sa propre image?

A l’objection qui dit que ce mystère de la Trinité est trop difficile, je réponds avec l’invitation à célébrer humblement le Dieu tel qu’Il est, en Lui rendant hommage d’une constante reconnaissance. Dieu un et Trois nous a non seulement créé à son image et à sa ressemblance mais il a pris amoureusement possession de notre personne et l’a élevée à une grandeur démesurée : le Père nous a adopté dans son Fils incarné; le Verbe illumine notre intellect par sa lumière, le Saint Esprit nous a élu pour son habitation.

3) La Trinité en nous. 

A ce point, nous pouvons nous demander comment garder ce Temple de chair de l’Esprit : pas seulement en évitant le pêché qui profane cette demeure et offense Dieu mais aussi en vivant en la grâce de Dieu et en cultivant un cœur pur et docile à l’Esprit.

Il est vrai qu’avec le Baptême, nous sommes tous devenus Temple, c’est-à-dire demeure sacrée de l’Esprit Saint.

Mais il est pareillement vrai que la « femme » a en elle des connotations spécifiques, qui l’ont rendue symbole du rapport nuptial entre Dieu et son peuple, déjà dans l’Ancien Testament,: des caractéristiques physiques, grâce auxquelles dans le langage courant le mot « vierge » est appliqué quasi exclusivement à la femme: des caractéristiques psychiques et spirituelles, liées à sa connaturelle capacité de s’ouvrir à l’accueil et de se donner avec fidélité (cfr Mulieris Dignitatis, n 20). Donc, plus pour la femme que pour l’homme la virginité consacrée a une valeur de signe et de réalité.

A cet égard, la prière solennelle de consécration des vierges nous aide. Elle dit : « Seigneur notre Dieu, toi qui veux habiter ceux qui te sont consacrés, tu aimes les cœurs libres et purs. Pose ton regard sur ces filles qui déposent dans tes mains la proposition de virginité de laquelle tu es l’inspirateur, pour te faire une offrande pure…..Par le don du Saint Esprit qu’elles soient prudentes dans la modestie, sages dans la bonté, austères dans la douceur, chastes dans la liberté. Ferventes dans la charité elles ne mettent rien avant ton amour ; qu’elles vivent dans les louanges sans aspirer à la louange ; qu’’elles te donnent à Toi seul la gloire dans la sainteté du corps et dans la pureté de l’esprit : qu’elles te craignent avec amour, qu’elles te servent par amour… Qu’elles possèdent tout en toi, Seigneur, parce qu’elles t’ont choisi toi seul, au-dessus de tout. »

Par grâce, nous les chrétiens nous tous sommes un Temple, où Dieu prend sa demeure. Mais les vierges consacrées témoignent d’une façon particulière d’être la demeure sacrée de Dieu. A cet égard, déjà au Moyen Age, Jean de Ford synthétise l’enseignement de l’Eglise: « Le Temple de Dieu est saint et je fais référence à toute l’Eglise des saints qui vivent soit dans un état conjugal, soit dans un état de veuvage ou dans un état de chasteté virginale. Mais la partie plus intérieure de ce Temple, ou, pour ainsi dire, le « sancta sanctorum » est occupée par celles qui, libres des liens conjugaux grâce à la pureté, aspirent aux plus hauts sommets de la virginité » (Sermo 52)

Lecture Patristique
Saint Hilaire de Poitiers (315 – 367)

Sur la Trinité, 12, 55-56 PL 10, 469-472

Selon saint Paul, ton Esprit Saint, mon Seigneur et mon Dieu, scrute et connaît tes profondeurs (cf. 1Co 2,10). Quand il intercède pour moi, il te parle à ma place par des cris inexprimables (cf. Rm 8,26). Rien, en dehors de toi, ne scrute ton mystère. Rien qui soit étranger ou extérieur n’est assez puissant pour mesurer la profondeur de ton infinie majesté. Tout ce qui pénètre en toi est de toi; rien de ce qui est étranger à toi n’a le pouvoir de te scruter.

Que ton Esprit Saint vienne de toi par ton Fils unique, je ne le perçois pas sensiblement, mais j’en ai la conviction. Car, dans le domaine spirituel qui est le tien, mon esprit est obtus, comme l’assure ton Fils unique: Ne sois pas étonné si je t’ai dit qu’il vous faut renaître. Car le vent souffle où il veut: tu entends le bruit qu’il fait mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’eau et de l’Esprit (Jn 3,7-8).

