21.06.2026 – HOMÉLIE DU 12ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 10,26-33

Au creux de l’injustice

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lecture: Évangile selon saint Matthieu 10, 26 – 33

Il est intéressant, dans notre lecture de la Bible, de déceler les passages où elle accroche, où les mots nous percutent et, ensuite, de discerner pourquoi, sur certains termes ou certains versets, nous butons. En lisant l’Évangile de ce dimanche, c’est le mot « ténèbres » qui m’a arrêté : « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits ». Pourquoi « ténèbres » et pas simplement « secret » ? « Ce que je vous dis dans le secret, dites-le en pleine lumière ». Pourquoi cette accentuation tragique ? « Ce que je vous dis dans les ténèbres … ».

A bien y regarder, toutes les lectures de ce dimanche ont un accent tragique. Le prophète Jérémie se trouve méprisé, trahi par les siens, parce qu’il annonce la destruction prochaine de Jérusalem et la déportation du peuple hébreu à Babylone. On est en 600 avant Jésus-Christ. « Moi Jérémie, j’entends les calomnies de la foule : Dénoncez-le ! Allons le dénoncer, celui-là, l’Épouvante-de-tous-côtés. » Il vient d’être battu et mis au pilori quand il prie : « Mes persécuteurs trébucheront, ils ne réussiront pas … Chantez le Seigneur, louez le Seigneur. »

Le psaume n’est pas plus joyeux, qui chante : « C’est pour toi que j’endure l’insulte, que la honte me couvre le visage : je suis un étranger pour mes frères … Vie et joie, à vous qui cherchez Dieu ! Car le Seigneur écoute les humbles, il n’oublie pas les siens emprisonnés. »

Paul non plus, qui nous rappelle qu’à la suite d’Adam, nous sommes tous pécheurs et souligne que, depuis Moïse, la faute est alourdie puisque la loi de Dieu est désormais connue. « Si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. »

Enfin l’Évangile qui nous commande, dans la ténèbre, de ne pas craindre « ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme » mais de craindre Dieu, « qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps ».

Insultes, persécutions, enchaînés au péché, menacés de mort : le tableau de ces lectures dominicales est affligeant. Et au milieu de toute cette noirceur, Jérémie chante et loue le Seigneur, le psalmiste crie sa joie et son désir de vivre, Paul s’enthousiasme de l’abondance de la grâce et Matthieu rappelle que « les cheveux de [notre] tête sont tous comptés ». Ainsi pourrait-on résumer leur enseignement : « Face au ténèbres, louez Dieu ! ».

On pourrait trouver la pirouette facile, affleurant le côté ״opium du peuple״ : « Vous souffrez ? Rendez gloire à Dieu ! » Est-ce ainsi qu’il faut comprendre l’enseignement de ce dimanche : la prière est-elle un placebo ou, pire, un anesthésiant ? Je crois que c’est prendre les lectures à l’envers et que se tourner vers Dieu dans la ténèbre est tout sauf une pirouette, une échappatoire facile à l’injustice qui nous frappe. Je crois que le réflexe naturel, en cas de malheur, est d’en vouloir à la Terre entière, à Dieu lui-même, voire à soi ; que, naturellement, le cœur blessé crie vengeance : « Seigneur … fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras » supplie Jérémie.

Au contraire, les lectures nous présentent un changement subtil du regard, un retournement spirituel soudain, une conversion inopinée face à l’injustice. C’est au cœur du malheur et de la souffrance que la foi surgit de la manière la plus mystérieuse : non comme un anesthésiant, un moyen de garder patience et d’endurer, mais comme un adjuvant qui renforce notre volonté d’agir. Il y a un moment mystérieux, affronté à l’injustice, où notre cœur cesse de crier vengeance, cesse de se lamenter et de pleurer sur lui-même pour se tourner vers un idéal plus grand que l’offense qui lui a été faite, plus grand que les malheurs subis – un moment où le désespoir s’abandonne à l’amour divin. C’est ce moment que veulent cerner les lectures d’aujourd’hui.

Ce moment, Jésus l’a vécu en croix, alors qu’il crie « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Marc 15, 34), qui est un reproche paradoxal, puis qu’il s’adresse à Dieu. Il y a au creux de l’injustice, au fond de la ténèbre, un sentiment de total abandon de soi qui, s’il se tourne vers Dieu, ouvre la voie de la Résurrection.

Bien souvent, dans le malheur, nous nous épuisons à rechercher des causes et des responsables, quelqu’un à blâmer et punir pour nous venger, entrant ainsi en complicité avec le mal qui nous frappe. C’est au contraire la complicité retrouvée avec Dieu qui nous sauvera, qui nous sortira effectivement de l’emprise vengeresse du mal.

Dieu est facile à trouver dans les joies de la vie, infiniment plus dissimulé quand surgissent les ténèbres, qui laissent notre cœur alourdi du désir de revanche. Mais si là on le trouve, si précisément là où c’est le plus difficile, notre cœur se tourne vers lui, se convertit et s’abandonne à lui, alors resurgit l’éclat de la vie et la joie d’être inconditionnellement aimé. Alors tout change …

Le chrétien n’est pas tant appelé à se résigner au malheur qu’à trouver la force de le transcender. On trouve cette force quand, au creux de l’injustice, on se tourne enfin vers Dieu. Alors les larmes, subrepticement, se muent en joie.

Fr. Laurent Mathelot

Source: RESURGENCE.BE, le 17 juin 2026

14.06.2026 – HOMÉLIE DU 11ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MT 9,36-38.10,1-8

Contradictions internes

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Matthieu 9, 36– 10, 8

L’Évangile de ce dimanche est l’occasion de se pencher sur les contradictions apparentes de l’Écriture. Deux passages nous y invitent : la liste des douze apôtres et la restriction de leur mission : « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. »

Si la Bible assume pleinement, comme manifestations de Dieu, ses contradictions avec les éléments naturels – un buisson qui brûle mais ne se consume pas ; un homme qui marche sur l’eau ou revient d’entre les morts – les contradictions internes au texte sont plus gênantes, la plus troublante d’entre elles étant sans doute que, dans l’Évangile selon Jean, le Christ ne meurt pas le même jour que dans les Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc).

En effet, selon Jean, Jésus meurt le 14 Nisan, le jeudi, alors que les agneaux sont sacrifiés au Temple. Tandis que, dans les autres Évangiles, il meurt le 15, le vendredi, après le repas pascal. Ici, il est la Pâque du Seigneur tandis que, dans Jean, il est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. On comprend ainsi que c’est le sens que l’auteur veut donner à la Crucifixion qui en détermine la date, à la manière antique de concevoir l’Histoire, où l’interprétation prime l’exactitude des faits. Bien que la liturgie assume la chronologie synoptique, c’est sans doute celle de Jean qui est la plus historique. Il est en effet peu envisageable qu’on ait jugé, condamné et exécuté un détenu un jour de fête ; bien plus probable et respectueux des coutumes qu’on ait tout expédié pendant les préparatifs.

Deux contradictions apparaissent dans l’Évangile d’aujourd’hui. D’abord, la liste des douze disciples. Si personne n’imagine les douze sans Pierre, André, Jean, Matthieu, Thomas, Philippe et Judas, les listes d’apôtres dans le Nouveau Testament diffèrent dans les détails : parfois voit-on surgir Nathanaël à la place de Barthélemy, ailleurs Thadée au lieu de Judas, fils de Jacques. L’Église, par souci de cohérence, a fini par identifier ces personnes. Ces disparités témoignent surtout de l’authenticité des témoignages, qui jamais ne se recoupent totalement. Au contraire, une concordance parfaite serait suspecte qui témoignerait d’une main unificatrice invisible. C’est le cas du Coran, qui a subi une uniformisation au temps du calife Othmân, pour garantir la concordance de la Révélation. Nous ne prétendons pas que nos textes sacrés aient été rédigés sous la dictée de Dieu ; nous les assumons témoignages humains. Pour l’Islam, le Coran est sacré. Pour nous, la Bible n’est que sainte. Elle n’acquiert de sacralité qu’incarnée, vécue. Non en tant que telle.

La contradiction est plus gênante quand elle est interne à un même texte. Ainsi, ici, dans l’Évangile selon Matthieu (10, 5-6), le Christ interdit-il explicitement à ses apôtres d’aller évangéliser les païens. Alors qu’à la fin de ce même Évangile, il dira tout aussi explicitement : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (28, 19-20). En heurtant le sens naturel du lecteur, cette contradiction rejoint le premier type que nous avons évoqué, de celles qui bousculent les lois naturelles. C’est donc qu’il y a une théophanie à découvrir, une manifestation de Dieu à comprendre. Et précisément, ce qui a prodigieusement changé les choses, universalisé la mission chrétienne, c’est la mort et la résurrection du Christ. Jésus n’est en effet jamais sorti de la terre d’Israël, ni même ne s’est-il rendu dans les villes hellénisées du pays, à peine a-t-il fait face au temple frontalier du dieu Pan, pour s’y opposer : « Pour vous, qui suis-je ? » (Matthieu 16, 15). Ce n’est que le Ressuscité qui envoie, à partir d’Israël, porter la bonne nouvelle du Salut au monde.

Il n’y a pas de contradiction entre l’intention du Christ au début et à la fin de l’Évangile de Matthieu ; il y a une pédagogie de la mission : occupez vous d’abord de votre territoire sacré, du terreau de votre âme, allez ensuite évangéliser le monde et convertir les païens. Cette progression de l’œuvre de la foi, de l’intérieur de soi au souci de l’adhésion d’autrui – ce qu’on appelle la transmission de la foi – passe nécessairement par une résurrection personnelle. Il faut qu’une part de nous-même ait été effectivement touchée par Dieu, guérie, pour que puissions témoigner de quelque chose de concret. Le Christianisme est une religion qui se répand de l’intérieur de soi vers l’extérieur, de l’essentiel de notre âme – de l’amour divin qui nous sanctifie – vers ceux qui se laisseront toucher.

Ainsi, c’est à mesure que Dieu conquerra le territoire de notre âme, y dissipant ténèbres et souffrances à force de résurrections, que nous transmettrons au mieux notre foi. Il y a quelque chose d’essentiel en nous qui doit s’être produit ; il nous faut quelque part avoir été touché par le Salut pour proclamer l’Évangile. Sinon nous ne sommes que des cymbales résonnantes, comme dirait Paul (1 Co 13, 1-13).

Il y a des contradictions dans l’énoncé de la Bonne Nouvelle, parce qu’elle se veut un récit incarné et qu’il y a des contradictions en nous. A notre sens, la Bible – et, au-delà la mission – n’est que collection de témoignages de la manière dont Dieu surgit dans l’histoire de l’Humanité. Elle expose un vrai processus de la révélation divine. En cela, elle est un vrai manuel de vie. En cela, elle est humaine, autant que divine.

C’est dans la résolution de nos contradictions que s’incarne la parole de Dieu. C’est ensuite de là, de l’acquisition de nous-même au Salut, que nous sommes appelés à répandre cette parole. Allons d’abord vers la brebis perdue en nous-même avant de vouloir témoigner du Salut de Dieu à ceux qui ne le connaissent pas. Voilà la progression qu’enseigne l’Évangile de Matthieu.

Que l’amour de Dieu nous conquière tout entier. Alors nous rayonnerons sur le monde. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 10 juin 2026

04.06.2026 – HOMÉLIE DE LA SOLENNITÉ DU SAINT SACREMENT DU CORPS ET DU SANG DU CHRIST – JEAN 6, 51-58

Mon corps livré pour vous

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lectures : Lire

Ceux qui ont lu la Bible savent qu’elle établit un parallélisme fort entre parole et nourriture, notamment Ézéchiel (Ézéchiel 2,8 – 3,3) et Jean (Apocalypse 10,8-11) sont littéralement invités à mâcher un rouleau de textes. Il s’agit littéralement de manger la parole de Dieu. L’erreur serait de ne voir derrière ce lien qu’un symbolisme, un peu comme on dirait d’un étudiant qu’il avale ses cours. Personne n’imagine qu’il mâche du papier. Pourtant, vous aurez beau lire et relire la Bible, en particulier le Nouveau Testament, ça ne fera pas de vous un Chrétien. Il faudra que votre chair soit touchée, il faudra le baptême … C’est le sens de tous nos sacrements et la mesure de leur efficacité : que la chair soit divinement touchée.

Le christianisme est une religion holistique, qui nous implique tout entier – corps et âme. La particularité de la religion chrétienne, c’est l’incarnation : Dieu a pris chair, nous démontrant ainsi que le corps humain peut être sous l’emprise totale de l’Esprit Saint. Le christianisme est une spiritualité, certes, mais c’est aussi une religion qui implique fondamentalement le corps. Il faut qu’il soit intimement touché par l’Esprit. De là, notre préoccupation de la manière dont nous nous engageons corps et âme dans l’élan amoureux. De là, notre morale exigeante. Il y a, dans notre religion, une manière sainte d’aimer qui nous implique tout entier.

La première chose à retenir de l’incarnation divine, c’est que nous sommes charnellement aimés par Dieu. Le premier regard à poser sur notre corps n’est pas qu’il soit corruptible ou mortel – intrinsèquement attaché au péché et à la souffrance – mais qu’il est voulu, aimé, désiré par Dieu, qu’il est essentiellement bon et qu’il peut fondamentalement être sauvé. Nous sommes appelés à pleinement jouir de l’amour divin, non à le ternir, l’obscurcir, l’étouffer. On retrouve ce coté particulièrement charnel de l’amour de Dieu dans la racine hébraïque du mot « miséricorde » (Rahamim (רחמים), qui vient directement de Rehem (רחם) qui signifie « utérus », « matrice », « entrailles ». Quand nous parlons de miséricorde divine, nous parlons littéralement d’une tendresse viscérale, d’un Dieu pris aux tripes.

Par son incarnation, le Christ fait du corps humain un temple saint – un lieu de prière où brille la présence effective de Dieu. Et, à bien sonder notre âme, nous savons que brûle en nous le désir d’un amour pur, d’une vie saine et d’un esprit saint, le désir d’aimer comme Dieu aime. C’est donc bien qu’il est présent en nous, que nous aussi l’avons dans la peau. Ainsi s’agit-il de prendre soin de notre corps, comme le don merveilleux qui nous unit à Dieu. Et ceci résume toute la morale chrétienne : nous sommes appelés à divinement respecter les corps, à commencer par le nôtre.

Dieu ne peut pas nous aimer charnellement sans se donner charnellement. C’est le propre d’un amour incarné. L’amour n’est pas que belles paroles, qui d’ailleurs ne sont rien si elles ne surgissent pas d’un cœur battant, des entrailles précisément. Faute d’incarnation, nous sommes réduits à adorer un Dieu bien loin dans le ciel, bien loin de nous embrasser, bien loin de pouvoir surgir dans nos vies. Le Christ est ce surgissement du cœur battant de Dieu dans le monde, qui non seulement vient nous toucher mais vient aussi mourir avec nous. Alors que notre cœur et notre esprit s’éteindront, Dieu voudra encore nous rejoindre.

Puisqu’il a fallu que le Christ meure pour nous prouver le jusqu’au-boutisme charnel de l’amour de Dieu, il nous transmet son Esprit, à travers les sacrements précisément : sacrement de notre personne par le baptême et la chrismation, vitalité par l’Eucharistie, le mariage et l’ordre ; restauration par l’onction des malades et la réconciliation. Les sacrements sont la manière charnelle avec laquelle Dieu se donne à nous désormais, la manière qu’il a de venir nous embrasser, de vouloir surgir dans nos vies, de s’immiscer en nous.

Beaucoup peinent à voir la présence réelle de Dieu dans les sacrements. C’est pourtant essentiel au coté charnel, incarné de notre religion. L’Esprit de Dieu est effectivement présent dans l’eau qui baptise, l’huile qui consacre, les époux qui se donnent pour la vie, le prêtre qui absout. L’Esprit d’amour divin est totalement présent dans l’Eucharistie, véritable actualisation du sacrifice du Christ en croix, là où il s’est donné pleinement pour notre restauration.

Mais cette action du don de son corps en nourriture, par pur esprit d’amour, se vit aussi en famille. Chaque repas que posent les parents sur la table de leurs enfants est le fruit de leur travail, de leur sueur convertie en salaire, du don de leur corps par amour. A chaque repas, ceux qui l’offrent sont fondés à dire : « Ceci est mon corps, livré pour vous ». De même lorsqu’on tend un billet à un mendiant : « Voici mon corps, livré pour vous ».

La mère qui donne la vie, le père qui se bat pour ses enfants, les amoureux l’un envers l’autre, savent qu’ils sont prêts à aller loin dans le don d’eux-mêmes par amour, jusqu’au sacrifice de leur corps voire, s’il le faut, au péril de leur vie. Beaucoup d’entre-nous sont prêts à se sacrifier par amour, notre désir est simplement que ce ne soit ni brutal, ni violent. Et c’est ce que l’Eucharistie présente : l’actualisation non violente du sacrifice du corps du Christ, que l’on retrouve dans le don total de soi comme simple nourriture.

Quand nous regardons les personnes aux corps usés, rompus par la vie, ne voyons pas tant l’usure du temps que celle de l’amour. Ne voyons pas le grand âge, les corps rompus comme une déchéance mais, au contraire, comme l’authentique témoignage de corps gracieusement offerts, rompus par l’amour. Voyons dans nos corps usés des eucharisties. « Ceci est mon corps, livré pour vous ».

Marchant allégrement sur les chemins de la vie ou rompu, à bout de souffle en croix, le Christ toujours se donne charnellement. Il se donne finalement comme le pain se donne, disparaissant totalement derrière le don pour n’être plus que don. Seul persiste alors l’Esprit derrière le don.

Que Dieu fasse de nos vies des eucharisties, des dons ultimes de nos corps par amour. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 3 juin 2027

31.05.2026 – HOMÉLIE DE LA FÊTE DE LA SAINTE TRINITÉ – JEAN 3, 16-18

L’esprit avec lequel on se regarde

Lectures : voir ici

Il est beaucoup question de jugement dans cet Évangile qui célèbre la Trinité, qui nous dit que le Christ n’est pas venu pour juger le monde mais pour qu’il soit sauvé, qui précise surtout que c’est notre manque de foi qui juge.

L’interdiction de juger nos semblables est un commandement évangélique. Le Christ interdit clairement à ses disciples de porter un jugement condamnatoire sur autrui, surtout lorsque ce jugement est hypocrite. Il ne s’agit pas d’abolir notre discernement, mais de rejeter l’attitude hautaine qui consiste à condamner le prochain tout en ignorant ses propres défauts.

Le texte fondateur est celui du Sermon sur la montagne : « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera » (Matthieu 7, 1-2). S’en suit la parabole de la paille et de la poutre. L’apôtre Jacques va plus loin en montrant que juger son frère, c’est usurper la place de Dieu : « Un seul est à la fois législateur et juge, celui qui a le pouvoir de sauver et de perdre. Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton prochain ? » (Jacques 4, 12). Ainsi, l’interdiction chrétienne de juger est avant tout un appel à l’humilité et à la miséricorde : celui qui juge les autres se condamne lui-même, car il sera jugé avec la même sévérité.

Si les hommes ne doivent pas juger, c’est précisément parce que le jugement appartient à Dieu seul. Le Père a confié toute autorité de juger à son Fils, Jésus-Christ, qui jugera avec une parfaite justice (v. Jean 5, 22-23, 27, 29). Il n’est pas venu pour juger, mais pour sauver. Ce n’est que finalement qu’il jugera.

L’Évangile de Matthieu décrit de façon saisissante ce jugement dernier sous la forme de la séparation des brebis et des boucs : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. (…) Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle » (Matthieu 25, 31-33, 46).

