08.11.2026 – HOMÉLIE DU 32ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 25,1-13

L’amour que l’on emporte au ciel

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Matthieu 25, 1 – 13

En cette période de Toussaint, propice à une réflexion sur la mort, nous lisons le discours sur la fin des temps, des chapitres 24 et 25 de l’Évangile selon saint Matthieu. Lundi, nous avons commémoré tous les fidèles défunts, afin d’obtenir de Dieu qu’il délivre ou soulage leurs âmes du purgatoire. C’est aussi le propos de la parabole des dix vierges que nous méditons ce dimanche.

En effet, les vierges de la parabole représentent les âmes qui vont au ciel, certaines prévoyantes, d’autres insouciantes de ce qu’elles y emportent. Le sommeil dans lequel elles s’endorment, c’est la mort et l’huile est ici, comme partout dans la Bible, l’onction de l’Esprit Saint, l’Amour divin qui les a pénétrées. On comprend dès lors que le refus de partager l’huile, la grâce reçue de Dieu de notre vivant, ne signifie pas un égoïsme, mais reflète plutôt l’impossibilité de transmettre désormais notre charité, de donner encore personnellement notre amour au-delà de la mort. On découvre ainsi un éclairage eschatologique au commandement de Jésus d’aller nous réconcilier, avant de présenter notre offrande à l’autel (Mt 5, 23-24). Il s’agit, avant de mourir, non seulement d’avoir apaisé tous les chagrins, toutes les dissensions, tous les ressentiments que nous conserverions, mais il s’agit encore d’emporter avec soi un reliquat de grâce, une réserve de charité à présenter à Dieu, l’onction d’Esprit Saint qui percole encore de notre vie défunte.

Nous l’avions évoqué dimanche passé, le purgatoire n’apparaît qu’en filigrane dans la Bible, notamment à travers les paraboles qui évoquent le jugement de Dieu, l’invitation à s’apprêter pour ses banquets ou, comme ici, la prévoyance nécessaire à l’entrée dans son royaume. Le propos du purgatoire est d’assumer le fait, qu’à notre mort, ni l’amour que nous avons semé, ni les offenses que nous avons commises ici-bas ne cessent d’agir. L’esprit que nous avons incarné vivants persiste à réjouir ou attrister nos proches. Notamment, à notre mort, la souffrance que nous avons semée, même si elle s’apaise parfois, ne s’éteint pas dans le cœur de ceux que nous avons offensés. Et il ne nous est alors plus possible d’aller nous réconcilier. Ce seront d’autres, Dieu et les vivants que son Amour inspire, l’Église, qui devront consoler les blessés que nous laisserons en plan. On n’imagine pas qu’un malfaiteur entre joyeusement au ciel alors que des victimes souffrent encore douloureusement de ses méfaits. A tout le moins, faut-il que d’autres aient endossé la réparation de ses péchés, Dieu d’abord, et ceux ensuite qui apporteront sa consolation. La prière pour les âmes du purgatoire est la prière de l’Église qui assume la guérison des fautes des trépassés. Elle est, à la fois, demande de délivrance des âmes défuntes que des souffrances relient encore à la Terre, et affirmation de la volonté de guérir ces souffrances. Elle est, par excellence, la prière qui apaise les tensions persistantes entre les vivants et les morts.

L’enseignement de la parabole des dix vierges est de dire que, non seulement, il s’agit de mourir vierge de toute souillure affective mais encore s’agit-il d’emporter, dans la mort, des ressources spirituelle, quelque part emporter une réserve de grâce – l’amour de Dieu que nous aurons su incarner sur Terre et qui restera vivant au-delà de notre présence charnelle. Il ne s’agit pas simplement de faire place nette au moment de mourir, encore faut-il laisser une trace enchantée. Les larmes de ceux que notre disparition attristera en seront le témoignage immédiat. Mais au-delà de notre mort, nous espérons laisser un amour – toujours vivant – qui encore console et apaise. La réserve d’huile des vierges, c’est la charité persistant de leur vie qu’elles emportent au ciel, l’amour vivant que nous laisserons et qui permettra à nos proches de faire leur deuil. Ainsi, avons-nous un indice pour savoir si nos proches défunts sont au ciel : lorsque leur amour, persistant en nous, nous a déjà consolés.

La vigilance personnelle en vue de la Parousie, du retour du Christ – « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » – est à comprendre sous l’angle très concret et très quotidien d’une veille du cœur à non seulement ne laisser, entre nous, aucune trace de dissension mais, surtout, à s’apprêter à mourir le cœur débordant d’amour.

A mesure que notre vie débordera de charité à l’heure de la mort, nos proches seront consolés, établissant en leur cœur notre proximité avec Dieu. C’est d’ailleurs ainsi que l’Église décide des saints, à savoir des morts qui toujours consolent les vivants. A travers eux, concrètement, nous trouvons l’Esprit de résurrection de Dieu à l’œuvre. Ce peut être aussi à travers nos chers défunts, dont l’amour nous fait encore vivre. Ce pourra être aussi à travers nous, si nous nous y préparons.

« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure »

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 4 novembre 2026

01.11.2026 – HOMÉLIE DE LA TOUSSAINT – MATTHIEU 5, 1-12a

Mort, où est ton aiguillon ?

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Textes bibliques : Lire

Frères et sœurs, il faudra mourir un jour. Désolé pour cette percutante nouvelle : tous nous devrons passer par la mort. Le Christ lui-même n’y a pas échappé. C’est d’ailleurs une des seules certitudes que nous ayons quant à l’avenir : l’humain est mortel. Et la résurrection du Christ est la réponse de Dieu à cette angoisse. C’est le cœur de notre religion : Jésus a souffert, est mort et est ressuscité ; ses disciples en témoignent et nous le croyons. Le christianisme n’est pas un état béat qui nous anesthésierait, un opium du peuple qui nous ferait échapper aux douleurs du monde. Au contraire, il assume que le Christ a souffert la mort, en pleurant, en saignant, en criant, en désespérant de Dieu : « Pourquoi m’as-tu abandonné » (Matthieu 27, 46).