Je crois en ma nouvelle naissance sans la comprendre, et je suis déjà certain de vérités qui m’échappent. Sans que je comprenne comment, je renais, et ma nouvelle naissance s’accomplit réellement. Rien n’empêche l’Esprit de parler quand il veut et là où il veut. Le motif de sa venue et de son départ nous reste inconnu, même si j’ai la conviction de sa présence.

Jean, ton Apôtre, nous enseigne que tout a été fait par ton Fils qui était auprès de toi au commencement, qui est Dieu et Verbe de Dieu (cf. Jn 1,1-3). Et saint Paul énumère tout ce qui a été créé en lui, au ciel et sur la terre, êtres visibles et puissances invisibles ; il souligne que tout a été créé dans le Christ et par le Christ (cf. Col 1,16-17). Quant à l’Esprit Saint, il a jugé suffisant d’affirmer qu’il est ton Esprit.

Pour moi, je penserai comme ces deux hommes (Jean et Paul) que tu as choisis, et avec eux, je ne dirai rien sur ton Fils unique qui dépasse les capacités de mon intelligence: je me contenterai de dire qu’il est né. De même, avec eux, je ne dirai rien de ton Esprit Saint qui dépasse les ressources naturelles de l’homme: je déclarerai seulement qu’il est ton Esprit. Je ne veux pas d’une vaine querelle de mots: je m’en tiens à professer fermement une foi inébranlable.

Je t’en prie, mon Dieu, conserve intacte la ferveur de ma foi, et, jusqu’à mon dernier soupir, donne-moi d’exprimer ce qui est ma conviction, de garder toujours ce que j’ai professé dans le Symbole lors de ma nouvelle naissance, quand j’ai été baptisé dans le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Accorde-moi de t’adorer, toi notre Père, et ton Fils qui ne fait qu’un avec toi; fais que je reçoive ton Esprit Saint, qui procède de toi par ton Fils unique.

J’ai, en faveur de ma foi, un témoin autorisé, celui qui déclare: Père, tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi (Jn 17,10). Ce témoin, c’est mon Seigneur Jésus Christ, lui qui demeure en toi, lui qui vient et qui est toujours auprès de toi, étant toujours Dieu, pour les siècles des siècles. Amen.

Source: ZENIT.ORG, le 10 juin 2022

Pentecôte, le don du Consolateur, par Mgr Francesco Follo

Marie à la Pentecôte, par le p. Marko Ivan Rupnik SJ, Palais épiscopal de Tenerife, Espagne © centroaletti.it
Marie À La Pentecôte, Par Le P. Marko Ivan Rupnik SJ, Palais Épiscopal De Tenerife, Espagne © Centroaletti.it

Pentecôte, le don du Consolateur, par Mgr Francesco Follo

Un don mutuel

« L’homme, en tout temps et en tous lieux, désire une vie belle et pleine, juste et bonne, une vie qui ne soit pas menacée par la mort mais qui puisse mûrir et grandir jusqu’à sa plénitude. L’homme est comme un pèlerin qui traversant les déserts de la vie, a soif d’une eau vive, jaillissante et fraîche, capable de désaltérer en profondeur son désir profond de lumière, d’amour, de beauté et de paix. Nous sentons tous ce désir ! Et Jésus nous donne cette eau vive : c’est l’Esprit Saint qui procède du Père et que Jésus déverse en nos cœurs ».

C’est ce que rappelle Mgr Francesco Follo dans sa méditation des textes de la liturgie de dimanche prochain, 5 juin 2022, solennité de la Pentecôte.

« La célébration de la Pentecôte, explique Mgr Follo, n’est pas seulement un rite qui rappelle un événement passé, c’est un geste pour accueillir le don de l’Esprit qui renouvelle la terre et nos cœurs dans la joie, dans la paix ».

Voici le texte de la méditation de dimanche 5 juin.

Pentecôte. Le don du Consolateur

Année C – 5 juin 2022

Ac 2, 1-11 ; Ps 103 ; Rm 8, 8-17 ; Jn 14, 15-16.23-26

1) Ouverture et don de soi pour recevoir le Don.

La liturgie nous propose aujourd’hui pour la Solennité de la Pentecôte la lecture de l’Évangile de Saint Jean, chapitre 14, versets 15-16.23-26 qui sont extraits des discours d’adieu que Jésus fait dans l’Évangile de Saint Jean et qui vont du chapitre 13, verset 31 à tout le chapitre 17.