Le critère de ce jugement n’est donc pas une liste de règles religieuses, mais l’amour concret vécu envers les plus petits : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Matthieu 25, 40). Ce qui nous juge, c’est le regard d’amour que nous avons été incapables de poser ; l’esprit d’amour divin que nous n’avons pas su incarner, le contraste spirituel que nous présenterons finalement face au Christ. Il ne faut pas tant voir le jugement dernier comme un tribunal qui jaugera nos bonnes et mauvaises actions que comme la comparaison ultime de notre éclat face au Christ, comme l’évaluation finale de notre propre transfiguration. Le jugement de Dieu n’est que la révélation, dans l’éclat de son amour, de la part d’ombre qui nous reste. Le drame sera si elle nous obscurcit tout entier.

Ceci peut nous aider à comprendre les relations trinitaires que nous sommes appelés à vivre. L’Esprit Saint, c’est l’Esprit d’amour entre le Père et le Fils qui se donnent pleinement l’un à l’autre. En cela, il incarne toute la personne de Dieu. Ainsi, dans l’amour trinitaire, n’y a-t-il aucun jugement puisqu’entre le Fils et le Père, il n’y a nulle part d’ombre, aucun contraste, le même rayonnement. L’amour trinitaire, l’amour divin est un amour qui, en soi, ne juge pas.

L’espérance chrétienne est ainsi que le jugement des hommes n’est que final ; qu’au regard de Dieu, nous conservons toujours la capacité de changer, de nous convertir ; que, tant que nous sommes vivants, une transfiguration de notre être est toujours possible, à mesure d’ailleurs que nous nous laisserons emporter par l’Esprit Saint. Il est, par essence, l’Esprit d’amour entre le Père et le Fils. Il est l’Esprit d’amour sans ombre qu’il nous convient d’avoir entre nous.

Tous les jugements qui échappent au plein amour sont essentiellement injustes. Nos petits jugements, toujours, projettent l’ombre de nous-mêmes, la poutre dans notre œil alors que nous prétendons ôter la paille dans l’œil d’autrui. Au contraire, ce sont nos actes d’amour sans jugement qui rendent le mieux compte de notre rayonnement intérieur.

Juger, finalement, c’est affirmer un éclat – tant l’éclat de celui qui juge que l’éclat que celui qui est jugé puisque le jugement se veut contraste. Ainsi s’arroger le droit de juger, c’est d’une part s’arroger l’éclat de Dieu, d’autre part figer l’autre dans son ombre. C’est se draper d’orgueil pour enfermer l’autre dans ses ténèbres, tout le contraire de la primauté du Salut voulue par le Christ. Finalement, faute d’éclat, c’est le refus d’affronter nos ombres – leur déni – qui nous pousse au jugement. Voilà qui nous donne un critère spirituel clair : si j’ai tendance à juger, c’est que j’ai tendance à vouloir m’aveugler sur mon péché, à trop facilement m’absoudre alors que je condamne volontiers autrui. En cela, je me juge moi-même. La propension humaine à juger est en effet un constat d’orgueil sévère – se prendre pour Dieu –, révélant ipso facto, par contraste précisément, le défaut d’Esprit Saint.

L’amour trinitaire est un amour parfait, lumineux, éclatant, sans ombre, ni jugement. Il est par essence, l’amour sous l’égide de l’Esprit Saint, l’Esprit avec lequel le Père et le Fils se regardent. Aujourd’hui est le jour pour prier que surgisse en nous de cet amour, dont nous constaterons la présence au fur et à mesure qu’il éteindra en nous la volonté de juger. Nous aurons alors le cœur sans partage et sans ombre.

Que l’amour du Père et du Fils surgisse en nous par l’Esprit. Ainsi, nous serons sauvés.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 27 mai 2026

24.05.2026 – HOMÉLIE DE LA PENTECÔTE – JEAN 20,19-23

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lectures : Évangile selon saint Jean 20, 19-23

L’intelligence paisible

L’époque actuelle n’a pas encore vraiment trouvé son nom, qui se dit post-moderne, ce qui ne traduit que l’état de rupture ressenti avec l’ère moderne qui la précède. La modernité est le mode de pensée qui, à bien des égards, s’effondre. N’en témoigne que le désintéressement de la jeunesse des sciences dites exactes, au profit désormais dominant des sciences humaines. Notre société est devenue post-factuelle, qui privilégie le ressenti à l’objectivité. Le mode de pensée moderne, qui visait à évaluer les choses en les rapportant entre elles, a aujourd’hui laissé place à la subjectivité la plus aboutie, tellement poussée à l’aporie qu’il devient désormais difficile pour certains de donner sens à la question « qui suis-je ? ». La modernité avait espéré l’autonomie spirituelle de l’individu, l’élévation de chacun par sa propre raison, elle s’anéantit dans l’impossibilité de se comprendre. Ce que nous appelons post-modernité est une parfaite actualisation de l’épisode de la tour de Babel (Genèse 11, 1-9). Désormais, dans leurs efforts de s’élever par eux-mêmes, les peuples, comme les individus, ne se comprennent plus. D’où la résurgence de questions identitaires, tant personnelles que collectives.

Si, humainement, la modernité s’effondre, techniquement, elle triomphe avec l’intelligence artificielle. A brève échéance, les ordinateurs dépasseront les capacités cognitives du cerveau humain. Déjà, ces « intelligences » nous surpassent dans bien des domaines, qui réussissent brillamment des examens universitaires, détectent certaines maladies mieux que les spécialistes, produisent des théorèmes de mathématiques avancés. L’intelligence artificielle, c’est le triomphe mécanique de la pensée rationnelle. Ce rêve qui a surgit de l’horlogerie et des premiers automates est devenu aujourd’hui réalité : après les premiers calculateurs, nous avons conçu des robots penseurs performants. C’est à la fois prodigieux et tragique : en même temps nous découvrons une puissance intellectuelle inégalée, en même temps nous réalisons que l’intelligence n’est pas le propre de l’homme, que des machines désormais nous dépassent en ce domaine. Voici qui ajoute une couche de perplexité à la question post-moderne : mais qui sommes-nous finalement ? Et, au fond, le pressentiment de la jeunesse – il ne me reste que mes émotions – n’est-il pas une intuition juste ? Que reste-il de proprement humain à l’ère des robots super-intelligents, sinon nos larmes et nos joies ? Ne sommes-nous pas réduits à être des capteurs émotionnels pour des algorithmes qui nous analysent finement ?

