Dimanche de « Gaudete »: « Témoin de la joie », par Mgr Follo

Inauguration de la crèche et du sapin Place Saint-Pierre, 11 décembre 2020 © Vatican Media

Inauguration De La Crèche Et Du Sapin Place Saint-Pierre, 11 Décembre 2020 © Vatican Media

Dimanche de « Gaudete »: « Témoin de la joie », par Mgr Follo

« Faire connaître à tant d’autres Celui qui est au milieu de nous »

Mgr Follo invite à « faire l’expérience de Dieu comme source de la vraie joie et de partager la joie de sa présence parmi nous », dans son commentaire des lectures de dimanche prochain, 13 décembre 2020, troisième dimanche de l’Avent ou « Dimanche de Gaudete ».

Témoin de la joie

Prémisse 

Ce troisième dimanche de l’Avent met l’accent sur la joie de l’attente et il est appelé « Dimanche de Gaudete » parce que l’Antienne d’entré en latin commence par le verbe « Gaudete ». Cette Antienne en français continue « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur: je vous le répète, réjouissez-vous , le Seigneur est proche ». Après la liturgie de la Parole nous propose :

« Je me réjouis pleinement dans le Seigneur, mon âme se réjouit en mon Dieu » (Première lecture).

« Mon âme se réjouit en mon Dieu » (Psaume responsorial).

« Frères, soyez toujours joyeux, priez sans interruption, rendez grâce en tout» (deuxième lecture).

«Maintenant ma joie est complète» (Évangile : Jn 3, 29).

Le message de ces phrases pourrait être synthétisé  ainsi : à la joie d’un nouveau départ (première lecture), à ​​ce qui doit être communiqué (psaume), à ​​ce qui doit être une joie intégrale (deuxième lecture), s’ajoute la joie de la mission accomplie (Évangile).

En nous proposant la figure de saint Jean-Baptiste, l’Évangile nous rappelle que la pleine adhésion à la vocation chrétienne, la réponse à l’appel de Dieu, est source de joie et nous permet d’arriver au soir de la vie en vivant – comme le Précurseur du Messie – comme de vrais témoins du Christ.

Le témoin peut aussi être un fanatique, cela dépend de ce qu’il témoigne, cela dépend de l’objet du témoignage. S’il témoigne la liberté, la fraternité et la miséricorde, il ne doit pas être fanatique, sinon il n’est pas témoin de ce qu’il dit, car le témoin est celui qui vit ce qu’il dit. Il y a des témoins de la vérité et il y a aussi des faux témoins de la vérité, c’est-à-dire ceux qui témoignent de manière erronée, de manière fanatique ce qui en soi n’est pas l’objet du fanatisme et puis il y a aussi des témoins du mensonge, ceux qui sont des champions du mensonge, de la violence, de la domination et qui utilisent la Parole précisément pour dominer et non pour servir la vérité, la justice et la liberté.

Entre autres, les trois mots : vérité, justice et liberté doivent être prises ensemble, car si la vérité est enlevée, il n’y a pas de liberté et il n’y a pas de justice. C’est comme enlever la tête d’un homme. Il n’y a des hommes que dans la vérité. Et si l’on enlève la justice, c’est comme enlever le cœur. La justice signifie l’amour pour son prochain, pour ses frères. Si l’on enlève la liberté, c’est comme couper le souffle, les poumons, l’endroit où la vérité a de la place, l’endroit où la liberté, la justice ont de la place.

Par conséquent, ils doivent toujours être pris ensemble ; quand on n’en prend qu’un, c’est quelque chose de vide, cela veut dire qu’on ment, et c’est justement sur les choses les plus vraies que l’on peut mentir, parce que ces trois mots sont plus nécessaires que du pain, c’est-à-dire que l’homme vit de ces mots. Le témoin est celui qui les vit et les témoigne aux autres, comme saint Jean-Baptiste nous en donne l’exemple.

  • La joie pour Noël tout proche

Le Noël de Jésus a un charme particulier pour tous et dans le monde entier. J’ai vu écrit “Noël, Christmas, Navidad, Natale” même dans des pays et des villes où les chrétiens sont une petite minorité. Peut-être est-ce un prétexte pour faire croître la consommation. Toutefois, un charme, une nostalgie de paix et de joie demeure. C’est comme si, en se rappelant la naissance de Jésus, Dieu parmi nous, l’on entrait dans une vie d’espérance, comme si nous présagions que le chant des Anges au-dessus de la cabane de Bethléem – “Paix sur la terre aux hommes qu’Il aime” – puisse vraiment faire refleurir l’espérance, dans notre temps qui a tant besoin de se nourrir de consolation, de sécurité, de joie vraie, profonde, retrouvée.

A proximité de Noël, l’Eglise nous fait aujourd’hui goûter par avance la grande joie que Dieu nous a donnée avec Jésus. Dans la lettre aux Thessaloniciens (seconde lecture du rite romain), l’Apôtre Paul nous invite à retrouver la joie éternelle d’être frères et soeurs, à prier sans cesse et à rendre grâce en toute chose, parce que c’est là la volonté de Dieu pour nous. Saint Paul poursuit avec ce vœu : “Que le Dieu de la paix vous sanctifie totalement et que votre personne tout entière, esprit, âme et corps, soit parfaitement gardée pour être irréprochables lors de la venue de notre Seigneur Jesus Christ. Il est fidèle, celui qui vous appelle:  c’est lui encore qui agira” (1 Th 5,16-24).

Bien sûr, le risque existe de chercher à étouffer ce besoin de la Joie du Christ et de Noël. Malheureusement ce risque est devenu une réalité qui a tout transformé en un bruyant et fugitif moment d’allégresse superficielle qui laisse ensuite le coeur vide. Le risque est grand et il est difficile d’y échapper parce que l’attraction de la « mode »  est forte.

Pour s’opposer à cette mode, il suffirait de se laisser remplir le coeur des sentiments du prophète Isaïe qui exprimait ainsi sa joie : “L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a donné l’onction; il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les coeurs meurtris, annoncer aux captifs la libération, proclamer une année de miséricorde de la part du Seigneur. Je me réjouis pleinement dans le Seigneur ; mon âme exulte en mon Dieu, car il m’a revêtu de vêtements de salut, il m’a drapé dans un manteau de  justice, comme l’époux qui se coiffe d’un diadème, comme la fiancée qui se pare de ses bijoux (Is 61, 1-11 – première lecture du rite romain).

Ce sont vraiment là des paroles de joie profonde que celles d’Isaïe qui, à la seule pensée de voir Dieu tout proche, s’exclame: “Je me réjouis pleinement dans le Seigneur”. La joie chrétienne naît, non pas d’une simple émotion mais d’une rencontre – une rencontre qui a transformé notre vie.

  • La rencontre du Témoin et du Précurseur

Cette rencontre peut et doit se répéter encore et d’une manière particulière à l’approche de Noël. Jean-Baptiste, le Témoin et le Précurseur, peut, par son exemple et son intercession, nous aider à renouveler cette rencontre.

« Jean a devancé le Christ par sa naissance et ses prédications, mais il l’a devancé pour le servir et non pour se préférer à Lui » (Saint Augustin, Sermon 66, 19). Lui, il est la voix de la Parole de Joie, il est le flambeau qui indique la Lumière de l’Amour, il est le témoin de Jésus, il baptise dans l’attente de Son Baptême, il Lui est totalement lié. Sans Jésus, le Baptiste ne peut pas vivre parce que sans le Christ, sa vie n’aurait pas de sens, elle n’aurait ni signification ni but.

Jean vient comme témoin, envoyé de Dieu pour rendre témoignage à la Lumière. Il ne rend pas témoignage de la grandeur, de la majesté, de la puissance de Dieu, mais de la Lumière de l’Amour, de la Lumière d’une Présence.

Jean témoigne d’un monde gouverné par un Principe de Lumière pour lequel il vaut bien mieux allumer une lampe que maudire mille fois la nuit.

Nous aussi, même dans notre fragilité et notre petitesse, nous sommes appelés à témoigner que l’histoire est un chemin de croix qui devient un chemin de Lumière lorsque nous avons la force de fixer le regard sur la Lumière naissante de l’Enfant Christ. D’apparence, le Christ que d’ici peu de jours nous contemplerons dans le berceau de Bethléem, est petit, fragile, sans défense. Il est pourtant vainqueur et depuis la Cité du Pain (Bethléem), il fera les premiers pas de la bonté et de la justice qu’il réalisera dans la Cité de la Paix (Jérusalem).

A chacun de nous, est confié le ministère prophétique de Jean le Baptiste : celui d’être annonciateur non de la dégradation, de l’écroulement et du péché qui assaillent pourtant notre monde, mais de la Lumière qui illumine le monde et le sauve. Nous devons être – comme saint Jean – témoins de l’espérance et du futur, d’un Dieu qui est Lumière, d’un Dieu amoureux et si proche qu’il demeure au milieu de nous, guérisseur de notre vie et de tous nos frères et soeurs en humanité.

Nous sommes témoins parce que nous avons demandé qu’il nous couvre de son manteau et fasse germer un printemps de justice, un printemps qui sans lui est impossible.

Avec l’intercession de saint Jean, nous pouvons l’imiter, lui, Jean, qui est l’image de l’homme authentique, qui connaît ses propres limites et est ouvert à la nouveauté de la rencontre. Comme le Précurseur, nous devons avoir conscience que nous sommes charnels mais aussi vivre de ce désir de Dieu imprimé en lui par la Parole créatrice et  la promesse faite à Israël. Nous serons les disciples sauvés  par le Rédempteur, parce que comme saint Jean, nous cherchons, nous rencontrons, nous reconnaissons, nous accueillons Jésus comme le Fils de Dieu dont nous témoignons auprès des autres en disant “Voici l’Agneau de Dieu”. Nous sommes nous aussi la pauvre voix d’une Parole qui crée et élève avec douceur. “Alors le Seigneur fera don de sa douceur et notre terre donnera son fruit”(S. Augustin, En. in Psalmos, 84,15).

  • Le témoin d’une Présence

L’Evangile dit de Jean : “Il y eut un homme envoyé de Dieu” (Jn 1, 6). Chacun de nous est aussi une personne envoyée de Dieu, appelée à être témoin de la Lumière.

La force de Jean est de ne pas resplendir de lui-même, mais de resplendir par sa vie pour que la Lumière se voie. Dieu est la Lumière qui illumine aussi les ténèbres les plus épaisses. Jean crie pour annoncer l’Evangile, et le désigne de son doigt comme le Christ Jésus. Il n’attire pas l’attention sur lui, en se mettant au premier plan de façon arrogante, comme ç’eût été naturel. Sa voix renvoie à quelqu’un qui est déjà “au milieu de vous” (Jn 1, 26)et le désigne comme “celui qui vient après moi dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie des sandales” (Jn 1, 27).

La grandeur de Jean est d’avoir su reconnaître Dieu en Jésus donc de l’avoir indiqué comme le Dieu présent au milieu de l’humanité.

Jean Le Baptiste n’attire pas l’attention sur un Messie absent qui doit venir, mais bien sur un Messie déjà au milieu de nous et que nous ne connaissons pas : “Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas” (Jn 1, 26). Jean est le témoin d’un Dieu qui est déjà là. Il est déjà présent parmi nous, mais cela est à découvrir et tout le monde ne le voit pas, et pour cette raison il faut un prophète qui nous l’indique.

Désormais, il nous revient  à chacun individuellement et en tant que communauté chrétienne, d’imiter Jean Le Baptiste en montrant au monde un Christ déjà présent dans le monde.

Une manière particulière d’indiquer le Christ est celle des vierges consacrées dans le monde. L’offrande totale d’elles-mêmes au Christ Epoux indique que Lui, Il mérite tout. Veiller dans la prière nous apprend  que l’avent consiste à attendre l’Aimé en se serrant contre Lui qui est déjà présent dans le coeur de celles qui se sont confiées complètement à Lui dans un total abandon, dans une amoureuse confiance et félicité. En ce monde, elles, et nous avec elles, expérimentons que “lorsque le Seigneur nous invite à devenir saint, il ne nous appelle pas à quelque chose de lourd, de triste. C’est l’invitation à partager sa Joie, à vivre et à offrir avec joie chaque moment de  notre vie, en le faisant devenir en même temps un don d’amour pour les personnes qui se trouvent à côté de nous” (Pape François, Catéchèses à l’occasion de l’audience générale, 19 novembre 2014).

Nous, si banals fussions-nous, nous sommes appelés à faire connaître à tant d’autres Celui qui est au milieu de nous. Faibles, nous sommes forts. Tristes, nous sommes heureux. Parce que le Seigneur vient, il fait re-germer la terre et en fait de nouveau un jardin, où la liberté, la fraternité et la miséricorde sont annoncées, mais surtout pratiquées, vécues, vécues ensemble.

Lecture Patristique

Saint Augustin d’Hippone, évêque (354 – 430)

Sermon, 293, 3 s.

Jean est la voix, mais le Seigneur “depuis le principe, était le Verbe” (Jn 1,1). Jean fut une voix pour un temps, le Christ est le Verbe depuis le principe, éternel. Il porte en avant l’idée. Vaut-elle mieux qu’une parole? Si l’on n’y comprend rien, la parole devient un inutile vacarme. La parole sans idée brasse de l’air, n’alimente par le coeur. De plus, tandis que nous alimentons le coeur, nous conservons l’ordre des choses. Si je pense à ce que je dois dire, il y a déjà l’idée dans mon coeur, mais si je veux parler avec toi, je me mets à me demander si c’est aussi dans ton coeur, ce qui est déjà dans le mien. Tandis que je cherche comment je pourrais te rejoindre et fixer dans ton coeur l’idée qui est déjà dans le mien, je forme la parole et une fois la parole formée, je te parle : le son de la parole t’apporte l’intelligence de l’idée, c’est le son qui passe de moi à toi, en revanche, l’idée qui t’es apportée par la parole, est déjà dans ton coeur et ne s’en est pas allée du mien.

Le son qui t’a donc apporté l’idée, ne semble-t-il pas te dire “Il faut que lui grandisse et que moi je diminue”? Le son de la parole fait son office et disparait comme s’il disait “C’est ma joie et elle est complète” (Jn 3,30). Nous saisissons l’idée, nous assimilons l’idée pour ne pas la perdre. Veux-tu voir la parole qui passe et la divinité permanente du Verbe? Où est-il désormais le Baptême de Jean ? Il fit son office et passa. C’est le baptême du Christ qui est désormais d’actualité. Nous croyons tous en Christ, nous espérons être sauvé en lui : c’est ce que dit la parole. Mais puisqu’il est difficile de distinguer entre la parole et l’idée, Jean lui-même fut pris pour le Christ.

La parole est prise pour l’idée, mais la parole se déclara parole, pour ne pas léser l’idée. “Je ne suis pas le Christ, dit-il, ni Elie, ni un prophète”. On lui a répondu : “Toi, qui es-tu donc? Je suis, dit-il, la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur” (Jn 1, 20-23). “Voix de celui qui crie dans le désert” : voix de quelqu’un qui rompt le silence. “Préparez le chemin di Seigneur” : comme si elle voulait dire, “Je vais en raisonnant pour l’introduire dans les coeurs, mais je ne trouverai pas un coeur dans lequel il soit digne d’entrer si vous ne préparez pas le chemin”.

Que veut dire “Préparez le chemin” sinon de supplier convenablement? Sinon de penser humblement?  Prenez exemple d’humilité sur lui. On pense qu’il est le Christ. Il déclare ne pas être Celui auquel on pense et ne profite pas de l’erreur des autres pour son prestige. S’il disait “Je suis le Christ”,  combien il lui serait facile d’être cru puisque, avant qu’il le dise, on le pensait déjà tel. Il ne le dit pas, il se remit à sa place, il se démarqua, il s’humilia. Il comprit où était son salut : il comprit qu’il n’était qu’une petite lampe et eut peur d’être éteint par le vent de l’orgueil… Les yeux fragiles ont peur de la lumière du jour, mais il peuvent supporter celle d’une petite lampe. Pour cela, la Lumière du jour envoya au devant la petite lampe. Mais Elle envoya la petite lampe dans le coeur des fidèles pour confondre le coeur des infidèles. “J’ai préparé, dit-il, la petite lampe pour mon Christ” : Jean, héraut du Sauveur, précurseur du Juge qui doit venir, l’ami de l’Epoux.

