Lectures de dimanche : la miséricorde est la justice qui recrée avec amour

Jésus miséricordieux, tableau de Vilnius par Eugeniusz Kazimirowski @ faustine-message.com
Jésus Miséricordieux, Tableau De Vilnius Par Eugeniusz Kazimirowski @ Faustine-Message.com

Lectures de dimanche : la miséricorde est la justice qui recrée avec amour

Par Mgr Francesco Follo

Un dimanche avec quatre noms

« La miséricorde est la justice qui recrée avec amour » : c’est le titre de la méditation de Mgr Francesco Follo sur les lectures de dimanche prochain, 11 avril 2021, Dimanche de la Miséricorde (Année B – Ac 4,32-35; Ps 117; 1 Jn 5,1-6; Jn 20,19-31).

« La paix et la joie sont un cadeau du Ressuscité qui sont enracinés dans l’amour », souligne l’observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Unesco à Paris, « mais il faut briser l’attachement à soi-même ».

Prémices : un dimanche avec quatre noms.


Pour aider à comprendre la richesse de ce deuxième dimanche de Pâques je pense utile rappeler qu’il s’agit d’un dimanche avec quatre appellations.


1. Dimanche « in Albis ». Selon une tradition qui remonte aux premiers siècles de l’Église, le dimanche d’aujourd’hui prend le nom de « in Albis », car ce jour-là, les baptisés lors de la veillée pascale portaient à nouveau leur robe blanche, symbole de la lumière que le Seigneur leur avait donnée dans le baptême. Ensuite, même s’ils avaient enlevé leur tunique blanche, ils devaient continuer à introduire dans leur vie quotidienne la lumière du Christ reçue le jour du baptême. La flamme délicate de la vérité et du bien que le Seigneur avait allumée en eux, par eux devait – avec constance et diligence – apporter quelque chose de l’éclat et de la bonté de Dieu dans le monde.


2. Dimanche « Quasi modo ». Appellation qui vient du premier mot de l’antienne d’entrée de la messe d’aujourd’hui. « Quasi modo geniti infántes, alleluia: rationabiles, sine dolo lac concupíscite, alleluia, alleluia alleluia (1 Pt 2, 2), dont la traduction libre est : « Comme les nouveau-nés, alléluia, ayez envie du lait spirituel pur, alleluia, alleluia, alleluia », qui vous fait grandir vers le salut. Par la liturgie, l’Église adresse cette invitation aux nouveaux baptisés (mais par extension, à nous tous). C’est une invitation à goûter les joies spirituelles des prémices de la vie chrétienne, comme enfants.


3. Dimanche de Saint Thomas : cet autre nom, plus répandu dans les Eglise Orientales, dérive de l’épisode évangélique lu ce jour-là, à savoir l’admirable Théophanie (manifestation du Christ comme Dieu) résultant de l’incrédulité de l’apôtre Thomas qui ne croit pas au Ressuscité jusqu’à ce qu’il ne L’ait touché. Nous pouvons tirer l’enseignement suivant de l’homélie de saint Grégoire le Grand sur cet évangile (XXVI) : Jésus apparaît aux disciples rassemblés, après être entré à huis clos (comme il était entré, avant sa naissance, dans le sein encore fermé de la Vierge Marie) ; et en dépit d’être non corrompu, et d’être ressuscité, il est en même temps palpable : c’est avec ces signes incompréhensibles que le Seigneur se manifeste.


4. Dimanche de la Divine Miséricorde. En 1992 le Pape Saint Jean-Paul II a voulu que ce dimanche soit célébré comme la Fête de la Miséricorde Divine : dans le mot « miséricorde », il a trouvé tout le mystère de la Rédemption résumé et réinterprété pour notre temps. La présence de Dieu opposant les forces de Dieu avec sa puissance totalement différente et divine : avec la puissance de la miséricorde. C’est la miséricorde qui place une limite au mal. En lui s’exprime la nature très particulière de Dieu – sa sainteté, la puissance de la vérité et de l’amour.

1) Une rencontre qui confirme la foi.


Est-ce que les disciples avaient perdu la foi à cause de la passion et de la mort de Jésus ? Est-ce que la foi de ces futurs pêcheurs d’hommes pouvait être réduite à rien ? Certes les jours dramatiques qui se sont terminés avec la mort du Christ sur la Croix, l’avaient fragilisée et leur cœur était rempli de crainte. En effet, même s’ils sont restés à Jérusalem, ils se sont enfermés dans le Cénacle avec les portes bien verrouillées par crainte des Juifs. Mais voilà que des femmes (comme l’Evangile de dimanche dernier nous l’a rappelé) leur avaient annoncé que le Christ était ressuscité. Toutefois cette annonce ne leur fut suffisante. En effet, il était nécessaire que quelqu’un ait vu le Christ et ait annoncé sa résurrection, mais ce n’était pas suffisant : il était nécessaire Le rencontrer.


Dans le lieu où ils s’étaient réfugiés, il y avait encore un vent de peur. Peur des Juifs, mais aussi et surtout peur d’eux-mêmes, de leur propre lâcheté, de la manière dont ils avaient agi pendant la nuit de la trahison. Et pourtant, même si leur cœur était faible – et le nôtre lent – Jésus entra chez eux et resta parmi eux.


Jésus savait que leur foi pouvait fleurir à nouveau et être confirmée pas seulement par le souvenir qu’ils avaient de Lui, de ce qu’Il avait dit et fait dans les trois années qu’Il avait passées avec ses apôtres. Le souvenir, même s’il est très vivant, n’est pas suffisant à rendre vivante une personne. Il peut au plus faire naitre une école de vie et de pensée.
Donc, après avoir quitté le lieu de mort qu’était le sépulcre, Jésus entra où sont ses disciples morts de peur et morts dans le cœur ; Il resta parmi eux, ce qui signifie – à mon avis- au centre de leur cœur.


Jésus ressuscité reste avec ses disciples : mais pour faire quoi ? Il apporte Sa paix.
Je peux avoir la première expérience de résurrection dans le lieu clos où je me trouve, dans mes peurs. Le Christ y est présent, Il vient au cœur de mon cœur et m’annonce Sa paix. C’est dans le lieu fermé de mes peurs qu’Il vient à ma rencontre.


Donc, cette rencontre est importante. Après la rencontre avec Marie-Madeleine qui cherche Jésus avec un saint amour et une pure piété, nous sommes appelés aujourd’hui à célébrer la rencontre d’amour et de piété avec le Christ qui nous cherche. Le Ressuscité vient à notre rencontre, à nous qui sommes morts dans nos peurs, dans nos fragilités, dans notre péché, dans nos fermetures, dans notre obscurité, pour nous faire renaitre à la paix et la joie.


La paix et la joie sont un cadeau du Ressuscité qui sont enracinés dans l’amour. Paix et joie sont un don du Ressuscité et, en même temps, elles sont les marques caractéristiques pour Le reconnaitre. Mais il faut briser l’attachement à soi-même. Seulement ainsi, nous ne serons plus sous chantage et nous serons libérés de la peur. La paix et la joie fleurissent dans la liberté et le don de soi : deux conditions sans lesquelles aucune expérience de la présence du Ressuscité n’est possible.


Le ressuscité Jésus, riche de miséricorde, de bonté et de paix, n’a pas été arrêté par le huis clos du Cénacle. Saint Augustin explique que « les portes fermées n’ont pas empêché l’entrée de ce Corps en lequel la divinité habitait. Celui qui avait laissé intègre la virginité de sa mère en naissant, pu entrer au Cénacle à huis clos et confirmer la faible foi des disciples en montrant ses plaies glorieuses. »

2) Un geste de miséricorde.


Comme il nous est dit dans le récit de l’Evangile d’aujourd’hui, huit jours après, Jésus réapparait au milieu de ses disciples, et cette fois-là l’apôtre Thomas est présent.
Jésus s’adresse à lui en disant : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant”. Thomas se mit à genoux et il fit une splendide profession de foi : “Mon Seigneur et mon Dieu”.


Le Christ ressuscité montra les signes de la passion jusqu’à concéder à l’incroyant Thomas de les toucher. La divine condescendance nous permet d’apprendre aussi de Thomas incrédule, et pas seulement de disciples croyants. En effet, en touchant les blessures du Seigneur, le disciple qui doute ne guérit pas seulement sa propre méfiance, mais aussi la nôtre.


Tout d’abord, il n’avait pas cru que Jésus puisse être apparu en son absence et avait dit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » (Jn 20, 19). Huit jours plus tard, le Christ ressuscité retourna au Cénacle et resta au milieu des disciples. Jésus reste debout, tout droit (c’est la position du Vivant dont le corps « gisait » dans le sépulcre) et il s’adresse à la communauté toute entière. En effet, il dit : « Paix à vous ! ». Paix aussi à Thomas ! Jésus s’adresse personnellement à lui en lui disant cette phrase déjà citée : « « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! ». C’est le Ressuscité-même qui choisit les signes de sa crucifixion pour se faire reconnaître : le coté et les mains transpercées. Jésus invite Thomas à réaliser son désir : voir et toucher les trous provoqués par les clous qui avaient soutenu Jésus sur la croix, et la blessure que la lance avait faite dans le coté du Rédempteur.


La Résurrection n’abolit pas la Croix : elle la transfigure. Les séquelles de la crucifixion restent toujours visibles parce que ce sont vraiment elles qui indiquent l’identité du Ressuscité et le chemin que le disciple doit parcourir pour le rejoindre.


Le Ressuscité porte pour toujours les blessures, maintenant glorieuses, mémoire pour toujours de son immense amour pour nous. Saint Thomas put mettre son doigt dans le trou des clous et avancer sa main dans la blessure ouverte par la lance, parce qu’il pensait à juste titre que les signes qualifiants de l’identité du Christ étaient surtout ses plaies, dans lesquelles se manifeste aussi aujourd’hui jusqu’à quel point Dieu nous a aimés et que le Ressuscité est le Crucifié.
Les blessures du Christ restent mystérieusement ouvertes aussi après la résurrection : elles sont la porte grande ouverte par laquelle le Fils de Dieu s’ouvre à nous et par laquelle nous entrons en lui. Comme Thomas, aujourd’hui nous sommes appelés à voir et à toucher le Corps du Christ, pour entre en communion avec Lui.

3) L’Amour est mission.


Le récit de l’Evangile d’aujourd’hui ne nous parle pas seulement de la rencontre entre le Ressuscité et Saint Thomas, mais il va au-delà, afin que tous puissent recevoir le don de la paix et de la vie avec le “Souffle créateur”. En effet, par deux fois, Jésus dit à ses disciples : “La paix soit avec vous” et ajouta : “ « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. ». Voilà la mission de l’Eglise toujours assistée par le Saint Esprit : apporter à toutes et à tous l’heureuse nouvelle, la joyeuse réalité de l’Amour miséricordieux de Dieu.
L’amour est toujours missionnaire parce qu’il met la personne « hors d’elle ». Non pas dans le sens de perdre la tête, c’est à dire de devenir fous, mais dans le sens de sortir de son propre égoïsme pour affirmer l’autre, afin que l’autre vive. L’amour du Père qui nous offre son Fils nous pousse vers nos frères ((cf. 2 Cor 5, 14) afin qu’ils découvrent cet amour divin et qu’ils l’accueillent. Alors Dieu sera tout en tous (cf. 1 Cor 15, 28).


Pour nous permettre d’accomplir cette mission, Jésus nous donne son souffle de vie : la Vie de Dieu devient notre vie. C’est l’esprit nouveau qui nous enlève le cœur en pierre et nous donne un cœur de chair, capable de vivre selon la parole de Dieu et d’habiter la terre (cf. Ez 36, 24 ss). C’est le souffle que Dieu expira sur Adam (cf. Gn 2,7) et que le nouvel Adam “expira” de la Croix, en faisant sortir de son coté du sang (signe de l’Eucharistie) et de l’eau (signe di Baptême).
C’est l’Esprit du Fils de Dieu qui nous rend capable de vivre en frères et sœurs, en vainquant le mal par le bien. Donc la mission des disciples est celle de pardonner les péchés. Le pardon fraternel réalise l’amour du Père. En cette façon l’Eglise, sacrement du salut pour tous, continue la mission de l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde.


Avec le don de son Esprit, Jésus nous envoie nous-aussi à continuer dans le monde son œuvre de miséricorde et réconciliation. Les vierges consacrées dans le monde participent à ce ministère de miséricorde d’une façon significative et très particulière.


Quand une chose est consacrée, elle est soustraite à tout autre usage pour être utilisé seulement pour un but sacré. C’est ainsi pour un objet quand il est destiné au culte divin. Mais il arrive la même chose pour une personne quand elle est appelée par Dieu à Lui rendre un culte parfait. Etre consacrée au Christ signifie se laisser conduire par lui, avoir confiance en Lui et apporter son amour miséricordieux dans la vie de chaque jour. “Prions le Seigneur qu’Il multiplie sur les vierges consacrées Sa grâce afin qu’elles accomplissent des œuvres de miséricorde, et que tous ceux qui les voient glorifient le Père de la Miséricorde qui est aux Cieux” (Sainte Faustine Kowalska.). Ceci est, entre autres, confirmé dans le Rituel de la Consécration des Vierges qui affirme que leur tâche est celle de s’adonner “chacune selon son état et ses charismes propres, aux œuvres pénitence et de miséricorde , à l’activité apostolique et à la prière” (Praenotanda, n. 2, en version originale latine)

Lecture Patristique


Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)
Commentaire sur l’évangile de Jean, 12
PG 74, 704-705.

Le corps du Ressuscité est le corps du Crucifié

En entrant dans le Cénacle toutes portes closes, le Christ a montré une fois de plus qu’il est Dieu par nature, et qu’il n’est pas différent de celui qui vivait auparavant avec les disciples. En découvrant son côté et en montrant la marque des clous, il manifestait à l’évidence qu’il a relevé le temple de son corps qui avait été suspendu à la croix, en détruisant la mort corporelle, puisque par nature il est la vie et il est Dieu.

Mais alors que le moment était venu de transformer son corps par une gloire inexprimable et prodigieuse, on le voit tellement soucieux de fonder la foi en la résurrection future de la chair qu’il a voulu, conformément à l’économie divine, apparaître tel qu’il était auparavant. Ainsi ne penserait-on pas qu’il avait alors un corps différent de celui avec lequel il était mort sur la croix.

Même si le Christ avait voulu déployer la gloire de son corps devant les disciples, avant de monter vers le Père, nos yeux n’auraient pu en supporter la vue. Vous le comprendrez facilement si vous vous rappelez la transfiguration qui avait jadis été montrée sur la montagne. En effet, saint Matthieu écrit que le Christ fut transfiguré devant eux, que son visage resplendit comme l’éclair et que ses vêtements devinrent blancs comme neige. Quant à eux, ne pouvant supporter la vision, ils tombèrent la face contre terre.

C’est pourquoi, afin d’observer exactement le plan divin, notre Seigneur Jésus apparaissait encore, au Cénacle, sous sa forme antérieure, et non pas selon la gloire qui est due et convient à son Temple transfiguré. Il ne voulait pas que la foi en la résurrection se porte sur un aspect et sur un corps différent de ceux qu’il reçut de la sainte Vierge et dans lesquels il est mort après avoir été crucifié selon les Écritures. En effet, la mort n’avait pouvoir que sur la chair, dont elle allait être chassée. Car, si ce n’est pas son corps mort qui est ressuscité, quelle espèce de mort a donc été vaincue ? Ou encore, comment le pouvoir de la corruption aurait-il cessé, sinon par la mort d’une créature raisonnable ? Car ce ne fut pas l’œuvre de l’âme, ni de l’ange, ni même du Verbe de Dieu. Donc, puisque la mort ne peut exercer son pouvoir que sur ce qui est corruptible par nature, on aura raison d’estimer que la force de résurrection peut s’exercer aussi sur cela, pour que la tyrannie de la mort soit renversée.

Le Seigneur salue ses disciples en disant : Paix à vous. Il déclare ainsi que lui-même est la paix. Car ceux auprès desquels il est présent bénéficient d’un esprit parfaitement apaisé. C’est évidemment ce que saint Paul souhaitait aux fidèles quand il disait : Que la paix du Christ, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, garde votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus (Ph 4,7). Pour saint Paul, la paix du Christ, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, n’est autre que son Esprit: celui qui participe à son Esprit sera rempli de tout bien.

Source: ZENIT.ORG, le 8 avril 2021

« Convertissons-nous pour être des pierres vivantes du Temple vivant, le Christ », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano
Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano

« Convertissons-nous pour être des pierres vivantes du Temple vivant, le Christ », par Mgr Follo

« Laissons-nous être purifiés par lui pour être son Temple vivant »

« En tant que Fils de Dieu, Jésus a sa demeure dans le sein du Père, en tant que Verbe incarné, Il vit en chacun de nous. Laissons-nous être purifiés par lui pour être son Temple vivant »: c’est l’invitation de Mgr Francesco Follo dans ce commentaire des lectures de dimanche prochain, 7 mars 2021, troisième dimanche de carême.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris, lance cette invitation: « Laissons-nous être purifiés par lui pour être son Temple vivant »

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un commentaire de saint Augustin sur le psaume 130.

AB

Convertissons-nous 

pour être des pierres vivantes du Temple vivant, 

le Christ

            Prémisse : lieux de la rencontre

Dans cet exode du Carême, qui est un chemin de libération vers Pâques, à travers la liturgie, l’Église nous conduit à rencontrer Dieu dans le désert (Ier dimanche), sur la montagne (IIème dimanche), dans le Temple (aujourd’hui, IIIème dimanche de Carême), d’où le Christ chasse les marchands.

D’une part, nous pourrions être surpris qu’il y ait des marchands dans le temple de Jérusalem. D’autre part, nous le serions un peu moins si nous nous rappelions que ce que l’Évangile nous décrit :  au temps de Jésus, c’était une scène habituelle pour les yeux de ceux qui entraient dans le temple : les animaux et les hommes étaient là où ils devraient être, dans le temple. En fait, la relation avec Dieu était basée sur l’offrande d’animaux et on ne pouvait se présenter sans eux. Par exemple, rappelons-nous que Joseph et Marie sont également allés au Temple pour présenter l’enfant Jésus, en apportant avec eux deux tourterelles. De plus, comme aucune image ne pouvait pénétrer dans l’espace sacré, la présence de changeurs de monnaie était également justifiée, car les pièces portaient l’image de l’empereur imprimée dessus et la taxe au temple ne pouvait pas être payée avec ces monnaies « païennes ».

Malheureusement, ces exigences juridiquement justes avaient conduit à une pratique dégradée au point de transformer le Temple en un « repaire de voleurs ». L’endroit désigné pour garder la Présence de Dieu a été réduit au pire des marchés. La Maison du Père, où tous sont frères, avait été réduite à une maison de marché (Jn 2, 16) où tous sont concurrents, rivaux.

Avec sa sainte « colère » (il est dévoré – dit l’Évangile), le Christ purifie le Temple et enseigne que la relation avec Dieu ne peut plus être réalisée par la médiation des animaux utilisés comme victimes sacrificielles, mais nous vivons la relation avec Dieu en vertu de Jésus lui-même, la sainte victime sacrificielle par excellence, Agneau immaculé immolé pour nous.

Nous ne pouvons plus penser à avoir une relation avec Dieu différente de celle que Jésus nous a montrée. La relation avec Dieu ne peut plus être un acte d’adoration lié à un commerce : je fais ce sacrifice pour que Dieu me donne ceci ou me fasse une faveur parce que j’ai payé. La maison du Père est la splendeur de la gratuité et nous sommes là non pas pour un échange dû à un paiement, mais seulement parce que nous faisons un sacrifice de communion gratuit grâce à la reconnaissance du fait que nous sommes aimés. Dans le culte chrétien, fait en Esprit et en vérité, nous n’échangeons pas des choses, des animaux, de l’argent, mais nous-mêmes dans une logique d’amour, de gratuité, de don.

1) Christ, le nouveau Temple que le Saint-Esprit a commencé à construire dans le sein de la Vierge.

La prémisse faite nous incite à réfléchir plus en profondeur sur le passage de l’Évangile de ce troisième dimanche de Carême, qui est tiré de Jn 2, 13-25 : il décrit l’expulsion des vendeurs du temple et la promesse faite par Jésus d’un nouveau Temple[2], c’est-à-dire Lui-même. « Ils sont nombreux à affirmer que l’Homme-Dieu est né du sein virginal que l’Esprit de Dieu a formé, construisant ainsi un temple pur au Temple. Marie est, en fait, le temple du Christ ; celui-ci est, à son tour, le Temple du Verbe » (saint Grégoire de Nazianze). Pour le quatrième évangile (celui de Jean), après son retour au Père, c’est la personne même de Jésus qui sera le nouveau temple, le milieu vital de l’habitation réciproque du Père et du Fils, le vrai lieu de la communion intime avec le Dieu trinitaire à laquelle sont appelés tous les croyants (cf. 14.2; 1 Jn 1,3).

En effet, l’évangéliste Jean ne se contente pas de nous présenter Jésus qui, à l’instar des anciens prophètes, nous rappelle le vrai culte. Il affirme que Jésus – et précisément le Christ mort et ressuscité – est le vrai Temple : « Il parlait du Temple de son corps. »

Que cela signifie-t-il d’affirmer que Jésus est le vrai Temple ? Dans l’Ancien Testament le temple avait une double signification : c’était le lieu de la rencontre avec Dieu et le lieu du rassemblement des tribus. Il avait donc une dimension verticale et une dimension horizontale. Jésus est tout cela, affirme l’Evangile de Jean. C’est en Lui que nous pouvons faire une expérience authentique de la rencontre avec Dieu et c’est en Lui que nous pouvons faire une véritable expérience de fraternité.

Rencontrer Dieu est le désir de toute la Bible, la question qui la traverse d’un bout à l’autre : où et comment puis-je rencontrer le Seigneur ? En Jésus, répond Jean l’évangéliste. A Philippe, qui lui demandait : « Seigneur, montre-nous le Père », Jésus répond : « Je suis avec vous depuis si longtemps et cependant, tu ne m’as pas reconnu ! Celui qui m’a vu a vu le Père » (de 14,8 à 9). Le désir de la Bible (et de chaque homme) est aussi de sortir de la dispersion et de nous réunir, d’abandonner les dissensions et de vivre en frères. Mais où et comment est-ce possible ? Autour du Christ et de sa croix, répond Jean : « « Quand je serai élevé de terre, c’est à dire sur la Croix, j’attirerai à moi tous les hommes ». « Tous », c’est-à-dire l’universalité absolue ; et « attirer » ne signifie pas une force qui nous contraint, mais une beauté qui nous fascine. Le crucifix élevé révèle que l’amour, qui semble si souvent vaincu, est en réalité victorieux, capable de vaincre même la mort. C’est là une bonne nouvelle que tout homme voudrait toujours entendre et expérimenter.

