CAP FATIMA – LETTRE DE LIAISON N0 191 DU 1ER OCTOBRE 2026

Chers amis,

Les travaux de rapprochement entre Salve Corda et Cap Fatima n’étant pas encore achevés, l’opportunité nous est offerte de vous envoyer une lettre de liaison supplémentaire. Dans cette lettre, nous vous proposons de revenir sur un point important : comment pouvons-nous mieux œuvrer pour établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie ? C’est un point assez difficile, car la pratique de cette dévotion exigeant un certain temps, demande déjà un effort. En parler autour de nous en prend aussi et demande donc un effort supplémentaire. Pourtant, pour répondre aux demandes du Ciel, nous ne pouvons éviter de travailler à l’établissement dans le monde de cette dévotion. Car c’est une volonté divine très clairement exprimée deux fois à Fatima.

Le 13 juin 1917, Notre-Dame dit à Lucie : « Jésus veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. » Et un mois plus tard, elle lui dit : « Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé.»
Jésus, le 13 juin ; Dieu, le 13 juillet. La première demande émane de Jésus, deuxième personne de la Sainte Trinité. La deuxième émane soit de Dieu le Père, première personne de la Sainte Trinité, soit de la Sainte Trinité en ses trois personnes. Quoi qu’il en soit, ce n’est sûrement pas une simple figure sémantique : cette double appellation montre qu’il s’agit d’une volonté du Dieu un et trine, et souligne ainsi son importance.

Cette demande ne concerne pas que les petits voyants. Le message de Fatima s’adresse à toute l’Église, et à nous en particulier. Dès lors, il n’est pas exagéré d’en conclure que Dieu veut non seulement que nous pratiquions la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, mais aussi que nous la répandions autour de nous. La pratique est importante, mais elle ne saurait suffire pour répondre à la demande divine ; nous devons être d’ardents apôtres de cette dévotion.

Pour répondre complètement à cette demande, il faut :

  • tout d’abord que nous connaissions bien cette dévotion et que nous soyons convaincus de son importance et de sa puissance,
  • ensuite que nous la pratiquions avec ferveur et persévérance,
  • enfin que nous la fassions connaître autour de nous,
  • et pour cela que nous connaissions et utilisions les moyens à notre disposition.

Il est nécessaire de commencer par être convaincu de son caractère indispensable voulu par Dieu. Sur ce point, voici ce qu’expliquait sœur Lucie au père Fuentès le 27 décembre 1957 :

Père, la Très Sainte Vierge ne m’a pas dit que nous sommes dans les derniers temps du monde, mais Elle me l’a fait voir pour trois motifs :
– le premier parce qu’Elle m’a dit que le démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge, et une bataille décisive est une bataille finale où l’on saura de quel côté est la victoire, de quel côté la défaite. Aussi, dès à présent, ou nous sommes à Dieu, ou nous sommes au démon ; il n’y a pas de moyen terme ;
– le second parce qu’Elle a dit, aussi bien à mes cousins qu’à moi-même, que Dieu donnait les deux derniers remèdes au monde : le saint Rosaire et la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, et ceux-ci étant les deux derniers remèdes, cela signifie qu’il n’y en aura pas d’autres ;
– et, troisièmement, parce que toujours dans les plans de la divine Providence, lorsque Dieu va châtier le monde, il épuise auparavant tous les autres recours. Or, quand Il a vu que le monde n’a fait cas d’aucun, alors, comme nous dirions dans notre façon imparfaite de parler, Il nous offre avec une certaine crainte le dernier moyen de salut, sa Très Sainte Mère. Car si nous méprisons et repoussons cet ultime moyen, nous n’aurons plus le pardon du Ciel, parce que nous aurons commis un péché que l’Évangile appelle le péché contre l’Esprit Saint, qui consiste à repousser ouvertement, en toute connaissance et volonté, le salut qu’on nous offre. Souvenons-nous que Jésus-Christ est un très bon Fils et qu’il ne permet pas que nous offensions et méprisions sa Très Sainte Mère. Nous avons comme témoignage patent l’histoire de plusieurs siècles de l’Église qui, par des exemples terribles, nous montre comment Notre Seigneur Jésus-Christ a toujours pris la défense de l’honneur de sa Mère.

