Le Cardinal Mindszenty ou la vertu de l’héroïsme chrétien en action

De Daniel J. Mahoney sur le Catholic World Report :

Le Cardinal Mindszenty et la vertu de l’héroïsme chrétien en action

Victime de l’histoire » de l’historienne hongroise Margit Balogh : Le cardinal Mindszenty est une biographie approfondie, judicieuse et sympathique d’un témoin loyal de la foi et d’un défenseur infatigable de la liberté et de la dignité humaine à l’ère du totalitarisme.

14 octobre 2022


De nombreuses voix dans l’Église contemporaine appellent les chrétiens à « accompagner » et à « dialoguer » avec ceux qui sont opposés au message et à l’éthique de l’Évangile. Trop souvent, cela devient un accommodement avec l’esprit du temps. Cela implique de faire cause commune avec une politique progressiste qui confond la justice sociale avec l’étatisme et le collectivisme socialiste ; un flirt avec des idéologies inhumaines, du marxisme à la théorie du genre, qui se moque de l’Imago Dei ; et la confusion du grand don qu’est la conscience morale avec ce que C.S. Lewis appelait « le poison du subjectivisme ». Au lieu d’une fidélité inébranlable aux vertus cardinales de courage, de tempérance, de prudence et de justice et aux vertus théologales de foi, d’espérance et d’amour, nous constatons un désir inquiétant de la part de nombreux chrétiens, y compris ceux qui occupent des postes de grande autorité dans l’Église, de réduire la foi à un message moral humanitaire et à ce que le pape Benoît XVI a appelé « la dictature du relativisme ».

Ce substitut hautement idéologique à la foi authentique et à la raison droite est difficile à discerner pour beaucoup car il va bien au-delà de l’hérésie au sens spécifique du terme. En vérité, cette nouvelle religion de l’humanité implique une disposition d’âme qui « falsifie profondément le Bien » (l’expression est de Vladimir Soloviev) et qui a plus qu’un relent des promesses fausses et mortelles de l’Antéchrist. C’est en effet l’idole de notre époque et peut-être plus dangereuse que toutes les hérésies d’autrefois.

Pour résister à cette falsification du Bien, nous sommes obligés de nous tourner vers les vrais exemples de « vertu chrétienne héroïque ». Le vénérable cardinal József Mindszenty (1892-1975), témoin fidèle de la foi et défenseur infatigable de la liberté et de la dignité humaine à l’ère du totalitarisme, est un candidat à étudier et à réfléchir. Avec l’historienne hongroise Margit Balogh et son récent livre « Victime de l’histoire » : Cardinal Mindszenty (CUA Press, 2022), qui compte 724 pages très lisibles, le cardinal Mindszenty a trouvé sa biographe. Elle est à la fois approfondie, judicieuse et sympathique, tout en formulant des critiques lorsqu’elle le juge nécessaire et approprié. Balogh est impartiale sans être insensible au courage évident et à la grandeur d’âme de Mindszenty. C’est probablement le mieux que l’on puisse raisonnablement attendre d’une biographe qui est une historienne professionnelle.

Elle n’aborde pas la vie de Mindszenty comme le ferait un hagiographe. Mais elle ne souhaite pas non plus déprécier les vertus considérables dont a fait preuve un homme qui a combiné une piété réfléchie et sincère avec un amour profond de la patrie. Son Mindszenty vient presque d’un autre monde, un monde où la fidélité à l’Évangile et à la loi morale trouvait son expression dans un patriotisme tout aussi opposé à l’utopisme sentimental, au mondialisme et à la haine racialiste envers les autres peuples et nations. En ces temps d’immense confusion, cette façon d’aborder la foi et la politique mérite une attention renouvelée. Comme le dit Balogh vers la fin de son livre, Mindszenty a réuni l’amour de la foi et l’amour du pays d’une manière vraiment admirable, comblant le fossé entre les catholiques et les nationalistes hongrois les plus ardents qui avait été caractéristique de la vie et de la politique hongroises du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Ce n’est pas une mince affaire.

Le Mindszenty de Balogh est un « conservateur plébéien », un clerc talentueux et travailleur, un curé de paroisse, un rédacteur de journal, un penseur social et un évêque qui n’a jamais oublié ses humbles racines. Il adorait sa mère paysanne et était attentif aux préoccupations des pauvres et des humbles. Dans le même temps, il s’est opposé catégoriquement à la démagogie anti-chrétienne de la gauche qui a présidé au démembrement de la Hongrie par le traité de Trianon de 1920 (plus de la moitié des Hongrois se sont retrouvés à vivre en dehors des frontières nationales) et à leur hostilité agressive au caractère chrétien de la Hongrie. Il a beaucoup payé pour cette opposition.

Mindszenty a été arrêté une première fois au début de 1919 par le gouvernement républicain libéral/radical de Mihály Károlyi, puis à nouveau plus tard dans l’année par Béla Kun et son gouvernement révolutionnaire communiste, éphémère mais terroriste. Mindszenty a défendu sans détour une vision chrétienne de la Hongrie qui restait fidèle au patrimoine catholique, indissociablement religieux et politique, transmis par le grand roi Saint-Étienne au début du deuxième millénaire. Mindszenty est un légitimiste convaincu, fidèle par principe aux Habsbourg car il conçoit avant tout la Hongrie comme un royaume libre mais chrétien. Il s’est donc quelque peu méfié de l’amiral Horthy, le régent calviniste hongrois (un amiral dans un pays qui n’a plus de marine en état de marche !

Balogh montre très bien comment József Pehm (il ne prendra le nom de Mindszenty qu’en 1942) s’est alarmé de la montée du national-socialisme en Hongrie dans la seconde moitié des années 1930. Lui-même d’origine allemande (il parlait parfaitement l’allemand), il méprisait le racialisme sous toutes ses formes. Il a étudié les écrits des idéologues nazis tels qu’Alfred Rosenberg et a compris que le racialisme nazi témoignait d’un mépris sans bornes pour la loi naturelle, l’humanité commune et les enseignements essentiels de la religion chrétienne. Ce conservateur plébéien aux origines typiquement paysannes ne se fait pas la moindre illusion sur le national-socialisme et sa variante hongroise, la Croix fléchée. Conscient de la menace nazie, il s’est efforcé de fonder un nouveau parti chrétien capable de fédérer le sentiment anti-totalitaire de tous les Hongrois patriotes.

Pendant la guerre, alors que de nombreux Allemands de Hongrie germanisaient leur nom par sympathie pour le Troisième Reich, Mindszenty a adopté un nom hongrois tiré du nom de son village natal. En tant qu’évêque de Veszprém à partir de 1944, et en tant qu’archevêque d’Esztergom et primat de Hongrie à partir de 1946, il a farouchement résisté à la tyrannie nazie et communiste. Dans un discours prononcé le 6 juin 1944, il a clairement indiqué que les Juifs baptisés étaient aussi chrétiens que les autres membres de l’Église et que la loi naturelle exigeait qu’aucun homme ne soit privé de sa vie ou de sa liberté pour de faux motifs raciaux et idéologiques. Comme le dit Balogh, à une époque d’hystérie antijuive féroce, Mindszenty a proclamé que la déportation des Juifs de Hongrie vers une mort presque certaine était une violation de la loi naturelle et des Dix Commandements. En outre, il considérait l’appel à un Dieu racial comme une idolâtrie grossière, une calomnie contre Dieu et l’homme. À l’automne 1944, il a été arrêté une nouvelle fois, cette fois par le régime fanatique des Croix fléchées de Ferenc Szálasi.

Dans les années d’après-guerre, Mindszenty a courageusement défendu la liberté politique et religieuse et le large éventail des droits de l’homme alors que Mátyas Rákosi et les staliniens hongrois imposaient le despotisme communiste au peuple hongrois, cette fois avec un succès plus durable qu’en 1919. En 1948, tous les partis d’opposition étaient pour l’essentiel écrasés. La tyrannie rouge a remplacé la variété brune. iIndszenty a utilisé l’Année mariale de 1947-1948 pour renouveler la fibre spirituelle du peuple hongrois et pour résister aux ombres grandissantes d’un totalitarisme naissant. Il pouvait compter sur le soutien total du pape Pie XII qui voyait le totalitarisme communiste précisément pour ce qu’il était. (Contrairement à la légende, il a également parfaitement compris le caractère satanique de l’idéologie nationale-socialiste).

Mais le 26 décembre 1948, jour de la Saint-Étienne, l’ÁVO ou police secrète hongroise arrête Mindszenty. Après des semaines de torture et d’abus physiques et psychologiques, un procès pour l’exemple s’ensuivit, au cours duquel Mindszenty, affaibli et désorienté, ressemblant à l’ombre de lui-même, avoua des accusations bizarrement inventées. Balogh soutient de manière convaincante que Mindszenty n’a en fait pas été drogué au cours de ces premières semaines de captivité. Les évêques hongrois l’avaient abandonné. La torture, l’humiliation, la privation de sommeil, l’endoctrinement incessant et un larbin d’avocat de la défense, tout cela a conspiré pour le « dépersonnaliser » en sapant profondément la volonté d’un homme fort et plein de principes. Le procès a choqué l’opinion publique mondiale. Le monde libre (à l’exception des partis communistes et des intellectuels itinérants qui étaient alors légion) s’est rallié à la défense de Mindszenty. Des manifestations, parfois massives, ont lieu à Rome, Paris et Dublin, et le pape Pie XII s’exprime avec force en faveur de Mindszenty. (On pourrait comparer cela au refus honteux du pape François de défendre le cardinal Zen contre une autre variante du totalitarisme communiste). En Amérique, un certain nombre d’écoles ont été baptisées du nom de Mindszenty. Il a été pendant un temps un héros du monde libre.

Condamné à la prison à vie, Mindszenty a été libéré pendant la révolution hongroise d’octobre/novembre 1956. Il s’est adressé brièvement à la nation et au monde par radio le 3 novembre 1956, peu avant que l’Armée rouge ne fasse son entrée à Budapest pour écraser la noble révolution antitotalitaire de la Hongrie. Comme le dit Balogh, son discours était digne et son message était clairement un message de « consolidation, d’équilibre et de patience. » Mais plus tard, le régime de Kádár prétendra faussement que Mindszenty avait appelé à la restauration des anciennes terres agricoles de l’Église. En fait, le cardinal n’avait que très raisonnablement demandé la restauration de ses écoles, journaux, hôpitaux et organisations caritatives. Il n’y avait rien de réactionnaire ou d’illibéral dans cette demande. Cependant, pour les communistes impénitents au pays et à l’étranger, Mindszenty était toujours l’ennemi n°1.

Alors que les chars soviétiques arrivent, Mindszenty, sur les conseils du premier ministre Imre Nagy, se réfugie dans la légation américaine de Budapest. Il y restera pendant quinze ans, un reproche vivant à la dictature communiste hongroise et un obstacle au désir souvent déplacé du Vatican de détente avec les régimes communistes d’Europe centrale et orientale. C’est là que Mindszenty a écrit ses Mémoires (publiées en 1974), précieux témoignage de la défense de la vérité et de la liberté contre le fléau totalitaire par un chrétien et un patriote. Mais cédant aux pressions de Washington et du Vatican, il quitte l’ambassade américaine le 28 septembre 1971. Mindszenty savait que ce serait la seule façon pour que ses Mémoires, qui lui étaient si chers, voient la lumière du jour.