            2) Nous, l’Eglise, Temple du Christ

L’Église est le Corps « réel » du Christ, il en est donc le temple, qui toutefois a besoin de purification.

Je m’explique :

La première fois que Jésus appelle Dieu mon Père, c’est à Jérusalem lorsqu’il chasse les vendeurs du temple (Jn 2,14-17) et qu’il fait suivre son acte courageux dans la maison de Dieu de cette semonce : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic » (v. 16). Cette expression appelle deux remarques. D’abord, Jésus se proclame « Fils de Dieu » et appelle Dieu mon Père. Le geste prophétique et les paroles sans ambiguïté adressées aux marchands représentent une absolue nouveauté pour la dévotion des Juifs[3].

De plus, Jésus parlait du temple d’Israël comme la « maison » de son Père. Cette particularité de Jean par rapport aux trois évangiles synoptiques (de Marc, Matthieu et Luc), qui parlent, eux, du temple comme « maison de prière » (cf. Mt 21,13 ; Mc 11,17 ; Lc 19,46), est d’une grande valeur spirituelle et théologique. Dans l’Ancien Testament, le temple était considéré comme la maison de Dieu (cf. Es 25,40 ; 1 R 6,1 ; Ps 122, 1) et le centre du culte du Très-Haut. Pour Jésus, le temple est la « maison » de son Père, que lui, en tant que Fils, doit purifier de la profanation du commerce avant d’en prendre possession.

Si Dieu est Père, il est absurde de lui rendre hommage avec des offrandes matérielles, comme du bétail ou de l’argent. Le Père exige seulement le culte spirituel et intérieur à vivre dans l’amour, refusant un culte du temple contraire aux exigences de l’alliance conclue entre Dieu et son peuple (cf. 1 R 19,10.14).

Dans cet épisode de l’expulsion des marchands du temple (Jn 2,13 à 25), nous apprécions aujourd’hui le geste ouvertement provocateur de Jésus, qui « fit un fouet, et chassa tout le monde hors du temple, jeta à terre la monnaie des changeurs. » Cependant, je ne pense pas que ce geste signifie simplement que le culte doit se pratiquer dans la dignité et pas dans l’ambiance d’un marché bruyant, mais dans le silence et le recueillement. Il s’agit de bien autre chose. Le geste polémique de Jésus se rattache aux prophètes, eux qui ont souvent critiqué le culte qui se déroulait dans le temple, non pas pour l’abolir, loin de là, mais pour le purifier. Les prophètes ne cessaient de rappeler que le culte n’est pas seulement adoration : il est également conversion et mission.

A l’approche de Pâques, ce geste du Christ, et les mots qui l’interprètent, résonnent en nous comme une ferme invitation à ne pas faire de la maison de notre Père un marché. Pas plus du temple de Jérusalem, que de chaque église, mais surtout de notre cœur. A chacun de nous Jésus répète son avertissement : ne pas faire de la foi un objet de trafic. Ne pas adopter avec Dieu la loi funeste d’une négociation de ses faveurs en contrepartie d’un don : une messe, une offrande, une bougie … afin d’obtenir quelque chose de Lui. Si nous agissons ainsi, si nous croyons qu’il est possible d’impliquer Dieu dans ce marchandage, nous ne sommes que des changeurs, et Jésus renverse notre table : Dieu ne s’achète pas. On ne peut pas l’acheter, même pas au prix de la monnaie la plus pure. Nous sommes sauvés parce que nous recevons. N’oublions pas que « tout est grâce » (Bernanos).

La maison de Dieu, c’est l’homme : ne faisons pas commerce de la vie. Ne l’appauvrissons pas en nous inspirant des lois de l’économie et de la finance. Ne vendons pas la dignité, la vérité et la liberté en échange de quelque chose. Ne vendons pas notre cœur en réduisant ses rêves à de l’or et à de l’argent. Ne faisons pas commerce de notre cœur.

La maison de Dieu, ce sont nos personnes de baptisés qui vivent en communion : temple fragile, mais très beau et ouvert à l’amour infini de Dieu. L’important c’est que sur nous, « pierres vivantes et purifiées » par le jeûne, la prière et par l’aumône, le Christ pose sa Lumière.

Il est le Rédempteur, venu pour illuminer l’homme de la Lumière de la Vérité, pour purifier le temple, pour rouvrir la raison au grand horizon de Dieu. Il est la Vérité, crucifiée le Vendredi Saint, et que nous verrons briller le jour de Pâques et nous accueillir dans le nouveau Temple de Son corps. C’est pourquoi, alors que « les Juifs demandent des miracles et les Grecs recherchent la sagesse, nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, […] puissance de Dieu et sagesse de Dieu » (1 Co 1,23-24).

Les vierges consacrées dans le monde nous donnent à voir une certaine façon de prêcher le Christ crucifié, car avec leur don total au Sauveur elles font briller Sa lumière. En fait, ces femmes montrent que la foi n’est pas un saut dans l’inconnu, mais dans la lumière. Dans la lumière de Dieu qui brille le matin et le soir, et qui « fait surgir au-delà de la mort, dans la splendeur des cieux, la journée sans soir. » (Liturgie des Heures, Hymne de none).

Elles ont cru à l’Amour et sont les témoins privilégiés d’un amour reçu qui les rend libres et joyeuses, capables d’aimer les autres sans les lier à elles-mêmes, mais à Dieu.

La virginité représente le mode d’amour qui révèle le mieux l’amour du Christ, en gardant vive la lumière de la lampe qu’elles ont reçue le jour de leur consécration (RVC 20). Ainsi, ce sont elles qui, dans l’humilité de leur vie quotidienne, nous introduisent dans le mystère du Christ « Lumière du monde ». En effet, Jésus s’est présenté aux hommes avec ces mots : « Je suis la lumière du monde ; Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie » (Jn 8,12).

Lecture patristique

Saint Augustin (354 -430)

sur le psaume 130 (CCL 40, 1899-1900)

Le temple de pierres vivantes

Nous ne devons pas écouter la voix qui chante les psaumes comme celle d’un individu, mais comme celle de tous les hommes appartenant au Corps du Christ. Et parce que tous font partie de son corps, ils parlent comme un corps unique, et cet homme unique est aussi une multitude. En effet, ils sont multiples en eux-mêmes, et ils ne font qu’un en lui qui est unique. Lui-même est aussi le Temple de Dieu, dont l’Apôtre écrit : Il est saint, ce temple de Dieu que vous êtes (1Co 3,17), c’est-à-dire : tous ceux qui croient au Christ et qui croient de manière à aimer. Car croire au Christ, c’est aimer le Christ, et non pas comme les démons croyaient, sans aimer (Je 2,19), et c’est pourquoi ils pouvaient bien croire, mais ils disaient : Qu’y a-t-il de commun entre nous et toi, Fils de Dieu(cf. Mt 8,29) ? Pour nous, croyons de telle sorte que, si nous croyons en lui, ce soit en l’aimant, et que nous ne disions pas : Qu’y a-t-il entre nous et toi ? Mais plutôt : Nous t’appartenons, à toi, qui nous as rachetés. Tous ceux qui croient ainsi sont comme les pierres vivantes dont le temple de Dieu est bâti (1P 2,5), et comme les bois incorruptibles dont était composée cette arche que le déluge n’a pu submerger (Gn 6,14). Ce temple, c’est-à-dire les hommes eux-mêmes, c’est là que l’on prie Dieu, et qu’il exauce.

Être exaucé par rapport à la vie éternelle est accordé seulement à celui qui prie dans le temple de Dieu. Or on prie dans le temple de Dieu quand on prie dans la paix de l’Église, dans l’unité du Corps du Christ, lequel est constitué de tous ceux qui croient en lui, sur la terre entière, et c’est pourquoi celui qui prie dans ce temple-là est exaucé. Car il prie en esprit et en vérité (Jn 4,24), celui qui prie dans la paix de l’Église, non dans ce temple qui n’en était que la figure.

Car c’est en figure que le Seigneur chasse du Temple ces hommes qui y recherchaient leurs intérêts, c’est-à-dire qui allaient au Temple pour vendre et acheter. Car si ce Temple était figuratif, il est évident que le corps du Christ, qui est le vrai temple dont l’autre n’était que l’image, contient lui aussi, mélangés, des acheteurs et des vendeurs, c’est-à-dire des hommes qui recherchent leurs intérêts personnels, et non ceux de Jésus Christ (Ph 2,21).

C’est parce que les hommes sont frappés pour leurs péchés, que le Seigneur a fait un fouet de cordelettes et a ainsi chassé du Temple tous ceux qui cherchaient leurs intérêts personnels, non ceux de Jésus Christ.

C’est donc la voix de ce temple qui retentit dans le psaume. Dans ce temple, ai-je dit, on implore Dieu, et il exauce en esprit et en vérité, mais non dans le temple matériel. Car il n’y avait là qu’une ombre où était montré le temple de l’avenir. C’est pourquoi celui-là est maintenant tombé. Notre maison de prière serait-elle tombée ? Nullement. Car vous avez entendu ce qu’a dit notre Seigneur Jésus Christ : Il est écrit : Ma maison s’appellera maison de prière pour toutes les nations (Mc 11,17).

NOTES

[1] Dans le Rite ambrosien les dimanches de Carême sont appelés :

  • Dimanche du début du carême ou Ier dimanche de carême (le catéchumène doit renoncer à Satan pour devenir chrétien)
  • Dimanche de la Samaritaine ou IIe dimanche de Carême (le Baptême comme eau de la vie qui nous donne la vie éternelle)
  • Dimanche d’Abraham ou IIIe dimanche de Carême (le Baptême comme profession de vérité qui nous intègre parmi les vrais enfants de Dieu)
  • Dimanche de l’Aveugle ou IVe dimanche de Carême (le Baptême comme illumination miraculeuse de nos ténèbres spirituelles)
  • Dimanche de Lazare ou Ve dimanche de Carême (le Baptême comme mort et ensevelissement avec le Christ pour pouvoir ressusciter avec Lui)
  • Dimanche des Rameaux ou Vie dimanche de Carême (le Baptême comme onction sanctifiante).

[2] Le corps du Christ, nouveau Temple. Dans l’Evangile de Jean et dans l’Apocalypse, le Christ transpercé par les péchés des hommes occupe le centre de l’histoire religieuse du monde. Il est le nouveau Temple dont parlait l’Evangile de Jean au chapitre 3, où, lors de la Purification du Temple, Jésus disait : « Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai. Alors les Juifs lui dirent : « Il a fallu quarante-six ans pour construire ce temple et toi, tu le relèverais en trois jours ? ». Jean commente aussitôt : « Mais lui parlait du temple de son corps ».

[3] Dans l’Ancien Testament aucun juif n’osait appeler Dieu son Père individuellement, et donc, se dire Son fils. Dieu était considéré comme le Père du peuple en raison des hauts faits qu’Il avait accomplis dans l’histoire d’Israël (cf. Ex 4,22 ; Nb 11, 12 ; Is 1,2s ; Jr 3, 14.19; 31, 20). Seul Jésus parle de Dieu d’une manière unique et neuve en l’appelant : Mon Père. Le Dieu de Jésus est un Père qui sauve et ne condamne pas, il libère et invite à la communion dans un chemin de foi à travers son Fils. Les disciples, en effet, parleront de Dieu comme leur Père après la résurrection, quand Jésus révèlera à Marie-Madeleine que son Père est devenu vraiment le Père de tous les hommes, naturellement non pas par sa nature mais par la grâce : « Je monte vers mon Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu » (20,17). A la lumière de ceci, le sens transcendant et dynamique de cette expression utilisée par Jésus, apparaît de plus en plus clairement quand on analyse tous les textes dans lesquels Il parle de ses rapports avec son Père (cf. 5, 17-26 ; 6,32.37.40 ; 10,30 ; 14,10).

Source: ZENIT.ORG, le 4 mars 2021

« Transfigurés dans l’espérance » par Mgr Follo

Mgr Follo, 2016 © courtoisie de la Mission du Saint-Siège à l'UNESCO
Mgr Follo, 2016 © Courtoisie De La Mission Du Saint-Siège À L’UNESCO

« Transfigurés dans l’espérance », par Mgr Follo

« Porter dans notre cœur l’espérance de la résurrection »

« Fixer notre regard sur la transfiguration du Christ, car c’est en lui que nous vivrons une vie nouvelle et transfigurée »: c’est l’invitation de Mgr Francesco Follo dans ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 28 février 2021, deuxième dimanche de carême.

Car, on lit, à la messe, le récit de la transfiguration du Christ. L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, titre en effet: « Transfigurés dans l’espérance : suivre le Christ sur le chemin de la croix, en portant dans notre cœur comme lui l’espérance de la résurrection. »

AB

Transfigurés dans l’espérance : 

suivre le Christ sur le chemin de la croix, en portant dans notre cœur comme lui l’espérance de la résurrection. 

1) Quarante jours pour nous transfigurer.

La raison pour laquelle, chaque deuxième dimanche de Carême, la liturgie nous rappelle la transfiguration du Seigneur, c’est de nous préparer au mystère pascal dans sa pleine dimension. La transfiguration du Messie ne prépare pas seulement à la passion, mais aussi à la résurrection du Christ.

Ce que le Seigneur a voulu enseigner avec sa transfiguration aux trois disciples, il nous l’enseigne aussi aujourd’hui. Il nous enseigne notre dignité, il nous enseigne notre grandeur, même si cette dignité et cette grandeur sont maintenant voilées et n’apparaissent pas clairement, au contraire, souvent elles sont cachées et mal comprises.

Poursuivant le chemin du Carême, la liturgie de la Parole de la Messe d’aujourd’hui, après avoir présenté dimanche dernier l’Évangile des tentations de Jésus dans le désert, nous invite à réfléchir sur l’événement extraordinaire de la transfiguration sur la montagne. Pris ensemble, les deux épisodes anticipent le mystère pascal : la lutte de Jésus avec le tentateur est un prélude au grand duel final de la Passion, tandis que la lumière de son Corps transfiguré anticipe la gloire de la Résurrection.

D’une part, nous voyons Jésus pleinement homme qui partage même la tentation avec nous. D’autre part, nous le contemplons comme le Fils de Dieu, qui divinise notre humanité. De cette manière, nous pourrions dire que ces deux dimanches sont comme des piliers sur lesquels repose toute la construction du Carême jusqu’à Pâques. Même toute la structure de la vie chrétienne qui consiste essentiellement dans ce dynamisme pascal : de la mort à la vie.

Donc il est important de comprendre le sens de la transfiguration dans le contexte de cette période de Carême.

Pour Pierre, Jacques et Jean, Jésus ne s’est pas manifesté pour se donner en spectacle, mais pour imprimer dans l’esprit et dans le cœur des disciples une vraie image de lui, une image si glorieuse et si puissante qu’elle aurait été capable de montrer qu’il est le Fils unique et immensément aimé de Dieu, le réalisateur de son projet de salut, même et surtout dans la pauvreté, dans la souffrance, dans la passion et la mort sur la croix. Il fallait préparer un groupe choisi de témoins qui résistent, de manière efficace, aux épreuves imminentes de sa passion et au scandale de sa crucifixion et de sa mort. La Transfiguration ne fut donc pas un spectacle, mais un entrainement à la foi, en vue des épreuves prochaines.

Pour nous, le sens de la Transfiguration de Jésus est celui donné par les trois apôtres. Pour expliquer cette signification, j’emprunte les paroles de saint Léon le Grand : « (Le Seigneur) ne prévoyait pas moins de fonder l’espérance de l’Église, en faisant découvrir à tout le Corps du Christ quelle transformation lui serait accordée ; ses membres se promettraient de partager l’honneur qui avait resplendi dans leur chef.  Le Seigneur lui-même avait déclaré à ce sujet, lorsqu’il parlait de la majesté de son avènement : « Alors les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père, » (Matthieu 13,43). Et l’apôtre saint Paul atteste lui aussi : « J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que le Seigneur va bientôt révéler en nous » (Romains 8,18). Et encore :« Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ qui est votre vie, alors, vous aussi vous paraîtrez avec lui en pleine gloire » (Sermon 51, 3-4. 8; PL 54, 310-311. 313).

Mais on pourrait me faire observer que cela vaut toujours. Alors pourquoi méditer et contempler la Transfiguration durant le carême ?

Car c’est justement en période de Carême – qui devrait être un temps de pénitence, pour être dignes de comprendre et connaître cette joie totale, qu’est la Pâques de la Résurrection – qu’on a besoin d’avoir des « certitudes » que les sacrifices que nous faisons, pour notre conversion, ne sont pas des choix inutiles, mais des choix qui conduisent à la gloire.

Et puis, il faut garder à l’esprit que le Carême est un moment où le Christ veut revivre en nous le mystère de sa transfiguration[3]: nous transfigurer à son image et ressemblance.

2) Gravir la montagne pour nous transfigurer.

Au début de la vie publique de Jésus il y eut le baptême ; à l’approche de sa Passion et Résurrection il y eut la transfiguration. Par le baptême de Jésus « fut manifesté le mystère de notre première régénération : notre Baptême ; la Transfiguration  » est le sacrement de la seconde régénération  » : notre propre résurrection ». (Saint Thomas d’Aquin, Summa theologiae, III, 45, 4, ad 2). Nous participons d’ores et déjà à la résurrection du Seigneur par le biais de l’Esprit Saint qui agit dans le sacrement du corps du Christ. La transfiguration nous offre un avant-goût de ce que sera la venue glorieuse de Dieu, « lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux » (Phil 3,21).

Mais il nous rappelle aussi qu’« il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu » (Act 14,22): « C’est ce que Pierre ne comprenait pas encore lorsqu’il désirait rester avec le Christ sur la montagne » (Lc 9,33). « Le Christ, ô Pierre, te réservait ce bonheur après la mort. Pour le moment il te dit : Descends travailler sur la terre, servir sur 1a terre, et sur la terre être livré aux mépris et à la croix. La Vie même n’y est-elle pas descendue pour subir la mort, le Pain, pour endurer la faim, la Voie, pour se fatiguer dans la marche, la Fontaine éternelle pour souffrir la soif ? (Saint Augustin, Sermon 78, 6 : PL 38, 492-493).

Le désert n’est pas le seul endroit où rencontrer Dieu. Dieu se manifeste aussi dans la montagne.

Dans l’Ancien Testament – je crois bon de le rappeler – les montagnes de la révélation étaient :

Le Mont Horeb où Dieu se manifesta à Isaïe, non pas dans un vent capable de briser les pierres, ni dans un éclair ou la foudre, ou dans un tremblement de terre, mais tout simplement dans « le souffle d’une brise légère » ; c’est l’endroit où Moïse vit le buisson ardent qui ne se consumait pas, vit le feu de Dieu et écouta Sa voix.

Le Mont Carmel, la montagne d’Elie, celle du défi contre l’idolâtrie (cf. 1 Rois, 18),

Le Mont Sinaï, là où Dieu rencontra Moïse et lui remit les tables de la loi,

Le Mont Moriah – Sion, là où Abraham aurait dû sacrifier son fils Isaac et où Dieu le Père « fit » mourir Son Fils, l’Agneau immaculé. L’endroit où Salomon fit construire le Temple. Là où les mains de Dieu et de l’homme se sont croisées à travers le sanctuaire.

Et dans la vie de Jésus, ces montagnes ont été :

Le mont de la Tentation,

Le mont des béatitudes (le Sinaï chrétien),

Le mont de la Prière, lieu de dialogue,

La montagne de la Transfiguration, le Thabor,

La montagne de l’Angoisse, le mont des Oliviers,

Le mont du Calvaire, la montagne de la croix et pour finir

La montagne de l’Ascension.

La Transfiguration, qui s’est produite au Mont Thabor, permet d’accepter, de comprendre et de partager tout ce qui s’est passé au mont du Calvaire qui est, oui, la montagne de la mort, mais aussi celle de la vie. La montagne où Jésus a été crucifié est celle de l’humanité qui tue celui qui est venu la sauver, l’endroit où s’est consommée la tragédie d’un Dieu qui assume la condition humaine jusqu’au bout, jusqu’à boire à la coupe des souffrances, à celle de la solitude, de la tristesse, du silence de Dieu (« Mon Dieu, Mon Dieupourquoi m’as-tu abandonné ? »). Mais le Calvaire c’est aussi l’endroit où l’évangile de Jean nous montre déjà la gloire de l’élévation, celle de la résurrection du Christ. Je crois légitime de dire que le Calvaire est déjà aussi le mont de l’Ascension, déjà le mont des Oliviers, mais aussi la montagne de la glorification, de l’exaltation, de l’espérance. Le Calvaire est donc à la fois la montagne du sang et des souffrances et celle de la gloire et de l’infini. A ce stade, je pense que nous pouvons comprendre comment le Calvaire parvient à résumer ces deux aspects fondamentaux : 1- sur la montagne il y a Dieu que nous cherchons, 2 – mais c’est nous qui montons, nous qui nous donnons du mal pour monter.

Et, n’oublions pas que pour monter il faut l’ascèse[4], dont le sens premier n’est pas « pénitence » mais « exercice » selon l’étymologie du terme. Pensons à l’exemple de l’athlète qui arrive très facilement à battre le record parce qu’il a fourni un « exercice » (= ascèse) de base qui s’est ensuite transformé en victoire.

L’ascèse est donc un exercice qui demande sans aucun doute des efforts, mais qui finit par payer, car il fait arriver au but souhaité et se transforme en expérience de liberté.

Donc profitons de ce temps de carême pour vivre cette ascèse comme un « chemin » de conversion à parcourir, dans la prière, dans le jeûne et dans la charité, pour progresser dans l’amour de Dieu et de nos frères.

Cette conversion peut s’appeler aussi transfiguration. Le mot « transfiguration » que nous utilisons vient du mot grec « métamorphose » (« transformation ») utilisé dans le Nouveau Testament, faisant alors ressortir un fait important : la transfiguration n’est pas quelque chose de très loin de nous, qui a des perspectives. Dans le Christ transfiguré se révèle beaucoup plus ce qu’est la foi : une transformation, qui se produit en l’homme tout au long de sa vie.

D’un point de vue biologique, la vie est une métamorphose, une transformation pérenne qui se termine par la mort. Vivre signifie mourir, signifie métamorphose vers la mort. La Transfiguration du Seigneur y ajoute quelque chose de nouveau : mourir signifie renaître.

D’un point de vue spirituel, la foi est une métamorphose, dans laquelle l’homme murit dans le définitif et devient mûr pour être définitif. C’est la raison pour laquelle l’évangéliste Jean voit la croix comme un objet de glorification, fusionne la Transfiguration et la Croix : dans l’ultime libération de soi-même, la métamorphose de la vie atteint son objectif.