Il est aussi important d’être convaincu de notre rôle dans l’établissement de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Sur ce point, sœur Lucie confia également au père Fuentès :

Ma mission est d’indiquer à tous l’imminent danger où nous sommes de perdre notre âme à jamais si nous restons obstinés dans le péché. (…) N’attendons pas que vienne de Rome un appel à la pénitence de la part du Saint Père pour le monde entier ; n’attendons pas non plus qu’il vienne de nos évêques dans leur diocèse, ni non plus des congrégations religieuses. Non. Notre Seigneur a déjà utilisé bien souvent ces moyens et le monde n’en a pas fait cas. C’est pourquoi maintenant, il faut que chacun de nous commence lui-même sa propre réforme spirituelle. Chacun doit sauver non seulement son âme, mais aussi toutes les âmes que Dieu a placées sur son chemin.

« Sauver toutes les âmes que Dieu a placées sur notre chemin » ! Le Ciel est exigeant ! … Mais guère plus que Jésus disant à onze pécheurs du lac de Tibériade : « Allez enseigner TOUTES les nations » ! Pour nous aider dans ce devoir, voici quelques conseils.

Petit vade-mecum pour répandre la dévotion au Cœur Immaculé de Marie

Connaître la dévotion au Cœur Immaculé de Marie

Pour bien connaître cette dévotion, la lettre de liaison de Cap Fatima (et bientôt de Salve Corda) est un bon moyen. Ce n’est pas le seul : d’autres œuvres ou sites travaillent à faire connaître cette dévotion. Il existe aussi de très bons livres sur le sujet ; le choix ne manque pas. Le message est vaste et profond : il n’est guère possible de tout savoir en une fois. Il faut découvrir ou approfondir petit à petit. Pour cela, une lettre régulière est un bon moyen ; mais il y a d’autres solutions possibles. L’important est de faire quelque chose de façon régulière. Cela ne dépend que de la volonté de chacun. Rien ni personne ne pourra s’y substituer.

Pratiquer la dévotion au Cœur Immaculé de Marie

Il faut ensuite bien la pratiquer. Car l’on ne peut demander aux autres ce que l’on n’est pas capable de faire soi-même. Plusieurs lettres de liaison ont détaillé comment bien la pratiquer. Notamment, dans les dernières, nous avons présenté les recommandations du père Martins pour bien faire la communion réparatrice du premier samedi du mois :

Les autres pratiques ont aussi fait l’objet de plusieurs lettres. Vous pouvez les retrouver en utilisant le moteur de recherche du site situé en haut de la colonne de droite de la page d’accueil.

Faire connaître la dévotion au Cœur Immaculé de Marie

Il faut ensuite la faire connaître autour de nous. C’est un point plus difficile qu’il n’y paraît au premier abord, car la paresse imagine mille raisons pour ne pas bouger ou demander à notre prochain d’agir à notre place. Un jour, un ami, enthousiasmé par ce qu’il avait découvert, nous conseilla : « Vous devriez en parler à telle personne. Je la connais très bien : elle sera sûrement très réceptive. » L’expérience montre que suivre un tel conseil est souvent du temps perdu, car une telle façon d’agir a fort peu de chances de succès. Ne nous connaissant pas, cette personne n’écoutera que d’une oreille distraite et s’empressera d’oublier ce que nous avons dit quand nous aurons fini de parler. Au contraire, une démarche de votre part retiendra plus facilement son attention. Elle écoutera plus volontiers le discours d’un ami que celui d’un inconnu. Peut-être même sera-t-elle touchée de voir un de ses amis lui faire partager ses convictions intimes.

Il faut avoir un esprit d’apôtre. Et c’est à la portée de tout le monde. Toutefois, pour être efficace, il est utile de se faire aider ou d’utiliser de bons moyens d’apostolat. Concernant la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, de tels moyens existent et sont facilement accessibles. Ces moyens sont les mêmes que ceux qui peuvent ou ont pu nous aider nous-mêmes dans la pratique de cette dévotion. Il s’agit simplement de faire découvrir à notre prochain ce que nous avons nous-mêmes découvert. Voici une rapide synthèse de ce qui est à notre disposition.

Pour la connaissance la dévotion, diffusons simplement le moyen qui nous a permis de la connaître. Si ce moyen vous a convaincu, il pourra aussi convaincre vos proches.

