«Comment peut-on avoir une vie qui ne meure pas?», par Mgr Follo

Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

«Comment peut-on avoir une vie qui ne meure pas?», par Mgr Follo

Suivre le Christ « avec les yeux, avec les pieds, avec le coeur »

Mgr Follo invite à « comprendre que suivre le Christ, ce n’est pas seulement vouloir vivre quelque chose de plus que « ne pas voler », « ne pas tuer », etc., mais laisser ce que nous avons pour être avec Lui ».

L’Observateur permanent du SaintSiège à l’UNESCO, à Paris, Mgr Francesco Follo commente ainsi l‘Evangile de dimanche, 10 octobre 2021.

Mgr Follo invite à suivre le Christ « avec les yeux, avec les pieds, avec le coeur ».

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un commentaire de saint Jean Chrysostome: en somme, « qui perd gagne »!

AB

Une question incontournable : 

« Comment peut-on avoir une vie qui ne meure pas ? »

         1) Le chemin.

Dans le récit de l’Evangile de ce dimanche, nous voyons de nouveau le Christ sur le chemin de Jérusalem. On voit aussi qu’un jeune homme court vers le Messie (sa course nous dit au moins deux choses : cette personne a un désir très fort de rencontre, et elle ne veut pas perdre cette rencontre, c’est-à-dire que le jeune homme a vraiment à cœur de pouvoir rencontrer Jésus. Il termine à genoux devant Jésus. Cette personne sait très bien à qui il veut aller, quelle est la fin de sa course, avec un fort désir d’une rencontre qui se termine devant de Jésus).

Cette personne va vers le Rédempteur car les richesses qu’il possède ne lui donnent pas le plein bonheur, ni la vie qui ne meurt pas. Allez vers lui pour savoir comment avoir une vie pleine et épanouie : une vie éternelle. Cet homme est riche mais, bien qu’il soit jeune, il savait qu’il aurait dû abandonner ses richesses. « Je crois qu’il fut appelé dans une sorte de jugement par la peur de la mort et rongé au milieu de ses délices, en pensant devoir quitter ses biens. Il les avait amassés, sans même savoir pour qui, et il désirait quelque chose d’éternel » (Saint Augustin). Donc en voyant que tout ce qu’il possédait lui échappait des mains, il demanda au Seigneur : « Bon Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ?», comme s‘il disait : « Je pourrais être bien, mais tout ce que je possède peut facilement disparaître. Dis-moi comment je peux prendre possession de ce qui sera à jamais ; dis-moi comment je peux prendre possession de ce que je ne perdrai jamais » (Id.).

C’est ainsi que ce jeune homme riche court à la rencontre de Jésus, se met à genoux devant Lui et, à celui qui est le Chemin, demande le sens, la direction de la vie.

Le Christ lui répond en citant certains des Dix Commandements, ceux aillant une signification de par leur dimension sociale, et qui concernent l’amour du prochain, banc de preuve de l’amour de Dieu : « Connais les commandements : ne pas tuer, ne pas commettre d’adultère, ne pas voler, ne pas faire de faux témoignages, ne pas frauder, honore ton père et ta mère … ».

Le jeune homme répond qu’il a respecté ces commandements. Jésus lui propose alors d’aller plus loin, et de rendre l’amour pour Dieu plus radical et profond, en mettant cet amour à la première place parmi les valeurs de la vie, suggérant : « Vas, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, suis-moi ».

L’exigence clé pour suivre Dieu et de Lui donner la primauté, le reste n’est qu’un plus. On peut avoir ou non des richesses, mais il est nécessaire que le cœur ne soit totalement lié, absorbé par les richesses, par les biens de la terre. Il faut désirer ce « trésor qui est dans le ciel ». Le cœur de l’homme, comme Saint Augustin l’enseigne, est fait pour Dieu, et c’est vers Lui qu’il doit aspirer, tout en se « servant » de réalités temporelles. Alors laissons le Seigneur pénétrer dans nos cœurs avec l’épée de Sa parole, parce qu’à la lumière de Sa sagesse nous pouvons évaluer les choses terrestres et éternelles, et devenir libres et pauvres pour Son royaume. (Prière de la messe d’aujourd’hui).

Jésus invite ce jeune homme et ses disciples, y compris nous, à le suivre pour la totalité du voyage avec une rigueur qui est sans précédent. Dans un récit similaire à celui de Saint-Marc, l’évangéliste Luc écrit : « Alors qu’il était en chemin, sur la route, un homme lui dit : « Je te suivrai partout où tu iras ». Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme n’a pas où poser sa tête » … Un autre Lui dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d’abord permets-moi de prendre congé de ma maison ». Jésus lui répondit : « Quiconque regarde en arrière, tout en mettant la main à la charrue, n’est pas apte au royaume de Dieu » (Lc 9, 57-58 … 61-62.).

En effet, suivre le Christ signifie en fait d’être prêt à vivre quelque chose de plus que le « tu ne voleras pas », « Tu ne tueras point », etc. Outre le fait de ne pas commettre le mal, nous devrions nous poser la question de savoir comment bien faire et surtout comme « être » de vraies personnes dans l’amour.

Jésus avait déjà annoncé que pour sauver sa vie il fallait être prêt à la perdre pour et par son amour – C’est à dire : pour Le suivre il est nécessaire de se renier et prendre sa propre croix (Mc 8,34 – 35).

2) Suivre avec les yeux, suivre avec les pieds, suivre avec le coeur.

L’homme riche qui est allé chez le Christ était authentique et c’est un regard plein d’amour qu’il obtint de la part de Jésus. Avec ce regard c’est comme si le Christ lui disait : « Une seule chose te manque, et elle est décisive pour toi. Renonce à posséder, investis dans le trésor du ciel, et ton cœur sera libre et tu pourras me suivre. Mais ni le regard, ni les paroles de Jésus n’eurent d’effets. Cet homme, certes attristé, a cependant préféré retourner à la sécurité que la richesse lui procurait. Il n’a pas pu ou voulu comprendre qu’il lui était offert un bien incomparablement plus précieux et autrement plus durable que toutes ses richesses : l’amour du Christ qui communique la plénitude de Dieu (Ep 3,18 à 19). Au lieu d’accepter la proposition de communion qui était implicite dans la demande du Christ à le suivre, cet homme a choisi la solitude.

Pourtant, le Christ l’avait regardé avec amour. Jésus regarda le riche et le regard de Jésus était comme une caresse, un baiser … baiser que le maître donnait au disciple usuellement, au temps de Jésus, comme dans le cas de Judas (Mc 14,45 et par.). Nous pourrions interpréter ce regard comme saint Bède le Vénérable l’a fait en commentant le regard de Jésus sur le publicain Matthieu (cf. Mt 9,9 : « Jésus vit un publicain, lui fit miséricorde, et l’appela en lui disant : « Suis-moi » (Homélies 21, CCL 122,150). Jésus ne lui a pas dit : « Tout va bien, mais si tu veux faire quelque chose de plus, vas vendre tes biens … », mais : « Il te manque une chose, laisse tout et suis-moi » (Mc 10,21). Voilà où Jésus avait apporté le jeune homme avec son regard empli d’amour miséricordieux. Malheureusement, cet homme ne crut pas à ce regard et à ces paroles. Il devint triste et se retira vers l’arrière (cf. Mc 10, 22). Il ne crut pas à ce regard, il ne crut pas à cet amour et n’a pas été capable de le suivre avec les pas du cœur.

Ce jeune homme riche n’eut pas eu le courage d’embrasser le Christ et sa proposition de vie évangélique, et la raison est clairement indiqué : « Parce qu’il avait de grands biens. ». Le détachement des biens, la pauvreté, est une condition indispensable pour suivre le Christ ; et cela pour trois raisons :

  1. La foi en Dieu qui est Père providentiel, qui se souciant des oiseaux et des lis des champs, il a encore plus soin de chacun de nous.
  2. Une exigence de fraternité : comment peut-on continuer à posséder tout ce que l’on a, quand on remarque que tout autour de nous il y a des frères qui manquent du nécessaire ?
  3. Une exigence de liberté. Nous sommes liés à trop de choses (et il ne s’agit pas seulement de l’argent) qui absorbent tout notre temps et notre attention, comment pouvons-nous alors trouver l’espace et le goût pour les choses de Dieu ?

Ces trois raisons peuvent être résumées en un mot : la virginité, que Jacopone de Todi appela : pauvreté amoureuse (povertà innamorata).

         3) La virginité : la pauvreté de soi pour la plénitude de Dieu.

La virginité est « la pauvreté amoureuse qui permet d’avoir toute chose dans un esprit de liberté » (Jacopone de Todi, O amor de povertate). La virginité est la modalité d’accueilir le regard et l’amour du Christ sur soi-meme, en Le suivant inconditionnellement, sans demander de garanties ou avoir des voies de fuite. Une vierge consacrée laisse tout, même sa propre chair pour suivre Jésus, sans nostalgie et sans hésitation, sur le Chemin qu’il est, Lui. Le détachement nécessaire est un gain, une bonne affaire, non pas une perte. Et cela est profondément vrai, même d’un point de vue tout simplement humain : dans la sobriété de ces biens que l’Evangile appelle richesses on trouve la possibilité d’autres biens beaucoup plus importants et humains, essentiels pour l’homme comme l’air que nous respirons : le temps offert à Dieu, la joie de la fraternité, la libération de l’angoisse de la possession, la liberté, la sérénité.

Celle qui, par la virginité, met Dieu en premier dans sa vie, devient une partie de Sa « famille », où elle trouve des frères et des sœurs, des pères et des mères à vénérer, des maisons et des champs où travailler. Elle trouve l’amour. La virginité n’est pas une négation de l’amour, elle est la plénitude et la totalité de l’amour. C’est pour cela que le Rituel de la consécration des Vierges demande de prier ainsi : « Ferventes dans l’amour, ne préfèrant absolument rien à ton amour » (Prière de consécration des vierges, dans le Pontifical romain, réformée conformément aux décrets du Concile Vatican II et promulgué par le Pape Paul VI, consécration des Vierges, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican 1980, n. 38, p. 77).

Lecture patristique

Saint Jean Chrysostome (+ 407)

Homélie sur le débiteur de dix mille talents,3 (PG 51, 21)

Perdre pour gagner

En réponse à la question que lui posait un homme riche, Jésus avait révélé comment on peut parvenir à la vie éternelle. Mais l’idée d’avoir à abandonner ses richesses rendit cet homme tout triste, et il s’éloigna. Alors Jésus déclara: Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu (Mc 10,25).

A son tour, Pierre s’approche de Jésus. Lui qui s’est dépouillé de tout en renonçant à son métier et à sa barque, ne possède même plus un hameçon. Et il pose cette question à Jésus: Mais alors, qui peut être sauvé (Mc 10,26)?

Remarque la réserve et le zèle du disciple. Il n’a pas dit: « Tu ordonnes l’impossible, ce commandement est trop difficile, cette loi est trop exigeante. » Il n’est pas non plus resté silencieux. Mais, sans manquer au respect qu’un disciple doit à son Maître, il a dit: Mais alors, qui peut être sauvé?montrant par là combien il était attentif aux autres. C’est qu’avant même d’être le pasteur, il en avait l’âme. Avant d’être investi de l’autorité, il possédait le zèle qui convient à un chef, puisqu’il se préoccupait de la terre entière.

Un homme riche, propriétaire d’une fortune considérable, aurait probablement demandé cela par intérêt, par souci de sa situation personnelle et sans penser aux autres. Mais Pierre, qui était pauvre, ne peut être soupçonné d’avoir posé sa question pour de pareils motifs. C’est le signe qu’il se préoccupait du salut des autres, et qu’il désirait apprendre de son Maître comment on y parvient. D’où la réponse encourageante du Christ: Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu (Mc 10,27). Il veut dire : « Ne pensez pas que je vous laisse à l’abandon. Moi-même, je vous assisterai dans une affaire aussi importante, et je rendrai facile et aisé ce qui est difficile. »

Source: ZENIT.ORG, le 8 octobre 2021

« Qui est le Christ pour moi ? Ma foi se traduit-elle en œuvres ? », par Mgr Follo 

Mgr Follo, 2016 © courtoisie de la Mission du Saint-Siège à l'UNESCO

Mgr Follo, 2016 © Courtoisie De La Mission Du Saint-Siège À L’UNESCO

« Qui est le Christ pour moi ? Ma foi se traduit-elle en œuvres ? », par Mgr Follo 

« Le chemin qui mène à la vie »

Mgr Follo souhaite aux baptisés de « comprendre que lorsque Jésus demande : « Que dites-vous que je suis ? », ce n’est pas pour connaître notre opinion sur lui, mais pour savoir si nous lui avons ouvert notre esprit et notre cœur ».

Mgr Francesco Follo propose ici une lecture de l’Evangile de dimanche prochain, 12 septembre 2021.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à Paris, à l’UNESCO propose aussi, comme lecture patristique une page de saint Césaire d’Arles.

AB

Deux questions : 

Qui est le Christ pour moi ? 

Ma foi se traduit-elle en œuvres ou non ? 

Prémisse.

Jésus n’est pas venu pour nous enseigner une philosophie, mais pour nous montrer un chemin ou, mieux, le chemin qui mène à la vie.

Ce chemin est l’amour, qui est l’expression de la vraie foi. Si nous aimons son prochain d’un cœur pur et généreux, cela veut dire que nous connaissons vraiment Dieu.Si, au contraire, nous disons que nous avons la foi, mais que nous n’aimons pas nos frères,  nous ne sommes pas des vrais croyants. Dieu n’habite pas en nous. Saint Jacques l’affirme clairement dans la seconde lecture de la Messe de ce dimanche : « Si elle n’est pas suivie d’œuvres, [la foi] en elle-même est morte » (Jc 2, 17).

C’est pourquoi il ne suffit pas de répondre à la question que le Christ nous pose dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Qui suis-je pour vous ? Dire comme saint Pierre : « Tu es le Christ », c’est-à-dire le Messie, le consacré de Dieu envoyé pour sauver son peuple. Saint Pierre et les autres apôtres croient donc, contrairement à la plupart des gens, que Jésus n’est pas seulement un grand maître ou un prophète, mais bien plus encore. Ils ont la foi : ils croient que Dieu est présent et à l’œuvre en Lui. Il ne suffit pas de croire qu’Il est Dieu, mais poussés par la charité, nous devons le suivre sur son propre chemin, celui de la croix (cf. Mc 8 : 31-33), une œuvre active d’amour sans mesure, sans limites.

1) Reconnaître le Christ

L’ensemble de l’Evangile de saint Marc a comme but de répondre à la question : « Qui est Jésus ? » Mais, dans le récit que nous lisons aujourd’hui, c’est Jésus-même qui pose cette question d’une façon explicite : « Qui dites-vous que je suis ? » et donc, nous aussi, nous sommes obligés d’y répondre.

Dans les chapitres précédents qui nous ont été proposés au cours des derniers dimanches, Jésus n’a pas répondu à cette question avec une définition de lui-même, mais avec des actions qui manifestent ce qu’ il est par ce qu’il fait :

  • il fait marcher les boiteux, c’est-à-dire qu’Il est Celui qui donne à l’homme la capacité de marcher dans la vie ;
  • il fait entendre les sourds et parler les muets, c’est-à-dire qu’Il est Celui qui a les paroles de vie qui expliquent la vie ;
  • il fait ressusciter les morts, c’est-à-dire qu’Il est le Donateur de vie ;
  • il fait voir les aveugles, (rend la vue aux aveugles) c’est-à-dire qu’Il est la Lumière qui éclaire, qui fait venir à la lumière ;
  • il fait se calmer les eaux de la mer, c’est-à-dire qu’Il est, Lui, le Seigneur de la nature ;
  • il fait (il donne) le pain dans le désert, c’est-à-dire qu’Il est Celui qui nourrit le corps et l’âme.

La conclusion à laquelle nous devrions arriver devant tout ce « faire », devrait être : « Il est le Messie (en grec : le Christ) ». Malheureusement, les gens de cette époque-là, mais aussi beaucoup aujourd’hui, n’ont pas saisi la nouveauté et la grandeur de Jésus, de sorte qu’à la question : « Que disent-ils que je suis ? », la réponse de la majorité est que ce « faiseur » est rien de plus qu’un prophète comme ceux qui l’avaient précédé. Alors Jésus pose cette question à ses disciples : « Et pour vous, qui suis-je ? » Pierre répond promptement, aussi au nom des autres : « Tu es le Christ ! » Pierre reconnaît clairement que Jésus est le Messie. Il donne une réponse précise. Il n’y a pas d’autre réponse. Le Christ mort et ressuscité est celui en qui l’impossible, l’impensable s’est accompli, fait unique qui peut changer le cours de l’histoire humaine. Sans lui, l’homme est un « être pour la mort » (Martin Heidegger), tandis que s’il est « lié » à la Croix, il est « libéré des liens » de la mort.

Il faut rappeler que la réponse de saint Pierre implique une reconnaissance de plus : celle de l’amour crucifié. C’est le chemin de la Croix qui complète le propos en l’éclairant. Lorsque le Chef des Apôtres dit à Jésus : « Tu es le Christ », le Messie ressent le besoin de souligner qu’il est le Fils de Dieu qui doit beaucoup souffrir. Donc, à la question que Jésus nous pose aujourd’hui : « Pour vous qui suis-je ? », la réponse complète est : « Tu es le Christ, l’Amour crucifié et ressuscité ». En effet, saint Paul écrit : « Si le Christ n’était pas ressuscité, notre foi serait vaine », mais il savait que la croix n’est pas un obstacle au salut. Elle en est la condition. « La Croix n’est pas un poteau des Romains, mais le bois sur lequel Dieu a écrit l’Evangile » (Alda Merini, 1931-2009, femme poète de Milan). Par le Christ en croix, le monde reçoit une nouvelle dimension, celle de Jésus et de tous ceux qui donnent leur vie pour les autres, en le suivant.