La transfiguration promise par la foi comme métamorphose de l’homme est avant tout un chemin de purification, un chemin de souffrance, mais pas uniquement. Le chemin que prend Jésus vers Jérusalem, vers la croix, après la Transfiguration, est un chemin de gloire. Vu de l’extérieur on pourrait dire : c’est un chemin de souffrance et de défaite, car il se termine par la croix. Non, au contraire, la transfiguration nous dit que ce chemin est un chemin de gloire, qui passe par le Calvaire mais aboutit au mont de l’Ascension.

Il est très significatif de constater que le récit de la Transfiguration figure dans l’évangile de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc, mais pas dans celui de saint Jean. Alors que s’il y a bien un épisode propre à Jean c’est justement celui de la transfiguration. Pourquoi saint Jean ne l’a-t-il pas rappelé ? A mon avis la raison est la suivante : l’apôtre raconte la vie de Jésus comme étant l’existence d’un transfiguré. Par exemple, si nous repensons à la rencontre avec les premiers disciples, on voit un Jésus en gloire (cf. Jn 1, 34).

Si nous contemplons l’épisode des noces de Cana, marqué par le miracle de la transformation de l’eau en vin, nous trouvons un Jésus en gloire : « ils virent sa gloire » (cf. Jn 2, 11). Allez à Jérusalem pour la purification du temple et vous y trouverez encore Jésus en gloire : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2, 19). De toute évidence, Jean parle de son corps glorieux. C’est-à-dire que la transfiguration est devenue chez saint Jean une clef d’interprétation pour tout : cela n’est plus un épisode, un moment particulier qui a lieu avant le voyage vers Jérusalem. Dans l’Evangile de saint Jean c’est devenu le critère pour comprendre tous les évènements de la vie de Jésus. Donc, la transfiguration doit devenir une clef de lecture pour notre vie au même titre que ça l’a été pour la vie du Christ.

C’est peut-être pour ça que les moines de la tradition orientale, lorsqu’ils commencent à écrire les icônes, déclarent : La première icône à écrire (verbe utilisé pour dire « faire » les icônes) est celle de la Transfiguration. Avant de peindre l’icône ils doivent prier et jeûner, en faire un acte religieux. L’icône doit sortir de la contemplation. La première icône qu’ils doivent faire est une Transfiguration, c’est-à-dire qu’ils doivent montrer la gloire de Dieu dans les couleurs, les dessins et l’écriture de l’icône. S’ils arrivent à faire cela, ils sauront faire n’importe quelle autre icône, sinon leur icône restera un simple dessin extérieur, la reproduction d’évènements vus sous un angle extérieur ; mais ce ne sera pas la bonne icône. L’icône veut transfigurer le bois, les couleurs et la figure pour aider à exprimer la contemplation. C’est pourquoi il faut vraiment partir de la transfiguration.

Je conclue en suggérant deux choses :

La première est : d’élever à Dieu une Prière avant de commencer à écrire une icône, pour que notre personne inscrive dans sa vie quotidienne l’icône du Christ. Cette prière est : « Donne-moi, Seigneur Jésus Christ, un esprit et un cœur purs comme le cristal et brulants comme ton amour ; prépare-moi, Maître, à une fructueuse méditation ; éloigne de moi les vaines pensées, les tourbillons de l’esprit et les intrigues du malin, Toi qui es la Voie, la Vie et la Vérité. Je t’en prie, Seigneur, fais-en sorte que mon intellect devienne un splendide miroir de diamant, pour qu’en lui se reflète la lumière éternelle de la Sainte Trinité. Et toi Sophia, et toi Vierge Marie, et vous Saints Apôtres, et vous Pierre et Paul, assistez ma transmutation, aujourd’hui, demain et toujours. Amen ».

La seconde : de prendre exemple sur les Vierges Consacrées dans le monde.

Ces femmes ont pris au sérieux l’invitation à vivre « La contemplation de la gloire du Seigneur Jésus dans l’icône de la Transfiguration révèle d’abord aux personnes consacrées le Père, créateur et dispensateur de tout bien, qui attire à lui (cf. Jn 6, 44) une de ses créatures par un amour spécial et en vue d’une mission particulière. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé qui a toute ma faveur : écoutez-le ! » (Mt 17, 5). Répondant à cet appel accompagné par un attrait intérieur, la personne appelée se confie à l’amour de Dieu qui veut l’avoir à son seul service et elle se consacre totalement à lui et à son dessein de salut (cf. 1 Co 7, 32-34). (Saint Jean Paul II, Vie consacrée, n. 17)

Nous avons ici tout le sens de la vocation à la vie consacrée : une initiative venue entièrement du Père (cf. Jn 15,16), qui exige de ceux qu’il a choisis la réponse d’un dévouement total, exclusif et transfigurant.

Lecture Patristique

Saint Jean de Damas (+ vers 744)

Homélie sur la Transfiguration du Seigneur, 16-18;

PG 96, 572-573.

Voici qu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre (Mt 17,5), et les disciples furent saisis d’une crainte plus grande en voyant Jésus le Sauveur, avec Moïse et Élie dans la nuée.

Jadis, il est vrai, quand Moïse vit Dieu, il entra dans la divine nuée, donnant ainsi à entendre que la Loi était une ombre. Écoute ce que dit saint Paul : La Loi, en effet, n’avait que l’ombre des biens à venir, non la réalité même (He 10,1). Israël, en ce temps-là, n’avait pas pu fixer les yeux sur la gloire passagère du visage de Moïse (2Co 3,7). Mais nous, le visage découvert, nous reflétons la gloire du Seigneur et nous sommes transformés d’une gloire en une gloire plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit (2Co 3,18).

Aussi la nuée qui couvrit les disciples de son ombre n’était-elle pas remplie de ténèbres – car elle ne les menaçait pas – mais de lumière. En effet, le mystère resté caché depuis les siècles et les générations a été révélé(Col 1,26) et la gloire perpétuelle et éternelle est manifestée. Voilà pourquoi Moïse et Élie, aux côtés du Sauveur, personnifiaient la Loi et les Prophètes. Celui qu’annonçaient la Loi et les Prophètes, c’est, en vérité, Jésus, le dispensateur de la vie. <>

Et une voix sortit de la nuée, qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! » (Mt 17,5).

Tels sont les mots du Père sortis de la nuée de l’Esprit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, lui qui est homme et apparaît tel. Hier, il s’est fait homme, a vécu humblement parmi vous, et maintenant son visage resplendit. Celui-ci est mon Fils bien-aimé, lui qui est avant les siècles. Il est le Fils unique de l’Unique. Hors du temps et éternellement il procède de moi, le Père. Il n’a pas accédé après moi à l’existence, mais, de toute éternité, il est de moi, en moi et avec moi. »

C’est par la bienveillance du Père que son Fils unique, son Verbe, s’est fait chair. C’est par sa bienveillance que le Père a accompli, dans son Fils unique, le salut du monde entier. C’est la bienveillance du Père qui a fait l’union de toutes choses en son Fils unique. Car l’homme est par nature un petit monde, portant en lui-même l’union entre toute essence visible et invisible, du fait qu’il est à la fois l’une et l’autre. Vraiment, il a plu au Maître de toutes choses, au Créateur qui gouverne l’univers, d’unir en son Fils unique et consubstantiel la divinité et l’humanité, et, par celle-ci, toute créature, pour que Dieu soit tout en tous (1Co 15,28).

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, le resplendissement de ma gloire, l’empreinte de ma substance (cf. He 1,3), par qui aussi j’ai créé les anges, par qui le ciel a été affermi, et la terre établie. Il porte l’univers par sa parole toute-puissante et par le souffle de sa bouche, c’est-à-dire l’Esprit qui guide et donne la vie. »

« Écoutez-le, car celui qui le reçoit, me reçoit, moi qui l’ai envoyé, non en vertu de mon souverain pouvoir, mais à la façon d’un père. En tant qu’homme, en effet, il est envoyé, mais en tant que Dieu, il demeure en moi, et moi en lui. Celui qui n’honore pas mon Fils unique et bien-aimé, ne m’honore pas, moi, le Père, qui l’ai envoyé. Ecoutez-le,car il a les paroles de la vie éternelle. »

NOTES

[1] “Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille. Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus.  Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande. Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.  Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts » (Mc 9, 2-10).

[2] Il arrive donc à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » Elle lui dit : « Seigneur, tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où as-tu donc cette eau vive ? Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? » Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. » La femme répliqua : « Je n’ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari : des maris, tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari ; là, tu dis vrai. » La femme lui dit : « Seigneur, je vois que tu es un prophète !… Eh bien ! Nos pères ont adoré sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » La femme lui dit : « Je sais qu’il vient, le Messie, celui qu’on appelle Christ. Quand il viendra, c’est lui qui nous fera connaître toutes choses. » Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. » (Jn 4, 5-26).

[3] Le sens général de la Transfiguration est résumé dans un bref verset, tiré de l’Hesperinos présent dans la liturgie byzantine : « ce jour-là, au Thabor, le Christ transforma la nature d’Adam qui s’était assombrie. Après l’avoir éclairée, il la divinisa ». Ces quelques mots, comme ceux du récit évangélique, qui sont d’une grande simplicité, ont une profondeur extraordinaire. Comme dans tous les événements de la vie du Christ et à chaque fête, ici on a à la fois un accomplissement et une préfiguration. Ces deux éléments apparaissent avec autant d’évidence et force à Pâques. La Transfiguration de notre Seigneur Jésus Christ transfert l’existence humaine dans une dimension de gloire, montrant aux trois apôtres vivants devant deux défunts prophètes l’actualité illuminée du passé et de l’avenir. La transfiguration révèle de cette manière le sens intime du christianisme : le Dieu-homme leur montre l’homme divinisé.

[4]  Du latin ascèse qui dérive du grec ἄσκησις , de ἀσκέω «exercer». La définition donnée est: «exercice» ou «pratique» spirituel et physique, composé de prière, de méditation et de diverses activités physiques pour tendre à la perfection intérieure, grâce au détachement du monde matériel pour monter au ciel. Le jugement sur la réalité sans préjugés aliénants ni déraisonnables, exige un «détachement de soi» (cf. Lc 17,33), un travail fatigant qui, dans la tradition religieuse, s’appelle l’ascèse, et qui ne peut être réalisé que par la persuasion de « l’amour de nous-mêmes comme destin, comme affection pour notre destin, qui est Dieu ».

Source: ZENIT,ORG, le 25 février 2021

Lectures de dimanche : « Le désert comme lieu indispensable pour notre vie »

Désert du Taklamakan en Chine © Wikimedia commons /By 6-A04-W96-K38-S41-V38
Désert Du Taklamakan En Chine © Wikimedia Commons /By 6-A04-W96-K38-S41-V38

Lectures de dimanche : « Le désert comme lieu indispensable pour notre vie »

Par MGR FRANCESCO FOLLO

Quand le tentateur instille en nous le désespoir

« Comprendre et vivre le désert comme lieu ‘indispensable’ pour notre vie », c’est l’invitation de Mgr Francesco Follo qui médite sur les lectures de dimanche prochain, 22 février 2021, (Ier dimanche de Carême[2] -Année B).

Cette « sortie de nous-mêmes » au carême, écrit l’observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco à Paris, « plus qu’un abandon du monde, est avant tout une ouverture au Christ qui est notre vie. C’est un dépassement de nous-mêmes qui est essentiellement aimer Jésus, même et surtout quand il y a des ténèbres ».

« Alors que le tentateur instille en nous le désespoir ou nous pousse à placer une illusoire espérance dans l’œuvre de nos mains, Dieu nous garde et nous soutient toujours et ne nous abandonne pas en tentation », affirme Mgr Follo.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propos un homélie de Lansperge le Chartreux (+ 1539) sur le premier dimanche de carême.

Le désert comme temple[1]

où Dieu parle à notre cœur (cf. Os 2,16)

1- Jésus, le vrai Adam et le vrai Moïse. 

Le Carême est la période de temps où nous sommes appelés d’une manière spéciale à faire pénitence pour non seulement tout quitter, mais pour suivre le Christ et respirer en lui la miséricorde.

Ce sont quarante jours de pèlerinage où Dieu lui-même nous accompagne à travers le désert de notre pauvreté, nous soutenant sur le chemin vers l’intense joie de Pâques. Cette sortie de nous-mêmes, plus qu’un abandon du monde, est avant tout une ouverture au Christ qui est notre vie. C’est un dépassement de nous-mêmes qui est essentiellement aimer Jésus, même et surtout quand il y a des ténèbres. Même dans la « vallée obscure » dont parle le psalmiste (Ps 23, 4), alors que le tentateur instille en nous le désespoir ou nous pousse à placer une illusoire espérance dans l’œuvre de nos mains, Dieu nous garde et nous soutient toujours et ne nous abandonne pas en tentation.

Comme nous le lisons dans les Pères de l’Église, les tentations font partie de la « descente » de Jésus dans notre condition humaine, dans l’abîme du péché et ses conséquences. Une « descente » que Jésus a parcourue jusqu’au bout, jusqu’à la mort sur la croix et aux enfers de l’extrême distance de Dieu. De cette manière, Il est, Lui, la main que Dieu a tendue à l’homme, à la brebis égarée, pour la ramener à la sécurité de son cœur.

Comme l’enseigne saint Augustin, Jésus a pris de nous des tentations, pour nous donner sa victoire (cf. Enarr. In Psalmos, 60,3: PL 36, 724). Nous n’avons donc pas peur d’affronter le combat contre l’esprit du mal: l’important est que nous le fassions avec lui, avec le Christ, surtout en cette période de Carême.

Ce Carême dure quarante jours en souvenir du jeûne de Jésus, notre Seigneur et notre frère, dans le désert où il fut tenté, comme nous le lisons dans l’Evangile d’aujourd’hui qui le résume brièvement[3]. En écrivant que Jésus est « poussé » au désert, nous pouvons interpréter que l’évangéliste Marc parle de Jésus comme d’un nouvel Adam et d’un nouveau Moïse. Le vieil Adam fut repoussé du jardin terrestre et entra dans le désert de la vie. A ce propos, Saint-Ambroise de Milan commente : » Rappelle-toi comment le premier Adam fut chassé du paradis au désert, et alors tu comprendras comment le deuxième Adam retourne du désert au paradis. Tu remarqueras que la première condamnation a été abrogée de la même façon qu’elle avait été prononcée, et que les bienfaits divins sont rétablis sur la trace des anciens. Adam vient d’une terre vierge, le Christ vient de la Vierge ; le premier a été fait à l’image de Dieu, le second est l’Image de Dieu. C’est par une femme qu’est venue la sottise, c’est par une vierge qu’est venue la sagesse ; la mort est venue d’un arbre, la vie est venue de la croix. Adam a été chassé dans le désert, le Christ vient du désert : en fait, il savait où trouver le condamné qui serait reconduit vers le paradis, libéré de sa faute… Sans guide, comment celui-ci aurait-il pu retrouver sa route dans le désert, lui qui, dans le paradis avait perdu sa route, faute de guide ? »[4]

Suivons donc le Christ qui est le nouvel Adam, mais aussi le nouveau Moïse, et nous pourrons retourner du désert au paradis.

Suivons le Christ qui, en allant au désert, s’insère dans l’histoire du salut de son peuple, du peuple élu et de l’humanité.

Après sa sortie d’Egypte, cette histoire se poursuit avec une migration de quarante ans dans le désert. Dans ces quarante ans d’exode, se trouvent les jours de la rencontre avec Dieu : les quarante jours que Moïse passa sur les hauteurs, dans le jeûne absolu, loin de son peuple, dans la solitude de la nuée, au sommet de la montagne (Ex 24,18). Nous retrouvons cette durée de quarante jours dans la vie d’Elie. Persécuté par le roi Akhab, il marche quarante jours dans le désert, retournant à l’origine de l’Alliance, à la voix de Dieu, pour une nouvelle étape de l’histoire du salut (1 R 19,8).

Pendant son séjour au désert, Jésus revécut les tentations de son peuple, les tentations de Moïse. Comme Moïse, il s’offrit en une oblation sainte et amoureuse qui consistait à accepter d’être effacé du livre de la vie pour sauver son peuple (cf Ex 32,32). Jésus, en fait, devint l’Agneau de Dieu, pour porter les péchés du monde. C’est Lui le vrai Moïse, celui qui est vraiment « dans le sein du Père (Jn 1,18) face à face avec lui, pour le révéler. Dans les déserts du monde, Il est vraiment la source d’eau vive (cf  Jn 7,38), celui qui ne se limite pas à parler, mais qui est, en personne, la Parole de la vraie vie (cf Jn 14,6). Du haut de la croix, il nous donna la nouvelle alliance. Lui, le nouveau et le vrai Moïse, est entré, par sa résurrection, dans la vraie Terre Promise où il n’a pas été donné à Moïse d’entrer, et, avec la clé de la croix, Il nous en ouvre la porte.

2– Le peuple nouveau mené au désert par le nouveau Moïse 

Le Carême est le temps de pénitence qui précède Pâques et dure quarante jours en souvenir du jeûne de notre Seigneur dans le désert. Le désert nous fournit une image très éloquente de la condition humaine. Le Livre de l’Exode raconte l’expérience du peuple d’Israël qui, à sa sortie d’Egypte, erre dans le désert du Sinaï pendant quarante ans avant de rejoindre la Terre Promise. Pendant ce long voyage, les juifs firent l’expérience de toute la force et de l’insistance du tentateur, qui les poussait à perdre confiance dans le Seigneur et à rebrousser chemin ; mais en même temps, grâce à la médiation de Moïse, ils apprirent à écouter la voix de Dieu, qui les appelait à devenir son peuple saint. En suivant le Christ, le nouveau Moïse, nous pouvons comprendre que pour réaliser pleinement sa vie dans la liberté, il faut surmonter la preuve que comporte cette liberté, c’est-à-dire, la tentation. Ce n’est que libérée de l’esclavage, du mensonge et du péché, que la personne humaine, par l’obéissance de la foi qui l’ouvre à la vérité, trouve tout le sens de son existence et atteint la paix, l’amour et la joie. Le désert est donc le lieu de la purification, « le lieu austère, la terre aride sans eau » où Dieu conduit son peuple ou celui à qui Il veut se révéler, celui avec qui Il veut parler.

Pour aider à comprendre et vivre le désert comme lieu « indispensable » pour notre vie, voici une liste de quelques personnages bibliques pour qui le désert fut un lieu réellement indispensable.

Abraham. Pour ce patriarche, le désert fut de partir de la maison paternelle, du lieu de sa sécurité matérielle et physique, pour aller vers un monde inconnu, dans un lieu dont il ne connaissait même pas le nom : » quitte ton pays, ta patrie, la maison de ton père, et va vers le pays que je t’indiquerai » (Jn 12,1)

 Moïse. Sa vie fut marquée par le désert. En fait, le désert marqua le lieu de son appel et le moment déterminant de sa vie :  » Moïse qui faisait paître le troupeau de Jethro, son beau-père, prêtre de Madian, mena le troupeau au- delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, l’Horeb »(Ex 3,1).

Elie. Il partit pour se sauver, arriva à Beer-Sheba de Juda, et y laissa son serviteur. Lui-même s’en alla au désert à une journée de marche. (1R 19,3-4).

Pour le prophète Osée, un des prophètes les plus tourmentés, le désert représente le lieu de la rencontre avec Dieu qui lui dit des paroles d’amour : « Eh bien, c’est moi qui vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur » (Os 2,16).

Mais cette expérience du désert ne se limite pas aux hommes de l’Ancien Testament, elle est aussi l’expérience des grands personnages du Nouveau Testament et de Jésus lui-même.

Le Précurseur. « En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, proclamant dans le désert de Judée ; il portait un vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage » (Mt3, 1-4).

Jésus lui-même. « Aussitôt, l’Esprit pousse Jésus au désert et il y resta quarante jours (Mc1, 12). Au matin, à la nuit noire, Jésus sortit et s’en alla dans un lieu désert, là il priait » (Mc 1,35)..

Les disciples du Christ. Le désert est le lieu où le Seigneur les invite à rester avec lui et à parler de leur travail :  » Les apôtres se réunissent auprès de Jésus et ils rapportèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. Il leur dit : venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. Ils partirent en barque vers un lieu désert, à l’écart. (Mc 6,30-31).

Dans la Bible, le désert représente donc un moment privilégié de la rencontre avec Dieu. Faisons de ce carême un moment de désert pour que pour nous aussi, il soit un lieu de silence, c’est-à-dire de capacité à nous taire pour écouter Dieu parler à notre cœur.

Dans le désert de ce carême, pratiquons les exercices de piété (prières), la charité (aumône) afin que Dieu  » grâce à notre jeûne de carême, vainque nos passions, élève notre esprit, nous infuse la force et nous accorde le prix de  » la vie avec Lui pour toujours. (cf  IVe Préface de Carême)

N’oublions pas cependant que la pénitence est une simple formalité ou seulement un remords si elle n’est pas faite par amour, si nous jeûnons sans nous unir au Christ. En l’imitant, et en le priant de faire que notre jeûne soit le sien, qu’Il veuille l’associer au sien de sorte que nous puissions être en lui et lui en nous.

3- Les vierges consacrées et le désert

Ne considérons pas si difficile de vivre pendant quarante jours ce que les vierges consacrées dans le monde sont appelées à vivre toute leur vie. C’est en ce sens que l’Evêque élève la prière de consécration sur elles : « Sois leur fierté, leur joie et leur amour ; sois pour elles consolation dans la peine, lumière dans le doute, recours dans l’injustice ; dans l’épreuve, sois leur patience, dans la pauvreté, leur richesse, dans la privation, leur nourriture. » (RCV n38).

La virginité pousse à fuir toute forme d’attachement, dans un état d’ascèse et de pénitence. En même temps, la maternité spirituelle exige un engagement à partager avec générosité ce dont on dispose pour le bien des frères, en témoignant de façon particulière la charité du Christ. Les vierges consacrées vivent dans la solitude parce qu’elles ont renoncé à avoir une famille naturelle, mais avec le Christ, leur Epoux, elles ne s’isolent pas, elles ne se séparent pas du monde. Avec Lui, elles sont dans le monde sans être du monde. Pour être fidèles à cette vocation, elles répondent à l’invitation de l’Evêque : « nourrissez votre vie religieuse du corps du Christ, fortifiez-la par le jeûne et la pénitence, alimentez-la par la médiation de la parole, avec la prière assidue et les œuvres de miséricorde » (proposition d’homélie du RVC). Elles témoignent ainsi d’une vie vraiment humaine et pleine, parce qu’elle est renouvelée par l’Amour. Ces femmes consacrées à l’Amour de Dieu témoignent que le cœur de l’homme est « de Dieu » et donc « pour Dieu », et qu’il possède une grandeur qui lui vient directement de Celui qui l’a fait, Dieu, l’origine et la fin de tout amour. Elles témoignent de la solidité et de la tendresse de l’Amour de Dieu.

Lecture patristique

Homélie de Lansperge le Chartreux (+ 1539)

Sermon 2 sur le premier dimanche de carême, 

Opera omnia, t 1, 180

Tout ce que le Seigneur Jésus a voulu faire aussi bien que souffrir, il l’a fait pour nous instruire, nous reprendre et nous être utile. Puisqu’il savait que nous en tirerions beaucoup de fruit pour notre instruction et notre réconfort, il n’a voulu rien omettre de ce qui pourrait nous profiter. C’est pourquoi il fut conduit au désert, et il n’y a pas de doute que ce fut par l’Esprit Saint. En effet, l’Esprit Saint a voulu le conduire là où le démon pourrait le trouver et oserait s’approcher de lui pour le tenter. Car le tentateur était provoqué à le mettre à l’épreuve par des circonstances favorables, c’est-à-dire la solitude, la prière, la mortification corporelle, le jeûne et la faim. Ainsi le démon aurait-il la possibilité d’apprendre de Jésus s’il était le Christ et le Fils de Dieu.

La première chose que nous apprenons ici, c’est que la vie de l’homme sur la terre est une vie de combat (Jb 7,1). Et aussi que le chrétien doit s’attendre à être d’emblée tenté par le démon. Qu’il se prépare donc à la tentation, selon l’Écriture: Si tu viens te mettre au service du Seigneur, prépare-toi à subir l’épreuve (Si 2,1). C’est pourquoi le Seigneur a voulu réconforter par ses exemples tout nouveau baptisé, tout nouveau converti, pour qu’il n’ait pas peur et ne devienne pas timoré, si après sa conversion ou son baptême, ayant été tenté par le démon plus fortement qu’auparavant, pu s’il souffre davantage de la persécution, il lit dans l’Évangile que le Christ lui-même a été tenté par le démon aussitôt après son baptême

La deuxième leçon que le Christ a voulu nous donner par son exemple, c’est que nous ne cherchions pas facilement à nous exposer à la tentation. Conscients de notre faiblesse, veillons plutôt à ne pas entrer en tentation, prions et évitons les occasions d’être tentés.

NOTES

[1] Nous pourrons peut-être  affirmer que le désert est le temple sans murs de notre Dieu  En effet, Celui qui habite dans le silence aime certainement les lieux à l’écart. C’est là qu’Il est souvent apparu à ses saints et c’est surtout dans la solitude qu’Il a daigné rencontrer les hommes (Saint Eucher).

[2] En fait, ce sont trois thèmes que nous propose la liturgie du Carême :

  1. Pâques. Le Carême étant la préparation aux célébrations pascales, les thèmes de la vie et de la mort y tiennent une place primordiale. A partir de la deuxième semaine (Transfiguration), il va s’explicitant au cours des deux dernières semaines.
  2. Le baptême. Dans sa structure de base, le Carême se forma autour du sacrement du Baptême donné aux adultes au cours de la veillée pascale. Les chrétiens prennent davantage conscience de leur propre baptême.
  3. La pénitence. C’est principalement au début du Carême (le mercredi des Cendres et l’évangile de la tentation de Jésus du 1er dimanche) que ce thème est développé. Pendant le Carême, l’Eglise, épouse du Christ qui souffre et qui meurt, vit plus intensément l’aspect pénitentiel.

[3] Evangile du 1er dimanche de Carême : « Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert. Durant quarante jours, au désert, il fut tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient.

Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l’Evangile de Dieu et disait : »Les temps est accompli, et le règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Evangile. » (Mc 1,12-15)

[4] Saint Ambroise (env. 340-397), évêque de Milan et docteur de l’Eglise, Commentaire de l’évangile de Luc  IV, 7-12 ; PL 15,1614

Source: ZENIT.ORG, le 18 février 2021

Lectures de dimanche : « l’Évangile est une Présence à contempler »

Evangile, Sainte-Marthe © L'Osservatore Romano
Evangile, Sainte-Marthe © L’Osservatore Romano

Lectures de dimanche : « l’Évangile est une Présence à contempler »

Les trois verbes de la vocation

Par MGR FRANCESCO FOLLO

« Venez et vous verrez : l’Évangile est une Présence à contempler avec les yeux du cœur » : c’est le thème de la méditation de Mgr Francesco Follo, pour les lectures de dimanche prochain, 17 janvier 2021 (IIe dimanche du temps ordinaire – Année B – 1S 3,3-10.19; Ps 39; 1Co 6,13-15.17-20; Jn 1,35-42).

« Se rapprocher de Dieu c’est devenir une cathédrale vivante », écrit l’observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco à Paris, qui médite notamment sur les trois verbes de la vocation, « qui n’est pas un métier ».

1) La vocation : l’invitation à rester avec le Christ pour en partager la vie et la tâche.


Après la célébration du Baptême de Jésus qui a conclu la période de Noël dimanche dernier, la liturgie présente aujourd’hui un passage du premier chapitre de l’Évangile de Jean pour compléter la narration des événements qui ont marqué la manifestation de Jésus comme Messie et Fils de Dieu, qui appelle à le suivre, en habitant avec lui. Et, n’oublions pas, on n’habite que là où l’on est aimé : la maison de l’un est l’affection de l’autre. L’habitation, la maison n’est pas comme la tanière ou la bergerie pour l’animal qui y se réfugie ou s’abrite. Le foyer est le lieu des véritables rapports de la vie humaine, de l’intimité, des affections. Demander au Christ « où habites-tu ?» signifie lui demander « qui es-tu ? ». Cela signifie lui demander son identité, cela signifie lui demander « d’où viens-tu et où vas-tu ? » Quel est ton monde, le monde vrai et intérieur que tu as construit et que tu es toi-même en train de construire. Comme Jean et André, nous demandons à la Parole faite chair : « Où habites-tu ? Où es-tu chez toi ? Quel est ton mode de vie, qui es-tu vraiment ? C’est ça ce qui nous intéresse ». Et le Christ répond à nous aussi : « Venez et vous verrez ». Par conséquent, si nous ne marchons pas derrière lui, à sa suite, nous ne connaîtrons pas la réponse pour « voir » avec les yeux du cœur.
Ce n’est pas un hasard, si même pour les deux autres lectures de la messe de ce dimanche, le IIe du temps ordinaire, la vocation est le thème central comme écoute de la volonté d’amour de Dieu et comme chemin pour demeurer dans l’Amour dont nous devenons membres. Nous avons tous été appelés à suivre une « vocation » à réaliser dans notre vie de tous les jours. Nous sommes tous appelés à vivre notre vocation de fils de Dieu dans le Fils unique dans l’apparente banalité de la vie quotidienne. Nous sommes tous appelés à être avec le Christ, avant de faire quelque chose pour le Christ.
Le plus bel exemple à cet égard nous est offert par la Vierge Marie qui, avant de “faire des œuvres” de mère, “était” et “est” encore mère. Et les apôtres aussi dont nous parle l’Évangile de ce jour, avant de faire quelque chose pour le Christ, furent avec le Christ. A Jean et André qui lui demandaient : “Maître, où habites-tu ?”, Jésus répondit : “Venez et vous verrez”, c’est-à-dire qu’il leur proposa d’“être” avec Lui, avant de “faire” quelque chose avec Lui.
Ce n’est pas un hasard non plus si la liturgie du temps ordinaire demande que le prêtre porte les ornements verts, pour signifier le temps vert de notre vie. Il s’agit d’un temps chargé d’espoir, qui accompagne et illumine le quotidien que nous devons “passer” à la suite du Christ.
Le temps ordinaire n’est pas un temps mineur, c’est le temps dans lequel le Mystère de la vie du Christ et de notre vie en Lui s’écoule sous nos yeux de manière ordinaire et nous, nous sommes appelés à le recevoir et à le comprendre, pour parcourir la voie du salut, en Jésus Christ, notre Voie.
Chaque existence est déjà un appel : Dieu nous a sauvés de l’abîme vertigineux du néant et, en nous offrant l’être, il nous a donné aussi un projet à accomplir, un dessein à réaliser qui est même gravé “sur ses paumes” (Isaïe 49). C’est là le sens de notre vie : être avec Dieu et collaborer au grand projet qu’Il nourrit de toute éternité pour chacun de nous.
Nous sommes souvent tentés de croire que la vocation que Dieu nous donne, est un devoir pénible, une vertu obligatoire et ennuyeuse. Non. Dieu adresse aux hommes un appel à tisser un lien d’amour avec Lui. Il les invite dans sa demeure, les accueille de nouveau dans sa maison quand ils reviennent à son amour. Et non seulement ils peuvent rester avec Lui mais Lui reste dans leur cœur. La philosophie de l’homme dans la quête éternelle de sa maison est la nostalgie de sa patrie, de sa maison natale, comme l’a écrit le philosophe et écrivain allemand Novalis (1772 -1801) : “la philosophie est la nostalgie de retour à la maison”. Eh bien l’Évangile d’aujourd’hui montre comment on arrive à cette maison. En suivant le Christ, en Lui demandant où il habite et en demeurant avec Lui.
L’effet le plus admirable de cette démarche est que nous devenons sa demeure. Car se rapprocher de Dieu c’est devenir une cathédrale vivante. En recevant sa Présence en nous, nous comprenons la grandeur de la condition “humaine” à laquelle nous sommes appelés. La Bible abonde d’histoires de vocation : à titre d’exemple, Abraham, Moïse, David, chacun des prophètes, le petit Samuel dont il est question dans la première lecture d’aujourd’hui (1 Samuel 3,3-10), la Vierge Marie, les apôtres.
Chacun sous des formes différentes, mais nous avons tous en commun de recevoir cette invitation à donner à notre existence la valeur suprême de s’ouvrir à la relation avec Dieu, en disant comme Marie : “Amen, Fiat, que tout se passe pour moi comme tu l’as dit”.

2) Les trois verbes de la vocation qui n’est pas un métier


Les lectures de la messe d’aujourd’hui montrent que la vocation se caractérise par trois verbes : appeler, écouter, répondre.
Appeler. Excepté les rares appels directs, la vocation se produit par l’intermédiaire d’autres hommes, comme on le voit dans l’épisode d’aujourd’hui : pour les deux disciples du Baptiste, c’est lui l’intermédiaire, qui leur désigne l’Agneau de Dieu ; pour Pierre, c’est son frère André ; pour Samuel enfant, c’est son “tuteur” Eli.
Écouter, comme il le fit le petit Samuel qui répondit à Dieu qui l’appelait par son nom : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ».
Répondre en allant habiter auprès de Celui qui nous dit, comme à Jean et André : “Venez et vous verrez”.
Revenons au passage de l’Évangile d’aujourd’hui, où il nous est raconté que, remarquant Jean et André qui le suivaient, Jésus se retourna et demanda : “Qu’est-ce que vous cherchez ?”. Jésus ne posa pas cette question pour se renseigner, mais pour provoquer la réponse et les amener à prendre conscience de leur propre recherche. Jésus oblige l’homme à s’interroger sur les raisons de son propre chemin.
La recherche doit être mise en question. Il y a, effectivement, recherche et recherche. Il y a celui qui cherche vraiment Dieu et qui, en réalité se cherche lui-même.
Donc, la première condition est de vérifier continuellement l’authenticité de sa propre recherche de Dieu. La deuxième est de ne pas chercher à comprendre la vocation comme une recherche visant à ordonner le monde ni à trouver sa place dans le monde, parce que la vocation n’est pas le fruit d’un projet humain ou d’une stratégie d’organisation. Elle est vocation à l’Amour reçu et offert. La vocation n’est pas un choix, c’est être choisi : “Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis” (Jn 15, 16).


3) La vocation au bonheur1 à travers un exode


Dans l’Évangile de Marc on lit : “Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie la perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. (…) Jésus le regarda et se prit à l’aimer ; il lui dit : « Une seule chose te manque : va, ce que tu as vends-le, et donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel, puis viens, suis-moi.” (Mc 8, 34-35 ; 10,21).
Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus, en d’autres termes, répète cette invitation à Jean et André pour qu’eux aussi se mettent en route à sa suite. Dans les deux cas, le Christ demande de parcourir avec Lui le nouvel exode, qui n’est pas uniquement de libération du mal et de tout autre esclavage physique ou moral, mais pour la liberté, la vérité2, l’amour, la joie qui nous tiennent tant à cœur.
Un exemple de saint qui accepta totalement de faire cet exode avec le Christ, c’est celui de Saint François d’Assise (1182 –1226), qui exprima son expérience de libération et de vocation par ces paroles connues sous le nom de La Prière simple :
Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix.
Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.
Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.
Là où il y a la discorde, que je mette l’union.
Là où il y a le doute, que je mette la foi.
Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où il y a les ténèbres, que je
mette votre lumière.
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.
Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer,
car c’est en donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on trouve,
c’est en pardonnant qu’on est pardonné,
c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.
Des siècles avant, un autre saint exprima l’expérience d’être appelé de manière très profonde. Il s’agit de Saint Augustin d’Hippone (354 – 430), dont la vocation-conversion fut obtenue par la prière et les larmes de sa mère, Monique. Dans les Confessions, écrites pour raconter sa vocation et rendre gloire à Dieu pour sa miséricorde, ce grand Saint affirme que “le poids de l’amour élève vers le haut” (Pondus meum amor meus – Confessions, XIII, 9, 10). Autrement dit, l’évêque d’Hippone ajoutait : “En quelque lieu que j’aille, c’est l’amour qui m’y porte”.
Lui aussi avait trouvé l’amour et non seulement il ne voulait pas le perdre, mais il voulait lui rester fidèle pour toujours.
Pendant des années il avait cherché la vérité et l’amour. Quand il l’eut rencontré dans la personne du Christ, il resta fidèle à jamais.
A lui aussi, le Christ dit “que cherches-tu ?”, et à sa réponse interrogative : “Maître où habites-tu ?” la réponse est encore “viens et tu verras”.


4) Le témoignage des Vierges consacrées dans le monde


La vocation de Jean et André fut suscitée par le témoignage de leur “vieux” maître, Jean le Baptiste, qui avait désigné Jésus comme “l’Agneau qui enlève les péchés du monde”, mais elle devint plus claire dans le dialogue avec le Christ : “Que cherchez-vous ?”, “ Maître, où habites-tu ? “Venez et vous verrez”.
A Jean et à André, comme à l’interminable cortège de personnes qui Le cherchent et Lui demandent : “ Où habites-tu ?”, Jésus répond par un impératif (“venez”) et par une promesse (“vous verrez”). La recherche n’est jamais finie. La découverte de Dieu n’est jamais terminée.
Jésus ne dit pas ce qu’ils ne verront ni quand. C’est en demeurant avec Lui que l’avenir se dévoilera et s’épanouira. Suivre Jésus ne signifie pas savoir à l’avance où Il nous conduit ; cela veut dire lui faire confiance, pleinement confiance. Cet abandon total est vécu de manière particulière par le Vierges consacrées. Ces femmes nous donnent le témoignage que la vocation consiste à reconnaître le Christ comme centre affectif de la vie humaine. A leur exemple, à la question du Christ “Qui, que cherchez-vous ?”, nous répondons : “Toi”, et dans le quotidien “oui” (fiat), elles se conforment à son dessein d’amour, en renouvelant fidèlement le “oui” prononcé entre les mains de l’évêque le jour de leur consécration. (Cf. rituel de Consécration des vierges, n° 14 : L’évêque : « N., le Seigneur vous appelle à le suivre. » Réponse de la candidate : « Me voici, Seigneur, puisque tu m’as appelée ».)
Nous savons tous que l’amour de Dieu pour l’homme est fidèle et éternel : “ Je t’ai aimé d’un amour éternel ”, dit Dieu à l’homme (Jr 31, 3). Les Vierges consacrées nous témoignent que même nous, nous pouvons vivre la vocation à l’amour de Dieu qui est lumière, bonheur, et épanouissement de la vie ici-bas et pour l’éternité.


Lecture Patristique


Saint Thomas d’Aquin
Ev. sec. Ioan., 1, 15, 1 s.
C’est maintenant le contenu du témoignage du Baptiste qui nous est exposé. Par ces paroles, non seulement il montre le Christ, mais il admire sa puissance. Isaïe avait dit: Il sera appelé l’Admirable. Et vraiment Il est d’une puissance admirable, cet Agneau qui, égorgé, tua le lion, ce lion dont il est dit: Votre adversaire le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Aussi ce même Agneau a-t-il mérité d’être appelé Lion vainqueur et glorieux — Il a vaincu, le Lion de la tribu de Juda.
Jean donne brièvement son témoignage: VOICI L’AGNEAU DE DIEU, soit parce que les disciples à qui il présentait ce témoignage étaient déjà suffisamment informés sur le Christ par tout ce qu’ils avaient entendu de Jean, soit encore parce que cela fait bien comprendre toute l’intention de Jean, qui était uniquement d’amener ses disciples au Christ. Et Jean ne leur dit pas: « Allez à Lui », pour que ses disciples ne paraissent pas faire une grâce au Christ en Le suivant, mais il met en lumière la grâce du Christ comme un bienfait pour eux s’ils Le suivent. C’est pourquoi il dit VOICI L’AGNEAU DE DIEU, c’est-à-dire voici Celui en qui est la grâce, et la puissance purificatrice des péchés. On offrait en effet un agneau en sacrifice pour les péchés, comme le dit l’Écriture


LES DEUX DISCIPLES L’ENTENDIRENT PARLER AINSI, ET ILS SUIVIRENT JESUS. JESUS SE RETOURNA, LES VIT QUI LE SUIVAIENT ET LEUR DIT: « QUE CHERCHEZ-VOUS? » ILS LUI REPON DIRENT: « RABBI (CE QUI SIGNIFIE MAITRE), OU HABITES-TU? » » VENEZ ET VOYEZ », LEUR DIT-IL. ILS VINRENT DONC ET VIRENT OU IL DEMEURAIT, ET ILS DEMEURERENT AUPRES DE LUI CE JOUR LA. C’ETAIT ENVIRON LA DIXIEME HEURE.


L’Évangéliste rapporte ici le fruit de ce témoignage. Il expose en premier lieu le fruit du témoignage de Jean et de ses disciples, ensuite celui de la prédication du Christ. Le premier point comporte deux parties. Dans la première, l’Évangéliste expose le fruit du témoignage de Jean, dans la seconde celui de la prédication d’un de ses disciples. Au sujet du fruit provenant du témoignage de Jean, l’Évangéliste indique d’abord sa formation première, puis son achèvement par le Christ.


L’Évangéliste dit d’abord: LES DEUX DISCIPLES qui étaient avec Jean L’ENTENDIRENT qui disait: VOICI L’AGNEAU DE DIEU, et ILS SUIVIRENT JESUS — littéralement: ils s’en allèrent avec Lui.
A ce sujet on peut faire, selon Chrysostome3, quatre remarques.


Voici la première: Jean parle, le Christ se tait, et c’est à la parole de Jean que ses disciples se rassemblent autour du Christ. Cela correspond à un mystère. Le Christ est en effet l’époux de l’Église; Jean, l’ami de l’époux et son paranymphe. Le rôle du paranymphe est de remettre l’épouse à l’époux et, avec les paroles voulues, de livrer la dot. Il revient à l’époux de se taire, comme par réserve, mais, une fois qu’il a reçu l’épouse, de disposer d’elle comme il le veut. Ainsi Jean remet au Christ les disciples qui Lui sont fiancés par la foi. Jean parle, le Christ se tait; mais après les avoir reçus, Il les instruit avec soin.


La seconde remarque est celle-ci: lorsque Jean sou lignait la dignité du Christ en disant: Il existait avant moi, et moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure4, personne ne s’est converti. Mais quand il a parlé des abaissements du Christ et du mystère de l’Incarnation, alors ses disciples ont suivi Jésus. Car les abaissements du Christ, ce qu’Il a souffert pour nous, nous émeuvent davantage. En ce sens on lit dans le Cantique des Cantiques: Ton nom est une huile répandue5. Il s’agit de la miséricorde avec laquelle Il a procuré le salut des hommes; aussi l’Écriture ajoute-t-elle aussitôt: Les jeunes filles t’aiment.

La troisième remarque de Chrysostome est la suivante. La parole de la prédication est comme une semence qui tombe en diverses terres. Dans l’une elle fructifie, dans l’autre, non. Ainsi, lorsque Jean prêche, il ne convertit pas au Christ tous ses disciples mais deux seulement, ceux qui étaient bien disposés. La jalousie, au contraire, anime les autres contre le Christ; aussi soulèvent-ils à son endroit une accusation: Pourquoi, tandis que les Pharisiens et nous, nous jeûnons sou
vent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ?6


Dernière remarque: ayant entendu son témoignage, les disciples de Jean ne se permirent pas de parler sur-le-champ à Jésus, mais pleins à la fois d’ardeur et de retenue, ils cherchèrent à s’entretenir avec Lui en particulier dans un endroit retiré — Il y a en effet pour toute chose un temps et un jugement.


1 Cf. Le catéchisme de l’Église catholique, IIIe Partie, art.2
2 Pape François, Les vocations comme témoignages de la Vérité, 14 mai 2014.Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.
3 Ioannem hom., 18, PG 59, col. 115-118.
4 Jean 1, 27.
5 Ct 1, 3.
6 Mt 9, 14.

Source: ZENIT.ORG, le 15 janvier 2021

Lectures de dimanche : Dieu « veut prendre le parti des pécheurs »

Le Baptême du Christ par Le Pérugin Chapelle Sixtine (domaine public)
Le Baptême Du Christ Par Le Pérugin Chapelle Sixtine (Domaine Public)

Lectures de dimanche : Dieu « veut prendre le parti des pécheurs »

« Une étrange façon de se présenter »

Par Mgr Francesco Follo,

« Dès le début de sa vie publique, le Fils de Dieu se présente non pas en se vantant de ses origines célestes mais en suivant le chemin de l’abaissement et de l’humilité », écrit Mgr Francesco Follo dans sa méditation surles lectures de dimanche prochain, 10 janvier 2021, fête du Baptême du Seigneur.

« Jésus, écrit l’observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco à Paris, veut prendre le parti des pécheurs, devenir solidaire avec eux, leur montrer la proximité de Dieu. Jésus se montre solidaire de nous, avec notre effort de conversion, de quitter notre égoïsme, de nous détacher de nos péchés, de nous dire que si nous l’acceptons dans notre vie, Il est capable de nous élever et de nous conduire à la hauteur de Dieu le Père. »

Mgr Follo invite « à comprendre que la décision de Jésus d’être solidaire des pécheurs, de se confondre avec eux et de demander le Baptême de Jean, exprime sa volonté de racheter l’humanité de l’intérieur ».

