L’Amour est d’abord « un don de Dieu », par Mgr Francesco Follo

Sanctuaire du Divin Amour, Rome, capture TV2000

Sanctuaire Du Divin Amour, Rome, Capture TV2000

L’Amour est d’abord « un don de Dieu », par Mgr Francesco Follo

« …avant d’être un commandement »

Il existe « un lien indissoluble » entre « l’amour » que nous portons à Jésus et « l’observance de sa parole », écrit Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO, dans son commentaire des lectures du VIe Dimanche de Pâques 2022.

Dans l’Evangile selon saint Jean, Jésus affirme : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ». « Quand on aime, explique Mgr Follo, la “parole” » de celui ou celle qu’on aime devient si importante qu’on la porte dans son cœur, on veille sur elle en l’observant ».

Voici le commentaire des lectures du VI Dimanche de Pâques, le 22 mai 2022, par Mgr Francesco Follo.

« Avec l’invitation à se rappeler qu’avant d’être un commandement, l’amour est un don que Dieu nous fait connaître et expérimenter, nous invitant à le partager ».

Obéir veut dire aimer

VI Dimanche de Pâques – Année C – 22 mai 2022

Ac 15,1-2.22-29 ; Ps 66 ; Ap 21,10-14.22-23 ; Jn 14,23-29

1) La marche des six dimanches de Pâques.

Pendant la période pascale, la liturgie de l’Eglise nous fait vivre (dans le sens biblique du terme : rendre présent) la présence concrète, et vraiment vivante, du Christ ressuscité. C’est pourquoi, pendant la messe des trois premiers dimanches de Pâques, sont proposés des passages de l’Evangile où l’on parle des rencontres de Jésus avec Marie Madeleine, avec les disciples d’Emmaüs, avec les apôtres, saint Thomas, et pour finir Pierre qui sera confirmé dans son amour après Lui avoir remis ses peines.

Le IV dimanche, on nous a rappelé que le Christ est le bon pasteur, qui nous guide par le biais des prêtres et des évêques. Le V dimanche, on nous a rappelé que Jésus ressuscité est présent dans l’amour vécu concrètement et donné réciproquement dans la communauté des chrétiens, qui ont « comme » exemple le Christ lui-même.

Aujourd’hui, l’enseignement des dimanches précédents est à son apogée. En effet, en ce VI dimanche de Pâques, l’Evangile nous dit que Jésus ne se contente par de demeurer parmi nous, il demande d’être écouté (que l’on observe sa parole) pour pouvoir « demeurer » en nous. Jésus n’est donc plus simplement avec nous, un parmi nous, même s’il est le meilleur : il est maintenant en nous avec son Esprit.

A nous croyants qui écoutons sa parole et à qui il donne l’Esprit Saint pour obtenir la paix et pour « rappeler à notre cœur tout ce que le Christ a fait et enseigné et nous rendre capables d’en témoigner, en joignant le geste à la parole » (cf. la Collecte du VIème dimanche de Pâques).

Connaître et faire l’expérience de l’amour de Dieu en nous et pour nous, est source de paix et de joie mais suppose également une grande responsabilité quotidienne.

2) Observer la Parole, qui est un don d’amour.

La méditation du jour, tirée d’un passage de l’évangile de Jean (14,23-29), illustre deux aspects : l’amour obéissant porté à Jésus et le don de l’Esprit.

Dans cet extrait, le Fils de Dieu fait le lien – un lien indissoluble – entre l’Amour qui Lui est porté et l’observance de sa parole. A ce propos, n’oublions pas que le terme grec « Logos », utilisé par saint Jean, peut varier selon les circonstances. Il peut signifier la « Parole » qui est Jésus Christ, le Verbe de Dieu, la « parole » que Jésus adresse à ses interlocuteurs, et le « commandement » donné par amour et à observer avec amour.  Ce troisième sens n’a rien d’étrange finalement, car quand on aime, la « parole » de celui ou celle qu’on aime devient si importante qu’on la porte dans son cœur, on veille sur elle en l’observant. Autrement dit, si nous aimons le Seigneur, cela veut dire que nous Le portons dans notre cœur. Nous conservons (observons) ses paroles, parce que nous voulons vivre comme Lui, nous voulons qu’Il devienne notre vie. En effet, quand on aime quelqu’un, cette personne devient notre vie et nous l’écoutons, mettant en pratique ce qu’elle nous dit.

Donc « obéir » au Seigneur est la preuve qu’on L’aime vraiment. Mais il est vrai que le verbe « aimer » dit aussi désir, affection, appartenance, mais ici on souligne que l’on ne peut parler de vrai amour sans observance des commandements : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jn 14, 23). Et, aussitôt après, dans le même verset 23, Jésus ajoute « mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Id 14, 23). Ici, le Fils de Dieu souligne une autre caractéristique de l’amour: c’est là où se passe la rencontre avec l’amour du Père. Je dirais même mieux ; c’est là où le Père et Jésus établissent leur demeure.

Marie, Vierge et Mère, est l’icône parfaite de cette demeure « construite » par obéissance amoureuse. Elle a accueilli le Fils de Dieu dans sa foi puis dans sa chair, obéissant pleinement à la Parole de Dieu.

L’obéissance à Dieu et à son action inclut aussi l’élément « obscurité » dans notre foi. Les relations entre l’être humain et Dieu n’effacent pas la distance entre le Créateur et la créature, n’effacent pas tout ce qu’affirme l’apôtre Paul devant la profondeur de la sagesse de Dieu: « Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables ! » (Rm 11,33). Mais ceux qui, comme Marie, s’ouvrent à Dieu totalement, finissent par accepter la volonté divine. Même si cette volonté est mystérieuse et ne correspond pas toujours à ce que nous voudrions, qu’elle est comme une épée qui transperce l’âme, comme le prophète Siméon a dit à Marie quand, avec Joseph, elle est allée présenter Jésus au Temple (cf. Lc 2,35).

Sur le chemin de la foi, la joie de recevoir un don d’amour est grande, mais il ne manque pas aussi de moments obscurs dus aux souffrances de la vie, aux croix de la vie. Il en fut ainsi pour Marie. Grâce à sa foi, elle connut la joie de l’Annonciation, mais connut l’obscurité de la crucifixion du Fils jusqu’à la lumière de sa Résurrection, sans jamais céder.

Alors, pour les apôtres, et pour chacun de nous, aujourd’hui, dans notre foi, le chemin de l’obéissance n’est pas différent: nous rencontrons des moments de lumière, mais aussi des moments où Dieu paraît absent, où son silence pèse sur notre cœur, et sa volonté ne correspond pas à la nôtre, à ce que nous voudrions. Mais plus nous nous ouvrons à Lui, plus nous accueillons le don de la foi et plaçons totalement notre confiance en Lui, plus Il nous rend capables, par sa présence, de vivre chaque situation de notre vie dans la paix et la certitude de sa fidélité et de son amour. Mais cela signifie sortir de soi-même et de ses propres projets, pour que la Parole de Dieu, observée avec amour, soit comme un phare pour guider nos pensées et nos actions.

Comment la Mère de Dieu a-t-elle pu vivre ce chemin de foi aux côtés de son Fils de manière si solide, même au plus fort de l’obscurité, sans perdre sa pleine confiance en l’action de la Providence? Et cette question vaut aussi pour les apôtres: « Comment ont-ils pu continuer à marcher avec le Christ et donner leur vie pour son Evangile, c’est-à-dire pour sa bonne et heureuse Parole qui conduit à la joie de la vraie vie par la Croix.

Marie et les apôtres ont obéi à l’amour, ont observé la parole reçue qui se tenait devant eux. Ils ont «  dialogué » avec le Christ, en conservant et observant Sa Parole. Ils ont réfléchi  au sens de cette Parole et en ont conclu qu’ils ne pouvaient pas quitter Jésus, car Lui seul avait la parole de vie éternelle. Le terme grec utilisé dans l’évangile, pour définir cette « réflexion », ‘’dielogizeto”, rappelle la racine du mot « dialogue ». Cela signifie que nous croyants, « auditeurs de la Parole », nous devons persévérer dans le dialogue avec la Parole de Dieu qui nous est dite, en la laissant pénétrer dans son esprit et dans son cœur pour comprendre ce que le Seigneur veut de chacun de nous.

3) le don de l’Esprit.

L’Evangile du jour nous dit aussi: « Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 25-26).

Que veut dire Jésus dans ces deux versets? Il veut dire à ses disciples d’hier et d’aujourd’hui, à nous ses disciples de toujours, qu’Il ne nous laisse jamais seuls, nous envoie le Défenseur, l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité qui donne la vie de Dieu. La vie de Dieu c’est l’amour. Et c’est cet amour, progressivement, qui nous fera connaître ce que Jésus a dit. Plus nous le connaitrons plus nous l’aimerons; plus nous l’aimerons plus nous le connaitrons et ainsi de suite jusqu’à l’infini.

L’enseignement de l’Esprit et l’enseignement de Jésus sont le même enseignement. Les deux ne s’opposent pas. L’Esprit a pour tâche d’enseigner et de faire en sorte que nous nous souvenions. C’est toujours l’enseignement de Jésus, mais saisi et compris dans sa totalité: « Il vous enseignera tout ». Il ne s’agit pas d’ajouter quelque chose à l’enseignement de Jésus, comme s’il était incomplet. « Tout » signifie totalité, sa racine, sa raison profonde. Et la mémoire aussi, don de l’Esprit, n’est pas un souvenir répétitif, mais un souvenir  qui actualise. L’Esprit entretient l’histoire de Jésus, la tient ouverte, la rendant  éternellement actuelle et salvifique. Donc  l’Esprit que Jésus nous a laissé sur la croix et dans l’histoire, sa présence constante dans l’histoire, est l’Esprit d’amour qui nous fait comprendre et nous fait faire ce que lui a dit et a fait. L’Esprit n’enseigne pas ou n’inspire pas de choses étranges, il nous fait comprendre ce que le Christ a dit et fait, en nous donnant la force de le vivre car seul l’amour nous fait comprendre et agir.

Naturellement nous recevons tous le don de l’Esprit, dont l’action en nous nous fait «  souvenir » (c’est-à-dire redonner au cœur) et « rend toujours présent » le Christ. Mais  Les Vierges consacrées dans le monde, en particulier, sont le signe visible du mystère de l’Eglise, qui est en même temps vierge et épouse (cf. 2 Cor 11,2; Ep 5, 25 – 27). Si d’un côté la virginité annonce d’emblée ce que sera la vie future (cf. Mt 22,30), une vie semblable à celle des anges, celle-ci a aussi une signification nuptiale comme il est indiqué dans le Rituel de consécration, au moment de la remise des insignes de la consécration, c’est-à-dire le voile et l’anneau, accompagnée de cette prière: « Recevez ce voile et cet anneau, signe de votre consécration nuptiale. Toujours fidèle au Christ, votre Epoux, n’oubliez jamais que vous vous êtes vouée au service du Christ et de son corps qui est l’Eglise » (REV, n 19 e n. 88).

Lecture Patristique

Saint Jean Chrysostome (+ 407)

Homélie 75, 1

PG 59, 403-405.

Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements (Jn 14,15-18). Je vous ai donné ce commandement de vous aimer les uns les autres, de pratiquer entre vous ce que moi-même ai fait pour vous. C’est cela l’amour: obéir à ces commandements, et ressembler à celui que vous aimez. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur. Nouvelle parole, pleine de délicatesse. Parce que les disciples ne connaissaient pas encore le Christ d’une manière parfaite, on pouvait penser qu’ils regretteraient vivement sa société, ses entretiens, sa présence selon la chair, et que rien ne pourrait les consoler de son départ. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur, c’est-à-dire: un autre tel que moi. <>

C’est quand le Christ les eut purifiés par son sacrifice que l’Esprit Saint descendit en eux. pourquoi n’est-il pas venu pendant que Jésus était avec eux? Parce que le sacrifice n’avait pas été offert. C’est seulement lorsque le péché eut été enlevé et que les disciples furent envoyés affronter les périls du combat, qu’il leur fallut un entraîneur. Mais alors, pourquoi l’Esprit n’est-il pas venu aussitôt après la résurrection? Afin qu’ayant un plus vif désir de le recevoir, ils l’accueillent avec une plus grande reconnaissance. Tandis que le Christ était avec eux, ils n’étaient pas affligés; lorsqu’il fut parti, leur solitude les plongea dans une crainte profonde; ils allaient donc accueillir l’Esprit avec beaucoup d’ardeur.

Il sera pour toujours avec vous. Cela signifie clairement qu/il ne vous quittera jamais. Il ne fallait pas qu’en entendant parler d’un Défenseur, ils imaginent une seconde incarnation et espèrent la voir de leurs yeux. Il rectifie donc leur pensée en disant: Le monde est incapable de le recevoir parce qu’il ne le voit pas. Car il ne sera pas avec vous de la même manière que moi, mais c’est dans vos âmes qu’il habitera, comme le signifient ces paroles: Il est en vous. Et il l’appelle l’Esprit de vérité parce qu’il leur fera connaître le vrai sens des préfigurations de la Loi ancienne.

Il sera pour toujours avec vous.Qu’est-ce que cela veut dire? Ce qu’il dit de lui-même: Voici que je suis avec vous. Mais d’une façon différente, et il insinue que le Défenseur ne souffrira pas comme le Christ, et que lui ne vous quittera pas. Le monde est incapable de le recevoir parce qu’il ne le voit pas.Quoi donc? Serait-il visible pour les autres? Nullement. Il parle ici de la connaissance par l’esprit, puisqu’il ajoute aussitôt: Et ne le connaît pas.Nous savons qu’il emploie le mot « voir » au sens de connaissance très claire. Par « le monde » il entend ici les méchants, et c’est là un réconfort pour les disciples, que leur soit accordé un don de choix. <>

Il annonce un Défenseur autre que lui; il affirme que ce Défenseur ne les quittera pas; il ajoute qu’il viendra uniquement pour eux, comme le Christ lui-même est venu. Il déclare enfin qu’il va demeurer e n eux, mais ce n’est pas ainsi qu’il dissipe leur chagrin, car c’est lui qu’ils veulent, c’est sa compagnie. Et il dit pour les apaiser: Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.

Ne craignez pas, dit-il. Si j’ai promis d’envoyer un autre Défenseur, ce n’est pas que je veuille vous abandonner pour toujours. En disant : Pour qu’il soit toujours avec vous, ce n’est pas en ce sens que je ne vous verrai plus. Car, moi aussi, je reviens vers vous, je ne vous laisserai pas orphelins.

Source: ZENIT.ORG, le 20 mai 2022

Aimer : « un commandement nouveau et ancien », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

Aimer : « un commandement nouveau et ancien », par Mgr Follo

Pour rendre Jésus présent

« Avec le souhait de comprendre que si nous nous aimons les uns les autres, Jésus continue d’être présent parmi nous, nous donnant la paix et la joie. »

Voici la méditation des lectures de ce Vème dimanche de Pâques, 15 mai 2022, par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO.

Un commandement ancien : Aimer, qui devient nouveau parce que le Christ en est le modèle.

Vème dimanche de Pâques – Année C – 15 mai 2022

Ac 14,21-27; Ps 144; Ap 21,1-5; Jn 13,31-35

            1) Un commandement nouveau et ancien

Dans la Liturgie de la Parole de ce Vème dimanche de Pâques  il y a un adjectif qui revient souvent : « nouveau, nouvelle ». Dans les deux premières lectures de la Messe, on parle « d’un  ciel nouveau et d’une terre nouvelle» de la « Jérusalem nouvelle», de Dieu qui rend toutes choses nouvelles et, dans l’Evangile, du « commandement nouveau » : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34).

Si nous nous aimons, Jésus continue d’être présent parmi nous, d’être glorifié dans le monde. Jésus parle d’un nouveau commandement. Mais quelle est sa nouveauté ? Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu avait donné le commandement de l’amour ; maintenant, cependant, ce commandement est devenu nouveau car Jésus y fait un ajout très important: « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ». Ce qui est nouveau, c’est précisément cet « aimer comme Jésus a aimé ». Tout notre amour est précédé de son amour et se réfère à cet amour, il s’insère dans cet amour, il se réalise précisément pour cet amour.

L’Ancien Testament n’a présenté aucun modèle d’amour, mais a seulement formulé le précepte d’aimer. Au lieu de cela, Jésus nous a donné lui-même comme modèle et comme source d’amour. C’est un amour universel et illimité, capable de transformer même toutes les circonstances négatives et tous les obstacles en opportunités pour progresser dans l’amour.