Le Messie invite à le suivre toujours jusqu’au Calvaire parce que la marche derrière sa croix modèle notre vie sur celle « de l’Agneau qui enseigne la force, de l’Humilié qui donne une leçon de dignité, du Condamné qui exalte la justice, du Mourant qui confirme la vie, du Crucifié qui prépare la gloire » (P. Primo Mazzolari, 1809-1959, prêtre et écrivain de Crémone, Italie).

En suivant le Christ et en croyant à sa Charité, gardons les bras et le cœur grands ouverts comme ceux du Crucifié. Bien sûr, pour faire cela, nous devons, comme saint Pierre, reconnaître Jésus comme le Messie, le Sauveur. Comme saint Pierre, nous devons accepter la croix comme « clé » avec laquelle le Seigneur a ouvert le ciel et fermé l’enfer pour tous ceux qui le reçoivent. Le Rédempteur a pris cette lourde « clé » sur ses épaules, il en a senti le poids et la responsabilité lorsque les clous ont percé sa chair et le lièrent à cette clé. Le Christ a donné à saint Pierre cette « clé » du Royaume, en l’appelant à être crucifié avec Lui, à porter ce joug doux et léger sur ses épaules comme Lui, à apprendre l’humilité et la douceur avec laquelle « délier » les hommes de l’esclavage du monde, de la chair et du  diable, et ainsi les « lier » au Christ dans une alliance éternelle qui les fasse enfants de notre Père céleste pour toujours.

Dans l’homélie poétique attribuée à saint Ephrem le Syrien, ce saint imagine que le bon larron arrive après sa mort à la porte du paradis. Il porte sa croix sur ses épaules. Un chérubin se hâte avec une épée qui scintille comme une flamme (Gn 3,24) pour bloquer aux criminels l’accès au Paradis, eux qui ne sont pas dignes de la joie éternelle. Il n’y a pas d’exceptions. Saint Ephrem décrit une violente dispute entre le chérubin et le bon larron. Elle se termine lorsque le bon larron montre la clé de la porte du Paradis. Et quelle est la clé du Paradis ? La croix, sa croix transfigurée par la Croix vivifiante de notre Seigneur Jésus-Christ : la Croix ouvre la porte de la vie à nous tous qui croyons en Jésus-Christ, comme le bon larron : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton règne. » La vie du Christ triomphe de tous les pécheurs repentis, même ceux de la dernière minute, comme le bon larron.

2) Amour véritable parce que crucifié

         Bien sûr, comme saint Pierre, nous aussi, nous essayons d’éloigner le Christ du Chemin de croix. La tentation, qui vient du diable, est une tentative de nous détourner de la voie tracée par Dieu (la Voie de la croix) pour la remplacer par un itinéraire établi par la sagesse des hommes, par ce qui est souvent désigné comme le bon sens, le sens commun.

Le Christ a démasqué et surmonté cette tentation : sa vie était un « oui » constant à Dieu et un « non » au Tentateur. Jésus a vaincu le diable. Mais le diable tente d’obtenir du disciple ce qu’il n’a pas réussi à obtenir du Maître : séparer le Messie de la croix, disjoindre la foi en Jésus-Roi de son trône qui est la croix.

Après avoir précisé son identité et avoir démasqué la présence de la tentation, Jésus s’adresse à ses disciples et aux autres personnes et, leur propose son propre chemin d’une façon très claire. Il n’y pas deux chemins, l’un pour Jésus et l’autre pour les disciples, mais un seul : « Qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix. »

La croix est symbole et icône de l’amour virginal. Elle est la synthèse la plus vraie de l’amour reçu et donné, de l’amour crucifié. En effet,  la Croix donne la certitude d’être aimé, de toujours et pour toujours, totalement et inconditionnellement, ce que rien d’autre ne peut donner. Le vrai visage de Dieu est celui du Crucifié (Jürgen Moltman). Donc, si nous présentons au monde le Christ avec son vrai visage, les gens peuvent le percevoir comme une réponse convaincante ; ils sont capables de suivre le Christ et son message, même s’il est exigeant et marqué par la croix.

Il est vrai que la croix est « une pierre d’achoppement pour les Juifs et folie pour les païens » (1 Co 1,18-24) et qu’il est difficile pour chacun d’entre nous de la comprendre et l’accepter. Mais si nous regardons, par exemple, l’exemple des vierges consacrées vivant dans le monde, celles-ci nous aident à comprendre, à accepter et à vivre la croix :

L’Amour vécu d’une façon virginale est un amour crucifié non pas parce qu’il est un amour mortifié, mais parce que c’est un amour « sacrifié », c’est-à-dire qui est rendu sacré par le don total de soi à Dieu. L’amour vierge est celui du Christ qui « pratiqua » un amour crucifié. Pour aimer, Jésus est allé à l’expérience du dépouillement progressif de lui-même jusqu’à la croix. Si nous voulons aimer en chrétiens, nous devons le savoir et faire comme lui. Cette façon d’aimer met l’autre avant moi et l’Autre (Dieu) au-dessus de moi. La croix est le plus grand signe du plus grand amour, et la virginité est la crucifixion de soi-même pour se donner à Dieu, pour s’enclouer à son amour embrassant le Christ sur la Croix.

Les vierges consacrées sont un exemple significatif et élevé du fait que l’amour de Dieu est « totalitaire », car le Christ dit qu’il faut aimer le Seigneur « de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Mc 12,30). Ces femmes montrent que le corps et le cœur chastement offerts n’éloignent pas de Dieu mais qu’ils rapprochent l’être humain de Dieu, plus que les anges (cf. Eph 1,14) ;  la vie chrétienne est une constante et progressive configuration au Christ crucifié et ressuscité. En effet, comme l’amour du Christ pour nous l’a conduit à la croix, notre amour pour Lui imprime ses blessures d’amour (Ct 2,5) en nous. L’amour purifie  et configure en transfigurant. Mais il convient de noter que la conformité  douloureuse avec le Christ crucifié a comme but ultime d’amener le chrétien à la conformité joyeuse avec le Ressuscité. La virginité n’est pas simplement une renonciation, mais elle est la manifestation de l’amour ardent pour Dieu et pour le prochain. C’est un amour qui transforme l’amant dans l’Aimé. La virginité vécue comme crucifixion a pour but de témoigner que l’amour a gagné à travers le don de soi. La virginité vécue comme résurrection témoigne que l’Époux est réellement présent dans la vie quotidienne et sa présence condescendante donne la joie, la joie pleine et entière (cf. Jn 3,29). La virginité est liberté, elle est un signe de l’amour parfait, qui n’a pas d’impatience, ni d’envie, ni de jalousie, et assure la paix en rayonnant de joie.

Lecture Patristique

Homélie de saint Césaire d’Arles (+ 543)

Sermon 159, 1 4-6; CCL 104, 650.652-654)

Quand le Seigneur nous dit dans l’Evangile : Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même (Mc 8,34), nous trouvons qu’il nous commande une chose difficile et nous considérons qu’il nous impose un lourd fardeau. Mais si celui qui commande nous aide à accomplir ce qu’il commande, cela n’est pas difficile.

Où devons-nous suivre le Christ, sinon là où il est allé ? Or, nous savons qu’il est ressuscité et monté aux cieux : c’est là que nous avons à le suivre. Il ne faut certainement pas nous laisser envahir par le désespoir, car, si nous ne pouvons rien par nous-mêmes, nous avons la promesse du Christ. Le ciel était loin de nous avant que notre Tête y soit montée. Désormais, si nous sommes les membres de cette Tête, pourquoi désespérer de parvenir au ciel ? Pour quel motif ? S’il est vrai que sur cette terre tant d’inquiétudes et de souffrances nous accablent, suivons le Christ en qui se trouvent le bonheur parfait, la paix suprême et l’éternelle tranquillité.

Mais l’homme désireux de suivre le Christ écoutera cette parole de l’Apôtre : Celui qui déclare demeurer dans le Christ doit marcher lui-même dans la voie où lui, Jésus, a marché (1Jn 2,6). Tu veux suivre le Christ ? Sois humble, comme il l’a été. Tu veux le rejoindre dans les hauteurs ? Ne méprise pas son abaissement.

En péchant, l’homme avait couvert sa route d’obstacles, mais celle-ci fut aplanie lorsque le Christ l’eut foulée à sa résurrection et qu’il eut fait d’un étroit sentier, une avenue digne d’un roi. L’humilité et la charité sont les deux pieds qui permettent de la parcourir rapidement. Tous sont attirés par les hauteurs de la charité, mais l’humilité est le premier degré qu’il faut monter. Pourquoi lèves-tu le pied plus haut que toi ? Tu veux donc tomber et non monter ? Commence par la première marche, c’est-à-dire l’humilité, et déjà elle te fait monter.

Voilà pourquoi notre Seigneur et Sauveur ne s’est pas borné à dire : Qu’il renonce à lui-même, mais il a ajouté : Qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (Mc 8,34). Que signifie : Qu’il prenne sa croix ? Qu’il supporte tout ce qui lui est pénible, c’est ainsi qu’il marchera à ma suite. Dès qu’il aura commencé à me suivre, en se conformant à ma vie et à mes commandements, il trouvera sur son chemin bien des gens qui le contrediront, qui chercheront à le détourner, qui non seulement se moqueront de lui, mais le persécuteront. Ces gens-là ne se trouvent pas uniquement parmi les païens qui sont hors de l’Église ; il s’en trouve même parmi ceux qui semblent être dans l’Église, si on les juge de l’extérieur. Mais ils lui sont bel et bien étrangers, en raison de leurs actions mauvaises.

Tout en se glorifiant du seul nom de chrétien, ils persécutent sans cesse les bons chrétiens. Dès lors, si tu désires suivre le Christ, porte sa croix sans plus attendre et supporte les méchants sans te laisser abattre.

Le Seigneur a dit : Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Si donc nous voulons mettre ceci en pratique, efforçons-nous, avec l’aide de Dieu, de faire nôtre cette parole de l’Apôtre : Lors donc que nous avons nourriture et vêtement, sachons être satisfaits. Il est à craindre que si nous recherchons plus de biens terrestres qu’il ne nous en faut, dans l’intention de nous enrichir, nous ne tombions dans la tentation, dans le piège du démon, dans une foule de convoitises insensées et funestes, qui plongent l’homme dans la ruine et la perdition (1Tm 6,8-9).

Daigne le Seigneur nous prendre sous sa protection et nous délivrer de cette tentation, lui qui vit et règne avec le Père et l’Esprit Saint dans tous les siècles des siècles. Amen.

Source: ZENIT.ORG, le 9 septembre 2021

« L’Eucharistie: Pain qui nourrit soutient et dilate le cœur » par Mgr Follo


Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

« L’Eucharistie, Pain qui nourrit, soutient et dilate le cœur », par Mgr Follo

Par MGR FRANCESCO FOLLO

« L’Amour n’est pas une dépendance, mais un don qui nous fait vivre »

Mgr Francesco Follo invite à « comprendre que l’Amour n’est pas une dépendance, mais un don qui nous fait vivre, en purifiant notre cœur », dans ce commentaire des lectures de dimanche prochain, 29 août 2021.

« La religion proposée par Jésus n’est donc pas réductible aux rites extérieurs, à une morale ou à une doctrine ; il s’agit de la révélation du visage de Dieu dans l’humanité de Jésus qui vient nous dire qu’une loi, aussi grande ou petite qu’elle soit, a du sens et de la valeur seulement si elle naît de l’amour, si elle est accompagnée par l’amour et si elle se consume dans l’amour. Le Christ et son Évangile portent l’amour et sa loi au cœur de l’homme et ils le recréent », explique notamment l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un passage de saint Irénée de Lyon.AB

L’Eucharistie est le Pain qui nourrit, soutient 

et dilate le cœur

1) Religion pure avec des cœurs purifiés.

Dans le passage de l’Évangile d’aujourd’hui – chapitre 7 de Marc – Jésus aide le peuple et les disciples (et, par conséquent, nous) à approfondir le concept de pureté et les lois de la pureté.

Mais n’oublions pas qu’on n’entre pas dans la juste relation (= religion pure) avec Dieu en se souciant de la pureté extérieure des corps, si l’on ne sait pas garder la vérité du cœur.

Le cœur, en effet, est le centre unificateur de la personne et permet de dépasser toute fausse alternative entre l’esprit et la chair, entre les gestes extérieurs et les intentions intérieures. Se purifier c’est réconcilier ce qui est divisé, disharmonieux, fragmenté en nous. Le cœur est aussi un lieu de rencontre entre nous et Dieu. Dieu reste loin si nous l’invoquons des lèvres sans descendre à sa rencontre au fond de notre cœur, demeure de Dieu. Enfin, le cœur est un lieu de rencontre avec l’autre, parce qu’il est source de cet amour en quoi, pour l’Apôtre Jacques, la religion pure consiste : à visiter les orphelins et les veuves en détresse (cf. Jc 1, 27 – seconde lecture de la messe d’aujourd’hui). En fait, les mauvaises pensées qui sortent de l’intérieur sont tous des signes de division et jettent la division : en nous-mêmes, avec Dieu, avec les autres.

Ce n’est donc pas ce qui entre dans l’homme qui le contamine, mais ce qui sort de son cœur. Dans le langage biblique, le cœur est le lieu des décisions, où se fait le choix entre le bien et le mal, entre Dieu ou nous-mêmes. Le premier devoir de l’homme est de garder son cœur en ordre.

Les pharisiens convaincus que la religion venue de Dieu consiste en un rituel public se scandalisent de voir quelques-uns des disciples du Crist « prendre leur repas
avec des mains impures
 » (Mc 7,3). Ces objecteurs du Maître, en croyant obéir aux lois de Dieu, ne mangeaient qu’après s’être lavé les mains. (Mc 7,3). Ils identifiaient la fidélité au « Dieu qui est proche de nous » (Dt 4, 7), dont parlait Moïse, avec ces « autres pratiques » auxquelles ils étaient attachés « par tradition » (Mc 7,4).

La première chose qu’il faut remarquer est que Jésus n’enseigne point à désobéir à la loi. Mais il enseigne à combattre l’hypocrisie et le formalisme, à donner plus d’importance aux dispositions du cœur, plutôt qu’aux gestes et rites extérieurs. D’une part donc, le Christ condamne le fait que le cœur des hommes s’éloigne de Dieu, ces derniers pensant l’honorer avec l’observance scrupuleuse des règles prescrites par la loi ; d’autre part, le Crist enseigne que la pureté n’est jamais une question de mains lavées ou de lèvres purifiées par des rites, mais elle est une question de cœur.

Aucun aliment venant de l’extérieur et entrant en l’être humain ne pourra le rendre impur, car il n’arrivera pas jusqu’au cœur, mais dans le ventre et finira ensuite dans les égouts. Ce qui nous rend impur, dit Jésus, est ce qui vient de l’intérieur, ce qui, à partir du cœur, sort pour empoisonner le rapport humain.

Ce qui est souillé, immonde ou impur, ce n’est pas ce qui vient de l’extérieur, mais les mauvaises actions et intentions, qui viennent d’un cœur méchant et éloigné de Dieu. Dieu n’est pas présent là où le cœur est absent car il est distrait, enfermé dans la peur.

Comment faire revenir le cœur à Dieu ? Comment s’approcher de Lui ?

On s’approche de Dieu « avec le lavage des aumônes, des larmes et des autres fruits de justice qui rendent le cœur et le corps purs pour pouvoir participer aux mystères célestes » (Saint Bède le Vénérable).

La religion proposée par Jésus n’est donc pas réductible aux rites extérieurs, à une morale ou à une doctrine ; il s’agit de la révélation du visage de Dieu dans l’humanité de Jésus qui vient nous dire qu’une loi, aussi grande ou petite qu’elle soit, a du sens et de la valeur seulement si elle naît de l’amour, si elle est accompagnée par l’amour et si elle se consume dans l’amour. Le Christ et son Évangile portent l’amour et sa loi au cœur de l’homme et ils le recréent.

Le culte chrétien n’est pas réductible à l’exécution de certains rites pour une commémoration d’évènements passés, et de même il ne s’agit pas d’une expérience intérieure particulière, mais il s’agit essentiellement d’une rencontre avec le Seigneur ressuscité en la profondeur d’un cœur purifié et attiré par une présence qui, gratuitement, se fait rencontre et, gratuitement, se fait reconnaître.

Il faut comprendre que notre salut (on peut aussi dire notre bonheur, car le reflet humain de la grâce du Christ est le plaisir de Sa grâce) ne dépend pas de bonnes œuvres accomplies selon la loi. Benoît XVI a souligné que le salut ne dépend pas des œuvres bonnes accomplies selon la loi ; des œuvres bonnes, comme bonne et sainte est la loi (cfr. Rom 7, 12). Mais le salut dépend du fait que Jésus était mort aussi pour chacun de nous pécheurs: « (Il) m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi » (Gal 2, 20), et Il était et il est ressuscité. Comme Saint Paul le fait, l’important c’est que notre cœur reconnaisse que nous sommes « un rien aimé par Jésus Crist ». « Je suis un rien » dit Saint Paul de soi-même à la fin de la Deuxième Lettre aux Corinthiens (2Cor 12, 11) et dans la Lettre aux Galates : « (Il) m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi » (Gal 2, 20). Un cœur ainsi humble et contrit est un cœur pur et pratique une religion pure et vraie.

2) Cœur[1] virginal 

La vraie religion commence avec le retour au cœur, auquel Dieu parle dans la solitude, comme dit Osée 2, 16 : « je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur ».

Si le désert est le lieu préféré par Dieu pour nous parler, néanmoins il est important de se rappeler que Dieu a différentes façons de parler (cfr. Lettre aux Hébreux 1,1). Dans cette méditation je vais en souligner trois.

La première d’entre elles est la nature. Le ciel et la terre chantent la gloire de Dieu et l’être humain peut la saisir, la comprendre et l’admirer. La première façon de parler de Dieu est donc la réalité. La création que Dieu nous a donnée est le don qui nous parle du Donateur.