C’est un privilège, en tant que chrétien, d’accompagner une personne qui s’apprête à mourir. Ce sont des moments suspendus où l’épaisseur d’une vie s’affronte à l’éternité de Dieu, des discussions d’une profondeur humaine qui touchent aux joies essentielles comme aux douleurs encore vives. J’ai vu des personnes rassasiées de jours, pour reprendre l’expression biblique (Gn 25, 8 ; 1 Ch 23, 1 ; Jb 42, 17 ; Ps 91, 16), témoignant tellement de plénitude et de paix qu’elles sont parties le sourire aux lèvres. J’ai même rencontré des personnes empressées d’aller vers Dieu, avec lesquelles j’ai prié qu’il reçoive favorablement cette hâte. Je garde le souvenir ému d’une sœur clarisse, fêle brindille plus que centenaire, qui jubilait comme une jeune fille au jour de ses noces. J’ai vu aussi des personnes se libérer finalement du poids d’une culpabilité et gagner ainsi cette paix. Le pire est-il sans doute pour ceux qui meurent l’âme entachée de ténèbres qui les enchaînent au désespoir.

A ce propos, peut-être convient-il de faire un aparté sur le purgatoire – notion qui n’apparaît explicitement nulle part dans la Bible mais qu’on retrouve implicitement dans des expressions telle : « je le purifierai comme on purifie l’argent, je l’éprouverai comme on éprouve l’or » (Za 13, 9). Le purgatoire traduit le fait que la mort n’est pas tant une transition brutale qu’un processus purificatoire. A l’inverse des caricatures qui voient les défunts surgir devant saint Pierre aux portes du Paradis, ou de la mythologie égyptienne qui la voyait comme une pesée des âmes, la mort n’est pas un jugement immédiat, une évaluation définitive de notre vie. Ceci rejoint aussi, en amont, les expériences de mort imminente, dont les témoignages sont considérables, qui décrivent un cheminement lumineux et la rencontre de proches décédés qui nous précèdent. La nécessité théologique du purgatoire vient du fait que le mal dont je resterai responsable à ma mort ne s’éteindra pas avec moi ; il faudra encore que Dieu, en personne ou à travers l’Église, viennent apaiser ces souffrances qu’il m’est désormais impossible de soulager. La mort n’est pas qu’une simple transition, elle a une épaisseur, celle des traces blessées que je laisse sur Terre. En soi, le purgatoire est une chose désirable, si nous voulons que Dieu finalement enlève les dernières scories de notre vie, attise les quelques braises que nous avons entretenues et rende notre passage sur Terre ultimement lumineux. Le purgatoire n’est anxiogène qu’aux âmes intimement tourmentées.

Mais même à l’âme en paix, en tous cas confiante en la miséricorde de Dieu, il reste à affronter le sentiment d’abandon de la vie. Nous l’avons évoqué la semaine passée, déjà, en rappelant la ténèbre spirituelle que vivait Mère Teresa, à force de se confronter quotidiennement à la mort la plus miséreuse. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46). On raconte que saint Jean-Paul II lui aurait répondu : « Persévérez, ma Mère, vous serez la sainte de la nuit ». Plusieurs fois, j’ai rencontré des personnes profondément croyantes, témoignant ne plus rien éprouver dans la prière, peu avant leur décès. Je leur parle alors de Mère Teresa ; du sentiment ultime d’abandon du Christ en croix ; du fait qu’elles sont sans doute, déjà, au-delà des mots, dans un dialogue charnel « à la vie, à la mort » avec Dieu ; que ce n’est pas nécessairement la nuit ; que, peut-être, au-delà de leur voix, c’est désormais tout leur être qui se fait prière.

En assumant la plus infâme et la plus injuste des morts, le Christ a assumé toutes nos morts. Et de la mort, il est revenu vivant. Voilà notre espérance. Voilà notre foi. L’Évangile ne nie pas la difficulté spirituelle de mourir, ce face-à-face avec notre vie terrestre et le détachement affectif qu’il faudra trouver. Il y a, dans la mort, un inéluctable sentiment d’abandon que seul l’amour vivant du Christ peut transcender. Ce détachement spirituel est nécessaire, qui entraîne le corps au détachement du monde, le soutient et finalement l’apaise en Dieu.

A l’instant de mourir, notre appréhension ne dépendra que de notre état d’esprit, de l’espérance de vie que nous emportons au-delà. D’où l’importance du soin spirituel apporté aux maux qui nous affectent en ce monde, à mesure d’ailleurs qu’ils nous affectent intimement.

Frères et sœurs, c’est aujourd’hui la fête de tous les saints, ceux dont nous avons des indices, personnels ou ecclésiaux, de leur place au le ciel ; ceux dont la vie terrestre s’est achevée lumineusement, dégagée de toute scorie, à commencer par celles et ceux dont le souvenir brille dans notre mémoire, la présence du Christ dans notre vie en premier. Frères et sœurs, nous aspirons tous à la sainteté, à cette luminosité ultime de la vie que nous percevons de ceux qui nous inspirent. Le danger est seulement pour les âmes qui, enchaînées à leurs ténèbres, ont déjà résolu qu’elles en étaient exclues. Là, commence le péché contre l’Esprit (Mt 12, 31-32 ; Mc 3, 28-30 ; Lc 12, 10).

Frères et sœurs, la peur de la mort s’apaise de la rencontre avec des personnes saintes, à commencer par le Christ qu’il convient de trouver en ce monde, notamment dans toutes les petites résurrections de la vie que nous avons pu constater. Elle s’apaise aussi de la rencontre de personnes s’éteignant dans la paix de l’âme, entourée de l’amour des leurs après une vie comblée, dans l’assurance que la bonté divine prévaudra. Elle s’apaise finalement et surtout dans le soin constant que nous prendrons à nous désentraver de tout ce qui nous enténèbre.

Frères et sœurs, la sainteté est à savourer dès ici-bas. Dans la rencontre de personnes saintes et en nous purifiant nous-mêmes – en anticipant, en fait, le travail purgatoire de notre âme. Sa luminosité est à ce prix. Celle de la joie éternelle de vivre aussi.

Joyeuse fête de la Toussaint à tous.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 28 octobre 2026

25.10.2026 – HOMÉLIE DU 30ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 22, 34-40

Dieu, les autres et moi

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Textes bibliques : Lire

Beaucoup confondent l’amour de Dieu et du prochain. L’Évangile d’aujourd’hui est là pour les démentir. On retrouve cette confusion notamment dans la bouche de ceux affirmant que c’est essentiellement dans l’amour des autres qu’ils trouvent Dieu. Ce n’est pas suffisant et c’est un point de vue qui, à terme, peut éloigner de la foi. En effet, comment comprendre dès lors que les athées, vivant eux-mêmes intensément l’amour humain, ne plongent pas directement dans les bras de Dieu, si là, pleinement, on le trouve ?