Dans un premier temps, le primat hongrois fut accueilli avec une affection fraternelle par le pape Paul VI et ils concélébrèrent une messe à Rome devant les évêques du monde entier. Mais alors que Mindszenty exerçait son ministère auprès des Hongrois d’Europe, du Canada, des États-Unis, de l’Australie, du Venezuela et de l’Afrique du Sud, défendant le même message chrétien et antitotalitaire qu’il avait vécu et prêché pendant cinq décennies, des pressions se sont exercées pour qu’il soit démis du siège d’Esztergom. Le Vatican avait des espoirs déraisonnables pour sa version de l’Ostpolitik, comme Mindszenty et le cardinal Wysynski de Pologne l’ont tous deux souligné à l’époque. Le gouvernement hongrois accentua sa pression, et le cardinal Casoroli, secrétaire d’État du Vatican, fut heureux de les accommoder. Le 26 décembre 1973 (le 25e anniversaire de l’arrestation de Mindszenty par l’ÁVO !), le pape Paul VI déclara vacant le siège d’Esztergom. Le successeur de Mindszenty en tant qu’archevêque d’Esztergom, Lászlo Lékai, était loin d’être courageux et était même un collaborateur. Il n’est guère un héros pour le peuple hongrois aujourd’hui.

Certes, Mindszenty était intransigeant d’une manière qui était difficile à suivre pour les autres. Mais, en fin de compte, sur quoi pouvait-on faire des compromis ? Parfois, un refus implacable de collaborer avec le mal est nécessaire si l’on veut rester fidèle aux exigences de la raison et de la loi morale. C’est une leçon pour chaque saison.

Quel est le verdict final de Balogh sur Mindszenty ? Elle n’a certainement pas de temps à perdre avec ces catholiques « progressistes », tels que les rédacteurs du journal catholique néerlandais De Tijd, qui, dans leur numéro du 15 novembre 1974, ont froidement qualifié Mindszenty « d’homme limité et quelque peu vaniteux qui était opposé à un changement social coercitif à la fin des années 1940 ». On se doute que les rédacteurs de ce journal progressiste n’étaient pas catégoriquement opposés au « changement social coercitif », autrement connu sous le nom de totalitarisme. Balogh reconnaît que Mindszenty était têtu et inflexible, pour le meilleur et pour le pire. Pour expliquer cela, elle affirme que ses convictions fondamentales se sont formées avant 1948, ce qui est vrai, mais quelque peu hors sujet. Elle soutient qu’il n’a pas compris qu’il existait des arguments légitimes en faveur de la détente, qui s’expliquent davantage par un désir de paix que par un attachement déterminé à la vérité, à la liberté, à la justice et à la dignité humaine. C’est un point qui mérite d’être débattu. Mais, à son crédit, l’historienne hongroise n’oublie jamais que Mindszenty était un « homme qui faisait preuve d’une rare autorité personnelle et d’une force morale supérieure ». Et elle ajoute que « sa vie est à juste titre exaltée comme un symbole de résistance à la dictature et comme un exemple de loyauté et de fidélité ; c’était un homme qui est resté fidèle à son Dieu, à son Église, à sa nation et à son peuple. »

Nous sommes tous redevables à Margit Balogh d’avoir retrouvé l’histoire de Mindszenty avec un jugement aussi équilibré et une appréciation aussi réelle. Félicitations à la Catholic University of America Press pour avoir mis ce livre inestimable à la disposition du monde anglophone. Et pour ceux qui souhaitent se tourner vers la voix non médiatisée de Mindszenty, ses Mémoires seront publiés dans une nouvelle édition par Ignatius Press à la fin de l’hiver 2022 ou au début du printemps 2023, avec une préface de Joseph Pearce et une introduction plus longue de ma part. Cet héroïque chrétien et patriote hongrois doit être redécouvert par les nouvelles générations.

« Victime de l’histoire » : Le Cardinal Mindszenty, une biographie
Par Margit Balogh
Catholic University of America Press, 2022
Livre de poche, 724 pages

Source : Catholic World Report , le 14 octobre 2022

MESSICO – Un prêtre retrouvé mort, il était curé de paroisse et responsable de la maison des migrants à Tecate

Tijuana (Agence Fides) – Le prêtre Jose Guadalupe Rivas, 58 ans, et une autre personne non encore identifiée ont été tués et leurs corps ont été retrouvés dans un ranch de Tecate.

Le prêtre était responsable de la Casa del Migrante de Nuestra Señora de Guadalupe, à Tecate, en Basse-Californie, et était également conseiller du mouvement de renouveau charismatique catholique de l’archidiocèse de Tijuana.

Connu sous le nom de Père Pepe Lupe, il était aussi le pasteur de l’église de St. Jude Thaddeus. Selon les informations recueillies par l’Agence Fides, depuis le week-end, le père Rivas était absent de sa communauté et ne répondait pas au téléphone.

Le lundi 16 mai, un groupe de fidèles s’est donc rendu à la maison, située dans la zone rurale, où il avait l’habitude de se rendre, et a découvert son corps, ainsi que celui d’une autre personne.

Selon un rapport de l’Agence d’investigation de l’État, les deux corps présentaient des traces de violence. La police a indiqué que jusqu’à présent, en 2022, 28 meurtres violents ont été commis dans la municipalité.


Voici le communiqué de l’archidiocèse auquel appartenait le prêtre : « L’Archidiocèse de Tijuana et son Archevêque Francisco Moreno Barrón s’unissent dans la prière pour le retour à la Maison du Père du père José Guadalupe Rivas Saldaña, qui a servi notre archidiocèse pendant plus de 25 ans.

Que le Christ ressuscité soit la force et le réconfort pour sa famille, le mouvement catholique du Renouveau charismatique dans notre archidiocèse, la communauté de la Casa del Migrante de Nuestra Señora de Guadalupe, et pour la paroisse de St Jude Thaddeus dans la municipalité de Tecate où il a servi comme curé ».

Le père José Guadalupe Rivas est né le 10 décembre 1964 à Torreón Coahuila, quatrième de dix enfants. Il a été ordonné prêtre le 29 octobre 1994. Il avait été pasteur dans plusieurs communautés et avait également occupé d’autres fonctions. Il était responsable de la maison des migrants à Tecate depuis le 6 juillet 2021.

Source: Agence Fides , le 19 mai 2022

RÉSULTAT DE L’INDEXE MONDIAL DE PERSÉCUTION DES CHRÉTIENS 2022

L’Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2022 sort aujourd’hui. Il s’agit du classement des pays où les chrétiens sont le plus persécutés
Cette année, l’étude montre que l’intensité des discriminations et de la persécution subie par les chrétiens s’est encore aggravée (la période prise en compte pour l’établissement de l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2022 va du 1er octobre 2020 au 30 septembre 2021).

Comparaison par rapport à l’Index 2022

• Le nombre de chrétiens tués en raison de leur foi a augmenté de 24%.
• Le nombre d’églises ciblées a augmenté de 14% .
• Le nombre de chrétiens détenus a augmenté de 44%.

Trois tendances principales

L’étude montre également plusieurs tendances influant sur la persécution des chrétiens aujourd’hui:

Tendance 1: La persécution des chrétiens atteint un niveau sans précédent – Depuis 9 ans la persécution est en hausse constante (dont 9% d’augmentation sur ces 6 dernières années) et atteint un niveau inégalé. Les persécuteurs agissent souvent dans la plus grande impunité et avec de plus en plus de violence.


Tendance 2: La victoire des talibans en Afghanistan est un « booster » du djihadisme mondial – La prise du pouvoir des talibans en Afghanistan a envoyé un signal à tous les groupes extrémistes islamiques, notamment en Afrique. Cela pourrait avoir de graves conséquences sur les minorités chrétiennes vivant dans les pays concernés.


Tendance 3: La liberté de religion mise à mal par la Covid-19 et la digitalisation – Un nombre croissant d’États semblent reproduire le modèle de la Chine, qui continue d’étendre son influence. Cela se ressent en termes de persécution des chrétiens. Les confinements ont servi de prétexte à la fermeture définitive de nombreuses églises.

Source et plus sous: PORTESOUVERTES, le 19 janvier 2022

Rapport Fides: 21 missionnaires tués dans le monde en 2021

Missionnaires de la charité en Inde. Missionnaires de la charité en Inde. (AFP or licensors)

Rapport Fides: 21 missionnaires tués dans le monde en 2021

Selon le rapport annuel de l’agence de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples publié ce jeudi 30 décembre, 21 missionnaires ont été tués en 2021, dont 12 prêtres, 1 religieux, 2 religieuses et 6 laïcs.

Au cours de l’année 2021, 21 missionnaires ont été tués dans le monde: 12 prêtres, 1 religieux, 2 religieuses, 6 laïcs. Quant à la répartition continentale, le nombre le plus élevé a été enregistré en Afrique, où 10 missionnaires ont été tués (6 prêtres, 2 religieux, 2 laïcs), suivie par l’Amérique, avec 7 missionnaires tués (4 prêtres, 1 religieux, 2 laïcs) puis l’Asie, où 3 missionnaires ont été tués (1 prêtre, 2 laïcs), et l’Europe, où 1 prêtre a été tué.

536 missionnaires tués depuis 2000

Ces dernières années, l’Afrique et l’Amérique se sont relayées en tête de cette liste tragique. De 2000 à 2020, selon les données de Fides, 536 missionnaires ont été tués dans le monde.

Depuis quelque temps, la liste annuelle ne concerne pas seulement les missionnaires ad gentes au sens strict du terme, mais tente de recenser tous les chrétiens catholiques engagés d’une manière ou d’une autre dans une activité pastorale et qui sont morts de manière violente, non expressément «en haine de la foi». Selon l’agence, les missionnaires tués témoignaient «simplement» de leur foi dans des contextes de violence, d’inégalité sociale, d’exploitation, de dégradation morale et environnementale, où l’abus des plus forts sur les plus faibles est la règle de conduite, sans aucun respect pour la vie humaine, tout droit et toute autorité.

Mort pour avoir témoigné

De l’Afrique à l’Amérique, de l’Asie à l’Europe, ces missionnaires ont partagé «avec les frères et sœurs qui les entourent» la vie quotidienne, avec ses risques et ses peurs, ses violences et ses privations, apportant dans les petits gestes de chaque jour le témoignage chrétien «comme semence d’espérance». Fides cite ainsi des prêtres paroissiaux tués dans leurs communautés, en Afrique et en Amérique, torturés, enlevés par des criminels à la recherche d’un trésor inexistant ou attirés par le mirage de rançons faciles, ou pour faire taire les voix gênantes qui les exhortent à ne pas se soumettre passivement au régime criminel; des prêtres engagés dans le travail social, comme à Haïti, tués pour leur voler l’argent nécessaire à ces activités, ou tués par ceux qu’ils aidaient, comme en France, ou au Venezuela, où un religieux a été tué par des voleurs dans l’école même où il enseignait aux jeunes à construire un avenir.