Pour le chapelet quotidien et la communion réparatrice des premiers samedis du mois, qui sont les deux pratiques les plus exigeantes, car elles demandent du temps, il faut essayer de mettre en place une pratique collective qui est un puissant soutien pour persévérer.
Pour les premiers samedis du mois, commencez par essayer de mettre en place cette pratique dans votre paroisse. Si ce n’est pas possible ou simplement difficile, il existe les cités de Salve Corda. Incitez vos amis à se joindre à vous. S’il n’y a pas de cité proche de chez vous, pourquoi ne pas essayer d’en créer une ? Mais la carte des cités est déjà bien remplie.
Pour le chapelet quotidien, Cap Fatima a organisé pendant plusieurs années des rosaires vivants qui ont eu une certaine efficacité puisque plusieurs d’entre vous ont demandé à ce qu’ils soient repris. Une nouvelle organisation de ces rosaires est à l’étude. En attendant qu’elle soit éventuellement mise en place, vous pouvez essayer d’en organiser vous-même. Par exemple, avec 5 personnes, vous pouvez organiser un chapelet vivant et en changeant de mystères tous les jours, vous pourrez ainsi réciter deux rosaires complets dans la semaine.

Concernant la consécration au Cœur Immaculé de Marie et le port du scapulaire, ces pratiques sont moins difficiles que les précédentes. Mais pour inciter nos proches à les pratiquer, il peut être bon d’organiser régulièrement des cérémonies, par exemple après une messe du premier samedi du mois.
Pour mâcher le travail, Salve Corda pense à établir un calendrier annuel sur la base d’une cérémonie soit de consécration soit d’imposition du scapulaire un mois sur deux. Ainsi, une fois sur deux, outre les 4 pratiques de la communion réparatrice (chapelet, méditation de 15 minutes, confession, communion) serait ajouté une cérémonie soit de consécration au Cœur Immaculé de Marie, soit d’imposition du scapulaire.

Enfin, en ce qui concerne les sacrifices pour la conversion des pécheurs, cette pratique est souvent un peu négligée, voire oubliée. C’est dommage, car elle ne demande ni temps, ni argent. Elle demande simplement de penser à offrir, d’avoir la volonté d’offrir humblement et sincèrement, pour réparer. Pour la rendre plus facile, il faut bien savoir quels sont les sacrifices demandés par le Ciel :

Voici la pénitence que le bon Dieu demande aujourd’hui, explique sœur Lucie : c’est le sacrifice que chacun doit s’imposer soi-même pour mener une vie de justice dans l’observance de sa loi. Et il désire que l’on fasse connaître clairement cette voie aux âmes, car beaucoup donnent au mot ‘pénitence’ le sens de grandes austérités, et comme elles ne se sentent ni force, ni générosité pour cela, elles se découragent et se laissent aller à une vie de tiédeur et de péché. Du jeudi au vendredi, me trouvant dans la chapelle avec la permission de mes supérieures, à minuit, Notre Seigneur me dit : « Le sacrifice qu’exige de chacun l’accomplissement de son propre devoir et l’observance de ma loi, voilà la pénitence que je demande et que j’exige maintenant. »

La pénitence demandée est donc celle qui résulte de l’accomplissement de nos devoirs d’état. C’est à la fois très simple et très réaliste. Nous savons que, pour bien ordonner nos vies, il faut répartir de façon équitable nos activités entre les multiples devoirs d’état qui nous incombent : devoirs d’état envers Dieu, envers notre patrie, envers nos parents, envers nos enfants ; devoirs d’état conjugaux ; devoirs d’état professionnels. Tous sans exception sont l’occasion d’offrir des sacrifices.
Un moyen de faire pratiquer cette demande de la dévotion, serait de la rappeler chaque premier samedi du mois, par exemple en faisant un bref rappel à l’issue de la méditation de 15 minutes. Ce simple rappel régulier, tout en nous aidant à ne pas oublier, peut inciter notre prochain à commencer à offrir ses propres sacrifices.

Voilà quelques idées pour nous aider à être des acteurs zélés dans l’établissement de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Ce ne sont bien sûr que des indications ou conseils. À chacun de les faire siens et de les adapter à son propre environnement. Il n’est pas besoin de faire beaucoup. L’essentiel est de faire quelque chose et de persévérer.