Certes le Christ affirme, dans l’Évangile, que le commandement de l’amour du prochain et celui de l’Amour de Dieu sont semblables, mais ils ne sont QUE semblables. Jésus pose ici une hiérarchie des commandements tout en les rendant indissociables. D’abord l’Amour de Dieu, ensuite, l’amour du prochain, qui, de fait, lui est inéluctablement semblable. On retrouve ici, en filigrane, le commandement du Christ de ne pas préférer ses proches à Dieu – « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi » (Matthieu 10, 37) – et celui d’« obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5, 29). En d’autres mots : c’est Dieu qui définit l’Amour, pas nous entre nous. Et l’écriture garde la marque de cette différence, qui met une majuscule à l’Amour quand il s’agit de Dieu.

On s’égare à espérer trouver Dieu lui-même dans l’amour du prochain. Car l’amour humain n’est jamais parfaitement limpide. Certes, il nous arrive de toucher entre nous à l’Amour divin, mais nous peinons à nous y maintenir. On retrouve la distinction ‘semblable’ mais pas ‘identique’. Ce qui entache l’amour entre nous, qui voit parfois notre cœur s’assombrir, ce sont les ténèbres de notre âme, qui finissent toujours par resurgir alors que nous ne désirons qu’aimer. « Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas » dira saint Paul aux Romains (7, 19). Et les couples savent que les lunes de miel ne durent qu’un temps et qu’au-delà, il faudra trouver une profondeur plus stable.

Les religieux le savent aussi. L’Amour de Dieu qui les emporte est hélas tributaire d’une vision claire de la vie. Que viennent nous mordre les crucifixions du passé, ou d’autres actuelles, et c’est la perspective d’un amour parfait qui s’obscurcit. Le triste constat de Paul s’applique aussi dans notre relation à Dieu : je n’aime pas Dieu comme je le voudrais, parce que le mal m’affecte et m’assombrit. On retrouve ici l’inéluctable emprise du péché sur l’humanité, très poétiquement présentée dans le Livre de la Genèse (3, 8) : Adam, ayant goûté au fruit de la connaissance du mal, se dissimule au regard de Dieu. Ce faisant, il perd ce regard pour lui-même. Mère Teresa, après une vie affrontée à la mort la plus miséreuse, confessa à saint Jean-Paul II avoir totalement perdu le goût de Dieu, vivre une nuit de l’âme, souffrir d’acédie. Hélas, les maux du monde affectent fortement notre capacité de voir Dieu. Le moindre trouble affectif trouble son image. Et s’ouvre alors le champ du doute, des autres, de Dieu et de soi.

Le danger est alors de s’en contenter voire s’y résoudre. Face à un monde de tous temps déchiré par les peurs, les haines et les conflits qui, désormais, semble foncer vers l’abîme, la tentation est grande de se refermer sur soi et s’isoler dans une vision désenchantée de la vie, s’attachant, pour ne pas sombrer, à des illusions futiles, voire des idoles, à commencer par l’idolâtrie de soi, confondant amour de Dieu et amour propre. A l’inverse, comme Paul le souligne des Thessaloniciens, c’est l’abandon des fausses réassurances – de nos idoles –, la conversion de notre cœur, sa réouverture à un Amour plus grand que ce qu’il perçoit, qui nous fait désirer « servir le Dieu vivant et véritable ». A défaut, nous nous enfermerons dans une spiritualité doloriste et déprimée, qui consistera à vouloir prendre son mal en patience. Le Christ, pourtant, n’est pas muet sur la croix, qui proclame encore l’Amour de Dieu.

Frères et sœurs, face à notre monde si troublé, pour ne pas nous enfermer dans le fatalisme et, ultimement la peur, finalement pour ne pas sombrer ici-bas dans le désespoir, il convient d’accepter l’inéluctable dissimilitude entre l’Amour de Dieu et l’amour proprement humain, toujours troublé d’ombres. Entre nous, en matière d’amour, nous ne sommes jamais à la hauteur des espérances divines que pourtant nous portons. Mais, comme le Christ le fait d’emblée, nous devons tout autant maintenir la similitude de ces deux amours – humain et divin –, sinon nous désespérons. Perdre le lien entre une humanité défaillante et la perspective incarnée de l’Amour divin, c’est perdre le Christ. Mais réduire l’Amour de Dieu à l’amour entre nous, c’est l’avoir perdu tout autant.

Frères et sœurs, c’est l’Amour de Dieu le jalon de tout amour. Il s’agit de ne jamais le perdre. Sinon, comme Mère Teresa, nous sombrerons dans la nuit de l’âme que nous imposent les désespoirs du monde. Seule reste alors la fidélité de la foi. C’est de la relation personnelle avec Dieu, soutenue et transformante, que nous héritons une espérance pour le monde, qui nous transforme et convertit notre regard sur autrui.

Ce dimanche, le Christ affirme la nécessaire primauté de l’Amour de Dieu, de là découle l’amour qui jamais ne désespère d’autrui, ni de soi.

Frères et sœurs, il convient d’être amoureux de Dieu. Alors tout change. Le regard que l’on pose sur lui, sur les autres et sur soi. En un mot, le regard sur la vie. Amen.

Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 21 octobre 2026

18.10.2026 – HOMÉLIE DU 29ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 22, 15-21

La paix de César, la paix de Dieu

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Source : Évangile selon saint Matthieu 22, 15 – 21

Coincée entre l’Égypte et la Mésopotamie, la Terre d’Israël a de tous temps été le jeu des empires. Elle l’est encore un peu aujourd’hui. On comprend dès lors que la question des impérialismes traverse la Bible, qui tantôt s’en prend à Pharaon, tantôt au roi de Babylone, selon que la menace vient du sud ou du nord. Sur les trois derniers millénaires, la Terre Sainte n’a connu que trois périodes d’indépendance : celle des royaumes bibliques, de Saül à Sédécias ; celle du royaume hasmonéen – les fameux Maccabées –, un siècle avant Jésus-Christ ; et la période moderne, depuis 1948. Le reste du temps, Israël est une terre occupée successivement par les empires assyrien, babylonien, perse, hellénistique, romain, byzantin, arabo-musulman, croisé, mamelouk, ottoman et, finalement, britannique. Cette question des impérialismes qui balayent la Terre Sainte resurgit dans l’Évangile d’aujourd’hui, sous une forme très pragmatique : « Faut-il payer l’impôt à César, l’empereur ? ».

On aurait tort de penser que la Bible dénonce unilatéralement l’impérialisme. La première lecture, tirée du Livre d’Isaïe, est là pour le démentir. On est en 538 av. J.-C., Cyrus le Grand, roi de Perse, vient de soumettre Babylone, libérant les Juifs que Nabuchodonosor y avait déportés. Le texte proclame que c’est Dieu qui est à l’œuvre. A Cyrus, il dit : « Je t’ai appelé par ton nom, je t’ai donné un titre, (…) je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas ». Et le titre que Dieu donne à Cyrus est celui de messie, c’est-à-dire christ en grec. La Bible considère très favorablement l’impérialisme de Cyrus, parce qu’il est libérateur.