Des catéchistes tués dans des affrontements armés avec les communautés qu’ils animaient au Sud-Soudan; des jeunes gens tués par des tireurs d’élite alors qu’ils s’efforçaient d’apporter de l’aide aux personnes déplacées fuyant les affrontements entre l’armée et les guérillas en Birmanie; un missionnaire laïc brutalement assassiné pour avoir volé un téléphone portable au Pérou; un jeune homme ayant sauté sur une mine terrestre en République Centrafricaine alors qu’il voyageait dans sa voiture de mission; ou encore un catéchiste indigène, militant non violent des droits de l’homme, tué au Mexique.

Source: VATICANNEWS, le 30 décembre 2021

Le rapport 2021 de l’AED sur la Liberté religieuse dans le monde

INTRODUCTION

Par Dr. Thomas Heine-Geldern Président exécutif, ACN International

« Dans un monde où diverses formes de tyrannie moderne tentent de supprimer la liberté religieuse, de la réduire à une sous-culture sans droit de cité dans la sphère publique, ou encore tentent d’utiliser la religion comme prétexte à la haine et à la brutalité, il est impérieux que les fidèles des diverses traditions religieuses unissent leurs voix pour appeler à la paix, à la tolérance, au respect de la dignité et à tous les droits d’autrui ». [1]

Pape François

Le 28 mai 2019, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution instituant le 22 août Journée internationale de commémoration des personnes victimes de violences en raison de leur religion ou de leurs convictions. La proposition provenait à l’origine de la Pologne, avec l’appui des États-Unis, du Canada, du Brésil, de l’Égypte, de l’Irak, de la Jordanie, du Nigeria et du Pakistan. Cette résolution est un message clair et un mandat – rappelé tous les 22 août – que les actes de violence à motivation religieuse ne peuvent pas et ne seront pas tolérés par l’ONU, ni par les États membres ni par la société civile.

Outre la résolution du 28 mai 2019 de l’ONU et « l’appel mondial à la protection de la liberté religieuse » du 23 septembre 2019 – le tout premier événement de l’ONU sur la liberté religieuse organisé par un Président américain – il y a eu une vague d’initiatives au niveau des États. Il s’agit notamment de l’Alliance internationale pour la liberté religieuse initiée par les États-Unis, de la création par la Hongrie d’un Secrétariat d’État pour les chrétiens persécutés et, ce qui est peut-être le plus important, du nombre croissant de pays instituant ou réactivant des ambassadeurs pour la liberté de religion et de croyance dans des pays comme le Danemark, les Pays-Bas, les États-Unis, la Norvège, la Finlande, la Pologne, l’Allemagne et le Royaume-Uni, entre autres.

Par conséquent, la protection de ceux qui souffrent de violences pour des motifs religieux est également une reconnaissance du droit humain fondamental à la liberté religieuse, et une acceptation de la réalité sociologique de la religion dans la société ainsi que de son rôle positif dans les cultures. Comme l’a écrit le pape Benoît XVI à propos des violences antichrétiennes en Irak, « le droit à la liberté religieuse s’enracine dans la dignité même de la personne humaine dont la nature transcendante ne doit être ni ignorée ni négligée ».[2]

Mais malheureusement, en dépit des proclamations – aussi importantes soient-elles – de l’ONU et de la dotation en ambassadeurs de la liberté religieuse, à ce jour la réponse de la communauté internationale à la violence et aux persécutions religieuses en général peut être qualifiée de trop faible et trop tardive. Bien qu’il soit impossible de connaître les chiffres exacts, nos recherches suggèrent que les deux tiers de la population mondiale vivent dans des pays où les violations des libertés religieuses se produisent sous une forme ou une autre, les chrétiens étant le groupe le plus persécuté. Est-ce une surprise ? Non, cela s’est développé au fil des siècles, allant de l’intolérance jusqu’à la discrimination et à la persécution.

Ce rapport sur la liberté religieuse dans le monde est un projet de recherche de premier plan de l’Aide à l’Église en Détresse (AED). Il a considérablement évolué au fil des ans, passant d’un petit livret à une publication d’environ 800 pages, produite par une équipe mondiale. Cette évolution est due au fait qu’aujourd’hui, la discrimination et la persécution à fondement religieux sont un phénomène mondial croissant. Au milieu de conflits violents, que ce soit en Syrie, au Yémen, au Nigeria, en République centrafricaine ou au Mozambique (pour n’en citer que quelques-uns), on retrouve ceux qui, manipulant les convictions les plus profondes de l’humanité, ont instrumentalisé la religion dans leur quête de pouvoir.

Notre engagement à cet égard reflète notre mission. Ce rapport est un moyen non seulement d’améliorer et de compléter notre service à l’Église en détresse, mais aussi de donner une voix à nos partenaires de projets – ceux qui ont été tragiquement marqués par les conséquences des persécutions. Cette année, le rapport sur la liberté religieuse dans le monde fête ses 22 ans de publication depuis que notre bureau italien l’a publié pour la première fois en 1999. Malheureusement, il ne sera pas le dernier.

SOURCES

[1] “Meeting for Religious Liberty, Address of the Holy Father”, 26th September 2015; http://www.vatican.va/content/francesco/en/speeches/2015/september/documents/papa-francesco_20150926_usa-liberta-religiosa.html

http://www.vatican.va/content/francesco/en/speeches/2015/september/documents/papa-francesco_20150926_usa-liberta-religiosa.html

[2] “Religious Freedom, the Path to Peace”, Message of His Holiness Pope Benedict XVI for the Celebration of The World Day Of Peace, 1st January 2011; http://www.vatican.va/content/benedict-xvi/en/messages/peace/documents/hf_ben-xvi_mes_20101208_xliv-world-day-peace.html

PRÉFACE

du Père Emmanuel Yousaf, Directeur national de la Commission nationale pour la justice et la paix, Pakistan 

J’ai lutté pendant plus de 45 ans en tant que prêtre au Pakistan, au nom de notre communauté, dans un contexte de persécutions et de discriminations. Alors que les chrétiens qui travaillent dans les champs et les briqueteries n’avaient pas reçu leur due portion de blé ou de riz, j’ai abordé les propriétaires et les patrons de briqueteries pour leur demander de donner un salaire juste à leurs employés et de mettre fin à cette injustice. Quand j’ai découvert que les garçons et les filles de ma paroisse ne recevaient pas l’éducation qu’ils méritaient, j’ai créé des écoles et des foyers. J’ai travaillé dans des communautés rurales où les chrétiens, en raison de leur foi, n’étaient pas respectés, et étaient bannis des magasins, restaurants et cafés. Nos fidèles n’étaient pas autorisés à y toucher les verres ou autres couverts utilisés par la communauté majoritaire. Nous avons également soutenu des jeunes filles particulièrement en danger parce qu’elles appartenaient à des communautés minoritaires. Il s’agissait d’enfants qui, bien qu’étant encore mineures, étaient enlevées, forcées de se convertir à l’islam et de se marier – et qui subissaient également des viols et autres abus. Le sort de ces filles montre que la vie des membres de minorités religieuses au Pakistan devient de plus en plus problématique.

Par ailleurs, bien qu’il y ait eu quelques améliorations, les amendements aux lois sur le blasphème des années 1980 sont exploités par des extrémistes qui abusent de la législation pour terroriser les communautés religieuses minoritaires. Ces familles pauvres et marginalisées vivent dans la peur d’être accusées de blasphème, un crime passible d’exécution ou d’emprisonnement à perpétuité. Je me suis impliqué dans de nombreuses affaires, notamment celle d’Asia Bibi, qui a été dans le couloir de la mort pendant près d’une décennie avant que la justice ne finisse par l’emporter.

Je n’oublierai jamais le cas de Salamat Masih et de ses deux oncles. Salamat a été accusé d’avoir écrit des commentaires blasphématoires sur le prophète musulman Mohammed. Ses deux oncles ont également été accusés. Le fait que Salamat ait à peine 12 ans et soit analphabète importait peu. Le fait que le texte offensant ait été calligraphié en utilisant des termes religieux normalement connus du seul clergé musulman n’importait pas davantage. Malgré cela, les trois hommes ont été inculpés. Cependant, avant que quoi que ce soit puisse arriver, Salamat et ses oncles ont été attaqués par trois hommes armés de fusils automatiques. L’un des oncles, Manzoor Masih, est mort de ses blessures. L’autre oncle, Rehmat Masih, et Salamat lui-même, ont été grièvement blessés, mais grâce à Dieu ont survécu. Hélas, le pire était à venir, car Salamat et son oncle survivant ont été condamnés à mort. J’ai travaillé sans relâche avec l’avocat de la famille pour faire annuler la peine. Finalement, nous y sommes parvenus. Malheureusement, le juge qui les a acquittés a ensuite été assassiné de sang-froid par les extrémistes. Au cours de la décennie qui a suivi, nous avons travaillé dur pour aider Salamat à reconstruire sa vie, de même que son oncle survivant, ses proches ainsi que 40 familles de leur village qui avaient fui lorsque les accusations avaient été portées pour la première fois. Je suis reconnaissant à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) pour son aide aux familles en grande difficulté, et son soutien à notre cause en faveur des personnes accusées à tort.

Je suis également reconnaissant à l’AED pour son travail dans le domaine de la liberté religieuse. En effet, ce rapport sur la liberté religieuse dans le monde ne pourrait pas mieux tomber. Plus le monde en sait sur les actes de haine et de manque d’égards dans le domaine religieux, plus il sera en mesure de faire quelque chose. Dans un monde complexe et blessant, la meilleure protection contre les réflexes primaires et l’excès de zèle est une étude claire et complète, associée à une analyse perspicace et équilibrée. C’est ce que le rapport de l’AED s’est engagé à fournir. Il suit les cas d’atteinte à la liberté religieuse longtemps après le départ des caméras de télévision, lorsque les gens sont passés à autre chose. Il faut féliciter cette Œuvre de bienfaisance pour sa défense approfondie de la liberté religieuse – un droit humain fondamental non moins important aujourd’hui que dans le passé.

PRINCIPALES CONSTATATIONS

La liberté religieuse est violée dans près d’un tiers des pays de la planète (31,6 %), où vivent les deux tiers de la population mondiale. 62 pays sur un total de 196 sont confrontés à de très graves violations de la liberté religieuse. Le nombre de personnes vivant dans ces pays est proche de 5,2 milliards. Les pires violations ont lieu dans certains des pays les plus peuplés au monde comme la Chine, l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh et le Nigeria. Le classement :

a) La catégorie rouge, qui indique une persécution, comprend 26 pays qui abritent 3,9 milliards de personnes – soit un peu plus de la moitié (51 pourcents) de la population mondiale. Dans ce classement se trouvent 12 pays africains et 2 pays où des enquêtes sont en cours pour un éventuel génocide : la Chine et le Myanmar (Birmanie).

b) La catégorie orange,qui fait état de discriminations, comprend 36 pays, abritant 1,24 milliard de personnes. De légères améliorations ont été remarquées dans 9 pays, tandis que la situation se détériore dans 20 autres pays.

c) La catégorie « en observation » comprend les pays où de nouveaux facteurs préoccupants ont été observés et qui pourraient causer une grave défaillance de la liberté religieuse. Ils sont identifiés dans les cartes régionales analytiques avec le symbole d’une loupe.

d) Des crimes de haine ont lieu dans tous les groupes (attaques contre des personnes ou des biens sur la base d’un parti pris religieux).

e) Les pays restants n’ont pas été intégrés au classement,mais cela ne signifie pas nécessairement que tout y soit parfait en ce qui concerne le droit fondamental à la liberté religieuse.