Comme lecture patristique, il propose une page de saint Jérôme et une page de saint Ephrem.

Dans le Baptême du Christ, nous contemplons 

son humble amour pour nous 

et une manifestation de la Trinité (1)

Introduction : Une étrange façon de se présenter

Ce récit, pris aujourd’hui de l’Evangile de Marc, relate le baptême de Jésus. Il montre que, dès le début de sa vie publique, le Fils de Dieu se présente non pas en se vantant de ses origines célestes mais en suivant le chemin de l’abaissement et de l’humilité.

A trente ans, Jésus commence son ministère public en se rendant au Jourdain pour recevoir le baptême de pénitence et de conversion de Jean. Ce qui s’y passe est humainement paradoxal. Jean-Baptiste en fut déjà bouleversé. Quand le Précurseur a vu Jésus qui venait se faire baptiser comme les pécheurs, celui-ci a été étonné. Reconnaissant en lui le Messie, le Saint de Dieu, celui qui est sans péché, Jean manifeste son étonnement : lui-même, le baptiseur aurait voulu être baptisé par le Christ. Mais le Fils de Dieu l’a exhorté à ne pas faire d’objection, à accepter d’accomplir cet acte, afin de faire ce qui convenait pour « accomplir toute justice ».

Mais alors : « Le Fils de Dieu a-t-il besoin de pénitence et de conversion ? » Certainement pas. Pourtant, Celui qui est sans péché se place parmi les pécheurs pour être baptisé, pour accomplir ce geste de pénitence.

Le Saint de Dieu s’unit à ceux qui reconnaissent d’avoir besoin de pardon et demandent à Dieu le don de la conversion, c’est-à-dire la grâce de revenir à lui de tout leur cœur, d’être totalement à lui. Il s’agit de la relation inséparable entre la miséricorde et la conversion. Dans cette relation, nous trouvons, d’une part, le don gratuit et surabondant du salut et, d’autre part, tout notre besoin de changement et la reconnaissance de notre péché. Nous pouvons ainsi obtenir le pardon par lequel avec la réconciliation notre liberté s’approche de Jésus et demande quoi faire. Dieu nous restaure notre visage originel, bien au-delà de ce que nous pouvons envisager et mériter.

Jésus veut prendre le parti des pécheurs, devenir solidaire avec eux, leur montrer la proximité de Dieu. Jésus se montre solidaire de nous, avec notre effort de conversion, de quitter notre égoïsme, de nous détacher de nos péchés, de nous dire que si nous l’acceptons dans notre vie, Il est capable de nous élever et de nous conduire à la hauteur de Dieu le Père. Et cette solidarité de Jésus n’est pas « faite » de seules paroles et de simples intentions.

Le Fils de Dieu s’est vraiment immergé dans notre condition humaine. Il l’a pleinement vécue, sauf le péché, et donc il est capable d’en comprendre la faiblesse et la fragilité. Pour cela il a compassion des hommes et il choisit de « souffrir avec » les hommes, de devenir pénitent avec nous.

C’est l’œuvre de Dieu que Jésus veut accomplir : la mission divine de guérir les blessés et de guérir les malades, de prendre sur lui le péché du monde avec la puissance de l’amour humble et généreux.

Grâce à cet humble acte d’amour de la part du Fils de Dieu, les cieux s’ouvrent et le Saint-Esprit se manifeste visiblement sous la forme d’une colombe, tandis qu’une voix d’en haut exprime la complaisance du Père qui reconnaît son Fils unique, l’Aimé.

C’est une véritable épiphanie (= manifestation) de la Sainte Trinité qui témoigne de la divinité de Jésus, de son être le Messie promis, Celui que Dieu a envoyé pour libérer son peuple, afin qu’il soit sauvé (cf. Is 40, 2).

Ainsi s’accomplit la prophétie d’Isaïe que nous entendons dans la première lecture de la Messe d’aujourd’hui : le Seigneur Dieu vient avec le pouvoir de détruire les œuvres du péché et ses bras exerce la domination pour désarmer le diable.

Cependant, n’oublions pas que ces bras sont les bras étendus sur la croix et que la puissance du Christ est la puissance de Celui qui souffre pour nous : c’est la puissance de Dieu, différente de la puissance violente du monde. Dieu vient avec la puissance paternelle qui détruit le péché et transfigure le pécheur.

Vraiment, le Rédempteur agit comme le vrai, bon berger qui paît le troupeau et le rassemble, pour qu’il ne soit pas dispersé (cf. Is 40,10-11), et il offre sa propre vie pour qu’il ait la vie. C’est par sa mort rédemptrice que l’homme est libéré de la domination du péché et se réconcilie avec le Père. C’est par sa résurrection que l’homme est sauvé de la mort éternelle et qu’il est rendu victorieux du diable.

            1) Le Baptême de Jésus et notre baptême

Ce dimanche, nous célébrons le fait que Jésus a été baptisé[2] par Jean le Baptiste dans les eaux du Jourdain en Terre Sainte. Ce Jean appelle les pécheurs à se laver dans la rivière avant de faire pénitence. Jésus vient à Jean pour se faire baptiser : « Il avoue donc être pécheur ? ». Certainement, non.

Alors, pourquoi le Christ, l’Innocent, est-il allé au Jourdain pour se faire baptiser ?

A cette question, nous pouvons répondre avec saint Jérôme : « le Sauveur fut baptisé par Jean pour trois raisons. Premièrement, parce que, étant né homme Il doit, comme les autres, respecter la loi dans la justice et l’humilité. Deuxièmement, pour démontrer l’efficacité du baptême de Jean en se faisant baptiser. Troisièmement pour montrer, en sanctifiant les eaux du Jourdain par la descente de la colombe, l’avènement de l’Esprit Saint dans le baptême des croyants » (Jérôme, Commentaire sur Matthieu 1,3,13).

Mais ceci entraîne une autre question. Pourquoi célébrer et vivre ce mystère du Baptême de Jésus ?

Pour exprimer notre gratitude à Jésus. Dans son baptême, le Christ, le Sans-péché, a pris sur Lui tous nos péchés et, en montrant la proximité de Dieu dans l’itinéraire de conversion de l’homme, Il marqua sa solidarité avec nous et nous racheta. La valeur rédemptrice vient du fait que Jésus, sans péché, s’est fait, par pur amour, solidaire des coupables et ainsi a transformé, de l’intérieur, leur situation. En effet, quand une situation catastrophique comme celle qu’a provoquée le péché est assumée en faveur des pécheurs par pur amour, alors elle ne s’inscrit plus dans l’opposition à Dieu, mais, au contraire, dans la docilité à l’amour qui vient de Dieu (cf. Gal 1,4), et elle devient ainsi source de bénédiction.

Cet acte d’extraordinaire humilité a été dicté par la volonté d’établir avec chacun de nous une pleine communion, par le désir d’établir une véritable solidarité avec nous, avec notre condition.

Cet acte de Jésus a anticipé la Croix, l’acceptation de la mort pour nos péchés et pour ceux de toute l’humanité. Jésus prend sur ses épaules le fardeau de la culpabilité de l’humanité tout entière. Il commence sa mission en se mettant à la place des pécheurs, dans la perspective de la croix.

C’est cet acte d’abaissement par lequel Jésus a voulu se conformer totalement au plan d’amour de Dieu le Père.

Dès lors, nous pourrions peut-être reformuler ainsi les questions que nous venons de poser : « Pourquoi donc le Père a-t-il voulu cela ? Pourquoi a-t-il envoyé son Fils unique dans le monde comme l’Agneau qui prend sur Lui les péchés du monde (cf. Jn 01:29)? On pourrait répondre : pour donner à l’humanité la vie de Dieu, son Esprit d’amour, afin que chaque homme puisse se désaltérer à cette source de salut inépuisable. C’est pour cela que les parents chrétiens portent le plus tôt possible leurs enfants sur les fonds baptismaux, sachant que la vie qu’ils leur ont transmise appelle une plénitude, un salut que Dieu seul peut donner. Et de cette manière les parents se font les collaborateurs de Dieu en transmettant à leurs enfants non seulement la vie physique mais aussi la vie spirituelle.

            2) Notre baptême

Certes, le baptême de Jésus fut un baptême différent de celui que nous avons reçu, enfant ou adulte, mais il est en relation profonde avec lui. Au fond, tout le mystère du Christ dans le monde peut se résumer à ce mot « baptême », qui signifie « immersion » en grec. Le Fils de Dieu qui partage depuis toujours avec le Père et l’Esprit Saint la plénitude de la vie, a été « immergé » dans notre réalité de pécheurs, pour nous faire participer à sa propre vie : il s’est incarné, il est né comme nous, il a grandi comme nous et, à l’âge adulte, il a dévoilé sa mission en commençant précisément par le « baptême de conversion » pratiqué par Jean-Baptiste. Son premier acte public, que nous racontent les Evangiles, fut de descendre au Jourdain, parmi les pécheurs pénitents, afin de recevoir le baptême. Naturellement Jean était réticent, mais Jésus insista, parce que c’était la volonté du Père (cf. Mt 3,13-15).

Pour conclure, à la question : « Alors, que cela signifie pour nous de vivre cette fête du Baptême de Jésus ? », on répond : « Cela signifie vivre dans le baptême de Jésus jusqu’à ce qu’il ait tout pris de chacun de nous et nous ait tout donné ». Et comment prend-Il tout de nous ? A travers notre baptême.

Donc, depuis que Jésus-Christ, le Fils unique du Père s’est fait baptiser, le ciel est vraiment ouvert et continue à s’ouvrir, et nous pouvons confier chaque nouvelle vie qui éclot ou qui, une fois adulte, veut s’immerger dans le vrai Dieu, entre les mains de Celui qui est plus puissant que les puissances obscures du mal. C’est bien cela que signifie le Baptême : nous rendons à Dieu ce qui est venu de Lui.

Le Baptême, en effet, est plus qu’un lavement, une purification. C’est plus qu’entrer dans une communauté. C’est une nouvelle naissance. C’est un nouveau commencement de la vie. Dans le Baptême nous nous donnons au Christ. Il nous assume en Lui, afin que nous ne vivions plus pour nous-mêmes, mais par Lui, avec Lui et en Lui ; afin que nous vivions avec Lui, nous et tous les autres. Dans le Baptême nous nous abandonnons, nous déposons notre vie entre ses mains, de sorte que l’on peut dire avec saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Gal 2,20)

Le Baptême implique cette nouveauté : notre vie appartient au Christ, non plus à nous. Mais c’est précisément pour cela que nous ne sommes pas seuls, même dans la mort, mais nous sommes avec Lui qui vit éternellement. Accueillis par le Christ dans son amour, nous sommes libérés de la peur et nous vivons dans l’amour et par l’amour de Celui qui est la Vie.

            3) Le baptême de l’Auteur du Baptême

Le passage de l’Evangile proposé ce dimanche qui rappelle le baptême du Seigneur, s’ouvre avec deux affirmations de Jean-Baptiste : « Après moi vient Celui qui est plus fort que moi : je vous baptise dans l’eau, mais il vous baptisera dans l’Esprit-Saint » (Mc 1,7-8). La prédication de Jean-Baptiste tend essentiellement à attirer l’attention sur Jésus. Dans son extrême simplicité (voir note 1), le récit du baptême de Jésus est riche de significations importantes.

D’abord, Jésus – en Marc 1, 7-11 – est présenté dans la double dimension de son mystère : l’homme d’humble origine (« il vint de Nazareth en Galilée ») et le Fils bien-aimé de Dieu.

Deuxièmement, les cieux ouverts, l’Esprit qui descend, la voix céleste, tout converge pour nous révéler que, avec la manifestation de Jésus sur les rives du Jourdain, les temps messianiques sont arrivés.  L’invocation affligée d’Isaïe 63,19 (« Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! ») a été entendue : après être resté très longtemps fermé et silencieux, le ciel s’ouvre à nouveau, l’Esprit de Dieu est de retour parmi le peuple et la parole du Seigneur retentit de nouveau.

Dans le Baptême c’est le mouvement de Noël qui se répète : Dieu descend encore, il entre en chacun de nous, il naît en nous afin que nous naissions en Dieu et le Christ devient le centre de toute la vie chrétienne. C’est cette vérité dont les vierges consacrées dans le monde sont appelées à témoigner d’une manière particulière.

En effet, par l’acceptation de leur vocation particulière elles portent à son aboutissement la vocation chrétienne reçue au baptême et elles vivent leur condition de femme comme une offrande totale à Dieu.

Dans le parcours de leur maturation humaine et spirituelle, la consécration dans l’Ordo Virginum leur offre une façon de vivre en plénitude leur humanité, que le baptême avait greffée en Christ.

Avec ce mode de vie elles développent leur originalité personnelle comme un don pour soi et pour les autres. Leur vie totalement dédiée à Dieu devient exemple de la relation à soi-même, aux autres, à Dieu, dans l’Eglise, dans un contexte social et culturel donné.

Dans le rite de la consécration, les vierges consacrées, appelées par Dieu le Père dans un projet d’amour (Rite de la Consécration des Vierges, 34), reçoivent une « nouvelle onction spirituelle » (RCV, 29) qui les enracine dans la consécration baptismale. Avec la célébration de la consécration, ces femmes font l’expérience d’un nouveau mode de participation à la vie de la Trinité, dans laquelle le baptême les avait déjà ancrées et Dieu les soutient de jour en jour dans la fidélité (RCV, 53).

Lecture patristique

Saint Jérôme, Commentaire sur Marc, l

BAPTÊME DU SEIGNEUR

« Après moi, c’est Celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie des ses chaussures » (Mc 1,7). Nous sommes confrontés à une grande épreuve d’humilité : c’est comme s’il avait dit ne pas être digne d’être un serviteur du Seigneur …

« Je vous baptise avec de l’eau » (Mc 1,8), je suis seulement un serviteur : il est créateur et Seigneur, je vous offre l’eau, sont une créature et je vous offre une chose créée : qu’il n’était pas créé, et offre quelque chose d’incréé. Je vous baptise avec de l’eau, je vous offre quelque chose d’invisible. Je suis visible, je vous donne l’eau visible ; Lui qui est invisible, donne l’Esprit invisible.

« Et il arriva que, dans ces jours, Jésus vint de Nazareth en Galilée » (Mc 1,9). Observez la connexion et le sens des mots. L’évangéliste ne dit pas, le Christ est venu, ni le Fils de Dieu, mais Jésus est venu. Certains peuvent se demander pourquoi il n’a pas dit qu’il était le Christ ? Je parle à la chair : évidemment Dieu est toujours saint et n’a pas besoin de la sanctification, mais maintenant nous parlons du Christ selon la chair. Alors il n’était pas encore baptisé et n’avait pas encore été oint par l’Esprit Saint. Personne ne doit être choqué : Je parle à la chair, je parle selon la forme du serviteur qu’il avait engagé, que je parle de Celui qui est venu au baptême presque comme un pécheur. Donc, se faisant je ne divise pas le Christ, comme si une personne était le Christ, une autre Jésus et un autre le Fils de Dieu : mais je veux dire que, en dépit d’être un et étant toujours le même, cependant, nous a paru différente en fonction des différents moments.

« Jésus de Nazareth en Galilée », dit Marc. Considérez le mystère. D’abord, sont arrivés auprès de Jean-Baptiste la Judée et les habitants de Jérusalem : notre Seigneur, qui a initié le baptême de l’Evangile et les sacrements de l’Evangile changé dans les sacrements de la loi, n’est pas venu de Judée, ni de Jérusalem, mais des gens de la Galilée. Jésus, en fait, vient de Nazareth en Galilée. Nazara signifie fleur : cela signifie que Jésus, provient de la fleur.

« Il a été baptisé par Jean dans le Jourdain » (Mc 1,9). C’est un grand acte de miséricorde : Il est baptisé comme un pécheur, Lui qui n’avait pas commis de péché. Dans le baptême du Seigneur tous les péchés sont pardonnés, mais, dans un sens, le baptême du Seigneur, avant la vraie rémission des péchés qui se déroule dans le sang du Christ, dans le mystère de la Trinité.

« Et maintenant, sortant de l’eau, il vit les cieux ouverts » (Mc 01:10). Tout ce qui a été écrit, il a été écrit pour nous : avant de recevoir le baptême nous avons les yeux fermés et nous ne voyons pas le ciel. « Il vit l’Esprit comme une colombe descendre et s’arrêter sur Lui. Et une voix vient du ciel :« Tu es mon Fils bien-aimé, en qui j’ai trouvé mon plaisir » (Mc 1,10-11). Jésus-Christ a été baptisé par Jean, l’Esprit Saint descend sous la forme d’une colombe et le Père du ciel rend son témoignage. Regarde ô arien, regarde ô hérétique : le mystère de la Trinité est aussi dans le baptême de Jésus. Jésus est baptisé, l’Esprit descend comme une colombe, et le Père parle du ciel.

« Il a vu les cieux ouverts », écrit Marc. Donc, en disant « Il voit » montre que les autres ne voient pas : pas tous en fait peuvent voir les cieux ouverts. En fait, Ezéchiel dit, au début de son livre (Ez 1,2), « Et c’est arrivé – dit-il – que pendant que j’étais assis le long du fleuve Cabar parmi les déportés, vis le ciel ouvert ». J’ai vu, dit, alors que d’autres ne voient pas. Et vous ne croiriez pas que les cieux s’ouvrent si simplement : nous-mêmes que nous sommes assis ici, nous voyons les cieux ouverts ou fermés selon nos mérites. La pleine foi voit les cieux ouverts, la foi hésitante les voit fermés.

Conférence patristique

Saint Éphrem (+ 373), Homélie

Hymne 14, 6-8.14.36-37.47-50; (éd. Lamy 1, 116.118.124.126.128)

Celui de qui vient tout baptême est venu au baptême et s’est manifesté au Jourdain. Jean le vit et retint sa main en suppliant : « Comment, Seigneur, veux-tu être baptisé, toi qui sanctifies tout par ton baptême ? C’est à toi qu’appartient le vrai baptême, d’où découle toute sainteté parfaite. »

Le Seigneur répondit : « Je le veux : approche et baptise-moi, pour que ma volonté s’accomplisse. Tu ne peux résister à ma volonté ; je serai baptisé par toi, car je le veux. Tu trembles et, contre ma volonté, tu ne considères pas ce que j’ai demandé. Or le baptême m’appartient ; accomplis l’œuvre à laquelle tu as été appelé. Les eaux sont sanctifiées par mon baptême, c’est de moi qu’elles reçoivent le feu et l’Esprit. Si je ne reçois pas le baptême, elles n’auront pas le pouvoir d’engendrer des enfants immortels. Il faut absolument que tu me baptises sans discuter, comme je l’ordonne. Je t’ai baptisé dans le sein de ta mère, baptise-moi dans le Jourdain. »

Saint Jean Baptiste répond : « Je suis un serviteur bien pauvre. Toi qui libères tous les hommes, aie pitié de moi ! Je ne suis pas digne de défaire la courroie de tes sandales (cf. Mc 1,7). Qui me rendra digne de toucher ta tête sublime ? J’obéis, Seigneur, à ta parole. Oui, viens vers le baptême où ton amour te pousse. L’homme qui n’est que poussière admire, avec un souverain respect, qu’il soit parvenu à cette dignité d’imposer la main à celui qui l’a modelé. »

Les armées célestes restaient silencieuses ; l’Époux très saint descendit dans le Jourdain ; baptisé, il en remonta aussitôt et sa lumière rayonna sur le monde.

Les portes du ciel s’ouvrirent et la voix du Père se fit entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour (Mt 3,17). Allons, tous les peuples, adorez-le !

Les assistants demeuraient stupéfaits d’avoir vu l’Esprit descendre pour rendre témoignage (cf. Jn 1,32-34) au Christ. Gloire, Seigneur, à ton Epiphanie, qui nous réjouit tous ! Dans ta manifestation, c’est le monde entier qui a resplendi.

[1] En effet, le Père rend témoignage au Fils, l’Esprit Saint sous forme d’une colombe descend du ciel, le Fils incline sa tête immaculée pour recevoir le baptême afin de se manifester à l’homme comme rédempteur de l’esclavage du péché. « Quel grand mystère que ce baptême céleste ! Le Père parle du haut du ciel, le Fils apparaît sur la terre, l’Esprit saint se manifeste sous la forme d’une colombe : de fait, on ne peut pas parler de vrai baptême ni de véritable rémission des péchés sans vérité de la Trinité, pas plus qu’on ne peut remettre les péchés si l’on ne croit pas à la Trinité parfaite. » (Chromace d’Aquilée, Discours 34, 1-3).

[2] Tous les évangélistes nous ont transmis l’événement (Mt 3,13-17; Mc 1,9-11; Lc3,21-22; Jn 1,29-34). Relisons le texte de Marc (1,9-10): “En ces jours-là Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. A l’instant où il remontait de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit, comme une colombe, descendre, sur lui”. Jésus était venu au Jourdain de Nazareth où il avait passé les années de sa vie “cachée”. Avant sa venue, il avait été annoncé par Jean qui, au Jourdain, exhortait à un “baptême de pénitence” et annonçait “Celui qui est plus fort que moi vient après moi et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés d’eau, mais lui vous baptisera d’Esprit Saint” (Mc 1,7-8). On était désormais au seuil de l’ère messianique. Avec la prédication de Jean s’achevait la longue préparation qui s’était déroulée tout au long de l’alliance antique, et de l’histoire humaine pourrait-on dire, que raconte par l’ Ecriture Sainte. Jean sentait la grandeur de ce moment décisif qu’il interprétait comme le début d’une nouvelle création dans laquelle il découvrait la présence de l’Esprit qui planait sur la première création (Jn 1,2). Il savait, et il le confessait, qu’il était un simple annonciateur, précurseur et ministre de celui qui devait venir “baptiser d’Esprit Saint”.

Source: ZENIT.ORG, le 8 janvier 2021

Epiphanie: « Imiter les Rois Mages en suivant l’étoile », par Mgr Follo

Enfant Jésus, Messe de l'Epiphanie, 6 janvier 2019 © Vatican Media
Enfant Jésus, Messe De L’Epiphanie, 6 Janvier 2019 © Vatican Media

Epiphanie: « Imiter les Rois Mages en suivant l’étoile », par Mgr Follo

La « nostalgie de la maison » et la « fidélité au signe »

Mgr Francesco Follo exprime le souhait « qu’arrive à chacun de nous ce qui est arrivé aux Rois Mages, qui, dans une grotte, ont rencontré la vérité de l’amour et en sont devenus ses premiers missionnaires ».

Commentant les lectures de la fête de l’Epiphanie, dimanche prochain, 3 janvier 2021 (6 janvier à Rome), l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, évoque la « nostalgie de la maison » et la « fidélité au signe ».