Des écrits de Guerric d’Igny 

(Sermon V au sujet de l’Avent, 1)

“Préparez le chemin du Seigneur” (Is 40,3; Mc 1,3) : Oh mes frères, le chemin du Seigneur qui nous ordonne de nous préparer, ou bien nous le préparons en cheminant, ou bien nous cheminons en le préparant. Lorsque vous avez beaucoup progresser sur cette voie, il vous reste toujours et néanmoins à la préparer parce que depuis le point auquel vous êtes arrivé, vous pouvez toujours avancer, tendus vers ce qui demeure autre. Ainsi, à chaque étape singulière, la voie étant préparé pour son avènement, le Seigneur viendra toujours à nouveau à votre rencontre, et d’une certaine manière toujours plus grande qu’avant. C’est donc avec raison que le juste élevait cette prière : “Indique-moi, Seigneur, la voie de tes préceptes, et je l’observerai jusqu’à la fin” (Ps 118, 33). Peut-être la “vie éternelle” a-t-elle ainsi été définie puisque la Providence, tout en ayant prévu pour chacun une voie et lui ayant fixé un terme, ne donne néanmoins aucun terme à la nature de la bonté vers laquelle on tend. Pour cela, le sage et voyageur appliqué, lorsqu’il sera parvenu à la moitié, ne fera que recommencer, puisqu’oubliant ce qu’on laisse derrière (cf. Ph 3, 13), il se dira à lui-même tous les jours ; “Je commence maintenant”(Ps 76,11).  Il se lance comme un géant qui ne craint rien pour parcourir la voie des commandements de Dieu ; tout comme Yedoutoun (cf. 1Chr 16,42), il dépasse facilement, dans l’ardeur de sa course, le paresseux qui s’arrête en route. Bien que parvenu à l’heure ultime du jour, il a atteint la perfection en peu de temps, parcourant d’ailleurs un long chemin ( cf. Sg 4,13) ; devenant diligent, de dernier qu’il était, il fut parmi les premiers à être couronné.

Du commentaire de Jean, 

par S. Augustin, évêque (Comment. In Ioan., 4,1)

Souvent vous avez entendu dire et vous en avez donc parfaitement connaissance, que Jean Baptiste, plus il excellait parmis ceux qui sont nés d’une femme et plus il était humble face au Seigneur, plus il mérita d’être l’ami de l’Epoux. Il fut plein de zèle pour l’Epoux et non pas pour lui ; il ne chercha pas sa propre gloire mais celle de son Juge qu’il devançait comme un héraut. Ainsi tandis que les anciens prophètes avaient eu le privilège d’annoncer les avènements futurs concernant le Christ, il revint à Jean le privilège de l’indiquer directement. En fait, de même que le Christ était méconnu de ceux qui n’avaient pas cru aux prophètes avant qu’Il ne vienne, de même Il était méconnu de ceux au mileu desquels, une fois venu, Il était présent, puisque la premère fois, Il est venu en toute humilité et de manière cachée, d’autant plus cachée qu’elle était d’autant plus humble.

Mais les peuples, dépréciant dans leur orgueil l’humilité de Dieu, crucifièrent leur Sauveur et en firent ainsi leur juge.

Source: ZENIT.ORG, le 12 décembre 2020

« L’Avent : temps de conversion », par Mgr Follo

Mgr Follo, 2016 © courtoisie de la Mission du Saint-Siège à l'UNESCO
Mgr Follo, 2016 © Courtoisie De La Mission Du Saint-Siège À L’UNESCO

« L’Avent : temps de conversion », par Mgr Follo

« Toute la vie est un Avent »

Mgr Francesco Follo invite, à la lumière des lectures de la messe de dimanche prochain, 6 décembre 2020, à « comprendre que la conversion, c’est se jeter aux pieds du Seigneur, afin qu’Il nous élève à Lui-même ».

Dans ce commentaire des lectures du deuxième dimanche de l’Avent, l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, fait notamment observer que « toute la vie est un Avent ».

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un passage d’une homélie d’Origène (+ 253) sur saint Luc (22, 1-4), dans laquelle celui-ci fait observer: « Donc Jésus mon Seigneur est venu; il a égalisé nos aspérités et converti en routes unies tout ce qui était chaotique, pour faire de nous un chemin sans danger de chute, un chemin facile et très pur, pour que Dieu le Père puisse progresser en nous et que le Seigneur Jésus Christ fasse en nous sa demeure. »

L’Avent : temps de conversion

1-Jean-Baptiste nous invite à nous convertir à Quelqu’un et non à quelque chose. 

La liturgie de la Parole du premier dimanche de l’Avent nous a invités à être vigilants pour être prêts à la venue de Dieu qui veut être proche de nous. Dimanche dernier, le Christ a répété « à tous : veillez ! » (Mc 13,37). S’il faut être vigilant, cela signifie que nous sommes dans la nuit. « Maintenant nous ne vivons pas dans le jour, mais dans l’attente du jour, parmi l’obscurité et la fatigue. Le jour viendra où nous serons avec le Seigneur. Cela viendra, donc ne soyons pas découragés et veillons, c’est-à-dire attendons le Seigneur qui se fait prochain. Attendre ne doit pas être submergé par le découragement, et cela s’appelle vivre dans l’espérance » (Pape François). L’invitation que le Christ adresse non seulement à ses disciples, mais aussi à nous tous : « Veillez ! (Mt 13, 37) est un rappel utile où la vie n’a pas seulement une dimension terrestre, mais où elle est aussi projetée vers un « au-delà », comme une petite plante qui jaillit de la terre et qui s’ouvre vers le ciel. Une plante pensante (cf. Pascal), un homme, doué de liberté et de responsabilité, par laquelle chacun de nous sera appelé à rendre compte de sa vie, de la manière dont il a utilisé ses capacités : qu’il les garde pour lui ou les fasse fructifier aussi pour le bien des frères.

La liturgie de la Parole de ce deuxième dimanche de l’Avent nous offre la figure de Jean-Baptiste. À travers le récit de l’Évangile d’aujourd’hui, le Précurseur s’adresse à nous tous. Ses paroles claires et dures sont très salutaires pour nous, hommes et femmes de notre temps, où même la façon de vivre et de percevoir Noël est malheureusement affectée, très souvent, d’une mentalité matérialiste. La « voix » du grand prophète Jean nous demande de préparer le chemin du Seigneur qui vient, dans les déserts d’aujourd’hui, les déserts extérieurs et intérieurs, assoiffé de l’eau vive qui est le Christ. Que nous guide la Vierge Marie que nous célébrerons comme l’Immaculée Conception dans quelques jours ! Elle a attendu avec amour la naissance de l’Amour qu’elle portait en son sein, pour une véritable conversion du cœur et de l’esprit, afin que nous puissions faire les choix nécessaires pour nous convertir à la mentalité de l’Évangile. Nous nous tournons également vers Jean-Baptiste, car il était l’homme envoyé par Dieu pour inviter à la conversion, préparer le chemin à la venue imminente de Jésus et le désigner comme l’Agneau de Dieu qui pardonne avec un amour infini. Pour apprendre quelque chose de ce Jean, je répondrai brièvement à trois questions à son sujet : « Où est-il allé, qu’a-t-il dit et fait pour accomplir sa mission ? ».

         Il est allé dans le désert. Pour nous, aujourd’hui, cela signifie aller dans le « désert » de notre cœur et prier en se mettant à l’écoute de Dieu qui conduit l’âme aimée au désert et parle à son cœur (cf Osée 2). Le Précurseur du Christ, « la voix de celui qui crie dans le désert », prêche dans le désert de l’âme qui a soif de sens, d’amour et de paix.

         Il a dit « convertissez-vous », en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés qui nous est donné quand nous le demandons après nous être repentis.

         Il a fait ce geste : il a administré le baptême de conversion quand conversion signifie

  • Inversion, un retour en arrière, un retour à la relation précédente avec Dieu (celle d’avant le péché), prendre la route du retour, du retour chez soi comme l’a fait le Fils prodigue.
  • Aplanissement du chemin du cœur que le pardon purifie et ouvre de nouveau à l’Amour. Il ne s’agit pas d’une route physique, mais de la route du cœur. La route du cœur a deux entrées : la vue et l’ouïe. Plus pur est le regard et plus facilement Jésus, qui est Lumière de la Lumière, entre en chacun de nous, plus l’oreille est tendue et plus il est facile d’entendre la « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers» (Is 40,3). C’est d’abord cette voix qui arrive aux oreilles du cœur, ensuite, après la voix, ou mieux, en même temps que la voix, c’est la parole qui pénètre dans le cœur par le biais de l’ouïe.

Mais avec la naissance de Jésus, la Parole de Dieu peut être non seulement écoutée, mais aussi être vue (cf. G. d’Igny) comme l’ont vue les bergers et les Rois Mages dans la grotte de Bethléem, les pénitents sur les rives du Jourdain, et comme nous pouvons la voir aujourd’hui dans la vie de communion fraternelle de ceux qui croient en Christ.

2-Toute la vie est un Avent

Comme je l’ai écrit plus haut, en ce deuxième dimanche de l’Avent, la liturgie de la Parole nous propose la figure du Précurseur Jean-Baptiste en s’inspirant de ce prophète du Feu.

Imitons Jean-Baptiste en vivant comme un Avent, comme une attente, notre vie tout entière et pas seulement la période qui précède Noël. En effet, le Précurseur vécut sa vie comme un témoin de l’Avent (cf. saint Jean Chrysostome, Homélie 37,1-2 in Mt, PG 57, 419-421), comme une préparation à la rencontre avec Dieu et, quand Jésus arriva auprès de lui, il le désigna aux autres comme la bonne Nouvelle. Oui, bien sûr, parce que l’Evangile, la Bonne Nouvelle, c’est Jésus lui-même, comme le rappelle la troisième lecture de ce dimanche : «Commencement de l’Evangile[1] qui est Jésus : le Christ, le Fils de Dieu » (Mc 1,1). L’Evangéliste saint Marc commence ainsi sa narration pour nous rappeler que la bonne nouvelle c’est le Christ. Lui, il est le centre de notre vie et Il attend seulement que chacun de nous lui ouvre la porte et qu’advienne le début de la vraie vie, pour nous aussi.

Le plus dramatique est que tout seuls nous apprenons seulement que nous devons mourir. La bonne nouvelle, c’est le Christ-Vie qui vainc la mort et dont l’Amour divin nous permet de vivre l’amour humain à jamais et saintement, c’est-à-dire en vérité.

L’Evangile, c’est Dieu qui vient en apportant l’amour, et tout ce qui est « non-amour » est « non-Dieu », est « non-vie » et, par conséquent, la mort. Dieu vient, Il parle au cœur humain.  Voici ce qu’Il enseigne à ses prophètes : « parlez au cœur de Jérusalem, dites-lui qu’il n’y a plus de nuit » (Isaïe), mais il révèle aussi que Jésus est « le plus fort » puisqu’il est le seul qui parle au cœur avec tendresse et puissance tout en désaltérant l’homme de sa soif de justice (cf. Malachie 3,1ss), de liberté (cf. Isaïe 40,1-11) et de vie.

Mais comment pouvons-nous reconnaître le Christ quand il vient ?

En nous fondant sur l’exemple privilégié que nous offre la figure de Jean, il nous est donné de savoir comment rencontrer Dieu, comment reconnaître Jésus Christ, le Sauveur, l’Agneau qui enlève les péchés du monde, en le désignant comme Celui qui pardonne notre mal et nous donne le vrai sens de la vie et de la mort.

Contemplons donc brièvement la figure de Jean-Baptiste, fils de la vieillesse et du miracle. Il fut consacré avant sa naissance par la visite de Marie qui portait Jésus en son sein. Puis, à sa naissance, il fut consacré « Nazireo », c’est-à-dire pur. En grandissant, il ne se coupa jamais les cheveux, ne but jamais de vin, ni ne toucha aucune femme : il ne connut aucun autre amour que l’amour de Dieu. Encore jeune, il quitta la maison de ses parents et se cacha dans le désert. Là-bas, il vécut longtemps tout seul, sans maison, sans tente, sans rien d’autre que ce qu’il portait sur lui : une peau de chameau, une ceinture en cuir. En outre, barbe et cheveux longs, regard enflammé, voix forte, corps brûlé par le soleil du désert, âme brûlée et brûlante du désir du Royaume, il put annoncer le Feu de l’Amour…  Ce « sauvage » fascinant apparaissait à qui allait le voir comme le dernier espoir d’un peuple égaré.

En contemplant cette grande figure, cette force dans la passion, on en vient spontanément à se demander d’où naît une vie intérieure si forte, si droite, si cohérente, toute donnée à Dieu et à Jésus pour préparer ses voies. La réponse est simple : de la relation avec Dieu, de la prière qui est le fil conducteur de toute son existence.

L’annonce de la naissance de Jean-Baptiste se fit dans un lieu de prière, le Temple de Jérusalem, ou plutôt elle advint quand Zacharie, son futur père, se trouvait à l’endroit le plus sacré du temple, le Saint des Saints, pour faire au Seigneur l’offrande de l’encens.

Même la naissance de Jean-Baptiste fut marquée par la prière : ce chant de joie, de louange et de remerciement que Zacharie éleva vers le Seigneur, le « Benedictus ». Ce chant sortit de la bouche et du cœur de Zacharie et l’Eglise le fait réciter tous les matins lors des Laudes pour exalter l’action de Dieu dans l’histoire et indiquer la mission de Jean, son fils : précéder (il est pour cela appelé le Précurseur) le Fils de Dieu qui s’est fait chair pour lui préparer le chemin et préparer le cœur du peuple à la rencontre avec le Seigneur.

L’existence entière du Précurseur de Jésus fut nourrie de sa relation avec Dieu, en particulier pendant la période passée dans le désert. Car s’il est vrai que le désert est le lieu de la tentation, il est vrai qu’il est le lieu où l’homme ressent sa propre pauvreté lorsqu’il est privé de soutien et de sécurité matérielle, et où il comprend que le seul point de repère solide reste Dieu Lui-même.

Jean-Baptiste ne fut pas seulement un homme de prière, en contact permanent avec Dieu, mais il fut aussi un guide à la prière comme moyen de renouer la relation avec Dieu en prêchant la conversion et en indiquant de la voix et du geste de la main : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde ». Il fut aussi un guide pour la prière quotidienne puisque les disciples de Jésus lui demandèrent : « Seigneur apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples » (cf Lc 11,1), et le Fils de Dieu leur enseigna le « Notre Père ».

Prier n’est pas du temps perdu ou dérobé à l’action. La prière est l’âme de chacune de nos actions, comme elle le fut pour Jean-Baptiste. La prière est du travail, parce que, comme le travail humain, sinon davantage, elle transforme les personnes et les choses. « La prière est un échange de vie : Dieu se fait homme et prend sur lui-même notre pauvreté, mais nous prenons de Lui tout ce qu’Il est » (Divo Barsotti). Dieu est Amour. Dieu est Parole. Lui le premier, adresse à l’homme une parole d’amour et nous pouvons « apprendre le cœur de Dieu dans la Parole de Dieu » (Saint Grégoire le Grand).

A l’exemple des vierges consacrées qui le jour de leur consécration ont reçu le bréviaire, afin de prier tous les jours et tout au long de la journée, prenons la Parole pour nous adresser à Dieu, c’est une Parole chargée de tout ce que nous sommes et devenue chair en nous.

En se dédiant chaque jour à la lecture de la Parole, les Vierges consacrées en font le terrain fertile de la prière. Faisons de même.

En se mettant quotidiennement à l’écoute de la Parole, les Vierges consacrées habitent la Parole en vraies disciples. Au moins pour le temps de l’Avent, nous aussi accordons un peu de temps à l’écoute de la Parole afin qu’elle prenne chair en nous.

Apprenons de ces personnes comment imiter Jean-Baptiste : avec humilité. Comme le Précurseur mit en pratique ses paroles : « Il faut que le Christ grandisse et que moi je diminue », les consacrées font humblement cela, par leur vie elles désignent leur Epoux et elles se font petites pour Lui.

Apprenons de ces femmes consacrées à vivre en toute humilité la fête de l’Immaculée Conception qui se célèbre demain, 8 décembre. Le cœur immaculé de Marie est en parfait accord avec la miséricorde de Dieu qui nous connaît tous personnellement par notre nom, un par un, et nous appelle à resplendir de sa lumière. Et ceux qui sont les premiers aux yeux du monde, pour Dieu sont les derniers ; les petits, pour Dieu sont grands comme la Vierge.

A l’exemple de Marie, et par son intercession, « nettoyons » notre cœur de tout ce qui est imparfait et laissons-le libre pour le Christ qui descend parmi nous comme un « enfant ».

Lecture patristique

Homélie d’Origène (+ 253)

Homélies sur saint Luc, 22, 1-4 (SC 67, 300-302…)

Examinons comment l’avènement du Christ est proclamé, et d’abord ce qui est écrit au sujet de Jean: A travers le désert une voix crie: Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Ce qui suit concerne en propre le Seigneur notre Sauveur, car ce n’est pas par Jean Baptiste que tout ravin sera comblé, mais par le Seigneur notre Sauveur. Que chacun se considère soi-même, ce qu’il était avant de croire, et il découvrira qu’il a été une vallée basse, une vallée en pente rapide, plongeant vers les bas-fonds. Mais le Seigneur Jésus a envoyé l’Esprit Saint, son remplaçant. Alors toute vallée a été comblée, par les bonnes oeuvres et les fruits de l’Esprit Saint.

La charité ne laisse pas subsister en vous de vallée, si bien que, si vous possédez la paix, la patience et la bonté, non seulement vous cesserez d’être vallée, mais vous commencerez à être montagne de Dieu. Nous voyons se produire et s’accomplir chaque jour pour les païens cette parole: Tout ravin sera comblé, et pour le peuple d’Israël, qui est tombé de si haut: Toute colline et toute montagne seront abaissées (Lc 3,4-5).

C’est à la faute des fils d’Israël que les païens doivent le salut: Dieu voulait les rendre jaloux (Rm 11,11). Si vous dites que ces montagnes et ces collines qui ont été abattues sont les puissances ennemies qui se dressaient contre les hommes, vous ne vous tromperez pas. En effet, pour que les vallées en question soient comblées, il faut que les puissances ennemies, montagnes et collines, soient abaissées.

Mais voyons si une autre prophétie s’est accomplie à l’avènement du Christ. Car le texte poursuit: Les passages tortueux deviennent droits. Chacun de nous était tortueux, du moins s’il l’était et ne le reste plus aujourd’hui, car, par l’avènement du Christ qui s’est réalisé pour notre âme, tout ce qui était tortueux a été redressé. A quoi peut-il nous se rvir en effet, que le Christ soit venu jadis dans la chair, s’il n’est pas venu aussi jusqu’à notre âme? Prions pour que son avènement s’accomplisse chaque jour en nous, et que nous puissions dire: Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20).

Donc Jésus mon Seigneur est venu; il a égalisé nos aspérités et converti en routes unies tout ce qui était chaotique, pour faire de nous un chemin sans danger de chute, un chemin facile et très pur, pour que Dieu le Père puisse progresser en nous et que le Seigneur Jésus Christ fasse en nous sa demeure et dise: Mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. (Jn 14,23).

[1] Au ler siècle le mot évangile (du grec euangelion, bonne nouvelle) n’indiquait pas encore le genre littéraire dont l’œuvre de Marc constitue peut-être le premier exemple  qui sera suivi des évangiles de Matthieu, Luc et Jean, mais il était déjà l’annonce de Jésus par les apôtres puis par la communauté chrétienne. Il est source de joie car il annonce le salut. Parlant de Jésus, il peut s’agir du sujet ou de l’objet de cette annonce.

Source: ZENIT.ORG, le 3 décembre 2020

Le Christ est « le roi qui a le pouvoir de l’amour », par Mgr Follo

Le Christ miséricordieux de Vilnius, Lituanie @ gailestingumas.com
Le Christ Miséricordieux De Vilnius, Lituanie @ Gailestingumas.com

Le Christ est « le roi qui a le pouvoir de l’amour », par Mgr Follo

« Regarder le Christ Roi qui gouverne avec l’amour miséricordieux »

Le Christ est « le roi qui a le pouvoir de l’amour » et qui, ainsi, « tire le bien du mal », explique Mgr Francesco Follo, dans ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 22 novembre 2020, fête du Christ Roi de l’Univers, qui conclut le cycle de l’année liturgique.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris (France), formule « l’invitation à regarder le Christ Roi qui, de la Croix, gouverne avec l’amour miséricordieux ».

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose une lecture d’Origène (185-v.253) sur la prière.

AB

Le Christ, Roi qui a le pouvoir de l’Amour, qui tire le bien du mal

Prémisse de la méthode

La solennité du Christ Roi est toujours célébrée le dernier dimanche de l’année liturgique et nous pousse à regarder vers le Christ qui règne sur le trône de la Croix et nous dit aujourd’hui: « Viens, béni de mon Père, hérite du royaume préparé pour toi depuis création du monde, parce que j’avais faim et que tu m’as donné à manger, j’avais soif et tu m’as donné à boire, j’étais un étranger et tu m’as accueilli, nu et tu m’as habillé, malade et tu m’as visité, j’étais en prison et tu es venu pour me trouver »(Mt 25, 34 -35).

En contemplant le récit de la Crucifixion et celui du Jugement dernier, nous pouvons identifier cinq manières de regarder le Christ : la manière des chefs du peuple, celle des soldats, celle de l’un des deux criminels qui maudirent Jésus, celle du bon larron qui pria le Christ, celle de ceux qui, comme ce « bon » larron, ont su reconnaître le Christ dans son prochain souffrant et démuni. Seules les deux dernières sont la bonne manière : seules la quatrième et la cinquième nous libèrent du pouvoir des ténèbres et nous transfèrent au Royaume du Fils crucifié.

Ensuite, nous devons bien comprendre chacune de ces cinq manières.

Les chefs du peuple, les soldats, et l’un des deux délinquants crie au Crucifié : « Sauve-toi toi-même » et la raison pour laquelle le Crucifié doit se sauver est qu’il doit démontrer qu’Il est « le Christ de Dieu » qui d’une manière unique appartient à Dieu, et qui est « le roi des juifs » c’est-à-dire quelqu’un de fort et de puissant. Par conséquent, les trois premières manières de regarder le Roi crucifié découlent toutes d’une certitude : le salut de l’être humain est la démonstration de sa propre force ; l’affirmation de soi-même est l’acte qui manifeste sa personnalité : la royauté signifie la domination ; cela signifie avoir, pouvoir, apparaître. Si le Crucifié ne prouve pas qu’il est capable de se sauver par une manifestation sensationnelle de son pouvoir, il est – pour les dirigeants – maudit religieusement, politiquement -et pour les soldats – un impuissant, personnellement – pour le voleur – un échec.

Les chefs, les soldats et un des deux larrons ont regardé le Crucifié en mesurant sa Vérité avec les mesures des attentes humaines et ils n’ont plus rien compris. Ainsi, le passage de la puissance des ténèbres au Royaume du Fils, à la participation du sort des saints dans la lumière, était exclu.

Mais il y a une quatrième façon de regarder le Crucifié, celle de l’autre larron. Cela commence par l’étonnement de Le voir condamné à ce même châtiment, par l’étonnement de Le voir partager pleinement notre condition, de Le voir plongé dans notre propre misère. L’étonnement devant le partage divin me fait découvrir la vérité de mon injustice : nous sommes coupables, nous méritons de mourir. « Mais Il n’a rien fait de mal ». Et puis la question ultime se pose : pourquoi est-Il sur la croix ? Pour être proche de l’homme, avec l’homme même là où il se sent maudit, désespéré, seul dans sa mort et le ramenant ainsi à la vie. En regardant Jésus sur la croix, l’homme découvre qui est Dieu et le salut. Il est grâce, il n’est que miséricorde, il meurt pour que nous puissions vivre.

Le cinquième monde du regard et de ceux que le Christ place à sa droite car avec des yeux purs et un grand cœur ils ont su le reconnaître dans les affamés, les malades, les pauvres, les prisonniers, dans tous ceux qui demandent du pain pour vivre, peut-être sans le savoir. le Pain de Vie qui est le Roi de l’univers.


1) Roi Pasteur

En ce dimanche du Rite romain, nous célébrons le Christ Roi de l’Univers, souverain d’un Règne de miséricorde, de justice et de paix, fondé sur le don de lui-même pour nous, sur la Croix.

Jésus n’est pas descendu du trône de la croix parce que c’est à partir de la croix qu’il règne et gouverne le Règne nouveau et heureux. De son scandaleux trône, le Seigneur Jésus nous regarde droit dans les yeux comme il regarda le bon larron et il nous dit : « Aujourd’hui, tu seras avec moi au Paradis, dans le Royaume éternel, dans l’amour infini ».

Le Royaume de la Terre devient le Royaume du Ciel grâce à la croix, d’où Il nous offre son amour de Roi Pasteur, comme nous l’indique la première lecture du livre d’Ezéchiel.

En effet, Ezéchiel (34,11-17), déçu par les pasteurs d’Israël (rois, prêtres et maîtres) qui pensent à eux-mêmes au lieu de penser au troupeau, rêve d’un pasteur différent : un pasteur qui ne « disperse » pas mais qui « rassemble », un pasteur qui conduit ses brebis dans les pâturages et les fait reposer ; un pasteur qui va à la recherche de la brebis égarée et panse celle qui est blessée. Ce sont des traits que nous retrouvons dans les évangiles, appliqués à Jésus.

Le Christ est le vrai pasteur qui s’occupe de son troupeau et qui va à la recherche de toutes les brebis égarées parce qu’aucune d’elles ne peut être isolée de son amour et de son regard de bonté divine. Le Christ exerce sa royauté comme bon pasteur parce que sa royauté que nous célébrons aujourd’hui est la royauté de l’amour et du service, du don, de miséricorde.

2) Roi de la vie

Dans la deuxième lecture, le passage de la première lettre aux Corinthiens nous aide à comprendre succinctement la signification de la solennité du Christ Roi. L’Apôtre Paul nous parle de la vraie royauté du Christ qu’Il exerce dans le mystère de sa mort et de sa résurrection. Après avoir surmonté la barrière de la mort corporelle, Il exercera cette royauté pleinement, lorsqu’Il fera surmonter cette barrière à toute l’humanité lors du jugement universel. En effet, la mort sera pour nous le dernier « ennemi » à abattre, tandis qu’aujourd’hui, nous y pensons comme à une transition vers l’éternité dont il ne faut pas avoir peur parce que le Christ a vaincu la mort. Il a tout gagné.

Inspirés donc par Jésus, notre Roi bien aimé et Seigneur de l’univers, prions Dieu le Père, qui a inauguré son Règne d’amour avec la résurrection du Christ pour qu’Il nous rende ouvriers passionnés et sincères afin que la royauté de Son Fils soit reconnue dans chaque coin de la terre. A la fin de l’année liturgique, temps de sainteté er de perfection dans la charité, unissons-nous à la prière du prêtre célébrant et, avec lui, disons : « Dieu tout-puissant et éternel qui a voulu renouveler les choses en Christ ton fils, Roi de l’univers, fais que chaque créature, libre de l’esclavage du péché, te serve et te loue sans fin ».

3) Roi Juge

C’est la troisième lecture liturgique, l’Evangile selon St Mathieu (25,31-46), qui nous montre le côté le plus surprenant de la royauté de Jésus. La parabole du jugement (Mt 25,31-36) est une page intéressante non seulement pour la force de son message, mais aussi pour la suggestion de sa mise en scène. Il y a trois parties : l’introduction qui présente l’arrivée glorieuse du Fils de l’homme, la convocation des peuples et leur séparation (25,31-33); le dialogue du roi qui parle d’abord avec ceux de droite et ensuite avec ceux de gauche (25,34-45); enfin la conclusion qui décrit l’exécution des sentences (25,46).

Dans cette parabole, nous voyons le Roi Juge qui juge avec amour et avec compréhension, mais aussi avec des règles bien précises qu’Il a lui-même dictées pour le salut éternel de ses fils.

La règle fondamentale est la charité vécue, attestée et concrétisée par des comportements et des actions simples, comme celles de donner à manger, à boire, assister, être proche de celui qui est dans la douleur, dans la souffrance, dans la marginalisation. La chose émouvante est que Dieu ne nous juge pas en parcourant la liste de nos faiblesses mais celle de nos gestes de bonté. Il n’examinera pas nos ombres mais il tiendra compte des semences de lumière et du bien que nous avons semé. Si, comme David, dans le psaume des pleurs et du repentir, nous disons : « Détourne ton regard de mon péché », Dieu exauce notre cri de douleur, nous confirme dans son amour, et le dernier jour, il détournera son regard du mal et le fixera pour toujours sur le bien, simple et concret parce que Dieu a lié le salut au don d’un peu de pain, d’un verre d’eau, d’un vêtement, de pas pour aller visiter un malade ou un pauvre. Certes, Dieu ne s’est pas lié aux choses, mais au cœur de celui qui se sert des choses. Saint-Jean de la croix écrivit : « A la fin de la vie, nous serons jugés sur l’amour ».

C’est cela la grandeur de la foi chrétienne évangélique : la confrontation suprême entre l’homme et Dieu n’est pas le péché mais le bien. La mesure de Dieu est, par conséquence, la mesure de l’homme et celle de l’histoire est le bien, c’est l’amour de Dieu. Notre futur, ciel et paradis, est généré du bien que chacun de nous a donné aux innombrables « Lazare » de la terre, qui méritent bien plus que les miettes qu’ils demandent. Le jugement de Dieu est l’acte qui exprime la dernière vérité de l’homme, et pour la trouver, ce n’est pas nous qu’Il regardera mais regardera autour de nous : nos relations, la partie de pauvres, de larmes et d’amours qui nous a été confiée et que je dois garder avec ma vie. S’il y a quelque chose d’éternel en nous, si quelque chose de nous reste lorsqu’ il ne reste plus rien, cette chose est l’’Amour.

4) Maria, Reine du Ciel et de la Terre

Parmi toutes les créatures de l’univers, Dieu a choisi la Vierge Marie pour l’associer à la royauté de son Fils fait homme. Notre Dame distribue royalement et maternellement ce qu’elle a reçu de son Fils Roi. Avec sa puissance, Elle protège nous, ses fils acquis aux pieds du Trône de la Croix et nous donne la joie avec ses dons, car le Roi a demandé que chaque grâce passe à travers ses mains de reine généreuse et maternelle.

Que Marie nous apprenne à témoigner avec courage du Règne de Dieu et à accueillir le Christ comme le Roi de notre existence et de l’univers entier.

Les vierges consacrées dans le monde sont appelées à ce témoignage d’une façon particulière. Comme le Catéchisme de l’Eglise Catholique aux numéros 922 – 923 nous l’apprend : « Depuis les temps apostoliques, il y eut des vierges chrétiennes qui, appelées par le Seigneur afin de se donner exclusivement à lui, dans la plus grande liberté de cœur, de corps et d’esprit, ont pris la décision, approuvée par l’église, de vivre l’état de virginité et de chasteté perpétuelle « pour le règne des cieux » (Mt 19,12). Emettant la sainte détermination de suivre Christ de plus près, les vierges sont consacrées, par l’Evêque, à Dieu selon le rite liturgique approuvé. Elles sont unies en des noces mystiques au Christ, Fils de Dieu et se consacrent au service de l’Eglise. A travers ce rite solennel (consecratio virginum), « la vierge est constituée personne consacrée », comme « signe transcendant de l’amour de l’église vers le Christ, image eschatologique de l’Epouse céleste et de la vie future ». La Vierge consacrée témoigne d’une façon particulière la royauté du Christ qui mérite tout, et, de sa personne, elle est l’annonce de charité et signe du caractère royal de la vie chrétienne. En fait, ceux qui gardent la virginité sont semblables à la Vierge Marie. « Comme d’elle est né le Fils, le Verbe de Dieu qui régit le monde, ainsi toutes celles qui gardent la virginité aident le Christ à régir en générant des paroles efficaces qui instruisent les autres dans la vertu (Card. Spidlik) et les soutient dans leur vie quotidienne. »

En bref : la liturgie d’aujourd’hui nous invite à contempler la royauté du Christ et, ensuite, nous demande de vivre royalement, c’est à dire, de nous approprier d’un style de vie haut, noble, solennel comme la charité. Comment ne pas penser à cette femme, petite et fragile, qui était la Bienheureuse Mère Teresa de Calcutta ? Sa vie a été celle d’une Reine qui suivait le Christ. Tous ont rendu hommage à cette Reine sans sceptres, sans couronnes, mais qui a été rendue belle par les pauvres qu’elle a aimés. Et nous, nous savons qu’en chacun de ces pauvres, elle a aimé Jésus. Faisons de même.