A l’époque de Jésus, la situation a radicalement changé. La Terre d’Israël est désormais sous le joug romain : une occupation dure, militaire, culturellement imposante et économiquement prédatrice. Le propos de l’impérialisme romain est la « PaxRomana », c’est à dire garantir à Rome la paix, au prix d’une soumission totale des peuples alentour. D’où la hantise romaine de la moindre sédition ou révolte ; d’où sa férule particulièrement féroce ; d’où, surtout, un assèchement économique des territoires conquis afin de nourrir l’Urbs et l’armée. L’impérialisme romain vise à garantir la paix de Rome au prix de l’asservissement des provinces. Dans ces conditions, « Faut-il payer l’impôt à César, l’empereur ? ».

Comme le relève l’Évangile, la question est piégée : si Jésus répond « non », il est un séditieux ; s’il répond « oui », il est un collabo. Par son impossible réponse satisfaisante, cette question révèle l’impuissance dans laquelle se trouve le peuple hébreu, contraint de payer l’impôt à son oppresseur. Et Jésus l’a parfaitement compris, qui répond précisément sur les enjeux de pouvoir : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », séparant radicalement pouvoir mondain et pouvoir divin. A Pilate, qui cherchera à le condamner pour sédition – « Es-tu le roi des Juifs ? » –, Jésus répondra « Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18, 33-37).

La distinction qu’opère ici le Christ est celle de l’esprit avec lequel on gouverne. « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». L’argent, le pouvoir coercitif, la prédation sont du côté de César ; le détachement, le pouvoir élévateur et la libération sont du côté de Dieu. « Faites la part des choses dans votre vie quotidienne », voilà l’enseignement du Christ aujourd’hui. Et, au-delà, comment souhaitez vous être gouvernés : par un pragmatisme qui cède, pour sa réassurance, au mépris d’autrui – en l’occurrence César – ou par l’idéalisme patient qui espère une paix de tous en Dieu ?

En cette vie, nous oscillons en permanence entre les deux, entre des solutions immédiates, spirituellement insatisfaisantes voire ultimement néfastes, qu’avidement nous mettons en œuvre pour faussement nous rassurer et, d’autre part, des espérances ultimes, que nous peinons à atteindre et qui, pourtant, nous offrent une perspective de salut véritable.

Le ressort de ce balancier sont les peurs que nous éprouvons. C’est elle, la peur de manquer de bien-être, de maîtrise et d’amour qui, à mesure qu’elle atteint notre espérance, focalise notre esprit sur les promesses immédiates des fausses réassurances.

Notre monde aujourd’hui s’affronte brutalement à cet esprit du repli apeuré sur soi, avide de solutions simples mais immédiates, qui voit les populations favoriser les discours extrêmes et des solutions politiques radicales voire violentes. L’individualisme exacerbé, qu’amplifient les réseaux sociaux, fait de beaucoup d’entre nous des petits Césars spirituels, de petits autocrates individuels soumis à la satisfaction immédiate de leurs émotions craintives. Ce faisant, les perspectives éternelles – le temps long de Dieu – s’éloignent, comme en témoigne le désenchantement spirituel de notre monde, qui n’agit plus que dans l’urgence des crises, tant individuelles que collectives.

Cette politique de l’apaisement aussi immédiat que temporaire des craintes, est ultimement vouée à l’échec. Rome, en effet, tombera finalement, en 410, sous les assauts des Wisigoths d’Alaric. La Pax Romana promise par César n’a pas tenu. Nos réassurances immédiates ne durent qu’un temps.

Frères et sœurs, le pouvoir mondain et le pouvoir spirituel nous sont à tous donnés. La question est celle de l’esprit qui nous gouverne. Pour chacune de nos décisions, il s’agit de discerner quel esprit nous pousse : celui de César, avide d’immédiateté fragile et de réassurance vaine ou celui de Dieu, qui nous pousse à agir dans la perspective de l’éternité ?

Quelle paix voulons-nous, immédiate et futile ou patiente et durable ? Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 14 octobre 2026

11.10.2026 – HOMÉLIE DU 28ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 22, 1-14

Bonheur terni

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lecture: Évangile selon saint Matthieu 22, 1 – 14

C’est toujours mauvais signe quand, dans l’Évangile, Jésus utilise l’expression juive « il y aura des pleurs et des grincements de dents ». C’est une image des portes du Paradis, où ceux qui ont été appelés aux noces du ciel, à la rencontre éternelle avec Dieu, seront finalement rejetés par lui. « Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. » Visiblement, il n’est pas facile d’entrer au ciel. Et certains seront disqualifiés à l’arrivée, qui alors pleureront et grinceront des dents.

Les banquets de noces évangéliques sont des paraboles de la vie éternelle, vous le savez. Dieu donc avait invité quelques élus, qui ne sont pas venus. Il s’agit là des personnes qui connaissent Dieu mais le délaissent. D’autres se sont trouvés trop affairés à construire leur bonheur eux-mêmes : « l’un à son champ, l’autre à son commerce ». D’autres, enfin, se sont révoltés contre les émissaires de Dieu, maltraitant les uns, tuant les autres. On retrouve ici beaucoup d’attitudes personnelles envers la foi – la délaisser, chercher d’autres bonheurs, voire l’étouffer.

Face au refus des croyants de le rencontrer personnellement, Dieu se décide à inviter le tout-venant : « les mauvais comme les bons », les pouilleux comme les gens bien. Il n’a pas manqué de théologiens pour voir là la distinction entre le judaïsme et le christianisme – les premiers invités, les Juifs, ayant finalement rejeté le Christ ; l’Église étant, quant à elle, ouverte à tous. Et c’est sans doute l’intention de Matthieu, dont on sait que l’Évangile est destiné, en première lecture, à des Juifs convertis au christianisme.

Mais être baptisé, faire partie du tout-venant invité au banquet de Dieu, ne nous garantit pas l’entrée au ciel. Encore faut-il avoir revêtu l’habit de noce pour pouvoir participer à la célébration – c’est à dire s’être apprêté, préparé et rendu beau aux yeux de Dieu. Car pour celui qui ne l’aura pas fait – qui aura été invité à la noce avec Dieu et qui ne s’y sera pas préparé jusqu’à se rendre beau – le châtiment sera terrible : « Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors », c’est à dire en enfer. Dieu est visiblement un hôte exigeant sur les préparatifs.