La deuxième façon est la Parole, l’histoire, la Bible, la Révélation, où Dieu communique directement par Lui-même.

La troisième façon est la parole du Christ en notre cœur, à l’intérieur du cœur de chacun de nous. C’est le cœur qui se réjouit, ce sont les yeux qui deviennent lumineux, c’est la douceur que l’on ressent à l’intérieur. C’est-à-dire que Dieu parle surtout au cœur, en donnant les sentiments qui font vivre: sentiments de joie, de lumière et de douceur qui donnent signification, direction et sens à la vie.

Il est donc fondamental de comprendre quelle est la Parole qui devient Pain, qui devient vie et quelle est la parole qui devient mort. Pour faire cela, un cœur vierge est nécessaire. Parce que ce n’est pas seulement avec l’intelligence que l’on comprend la parole, mais aussi avec le cœur, qui nous la fait entendre et aimer. Et quand quelqu’un a la Parole dans le cœur et l’aime librement, il la réalise[2].

Pour les vierges consacrées dans le monde il s’agit là d’une réalisation apostolique. Elle est authentiquement apostolique non parce qu’elle comporte une « œuvre spécifique d’apostolat », mais parce qu’elle se rapproche de l’enseignement et de l’action des apôtres, pour servir l’Église dans le monde. Le Préambule du Rite de consécration des Vierges affirme : « Ainsi le don de la virginité prophétique et eschatologique acquiert la valeur d’un ministère au service du peuple de Dieu et il insère ceux qui sont consacrés dans le cœur de l’Église et du monde » (Préambule, 2). Dans l’Église chaque don et charisme acquiert le visage d’un ministère. Dans le cas de la virginité consacrée ce ministère, donné et vécu à travers une consécration publique, est un « travail » de service, et donc ministériel, et un témoignage « au cœur de l’Église et du monde ». Dans l’Église locale, les vierges consacrées représentent « l’existence chrétienne entant que qu’union matrimoniale (/ conjugale) entre le Christ et son Église, qui est le fondement soit de la virginité consacrée soit du sacrement du mariage » (Préambule, 1), c’est-à-dire dans les deux vocations dans lesquelles est représenté l’amour du Christ. L’amour virginal est un « rappel à la fugacité (/ condition transitoire) des réalités terrestres et anticipation des biens à venir ». (Préambule, 1) à l’intérieur des évènements du monde. Ainsi la vierge consacrée est icône de l’Église locale « présente dans le monde et néanmoins pèlerine » (Préambule, 1). Les vierges consacrées sont icônes parce qu’elles montrent comment il est possible suivre le Christ-Époux, dont elles écoutent la parole avec constance et dont elles se nourrissent dans l’Eucharistie. Avec l’intellect et le cœur nourri du Christ, ces femmes vivent et travaillent dans le monde en y apportant avec un cœur vierge l’Évangile de la virginité, « en grandissant en l’amour à Jésus et dans le service aux frères, ministère fait avec dévouement libre, cordial et humble » (cfr. Préambule). Cette humilité adhère de plus en plus à la virginité du cœur de celui qui permet qu’en elle  tout « est » donné, tout est disponibilité de son être à Dieu.

Lecture patristique

saint Irénée (+ 200)

Contre les hérésies 4, 12, 1-2  (SC 100, 508-514)

La tradition des anciens, que les Juifs affectaient d’observer en vertu de la Loi, était contraire à la Loi de Moïse. Voilà pourquoi Isaïe dit: Tes marchands mêlent ton vin avec de l’eau (Is 1,22), montrant par là que les anciens mêlaient à l’austère commandement de Dieu une tradition diluée, c’est-à-dire qu’ils ont instauré une loi altérée et contraire à la Loi. Le Seigneur l’a montré clairement quand il a dit: Pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au nom de votre tradition (Mt 15,3)? Ils ne se sont pas contentés de violer la Loi de Dieu par leur transgression, en mêlant le vin avec de l’eau, mais ils lui ont aussi opposé leur propre loi, qu’on appelle aujourd’hui encore la loi pharisaïque. Ils y omettent certaines choses, en ajoutent d’autres, et en interprètent d’autres à leur guise, toutes pratiques auxquelles se livrent notamment leurs docteurs.

Résolus à défendre ces traditions, ils ne se sont pas soumis à la Loi de Dieu qui les préparait à la venue du Christ. Ils ont même reproché au Christ de faire des guérisons le jour du sabbat. Cela, avons-nous dit, même la Loi ne l’interdisait pas, puisqu’elle guérissait d’une certaine façon en faisant circoncire l’homme le jour du sabbat. Cependant ils ne se reprochaient pas à eux-mêmes de transgresser le commandement de Dieu par leur tradition et leur loi pharisaïque, alors qu’il leur manquait l’essentiel de la Loi, à savoir l’amour de l’homme pour Dieu.

Cet amour est, en effet, le premier et le plus grand commandement, et l’amour du prochain est le second. Le Seigneur l’a enseigné quand il a dit que toute la Loi et les Prophètes dépendent de ces commandements (cf. Mt 22,36-40). Et lui-même n’est pas venu donner de commandement plus grand que celui-là. Mais il a renouvelé ce même commandement, en ordonnant à ses disciples d’aimer Dieu de tout leur coeur et leur prochain comme eux-mêmes. <>

Paul dit aussi: La charité est la Loi dans sa plénitude (Rm 13,10) et, quand tout le reste disparaît, la foi, l’espérance et la charité demeurent, mais la plus grande de toutes, c’est la charité (1Co 13,13). Ni la connaissance, ni la compréhension des mystères, ni la foi, ni la prophétie (cf. 1Co 13,2) ne servent à rien sans la charité envers Dieu. Si la charité fait défaut, tout est vain et inutile. C’est la charité qui rend l’homme parfait, et celui qui aime Dieu est parfait dans le monde présent et dans le monde à venir. Car nous ne cesserons jamais d’aimer Dieu, mais plus nous le contemplerons, plus nous l’aimerons.

[1] Le mot « cœur » dans la Bible est utilisé presque mille fois. Rarement (dans 20% des cas) est utilisé pour indiquer l’organe physique qui bat dans la poitrine de l’homme.

A la question : « pourquoi Dieu nous à donné un cœur ? », la réponse  la plus commune est : « Pour aimer ». Dans la Bible la réponse est que Dieu nous a donné un cœur pour penser et pour connaître : « le Seigneur ne vous a pas donné un cœur pour connaître, des yeux pour voir, des oreilles pour entendre ? » (Dt 29, 3). Le premier sens du mot « Cœur » dans la Bible est donc celui de comprendre, connaître et savoir : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse » (Ps 90, 12) ; « Or, il y avait quelques scribes, assis là, qui raisonnaient en eux-mêmes [dans leurs cœurs]… Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements [dans vos cœurs]? » (Mc 2, 6) ; « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! » (Lc 24, 25).

Le deuxième sens que la Bible donne au mot cœur est mémoire. Aussi en Italien le mot ri-cord-are (rappeler) vient de cœur. Dans la Bible le cœur et la mémoire sont liés et ils font aussi une forte référence à la vie de foi : rappeler signifie être fidèles. « Sache donc aujourd’hui, et médite cela en ton cœur : c’est le Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ; il n’y en a pas d’autre » (Dt 4,39); « Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur » (Dt 6,6) ; « Tous ceux qui les apprenaient les conservaient dans leur cœur et disaient » (Lc 1,66. 2,19. 2,51).

Enfin le mot Cœur est utilisé dans la Bible aussi pour indiquer les sentiments ; mais tous les sentiments, non seulement l’amour. Joie, désir, gratitude : « mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant ! » (Ps 84, 3) ; amertume : « Mon cœur en moi s’est brisé … mon cœur se plaint comme une flûte» (Jr 23,9. 48,36) ; confiance : « Le Seigneur est ma force et mon rempart ; à lui, mon cœur fait confiance » (Ps 27) ; l’amour de Dieu pour nous et notre amour pour Lui : « Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Ces paroles que je te donne aujourd’hui resteront dans ton cœur.» (Dt 6, 4-6).

A cause de cette richesse de sens souvent dans la Bible le mot cœur représente la personne dans sa totalité : « Mon cœur exulte à cause du Seigneur … » = « J’exulte à cause du Seigneur  … » (1Sam 2,1).

Le sens est le même mais quand on remarque le cœur, la personne est vue en son intériorité : pensées, sentiments intimes, projets secrets et la rationalité-même, c’est-à-dire la raison avec laquelle l’homme choisit de vivre sa vie, demeurent pour la Bible dans le cœur humain. Le cœur de l’homme est vraiment le lieu où l’être humain est vraiment et totalement soi-même, sans masques, ni hypocrisies : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur » (Jr 31,33 ss). Ensuite,  de façon anthropomorphe cette vision du cœur appliquée à Dieu Lui-même : « Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent » (Os 11,8).

[2] Pour la Bible le cœur n’est pas seulement une image littéraire qui symbolise sentiments et émotions, au contraire il est le lieu où se concentre tout notre être, la partie intérieure de nous-mêmes, d’où nos décisions ultimes naissent et où l’on vit nos expériences décisives. Le cœur est la source de tout ce que l’homme est ou il décide d’être ou de faire :

« Mon cœur m’a redit ta parole : « Cherchez ma face. » » (Ps 27,8) ;

« Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu » (Jl 2,13) ;

« Parce que ce peuple s’approche de moi en me glorifiant de la bouche et des lèvres, alors que son cœur est loin de moi » (Is 29,13) ;

« Les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur » (1Sam 16,7) ;

« Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres » (Mc 7,21) ;

« Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur » (Lc 12,34) ;

« Car c’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste » (Rm 10,10).

Source: ZENIT.ORG, le 26 août 2021

« Vivre avec Celui qui donne Vie à la vie », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano

Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano

« Vivre avec Celui qui donne Vie à la vie », par Mgr Follo

Commentaire des lectures de dimanche, 22 août 2021

Vivre avec Celui qui donne Vie à la vie

1) Une question qui nous inquiète depuis des siècles 

Nous avons écouté l’enseignement de Jésus sur le Pain de vie: Pendant quatre dimanches Il nous a communiqué la réalité de l’amour que Dieu a pour chacun de nous.

L’amour dont le Christ nous a parlé n’est pas seulement ‘parole’: il s’agit d’un Amour qui va au-delà de n’importe quelle attente, de n’importe quelle imagination. Le Sauveur est l’Amour qui nous donne lui-même, qui partage notre vie – ou, plutôt c’est Lui qui nous fait partager Sa Vie : “Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle” (Jn 6,54)

La nourriture qu’Il nous propose provoque des réactions négatives: malheureusement Jésus n’a pas été compris par Ses contemporains : la même chose se passe aujourd’hui, étant donné que beaucoup de monde n’arrive pas à Le comprendre. Aujourd’hui même, beaucoup se plaignent en disant: “Ta Parole est trop dure! Qui est-ce qui peut l’écouter? – beaucoup de Ses disciples Le quittèrent et n’allaient plus avec Lui” (Jn 6,60-66)

La Parole de Jésus n’est pas dure1. Notre cœur, au contraire, est très dur : il se renferme et refuse d’écouter tandis que la Parole du Seigneur est plus douce que le miel (cf. Ps 119, 103). Ce n’est pas trop difficile d’accueillir Sa Parole et de la vivre au jour le jour. Avec Son enseignement exigeant, le Christ nous offre en fait une vie heureuse – Il ne nous donne pas une vie facile.

Lorsque le Sauveur, avec tendresse, douleur et fermeté, s’adresse à nous, en nous posant la question: “Vous aussi, vous voulez me quitter?” (Jean 6,67), nous devons répondre rapidement : “A qui irions-nous? Toi seul, tu as les Paroles qui donnent la vie ”, à savoir, les Paroles qui nous donnent une vie ‘heureuse’.

En effet, Sa demande va au-delà du fil du temps, dépasse les siècles et s’adresse à nous, aujourd’hui. Il nous interroge et attend notre décision. Si nous sommes en train de méditer ce passage de l’évangile, cela signifie que nous-même, nous devrions être prêts à répéter la réponse de l’apôtre Pierre: « A qui irions-nous? Toi seulement, tu as les Paroles qui donnent la vie éternelle » (Jn 6,68).

Il y des milliers de paroles qui résonnent tout autour de nous mais, seules, les Paroles de Christ peuvent vaincre le temps. Il n’y a que Ses Paroles qui savent expliquer notre vie, survivre à l’usure et rester pour l’éternité.

Comme Saint Pierre, adhérons aux Paroles du Christ sans aucune crainte, ni sans aucune hésitation.

1 La dureté du discours dont parle l’Evangile ne se réfère à l’Eucharistie seulement, à savoir à la Présence du Christ dans le Pain et le Vin- une présence jugée impossible. La difficulté du discours se rapporte au chapitre sixième de Saint Jean, où l’on parle de:

  • –  l’expérience du salut qui va au-delà des attentes de la foule
  • –  la présence du Fil de Dieu dans le fils du charpentier
  • –  la nécessité di partager Son Existence qui nous est donnée

Comme Saint Pierre, répondons au Messie avec des paroles qui expriment notre foi de disciples : « Toi seul, tu as les Paroles de vérité », parce que nous reconnaissons dans la foi que Lui seul est l’unique sauveur, l’unique qui rend Dieu présent parmi nous.

Comme Saint Pierre, nous avons conscience de notre fragilité, et nous pouvons répéter la réponse cet Apôtre, pourvu que nous fassions confiance au Saint Esprit et à sa puissance qui se révèle dans la Communion avec Jésus. La foi nous est don de Dieu à l’homme – et en même temps, c’est grâce à la foi qu’Il nous donne, que nous pouvons faire confiance à Dieu dans la liberté. La foi est écoute docile de la Parole qui est la lampe de nos pas et lumière sur notre chemin (Ps 119, 105).

Chacun de nous doit donner une réponse personnelle à cette provocation inquiétante qui résonne dans notre cœur. En fait, le Messie ne se contente pas d’une appartenance superficielle et formelle. Une première adhésion enthousiaste ne lui suffit pas non plus. Il faut, au contraire, prendre part à « Sa façon de penser et à Son vouloir» pour toute la vie.

Le suivre remplit le cœur de bonheur et donne plein sens à notre existence. Mais elle comporte alors de la fatigue, des renoncements et des difficultés parce qu’il faut aller très souvent à contrecourant.

2) Des Paroles de Vie qui donne vie à notre vie

Lorsque Jésus posa la question: « Vous aussi, vous voulez me quitter? », Saint Pierre ne répondit pas seulement: « Toi seul, Tu as les Paroles de la vie éternelle ». Le Chef des Apôtres ajouta aussi: « et nous avons cru et nous savons que Tu es le Saint de Dieu » (Jn 6,69).

Expression que Saint Augustin explique ainsi : « Par la Grace de Dieu et par inspiration du Saint Esprit, Saint Pierre a compris. Pourquoi qu’Il a pu comprendre? Parce qu’il a cru. Tu as les Paroles de la vie éternelle. Tu nous donnes la vie éternelle parce que Tu nous offres Ton Corps et Ton Sang. Et nous avons cru et su. Il ne dit pas: nous savons et donc, nous croyions, mais il dit: nous avons cru et su. Nous avons cru pour pouvoir connaître. Si nous avions voulu connaitre avant de croire, nous n’aurions réussi ni à connaitre, ni à croire. Qu’est-ce que nous croyons et qu’est-ce que nous connaissons? que Tu es le Christ, le Fils de Dieu, (c’est à dire que Tu es la Vie éternelle même et que Tu te donnes Toi-même à nous en Ta chair et Ton sang. (Commentaire sur l’évangile de Jean, 27, 9)

L’attitude qui synthétise les paroles de Pierre est celle de nous agenouiller devant le Saint- Sacrement pour l’adorer humblement et en silence, en cultivant dans notre cœur le désir d’être en pleine communion avec Lui (et non d’être dans le doute).

L‘Amen’ que l’Eglise nous fait dire lorsque nous allons recevoir la Communion, a ainsi une signification profonde qui répète la profession de foi de Saint Pierre: “Lorsque tu prends le Corps du Christ et que tu réponds ‘Amen’, cela signifie que tu reconnais que tu es en train de prendre le Corps du Christ. Lorsque tu te présentes pour Le recevoir, l’Evêque dit : ‘Le corps du Christ !’. Et toi, tu réponds: ‘Amen’. C’est-à-dire : c’est vrai, je le sais. Il faut donc que ton esprit garde ce que ta parole reconnaît » (Saint Ambroise).

La Mère de Dieu qui a prononcé son ‘fiat’, son ‘oui’, nous donne l’humilité de cœur pour reconnaitre le désir et la grandeur du Don divin qui nous est offert dans le Pain de Vie.

Même Saint Pierre renouvelle son ‘fiat’, son « oui » au Christ, en donnant la réponse sur laquelle nous sommes en train de méditer. Comment pouvons-nous l’imiter? Il faut que nous fassions complètement confiance au Christ et que nous soyons disposés à renouveler notre ‘oui’ par la prière, l’adoration Eucharistique et la Communion, puisque nous disons: ‘Amen’, c’est à dire que nous disons: ‘oui’ lorsque nous recevons la Communion

Suivant l’exemple de la Vierge Marie et de Saint Pierre, faisons nous aussi confiance au Christ.

La Liturgie d’aujourd’hui nous offre aussi un autre exemple: celui des Israelites à Sichem : avant d’entrer en Terre Promisse, Josué leur impose de choisir. « Qui est-ce que vous voulez servir? – choisissez-le aujourd’hui ». Devant cette alternative, les Israelites firent confiance au témoignage de leurs pères qui avaient été libérés de l’esclavage subi en Egypte. Ils avaient fait confiance au Seigneur et L’avaient suivi même si ils n’avaient pas encore tout compris à l’égard de Sa Parole.

