« Le pauvre à la porte, c’est le Christ », par Mgr Francesco Follo

Repas de fête pour les pauvres 29/6/2018 © Adam Trojanek, Church in Poland
Repas De Fête Pour Les Pauvres 29/6/2018 © Adam Trojanek, Church In Poland

« Le pauvre à la porte, c’est le Christ », par Mgr Francesco Follo

Méditation sur l’évangile de dimanche 25 septembre 2022

Voici la méditation de l’évangile du XXVIème Dimanche du Temps ordinaire, le 25 septembre 2022, proposée par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco.

« Le pauvre à la porte, c’est le Christ »

 XXVIème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C  – 25 septembre 2022

Amos 6,1.4-7; Psaume  145; 1 Timothée 6,11-16; Luc 16,19-31.

1) Le mendiant à la porte.
L’évangile de ce 26e dimanche du temps ordinaire nous présente la parabole du bon vivant (= goinfre) riche et Lazare, ce qui nous amène à nous tourner vers le pauvre qui est jeté à notre porte à cause de la famine et de la guerre, en le reconnaissant comme le Christ qui nous sauve. Le Salut apparaît et se tient à la porte de nos vies avec les vêtements en morceaux du mendiant blessé et affamé: « Le vrai protagoniste de l’histoire est le mendiant : le Christ mendiant du cœur de l’homme et le cœur de l’homme mendiant du Christ.» (Mgr. Luigi Giussani).
Au lieu d’ériger des murs, nous sommes appelés à construire des ponts de charité pour les pauvres en qui réside le Mendiant par excellence: le Christ Sauveur.

Au lieu de regarder les pauvres avec de la gêne, nous sommes appelés à les  accueillir avec amour, avec le partage. Pour mieux comprendre l’enseignement du Christ sur la charité, regardons de plus près la parabole d’aujourd’hui :
Dans ce récit, le Messie parle d’un riche dont l’égoïsme empêche de secourir un pauvre ; En le rejetant comme un frère, il rejette Dieu qui est Père du pauvre et du riche.
Cet homme riche dont Jésus ne dit pas le nom, est le riche typique qui ne se soucie que de savourer les joies de cette vie, sans penser ni à Dieu, ni aux autres, ni à la vie éternelle.

Apparemment, ce riche ne fait rien de mal en profitant de la vie, mais il est tellement pris par cette joie éphémère qu’il ne réalise même pas qu’à la porte de sa maison, se trouve un pauvre homme qui est aussi malade et couvert de plaies. De plus, ce pauvre qui a un nom : Lazare (nom qui signifie «Dieu aide »[1] , c’est-à-dire que Dieu nous aide dans les pauvres) est tourmenté par la faim. Il ne peut pas répondre parce qu’il est à l’extérieur de la porte et il ne peut même pas ramasser les miettes qui tombent de la table du riche. Seuls les chiens ont pitié de lui et lui lèchent ses plaies.
Cette première partie de la scène décrite dans la parabole nous présente la force apparente de la richesse qui permet de savourer les joies passagères de la vie qui s’écoule très rapidement et qui n’empêche pas la douleur dramatique de la mort. La deuxième partie de la scène parle de ce qui se passe après la mort où l’on voit où Lazare dans la joie éternelle et l’homme riche dans la douleur sans fin.
Il faut reconnaître que les mots utilisés par saint Luc sont très forts. Il écrit ainsi pour préciser que l’épisode est symbolique, mais cela ne signifie pas non plus que le message qu’il communique puisse être minimisé ou équivoque.