Alors de quoi s’agit-il ? Comme le dit Ézékiel (36, 24-28), il s’agit d’avoir un cœur nouveau, un esprit nouveau ; de convertir notre cœur de pierre, par un cœur de chair ; de marcher selon les lois de Dieu et de garder ses préceptes en leur étant fidèles.

Dieu nous aide dans cet effort de conversion de notre cœur. Ézékiel poursuit : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai ». C’est Dieu qui fournit l’habit de noce, par les sacrements notamment. Il est en effet bien négligeant, l’invité rejeté de la noce parce qu’il n’avait pas de bel habit, puisque c’est Dieu qui nous lave, nous purifie et nous rend beaux, en un mot : nous convertit, nous habille de son amour.

Frères et sœurs, il ne suffit pas de se sentir appelé par Dieu pour être sauvé. Encore faut-il le laisser dissiper nos ténèbres, convertir notre cœur, nous purifier par ses sacrements et nous habiller de sa grâce, pour que nous ayons la dignité des noces divines. La plénitude du bonheur est à ce prix.

Le propos de l’Évangile de ce dimanche est d’évoquer nos espoirs de bonheur douchés, quand l’espérance d’une joie divine se termine en grincements de dents, quand nos perspectives de félicité amoureuse tournent à l’aigre.

Au-delà du jugement final de Dieu, ce sont des situations qu’hélas, il nous arrive de vivre : comment une amitié se transforme-t-elle en rejet brutal ? Comment l’amour se mue-t-il parfois en enfer ? C’est toujours quand, dans la relation, l’un ne fait plus l’effort de vouloir scintiller, refuse finalement de revêtir l’amour-même qui toujours, quelque part, brille.

L’amour nous revêt d’une beauté que parfois nous refusons d’endosser. L’amour nous rend beaux dans le regard d’autrui et il nous arrive de vouloir démentir ce regard, de refuser même de nous laisser embellir par l’affection qui nous est portée. L’absence de scintillement amoureux signifie toujours une fermeture au reflet des sentiments offerts. Comment espérer être pleinement accueillis, si nous refusons de refléter la joie qu’il y a de nous accueillir ?

Le Christ vient constamment nous rappeler que le royaume des cieux s’est rendu tout proche de nous. Il s’agit bel et bien de rayonner quelque chose de cette proximité. On ne vit des relations divines que si on endosse l’amour divin. Alors, parés de l’amour de Dieu, nos relations auront un avant-goût de Paradis, ensemble nous aurons l’impression de toucher au ciel.

Frères et sœurs, acharnons-nous à nous rendre beaux aux yeux de Dieu. Nous serons ainsi scintillants d’amour pour tous. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 7 octobre 2026.

04.10.2026 – HOMÉLIE DU 27ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 21, 33 – 43

L’orgueil religieux

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Matthieu 21, 33 – 43

Dans la foulée de la parabole des deux fils que nous avons lue dimanche dernier, la parabole des vignerons homicides de ce dimanche met en cause la légitimité des grands prêtres et des anciens, somme toute celle du judaïsme traditionnel. Dieu est le propriétaire du domaine viticole ; les serviteurs qu’il envoie en premier sont les prophètes, qui furent tous persécutés ; le fils qu’il envoie et se fait tuer, c’est Jésus. Dans un procédé rhétorique classique, le jugement est prononcé par ceux-là mêmes qu’il condamne, quand ceux qu’interroge Jésus concluent : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. » Comme dimanche passé, cette parabole assume également un côté prophétique, qui fait annoncer par Jésus ce qui effectivement arrivera : sa mort, la destruction du Temple, qui signifiera la fin du judaïsme ancien, et l’avènement du christianisme.

On peut garder cette lecture d’une parabole prophétique du Christ. Mais on doit tout de même se poser la question d’une interpolation des évènements par Matthieu, qui semble parfaitement décrire ce qu’il vit, au moment où il écrit, à savoir en 80-90, alors que Jésus est mort, alors que le Temple est détruit, alors que le christianisme émerge. Ce sentiment d’un ajout opportun est renforcé par la structure du texte qui, contrairement à ce que nous venons de lire, ne contient pas le premier verset « En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple ». C’est un ajout liturgique contextuel pour faciliter la compréhension. De même que le dernier verset de la parabole a été omis : « Et tout homme qui tombera sur cette pierre (le Christ) s’y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière ! ». On conçoit mal terminer la lecture de l’Évangile à la messe par un tel verset. Il est pourtant dans le texte original et s’apparente à une virulente menace. Celle du Christ ou celle de Matthieu en lutte avec le judaïsme rabbinique naissant ?

Pour l’interprétation spirituelle, peu importe : toute l’Écriture est inspirée par l’Esprit Saint. Il s’agit de comprendre ce que cette parabole peut signifier pour nous aujourd’hui, de chercher dans notre vie spirituelle les occasions où nous nous comportons en vignerons homicides. Quand nous accaparons-nous le fruit de la grâce au mépris de Dieu ?

Tout religieux se fracasse un jour contre l’orgueil de sa vocation : le sentiment d’élection divine, celui d’une vie particulière. Et il faut dire qu’il n’est pas aidé par une Église qui conserve des réflexes cléricaux. On est facilement couvert d’admiration quand on donne sa vie à Dieu. Et il est difficile de ne pas se laisser emporter vers l’orgueil. Pourtant, chaque baptisé est un élu de Dieu … Il est bon que les religieux se fracassent contre l’orgueil de leur vocation. C’est quand on chute de son piédestal spirituel, qu’on cesse littéralement de se prendre pour un grand prêtre, qu’on peut finalement incarner la religion du Christ. A défaut, la sentence tombera comme le verset abrogé : « tout homme qui tombera sur cette pierre s’y brisera ; celui sur qui elle tombera, elle le réduira en poussière ! » Le jugement est radical : les religieux orgueilleux sont voués à la mort spirituelle.

Mais comme je l’ai dit, tout baptisé est un élu de Dieu. Ainsi courrons-nous tous le risque de nous penser meilleurs qu’autrui. Certains chrétiens méprisent ceux qui ne prient pas comme eux, ne pensent pas comme eux, ne partagent pas leur vision de l’Église. C’est tout aussi spirituellement mortifère.