En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie
Yves de Lassus

Source : CAP FATIMA

04.10.2026 – HOMÉLIE DU 27ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 21, 33 – 43

L’orgueil religieux

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Matthieu 21, 33 – 43

Dans la foulée de la parabole des deux fils que nous avons lue dimanche dernier, la parabole des vignerons homicides de ce dimanche met en cause la légitimité des grands prêtres et des anciens, somme toute celle du judaïsme traditionnel. Dieu est le propriétaire du domaine viticole ; les serviteurs qu’il envoie en premier sont les prophètes, qui furent tous persécutés ; le fils qu’il envoie et se fait tuer, c’est Jésus. Dans un procédé rhétorique classique, le jugement est prononcé par ceux-là mêmes qu’il condamne, quand ceux qu’interroge Jésus concluent : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. » Comme dimanche passé, cette parabole assume également un côté prophétique, qui fait annoncer par Jésus ce qui effectivement arrivera : sa mort, la destruction du Temple, qui signifiera la fin du judaïsme ancien, et l’avènement du christianisme.

On peut garder cette lecture d’une parabole prophétique du Christ. Mais on doit tout de même se poser la question d’une interpolation des évènements par Matthieu, qui semble parfaitement décrire ce qu’il vit, au moment où il écrit, à savoir en 80-90, alors que Jésus est mort, alors que le Temple est détruit, alors que le christianisme émerge. Ce sentiment d’un ajout opportun est renforcé par la structure du texte qui, contrairement à ce que nous venons de lire, ne contient pas le premier verset « En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple ». C’est un ajout liturgique contextuel pour faciliter la compréhension. De même que le dernier verset de la parabole a été omis : « Et tout homme qui tombera sur cette pierre (le Christ) s’y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière ! ». On conçoit mal terminer la lecture de l’Évangile à la messe par un tel verset. Il est pourtant dans le texte original et s’apparente à une virulente menace. Celle du Christ ou celle de Matthieu en lutte avec le judaïsme rabbinique naissant ?

Pour l’interprétation spirituelle, peu importe : toute l’Écriture est inspirée par l’Esprit Saint. Il s’agit de comprendre ce que cette parabole peut signifier pour nous aujourd’hui, de chercher dans notre vie spirituelle les occasions où nous nous comportons en vignerons homicides. Quand nous accaparons-nous le fruit de la grâce au mépris de Dieu ?

Tout religieux se fracasse un jour contre l’orgueil de sa vocation : le sentiment d’élection divine, celui d’une vie particulière. Et il faut dire qu’il n’est pas aidé par une Église qui conserve des réflexes cléricaux. On est facilement couvert d’admiration quand on donne sa vie à Dieu. Et il est difficile de ne pas se laisser emporter vers l’orgueil. Pourtant, chaque baptisé est un élu de Dieu … Il est bon que les religieux se fracassent contre l’orgueil de leur vocation. C’est quand on chute de son piédestal spirituel, qu’on cesse littéralement de se prendre pour un grand prêtre, qu’on peut finalement incarner la religion du Christ. A défaut, la sentence tombera comme le verset abrogé : « tout homme qui tombera sur cette pierre s’y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière ! » Le jugement est radical : les religieux orgueilleux sont voués à la mort spirituelle.

Mais comme je l’ai dit, tout baptisé est un élu de Dieu. Ainsi courrons-nous tous le risque de nous penser meilleurs qu’autrui. Certains chrétiens méprisent ceux qui ne prient pas comme eux, ne pensent pas comme eux, ne partagent pas leur vision de l’Église. C’est tout aussi spirituellement mortifère.

L’orgueil est une perversion de l’élection. Que des personnes humaines ou divines nous donnent de l’importance, nous fassent la grâce de leur affection, si nous méprisons la gratuité de tels élans, alors ils serviront à nous donner de l’importance : nous nous en sentirons indûment valorisés. En creux, il y a là le signe d’une dévalorisation intérieure que nous pensons ainsi combler. L’orgueil – le fait de tout rapporter à soi – est un cache misère affectif, qu’il soit religieux et c’est le sentiment de déplaire à Dieu qu’il veut dissimuler. L’orgueilleux est celui que ne s’estime pas et veut le cacher aux autres. Ce faisant, il se dissimule aux autres et à l’amour ; il s’enferme dans son ego. L‘instrumentalisation de l’amour et de la religion en faire-valoir est spirituellement isolationniste et donc mortifère.