Le thème principal de ces discours magnifiques est l’Exode du Christ, c’est à dire « l’aller » de Jésus : « Je ne suis plus avec vous que pour peu de temps, là où je vais, vous ne pouvez venir. » (Jn 13, 33) ; « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; tandis qu’à présent je quitte le monde et je vais au Père. » (Jn 16, 28) ; « Mais maintenant je vais à toi, Père. » (Jn 17, 13). L’exode, l’aller de Jésus vers le Père porte aussi en lui la signification de notre aller, de notre exode, qui est notre parcours existentiel et notre parcours de foi en ce monde. En suivant et en écoutant le Christ sur ce chemin, nous apprenons à vivre en Lui, pour Lui, avec Lui et comme Lui.

C’est dans ce contexte que sont insérés les quatre versets qui sont proposés aujourd’hui dans la lecture de l’Évangile et où Jésus nous parle de l’Esprit consolateur. Pour réconforter ses disciples d’alors et aussi ceux d’aujourd’hui qui sont dans un chemin de lumière qui passe par la Croix, le Christ promet l’Esprit Saint qui est le « Consolateur » ou si l’on utilise le terme grec, le « Paraclet » ce qui veut dire « l’avocat défenseur », parce qu’il défend de Satan qui est l’accusateur. Si nous traduisions à la lettre « Paraclet », nous devrions écrire « appelé auprès », c’est à dire appelé pour être à coté de chaque disciple pour qu’il garde fidèlement la mémoire du Maître et pour qu’il ait une compréhension profonde de sa Parole ainsi que le courage tenace d’en être le témoin.

Toujours dans les quatre versets de l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus nous dit quelles sont les conditions pour accueillir l’Esprit : l’aimer Lui, écouter sa parole et observer ses commandements. S’il manque ces trois conditions, il n’y a aucune ouverture à l’Esprit et à son action en nous.

Ces trois conditions peuvent être résumées en une seule : le don complet de soi. Mère Teresa de Calcutta dirait : abandon total. A l’exemple de cette sainte et surtout de la Vierge Marie qui devint mère en s’abandonnant à l’action de l’Esprit Saint quand elle dit « Voici la servante du Seigneur », nous disons : « Qu’il soit fait selon ta parole ». Comme la Sainte Vierge, donnons-nous complètement à Dieu. Se donner à Lui c’est se donner à l’Amour qui rend notre vie féconde et heureuse.

2) La logique du don.

Au don de nous-même que nous lui faisons, le Père répond en nous donnant le Consolateur.

Ce don est précédé de l’acte d’amour du Père qui sait que nous avons besoin de consolation : « Toi, Seigneur, tu m’as scruté et tu me connais, tu connais mon coucher et mon lever ; de loin tu discernes mes projets ; tu surveilles ma route et mon gîte, et tous mes chemins te sont familiers. » (Ps 139, 1-4) Lui a vu ma misère en terre étrangère et il a écouté mon cri, il connaît en effet mes souffrances et voit les oppressions qui me tourmentent (Cf Es 3, 7-9) ; rien n’échappe à son amour infini pour moi. Pour tout cela, Il nous donne le Consolateur. Le Père est le Donateur : tout nous vient de Lui et de personne d’autre.

Si ensuite nous regardons la seconde lecture de la messe qui nous offre un extrait de la lettre de Saint Paul aux Romains (8, 8-17), nous comprenons que le don de Dieu est l’Esprit de liberté, parce qu’il nous libère de l’esclavage de la chair, c’est à dire de l’égoïsme. L’Esprit transforme le désir de l’homme : non plus les désirs de l’égoïsme, mais ceux de la charité, du don ému de soi-même. Quand nous restons enfermés dans notre égoïsme (la chair) nous percevons la loi de l’amour (la loi de Dieu) comme un poids et un esclavage. L’Esprit Saint rend saint le « désir » de l’être humain, alors la loi de la charité devient ce qu’il désire, ce à quoi il tend : la vie, la vérité et l’amour. L’Esprit Saint nous libère en nous transformant de l’intérieur, à tel point qu’il renouvelle même le rapport à Dieu : non plus esclave, mais fils. Et cela aussi est une grande liberté. Quand Saint Paul parle de fils « adoptifs », ce n’est pas pour diminuer notre filiation en la réduisant à quelque chose d’extérieur et de juridique mais pour en rappeler la gratuité. Dieu est « un abîme de paternité » (Origène), qui s’exprime en un amour intense, infini, rempli de sollicitude et de délicatesse, de tendresse et de miséricorde. Et quand le fils se rebelle contre cette paternité en cherchant à la nier, à la supprimer en s’éloignant de la maison paternelle et en gaspillant les richesses reçues comme avance sur l’héritage, la réaction du Père céleste non seulement n’est pas une réaction de colère mais témoigne d’un cœur qui s’attendrit. Dieu est un Père bon qui accueille et embrasse le fils perdu et repenti (Cf Luc 15, 11…), il donne gratuitement à ceux qui demandent (Cf Mat 18, 19 ; Mc 11, 24 ; Jn 16, 23) et il offre le pain du ciel et l’eau vive qui font vivre pour l’éternité (Cf Jn 6, 32.51.58). La paternité de Dieu est amour infini.