L’orgueil est une perversion de l’élection. Que des personnes humaines ou divines nous donnent de l’importance, nous fassent la grâce de leur affection, si nous méprisons la gratuité de tels élans, alors ils serviront à nous donner de l’importance : nous nous en sentirons indûment valorisés. En creux, il y a là le signe d’une dévalorisation intérieure que nous pensons ainsi combler. L’orgueil – le fait de tout rapporter à soi – est un cache misère affectif, qu’il soit religieux et c’est le sentiment de déplaire à Dieu qu’il veut dissimuler. L’orgueilleux est celui que ne s’estime pas et veut le cacher aux autres. Ce faisant, il se dissimule aux autres et à l’amour ; il s’enferme dans son ego. L‘instrumentalisation de l’amour et de la religion en faire-valoir est spirituellement isolationniste et donc mortifère.

Les vignerons de la parabole voulaient pour eux-mêmes tout le raisin, pas seulement la juste rétribution qui leur était promise. Littéralement, ils se sont enivrés de la grâce, au mépris de la considération de Dieu. J’aime l’expression ‘vampire de la grâce’ pour qualifier mon orgueil religieux. Elle laisse entrevoir une voracité spirituelle avide de considération, des carences affectives mal dissimulées, les parties de mon cœur assoiffées de grâces, parce que Dieu n’y est pas.

Frères et sœurs, ne réduisons pas nos relations aux effets qu’elles nous procurent, à la grâce que nous donne immédiatement le sentiment d’être aimé. C’est mépriser un trésor bien plus important : la personne – Dieu ou autrui – qui, dans la relation, se donne.

Frères et sœurs, ne nous enorgueillissons jamais d’être appréciés. C’est toujours perdre l’essentiel de l’amour.

Amen

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 30 septembre 2026

27.09.2026 – HOMÉLIE DU 27ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE A – MATTHIEU 21, 28-32

Ils disent mais ne font pas

Homélie du Fr. Laurent Mathelot

Textes bibliques : Lire

Qui n’a pas vécu les deux situations que décrit cet Évangile ? Qui n’a aucun souvenir d’une promesse, d’un engagement non tenus ? Qui, au contraire, ne s’est jamais ravisé après un refus ? Il nous arrive à tous de dire ‘non’ et faire quand-même et, hélas, il nous arrive de manquer à notre parole, à notre ‘oui’. Nul n’est besoin d’imaginer de grandes trahisons ou de diaboliques forfaitures. Combien de fois n’avons-nous simplement pas donné suite à une promesse que nous nous sommes faite ?

Comme toujours, il y a plusieurs niveau de lecture de l’Évangile de ce dimanche. La première est historique. Les grands prêtres et les anciens du peuple, auxquels Jésus s’adresse, représentent l’autorité juive traditionnelle. C’est à eux que Jésus déclare : « les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. » Ils sont ceux auxquels Jésus reproche de dire : ‘Oui, Seigneur !’ et de ne pas incarner cette volonté. Si l’on remonte, dans l’Évangile de Matthieu (21, 23), au début de l’histoire, on remarque que la scène se déroule dans le Temple de Jérusalem et que la discussion tourne autours de l’autorité du baptême. Après avoir vu des publicains, des collaborateurs avec l’occupant romain, et des prostituées se convertir à l’urgence d’un renouveau spirituel, eux-mêmes ne l’ont pas fait. En sous-main, il s’agit de dire que ce sont eux qui apparaissent finalement collaborateurs et prostitués aux yeux de Dieu.

Une deuxième lecture est l’intention rédactionnelle de l’évangéliste Matthieu, lui-même un publicain converti. Il pourrait s’agir, en effet, au temps de la rédaction, c’est à dire après la destruction du Temple par Rome, de souligner la distinction entre judaïsme traditionnel et christianisme naissant.

Mais il y a surtout la lecture spirituelle, comme je l’évoquais d’emblée : ce texte parle aussi de nous, des suites que nous ne donnons parfois pas à nos engagements, en lien avec nos surprenants sursauts de ravisement, quand la charité reprend l’ascendant sur un refus, un déni de service. Paul a très bien exprimé ce porte-a-faux intentionnel que nous vivons tous : « Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas » (Rm 7, 19). Tout en maintenant la finalité de la vie bonne – l’adéquation entre la pensée et l’agir qui constitue la plénitude de l’être – Paul constate l’emprise inéluctable du péché : « Nous savons bien que la Loi est une réalité spirituelle : mais moi, je suis un homme charnel, vendu au péché. En effet, ma façon d’agir, je ne la comprends pas, car ce que je voudrais, cela, je ne le réalise pas ; mais ce que je déteste, c’est cela que je fais. (…) Ce n’est plus moi qui agis, c’est le péché, lui qui habite en moi » (Rm 7, 14-17). Mais il poursuit : « pour ceux qui sont dans le Christ Jésus, il n’y a plus de condamnation. Car la loi de l’Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus (nous) a libéré de la loi du péché et de la mort » (Rm 8, 1-2). D’une part, le constat est sévère – sans le Christ, nous ne pouvons pas être ultimement cohérents : alors que notre esprit n’aspire qu’à s’élever, notre corps, toujours, nous ramène à la mort. Mais il est aussi rassurant : par son incarnation, le Christ nous libère de cet enchaînement inéluctable : incarner son Esprit, c’est s’affranchir de l’emprise du mal sur nos vies. Le baptême est démarche de conversion et les sacrements, soutiens de la cohérence spirituelle. Les publicains et les pécheurs n’étaient pas sans péché ; ils étaient même affirmativement désobéissants à Dieu. Simplement, ils ont accepté de se laisser purifier par le baptême et la présence du Christ.

Nous sommes face à deux mystères : d’une part, celui de l’action du mal qui nous conduit à promettre et ne pas tenir nos engagements – littéralement, à reprendre l’offrande de nous-même. Paul dit : « ma façon d’agir, je ne la comprends pas », soulignant qu’au-delà des excuses que nous pourrions nous trouver, il y a un esprit du mal qui entrave notre volonté d’agir bien. L’autre mystère est l’action de l’Esprit Saint dans le monde, celui qui nous fait nous raviser de nos dénis de charité. Ce sont des forces qui me dépassent qui me poussent à me donner et me reprendre, pour peut-être me redonner ensuite, voire sombrer dans un enfermement complet. Il y a des esprits agissant mystérieusement derrière nos élans de conversion, tant au mal qu’au bien – des pulsions de mort ou de vie qui nous affectent et nous entraînent malgré nous.

Et c’est finalement la conclusion de ce dimanche, pour ne pas se laisser emporter par le mal, ne fusse que par des réflexes d’auto-préservation, il s’agit de se laisser entraîner par Dieu, de s’imprégner de l’Esprit Saint et de le laisser imprégner notre corps par ses sacrements. Nous n’épuiserons jamais le mystère de l’action de l’Esprit de Dieu à travers l’eau du baptême, le pain eucharistique ou l’absolution des péchés. Mais nous ne comprenons pas plus pourquoi, de peurs enfouies, il nous arrive d’agir contrairement à nos valeurs.