Comme lecture patristique, il propose un sermon de saint Léon le Grand pour l’Epiphanie.

Imiter les Rois Mages en suivant l’étoile 

qui fait rencontrer la Lumière : le Christ Jésus

Introduction: rechercher pour rencontrer

De nombreuses étoiles illuminaient le ciel à la naissance de Jésus. De nombreux hommes scrutaient ce ciel à la recherche de bons et justes chemins. Mais seuls quelques mages, parmi les nombreux qui habitaient en Orient, ont reconnu un « signe », une indication : l’indication d’un Mystère qui les invitait à travers une étoile.

Si nous perdons la capacité à lire la réalité dans laquelle nous sommes plongés en profondeur, et si nous nous contentons de la subir sans jamais tenter une interprétation radicale, nous ne partirons jamais à la rencontre du Christ. Il faut se libérer de cette préconception, de ce préjugé qui nous est imposé comme une évidence irréfutable : réduire toute réalité à son apparence mesurable, en refusant de voir ce que cela signifie.

Il y a le monde, il y a le rapport aux choses, nous sommes conscients qu’il faut travailler pour vivre, qu’il faut se marier et avoir des enfants. Mais cela exclut la capacité de notre raison à s’engager dans la recherche du sens, de ce que signifie essentiellement l’apparence.

Les Roi Mages n’étaient pas satisfaits de seulement vérifier l’existence d’une nouvelle étoile et finalement de mesurer son chemin. Ils ont vu que c’était le « signe d’un mystère ». L’agitation du cœur, l’insatisfaction, le désir et l’espoir animaient leurs cœurs. Peut-être, pour cette raison, ils ont pu voir le « surgissement » de l’étoile qui indiquait la naissance du Roi des Rois.

L’or et la richesse ne suffisaient pas à les rendre heureux.

L’encens de gloire ne les a pas satisfaits.

La myrrhe dénonçait le destin ultime commun à chaque homme.

Et ils sont partis, à la lumière de son étoile.

Les Rois Mages sont l’image de chacun de nous aujourd’hui, à bout de souffle, après les vacances de Noël passées et le travail à reprendre, l’école qui attend, les jours où on peut en faire un collier pour la quête du bonheur. Les Mages ont reçu une grâce unique. Leurs yeux pouvaient reconnaître l’étoile de l’enfant Roi. Parmi des millions, une. Combien d’étoiles brillent mais n’indiquent pas le vrai chemin vers le Christ. Combien d’étoiles sont devant nos yeux, pour marquer des horoscopes et des chemins illusoires ! Mais parmi tant d’autres, il en est une qui brille d’une manière différente. C’est la Parole. La lumière du Verbe qui se fait chair.

La seule étoile, la sienne, qui réalise ce qu’il annonce. L’œuvre de cette Parole, la lumière faite étoile, est un enfant : Un enfant Dieu, le dernier de cette terre, doux, impuissant, pauvre ;  un enfant, désir exaucé de nos cœurs aujourd’hui ;  un enfant à qui l’on doit tout faire, un enfant dans nos bras, et le frisson de la liberté, et de la Grâce qui nous ouvre les yeux sur le mystère qui nous sauve et nous donne la joie, la vraie joie qui ne finit jamais ; un enfant, qui comme tout les autres petits enfants apparaît insignifiant, petit, sans valeur particulière dans notre vie. C’est là que se cache la Vie qui ne meurt pas. C’est précisément dans ce que nous jetterions peut-être que se cache le visage de Dieu. C’est pourquoi nous aussi avons besoin de voir son étoile. Et nous pouvons la voir à travers l’Église qui nous prêche la Parole, qui nous donne les sacrements, qui nous accompagne sur le chemin de la foi. Une foi qui nous ouvre les yeux pour reconnaître en cet Enfant: le Sauveur de notre vie, le Roi capable de nous guider vers la vraie Vie. Comme les Mages, agenouillons-nous devant cet Enfant, Dieu humblement incarné, ouvrons nos cœurs et déposons nos vies devant lui, sans rien exclure, même nos péchés. Parce que tout de nous, devant Jésus, devient précieux et capable de l’honorer, parce que sa gloire est notre bonheur, notre liberté, le pardon de tout péché et une nouvelle vie pour le suivre.

 1) Trois questions et un conte pour comprendre l’Epiphanie :

Avec la fête de l’Epiphanie[1] les fêtes de Noël ont leur achèvement qui donne au mystère de l’Incarnation la nouvelle perspective d’universalité du salut, sa signification la plus consolante d’espoir infini.  En effet, à la question : « A qui Dieu veut-il faire connaître son Fils Incarné ? » La réponse qui nous est proposée aujourd’hui est : « A tous ». Mais alors, « pourquoi n’est-t-il pas reconnu par tous ? » Parce qu’il ne suffit pas de savoir ce l’Ecriture que dit sur le Messie pour croire en Jésus. C’est qui arriva aux prêtres interrogés par Hérode sur la naissance du Messie. Ils donnèrent la réponse juste mais n’allèrent pas à la grotte de Bethléem. Ils ne peuvent même pas le rencontrer qui Le sent comme ennemi potentiel, comme Hérode qui voulait savoir où Jésus était né pour l’éliminer.

Comme les pasteurs et les gens simples à Noël, seuls les Rois Mages – et aujourd’hui ceux qui ont la même attitude – trouvent Jésus qui se manifeste comme l’objectif de leur voyage (Epiphanie signifie manifestation). Mettons-nous en route nous aussi, il ne nous arrivera pas de ne pas le rencontrer et de ne pas l’accueillir, tandis que des étrangers viendront de loin pour nous demander où le Roi est né.

Qu’avaient-ils en commun les Pasteurs et les Rois Mages ? Le désir du salut, reconnu dans un Enfant à qui les premiers donnèrent du lait et de la laine et les seconds de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais surtout ils donnèrent soi-même, en s’agenouillant et en adorant.

Aujourd’hui nous sommes appelés à avoir la même attitude de chercheurs de l’Infini et d’adorateurs de la Vérité qui se manifeste dans cet amour d’Enfant. Dieu ne se manifeste pas comme un enfant, Lui est cet Enfant, qui manifeste le cœur du Père, qui nous le donne pour qu’il devienne nourriture pour notre chemin, médicament pour nos faiblesses, ami de notre conversation.

Cet enfant grandira, sera un jeune homme, adulte, sera Maître et opérateur de miracles, sera moqué, refusé, abandonné, enterré, ressuscitera parmi les morts, à nouveau et éternellement vivant : en tout cela, Lui est « épiphanie » dans laquelle Dieu se manifeste. C’est ce Dieu, que nous, comme les Rois Mages, adorons.

Mais chaque être humain est, dans un certain sens, Epiphanie de Dieu. Dieu a décidé de se révéler en se « cachant » dans chaque homme. Cet écrivain anonyme nous le rappelle et nous invite à chercher et trouver des restes du visage de Dieu dans le visage des frères :

« Il était une fois un moine appelé Epiphane. Un jour il découvrit un don qu’il ne pensait pas posséder : il savait peindre de belles icones. Il voulait absolument peindre le visage de Jésus. Mais où trouver un modèle qui exprime, à la fois, la souffrance et la joie, la mort et la résurrection, la divinité et l’humanité.

Epiphane se mit alors en voyage. Il parcourut la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, examinant chaque visage. Rien : le visage qui pouvait représenter le Christ n’existait pas. Fatigué, il s’endormit en répétant les paroles du psaume : « Je cherche ton visage, Seigneur, montre-moi ton visage ! ». Il fit un rêve. Un Ange lui apparut, il le ramena auprès des personnes rencontrées et pour chaque personne il lui indiqua un détail qui rendait ce visage semblable à celui de Jésus : la joie d’un amoureux, l’innocence d’un enfant, la force d’un paysan, la souffrance d’un malade, la peur d’un condamné, la tendresse d’une mère, la consternation d’un orphelin, l’espoir d’un jeune, la joie d’un clown, la miséricorde d’un confesseur, le mystère du visage bandé d’un lépreux…… Et alors, Epiphane comprit et retourna dans son couvent. Il se mit au travail et l’icône fut prête en peu de temps et la présenta à son abbé. Celui-ci fut surpris : elle était merveilleuse. Il voulut savoir qui était le modèle dont il s’était servi parce qu’il désirait la montrer aux autres artistes du monastère. Le moine ne répondit « personne, père, ne m’a servi de modèle, parce que personne n’est comme le Christ mais le Christ est semblable à tous. Tu ne trouves pas le Christ dans le visage d’un seul homme, mais tu trouves des fragments du visage du Christ en chaque homme. »

2) Un chemin cohérent à l’idéal.

Les Rois Mages sont un modèle pour nous non seulement parce qu’ils furent des chercheurs de l’Infini, mais parce qu’ils l’ont trouvé en sachant le reconnaître dans en enfant ou, mieux exprimé, dans cet Enfant. Ils ont été très grands dans leur fidélité au fragile signe d’une étoile, sans se faire conditionner par la nostalgie des palais qu’ils avaient quittés (cf T.S. Eliot). Ils surent continuer la recherche de l’Exceptionnel, de l’Extraordinaire sur les chemins du quotidien.

Ces trois marcheurs ne se sont pas contentés des richesses et de leur sagesse. Ils ne voulaient pas seulement savoir beaucoup de choses, mais ils voulaient savoir l’essentiel. Ils ont senti le cœur vibrer et se sont déplacés, en accrochant à une étoile au grognement de leurs animaux élevés dans les étables d’Orient. « Où se trouve le Roi des Juifs qui est né ? » Ils choisirent le risque de l’inconnu à la sécurité des calculs, avec cette angoisse d’aller trouver un enfant : « la recherche de la Vérité était, pour les Rois Mages, plus importante que la dérision du monde en apparence intelligent » (Benoît XVI).

Dans leurs humbles pas, l’écho de mille voix résonne, de voix qui chantaient et disaient que tout ceci était pure folie. Le risque de la folie ou la sécurité de l’ignorance : les Rois Mages préfèrent le fragile chemin du ciel à la carte habituelle tracée par les hommes. Ils se sont servis de leur intelligence et de leur sagesse d’une façon qui pouvait apparaître humainement absurde et peu scientifique et se sont dirigés vers Bethléem. Ils ont échangé la sécurité de leurs habitudes contre le risque d’un voyage périlleux qui devint un pèlerinage.

En effet, le pèlerin n’a pas comme but un lieu touristique, mais un lieu sacré : un Temple où se trouve Dieu. Paul Claudel l’a bien compris « les choses ne sont plus le mobilier de notre prison mais celles de notre temple », où l’Enfant Jésus rendit sacré même la paille. La grotte, la paille devenue un lit, les habits nécessaires et essentiels pour le voyage en Judée devient sacrés, se transfigurent autour du noyau essentiel du mystère de l’Incarnation dans une naissance.

L’Epiphanie n’est pas seulement la manifestation de Jésus Christ, Fils de Dieu incarné et Rédempteur de toute l’humanité mais est aussi la solennité de l’adoration et de la donation.

Le texte de l’Evangile d’aujourd’hui nous rappelle l’arrivée des Rois Mages à la grotte de Bethléem et les trois actions importantes de ces rois devant le Roi des juifs : prostration, adoration et donation.

Prostration : c’est l’attitude d’humble révérence vers une autorité morale et spirituelle. Jésus est reconnu, par les sages de son temps, l’autorité morale et religieuse à laquelle se confronter.

Adoration : c’est l’autre action que font les Rois Mages devant Jésus. Ils adorent la divinité. Les païens adoraient les idoles. Dans un moment dramatique les Juifs se construirent un veau en or et l’adorèrent pendant que Moïse était sur le Mont Sinaï avec Dieu. L’homme se construit toujours de fausses idoles et les a proposées comme une solution possible de ses propres problèmes existentiels. Aujourd’hui encore, les idoles fascinent, celles du succès, du bien-être, de la carrière, du pouvoir économique, militaire, politique et religieux et tant d’autres qui mettent l’homme dans la condition d’offenser et de détruire d’autres hommes pour arriver à leurs buts. Au contraire, les Rois Mages adorent le Dieu vivant qui dans cet enfant, pauvre, humble, reposant dans cette crèche attire à juste raison toute leur attention et leur prière.

Donation : lorsqu’il y a la bonté dans le cœur et l’ouverture à l’autre presqu’instinctivement se déclenche l’action de donner quelque chose de soi à celui qui se trouve en face. Ici les Rois Mages se trouvent en face du Roi des juifs et leur offrent trois dons, de l’or, de l’encens et de la myrrhe, pour faire ressortir sa royauté, sa mission, sa mort et sa résurrection. A travers ces dons se trouve une signification spécifique qui peut être attribuée à l’Enfant Jésus, ce Fils de Dieu et Rédempteur de l’humanité. De plus, comme je l’ai mentionné ci-dessus, ils donnent eux-mêmes.

            Voilà la fête de l’Epiphanie qui ouvre indirectement sur une autre et plus importante fête liturgique de l’Eglise catholique : la Pâques de Jésus qui a donné soi-même, complètement. Nous serons sages comme les Mages si, en prenant Jésus comme Chemin, nous prenons le chemin de la foi, le chemin de la conversion, le chemin de l’amour.

Un exemple spécial de ce chemin d’amour est donné par les vierges consacrées dans le monde. Toute leur vie appartient au Seigneur. Par la consécration, elles se sont mises à la disposition de Dieu sans aucune réserve, de façon à ce que toute leur vie exprime prostration, adoration er donation pure et pleine à Dieu. La vie d’une personne consacrée dans le monde témoigne que l’on peut vivre du Christ à chaque instant et vivre dans l’espoir qui vient de la grotte de Bethléem. A ce propos, ce qui est affirmé dans l’Exhortation post-synodale Vita consecrata est éclairant. « Celui qui veille pour attendre l’accomplissement des promesses du Christ est en mesure de communiquer l’espérance à ses frères et sœurs, souvent découragés et pessimistes face à l’avenir. Son espérance se fonde sur la promesse de Dieu que contient la Parole révélée : l’histoire des hommes avance vers « le ciel nouveau et la terre nouvelle » (Ap 21, 1). » (Vita consecrata, n. 27)

Lecture patristique

SAINT LÉON LE GRAND

SERMON 3 POUR L’ÉPIPHANIE

1-3. 5; PL 54, 240-244

Dans tout l’univers, le Seigneur a fait connaître son salut.

La miséricordieuse providence de Dieu a voulu, sur la fin des temps, venir au secours du monde en détresse. Elle décida que le salut de toutes les nations se ferait dans le Christ. ~

C’est à propos de ces nations que le saint patriarche Abraham, autrefois, reçut la promesse d’une descendance innombrable, engendrée non par la chair, mais par la foi ; aussi est-elle comparée à la multitude des étoiles, car on doit attendre du père de toutes les nations une postérité non pas terrestre, mais céleste. ~

Que l’universalité des nations entre donc dans la famille des patriarches ; que les fils de la promesse reçoivent la bénédiction en appartenant à la race d’Abraham, ce qui les fait renoncer à leur filiation charnelle. En la personne des trois mages, que tous les peuples adorent le Créateur de l’univers ; et que Dieu ne soit plus connu seulement en Judée, mais sur la terre entière afin que partout, comme en Israël, son nom soit grand. ~

Mes bien-aimés, instruits par les mystères de la grâce divine, célébrons dans la joie de l’Esprit le jour de nos débuts et le premier appel des nations. Rendons grâce au Dieu de miséricorde qui, selon saint Paul, nous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint ; qui nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, et nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé. Ainsi que l’annonça le prophète Isaïe : Le peuple des nations, qui vivait dans les ténèbres, a vu se lever une grande lumière, et sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Le même prophète a dit à ce sujet : Les nations qui ne te connaissaient pas t’invoqueront ; et les peuples qui t’ignoraient accourront vers toi. Ce jour-là, Abraham l’a vu, et il s’est réjoui lorsqu’il découvrit que les fils de sa foi seraient bénis dans sa descendance, c’est-à-dire dans le Christ ; lorsqu’il aperçut dans la foi qu’il serait le père de toutes les nations ; il rendait gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis.

Ce jour-là, David le chantait dans les psaumes : Toutes les nations, toutes celles que tu as faites, viendront t’adorer, Seigneur, et rendre gloire à ton nom. Et encore : Le Seigneur a fait connaître son salut, aux yeux des païens révélé sa justice.

Nous savons bien que tout cela s’est réalisé quand une étoile guida les trois mages, appelés de leur lointain pays, pour leur faire connaître et adorer le Roi du ciel et de la terre. Cette étoile nous invite toujours à suivre cet exemple d’obéissance et à nous soumettre, autant que nous le pouvons, à cette grâce qui attire tous les hommes vers le Christ. ~

Dans cette recherche, mes bien-aimés, vous devez tous vous entraider afin de parvenir au royaume de Dieu par la foi droite et les bonnes actions, et d’y resplendir comme des fils de lumière ; par Jésus Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.

NOTE

[1] Epiphanie est la parole grecque qui signifie “manifestation”.

Source: ZENIT.ORG, le 1er janvier 2020

« En pèlerinage à Nazareth auprès de la Sainte Famille », par Mgr Follo

Crèche napolitaine, place Saint-Pierre, Noël 2017 @ Vatican Media
Crèche Napolitaine, Place Saint-Pierre, Noël 2017 @ Vatican Media

« En pèlerinage à Nazareth auprès de la Sainte Famille », par Mgr Follo

« La Sainte Famille, la vraie famille »

« En pèlerinage à Nazareth auprès de la Sainte Famille », c’est le titre de cette méditation de Mgr Francesco Follo sur les lectures de la messe de ce dimanche 27 décembre 2020, dimanche « de la Sainte Famille », 4e jour dans l’octave de Noël.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris (France), propose comme lecture patristique une homélie de S. Jean Chrysostome pour Noël.

AB

En pèlerinage à Nazareth auprès de la Sainte Famille

 1) la Sainte Famille, la vraie famille


La liturgie nous propose de célébrer la Sainte Famille comme modèle pour toutes les familles humaines, pas seulement les chrétiennes[1]. En ce moment de grande crise d’identité des familles, surtout en occident, avec des séparations, des divorces et des cohabitations de tout genre, proposer cette famille singulière de Nazareth à l’attention de nos familles signifie  » redécouvrir la vocation et la mission de la famille, de chaque famille. Et, comme c’est arrivé pendant ces trente ans à Nazareth, cela peut nous arriver aussi : faire que l’amour devienne normal et non la haine, faire que l’amour fraternel devienne habituel, non pas l’indifférence ou l’hostilité » (Pape François, Audience générale du 17 décembre 2014).

La Sainte Famille de Nazareth montre ce qui est le début et le centre de chaque vraie famille : Jésus Christ. La famille du Christ était sainte parce qu’elle était la Sienne, parce qu’elle L’accueillit et Le donna au monde. Nos familles sont appelées à faire de même. Si l’on est enraciné en Lui qui a vécu en elle, on peut comprendre et vivre les grands biens que sont le mariage, la famille, le don de la vie. On comprendra aussi le grand danger que représente pour l’homme et pour sa dignité leur dégradation dans les institutions civiles.

Je crois qu’il peut être utile de commencer par l’épisode raconté par Saint Marc, au chapitre 3, là où on dit à Jésus : » voici, ta mère, tes frères et tes sœurs sont là, dehors, qui te cherchent « , ce à quoi Jésus répond : » qui est ma mère et qui sont mes frères ? »

Tournant les yeux vers ceux qui étaient assis autour de lui, il dit : » voilà ma mère et mes frères ! Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère »(Mc 3,31-35). C’est comme si Jésus Christ disait :  » ma famille est toute là. Je n’ai pas d’autre famille. Les liens du sang ne comptent pas s’ils ne sont pas confirmés dans l’esprit. Mes frères sont les pauvres qui pleurent, mes sœurs sont les femmes qui ont dit oui à l’Amour qui a purifié et élevé l’amour ».

Jésus ne méprisait pas sa mère, Saint-Joseph, son père légal, et sa parenté. Il ne reniait pas la mère qui L’a conçu et dont Il était le fruit : il voulait dire qu’il n’appartenait pas seulement à la « petite » Sainte famille de Nazareth, mais à Sa mission de Sauveur de la « grande » famille humaine. Dieu vient reconstruire le vrai sens de la famille humaine, la vocation de chaque homme qui est celle de fils et de frère. Dieu réunit sa famille pour enseigner à être vraiment membres d’une famille, parce qu’il veut nous libérer de la tentation de la solitude.  Dieu sait qu’il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. Dieu lui-même ne veut pas être seul. C’est la raison pour laquelle il engendre une famille  » pour tout le monde » comme chante Siméon.

 2) Pèlerins à Nazareth

Comme le Pape François l’a récemment proposé à chaque famille, à chaque maman, à chaque papa, à chaque enfant, faisons un pèlerinage spirituel à Nazareth pour remplir notre propre esprit des sublimes vertus de Marie, l’humble servante du Seigneur, de Joseph, l’homme juste, le menuisier, le Gardien de la Sainte Famille et de Jésus, le Fils de Dieu qui leur était soumis et grandissait en âge, en sagesse et en grâce.

La liturgie d’aujourd’hui nous présente une méditation centrée sur le Christ, qui intéresse particulièrement les familles chrétiennes : il nous présente le mystère de la vie de l’enfant Jésus avec ses parents.

Le passage de l’évangile d’aujourd’hui nous présente un cadre familial qui nous fait particulièrement bien comprendre le mystère du Sauveur. Nous sommes au moment de la présentation du Seigneur au temple ; et celui qui attend ce grand événement, c’est Siméon, qui occupe aujourd’hui la scène principale de l’évangile de la Sainte Famille. Le vieux Siméon reconnaît en Jésus le vrai Sauveur, Celui que l’on attend, et il est heureux que le Seigneur lui ait permis de vivre ce jour. C’est l’homme de la gratitude, mais aussi de la prophétie, du courage et de l’absence de toute peur surtout celle de la mort dont il entrevoit dans l’Enfant Jésus le futur vainqueur. Ce Saint Homme de Dieu qui avait attendu pendant des années la venue du messie, peut quitter la terre heureuse, pour rencontrer pour toujours le Seigneur dans l’éternité.

Dans nos familles, il faut éduquer au sens de l’éternel et de la communion. Les enfants grandissent en observant comment vivent les adultes. C’est pourquoi éduquer les enfants signifie les faire participer à la réalité de la communion de leur père et de leur mère qui leur ont donné la vie. Eduquer les enfants signifie les introduire dans la vie en leur apprenant la gratitude.