Les vignerons de la parabole voulaient pour eux-mêmes tout le raisin, pas seulement la juste rétribution qui leur était promise. Littéralement, ils se sont enivrés de la grâce, au mépris de la considération de Dieu. J’aime l’expression ‘vampire de la grâce’ pour qualifier mon orgueil religieux. Elle laisse entrevoir une voracité spirituelle avide de considération, des carences affectives mal dissimulées, les parties de mon cœur assoiffées de grâces, parce que Dieu n’y est pas.

Frères et sœurs, ne réduisons pas nos relations aux effets qu’elles nous procurent, à la grâce que nous donne immédiatement le sentiment d’être aimé. C’est mépriser un trésor bien plus important : la personne – Dieu ou autrui – qui, dans la relation, se donne.

Frères et sœurs, ne nous enorgueillissons jamais d’être appréciés. C’est toujours perdre l’essentiel de l’amour.

Amen

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 30 septembre 2026

04.10.2026 – HOMÉLIE DU 27ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 21, 33 – 43

La Vigne du Seigneur

Homélie de l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire


Cette semaine encore, la liturgie nous parle de la vigne. La vigne ce n’est pas seulement une récolte comme les autres. C’est surtout une passion. Le plus grand bonheur d’un viticulteur c’est de nous faire visiter sa vigne et sa cave ; sa plus grande peine c’est de voir une vigne abandonnée, livrée aux ronces, aux épines et aux sangliers.

Cette déception est d’autant plus grande que cette culture demande beaucoup de travail. Il faut s’en occuper toute l’année. Puis c’est l’attente impatiente de la vendange ; on a toujours peur que la grêle ne vienne tout ravager en quelques minutes. Les vignerons de chez nous en parleraient mieux que moi.

Le prophète Isaïe part de cette relation du vigneron et de sa vigne pour nous parler de Dieu et de son peuple. Pour le prophète cette vigne c’est le peuple d’Israël. Dieu nous est présenté comme un maître qui a tout fait pour elle. Mais cet amour passionné de Dieu est déçu. Il attendait de son peuple le droit et la justice. Or voilà qu’il se trouve pourri par le mensonge, la violence et la trahison. Les menaces dont il parle ne cherchent qu’à éviter le châtiment. Cette conversion n’a pas eu lieu et les menaces se sont réalisées.

Ce texte biblique nous rejoint aujourd’hui. Tout au long de notre vie nous sommes invités à reconnaître la tendresse de Dieu à notre égard. Dieu nous aime tous d’un amour passionné. Mais notre réponse n’est pas toujours à la mesure de cet amour. La violence, le mensonge, la trahison sont bien là. Cette l’attitude est un affront à celui qui nous a aimés jusqu’à mourir sur une croix. Mais cet amour du seigneur est bien plus fort que tous nos péchés. Il ne cesse de nous appeler à revenir vers lui de tout notre cœur. C’est à cette condition que notre vie pourra produire du fruit de bons fruits.

Dans la seconde lecture, nous avons le témoignage de Paul. Nous le voyons souvent porter un regard sévère sur le comportement des païens. Mais il sait aussi reconnaître leurs qualités. Il y a chez eux, des gestes d’accueil, de partage et de solidarité. Le premier devoir d’un missionnaire c’est de reconnaître tout ce qu’il y a de beau et de grand chez les hommes à qui il annonce Jésus-Christ. Il découvrira alors avec émerveillement que l’Esprit Saint l’a précédé dans le cœur de ceux et celles qu’il a mis sur sa route. Ce changement de regard nous rendra plus humbles. Il nous aidera à porter les fruits que Dieu attend de nous.

L’Évangile nous parle aussi de la vigne. Mais il y a une différence. Le problème ne vient pas de la récolte mais des vignerons. Ils ont oublié qu’ils ne sont que de simples gérants. Or voilà qu’ils se comportent comme des propriétaires. Ils gardent pour eux toute la récolte du vignoble.