Lecture Patristique

ORIGÈNE

TRAITÉ D, SUR LA PRIÈRE

« Que ton règne vienne »

Comme l’a dit notre Seigneur et Sauveur, le règne de Dieu vient sans qu’on puisse le remarquer. On ne dira pas : Le voilà, il est ici, ou bien : Il est là. Car voilà que le règne de Dieu est au-dedans de vous. Et en effet, elle est tout près de nous, cette Parole, elle est dans notre bouche et dans notre cœur. En ce cas, il est évident que celui qui prie pour que vienne le règne de Dieu a raison de prier pour que ce règne de Dieu germe, porte du fruit et s’accomplisse en lui. Chez tous les saints en lesquels Dieu règne et qui obéissent à ses ordres spirituelles, il habite comme dans une cité bien organisée. Le Père est présent en lui et le Christ règne avec le Père dans cette âme parfaite, selon sa parole : Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui.

Le règne de Dieu qui est en nous, alors que nous progressons toujours, parviendra à sa perfection lorsque la parole l’Apôtre s’accomplira : le Christ, après avoir soumis ses ennemis, remettra son pouvoir royal à Dieu le Père afin que Dieu soit tout en tous. C’est pourquoi, priant sans cesse et avec des dispositions divinisées par le Verbe, nous disons : Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton Règne vienne.

À propos du règne de Dieu, il faut encore remarquer ceci : Comme il n’y a pas d’union entre la justice et l’impiété, entre la lumière et les ténèbres, entre le Christ et Bélial, le règne du péché est inconciliable avec le règne de Dieu. Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que jamais le péché ne règne dans notre corps mortel. Mais faisons mourir nos membres qui appartiennent à la terre, et portons les fruits de l’Esprit. Ainsi, comme dans un paradis spirituel, le Seigneur se promènera en nous, régnant seul sur nous, avec son Christ. Celui-ci trônera en nous, à la droite de la puissance spirituelle, que nous désirons recevoir, jusqu’à ce que tous ses ennemis qui sont en nous deviennent l’escabeau de ses pieds, et que soit chassée loin de nous toute principauté, puissance et souveraineté.

Tout cela peut arriver en chacun de nous jusqu’à ce que soit détruit le dernier ennemi, la mort, et que le Christ dise en nous : Mort, où est ton dard venimeux ? Enfer, où est ta victoire ? Dès maintenant donc, que ce qui est périssable en nous devienne saint et impérissable ; que ce qui est mortel après la destruction, revête l’immortalité du Père. Ainsi Dieu régnera sur nous et nous serons déjà dans le bonheur de la nouvelle naissance et de la résurrection.

Source: ZENIT. ORG, le 19 novembre 2020

« Le talent, c’est l’amour que le Seigneur a pour chacun de nous », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo, 17 déc. 2018 © Mgr Francesco Follo
Mgr Francesco Follo, 17 Déc. 2018 © Mgr Francesco Follo

« Le talent, c’est l’amour que le Seigneur a pour chacun de nous », par Mgr Follo

« Accueillir le talent de l’amour du Christ »

« Le talent, c’est l’amour que le Seigneur a pour chacun de nous et notre réponse, c’est d’aimer », explique Mgr Francesco Follo dans ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 15 novembre 2020 (XXXIIIe dimanche du temps ordinaire – Année A).

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris (France), formule l’invitation « à accueillir le talent de l’amour du Christ dans nos cœurs afin qu’il porte des fruits de Bien ».

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose une lecture de S. Jean Chrysostome sur cette même parabole des talents dans l’Evangile selon saint Matthieu.

AB

Le talent, c’est l’amour que le Seigneur a pour chacun de nous 

et notre réponse, c’est d’aimer

Prémisse

Grâce à l’Evangile de dimanche dernier, nous avons médité sur la parabole des dix vierges, qui nous a montré comment le sens de notre vie est la rencontre avec l’Epoux, marchant avec lui vers la fête des noces qui célèbre la pleine union avec le Seigneur.  Pour faire ce déplacement avec l’Epoux qui arrive la nuit, il est nécessaire d’avoir une lampe pour donner de la lumière, donc il faut avoir de l’huile qui va être brûlée dans cette lampe : c’est maintenant qu’il faut obtenir cette huile.

En ce dimanche avec la parabole des talents, le Christ nous dit ce que nous devons faire pour obtenir cette huile : faire le commerce des talents. Cependant, l’expression « faire le commerce des talents » ne doit pas être comprise dans un sens commercial. Avec cette parabole, Jésus veut enseigner aux disciples d’alors et d’aujourd’hui à bien utiliser ses dons. Dieu appelle chaque personne humaine à la vie et lui donne des talents, tout en lui confiant une tâche à accomplir.

Ces dons, outre des qualités naturelles, représentent les richesses que le Seigneur Jésus nous a léguées en héritage, pour que nous les fassions fructifier. C’est à dire :

  • sa Parole, déposée dans l’Évangile;
  • le Baptême, qui nous renouvelle dans le Saint-Esprit;
  • la prière – le «Notre Père» – que nous élevons à Dieu en tant qu’enfants unis dans le Fils;
  • son pardon, qu’il a ordonné de le donner à tous;
  • le sacrement de son Corps immolé et de son Sang versé.

Il serait insensé de penser que ces dons sont dus ; de même, renoncer à les utiliser serait un échec dans l’accomplissement du but de son existence. Commentant ce passage de l’Evangile, saint Grégoire le Grand note que le Seigneur ne fait manquer à personne le don de sa charité, de l’amour. Il écrit : « Il faut donc, mes frères, que vous preniez tous l’attention possible dans le soin de la charité, dans chaque action que vous devez accomplir » (Homélies sur les Évangiles 9,6). Et après avoir précisé que la vraie charité consiste à aimer à la fois les amis et les ennemis, il ajoute : « si une personne manque de cette vertu, elle perd tout bien qu’elle possède, est privée du talent reçu et est jetée dans les ténèbres » (ibid. ).

1) L’Amour de Dieu, le premier des talents.

Plus que de renvoyer aux dons et capacités (intelligence ou autre) que Dieu a donnés à chacun, les « talents » dont parle Jésus dans l’Evangile évoquent plutôt son Amour et les dons de grâce, force et intelligence, dont il nous comble pour que nous assumions nos responsabilités d’enfants et de frères.

A ce propos le pape François nous demande : « Avez-vous pensé à comment mettre vos talents au service des autres ? », avant d’ajouter : « N’enterrez pas vos talents ! Misez sur les grands idéaux, les idéaux qui élargissent le cœur, ces idéaux de service qui rendront féconds vos talents. La vie ne nous est pas donnée pour que nous la gardions jalousement pour nous-mêmes, mais pour que nous la donnions ».

En effet, par cette parabole des talents [1], le pape nous rappelle que Jésus veut apprendre aux disciples (et donc à nous) à bien utiliser les biens que Dieu fait à chaque homme en l’appelant à la vie, en lui remettant des talents et lui confiant donc une mission à accomplir par le biais de ces biens à faire fructifier et partager. Par cette parabole, le Christ invite par ailleurs à ne pas avoir peur de la vie et à ne pas avoir peur de Dieu. Dieu n’est pas un maître excessivement et injustement exigeant, mais un Père qui, par le don de la Charité, nous offre des dons pour nous faire vivre dans la liberté et dans l’amour.

Outre son Amour, Jésus nous offre biens et talents qui sont : Sa Parole, déposée dans l’Evangile ; le Baptême, qui nous renouvelle dans l’Esprit Saint ; la prière – le ‘ Notre Père ‘ – que nous, fils unis dans le Fils, nous élevons vers Dieu ; son pardon qu’il a ordonné de porter à tous ; le sacrement de son Corps immolé et de son Sang versé. Dans une parole : le Royaume de Dieu, qui est Lui-même, présent et vivant au milieu de nous.

Ces talents que Jésus nous a confiés à nous, ses amis et frères, se multiplient en les donnant. C’est un trésor donné pour être investi et partagé avec tous. Il serait donc stupide de penser que les dons du Christ sont un dû, et tellement insensé de renoncer à les utiliser, cela serait manqué au but de notre existence. En commentant cette page de l’Evangile, saint Grégoire le Grand fait remarquer que le Seigneur ne fait manquer à personne le don de sa charité, de l’amour. Il écrit : « C’est pourquoi il est nécessaire, mes frères, que vous vous appliquiez à garder la charité, en toute action à accomplir » (Homélies sur les Evangiles, 9, 6). Et après avoir précisé que la vraie charité consiste à aimer tant ses amis que ses ennemis, il ajoute : « Si quelqu’un manque de cette vertu, il perd tout le bien qu’il a, il est privé du talent reçu et il est jeté dehors, dans les ténèbres » (ibidem).

 2) Une parabole encadrée par deux autres.

   Dans l’Evangile selon saint Matthieu la parabole des talents est précédée de celle des vierges sages et suivie de celle du jugement dernier sur l’amour (J’ai eu faim, soif, j’étais nu … et vous m’avez donné à manger, à boire, et de quoi m’habiller …), et nous pouvons dire que celle-ci est le pilier central qui les éclaire toutes les deux. Tout d’abord, elle jette de la lumière sur le sens de la sagesse, représentée par l’huile de réserve. La vraie sagesse jaillit de la nouveauté d’un rapport libre et créatif, que la personne humaine réalise avec son Seigneur. Deuxièmement, la parabole des talents enseigne que la grâce, qui est donnée par Dieu et que l’homme accueille et reconnaît, devient un bien à donner à nos frères, que l’on identifie à la personne même du Christ. Par ailleurs, si on pense à l’Evangile de Luc, cette parabole est étroitement liée à l’épisode de la rencontre gratuite entre Zachée et Jésus. De cette façon la parabole met l’accent sur un fait singulier : devant Dieu l’homme est non seulement toujours débiteur mais il est appelé à être libre de Le rencontrer, une liberté qui est pure grâce. Etre sage et judicieux devant Dieu sera alors pour l’homme l’unique possibilité de se libérer, une libération qui deviendra « don » et « gratuité » quand il rencontrera un frère.

Malheureusement, il arrive – parfois – que nous soyons devant Dieu comme le dernier serviteur, celui qui n’a pas fait fructifier son talent, fermés dans nos idées préconçues sur Dieu, et nos modestes idées sur Lui. Nous tenons trop à notre tranquillité, à notre routine. La nouveauté nous fait peur. Le Christ nous invite à être des disciples confiants, qui n’ont pas peur de Lui, qui restent à ses côtés sans crainte servile. Le disciple de Jésus doit se mouvoir dans une relation d’amour, seule capable de faire jaillir courage, générosité, liberté, voire le courage de courir les risques nécessaires.

En regardant Celui qui « a fait toutes choses nouvelles » nous sommes – hélas – plus effrayés qu’éclairés. La parabole des talents stimule donc à la liberté et à la gratuité, qui jaillit de cette reconnaissance que la rencontre est un acte d’une pure gratuité. Oui l’homme désire cette rencontre, comme ce fut le cas pour Zachée, mais c’est la bonté et l’amour de Dieu, venu chez lui et lui ayant apporté le salut, qui la font se réaliser. Ce fut l’avent du Christ sous le toit d’un pécheur repenti.

            3) Venue = Avent.

Tous les chrétiens latins font coïncider l’avent avec la période de 4, pour le rite romain, ou de six semaines pour le rite ambrosien, mais beaucoup ignorent l’origine du mot « avent » et certaines « curiosités » historiques que ce terme apporte avec lui et qui méritent d’être rappelés.

Commençons par le mot « Avent », qui dérive du latin, et qui signifie littéralement « arrivée », « venue ». Dans l’Antiquité, surtout en Orient, les souverains l’utilisaient pour indiquer le rituel qu’ils souhaitaient célébrer pour marquer leur arrivée solennelle (donc, leur « avènement ») dans une ville, et ils prétendaient être accueillis en bienfaiteurs et divinités. Le choix de la liturgie chrétienne est donc un choix cohérent, conforme à la mentalité des temps anciens, qu’on a voulu utiliser pour indiquer la « venue » de Jésus Christ, vrai donneur de salut et rédemption, au milieu des hommes, dans la grande ville de ce monde.

Le vrai « avent », au sens propre du mot, coïnciderait donc en soi à la fête de Noël qui est le jour où l’on fête la venue de Quelqu’un et non quelque chose. Puis le mot « avent » s’est élargi et s’est mis à indiquer la période de préparation qui précède la fête du 25 décembre. Résultat, un problème se pose : combien de temps la préparation de Noël doit-elle durer ? La solution la plus ancienne, que le rite ambrosien a conservée jusqu’à nos jours, fut de « construire » une préparation de Noël sur le modèle de la période de préparation précédant Pâques, c’est-à-dire le Carême. Et donc, comme le Carême comprend six dimanches, on a « bâti » l’Avent sur le rythme des six dimanches [2].

Des dimanches destinés à entretenir la flamme de l’attente, pour que le Christ ne nous trouve pas indolents et paresseux et que le démon ne nous vole pas ce trésor. Des dimanches où l’on nous rappelle qu’avoir la foi signifie faire fructifier le talent qui a été placé dans nos mains.

 4) Qui aime doit vivre dans l’attente, rester vigilant.

Pour accueillir la présence du Christ en nous et veiller sur elle, il faut une vigilance du cœur, que le chrétien est toujours appelé à exercer, dans sa vie quotidienne, et qui caractérise en particulier cette période durant laquelle nous nous préparons avec joie au mystère de Noël.

Le climat extérieur propose les habituels messages de type commercial, même si la crise économique les a peut-être fait baisser d’un ton. Le chrétien est invité à vivre l’Avent comme un temps d’attente, sans se laisser distraire par les lumières des boutiques et des supermarchés, mais en fixant son regard intérieur sur le Christ, vraie Lumière.

En effet si nous persévérons en étant « vigilants dans la prière et heureux de chanter sa louange » (Préface I dimanche de l’Avent), nos yeux seront capables de reconnaître en Lui la vraie lumière du monde, qui vient éclaircir nos ténèbres.

La Vierge Marie est pour nous un modèle de vigilance active et joyeuse dans notre cheminement à la rencontre de Dieu. A l’exemple de notre Mère Céleste, les vierges consacrées montrent quotidiennement comment vivre cette attente. Elles montrent que l’Amour de Dieu, son Royaume et sa justice, est le plus grand des talents.

La vierge est une personne qui est dans l’attente, même dans son corps, des noces eschatologiques du Christ avec l’Eglise, et qui se donne entièrement à l’Eglise dans l’espérance que le Christ se donnera à celle-ci dans la pleine vérité de la vie éternelle. La personne vierge anticipe dans sa chair le nouveau monde de la résurrection à venir. Elle témoigne au sein de l’Eglise la conscience du mystère du mariage et le défend contre toute atteinte à son intégrité et tout appauvrissement. (cf. S. Jean Paul II, Familiaris consortio, n. 16)

Les vierges consacrées dans le monde sont, enfin, appelées à témoigner que le fait d’être persévérants et « vigilants dans la prière et heureux de chanter sa gloire » (Préface I dimanche de l’Avent), permet à nos yeux de reconnaître en Jésus Christ la vraie lumière du monde, qui vient éclaircir nos ténèbres.

Les vierges consacrées ont le devoir de construire la vie sur le roc d’un Seigneur aimé, écouté et attendu (cf. Mt 7,24-25).