Ne sommes-nous pas finalement arrivés à la situation que vivent les disciples enfermés dans la peur, après la crucifixion du Christ ? Ne sommes-nous pas nous aussi enfermés dans nos émotions, ne sachant plus très bien qui nous sommes ? Ils avaient engagé leur vie, tout ce qu’ils possédaient pour suivre Jésus. Ils espéraient ainsi atteindre le Salut, la libération du peuple, et leurs espérances ont été mortellement déçues. Ils ont bien bénéficié d’apparitions du Ressuscité mais qu’en est-il d’eux-mêmes ? L’intelligence des Écritures que le Christ incarnait s’est désormais externalisée, proprement déshumanisée comme l’IA représente une externalisation, une déshumanisation du savoir humain qui n’est pas sans impact. La modernité avait porté cette belle espérance d’un salut de l’humanité par l’intelligence rationnelle, lequel apparaît aujourd’hui comme un idéal désincarné, suprahumain et quelque part mortifère. Qui sommes-nous spirituellement désormais, si l’intelligence nous échappe ? Comme les disciples enfermés dans la crainte, notre humanité est aujourd’hui seule, sous l’emprise de ses émotions troublées.

Le Ressuscité qui surgit rompt cette emprise de l’insignifiance. Il dit : « La paix soit avec vous ! » ; montre ses mains et son côté – ce qui paradoxalement remplit les disciples de joie – et dit à nouveau : « La paix soit avec vous ! ». Ce qui enserre le mystère de la résurrection – là, au cœur des sentiments, où les blessures resurgissent en joie – c’est la paix. La véritable réponse à la question de savoir qui nous sommes ne se trouve pas dans les flots du discours rationnel, scientifique, aussi intelligent soit-il – les machines produisent désormais mieux que nous ces discours. La révélation de notre identité ne se trouve pas non plus dans le jeu turbulent de nos émotions. S’ils parlent effectivement de mes souffrances et de mes désirs, mes sentiments ne me définissent pas, qui d’ailleurs souvent me trompent et m’égarent. La révélation de qui je suis ne s’établit que dans la paix, et donc dans la résurrection de mes blessures, pour laquelle je nécessite le souffle de l’Esprit. Ni l’intelligence humaine, aussi techniquement avancée que nous puissions la concevoir, ni nos propres sentiments ne suffisent à nous définir. Ce qui nous définit, c’est l’Esprit d’amour de Dieu qui ne s’éprouve pleinement que dans la paix.

La Pentecôte, c’est le surgissement de ce souffle apaisant dans nos vies. L’Esprit Saint n’est pas d’abord intelligence et force pour gouverner nos émotions. Il est avant tout don de lui-même, c’est à dire paix divine. La plénitude de l’Esprit Saint, c’est la paix sublime de l’âme, qui acquiert ainsi la pleine conscience d’elle-même.

Voici le dimanche pour chercher, dans la paix intérieure, le regard d’amour que Dieu pose sur nous. Seul l’amour de Dieu nous définit à notre pleine mesure et nous nécessitons son Esprit pour le saisir.

De là, de la pleine mesure de nous-même que nous donne l’Esprit Saint, surgira notre élan à proclamer au nom du Christ : « La paix soit avec vous ! », sachant intimement qu’elle est le creuset du plus pur amour. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 20 mai 2026

17.05.2026 – HOMÉLIE DU 6ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 16, 23b-28

L’amour du Père

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lectures : Évangile selon saint Jean 17, 1b-11a

Le chapitre 17 de l’Évangile de Jean est sans doute une des plus belles pages de la littérature antique. On est à l’issue de la dernière Cène, après le repas. Alors qu’il sera bientôt arrêté, Jésus prie son Père pour ses disciples. Le texte est d’une tendresse touchante et c’est de nous qu’il parle. Alors voyons comment faire coller le texte à notre vie spirituelle.

Deux lectures sont possibles. D’abord, celle de l’enseignement du Christ, qui vise à nous inspirer, à nous élever vers Dieu. Mais aussi, celle de notre propre accomplissement de ce texte : comment s’agit-il aujourd’hui de l’incarner ?

Cette prière de Jésus est un véritable élan d’amour vers Dieu, qui emporte l’humanité au ciel. On remarque d’emblée la proximité affective du discours, le tutoiement et la tendresse des mots employés. C’est une invitation à avoir nous-mêmes, une telle proximité avec Dieu. On relève aussi des demandes impératives : « Glorifie ton Fils » ; « Et maintenant, glorifie-moi » qui traduisent la finalité de l’Incarnation. Il s’agit en effet que notre vie témoigne de la gloire de Dieu. Il s’agit, au fond, d’exprimer dans la prière l’essence du désir chrétien : aimer comme Dieu aime. Et il est sain d’aborder toute prière personnelle en ravivant ce désir : fais surgir en moi ton amour.

Sur le fond, le texte explique cette primauté de l’amour du Père que nous sommes appelés à incarner par notre vie. En parlant du Christ, Jésus dit : « Comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. » Il y a derrière ces mots une mécanique subtile. Le Christ a certes tout pouvoir, mais il n’emporte au ciel que ceux que l’amour du Père a touchés. Avant d’incarner le Christ par nos vies, il s’agit d’abord d’être porté par l’amour de Dieu. Sinon, notre foi n’est que théorie et notre engagement social n’est qu’humanisme. La grâce – la conscience que nous avons d’être aimés du Père – est première, et nécessaire à l’engagement chrétien. On ne comprend pas le Christ si on ne comprend pas l’amour du Père. Ainsi, le salut n’est pas accessible à celui qui ne croit pas que Dieu l’aime.

Ce peut sembler sévère, cette exigence d’être nécessairement touché par l’amour de Dieu pour être sauvé. C’est en tous cas un démenti à la conviction naïve que, puisque Dieu est si bon, nous irons tous au paradis. Ce n’est pas théologiquement vrai. Le Christ ne sauve que ce ceux que le Père lui donne, c’est à dire ceux qui conçoivent un amour divin, ceux en qui l’étincelle divine jaillit. Ce n’est pas une exigence sévère, ni la fermeture du ciel aux athées. C’est le prix de la plus absolue liberté. Oui, il faut reconnaître que Dieu nous aime pour être sauvé. Sinon, au mieux, Jésus ne pourra plus nous apparaître que comme un grand homme, dépourvu de caractère divin. C’est parce que nous éprouvons le même amour du Père que le Christ nous emporte à lui. Récemment, quelqu’un me disait encore : « l’amour de Dieu, c’est à travers l’amour des autres que je le vis ». Ce n’est pas suffisant ! Il faut, à notre exercice de l’amour, un ancrage divin. Il aimer Dieu. Et, pour cela, d’abord concevoir qu’il nous aime. Comme conclut le paragraphe : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ ». C’est par l’amour du Père qui surgit en nous que nous connaissons le Fils.