Sous une forme dramatique, la parabole du riche, goinfre, et du pauvre Lazare affamé montre  toute la force provisoire et destructrice de la richesse mal utilisée. Quand la richesse est réduite à être seulement un moyen de satisfaction personnelle, elle ferme notre cœur au besoin de notre voisin, au point de nous rendre incapables de voir ceux qui sont dans besoin et, pire encore, de bâtir  un mur devant  notre porte afin de ne pas voir les mendiants et les exclure de notre vie. Au lieu de résoudre le problème avec la vraie charité,  on le censure de façon hypocrite.
En bref, la parabole ne montre pas seulement le contraste entre le pauvre et le riche, mais il souligne que le pauvre et le riche sont voisins, et que le riche ne remarque pas ou ne veut pas voir le pauvre.
Les riches qui vivent en égoïstes, deviennent aveugles et ils ne voient pas les pauvres, même s’ils sont à la porte. Ils sont aussi aveugles à l’Écriture qui nous dit de reconnaître Dieu dans les pauvres. Le  riche égoïste ne s’oppose pas à Dieu et n’opprime pas les pauvres. Tout simplement, il ne les voit pas. C’est ici que se trouve le grand danger de la richesse, ce qui est peut-être la principale leçon de cette parabole.

2) La pureté angélique et la pauvreté.
Sainte Teresa de Calcutta affirmait que, pour reconnaître le Christ dans les pauvres, il nous faut une pureté angélique. Si nos yeux et nos cœurs sont purs, ils peuvent reconnaître Jésus en Lazare.
Le Rédempteur a « assumé » notre nature de pauvre Lazare. C’est celui qui, aujourd’hui, se trouve à notre porte, sur le seuil de notre vie rassasiée de biens matériels, orgueilleuse et dominatrice. Jésus s’est fait Lazare pour que nous puissions reconnaitre notre réalité de mendiants d’infini, de nostalgiques d’éternité. Lui, le Mendiant, il frappe à la porte de notre cœur le désir du vrai bonheur : pur.

Pour avoir cette pureté qui sait voir le Christ dans le pauvre, lui qui se contente des miettes de notre table, il est d’abord nécessaire -comme premier pas- de demander pardon avec un cœur contrit.
Le deuxième pas consiste à « élever le regard » vers le Christ, comme l’homme riche éleva son regard vers Lazare dans le ciel avec Abraham ; et il consiste à Lui quémander  d’avoir le même sort que Lazare, le frère qui savait aimer au milieu de sa pauvreté et de la maladie. De notre part, mandions un cœur pur qui permette à nos yeux de voir le Christ à côté de nous, Lui qui mendie notre attention, notre pitié comme Lazare
Le troisième pas consiste à ouvrir la porte de notre cœur auquel Jésus frappe : habillés de  notre faiblesse, qu’Il nous éveille du sommeil d’une vie superficielle et rassasiée seulement de biens matériels abondants.
Le quatrième pas consiste à nous reconnaître humblement comme de pauvres « chiens » -comme le dit la parabole – : chassés de tous, ils remarquent la « douleur de l’amour » de Lazare-Christ. Les chiens soignent alors ses plaies et le sauvent.
Enfin il faut se convertir en demandant avec humilité et contrition que quelqu’un « mouille le bout de son doigt pour baigner notre langue » et nous donne la communion de vie.        Dans cette communion de vie de l’amour sont surmontés les obstacles entre maris et femmes, entre parents et enfants, entre frères et entre collègues, entre riches et pauvres, entre les réfugiés et nous.

En ouvrant la porte à ce voisin, nous serons en mesure de l’ouvrir au Christ, l’Emmanuel, le Dieu qui est toujours avec nous et qui nous est plus proche à nous-mêmes que nous, nous le sommes à nous-mêmes.
Nous sommes tous appelés à vivre cette pureté pour reconnaître le Christ dans les pauvres et être mendiants du Sauveur, mais les vierges consacrées dans le monde témoignent que la virginité est « la pauvreté amoureuse” (Jacopone da Todi) qui laisse tous les autres amours pour se donner à Christ. Avec coeur vierge, elles regardent vers le Christ comme Véronique l’a fait : elles deviennent ce qu’elles contemplent, en mendiant seulement l’amour du Christ.
Grace à cet amour virginal qui contemple l’Aimé, le cœur de la vierge devient le lieu où s’imprime le visage du Christ, icône de vérité. Avec leur vie de mendiantes de l’amour de l’Epoux, elles témoignent que l’on peut tout quitter avec joie, car avec lui, rien ne se perd, mais tout mené à son achèvement. De Lui vient la perfection de la lumière qui brille dans les actes, dans les mots, dans les yeux des créatures qui rendent notre vie telle une chanson avec ces paroles :
« Peut-être que le but de la vie est de vivre?
Est-ce que le destin des enfants de Dieu est de rester ancrés à la terre ?
Non ! ce n’est pas vivre mais  mourir. Il ne faut échapper à la Croix mais y monter et donner avec joie que nous avons.