3) Le don de l’Esprit Consolateur.

Avec l’Ascension, le Christ ne nous a pas laissé seuls ni orphelins. Avec la Pentecôte, nous célébrons aujourd’hui le fait qu’il maintient la promesse de nous envoyer son Esprit qui nous permet d’aimer comme il aime lui. Si auparavant, il était avec nous et près de nous, désormais il sera en nous. Celui qui est aimé est la demeure de celui qui l’aime : il le porte dans son cœur, comme sa vie. Nous sommes depuis toujours en Dieu qui nous aime d’un amour éternel et paternel. Si nous l’aimons, il demeure en nous comme nous sommes en Lui. En effet Jésus dit : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le consolateur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14, 23-26)

Il est juste et beau de traduire le mot d’origine grec « Paraclet » par le mot « Consolateur » (du latin cum-solo = avec le seul, parce qu’il indique l’Esprit comme celui qui « sera avec nous pour toujours » cf Jn 14, 16). L’Esprit Saint est donc consolateur parce qu’il ne nous laisse jamais seul. Qui aime et est aimé n’est jamais seul, il est avec l’autre qui l’aime.

Après nous avoir dit que ce Consolateur est toujours avec nous et pour toujours, il nous en dit le nom : Esprit de Vérité. Esprit de Vérité veut dire Esprit vrai, la vraie vie. Qu’est-ce que la vraie vie ? C’est la vie de Dieu. Qu’est-ce que la vie de Dieu ? C’est l’Amour entre le Père et le Fils.

Ce Consolateur qui nous est donné est la vraie vie de Dieu. Et la vie de Dieu est l’Amour entre le Père et le Fils qui est toujours avec nous.

Le Pape François résume ainsi cela d’une façon profonde et existentielle : « L’Esprit Saint est la source inépuisable de la vie de Dieu en nous. » L’homme, en tout temps et en tous lieux, désire une vie belle et pleine, juste et bonne, une vie qui ne soit pas menacée par la mort mais qui puisse mûrir et grandir jusqu’à sa plénitude. L’homme est comme un pèlerin qui traversant les déserts de la vie, a soif d’une eau vive, jaillissante et fraîche, capable de désaltérer en profondeur son désir profond de lumière, d’amour, de beauté et de paix. Nous sentons tous ce désir ! Et Jésus nous donne cette eau vive : c’est l’Esprit Saint qui procède du Père et que Jésus déverse en nos cœurs.

« Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » (Jn 10, 10)

En écho à cet enseignement, je propose la prière de Mère Térésa de Calcutta : « Seigneur, tu es la vie que je veux vivre, la lumière que je veux refléter, le chemin qui conduit au Père, l’amour que je veux aimer, la joie que je veux partager, la joie que je veux semer autour de moi. Jésus, tu es tout pour moi, sans toi je ne peux rien. Tu es le Pain de vie que l’Église me donne. C’est par Toi, en Toi, avec Toi que je peux vivre. »

4) Le don de l’Esprit et les vierges consacrées dans le monde.

C’est un don de l’Esprit Saint que le don virginal des vierges consacrées qui, dans la puissance de l’amour, ont su garder leur cœur tout entier pour le Christ. Il est vrai que depuis la Pentecôte, le mode de vie du Christ continue à être présent dans le mode de vie des Apôtres comme le livre des Actes nous le montre. Ce mode de vie ne disparaît même pas avec la mort des derniers apôtres : «  Tout au long des siècles, les personnes dociles à l’appel du Père et aux motions de l’Esprit Saint n’ont jamais manqué. Elles ont choisi ce chemin particulier à la suite du Christ pour se dédier à Lui d’un cœur sans partage. » (Cf 1Cor 7, 34) Elles aussi ont tout abandonné comme les apôtres pour être avec Lui et se mettre comme Lui au service de Dieu et de leurs frères. » (Vie Consacrée (VC) 1 ; cf. 14 ; 22)

Les femmes consacrées, en effet, sont appelées à vivre comme les vierges qui, à l’exemple de Marie vierge et mère, portent le Christ sur les routes du monde : elles deviennent christoformes (VC 19), c’est à dire qu’elles deviennent une icône sainte et pure. Et cela n’est possible seulement que par la force d’un don particulier de l’Esprit. (Ibid. 14).

