16.10.2022 – MÉDITATIONS SUR LES LECTURES – MGR FRANCESCO FOLLO

Mgr Francesco Follo, 24 mars 2021, capture @ UNESCO

Mgr Francesco Follo, 24 Mars 2021, Capture @ UNESCO

La prière persévérante

Méditation sur les lectures de dimanche 16 octobre

XXIXème dimanche du temps ordinaire – Année C – 16 octobre 2022

Rite Romain : Ex 17, 8-13; Ps 120; 2 Tm 3,14 – 4,8; Lc 6, 43-48

Rite Ambrosien : Is 60,11-21 (1 P 2, 4-10); He 15-17.20-21; Lc 6, 43-48

IIIème dimanche d’octobre

Dédicace du Duomo de Milan

1) La persévérance de la prière : la nécessité de prier sans cesse.

L’Évangile de ce dimanche commence avec cette phrase : « En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité de toujours prier sans se décourager » et se termine avec cette interrogation du Messie qui se demande : « Cependant le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Au-delà donc de l’invitation à la prière persévérante, Saint Luc attire l’attention sur le « problème » de la foi persévérante : serons-nous capable de la maintenir ferme ou bien sera-t-elle seulement une forme de marchandage pour résoudre nos problèmes ?

En ce qui concerne la prière, même si on ne met pas en doute – évidemment – l’affirmation de Jésus sur la nécessité de prier avec persévérance, insistance et confiance, la question qui vient tout de suite à l’esprit est : « Comment peut-on prier toujours ? » Parce que s’il est vrai que la prière est la respiration de la foi (pape François) et que prier est donc une nécessité parce que si l’on  arrête de respirer, on arrête de vivre, cependant cette respiration spirituelle n’est pas aussi spontanée et automatique que la respiration naturelle. Parce que ce qui dans la nature est spontané, devient pour l’esprit le fruit d’une ascèse, d’un travail, on pourrait même dire d’une lutte qui implique toutes les énergies.

Écouter, méditer, parler et se taire devant le Seigneur qui parle est un art qui s’apprend en le pratiquant avec persévérance. Certainement la prière est un don, qui réclame cependant d’être accueilli ; c’est l’œuvre de Dieu, mais elle exige un engagement et une assiduité de notre part ; surtout la continuité et la persévérance sont importantes.

En persévérant dans la prière, nous comprenons et nous faisons l’expérience qu’elle est la respiration de la vie, comme la respiration de l’amour pour un couple qui s’aime.

La prière est notre communion avec le Père et le Fils dans l’Esprit Saint, qui nous met en communion avec la création comme don, et avec les autres comme frères : la prière est la vie humaine, pleinement réalisée. C’est pour cela qu’il faut toujours prier. Sans se décourager cependant, même si Dieu semble sourd à écouter notre prière. En effet ce qu’il nous donne n’est pas important : l’important est que nous soyons avec lui et que nous ayons confiance en lui. C’est cela le vrai fruit de la prière, qui est comme un canal ouvert où circule l’oxygène de Dieu, la vie de Dieu que nous respirons.

Dans l’amitié profonde avec Jésus et en vivant, en Lui et avec Lui, une relation filiale avec le Père, à travers notre prière fidèle et persévérante, nous pouvons ouvrir une fenêtre sur le ciel de Dieu. En parcourant la voie de la prière, sans considérations humaines, nous pouvons même aider les autres à la parcourir : c’est aussi vrai pour la prière chrétienne qu’en marchant, d’autres chemins s’ouvrent et nous pouvons les parcourir avec foi.

Sainte Teresa de Calcutta enseignait : « Le fruit du silence est la prière. Le fruit de la prière est la foi. Le fruit de la foi est l’amour. Le fruit de l’amour est le service. Le fruit du service est la paix. » Et à une demande que lui fit une sœur sur comment apprendre à prier, cette grande et humble sainte répondit : « En priant. » Et elle ajoutait : « On ne nous demande pas d’être doués mais d’être fidèles. Commencez et finissez la journée avec la prière. Allez à Dieu comme des enfants. Si vous trouvez difficile de prier vous pouvez dire. « Viens Esprit Saint, guide-moi, protège-moi, libère mon esprit afin que je puisse prier. » La prière ne demande pas d’interrompre son travail, mais de continuer son travail comme s’il était une prière. Ce qui compte c’est d’être avec Lui, vivre en Lui, dans sa volonté. » Pour être avec le Christ, il n’y a pas besoin d’avoir un quelconque doctorat, il suffit d’être comme Mère Teresa une personne de prière et de foi. Il suffit d’être comme ce paysan paroissien d’Ars qui tous les soirs après le travail dans les champs allait à l’église et y restait un long moment, sans ouvrir la bouche, contemplant le Christ en croix. A la demande du saint Curé d’Ars sur comment il remplissait ce long moment de prière, cet humble travailleur de la terre répondit : « Je le regarde et il me regarde. »

2) La persévérance de la foi : la nécessité de persévérer dans la foi, toujours.