Frères et sœurs, l’humain sans l’Esprit Saint est une girouette qui s’oriente au gré de ses sentiments : que souffle le vent de la charité ou celui de la peur, il change. Tous, nous sommes peu ou prou le jeu de ce chaos des émotions : il est difficile d’être un chrétien en croissance spirituelle constante ; nous avons besoin de la présence quotidienne de Dieu à nos côtés ; il faut que le Christ marche avec nous sur les chemins de la vie ; nous nécessitons sa présence réelle, mystérieuse et soutenue, en nous.

Frères et sœurs, les incohérences que nous constatons entre le bel idéal d’amour auquel nous prétendons et notre charité effective sont toujours le constat d’un manque de présence sacramentelle de Dieu dans nos vies, d’un Dieu qui ne nous touche pas jusqu’aux entrailles. Quand volontiers nous acceptons son message mais que difficilement nous l’incarnons, il y a lieu de s’abandonner au mystère des sacrements, de laisser Dieu nous reconstituer charnellement – littéralement, nous ressusciter déjà – pour entraîner mystérieusement notre corps au réflexe de la charité, plutôt qu’à celui de la peur.

Nous ne comprendrons jamais totalement les ressorts des pulsions qui surgissent en nous et nous entraînent – certaines charitables, certaines maléfiques. Mais nous pouvons laisser Dieu agir charnellement en nous. C’est ce qu’on appelle la conversion du cœur : l’amour de Dieu qui prend aux entrailles et, ainsi, sauve. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 23 septembre 2026

20.09.2026 – HOMÉLIE DU 25ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 20, 1-16a

Se lever tôt

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lectures : MATTHIEU 20, 1-16a

A quoi bon être une personne intègre, si Dieu récompense pareillement ceux qui se convertissent à la dernière minute ? A quoi bon mener une vie droite, faire l’effort de toujours pardonner si le premier à entrer au paradis – le bon larron – est un criminel qui se repend à l’instant de mourir ? A quoi bon s’imposer la difficile morale de l’Église, prendre soin de son âme, s’il suffit de professer finalement sa foi pour être sauvé ? Pourquoi être un catholique intègre alors que le Christ proclame que les voleurs et les prostituées nous précéderont dans le royaume des cieux (Mt 21, 31-32) ? Voilà les questions qu’aborde la parabole des ouvriers de la dernière heure que nous venons de lire.

Paradoxalement, ce que j’aime dans la religion catholique, c’est qu’elle est à mon sens la plus exigeante personnellement. Nous sommes la religion de l’incarnation, ce qui nous oblige à incarner le message que nous professons. Oui, notre vie spirituelle, au-delà des joies qu’elle procure, est un constant travail d’ébouage de notre âme, une lutte permanente contre nos mauvais penchants, un travail incessant de purification de nos pensées. Et c’est, pour ma part, exaltant. La spiritualité est un sport de combat, avec ses triomphes, avec ses blessures, avec son hygiène de vie et son difficile entraînement. Nous sommes appelés à être des pratiquants de la foi et à en devenir champions.

Mais si on laisse tomber l’orgueil qui nous donnerait à penser que nous serions meilleurs que les autres, que reste-t-il ? Pourquoi nous obliger à boire la honte que nous avons de certains de nos comportements ou pensées ? Pourquoi désirer être une personne intègre dans un monde qui promeut si souvent la transgression, tout en décriant les valeurs chrétiennes ? Pourquoi les ouvriers de la première heure ont-il trimé, si ceux de la dernière heure reçoivent le même salaire ? Car la parabole dit vrai : à la fin, tous ceux qui professeront la foi hériteront du même royaume des cieux. Avez-vous la réponse ?

La réponse est : pour recevoir Dieu maintenant. Nous voulons être des champions de la foi, mais nous ne battons pas seulement pour des lauriers, des podiums, des victoires finales. Nous nous entraînons à trouver Dieu. Les ouvriers de la première heure avaient déjà gagné bien plus que la récompense promise pour leur journée : ils avaient trouvé Dieu et eu le privilège d’être engagés par lui ! Certes le paradis, le salaire final d’une vie qui touche à la vraie foi, est une merveille. Comment penser autrement l’éternité avec Dieu ? Mais le rencontrer ici sur terre, avoir le privilège de collaborer à son œuvre, est tout aussi merveilleux. L’incarnation est là pour nous dire que Dieu n’est pas moins présent dans notre monde qu’au ciel.

Voilà donc la raison pour laquelle nous consentons à des efforts parfois coûteux. Il faut en effet de la volonté et du courage pour affronter les ténèbres de son âme. Il faut être une personne tenace pour ne pas renoncer face aux blessures, s’avouer vaincu par le découragement. Il faut être une personne humble pour admettre ses faiblesses et vouloir progresser. Mais c’est la pédagogie des champions. C’est, par excellence, la voie radicale pour trouver Dieu sur terre ; goûter déjà de cette plénitude qui nous est promise au ciel ; vivre déjà ici-bas des relations d’amour pur.

Frères et sœurs, quand le Christ dit que le royaume des cieux s’est approché, par lui, tout près de nous (Mt 4, 17), il signifie qu’il nous est possible, dès ici-bas, de vivre en parfaite communion avec Dieu comme nous le vivrons au ciel. Et puisque désormais c’est par l’Esprit-Saint qu’il nous est donné de vivre cette proximité avec le Christ, il s’agit en effet de constamment purifier notre esprit de ce qui l’obscurcit pour que surgisse, en nos vies, sa lumière divine qui est l’amour parfait.

Soyons des athlètes spirituels qui n’ont peur ni des efforts, ni du travail difficile sur soi, ni même d’entreprendre tôt, de grandes choses semblant hors d’atteinte. La parabole des ouvriers de la première heure développe une pédagogie de l’effort spirituel et du dépassement de soi pour Dieu lui-même, et non pour la simple perspective d’un bonheur final, d’une récompense ultérieure. Le bonheur divin est à cueillir dès maintenant, dans l’action quotidienne pour un monde meilleur, à commencer par notre monde intérieur.

Le paradis que nous espérons dans l’au-delà – être pour toujours en présence de Dieu – est accessible dès ici-bas, dès la première heure avec le Christ. C’est ce que son incarnation révèle : le ciel touche la terre.