Pour cela la personne appelée à la vie consacrée « doit ouvrir l’espace de sa propre vie à l’action de l’Esprit Saint. » (VC65)

Grâce à la puissance de l’Esprit de la Pentecôte, la personne consacrée devient profondément missionnaire, annonçant l’Évangile par une vie qui, grâce à la puissance de l’Esprit Saint, est progressivement configurée au Christ. (cf VC19)

Elles sont missionnaires de l’amour parce que la consécration les rend capable d’aimer avec le cœur du Christ (cf VC 75) et de se mettre comme lui au service des hommes.

Comme il est affirmé dans le Préambule au Rite de la Consécration des vierges : « Les vierges dans l’Église sont des femmes qui sous l’inspiration de l’Esprit Saint, font vœu de chasteté afin d’aimer plus ardemment le Christ et de servir leurs frères avec un dévouement plus libre. » (n2) Avec leur virginité consacrée, elles sont les témoins de la réalité concrète du monde invisible et spirituel et elles rappellent à nous tous la réalité du Royaume des cieux.

Lecture Patristique

Saint Léon le Grand (390 – 461)

Sermon 15, 1-3

CCL 138 A, 465-467

La solennité de ce jour, mes bien-aimés, doit être vénérée parmi les fêtes principales, tous les coeurs catholiques le savent. Nous devons assurément le plus grand respect à ce jour que l’Esprit Saint a consacré par le prodige suprême du don de lui-même.

Ce jour est en effet le dixième après celui où le Seigneur a dépassé toute la hauteur des cieux pour s’asseoir à la droite de Dieu son Père. Il est le cinquantième jour à briller pour nous depuis sa résurrection, en Jésus par qui le jour a commencé. Ce jour contient en lui-même de grands mystères, ceux de l’économie ancienne et ceux de la nouvelle. Il y est en effet clairement montré que la grâce avait été annoncée d’avance par la Loi, et que la Loi a été accomplie par la grâce.

En effet, c’est cinquante jours après l’immolation de l’agneau que jadis le peuple hébreu, libéré des Égyptiens, reçut la Loi sur la montagne du Sinaï. De même, le cinquantième jour après la passion du Christ, qui fut l’immolation du véritable agneau de Dieu, cinquante jours après sa résurrection, l’Esprit Saint fondit sur les Apôtres et sur le peuple des croyants. Le chrétien attentif reconnaîtra donc facilement que les débuts de l’Ancien Testament étaient au service des débuts de l’Évangile, et que la seconde alliance fut constituée par le même Esprit qui avait fondé la première.

Car, au témoignage de l’histoire apostolique, quand arriva la Pentecôte, ils se trouvaient tous réunis ensemble. Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent: toute la maison où ils se trouvaient en fut remplie. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux. Alors ils furent tous remplis de l’Esprit Saint. Ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit (Ac 2,1-4).

Comme elle est rapide, cette parole de sagesse, et lorsque Dieu est le maître, comme on apprend vite ce qu’il enseigne! On n’a pas eu besoin de traduction pour comprendre, d’exercice pour pratiquer, ni de temps pour étudier. Mais, l’Esprit de vérité soufflant où il veut (Jn 3,8), les mots qui étaient propres à chacune des nations devinrent communs à tous dans la bouche de l’Église.

A partir de ce jour, la trompette de la prédication évangélique se mit à retentir. Dès ce moment, les ondées de charismes, les flots de bénédictions arrosèrent tout désert et toute terre aride parce que, pour renouveler la face de la terre (Ps 103,30), l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux (Gn 1,2). Pour chasser les anciennes ténèbres, une lumière nouvelle jetait des éclairs. De l’éclat des lampes étincelantes naissaient et le Verbe du Seigneur qui illumine, et la parole enflammée qui, pour créer l’intelligence et consumer le péché, a le pouvoir d’illuminer et la force de brûler.

Source: ZENIT.ORG, le 3 juin 2022

L’Ascension « n’est pas la fin de l’histoire », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO 

L’Ascension « n’est pas la fin de l’histoire », par Mgr Francesco Follo

Les apôtres, « témoins de la communion »

L’Ascension « n’est pas la fin de l’histoire, mais elle l’ouvre à une fécondité inattendue pour que celle-ci devienne, par la grâce divine et l’action humaine, le sein de la nouvelle vie de communion avec Dieu », explique Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

Les apôtres, souligne Mgr Follo, « ne sont pas restés sur la montagne à regarder le ciel mais, obéissant au commandement d’amour du Christ, ils se sont faits témoins de la communion trinitaire qui donne forme et vie à la communion des hommes entre eux, en chemin pour atteindre le ciel».