Nous pouvons clarifier cette nouveauté en ayant l’aide de Saint Augustin qui affirme que Jésus définit « nouveau » le commandement de l’amour fraternel et réciproque parce qu’il rénove et qu’il transforme tout et tous. En effet, « l’amour du Christ nous rénove, en faisant de nous des hommes nouveaux, héritiers du Testament nouveau, chanteurs du cantique nouveau » (Saint-Augustin). Si nous devions mettre des paroles sur la bouche de l’amour, nous pourrions utiliser les paroles que Dieu prononce dans la deuxième lecture d’aujourd’hui : « Voici, voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5). Donc, le commandement de l’amour est nouveau dans le sens actif, dynamique. Il est source de nouveauté.

Mais en quoi consiste la nouveauté de cette volonté du Christ? En soi, le commandement de l’amour est ancien[1], comme Saint-Jean le dit dans sa première lettre (cfr 1 Jn1,7-10). C’est un commandement « ancien » comme Dieu. Et déjà l’ Ancien Testament (cf. Dt 6) invitait à aimer Dieu par-dessus toute chose et le prochain comme soi-même.

Donc, la nouveauté dont Jésus parle n’est pas liée au temps mais à la modalité: « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,35). Et le« comme » n’indique pas la quantité de l’amour (qui pourrait aimer « comme » le Fils de Dieu !?) mais la modalité. Le Christ ne dit pas « aimez-vous « autant » que je vous ai aimé, mais  « comme » je vous ai aimé ». Pour nous, pauvres êtres limités, sa mesure sans limites est impossible. Il est possible de le suivre, de l’imiter dans sa modalité d’aimer. Par exemple, en lavant laver les pieds comme il l’a fait, en partant du plus pauvre. En lavant les pieds aux Apôtres, le Christ a indiqué combien il est important de pratiquer la charité comme l’amour humble qui est avec les amis, qui sert les amis. Il s’agit d’une manière de vivre, c’est un mode de vie, une façon d’être un don de soi qui ne peut être obscurci par ce désir de tout posséder, de posséder même de la pauvreté, pour s’accommoder dans la rhétorique d’une aide charitable.

L’amour fraternel et réciproque est la nouveauté de la vie de Dieu qui fait irruption émerge dans notre vieux monde, en le régénérant. Et c’est une anticipation de la vie future à laquelle nous aspirons et une garantie de la présente parce que « nous tous avons besoin de beaucoup d’amour pour vivre bien » (Jacques Maritain).

L’amour entre les disciples, frères du Christ  et frères entre eux, est un amour qui vise la réciprocité : « Aimez-vous les uns les autres »  (Jn 13,35) est répété plusieurs fois. Mais si nous voulons que notre amour réciproque soit comme celui du Christ, cet amour doit être gratuit et s’ouvrir à tous les frères en humanité. Cela doit donc être une charité réciproque et ouverte. « De tout cela, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Id). L’amour chrétien – lorsque l’on souligne la réciprocité – ne cesse pas d’être ouvert, bien au contraire, il s’ouvre à tous. L’amour réciproque est pour l’homme un mouvement, une  vie, une sortie de l’enfermement, de la haine, de l’égoïsme et de l’indifférence pour respirer à pleins poumons. Saint-Jean, le disciple bien-aimé, écrit : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères, qui n’aime pas reste dans la mort » (1Jn 3,14). « S’aimer réciproquement » n’est pas une imposition mais une directive amoureuse qui sauvegarde et promeut la vie humaine, en cette volonté d’amour où le destin du monde et le sort de chacun de nous sont récapitulés.

            2) Aimer : un commandement qui est un don

L’Apôtre que le Christ préférait écrit encore : « Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ; et ses commandements ne sont pas un fardeau » (1 Jn 5,3). Ils sont légers et source de joie : ils sont un don. Saint-Jean appelle « don » le commandement de l’amour (le verbe « donner » est trop faible, il vaut mieux traduire « faire un don »). Cela peut paraître absurde d’affirmer qu’un commandement soit un don mais c’est conforme à tout l’enseignement biblique. La loi de Dieu est un don, parce que ce qu’elle  indique la nature de Dieu et notre futur, notre vocation la plus profonde. Par exemple, le commandement : « Ne tue pas » veut dire que la nature de Dieu est vie et que nous sommes appelés à la vie.

Lorsque Dieu « commande » d’aimer, cela veut dire que Lui est Amour et que nous sommes appelés à l’Amour.

Mais qu’est ce que l’Amour ? On ne peut exister qu’en tant qu’être aimé, si non on n’existe pas. Nous savons aussi que Dieu est amour, mais comment faisons nous à connaître que Dieu est Amour? Voici comment Jésus l’a manifesté : l’amour consiste à laver les pieds à Pierre qui le renie, l’amour consiste à se donner à Juda qui le livre et le trahit. L’amour est savoir aimer l’autre comme il est, d’une façon absolue et inconditionnelle, sans tenir compte des mérites de la personne aimée. De façon analogue, les parents aiment leur enfant, pour ce qu’il est et non pas à cause des mérites qu’il a, parce que si l’on faisait naître un enfant en se basant sur les mérites que l’enfant a, cet enfant ne naîtrait jamais et, que, s’ils le faisaient grandir en fonction des mérites qu’il a, il ne grandirait jamais. L’être aimé est la condition pour vivre et pour partager l’amour reçu.

Dans le sillon de Benoît XVI qui a expliqué l’amour sur le plan théologique dans son encyclique « Deus caritas est », le pape François, pasteur authentique dit : « Qu’est-ce c’est l’amour? C’est une série télévisée ? C’est ce que nous voyons dans les téléromans ? Certains pensent l’amour que c’est ça. Parler de l’amour est tellement beau, on peut dire de belles choses, belles, belles belles. Mais l’amour a deux axes sur lesquels on bouge, et si une personne, un jeune n’a pas ces deux axes, ces deux dimensions de l’amour, ce n’est pas l’Amour. Avant tout, l’amour est plus dans les œuvres que dans les paroles, l’amour est concret…. Ce n’est pas l’amour de dire seulement : « Moi, je t’aime, moi j’aime toutes les personnes ». Non. Que fais-tu pour l’amour? L’amour se donne. Pensez que Dieu a commencé à parler de l’amour lorsqu’il a sauvé son peuple, il a pardonné tant de fois – que de patience a Dieu!-: il a fait des gestes d’amour, œuvres d’amour. Et la deuxième dimension, le deuxième axe sur lequel l’amour tourne c’est que l’amour se communique toujours, l’amour écoute et répond, l’amour se fait dans le dialogue, dans la communion : on communique ».

            3) Le Pélican, image du Christ-Amour.

Porte du Pélican, abbaye de Saint-Wandrille, diocèse de Rouen, France.

Une image nous arrive de la tradition médiévale : elle peut être utile pour comprendre ce qu’est l’amour : c’est l’image de Jésus Christ représenté comme un pélican qui ouvre son propre cœur pour nourrir ses petits, parce qu’il n’a pas trouvé de poissons à leur donner à manger. L’origine de cette image eucharistique vient d’une ancienne légende qui représente bien l’amour concret du Fils de Dieu qui se communique en donnant sa vue pour donne la nourriture de Vie.

Tous les chrétiens doivent avoir un rapport profond avec le Christ-Eucharistie, mais il faut tenir en compte que le mystère eucharistique de l’amour manifeste un rapport intrinsèque  avec la virginité consacrée, en tant qu’expression de don exclusif de l’Eglise au Christ. En fait, les vierges consacrées accueillent le Christ-Epoux avec fidélité radicale et féconde. Dans l’Eucharistie, les vierges consacrées  dans le monde trouvent l’inspiration et la nourriture pour leur pleine consécration au Christ (cf. Sacramentum caritatis, n 81).

Les vierges consacrées sont passionnées dans leur amour pour l’Eucharistie, accueillant le Christ comme leur inspiration et leur nourriture à partager. Leur consécration virginale n’est pas un renoncement à l’amour. Bien au contraire, cette consécration les rend toujours prêtes à recevoir l’amour intime du Seigneur et à le Lui retourner par la prière et le service au prochain aimé d’un amour virginal comme celui du Christ. (cf. rituel de consécration des vierges, formule de bénédiction finale : « Que Dieu vous établisse aux yeux du monde comme signe et témoin de son amour ».  Ces femmes consacrées suivent, c’est à dire imitent l’Agneau dans la splendeur de la virginité. « Vous – dit Saint Augustin – suivez l’Agneau en conservant avec persévérance ce que vous Lui avez consacré avec ardeur » (S.Virg 29,29).

La virginité, que la consécration virginale rend précieuse, est quotidiennement revitalisée par la nuptialité eucharistique où l’on respire l’amitié de Jésus : amitié de ressemblance: « Comme le Père m’a aimé, moi, je vous aime » (Jn 15,9). Le précepte « aimez-vous comme je vous ai aimé, dans mon amour » (Jn 13,34; 15,9 ss) est la clé interprétative du don par le sacrement de la présence amie du Seigneur ressuscité.

Lecture patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)

Commentaire sur l’évangile de Jean, 9

 PG 74, 161-164.

Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres. Mais, demandera-t-on peut-être, comment Jésus peut-il dire que ce commandement est nouveau, lui qui a prescrit aux anciens, par l’intermédiaire de Moïse: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même (Dt 6,5Mt 22,37)? <>

Il faut voir ce que Jésus ajoute. Il ne s’est pas contenté de dire: Je vous donne un commandement nouveau: aimez-vous les uns les autres. Mais pour montrer la nouveauté de cette parole et que son amour a quelque chose de plus fort et de plus remarquable que l’ancienne charité envers le prochain, il ajoute aussitôt: Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Il faut donc creuser le sens de ces paroles, et rechercher comment le Christ nous a aimés. Alors, en effet, nous pourrons apprécier ce qu’il y a de différent et de nouveau dans le précepte qui nous est donné maintenant. Donc, lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu, mais au contraire il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix (Ph 2,6-8). Et saint Paul affirme encore: Lui qui est riche, il s’est fait pauvre (2Co 8,9).

Voyez-vous la nouveauté de son amour envers nous? La Loi prescrivait en effet d’aimer son frère comme soi-même. Or notre Seigneur Jésus Christ nous a aimés plus que lui-même, puisque, vivant dans la même condition que Dieu le Père et dans l’égalité avec lui, il ne serait pas descendu jusqu’à notre bassesse, il n’aurait pas subi pour nous une mort physique aussi affreuse, il n’aurait pas subi les gifles, les moqueries et tout ce qu’il a subi, – si je voulais énumérer dans le détail tout ce qu’il a souffert, je n’en finirais pas – et d’abord, il n’aurait pas voulu, étant riche, se faire pauvre, s’il ne nous avait pas aimés plus que lui-même. Une telle mesure d’amour est donc inouïe et nouvelle.

Il nous ordonne d’avoir les mêmes sentiments, de ne faire passer absolument rien avant l’amour de nos frères, ni la gloire ni les richesses. Il ne faut même pas craindre, si c’est nécessaire, d’affronter la mort corporelle pour obtenir le salut du prochain. C’est ce qu’ont fait les bienheureux disciples de notre Sauveur et ceux qui ont suivi leurs traces. Ils ont fait passer le salut des autres avant leur propre vie, ils n’ont refusé aucun labeur. Ils ont accepté de supporter des maux extrêmes pour sauver des âmes qui se perdaient. C’est ainsi que saint Paul dit parfois: Je meurs chaque jour (1Co 15,31), et aussi: Si quelqu’un faiblit, je partage sa faiblesse; si quelqu’un vient à tomber, cela me brûle (2Co 11,29).

Le Sauveur nous a ordonné de cultiver la racine de cette piété très parfaite envers Dieu, bien plus grande que l’amour prescrit par la loi ancienne. Il savait que nous n’avons pas d’autre moyen de plaire à Dieu que de suivre la beauté de l’amour, tel qu’il l’a introduit chez nous, et de recevoir ainsi les plus hautes et les plus parfaites bénédictions.

[1] Il s’agit d’un commandement « ancien » et « nouveau ». Ancien parce qu’il remonte à Dieu même qui est Amour de l’éternité et dans l’amour il confirme tous ses enfants; nouveau par le fait que le critère d’agir, l’attitude et la fiabilité de celui qui dit demeurer dans le Christ devra se configurer dans l’amour vers les frères en évitant toute sorte de haine, de recul et de suspicion : la caractéristique distinctive du chrétien doit être sa capacité d’aimer au-dessus de ses forces, jusqu’à nier soi-même.

Source: ZENIT.ORG, le 13 mai 2022

Aimer : « un commandement nouveau et ancien », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

Aimer : « un commandement nouveau et ancien », par Mgr Follo

Pour rendre Jésus présent

« Avec le souhait de comprendre que si nous nous aimons les uns les autres, Jésus continue d’être présent parmi nous, nous donnant la paix et la joie. »

Voici la méditation des lectures de ce Vème dimanche de Pâques, 15 mai 2022, par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO.

Un commandement ancien : Aimer, qui devient nouveau parce que le Christ en est le modèle.

Vème dimanche de Pâques – Année C – 15 mai 2022

Ac 14,21-27; Ps 144; Ap 21,1-5; Jn 13,31-35

            1) Un commandement nouveau et ancien

Dans la Liturgie de la Parole de ce Vème dimanche de Pâques  il y a un adjectif qui revient souvent : « nouveau, nouvelle ». Dans les deux premières lectures de la Messe, on parle « d’un  ciel nouveau et d’une terre nouvelle» de la « Jérusalem nouvelle», de Dieu qui rend toutes choses nouvelles et, dans l’Evangile, du « commandement nouveau » : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,34).

Si nous nous aimons, Jésus continue d’être présent parmi nous, d’être glorifié dans le monde. Jésus parle d’un nouveau commandement. Mais quelle est sa nouveauté ? Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu avait donné le commandement de l’amour ; maintenant, cependant, ce commandement est devenu nouveau car Jésus y fait un ajout très important: « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres ». Ce qui est nouveau, c’est précisément cet « aimer comme Jésus a aimé ». Tout notre amour est précédé de son amour et se réfère à cet amour, il s’insère dans cet amour, il se réalise précisément pour cet amour.

L’Ancien Testament n’a présenté aucun modèle d’amour, mais a seulement formulé le précepte d’aimer. Au lieu de cela, Jésus nous a donné lui-même comme modèle et comme source d’amour. C’est un amour universel et illimité, capable de transformer même toutes les circonstances négatives et tous les obstacles en opportunités pour progresser dans l’amour.

Nous pouvons clarifier cette nouveauté en ayant l’aide de Saint Augustin qui affirme que Jésus définit « nouveau » le commandement de l’amour fraternel et réciproque parce qu’il rénove et qu’il transforme tout et tous. En effet, « l’amour du Christ nous rénove, en faisant de nous des hommes nouveaux, héritiers du Testament nouveau, chanteurs du cantique nouveau » (Saint-Augustin). Si nous devions mettre des paroles sur la bouche de l’amour, nous pourrions utiliser les paroles que Dieu prononce dans la deuxième lecture d’aujourd’hui : « Voici, voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5). Donc, le commandement de l’amour est nouveau dans le sens actif, dynamique. Il est source de nouveauté.

Mais en quoi consiste la nouveauté de cette volonté du Christ? En soi, le commandement de l’amour est ancien[1], comme Saint-Jean le dit dans sa première lettre (cfr 1 Jn1,7-10). C’est un commandement « ancien » comme Dieu. Et déjà l’ Ancien Testament (cf. Dt 6) invitait à aimer Dieu par-dessus toute chose et le prochain comme soi-même.

Donc, la nouveauté dont Jésus parle n’est pas liée au temps mais à la modalité: « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,35). Et le« comme » n’indique pas la quantité de l’amour (qui pourrait aimer « comme » le Fils de Dieu !?) mais la modalité. Le Christ ne dit pas « aimez-vous « autant » que je vous ai aimé, mais  « comme » je vous ai aimé ». Pour nous, pauvres êtres limités, sa mesure sans limites est impossible. Il est possible de le suivre, de l’imiter dans sa modalité d’aimer. Par exemple, en lavant laver les pieds comme il l’a fait, en partant du plus pauvre. En lavant les pieds aux Apôtres, le Christ a indiqué combien il est important de pratiquer la charité comme l’amour humble qui est avec les amis, qui sert les amis. Il s’agit d’une manière de vivre, c’est un mode de vie, une façon d’être un don de soi qui ne peut être obscurci par ce désir de tout posséder, de posséder même de la pauvreté, pour s’accommoder dans la rhétorique d’une aide charitable.

L’amour fraternel et réciproque est la nouveauté de la vie de Dieu qui fait irruption émerge dans notre vieux monde, en le régénérant. Et c’est une anticipation de la vie future à laquelle nous aspirons et une garantie de la présente parce que « nous tous avons besoin de beaucoup d’amour pour vivre bien » (Jacques Maritain).