Dans la première partie, j’ai essayé de donner des éléments de réponse à la demande « comment prier sans cesse ? ». Maintenant j’essaierai d’ébaucher une réponse à cette demande du Christ : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

Il y a un lien très fort entre la foi et la prière, parce que la foi est cette prière inlassable.

Peut-être ne réussissons-nous pas à comprendre que c’est justement le Seigneur qui désire notre cri, notre prière continuelle. Même quand il semble disparaître de notre vie, quand nous nous sentons comme la veuve de l’évangile d’aujourd’hui, c’est lui qui nous répète avec tendresse : « Fais-moi entendre ta voix, montre-moi tes larmes, dis-moi ce qui est au fond de ton cœur. »

C’est l’expérience concrète de l’amour et du soutien de Dieu, que nous faisons tous tôt ou tard et plus ou moins dans notre vie, qui nous donne la certitude que même lorsque nous ne voyons plus rien ou que nous voyons seulement l’obscurité et des nœuds terribles, la justice et l’amour de Dieu sont à l’œuvre. Tout, mais vraiment tout ! deviendra clair seulement à la fin, quand nous aurons la vision parfaite ; maintenant il nous est demandé de faire confiance et d’avoir confiance en Dieu, c’est à dire d’avoir la foi. Une foi qui n’est certainement pas facile et qui demande de la force, de la fermeté et de la persévérance comme la prière de la veuve de l’Évangile et comme celle de Paul qui va jusqu’à dire : « Je vous exhorte, mes frères, à lutter avec moi dans la prière. «  (Romains 15, 30) : en grec le verbe est « sunagonizein » (= agoniser avec) qui indique le combat décisif et suprême.

L’important est de croire à l’amour du Christ qui nous a montré sur la croix qu’il nous aime plus que lui-même. Alors nous comprenons que la nécessité de prier sans cesse et sans se lasser est la nécessité de l’amour. Seul un cœur amoureux prie avec foi, sans se lasser et répond sans cesse à la voix de son Bien-Aimé. La prière n’est ni une folie ni un refuge aliénant. La prière est la rencontre avec l’ami que nous ne méritons pas mais qui s’offre à nous, êtres provisoires et précaires, qui prions.

En effet le verbe « prier » a la même racine que « précaire » qui désigne une personne qui a quelque chose seulement si l’autre la lui donne. Donc notre rapport à Dieu et aux personnes est toujours précaire. Toute relation humaine est précaire, parce que nous l’avons seulement si nous la désirons et si l’autre nous la donne gratuitement. Donc par nature la prière est l’acte fondamental de la relation entre les personnes.

En effet, la première chose que l’on enseigne à l’enfant est de demander et de dire merci. Ce qui est fondamental. C’est la relation. Autrement il y a le fétichisme, la chosification parce que si l’on n’entre pas dans une attitude de reconnaissance, ce qui intéresse ce sont les choses et non les personnes.

Pour cela, il convient de prier sans cesse, à tout moment et en tout lieu comme Jésus nous en a donné le témoignage surtout au moment de la crucifixion. Avec sa prière continuelle, si persévérante qu’elle continue même lorsqu’il est sur la croix, Jésus nous conduit à la foi, à la confiance totale en Dieu et en sa volonté et il veut nous montrer que ce Dieu qui a tant aimé l’homme et le monde, au point d’envoyer son Fils unique (cf Jn 3, 16), est le Dieu de la vie, le Dieu qui donne l’espérance et qui est capable de retourner les situations les plus humainement impossibles. La prière confiante d’un croyant devient alors un témoignage vivant de cette présence de Dieu dans le monde, de son intérêt pour l’homme, de son action pour réaliser son plan de salut.

De cette prière fidèle parce que persévérante et faite dans la foi, les vierges consacrées dans le monde sont des exemples simples et clairs. Ces femmes se sont consacrées parce qu’elles ont cru en l’amour miséricordieux et fidèle de Dieu. Pour cette foi, elles ont mis toute leur vie sous le signe de la miséricorde et de la fidélité. Fidélité c’est à dire engagement persévérant et inconditionnel. Dieu s’est offert à nous, une fois pour toute dans sa Parole. Il ne l’a jamais reprise. Croire c’est donner sa propre parole, s’engager envers Celui qui s’est engagé envers nous sans retour. Par conséquent, elles aussi sont fidèles, persévérantes, tenaces en tout.(cf rituel de consécration des vierges n° 26 : « Recevez cet anneau, signe de votre union avec le Christ. Gardez une fidélité sans partage au Seigneur Jésus ; il vous introduira un jour dans la joie de l’alliance éternelle ») Elles ne reprennent pas la parole donnée lors de la consécration. Elles n’abandonnent pas la bonne cause de Dieu qui s’est manifesté à elles comme Personne pour qui il vaut la peine de vivre.