Voici la méditation de la liturgie de l’Ascension, offerte par Mgr Follo, « avec l’invitation à se rappeler que, comme le Christ est descendu du ciel pour nous, a souffert et est mort sur la croix pour nous, ainsi il est ressuscité pour nous et est retourné vers Dieu, qui n’est donc plus loin».

Ascension dans la profondeur du Cœur de Dieu

Rite romain – Année C – 29 mai 2022

Ac 1,1-11 ; Ps 46 ; He 9,24-28 & 10,19-23 ; Lc 24,46-53

1 Ascension : élévation, exhaussement, exaltation

Pour célébrer la fête de l’Ascension, la liturgie pour l’année C nous propose le récit de saint Luc qui décrit cet événement avec le verbe « être emporté vers le haut », c’est-à-dire « élevé », par conséquent « exalté ».

En suivant l’enseignement de cet évangéliste, nous comprenons que l’Ascension a un double aspect. Le premier est celui de monter, vers le haut, vers le Père (« il était emporté au ciel »), précisant ainsi que la résurrection de Jésus n’est pas un retour à la vie d’avant, presque un pas en arrière, mais l’entrée dans une condition nouvelle, un pas en avant, dans la gloire de Dieu. Le second est celui du départ : l’Acension est présentée ensuite comme une séparation (« il se sépara d’eux »). Jésus retire sa présence visible, la susbstituant par une présence nouvelle, invisible, qui est toutefois plus profonde. Il s’agit d’une présence que l’on peut saisir dans la foi, dans l’écoute de la Parole, dans la fraction du pain (c’est-à-dire à la messe) et dans la fraternité.

Comme je l’ai fait observer au début de cette réflexion, saint Luc raconte le fait de l’Ascension en la présentant comme l’ « exaltation » de Jésus (cf. Lc 24,50-53 et Ac 1, 1-11). Cette élévation vers le ciel est, selon moi, étroitement lié à l’élévation du Christ sur la croix, qui devient le trône de son exaltation. Dans les deux cas, le Christ dit une parole de miséricorde, de pardon et de bénédiction.

Dans les deux élévations, il ne s’agit pas de la fin de la relation entre Jésus et ses disciples, et toutes les deux sont source de joie. Certes, la joie provoquée par le Christ « emporté sur » la croix vient après trois jours, tandis que celle d’aujourd’hui est immédiate. Ces deux élévations montrent bien le but rédempteur du Christ : l’amour est vainqueur de la mort, pardonne le péché et ouvre le paradis : le cœur du Père est la demeure du Fils et des fils dans le Fils.

Jésus, le Verbe de Dieu, s’est incarné pour porter Dieu et son amour sur la terre. Cet amour est comme l’aimant qui attire Dieu à l’homme et l’homme à Dieu : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14,23). Cette « descente » est suivie de la « montée » du Fils de Dieu qui retourne dans la demeure du Père. Avec l’ascension, l’humanité du Christ est transférée dans le cœur de la divinité. « Immergée dans l’être de la divinité, cette humanité prend part aux propriétés de Dieu, comme un fer incandescent participe des propriétés du feu » (H. U. von Balthazar).

De même que l’ascension-élévation du Christ ne fut pas, pour les disciples d’il y a environ deux mille ans, un spectacle, mais un événement dans lequel ils furent eux-mêmes insérés, ainsi, aujourd’hui, pour nous, l’élévation du Christ est un « sursum corda », c’est-à-dire un « élevons notre cœur », un mouvement vers le haut, auquel nous sommes tous appelés. Il s’agit d’un événement qui nous dit que l’être humain peut vraiment vivre quand il est tourné vers le haut. L’être humain est capable de hauteur, et la hauteur qui, seule, correspond à la mesure de l’homme est la hauteur de Dieu lui-même. Et c’est pour cela que l’oraison de la messe de ce jour nous fait prier ainsi : « Accordez-nous, nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, à nous qui croyons que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté au ciel, que nous y habitions aussi nous-mêmes en esprit ».

Une fois encore, la liturgie nous situe devant le primat de Dieu. Le pape François a affirmé : « L’ascension de Jésus au ciel nous fait connaître cette réalité si consolante sur notre chemin : dans le Christ, vrai Dieu et vrai homme, notre humanité a été portée auprès de Dieu ; il nous a ouvert le passage ; il est comme un premier de cordée lorsqu’on escalade une montagne, qui est parvenu à la cime et qui nous attire à lui pour nous conduire à Dieu ».