Abordons maintenant le deuxième volet de notre lecture spirituelle, mettons-nous à la place du Christ, incarnons le texte. Ainsi, comme lui, au soir de notre vie, munis de l’amour du Père, il s’agira de pouvoir dire : « Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire. Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père ». C’est en effet la certitude d’arriver devant Dieu avec le sentiment de la tâche accomplie qui nous ouvrira grandes les portes du ciel et nous permettra de quitter ce monde sans l’ombre d’un remord. La vie chrétienne aboutie est celle qui, à l’image du Christ, a incarné l’amour du Père qu’il a reçu.

L’idéal chrétien n’est pas tant de réaliser la fraternité humaine que la filiation divine de l’humanité. L’Église, ces derniers temps, s’est fort attachée à proposer l’idéal chrétien au monde – et il faut le faire : le Christ nous appelle à être témoins de son Évangile. Mais le témoignage chrétien se dilue en humanisme s’il ne s’établit pas en référence directe à l’amour de Dieu. Nous ne sommes pas tant appelés à témoigner de l’amour, que de l’amour que Dieu a pour nous. On y revient : il faut éprouver l’amour de Dieu en premier.

Et le Christ conclut : « Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi et ce qui est à toi est à moi » soulignant qu’on ne peut appartenir au Fils sans appartenir au Père. Et que c’est ainsi qu’il nous sauve. Enfin, en croix, c’est encore l’amour du Père que le Fils proclamera.

Alors que nous venons de célébrer l’Ascension – le Christ qui s’élève au ciel – et que nous célébrerons dimanche prochain la Pentecôte – l’Esprit Saint qui en descend –, prions que cet esprit d’amour du Père vivifie notre élan, certes vers le monde, mais surtout vers lui.

Que l’Esprit Saint, par le Fils, glorifie le Père en nous. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 13 mai 2026

10.05.2026 – HOMÉLIE DU 6ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 14, 15-21

Les voix intérieures

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Jean 14, 15-21

La semaine passée, nous avions comparé la dynamique qui unit le Fils au Père – « Je suis dans le Père et le Père est en moi » – à des poupées gigognes, des matriochkas, l’une emplissant l’autre. Nous y avions vu la dynamique de l’amour divin. Aujourd’hui, le Christ propose de nous inscrire dans cette dynamique : « Vous êtes en moi, et moi en vous. » Ainsi le schéma se complexifie-t-il : le Fils nous enserre comme le Père l’enserre. Et c’est ainsi qu’il nous mène à lui.

Le Père parle au Fils qui, lui, nous parle. Il nous parle de deux manières : extérieurement, par le truchement de l’Église et, intérieurement, quand Dieu nous touche intimement. Ces deux voies sont l’œuvre de l’Esprit-Saint. Elles ne sont pas dissociées ; elles agissent concomitamment. A la fois, nous voyons Dieu nous parler par l’Évangile, par ses témoins, par l’amour du Christ qui vient à nous – ce qu’on appelle la Révélation –, mais Dieu nous parle aussi de l’intérieur, par des petites voix qui nous incitent à désirer personnellement l’amour et le bien.

Nous vivons aujourd’hui dans un monde submergé de communications en tous genres. Nous sommes de plain-pied, plus qu’à satiété, dans l’ère de l’information continue : nous sommes rassasiés de mots au point, parfois, d’empêcher tout silence. C’est pourtant dans le silence de l’âme que nous pouvons le mieux percevoir ces petites voix intérieures qui veulent nous parler.

Nous avons tous des idées qui se bousculent dans notre tête. L’interprétation la plus simple, celle de la dialectique moderne, est de considérer que nous nous parlons à nous-même, examinant successivement plusieurs points de vue, pesant le pour et le contre. La vision religieuse des dialogues intérieurs est cependant plus complexe, qui ne dissocie pas les idées de leur intention, ni donc de leur auteur. Est-ce bien toujours moi qui me parle à moi-même dans ma tête ou d’autres voix entrent-elles en jeu ? Le propos de l’éducation est bien de transmettre un savoir, d’acquérir des connaissances portées par d’autres. La langue, la culture, le contexte éducatif conditionnent mes idées reçues. Il n’y a pas que ma voix dans ma tête : il y a aussi celles de bien d’autres qui m’ont appris bien des choses. Derrière les mots qui se bousculent en nous, il y a des esprits qui nous parlent.

Avez-vous déjà fait l’expérience de voir surgir en vous une idée qui vous désarçonne, qui vous apparaît a priori comme un corps étranger dans votre esprit, comme la suggestion d’une voix intérieure qui n’est pas la vôtre – comme un « tu » qui s’adresse à vous et qui n’est pas vous ? Les voix qui nous parlent intimement n’émanent pas toutes de nous. En nous, notre esprit dialogue avec d’autres esprits, parmi lesquels l’Esprit-Saint. Et il nous appartient de faire le tri : de déterminer, parmi toutes ces suggestions qui nous parlent, lesquelles sont bonnes et lesquelles sont mauvaises. C’est ainsi que s’élabore notre esprit : par le choix d’écouter et de suivre telle voix intérieure plutôt que telle autre.

Comment discerner ? Comment dépasser le stade de la séduction des idées qui nous fera tanguer au gré de nos désirs fluctuants ? Quel critère pour suivre l’idée bonne, la suggestion d’esprits bienveillants, et non la fausse bonne idée qui nous fera déchanter ? Précisément, il s’agit d’aller plus profondément dans la séduction et de choisir le critère de l’amour. C’est dans la contemplation amoureuse qu’on discerne les suggestions de l’Esprit-Saint. Est-ce par amour et pour l’amour que telle pensée me parle ? Alors, il convient d’incarner cette idée et de passer à l’action. Sinon, mieux vaut la rejeter et retourner au silence contemplatif. Il ne s’agit pas de s’effaroucher d’idées saugrenues ou de tentations maléfiques qui nous parleraient – le Christ lui-même a subi des tentations diaboliques – il s’agit de les faire taire.

Quand, dans l’Évangile, le Christ dit « Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime », il ne signifie pas que l’amour de Dieu surgit de nos bonnes actions, qu’il suffirait de faire le bien pour que le Royaume de Dieu advienne mais, au contraire, que la vie morale et bonne surgit de l’amour, qu’elle émane de l’Esprit de Dieu qui nous parle. Celui qui agit bien, qui garde les commandements du Christ, est celui qui a su n’écouter que la voix de l’amour. L’amour est premier, qui est à la fois le critère de formation de notre pensée et le fruit de ce tri des esprits qui nous parlent. Il s’agit donc de faire passer nos dialogues intérieurs au crible de l’amour, purifiant ainsi notre pensée, l’exerçant à mieux encore le discerner.

« Celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. » C’est l’amour du Christ, qui nous parle tant extérieurement qu’intérieurement qui nous conforme au projet d’amour du Père pour nous. On réalise ainsi, à force de tri amoureux de nos pensées, une identification personnelle au Christ dans l’Esprit, qui réalisera notre désir d’être comblés d’amour par Dieu. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 6 mai 2026

03.05.2026 – HOMÉLIE DU 5ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – JEAN 14 1-12

Divinités gigognes

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lectures : Évangile selon saint Jean 14, 1-12

A qui appartient l’image qu’ont les autres de moi ? Ai-je quelque droit de regard sur cette image ? Passionné du concret des idées, c’est une question que je me suis souvent posée. Comment discerner, dans l’impression que j’ai d’autrui, la part qui lui revient et celle qui est la mienne ? Au-delà, comment puis-je me fier à l’image que j’ai de moi ? A l’heure où les questions d’identité prévalent, au prix parfois de réflexes identitaires, il s’agit de considérations philosophiques importantes, qu’il convient d’aborder avec méthode. Avant de se poser la question cruciale – qui suis-je ? –, il s’agit de réfléchir aux moyens de définir notre identité.

Aujourd’hui, dans l’Évangile, Jésus répond à la question qu’il avait posée à ses disciples face au temple du dieu Pan, à Césarée de Philippe (Mt 16, 15-16 ; Mc 8, 29 ; Lc 9, 20) : « Pour vous, qui suis-je ? » – question à laquelle Pierre avait répondu par un cri du cœur, un authentique élan de foi : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » Le contexte est intéressant : Pan était le dieu des bergers, des troupeaux et de la fertilité naturelle. En grec, son nom signifie « Tout », de sorte que la divinisation de l’univers est appelée « panthéisme ». Mais il était aussi le dieu des craintes irrationnelles, de la peur de la forêt sombre, à l’origine du mot « panique ». Ainsi, son culte était-il lié aux cycles naturels et aux pulsions instinctives. Est-ce la nature et nos pulsions qui nous définissent ? Le Christ, en se posant en contraste du dieu Pan, répond non.

A l’heure de la dernière Cène, alors qu’il médite sur sa vie et la mort qui l’attend, Jésus propose une explication au cri de Pierre « Tu es le Christ ! » : « Je suis dans le Père, et le Père est en moi ». Plus qu’une définition de sa divinité, une identification au Père comme il a pu le faire au verset (8, 58) quand il proclamait « JE SUIS », il propose ici un mécanisme, comme s’il se trouvait enchâssé, comme le sont les poupées russes, entre un Père extérieur et un Père intérieur. Remarquons d’emblée que la description qu’il donne ici de lui-même est purement altruiste et aimante, que l’on pourrait traduire par « Je suis pleinement dans le cœur du Père et il est pleinement dans mon cœur ». Qu’est-ce qui me définit ? L’amour que Dieu a pour moi et celui que j’ai pour lui en retour.

Ce mécanisme des poupées gigognes représente le principe de toutes nos relations. C’est évidemment le cas des amoureux qui se disent : « tu es en moi autant qu’à l’extérieur de moi », un schéma que l’on retrouve dans l’expression « je t’ai dans la peau ». C’est un principe qui caractérise aussi le deuil ou la rupture, où autant l’être aimé qu’une partie de nous-même s’en va. C’est enfin le mode de définition de l’amour que le Christ nous commande d’avoir même pour nos ennemis. Même étranger, l’autre est une partie de moi. Aimer, c’est reconnaître que l’autre partage la même humanité, le même désir d’aimer et d’être aimé, les mêmes difficultés, les mêmes blessures, les mêmes souffrances … et un bon paquet de gènes communs. Aimer, c’est opérer la jonction entre l’autre extérieur et l’autre intérieur à travers soi. Il s’agit bien d’aimer son prochain comme soi-même. C’est l’amour que j’ai d’autrui qui me définit.

Dès lors, on comprend que le christianisme s’oppose au réflexe identitaire : ce ne sont pas mes préférences affectives, ni les élans particuliers de mon cœur qui me définissent. Comme le Christ le souligne, il est facile d’aimer ceux qui nous aiment (Mt 5, 46 ; Lc 6, 32). Il n’y a là aucun mérite particulier qui nous singulariserait. Au contraire, si les orientations particulières de mon cœur, mes affinités, me poussent à rejeter autrui, je suis profondément anti-chrétien. L’amour que nous avons de nous-même et de ceux auxquels nous nous identifions ne peut être exclusif, mais doit servir de référence à l’universalisation de notre cœur. L’amour extérieur doit refléter l’amour intérieur. On retrouve l’effet gigogne. Pour le dire simplement, ce n’est pas tant la manière dont j’aime mes proches, que celle dont je cherche à aimer ceux qui me sont distants qui me définit. Là se trouve l’attitude qui nous distingue : la manière dont nous surmontons amoureusement le désamour. Pour nous, chrétiens, jusque dans la crucifixion infligée.

Ainsi, l’effet gigogne de l’amour divin – « Je suis dans le Père, et le Père est en moi » – est-il particulièrement important pour l’évaluation de notre vie spirituelle. Il s’agit d’avoir Dieu dans la peau autant qu’il nous aime. Si, dans ma prière, je témoigne d’amour pour Dieu mais que je ne me sens pas aimé de lui, je tends vers le dépérissement. Et si, au contraire, me sachant aimé de Dieu, je ne lui témoigne que peu d’amour, je tends vers l’orgueil. Alors que l’athée, pour qui aimer Dieu et être aimé de lui n’a aucun sens, tendra toujours vers la solitude, étant réduit à se définir selon à ses craintes et ses affects, en référence à lui-même donc.

Dieu est autant dans l’immensité des Cieux que dans l’intimité de notre cœur, autant extérieur qu’intérieur, autant autre qu’intime à nous-mêmes, aussi distant qu’il est proche. Les autres aussi, ceux que nous aimons comme ceux que nous aimons moins, sont autant extérieurs qu’intérieurs, distants qui pourtant nous affectent intimement, que soit en bien ou en mal.

C’est l’amour de Dieu et du prochain qui nous définit, bien plus que les élans naturels de notre cœur (qui reflètent, eux, notre histoire). On retrouve les deux commandements du Christ. Il s’agit d’être dans l’amour de Dieu et que l’amour de Dieu soit en nous. A proprement parler, il s’agit d’une définition sans mesure, qui permet le mieux d’appréhender l’immensité de qui nous sommes aux yeux de Dieu.