Joyeusement, elles ont tout donné d’elles-mêmes, âme et corps parce que la virginité n’est pas seulement un état du corps, elle est principalement une vertu de l’âme. Avec leur consécration vécue humblement dans le monde, elles montrent qu’une vie donnée à Dieu dans le secret et dans la prière et que la virginité est le fruit de la prière mais surtout d’une foi et d’un amour fervent pour le Christ, parce que sans l’amour du Christ, il n’est pas possible d’être vierge. A la fin, il est utile de rappeler que la virginité chrétienne a comme modèle la vierge Marie qui a été la vierge par excellence, c’est à dire la disponibilité à l’action de Dieu. Et si Dieu s’est incarné en Elle, il l’a fait grâce à sa disponibilité.

Lecture patristique

St-Augustin d’Hippone

10 Conseils sur la prière

  1. « Adresse-toi plutôt à ton Seigneur Lui-même, frappe à la porte de cette demeure où Il repose avec sa famille, prie, supplie, insiste. Bien différent de cet ami dont il est question dans la parabole, Il se lèvera et te donnera, car Il est tout disposé à donner. Tu frappes sans avoir encore obtenu ? Frappe encore, car Il veut te donner. Et s’Il diffère de te donner ce que tu veux, c’est pour enflammer tes désirs, et pour t’empêcher d’apprécier moins ce que tu aurais obtenu plus tôt »  (Sermon 105).
  2. « Oui, Jésus est mieux disposé à nous donner que nous à recevoir ; plus disposé à faire miséricorde que nous ne le sommes à sortir de la misère » (Sermon 105).
  3. “La prière qui s’élève dans sa pureté d’un cœur fidèle est comme l’encens qui monte des saints autels. Rien n’est devant Dieu plus agréable que cette odeur : qu’elle soit l’odeur de tous les fidèles » (Commentaire sur le psaume 140).
  4. “La foi est la source de la prière, et si la foi manque, il n’y a plus de prière. Prions donc pour que notre foi ne vienne pas à faiblir. La foi produit la prière, et la prière à son tour obtient l’affermissement de la foi » (Catena Aurea).
  5. « Si nos prières sont parfois non exaucées, c’est que nous demandons aut mali, aut male, aut mala : aut mali, en étant mauvais, et pas assez préparés pour demander ; aut male, nous demandons mal, d’une mauvaise manière, avec peu de foi ou sans persévérance, ou avec peu d’humilité ; aut mala, nous demandons des choses mauvaises, ou qui, pour une raison ou une autre, ne nous conviendront pas » (La Cité de Dieu, 20, 22).
  6. « Il peut paraître étonnant que Celui qui nous exhorte à prier (…) soit Celui-là même qui sait ce qui nous est nécessaire avant que nous le Lui demandions. Alors, pourquoi Dieu fait-Il cela ? Nous pourrions nous en inquiéter, si nous ne comprenions pas que le Seigneur notre Dieu n’attend certes pas que nous Lui apprenions ce que nous voulons, qu’Il ne peut ignorer. Mais Il veut que notre désir s’excite par la prière, afin que nous soyons capables d’accueillir ce qu’Il s’apprête à nous donner. Car ce que Dieu nous réserve est très grand, tandis que nous sommes petits et de pauvre capacité pour le recevoir. Voilà pourquoi il nous a été dit : Dilatez-vous » (Lettre 130, à Proba).
  7. « Toujours maintenir vivant ce désir continuel de Dieu. Mais les soins et les affaires d’ici-bas attiédissent notre désir, c’est pourquoi  à certaines heures et à certains temps fixés, nous prions aussi Dieu avec des paroles ; par ces paroles, nous nous avertissons nous-mêmes de reprendre nos élans, et nous empêchons que notre esprit soit attiédi et se refroidisse  complètement ; il s’éteindrait même totalement, faute d’être ranimé fréquemment » (Lettre 130 à Proba).
  8. « Que Dieu nous garde de la prière bavarde, mais la prière doit être continue, si la ferveur persévère. Parler beaucoup, c’est traiter dans sa prière d’une chose nécessaire en paroles superflues. Mais prier beaucoup, c’est insister auprès de Celui que nous prions, par un long et pieux désir du cœur. La plupart du temps, on traite mieux celui que nous prions par les gémissements que par les discours, plus par les larmes que par le langage » (Lettre 121 à Proba).
  9. « Fais ce que tu peux, demande ce que tu ne peux pas, et Dieu t’aidera afin que tu puisses le faire » (Sermon 43, sur la nature et la grâce).
  10. « Si tu parcours toutes les prières de l’Écriture, tu ne trouveras rien, je crois, qui ne soit contenu dans cette prière du Seigneur et n’y trouve sa conclusion (Notre Père) » (Lettre 130 à  Proba).

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