Au cours de la période faisant l’objet du présent rapport, il y a eu une augmentation significative de la gravité des principales catégories de persécution et d’oppression. 

1. Les réseaux djihadistes transnationaux qui s’étendent de part et d’autre de l’équateur aspirent à devenir des « califats » transcontinentaux. « L’État Islamique » et Al-Qaïda, grâce à l’appui idéologique et matériel du Proche-Orient, s’associent aux milices armées locales et les radicalisent encore plus, afin d’établir des « provinces du califat » le long de l’équateur. Une violence djihadiste croissante s’étend du Mali au Mozambique (en Afrique subsaharienne), aux Comores (dans l’océan Indien), et jusqu’aux Philippines (en mer de Chine méridionale).

2. Un “« cyber-califat », en expansion à l’échelle mondiale, est désormais un outil établi de recrutement en ligne et de radicalisation en Occident. Les terroristes islamistes utilisent des technologies numériques sophistiquées pour recruter, radicaliser et attaquer. Les unités antiterroristes, bien qu’elles ne soient pas en mesure de neutraliser les communications terroristes en ligne, ont néanmoins pu déjouer des attaques dans plusieurs pays occidentaux.

3. Des minorités religieuses accusées d’être responsables de la pandémie. Les préjugés sociétaux préexistants à l’encontre des minorités religieuses dans des pays comme la Chine, le Niger, la Turquie, l’Égypte et le Pakistan, ont conduit à une discrimination accrue pendant la pandémie de Covid-19, par exemple sous la forme d’un refus d’accès à l’aide alimentaire et médicale.

4. Les gouvernements autoritaires et les groupes fondamentalistes ont intensifié les persécutions religieuses. Dans les pays d’Asie à majorité hindoue et bouddhiste des mouvements populaires de nationalisme religieux manipulés par les gouvernements et chefs religieux cooptés, ont conduit à la montée d’un suprématisme ethnoreligieux. Ces mouvements ont en outre opprimé les minorités religieuses, les réduisant de facto au statut de citoyens de seconde classe. de facto second-class citizens.

5. La violence sexuelle utilisée comme arme contre les minorités religieuses. Des jeunes filles et des femmes ont été enlevées, violées et contraintes de changer de religion dans le cadre de conversions forcées. Ces crimes ont été enregistrés dans un nombre croissant de pays. Les questions portant sur le nombre croissant de ces violations, souvent commises en toute impunité, alimentent les craintes d’une stratégie fondamentaliste visant à hâter la disparition à long terme de certains groupes religieux.

6. Les technologies de surveillance répressive ciblent de plus en plus les groupes confessionnels. 626 millions de caméras de surveillance optimisées par l’intelligence artificielle, des scanners de smartphones aux principaux points de passages piétonniers, tout cela recoupé par des plateformes analytiques et couplé à un système intégré de crédit social, veille à ce que les chefs religieux et les fidèles respectent les décisions du Parti communiste chinois.

7. 30,4 millions de musulmans en Chine et au Myanmar (dont les Ouïghours et les Rohingyas) sont confrontés à de graves persécutions,et la communauté internationale ne fait que commencer à appliquer le droit international pour y mettre fin.

8. L’Occident a abandonné les outils capables de réduire la radicalisation. Même si les gouvernements reconnaissent que l’enseignement des religions du monde dans les écoles réduit la radicalisation et accroît la compréhension interreligieuse chez les jeunes, un nombre croissant de pays ont supprimé les cours d’instruction religieuse.

9. La « persécution polie ». Ce terme reflète l’essor de nouveaux « droits » ou normes culturelles qui, comme l’affirme le pape François, renvoient les religions « à l’obscurité tranquille de la conscience individuelle ou les relèguent dans l’enceinte fermée des églises, des synagogues ou des mosquées ». Ces nouvelles normes culturelles, inscrites dans la loi, entraînent un conflit profond entre les droits individuels à la liberté de conscience et de religion et l’obligation légale de se conformer à ces lois.

10. Le dialogue interreligieux – un nouvel élan du Vatican. Le pape François a cosigné la déclaration sur la « Fraternité humaine pour la paix mondiale et le vivre ensemble » avec le grand imam Ahamad Al-Tayyib d’Al-Azar, leader du monde musulman sunnite. Il a célébré la toute première messe papale dans la péninsule arabique, et à la fin de la période faisant l’objet du présent rapport, il était sur le point de se rendre en Irak – son premier voyage dans un pays à majorité chiite – pour approfondir le dialogue interreligieux.

GLOBALE ANALYSE

Par Dr. Marcela Szymanski 

Bien que la perte de droits fondamentaux tels que la liberté religieuse puisse survenir brusquement, par exemple en cas de conflits et de guerres, dans de nombreux cas elle n’a rien de soudain. C’est souvent un processus d’érosion qui se produit au fil des ans. Quand les tuiles d’une toiture sont emportées une par une – voire plusieurs à la fois – par des vents de plus en plus forts, l’observateur se rend finalement compte du fait que plus rien ne le protège et qu’il est exposé aux vents. Ces vents prennent la forme de gouvernements autoritaires, de réseaux terroristes transnationaux ou de chefs religieux fondamentalistes qui poussent les foules à commettre des lynchages.

Les raisons de l’érosion du droit à la liberté religieuse sont manifestes, mais peuvent également résulter des frictions créées par l’introduction de nouvelles lois et règlements qui, après avoir identifié la religion comme faisant partie du problème, poussent progressivement les identités religieuses hors de l’espace public. L’État, en tant que gardien de la loi, est tenu de permettre à l’individu de « manifester sa religion ou sa conviction, tant en public qu’en privé »[1], en gardant la sphère publique ouverte à toutes les religions, et à ceux qui n’ont pas de religion. Toutefois, sans cette protection de l’État, ce droit de l’homme inaliénable devient vulnérable et risque de disparaître.

Sur la base de notre évaluation des rapports par pays et des analyses régionales, une carte met en évidence les pays où les protections de la liberté religieuse ont presque toutes disparu (en rouge), ceux où ces protections sont menacées (en orange), et place dans une nouvelle classification, « en observation », les pays où de nouveaux facteurs préoccupants ont été observés et sont susceptibles de mettre en danger le droit humain à la liberté religieuse.

Malheureusement, le recul confirme les observations susmentionnées. Les signes de violations de la liberté religieuse observées dans notre rapport de 2018 se sont intensifiées et étendues pour donner la situation actuelle où des attaques systématiques et flagrantes proviennent de gouvernements, que ce soit en Chine ou en Corée du Nord, ainsi que de groupes terroristes internationaux tels que Boko Haram ou « l’État Islamique », et d’autres groupes fondamentalistes. Ces contextes ont été exacerbés par la pandémie de Covid-19. Les États ont profité de l’insécurité pour accroître le contrôle de leurs citoyens, et les acteurs non étatiques ont profité de la confusion pour recruter, étendre et provoquer des crises humanitaires plus larges.

Toutefois, la période de deux ans qui fait l’objet du présent rapport a également révélé des progrès significatifs, en particulier dans le dialogue interreligieux, ainsi que le rôle de plus en plus important des chefs religieux dans la médiation et la résolution des conflits et des guerres.

Persécution extrême (sur la carte : pays marqués en rouge)

Près de quatre milliards de personnes vivent dans les 26 pays qui sont considérés comme subissant les violations les plus graves de la liberté religieuse. Cela représente un peu plus de la moitié (51 pourcents) de la population mondiale.

Près de la moitié de ces pays se trouvent en Afrique. En Afrique subsaharienne, les populations ont toujours été divisées entre agriculteurs et éleveurs nomades. Les flambées de violence occasionnelles résultent de conflits ethniques et de luttes ancestrales pour les ressources naturelles, plus récemment exacerbées par le changement climatique, la pauvreté croissante et les attaques de bandes criminelles armées. Malgré cela, les communautés et les différents groupes confessionnels vivaient généralement ensemble dans une paix relative. Cependant, au cours de la dernière décennie, la violence a éclaté dans toute la région avec une férocité inimaginable.

Ce paroxysme des conflits a libéré la frustration refoulée depuis des génération chez des jeunes, privés de leurs droits, qui ont souffert de la pauvreté, de la corruption et d’offres de formation et d’emploi médiocres. Ces frustrations ont à leur tour alimenté la montée en puissance de groupes armés, y compris de militants islamistes locaux, et plus récemment étrangers – des groupes djihadistes transnationaux engagés dans une persécution ciblée et systématique de tous ceux, musulmans et chrétiens, qui n’acceptent pas l’idéologie islamiste extrémiste. Au cours des deux dernières années, les groupes djihadistes ont consolidé leur présence en Afrique subsaharienne, et la région est devenue un refuge pour plus de deux douzaines de groupes qui opèrent activement – et coopèrent de plus en plus – dans 14 pays, dont des filiales de l’État Islamique et d’Al-Qaïda. Le développement de ces filiales s’est produit dans un délai d’une brièveté alarmante, selon un modèle devenu familier. Les attaques menées par des bandes criminelles locales, sous l’impulsion de prédicateurs salafistes djihadistes, deviennent idéologiques et ciblées alors qu’elles étaient sporadiques et aléatoires. Dans certains cas, les sinistres succès d’un groupe armé aboutissent à son « affiliation » en tant que province du soi-disant califat d’un réseau islamiste transnational (voir la fiche d’information sur l’Afrique).  

Des millions de personnes ont fui les régions en conflit, soit en devenant des déplacés internes, soit pour se réfugier dans des pays voisins. De graves violations des droits humains ont souvent été signalées à l’encontre des femmes et des enfants. Des millions de personnes en Afrique subsaharienne sont confrontées à la misère après avoir dû abandonner de force leurs champs ou petites entreprises traditionnelles. La famine s’ensuit, alors que les groupes armés entravent l’accès à l’aide humanitaire. Les femmes et les enfants sont réduits en esclavage, et les hommes sont recrutés de force dans les rangs des extrémistes. Dans des pays tels que le Burkina Faso, comme en témoigne le rapport sur ce pays, l’Organisation mondiale de la santé estimait qu’à la fin de 2020, plus de 60% du territoire étaient inaccessibles aux travailleurs humanitaires.

Les gouvernements ne sont pas en mesure, ou dans certains cas apparemment peu disposés, à s’attaquer au problème. Nettement mieux équipées que les forces armées locales, les milices djihadistes financent leurs activités par des enlèvements, pillages et trafics illicites d’êtres humains, de minéraux précieux et de drogue. Ce n’est que récemment que des groupes de travail multinationaux ont été créés pour aider les gouvernements locaux (voir l’analyse régionale et la fiche d’information sur l’Afrique)..

Alors que la liberté religieuse en Afrique souffre de violences intercommunautaires et djihadistes, en Asie la persécution des groupes confessionnels provient principalement de dictatures marxistes. En Chine et en Corée du Nord, qui sont les pires contrevenants parmi les pays classés en rouge, la liberté religieuse est inexistante, tout comme la plupart des droits de l’homme.

En Corée du Nord, aucun droit humain fondamental n’est reconnu, et la persécution vise tout groupe qui conteste le culte de la personnalité du régime de Kim Jong-un – bien que le traitement des chrétiens soit particulièrement sévère. À cet égard, le régime peut être défini comme « exterminationniste ».

Sur une population chinoise de 1,4 milliard d’habitants, près de 900 millions de personnes s’identifient comme adeptes d’une spiritualité ou d’une religion, et le contrôle de l’État est implacable. La surveillance de masse, notamment grâce aux technologiques sophistiquées de l’intelligence artificielle, un système de crédit social qui récompense et punit les comportements individuels, et la répression brutale des groupes religieux et ethniques renforcent la suprématie de l’État. Comme le révèle l’analyse régionale, « le Parti communiste chinois (PCC) possède l’un des outils de contrôle religieux les plus invasifs et les plus efficaces au monde ». Cela est particulièrement évident avec les internements de masse et les « programmes de rééducation » coercitifs qui touchent plus d’un million d’Ouïghours, pour la plupart musulmans, dans la province du Xinjiang voir la fiche d’information sur la Chine).Bien qu’il y ait environ 30 millions de musulmans en Chine, dont quelque 13 millions d’Ouïghours adeptes d’une branche sunnite de l’islam (voir l’encadré sur les branches de l’islam),certaines nations musulmanes sunnites aiment mieux coopérer avec les autorités chinoises en expulsant les demandeurs d’asile ouïghours que tenter de protéger leurs coreligionnaires. De tous les pays membres de l’ONU, seuls les États-Unis et le Canada ont qualifié de génocide les actions de la Chine.

Au cours de la période faisant l’objet du présent rapport, le Myanmar (Birmanie) a sombré dans le pire crime contre l’humanité qui soit, à savoir le génocide. Les attaques actuelles contre des chrétiens et des hindous dans l’État Kachin ont été lancées dans l’ombre d’une attaque massive menée en plusieurs phases par l’armée et d’autres groupes armés contre la population rohingya, majoritairement musulmane, dans l’État de Rakhine. Systématiquement expulsés vers le Bangladesh voisin, on estime qu’un million de réfugiés rohingyas se trouvent actuellement dans des camps où règnent la maladie, la misère, les abus sexuels et les meurtres. Contrairement à la Chine, le gouvernement du Myanmar a reçu l’ordre de la Cour internationale de Justice de mettre en œuvre des mesures visant à prévenir le génocide, tandis qu’une enquête se poursuit.

Outre les restrictions religieuses imposées par les dictatures marxistes et les régimes militaires, un grave défi à la liberté religieuse en Asie provient de vagues de fond croissantes de nationalisme ethnoreligieux. L’exemple le plus explicite est probablement celui de l’Inde qui abrite près de 1,4 milliard d’habitants, majoritairement hindous, mais compte d’importantes minorités religieuses, dont des minorités musulmanes et chrétiennes. Alors que le secteur économique est sous-performant et qu’il faut trouver un moyen d’attirer les électeurs, le Bharatiya Janata Party (BJP) au pouvoir projette une vision de plus en plus nationaliste de la situation, dans le but d’entrer en résonance avec la population majoritaire, arguant du principe que l’Inde est intrinsèquement hindoue. Mais l’Inde n’est pas le seul pays concerné. La tendance touche des milliards de personnes sur ce continent, principalement dans des contextes démocratiques ou semi-démocratiques favorisant la montée d’un nationalisme lié à la religion majoritaire, comme au Pakistan qui est essentiellement musulmane, au Népal à majorité hindoue, ainsi qu’au Sri Lanka, au Myanmar, en Thaïlande et au Bhoutan à majorité bouddhiste (voir analyse régionale de l’Asie continentale et fiche d’information sur le nationalisme ethnoreligieux)..

Le point commun à tous les pays indiqués en rouge, qui est cependant particulièrement évident au Pakistan, est l’impact profond de la situation sur les plus vulnérables – les femmes et les jeunes filles qui appartiennent à la « mauvaise religion », et qui sont enlevées, violées, et forcées de changer de religion au travers de ce qu’on appelle des « conversions forcées ». En tant que membres de minorités et donc de facto citoyens de seconde zone, elles ont peu de chances, voire aucune, d’obtenir justice et réparation, bien qu’elles soient victimes de crimes punissables en vertu du droit commun. Les droits de ces jeunes filles et de ces femmes sont si largement niés qu’elles deviennent des esclaves – travailleuses du sexe et travailleuses manuelles(voir l’étude de cas sur le Pakistan et les rapports sur le Nigeria et l’Inde).

Cas de violations sévères (carte : pays marqués en orange)

1,24 milliard de personnes vivent dans les 36 pays où l’on ne peut pas jouir d’une pleine et entière liberté religieuse, laquelle n’est pas garantie par la Constitution. Ces pays rassemblent 16 pourcents de tous les habitants de la planète.

Les pays dont la situation s’est aggravée, entrant dans le groupe « orange » au cours de la période faisant l’objet du présent rapport, sont principalement ceux qui ont adopté des lois prévoyant un traitement inégal des différents groupes religieux. Les illusions de libertés retrouvées au lendemain du Printemps arabe (révoltes en Afrique du Nord et au Levant en 2010-2012) se sont évanouies alors que les gouvernements appliquaient de plus en plus des lois déjà restrictives afin d’affirmer leur pouvoir, de contrôler l’idéologie dominante et de resserrer leur emprise sur les chefs religieux. Des pays comme l’Algérie, la Tunisie et la Turquie fonctionnent comme des « pseudo-démocraties hybrides » qui permettent des processus électoraux mais contrôlent strictement qui est éligible et peut se présenter aux élections, et combien de temps les élus peuvent rester en fonction. Ils ont la capacité de modifier les lois électorales à leur avantage (voir l’analyse régionale du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord).

Au cours de la période faisant l’objet du présent rapport, le Président Erdogan a mis de côté la laïcité d’Atatük et introduit une politique étrangère néo-ottomane positionnant la Turquie comme une puissance sunnite mondiale. Comme en témoigne la conversion de Sainte Sophie en mosquée à Istanbul, l’islam est promu dans tous les aspects de la vie publique. Sur la scène internationale, Erdogan est intervenu militairement en Libye, en Syrie, dans le nord de l’Irak, et dans le conflit armé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. La Turquie a également cherché à gagner en influence ce qui a eu un impact sur la liberté religieuse en Albanie, en Bosnie, au Kosovo et à Chypre (voir les rapports sur les pays en cause, et l’analyse régionale du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord).

Dans plus d’une douzaine de pays qui jouissent de relations normales, voire amicales, avec l’Occident, le fait d’être non musulman est aujourd’hui plus risqué que lors de la période ayant fait l’objet du précédent rapport. Les États du Proche-Orient, d’Asie du Sud et d’Asie centrale, ainsi que les anciens pays soviétiques et les pays voisins, ont adopté des lois visant à empêcher l’expansion de ce qu’ils considèrent comme des religions étrangères, et à interdire également « l’islam non traditionnel ». La liberté du culte est garantie, mais pas la pleine liberté religieuse. Par exemple, dans certains États, le fait d’apostasier en abandonnant la religion majoritaire de ces États est punissable, parfois de la peine de mort. Dans certains pays où il n’est pas légalement interdit de se convertir en abandonnant la religion majoritaire, une telle apostasie est de fait proscrite en raison de fortes pressions sociétales. Dans beaucoup de ces pays, il est illégal de faire du prosélytisme auprès de personnes appartenant à la religion d’État. Comme l’atteste l’analyse régionale du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord, les lois contre le blasphème font taire les groupes confessionnels minoritaires. La tolérance sociale à l’égard des chrétiens continue d’être faible, et comme le confirment de nombreux incidents en Haute-Égypte, la violence peut éclater à tout moment.

Le rapprochement entre chrétiens et musulmans mené par le pape François représente une évolution positive ayant eu lieu au cours de la période faisant l’objet du présent rapport. Après sa rencontre en 2019 avec le Grand Imam Ahamad Al-Tayyib d’Al-Azar, leader du monde musulman sunnite, les deux chefs religieux se sont de nouveau rencontrés en 2020 aux Émirats Arabes Unis pour cosigner la Déclaration d’Abu Dhabi sur la fraternité humaine. Cette visite du pape aux Émirats Arabes Unis a été marquée par la toute première célébration d’une messe papale dans la péninsule arabique. La visite du pape François en Irak en 2021 – sa première dans un pays à majorité chiite – devrait permettre d’approfondir le dialogue interreligieux et contribuer à mettre en lumière la situation critique des minorités religieuses en Irak et dans toute la région. (voir les rapports sur les pays en cause, et l’analyse régionale du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord).

Dans le monde entier, la pandémie de Covid-19 a bouleversé les pratiques traditionnelles dans des domaines tels que les soins de santé, la gouvernance et l’économie, souvent avec de profondes implications pour les droits de l’homme, y compris celui de la liberté religieuse. Comme le révèle la fiche d’information sur le Covid-19, la maladie a non seulement révélé des faiblesses sociétales sous-jacentes dans les régions les moins développées du monde, mais elle y a aussi exacerbé les fragilités existantes, liées à la pauvreté, à la corruption et à des structures étatiques vulnérables. Les groupes terroristes et les extrémistes islamistes, par exemple en Afrique, ont profité de la concentration des forces gouvernementales dans la gestion de la crise sanitaire pour accroître leurs attaques violentes, renforcer leurs acquis territoriaux et recruter de nouveaux membres. Les préjugés sociétaux préexistants à l’encontre des communautés confessionnelles minoritaires ont également conduit à une discrimination accrue, par exemple au Pakistan, où des organisations caritatives musulmanes ont refusé aux chrétiens et aux membres de groupes confessionnels minoritaires l’accès à la nourriture et à l’aide médicale. En Occident, les mesures d’urgence prises en réponse à la pandémie ont eu un impact sur la liberté de réunion et la liberté religieuse, suscitant critiques et débats (voir la fiche d’information sur le Covid-19)..

Pays en observation (carte : marqués sur les cartes d’analyse régionale)

Une nouvelle catégorie a été introduite dans le présent rapport, celle des pays « en observation », où de nouveaux facteurs émergents ont été observés, suscitant des inquiétudes quant à l’impact de ces facteurs sur la liberté religieuse.

Dans cette catégorie apparaît une augmentation des crimes de haine à motivation religieuse à l’encontre des personnes et des biens. Cela va du vandalisme contre les lieux de culte et les symboles religieux, dont des mosquées, synagogues, statues et cimetières, aux crimes violents contre les responsables religieux et les fidèles (voir analyse régionale de l’OSCE). Une initiative des Nations Unies visant à protéger les lieux de culte, lancée en septembre 2019, n’a eu aucun effet sur les manifestations violentes en Amérique latine où, lors de manifestations antigouvernementales, des symboles et biens religieux ont été attaqués et détruits (voir étude de cas – Chili).

Dans le cadre de ce que le pape François a appelé une « persécution polie », il y a lieu d’observer l’essor de nouveaux « droits », de nouvelles normes culturelles créées en fonction de valeurs évolutives qui renvoient les religions « à l’obscurité tranquille de la conscience individuelle ou les relèguent dans l’enceinte des églises, des synagogues ou des mosquées ». Par exemple, en Occident, le droit à l’objection de conscience pour motifs religieux des professionnels de la santé n’est plus protégé de façon significative par la loi, en ce qui concerne les questions relatives à l’avortement et à l’euthanasie. Les diplômés de certaines universités confessionnelles se voient de plus en plus refuser l’accès à certaines professions. Les dispositions relatives au droit des groupes confessionnels de gérer leurs propres écoles selon leur propre éthique sont également menacées dans plusieurs pays. Ces nouveaux droits, inscrits dans la loi, entraînent l’apparition de conflits profonds entre les droits individuels à la liberté de conscience et de religion et l’obligation légale de se conformer à ces lois (voir fiche d’information sur la « persécution polie » et « Un atout précieux » : le droit à la liberté de religion ou de conviction). Cette dissonance a déjà, et continuera d’avoir, un impact majeur sur les 84 la population mondiale, qui, selon le Pew Research Center[2] , se décrivent comme ayant une religion ou des croyances.SOURCES[1] « Universal Declaration of Human Rights », United Nations, 1948; https://www.un.org/en/universal-declaration-human-rights/[2] “Religion: why faith is becoming more and more popular”, The Guardian, 27th August 2018; https://www.theguardian.com/news/2018/aug/27/religion-why-is-faith-growing-and-what-happens-next .th August 2018; https://www.theguardian.com/news/2018/aug/27/religion-why-is-faith-growing-and-what-happens-next

VOIR LA SUITE SOUS: https://acninternational.org/religiousfreedomreport/fr/home/

Tchad : Indignation de Mgr Djitangar après l’agression d’un prêtre

MGR EDMOND DJITANGAR/NDJAMENA-TCHAD

Par Donatien Nyembo SJ – Cité du Vatican

Dans la matinée du 3 novembre 2021, raconte Monseigneur Djitangar, des hommes en tenue militaire, se réclamant de l’armée tchadienne, se sont introduits de force dans la cour de la paroisse Saint Isidore Bakanja à N’Djamena. Ils se sont comporté «sans aucun respect des personnes et du lieu où ils se trouvaient», a dénoncé l’archevêque. Se présentant à eux, le curé a demandé le motif de leur présence et l’ordre de mission qui la justifie, «il a eu pour réponse des paroles injurieuses dans un premier temps, puis a été violenté par la suite et son téléphone arraché».

L’archevêque s’indigne

 «Nous dénonçons certaines attitudes et comportements de mépris que certains compatriotes adoptent vis-à-vis de la religion des autres», écrit Monseigneur Djitangar. «C’est une forme d’intolérance qui ne doit pas avoir place dans une société plurielle comme la nôtre, poursuit-il dans sa déclaration. Ceux qui se conduisent ainsi se mettent “en guerre contre Dieu” car Dieu ne méprise aucune prière faite de bon cœur et avec une conscience droite, quelle que soit la confession religieuse du croyant», s’est-il indigné.

Pour l’archevêque de N’Djamena, cette affaire mérite une grande attention car elle confirme le mépris des personnes et des lieux de culte par ceux qui sont censés les protéger.

Ce qui est arrivé n’est pas un fait isolé

Le prélat tchadien a tenu à préciser que «ce qui est arrivé n’est pas un fait isolé». En effet, il a rappelé plusieurs de ses lettres de protestation qui n’ont eu aucune suite favorable. C’est le cas de la lettre adressée au ministre de la sécurité faisant suite à la répression des jeunes, le 6 février 2018, lorsque des «grenades lacrymogènes ont été délibérément tirées dans la cour de la paroisse Saint Matthias Mulumba, blessant des fidèles qui sortaient de la messe matinale » ; ou encore celle du 29 mars 2020, lorsque des policiers ont empêché l’accès à la paroisse Sacré-Cœur de Chabwa à un prêtre «qui devait y célébrer l’eucharistie dominicale avec diffusion en direct sur les ondes de Radio Arc-en-ciel, en période de confinement».

Quelques mises au point

Après cette énième violation de lieu de culte catholique, accompagnée de violence, sans autorisation et sans motif déclaré, l’archevêque a senti la nécessité de faire quelques mises au point :

Premièrement, le manque de respect d’un lieu de culte fréquenté, avec tous les signes de son caractère sacré, comme c’est le cas de la paroisse de Wallez à Gorée, est une violation flagrante du premier article de la Constitution qui déclare laïque la république du Tchad.

Deuxièmement, en violant délibérément les lieux sacrés, ces militaires se mettent au-dessus de la loi ou tout simplement dans une position de ‘’hors la loi’’.

Troisièmement, quel qu’en soit le motif, il est intolérable d’injurier et de porter la main sur un religieux en plein exercice de sa responsabilité, fût-il un étranger. (ce qui n’est pas le cas du curé agressé)

Quatrièmement, le traitement actuel du site de la basilique par les marchands de sable et de briques, ainsi que la démission de la police municipale face à cette situation, découragent toute organisation d’activités religieuses sur ledit site.

Cinquièmement, «nous nous demandons si la prochaine étape ne sera pas la cathédrale où, juste à côté, s’érige un marché de fournitures militaires de toutes sortes au vu et au su de tous

Pour le prélat, ce qui se vit au Tchad est «une forme d’intolérance qui ne doit pas avoir leur place dans une société plurielle comme la nôtre». «Ceux qui se conduisent ainsi, estime-t-il, se mettent en guerre contre Dieu, car Dieu ne méprise aucune prière faite de bon cœur et avec une conscience boîte, quelle que soit la confession religieuse du croyant». 

Des recommandations

Après avoir fait des mises au point, l’archevêque a fait des recommandations:

Aux fidèles catholiques, il a demandé : de prier pour la conversion de ceux qui n’ont aucun respect pour les choses sacrées, par ignorance ou par le mépris ; de respecter et de faire respecter le caractère sacré des lieux de culte par une tenue et un comportement digne ; de dénoncer toute conduite et activités suspectes et susceptibles de nuire au caractère sacré des lieux de culte ; demander le pardon du Seigneur pour tous ceux et celles qui font du mal à l’Eglise ; de renforcer la sécurité des tabernacles dans les chapelles et églises ; de renforcer les capacités de services de sécurité paroissiale pour dissuader toute violation d’espace sacré par des personnes mal intentionnées ; de déterminer et de faire respecter les heures d’ouverture et de fermeture des chapelles ou des églises pour les visites des fidèles au Saint Sacrement ; de signaler aux autorités compétentes, diocésaines ou administratives, tout comportement douteux, tout manque de respect aux statuts et à la nature des lieux de culte.

Aux autorités publiques, le prélat demande : de prendre conscience du caractère hautement sensible de tout ce qui touche le domaine religieux et de respecter ceux qui en sont les responsables ; de garantir le caractère laïc du pays par le respect des lieux de culte ; de prendre les mesures qui s’imposent pour sécuriser les lieux de culte et punir tous ceux qui posent des actes de nature à compromettre le vivre ensemble si cher aux Tchadiens.

Diverses réactions

A la suite de l’archevêque, le Réseau des anciens jécistes d’Afrique, section Tchad (Raja), et la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) ont dénoncé l’agression du père Madou. À leurs yeux, c’est toute la communauté chrétienne qui a été humiliée. Ils invitent de ce fait, les autorités tchadiennes à prendre leur responsabilité face à ce type de «comportement irresponsable et qui sape les valeurs de paix et de cohésion sociale».

Source: VATICANNEWS, le 9 novembre 2021

Arrestation de 17 missionnaires salésiens en ÉthiopieLe conflit dans le Tigré a été déclenché il y a 1 an et menace aujourd’hui la capitale éthiopienne (ANSA)

Le conflit dans le Tigré a été déclenché il y a 1 an et menace aujourd'hui la capitale éthiopienneLe conflit dans le Tigré a été déclenché il y a 1 an et menace aujourd’hui la capitale éthiopienne  (ANSA)

Arrestation de 17 missionnaires salésiens en Éthiopie

Les forces militaires gouvernementales ont arrêté vendredi des religieux, des prêtres et des employés d’un centre salésien. Les européens et les non-Éthiopiens ont été immédiatement libérés. Mais les laïcs et consacrés d’origine tigréenne ont été emmenés vers un lieu inconnu.

Amedeo Lomonaco – Cité du Vatican

L’Éthiopie vit des heures de chaos et d’incertitude. L’avancée du Front de libération du Tigré (TPLF) vers la capitale Addis Abeba semble inexorable. La diplomatie internationale continue d’œuvrer en faveur d’un cessez-le-feu pour mettre fin à un conflit qui, depuis 1 an, a causé des milliers de morts et le déplacement de plus de deux millions de personnes.

Raid militaire sur un centre géré par des salésiens

Dans ce contexte, la capitale éthiopienne a été le théâtre d’arrestations préventives de personnes ayant pour seule culpabilité d’être d’origine tigrinya. Le 5 novembre, les forces militaires gouvernementales ont fait une descente dans un centre géré par les salésiens dans le quartier de Gottera à Addis Abeba. Dix-sept personnes ont été arrêtées, toutes d’origine tigrinya, dont des prêtres et des employés du centre. Ces personnes ont ensuite été emmenées vers un lieu inconnu. La nouvelle a été confirmée par l’agence Fides. Les salésiens d’Éthiopie, dans un message envoyé à l’organe d’information des Œuvres Pontificales Missionnaires, invitent à «prier pour la paix et l’unité du pays». Comme le rapporte le site d’information Africa ExPress, des policiers ont également pénétré dans la cathédrale chrétienne orthodoxe d’Addis Abeba, obligeant les prêtres et les moines tigréens à interrompre le culte. Les ecclésiastiques ont ensuite été embarqués dans des fourgons des forces de sécurité et emmenés, eux aussi, dans des lieux non identifiés.

La prière du Pape à l’Angélus

Dans une situation de souffrance, de pauvreté, de peur et de précarité absolue, tous les chrétiens d’Éthiopie espèrent que l’appel du Pape à l’Angélus du 7 novembre, l’intervention de l’Union africaine et celle de l’envoyé américain dans la Corne de l’Afrique, Jeffrey Feltman, contribueront à apaiser la situation. Lors de l’Angélus de dimanche dernier, le Souverain Pontife s’est dit préoccupé par la situation en Éthiopie, «secouée par un conflit qui dure depuis plus d’un an, qui a fait de nombreuses victimes et provoqué une grave crise humanitaire». Le Pape a ensuite renouvelé son appel «à faire prévaloir la concorde fraternelle et la voie pacifique du dialogue».

Désarroi et appréhension

«La nouvelle de l’arrestation des prêtres, diacres et laïcs éthiopiens et érythréens vivant dans la maison provinciale salésienne nous laisse consternés», a déclaré le père Moses Zerai, président de l’agence Habeshia. «Nous n’arrivons toujours pas à comprendre les raisons d’un acte aussi grave : pourquoi arrêter des prêtres qui accomplissent leur mission d’éducation, qui plus est dans un centre qui s’est toujours engagé à faire le bien, fréquenté depuis des années par de nombreux enfants, où les enfants des rues sont réhabilités ? Ils ont arrêté le provincial, les prêtres, les diacres et le personnel de cuisine, et nous avons connaissance de raids et de perquisitions dans d’autres maisons religieuses. Mais il est clair pour tout le monde que les églises, les maisons religieuses, ne sont pas des centres de politique. Nous espérons que tout sera résolu au plus vite et que chacun sera libéré très rapidement, et que cette folie ne sera pas un obstacle à la mission de l’Église auprès des pauvres et des personnes en difficulté. J’ai moi-même visité ce centre et vu son bon fonctionnement, ouvert à tous sans distinction d’ethnie, de religion ou de classe sociale», témoigne-t-il.

Les salésiens en Éthiopie : une présence bien enracinée

Fides rappelle que les salésiens ont commencé à travailler en Éthiopie en 1975. Depuis lors, ils ont établi une présence significative dans cinq régions du pays. L’une d’entre elle est le Tigré, centre d’un conflit qui a réduit la quasi-totalité de la population à l’épuisement. Les salésiens, dans leur tradition d’enracinement dans le domaine de l’éducation, gèrent des crèches, des écoles primaires, des lycées et des centres de formation et d’orientation professionnelles. Pour l’instant, la province compte 100 membres vivant dans une quinzaine de maisons dispersées dans le pays africain. Leurs activités sont menées à travers trois centres de mission, 5 paroisses, 6 écoles techniques, 13 centres de jeunesse, 13 écoles primaires et secondaires et 2 centres pour enfants des rues.

Le conflit en Éthiopie

La guerre a éclaté dans ce pays africain après l’opération lancée par l’armée gouvernementale dans la région du Tigré le 4 novembre. Le Front de libération du Tigré (TPLF) avait été tenu pour responsable de l’attaque d’une base militaire à Dansha. Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, avait accusé le TPLF de trahison et de terrorisme, lançant une campagne militaire. L’offensive est déclarée terminée le 29 novembre 2020, avec la conquête de Mekélé. Cependant, les combats se sont poursuivis dans les secteurs central et méridional du Tigré et les rebelles ont lancé une contre-offensive quelques mois plus tard. L’exécutif d’Addis Abeba a alors été contraint d’annoncer un cessez-le-feu unilatéral et immédiat le 28 juin. Ce geste a marqué une pause momentanée dans le conflit civil, qui a repris depuis. Dans cette situation, l’alliance forgée entre l’Oromo Liberation Army (OLA) et le TPLF en août dernier rend le scénario de plus en plus dangereux.

Source: VATICANNEWS, le 9 novembre 2021

INDE – Violence contre les chrétiens, « violation flagrante de la Constitution »

INDE – Violence contre les chrétiens: « violation flagrante de la Constitution »

Les attaques contre les fidèles chrétiens indiens sont des violations claires et flagrantes de la Constitution, et en tant que telles, elles doivent être poursuivies et arrêtées : c’est ce qu’affirment les prêtres, les religieux, les promoteurs des droits de l’homme dans la société indienne au lendemain de la publication du Rapport, édité par un groupe d’organisations chrétiennes, qui indique plus de 300 épisodes de violence contre les chrétiens en Inde en 2021. Le rapport, envoyé à Fides, a été rédigé par des ONG telles que « United Against Hate », « Association for Protection of Civil Rights » et « United Christian Forum », entre autres.


« Ce qui arrive aux chrétiens en Inde n’est pas nouveau. Cela se produit avec une régularité effrayante dans les États gouvernés par le Bharatiya Janata Party (BJP) depuis plus de 20 ans », commente à l’Agence Fides le Père Cedric Prakash, un universitaire et écrivain jésuite, actif dans la défense et la promotion des droits de l’homme. « Cependant, depuis 2014, les éléments liés à l’idéologie « Hindutva » (qui prône un nationalisme religieux hindou) ont poursuivi leur agenda avec des violences et une propagande haineuse contre les minorités religieuses, comme les chrétiens et les musulmans, en bénéficiant d’une plus grande impunité », explique-t-il. « Même les leaders hindous les plus intransigeants se cachent derrière l’immunité en disant : nous sommes les leaders, personne ne peut nous toucher, rien ne nous arrivera », dit le père Prakash.
« Les attaques et les menaces ont augmenté de façon spectaculaire. Cela est totalement contraire à la Constitution, à l’éthique démocratique et au tissu pluraliste du pays. Le peuple indien doit se lever pour arrêter ce fanatisme immédiatement avant qu’il ne soit trop tard », dit-il.


Selon le rapport intitulé « Christians under attack in India », publié le 21 octobre, trois États du nord de l’Inde, l’Uttar Pradesh, l’Uttarakhand, l’Haryana et Delhi, sont le théâtre de la plupart des attaques contre les chrétiens.


« Les craintes et les suspicions concernant la conversion des hindous par les chrétiens sont totalement infondées. Des attaques brutales ont eu lieu dans 21 États. La plupart des incidents se produisent dans les États du nord et 288 cas sont des violences de masse. C’est une situation effrayante, qui soulève des questions critiques sur le rôle de la Commission nationale des droits de l’homme (NHRC) et du ministère de l’Intérieur et sur leur incapacité à mettre fin à cette violence », déclare le dirigeant catholique A.C. Michael, ancien membre de la Commission des minorités à Delhi et désormais coordinateur national du Forum chrétien uni (UCF).


Plus de 49 plaintes ont été enregistrées dans les commissariats de police, mais aucune action n’a été entreprise, note le texte. L’enquête a montré que la plupart des violences étaient dirigées contre des chrétiens appartenant aux communautés dalits et tribales. Les auteurs de ces attaques sont des groupes nationalistes hindous qui accusent les chrétiens de convertir les hindous par la flatterie, l’argent ou d’autres formes d’aide. Comme le souligne Minakshi Singh, secrétaire général du groupe protestant « Unity in Christ » basé à Delhi, qui a contribué au rapport, « ce n’est pas vrai du tout, en fait il n’y a pas eu de changement significatif dans le pourcentage de la population chrétienne, au contraire, son nombre est en baisse ».


Le père Ajaya Kumar Singh, prêtre catholique, avocat et défenseur des droits de l’homme, a déclaré à Fides : 
 » La liberté de religion ou de croyance est un droit fondamental. C’est la pierre angulaire de tous les droits, car elle implique la conscience. Les groupes hindutva accusent les chrétiens depuis plus d’un siècle de faire du prosélytisme sans preuves et sans réelles motivations ». Accuser les chrétiens de convertir de force les autres au christianisme est une pure propagande et un prétexte à la violence. Chacun a le droit de choisir ses propres croyances. La preuve de la liberté de religion est le droit de se convertir », déclare le prêtre à Fides.  
« Dans certains villages, les églises chrétiennes ont été dévastées, dans d’autres les pasteurs ont été battus ou maltraités. Des assemblées de fidèles ont été dispersées par des foules violentes et des chrétiens se sont retrouvés à l’hôpital avec des blessures. La police est également accusée de menacer les fidèles, de les traîner dans les commissariats et de mener des raids pendant les services de prière du dimanche », a déclaré le prêtre, commentant le rapport.


« Les faits réels doivent être mis en lumière autant que possible, avec des enquêtes indépendantes. Personne ne doit s’excuser ou avoir honte parce qu’il exerce son droit de choisir sa religion ou ses convictions. Nous apprécions le fait que des groupes indépendants de la société civile, qui protègent les libertés individuelles, se joignent à cette campagne pour mettre en lumière les problèmes », conclut le père Singh.
Lors d’un incident récent, un groupe de 30 militants appartenant au Vishwa Hindu Parishad (Conseil hindou mondial) et au Bajrang Dal (Parti des durs et des forts) a forcé une école catholique de l’État indien du Madhya Pradesh à installer une statue de Saraswati, la déesse hindoue du savoir, sur le campus. Le Madhya Pradesh, qui est gouverné par le parti nationaliste hindou BJP, a également connu de nombreux cas de violence à l’encontre de chrétiens, de prêtres et de religieuses dans le passé.
Selon le recensement indien de 2011, l’Inde compte 966 millions d’hindous sur une population de 1,3 milliard d’habitants. Il y a 172 millions de musulmans et 29 millions de chrétiens.


Source: Agence Fides, le 27 octobre 2021

Sœur Gloria Cecilia Narváez, ex-otage: «J’étais prête à donner ma vie»

Le Pape François bénit sœur Gloria Cecilia Narváez Argoti lors de la Messe d'ouverture du Synode, le 10 octobre 2021Le Pape François bénit sœur Gloria Cecilia Narváez Argoti lors de la Messe d’ouverture du Synode, le 10 octobre 2021 

Sœur Gloria Cecilia Narváez, ex-otage: «J’étais prête à donner ma vie»

La religieuse colombienne, libérée le 9 octobre dernier au Mali après plusieurs années de captivité, revient au micro de Radio Vatican – Vatican News sur ses conditions de détention. Elle exprime aussi sa reconnaissance à tous ceux qui l’ont aidée et soutenue dans la prière. 

Entretien réalisé par le père Manuel Cubias, sj – Cité du Vatican

Enlevée le 7 février 2017 près de Koutiala (400 km à l’est de Bamako), Sœur Gloria Cecilia Narvaez Argori, de la communauté des Franciscaines de Marie Immaculée, a été retenue en otage durant 4 ans et 8 mois par un groupe jihadiste affilié à Al-Qaida. Après sa libération, elle a pu se rendre à Rome afin de participer à la messe d’ouverture du Synode et recevoir la bénédiction du Pape François.10/10/2021

Elle nous livre aujourd’hui un témoignage de foi et de courage dans l’épreuve.

De quoi avez-vous le plus souffert pendant votre captivité, et qu’est-ce qui vous a le plus soutenue pendant cette période?

Pendant les 4 ans et 8 mois de ma captivité, ce qui m’a fait le plus souffrir, c’est le moment où j’ai été séparée des autres personnes kidnappées, et où je me suis retrouvée seule face aux groupes. Ce qui m’a le plus fortifié, c’est la foi, la prière, car je récitais toujours les psaumes et j’avais une grande confiance en Dieu, et dans le fait que tous les gens priaient et s’unissaient spirituellement avec moi.

Comment avez-vous ressenti la proximité des personnes qui ont prié pour vous ?

Dans la force que je ressentais à chaque instant, parce que je sentais cette grande confiance en Dieu, je me sentais forte et je n’avais pas peur de ce qui pouvait m’arriver, mais je me sentais forte et je savais que Dieu me soutenait, que toute l’Église et le monde entier priaient pour moi, et j’étais spirituellement unie à ma famille, aux sœurs de la congrégation, à toutes les personnes qui priaient pour moi.

Quelle était votre relation avec vos ravisseurs ?

Ma relation avec les groupes de kidnappeurs était empreinte d’un grand respect, de prière pour chacun d’entre eux; d’obéissance lorsque je voyais que je pouvais obéir dans les choses que je voyais être justes. J’ai toujours respecté leurs moments de prière, ce qui m’a amené à avoir de bonnes relations humaines avec eux.

Comment vous ont-ils perçue en tant que religieuse, étrangère, d’une culture différente ?

Ils m’ont discriminée parce que j’étais religieuse. J’étais catholique, je n’avais pas leur religion. Ils ont toujours dit que l’Islam était la religion. Je les laissais s’exprimer. J’ai vu qu’ils me rejetaient parce que j’étais catholique et religieuse.

Avez-vous eu peur pour votre vie ?

À aucun moment, car dès qu’ils sont entrés dans la maison, je savais à quoi j’étais exposée. Quand ils m’ont prise, j’étais prête à prendre tous les risques. J’avais beaucoup de confiance en Dieu. J’ai dit peu importe, parce que j’étais prête à donner ma vie. Peu importe.

Y a-t-il un symbole, un moment particulier où vous avez ressenti une sécurité venant de Dieu ?

Oui, j’ai ressenti beaucoup de confiance en Dieu à tout moment, surtout lorsque j’exprimais les psaumes à Dieu, lorsque je pouvais marcher un peu dans le désert et regarder la grandeur de la création, le soleil qui se lève le matin, les chameaux qui marchent sur les montagnes de sable. À tout moment, j’étais unie et je ressentais cette grande sécurité en Dieu.

Comment votre famille a-t-elle réagi à votre libération ?

Ils étaient très heureux, très reconnaissants envers Dieu, surtout parce qu’ils étaient tous unis dans la ville et dans le village et qu’ils étaient très soutenus par la communauté, par la congrégation, par toutes les personnes qui leur rendaient visite, parce que tout le monde les appelait et leur disait: «nous prions pour Gloria, elle va être libérée, ayons confiance en Dieu».

Comment avez-vous su que votre captivité prendrait fin ?

Eh bien, dès que je suis arrivé à Bamako, que je suis allée chez le président et que j’ai rencontré le cardinal Zerbo, le président, le ministre de la culture et des religions, à ce moment-là, j’ai vu que j’étais libre.

Qu’avez-vous ressenti, quelles pensées vous sont venues à ce moment-là ?

Tout d’abord, remercier Dieu de tout mon cœur. J’ai toujours répété : Il n’y a pas de Dieu aussi grand que notre Dieu, ce qu’il veut il le fait dans le ciel et sur la terre. Je répétais toujours : le Seigneur est ma lumière et mon salut. J’étais tellement reconnaissante envers Seigneur que ma remise en liberté ait été possible. J’ai également été reconnaissante envers le cardinal, l’Église, le Saint-Père, le Pape François, toutes les personnes qui ont travaillé pour ma liberté, le président, tout le peuple, tout le peuple Miñanca de Carangazo qui a prié et s’est uni à moi à partir de sa culture. Je les ai remerciés et leur ai également demandé de me pardonner si je n’avais pas fait quelque chose de bien dans mon travail missionnaire lorsque j’étais là-bas. J’ai loué et béni Dieu parce que je ne croyais pas que j’étais libre.

En tant que missionnaire, quel travail faisiez-vous et quel travail pensez-vous devoir continuer à faire ?

Notre congrégation, en raison de notre charisme et de notre fondatrice, madre Caridad, répondait à un très grand besoin dans la culture Miñanca de Carangazo, au Mali. Il y avait un centre de santé où toutes les personnes des différents villages étaient soignées et nous étions aussi présentes dans les villages; c’est absolument nécessaire parce que le village et les villages n’ont pas de centre de santé.

Nous avons fréquenté un orphelinat, où une femme a perdu la vie en accouchant et le père est venu avec la grand-mère et nous a donné le bébé pour que nous puissions nous en occuper. Ils nous ont dit: «Prenez soin de cet enfant. La mère est morte». Nous avions environ 50 bébés, âgés d’un jour à deux ans. Nous avons travaillé sur la promotion humaine des femmes, l’alphabétisation, la broderie, la couture à la machine, les greniers que nous avons fabriqués avec elles; le microcrédit pour les petites entreprises sur le marché afin qu’elles puissent soutenir leur famille. C’est encore nécessaire dans cette culture, parce que les femmes sont un peu oubliées, mais avec cette promotion, les femmes obtenaient des ressources pour pouvoir aider leur famille et éduquer leurs enfants.

(…) La prière permet d’obtenir ce que l’on cherche à obtenir. Je remercie les sœurs de la congrégation qui ont soutenu spirituellement ma famille à tout moment, le cardinal Zerbo au Mali, Mgr Jean Baptiste Tiama, évêque de Sikasso, tout le peuple Miñanca du Mali, tous les missionnaires à travers le monde avec un sincère: que Dieu vous le rende. Et à vous, que Dieu continue à vous bénir dans la belle mission que vous menez, ainsi que mon pays : la Colombie, que tous les Colombiens aient foi en Dieu et que nous puissions un jour parvenir à la paix tant désirée dans notre pays.

Source: VATICANNEWS, le 25 octobre 2021

MYANMAR – L’armée occupe une église baptiste : nouveaux incidents d’attaques contre des chrétiens

MYANMAR – L’armée occupe une église baptiste : nouveaux incidents d’attaques contre des chrétiens

Les militaires du Myanmar ont dévasté une église baptiste après avoir attaqué le village de Tlang Rua dans le diocèse de Hakha, dans l’État birman de Chin, et campé à l’intérieur de l’église. Comme l’a appris l’Agence Fides, ils ont également brûlé 12 maisonslors de l’attaque du village, qui a eu lieu le 19 octobre. Lorsque les habitants ont entendu l’arrivée de l’armée dans la région, plus de 1 200 habitants de la zone ont fui dans la forêt où ils se cachent maintenant, endurant de fortes pluies et le froid. Le pasteur baptiste Rev Thawng stigmatise « la violence aveugle de ces actes contre les civils, justifiée par des raids contre les rebelles » et, constatant que ces actes contre les églises se répètent fréquemment, affirme que « les militaires du Myanmar sont devenus des voleurs et des terroristes ». « Personne n’a été tué, mais c’est un acte à condamner fermement, c’est un comportement lâche, fanatique et anti-religieux des militaires », note à l’Agence Fides le prêtre catholique Fr Francis Suan, qui vit à proximité. 


Ces violences sont survenues trois jours après l’incendie d’un village entier, y compris d’une église baptiste dans le village de Rialto, également à Chin, le 13 octobre. Les récents épisodes qui ont victimisé des pasteurs, des villages et des lieux de culte chrétiens suscitent des interrogations dans la communauté des croyants au Myanmar. Le père Noel Hran Tin Thang, un prêtre birman, a déclaré à Fides : « Dans l’atmosphère générale de violence, nous voyons des attaques contre des églises chrétiennes, mais aucune destruction de pagodes bouddhistes. Comment cela se fait-il ? Les membres des forces de résistance sont des Birmans de toutes religions et de tous groupes ethniques. Pourquoi cette fureur contre les chrétiens ? ».


Les fidèles rappellent que le mois dernier, des soldats du Myanmar ont tué Cung Biak Hum, un pasteur baptiste de 31 ans, alors qu’il se précipitait pour aider à éteindre un incendie provoqué par des bombardements militaires dans l’État de Chin, dans le nord-ouest du Myanmar (voir Fides 22/9/2021). Son corps a également été brutalisé. Une vingtaine d’épisodes ont été documentés par les groupes de défense des droits de l’homme et les médias, au cours desquels des églises chrétiennes, des responsables et des bénévoles de l’Église ont été touchés ou pris entre deux feux : des lieux de culte touchés par des roquettes, des curés et des fidèles arrêtés, des églises utilisées comme bases militaires. L’armée justifie souvent les attaques contre les églises en affirmant que des rebelles se cachent dans les bâtiments.


Les catholiques et d’autres personnes ont peur. Ils craignent des représailles ciblées contre les communautés chrétiennes et ont donc peur de se rendre dans les églises pour y pratiquer leur culte. Alors que les affrontements se poursuivent entre l’armée régulière et les forces de résistance (People Defence Forces), des prêtres comme le père Celso Ba Shwe, Administrateur Apostolique de Loikaw situé dans l’État de Kayah, vont souvent à la rencontre de la population pour lui apporter réconfort et espoir, en se rendant dans les différents quartiers pour y apporter les sacrements.  » En suivant les traces du Bon Pasteur, nous sortons pour donner de la nourriture spirituelle, de la consolation, de la solidarité, au nom du Christ « , explique-t-il à Fides. 
Depuis le début du conflit politique et social, les églises ont longtemps fourni un abri aux personnes fuyant le conflit, en les hébergeant et en leur apportant de l’aide », ont déclaré à Fides des prêtres locaux, ainsi que des soins de santé dans de nombreuses églises et chapelles catholiques.  


Il convient de noter que les chrétiens du Myanmar (environ 6 % de la population, 90 % de bouddhistes) proviennent principalement de zones de minorités ethniques et souffrent donc d’une hostilité de longue date de la part de l’armée, en raison de leur appartenance ethnique et de leur religion. La majorité ethnique bamar, majoritairement bouddhiste, domine la politique et l’armée, promouvant un nationalisme religieux qui a émasculé la population minoritaire par le passé.  


Selon le recensement de Myanar, il y a un grand nombre de chrétiens au Myanmar, notamment dans les États de Chin, Kayah et Kachin. Dans l’État Chin (à l’ouest, à la frontière de l’Inde)9, environ 85% des 478 000 habitants sont chrétiens, tandis qu’à Kayah (à la frontière de la Thaïlande au sud-est), 46% des 286 000 habitants sont chrétiens. Dans l’État de Kachin, à l’extrême nord du Myanmar, à la frontière avec la Chine, 34 % des 1,6 million d’habitants sont chrétiens. 


La violence militaire contre les mines cisitaniennes s’inscrit dans le cadre d’une répression plus large du mouvement de résistance dans tout le pays.


Les Nations unies ont déclaré que 3 millions de femmes, d’enfants et d’hommes avaient un besoin urgent d’assistance et de protection dans le Myanmar post-Golpe en raison des conflits, de l’insécurité alimentaire, des catastrophes naturelles et de la pandémie de Covid-19.

Source: Agence Fides, le 22 octobre 2021