L’amour entre les disciples, frères du Christ  et frères entre eux, est un amour qui vise la réciprocité : « Aimez-vous les uns les autres »  (Jn 13,35) est répété plusieurs fois. Mais si nous voulons que notre amour réciproque soit comme celui du Christ, cet amour doit être gratuit et s’ouvrir à tous les frères en humanité. Cela doit donc être une charité réciproque et ouverte. « De tout cela, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Id). L’amour chrétien – lorsque l’on souligne la réciprocité – ne cesse pas d’être ouvert, bien au contraire, il s’ouvre à tous. L’amour réciproque est pour l’homme un mouvement, une  vie, une sortie de l’enfermement, de la haine, de l’égoïsme et de l’indifférence pour respirer à pleins poumons. Saint-Jean, le disciple bien-aimé, écrit : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères, qui n’aime pas reste dans la mort » (1Jn 3,14). « S’aimer réciproquement » n’est pas une imposition mais une directive amoureuse qui sauvegarde et promeut la vie humaine, en cette volonté d’amour où le destin du monde et le sort de chacun de nous sont récapitulés.

            2) Aimer : un commandement qui est un don

L’Apôtre que le Christ préférait écrit encore : « Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ; et ses commandements ne sont pas un fardeau » (1 Jn 5,3). Ils sont légers et source de joie : ils sont un don. Saint-Jean appelle « don » le commandement de l’amour (le verbe « donner » est trop faible, il vaut mieux traduire « faire un don »). Cela peut paraître absurde d’affirmer qu’un commandement soit un don mais c’est conforme à tout l’enseignement biblique. La loi de Dieu est un don, parce que ce qu’elle  indique la nature de Dieu et notre futur, notre vocation la plus profonde. Par exemple, le commandement : « Ne tue pas » veut dire que la nature de Dieu est vie et que nous sommes appelés à la vie.

Lorsque Dieu « commande » d’aimer, cela veut dire que Lui est Amour et que nous sommes appelés à l’Amour.

Mais qu’est ce que l’Amour ? On ne peut exister qu’en tant qu’être aimé, si non on n’existe pas. Nous savons aussi que Dieu est amour, mais comment faisons nous à connaître que Dieu est Amour? Voici comment Jésus l’a manifesté : l’amour consiste à laver les pieds à Pierre qui le renie, l’amour consiste à se donner à Juda qui le livre et le trahit. L’amour est savoir aimer l’autre comme il est, d’une façon absolue et inconditionnelle, sans tenir compte des mérites de la personne aimée. De façon analogue, les parents aiment leur enfant, pour ce qu’il est et non pas à cause des mérites qu’il a, parce que si l’on faisait naître un enfant en se basant sur les mérites que l’enfant a, cet enfant ne naîtrait jamais et, que, s’ils le faisaient grandir en fonction des mérites qu’il a, il ne grandirait jamais. L’être aimé est la condition pour vivre et pour partager l’amour reçu.

Dans le sillon de Benoît XVI qui a expliqué l’amour sur le plan théologique dans son encyclique « Deus caritas est », le pape François, pasteur authentique dit : « Qu’est-ce c’est l’amour? C’est une série télévisée ? C’est ce que nous voyons dans les téléromans ? Certains pensent l’amour que c’est ça. Parler de l’amour est tellement beau, on peut dire de belles choses, belles, belles belles. Mais l’amour a deux axes sur lesquels on bouge, et si une personne, un jeune n’a pas ces deux axes, ces deux dimensions de l’amour, ce n’est pas l’Amour. Avant tout, l’amour est plus dans les œuvres que dans les paroles, l’amour est concret…. Ce n’est pas l’amour de dire seulement : « Moi, je t’aime, moi j’aime toutes les personnes ». Non. Que fais-tu pour l’amour? L’amour se donne. Pensez que Dieu a commencé à parler de l’amour lorsqu’il a sauvé son peuple, il a pardonné tant de fois – que de patience a Dieu!-: il a fait des gestes d’amour, œuvres d’amour. Et la deuxième dimension, le deuxième axe sur lequel l’amour tourne c’est que l’amour se communique toujours, l’amour écoute et répond, l’amour se fait dans le dialogue, dans la communion : on communique ».

            3) Le Pélican, image du Christ-Amour.

Porte du Pélican, abbaye de Saint-Wandrille, diocèse de Rouen, France.

Une image nous arrive de la tradition médiévale : elle peut être utile pour comprendre ce qu’est l’amour : c’est l’image de Jésus Christ représenté comme un pélican qui ouvre son propre cœur pour nourrir ses petits, parce qu’il n’a pas trouvé de poissons à leur donner à manger. L’origine de cette image eucharistique vient d’une ancienne légende qui représente bien l’amour concret du Fils de Dieu qui se communique en donnant sa vue pour donne la nourriture de Vie.

Tous les chrétiens doivent avoir un rapport profond avec le Christ-Eucharistie, mais il faut tenir en compte que le mystère eucharistique de l’amour manifeste un rapport intrinsèque  avec la virginité consacrée, en tant qu’expression de don exclusif de l’Eglise au Christ. En fait, les vierges consacrées accueillent le Christ-Epoux avec fidélité radicale et féconde. Dans l’Eucharistie, les vierges consacrées  dans le monde trouvent l’inspiration et la nourriture pour leur pleine consécration au Christ (cf. Sacramentum caritatis, n 81).

Les vierges consacrées sont passionnées dans leur amour pour l’Eucharistie, accueillant le Christ comme leur inspiration et leur nourriture à partager. Leur consécration virginale n’est pas un renoncement à l’amour. Bien au contraire, cette consécration les rend toujours prêtes à recevoir l’amour intime du Seigneur et à le Lui retourner par la prière et le service au prochain aimé d’un amour virginal comme celui du Christ. (cf. rituel de consécration des vierges, formule de bénédiction finale : « Que Dieu vous établisse aux yeux du monde comme signe et témoin de son amour ».  Ces femmes consacrées suivent, c’est à dire imitent l’Agneau dans la splendeur de la virginité. « Vous – dit Saint Augustin – suivez l’Agneau en conservant avec persévérance ce que vous Lui avez consacré avec ardeur » (S.Virg 29,29).

La virginité, que la consécration virginale rend précieuse, est quotidiennement revitalisée par la nuptialité eucharistique où l’on respire l’amitié de Jésus : amitié de ressemblance: « Comme le Père m’a aimé, moi, je vous aime » (Jn 15,9). Le précepte « aimez-vous comme je vous ai aimé, dans mon amour » (Jn 13,34; 15,9 ss) est la clé interprétative du don par le sacrement de la présence amie du Seigneur ressuscité.

Lecture patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)

Commentaire sur l’évangile de Jean, 9

 PG 74, 161-164.

Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres. Mais, demandera-t-on peut-être, comment Jésus peut-il dire que ce commandement est nouveau, lui qui a prescrit aux anciens, par l’intermédiaire de Moïse: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même (Dt 6,5Mt 22,37)? <>

Il faut voir ce que Jésus ajoute. Il ne s’est pas contenté de dire: Je vous donne un commandement nouveau: aimez-vous les uns les autres. Mais pour montrer la nouveauté de cette parole et que son amour a quelque chose de plus fort et de plus remarquable que l’ancienne charité envers le prochain, il ajoute aussitôt: Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. Il faut donc creuser le sens de ces paroles, et rechercher comment le Christ nous a aimés. Alors, en effet, nous pourrons apprécier ce qu’il y a de différent et de nouveau dans le précepte qui nous est donné maintenant. Donc, lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu, mais au contraire il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix (Ph 2,6-8). Et saint Paul affirme encore: Lui qui est riche, il s’est fait pauvre (2Co 8,9).

Voyez-vous la nouveauté de son amour envers nous? La Loi prescrivait en effet d’aimer son frère comme soi-même. Or notre Seigneur Jésus Christ nous a aimés plus que lui-même, puisque, vivant dans la même condition que Dieu le Père et dans l’égalité avec lui, il ne serait pas descendu jusqu’à notre bassesse, il n’aurait pas subi pour nous une mort physique aussi affreuse, il n’aurait pas subi les gifles, les moqueries et tout ce qu’il a subi, – si je voulais énumérer dans le détail tout ce qu’il a souffert, je n’en finirais pas – et d’abord, il n’aurait pas voulu, étant riche, se faire pauvre, s’il ne nous avait pas aimés plus que lui-même. Une telle mesure d’amour est donc inouïe et nouvelle.

Il nous ordonne d’avoir les mêmes sentiments, de ne faire passer absolument rien avant l’amour de nos frères, ni la gloire ni les richesses. Il ne faut même pas craindre, si c’est nécessaire, d’affronter la mort corporelle pour obtenir le salut du prochain. C’est ce qu’ont fait les bienheureux disciples de notre Sauveur et ceux qui ont suivi leurs traces. Ils ont fait passer le salut des autres avant leur propre vie, ils n’ont refusé aucun labeur. Ils ont accepté de supporter des maux extrêmes pour sauver des âmes qui se perdaient. C’est ainsi que saint Paul dit parfois: Je meurs chaque jour (1Co 15,31), et aussi: Si quelqu’un faiblit, je partage sa faiblesse; si quelqu’un vient à tomber, cela me brûle (2Co 11,29).

Le Sauveur nous a ordonné de cultiver la racine de cette piété très parfaite envers Dieu, bien plus grande que l’amour prescrit par la loi ancienne. Il savait que nous n’avons pas d’autre moyen de plaire à Dieu que de suivre la beauté de l’amour, tel qu’il l’a introduit chez nous, et de recevoir ainsi les plus hautes et les plus parfaites bénédictions.

[1] Il s’agit d’un commandement « ancien » et « nouveau ». Ancien parce qu’il remonte à Dieu même qui est Amour de l’éternité et dans l’amour il confirme tous ses enfants; nouveau par le fait que le critère d’agir, l’attitude et la fiabilité de celui qui dit demeurer dans le Christ devra se configurer dans l’amour vers les frères en évitant toute sorte de haine, de recul et de suspicion : la caractéristique distinctive du chrétien doit être sa capacité d’aimer au-dessus de ses forces, jusqu’à nier soi-même.

Source: ZENIT.ORG, le 13 mai 2022

Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, par Mgr Francesco Follo

Mosaïque du Bon Pasteur à Ravenne © Wikimedia Commons / Meister des Mausoleums der Galla Placidia in Ravenna

Mosaïque Du Bon Pasteur À Ravenne © Wikimedia Commons / Meister Des Mausoleums Der Galla Placidia In Ravenna

Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, par Mgr Francesco Follo

Il les connaît, elles le suivent

Le bon et vrai Berger donne la vie pour ses brebis aujourd’hui et pas seulement dans un temps passé. Chaque jour dans la Messe il se donne lui-même à nous à travers nos mains.

Voici la méditation des lectures de ce IVème Dimanche de Pâques, 8 mai 2022, par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO.

« Avec l’invitation à accueillir l’amour du Christ, le Bon Pasteur qui donne sa vie pour chacun de nous. Nous recevons la vie et nous la méritons en l’offrant ».

IVème dimanche de Pâques – Année C –  8 mai 2022

Ac 13, 14. 43-52 ; Ps 99 ; Ap 7, 9. 14b-17 ; Jn 10, 27-30

Préambule

Dans l’Évangile de Saint Jean, le Christ parle de lui-même comme le Pain de vie (chap. 6), la Lumière du monde (chap. 8) et dans le bref extrait d’aujourd’hui (chap. 10) comme le Bon et vrai Pasteur qui a trois caractéristiques : il donne sa vie pour ses brebis, les connaît et elles le connaissent, il est au service de l’unité.

Pour comprendre cette image qui était claire autrefois et qui l’est encore pour ceux qui viennent du monde rural, mais qui n’est pas si évidente aujourd’hui pour ceux qui vivent dans les zones urbaines, il est utile de rappeler qu’à l’époque de la vie terrestre du Christ, à la tombée de la nuit, les bergers conduisaient leur troupeau dans un grand enclos commun pour y passer la nuit.

Le matin, chaque berger criait un appel particulier et les brebis, reconnaissant sa voix, le suivait avec confiance en dehors de l’enclos sans jamais se tromper.

1) Le vrai berger donne sa vie.

La figure du berger et de son troupeau à laquelle Jésus se réfère, se trouve déjà dans l’Ancien Testament. Yahvé est le berger qui fait paître son troupeau (Is 40, 11) et dans le cours de l’histoire, il le confie successivement à ses serviteurs Abraham, Moise, Josué, aux Juges et aux rois d’Israël. Ces derniers cependant, n’ont pas souvent obtempéré volontiers à leur devoir et alors Ézéchiel, dans un texte qui se lisait pendant la fête de la Dédicace, prononça son fameux oracle : « Malheur aux bergers d’Israël qui se paissent eux-mêmes !… Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin… la brebis perdue, je la ramènerai à la bergerie ; je ferai un bandage à celle qui est blessée et je soignerai celle qui est malade… Je susciterai à la tête de mon troupeau un berger unique. » (Ez 34, 1,11,16,23)

Et voilà cette prophétie qui se réalise : des siècles après, pendant la fête de la Dédicace, Jésus se définit lui-même comme le vrai bon Berger qui prend finalement soin avec amour du troupeau d’Israël. A la différence des mercenaires pour qui les brebis ne comptent pas du tout, Lui, le vrai Berger connaît bien celles qui lui appartiennent, il en prend soin avec amour et elles écoutent sa voix.

Connaître et écouter sont des verbes qui indiquent un dialogue profond, une communion dans l’existence, pas seulement dans les idées. Donc entre Jésus, le Berger, et ses disciples, les brebis que son Père lui a données, il y a une profonde communion. Jésus est le Berger parce qu’il donne (offre) sa vie pour ses brebis pour leur donner la vie éternelle et personne ne pourra les lui arracher.

Rien, ni les anges, ni les hommes, ni la vie, ni la mort, ni le présent, ni l’avenir, rien ne pourra nous séparer de l’amour du Christ, nous répète l’apôtre Paul (cf Rm 8, 38). La force et la consolation de cette parole absolue « rien » est tout de suite redoublée par le verbe « nous arrachera » qui n’est pas au présent mais au futur pour indiquer une histoire entière, aussi longue que le « temps » de Dieu. L’homme, chaque « brebis humaine », est pour le Christ une passion éternelle.

Pour toutes et pour chacune d’entre elles, il a « payé » de sa vie et il les maintient dans son amour qui l’a conduit comme un agneau à l’abattoir. Le Bon Berger est en même temps l’Agneau. Nous lisons ainsi en Jean 2, 36 : « Voici l’agneau de Dieu ! » ; et l’Apocalypse nous révèle ainsi : « L’Agneau sera leur berger et il les conduira vers des sources d’eaux vives » (Ap 7, 17). Jésus poursuit sa vocation de Berger qui guide et qui garde ses brebis, non de l’extérieur, mais de l’intérieur de la condition humaine faite de faiblesses et d’épreuves et symbolisée par l’agneau : lui-même l’a partagée jusqu’au bout, jusqu’à la mort sur la croix. En la vivant avec amour, il en a fait jaillir une possibilité de vie et de vie pleine et éternelle.

Si l’Agneau Jésus s’identifie avec le Berger, c’est parce que personne ne peut conduire aux sources de la vie sans se faire guide du troupeau. Ce guide qui conduit les brebis aux pâturages de la vie, c’est l’Agneau qui s’est immolé parce qu’il aime personnellement chacune de ses brebis : il connaît le nom de chacune et il a soin de chacune d’entre elles.

2) Écouter et suivre celui qui nous connaît.

Dans le bref extrait de l’évangile d’aujourd’hui, l’Agneau-bon Pasteur indique deux caractéristiques de ses brebis : elles l’écoutent et elles le suivent. Si nous voulons donc être le sel et la lumière du monde, même dans un monde qui change comme on a l’habitude de dire aujourd’hui, nous ne devons pas avant tout nous épuiser en recherches et projets divers : la voix de Jésus a déjà résonné et la direction du chemin est déjà tracée. Il nous est demandé à chacun personnellement et en communion les uns les autres, d’être avant tout fidèle à sa présence que nous devons aussi apporter au monde.

Nous, les brebis du Christ, nous l’écoutons parce que seulement lui a les paroles de la vie éternelle, une vie pleine, une vie qui ne meurt pas et humblement nous le suivons parce que nous savons que nous sommes aimés de lui. Encore aujourd’hui et jusqu’à la fin des temps, il se présente lui-même comme source inépuisable de vie : « Moi, je leur donne la vie éternelle. »

Entrer en relation avec lui signifie apprécier la vie dans sa plénitude : même dans la fragilité, dans le péché, dans la douleur ou dans la violence subie, il est offrande d’Amour. Lui en premier, dans sa condition humaine, a expérimenté que jusque dans la mort est présent un Amour qui redonne la Vie. Et c’est seulement Lui, le don de l’amour qui n’abandonne personne, le don de la vie qui ne meurt pas, le don de l’Amour plus fort que tout, même de la mort.