Lecture Patristique

Saint Jean Chrysostome

 sur Matthieu, 78

«Car Dieu agit avec les hommes comme un maître qui, devant faire un long voyage hors de son pays, appela ses serviteurs et leur mit son bien entre les mains (Mt 25,14). Et ayant donné cinq talents à l’un, deux à l’autre, et un à l’autre, à chacun selon son industrie, il partit aussitôt (Mt 25,15). Celui donc qui avait reçu cinq talents s’en alla, les fit valoir, et il en gagna cinq autres (Mt 25,16). Celui qui en avait reçu deux, en gagna de même encore deux autres (Mt 25,17). Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla faire un trou dans la terre, et y cacha l’argent de son maître (Mt 25,18). Longtemps après le maître de ces serviteurs étant revenu, leur fit rendre compte (Mt 25,19). Et celui qui avait reçu cinq talents, vint lui en présenter cinq autres en lui disant: Seigneur, vous m’aviez mis cinq talents entre les mains, en voici cinq autres que j’ai gagnés par-dessus (Mt 25,20). Son maître lui répondit: Bien ! serviteur bon et fidèle, parce que vous avez été fidèle en peu de choses, je vous établirai sur beaucoup, entrez dans la joie de votre Seigneur (Mt 25,21). Celui qui avait reçu deux talents vint aussi se présenter et dit: Seigneur, vous m’avez mis deux talents entre les mains, en voici deux autres que j’ai gagnés par-dessus» (Mt 25,22). Son maître lui répondit : Bien ! serviteur bon et fidèle, parce que vous avez été fidèle en peu de choses, je vous établirai sur beaucoup. Entrez dans la joie de votre Seigneur (Mt 25,23). »

Pourquoi cette parabole nous représente-t-elle Dieu comme un maître, après que celle des vierges, qui précède, parle de lui comme d’un époux ? C’est pour nous apprendre par cette qualité d’époux, l’union très étroite que Jésus-Christ veut avoir avec les vierges qui quittent tout pour son amour. Car c’est en cela proprement que consiste la virginité. C’est pourquoi saint Paul en parle de la sorte : « La vierge », dit-il, « qui n’est point mariée, a soin de ce qui regarde le Seigneur, afin qu’elle soit sainte de corps et d’esprit ». (1Co 7,32) Si l’on objecte que dans saint Luc la parabole est rapportée tout différemment, on pourra répondre que les deux évangélistes ne racontent pas la même parabole. Dans la parabole de saint Luc, un capital égal produit des revenus inégaux. Une mine en rend cinq entre les mains d’un serviteur et dix entre les mains d’un autre. Aussi ces serviteurs ne reçoivent-ils pas des récompenses égales. Dans notre évangéliste, au contraire, le rapport est en proportion de l’argent confié, c’est pourquoi la couronne est égale ; elle est inégale chez saint Luc, parce que, je le répète, un même argent a rendu ici plus et là moins.

Mais remarquez, mes frères, dans l’une et dans l’autre des paraboles, que Dieu ne revient pas tout de suite redemander compte de l’argent qu’il avait donné en dépôt, mais qu’il laisse passer beaucoup de temps. On voit aussi dans la parabole de la vigne, qu’après l’avoir donnée aux vignerons, il va faire un grand voyage ; voulant nous faire comprendre par toutes ces circonstances avec quelle patience il nous supporte. Il me semble aussi voir dans (4) ces paroles une allusion à la résurrection générale.

Il est remarquable encore que dans cette parabole des talents il n’y a ni vignerons ni vigne, mais que tous sont ouvriers ; car il ne parle pas ici seulement aux princes des Juifs, ou au peuple, mais généralement à tous. Et considérez, mes frères, que lorsque ces serviteurs s’approchent de leur maître pour lui offrir ce qu’ils ont gagné dans leur trafic, ils reconnaissent tous avec une grande franchise, et ce qui vient d’eux, et ce qui vient de leur maître. L’un lui dit humblement qu’il a reçu cinq talents, et l’autre deux, et ils avouent tous deux par cette humble reconnaissance que c’est de lui qu’ils ont reçu le moyen d’agir. Ils lui témoignent tous qu’ils ne sont pas ingrats, et ils lui attribuent ce qu’ils ont comme venant uniquement de lui.

Que leur répond donc leur maître : « Bien ! serviteur bon et fidèle ». (Mt 25,21Mt 25,23); Car c’est être « bon» que d’être attentif et appliqué à faire du bien à ses frères: «Bien ! serviteur bon et fidèle, parce que vous avez été fidèle en peu de choses, je vous établirai sur beaucoup. Entrez dans la joie de votre Seigneur»: (Mt 25,21Mt 25,23) Ce seul mot renferme tout le bonheur de l’autre vie. Mais ce serviteur paresseux et lâche ne lui parle pas comme les deux autres :

«Celui qui n’avait reçu qu’un talent vint ensuite et dit: Seigneur, je sais que vous êtes un homme rude et sévère, que vous moissonnez où vous n’avez point semé, et que vous recueillez où vous n’avez rien mis (Mt 25,24). C’est pourquoi, comme je vous appréhendais, j’ai été cacher votre talent dans la terre. Le voici : Je vous rends ce qui est à vous (Mt 25,25). Son maître lui répondit: Serviteur méchant et paresseux: Vous saviez que je moissonne où je n’ai point semé, et que je recueille où je n’ai rien mis (Mt 25,26). Vous deviez donc mettre mon argent entre les mains des banquiers, afin qu’à mon arrivée je retirasse avec usure ce qui est à moi (Mt 25,27) ».

C’est-à-dire : Ne deviez-vous pas parler, avertir et conseiller vos frères ? Ils ne me croient pas, dites-vous. Mais que vous importe qu’ils vous croient ou qu’ils ne vous croient pas ? Peut-on rien voir de plus doux que cette conduite ? Il n’en est pas ainsi chez les hommes, mais celui qui a été chargé de prêter l’argent est obligé aussi d’en exiger l’intérêt.

7803 3. Dieu exige moins de ses serviteurs: «Vous deviez », dit-il, «mettre mon argent entre les mains des banquiers » (Mt 25,27); et me laisser à moi seul le soin de l’exiger avec usure, comme j’eusse fait à mon arrivée. Ce mot « d’usure » se doit prendre pour la pratique des bonnes oeuvres. Vous deviez donc faire ce qui était le plus aisé, et vous reposer sur moi du plus difficile. Mais puisque vous ne l’avez pas fait « Qu’on lui ôte le talent qu’il a, et qu’on le donne à celui qui a dix talents (Mt 25,28). Car on donnera à tous ceux qui ont déjà, et ils seront comblés de richesses, mais pour celui qui n’a point, on lui ôtera même ce qu’il a (Mt 25,29) ». C’est-à-dire, celui qui a reçu de Dieu le don de science pour l’utilité des autres, et qui ne s’en sert pas, le perdra entièrement. Au lieu que celui qui dispense sagement et avec soin ce qu’il sait, fera croître encore ce don que l’autre étouffe et détruit par sa paresse. Mais le malheur de ce serviteur paresseux et négligent ne se termine pas là et cette première parole est aussitôt suivie d’une sentence terrible.

« Qu’on précipite donc dans les ténèbres extérieures ce serviteur inutile : C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents (Mt 25,30) ». Remarquez donc ici, mes frères, que ce ne sont pas seulement les voleurs et les usurpateurs du bien d’autrui, ni ceux qui commettent des violences, qui seront condamnés par Jésus-Christ aux flammes éternelles de l’enfer, mais encore ceux qui sont lâches pour faire le bien.

Ecoutons, mes frères, ces paroles effrayantes, et pendant que nous en avons encore le temps, travaillons sérieusement à notre salut. Prenons de l’huile dans nos lampes, et faisons fructifier le talent que Dieu nous a donné en dépôt : Si nous vivons ici dans la paresse et dans la négligence, personne n’aura alors compassion de notre misère ni de nos larmes. Nous voyons que celui qui osa se présenter à ces noces saintes de l’Evangile avec un vêtement sale, se condamna lui-même par son silence, et que néanmoins cet arrêt qu’il porta contre lui-même ne lui servit de rien, et qu’il n’empêcha pas qu’on ne le jetât dans les ténèbres extérieures. Nous venons encore de le voir, le serviteur paresseux a beau rendre tout l’argent qu’il avait reçu, il n’évite pas néanmoins la juste colère de son maître. On voit aussi que les vierges folles viennent frapper à la porte de l’Epoux, et qu’on ne leur ouvre pas.[1] Dans la célèbre parabole de l’évangéliste Saint Mathieu (cf. 25,14-30), Jésus raconte l’histoire de trois serviteurs auxquels leur maître confie son argent au moment de partir pour un long voyage. Deux d’entre eux se comportent bien, en faisant fructifier les talents reçus et les faisant valoir le double. Le troisième, au contraire, cache l’argent reçu dans un trou. De retour chez lui, le maître de maison demande des comptes aux serviteurs. Il félicite les deux premiers de ce qu’ils ont fait mais est déçu par le troisième. En effet, ce serviteur, qui a caché le talent sans en tirer de la valeur, a mal fait ses comptes : il s’est comporté comme si son maître ne devait plus jamais rentrer, comme si le jour où celui-ci lui aurait demandé des comptes sur sa manière de gérer le bien reçu, ne serait jamais arrivé.[2] Et cette année, le 15 novembre est le sixième dimanche avant Noël : donc du début de l’avent ambrosien. A une époque plus récente le rite romain abrégea cette période à quatre dimanches « seulement » : d’où cette différence de calendrier et le fait que l’on parle d’« avent romain » pour le 29 novembre 2020.

Source: ZENIT.ORG, le 12 novembre 2020

« Croire en Dieu-Amour porte en soi l’espérance », par Mgr Follo

Lampe à huile © wikipedia
Lampe À Huile © Wikipedia

« Croire en Dieu-Amour porte en soi l’espérance », par Mgr Francesco Follo

« Une lampe avec laquelle traverser la nuit »

Mgr Francesco Follo invite « à se souvenir que croire en Dieu-Amour porte en soi l’espérance qui est comme une lampe avec laquelle traverser la nuit au-delà de la mort avec l’huile de l’amour, et atteindre la grande fête de la vie ».

« Être prêts pour la rencontre avec l’Amour qui vient de l’infini et nous demande de faire quelques pas pour rester toujours avec Lui », souligne l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, dans ce commentaire des lectures de dimanche prochain, 8 novembre 2020.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un passage de saint Grégoire de Nazianze : « L’Époux fera son entrée en grande hâte. »

AB

« Être prêts pour la rencontre avec l’Amour qui vient »

1) La prudence permet de marcher avec l’Amour.

C’est être réaliste de reconnaitre que notre vie sur terre est fragile. Comment ne ne pas nous reconnaître dans le bref poème du poète italien Giuseppe Ungaretti

« On est là comme les feuilles d’automne sur les arbres » que j’ai déjà rappelé dans mon commentaire de dimanche dernier. Si nous avons la grâce de croire, nous ne vivons pas cette caducité comme une frustration à éviter en cherchant à savourer l’instant présent. Pour le chrétien, la vie, aussi fragile soit-elle, est « vigilance », attente d’une rencontre et un pèlerinage vers la vraie Vie, la Vie éternelle. Sans la perspective d’une rencontre pleine de sens et porteuse d’éternité, le sens de la vie est bouleversé : il cède à la frénésie pour cacher le désespoir.

Pour nous aider à vivre cette vigilance qui devient chemin de fête, l’évangile d’aujourd’hui nous propose la parabole des dix vierges qui sont invitées à une fête de noce, symbole du Royaume des cieux, de la vie éternelle. C’est une image heureuse avec laquelle Jésus enseigne une vérité qui nous met en question. En fait, parmi ces dix jeunes filles, cinq d’entre elles entrent dans la fête, parce qu’elles ont de l’huile pour allumer leurs lampes quand l’Epoux arrive. Tandis que les cinq autres restent dehors, car, insensées, elles n’ont pas apporté d’huile. Que représente cette « huile », indispensable pour marcher avec l’Epoux et être admis au banquet de mariage ? Saint Augustin (cf. Discours 93, 4) y lit un symbole de l’amour qui ne peut être acheté, mais qui est reçu comme un don, conservé dans notre intime et pratiqué dans nos œuvres.

La vraie sagesse profite de la vie mortelle pour accomplir des œuvres de miséricorde, car, après la mort, cela ne sera plus possible. Lorsque nous serons réveillés pour le jugement dernier, celui-ci se fera sur la base de l’amour pratiqué dans la vie terrestre (cf. Mt 25, 31-46). Et cet amour est un don du Christ, répandu en nous par le Saint-Esprit. Quiconque croit en Dieu-Amour porte en lui une espérance invincible, comme une lampe avec laquelle traverser la nuit au-delà de la mort et atteindre la grande fête de la vie.

Si d’un côté, l’accent est mis sur la nécessité d’être prêts pour ne pas être exclus de la fête nuptiale, de l’autre il est rappelé que l’attente vigilante et prudente concerne la venue du Christ glorieux, appliquant sur lui l’image de l’Epoux que l’Ancien Testament utilise pour Dieu.

En divisant le groupe des dix vierges en deux catégories, cinq prévoyantes et cinq insouciantes, comme ces personnes qui construisent sur la roche ou sur le sable (cf. Mt 25, 1- 13), Saint Matthieu décrit la façon dont se passaient les noces entre Juifs à l’époque de Jésus. Celles-ci impliquaient aussi un cortège de jeunes filles (c’est le sens donné au mot « vierge »), qui accompagnaient les époux, généralement vers le soir (d’où l’utilisation des lampes).

L’époux se rendait dans la maison paternelle de la future épouse pour l’amener dans la sienne, mais il devait d’abord conclure des accords avec le père, un contrat nuptial. Il pouvait arriver qu’ils doivent encore discuter et que les choses s’étirent à la longue. Les cinq vierges prévoyantes montrent qu’elles sont prêtes à toute éventualité, portant avec elles de l’huile pour alimenter leurs lampes, au cas où l’attente devienne plus longue que prévue.

Ce qui distingue les deux groupes de jeunes filles n’est pas la vigilance, mais la prudence face à l’imprévu : en effet le passage de l’évangile nous raconte qu’elles s’assoupirent toutes et s’endormirent, quand l’éventualité du retard se vérifia.

Pourquoi certaines furent prudentes et d’autres pas ? Ce n’était pas seulement une question de bon sens, mais d’amour.

L’amour est la vertu avec laquelle on vit l’attente vigilante et prudente. Si on attend intensément, ardemment, celui qu’on aime, on se prépare à tout et on prend toutes les précautions nécessaires, on pense à tous les détails qui permettront à cette attente de se dérouler le mieux possible et à la rencontre avec l’Epoux de se réaliser. Ce faisant, on imite ces vierges prudentes et prévoyantes qui attendent l’époux avec les lampes allumées, après avoir pris la précaution de se faire une réserve d’huile. Contrairement aux cinq jeunes filles insouciantes, celles-ci ont été prévoyantes, car elles sont éprises de l’époux qu’elles attendent.

Même si le sommeil les surprend, elles ont eu la prudence d’acheter de l’huile pour ne pas risquer de ne pas rencontrer l’Epoux, en ajoutant leur lumière à celle du Christ et en marchant avec lui vers la fête nuptiale. Sans l’amour pour les motiver, elles n’auraient pas pensé à devoir se fournir en huile et seraient restées sans la lumière de l’amour. Seul l’amour pour le Christ, l’Epoux qui vient pour nous faire entrer dans son Royaume nous motive à attendre avec prudence, de manière active et assidue, sans crainte, car même si le corps est endormi, le cœur veille.

2) L’huile de la lampe est l’amour.

Il est à noter que l’Epoux est le premier à aimer, l’attente n’est pas la cause de la rencontre mais celle-ci ne se réalise pas sans l’attente entretenue par le cœur vigilant. Sachons également présenter cette attente en priant : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres ! Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange. Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler. Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes » (Ps 62 – Psaume responsorial de la Messe d’aujourd’hui)

Mais pourquoi le cœur des jeunes filles prudentes, pourtant si ouvert à l’attente de l’Epoux, est-il fermé au partage de l’huile avec les autres jeunes filles, qui le leur demande avec insistance et préoccupation ?

Je vous propose une interprétation spirituelle : « La lampe appartient à toutes les vierges, l’huile que les unes ont, est un don qu’elles ont reçu de Celui qui l’accroît. Chaque jeune fille doit alimenter amoureusement sa relation avec celui qui vient, avant que l’huile ne commence à manquer. C’est pourquoi ce don ne peut pas passer de l’une à l’autre, ne peut être reçu que de celui qui peut le donner à tous. L’huile de la relation d’amour ne peut être acheté et vécu par personne interposée. L’Epoux qui est sa réserve le donne et le verse dans de petites bocaux. L’important n’est pas d’en avoir beaucoup, mais veiller à ce qu’il n’en manque pas et que la lampe reste allumée jusqu’à l’arrivée de l’époux » (D. Mongillo, Per lo Spirito in Cristo al Padre, Bose, Ed. Qiqajon, 2005 p. 16-19).

Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient », ne s’adresse pas qu’aux personnes appelées à la virginité. Elle vaut pour tous les chrétiens et pour tous les temps. La vigilance doit être comprise comme une attitude vitale générale faite de désir et d’attention, d’amour actif et d’espérance.

Naturellement la phrase de l’Evangile d’aujourd’hui : « Les vierges sages sont ces personnes qui ont saisi le moment favorable de leur permanence sur Terre pour faire de bonnes actions, et se sont préparées à la venue du Seigneur. Les vierges insouciantes sont ces personnes, inattentives et obtuses qui ne se préoccupent que des choses présentes et oublient les promesses de Dieu, n’entretiennent pas la flamme de l’espérance de la résurrection.

Un exemple de comment vivre l’existence quotidienne, chez soi ou au travail, nous vient des vierges consacrées.

En se donnant totalement au Christ-Epoux, ces femmes montrent que l’on peut vivre la vie comme une attente, en faisant de la journée, du travail, des occupations, un pas vers l’infini, c’est-à-dire avec le corps sur terre mais l’âme au ciel. Ces consacrées témoignent que l’on peut ne se « préoccuper » que du Christ, et leur unique « préoccupation » est d’être des femmes de prière qui regardent en Haut, là où règne la joie.

C’est le propre de leur vocation comme le rappelle la prière de l’évêque le jour de leur consécration : « Ecoute Seigneur ton Eglise en prière : dans ton amour, prends pitié de celle que tu as appelée ; conduis-la dans la voie du salut et pour qu’elle désire ce qui te plaît et soit toujours vigilante pour l’accomplir. Par Jésus, le Christ notre Seigneur » (Rituel de consécration des Vierges, n 34).

Lecture Patristique
Saint Grégoire de Nazianze (320 – 389) 

Discours 40, 46 (PG 36, 425)

Aussitôt après ton baptême, tu te tiendras debout devant le grand sanctuaire, pour signifier la gloire du monde à venir. Le chant des psaumes qui t’accueillera est le prélude des louanges célestes. Les lampes que tu allumeras préfigurent ce cortège des lumières qui conduira au- devant de l’Époux nos âmes resplendissantes et vierges, munies des lampes étincelantes de la foi.

Prenons garde à ne pas nous abandonner au sommeil, par insouciance, de peur que celui que nous attendons ne se présente à l’improviste, sans que nous l’ayons vu venir. Ne restons pas sans provision d’huile et de bonnes oeuvres, de crainte d’être exclus de la salle des noces.

Je vois, en effet, ce que sera ce malheur si affligeant. L’Époux arrivera. Une voix puissante nous appellera à nous présenter devant lui. Toutes les âmes prudentes iront à sa rencontre avec leur lampe allumée et une réserve d’huile très abondante. Les autres, pleines d’inquiétude, chercheront bien tardivement à en obtenir auprès de celles qui en seront pourvues.

L’Époux fera son entrée en grande hâte. Les premières entreront avec lui. Les autres, tout occupées à préparer leurs lampes, ne trouveront pas le temps d’entrer et seront laissées dehors au milieu des lamentations. Elles se rendront compte trop tard de ce qu’elles auront perdu par leur insouciance. Alors, malgré toutes leurs supplications, elles ne pourront plus pénétrer dans la salle des noces dont elles se seront exclues par leur propre faute.

Elles ressembleront aussi à des invités aux noces qu’un noble père célèbre en l’honneur d’un noble époux, et qui s’abstiennent d’y prendre part. L’un, parce qu’il vient de prendre femme ; un autre, parce qu’il vient d’acheter un champ ; un troisième, parce qu’il a acquis une paire de bœufs (cf. Lc 14,18-20). Ce qu’ils ont obtenu ainsi leur a été bien dommageable, puisqu’ils se sont privés d’un excellent profit pour des avantages médiocres.

Car il n’y a pas de place dans le ciel pour l’orgueilleux et l’insouciant, pour l’homme sans habit convenable, qui ne porte pas le vêtement de noce (cf. Mt 22,11), même s’il s’est cru, sur terre, digne de la splendeur céleste, et s’est introduit furtivement dans le groupe des fidèles en se berçant de faux espoirs.

Qu’adviendra-t-il ensuite? L’Époux connaît ce qu’il nous enseignera quand nous serons au ciel, et il sait quelles relations il entretiendra avec les âmes qui y seront entrées avec lui. Je crois qu’il vivra en leur compagnie, et qu’il leur enseignera les mystères les plus parfaits et les plus purs.

Nous qui vous donnons cet enseignement et vous qui nous écoutez, puissions-nous y avoir part dans le Christ notre Seigneur, à qui soient la gloire et la puissance dans les siècles. Amen.

Source: ZENIT.ORG, le 5 novembre 2020

Lectures de dimanche : la communion surmonte les tempêtes de la vie

Sainte-Marthe, 10 mai 2020 © Vatican Media

Sainte-Marthe, 10 Mai 2020 © Vatican Media

Lectures de dimanche : la communion surmonte les tempêtes de la vie

« Face à la difficulté, ce qui n’a pas de valeur tombe »

« La communion surmonte les tempêtes de la vie » : c’est le titre de la méditation de Mgr Francesco Follo sur les lectures de dimanche prochain, 9 août 2020 (19ème Dimanche du Temps ordinaire – Année A – 1Roi 19,9a. 11 – 13a ; Ps 84 ; Rm 9, 1 – 5 ; Mth 14, 22 – 33).

« Face à la difficulté, ce qui n’a pas de valeur tombe, constate l’observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco à Paris. Même toutes nos hypothèses pieuses, nos pieuses élévations tombent devant la réalité concrète. C’est autre chose qui résiste, c’est seulement l’or qu’est la foi. »

Avant-propos

En ce dimanche, le centre du récit de l’Évangile d’aujourd’hui est l’expression « marcher sur l’eau » qui est répétée quatre fois, deux fois par Jésus et deux fois par Pierre. Marcher sur l’eau est le désir fondamental de l’homme – les eaux représentent l’abîme, la mort – de ne pas être englouti par la mort, de vaincre le mal et la mort. Et la foi est ce qui vous permet de marcher sur l’eau.

Le contexte du récit l’histoire d’aujourd’hui est très suggestif car il représente notre situation après Pâques. Jésus est absent, il est resté seul sur la montagne à prier. Aucun de nous ne le voit. Il est absent, tout seul, sur la montagne, pour être auprès de son Père. Dans la nuit de la vie nous sommes sur un bateau, tous seuls, à ramer pour accomplir la traversée qu’il nous a ordonné de faire.

En réalité, Lui, il n’est pas absent, il est présent dans le pain multiplié et partagé (cf. dimanche dernier). C’est-à-dire que dans l’amour fraternel concret, dans le don de l’Esprit, nous avons la présence même de Dieu qui nous fait passer de la mort à la vie. Mais les apôtres pensent que ce pain est un fantôme, un rituel à célébrer, mais cela a quelque chose à voir avec la vie.

Et, entre autres, nous avons dans l’Évangile de Matthieu trois scènes qui parlent d’une barque. La barque est dès toujours un symbole de l’Église et représente l’Église dans ses trois situations :

– dans la première scène, au chapitre 8, Jésus est avec ses apôtres, il dort et se réveille alors qu’’il semble qu’ils coulent. Cela représente la première vicissitude de l’Église qui est sur la même barque avec Jésus, avec Jésus endormi et se réveillant ; c’est-à-dire avec Jésus ressuscité. C’est la première tempête que les disciples ont connue. Juste dans cette première tempête, Jésus « fait » le pain, c’est-à-dire qu’il donne sa vie pour nous.

– Dans la deuxième scène (celle de l’Évangile d’aujourd’hui) Il n’est plus là : c’est l’histoire de l’Eglise après la Résurrection et l’Ascension. Il est sur la montagne, seul, en train de prier. Nous sommes seuls ici-bas, confrontés aux mêmes difficultés, essayant de marcher sur l’eau comme lui, mais comment y parvenir ? C’est notre problème. C’est le problème de l’Église, c’est le problème de la foi.

– enfin, la troisième scène, décrite au chapitre 16, où Jésus est sur la barque avec ceux qui n’ont pas du pain. Le Christ demande s’ils ont du pain, mais sans trop de levure, car il y a du pain, mais ce pain est corrompu par la levure de puissance et d’autres mauvaises levures.

Le pain que Jésus nous donne c’est pour surmonter les tempêtes de la vie, c’est toujours de marcher, comme il a marché. Comme le pain d’Élie qui lui a servi pour marcher quarante jours et quarante nuits, jusqu’au mont Oreb (cf. 1 Rois, 19).

Quant à la barque, n’oublions pas que c’est quelque chose de très fragile et qui est entre la terre et le ciel, suspendue dans le vide, minée par l’abîme. En outre, dans la nuit la barque est particulièrement impressionnante : elle n’est enveloppée par rien, sauf par l’incertitude. Si alors on se retrouve avec de hautes vagues, avec le vent contraire, c’est une situation très difficile. Et cette scène est un peu la figure de notre vie : nous sommes tous sur la barque, la mer est agitée, le vent est contre elle et l’abîme est aussi contre elle.

Nous sommes en difficulté, mais les difficultés sont la pierre de touche qui raye tout ce qui n’est pas de l’or loin. Face à la difficulté, ce qui n’a pas de valeur tombe. Même toutes nos hypothèses pieuses, nos pieuses élévations tombent devant la réalité concrète. C’est autre chose qui résiste, seulement l’or qui est la foi.

Et c’est pourquoi Paul se vante des tribulations, parce que les tribulations broient (tribuler signifie broyer) cette pierre qui est notre cœur. Et dans ce broyage le cœur est purifié et il ne reste que l’espérance qui ne déçoit pas.

Pour conclure cette prémisse, je voudrais également mentionner le fait qu’aujourd’hui l’Évangile parle de deux solitudes, celle des disciples qui sont seuls ou, mieux encore, isolés sur la barque La leur est une solitude d’isolement, de fermeture sur soi-même et chacun tente de se sauver. Ils sont liés entre eux par la peur.

Le Christ seul sur la montagne pour prier n’est pas isolé car il est communication avec le Père par la prière. La solitude est différente de l’isolement quand on est en communion avec Dieu et, en lui, avec les frères. C’est pourquoi il est important d’imiter Jésus en prière.

  • Prière de Jésus qu’il faut imiter

En lisant la péricope évangélique que la liturgie nous propose aujourd’hui, notre attention est tout de suite attirée par la puissance de Jésus, qui marche sur les eaux, et par sa parole qui calme la tempête sur le lac.

Mais je crois aussi utile et opportun rappeler ce qui précède et ce qui suit ce miracle, qui nous montre comme le Christ ne soit pas seulement celui qui multiplie les pains et les poissons mais aussi le Seigneur qui domine la nature. En effet au début de cet évangile Saint Mathieu nous parle de la prière solitaire de Jésus (« il monta dans la montagne pour prier à l’écart » – Mth 14,23) et en fin nous raconte la profession de foi des disciples («Vous êtes vraiment le Fils de Dieu » Mth 14,33).null

Dans le rythme intense de sa journée, Jésus a toujours su trouver le temps pour la prière personnelle : soit le matin tôt soit le soir tard, après avoir renvoyé́ les foules comme on vient de le lire dans cet épisode de l’Evangile. Certes, pour nous c’est impossible épuiser et pénétrer jusqu’au fond du secret de cette prière solitaire de Jésus ; néanmoins on peut s’y approcher un peu plus en gardant à l’esprit le fait que Jésus s’adresse à Dieu en l’invoquant toujours avec le nom de « Père ». Sa prière est avant tout une prière filiale. De surcroît en vertu de cette caractéristique foncière, elle est aussi obéissante.

La prière de Jésus est à la foi la prière du Fils et celle du Serviteur du Seigneur. Et à vrai dire, même dans le mot « père » sont inclues ces deux dimensions de familiarité et d’obéissance. Donc la conscience d’être le Fils et la totale dépendance de Dieu sont les deux pôles de la prière de Jésus, mais elles sont avant tout la structure même de sa personne. Mais il ne devrait-il être ainsi pour chaque chrétien ? Je dirai que oui.

Jésus n’est pas seulement le fils de David descendent messianique et royal, le Serviteur dont Dieu se complaît, mais il est aussi le fils unique, le bien-aimé, celui qui est semblable à Isaac, qui est donné par Dieu le Père pour le salut du monde. Au moment où Jésus à travers la prière vit avec intensité sa nature de Fils et l’expérience de la paternité de Dieu (cfr. Lc 3,22b), on voit descendre l’Esprit (cfr. Lc 3,22a), qui le conduit à sa mission et qui par lui sera répandu depuis le siège élevé de la croix, à fin qu’il puisse éclairer l’œuvre de l’Eglise.

Il faut donc regarder à Jésus et à sa prière, qui traverse toute sa vie (et pas seulement l’épisode d’aujourd’hui), comme un canal qui irrigue et arrose l’existence, les relations, les gestes, etc. …, et qui le conduit au don total de soi, selon le projet d’amour de Dieu le Père pour les hommes. Pierre de renouveler devant Dieu notre décision personnelle de s’ouvrir à sa volonté, de lui demander la force de conformer notre volonté à la sienne, en tout moment de notre vie, toujours en obéissance de son projet d’amour pour nous.

  • Une invocation pour tous les jours

Mais venons à la partie centrale de la narration évangélique d’aujourd’hui : le navire secoué par les flots de la mer, la peur des disciples, les paroles de Jésus et le cri de peur de Pierre. Le premier des apôtres offre sa peur à Celui qui aime et cri « Seigneur sauve-moi ». L’important est avoir la foi et prier comme Pierre.

Si l’on regarde à cette scène, on voit Pierre qui marche sur les eaux comme Jésus, mais non grâce à sa propre puissance. Cette possibilité repose uniquement sur la parole du Seigneur (« viens ») et la force réside entièrement dans la foi. Il s’agit d’un grand enseignement pour tout le monde. Disons-le bien : seulement accroché à cette foi le disciple peut répéter les mêmes miracles du Seigneur.

Cependant, cette foi commence à ce fêler comme une vitre (« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »), alors le disciple revient à être une proie facile des forces du mal. Le doute, dont on parle ici, n’est pas de nature intellectuelle concernant des vérités de foi, mais il est plutôt un manque de confiance face aux difficultés de la vie, ou bien encore la carence de foi en l’Amour qui nous a créés.

Saint Pierre a peur quand il regarde seulement à soi-même, à la force du vent, et non à la présence amoureuse de Jésus. De cette façon la peur tue le courage et fragilise la rencontre avec le Seigneur.

En tout cas Saint Pierre a su demander à Jésus d’exercer son autorité au profit de son rapport avec Lui. Toutefois l’audacieuse requête de l’apôtre exprime une vraie foi en le Seigneur des éléments et une sincère affection pour lui.

Sans réfléchir au danger, brûlant de ferveur spirituelle pour la présence du Sauveur, Pierre sort du bateau. Mais aimant avec peu de constance et avec une sagesse amoindrie il se fait emparer par la peur des rafles d’un vent soudain et de cette façon Jésus est contraint de le saisir de la main, comme il l’avait fait pour la belle mère malade du prince des apôtres. Et la main du Seigneur le sauve.

Parfois on arrive à mieux supporter des lourdes épreuves plutôt que des souffrances de moindre importance. Pierre, le marin, que jusqu’à se moment-là il avait lutté contre la mer, maintenant est saisi par la peur du vent. Au vrai ce qui changea ne furent pas les conditions   extérieures, mais l’état d’esprit. Mais si la peur ne crée pas l’amour, toutefois elle est capable de le susciter : un amour qui nous constitue et auquel il est raisonnable s’écrier : « Seigneur sauvez-moi ». A cet homme qui hurlait sa souffrance et sa demande de vie Jésus tend immédiatement sa main et il le saisit, en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? ». La main tendue et la douce réprimande ont la capacité à eux seuls de renforcer la foi des présents bien plus que la vue de Jésus qui marche sur les eaux. Le Seigneur exauce toujours la demande de foi et quand la foi se réveille, il n’y a aucun besoin que Jésus donne des ordres au vent : « Et lorsqu’ils furent montés dans la barque, le vent tomba », et « Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, disant : ‘Vous êtes vraiment le Fils de Dieu’ » (Mt 14,33).

3) Jésus ne tend pas seulement sa main. 