 3) Un protagoniste oublié

  La Sainte Famille n’était pas une famille sans problèmes. Marie et Joseph ont partagé la condition de ce fils déconcertant, le suivant pas à pas dans la révélation de son mystère.  C’est pour toute leur disponibilité qu’ils méritent notre admiration. Il n’est pas simple de devoir veiller sur le Fils de Dieu, de fuir en Egypte, de rentrer dans sa patrie et de vivre à Nazareth, un village de banlieue pour les Juifs, de voir grandir Jésus en sagesse et en grâce alors qu’il menait une vie ordinaire et sans manifestations exceptionnelles jusqu’ à l’âge 30 ans.

Nous voudrions en savoir davantage sur la vie de cette famille extraordinaire ; dans le fond, saint Luc en dit assez pour nous permettre d’en tracer la physionomie. Même si elle est extraordinaire sous bien des aspects, c’est une famille comme toutes les autres, avec ses joies, ses peines, ses secrets : elle mène une vie de foi, elle éprouve la joie de voir naître et grandir un enfant sain et fort, elle est touchée par des prophéties qui annoncent un avenir difficile. Dans toutes les familles, les années ne s’écoulent pas toujours tranquillement ; tôt ou tard surgissent les problèmes, les souffrances, les préoccupations, d’autant plus douloureuses qu’elles viennent d’un manque d’amour. La Famille de Nazareth a affronté les joies et les difficultés de la vie sous la conduite et la protection de Saint Joseph.

Il est important de comprendre la grandeur de cet homme unique qu’était l’époux de Marie et que l’on a souvent réduit au rôle de pourvoyeur de biens matériels, comme si, dans la Sainte Famille, il n’avait eu comme fonction « extérieure  » que celle de l’homme à qui on confie les tâches sans importance et qui n’exigent pas les plus grandes vertus.  En effet, si l’on se met dans la situation où se trouvait Marie lorsqu’ elle portait en son sein la vie naissante du Fils de Dieu, si on la considère d’un point de vue légal, cette situation est choquante pour Joseph, parce que, d’un point de vue humain et légal, sa fiancée aurait dû être punie comme adultère et donc lapidée.

Comment Joseph a-t-il pu admettre que Marie fût innocente ?  Or lui n’a eu aucun doute. Son amour pour la Vierge n’a pas été blessé.  Il a voulu protéger sa réputation, aussi pour ne lui faire courir aucun risque vital.  Joseph croit fermement à l’Ange et prend avec lui Marie, pour qu’elle ne coure plus aucun risque. Elle et son enfant ont besoin de lui, Joseph, qui, par amour sponsal accepte de rester vierge lui aussi pour que Celui qui est en Marie par l’opération de l’Esprit Saint, naisse, grandisse et sauve le monde.  L’annonce de l’Ange :  » N’aie pas peur de prendre Marie comme épouse » est le sceau de Dieu pour ce mariage unique, au cœur de l’amour humain le plus profond, le plus authentique, le plus divin.  Et bien, un homme capable d’une telle grandeur appartient à la race des géants, des saints. Joseph accepte de vivre virginalement son amour pour ne pas infliger la moindre blessure à sa bien-aimée.  Le mariage de Marie et Joseph a permis au Christ d’entrer dans le monde honorablement, il a permis au Christ de vivre la vie cachée de Nazareth bien protégé, en grandissant en grâce et sagesse.  A Nazareth, Joseph, Marie et Jésus ont vécu héroïquement leur vie quotidienne afin que l’héroïque se fasse quotidien et que nous puissions, nous aussi, les imiter dans notre quotidien.

Joseph s’est engagé tout entier dans son œuvre de rédemption du Fils de Marie : il a donné à Dieu toute la tendresse et tout son cœur, en sacrifiant son amour.

Que l’on soit parents par le mariage ou que l’on soit père et mère spirituellement, l’exemple de la Sainte Famille nous demande d’être prêts au sacrifice qui rendra la vie vraie.

Je prie Saint-Joseph, qui est le gardien et le protecteur des vierges, comme le fut Marie, qu’il obtienne pour les vierges consacrées dans le monde de savoir faire fructifier les richesses de leur cœur pour qu’elles persévèrent dans la vie de la sainteté par le don total de soi au Seigneur qui nous aime d’un amour infini, patient et tendre.

Homélie

Quelle richesse, dans cette pauvreté!

Homélie de saint Jean Chrysostome (+ 407)

Homélie pour Noël, PG 56, 392

Le Sauveur est entré en Egypte pour supprimer le deuil de l’antique tristesse. Au lieu des plaies il apporta la joie ; au lieu des ténèbres et de la nuit, il donna la lumière du salut. Autrefois l’eau du fleuve avait été polluée par le massacre prématuré des petits enfants. Il entra donc en Egypte, celui qui jadis avait rougi cette eau, et il rendit les eaux des fleuves capables d’engendrer le salut, en purifiant par la puissance de l’Esprit ce qui était maudit et souillé en elles. Les Égyptiens avaient été châtiés et, dans leur folie, ils avaient renié le Seigneur. Le Seigneur entra en Egypte, il remplit les âmes religieuses de la connaissance de Dieu, et il donna au fleuve de produire encore plus de martyrs que d’épis de blé.

Que puis-je dire de ce mystère ? Je vois un ouvrier, une mangeoire, un enfant, des langes, l’enfantement d’une vierge privée de tout le nécessaire, toutes les marques de l’indigence, tout le fardeau de la pauvreté. N’avez-vous jamais vu la richesse dans une telle pénurie ? Comment celui qui était riche s’est-il fait pauvre pour nous au point que, privé de berceau et de couvertures, il est étendu dans une dure mangeoire ?

O richesse immense, sous les apparences de la pauvreté ! Il gît dans une mangeoire et il ébranle l’univers ! Serré dans ses langes, il brise les chaînes du péché. Alors qu’il ne peut pas prononcer un mot, il a instruit les mages et les a fait changer d’itinéraire ! Encore une fois, le mystère décourage la parole ! Voici le bébé enveloppé de langes, couché dans une mangeoire ; il y a là aussi Marie, à la fois vierge et mère, il y a encore Joseph qu’on appelle son père. Celui-ci a épousé Marie, mais le Saint-Esprit a couvert Marie de son ombre. C’est pourquoi Joseph était angoissé, ne sachant comment appeler l’enfant.

Dans cette anxiété, un oracle lui fut apporté par un ange : Ne crains pas, Joseph, l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint (Mt 1,20). Car c’est lui qui l’a couverte de son ombre. Pourquoi le Sauveur est-il né d’une vierge et a-t-il sauvegardé sa virginité ? Parce que jadis Eve, étant vierge, fut trompée par le démon, Gabriel apporta la bonne nouvelle à Marie qui était vierge. Mais tandis qu’Eve, s’étant laissé séduire, enfanta une cause de mort, Marie ayant reçu la bonne nouvelle, enfanta le Verbe incarné qui nous a apporté la vie éternelle.

[1] Du pape François : « J’ai décidé de réfléchir avec vous cette année particulièrement sur la famille, sur ce grand don que le Seigneur a fait au monde depuis le commencement, quand il donna à Adam et Eve la mission de se multiplier et de remplir la terre (cf Ge 1,28). Ce don que Jésus a confirmé et gravé dans son évangile.

La proximité de Noël éclaire ce mystère d’une grande lumière. L’incarnation du Fils de Dieu ouvre un nouveau chapitre de l’histoire universelle de l’homme et de la femme et ce nouveau chapitre s’inscrit au sein d’une famille, à Nazareth. Jésus est né dans une famille. Il aurait pu venir de façon spectaculaire, ou sous les traits d’un guerrier, d’un empereur… Non, non : il est venu comme le fils d’une famille, dans une famille. C’est important de regarder dans la crèche cette scène si belle » (17 décembre 2014)

Source: ZENIT.ORG, le 27 décembre 2020

« Dire oui comme la Vierge Marie l’a fait », par Mgr Follo

Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

« Dire oui comme la Vierge Marie l’a fait », par Mgr Follo

« Dire « Oui » à la Vérité qui se fait chair et sauve la vie »

« Dire oui comme la Vierge Marie l’a fait et nous préparer à accueillir avec foi le Rédempteur qui vient pour être toujours avec nous. Il est la Parole d’amour de Dieu pour l’humanité de tous les temps »: c »st l’invitation de Mgr Francesco Follo dans ce commentaire des lectures de dimanche prochain, 20 décembre 2020, 4e dimanche de l’Avent (Année B).

L’Observateur permanent du Saint-Siège à L’UNESCO, à Paris (France), invite à « dire « Oui » à la Vérité qui se fait chair et sauve la vie ».

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un sermon de saint Ambroise de Milan sur l’Evangile de Luc. Saint Ambroise est né à Augusta Treverorum, aujourd’hui Trèves, en Allemagne, et mort à Milan en 397.

Dire « Oui » à la Vérité qui se fait chair et sauve la vie

Introduction 

Très peu de jours séparent ce quatrième dimanche de l’Avent de la fête de Noël qui est très riche en symboles liés aux différentes cultures. Le plus important de tous est certainement la crèche qui « suscite tant d’étonnement et nous émeut, car elle manifeste la tendresse de Dieu. Lui, le Créateur de l’univers, s’abaisse à notre petitesse. Le don de la vie, chaque fois mystérieux pour nous, nous fascine encore plus quand nous voyons que Celui qui est né de Marie est la source et le soutien de toute vie. En Jésus, le Père nous a donné un frère qui vient nous chercher lorsque nous sommes désorientés et que nous perdons la direction ; un ami fidèle qui est toujours proche de nous ; il nous a donné son Fils qui nous pardonne et nous élève du péché » (Pape François, Lettre apostolique, Admirabile signum, 3)

A côté de la crèche, nous trouvons le traditionnel « sapin de Noël ». Une coutume elle aussi ancienne qui valorise la vie car en hiver, le sapin à feuilles persistantes devient un signe de vie qui ne meurt jamais. Habituellement, les cadeaux de Noël sont placés sur l’arbre décoré et à ses pieds. Le symbole devient ainsi éloquent également dans un sens typiquement chrétien : il rappelle « l’arbre de vie » (cf. Gn 2,9), la figure du Christ, don suprême de Dieu à l’humanité.

Le message du sapin de Noël est donc que la vie reste « toujours verte » si nous en faisons un cadeau : pas tant de choses matérielles, mais de nous-même : dans l’amitié et l’affection sincère, dans l’aide fraternelle et dans le pardon, en temps partagé et en écoute mutuelle. Rien n’est plus beau, urgent et important que de rendre gratuitement aux hommes ce que nous avons reçu gratuitement de Dieu, rien ne peut nous dispenser ou nous soulager de cet engagement pesant et fascinant. La joie de Noël que nous attendons déjà avec impatience, tout en nous remplissant d’espérance, nous pousse en même temps à annoncer à tous la présence de Dieu parmi nous.

  • Le temps du « Oui »  

La liturgie des dimanches précédents a attiré l’attention sur la personne de Jean le Baptiste, le Précurseur. Aujourd’hui c’est Marie, Sa  Mère qu’Il nous a donnée et qui est proposée comme l’exemple de l’attente du Christ, pour l’accueillir dans notre vie, dans notre chair

Il est donc important de comprendre l’attitude de la Vierge envers celui qui vient s’établir parmi nous, qui se fait chair pour sauver notre chair, parce que nous aussi nous concevons concrètement le « Verbe » de Dieu. Avec son « fiat » (= oui), Marie a conçu Jésus en son sein, avec notre « fiat », nous, nous le concevons dans notre cœur. Apprends-nous, Marie de l’Annonciation, à dire la belle parole : «Oui, fiat, Seigneur, que ta volonté soit faite »[1].

Le « oui », le « fiat » de la Vierge n’a pas été prononcé par un cœur fermé, engourdi, mais par un cœur disposé à la concentration et à la veille. Même prononcé par une humble et très jeune femme, ce « oui » sponsal a été l’expression d’un cœur simple et profond. Marie est la mère de Dieu non seulement parce qu’elle a donné physiquement la vie à Jésus, mais parce que, avant de Le concevoir dans ses entrailles, elle L’a écouté avec l’oreille et conçu dans son cœur. Elle est mère parce qu’elle écoute et accueille le Fils et le laisse vivre tel qu’Il est, et non pas parce qu’elle Le porte en elle et lui donne le jour[2].

Le « oui » de Marie a été l’expression de la liberté de cette Vierge pure, féconde et consciente d’appartenir à une histoire, à une grande histoire, qui apportait Dieu au monde.

Un fait est historique non seulement parce qu’il advient dans le temps mais parce qu’il se produit dans un lieu.

Le temps est indiqué de cette façon : « Elisabeth était au sixième mois de la conception de saint Jean-Baptiste ». Cet épisode précède celui dont parle l’Evangile de ce jour. Or, au sixième mois, on n’est pas complet. Le Baptiste représente l’Ancien Testament et la promesse. On remarquera que l’Annonciation fait s’accomplir la promesse avec quelque anticipation. Et  quand se réalise-t-elle ?  Au sixième mois, lorsqu’elle n’est pas encore mûre. Ce qui, pour moi, signifie que la réalisation d’une promesse ne dépend pas uniquement de Dieu. Dieu a bien fait la promesse, il pourrait même la réaliser sur-le-champ. En fait, il la réalise au sixième mois, il attend seulement que quelqu’un dise « oui, qu’il me soit fait selon ta Parole, j’accueille la Parole ». En somme, depuis toujours, Dieu est « Oui » pour l’homme.

Quand, finalement, nous aussi nous disons « Oui », comme l’a fait la Vierge, c’est alors qu’elle s’accomplit. Nous devenons nous aussi des personnes mûres, complètes, lorsque nous disons oui à Dieu. Alors n’attendons pas demain pour dire « Oui ». Normalement, nous pensons au lendemain, dans l’espoir de jours meilleurs. Le seul temps que nous connaissons, c’est le présent. Le présent est le seul moment où nous touchons à l’éternité : le passé n’est plus là, le futur n’est pas encore là. Ce que nous sommes en train de vivre, c’est le temps de l’écoute. Nous ne devons pas en attendre de meilleur, faute de quoi nous passons la moitié de notre vie à penser au futur et l’autre moitié à regretter le passé,  de sorte que nous ne vivons jamais. Dieu, Lui, est « présent »[3] sa proposition arrive « maintenant ». Pas pour hier, pas pour demain, mais pour aujourd’hui. Dans l’Evangile de Luc, Evangile de l’aujourd’hui, rappelons-nous les premiers mots de Jésus : « Aujourd’hui s’accomplit cette parole ».

  • Le lieu et les personnages du Oui

En cette journée du Oui, il est aussi nécessaire de comprendre où il a été prononcé, en ce lieu que l’évangéliste Luc présente volontairement en opposition avec l’histoire précédente de Jean-Baptiste.

L’annonce de la naissance du Baptiste advient dans le temple de Jérusalem : elle est faite à un prêtre qui est en train de remplir ses fonctions et, pour ainsi dire, comme il est officiellement prescrit par la loi, en conformité avec le culte, avec le lieu et avec les offices juifs.

L’annonce de la naissance du Messie est faite à Marie, une femme qui vit dans un petit village banal d’une Galilée pratiquement païenne, Nazareth, qui pour nous, aujourd’hui, signifie le lieu de la vie quotidienne. Comme pour nous enseigner que le lieu de la Parole est là où nous vivons quotidiennement. C’est dans notre vie de tous les jours que nous pouvons et devons vivre en fils de Dieu, et écouter la Parole. On pourra ensuite aller dans les sanctuaires, dans les basiliques et dans les lieux où l’on se réunit nombreux parce que cela nous rappelle à une vie de communion dans l’Eglise. Mais l’important, c’est le «maintenant et ici » : le présent et la vie quotidienne. C’est là que chaque jour, la parole se fait chair, comme dans le quotidien de Marie, devenue le « lieu » d’accueil, là que débute la vie nouvelle. Cette vie n’a pas commencé dans le temple, mais dans l’humanité simple de Jésus, devenu le vrai temple, la tente de la rencontre.

Après avoir considéré le « lieu » où Dieu aime révéler son amour : la pauvre maison de l’humble Marie, regardons les personnages de cette annonce.

Commençons par l’Ange Gabriel dont le nom signifie « puissance de Dieu », qui s’adresse à Marie, qui, avec son « oui », portera du fruit par la puissance de la grâce de Dieu.

La salutation de l’Ange à Marie est « Réjouis-toi, pleine de Grâce » que l’on pourrait paraphraser ainsi : « Sois dans la joie, toi, femme aimée de Dieu gratuitement et pour toujours ». La Vierge est appelée pour une mission, mais elle est d’abord invitée à se réjouir, elle est délivrée de l’inquiétude parce que le Seigneur « est avec elle » pour la sauver, elle et l’humanité tout entière.

Regardons maintenant Marie avec les yeux du cœur, elle qui se définit comme « servante » et que l’Ange de Dieu définit pleine de grâce. Grâce et service : dans ces deux mots réside toute la compréhension chrétienne de l’existence. Le don reçu continue à se faire don.

Marie reste troublée par les paroles de l’Ange, non qu’elle ne comprenne pas ou qu’elle ait peur, mais son trouble vient de l’émotion produite par la rencontre avec Dieu, qui, à travers l’Ange, lui dit que « aimée gratuitement par Dieu » est devenu son nouveau nom.

Quand Dieu aime quelqu’un pour en faire un instrument de salut, non seulement Il l’appelle par son nom mais Il lui donne un nouveau nom, à même d’exprimer concrètement son identité et sa vocation. Pour Marie, ce nouveau nom est « pleine de grâce », c’est-à-dire « aimée gratuitement et pour toujours par Dieu » : il révèle immédiatement la gratuité et la fidélité de l’amour de Dieu, racine de toute compréhension exacte de Dieu, de l’homme et du monde. De cette racine, Marie est l’icône lumineuse et transparente. Et ceci est déjà l’heureuse nouvelle du miracle de Noël, qui est désormais imminent.

« Accepter, accueillir le miracle de Noël, c’est accepter que Marie soit réellement la « Mère de Dieu et la « Vierge Mère » : cela n’a rien à voir avec la sexualité, ni avec l’amour humain. Le sens est tout autre. Nous, nous savons bien que la vie que nous donnons, que nous transmettons, est une vie vouée à la mort. Il fallait une intervention de Dieu, il fallait que la chaîne des naissances vouées à la mort soit brisée pour que surgisse avec Jésus un vivant totalement vivant, un vivant qui ne serait plus à l’intérieur de la mort comme nous, mais qui se serait volontairement laissé saisir par elle pour la détruire. La virginité féconde de Marie, tout comme les apparitions du Ressuscité à portes closes, font apparaître cette vie plus vivante que la nôtre, une matérialité transfigurée.[4]

L’exemple de Marie qui donne la vie au totalement vivant est aujourd’hui offert de manière particulièrement édifiante par les Vierges consacrées. Dans la virginité librement choisie, ces femmes s’affirment comme des personnes arrivées à maturité et aptes à la vie. En même temps elles réalisent la valeur personnelle de leur propre féminité, en devenant « un don sincère et total» au Christ, Rédempteur de l’homme et Epoux des âmes. La disposition sponsale naturelle de la personnalité féminine trouve une réponse dans la virginité ainsi envisagée. La femme, appelée « depuis le commencement » à être aimée et à aimer, trouve dans la vocation à la virginité, avant tout le Christ comme le Rédempteur qui « aima jusqu’au bout » par le don total de soi. Et elle répond à ce don par « le don sincère » de toute sa vie (cf saint Jean-Paul II, Mulieris dignitatem, 34).

Les Vierges consacrées dans le monde nous montrent comment il est possible de suivre l’exemple fécond de Marie, en vivant comme elle la grâce de la simplicité. En effet, elles témoignent, humblement, que nous ne devons pas chercher à penser de grandes choses, encore moins à les faire, parce que notre présomption nous rend ridicules, mais, comme la Vierge, nous devons reconnaître et accepter la présence du Verbe de Dieu en nous.

Prions la Vierge pour qu’il nous arrive ce qui lui est arrivé. Demandons au Seigneur que son Amour prenne comme une fleur dans la fragilité de notre chair.

Efforçons-nous d’imiter le comportement de Marie de Nazareth qui nous montre que «  l’être passe avant le faire, et qu’il convient de laisser faire Dieu pour être réellement comme Lui nous veut. C’est Lui qui fait en nous tant de merveilles. Marie est réceptive, pas passive. Comme physiquement, elle reçoit la puissance de l’Esprit Saint et donne ensuite chair et sang au Fils de Dieu qui croît en elle, spirituellement elle accueille la grâce et Lui répond par la foi » (Pape François, Angélus, 8 décembre 2014).

Lecture patristique

SERMON DE SAINT AMBROISE SUR L’ÉVANGILE DE LUC

« Heureuse, toi qui as cru ».
Lorsque l’ange annonce à Marie le mystère de sa maternité virginale, il lui apprend, pour éclairer sa foi par un exemple, qu’une femme âgée et stérile a conçu, ce qui fait comprendre que Dieu peut accomplir tout ce qu’il a décidé.

Dès que Marie l’eut appris, elle partit vers la montagne de Judée. Ce n’était de sa part ni incrédulité en la prophétie, ni incertitude sur cette annonce, ni doute sur l’exemple proposé. Elle partait dans l’allégresse de son désir, pour l’accomplissement d’un service, avec l’empressement de sa joie.

Elle qui était maintenant remplie de Dieu, où pouvait-elle se rendre avec empressement, sinon vers les hauteurs ? La grâce du Saint-Esprit ne connaît pas les hésitations ni les retards. L’arrivée de Marie et la présence du Seigneur manifestent aussitôt leurs bienfaits, car, au moment même où Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle, et elle fut remplie de l’Esprit Saint.

Remarquez les nuances et l’exactitude de chaque mot. Élisabeth fut la première à entendre la parole, mais Jean fut le premier à ressentir la grâce : la mère a entendu selon l’ordre naturel des choses, l’enfant a tressailli en raison du mystère ; elle a constaté l’arrivée de Marie, lui, celle du Seigneur ; la femme, l’arrivée de la femme, l’enfant, celle de l’enfant ; les deux femmes échangent des paroles de grâce, les deux enfants agissent au-dedans d’elles et commencent à réaliser le mystère de la piété en y faisant progresser leurs mères ; enfin, par un double miracle, les deux mères prophétisent sous l’inspiration de leur enfant.

Jean a tressailli, la mère a été comblée. La mère n’a pas été comblée avant son fils, mais, comme le fils était comblé de l’Esprit Saint, il en a aussi comblé sa mère. Jean a exulté, et l’esprit de Marie a exulté, lui aussi. L’exultation de Jean comble Élisabeth ; cependant, pour Marie, on ne nous dit pas que son esprit exulte parce qu’il est comblé, car celui qu’on ne peut comprendre agissait en sa mère d’une manière qu’on ne peut comprendre. Élisabeth est comblée après avoir conçu, Marie, avant d’avoir conçu. Heureuse, lui dit Élisabeth, toi qui as cru.