Un exemple particulier qui nous montre comment mettre le Christ est ‘au centre’ de notre vie nous est offert par les Vierges consacrées vivant dans le monde. Ces femmes ont compris que seul, le Seigneur est celui qui a des Paroles qui rendent la vie « vivante ». Par leur vie consacrée, elles nous témoignent que le Christ est le cœur même du monde entier.

Chaque jour, s’adressant au Christ, chacune d’elles dit: “Toi seul, Tu as les Paroles de la vie éternelle” (Jn 6,68). Elles le disent pas tant avec des paroles mais avec leur propre vie pleinement offerte à l’Epoux. Leur vie virginale se réfère au Christ parce qu’elles se nourrissent de Sa Parole et de Son Pain qui ne meurent jamais. Ces femmes nous démontrent que, seul, le Christ a les ‘Paroles de vie éternelle” non seulement parce qu’Il soigne leur âme et leur corps, mais surtout, parce que le Christ est le sens de la vie de l’homme, Il est son étoile la plus brillante. En cela, ces femmes professent l’orgueilleuse conscience que le Christ est le véritable ‘Homme nouveau’ dont le projet de vie est la voie et la vérité de l’expérience humaine puisque Lui, Il est la vie en plénitude.

Elles peuvent nous le témoigner grâce à leur propre existence, puisque elles peuvent croitre, elles savent espérer et aimer. Si le Christ est le médecin, Il l’est parce qu’Il est le don du Père pour chaque homme et femme. Si le Christ est la vérité, Il l’est parce qu’Il se montre comme Vérité attrayante pour le cœur de chaque homme.

Si le Christ est la voie, Il l’est parce qu’Il a donné l’esprit de l’amour qui nous conduit dans le cœur de Dieu-même. Si le Christ est tout ceci, alors, Il est la vie-même : la vie bonne et pleine. Ces femmes consacrées nous témoignent que seul le Christ peut nous donner la paix et la joie puisqu’Il est ‘Parole de vie’. Elles ont offert leur propre vie à l’Amour : donc elles peuvent partager l’amour qu’elles reçoivent dans leur existence, chaque jour.

Nous aussi nous pouvons vivre la même expérience, grâce à l’Eucharistie du dimanche, devant à ce rite qui nous parait parfois dur et étrange. La tentation de suspendre la pratique de la messe et de ce sacrement en attendant de mieux comprendre indique une perspective illusoire : en effet, seulement si nous faisons l’expérience du Sacrement nous pouvons approfondir sa signification. Seulement si nous écoutons le Christ et que nous abandonnons à Lui, nous pouvons découvrir que Lui-même s’abandonne à nous dans la Communion. Alors seulement nous pourrons comprendre que seul, le Seigneur a les Paroles qui rendent la vie vivante.

Lecture patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)

Commentaire sur l’évangile de Jean (4, 4 PG 73, 613 617)

A qui donc irions-nous? demande Pierre. Il veut dire: « Qui nous instruira comme toi des divins mystères? » ou encore: « Auprès de qui trouverions-nous quelque chose de meilleur? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68). Elles ne sont pas dures, comme le disent ces autres disciples. Au contraire, elles conduisent à la réalité la plus extraordinaire de toutes, la vie éternelle qui est sans  fin, vie exempte de toute corruption.

Ces paroles nous montrent bien que nous devons nous asseoir aux pieds du Christ, le prenant pour notre seul et unique maître, et nous tenir constamment près de lui sans nous laisser distraire. Il doit devenir pour nous le guide parfaitement capable de nous conduire à la vie qui n’aura pas de fin. De cette manière, en effet, nous monterons jusqu’à la divine demeure du ciel et nous entrerons dans l’Église des premiers-nés, pour faire nos délices des biens que l’esprit humain ne peut comprendre.

De soi, il est évident que la volonté de suivre le Christ seul et de lui être toujours uni, est chose bonne et salutaire. Néanmoins, l’Ancien Testament va aussi nous l’apprendre. De fait, au temps où les Israélites, affranchis de l’oppression égyptienne, se hâtaient vers la terre promise, Dieu ne les laissait pas faire route en désordre, et le législateur ne leur permettait pas d’aller n’importe où, à leur gré; sans guide, en effet, ils se seraient à coup sûr complètement égarés. <>

Remarque comment ils reçoivent l’ordre de suivre, de se mettre en marche au moment où la nuée prend son départ, de faire encore halte avec elle, puis de prendre du repos avec elle. Vraiment, en ce temps-là, les Israélites trouvaient leur salut en restant avec leur guide. Aujourd’hui, nous faisons également le nôtre en refusant de nous séparer du Christ. Car c’est lui qui s’est manifesté aux anciens sous les apparences de la tente, de la nuée et du feu. <>

Les Israélites devaient exécuter les ordres: il leur était défendu de se mettre en route de leur propre initiative. Ils devaient s’arrêter avec la nuée, par égard pour elle. Cela devait encore servir d’exemple, afin que vous compreniez cette parole du Christ: Si quelqu’un me sert, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi sera mon serviteur (Jn 12,26). C’est en marchant toujours avec lui que le disciple donne la preuve qu’il est fidèle à le suivre et assidu à se tenir près de lui.

Or, la marche en compagnie et à la suite du Christ Sauveur ne s’entend nullement dans un sens matériel, mais s’effectue plutôt par le moyen des œuvres qu’engendre la vertu. Les disciples les plus sages s’y sont fermement engagés de tout leur cœur. Ils ont refusé de se retirer avec ceux qui manquaient de foi et couraient à leur perte.

Ils s’écrient à bon droit: Où irions-nous? En d’autres termes: « Nous serons toujours avec toi, nous nous attacherons à tes commandements, nous accueillerons tes paroles, sans jamais récriminer. Nous ne croirons pas, avec les ignorants, que ton enseignement est dur à entendre. Nous ferons plutôt nôtre cette pensée: Qu’elle est douce à mon palais, ta promesse: le miel a moins de saveur dans ma bouche! » (Ps 118,103).

Source: ZENITH, le 19 août 2021

« En Dieu il y a de la place pour l’homme et en l’homme il y a de la place pour Dieu » (Benoît XVI)

L'Assomption de la Vierge Marie par Charles Lebrun (Musée de Cherbourg), wikimedia commons
L’Assomption De La Vierge Marie Par Charles Lebrun (Musée De Cherbourg), Wikimedia Commons

« En Dieu il y a de la place pour l’homme et en l’homme il y a de la place pour Dieu » (Benoît XVI)

Commentaire de MGR FRANCESCO FOLLO pour l’Assomption

Mgr Francesco Follo exprime « le souhait de comprendre que l’Assomption nous enseigne que dans le ciel de Dieu il y un espace pour l’humanité », dans ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 15 août 2021.

Comme lecture patristique, l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, propose un commentaire de Théophylacte (+ 1109) sur l’Evangile de Jean et l’Eucharistie.

AB

L’Assomption montre qu’en Dieu il y a de la place pour l’homme 

et qu’en l’homme il y a de la place pour Dieu (Benoît XVI)

Prémices

Cette année 2021, la solennité de l’Assomption, le 15 août, tombe en dimanche et prend le pas sur la liturgie prévue pour le dimanche 20ème  du temps ordinaire, qui propose le passage évangélique, dans lequel le pain ne symbolise plus seulement la Parole de Jésus à être accepté dans la foi, mais le sacrement de l’Eucharistie (Jn 6, 51-58). Puisque l’Assomption a pour centre Marie portée au ciel et que l’Evangile du 20e dimanche de l’an B nous parle du Christ porteur du Ciel, j’en fais un commentaire unitaire.

A) ASSOMPTION

1) Marie, arche de l’alliance. 

La solennité de l’Assomption est –je crois- la plus importante des fêtes dédiées à la Madone, parce que l’Eglise y célèbre le mystère de notre résurrection qui,  en la personne de Marie, est déjà arrivée. La fête d’aujourd’hui nous montre que Marie, la Vierge Mère, est celle qui a vécu complètement sa vie dans le Christ. En effet, la tradition, surtout la tradition orientale, ne parle pas de la mort de la Madone, mais de sa dormition : ainsi, elle ne meurt pas à la vie, mais est accomplie de telle façon que Dieu la « porte dans le ciel ». Avec la célébration de la Vierge « assumée » au ciel, la liturgie nous apprend que la mère de Dieu est la personne humaine qui, au ciel, partage la plénitude de la gloire et jouie du même bonheur de Dieu. En même temps, on nous demande de devenir, dans notre petitesse, des “arches” vivantes du Dieu toujours avec nous, « demeures » de la présence de Dieu où les hommes peuvent Le rencontrer et qu’ils puissent ainsi vivre en communion avec Lui et connaitre la réalité du Ciel, dans la joie.

La solennité d’aujourd’hui est une fête de joie, parce que l’amour a gagné. La vie a gagné. L’amour démontre qu’il est plus fort que la mort. Dieu a la vraie force et sa force est bonté et amour. Le corps de la vierge Marie ne pouvait pas connaître la corruption de la tombe parce qu’il avait porté en soi l’Auteur de la Vie. En regardant ce corps, transfiguré par la gloire de Dieu, nous pouvons connaître le destin de notre corps. La mort n’a pas le dernier mot sur la vie. Elle est – c’est ce que nous assure le mystère de l’Assomption – une transition vers la Vie à la rencontre de l’Amour.

L’Assomption est aussi notre fête parce qu’elle célèbre ce que nous serons, ce qui doit encore arrivé en nous et qui, certainement, arrivera.

C’est donc une fête d’espérance joyeuse, pour nous tous et toutes, parce qu’en Marie non contemplons le fait que la vie ne se termine pas dans le néant mais dans le cœur de Dieu. Ce cœur est le but vers lequel nous allons quand nous lions notre vie à celle de Jésus. En suivant le Christ, comme l’a fait Notre Dame, nous aussi serons auprès de Lui en Dieu pour toujours, parce qu’en Dieu « il y a de la place pour l’homme » (Pape François).

Mais il est vrai aussi que « dans l’homme il y de la place pour Dieu » (Ibid.). Personne plus que Marie n’a fait de l’espace, de la place à Dieu. Cela est vrai au point qu’un des noms avec lequel nous la prions est : « Arche de l’Alliance ». Notre Dame est l’arche vivante de l’alliance. Saint Jean de Damas (676 – 749), parlant déjà de ce mystère, enseignait: « Aujourd’hui la sainte et unique Vierge est amenée au temple céleste … Aujourd’hui l’arche sacrée et animée du Dieu Vivant, l’arche qui a porté dans ses entrailles son Créateur, se repose dans le temple du Seigneur, qui n’a pas été construit par les mains de l’homme » (Homélie II sur la Dormition, 2, PG 96, 723) et il continua; « Il fallait que celle qui avait hébergé dans ses entrailles le Logos (Parole, Verbe) divin  soit transféré dans le tabernacles de son Fils… Il fallait que l’Epouse choisie par le Père habite dans la chambre nuptiale du Ciel » (ibid., 14, PG 96, 742).

Marie, premier tabernacle de la Présence réelle de Dieu dans le monde, est la nouvelle arche de  l’alliance, devant laquelle le cœur exulte de joie, comme le cœur de Jean le Précurseur exulta dans les entrailles d’Elisabeth quand la Vierge Marie visita sa mère dans le petit village d’Air Karim à quelque kilomètre de Jérusalem.

Marie, la Mère de Dieu, nous apprend à ne pas garder cette présence de ciel pour nous seuls, mais à l’offrir en apportant la lumière du bien dans l’obscurité présente dans le monde. Le Pain du Ciel, partagé entre frères et sœurs, est l’aliment pour notre exode d’amour vers le Ciel.

B) XXe DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

2) Marie, Femme eucharistique. 

Avec l’Assomption nous célébrons la Mère du Christ, qui entre dans la Jérusalem céleste pour rencontrer le visage du Père et de son Fils. Le chemin qu’elle a commencé en allant chez sa cousine Elisabeth se termine au ciel. Pour être plus précis, je dois dire que dans le voyage de la vie, Marie ne s’est jamais détachée de son Fils. Du début, après l’avoir mis au monde à Bethleem, elle s’enfuit avec le petit Jésus, en Egypte. Retournée dans sa patrie, elle alla à Nazareth, où, pendant trente ans elle contribua à faire grandir le Christ jusqu’à l’âge adulte. Dès lors, elle Le suivit quand Il quitta son petit village de Galilée pour aller prêcher dans les villes et villages d’Israël. Enfin, elle L’accompagna jusque sous la croix, « en souffrant avec son Fils et en s’associant avec une âme maternelle à Son sacrifice » (Lumen Gentium 58).

En restant fidèlement sous la Croix, Marie s’unit complètement au sacrifice d’offrande de son Fils. De cette façon elle vécu «  une sort d’eucharistie anticipée, on pourrait dire, une communion spirituelle de désir et d’offrande, qui eut son accomplissement dans l’union à son fils dans la Passion » (Ecclesia de Eucharistia, 56).

L’Evangile de ce XXe dimanche du Temps Ordinaire, dans lequel le Christ parle de Lui-même comme pain vivant est bien commenté par l’antienne grégorienne « Ave, verum Corpus, natum de Maria Virgine » (Je Te salue, vrai Corps, né de Marie Vierge – XIVe s.) qui indique le rapport essentiel de la Mère de Jésus avec l’Eucharistie, comme l’Eglise le croit et le chante. Se référer à Marie est sans doute une garantie de la foi, droite, en présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie. Par exemple, quand Berengare (+1088) proposa une interprétation symbolique de l’Eucharistie en vidant le réalisme du corps du Christ, le Concile Romain de 1079 lui imposa de souscrire que le pain et le vin après la consécration sont « le vrai corps du Christ qui est né de la Vierge » (DS 700).

Ainsi, on met en évidence le rôle de la Mère qui est à l’origine de la vraie humanité de son Fils. Marie nous rappelle que le Verbe incarné dans ses entrailles est le même pain de vie offert comme aliment aux fidèles. Elle joue le rôle précieux de lier le Sacrement de l’Eucharistie avec le mystère de l’Incarnation. Saint Bernard de Clairvaux se fit donc l’interprète de la reconnaissance à Marie des fidèles qui reçoivent l’Eucharistie en disant: “Ici je vous prie de considérer combien nous sommes débiteurs à la bienheureuse Mère de Dieu et combien de remercîments nous lui devons après avoir remercié Dieu. Ce corps du Christ que la très heureuse Vierge engendra, garda dans ses entrailles avec amour, enveloppa de langes, nourrit avec une maternelle sollicitude, c’est le même et sans doute pas un autre que nous recevons au saint autel et son sang nous le buvons dans le Sacrement de notre Rédemption” (Sermo 2 de Natali Domini).

A l’exemple de Notre Dame, les Vierges consacrées dans le monde sont –elles aussi- des femmes eucharistiques qui cultivent en elles-mêmes, et d’une façon particulière, les deux incontournable attitudes pour vivre l’Eucharistie: celle de l’amour et celle de l’offrande.

Ces femmes nous apprennent à nous identifier aux sentiments de Marie quand elle prenait part à la Messe et faisait la communion. Sentiments bien exprimés par St Jean Paul II : « Ce corps offert en sacrifice, et représenté sous les signes sacramentels, était le même que celui qu’elle avait conçu en son sein ! Recevoir l’Eucharistie devait être pour Marie comme si elle accueillait de nouveau en son sein ce cœur qui avait battu à l’unisson du sien et comme si elle revivait ce dont elle avait personnellement fait l’expérience au pied de la Croix. » (Ecclesia de Eucharistia,  56).

Comme la Vierge Marie, les Vierges consacrées participent à la célébration de l’Eucharistie avec la joie qui vient de la foi (cf. Ac 8,8.39; 13,48.52; 16,34), que Notre Dame avait expérimenté et exprimé dans le Magnificat (Lc1,46-47), et la simplicité du cœur qui est propre à qui est pauvre en esprit et aux personnes qui vivent d’une manière évangélique.

Ces femmes consacrées témoignent avoir compris à quel point il est incontournable de se donner complètement au Christ qui, dans l’Eucharistie, s’est donné Lui-même, et  a donné son amour. Cet amour vise l’éternité et la vie que Jésus nous communique, en se faisant pain, est la vie éternelle. Cette vie vraie n’est pas seulement pour l’au-delà mais aussi pour ici-bas et, déjà, dès maintenant, elle redonne dignité aux jours terrestre de l’homme et, donc, à sa vie quotidienne, à son travail dans la recherche d’une conciliation avec les temps de la fête et de la famille et dans l’engagement de surmonter l’incertitude de ce qui est provisoire.

Lecture patristique

Théophylacte (+ 1109)

Commentaire sur l’évangile de Jean (PG 123, 1309-1312)

Nous venons d’entendre cette parole: Si vous ne mangez pas la chair du Fils, vous n’aurez pas la vie (Jn 6,53). Lorsque nous participons aux divins mystères, il ne faut donc pas que notre foi chancelle, ni que nous cherchions à connaître la manière dont cela se fait. Car l’homme laissé à sa seule nature, j’entends celui qui obéit à des pensées purement humaines ou naturelles, n’accueille pas les réalités surnaturelles et spirituelles.

Ainsi ne comprend-il pas ce qu’est la nourriture spirituelle procurée par la chair du Seigneur. Ceux qui ne la reçoivent pas en communion n’auront aucune part à la vie éternelle, parce qu’ils n’auront pas reçu Jésus, qui est la vraie vie. Car la chair que nous mangeons n’est pas celle d’un être simplement humain, mais celle d’un Dieu. Unie à la divinité, elle est assez puissante pour nous déifier. Elle est aussi une vraie nourriture: son efficacité ne dure pas seulement quelques instants, et elle ne se décompose pas à la manière d’une nourriture passagère, mais elle est un secours pour la vie éternelle.

De même, la coupe du sang du Seigneur est une vraie boisson, car elle n’étanche pas notre soif pour un temps limité, mais elle préserve pour toujours de la soif celui qui la boit, et elle ne le laisse pas insatisfait. Comme le Seigneur l’a dit à la Samaritaine: Celui qui boira de l’eau que moi, je lui donnerai, n’aura plus jamais soif (Jn 4,14). En effet, quiconque recevra la grâce de l’Esprit Saint en participant aux divins mystères, ne souffrira ni de la faim spirituelle ni de la soif, comme ceux qui n’ont pas la foi.

Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi (Jn 6,56-57). Cette parole nous apprend à connaître le mystère de la communion. Ainsi celui qui mange la chair et boit le sang du Seigneur demeure-t-il dans le Seigneur, et le Seigneur en lui. Ainsi s’opère un mélange merveilleux et inexplicable, si bien que Dieu est en nous et nous en Dieu.

La parole que tu viens d’entendre ne te remplit-elle pas de crainte? Nous ne mangeons pas Dieu purement et simplement, car il est impalpable et incorporel, et il ne peut être saisi ni par les yeux ni par les dents. Nous ne mangeons pas non plus la chair d’un être simplement humain, car elle ne pourrait nous être d’aucun secours. Mais depuis que Dieu s’est uni un corps selon une union ineffable, ce corps aussi est vivifiant. Non qu’il se soit changé en la nature divine – absolument pas – mais de la même manière que le fer rougi au feu reste du fer et dégage l’énergie du feu.

C’est ainsi que le corps du Seigneur, étant le corps du Verbe de Dieu, a aussi le pouvoir de donner la vie tout en restant un corps. De même que je vis par le Père, dit Jésus, c’est-à-dire de même que je suis engendré par le Père, qui est Vie, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi, en étant uni à moi, et pour ainsi dire transformé en moi, qui ai le pouvoir de donner la vie.

Oh ! Le Saint Sacrement ! L’Eucharistie ! Que de merveilles n’opérait-il pas chaque fois dans l’âme très sainte et immaculée de l’auguste Vierge Marie, notre mère bien-aimée, et dans son être tout entier si magnifiquement divinisé dans l’amour…

Quand elle recevait le Pain consacré, elle le considérait avec une foi parfaite : ses yeux de chair ne voyaient qu’une apparence de pain, mais son regard intérieur, éclairé par la lumière divine, dépassait les apparences et, pénétrant la substance réelle, découvrait le Fils de Dieu caché dans les voiles de l’Hostie…

Elle l’adorait maintenant sous la forme d’un peu de pain, comme jadis sous la forme d’un petit enfant vagissant et frêle, comme elle l’avait adoré pendant tout son ministère public, et dans le divin crucifié du Calvaire. Pauvre Mère ! C’était toute la Passion de son Jésus, qui, en ces moments, repassait devant elle !

Et c’est ce qu’elle a toujours vu jusqu’à la fin de sa vie en ce monde ! Si elle pouvait supporter ce spectacle horrible avec sérénité, c’est parce qu’elle savait que sa mission sur la terre était terminée ; qu’il avait donné tout ce que l’amour infini d’un Dieu pouvait donner et que, grâce à lui, à son sacrifice, tous les pauvres humains dont elle est la Mère étaient sauvés ! Tous ?

Hélas non ! Car je vois souvent ses yeux se porter au loin avec une expression de douleur indéfinissable et des larmes brûlantes couler sur son visage. L’arche d’Alliance était faite de bois précieux lamé d’or. Pourtant elle ne contenait que les tables de la loi et un peu de manne. Combien plus riche et plus précieux était le tabernacle de la loi nouvelle, Marie, l’immaculée Mère de Jésus et notre Mère à nous. Dieu la fit sans tache, pour recevoir la Pureté vivante et essentielle !

Source: ZENIT.ORG, le 13 août 2021

Les vœux d’anniversaire de François pour le centenaire d’Edgar Morin

Le Pape François et Edgar Morin, reçu en audience le 27 juin 2019.
Le Pape François et Edgar Morin, reçu en audience le 27 juin 2019.   (Vatican Media)


Les vœux d’anniversaire de François pour le centenaire d’Edgar Morin

Dans un télégramme signé du cardinal secrétaire d’État, Pietro Parolin, le Pape François adresse ses compliments au sociologue et philosophe français, Edgar Morin, qui fêtera ses 100 ans le 8 juillet.

Marine Henriot – Cité du Vatican

Les vœux de François ont été lus par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Unesco durant la conférence organisée au siège de l’organisation à Paris et en ligne pour fêter le centenaire du sociologue et philosophe français, Edgar Morin.

Dans ce télégramme, le Pape adresse au défenseur de la «pensée complexe», qu’il a reçu en audience le 27 juin 2019, ses «meilleurs vœux de bonheur et de santé». «Cette longue vie riche d’évènements et de rencontres, que la providence vous a accordée, vous a permis d’être un témoin privilégié des profonds et rapides changements qu’ont connu, et connaissent encore, notre monde et nos sociétés», écrit le Pape François.

Né le 8 juillet 1921 dans une famille juive, l’auteur de La Rumeur d’Orléans a perdu sa mère à l’age de 10 ans. Il fut résistant, journaliste, militant politique, chercheur… jusqu’à devenir l’un des plus grands intellectuels français du XXe siècle.

Conscience du destin fragile de l’humanité

Le Saint-Père salue également les capacités d’analyse du futur centenaire. «Vous avez souligné la nécessité d’accomplir un progrès moral et intellectuel afin d’éviter les catastrophes», la «conscience d’un destin commun de l’humanité, destin fragile et menacé, a retenu toute votre attention, promouvant la nécessité d’une politique de civilisation visant à remettre l’homme au centre et non le pouvoir de l’argent».

Edgar Morin, qui se définit comme un «humaniste», est adepte de la «pensée complexe», un concept philosophique qu’il définit en 1982 dans son ouvrage Science avec conscience. «Je parle de la collaboration du monde extérieur et de notre esprit pour construire la réalité», vulgarise l’intellectuel, qui s’est également engagé dans des combats pour la protection dans l’environnement, comme en 2013 avec le chef indien Raoni contre le barrage de Belo Monte au Brésil.

«Il est impossible d’évoquer en quelques mots l’étendue de vos travaux», continue le Pape dans son télégramme. Il souligne la volonté d’Edgar Morin de «promouvoir la coopération entre les peuples, d’édifier une société plus juste et plus humaine, de renouveler la démocratie», et pour ce, il est nécessaire de «retrouver, entre nous et nos cités, un esprit de solidarité, de convivialité, de fraternité, privilégiant les attitudes d’accueil et d’ouverture».

Enfin, le Souverain Pontife revient sur leur rencontre en juin 2019, à travers laquelle les deux hommes ont pu partager leur «convergence», un «heureux souvenir».  

Un dernier ouvrage en guise de testament

Dans son dernier ouvrage Leçons d’un siècle de vie, paru en juin 2021 aux éditions Denoël, le philosophe livre un testament de cent ans de vie, «Une des grandes leçons de ma vie est de cesser de croire en la pérennité du présent, en la continuité du devenir, en la prévisibilité du futur», écrit-il. «Les catastrophes (et la pandémie du Covid en est une) suscitent deux comportements contraires, l’altruisme et l’égoïsme», détaille également Edgar Morin, rejoignant ici la pensée de François.

«Cette crise nous place face à deux options», disait ce dernier devant une délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople le 28 juin dernier, «celle du repli sur soi, à la recherche de sa propre sécurité et de ses propres opportunités, ou celle de l’ouverture aux autres».

Source: VATICANNEWS, le 2 juillet 2021

Message du pape François

Monsieur Edgar Morin, Paris

Sa Sainteté le pape François vous présente ses compliments à l’occasion du 100e anniversaire de votre naissance, et il forme pour vous les voeux les meilleurs de bonheur et de santé.

Cette longue vie, riche d’événements et de rencontres, que la providence vous a accordée, vous a permis d’être un témoin privilégié des profonds et rapides changements qu’ont connu, et connaissent encore, notre monde et nos sociétés, d’en analyser, avec le recul nécessaire, le sens, d’en dégager les espérances, et d’en prévenir aussi les risques et les dangers.Devant les progrès des sciences et des techniques, avec les grandes possibilités que celles-ci offrent à l’humanité, vous avez souligné la nécessité d’accomplir un progrès moral et intellectuel afin d’éviter les catastrophes.

La conscience d’un destin commun de l’humanité, destin fragile et menacé, a retenu toute votre attention, promouvant la nécessité d’une politique de civilisation visant à remettre  l’homme au centre et non le pouvoir de l’argent.

Vous avez aussi activement participé à nombre de travaux et de rencontres avec d’innombrables et éminents intellectuels et personnalités de la société civile et politique, dans le but de promouvoir la coopération entre les peuples, d‘édifier une société plus juste et plus humaine, de renouveler la démocratie. Mais vous avez souligné, afin d’y parvenir, la nécessité de retrouver, entre nous et dans nos cités, un esprit de solidarité, de convivialité, de fraternité, privilégiant les attitudes d’accueil et d’ouverture.

Si d’une part il est impossible d’évoquer en quelques mots l »étendue de vos travaux, tant que vous n’avez jamais hésité à vous engager sur le terrain des  idées et à proposer vos réflexions, d’autre part il est manifeste que les points de contact de votre pensée avec l’enseignement social du pape François sont nombreux, une convergence que vous avez pu partager lors de l’entretien que vous avez eu avec lui, le 27 juin 2019, et dont il garde l’heureux souvenir.Il a été sensible également au fait que vous avez manifesté votre enthousiasme et proposé votre généreuse participation au Pacte global pour l’éducation – un sujet qui vous est cher – qu’il a lancé l’an dernier et qui représente un enjeu crucial pour l’avenir.

Le Saint-Père rend hommage à vos travaux et il vous remercie pour les efforts que vous avez,, toute votre vie, déployés au service d’un monde meilleur. Il forme le voeu que, dans la sérénité et la paix du chemin que vous avez encore à parcourir, le Père des lumières continue de vous éclairer et de vous révéler sa paternité. Le pape François vous donne, ainsi qu’à votre épouse, à toutes les personnes qui vous sont chères et qui vous entourent, une affectueuse bénédiction apostolique.

Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat

« Reconnaître le Tout dans le fragment de la vie quotidienne », par Mgr Follo

Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

« Reconnaître le Tout dans le fragment de la vie quotidienne », par Mgr Follo

« Garder vivant le désir du  Christ présent dans la vie quotidienne »

Mgr Francesco Follo invite « à garder vivant le désir du  Christ pour le reconnaître présent dans notre vie quotidienne, en évitant de vivre sa présence parmi nous comme une habitude sans véritable espérance ».

Il invite à « reconnaître le Tout dans le fragment de la vie quotidienne ».

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO à Paris commente ainsi les lectures de dimanche prochain, 4 juillet 2021.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propos un passage de saint Jean Chrysostome sur l’Evangile de saint Matthieu.

AB

Reconnaître le Tout dans le fragment de la vie quotidienne

1) Jésus est l’Emmanuel, le Dieu avec nous tous les jours : il ne faut pas s’habituer sa présence.

L’homme Jésus qui a vécu trente ans à Nazareth de manière discrète, est la transparence de Dieu, en lui Dieu habite pleinement. Et tandis que nous cherchons toujours d’autres signes, d’autres merveilles, nous n’apercevons pas que le vrai Signe est Lui, Dieu fait chair, Il est le plus grand miracle de l’univers : tout l’amour de Dieu enfermé dans un cœur humain, dans un visage d’homme. L’important est d’avoir un cœur d’enfant qui ne cesse de s’émerveiller devant Dieu et d’introduire un « davantage » dans la normalité de la vie. Apprenons de Notre-Dame qui a vraiment compris cette réalité extraordinaire dans la vie de tout le jour. La Vierge Marie, bénie parce qu’elle a cru (cf. Lc 1, 45), ne s’est pas « habituée », ne s’est pas scandalisée son Fils qui habitait chez elle d’une manière « normale » : son émerveillement pour lui, Présence extraordinaire dans l’ordinaire de tous les jours, est plein de foi, plein d’amour et de joie, de le voir si humain et en même temps si divin. Apprenons donc d’elle, notre Mère dans la foi, à reconnaître dans l’humanité du Christ la parfaite révélation de Dieu. Pas comme l’ont fait les villageois de Jésus qui ont laissé s’imposer quotidiennement la dictature de la banalité, comme le décrit l’Évangile de ce dimanche.

En effet, un jour qui aurait pu être une belle journée, une journée plein de bonheur pour être avec les amis d’enfance, Jésus revint à Nazareth. Il n’y retourna pas seul, mais avec ses disciples, et précédée par la renommée de ses miracles et ses enseignements. Il revint donc en tant que professeur et prophète, disant des mots qui apportent la bonne nouvelle de la liberté. Et ses concitoyens qui l’avaient vu tous les jours dans les rues de la ville, ce samedi le virent entrer dans la synagogue et l’écoutèrent prêcher. Il disait des paroles nouvelles qui attiraient intérêt et attention, qui éveillaient les désirs et répondaient aux attentes. Paroles qui ont suscité l’étonnement et invitaient quitter l’ancienne façon de penser et d’agir : la surprise est la réponse « normale » à la parole de Jésus, toujours, même quand cette Parole nous la connaissons, nous l’avons médité et nous évoquons parmi les choses familières à notre mémoire. Étonnement que surgit spontanément lorsque nous sommes ouverts à l’écoute.

Malheureusement les auditeurs à l’époque (ainsi que ceux d’aujourd’hui) ont étouffé l’étonnement avec les préjugés de ceux qui étaient devenus habitués à voir la « normalité » du Christ au cours des 30 années de sa vie privée à Nazareth.

Ce jour-là à Nazareth, la libération était très proche, la liberté n’a jamais été si proche, avait le visage de leur ami. Le désir impérieux d’une vie nouvelle, de l’avènement du libérateur Messie, d’une nouveauté de la vie de nombreux fois échappée mais toujours promise par le Ciel, ce désir inépuisable avait allumé l’émerveillement et la joie, et le cœur était consentante, en disant que oui, il était lui, était le Messie, qu’aujourd’hui était le point tournant, l’accomplissement de tout espoir. Mais les concitoyens du Christ laissèrent étouffer leur étonnement par l’habitude.

Et donc, ce samedi à Nazareth au lieu d’un samedi belle, de joie et d’étonnement les paroles de paix, la vérité et le pardon de Jésus, il est devenu le jour du refus. Et il n’y eut pas de miracle.

Il y’a une première leçon importante dans ce bref passage de l’Evangile : Dieu ne nous s’impose pas, mais propose à nous en douceur. Il ne fait pas violence à notre esprit et à notre cœur, qui doit rester ouvert et accueillir le Christ et sa parole « libératrice », sans être vaincu par l’ennui de la vie quotidienne. Donc, nous devons être vigilants, attentifs, tendus à la nouveauté de Dieu qui nous vient chez nous doucement et qui discrètement frappe à la porte de notre vie quotidienne. L’Evangile d’aujourd’hui nous enseigne que nous ne devons pas étouffer la capacité d’étonnement de notre esprit et notre cœur en face d’un Dieu qui est Emmanuel, Dieu qu’est toujours avec nous tous les jours. Nous ne devons pas donner « all’abitudinarietà », la routine, aveuglante qui vient de mondain et quotidien. Nous devons garder vivant l’émerveillement qui est un jugement qui nous fait dire : « Jésus est Dieu et il vaut la peine de le suivre » et l’étonnement devient l’attachement à une présence qui –Elle seule – a paroles de vie éternelle.

2) L’incrédulité est vaincue par l’émerveillement et par la pitié.

Pour indiquer le lieu de l visite de Jésus à Nazareth, Saint Marc n’a pas écrit la parole « village », mais « patrie » (Mc 6,1), mot riche d’évocations émotionnelles et de signification plus large. Malheureusement, Jésus n’a pas été reconnu comme le Messie dans sa propre terre, n’a pas été reconnu par ceux qui pensaient tout savoir sur Lui. Jésus-Christ, Fils de l’homme, la révélation véritable et complète du Père n’a pas été reconnu, et a subit le sort de tant d’autres prophètes : « Il est venu parmi les siens, mais ses gens ne l’ont pas accepté… » (Jn 1,11).

Ils n’ont pas reconnu son caractère unique, ils se sont arrêtés à quelques modestes données personnels qu’ils savaient depuis des décennies : il était le fils de Marie et de Joseph l’artisan, cousin de Jacques, José, Simon. Jésus vint à Nazareth, sa patrie, parmi les personnes qui l’avaient vu grandir, jouer et travailler. Là où il y avait sa mère, sa maison, ses amis d’enfance et de la jeunesse, les parents les plus proches.

Pour l’Evangile, l’incrédulité n’est pas seulement la négation de Dieu (ce qui n’est pas le cas des Nazaréens), mais l’incapacité à reconnaître Dieu dans l’humilité de l’homme Jésus, son appel dans la voix d’un homme qui semble être « trop et uniquement » homme.

Le Sauveur se propose avec douceur et humilité et ne s’impose pas. Le Fils de Dieu se révèle dans la pauvreté et la simplicité de son être un homme comme un autre, et pourtant il est lui-même Dieu, dont la présence doit être reconnue dans les situations ordinaires de la vie, dans la vie quotidienne, dans le visage de chaque homme ou femme, pour les quels il s’est incarné.

Lui, il est le seul modèle à imiter. De Lui nous devons apprendre la douceur et l’humilité.

Avec la douceur, nous déclarons Dieu comme unique Juge et Seigneur de notre vie, en la plaçant entièrement entre ses mains.

Avec l’humilité, nous acceptons sa volonté comme la seule et unique volonté d’amour qui doit guider notre histoire quotidienne dans ses détails les moindres et les plus insignifiants. Notre âme trouve rafraîchissement en apprenant de Lui et en prenant e sur nous Sa Loi, parce que Son joug est un joug de charité et de grande miséricorde, de piété et de compassion infinie, de pardon et da miséricorde. En cette façon notre vie entre dans la vraie paix et dans la plénitude.

La deuxième leçon de ce passage de dimanche de San Marco est que pour croire il faut de la compassion, entendue comme la pratique de l’amour pour le Christ.

Si les personnes présentes avaient laissé ouvert leur cœur aux paroles de Jésus qui revenaient d’eux pour la miséricorde, ils auraient saisi la nature extraordinaire de sa présence divine. Ils auraient été capables de reconnaître Jésus comme le Messie, si elles avaient répondu à la miséricorde du Christ avec une pratique de la piété. « Piété – écrit Giuseppe de Luca- est « l’habitude » de l’amour avec Dieu … La piété n’est rien d’autre que la vie de prière (c’est la raison pour laquelle les prières sont aussi appelées « pratiques de piété », sans oublier la primauté du liturgie) qui est le souffle de Dieu en nous ». Donc, c’est l’amour qui rend l’habitude ne pas une sclérose de la vie mais une forme stable de la nouveauté.

Un exemple de cette forme stable de vie nouvelle – parce que la vie en communion avec le Christ et dans l’Eglise – est donné par les vierges consacrées dans le monde. Se donnant entièrement au Christ, ces femmes montrent qu’il est possible d’avoir ses mêmes sentiments (cf. Ph 2, 5) et porter le Cœur de Jésus sur les routes du monde. « Ces sœurs qui reçoivent actuellement la consécration virginale par l’Eglise mère, viennent du peuple saint de Dieu, de vos familles : elles sont filles et sœurs avec qui nous avons l’habitude de travailler et de vivre. Le Seigneur les a appelées à se joindre plus étroitement à lui et à les mettre au service de l’Eglise et de l’humanité. Leur consécration pousse à rechercher sincèrement, chacun selon son don, l’expansion du royaume de Dieu et le renouvellement du monde dans l’esprit de l’Evangile » (Projet d’homélie dans le Consécration des Vierges, n ° 26).

La nouvelle vie qui nous est communiquée dans le Baptême est vécue par ces consacrées dans le monde comme amitié et communion virginale pour une vie nouvelle fondée non pas sur le sang et la chair, mais sur la grâce.

Lecture patristique

Saint Jean Chrysostome

Commentaire sur Matthieu, 48, 1

  1. Le prophète est méprisé dans son propre pays

Venez donc, dans son pays, Jésus refrains de miracles pour ne pas enflammer davantage l’envie de ses voisins et ne pas avoir à condamner plus sévèrement pour leur incrédulité obstinée ; mais, en retour, il les expose sa doctrine, qui, bien sûr, ne mérite pas l’admiration des petits miracles. Cependant, ils ont complètement insensée, alors qu’ils devraient écouter avec émerveillement intense et admirer la force de ses mots, par opposition à mépriser l’humble condition de celui qui croit son père. Pourtant, ils ont de nombreux exemples, qui ont eu lieu dans les siècles précédents, des illustres fils nés de pères obscurs. David était le fils de Jesse, un humble agriculteur ; Amos était le fils d’un berger et le pasteur lui-même ; Moïse, le législateur, avait un bien moins illustre père pour lui. Ils devraient, par conséquent, de l’honneur et admirer Jésus à cause de ce fait : que, tout en paraissant leur humble origine, enseigne cette doctrine.

Il est donc évident que sa sagesse ne vient pas de l’étude, mais par la grâce divine. Au contraire, ils le méprisent pour ce qui devrait, au contraire, admirer. D’autre part Jésus assisté les synagogues pour éviter d’être facturé comme un ennemi solitaire de la société humaine, ce qui se serait passé s’il avait toujours vécu dans le désert. « Et ils y sont restés étonnés et disaient : D’où cet homme cette sagesse et cette puissance » (Mt 13,54), appelant le pouvoir de ses pouvoirs de faire des miracles ou même sa propre sagesse. « N’est-ce pas le fils du charpentier ? » (Mt 13,55). Donc, plus le miracle, et un plus grand étonnement. « N’est pas sa mère, nommée Marie ? Et ses frères Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ne sont pas ses sœurs ici avec nous ? D’où jamais il est tout cela ? Et ils ont pris ombrage de lui » (Mt 13,55 à 57). Vous voyez que Jésus parle précisément à Nazareth ? Ne sont pas ses frères, disent-ils, telle et telle autre ? Et qui se soucie ? Cela devrait être la raison la plus valable pour croire en lui. Malheureusement l’envie est une passion et combat le mal et se contredit souvent. Ce qui est extraordinaire, surprenant et potentiellement les attirer à Jésus, cela ne les choqués.

Répondre à leur Christ ? « Un prophète est sans honneur sauf dans son propre pays et dans sa propre maison. » « Et pas effectué de nombreux miracles, à cause de leur incrédulité » (Mt 13,57 à 58). Luc rapporte également que pour sa part il ne fit pas beaucoup de miracles il (Lc 4,16 à 30). Mais, je vous le dis, il serait naturel et logique pour eux. Si Jésus avait la capacité de susciter l’admiration – comme réellement passé – pour quelle raison elle pas fait des miracles ? Le fait qu’il avait ciblé sa propre gloire, mais leur propre bien. Toutefois, puisque ce ne sont pas bien réalisé, le Christ négligé leur expression à ne pas augmenter la punition de ses compatriotes. Observez combien de temps après et comme une démonstration de miracles qu’il retourne avec eux : mais ni n’a donc lui souhaiter la bienvenue, même allumera plus fortement envier. Pourquoi alors, demandez-vous, Jésus a apporté un miracle ? Il l’a fait parce qu’il n’a pas dit : « Docteur, guéris-toi toi-même » (Luc 04 :23), et il a affirmé qu’il était un ennemi et l’ennemi et méprisé ses concitoyens.

Enfin, il ne voulait pas entendre : S’il avait fait des miracles, nous aussi, nous aurions cru. Pour cela, il opère un miracle et retire par la suite, faisant d’une part, ce qui lui appartient et l’autre en évitant de condamner plus sévèrement. Eh bien, maintenant regarder la puissance de la parole du Christ : bien qu’ils aient été dominés par l’envie, mais ceux qui sont surpris. Et comme dans ses œuvres ne blâme pas l’acte lui-même, mais imaginez provoque dicton inexistant : « En vertu de Belzébuth chasser les démons », de sorte que même maintenant, ils ne condamnent pas sa doctrine, mais recourent à mépriser l’humilité de son origine. Admirez autre part la modération du Maître : il ne les blâme pas la violence, mais avec beaucoup de douceur déclare : « Un prophète est sans honneur sauf dans son propre pays, » et ne s’y arrête pas, mais ajoute, « et dans son propre maison « , se référant, je crois, avec ces derniers mots à ses parents.

Source: ZENIT.ORG, le 1er juillet 2021

Lectures de dimanche : « La peur nous pousse vers l’Amour »

Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano

Mgr Francesco Follo 13/12/2017 @Oss_romano

Lectures de dimanche : « La peur nous pousse vers l’Amour »

Le Christ apaise les tempêtes de nos vies

Par MGR FRANCESCO FOLLO

« Ce n’est pas la peur qui crée Dieu ; quand nous sommes en danger elle nous pousse vers l’Amour qui nous soutient ». C’est ce qu’écrit Mgr Follo dans sa méditation sur les lectures de dimanche prochain 20 juin 2021, XIIème dimanche du Temps ordinaire.

« Dans le danger nous nous tournons vers ceux qui nous aiment : vers le Christ qui apaise la mer de notre vie, la pacifie », fait observer l’observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un sermon de S. Augustin.

HG

Prémisse 

L’Evangile de ce dimanche nous parle de la tempête apaisée avec une certaine emphase qui se voit dans le geste et les paroles solennelles avec lesquelles le Rédempteur apaise la mer agitée. De cette manière, l’évangéliste Marc montre un signe clair de la seigneurie du Christ sur les forces de la nature et nous amène à reconnaitre à sa divinité : « Qui est-ce donc – se demandaient et effrayaient les disciples – que même le vent et la mer lui obéissent ? (Mc 4, 41).

Cependant, le récit évangélique présente quelques incohérences. Pourquoi, par exemple, parle-t-il « d’autres bateaux qui étaient avec lui » et ensuite ne dit rien de leur sort ? Et comment est-il possible qu’un homme puisse dormir paisiblement, alors que les vagues font rage et que l’eau a presque complètement rempli le bateau ?

De toute évidence, Saint Marc ne s’intéresse pas à l’exactitude factuelle, chronique de cet épisode de la vie du Christ. L’intention de l’évangéliste est plutôt contenue dans les deux questions qui l’articulent, l’une des disciples (« qui est-il donc celui-ci ? ») et l’autre de Jésus : pourquoi as-tu si peur ? Vous n’avez toujours pas la foi ?. La question des disciples naît de l’émerveillement devant la puissance de Jésus : sa parole calme la mer agitée. Il est juste de s’émerveiller de la puissance des miracles, mais la puissance du miracle ne suffit pas pour comprendre qui est Jésus. Les miracles révèlent la messianité de Jésus et son origine, mais ils ne sont pas en mesure de révéler complètement son identité, c’est-à-dire, son grand geste d’amour et de don. Pour cela, il faut attendre la Croix. Dieu se révèle en puissance, mais surtout dans l’amour : ce n’est qu’ici que Dieu peut être connu profondément, sans malentendu. Avec sa question (« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? ») Jésus change le sens de l’épisode. L’attention n’est plus tournée vers la puissance du miracle, mais vers la foi des disciples qui s’embarquèrent avec lui pour passer sur l’autre rive.

1) Aller au large pour passer sur l’autre rive.

L’Evangile d’aujourd’hui décrit la tempête apaisée ; mais, c’est sur la phrase initiale de Jésus : « Passons sur l’autre rive » (Mc 4,35) que je désirerais avant tout attirer l’attention.

C’est une invitation que Jésus adresse aux siens après avoir parlé du Royaume des Cieux qui devient un grand arbre à partir d’une petite semence. Comme je l’ai déjà dit d’autres fois, « rester » avec le Christ est un verbe de mouvement parce qu’il implique nécessairement de se déplacer et de se mettre à sa suite.

C’est une invitation  faite quand le soir tombe, donc lorsque les disciples qui suivent Jésus, pensent être arrivés au bout du chemin de la journée et ont l’exigence juste et humaine de s’arrêter et de se reposer de la fatigue de « porter » l’évangile avec Jésus. Le premier moment de cet « aller au-delà » est de laisser la foule, de rester seuls avec Jésus pour s’éloigner avec Lui de la rive où ils étaient arrivés.

La barque représente notre vie qui avance avec le Sauveur. C’est un bois qui sillonne les vagues du temps et de l’espace et qui est capable de porter le Fils de Dieu. Jésus, vrai homme et vrai Dieu, est si puissant qu’il ne se préoccupe pas de la tempête. Il peut arriver que le vent souffle violement : ce sont toutes les voix qui s’agitent à l’intérieur et à l’extérieur de nous-même et qui se lèvent souvent avec une force telle que nos pas dérapent du sentier alors qu’ils étaient assurés quelques instants auparavant.

Les vagues se déversent  dans la barque : ce qui fait partie de nos journées et que nous pensons bien connaître se déverse contre nous. Certains imprévus nous saisissent et nous mettent dans les mains de l’inattendu à tel point que notre vie est remplie par la peur, même quand  pensons maîtriser les événements.

Aujourd’hui, Jésus nous donne une leçon claire sur  la manière d’affronter la mer de notre histoire personnelle et de ce monde : nous devons naviguer avec Lui, nous devons Le prendre à bord de notre barque, « comme il est », parce qu’Il  nous pilote vers l’autre rive, en nous sauvant des eaux orageuses.

Avec le Christ dont l’amour est plus fort que la force de la nature, nous pouvons arriver vers l’autre rive qui nous pouvons rejoindre grâce à notre abandon confiant en Lui. La tempête de la nature et celle du cœur humain, sont dangereuses et peuvent conduire à la mort. Au contraire, la « tempête du cœur de Dieu » conduit à la paix si nous disons comme les apôtres : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (Ibid. v. 38).

2) Jésus dormait, mais son cœur veillait.

Uniquement dans ce passage de Saint-Marc,  Jésus est présenté pendant qu’il dort. Comment interpréter ce sommeil? Jésus est réellement fatigué. Après une journée de prédication dans laquelle il a dépensé beaucoup d’énergie, le Sauveur monte dans la barque et s’endort profondément. Nous pouvons constater ici la réelle humanité de Jésus. Il est toutefois utile ajouter quelques explications : Jésus a confiance en les siens comme «bons marins », il ne doute pas de leur responsabilité et capacité professionnelle. Nous aussi nous devons faire confiance au Seigneur comme « navigateur ».

Certes, son comportement est rempli de mystère : son sommeil tranquille signifie –à mon avis- la confiance sereine en Dieu, la confiance du Fils qui se sent protégé et aimé par le Père, entre ses bras, même dans la tempête furieuse de la mer et de la vie.

Nous devons faire nôtre ce comportement de Jésus, en priant le psaume 130 qui nous suggère une des plus belles images de notre abandon en Dieu, même dans l’épreuve : « Je tiens à mon âme égale et silencieuse. Mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. » (Ps 130, 2).

3) Le Cœur de l’homme est une demande d’infini.

En plus de nous apprendre l’abandon total en Dieu, Jésus  Sauveur qui dort dans la barque sur la mer agitée, réveille le cri de notre foi. En effet, Jésus reproche aux siens : « Pourquoi avez-vous peur ? Vous n’avez pas encore la foi? ». Il exige de ses frères la foi pour réveiller la puissance de son amour.

Avec la question : « Pourquoi avez-vous peur ? », le Christ déplace l’attention de la puissance du miracle qui vient de se produire à la foi de ses disciples. Certes, ils viennent de se détacher du précédent travail, de la famille, de la foule, pour rester avec Jésus, en le suivant sur les rues du monde, mais ce n’est pas suffisant : ils sont appelés à croire en Lui dans l’abandon. Et Jésus, Maître et Ami, éduque cette foi en leur faisant comprendre qu’ils ne doivent pas prétendre à une présence et une puissance divine qui les éloigne de la fatigue de vivre. Il les éduque de plus à être courageux ( = agir avec le cœur) en éduquant le cœur.

Comment répondre au Christ qui nous demande : « Pourquoi avez-vous peur? ». En lui posant la même question que celle du premier des apôtres « Augmente en nous la foi, Seigneur » (Lc 17,5). Foi qui est un acte d’intelligence et d’abandon de la volonté.

Faisons de sorte que notre vie soit réellement cette ouverture de notre esprit et de notre cœur vers une foi chaque jour plus pure, vers une foi chaque jour plus grande. Prions pour que notre foi nous ouvre toujours davantage au don de Dieu. La foi mature est capable de nous rendre tranquilles même dans les difficultés et sereins même dans la persécution. Pensons à Saint-Pierre qui dormait sereinement en prison. Pensons aussi à la « petite » Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus. Elle qui mourut à l’âge de 24 ans à peine, est la sainte de la simplicité et de l’amour. La Sainte de l’abandon confiant à la volonté de Dieu.
Si nous voulons grandir dans la foi, nous devons éduquer le cœur, en imitant « la petite » Sainte de Lisieux.

Eduquer notre cœur à percevoir Jésus. Que signifie Le percevoir ? : C’est faire passer notre cœur dans le cœur du Christ, et le cœur du Christ vers le nôtre. De cette façon nous pouvons non seulement ne pas avoir peur de la barque de la vie, mais aussi pacifier la mer de la vie avec et par le Christ.

Une façon significative de vie de percevoir le Christ est celle des vierges consacrées dans le monde. A travers la virginité, ces femmes éduquent leur cœur en le « construisant » dans celui du Christ qui aime et veut le bien de celui qui se donne à Lui.

Le style de vie de la Vierge consacrée dans le monde est celui de celui qui ne possède pas le prochain parce que son cœur est rempli de l’amour de Dieu. Riche de cet amour, elle en devient un signe limpide et pratique de la bienveillance qu’elle a reçu de Dieu ; elle le manifeste envers le prochain. En effet, la virginité est vocation à l’amour : elle rend le cœur libre d’aimer Dieu. Libre des devoirs de l’amour conjugal, le cœur vierge peut se sentir, donc, plus disponible pour l’amour gratuit des frères.

Certes, la virginité implique le renoncement à la forme d’amour typique du mariage. Mais le renoncement est accepté dans le but d’assumer plus en profondeur de dynamisme, inhérent à la sexualité, d’ouverture oblative envers les autres , en le transfigurant et en le rendant puissant moyennant la présence de l’ Esprit  qui apprend à aimer le Père et les frères comme le Seigneur Jésus.

Et le Pape émérite Benoît XVI, le 15 mai 2008, leur dit : «  Que votre vie soit un témoignage particulier de charité et un signe visible du Règne futur. (Rituel de la consécration des vierges,
30). Faites en sorte que votre présence irradie toujours la dignité d’être l’épouse du Christ exprime la nouveauté de l’existence chrétienne et l’attente sereine de la vie future. De cette façon, à travers votre vie, vous pouvez être des étoiles qui orientent le chemin du monde. Le choix de la vie virginale, en fait, est un appel à la fugacité des réalités de la terre et anticipation des biens futurs. La vierge consacrée, en fait, s’identifie à cette épouse qui, avec l’Esprit, invoque la venue du Seigneur : ‘ L’Esprit et l’épouse disent : ‘viens’ (Ap 22,17) ». (Discours aux participantes du Congrès de l’Ordo Virginum, n.6).

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon 63, 1-3; PL 38, 424-425.

Je vais, avec la grâce du Seigneur, vous entretenir de l’évangile de ce jour. Je veux aussi, avec l’aide de Dieu, vous encourager à ne pas laisser la foi dormir dans vos cœurs au milieu des tempêtes et des houles de ce monde. Le Seigneur Jésus Christ exerçait sans aucun doute son pouvoir sur le sommeil non moins que sur la mort, et quand il naviguait sur le lac, le Tout-Puissant n’a pas pu succomber au sommeil sans le vouloir. Si vous le pensez, c’est que le Christ dort en vous. Si, au contraire, le Christ est éveillé en vous, votre foi aussi est éveillée. L’Apôtre dit: Que le Christ habite en vos cœurs par la foi (Ep 3,17). Donc le sommeil du Christ est le signe d’un mystère. Les occupants de la barque représentent les âmes qui traversent la vie de ce monde sur le bois de la croix. En outre, la barque est la figure de l’Église. Oui, vraiment, tous les fidèles sont des temples où Dieu habite, et le cœur de chacun d’eux est une barque naviguant sur la mer: elle ne peut sombrer si l’esprit entretient de bonnes pensées.

On t’a fait injure: c’est le vent qui te fouette; tu t’es mis en colère: c’est le flot qui monte. Ainsi, quand le vent souffle et que monte le flot, la barque est en péril. Ton cœur est en péril, ton cœur est secoué par les flots. L’outrage a suscité en toi le désir de la vengeance. Et voici: tu t’es vengé, cédant ainsi sous la faute d’autrui, et tu as fait naufrage. Pourquoi? Parce que le Christ s’est endormi en toi, c’est-à-dire que tu as oublié le Christ. Réveille-donc le Christ, souviens-toi du Christ, que le Christ s’éveille en toi. Pense à lui.

Que voulais-tu? Te venger. As-tu oublié la parole qu’il a dite sur la croix: Père, pardonne-leur: ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34)? Celui qui s’était endormi dans ton cœur a refusé de se venger.

Réveille-le, rappelle-toi son souvenir. Son souvenir, c’est sa parole; son souvenir, c’est son commandement. Et quand tu auras éveillé le Christ en toi, tu te diras à toi-même: « Quel homme suis-je pour vouloir me venger? Qui suis-je pour user de menaces contre un homme? Peut-être serai-je mort avant d’avoir pu me venger? Et quand viendra pour moi le moment de quitter ce corps, si j’expire brûlant de haine et assoiffé de vengeance, celui qui n’a pas voulu se venger ne m’accueillera pas. Celui qui a dit: Donnez, et vous recevrez; pardonnez, et vous serez pardonnes (Lc 6,37) ne m’accueillera pas. Je réprimerai donc ma colère, et mon cœur trouvera à nouveau le repos. » Le Christ a commandé à la mer, et elle s’est calmée (cf. Mt 8,26).

Ce que je viens de vous dire au sujet des mouvements de colère doit devenir votre règle de conduite dans toutes vos tentations. La tentation surgit: c’est le vent qui souffle; ton âme est troublée: c’est le flot qui monte. Réveille le Christ, laisse-le te parler. Qui donc est celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent (Mt 8,27)? Quel est celui à qui la mer obéit? A lui la mer, c’est lui qui l’a faite (Ps 94,5). Par lui, tout s’est fait (Jn 1,3). Imite plutôt les vents et la mer: obéis au Créateur. La mer entend l’ordre du Christ, vas-tu rester sourd? La mer obéit, le vent s’apaise, vas-tu continuer à souffler?

Que voulons-nous dire par là? Parler, agir, ourdir des machinations, n’est-ce pas souffler, et refuser de s’apaiser au commandement du Christ? Quand votre cœur est troublé, ne vous laissez pas submerger par les vagues. Si pourtant le vent nous renverse – car nous ne sommes que des hommes -, et qu’il excite les passions mauvaises de notre cœur, ne désespérons pas. Réveillons le Christ, afin de poursuivre notre voyage sur une mer paisible et de parvenir à la patrie.

Source: ZENIT.ORG, le 17 juin 2021

Ascension: « Le Ciel n’est pas l’opposé de la Terre, c’est sa profondeur », par Mgr Follo

L'Ascension du Christ, Giotto, Chapelle des Scrovegni, Padoue (Italie) © DR
L’Ascension Du Christ, Giotto, Chapelle Des Scrovegni, Padoue (Italie) © DR

Ascension: « Le Ciel n’est pas l’opposé de la Terre, c’est sa profondeur », par Mgr Follo

Par Mgr Francesco Follo

L’Ascension et la mission

« Par l’Ascension, le Christ nous montre que le Ciel n’est pas l’opposé de la Terre, c’est sa profondeur », explique Mgr Francaesco Follo dans son commentaire des lectures de la messe de l’Ascension qui se célèbre jeudi prochain, 13 mai 2021 dans certains pays et dimanche prochain dans d’autres pour des raisons pastorales.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris (France), souligne aussi le lien entre l’Ascension et la mission, et le caractère « missionnaire » de la virginité consacrée dans l’Eglise.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un passage du commentaire de saint Augustin (354 – 430) sur la Première Épître de Jean.

AB

Le Ciel n’est pas l’opposé de la Terre, c’est sa profondeur

Prémisse : une petite différence.

Entre le récit des Actes des Apôtres (première lecture de la Messe d’aujourd’hui), et celui de l’Évangile de Marc, il y a de nombreux points communs, mais aussi une petite différence. Dans le récit des Actes, en effet, les disciples restent regardant le ciel pendant que Jésus « partait », et ils ont besoin de l’intervention de « deux hommes en vêtements blancs » pour retourner à Jérusalem et commencer leur mission. L’Évangile, par contre, ne reprend pas ce détail et insiste sur le fait qu’« ils sont sortis et ont prêché partout, tandis que le Seigneur agissait avec eux et confirmait la parole ».

Le récit de l’Évangile nous dit qu’au moment de monter au ciel, le Christ commande à ses disciples (y compris nous) d’agir et d’annoncer, en leur confiant le mandat de continuer son œuvre. Il les investit de la mission près de tous les peuples. Il dit : « Allez dans le monde entier et annoncez l’Évangile à chaque créature. Quiconque croira et sera baptisé sera sauvé, mais quiconque ne croira pas sera condamné. Ce seront les signes qui accompagneront ceux qui croient : en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils prendront des serpents et, s’ils boivent du poison, cela ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades et ils guériront »(Mc 16, 15ss).

A ce propos, le Pape François enseigne : « Le contenu de la mission confiée aux Apôtres est le suivant : annoncer, baptiser, enseigner et marcher sur le chemin tracé par le Maître, c’est-à-dire l’Évangile vivant. Ce message de salut implique tout d’abord le devoir de témoignage – sans témoignage il ne peut être proclamé – auquel nous aussi, disciples d’aujourd’hui, sommes appelés à rendre compte de notre foi. Face à une tâche aussi exigeante et en pensant à nos faiblesses, nous nous sentons inadéquats, comme l’ont certainement fait les apôtres eux-mêmes » (Regina caeli, 24 mai 2020).

1) Certitudes et joie. 

Dans le Credo nous récitons: « Jésus est monté aux cieux, il siège à la droite de Dieu ». Cette phrase signifie que nous croyons au fait que l’humanité du Christ est entré dans le cœur de la divinité, que les cieux sont là où Dieu se trouve, que l’amour est le ciel sur la terre. Donc « l’Ascension n’indique pas l’absence de Jésus, mais nous dit qu’Il est vivant au milieu de nous  de manière nouvelle; il n’est plus dans un lieu précis du monde comme il l’était avant l’Ascension ; à présent, il est dans la Seigneurie de Dieu, présent en tout lieu et en tout temps, proche de chacun de nous ». (Pape François, audience générale, 17 avril 2013).

Il est donc correct de dire qu’une des leçons à tirer de l’Ascension c’est que nous aussi nous pouvons aller au ciel mais uniquement si nous restons liés à Jésus. Si nous Lui confions notre vie, si nous nous laissons guider par Lui, soyons sûrs que nous serons en de bonnes mains, dans les mains de notre Sauveur, de notre avocat défenseur. « Dans notre vie, nous ne sommes jamais seuls : nous avons cet avocat qui nous attend, qui nous défend. » (Ibid.).

Une autre leçon à tirer c’est que nous devons avoir bien à l’esprit qu’entrer dans la gloire de Dieu exige une fidélité quotidienne à sa volonté, même lorsque cela demande du sacrifice et d’accepter notre croix quotidienne, parce que : « L’élévation sur la Croix signifie et annonce l’élévation de l’Ascension au ciel » (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 662). Dans cette montée au Ciel « le Seigneur crucifié et ressuscité nous guide; avec nous il y a beaucoup de frères et de sœurs qui, dans le silence et l’anonymat, dans leur vie de famille et au travail, dans leurs problèmes et difficultés, dans leurs joies et espérances, vivent quotidiennement leur foi et apportent au monde, avec nous, la Seigneurie de l’amour de Dieu, en Jésus Christ ressuscité, monté au Ciel, » (Pape François, Audience générale, 17 avril 2013)

La troisième leçon à tirer nous la trouvons dans la première lecture de la messe d’aujourd’hui. L’Ascension du Seigneur y est décrite comme saint Luc le raconte dans les Actes des apôtres. L’épisode nous dit comment posséder en nous la joie des apôtres, joie due à leur certitude que Jésus ressuscité est toujours présent dans la vie personnelle et dans la vie de la communauté.

Cette certitude et cette joie, nous pouvons nous aussi les avoir si nous demandons, d’un cœur sincère, la bénédiction que Jésus donna aux apôtres avant de s’élever au ciel.

De cette manière nous aussi, comme les apôtres, nous ne vivrons pas l’Ascension du Ressuscité comme un détachement, comme une absence permanente du Seigneur.

De cette manière, notre certitude s’affirmera et nous aurons confirmation que Jésus crucifié et ressuscité est bien vivant et qu’en Lui les portes de Dieu, les portes de la vie éternelle, sont ouvertes aux hommes pour toujours.

De cette manière, le jour de l’Ascension, nous pouvons nous aussi éprouver de la peine à le voir partir, mais il y a en nous la certitude, la joie, de savoir que le Christ est à nos côtés,  même s’il s’agit d’une présence différente de celle qu’il avait sur terre. « Lui qui fut un homme il y a deux mille ans, continue de vivre aujourd’hui dans l’histoire comme âme de l’Eglise » (H.U. von Balthasar).

 2) Ascension et Mission.

Dans le bref récit (troisième lecture de ce dimanche) de saint Marc sur l’Ascension, nous voyons que, plus que sur l’Ascension en soi, Jésus ressuscité nous invite à tirer les conclusions de sa montée auprès du Père : les apôtres et avec eux tous les chrétiens de tous les temps, nous sommes ses envoyés, ses missionnaires qu’Il a envoyés dans le monde entier pour répandre l’Evangile: « Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient » (Mc 16, 20). Jésus monte au ciel et les disciples vont dans le monde. Mais le départ de Jésus n’est pas une vraie absence, plutôt une autre forme de présence: « Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole » (cf. ibid.). «  L’Ascension n’est pas un parcours de nature cosmique et géographique mais c’est la navigation du cœur qui conduit de la dimension du repliement sur soi à la dimension nouvelle de l’amour divin qui embrasse l’univers” (Benoît XVI, 10 mars 2010).

Cette invitation du Christ à embrasser l’univers en annonçant à tous les hommes l’évangile  « Allez dans le monde entier » (Mc 16, 15),  n’a pas été perçue comme une folie, mais comme une mission d’amour pour  apporter le salut à tous.

L’Ascension marque un tournant sur le chemin de la rédemption. Depuis Jérusalem où s’est accomplie la mission du Christ, qui a dit sur la Croix « Tout est accompli », la mission rédemptrice confiée aux apôtres se dilate pour prendre une dimension universelle. Le groupe, jusqu’ici compact, se dissout physiquement parlant, mais pas affectivement. Alors que le rédempteur «  part » vers le ciel, les apôtres partent chacun dans une direction géographique différente, mais profondément unis entre eux et au Christ. La tradition précise la destination de chacun: pour Pierre Antioche et Rome, pour Matthieu l’Ethiopie, pour Thomas l’Inde et ainsi de suite.  Mais elle se concentre surtout sur l’apôtre qu’on nous a richement décrit, Paul de Tarse, l’infatigable voyageur qui alla porter l’évangile dans l’actuelle Turquie, en Grèce et à Rome.

Et après lui nous remercions la liste sans fin de missionnaires qui, depuis vingt siècles, avec tant d’héroïsme, souvent vécu jusqu’au martyre, continuèrent et continuent encore l’œuvre des apôtres, pour faire participer le plus grand nombre à cette vie, bonne, sainte, vraie et heureuse  que l’évangile de Jésus annonce et réalise depuis deux millénaires. Comme eux nous devenons des missionnaires de joie. Nous annonçons que Dieu est «  communion » d’un amour éternel ; qu’il est « joie infinie », de cette joie  qui ne reste pas repliée sur elle-même mais s’étend à tous ceux qu’Il aime et qui l’aiment.

C’est vraiment miraculeux qu’un groupe de onze hommes ait réussi à développer un « organisme », le Corps Mystique, où se sont retrouvés et se retrouvent aujourd’hui des millions et des millions de croyants. C’est humainement impossible.  On a l’explication dans les paroles qui nous été rapportées: « Le Seigneur agissait avec eux ». Et dans un but bien précis. Le groupe compact, formé de Jésus et des premiers apôtres, ne s’est pas dissous, il s’est répandu dans le monde entier. Ils ne sont pas dispersés: ils sont unis dans la foi, dans l’amour et dans l’espérance. L’espérance, en particulier, de se retrouver unis, aux côtés de Celui qui nous a tous précédés auprès du Père, le sien et le nôtre.

Les verbes utilisés  par le Christ pour cet envoi en mission gardent toute leur actualité:

– ‘aller’ indique le dynamisme et le courage de s’immerger dans de nouvelles situations du monde;

– ‘proclamer l’Evangile’, pour que les peuples deviennent les disciples du Personne plus que d’une Doctrine;

– ‘croire’ en l’annonce d’une foi qui comprend, certes, une connaissance de ses vérités et des événements liés au salut, mais part surtout d’une vraie rencontre avec Dieu en Jé
sus Christ, de notre amour pour Lui, de notre confiance en Lui, au point d’y engager toute notre vie.

– ‘baptiser’ souligne le sacrement qui transforme et introduit les personnes dans la vie trinitaire et ecclésiale. Le baptême, le sacrement qui nous donne l’Esprit Saint, faisant de nous des fils de Dieu en Jésus Christ, et marque notre entrée dans la communauté de foi, dans l’Eglise: croire ne vient pas tout seul, sans recevoir la grâce de l’Esprit; et l’on ne croit pas tout seuls, mais en union avec nos frères.  « Avec le baptême, nous sommes plongés dans cette source intarissable de vie qui est la mort de Jésus, le plus grand acte d’amour de toute l’histoire ; et grâce à cet amour, nous pouvons vivre une vie nouvelle, n’étant plus en proie au mal, au péché et à la mort, mais dans la communion avec Dieu et avec nos frères » (Pape François, audience générale, 8 janvier 2014).

 3) Le caractère missionnaire de la virginité.

Qu’il est beau de réfléchir aux dernières paroles de Jésus, lorsqu’il envoie les siens prêcher au milieu de ce monde qui, on ne le dirait pas, mais a besoin d’infini, de vérité, d’amour, d’espérance, de joie, ce que le Ciel est et possède.

Cette tache est si grande qu’elle nous fait trembler nous aussi, aujourd’hui.

On s’attendrait plutôt à la voir entre les mains d’anges que confiée aux pauvres êtres humains que nous sommes. Voilà pourquoi  Jésus garantit Sa présence «  en travaillant avec nous et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnent » (cf. Mc 16,20).

C’est une tache pour tous les baptisés, car grâce au baptême tous les chrétiens deviennent des disciples missionnaires et sont appelés à transmettre l’Evangile au monde.

Mais les Vierges consacrées, comment sont-elles missionnaires dans le monde?

En étant des icônes, des images vivantes du Christ chaste, pauvre et obéissant (cf.  Concile Vat. II, Décret sur la rénovation et l’adaptation de la vie religieuse, Perfectae Caritatis, 1) devant la communauté ecclésiale et humaine.

Et comment peuvent-elle « dépeindre » le Christ vivant ?

En entretenant une communion avec Dieu et avec ses frères et ses sœurs en humanité, une communion que la solitude à laquelle elles sont appelées fait grandir et non pas diminuer. Les vierges sont ainsi, des missionnaires, si elles «  utilisent » leur affectivité et leur corps comme le Christ l’a fait: non pas pour posséder ou pour être possédés mais pour être en communion avec tous ceux qu’elles rencontrent.

Bref, la vocation singulière des vierges consacrées indique une mission bien claire : exalter la dignité de la femme en témoignant, dans la vie du monde où elles sont plongées, du sens plein de l’amour qu’elles ont reçu de Jésus Christ pour le donner à leurs frères et sœurs en humanité.

Lecture Patristique

Saint Augustin (354 – 430)

Commentaire sur la Première Épître de Jean, 4,2-3 (SC 75, 220-224)

Nous croyons en Jésus que nous n’avons pas vu. Ceux qui l’ont vu et qui l’ont touché, qui ont entendu la parole de sa propre bouche, nous l’ont annoncé. Ils ont été envoyés par lui pour persuader le genre humain de la vérité. Ils n’ont pas eu l’audace d’y aller eux-mêmes. Et où ont-ils été envoyés? Vous l’avez entendu, quand on nous a lu l’Évangile: Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création (Mc 16,15). Les disciples ont donc été envoyés partout. On les croyait parce que, confirmés par des signes et des prodiges, ils disaient ce qu’ils avaient vu. Et nous, nous croyons en celui que nous n’avons pas vu, et dont nous attendons le retour. Tous ceux qui l’attendent avec joie se réjouiront alors. Et ceux qui ne croient pas, lorsque viendra ce qu’ils ne voient pas maintenant, seront couverts de honte.

Demeurons donc dans ses paroles pour éviter d’être confondus quand il viendra. Car lui-même dit dans l’Évangile à ceux qui avaient cru en lui: Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples. Et comme s’ils avaient demandé pour quel avantage, il ajoute: Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres (Jn 8,31-32). Car, pour le moment, notre salut existe en espérance, pas encore en réalité. Puisque nous ne tenons pas encore ce qui a été promis, nous espérons seulement que cela viendra. Il est fidèle, celui qui a promis, il ne te trompe pas. Mais de ton côté, ne succombe pas, attends la promesse, car la vérité ne peut pas tromper. Et toi, ne sois pas menteur en professant une chose tandis que tu en fais une autre. Garde la foi, et lui gardera sa promesse. Mais si tu ne gardes pas la foi, c’est toi qui es coupable de fraude, non celui qui a promis.

Puisque vous savez que Dieu est juste, reconnaissez aussi que tout homme qui vit selon la justice de Dieu est vraiment né de lui (1Jn 2,29). Actuellement notre justice vient de la foi. La justice parfaite ne se trouve que chez les anges, et même pas chez eux si on les compare à Dieu. Pourtant s’il y a une justice parfaite dans les âmes et les esprits créés par Dieu, c’est bien chez les anges saints, justes et bons que nulle chute n’a fait dévier, qu’aucun orgueil n’a fait tomber, mais qui demeurent toujours dans la contemplation du Verbe de Dieu et qui trouvent leur unique douceur en celui qui les a créés. En eux la justice est parfaite, et en nous, par la foi, elle commence à exister selon l’Esprit.

Source: ZENIT.ORG, le 11 mai 2021

Lectures de dimanche : la miséricorde est la justice qui recrée avec amour

Jésus miséricordieux, tableau de Vilnius par Eugeniusz Kazimirowski @ faustine-message.com
Jésus Miséricordieux, Tableau De Vilnius Par Eugeniusz Kazimirowski @ Faustine-Message.com

Lectures de dimanche : la miséricorde est la justice qui recrée avec amour

Par Mgr Francesco Follo

Un dimanche avec quatre noms

« La miséricorde est la justice qui recrée avec amour » : c’est le titre de la méditation de Mgr Francesco Follo sur les lectures de dimanche prochain, 11 avril 2021, Dimanche de la Miséricorde (Année B – Ac 4,32-35; Ps 117; 1 Jn 5,1-6; Jn 20,19-31).

« La paix et la joie sont un cadeau du Ressuscité qui sont enracinés dans l’amour », souligne l’observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’Unesco à Paris, « mais il faut briser l’attachement à soi-même ».

Prémices : un dimanche avec quatre noms.


Pour aider à comprendre la richesse de ce deuxième dimanche de Pâques je pense utile rappeler qu’il s’agit d’un dimanche avec quatre appellations.


1. Dimanche « in Albis ». Selon une tradition qui remonte aux premiers siècles de l’Église, le dimanche d’aujourd’hui prend le nom de « in Albis », car ce jour-là, les baptisés lors de la veillée pascale portaient à nouveau leur robe blanche, symbole de la lumière que le Seigneur leur avait donnée dans le baptême. Ensuite, même s’ils avaient enlevé leur tunique blanche, ils devaient continuer à introduire dans leur vie quotidienne la lumière du Christ reçue le jour du baptême. La flamme délicate de la vérité et du bien que le Seigneur avait allumée en eux, par eux devait – avec constance et diligence – apporter quelque chose de l’éclat et de la bonté de Dieu dans le monde.


2. Dimanche « Quasi modo ». Appellation qui vient du premier mot de l’antienne d’entrée de la messe d’aujourd’hui. « Quasi modo geniti infántes, alleluia: rationabiles, sine dolo lac concupíscite, alleluia, alleluia alleluia (1 Pt 2, 2), dont la traduction libre est : « Comme les nouveau-nés, alléluia, ayez envie du lait spirituel pur, alleluia, alleluia, alleluia », qui vous fait grandir vers le salut. Par la liturgie, l’Église adresse cette invitation aux nouveaux baptisés (mais par extension, à nous tous). C’est une invitation à goûter les joies spirituelles des prémices de la vie chrétienne, comme enfants.


3. Dimanche de Saint Thomas : cet autre nom, plus répandu dans les Eglise Orientales, dérive de l’épisode évangélique lu ce jour-là, à savoir l’admirable Théophanie (manifestation du Christ comme Dieu) résultant de l’incrédulité de l’apôtre Thomas qui ne croit pas au Ressuscité jusqu’à ce qu’il ne L’ait touché. Nous pouvons tirer l’enseignement suivant de l’homélie de saint Grégoire le Grand sur cet évangile (XXVI) : Jésus apparaît aux disciples rassemblés, après être entré à huis clos (comme il était entré, avant sa naissance, dans le sein encore fermé de la Vierge Marie) ; et en dépit d’être non corrompu, et d’être ressuscité, il est en même temps palpable : c’est avec ces signes incompréhensibles que le Seigneur se manifeste.


4. Dimanche de la Divine Miséricorde. En 1992 le Pape Saint Jean-Paul II a voulu que ce dimanche soit célébré comme la Fête de la Miséricorde Divine : dans le mot « miséricorde », il a trouvé tout le mystère de la Rédemption résumé et réinterprété pour notre temps. La présence de Dieu opposant les forces de Dieu avec sa puissance totalement différente et divine : avec la puissance de la miséricorde. C’est la miséricorde qui place une limite au mal. En lui s’exprime la nature très particulière de Dieu – sa sainteté, la puissance de la vérité et de l’amour.

1) Une rencontre qui confirme la foi.


Est-ce que les disciples avaient perdu la foi à cause de la passion et de la mort de Jésus ? Est-ce que la foi de ces futurs pêcheurs d’hommes pouvait être réduite à rien ? Certes les jours dramatiques qui se sont terminés avec la mort du Christ sur la Croix, l’avaient fragilisée et leur cœur était rempli de crainte. En effet, même s’ils sont restés à Jérusalem, ils se sont enfermés dans le Cénacle avec les portes bien verrouillées par crainte des Juifs. Mais voilà que des femmes (comme l’Evangile de dimanche dernier nous l’a rappelé) leur avaient annoncé que le Christ était ressuscité. Toutefois cette annonce ne leur fut suffisante. En effet, il était nécessaire que quelqu’un ait vu le Christ et ait annoncé sa résurrection, mais ce n’était pas suffisant : il était nécessaire Le rencontrer.


Dans le lieu où ils s’étaient réfugiés, il y avait encore un vent de peur. Peur des Juifs, mais aussi et surtout peur d’eux-mêmes, de leur propre lâcheté, de la manière dont ils avaient agi pendant la nuit de la trahison. Et pourtant, même si leur cœur était faible – et le nôtre lent – Jésus entra chez eux et resta parmi eux.


Jésus savait que leur foi pouvait fleurir à nouveau et être confirmée pas seulement par le souvenir qu’ils avaient de Lui, de ce qu’Il avait dit et fait dans les trois années qu’Il avait passées avec ses apôtres. Le souvenir, même s’il est très vivant, n’est pas suffisant à rendre vivante une personne. Il peut au plus faire naitre une école de vie et de pensée.
Donc, après avoir quitté le lieu de mort qu’était le sépulcre, Jésus entra où sont ses disciples morts de peur et morts dans le cœur ; Il resta parmi eux, ce qui signifie – à mon avis- au centre de leur cœur.


Jésus ressuscité reste avec ses disciples : mais pour faire quoi ? Il apporte Sa paix.
Je peux avoir la première expérience de résurrection dans le lieu clos où je me trouve, dans mes peurs. Le Christ y est présent, Il vient au cœur de mon cœur et m’annonce Sa paix. C’est dans le lieu fermé de mes peurs qu’Il vient à ma rencontre.


Donc, cette rencontre est importante. Après la rencontre avec Marie-Madeleine qui cherche Jésus avec un saint amour et une pure piété, nous sommes appelés aujourd’hui à célébrer la rencontre d’amour et de piété avec le Christ qui nous cherche. Le Ressuscité vient à notre rencontre, à nous qui sommes morts dans nos peurs, dans nos fragilités, dans notre péché, dans nos fermetures, dans notre obscurité, pour nous faire renaitre à la paix et la joie.


La paix et la joie sont un cadeau du Ressuscité qui sont enracinés dans l’amour. Paix et joie sont un don du Ressuscité et, en même temps, elles sont les marques caractéristiques pour Le reconnaitre. Mais il faut briser l’attachement à soi-même. Seulement ainsi, nous ne serons plus sous chantage et nous serons libérés de la peur. La paix et la joie fleurissent dans la liberté et le don de soi : deux conditions sans lesquelles aucune expérience de la présence du Ressuscité n’est possible.


Le ressuscité Jésus, riche de miséricorde, de bonté et de paix, n’a pas été arrêté par le huis clos du Cénacle. Saint Augustin explique que « les portes fermées n’ont pas empêché l’entrée de ce Corps en lequel la divinité habitait. Celui qui avait laissé intègre la virginité de sa mère en naissant, pu entrer au Cénacle à huis clos et confirmer la faible foi des disciples en montrant ses plaies glorieuses. »

2) Un geste de miséricorde.


Comme il nous est dit dans le récit de l’Evangile d’aujourd’hui, huit jours après, Jésus réapparait au milieu de ses disciples, et cette fois-là l’apôtre Thomas est présent.
Jésus s’adresse à lui en disant : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant”. Thomas se mit à genoux et il fit une splendide profession de foi : “Mon Seigneur et mon Dieu”.


Le Christ ressuscité montra les signes de la passion jusqu’à concéder à l’incroyant Thomas de les toucher. La divine condescendance nous permet d’apprendre aussi de Thomas incrédule, et pas seulement de disciples croyants. En effet, en touchant les blessures du Seigneur, le disciple qui doute ne guérit pas seulement sa propre méfiance, mais aussi la nôtre.


Tout d’abord, il n’avait pas cru que Jésus puisse être apparu en son absence et avait dit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » (Jn 20, 19). Huit jours plus tard, le Christ ressuscité retourna au Cénacle et resta au milieu des disciples. Jésus reste debout, tout droit (c’est la position du Vivant dont le corps « gisait » dans le sépulcre) et il s’adresse à la communauté toute entière. En effet, il dit : « Paix à vous ! ». Paix aussi à Thomas ! Jésus s’adresse personnellement à lui en lui disant cette phrase déjà citée : « « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! ». C’est le Ressuscité-même qui choisit les signes de sa crucifixion pour se faire reconnaître : le coté et les mains transpercées. Jésus invite Thomas à réaliser son désir : voir et toucher les trous provoqués par les clous qui avaient soutenu Jésus sur la croix, et la blessure que la lance avait faite dans le coté du Rédempteur.


La Résurrection n’abolit pas la Croix : elle la transfigure. Les séquelles de la crucifixion restent toujours visibles parce que ce sont vraiment elles qui indiquent l’identité du Ressuscité et le chemin que le disciple doit parcourir pour le rejoindre.


Le Ressuscité porte pour toujours les blessures, maintenant glorieuses, mémoire pour toujours de son immense amour pour nous. Saint Thomas put mettre son doigt dans le trou des clous et avancer sa main dans la blessure ouverte par la lance, parce qu’il pensait à juste titre que les signes qualifiants de l’identité du Christ étaient surtout ses plaies, dans lesquelles se manifeste aussi aujourd’hui jusqu’à quel point Dieu nous a aimés et que le Ressuscité est le Crucifié.
Les blessures du Christ restent mystérieusement ouvertes aussi après la résurrection : elles sont la porte grande ouverte par laquelle le Fils de Dieu s’ouvre à nous et par laquelle nous entrons en lui. Comme Thomas, aujourd’hui nous sommes appelés à voir et à toucher le Corps du Christ, pour entre en communion avec Lui.

3) L’Amour est mission.


Le récit de l’Evangile d’aujourd’hui ne nous parle pas seulement de la rencontre entre le Ressuscité et Saint Thomas, mais il va au-delà, afin que tous puissent recevoir le don de la paix et de la vie avec le “Souffle créateur”. En effet, par deux fois, Jésus dit à ses disciples : “La paix soit avec vous” et ajouta : “ « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. ». Voilà la mission de l’Eglise toujours assistée par le Saint Esprit : apporter à toutes et à tous l’heureuse nouvelle, la joyeuse réalité de l’Amour miséricordieux de Dieu.
L’amour est toujours missionnaire parce qu’il met la personne « hors d’elle ». Non pas dans le sens de perdre la tête, c’est à dire de devenir fous, mais dans le sens de sortir de son propre égoïsme pour affirmer l’autre, afin que l’autre vive. L’amour du Père qui nous offre son Fils nous pousse vers nos frères ((cf. 2 Cor 5, 14) afin qu’ils découvrent cet amour divin et qu’ils l’accueillent. Alors Dieu sera tout en tous (cf. 1 Cor 15, 28).


Pour nous permettre d’accomplir cette mission, Jésus nous donne son souffle de vie : la Vie de Dieu devient notre vie. C’est l’esprit nouveau qui nous enlève le cœur en pierre et nous donne un cœur de chair, capable de vivre selon la parole de Dieu et d’habiter la terre (cf. Ez 36, 24 ss). C’est le souffle que Dieu expira sur Adam (cf. Gn 2,7) et que le nouvel Adam “expira” de la Croix, en faisant sortir de son coté du sang (signe de l’Eucharistie) et de l’eau (signe di Baptême).
C’est l’Esprit du Fils de Dieu qui nous rend capable de vivre en frères et sœurs, en vainquant le mal par le bien. Donc la mission des disciples est celle de pardonner les péchés. Le pardon fraternel réalise l’amour du Père. En cette façon l’Eglise, sacrement du salut pour tous, continue la mission de l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde.


Avec le don de son Esprit, Jésus nous envoie nous-aussi à continuer dans le monde son œuvre de miséricorde et réconciliation. Les vierges consacrées dans le monde participent à ce ministère de miséricorde d’une façon significative et très particulière.


Quand une chose est consacrée, elle est soustraite à tout autre usage pour être utilisé seulement pour un but sacré. C’est ainsi pour un objet quand il est destiné au culte divin. Mais il arrive la même chose pour une personne quand elle est appelée par Dieu à Lui rendre un culte parfait. Etre consacrée au Christ signifie se laisser conduire par lui, avoir confiance en Lui et apporter son amour miséricordieux dans la vie de chaque jour. “Prions le Seigneur qu’Il multiplie sur les vierges consacrées Sa grâce afin qu’elles accomplissent des œuvres de miséricorde, et que tous ceux qui les voient glorifient le Père de la Miséricorde qui est aux Cieux” (Sainte Faustine Kowalska.). Ceci est, entre autres, confirmé dans le Rituel de la Consécration des Vierges qui affirme que leur tâche est celle de s’adonner “chacune selon son état et ses charismes propres, aux œuvres pénitence et de miséricorde , à l’activité apostolique et à la prière” (Praenotanda, n. 2, en version originale latine)

Lecture Patristique


Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)
Commentaire sur l’évangile de Jean, 12
PG 74, 704-705.

Le corps du Ressuscité est le corps du Crucifié

En entrant dans le Cénacle toutes portes closes, le Christ a montré une fois de plus qu’il est Dieu par nature, et qu’il n’est pas différent de celui qui vivait auparavant avec les disciples. En découvrant son côté et en montrant la marque des clous, il manifestait à l’évidence qu’il a relevé le temple de son corps qui avait été suspendu à la croix, en détruisant la mort corporelle, puisque par nature il est la vie et il est Dieu.

Mais alors que le moment était venu de transformer son corps par une gloire inexprimable et prodigieuse, on le voit tellement soucieux de fonder la foi en la résurrection future de la chair qu’il a voulu, conformément à l’économie divine, apparaître tel qu’il était auparavant. Ainsi ne penserait-on pas qu’il avait alors un corps différent de celui avec lequel il était mort sur la croix.

Même si le Christ avait voulu déployer la gloire de son corps devant les disciples, avant de monter vers le Père, nos yeux n’auraient pu en supporter la vue. Vous le comprendrez facilement si vous vous rappelez la transfiguration qui avait jadis été montrée sur la montagne. En effet, saint Matthieu écrit que le Christ fut transfiguré devant eux, que son visage resplendit comme l’éclair et que ses vêtements devinrent blancs comme neige. Quant à eux, ne pouvant supporter la vision, ils tombèrent la face contre terre.

C’est pourquoi, afin d’observer exactement le plan divin, notre Seigneur Jésus apparaissait encore, au Cénacle, sous sa forme antérieure, et non pas selon la gloire qui est due et convient à son Temple transfiguré. Il ne voulait pas que la foi en la résurrection se porte sur un aspect et sur un corps différent de ceux qu’il reçut de la sainte Vierge et dans lesquels il est mort après avoir été crucifié selon les Écritures. En effet, la mort n’avait pouvoir que sur la chair, dont elle allait être chassée. Car, si ce n’est pas son corps mort qui est ressuscité, quelle espèce de mort a donc été vaincue ? Ou encore, comment le pouvoir de la corruption aurait-il cessé, sinon par la mort d’une créature raisonnable ? Car ce ne fut pas l’œuvre de l’âme, ni de l’ange, ni même du Verbe de Dieu. Donc, puisque la mort ne peut exercer son pouvoir que sur ce qui est corruptible par nature, on aura raison d’estimer que la force de résurrection peut s’exercer aussi sur cela, pour que la tyrannie de la mort soit renversée.

Le Seigneur salue ses disciples en disant : Paix à vous. Il déclare ainsi que lui-même est la paix. Car ceux auprès desquels il est présent bénéficient d’un esprit parfaitement apaisé. C’est évidemment ce que saint Paul souhaitait aux fidèles quand il disait : Que la paix du Christ, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, garde votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus (Ph 4,7). Pour saint Paul, la paix du Christ, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, n’est autre que son Esprit: celui qui participe à son Esprit sera rempli de tout bien.

Source: ZENIT.ORG, le 8 avril 2021