La réponse au cri de peur équivaut à un geste concret d’amour fraternel. Le Seigneur nous rejoint au centre de notre faible foi. Il nous rejoint et il ne nous pointe pas du doigt à fin de nous accuser, mais il tend sa main pour saisir la nôtre et il efface la peur un embrassement. Jésus est alors la splendeur d’une étreinte, qui humainement il a appris de sa Mère, Marie. Cette humble et grande femme qui était « Vierge humble de cœur et qui mettait tout son espoir dans la prière du pauvre » (cfr. Saint Ambroise, De Virginibus II,2).

Cette créature par la plénitude de sa grâce, qui l’avait comblé du premier instant de son existence, vivait comme une vierge, c’est-à-dire comme quelqu’un qui est conscient d’être constamment aimé par Dieu. La virginité est la gratuité de l’amour de Dieu qui donne la vie. On ne peut pas obliger l’autre à nous aimer, on peut seulement recevoir son amour.null

La vierge Marie était donc humble et mettait tout son espoir dans la prière du pauvre, en demandant que cet amour gratuit fût renouvelé à chaque instant, que la plénitude de grâce fût renouvelée constamment.

Saint Thomas d’Aquin affirme que la charité, en tant qu’attractive, est pour l’homme, même atteint par le péché, plus puissante et forte que tout attractive naturelle (Saint Thomas, Summa Theologiae II-II q. 23 a. 2). La charité est incomparable, en tant qu’attractive attachante, par rapport à l’attractive naturelle de l’homme vers la femme.

La virginité vécue par les consacrés du monde entier est un amour qui naît du bonheur de se savoir aimés par Dieu : elle donc ne naît pas d’une carence et elle n’est pas moindre par rapport à l’amour conjugal. Bien au contraire elle est plénitude.

Ces vierges consacrées montrent par leur vie ce que Saint Augustin dit de la beauté de Jésus : « Pour nous qui croyons, que Epoux apparaisse toujours dans sa beauté. est beau comme Dieu, puisque le Verbe est Dieu; il est beau dans le sein de la Vierge il se revêt de la nature humaine sans se dépouiller de la nature divine: il est beau dans sa naissance, ce Verbe enfant; car cet Enfant à la mamelle, et dans les bras de sa mère, donne la parole aux cieux, fait chanter sa gloire par les anges ; une étoile amène à sa crèche les Mages qui l’y adorent, lui qui est la nourriture des pacifiques . Il est donc beau dans le ciel et beau sur la terre; beau dans les entrailles virginales, beau dans les bras maternels; beau dans ses miracles et beau dans la flagellation; beau quand il nous invite à sa vie, beau quand il méprise la mort ; beau quand il donne son âme, et beau quand il la reprend; beau sur la croix, beau dans le sépulcre, beau dans le ciel » (Saint Augustin, Enarrationes in psalmos, 44, 3).

A cette beauté les Vierges se sont consacrées avec bonheur comme l’indique aussi la prière solennelle de consécration : « Heureux ceux qui consacrent leur vie au Christ et le reconnaissent comme source et raison d’être de la virginité. Ils ont choisi d’aimer Celui qui est l’époux de l’Eglise Et le Fils de la Vierge Mère !» (Rite de Consécration des Vierges 24).

Lecture patristique

Saint Jean Chrysostome

In Matth 49, 3 ; 50, 1 – 2

Raison de la retraite de Jésus sur la montagne 

Jésus garde comme pratique habituelle avant d’accomplir des grands miracles, celle de renvoyer les foules et aussi les disciples, à fin nous apprendre à ne pas rechercher la gloire des hommes et à ne pas se conformer à l’avis des foules. Et d’ailleurs le mot utilisé ici par l’évangéliste « obligea », montre le grand désir que les disciples avaient de rester en compagnie de Jésus.

Jésus donc les éloigne sous prétexte qu’il doit congédier la multitude, mais en réalité il veut rester seul pour se retirer sur la montagne. Et il se comporte de cette façon pour nous donner un nouvel enseignement : il ne faut pas demeurer toujours avec les foules, mais il ne faut même pas les enfuir toujours ; il faut par contre faire les deux choses à la fois, et il faut les faire avec profit selon l’alterne nécessité et opportunité.

Mais pourquoi Jésus mont-il sur la montagne ? pour nous apprendre que le désert et la solitude sont propices quand on veut prier Dieu. C’est pour cette raison qu’il se retire souvent dans des lieux solitaires où il passe sa nuit en oraison continue. De cette façon il nous pousse à rechercher le temps et le lieu les plus tranquilles pour nos prières. En effet la solitude est la mère de la paix et de l’apaisement ; il s’agit d’un port tranquille qui nous met à l’abri des tumultes du monde. C’est pour cela alors que Jésus se retire sur la montagne.

Ces disciples par contre sont à nouveau submergés par les flots et ils doivent supporter une violente tempête. Mais si là-bas le Seigneur était avec eux sur le bateau, ici ils sont seuls et éloignés du Maître. En effet il veut les conduire doucement et petit à petit vers des expériences de plus en plus profondes. En particulier il veut ils apprennent à supporter courageusement tout ce qui leur arrive. Quand ils étaient en train d’encourir dans le premier danger Jésus était présent même s’il dormait, et il aurait pu leur offrir une aide immédiate.

Or pour les habituer une patience majeure il ne resta pas avec eux, mais il se retire en permettent qui se développe une grande tempête dont la violence fait craindre qu’il n’y ait plus d’espoir. Et il les laisse tout la nuit à la merci des flots pour réveiller – comme je pense – leur cœur endurci.

En effet ceci était le résultat de la peur qui était augmentée aussi par les ténèbres de la nuit.

En réalité outre cette profonde et aigüe peur, Jésus veut exciter chez les disciples un plus grand désir et un constant souvenir de lui : c’est pour cela qu’il ne se présente pas immédiatement à eux.

Source: ZENIT. ORG, le 7 juillet 2020

« Le Royaume des Cieux semé par l’amour du Christ », par Mgr Follo

Mgr Follo, 28 juin 2020 © Anita Sanchez

Mgr Follo, 28 Juin 2020 © Anita Sanchez 

« Le Royaume des Cieux semé par l’amour du Christ », par Mgr Follo

« Notre cœur de « terre » devient de « ciel », s’il accueille la Parole du Christ »

« Le Royaume des Cieux est semé en nous par l’amour du Christ », explique Mgr Francesco Follo dans son commentaire hebdomadaire des lectures de la messe du dimanche.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, invite à « comprendre que notre cœur de « terre » devient  coeur de « ciel », s’il accueille la semence de la Parole du Christ ».

Il commente ainsi les lectures de dimanche prochain, 19 juillet 2020, 16e dimanche du Temps ordinaire (Année A).

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose une homélie de Grégoire Palamas (XIVe s.).

AB

Le Royaume des Cieux est semé en nous par l’amour du Christ

 1) Le Royaume gouverné par l’amour de Dieu puissant et miséricordieux.

Le passage tiré du livre de la Sagesse (12,13.16-19), et proposé comme première lecture de la Messe d’aujourd’hui, rappelle la puissance providentielle de Dieu – Amour. Celui-ci exerce son pouvoir avec une douce patience et une clémence indulgente, délicate et lente de colère. Grâce à cette « lenteur », Dieu se différencie de toutes les autres divinités anciennes et aussi des puissants de ce monde, qui exercent leur pouvoir sans « la modération » de l’Amour, mais avec la violence de la force et non avec celle de l’amour vrai qui est toujours délicat. Entre autres, selon l’auteur du livre de la Sagesse, le peuple de Dieu devrait se comporter comme son Dieu, en se montrant ami des hommes. Il devrait toujours se souvenir que même pêcheur, il peut compter chaque jour sur la miséricorde divine.

Dans la 2ème lecture prise de la lettre de Saint Paul Apôtre aux Romains (8,26-27), il nous est rappelé que, seuls et sans la prière, nous sommes incapables de rejoindre le salut offert par la miséricorde. L’Esprit donc, qui est en nous par le baptême, nous aide à formuler cette juste prière qui est selon Dieu, c’est-à-dire selon son plan du salut, et qui a comme objet notre salut.

A travers la Parabole du bon grain et de l’ivraie (1), comme aussi à travers celle du petit grain de moutard et celle du levain dans la pâte l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 13,24-43) parle du Royaume gouverné par la puissance patiente et aimante de Dieu. Le Royaume des Cieux signifie la seigneurie de Dieu, ce qui implique que sa volonté doit être prise comme critère directeur de notre existence.

Le fil rouge des trois paraboles d’aujourd’hui est le Royaume des Cieux. Et ici, comme dans les autres moments où le Christ utilise le mot « cieux », ce mot indique non seulement la hauteur au-dessus de nous, mais indique aussi ces espaces infinis, typiques de l’intériorité de l’homme. De plus, le Rédempteur parle du Royaume des Cieux comme d’un champ de blé, pour nous faire comprendre que quelque chose de petit et de caché est semé en nous qui, cependant, possède une force de vie irrépressible. Si elle est reçue avec amour, la graine se développera malgré les difficultés et portera beaucoup de fruit.

Ce fruit ne sera bon que si le sol de la vie a été cultivé selon la volonté divine. Pour cette raison, dans la parabole du bon blé et de l’ivraie (Mt 13,24-30), Jésus nous avertit qu’après les semailles faites par le maître, « pendant que tout le monde dormait », « son ennemi » est intervenu et a semé de la mauvaise herbe. Cela signifie que nous devons être prêts à garder la grâce reçue le jour du baptême, en continuant à nourrir la foi dans le Seigneur, ce qui empêche le mal de prendre racine. Commentant cette parabole, Saint Augustin observe que « beaucoup sont d’abord de l’ivraie et deviennent ensuite du bon blé » et ajoute: « S’ils n’étaient pas tolérés avec patience, ils ne viendraient pas au changement louable » (Quest. Septend. In Ev. Sec. Matth., 12, 4: PL 35, 1371).

La présence de l’ivraie dans le champ de blé – même si les serviteurs montrent qu’ils en sont surpris – n’est pas en réalité le trait le plus imprévu et surprenant de la parabole de l’ivraie. C’est d’ailleurs vrai car, aux serviteurs qui Lui demandent des explications, le Maitre répond simplement : « l’ennemi a fait ceci ». L’affirmation qu’au temps de la moisson le grain et l’ivraie seront soigneusement séparés n’est pas inattendue non plus : le grain sera récolté dans le grenier et l’ivraie jetée dans le feu. L’étonnement de l’auditeur – étonnement qui, comme il arrive souvent, indique le point où il faut se concentrer – est dans le fait que l’ivraie ne doit pas être arrachée tout de suite, mais elle doit plutôt pousser avec le grain jusqu’au moment de la récolte : autrement il y a le risque – ajoute ironiquement le Maitre – d’arracher le grain et de laisser l’ivraie.

Jésus ne se sépare pas des pêcheurs mais va chez eux (chez nous), il ne les (nous) abandonne pas mais les (nous) pardonne. Accueillons-Le, Bonté infinie et avant d’extirper l’ivraie chez les autres, efforçons-nous de l’enlever de notre cœur, en « profitant » de la patience de Dieu.

En effet, dans la parabole du blé et de l’ivraie, Jésus dénonce notre hâte de purge. Le bon blé et l’ivraie poussent ensemble. Que doit faire l’agriculteur? Séparer le blé de l’ivraie avant la récolte? Non, répond le Seigneur. Lorsque le bon moment (le kairòs) sera venu, le bon grain sera séparé du mauvais grain. Le fait est que nous luttons pour accepter la sagesse patiente de Dieu, nous sommes impatients. Nous voudrions mettre immédiatement les justes d’un côté, les méchants de l’autre, notre place étant – à notre avis évidemment – parmi les premiers.

2) Patience, Fidélité, Confiance

Le centre de la parabole se situe donc ici, dans cette patience miséricordieuse de Dieu, dans sa – fait étrange pour nous – politique d’attente. Toutefois ce passage de l’Evangile n’est pas uniquement une invitation à la patience, mais aussi une invitation à la fidélité. Le Christ explique clairement que la vraie justice arrivera à la fin des temps. Jusqu’à présent, nous devons vivre avec l’ivraie en évitant que le bon grain ne soit endommagé. Si cela montre la fidélité à ce bon grain qui nous nourrit, la patience est indiquée par le fait que celui qui représente l’ivraie doit être toléré en espérant qu’il se convertisse. Mais laissons Dieu juger à la fin. Ce n’est pas à nous de faire justice, c’est à nous de témoigner dans la charité en priant pour que notre foi augmente.

C’est notre foi qui doit continuellement se confirmer et croître. Chaque indécision peut être risquée et peut permettre à l’ennemi de jeter de la mauvaise semence même dans un champ très bien cultivé. Le Seigneur lui-même nous avertit « pendant que tous les hommes dormaient….. ». Ceci est un avertissement pour tous, non seulement pour ceux qui doivent veiller sur l’intégrité du champ. Veiller même lorsqu’il n’y a pas de danger. On ne reconnaît en effet seulement l’ivraie qu’une fois qu’elle a grandi et que l’arracher peut être dangereux pour le blé. Il s’agit là d’une invitation claire à la sagesse prévoyante.

D’ autre part, la parabole de l’ivraie est un message de confiance pour les disciples d’hier et d’aujourd’hui. Même si dans le monde, la présence du mal existe, Dieu est déjà en train de réaliser son œuvre de salut. A travers la prédication de Jésus, Dieu répand et fait grandir dans les cœurs de tous les hommes la bonne semence, jusqu’à la fin du monde, quand Dieu séparera les justes des mauvais. Le temps durant lequel la parole semble suffoquer par l’action de l’ennemi est le temps de la patience salvifique de Dieu.

C’est seulement à Dieu de juger : nous, les croyants, devons imiter la bonté du Sauveur et prier pour que le pêcheur se convertisse. Prier signifie demander dans la charité la moisson finale, par laquelle le bien triomphera définitivement sur le mal. Prier c’est s’unir à Dieu, riche de miséricorde, qui cherche à ramener la brebis égarée dans la bergerie. Prier en Dieu, c’est avoir confiance dans l’annonce de la Parole qui reste même dans le mal. Prier, enfin, c’et finalement se laisser pénétrer par l’Esprit « qui nous vient en aide pour nos faiblesses » (Rm 8,26).

Aussi dans la deuxième parabole de l’Evangile d’aujourd’hui (Mt 13,31-32), Jésus nous invite-t-il fortement à avoir confiance en ses actions : Lui a vaincu la mort et le péché et, en instaurant le règne avec Sa prédication et Sa présence, nous fait participer à la vie divine.

La troisième parabole (Mt13,33) est semblable à la deuxième. Jésus souligne la disproportion entre la pincée de levain avec laquelle la femme pétrit la farine et la quantité énorme de pate levée qui en dérive. Cette comparaison explique l’activité du Fils de Dieu, qui, aux yeux des humains d’hier et d’aujourd’hui, apparaît sans importance et, la force silencieuse et spectaculaire avec laquelle Dieu transforme le monde et sauve l’homme. Le levain représente donc la force de l’Evangile qui, même si elle est cachée et silencieuse aux yeux de l’histoire, fermente dans les cœurs des croyants jusqu’ à la fin des siècles.

Pour que la parole de Jésus puisse fermenter dans nos cœurs, nous devons être disponibles, à son écoute : méditer tous les jours les Ecritures Saintes et participer assidûment aux sacrements. En fait, nous devons laisser entrer le Sauveur dans notre maison, dans le « champ » de notre âme.

3) La terre de notre cœur

Notre cœur est un petit grumeau de terre, où la bonne semence a été semée, mais qui est assiégé par l’ivraie.

Avec nos manières peu bienveillantes envers les autres et envers nous-même, nous voudrions arracher tout ce qui est immature, erroné, puéril et méchant. Le Seigneur dit : Soyez patients, n’agissez pas avec violence, car votre cœur est capable de grandes choses quand il est doux et humble, non pas quand il a de grandes réactions immédiates.

Mettons-nous sur le chemin sur lequel Dieu agit, adoptons son mode d’agir : pour vaincre la nuit, Il fait apparaître le matin ; pour faire fleurir le champ, Il jette une infinité de semences de vie ; pour faire lever la farine immobile, Il y met une pincée de levain. Il est le Semeur de l’Amour qui porte sur lui le péché pour transfigurer le pêcheur. Il ne détruit pas l’homme ancien pour construire l’homme nouveau : il le rachète.