Cet amour pour être connu nous demande d’engager notre cœur. On ne connaît vraiment que ceux qu’on aime. C’est l’amour qui est capable d’aller au delà de toutes les évidences. C’est une connaissance intime de l’intérieur. C’est une connaissance de l’être. C’est une connaissance dans l’amour. Mais le bon Berger demande aussi à être écouté. Dans l’écoute on engage l’esprit, l’intelligence, la vertu d’obéissance. La vraie écoute se fait obéissance qui conduit à le suivre.

En le suivant nous engageons notre volonté qui est capable de faire avancer nos pas derrière celui que nous écoutons et que nous aimons. Et en le suivant nos pas ne vacillent pas, c’est lui qui nous conduira à de verts pâturages, même si pour cela nous devons traverser une vallée obscure…nous n’aurons pas peur parce qu’Il est avec nous. (Cf Ps 23)

Marcher derrière le Christ bon Berger a une dimension nuptiale. Le thème de l’alliance nuptiale enrichit celui du Bon berger que nous suivons en vivant avec lui une unité profonde.

Dans l’Ancien Testament (cf. Osée 1-3 ; Is 54 et 62 ; Jr 2 et 3 ; Ez 16 et 23 ; Ml 2, 13-17 ; Ruth, Tobie, Cantique des Cantiques) on trouve souvent l’image de l’alliance nuptiale pour exprimer le rapport entre Dieu et son peuple.

Même dans le Nouveau Testament, on parle de cette alliance nuptiale et le thème du Christ époux émerge surtout dans les paraboles du Royaume (cf. Mt 22, 2 ; 25, 1 ; Lc 12, 38).

Pas d’étonnement, donc, si même Saint Paul recourt à l’image des noces pour illustrer le rapport entre le Christ et la communauté chrétienne : « J’éprouve à votre égard autant de jalousie que Dieu. Je vous ai fiancés à un époux unique, pour vous présenter au Christ, comme une vierge pure. » (2 Cor 11, 2)

De cette alliance Saint Paul a mis en évidence la fidélité absolue de Dieu : « Si nous lui sommes infidèles, lui demeure fidèle. » (2 Tim 2, 13) ; « Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables. » (Rm 11, 29 ; 1, 9)

Une façon spéciale et particulière de suivre le Christ Berger et Époux est celle des vierges consacrées dans le monde. Ces femmes témoignent par le don total d’elles-mêmes et par l’accueil total du Christ que l’amour nuptial entre le Christ et l’Église est reconnaissable à ce que l’Un accomplit pour l’Autre. Le Christ se donne tout entier pour elle – sa chair – en la purifiant et en la sanctifiant par le baptême et la Parole, en l’aimant comme son propre corps, en la nourrissant  (Eucharistie, banquet nuptial) et en la soignant (guidée par le Bon Berger).

A cet égard les paroles que le pape émérite leur a adressées à l’occasion du congrès de 2008 sont éclairantes. Benoît XVI, faisant référence au thème « Un don dans l’Église et pour l’Église » dit : « A la lumière de cela, je désire vous confirmer dans votre vocation et vous inviter à croître de jour en jour dans la compréhension d’un charisme si lumineux et si fécond aux yeux de la foi, si obscur et si inutile aux yeux du monde. » Et il ajouta : « Que votre vie soit un témoignage particulier de charité et un signe visible du Royaume futur. (Cf Rite de la consécration de la Vierge, 30) Faites en sorte que de votre personne irradie toujours la dignité d’être épouse du Christ, qu’elle exprime la nouveauté de l’existence chrétienne et l’attente sereine de la vie future. Ainsi, avec la rectitude de votre vie, vous pourrez être les étoiles qui orientent le chemin du monde. »

Les vierges consacrées témoignent qu’il n’y a pas deux amours, l’un divin et l’autre humain, mais seulement deux aspects du même amour. Il est donc juste d’affirmer qu’amour nuptial et amour virginal sont deux visages de l’unique amour de Jésus Christ.

Ces femmes sont épouses pour appartenir uniquement dans un pur et exclusif amour nuptial au Christ-Époux (la chasteté), pour être guidées par le Christ-Bon pasteur (l’obéissance) et pour se confier seulement au Christ-Seigneur (la pauvreté).

Lecture Patristique

Saint Clément d’Alexandrie (150 – 215)

Le Pédagogue, 9, 83,3 85,a

SC 70, 258-261

Malades, nous avons besoin du Sauveur; égarés, de celui qui nous conduira; assoiffés, de la source d’eau vive; morts, nous avons besoin de la vie; brebis, du berger; enfants, du pédagogue; et toute l’humanité a besoin de Jésus.

Si vous le voulez, nous pouvons comprendre la suprême sagesse du très saint Pasteur et Pédagogue, qui est le Tout-Puissant et le Verbe du Père, lorsqu’il emploie une allégorie et se dit le Pasteur des brebis; mais il es t aussi le Pédagogue des tout-petits.

C’est ainsi qu’il s’adresse assez longuement, par l’intermédiaire d’Ézéchiel, aux anciens, et qu’il leur donne l’exemple salutaire d’une sollicitude bien adaptée: Je soignerai celui qui est boiteux, et je guérirai celui qui est accablé; je ramènerai celui qui s’est égaré, et je les ferai paître sur ma montagne sainte (cf. Ez 34,16). Oui, Maître, donne-nous en abondance ta pâture, qui est la justice. Oui, Pédagogue, sois notre Pasteur jusqu’à ta montagne sainte, jusqu’à l’Église qui s’élève au-dessus des nuages, qui touche aux cieux! Et je serai, dit-il, leur Pasteur, et je serai près d’eux (cf. Ez 34,14). Il veut sauver ma chair en la revêtant de la tunique d’incorruptibilité et il a consacré ma peau par l’onction. Ils m’appelleront, dit-il, et je dirai: Me voici (cf. Is 58,9). Tu m’as entendu plus vite que je ne l’aurais cru, Seigneur. S’ils traversent, ils ne glisseront pas (cf. Is 43,2), dit le Seigneur. Nous ne tomberons pas dans la corruption, en effet, nous qui traversons pour aller vers l’incorruptibilité (cf. 1Co 15,42), puisqu’il nous soutiendra. Il l’a dit et il l’a voulu.

Tel est notre Pédagogue: bon avec justice. Je ne suis pas venu pour être servi, dit-il, mais pour servir (Mt 20,28). C’est pourquoi, dans l’Évangile, on nous le montre fatigué, lui qui se fatigue pour nous, et qui promet de donner sa vie en rançon pour la multitude (Mt 20,28). Il affirme que, seul, le bon Pasteur agit ainsi.

Quel magnifique donateur, qui donne pour nous ce qu’il a de plus grand: sa vie! O le bienfaiteur, l’ami des hommes, qui a voulu être leur frère plutôt que leur Seigneur! Et il a poussé la bonté jusqu’à mourir pour nous!

Source: ZENIT.ORG, le 6 mai 2022

« L’autorité de l’amour et de la miséricorde », par Mgr Follo

Une copie du tableau de Jésus miséricordieux (Vilnius, Eugeniusz Kazimirowski, 1934) bénie par le pape François © L'Osservatore Romano

Une Copie Du Tableau De Jésus Miséricordieux (Vilnius, Eugeniusz Kazimirowski, 1934) Bénie Par Le Pape François © L’Osservatore Romano

« L’autorité de l’amour et de la miséricorde », par Mgr Follo

« Jésus s’adresse à nous, vient vers nous et nous demande «m’aimes-tu?» »

L’autorité de l’amour et de la miséricorde.

Rite Romain

II Dimanche de Pâques ou de la divine Miséricorde – Année C – 24 avril 2022

Act 5,27-32.40-41; ps 29; Ap 5,11-14; Jn 21,1-19

1) L’apparition est une manifestation, comme une rencontre d’amour.

La liturgie de la messe d’aujourd’hui nous guide dans la compréhension et la réflexion de la résurrection du Christ, en nous proposant la troisième apparition de Jésus ressuscité aux apôtres.

Pour la précision, rappelons que dans le langage évangélique, le terme «  apparition » a une signification bien plus profonde que celle qu’on lui donne aujourd’hui. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de l’apparition d’un fantôme ou de quelque chose d’évanescent. Quand l’évangéliste Jean parle d’ « apparition » il parle du Christ qui se révèle, d’une rencontre royale avec le Ressuscité: c’est une rencontre entre des êtres, qui débouchera sur une reconnaissance, un dialogue, un engagement. En effet, l’évangile de son disciple bien-aimé, nous dit que Jésus se manifeste aux pieuses femmes, à Marie-Madeleine, aux disciples d’Emmaüs, aux apôtres dans le cénacle. Enfin, aux rencontres, que la liturgie nous a fait réécouter les dimanches précédents, l’évangile de Jean ajoute aujourd’hui l’apparition du Ressuscité à Pierre et 6 autres disciples, sur les rives du lac Tibériade. Ces derniers viennent de rentrer de leur pêche, qui était jadis leur métier.  Le jour n’est pas tout à fait levé et, Jésus se tient sur le rivage, mais ils ne savent pas que c’est Lui, ne le reconnaissent pas, et l’obscurité n’y est pour rien.

C’est lui, Jésus Ressuscité, qui les éclaire par des signes qui font remonter à leurs esprits des souvenirs. Souvenirs d’expériences vécues avec leur Maître, ce même Jésus qui, maintenant, va au devant d’eux, se fait « rencontre », après avoir triomphé de la mort.

C’est l’amour du disciple bien-aimé qui a reconnu en premier le Christ.

C’est Pierre qui a pris l’initiative de se jeter de la barque pour arriver le premier jusqu’au Christ. Ces deux faits montrent les deux traits qui caractérisent chaque disciple : l’intuition de leur amour et leur promptitude à nager vers le Christ et jeter leurs filets de pêche, qui fait allusion à leur mission de pêcheurs d’hommes.

2) La pêche et le repas.

La fatigue nocturne des pécheurs fut vaine car Jésus avait dit « en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). Mais avec lui tout change: ils jettent à nouveau leurs filets et cette fois-ci les retirent plein de poissons : 153 gros poissons.

C’est la présence du Seigneur qui remplit les filets, et c’est toujours sa Parole qui rendra efficace, à tout moment, la mission des disciples. Cette mission sera toujours vide sans le Christ et toujours fructueuse avec lui.

Mais le Ressuscité se manifeste, c’est-à-dire apparait aux yeux des disciples, non seulement  au moment de leur pêche mais également en les invitant : « Venez manger ».

Il y a une étroite connexion entre la pêche et le repas. Les disciples reconnaissent le Seigneur quand Il leur dit: « venez manger ». Quand, au lever du jour, Jésus leur distribue le poisson, grillé sur un feu de braise avec du pain, il répète un des gestes les plus symboliques de toute sa vie sur terre: la miséricorde de la table servie. Jésus distribue pain et poissons (Jn 21,13),

Sur la rive du lac, ce geste de distribuer le poisson grillé sur un feu de braise avec le pain,  se transforme en un silencieux et vivant souvenir de la multiplication des pains qui avait marqué le dernier repas du Fils de Dieu, avant de mourir. Ce jour-là, Jésus avait accompli ce geste d’amour extrême, pour marquer son dévouement total. Dévouement qui est sa vraie identité, l’identité d’un Dieu qui est Don, et s’est fait homme pour nous sauver en se donnant totalement. Jésus ressuscité se fait reconnaître en accomplissant des gestes de dévouement qui fut la vérité de tout son parcours. Ce dévouement appartient à Jésus sur terre et au Seigneur ressuscité. Cette identité l’accompagne dans chaque situation, elle révèle qui il est véritablement, et demande à être suivie en faisant don de soi.

            3) Un vrai dialogue d’amour.

L’évangile d’aujourd’hui se termine par un dialogue très connu entre Jésus et Pierre (Jn 21,15-19). Pour avoir la charge de ses brebis, pour être leur berger, le messie ressuscité demande à Pierre de l’amour, rien d’autre.

Si l’Eglise est une communauté d’amour, son chef doit avoir la primeur en amour car il aime le Christ plus que quiconque. Certes, Pierre doit aimer aussi le troupeau qu’il est appelé à conduire vers la sainteté, en l’instruisant et le servant. Mais la condition pour exercer ce « ministère », cette charge, est avant tout d’aimer Jésus. Pour servir les hommes il ne suffit pas de les regarder et de regarder leurs besoins, il faut aimer Jésus Christ plus que  quiconque.

Relisons cet échange: « Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »

Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. » (Jn 21, 15-19).

Pourquoi le Christ a-t-il demandé à Pierre ce qu’Il savait déjà? Saint Augustin répond : « A un triple reniement succède une triple confession : ainsi la langue de Pierre n’obéit pas moins à l’affection qu’à la crainte, et la vie présente du Sauveur lui fait prononcer autant de paroles, que la mort imminente de son Maître lui en avait arrachées. Si, en reniant le pasteur, Pierre donna la preuve de sa faiblesse, qu’il donne la preuve de son affection en paissant le troupeau du Seigneur. Quiconque fait paître les brebis du Christ, de manière à vouloir en faire, non pas les brebis du Christ, mais les siennes, celui-là est, par là même, convaincu de s’aimer lui-même et de n’aimer pas le Christ : il prouve qu’il se laisse conduire par le désir de la gloire, de la domination, de l’agrandissement temporel, et non par un élan du cœur, qui le porte à obéir, à se dévouer et à plaire à Dieu ; contre de telles gens s’élève la parole prononcée trois fois de suite par le Christ : ce sont de telles gens, que l’Apôtre gémit de voir chercher leur avantage, au lieu de chercher celui de Jésus-Christ (cf. Ph 2, 21). Que signifient, en effet, ces paroles: « M’aimes-tu ? Pais mes brebis ? » N’est-ce pas dire, en d’autres termes : Si tu m’aimes, ne songe point mes brebis, et pais-les, non pas comme les tiennes, mais comme les miennes ; travaille à les faire concourir à ma gloire, et non à la tienne; étends sur elles mon empire, et non le tien ; cherche en elles, non ton profit, mais uniquement mon avantage » (Traité sur l’Evangile de saint Jean, 123, 4-5)

Jésus nous pose la même question : « M’aimes-tu ? Et il le fait en connaissant nos faiblesses. « Répondons comme saint Pierre qui nous montre le chemin : celui de suivre le Christ avec confiance car Il sait tout de nous, en misant moins sur nos capacités à lui être fidèles que sur son incontrôlable fidélité » (Pape François).

3) Une question répétée?

L’amour ne se répète pas, il contemple. Demander plusieurs fois à celui que l’on aime «  m’aimes-tu ? », n’est pas «  se répéter » mais «  vérifier » – au sens étymologique de « présenter comme vrai » des liens d’amour –  « inviter » à cette contemplation qui renforcera l’appartenance. Dans le cas de saint Pierre, Jésus «  interroge » le premier des apôtres pour renouveler, dans le pardon, les liens qui les unissent à Dieu. Saint Pierre, plutôt que de répéter trois fois la même réponse, réaffirme trois fois la reconnaissance d’une appartenance qu’il avait renié à trois reprises durant la passion de son Bien-aimé. Au lever de ce jour-là, qui devint une belle journée, Pierre vit le Christ ressuscité sur la rive du lac Tibériade, se jeta de la barque pour être le premier à rejoindre à la nage l’Ami qui l’attendait. Arrivé sur le rivage, il se mit à genoux et le contempla, autrement dit sa prière devenait à la fois un geste et un regard vers le mystère de l’amour qui se tenait debout devant lui. Pierre était resté avec sa souffrance, celle d’un ami faible, qui avait trahi. Jésus Christ le confirma dans son amour et le remit debout, lui demanda de Le suivre en prenant la tête de la communauté de l’amour : l’Eglise.

Aujourd’hui, l’ami et frère Jésus s’adresse à nous, vient vers nous et nous demande « m’aimes-tu ? » et non « qu’as-tu fait ? »

A un monde qui défigure l’amour, en le confondant avec le plaisir, Jésus Christ proclame la loi de l’amour qui, en apportant miséricorde, purifie, élève et sanctifie.