Par conséquent, pour les apôtres et maintenant pour nous, l’ascension est avant tout un regard contemplatif sur l’amour qui unit le Père et le Fils. La phrase de saint Luc dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Jésus était emporté au ciel » nous fait fixer notre regard sur cet événement : le Fils retourne vers le Père qui est au ciel. Le ciel est l’ « image » du Père, c’est le lieu de sa maison, de sa présence, de sa communion. Le Fils ressuscité ne peut qu’aller principalement chez le Père. Et nous, fils dans le Fils, nous apprenons que le salut ne consiste pas en notre grandeur ou importance présumée plus grande, mais dans cet exode, dans ce retour d’amour vers le haut, vers Dieu.

2 La mission comme témoignage, c’est-à-dire comme martyre

La tâche des disciples, ceux d’alors comme nous aujourd’hui, ne se réduit pas à regarder le ciel ou à connaître les temps et les moments cachés dans le secret de Dieu. La tâche des disciples jusqu’à la fin des temps est de porter le témoignage du Christ jusqu’aux extrémités de la terre.

Le Fils de Dieu, qui est en communion avec le Père, ne le garde pas jalousement comme son bien propre, mais il l’offre à ses disciples et les invite à en être témoins jusqu’aux extrémités de la terre. L’Ascension n’est pas la fin de l’histoire, mais elle l’ouvre à une fécondité inattendue pour que celle-ci devienne, par la grâce divine et l’action humaine, le sein de la nouvelle vie de communion avec Dieu.

L’Ascension nous annonce que la vraie question ne consiste pas à prolonger l’histoire, mais à monter avec le Christ vers le Père, conscients que chacun de nous « habite non pas là où est son corps, mais là où est son cœur » (saint Augustin d’Hippone).

C’est pourquoi les apôtres ne sont pas restés sur la montagne à regarder le ciel mais, obéissant au commandement d’amour du Christ, ils se sont faits témoins de la communion trinitaire qui donne forme et vie à la communion des hommes entre eux, en chemin pour atteindre le ciel.

N’oublions pas que le témoin (en grec, marturos = martyr) est celui qui est en mesure de faire une déposition, c’est-à-dire de raconter le fait auquel il a assisté en personne. Le milieu originel du témoignage est donc le débat d’un procès. Les apôtres ont personnellement vu les événements de Jésus (« tout ce que [Jésus a fait et enseigné] ») et ils sont donc en mesure d’en témoigner. Le mot « témoin » a cependant élargi sa signification. Il n’indique désormais plus seulement celui qui parle d’un fait auquel il a assisté. Le terme « témoin » est souvent employé pour indiquer une personne qui donne le bon exemple, mais l’Évangile demande d’être témoin en affirmant courageusement ce en quoi l’on croit profondément, prêt à l’affirmer jusqu’au sacrifice de sa propre vie. En ce sens, le véritable témoin est le martyr qui atteste par le don de sa vie la vérité qu’il a rencontrée et aimée.

Le témoin (= martyr) est donc caractérisé par un lien très profond au Christ qui est le martyr par excellence de l’amour et de la vérité : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). L’amour est la cause qui a poussé le Rédempteur à donner sa vie (cf. 1 Jn 4,8). Vérité et amour sont inséparables, parce que l’amour ne devient authentique que s’il est vrai.  Et la force de la vérité se manifeste dans l’amour. Cette double dimension est très présente dans le témoignage des martyrs. Le Christ s’est révélé comme la Vérité (cf. Jn 14,6) et cette vérité devient crédible à travers l’amour (cf. Jn 15, 13).

À cet égard, je crois utile de rappeler que si le martyr est le disciple, qui se fait semblable au maître parce qu’il accepte librement la mort pour le salut de ses frères et sœurs en humanité, la virginité peut être considérée comme une forme de martyre. En effet, la virginité consacrée implique de manière ordinaire – non extraordinaire comme dans le martyre du sang – une vie totalement identifiée à l’offrande du Christ, l’Agneau immolé.

La vierge consacrée dans le monde rend témoignage au Christ Seigneur par le don de sa vie quotidiennement renouvelé et vécu dans le travail quotidien, dans et pour le monde. Par sa consécration, la vierge dans le monde dit l’absolu de Dieu dans le fragment d’amour quotidiennement vécu dans la louange à Dieu et dans le service de miséricorde pour les pauvres.

La vierge consacrée offre son corps comme un « ciel » pour le Christ et se fait tabernacle vivant de celui qui a fait le ciel.