Heureux, vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres.

Que l’âme de Marie soit en chacun de vous, pour qu’elle exalte le Seigneur ; que l’esprit de Marie soit en chacun de vous, pour qu’il exulte en Dieu. S’il n’y a, selon la chair, qu’une seule mère du Christ, tous engendrent le Christ selon la foi. Car toute âme reçoit le Verbe de Dieu, pourvu qu’elle soit irréprochable et préservée des vices en gardant la chasteté dans une pureté intégrale.

Toute âme qui peut vivre ainsi exalte le Seigneur, comme l’âme de Marie a exalté le Seigneur, et comme son esprit a exulté en Dieu son Sauveur.

En effet, le Seigneur est exalté, comme vous l’avez lu ailleurs : Exaltez le Seigneur avec moi. Certes, la parole humaine ne peut faire grandir le Seigneur, mais c’est en nous qu’il est exalté ; en effet, le Christ est l’image de Dieu. Par conséquent, Si l’âme agit de façon juste et religieuse, elle exalte cette image de Dieu, à la ressemblance de qui elle a été créée ; et par conséquent, en exaltant cette image, elle s’élève par une certaine participation à sa sublimité.

R/Le Seigneur est avec toi,
Marie, pleine de grâce !

Ton cœur en éveil
attendait le Messie.

Et Dieu t’a regardée,
il a comblé ton attente.

Il vient, le jour se lève,
la terre entière exulte.

[1] Quand il nous arrive de réciter le chapelet, nous répétons cinquante fois de suite ce qui est au centre de l’Evangile de ce dimanche. De même que les cloches sonnent trois fois par jour ; de retour d’Orient, saint François d’Assise les avait introduites, précisément pour rappeler l’Annonciation : l’Incarnation du Verbe, le oui de Marie, se trouve au début, au milieu, et à la fin de la journée.

[2] A ce propos, rappelons-nous ceux qui disent à Jésus : « Ta mère et tes frères sont dehors, qui te cherchent », Jésus leur répond : « Qui sont ma mère et mes frères ? Ce sont ceux qui écoutent la Parole et qui la mettent en pratique ». Marie est Sa mère parce qu’elle écoute la Parole et qu’elle la met en pratique ; et à une femme qui dit à Jésus : « Heureux le ventre qui t’a porté et le sein qui t’a allaité », Il répond : « Bienheureux plutôt ceux qui écoutent la Parole et qui la mettent en pratique ». Marie apparaît donc comme l’exemple de celui qui écoute et qui, à travers ce qu’il écoute, met en pratique ce qu’il écoute.

[3] Entre autres, quand le Seigneur dit : « à chaque jour suffit sa peine », certes,  ses paroles nourrissent notre vie spirituelle, mais bien plus, vivre le présent est aussi une question de santé mentale. Au lieu de cela, nous vivons en pensant à l’avenir, dans l’inquiétude, suspendus  au vide de l’incertitude, et en pensant au passé, immergés dans les regrets  et les frustrations.

[4] Olivier Clément, La mère de Dieu, un éclairage orthodoxe , in Jean Comby, (ed), théologie, histoire et piété mariale. Actes du colloque de la faculté de théologie de Lyon, 1-3 octobre 1996, Lyon, Profac (1997),209-221.

Source: ZENIT.ORG, le 17 décembre 2020

Dimanche de « Gaudete »: « Témoin de la joie », par Mgr Follo

Inauguration de la crèche et du sapin Place Saint-Pierre, 11 décembre 2020 © Vatican Media

Inauguration De La Crèche Et Du Sapin Place Saint-Pierre, 11 Décembre 2020 © Vatican Media

Dimanche de « Gaudete »: « Témoin de la joie », par Mgr Follo

« Faire connaître à tant d’autres Celui qui est au milieu de nous »

Mgr Follo invite à « faire l’expérience de Dieu comme source de la vraie joie et de partager la joie de sa présence parmi nous », dans son commentaire des lectures de dimanche prochain, 13 décembre 2020, troisième dimanche de l’Avent ou « Dimanche de Gaudete ».

Témoin de la joie

Prémisse 

Ce troisième dimanche de l’Avent met l’accent sur la joie de l’attente et il est appelé « Dimanche de Gaudete » parce que l’Antienne d’entré en latin commence par le verbe « Gaudete ». Cette Antienne en français continue « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur: je vous le répète, réjouissez-vous , le Seigneur est proche ». Après la liturgie de la Parole nous propose :

« Je me réjouis pleinement dans le Seigneur, mon âme se réjouit en mon Dieu » (Première lecture).

« Mon âme se réjouit en mon Dieu » (Psaume responsorial).

« Frères, soyez toujours joyeux, priez sans interruption, rendez grâce en tout» (deuxième lecture).

«Maintenant ma joie est complète» (Évangile : Jn 3, 29).

Le message de ces phrases pourrait être synthétisé  ainsi : à la joie d’un nouveau départ (première lecture), à ​​ce qui doit être communiqué (psaume), à ​​ce qui doit être une joie intégrale (deuxième lecture), s’ajoute la joie de la mission accomplie (Évangile).

En nous proposant la figure de saint Jean-Baptiste, l’Évangile nous rappelle que la pleine adhésion à la vocation chrétienne, la réponse à l’appel de Dieu, est source de joie et nous permet d’arriver au soir de la vie en vivant – comme le Précurseur du Messie – comme de vrais témoins du Christ.

Le témoin peut aussi être un fanatique, cela dépend de ce qu’il témoigne, cela dépend de l’objet du témoignage. S’il témoigne la liberté, la fraternité et la miséricorde, il ne doit pas être fanatique, sinon il n’est pas témoin de ce qu’il dit, car le témoin est celui qui vit ce qu’il dit. Il y a des témoins de la vérité et il y a aussi des faux témoins de la vérité, c’est-à-dire ceux qui témoignent de manière erronée, de manière fanatique ce qui en soi n’est pas l’objet du fanatisme et puis il y a aussi des témoins du mensonge, ceux qui sont des champions du mensonge, de la violence, de la domination et qui utilisent la Parole précisément pour dominer et non pour servir la vérité, la justice et la liberté.

Entre autres, les trois mots : vérité, justice et liberté doivent être prises ensemble, car si la vérité est enlevée, il n’y a pas de liberté et il n’y a pas de justice. C’est comme enlever la tête d’un homme. Il n’y a des hommes que dans la vérité. Et si l’on enlève la justice, c’est comme enlever le cœur. La justice signifie l’amour pour son prochain, pour ses frères. Si l’on enlève la liberté, c’est comme couper le souffle, les poumons, l’endroit où la vérité a de la place, l’endroit où la liberté, la justice ont de la place.

Par conséquent, ils doivent toujours être pris ensemble ; quand on n’en prend qu’un, c’est quelque chose de vide, cela veut dire qu’on ment, et c’est justement sur les choses les plus vraies que l’on peut mentir, parce que ces trois mots sont plus nécessaires que du pain, c’est-à-dire que l’homme vit de ces mots. Le témoin est celui qui les vit et les témoigne aux autres, comme saint Jean-Baptiste nous en donne l’exemple.

  • La joie pour Noël tout proche

Le Noël de Jésus a un charme particulier pour tous et dans le monde entier. J’ai vu écrit “Noël, Christmas, Navidad, Natale” même dans des pays et des villes où les chrétiens sont une petite minorité. Peut-être est-ce un prétexte pour faire croître la consommation. Toutefois, un charme, une nostalgie de paix et de joie demeure. C’est comme si, en se rappelant la naissance de Jésus, Dieu parmi nous, l’on entrait dans une vie d’espérance, comme si nous présagions que le chant des Anges au-dessus de la cabane de Bethléem – “Paix sur la terre aux hommes qu’Il aime” – puisse vraiment faire refleurir l’espérance, dans notre temps qui a tant besoin de se nourrir de consolation, de sécurité, de joie vraie, profonde, retrouvée.

A proximité de Noël, l’Eglise nous fait aujourd’hui goûter par avance la grande joie que Dieu nous a donnée avec Jésus. Dans la lettre aux Thessaloniciens (seconde lecture du rite romain), l’Apôtre Paul nous invite à retrouver la joie éternelle d’être frères et soeurs, à prier sans cesse et à rendre grâce en toute chose, parce que c’est là la volonté de Dieu pour nous. Saint Paul poursuit avec ce vœu : “Que le Dieu de la paix vous sanctifie totalement et que votre personne tout entière, esprit, âme et corps, soit parfaitement gardée pour être irréprochables lors de la venue de notre Seigneur Jesus Christ. Il est fidèle, celui qui vous appelle:  c’est lui encore qui agira” (1 Th 5,16-24).

Bien sûr, le risque existe de chercher à étouffer ce besoin de la Joie du Christ et de Noël. Malheureusement ce risque est devenu une réalité qui a tout transformé en un bruyant et fugitif moment d’allégresse superficielle qui laisse ensuite le coeur vide. Le risque est grand et il est difficile d’y échapper parce que l’attraction de la « mode »  est forte.

Pour s’opposer à cette mode, il suffirait de se laisser remplir le coeur des sentiments du prophète Isaïe qui exprimait ainsi sa joie : “L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a donné l’onction; il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les coeurs meurtris, annoncer aux captifs la libération, proclamer une année de miséricorde de la part du Seigneur. Je me réjouis pleinement dans le Seigneur ; mon âme exulte en mon Dieu, car il m’a revêtu de vêtements de salut, il m’a drapé dans un manteau de  justice, comme l’époux qui se coiffe d’un diadème, comme la fiancée qui se pare de ses bijoux (Is 61, 1-11 – première lecture du rite romain).

Ce sont vraiment là des paroles de joie profonde que celles d’Isaïe qui, à la seule pensée de voir Dieu tout proche, s’exclame: “Je me réjouis pleinement dans le Seigneur”. La joie chrétienne naît, non pas d’une simple émotion mais d’une rencontre – une rencontre qui a transformé notre vie.

  • La rencontre du Témoin et du Précurseur

Cette rencontre peut et doit se répéter encore et d’une manière particulière à l’approche de Noël. Jean-Baptiste, le Témoin et le Précurseur, peut, par son exemple et son intercession, nous aider à renouveler cette rencontre.

« Jean a devancé le Christ par sa naissance et ses prédications, mais il l’a devancé pour le servir et non pour se préférer à Lui » (Saint Augustin, Sermon 66, 19). Lui, il est la voix de la Parole de Joie, il est le flambeau qui indique la Lumière de l’Amour, il est le témoin de Jésus, il baptise dans l’attente de Son Baptême, il Lui est totalement lié. Sans Jésus, le Baptiste ne peut pas vivre parce que sans le Christ, sa vie n’aurait pas de sens, elle n’aurait ni signification ni but.

Jean vient comme témoin, envoyé de Dieu pour rendre témoignage à la Lumière. Il ne rend pas témoignage de la grandeur, de la majesté, de la puissance de Dieu, mais de la Lumière de l’Amour, de la Lumière d’une Présence.

Jean témoigne d’un monde gouverné par un Principe de Lumière pour lequel il vaut bien mieux allumer une lampe que maudire mille fois la nuit.

Nous aussi, même dans notre fragilité et notre petitesse, nous sommes appelés à témoigner que l’histoire est un chemin de croix qui devient un chemin de Lumière lorsque nous avons la force de fixer le regard sur la Lumière naissante de l’Enfant Christ. D’apparence, le Christ que d’ici peu de jours nous contemplerons dans le berceau de Bethléem, est petit, fragile, sans défense. Il est pourtant vainqueur et depuis la Cité du Pain (Bethléem), il fera les premiers pas de la bonté et de la justice qu’il réalisera dans la Cité de la Paix (Jérusalem).

A chacun de nous, est confié le ministère prophétique de Jean le Baptiste : celui d’être annonciateur non de la dégradation, de l’écroulement et du péché qui assaillent pourtant notre monde, mais de la Lumière qui illumine le monde et le sauve. Nous devons être – comme saint Jean – témoins de l’espérance et du futur, d’un Dieu qui est Lumière, d’un Dieu amoureux et si proche qu’il demeure au milieu de nous, guérisseur de notre vie et de tous nos frères et soeurs en humanité.

Nous sommes témoins parce que nous avons demandé qu’il nous couvre de son manteau et fasse germer un printemps de justice, un printemps qui sans lui est impossible.

Avec l’intercession de saint Jean, nous pouvons l’imiter, lui, Jean, qui est l’image de l’homme authentique, qui connaît ses propres limites et est ouvert à la nouveauté de la rencontre. Comme le Précurseur, nous devons avoir conscience que nous sommes charnels mais aussi vivre de ce désir de Dieu imprimé en lui par la Parole créatrice et  la promesse faite à Israël. Nous serons les disciples sauvés  par le Rédempteur, parce que comme saint Jean, nous cherchons, nous rencontrons, nous reconnaissons, nous accueillons Jésus comme le Fils de Dieu dont nous témoignons auprès des autres en disant “Voici l’Agneau de Dieu”. Nous sommes nous aussi la pauvre voix d’une Parole qui crée et élève avec douceur. “Alors le Seigneur fera don de sa douceur et notre terre donnera son fruit”(S. Augustin, En. in Psalmos, 84,15).

  • Le témoin d’une Présence

L’Evangile dit de Jean : “Il y eut un homme envoyé de Dieu” (Jn 1, 6). Chacun de nous est aussi une personne envoyée de Dieu, appelée à être témoin de la Lumière.

La force de Jean est de ne pas resplendir de lui-même, mais de resplendir par sa vie pour que la Lumière se voie. Dieu est la Lumière qui illumine aussi les ténèbres les plus épaisses. Jean crie pour annoncer l’Evangile, et le désigne de son doigt comme le Christ Jésus. Il n’attire pas l’attention sur lui, en se mettant au premier plan de façon arrogante, comme ç’eût été naturel. Sa voix renvoie à quelqu’un qui est déjà “au milieu de vous” (Jn 1, 26)et le désigne comme “celui qui vient après moi dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie des sandales” (Jn 1, 27).

La grandeur de Jean est d’avoir su reconnaître Dieu en Jésus donc de l’avoir indiqué comme le Dieu présent au milieu de l’humanité.

Jean Le Baptiste n’attire pas l’attention sur un Messie absent qui doit venir, mais bien sur un Messie déjà au milieu de nous et que nous ne connaissons pas : “Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas” (Jn 1, 26). Jean est le témoin d’un Dieu qui est déjà là. Il est déjà présent parmi nous, mais cela est à découvrir et tout le monde ne le voit pas, et pour cette raison il faut un prophète qui nous l’indique.

Désormais, il nous revient  à chacun individuellement et en tant que communauté chrétienne, d’imiter Jean Le Baptiste en montrant au monde un Christ déjà présent dans le monde.

Une manière particulière d’indiquer le Christ est celle des vierges consacrées dans le monde. L’offrande totale d’elles-mêmes au Christ Epoux indique que Lui, Il mérite tout. Veiller dans la prière nous apprend  que l’avent consiste à attendre l’Aimé en se serrant contre Lui qui est déjà présent dans le coeur de celles qui se sont confiées complètement à Lui dans un total abandon, dans une amoureuse confiance et félicité. En ce monde, elles, et nous avec elles, expérimentons que “lorsque le Seigneur nous invite à devenir saint, il ne nous appelle pas à quelque chose de lourd, de triste. C’est l’invitation à partager sa Joie, à vivre et à offrir avec joie chaque moment de  notre vie, en le faisant devenir en même temps un don d’amour pour les personnes qui se trouvent à côté de nous” (Pape François, Catéchèses à l’occasion de l’audience générale, 19 novembre 2014).

Nous, si banals fussions-nous, nous sommes appelés à faire connaître à tant d’autres Celui qui est au milieu de nous. Faibles, nous sommes forts. Tristes, nous sommes heureux. Parce que le Seigneur vient, il fait re-germer la terre et en fait de nouveau un jardin, où la liberté, la fraternité et la miséricorde sont annoncées, mais surtout pratiquées, vécues, vécues ensemble.

Lecture Patristique

Saint Augustin d’Hippone, évêque (354 – 430)

Sermon, 293, 3 s.

Jean est la voix, mais le Seigneur “depuis le principe, était le Verbe” (Jn 1,1). Jean fut une voix pour un temps, le Christ est le Verbe depuis le principe, éternel. Il porte en avant l’idée. Vaut-elle mieux qu’une parole? Si l’on n’y comprend rien, la parole devient un inutile vacarme. La parole sans idée brasse de l’air, n’alimente par le coeur. De plus, tandis que nous alimentons le coeur, nous conservons l’ordre des choses. Si je pense à ce que je dois dire, il y a déjà l’idée dans mon coeur, mais si je veux parler avec toi, je me mets à me demander si c’est aussi dans ton coeur, ce qui est déjà dans le mien. Tandis que je cherche comment je pourrais te rejoindre et fixer dans ton coeur l’idée qui est déjà dans le mien, je forme la parole et une fois la parole formée, je te parle : le son de la parole t’apporte l’intelligence de l’idée, c’est le son qui passe de moi à toi, en revanche, l’idée qui t’es apportée par la parole, est déjà dans ton coeur et ne s’en est pas allée du mien.

Le son qui t’a donc apporté l’idée, ne semble-t-il pas te dire “Il faut que lui grandisse et que moi je diminue”? Le son de la parole fait son office et disparait comme s’il disait “C’est ma joie et elle est complète” (Jn 3,30). Nous saisissons l’idée, nous assimilons l’idée pour ne pas la perdre. Veux-tu voir la parole qui passe et la divinité permanente du Verbe? Où est-il désormais le Baptême de Jean ? Il fit son office et passa. C’est le baptême du Christ qui est désormais d’actualité. Nous croyons tous en Christ, nous espérons être sauvé en lui : c’est ce que dit la parole. Mais puisqu’il est difficile de distinguer entre la parole et l’idée, Jean lui-même fut pris pour le Christ.

La parole est prise pour l’idée, mais la parole se déclara parole, pour ne pas léser l’idée. “Je ne suis pas le Christ, dit-il, ni Elie, ni un prophète”. On lui a répondu : “Toi, qui es-tu donc? Je suis, dit-il, la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur” (Jn 1, 20-23). “Voix de celui qui crie dans le désert” : voix de quelqu’un qui rompt le silence. “Préparez le chemin di Seigneur” : comme si elle voulait dire, “Je vais en raisonnant pour l’introduire dans les coeurs, mais je ne trouverai pas un coeur dans lequel il soit digne d’entrer si vous ne préparez pas le chemin”.

Que veut dire “Préparez le chemin” sinon de supplier convenablement? Sinon de penser humblement?  Prenez exemple d’humilité sur lui. On pense qu’il est le Christ. Il déclare ne pas être Celui auquel on pense et ne profite pas de l’erreur des autres pour son prestige. S’il disait “Je suis le Christ”,  combien il lui serait facile d’être cru puisque, avant qu’il le dise, on le pensait déjà tel. Il ne le dit pas, il se remit à sa place, il se démarqua, il s’humilia. Il comprit où était son salut : il comprit qu’il n’était qu’une petite lampe et eut peur d’être éteint par le vent de l’orgueil… Les yeux fragiles ont peur de la lumière du jour, mais il peuvent supporter celle d’une petite lampe. Pour cela, la Lumière du jour envoya au devant la petite lampe. Mais Elle envoya la petite lampe dans le coeur des fidèles pour confondre le coeur des infidèles. “J’ai préparé, dit-il, la petite lampe pour mon Christ” : Jean, héraut du Sauveur, précurseur du Juge qui doit venir, l’ami de l’Epoux.

Des écrits de Guerric d’Igny 

(Sermon V au sujet de l’Avent, 1)

“Préparez le chemin du Seigneur” (Is 40,3; Mc 1,3) : Oh mes frères, le chemin du Seigneur qui nous ordonne de nous préparer, ou bien nous le préparons en cheminant, ou bien nous cheminons en le préparant. Lorsque vous avez beaucoup progresser sur cette voie, il vous reste toujours et néanmoins à la préparer parce que depuis le point auquel vous êtes arrivé, vous pouvez toujours avancer, tendus vers ce qui demeure autre. Ainsi, à chaque étape singulière, la voie étant préparé pour son avènement, le Seigneur viendra toujours à nouveau à votre rencontre, et d’une certaine manière toujours plus grande qu’avant. C’est donc avec raison que le juste élevait cette prière : “Indique-moi, Seigneur, la voie de tes préceptes, et je l’observerai jusqu’à la fin” (Ps 118, 33). Peut-être la “vie éternelle” a-t-elle ainsi été définie puisque la Providence, tout en ayant prévu pour chacun une voie et lui ayant fixé un terme, ne donne néanmoins aucun terme à la nature de la bonté vers laquelle on tend. Pour cela, le sage et voyageur appliqué, lorsqu’il sera parvenu à la moitié, ne fera que recommencer, puisqu’oubliant ce qu’on laisse derrière (cf. Ph 3, 13), il se dira à lui-même tous les jours ; “Je commence maintenant”(Ps 76,11).  Il se lance comme un géant qui ne craint rien pour parcourir la voie des commandements de Dieu ; tout comme Yedoutoun (cf. 1Chr 16,42), il dépasse facilement, dans l’ardeur de sa course, le paresseux qui s’arrête en route. Bien que parvenu à l’heure ultime du jour, il a atteint la perfection en peu de temps, parcourant d’ailleurs un long chemin ( cf. Sg 4,13) ; devenant diligent, de dernier qu’il était, il fut parmi les premiers à être couronné.

Du commentaire de Jean, 

par S. Augustin, évêque (Comment. In Ioan., 4,1)

Souvent vous avez entendu dire et vous en avez donc parfaitement connaissance, que Jean Baptiste, plus il excellait parmis ceux qui sont nés d’une femme et plus il était humble face au Seigneur, plus il mérita d’être l’ami de l’Epoux. Il fut plein de zèle pour l’Epoux et non pas pour lui ; il ne chercha pas sa propre gloire mais celle de son Juge qu’il devançait comme un héraut. Ainsi tandis que les anciens prophètes avaient eu le privilège d’annoncer les avènements futurs concernant le Christ, il revint à Jean le privilège de l’indiquer directement. En fait, de même que le Christ était méconnu de ceux qui n’avaient pas cru aux prophètes avant qu’Il ne vienne, de même Il était méconnu de ceux au mileu desquels, une fois venu, Il était présent, puisque la premère fois, Il est venu en toute humilité et de manière cachée, d’autant plus cachée qu’elle était d’autant plus humble.

Mais les peuples, dépréciant dans leur orgueil l’humilité de Dieu, crucifièrent leur Sauveur et en firent ainsi leur juge.

Source: ZENIT.ORG, le 12 décembre 2020