La sainteté consiste à vivre pleinement l’amour envers Dieu et envers notre prochain. Il n’y en a qu’une mais elle peut prendre plusieurs formes, dont l’une est celle des Vierges consacrées dans le monde. Ces femmes, en se dévouant totalement pour le Christ, grâce à une vie où rien ne passe avant Lui, montrent que la sainteté ne consiste pas à ne jamais avoir trahi, mais à réaffirmer chaque jour leur amitié nuptiale avec Jésus. « Conscientes que l’amour de Dieu est surtout un amour de miséricorde et que les femmes ont cette caractéristique » (Pape François), les vierges consacrées se sentent appelées à une tâche spéciale : être dans le monde les reflets de cette miséricorde et de cette tendresse. Par leur vie, elles Lui consacrent, ainsi qu’à son royaume, toute la force d’amour qui les habite, témoignent que chaque vocation est « accueil » –  accueillir l’amour de Dieu et y répondre –  en  servant notre prochain. En se donnant totalement au Christ, elles se voient confier une mission particulière : être dans le monde le reflet spécial de la miséricorde et de la tendresse de Dieu.

Lecture Patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon Guelferbytanus 16, 1, PLS 2, 579

Voici que le Seigneur, après sa résurrection, apparaît de nouveau à ses disciples. Il interroge l’apôtre Pierre, il oblige celui-ci à confesser son amour, alors qu’il l’avait renié trois fois par peur. Le Christ est ressuscité selon la chair, et Pierre selon l’esprit. Comme le Christ était mort en souffrant, Pierre est mort en reniant. Le Seigneur Christ était ressuscité d’entre les morts, et il a ressuscité Pierre grâce à l’amour que celui-ci lui portait. Il a interrogé l’amour de celui qui le confessait maintenant, et il lui a confié son troupeau.

Qu’est-ce donc que Pierre apportait au Christ du fait qu’il aimait le Christ? Si le Christ t’aime, c’est profit pour toi, non pour le Christ. Si tu aimes le Christ, c’est encore profit pour toi, non pour lui. Cependant le Seigneur Christ, voulant nous montrer comment les hommes doivent prouver qu’ils l’aiment, nous le révèle clairement: en aimant ses brebis.

Simon, fils de Jean, m’aimes-tu? – Je t’aime. – Sois le pasteur de mes brebis. Et cela une fois, deux fois, trois fois. Pierre ne dit rien que son amour. Le Seigneur ne lui demande rien d’autre que de l’aimer, il ne lui confie rien d’autre que ses brebis. Aimons-nous donc mutuellement, et nous aimerons le Christ. Le Christ, en effet, éternellement Dieu, est né homme dans le temps. Il est apparu aux hommes comme un homme et un fils d’homme. Étant Dieu dans l’homme, il a fait beaucoup de miracles. Il a beaucoup souffert, en tant qu’homme, de la part des hommes, mais il est ressuscité après la mort, parce que Dieu était dans l’homme. Il a encore passé quarante jours sur la terre, comme un homme avec les hommes. Puis, sous leurs yeux, il est monté au ciel comme étant Dieu dans l’homme, et il s’est assis à la droite du Père. Tout cela nous le croyons, nous ne le voyons pas. Nous avons reçu l’ordre d’aimer le Christ Seigneur que nous ne voyons pas, et nous crions tous: « J’aime le Christ ».

Mais, si tu n’aimes pas ton frère que tu vois, comment peux-tu aimer Dieu que tu ne vois pas (1Jn 4,20)? En aimant les brebis, montre que tu aimes le Pasteur, car justement, les brebis sont les membres du Pasteur. Pour que les brebis soient ses membres, le Pasteur a consenti à devenir la brebis conduite à la boucherie (Is 53,7). Pour que les brebis soient ses membres, il a été dit de lui: Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29). Mais cet agneau avait une grande force. Veux-tu savoir quelle force s’est manifestée chez cet agneau? L’agneau a été crucifié, et le lion a été vaincu.

Voyez et considérez avec quelle puissance le Seigneur Christ gouverne le monde, lui qui a vaincu le démon par sa mort. Aimons-le donc, et que rien ne nous soit plus cher que lui.

Source; ZENIT. ORG, le 19 avril 2022

« Une nouvelle surprenante, encore », par Mgr Francesco Follo

Mgr Francesco Follo au Vatican © Mgr Follo

Mgr Francesco Follo Au Vatican © Mgr Follo

« Une nouvelle surprenante, encore », par Mgr Francesco Follo

A Pâques, chercher

Ne cherchons pas le Christ parmi les grands, ils sont dans les tombeaux.

Ne le cherchons pas parmi les maîtres, ils sont dans les bibliothèques.

Il est vivant, cherchons-le parmi les vivants, car il est ressuscité.

Une nouvelle surprenante, encore

par

Mgr Francesco Follo

Les chroniques dramatiques de ces jours-ci apportent souvent, trop souvent, de mauvaises nouvelles et de mort  qui malheureusement surprennent de moins en moins.

Aujourd’hui, jour de Pâques, une bonne et vitale information nous est à nouveau offerte : c’est une nouvelle surprenante : c’est le récit d’une défaite (un homme mort sur la croix entre deux brigands) termine par le récit d’une victoire, relatant un tombeau vide et un Crucifix qui est revenu à la vie. C’est l’histoire d’un tombeau qui, s’il était plein, serait le signe de la défaite de l’homme et de Dieu. Le sépulcre vide est le premier signe de la victoire de Dieu et de l’homme. Le tombeau est vide et 20 siècles plus tard on le commémore encore. Le tombeau est vide et le Christ ressuscité et il se fait rencontre.

L’ami qui appelle l’amie par son nom : « Marie », essuie les larmes et mange avec ses Apôtres qui étaient retournés à leur vie antérieure. Ils pensaient que leur aventure humaine avec Jésus était terminée. Au contraire, cette histoire du Christ avec eux et avec l’humanité continue.

C’est une histoire vraiment surprenante, dans laquelle on voit que Dieu veut que nous soyons à lui, malgré notre résistance due au fait que le Christ est souvent considéré par les hommes comme un rival.

Certains croyants pensent à un Dieu comme l’Être suprême, le Seigneur du temps et de l’histoire, c’est-à-dire comme une entité et une loi qui s’impose de l’extérieur à l’individu. Aucun détail de la vie humaine ne lui échappe. L’être humain a ses propres désirs; il désire le plaisir, le pouvoir, l’argent, les choses des autres. Dans cette situation, Dieu leur apparaît comme celui qui leur barre la route avec ses « Tu dois », « Tu ne dois pas ». Au lieu d’une volonté d’amour qui ne veut que le bonheur de l’homme, la volonté de Dieu leur apparaît comme une volonté ennemie.

A l’origine de tout il y a l’idée d’un Dieu « rival » de l’homme que le serpent a instillé dans le coeur d’Adam et Eve et que certains penseurs modernes ont pris de maintenir en vie, affirmant que « là où naît Dieu, l’homme meurt » (Sartre).

Certes, la miséricorde de Dieu n’a jamais été ignorée dans le christianisme, mais seule la tâche de modérer les rigueurs inaliénables de la justice lui a été confiée. La miséricorde était l’exception, pas la règle.

Le Christ ressuscité est un Dieu qui, de temps en temps, se fait pour nous :

– créateur, accomplissant le miracle de nous tirer du gouffre obscur du néant :

– libérateur de l’esclavage « égyptien », toujours d’actualité, de la culpabilité, de l’erreur, de l’ignorance ;

– allié, lié à nous par un pacte éternel ;

– sauveur, en vertu du sacrifice du Christ qui se conforme douloureusement à la volonté du Père jusqu’à accepter librement la mort sur la croix ;

– renouvellement de tout, car avec la résurrection du Seigneur Jésus tout, chaque cœur, chaque attente, chaque perspective est renouvelé et transfiguré.

Le sépulcre scellé le vendredi soir était le signe de la défaite de l’homme et de la défaite de Dieu : de l’homme, que la mort saisit et détruit sans rémission ; et de Dieu, qui dans la tragédie du Golgotha ​​nous apparaît vaincu, obscurci, évincé, vaincu par le mal. Le tombeau découvert et vide, qui à l’aube du troisième jour est offert aux femmes effrayées, est le signe de la victoire de Dieu, qui d’ici commence l’œuvre de la restauration de l’univers, et en même temps de la victoire de l’homme .

L’homme Jésus-Christ, Fils de Dieu et notre frère, revient aujourd’hui vivant parmi les siens, nous rassurant que l’abîme de la mort n’est pas le dernier acte du drame humain : au-delà de toute douleur, au-delà de tout événement, au-delà du brouillard des doutes, des confusions, d’espoirs brisés, au-delà de la mort, un destin de résurrection, de gloire, de vie sans fin nous attend.

Ne cherchons pas le Christ parmi les soi-disant grands de l’histoire : les grands de l’histoire sont tous enfermés dans leurs tombes poussiéreuses. Ne le cherchons pas parmi les soi-disant justiciers ou parmi les célèbres maîtres humains : ils n’ont pas eu un sort différent de celui des autres. Seul Jésus est vraiment vivant, et pour cette raison même, il est le commencement de la vie pour nous et pour le monde. Le baptême nous a greffés sur lui et nous a fait participer à sa résurrection. Précisément parce qu’il est vivant, le seul vrai renouveau des hommes et de leurs conditions d’existence peut partir du Christ. En lui nous sommes devenus des hommes nouveaux, de lui nous recevons la mission, la possibilité concrète, l’énergie de tout renouveler.

Le souhait d’une joyeuse Pâques et le souhait d’une nouveauté de vie réelle et substantielle, qui conquiere d’abord nos cœurs et, puis, avec des cœurs renouvelés, se mette en marche pour conquérir la terre en paix. En bref, Pâques est la surprenante nouvelle que seul Dieu existe et est vivant, mais qu’il peut être rencontré et fait fleurir la vie, car il est le Dieu de la fleur vivante et non des mortes pensées.

D’une manière particulière j’adresse ces vœux aux Vierges consacrées, les invitant à imiter l’amour de Marie-Madeleine pour être comme elle un parfum épars et « gaspillé » pour le Christ. Avant Pâques, elle embrassa virginalement les pieds du Christ et fut la première à voir ses pieds le matin de Pâques, car son cœur n’avait cessé de chercher le Maître. L’espoir est donc que le Christ donnera à chacun de vous le cœur de Marie-Madeleine. Elle est une image (icône) de votre vocation : celle d’être un parfum répandu pour le Christ. Se consacrer virginalement au Christ, ce n’est pas perdre sa vie. C’est le gagner en accomplissant la plus belle œuvre : celle d’aimer le Christ et de faire connaître son amour au monde entier.

Source: ZENIT, le 14 avril 2022

« Elevons les cœurs et pas seulement les rameaux » par Mgr Francesco Follo

Messe des Rameaux, 14 avril 2019 © Vatican Media
Messe Des Rameaux, 14 Avril 2019 © Vatican Media

« Elevons les cœurs et pas seulement les rameaux », par Mgr Follo

« La mort du Christ, remplie d’une douceur inattendue »

Avec l’invitation à vivre le dimanche des Rameaux comme un accueil du Christ qui entre dans notre vie avec la richesse de son pardon.

Les Rameaux et la Croix

1) Elevons les cœurs et pas seulement les rameaux.

Ce dimanche, appelé dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur, nous entrons dans la Semaine Sainte et Grande, où la liturgie nous fera revivre le mystère de la passion, de la mort et de la résurrection du notre Seigneur Jésus Christ. C’est une semaine sainte et tragique, mais également la semaine de la victoire et du triomphe, non seulement parce que le Christ y entre en triomphateur accueilli par le peuple, mais surtout parce qu’il en sort victorieux : ressuscité. L’amour triomphe, gagne, et ce non « malgré » la croix mais « à travers » (grâce à) la croix.

« Ce qui fait croire est la croix, mais ce en quoi nous croyons est la victoire de la croix, la victoire de la vie » (Pascal). « La croix est l’image plus pure et plus haute que Dieu a donné de lui-même. Pour savoir qui est Dieu, je dois m’agenouiller aux pieds de la croix » (Karl Rahner).

La Croix est au centre de la liturgie d’aujourd’hui et, en y participant, nous montrons que nous n’avons pas honte de la Croix du Christ , nous ne la craignons pas. Bien au contraire nous l’aimons et la vénérons, parce qu’elle est signe de réconciliation, signe de l’amour, qui est plus fort que la mort : elle est le signe du Rédempteur mort et ressuscité pour nous. Celui qui croit en Jésus crucifié et ressuscité porte la croix comme preuve indubitable que Dieu est amour. Avec le don total de soi, donc avec la Croix, notre Sauveur a vaincu définitivement le péché et la mort. Pour cette raison, accueillons le Rédempteur dans la joie, « marchons, nous aussi, avec celui qui va vers sa passion et imitons ceux qui allaient à la rencontre en fête. Non pas pour étendre devant lui, le long de son chemin, des rameaux d’olivier ou de palme, des tapis ou autre chose du même genre, mais pour étendre humblement et avec une humble prostration nos personnes » (Saint André de Crète).

Donc, comme la foule en fête d’il y a un peu moins de 2000 ans, accueillons aujourd’hui Jésus qui entre à Jérusalem et, en disciples, accompagnons-le dans sa Pâque en priant : « Dieu, Tout-puissant et Eternel, qui, pour donner aux hommes un exemple d’humilité, tu as voulu que notre Sauveur subisse la mort sur la croix, accorde-nous dans ta bonté, de faire nôtre l’enseignement de sa passion et de participer à sa résurrection ».

2) La passion selon Saint-Luc  et les autres Evangélistes.

Pour nous aider à s’approprier l’enseignement de la passion du Christ, la liturgie d’aujourd’hui nous présente l’histoire de la passion selon Saint-Luc, qui la raconte en faisant émerger la miséricorde divine. A ce propos il est utile de rappeler que chaque évangéliste (Marc, Mathieu, Luc et Jean) rédige son évangile selon son propre point de vue théologique et catéchétique.

Selon Saint -Marc, Jésus est le serviteur souffrant qui meurt pour tous, il est l’abandonné. Le Christ abandonné est le grain semé qui, en mourant, porte beaucoup de fruits. Le cri d’abandon : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » (Mc 15,34), n’est pas un cri de désespoir. En fait, l’abandon par le Père devient immédiatement un abandon au Père, et cet abandon total permet la réconciliation universelle, à partir du moment où le bon larron est ramené « chez lui », à la maison : au paradis ; depuis Jean à qui une mère est donnée, jusqu’à la Mère à qui un fils nouveau est donné. Cela arrive grâce au fait que Jésus remet son âme au Père dans un geste d’abandon total et de confiance amoureuse. De cette façon, comme il l’avait promis, de la Croix le Rédempteur attire tous à lui, à lui et à son Père dans une profonde communion qui est consommée (portée à plénitude) dans l’immolation à Dieu le Père.

En ce qui concerne l’évangile selon Saint Mathieu, nous voyons que l’Apôtre et Evangéliste répond principalement à cette question : « qui est coupable de la mort de Jésus ? ».

Selon Saint-Mathieu, tous contribuent à la mort du Seigneur. Tous participent à ce drame : directement ou indirectement ; en agissant et en n’agissant pas. Mais il y a surtout un passage de la passion racontée par cet Apôtre qu’il me semble très important de mettre en évidence. Il s’agit de celui dans lequel Saint Mathieu raconte ce qui arrive juste après la mort de Jésus (27,51-53). Après la narration de cette mort, il y a une série d’expressions qui appartiennent seulement à cet évangéliste : 51 Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux (cela, on le trouve aussi chez Saint Marc, mais les locutions propres à Mathieu viennent ensuite), de haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens ». Quel message veut faire passer Saint Mathieu ? Il veut dire que, grâce à la mort de Jésus, la domination et le pouvoir de la mort sont écrasés. Pour l’évangéliste Mathieu, la mort de Jésus est surtout la bonne et joyeuse nouvelle (= Évangile) que le pouvoir du péché et de la mort, jusqu’ à ce moment, dévastateur et total, est vaincu. Il est donc possible de vivre une histoire différente, une histoire de salut. Cette possibilité nous est donnée aujourd’hui. L’important est de ne pas fuir loin du Christ, mais de rester à ses côtés, en veillant avec lui et en priant le Père avec lui. De cette façon, nous achevons l’exode, le chemin guidé par le Christ, le Moïse neuf et vrai, qui nous conduit à la vie pour toujours.

Pour saint Jean, Jésus est l’homme conscient  et qui va volontairement  à la rencontre de son destin. Même s’il est exécuté, il est, Lui, le vrai roi. Il est souverain de lui-même et lance un défi : « J’offre ma vie pour la reprendre à nouveau. Personne ne peux me l’enlever » (Jn 10,17-18). Synthétiquement, selon Saint Jean, pour Jésus la croix n’est pas un extrême abaissement mais une « élévation ». En effet, le verbe grec utilisé par l’Apôtre  (« upsozènai ») exprime l’élévation d’un roi au trône. L’élévation de Jésus sur la croix est donc une exaltation royale dans laquelle, tandis que le roi élevé au trône domine avec le contraint, Jésus-Roi domine avec la douceur en attirant : « Moi, quand je serai élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32). La condamnation à mort par la crucifixion de Jésus n’a pas été un hasard, un accident. Le Christ lui-même a voulu offrir sa vie ainsi, être le dernier des derniers, partager la condition des plus défavorisés, méprisés et malheureux : les esclaves, non considérés comme des hommes.