Cet Évangile est aussi pour chacun de nous. Le Seigneur nous a confié les biens du Royaume. Il nous a confié la bonne nouvelle du Royaume de Dieu. Nous sommes envoyés pour en être les messagers. Mais nous ne devons pas oublier que nous ne sommes pas à notre compte. La mission n’est pas d’abord notre affaire mais celle du Seigneur. Nous vivons dans un monde qui cherche à le mettre dehors. Mais son amour crucifié sera plus fort que tout. C’est avec lui que notre vie portera du fruit.

Pour répondre à cet appel, nous avons besoin de l’aide du Seigneur. Dans nos vies, il y a toujours le péché qui nous détourne de lui. Mais à partir d’un mal, Dieu peut toujours faire surgir un bien. Il a retourné le triple reniement de Pierre pour en faire l’occasion d’une triple déclaration d’amour. Et c’est ainsi qu’il a pu donner à Pierre une confiance encore plus grande. Le même Christ est capable de retourner les pires criminels pour en faire des saints. Il est également capable de faire de nous ses amis.

C’est ainsi que le Seigneur nous renouvelle sa confiance. Il nous appartient de nous en montrer digne. Depuis le concile Vatican II, les baptisés redécouvrent précisément cette dignité de membres du peuple de Dieu. Cela vaut la peine de lire les textes qui parlent du sacerdoce commun des baptisés. Il importe que chacun de nous se montre digne de la confiance que Jésus nous fait. C’est à nous qu’il confie la gérance de sa vigne. En ce jour, nous te prions, Seigneur : Donne-nous d’être là où tu nous as mis. Donne-nous d’être de bons serviteurs de ton Royaume. Amen

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 26 septembre 2026

Thérèse : « comment pourrai-je craindre ma Mère ? »

Thérèse : « comment pourrai-je craindre ma Mère ? »

L’enseignement que donne Thérèse de l’Enfant Jésus sur Marie date des derniers mois de sa vie. Elle dira à l’infirmerie à sa sœur Agnès : « je n’ai jamais entendu de sermon qui m’ait plu sur la Sainte Vierge », ce qui n’est pas très aimable pour les prédicateurs de son temps, et elle ajoute : « Je ne voudrais pas mourir sans dire ce que j’ai à dire sur la Vierge. » Elle va rédiger un grand poème au mois de Mai 1897 ( » Pourquoi je t’aime ô Marie« ) et meurt au mois de septembre suivant. Ce long poème de 25 strophes constitue une théologie mariale tout à fait remarquable qui anticipe ce que le Concile Vatican II dira de la Vierge Marie. Thérèse revient à la Parole de Dieu : elle lit l’Evangile. Son poème est tout simplement sa méditation des textes évangéliques sur Marie. Elle commence à l’Annonciation et termine à la Croix. Ce qui pousse Thérèse à écrire ce poème, c’est que les prédications de son temps ont tellement exalté Marie qu’elles l’ont éloignée du Peuple chrétien. On en a fait quelqu’un de tellement extraordinaire qu’à la limite, on la craindrait. Or dit Thérèse : « comment pourrais-je craindre ma Mère ? » Elle voit au contraire en Marie la première Chrétienne, celle qui a suivi son fils Jésus de l’Annonciation à la Croix. Elle souligne que Marie a vécu une vie toute ordinaire : « J’ai entendu dire tant de choses sur la Sainte Vierge que cela la rend inabordable, alors qu’il faudrait la rendre imitable. »  Marie a vécu la vie la plus ordinaire, elle qui, à Nazareth, allait chercher l’eau à la fontaine et faisait les repas de Joseph et de Jésus. « Je sais qu’à Nazareth, Mère pleine de grâce, tu vis très pauvrement, ne voulant rien de plus ; point de ravissement, de miracle, d’extase, n’embellissent ta vie, ô Reine des élus. Le monde des petits est bien grand sur la terre : ils peuvent sans trembler vers toi lever les yeux. C’est par la voie commune incomparable Mère qu’il te plaît de marcher pour les guider aux cieux. »  Simple femme, « Marie est plus Mère que Reine. » Toute la théologie de Thérèse se résume dans cette réalité, fondée sur l’Evangile selon Saint Jean, lorsque Jésus nous donne sa Mère : « Femme, voici ton Fils, Fils, voici ta Mère. ».

Carmel

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie