21.06.2026 – HOMÉLIE DU 12ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 10,26-33

Au creux de l’injustice

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Lecture: Évangile selon saint Matthieu 10, 26 – 33

Il est intéressant, dans notre lecture de la Bible, de déceler les passages où elle accroche, où les mots nous percutent et, ensuite, de discerner pourquoi, sur certains termes ou certains versets, nous butons. En lisant l’Évangile de ce dimanche, c’est le mot « ténèbres » qui m’a arrêté : « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits ». Pourquoi « ténèbres » et pas simplement « secret » ? « Ce que je vous dis dans le secret, dites-le en pleine lumière ». Pourquoi cette accentuation tragique ? « Ce que je vous dis dans les ténèbres … ».

A bien y regarder, toutes les lectures de ce dimanche ont un accent tragique. Le prophète Jérémie se trouve méprisé, trahi par les siens, parce qu’il annonce la destruction prochaine de Jérusalem et la déportation du peuple hébreu à Babylone. On est en 600 avant Jésus-Christ. « Moi Jérémie, j’entends les calomnies de la foule : Dénoncez-le ! Allons le dénoncer, celui-là, l’Épouvante-de-tous-côtés. » Il vient d’être battu et mis au pilori quand il prie : « Mes persécuteurs trébucheront, ils ne réussiront pas … Chantez le Seigneur, louez le Seigneur. »

Le psaume n’est pas plus joyeux, qui chante : « C’est pour toi que j’endure l’insulte, que la honte me couvre le visage : je suis un étranger pour mes frères … Vie et joie, à vous qui cherchez Dieu ! Car le Seigneur écoute les humbles, il n’oublie pas les siens emprisonnés. »

Paul non plus, qui nous rappelle qu’à la suite d’Adam, nous sommes tous pécheurs et souligne que, depuis Moïse, la faute est alourdie puisque la loi de Dieu est désormais connue. « Si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. »

Enfin l’Évangile qui nous commande, dans la ténèbre, de ne pas craindre « ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme » mais de craindre Dieu, « qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps ».

Insultes, persécutions, enchaînés au péché, menacés de mort : le tableau de ces lectures dominicales est affligeant. Et au milieu de toute cette noirceur, Jérémie chante et loue le Seigneur, le psalmiste crie sa joie et son désir de vivre, Paul s’enthousiasme de l’abondance de la grâce et Matthieu rappelle que « les cheveux de [notre] tête sont tous comptés ». Ainsi pourrait-on résumer leur enseignement : « Face au ténèbres, louez Dieu ! ».

On pourrait trouver la pirouette facile, affleurant le côté ״opium du peuple״ : « Vous souffrez ? Rendez gloire à Dieu ! » Est-ce ainsi qu’il faut comprendre l’enseignement de ce dimanche : la prière est-elle un placebo ou, pire, un anesthésiant ? Je crois que c’est prendre les lectures à l’envers et que se tourner vers Dieu dans la ténèbre est tout sauf une pirouette, une échappatoire facile à l’injustice qui nous frappe. Je crois que le réflexe naturel, en cas de malheur, est d’en vouloir à la Terre entière, à Dieu lui-même, voire à soi ; que, naturellement, le cœur blessé crie vengeance : « Seigneur … fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras » supplie Jérémie.

Au contraire, les lectures nous présentent un changement subtil du regard, un retournement spirituel soudain, une conversion inopinée face à l’injustice. C’est au cœur du malheur et de la souffrance que la foi surgit de la manière la plus mystérieuse : non comme un anesthésiant, un moyen de garder patience et d’endurer, mais comme un adjuvant qui renforce notre volonté d’agir. Il y a un moment mystérieux, affronté à l’injustice, où notre cœur cesse de crier vengeance, cesse de se lamenter et de pleurer sur lui-même pour se tourner vers un idéal plus grand que l’offense qui lui a été faite, plus grand que les malheurs subis – un moment où le désespoir s’abandonne à l’amour divin. C’est ce moment que veulent cerner les lectures d’aujourd’hui.

Ce moment, Jésus l’a vécu en croix, alors qu’il crie « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Marc 15, 34), qui est un reproche paradoxal, puis qu’il s’adresse à Dieu. Il y a au creux de l’injustice, au fond de la ténèbre, un sentiment de total abandon de soi qui, s’il se tourne vers Dieu, ouvre la voie de la Résurrection.

Bien souvent, dans le malheur, nous nous épuisons à rechercher des causes et des responsables, quelqu’un à blâmer et punir pour nous venger, entrant ainsi en complicité avec le mal qui nous frappe. C’est au contraire la complicité retrouvée avec Dieu qui nous sauvera, qui nous sortira effectivement de l’emprise vengeresse du mal.

Dieu est facile à trouver dans les joies de la vie, infiniment plus dissimulé quand surgissent les ténèbres, qui laissent notre cœur alourdi du désir de revanche. Mais si là on le trouve, si précisément là où c’est le plus difficile, notre cœur se tourne vers lui, se convertit et s’abandonne à lui, alors resurgit l’éclat de la vie et la joie d’être inconditionnellement aimé. Alors tout change …

Le chrétien n’est pas tant appelé à se résigner au malheur qu’à trouver la force de le transcender. On trouve cette force quand, au creux de l’injustice, on se tourne enfin vers Dieu. Alors les larmes, subrepticement, se muent en joie.

Fr. Laurent Mathelot

Source: RESURGENCE.BE, le 17 juin 2026

21.06.2026 – HOMÉLIE DU 12ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – MATTHIEU 10,26-33

Ne craignez pas

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Textes bibliques : Lire


Porter la Parole du Seigneur a toujours été une grande et belle mission. Mais nous savons tous qu’elle comporte son lot de difficultés et de souffrances. La liturgie de ce jour nous a fait entendre les lamentations du prophète Jérémie : « J’entends les calomnies de la foule… Dénoncez-le ! » Il lui en coûte de proclamer la parole que Dieu a mise dans sa bouche. Sa foi est une mise à l’épreuve. Mais il se tourne vers le Seigneur pour qu’il prenne sa défense. Dieu lui a promis d’être avec lui pour le délivrer de ses persécuteurs.

Jusque dans l’adversité Dieu reste proche de nous. En signe de reconnaissance, le prophète termine sa prière par une louange. « Chantez le Seigneur, louez le Seigneur : il a délivré le malheureux de la main des méchants. » C’est aussi cette reconnaissance que nous faisons monter vers le Seigneur. Comme le dit l’apôtre Paul, rien ne peut nous séparer de son amour. »

Dans sa lettre aux Romains, l’apôtre Paul nous parle de l’humanité plongée dans le péché : « …par un seul homme, le péché est entré dans le monde… » Cette présence du mal, nous la constatons tous les jours. Mais ce régime du péché ne peut pas avoir le dernier mot. Par sa mort et sa résurrection, le Christ a inauguré le régime universel du salut. Un autre jour, l’apôtre Paul écrira : « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » On a beaucoup parlé du « péché originel » mais peut-être pas assez de la « grâce originelle » obtenue par le Christ.

Alors oui, nous ne devons pas craindre ; c’est ce que Jésus nous rappelle en ce dimanche. À la suite du prophète Jérémie, de l’apôtre Paul et de bien d’autres, nous sommes envoyés pour porter la Parole de Dieu. Notre mission est de révéler Celui qui a « les Paroles de la Vie éternelle ». Cette mission ne va pas sans de nombreuses difficultés. Les chrétiens sont chaque jour affrontés à l’incroyance, l’indifférence, la dérision… On les accuse de propager une « idéologie obscurantiste ». Mais le Seigneur nous rassure : « Ne craignez pas… Je suis avec vous. »

Quand saint Matthieu écrit son Évangile, les chrétiens sont persécutés, pourchassés et mis à mort. Et c’est encore plus vrai aujourd’hui. Mais il nous faut réentendre cette parole du Seigneur : « Ne craignez pas… N’ayez pas peur… Je suis avec vous ». Les hommes les plus mal intentionnés peuvent tuer le corps mais ils ne peuvent tuer l’âme. Ils ne peuvent rien contre notre dynamisme, notre confiance. Ils ne peuvent pas nous faire douter de l’amour de Dieu. Ce n’est pas le moment de chanceler car le mal n’aura pas le dernier mot. Le Christ ressuscité veut nous associer tous à sa victoire sur le péché et la mort.

Nous chrétiens, sommes donc tous appelés à accueillir le Christ et à le mettre au centre de notre vie. Cet amour qu’il met en nous, il nous faut l’annoncer, le rayonner autour de nous. De nombreux chrétiens s’organisent pour relayer son message à la télévision, la radio, la Presse, Internet et par tous les moyens qui sont à leur disposition. Le Christ compte sur l’engagement de tous ses disciples pour que son Évangile soit proclamé à toutes les nations. Personne ne peut le faire à leur place.

L’Évangile de ce jour se termine par un avertissement très ferme : « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. » Nous ne devons pas craindre de nous compromettre sans réticence pour le Christ. Dans un milieu hostile ou indifférent, il n’est pas facile d’affirmer sa foi. Et pourtant, même des enfants nous donnent l’exemple. Beaucoup préfèrent mourir plutôt que de renier leur foi au Christ. C’est important pour nous : nous pouvons toujours compter sur lui, même quand tout va mal.

La bonne nouvelle de ce dimanche c’est que Dieu ne nous abandonne pas ; bien au contraire, il prend soin de chacun de nous. Il est à nos côtés dans notre combat contre les forces du mal. Son amour nous est acquit une fois pour toutes et rien ne peut nous en séparer. Au-delà de la croix, se trouve la certitude de la résurrection, celle que nous célébrons chaque dimanche.

Comme Jérémie, comme Jésus et comme Paul, nous sommes envoyés. Nous arrivons à la veille des vacances. C’est aussi le moment favorable pour être de simples et authentiques témoins. Que l’Esprit Saint soit toujours avec nous pour nous aider à rendre compte de l’espérance qui nous anime. Et que Marie, notre maman du ciel, nous accompagne sur ce chemin.

Abbé Jean Compazieu

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 14 juin 2026

« L’amour du Christ est une priorité à donner aux musulmans » (III)

« L’amour du Christ est une priorité à donner aux musulmans » (III)

Née en Algérie dans une famille musulmane, Nadia Piccarreta s’est convertie à la foi catholique. Elle veut réveiller tous les baptisés de France et nous exhorte à retrouver nos racines chrétiennes : « L’amour du Christ est une priorité à donner aux musulmans. »

B.V. Mi-avril, le Pape s’est rendu en Algérie, pays dans lequel vous êtes née. Qu’attendez-vous de ce voyage ?

N. P. Lorsqu’il était cardinal, Mgr Robert Francis Prevost s’est rendu en Algérie à deux reprises. Il a dit : « Je suis américain par mon passeport, mais algérien par mon âme. Et d’ajouter : Annaba ne m’a jamais quitté, et je ne l’ai jamais quitté. Je suis fils d’Augustin. » Le pape Léon XIV a répété ces phrases au moment de son intronisation.

Il y a trente ans, certains se souviennent de cette décennie noire : la guerre civile en Algérie a touché des milliers de victimes. Parmi elles, de nombreux intellectuels, journalistes, médecins, professeurs, enseignants ont été la cible de ce massacre. Ils étaient musulmans. L’Église d’Algérie a perdu Mgr Pierre Claverie, les moines de Tibhirine et tant d’autres chrétiens. Le pape Léon XIV s’est rendu sur la terre de saint Augustin.

Autrefois, l’Algérie était une terre chrétienne. Dieu nous a donné un Pape pour notre époque, c’est un signe d’espérance, un signe de paix pour ce pays musulman. Ce que j’attends du Pape, c’est qu’il réveille l’Église d’Algérie, tout le clergé doit se mettre au travail de l’annonce de l’Évangile. L’Algérie a une population jeune qui ignore l’histoire de ce grand saint Augustin, ce peuple est assoiffé de vérité.

L’amour du Christ et de Marie est une priorité à donner aux Musulmans. La venue du Pape est l’occasion de faire retentir toutes les cloches des églises d’Algérie, ainsi que les églises de tous les villages. Les cloches ont un grand pouvoir ! L’Église d’Algérie renaîtra. N’oublions pas que l’Algérie est sous la bonne garde de Notre Dame d’Afrique (1) dont la Basilique s’élève sur une colline dominant Alger.

(1) Notre Dame d’Afrique, à Alger, est la Sainte patronne de l’Afrique

bvoltaire.fr

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie

18.06.2026 – SAINT DU JOUR

Saints Marc et Marcellien
Martyrs
(† v. 286)

Marc et Marcellien étaient frères et issus d’une des premières familles de Rome. Ils furent convertis à la foi dès leur jeunesse. Arrêtés sous l’empereur Dioclétien, ils furent jetés dans une prison ; après quelques interrogatoires qui démontrèrent leur fermeté dans la foi, Chromace, préfet de la ville, les condamna à avoir la tête tranchée, après un délai de trente jours.

Les deux frères furent alors transportés dans la maison de Nicostrate, greffier du préfet et leur gardien. Tranquillin, leur père, Marcie, leur mère, leurs femmes et leurs jeunes enfants vinrent tour à tour se jeter à leurs pieds, les arroser de larmes, et leur adresser les paroles les plus capables de toucher leur cœur. Les généreux martyrs, attendris par ce spectacle si touchant, commençaient à joindre leurs larmes à celles de leurs parents, de leurs femmes et de leurs enfants, et il y avait à craindre que l’amour ne fît faillir ceux que les supplices avaient trouvés invincibles.

Saint Sébastien, capitaine de la première compagnie des gardes de l’empereur, toujours vigilant à soutenir le courage des martyrs, ne craignit pas de s’exposer lui-même à la mort en rappelant aux deux frères les saints enseignements de la foi, les espérances immortelles de l’autre vie, les châtiments des apostats. Ses paroles ranimèrent la générosité des deux martyrs ; elles opérèrent même un changement dans le cœur de tous ceux qui étaient présents. Sébastien ayant rendu à Zoé, femme du greffier Nicostrate, l’usage de la parole, qu’elle avait perdu depuis six ans, ce changement devint une complète conversion. Zoé, Nicostrate, Tranquillin, Marcie, les épouses et les enfants des deux martyrs, bientôt le préfet Chromace lui-même, reçurent le saint baptême et versèrent leur sang pour la foi.

Quant à Marc et Marcellien, ils comparurent devant un nouveau juge, qui, après avoir employé inutilement toutes les flatteries et toutes les menaces pour les ébranler, les fit clouer à un poteau, où ils demeurèrent vingt-quatre heures, louant et bénissant Dieu. Après un jour et une nuit, encore pleins de vie et témoignant toujours la même joie et le même courage, ils furent percés à coups de lance.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l’année, Tours, Mame, 1950.

Saints Marc et Marcellien priez pour nous !

Le martyr de Marc et Marcellin, Manuscrits, Français, 1463