Enfin, la Croix est la révélation suprême de l’amour du Père. Ceci explique la complète liberté de Jésus et sa parfaite conscience. Le Christ remplit l’œuvre du salut non pas comme une victime résignée et impuissante mais comme celui qui connaît le sens des évènements et les accepte librement. Ceci est le sommet de l’amour et le modèle de chaque vrai amour : le don complet de soi-même.

Analysons  maintenant, rapidement, l’histoire de la passion qui nous est proposée cette année. Saint Luc montre Jésus, surtout, comme celui qui pardonne à tous et est miséricordieux avec tout le monde.

Cet évangéliste présente, sinon d’une manière complètement positive, du moins d’une manière miséricordieuse, les différents  personnages : les disciples sont restés fidèles à Jésus dans les épreuves (Lc 22,28);  dans le Gethsémani, ils s’endorment une seule fois et non trois fois (Id 22,39-46) et c’est un sommeil de tristesse ; les ennemis ne présentent pas de faux témoins comme dans les autres évangiles (Id 22,66-70) ; Pilate tente de le libérer  trois fois parce qu’il est innocent (Id 23,13-25); le peuple souffre pour ce qui arrive (Id 23,27) et même un des deux larrons à côté du Christ est bon (Id 23,39-43).

Dans le récit de Saint Luc, Jésus se préoccupe de tous : il guérit l’oreille du serviteur pendant l’arrestation (Id 22,50-51), il se préoccupe du sort des femmes pendant qu’il monte sur le Calvaire (Id 23,28-31), pardonne à ceux qui le flagellent et le mettent sur la croix (Id 23,34), et promet le paradis au larron repenti (Id 23,43). Le Rédempteur en Saint Luc est celui qui comprend ses ennemis : ils agissent de cette façon parce qu’ils vivent dans le noir et dans les ténèbres, sinon ils ne pourraient pas agir de façon aussi criminelle. Avec ce regard de miséricorde le Christ prie sur la croix : « Père, pardonne-les parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Id 22,34).

En voulant mettre en évidence la miséricorde divine, Saint Luc raconte la passion du Christ comme l’histoire de la conversion. C’est la conversion du Seigneur, qui se retourne et regarde Pierre, et Pierre se sent alors pénétré d’un regard de pardon, grâce auquel il se souvint et pleura : ces larmes de douleur montrent la conversion du premier des apôtres. Regardons le Christ, et laissons-nous regardés par lui, comme Pierre a fait. Alors, la Croix que nous contemplons dès ce début de la Semaine Sainte sera source de conversion et de vie nouvelle, donnée par la miséricorde.

Mais dès le début de l’évangile de Luc, nous pouvons voir la miséricorde en action. En Jésus Christ la miséricorde de Dieu s’étend de génération en génération à tous ceux qui le craignent, selon le Magnificat de la Vierge Marie. En rendant visite à Marie, Dieu c’est rappelé de sa miséricorde, comme il l‘avait promis. En Marie la miséricorde mit sa tente messianique, répondant à l’attente de tous les pauvres d’Israel, les anawim, dont nous sommes les descendants spirituelles, et comme eux nous sommes appelés à nous abandonner à l’alliance miséricordieuse.

A la fin de l’évangile de Saint Luc nous contemplons encore la miséricorde en action et tout devient miracle.  L’oreille est rattachée au serviteur, Pierre pleure pour sa trahison, Jésus est reconnu  « juste » par Ponce Pilate, le procurateur païen, les femmes sont consolées, le larron pendu à la croix est pardonné et la foule rentre à la maison en se frappant la poitrine.

3) La mort du Christ est remplie d’une douceur inattendue.

L’important c’est qu’en assistant au spectacle dramatique de la passion du Fils de Dieu qui meurt sur la croix pout et par amour, nous reconnaissons l’Amour Aimé qui se donne et pardonne.

En cela, les vierges consacrées dans le monde nous donnent un vrai témoignage. Leur vocation est de ne pas détourner le regard de leur Epoux sur la croix, de rester avec Marie, la Mère Vierge, aux côtés du Christ, là et partout où il souffre encore aujourd’hui, et meurt. Ces femmes ont choisi de vivre dans la recherche du visage du Christ, dans l’écoute de sa voix, dans l’accomplissement de sa volonté, pour être fécondes grâce au don de l’esprit et générer l’éternelle Parole dans le cœur. Cachée dans le Christ, leur vie est consacrée pour être une louange constante de la gloire divine, une  voix suppliante pour les nécessités des frères, don offert pour toute l’Eglise.

Le jour de leur consécration, en recevant le crucifix, chacune d’entre elles a dit :  « Avec joie je reçois ce signe : sur la croix le Seigneur m’a aimé et a donné sa vie pour moi ». Le jour des Rameaux et pendant la Semaine Sainte, elles nous invitent à nous unir à elles dans cette acceptation du Christ et de sa Croix pour la porter dans le monde comme un signe de l’Amour de Jésus pour l’humanité.

Lecture Patristique

Saint Cyrille d’Alexandrie (+ 444)

Commentaire du livre d’Isaïe, 4, 2 (PG 70, 967-970)

Voici qu’un roi régnera selon la justice, et les chefs gouverneront selon le droit (cf. Is 32,1). Le Verbe, Fils unique de Dieu, a toujours été, avec le Père, le roi de l’univers, et il a mis sous ses pieds toutes les créatures, visibles et invisibles. Mais si un habitant de la terre se dérobait à sa royauté, s’y soustrayait et méprisait son sceptre parce qu’il serait tombé au pouvoir du démon et serait retenu dans les filets du péché, alors ce ministre et ce dispensateur de toute justice le ramènerait sous son joug, car tous ses chemins sont droits.

Ce que nous appelons ses chemins, ce sont les préceptes de l’Évangile grâce auxquels, en recherchant toutes les vertus, en ornant notre tête des joyaux de la piété, nous obtenons la palme de notre vocation céleste. Oui, ces chemins sont droits, il n’y a rien en eux d’oblique ou de tortueux, mais ils sont directs et d’accès facile. Car il est écrit: Le sentier du juste, c’est la droiture, et son chemin a été bien dégagé (cf. Is 26,7). Car si le chemin de la Loi est rude, s’il oblige à traverser quantité de types et de figures, et s’il est d’une difficulté insurmontable, le chemin des préceptes évangéliques est uni et ne présente absolument rien de rocailleux. Donc les chemins du Christ sont droits, et lui-même a construit la cité sainte, l’Église où lui-même habite. En effet, il demeure dans ses saints et nous sommes devenus les temples du Dieu vivant, parce que nous avons le Christ en nous-mêmes, par notre participation à l’Esprit Saint.

Le Christ a donc fondé l’Église, et il est lui-même la pierre de fondation sur laquelle, comme des pierres de grand prix, nous sommes assemblés pour édifier un temple saint, la demeure de Dieu dans l’Esprit. L’Église est absolument indestructible, elle qui a le Christ pour assise et pour base inébranlable. Voici, dit-il, que je pose en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie et de grande valeur; celui qui lui donne sa foi ne connaîtra pas la honte(1P 2,6). Quand il a fondé l’Église, le Christ a délivré son peuple de la captivité. En effet, nous qui étions, sur la terre, opprimés par la tyrannie de Satan et du péché, il nous a sauvés et délivrés, il nous a soumis à son propre joug, sans verser ni rançon, ni gratification. Comme le dit son disciple Pierre: Ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or ni l’argent, car ils seront détruits: c’est le sang précieux du Christ, l’Agneau sans défaut et sans tache (1P 1,18-19). Car il a donné pour nous son propre sang, si bien que nous n’appartenons plus à nous-mêmes, mais à celui qui nous a rachetés et sauvés.

Donc, en bonne justice, ceux qui transgressent la juste règle de la vraie foi sont accusés par la voix des saints de renier le Seigneur qui nous a rachetés.

Source: ZENIT.ORG, le 7 avril 2022

« Rencontre avec le pardon », par Mgr Follo

LIturgie du pardon, 17 mars 2017 © L'Osservatore Romano

LIturgie Du Pardon, 17 Mars 2017 © L’Osservatore Romano

« Rencontre avec le pardon », par Mgr Follo

« Faire une vraie expérience de la joie d’être aimés »

Mgr Francesco Follo souhaite à ses lecteurs « de faire une vraie expérience de la joie d’être aimés, parce que nous sommes pardonnés ».

Il commente ainsi l’Evangile de dimanche prochain, 3 avril, 5e dimanche de carême.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose une  lettre de saint Ambroise de Milan (+ 397).

Rencontre avec le pardon

          1) La miséricorde juste

Aussi l’Évangile de ce dimanche nous présente à nouveau la rencontre entre la miséricorde et la misère (cf. saint Augustin).

La semaine dernière, cette rencontre nous a été rappelée à travers la parabole du fils prodigue, appelée aussi « du Père miséricordieux ».

Aujourd’hui, la lecture de l’Évangile nous présente Jésus qui sauve une femme adultère de la condamnation à mort, en lui pardonnant (Jn 8,1-11). Une fois encore, la liturgie nous propose le fait consolant de la miséricorde de Dieu qui rencontre une misère, en sauvant une pauvre femme que ses coreligionnaires veulent lapider pour respecter la loi de Dieu. Pour être plus précis, certains scribes et pharisiens amènent à Jésus une femme adultère non par amour de la justice, mais pour lui tendre un piège. En effet, « pour pouvoir l’accuser » (Jn 8,6), ces scribes et pharisiens amènent au Messie une femme surprise en délit d’adultère, feignant de lui confier le jugement selon la loi de Moïse.

En réalité, c’est justement le Christ qu’ils veulent accuser, montrant que son enseignement sur l’amour miséricordieux de Dieu est opposé à la loi mosaïque, qui punit le péché d’adultère par la lapidation. Jésus, « plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14), sauve la pécheresse et démasque les hypocrites en disant : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre » (Jn 8,7).

À cet égard, j’attire l’attention sur le fait qui semble un détail de peu d’intérêt, mais qui me paraît important. Pendant que les accusateurs parlaient, Jésus ne leur répond pas tout de suite, mais il s’incline pour écrire du doigt par terre. Comme pour dire que les paroles de ces scribes et pharisiens sont semblables à de la poussière emportée par le vent, et pour montrer que c’est lui le législateur divin : « En effet, Dieu a écrit la loi de son doigt sur les tables de pierre » (cf. saint Augustin, Comm. Evang. de Jean, 33,5). Jésus est donc le législateur de la loi de la liberté du péché. Il est la justice qui se réalise complètement dans la miséricorde. Avec la femme adultère aussi, Jésus proclame la justice avec force, mais en même temps il soigne les blessures spirituelles de cette femme par sa miséricorde qui rachète, guérit, ennoblit et élève.

Justice et miséricorde sont deux réalités différentes seulement pour nous, les hommes, qui distinguons un acte de justice d’un acte d’amour miséricordieux (cf. Benoît XVI). Pour Dieu, il n’en est pas ainsi : en lui, justice et miséricorde ne sont pas opposées. La miséricorde est la justice qui recrée la personne. En effet, s’il est vrai que la correction, et même la punition comme instrument pour corriger, peut être providentielle (et en ce sens, la Bible parle souvent de Dieu qui corrige l’homme), elle ne l’est que si cette mesure est suggérée par l’amour de miséricorde.

« En réalité, seule la justice de Dieu peut nous sauver et la justice de Dieu s’est révélée dans la Croix. La croix est le jugement de Dieu sur nous tous et sur ce monde. Et si la Croix est l’acte suprême par lequel la justice de Dieu se révèle, la miséricorde doit être la justice des hommes : « Dieu nous juge, dit le pape François, en donnant sa vie pour nous ! Voilà l’acte suprême de justice qui a vaincu une fois pour toutes le prince de ce monde. Et cet acte suprême de justice est précisément aussi l’acte suprême de miséricorde » (Pape François).

2) Le Christ juge la femme adultère en lui pardonnant.

À l’affirmation de Jésus : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre », les accusateurs de la femme adultère réagirent en s’en allant et en laissant cette femme devant le Christ, seul. Il n’y a plus cette agitation de ceux qui voulaient condamner une personne et tendre un piège à celui qui était venu non pour condamner mais pour sauver le monde. Dans ce silence qui est tombé sur la place du Temple, Jésus célèbre le pardon comme libération de la condamnation à mort : un pardon qui génère une vie nouvelle, orientée vers le bien.

Jésus a pardonné à cette « accusée » délinquante comme il pardonne chacune de nos fautes, faisant refleurir dans les cœurs la gratitude et la joie. Dans le pardon, d’une part, nous connaissons qui est le Seigneur, l’Amour qui nous aime sans conditions. De l’autre, nous connaissons qui nous sommes dans le pardon : des personnes infiniment aimées de Dieu, sans conditions. Dieu se révèle dans le Rédempteur comme un amour qui pardonne et accueille sans poser de conditions.

Que révèle Dieu dans l’Évangile de ce jour, mais aussi dans toute l’Écriture ? Qu’il est miséricorde, pardon, qu’il n’a pas mis, au centre du monde, l’arbre de la mort, mais celui de la vie : la Croix.

Le fils prodigue est accueilli de nouveau dans la maison, l’adultère n’est pas lapidée, chacun de nos péchés est pardonné, mais pour tout cela, le Christ a payé parce que c’est lui qui a pris sur lui nos fautes et les a portées sur le bois de la Croix : « Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris » (1 P 2,24). C’est donc le Christ la vraie justice, c’est lui notre justice parce que c’est lui qui fait de nous des justes devant Dieu.

En pardonnant, au lieu d’ouvrir la porte de la mort, le Christ ouvre la porte de la vie, parce qu’il est lui-même la porte. Le Seigneur de la vie prononce sur la femme adultère son propre jugement et non seulement il lui dit qu’il ne la condamne pas, mais il lui demande aussi de ne plus pécher.

À chacun de nous, pécheurs pardonnés, le Rédempteur dit aussi : « Va, et désormais ne pèche plus ». Ce « commandement d’amour » n’est pas seulement une invitation à ne plus pécher, mais c’est aussi une demande de se mettre en chemin sur les routes du monde pour être témoins de la miséricorde.

Le pardon ne justifie pas la personne en la laissant dans son erreur, mais il indique un nouveau style de vie qui implique le renoncement au péché et à ses conséquences de mort pour se remettre en chemin avec et pour le Christ et apporter aux autres le pardon et l’amour reçus.

Toutes les personnes consacrées sont appelées de manière particulière à être témoins de cette miséricorde du Seigneur, en laquelle l’homme trouve son salut. Elles gardent vivante l’expérience du pardon de Dieu, parce qu’elle ont conscience d’être des personnes sauvées, d’êtres grandes quand elles se reconnaissent petites, de se sentir renouvelées et enveloppées de la sainteté de Dieu quand elles reconnaissent leur péché. C’est pourquoi, même pour l’homme d’aujourd’hui, la vie consacrée demeure une école privilégiée de la « componction du cœur », de l’humble reconnaissance de sa propre misère, mais, également, elle demeure une école de la confiance dans la miséricorde de Dieu, dans son amour qui n’abandonne jamais. En réalité, plus nous nous approchons de Dieu, plus nous sommes proches de lui, plus nous sommes utiles aux autres Les personnes consacrées expérimentent la grâce, la miséricorde et le pardon de Dieu non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs frères, étant appelées à porter dans leur cœur et leur prière les angoisses et les attentes des hommes, en particulier ceux qui sont loin de Dieu » (Benoît XVI)

En particulier, les vierges consacrées qui, par vocation, vivent et travaillent dans le monde, sont appelées à l’engagement spécifique de fidélité à « être avec le Seigneur », l’Époux qui demande tout. Dans la cérémonie de consécration, l’évêque demande à chacune d’elles : « veux-tu être consacrée comme épouse de Jésus-Christ ». Et la réponse est comme celle que l’on doit donner dans les mariages : « Oui, je le veux ». Elles montrent que le Christ a été capable de les rendre profondément amoureuses et elles sont appelées à rendre compte devant la société de pourquoi cela vaut la peine de se consacrer complètement au Christ, montrant dans la paroisse et surtout sur leur lieu de travail, que leur vie est attirante et joyeuse. Par vocation et par mission, ces femmes consacrées « sont appelées à fréquenter les ‘périphéries’ et les ‘frontières’ de l’existence où se consument les drames d’une humanité perdue et blessée » (Pape François).

Dans un monde où domine l’égoïsme qui produit rivalités, inimitiés, jalousies, conflits d’intérêt et guerres, c’est-à-dire, en un mot seulement, la haine, elles proclament par leur vie la loi de l’Amour qui se diffuse et se donne avec la miséricorde. Cet amour de miséricorde, reçu du Christ-Époux, élargit leur cœur pour aimer les autres avec pureté et vérité, pardonner les offenses comme leur Époux qui pardonne en portant les péchés du monde sur la Croix, et pour servir les besoins d’autrui. Elles se sont consacrées à lui, source de l’amour pur et fidèle, un amour si grand et si beau qu’il mérite tout, ou plutôt, plus que notre tout, parce qu’une vie entière ne suffit pas pour rendre ce que le Christ est et ce qu’il a fait pour nous.

Lecture patristique

Saint Ambroise de Milan (+ 397)

Lettre 26, 11-20; PL 16, 1044-1046

Une femme coupable d’adultère fut amenée par les scribes et les pharisiens devant le Seigneur Jésus. Et ils formulèrent leur accusation avec perfidie, de telle sorte que, si Jésus l’absolvait, il semblerait enfreindre la Loi, mais que, s’il la condamnait, il semblerait avoir changé le motif de sa venue, car il était venu afin de pardonner le péché de tous. Ils dirent en la lui présentant: Cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu (Jn 8,4-5)?

Pendant qu’ils parlaient, Jésus, la tête baissée, écrivait avec son doigt sur le sol. Comme ils attendaient, il leva la tête et dit: Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre (Jn 8,7). Y a-t-il rien de plus divin que cette sentence: qu’il punisse le péché, celui qui est sans péché? Comment, en effet, pourrait-on tolérer qu’un homme condamne le péché d’un autre, quand il excuse son propre péché? Celui-là ne se condamne-t-il pas davantage, en condamnant chez autrui ce qu’il commet lui-même?

Jésus parla ainsi, et il écrivait sur le sol. Pourquoi? C’est comme s’il disait: Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’oeil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton oeil, tu ne la remarques pas (Lc 6,41)? Il écrivait sur le sol, du doigt dont il avait écrit la Loi (Ex 31,18). Les pécheurs seront inscrits sur la terre, et les justes dans le ciel, comme Jésus dit aux disciples: Réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux (Lc 10,20).

En entendant Jésus, les pharisiens sortaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés, puis ils s’assirent pour délibérer entre eux. Et Jésus resta seul avec la femme qui était debout, là au milieu. L’évangéliste a raison de dire qu’ils sortirent, ceux qui ne voulaient pas être avec le Christ. Ce qui est à l’extérieur du Temple, c’est la lettre; ce qui est au-dedans, ce sont les mystères. Car ce qu’ils recherchaient dans les enseignements divins, c’étaient les feuilles et non les fruits des arbres; ils vivaient dans l’ombre de la Loi et ne pouvaient pas voir le soleil de justice.

Quand ils furent tous partis, Jésus resta seul avec la femme debout au milieu. Jésus, qui va pardonner le péché, demeure seul, comme lui-même l’a dit: L’heure vient et même elle est venue, où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul (Jn 16,32). Car ce n’est ni un ambassadeur ni un messager qui a sauvé son peuple, mais le Seigneur en personne. Il reste seul parce qu’aucun des hommes ne peut avoir en commun avec le Christ le pouvoir de pardonner les péchés. Cela revient au Christ seul, lui qui enlève le péché du monde. Et la femme méritait d’être pardonnée, elle qui, après le départ des Juifs, demeure seule avec Jésus.

Relevant la tête, Jésus dit à la femme: Où sont-ils, ceux qui t’accusaient? Est-ce que personne ne t’a lapidée? Et elle répondit: Personne, Seigneur, Alors Jésus lui dit: Moi non plus, je ne te condamnerai pas. Va, et désormais, veille à ne plus pécher. Voilà, lecteur, les mystères divins, et la clémence du Christ. Quand la femme est accusée, le Christ baisse la tête, mais il la relève quand il n’y a plus d’accusateur, si bien qu’il veut ne condamner personne, mais pardonner à tous. <>

Que signifie donc: Va, et désormais veille à ne plus pécher! Cela veut dire: Puisque le Christ t’a rachetée, que la grâce te corrige, tandis qu’un châtiment aurait bien pu te frapper, mais non te corriger.

Source: ZENIT.ORG, le 30 mars 2022

« En acceptant la vocation d’être pêcheurs d’hommes… », par Mgr Follo

Fête des saints apôtres Pierre et Paul, 29 juin 2016 © L'Osservatore Romano

Fête Des Saints Apôtres Pierre Et Paul, 29 Juin 2016 © L’Osservatore Romano

« En acceptant la vocation d’être pêcheurs d’hommes… », par Mgr Follo

Et Catherine de Sienne

En acceptant la vocation d’être pêcheurs d’hommes

nous participons à la mission du Christ qui sauve du naufrage 

d’une vie sans vérité et sans amour.


1) Agir dans la foi

Il y a peu, le 2 février, la liturgie nous invitait à célébrer la présentation de Jésus au Temple. Nous avons assisté à la première procession de Jésus, au Temple, porté par deux justes, Marie et Joseph, et accueilli par deux justes, Simon et Anne. A cette procession suivra celle de Jésus adolescent restant trois jours dans la Maison du Père, parmi les Docteurs de la Loi. La dernière procession, celle du Dimanche des Rameaux, une procession sera celle où le Rédempteur est accompagné par les justes et les pêcheurs.

Dans la première procession, nous pouvons voir la réalisation de la prophétie de Malachie qui est présentée dans la première lecture du 2 février : Dieu qui vient accomplir la justice sur la terre est l’enfant Jésus qui entre dans le temple dans les bras de sa mère, la Vierge Marie. La Mère « présente » Son Fils à Dieu, elle Le lui « offre », consciente que chaque offrande est une renonciation. Offrir à Dieu un sacrifice, c’est reconnaître la source de la vie, c’est un sacrifice de communion, non un sacrifice de mort, contrairement aux sacrifices faits pour calmer les dieux païens. Dans la procession de la Passion que nous revivrons le Dimanche des Rameaux, nous accompagnerons, en pécheurs repentis, Jésus qui monte à Jérusalem pour la dernière fois et qui manifeste sur la croix le fait d’être le « Oui » total de Dieu à l’homme et le « Oui » total de l’homme à Dieu.

Si la fête de la célébration du 2 février est centrée sur l’arrivée de Jésus au Temple, escorté par la petite procession (Marie et Joseph) accompagnée par le chant du Psaume 47 « Nous avons reçu, o Dieu, ta miséricorde dans ton temple », la liturgie de ce dimanche nous fait célébrer le travail rédempteur du Messie qui porte à sa plénitude la nouvelle et définitive Alliance, et qui aujourd’hui appelle Pierre qui sera suivi par André, Jacques et Jean, et par chacun de nous pour, avec eux, collaborer avec Lui.

En apportant son  Fils à Jérusalem, la Vierge Marie agit dans la foi et l’offrit à Dieu comme vrai Agneau qui enlève les péchés du monde ; Elle le mit dans les mains de Simon et d’Anne comme annonce de rédemption ; elle le présenta à tous comme la lumière pour un chemin sûr sur la voie de la vérité et de l’amour.

Pierre aussi agit dans la foi. En effet, l’Evangile d’aujourd’hui nous montre que le Premier des Apôtres après avoir répondu au Christ : « Maître, sur ta parole, je jetterai les filets », il agit dans la foi allant contre son expérience de pêcheur qui lui disait qu’il est inutile de pêcher le jour, surtout après une nuit où rien n’a été pris.

Nous aussi, en apprenant de Pierre, pour qui l’écoute de la parole de Jésus, la confiance en lui devint la règle nouvelle, déconcertante de la vie de nouveau pêcheur, nous agissons dans la foi en obéissant (= écoutant et mettant en pratique) à l’invitation du Christ, invitation qui devient vocation à le suivre pour que Lui soit apporté, à Lui, lumière de vérité et d’amour, tous les hommes, en les extrayant  de l’eau malsaine, et les mener dans la mer de la miséricorde de Dieu, qui est Vie et source  de vie.

2) Vocation à la miséricorde.

L’histoire de Saint-Pierre sur le lac est celle de tous, commençant par ceux que Dieu a appelés à devenir « des pêcheurs d’hommes ». C’est l’histoire de chacun de nous, appelé par Jésus, dans le baptême et dans la confirmation, à le suivre et donc invité à « jeter les filets au large ».
L’Evangile d’aujourd’hui  (3ème lecture) parle de la vocation de Pierre  qui est appelé à changer sa  profession de pêcheur « humain », normale, en « pêcheurs d’humanité ». Le Premier des Apôtres, après avoir vécu l’expérience de la pêche miraculeuse  dit à genoux : « Seigneur, éloigne-toi de moi, parce que je suis un pêcheur » (Lc 5,8), et le Christ lui répond «  N’aie pas peur, à partir d’aujourd’hui, tu seras un pêcheur d’hommes »(Id 5,10).

Toute la liturgie de ce dimanche a la vocation comme thème principal.

La première lecture nous raconte que le prophète Isaïe eût une vision pendant qu’il se trouvait au temple : « Je l’ai vu – écrit le prophète – le Seigneur, assis sur un trône haut et élevé; les pans de son manteau remplissaient le temple. Autour de lui se trouvaient des séraphins, chacun d’eux avaient six ailes et proclamaient : ‘ Saint, saint, saint, le Seigneur des armées. Toute la terre est remplie de sa gloire et toutes les portes vibraient, pendant que le temple se remplissait de fumée ».

Ce fut une expérience bouleversante pour ce grand prophète et cela ne pouvait être autrement parce que la vocation du Seigneur change complètement la vie de celui qui est appelé en lui faisant prendre conscience de sa propre indignité. A cet effet, Isaïe décrit sa vocation-conversion de cette façon : « Je dis: ‘Je suis perdu, parce que je suis un homme aux lèvres impures et j’habite parmi un peuple aux lèvres impures; pourtant mes yeux ont vu le roi, le Seigneur des armées’. Alors un séraphin vola vers moi; il tenait en main un charbon ardent qu’il avait pris sur l’autel avec des pinces. Il me toucha la bouche et me dit : « Voici, il a touché tes lèvres, donc ton iniquité a alors disparu et ton péché expié ». Donc, après l’expérience de sa mesquinerie et celle d’avoir été un pêcheur ayant besoin du pardon, Isaïe dit « oui » à Dieu.

La seconde lecture  nous montre également comme le premier sentiment qui naît de la rencontre avec le Christ est l’étonnement mélangé de la prise de conscience de sa propre petitesse et misère ayant besoin de la miséricorde divine. En fait, cette 2ème lecture nous invite à écouter Saint-Paul rappelant l’apparition de Jésus Ressuscité, qui  sur la route de Damas vient la rencontre de celui-là, Paul « le plus petit des apôtres …. Mais par la grâce de Dieu je suis ce que je suis » (deuxième lecture).

De  chacune de ces trois lectures liturgiques émerge l’appel divin comme une manifestation de Dieu à l’homme. Avant d’envoyer, de confier une mission, Dieu se fait connaître dans sa grandeur et bonté. La personne appelée se  trouve devant la vérité de Dieu qui l’illumine et lui fait comprendre sa réalité de créature  faible, fragile, limitée et pécheresse. Et c’est de cette même personne humaine que Dieu se sert pour qu’elle collabore à la construction de son règne dans le monde et qu’elle fasse connaître aux femmes et aux hommes du monde entier son message d’amour et de paix, de miséricorde. 

Cependant, n’oublions pas que la vocation, en plus d’être don de miséricorde et de rédemption, est un mystère qui a ses racines dans la volonté salvifique de Dieu, volonté qui échappe à la logique et aux projets humains et peut transformer et impliquer toutes les personnes qu’Il veut.

Face à la vocation, l’homme ne peut que reconnaître sa « petitesse » et sa  fragilité du pécheur. Mais, comme c’est arrivé à Isaïe, à Paul et à Pierre, ce fut le Seigneur qui servit de guide pour indiquer le chemin et rendit fécond le « oui » initial, prononcé avec tellement d’enthousiasme et de peur à la fois.

En ce qui concerne le fait de ne pas avoir peur, il est intéressant  de noter la parole que Saint Luc  utilise pour indiquer la mission que Jésus confia à Pierre et à nous tous, lorsqu’il lui dit : « N’aie pas peur, tu seras pêcheur d’hommes ». La parole que Saint Luc utilise dans le texte grec et qui est traduit comme « pêcheur » est une parole nouvelle qui est utilisé uniquement deux fois dans l’Evangile et qui dérive du verbe composé, qui signifie littéralement « prendre vivant ». Donc, les pêcheurs appelés par le Christ sont des « captureurs de vie », des personnes qui prennent d’autres personnes vivantes pour les maintenir en vie. Les pêcheurs du Christ jettent donc leurs filets dans la mer du monde pour offrir aux hommes la vie, pour les enlever de l’eau insalubre et les faire retourner à la vraie vie. Pierre et les autres apôtres, nous et nos  frères et sœurs de navigation en ce monde, nous pouvons continuer, si nous le voulons, là où nous nous trouvons, le même et merveilleuse mission d’envoyés du Père afin de « sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10), en faisant  de nous des évangélisateurs de miséricorde.

 3) La vocation des vierges consacrées dans le monde.

L’Evangile de ce dimanche se conclut avec une phrase brève et incisive : « Ils laissèrent tout et le suivirent ». Ces deux verbes : « laisser et suivre » indiquent clairement les caractéristiques essentielles de la réponse à l’appel de Dieu.

« Tout laisser » est l’exigence fondamentale de la vocation de qui s’engage dans la proclamation et le témoignage de l’Evangile, et c’est une exigence  qui demande un style de vie conforme et authentique, une profonde pauvreté, comme fut pauvre le Fils de Dieu qui se dépouilla de toute chose.    

Ce n’est pas un travail facile, surtout de notre temps, mais cela ne fut certainement pas facile non plus pour ceux qui furent appelés directement par Jésus, puisqu’un jour ils lui demandaient : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre : quelle sera donc notre part ? » ; Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : vous qui m’avez suivi, et celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle » (Mt 19, 28-29). 

« Suivre ». Suivre le Christ signifie faire son propre chemin, sa propre vie,  ses choix le chemin du Fils qui va à l’encontre des frères pour les sauver, ce qui implique de faire de notre familiarité avec le Christ notre demeure.

Une façon significative de vivre cette intimité pure avec le Seigneur est celle des vierges consacrées dans le monde. En elles, « l’amour devient une manière de suivre » : votre charisme comporte une donation totale au Christ, une assimilation à l’Epoux qui demande implicitement l’observation des conseils évangéliques, pour maintenir intègre la fidélité envers Lui (cfr RCV, 47) » (Benoît XVI). Leur vocation implique que « leur vie soit un témoignage particulier de charité et signe visible du Règne futur » (RCV, 30). Ces femmes montrent comme il est beau et heureux de suivre le Christ, en lui obéissant parce qu’elles savent qu’elles se sont mises dans une situation d’obéissance  (et donc d’écoute) à l’Epoux qui a appelé à l’amour ces épouses  qui écoutent (obéissante) cet Epoux qui les aime, échangeant cet amour avec le don de soi à Lui.

En ouvrant leur cœur à Dieu à travers une vie virginale, elles ont accueilli son appel et ont consacré toute leur vie au Christ et à l’annonce de l’Evangile de joie et de miséricorde afin de pêcher  encore vivante l’humanité et  de la porter de l’eau de la mort  vers l’eau de la vie. La croix qu’elles portent est le signe que le bois sur lequel le Christ est mort et qui, maintenant,  est le bois qui permet de traverser la mer de la vie pour rejoindre la rive. Elles montrent que lorsque le Christ est notre Seigneur, le centre de notre vie, Celui qui nous aime infiniment, celui que nous aimons, alors tout est possible.

Lecture quasi patristique

Sainte Catherine de Sienne

Dialogue de la Divine Providence, ch. XIII

Comment il en est qui sont plus habiles à jeter le filet 

et qui prennent plus de poissons.


Tout ce que je viens de dire est pour te faire comprendre, par la lumière de l’intelligence, avec quelle providence, ma Vérité, dans le temps qu’elle vivait avec vous, réglait tous ses services et accomplissait toutes ses actions. Tu apprendras par là même comment se conduit et ce que doit faire une âme qui est en cet état de grande perfection. Remarque-le bien, l’un agit plus parfaitement que l’autre, suivant qu’il obéit plus promptement à cette parole, et avec une plus parfaite lumière, dépouillé de toute confiance en lui-même, toute son espérance reposant en moi, son Créateur.

Celui qui obéit aux préceptes et aux conseils intérieurement et extérieurement jette son filet plus parfaitement que celui qui observe les commandements réellement, et les conseils d’esprit seulement. Celui qui n’observerait pas les conseils mentalement n’observerait déjà plus les commandements réellement: ces deux conditions sont inséparables comme (215) je te l’ai expliqué plus longuement en un autre endroit. Qui lance plus parfaitement le filet, pêche aussi plus parfaitement; et les parfaits dont je t’ai parlé font une pêche très abondante et excellente.

Supérieurs en effet sont leurs moyens d’action, par la belle ordonnance qu’ils ont su mettre en leurs puissances, par la bonne et douce garde exercée par le libre arbitre à la porte de la volonté. Tous leurs sentiments s’accordent en la plus suave harmonie, à l’intérieur de la cité de l’âme, dont toutes les portes sont à la fois ouvertes et fermées. La volonté est fermée à l’amour-propre, elle est ouverte au désir, au zèle de mon honneur, et à l’amour du prochain. L’intelligence est fermée à la considération des plaisirs, des vanités et des bassesses du monde, ténèbres épaisses qui obscurcissent l’esprit qui s’y attache et le plongent dans la nuit; elle est ouverte à la mémoire et au souvenir de mes bienfaits. Toute la puissance affective de l’âme entre alors en jubilation et entonne un cantique, dont la prudence a réglé tous les accords et dont la dominante est la gloire et l’honneur de mon nom. Elle a accordé pour cette harmonie, les grandes cordes des puissances de l’âme, comme aussi les cordes plus grêles des sens qui sont les organes du corps. Si les hommes d’iniquité rendent un son de mort en accueillant leurs ennemis, ceux-ci, mes parfaits, font entendre un hymne de vie, et en recevant leurs amies, les vraies et solides vertus, ils leur donnent le concert de leurs oeuvres bonnes et saintes (216).

Chaque membre s’acquitte de la fonction que je lui ai assignée, et chacun à son rang, dans un ordre parfait. L’oeil s’applique à voir, l’oreille à entendre, l’odorat à sentir les odeurs, le goût à percevoir les saveurs, la main à toucher et à oeuvrer, les pieds à marcher. Et tous s’accordent en un même sens harmonieux, qui est le service du prochain, pour l’honneur et la gloire de mon nom et le progrès de l’âme, par leurs bonnes, vertueuses et saintes opérations, soumis qu’ils sont, comme organes, à toutes les impulsions de la volonté. Ce bel accord a toutes mes complaisances; il ravit les anges et fait les délices de tous les vrais amateurs, qui l’écoutent dans la joie et dans l’allégresse, chacun participant au bonheur d’autrui.

Il fait aussi l’admiration du monde. Qu’ils le veuillent ou non, les hommes d’iniquité ne peuvent pas demeurer insensibles à la douceur de cette harmonie. Beaucoup se laissent prendre à son charme, et sa séduction les arrache à la mort pour les ramener à la vie. Tous les saints ont attiré les âmes par cette musique. Le premier qui ait fait entendre ce concert de vie fut le doux Verbe d’amour, lorsque, après avoir pris votre humanité pour l’unir à la divinité, il fit entendre sur la croix un si doux chant qu’il attira à lui le genre humain, et subjugua le démon auquel il enleva le pouvoir usurpé qu’il avait possédé si longtemps par la faute de l’homme. C’est à l’êcole de ce maître que tous vous avez appris l’harmonie. C’est lui qui vous a enseigné à accorder vos instruments. C’est avec cet art qu’ils tenaient (217) de lui, que les apôtres furent si puissants et répandirent sa parole dans le monde entier; martyrs, confesseurs, docteurs, vierges, tous ont attiré et séduit les âmes par le bel accord de leur vie. Vois la glorieuse vierge Ursule, qui sut tirer de son instrument des sons si doux qu’elle entraîna à sa suite onze mille vierges, et en conquit autant et davantage encore d’une race étrangère. Et ainsi tous les autres, qui d’une manière, qui d’une autre, ont exercé la même séduction. Quelle en est la cause, sinon mon infinie providence, qui a pourvu mes serviteurs de ces instruments, et en a réglé l’instrumentation, en leur apprenant l’art de leur faire rendre de semblables accords.

D’ailleurs tout ce que je leur donne, tout ce que je leur ménage en cette vie, n’est qu’un moyen pour les amener à tirer de leurs instruments encore plus d’harmonie, si toutefois ils veulent profiter des leçons de ma providence, en ne se laissant point aveugler par la nuée de l’amour-propre, de leur bon plaisir et de leur propre sagesse (218).

Source: ZENIT.ORG, le 3 février 2022

« Parole de libération, pleine de miséricorde », par Mgr Follo

Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

« Parole de libération, pleine de miséricorde », par Mgr Follo

Toute la Bible marquée par l’amour fidèle de Dieu, sa miséricorde, sa compassion

Parole de libération, pleine de miséricorde

1) L’aujourd’hui de Jésus: l’aujourd’hui de la miséricorde.

Aujourd’hui, la liturgie nous fait écouter deux passages de l’Évangile de saint Luc.

Le premier (Lc 1, 1-4) consiste en une phrase où, de façon synthétique, saint Luc informe Théophile (dont le nom signifie l’aimé de Dieu et l’ami de Dieu) qu’il a écrit avec soin son Évangile pour raconter ce que Jésus a dit et fait.

Le second (Lc 4, 14-21) propose le récit du début du ministère public de Jésus. Dans l’Évangile de Luc, ce discours « programmatique » de Jésus a la même fonction que le Sermon sur la montagne chez Matthieu: c’est la nouvelle «Grande Charte» du Christianisme, confié à Théophile, donc à chacun de nous qui sommes appelés à écouter la parole du Seigneur, à être ses amis et à témoigner de l’amour miséricordieux de Dieu à l’égard de tout homme.

Aujourd’hui, résonne dans l’église, pendant la messe, le commentaire de la prophétie d’Isaïe que fit Jésus, il y a environ deux mille ans, dans la synagogue de Nazareth. « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». (Lc4, 21) Introduisons-nous dans la scène, entrons, nous aussi, dans la synagogue de Nazareth et ainsi, nous pouvons assister spirituellement à un fait historique d’importance capitale. Le Messie se lève, prend dans ses mains le rouleau d’Isaïe et trouve tout de suite le passage où il est écrit  » L’esprit du Seigneur est sur moi… » Une fois terminée la lecture de cet extrait du prophète Isaïe, Jésus s’assied (ce qui équivaut à prendre la place du Maitre) et dans un silence lourd d’attente, il enseigne: « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture ». Nous aussi, comme ses concitoyens, nous restons stupéfaits de la conclusion que le Christ tire de cette prophétie d’Isaïe et je crois qu’il est permis d’imaginer que, quand Jésus a dit « Aujourd’hui… » (cité ci-dessus), il a indiqué, de l’index de sa main, sa propre personne. Il est l’accomplissement de toutes les Écritures. Sa présence parmi les hommes marque le début d’une année de grâce. A partir de ce moment-là, les signes de la miséricorde et de la proximité de Dieu auprès des pauvres, des aveugles et des prisonniers, c’est à dire auprès de tous ceux qui sont dans le besoin, seront toujours plus évidents.

Saint Cyril d’Alexandrie affirme que « l’aujourd’hui », placé entre la première et la dernière venue du Christ, est lié à la capacité du croyant d’écouter et de reconnaitre ses torts. (cf PG 69, 1241) Mais, dans un sens encore plus radical, c’est Jésus lui-même « l’aujourd’hui » du salut dans l’histoire, parce qu’il porte à son accomplissement la plénitude de la rédemption. Le terme « aujourd’hui » est très cher à saint Luc (cf. 19, 9; 23, 43) pour montrer que Jésus est le sauveur. Déjà dans les récits de l’enfance, cet évangéliste rapporte les paroles de l’ange aux bergers: « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ Seigneur » (Lc 2, 11), « Avant de pouvoir parler de Dieu et avec Dieu, encore faut-il l’écouter, et la liturgie de l’Église est l’école de cette écoute du

Seigneur qui nous parle. Chaque moment peut devenir un aujourd’hui propice à notre conversion. Chaque jour peut devenir l’aujourd’hui salvifique, parce que le salut est une histoire qui continue pour l’Église et pour chaque disciple du Christ. Voilà le sens chrétien du Carpe Diem: cueille l’aujourd’hui où Dieu t’appelle pour te donner le salut! » (Benoît XVI)

Demandons à Marie, mère de la miséricorde, la grâce de reconnaitre et d’accueillir, chaque jour de notre vie, la présence de Dieu, notre sauveur et sauveur de toute l’humanité. Ce sera pour nous comme une deuxième évangélisation.

Le pape François nous invite à rechercher l’aujourd’hui de Dieu, de son amour, de sa miséricorde pour tout homme. Il s’agit de vivre ce temps de grâce (dans l’évangile en grec kairos), temps propice à la rencontre avec Dieu qui cherche ses enfants, qui les suit pour leur donner tout son amour de père, presque comme s’il ne pouvait pas être heureux sans eux. Dans le langage de la bible, kairos indique vraiment la qualité positive du temps, c’est le moment favorable et propice, celui choisi par Dieu pour manifester sa miséricorde.

2) L’aujourd’hui des évangélisateurs de miséricorde.

Aujourd’hui résonne, pour nous et en nous, l’annonce de la joyeuse nouvelle que Dieu est amour miséricordieux, bonne et affectueuse sollicitude. Étant père, il aime être avec ses enfants et son amour ne disparait jamais: il est « miséricordieux » parce que la caractéristique de la bonté de Dieu est « d’accorder tous ses bienfaits à ceux qu’il aime. »

Accueillir l’amour miséricordieux qui vient de Jésus signifie alors, adhérer à un « monde nouveau » où nous vivons, dans la miséricorde, un rapport filial avec Dieu et fraternel entre nous. Dieu est devenu l’un de nous, afin que nous puissions être avec lui, devenir semblable à lui.

Qui a été évangélisé par cette expérience de miséricorde qui est la justice de Dieu qui recrée, doit à son tour évangéliser. Qui a été évangélisé par cette expérience: « Dieu nous aime et nous aime d’un amour miséricordieux », a vraiment connu ce Dieu de miséricorde et doit, à son tour, porter au monde l’annonce chrétienne que « Dieu est riche de miséricorde » (Ep 2, 4), qu’il est un père qui nous comprend et qu’il nous a envoyé son fils, fait chair comme nous, pour nous dire que nous sommes fils de la miséricorde.

Dans cet aujourd’hui de la miséricorde, le comportement le plus juste que nous devons avoir à l’égard de Dieu, et surtout envers Dieu Amour Miséricordieux, c’est celui de nous abandonner en Lui. S’abandonner dans les mains de Dieu nous permet de nous laisser étreindre par sa miséricorde qui donne la force et qui recrée un cœur nouveau.

En effet, l’Amour Miséricordieux nous rachète en transformant nos cœurs et en nous faisant devenir des hommes nouveaux, parce qu’il n’y a pas d’humanité nouvelle si avant, il n’y a pas des hommes avec un cœur nouveau.

3) Miséricorde et virginité.

Dans l’Église, il y a une vocation qui aide tous les chrétiens à redécouvrir le vrai sens de la miséricorde de Dieu, et c’est celle de la virginité. Les vierges qui se consacrent à Dieu dans le monde, dans un total abandon, montrent comment il est possible d’entrer dans une nouvelle dimension des rapports avec Dieu et avec les hommes: celle de la connaissance de la gratuité de Dieu et de l’amour désintéressé du Christ pour chacun de nous, comme nous sommes. Toute l’histoire de la Bible est marqué de cet amour fidèle de Dieu, de sa miséricorde et de sa compassion. Même quand ils annoncent les pires punitions, les prophètes n’oublient jamais de rappeler que le cœur de Dieu est toujours prêt à s’éloigner de sa colère de père trahi. « Un bref instant, je t’avais abandonné, mais sans relâche, avec tendresse, je vais te rassembler. Dans un débordement d’irritation, j’avais caché mon visage, un instant, loin de toi, mais avec une amitié sans fin je te manifeste ma tendresse, dit celui qui te rachète, le Seigneur. » (Is 54, 7-8) Dieu ne garde pas rancune à l’homme, son être miséricordieux le porte au désir éternel que l’homme vive: « Quel Dieu est semblable à toi, qui pardonnes l’iniquité, qui oublies les péchés du reste de ton héritage? Il ne garde pas sa colère pour toujours car il prend plaisir à la miséricorde. » (Mi 7, 18-20)

Les personnes consacrées sont appelées de manière particulière à être témoin de cette miséricorde du Seigneur, dans laquelle tout être humain trouve son propre salut. Elles maintiennent vivante l’expérience du pardon de Dieu, parce qu’elles ont conscience d’avoir été sauvées, d’être grandes parce qu’elles se reconnaissent petites, de se sentir renouvelées et enveloppées par la sainteté de Dieu alors qu’elles reconnaissent leur propre péché. Pour cela, même pour l’humanité d’aujourd’hui, la vie consacrée reste une école privilégiée de la « componction du cœur », de l’humble reconnaissance de sa propre misère, mais également reste une école de confiance dans la miséricorde de Dieu, dans son amour qui n’abandonne jamais. En réalité, plus on se rapproche de Dieu, plus on est proche de lui, plus on est utile aux autres.

J’ajoute une dernière réflexion, que je considère importante. Les vierges consacrées rendent proche l’exemple de Marie, Vierge de Miséricorde. Depuis le XIème siècle, la Sainte Vierge est reconnue comme mère de miséricorde, parce que la vérité du lien profond et intime entre son être de Mère de Dieu et son être de Mère de chacun d’entre nous, est devenue dès lors bien claire. La miséricorde est une qualité de l’amour maternel. Le Fils Jésus fut généré par elle pour qu’il soit la miséricorde de l’humanité et Marie diffuse et répand cette miséricorde avec un amour de mère, de génération en génération. Les vierges consacrées dans le monde témoignent qu’encore aujourd’hui, la Sainte Vierge est non seulement refuge de miséricorde mais aussi modèle de miséricorde et que la nouvelle famille des enfants de Dieu n’est pas fondé « sur la chair et sur le sang » mais sur la grâce d’un amour complètement donné à Dieu.

Lecture Patristique d’Origène (185 – 253) 

In Luc., 32, 2-6

Quand vous lisez: Il enseignait dans leurs synagogues, et tout le monde faisait son éloge, gardez-vous de n’estimer heureux que ces gens-là, et de vous croire privés de son enseignement. Si les Écritures sont vraies, le Seigneur n’a pas seulement parlé en ce temps-là, dans les assemblées juives, mais il parle également aujourd’hui dans notre assemblée. Et Jésus enseigne non seulement dans la nôtre, mais dans d’autres encore, et dans le monde entier. Et il cherche des instruments pour répandre ses enseignements. Priez pour qu’il me trouve, moi aussi, disposé et apte à le chanter.

Il vint ensuite à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l’habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit: L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction (Lc 4,16-18, citant Is 61,1).

Ce n’est pas par hasard, mais par une disposition de la divine Providence que Jésus ouvrit le livre et trouva un passage de l’Écriture qui prophétisait à son sujet. Il est écrit, en effet, qu’un moineau ne tombe pas dans le filet sans la volonté du Père (Mt 10,29), et que les cheveux de la tête des Apôtres sont tous comptés (Lc 12,7). Ne serait-ce pas aussi en vertu de sa providence que le livre d’Isaïe fut choisi plutôt qu’un autre, ainsi que ce passage précis qui parle du mystère du Christ: L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction (Is61,1)?

Après avoir lu ces paroles, Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui (Lc 4,20). En ce moment aussi, dans notre synagogue, c’est-à-dire dans notre assemblée, vous pouvez, si vous le voulez, fixer les yeux sur le Sauveur. Car, lorsque vous tenez le regard le plus profond de votre coeur attaché à la contemplation de la sagesse, de la vérité et du Fils unique de Dieu, vos yeux sont fixés sur Jésus. Bienheureuse assemblée dont l’Écriture atteste que tous avaient les yeux fixés sur lui! Comme je voudrais que cette assemblée mérite un témoignage semblable, que tous, catéchumènes, fidèles, femmes, hommes et enfants, regardent Jésus avec les yeux non du corps, mais de l’âme! Lorsque, en effet, vous tournerez vers lui votre regard, sa lumière et sa contemplation rendront vos visages plus lumineux, et vous pourrez dire: Sur nous, Seigneur, la lumière de ton visage a laissé ton empreinte (cf. Ps 4,7), toi à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen (1P 4,11).

Source: ZENIT.ORG, le 21 janvier 2022