Voici la joie, la liberté, la grâce, l’éternelle jeunesse! » (Paul Claudel, L’annonce faite à Marie).
Leurs cœurs sont en harmonie avec la miséricorde ; et leur vie consacrée est un signe que chacun de nous est appelé à être, «lieu» habité par Dieu dont le puissant amour pardonne et recrée.

Lecture Patristique: Saint Polycarpe, De la lettre aux Philippiens

J’ai pris grande part à votre joie, en notre Seigneur Jésus Christ, quand vous avez reçu les martyrs, images de la véritable charité; quand vous avez escorté, comme vous deviez le faire, ces hommes qui étaient captifs de chaînes dignes des saints, chaînes qui sont des diadèmes pour ceux qui ont été vraiment choisis par Dieu et notre Seigneur. Et je me suis réjoui de ce que la racine vigoureuse de votre foi, réputée depuis les temps anciens, persiste jusqu’à maintenant et porte des fruits en notre Seigneur Jésus Christ; lui qui a enduré pour nos péchés d’aller au-devant de la mort; lui que Dieu a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort; lui en qui vous croyez, sans le voir encore, avec une joie inexprimable qui vous transfigure, cette joie à laquelle beaucoup désirent parvenir car vous savez que c’est par grâce que vous êtes sauvés, non pas par vos oeuvres, mais en vertu du bon vouloir de Dieu, par Jésus Christ. Aussi préparez-vous à l’action et servez Dieu avec crainte et en vérité ; laissez de côté le vain bavardage et l’erreur de la foule ; croyez en celui qui a ressuscité d’entre les morts notre Seigneur Jésus Christ et lui a donné la gloire et un trône à sa droite. A lui tout est soumis, au ciel et sur la terre ; tout ce qui respire lui rend un culte, il viendra juger les vivants et les morts, et Dieu demandera compte de son sang à ceux qui refusent de croire en lui.

Celui qui l’a ressuscité d’entre les morts nous ressuscitera aussi, si nous faisons sa volonté. Si nous suivons ses commandements et si nous aimons ce qu’il a aimé – en nous abstenant de toute injustice, cupidité, amour de l’argent, médisance et faux témoignage – en ne rendant pas le mal pour le mal, l’insulte pour l’insulte, coup pour coup, ni malédiction pour malédiction; en nous souvenant de l’enseignement du Seigneur qui a dit: Ne jugez pas, pour ne pas être jugés; pardonnez, et vous serez pardonnés; faites miséricorde pour recevoir miséricorde; la mesure dont vous mesurerez servira aussi pour vous; et encore : Bienheureux les pauvres et ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume de Dieu est à eux.

R/ Jésus, le Seigneur, est venu
pour que nous ayons la vie.

Si tu reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton coeur,
il te rassemblera à nouveau du milieu des peuples.

Serais-tu égaré à l’extrémité des cieux,
même là le Seigneur ton Dieu viendra te prendre.

Je te propose aujourd’hui la vie ou la mort :
choisis la vie, en aimant le Seigneur ton Dieu.
***
[1] Lazare vient de l’hébreu « Eli Oser: Dieu aide. » Le nom de ce pauvre est « Dieu aide » parce que Dieu aide les pauvres, et parce que le pauvre homme est Dieu qui nous aide. « Ce que vous avez fait pour l’un de ces derniers, c’est pour moi que vous l’avez fait, venez béni ». Autrement dit, les pauvres sont là pour aider et ont un nom; le pauvre est Dieu qui nous aide, pardonne et re-crée.

Source : ZENIT.ORG, le 23 septembre 2022

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