La vierge consacrée rend particulièrement vraie cette prière de saint Grégoire de Naziance : « Si je ne t’appartenais, ô mon Christ, je me sentirais une créature limitée. Je suis né et je me sens disparaître. Je mange, je dors, je me repose et je marche, je suis malade et je guéris. La soif et les tourments m’assaillent sans cesse, je jouis du soleil et de tout ce que la terre produit. Ensuite, je meurs et ma chair devient poussière comme celle des animaux, qui n’ont pas péché. Mais moi, qu’ai-je de plus qu’eux ? Rien, sinon Dieu. Si je ne t’appartenais, ô mon Christ, je me sentirais une créature limitée. »

Lecture Patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (370 – 444)

Commentaire sur l’évangile de Jean, 9, sur Jn 14,2-3

PG 74, 182-183.

Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure; sinon, est-ce que je vous aurais dit: Je pars vous préparer une place? (Jn 14,2) Si les demeures auprès du Père n’avaient pas été nombreuses, le Seigneur aurait dit qu’il partait en avant-coureur, manifestement afin de préparer les demeures des saints. Mais il savait que beaucoup étaient déjà prêtes et attendaient l’arrivée des amis de Dieu. Il donne donc un autre motif à son départ: préparer la route à notre ascension vers ces places du ciel en frayant un passage, alors qu’auparavant cette route était impraticable pour nous. Car le ciel était absolument fermé aux hommes, et jamais aucun être de chair n’avait pénétré dans ce très saint et très pur domaine des anges.

C’est le Christ qui inaugura pour nous ce chemin vers les hauteurs. En s’offrant lui-même à Dieu le Père comme les prémices de ceux qui dorment dans les tombeaux de la terre, il permit à la chair de monter au ciel, et il fut lui-même le premier homme apparu à ses habitants. Les anges ne connaissaient pas le mystère auguste et grandiose d’une intronisation céleste de la chair. Ils voyaient avec étonnement et admiration cette ascension du Christ. Presque troublés à ce spectacle inconnu, ils s’écriaient: Quel est celui-là qui arrive d’Édom(Is 63,1), c’est-à-dire de la terre? Mais l’Esprit ne permit pas que la milice céleste demeurât dans l’ignorance de cette disposition admirable de la sagesse de Dieu le Père. Il ordonna qu’on ouvrît les portes devant le Roi et Seigneur de l’univers: Princes, ouvrez vos portes, portes éternelles: qu’il entre, le roi de gloire (Ps 23,7 LXX)!

Donc, notre Seigneur Jésus Christ inaugura pour nous cette voie nouvelle et vivante: comme dit saint Paul, il n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, mais dans le ciel lui-même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu(He 9,24).

En effet, le Christ n’est pas monté pour se faire voir de Dieu son Père, car il était, il est et il sera toujours dans le Père, sous le regard de celui qui l’engendre, et c’est en lui qu’il se réjouit éternellement. Il monte maintenant, d’une façon étrange et insolite pour un homme, lui, le Verbe qui, à l’origine, n’avait pas revêtu l’humanité. S’il l’a fait, c’est pour nous et en notre faveur, afin que, reconnu comme un homme(Ph 2,7), mais avec la puissance du Fils, et entendant avec sa chair ce décret: Siège à ma droite (Ps 109,1), il puisse, établi lui-même comme Fils, transmettre la gloire de la filiation à tout le genre humain.

Car, puisqu’il est devenu homme, c’est comme l’un de nous qu’il siège à la droite du Père, bien qu’il soit supérieur à toute la création et consubstantiel au Père – il est en effet vraiment venu de lui, puisqu’il est Dieu venu de Dieu et lumière venue de la lumière.

Comme homme, il s’est présenté devant le Père en notre faveur, pour nous rendre capables de nous tenir debout devant la face du Père, alors que l’antique péché nous en avait chassés. Comme Fils, il s’est assis pour que nous-mêmes, à cause de lui, nous puissions être appelés fils de Dieu.

Aussi Paul, persuadé de parler au nom du Christ (cf. 2Co 13,3), enseigne-t-il que tout ce qui a été accordé au Christ est communiqué à l’humanité, puisque Dieu nous a ressuscités avec Jésus Christ et nous a fait asseoir dans les cieux avec lui (Ep 2,6). L’honneur et la gloire de siéger au ciel est propre au Christ, qui est Fils par nature. C’est à lui seul que cela revient et que nous le reconnaissons au sens strict. Il a beau avoir pris notre ressemblance en apparaissant comme un homme: la divinité lui appartient parce qu’il est Dieu, mais il nous transmet mystérieusement le don d’une telle dignité.

Source: ZENIT.ORG, le 27 mai 2022