Dieu veut être tout en tous. Et c’est ce que le Christ nous invite à réaliser quand il dit : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » Alors, nous aussi pourrons dire : « Je suis dans le Père, et le Père est en moi ». Comme le Christ, nous aurons alors trouvé la pleine dimension de notre être.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 29 avril 2026

19.04.2026 – HOMÉLIE DU 3ÈME DIMANCHE DE PÂQUES – LUC 24 13-35

La crainte de Dieu

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lectures: Évangile selon saint Luc 24, 13-35

Nous avons médité l’Évangile des disciples d’Emmaüs, il y a deux semaines, à l’occasion de Pâques (voir L’éclatant mystère), en lien avec la découverte du tombeau vide par Marie-Madeleine. Lisons-le ce dimanche en parallèle de la Première lettre de Pierre proposée en deuxième lecture, en particulier le verset « Vivez donc dans la crainte de Dieu » (1 Pierre 1, 17)

Intéressons-nous à l’état d’esprit des disciples d’Emmaüs, à ce qui motive leur fuite de Jérusalem. Ils étaient disciples du Christ, qu’ils savent avoir été jugé, condamné et crucifié par l’occupant romain, avec l’assentiment des élites juives. Nous avons déjà évoqué à quel point les autorités en Terre sainte étaient fébriles, principalement à l’occasion des fêtes religieuses qui voyaient des milliers de pèlerins converger vers Jérusalem. A tel point que le procurateur Pilate quittait sa résidence de Césarée maritime pour assurer le maintien de l’ordre. Dans ces circonstances, l’entrée triomphale de Jésus acclamé comme un roi par les foules signe son arrêt de mort. Conformément à l’habitude romaine d’écraser dans le sang toute sédition, le Christ est brutalement mis à mort non seulement pour briser l’espérance qu’il incarne mais aussi pour terroriser ses disciples qui, de fait, se disperseront ou vivront cachés. Être reconnu complice d’un criminel comportait alors un réel danger : celui de subir le même sort, suscitant la peur des disciples et même le reniement de Pierre. Ainsi, les disciples d’Emmaüs fuient-ils Jérusalem, leurs espérances anéanties et la peur au ventre.

Le texte va plus loin, qui nous raconte que ces disciples sont informés que des femmes ont trouvé le tombeau du Christ vide et « qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. » Cependant, ils fuient. La peur les empêche de comprendre la Résurrection. C’est d’ailleurs le reproche que leur fait le Ressuscité qu’ils rencontrent sur leur chemin d’exil : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! » Ainsi observons-nous que la peur, parce qu’elle tue l’espérance, nous empêche de comprendre les mystères divins. Dès lors, nous pouvons conclure que, dans le christianisme, peur et résurrection s’opposent. On retrouve l’intuition de saint Jean-Paul II, à l’inauguration de son pontificat, quand il crie à l’égard des populations, notamment polonaises, au-delà du Rideau de fer : « N’ayez pas peur ! », ressuscitant l’espérance d’un changement. Les disciples d’Emmaüs ont perdu cette espérance : « Les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. »

Dans sa première lettre, Pierre écrit : « Bien-aimés, si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre, vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers. » N’est-ce pas, d’une part, contradictoire avec ce que nous venons de dire ? D’autre part, n’est-ce pas revenir à l’image d’un Dieu terrible, qui scrute le moindre défaut des âmes, finalement à la peur du jugement divin comme argument d’évangélisation ? L’Église ne s’est-elle déjà pas trop servie de cette image d’un Dieu inquisiteur voyant tout, même ce que nous faisons dans le secret, pour régir les âmes ?

J’ai rencontré dans l’accompagnement spirituel des personnes éminemment scrupuleuses, qui venaient confesser des listes détaillées heure par heure de leurs péchés, des personnes qui s’imposaient un petit enfer scrutateur, s’humiliant devant Dieu pour la moindre peccadille, écrasées par la peur de son jugement. A ces personnes, il est crucial d’enseigner la nuance entre la crainte et la peur de Dieu.

La peur de Dieu est une réaction négative qui éloigne. C’est une émotion de terreur, d’angoisse et de fuite. Dieu est ici perçu comme menaçant et punitif. Elle naît souvent du péché et de la rupture de la relation divine : après la chute, Adam et Ève ont eu peur et se sont cachés (Genèse 3). Cette peur est liée à la conscience de la culpabilité et au jugement redouté. Elle paralyse, empêche l’intimité avec Dieu et peut venir du diable – « Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné » (2 Timothée 1, 7) ; « L’amour parfait bannit la peur » (1 Jean 4, 18). Ainsi la peur éloigne-t-elle de Dieu, ruine-t-elle l’espérance et empêche-t-elle la joie.

La crainte de Dieu est, quant à elle, une attitude positive qui scrute le relâchement du lien avec Dieu et, en conséquence, vise au rapprochement. C’est une révérence profonde, un respect mêlé d’admiration et d’émerveillement devant la sainteté, la grandeur, la puissance et la bonté de Dieu. En hébreu, le terme « yir’ah » évoque bien plus l’émerveillement respectueux, la révérence admirative que la terreur. Pour le Livre des Proverbes (1, 7 ; 9, 10), elle est le commencement de la sagesse, le fondement d’une vie pieuse, de l’obéissance joyeuse et de la connaissance de Dieu. Ainsi la crainte de Dieu mêle-t-elle la conscience de la distance entre le Créateur et nous à l’attraction vers Lui, grâce à son amour. Elle produit des fruits positifs : sagesse, obéissance, paix, joie, protection du mal, et intimité. La crainte de Dieu, c’est finalement le reflet affectif de l’humilité aimante.

Il reste que le récit des disciples d’Emmaüs est rassurant, alors qu’il montre le Ressuscité venir rechercher les égarés de la peur, sur leur chemin d’exil. Comme Dieu cherchant Adam partout dans le paradis, le Ressuscité vient nous sauver des peurs qui nous égarent.

Dans notre quête de résurrection, il convient essentiellement de scruter les peurs qui nous incitent à fuir le regard de Dieu, en les distinguant des craintes qui nous font le désirer. Ce sont ces peurs qui nous éloignent de Dieu que le Ressuscité doit venir rejoindre en personne, alors que nous fuyons dans le désespoir. Le récit des disciples d’Emmaüs est là pour nous confirmer qu’il le fait ; que le Ressuscité, comme le Bon berger, se préoccupe particulièrement de la brebis perdue que la peur égare.

Nous sommes délivrés de la peur de Dieu par la rencontre sacramentelle avec le Christ ressuscité, dans la communion respectueuse et craintive qui convient à ceux qui s’aiment. La crainte de Dieu est essentiellement la crainte de perdre le langage de l’Amour. AMEN.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 15 avril 2026