Frères et sœurs, nous ne nous battons pas tant pour une auréole finale, que pour notre rayonnement présent. Le bonheur divin est accessible dès ici-bas, dès la première heure où nous œuvrons pour Dieu. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 16 septembre 2026

13.09.2026 – HOMÉLIE DU 24ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 18,21-35

Comme nous pardonnons
à ceux qui nous ont offensés …

Homélie du Fr. Laurent Mathelot

Lecture : Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 18, 21 – 35

En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.’ Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.

Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : ‘Rembourse ta dette !’ Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai.’ Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ‘Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’ Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.

C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 9 septembre 2026

06.09.2026 – HOMÉLIE DU 23ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – Matthieu 18, 15-20

La correction fraternelle

Homélie du Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Matthieu 18, 15 – 20

Il est difficile d’apprendre à faire des reproches par amour, de dialoguer charitablement autours d’un conflit. Souvent nous préférons le silence, qui est le lit du ressentiment, ou pire, l’énervement et les cris. Il est difficile à la personne blessée de faire des reproches mesurés. Et il est sans doute difficile à quiconque d’entendre des reproches. L’art du dialogue dans le conflit est subtil et délicat, à mesure d’ailleurs que les blessures sont vives.

Selon la manière dont nous abordons un offenseur, nous affirmons la finalité de notre désir, qu’il s’agisse de notre volonté de vengeance, de faire souffrir en retour, qu’il s’agisse de crier notre douleur, qu’il s’agisse d’un silence méprisant ou consterné ou qu’il s’agisse de restaurer la confiance et l’amour. Sans doute sommes-nous tous passés par ces états d’esprits : vouloir blesser en retour, s’enfermer dans le silence et le mépris ou désirer rétablir la paix. Peut-être même, à l’occasion d’un conflit, sommes-nous passés successivement par tous ces états, qui souvent cohabitent en notre âme dans un virulent combat spirituel entre désir de vengeance, lassitude et volonté d’apaisement. « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. »

La difficulté d’initier un dialogue avec une personne qui nous a offensé réside aussi dans l’inconnue de sa réaction, pouvant aller de l’admission de culpabilité, passant par la minimisation, le déni, le surcroît d’offense, jusqu’aux menaces et violences pour faire taire. D’autres difficultés peuvent surgir : la relation d’autorité – il est difficile de faire des reproches à ses parents, ses enseignants, par exemple – ; la volonté de préserver la paix à tout prix, de ne pas envenimer le conflit voire l’incapacité personnelle d’y faire face ou, pire, le terrassement par la peur.

Le Christ nous invite à toujours préférer le dialogue personnel pour régler nos conflits. L’objectif d’une réconciliation est de regagner la fraternité. C’est d’abord et avant tout un problème entre deux. Dialoguer, c’est maintenir la primauté de l’humanité des parties en conflit. D’abord celle de la victime que l’offense avait déshumanisée et qui reprend ainsi la main. Mais aussi celle de l’offenseur qui se retrouve digne d’approche. Il s’agit ensuite de faire à deux le chemin allant de la reconnaissance du fait coupable à la restauration de l’amitié. On retrouve ici, en filigrane, les commandements d’aimer ses ennemis (Mt 5, 44) et de tendre l’autre joue (Mt 5, 39), à savoir, a minima, rendre de la considération à son agresseur, malgré l’agression. Jésus ne nous invite pas ici à nous soumettre à la violence – pour le dire franchement, à un masochisme religieux. Il nous invite, au contraire, à trouver la force d’offrir la possibilité d’un baiser de paix.

A cet égard, je voudrais faire un aparté sur les états de sidération, qui sont clairement une limite à la possibilité de dialogue, une incapacité intrinsèque à tendre l’autre joue. A mesure de la violence des offenses surgissent en effet consternation, peur et sidération, à savoir un enfermement de la victime dans le traumatisme. On pourrait penser que le Christ ne considère pas positivement cet état, qu’il s’agisse au contraire, dès l’offense, de trouver la volonté d’embrasser son ennemi. Ils sont d’ailleurs nombreux, les passages évangéliques affirmant que le Christ nous délivre de tout enfermement dans la peur jusqu’à nous permettre de marcher sur les eaux (Mt 14, 22-33). C’est sans doute un peu vite oublier que le Christ crucifié est d’abord passé par un sentiment d’abandon (Mt 27, 46) avant de ressusciter. La sidération fait partie de l’action traumatisante, elle est violence toujours en cours. Il s’agit d’abord, comme l’affirme notre credo, que le Christ descende délivrer la victime de son enfer. La force surnaturelle de pardonner les offenses vient de Dieu. C’est un processus dynamique, qui demande du temps. A cet égard, les offenses qui éloignent de Dieu, c’est à dire du sentiment personnel d’être fondamentalement aimé, d’avoir encore intrinsèquement de la valeur humaine, sont les plus sidérantes. La volonté de pardon, qui est déjà lumière de Dieu, ne peut surgir qu’à la sortie des enfers. Si nous parvenons à tendre l’autre joue, c’est que le Christ déjà nous a relevé.

Si cela ne suffit pas, si notre volonté christique de dialogue est à son tour méprisée, si notre joue tendue se trouve à nouveau frappée, alors le soutien communautaire devient indispensable, faisant appel à témoins, voire à l’Église s’il le faut. Ainsi, au-delà du temps nécessaire pour se relever, ce qu’on appelle « loi de la correction fraternelle » – d’abord entre deux, puis à quelques-uns, enfin devant tous – est avant tout une loi limitant la propagation du désamour, qui demande de trouver d’abord, en nous-même, la force de résoudre nos conflits. Il s’agit de trouver d’abord Dieu intérieurement avant de solliciter les autres.

Il faut cependant reconnaître que, bien souvent, nous agissons à l’inverse : nous commençons par nous plaindre à autrui des offenses qui nous sont faites, nous faisons tapage de nos blessures, cherchant à susciter la compassion des autres bien avant de rechercher celle de Dieu. Souvent, nous manquons de courage pour résoudre nos conflits d’abord dans notre cœur, avec Dieu, et ensuite en personne. Nous préférons, parfois largement, décauser nos offenseurs. Il est d’ailleurs consternant de constater que c’est un mode de fonctionnement habituel et trop souvent assumé de notre Église, où les médisances vont bon train. Le Christ demande tout l’inverse : que la volonté de réconciliation précède la volonté de dénonciation.

Frères et sœur, il est difficile de trouver, dans son cœur, la volonté personnelle de résoudre ses conflits avant de s’en plaindre alentour. C’est avant tout une mesure de notre proximité avec le Christ, qui peut tout apaiser en nous. Amen.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RESURGENCE.BE, le 2 septembre 2026