Les Vierges consacrées dans le monde montrent que l’important c’est regarder la vie comme Dieu la regarde. Les serviteurs voient surtout les mauvaises herbes, le négatif, le danger. Le Christ et les personnes consacrées fixent leur regard sur le bon grain, l’ivraie est secondaire.
Avec leur dévotion au Christ, elles montrent que nous ne sommes pas créés à l’image de l’ennemi et de sa nuit, mais à l’image du créateur et de son jour (comme le rappelle le Rite de Consécration des Vierges au n. 24 : « Par Jésus Christ, ton fils, Lui par qui tout a été fait, tu renouvelles en tes enfants ton image déformé par le péché. Tu veux non seulement les rendre à leur innocence première, mais encore les conduire jusqu’à l’expérience des bien du monde à venir »).

Aucun être humain ne coïncide avec son péché et avec ses ombres. Mais si nous ne voyons pas la lumière en nous, nous ne la verrons en personne. Ces femmes ne se préoccupent pas de l’ivraie, des défauts, des faiblesses, mais elles se préoccupent de cultiver une vénération profonde pour les forces que sont la bonté, de la générosité, de l’attention, de l’accueil et de la liberté que Dieu leur livre à travers la vocation.

Elles incarnent, selon moi, le message de la parabole d’aujourd’hui : elles vénèrent la vie que Dieu leur a préparée. Elles la protègent pour elles et pour les autres. Avec la prière constante, elles pensent au bon grain, aiment les germes de vie que Dieu leur donne, gardent chaque bon bourgeon, sont indulgentes envers toutes les créatures. Et même envers elles-mêmes.Prenons-les comme exemple, et tout notre être fleurira dans la lumière.

Lecture patristique

Grégoire Palamas (+ 1359)

Homélie 27 (PG 151, 345-348.352-353)

Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla.

Et le Seigneur ajoute: L’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. Puisqu’ils accomplissent les mêmes oeuvres que lui, ils portent, en effet, son empreinte et demeurent ses rejetons et ses fils adoptifs. Et le temps fixé pour la moisson, c’est la fin de ce monde. Car, cette moisson qui a commencé il y a bien longtemps et s’effectue aujourd’hui encore par la mort, parviendra alors à son total achèvement. Et les moissonneurs, ce sont les anges. Ceux-ci, en effet, sont les serviteurs du Roi des cieux, et ils le seront surtout à cette heure-là. De même, dit Jésus, qu’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin de ce monde. Le Fils de l’homme, qui est aussi le Fils du Père, du Très- Haut, enverra donc ses anges et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres.

Ainsi, les serviteurs du Seigneur, autrement dit les anges de Dieu, s’aperçurent qu’il y avait de l’ivraie dans le champ, c’est-à-dire que les impies et les méchants étaient mêlés aux bons et vivaient avec eux, même dans l’Église du Christ. Ils dirent au Seigneur: Veux-tu que nous allions enlever l’ivraie?, en d’autres termes: « que nous étions ces gens de la terre en les faisant mourir »? Mais le Christ leur répondit: Non, de peur qu’en enlevant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé en même temps.

Si les anges avaient ainsi enlevé l’ivraie, s’ils avaient frappé à mort les méchants pour les séparer des justes, comment auraient-ils donc pu déraciner aussi le blé, c’est-à-dire les bons? Beaucoup d’impies et de pécheurs, vivant avec les gens pieux et les justes, en arrivent avec le temps à se repentir et à se convertir; ils se mettent à l’école de la piété et de la vertu, et cessent d’être de l’ivraie pour devenir du blé. Ainsi les anges risquaient-ils, s’ils saisissaient de force ces hommes avant qu’ils pussent se repentir, de déraciner le blé en enlevant l’ivraie. De plus il s’est trouvé souvent des hommes de bonne volonté parmi les enfants et les descendants des méchants. Voilà pourquoi Celui qui connaît toutes choses avant qu’elles ne soient n’a pas permis d’arracher l’ivraie avant le temps fixé. Au temps de la moisson, a-t-il dit, je dirai aux moissonneurs: Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier.

Aussi celui qui veut être sauvé du châtiment sans fin, et veut hériter du Royaume éternel de Dieu, ne doit-il pas être l’ivraie, mais le blé. Qu’il s’abstienne de toute parole vaine ou méchante, qu’il exerce les vertus contraires à ces vices et produise les fruits de la pénitence! C’est ainsi, en effet, qu’il deviendra digne du grenier céleste, qu’il sera appelé fils du Père, le Très-Haut, et que, tout joyeux et resplendissant de la gloire divine, il entrera comme héritier dans son Royaume.

Puissions-nous tous y parvenir par la grâce et l’amour de notre Seigneur Jésus Christ. A lui, la gloire avec son Père éternel et l’Esprit très saint, bon et vivifiant, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

***

NOTE

(1) Dans la parabole de l’ivraie, on trouve substantiellement le même déroulement que dans la parabole du Semeur. On y décrit la sorte de semence (la Parole de Jésus et Jésus qui est la Parole), dont la croissance dans le monde est liée par l’action de l’ennemi, qui sème l’ivraie, une mauvaise herbe qui s’accroche au blé. Ce n’est pas parce que la bonne semence a été conservée que l’ivraie a été extirpée avant la récolte. A présent seulement, il est possible de séparer la bonne semence de l’ivraie.

Source: ZENIT.ORG, le 16 juillet 2020 par Mgr Francesco Follo

« Pour se redécouvrir fils il faut être «petits», donc humbles et intelligents » par Mgr Follo

Mgr Follo, 2016 © courtoisie de la Mission du Saint-Siège à l'UNESCO

Mgr Follo, 2016 © Courtoisie De La Mission Du Saint-Siège À L’UNESCO

L’humilité, c’est le « fondement de la vie spirituelle »

« Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus nous montre le chemin concret pour que notre liberté s’ouvre à L’accueillir et que nous marchions avec Lui vers l’accomplissement de notre destin », écrit Mgr Francesco Follo dans ce commentaire des lectures de la messe du 5 juillet 2020 (14edimanche du Temps ordinaire – Année A ).

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris (France), fait notamment remarquer que l’humilité, c’est  le « fondement de la vie spirituelle ».

AB

Pour se redécouvrir fils il faut être « petits », 

donc humbles et intelligents

            Avant-propos.

Avant de commenter l’évangile de ce XIVème dimanche du temps ordinaire, il est utile d’illustrer brièvement la prière de Jésus à Dieu le Père qui est proposée aujourd’hui.

Tout d’abord, le Fils de Dieu bénit son Père. Bénir signifie « dire-bien » en public, cela signifie être heureux du Père et lui exprimer cette joie. La prière est fondamentalement une bénédiction parce que nous sommes heureux de Dieu. Lui, il « donne-bien », nous « disons-bien », ce qui signifie que nous reconnaissons le bien qu’Il nous donne comme don, et que nous expérimentons en toutes choses qu’Il nous donne son amour. Dans la bénédiction, au lieu de nous arrêter sur ce que Dieu donne, ce qui en fait un fétiche, nous allons vers lui et vers son amour. Et quand nous ne bénissons pas, après tout, d’une manière idolâtre, nous nous approprions des choses qui deviennent notre Dieu.

Par conséquent, la bénédiction est ce qui nous éloigne de l’idolâtrie. Seul Dieu doit être béni, puis aussi tous les êtres humains parce qu’ils sont ses enfants. Et ce Dieu s’appelle Père. Le mot Père, en hébreu Abbà, doit être considéré comme le centre de toute la révélation chrétienne. Abbà est le premier bégaiement du bébé. Et comme à travers « ba, ba, ba ba », l’enfant entre en communion avec le Père, ainsi, en disant « Abba », Dieu est reconnu Père par nous.

Jésus a placé sur nos lèvres et dans nos cœurs ce mot « Abba », par lequel nous reconnaissons que Dieu est Père avec tout ce que le terme Père implique.

À la lumière de ces annotations, nous pouvons nous demander : « Qu’est-ce que Jésus est venu nous apporter ? Le Fils de Dieu fait homme est venu pour nous apporter une relation différente avec Dieu. Précisément à travers le mot le plus fondamental, en effet c’est le premier mot précisément que l’enfant dit. Il s’adresse à une personne et  n’exprime pas seulement un besoin ou une plainte. En disant « papa », nous réalisons une vraie communication, une communication de confiance, de tendresse, d’amour.

Jésus est venu nous redonner ce que nous sommes, nous sommes des fils et nous, êtres humains, ne pouvons exister que lorsque nous pouvons nous abandonner à un amour infini, car avant d’en avoir fait l’expérience, nous le recherchons, sinon il n’a pas de raison suffisante d’exister, c’est toujours dans un état d’abandon et en quête de confirmation d’amour, de valeur. Notre valeur est infinie, c’est l’amour infini que Dieu Père a pour le Fils. « Tu les aimes comme Tu m’aimes » dit Jésus de chacun de nous, c’est-à-dire que Dieu nous aime d’un amour unique et total, comme le Père aime le Fils : Jésus est venu révéler cela et nous le donner. Il en découle une attitude de liberté : le Fils est le Fils car il est libre d’amour, d’abandon, de tendresse, de don. En disant le Notre Père nous recevons le sourire du Père sur notre vie qui -donc- est dans la sécurité et la confiance.

1) Les doux [1]de cœur

Après le chemin du Carême et de la Passion (le chemin de la croix) et de Pâques (le chemin de la Lumière), après les solennités de la Trinité (communion d’Amour et de Lumière) et du Corps du Christ (le don de Sa vie pour la nôtre), la liturgie reprend le cours du « temps ordinaire ». La liturgie nous offre la Parole de Dieu pour poursuivre le parcours commencé en janvier, nous invitant à suivre Jésus et à écouter ce qu’il a à nous dire dans la vie ordinaire d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, les paroles de Jésus sont réellement consolantes : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes » (Mt 11,29-30). A l’humilité du Fils de Dieu qui s’incarne, il faut répondre avec l’humilité de notre foi. L’humilité de reconnaître que, pour vivre, la bonté miséricordieuse d’un Dieu qui pardonne chaque jour nous est indispensable. Et nous, nous nous faisons, autant que nous le pouvons, semblables au Christ, le seul Parfait, lorsque nous devenons, comme Lui, des hommes de miséricorde, en l’imitant Lui qui est doux et humble de cœur.

Souvenons-nous aussi des paroles du prophète Zacharie : « Ainsi parle le Seigneur : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi ; il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune. Ce roi fera disparaître d’Ephraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays (Za 9,9-10 – Première lecture de la messe d’aujourd’hui). Ces paroles encadrent celles de Jésus qui nous sont proposées aujourd’hui, comme celle de la béatitude dans laquelle il dit « Heureux les doux : ils auront la terre en partage » (Mt 5, 4). En rapprochant cette béatitude de l’invitation : « mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29), nous en déduisons que les béatitudes ne sont pas uniquement un beau programme éthique que le maître tracerait à son bureau à l’intention de ses disciples ; elles sont l’autoportrait de Jésus. C’est lui le vrai pauvre, le doux, le pur de cœur, le persécuté pour la justice. C’est lui, le vrai roi de la paix qui restore ses sujets et les protège avec le sceptre de la croix, sceptre de puissante douceur.

En effet, la plus grande preuve de la douceur royale du Christ est sa passion. Nul mouvement de colère, nulle menace : « Lui qui, insulté, ne rendait pas l’insulte, dans sa souffrance ne menaçait pas » (1P 2,23). Ce comportement de Jésus était tellement ancré dans la mémoire de ses disciples que saint Paul, en voulant exhorter les Corinthiens par quelque chose de cher et de sacré, leur écrit : « Je vous le demande par la douceur et la bonté du Christ » (2Co 10,1). Mais Jésus a fait bien plus que de nous donner un exemple de douceur et de patience héroïque ; il a fait de la douceur le signe de la vraie grandeur qui ne consistera plus désormais à s’élever au-dessus des autres, de la masse, mais à s’abaisser pour servir et élever les autres. Augustin dit que sur la Croix, Il révèle que la vraie victoire ne consiste pas à faire des victimes, mais à se faire une victime, « Vainqueur parce qu’il est victime (Victor quia victima) » (Les Confessions, 10,43).

2) Les humbles de cœur      

Dans un monde où l’on est incité à se mettre en avant, l’Evangile nous invite à rester en arrière, « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes » (Mt 11,29). Doux et humbles sont deux termes que Jésus s’applique à lui-même. Justement parce qu’ils témoignent de son attitude envers Dieu et envers les hommes. Envers Dieu, une attitude de confiance, d’obéissance et de docilité. Envers les hommes, une attitude d’accueil, de patience, de discrétion, de disponibilité et de pardon, à savoir, le service des autres. L’adjonction de la tournure « de cœur » n’est pas anodine : elle indique que les dispositions de Jésus envers le Père et envers les frères, s’enracinent au plus profond de son cœur et englobent toute sa Personne.

Il est bien vrai que l’humilité, comme la pauvreté, semble être une condition pour que l’homme puisse vivre un rapport avec Dieu. Elle en est même la condition essentielle. Mais comme saint François d’Assise le perçut, il est tout aussi vrai que l’humilité est une caractéristique de Dieu.

Quand un être humain s’agenouille devant Dieu, le Seigneur du ciel, ce n’est pas de l’humilité, c’est seulement du réalisme. Lorsque Dieu se penche sur le malade, sur le pécheur, quand il s’incline pour laver les pieds de l’homme, c’est de l’humilité divine. En s’incarnant, le Fils de Dieu ne renie pas sa dignité infinie, il la manifeste de façon sublime, délicate et pleine d’amour. Dieu s’abaisse pour se donner totalement à l’homme, pour le sauver. Il se fait « rien », pour que l’homme soit tout.

Il ne s’agit d’un événement unique, advenu il y a deux mille ans, mais cela se produit chaque fois qu’Il est présent à la Messe à travers le pain et le vin pour se donner, pour être mangé : la Messe trouve son accomplissement dans la communion eucharistique où Il se donne totalement jusqu’à disparaître. Il est tout pour chacun de nous et en chacun de nous.

Dieu est humilité parce qu’Il est amour, nous enseigne saint François d’Assise qui connaissait Dieu de façon sublime. Un peu parce qu’il en avait l’expérience, un peu parce qu’il méditait les Saintes Ecritures dans l’Eglise. En effet, déjà dans l’Ancien Testament, Dieu affirme que « ses délices (celles de Dieu) résident dans le fait qu’Il est avec les fils des hommes ». Pensons à la joie du Père d’être dans le cœur de Jésus, pensons à la joie de Jésus parce que Dieu s’est plu à cacher sa grandeur aux grands pour la révéler plutôt aux petits et aux oubliés jusqu’à se faire le garant de notre pauvre et fragile vie humaine et en subir le sort. Saint Paul se réfère à ce mystère lorsqu’il dit : »Lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu, mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme… C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom » (Ph 2,6-9). C’est là l’humilité de Dieu, c’est-à-dire sa complaisance envers ce qui, devant Lui, n’est rien ; ceci n’est possible que parce qu’il est le Tout-Puissant. C’est là l’humilité de Jésus-Christ « Lui aussi, le Fils de Dieu s’abaisse pour recevoir l’amour du Père » (le Pape François, dans son homélie du 27 juin 2014).

Enfin, l’amour chrétien, cet amour que porte la vie de Jésus, et qui, selon saint Jean, est Dieu lui-même, repose sur l’humilité.

3) L’humilité, fondement de la vie spirituelle

Nous pourrons dire en conclusion que l’humilité est le fondement de la vie spirituelle, en particulier pour les Vierges consacrées au milieu du monde.

La vie spirituelle implique toujours le sentiment du vraiment rien devant Dieu, un rien qui n’exclut pas le fait que la créature existe, mais qui exclut tout sentiment d’opposition, tout sentiment d’altérité, tout sentiment qui donne à l’homme la conscience d’être quelque chose indépendamment de Lui et par Lui. La créature, pour tout ce qu’elle est, est de Dieu et en Dieu.

Reconnaître Dieu comme Seigneur implique donc un certain anéantissement intérieur de notre moi. Dans la lumière infinie de Dieu, l’homme disparaît ; comme le soleil qui, dès qu’il monte à l’horizon, éclipse les étoiles.

Dieu se révèle à nous à travers la création, mais sa révélation la plus parfaite est Jésus Christ. Et le Christ, pour François d’Assise, est humilité. Il ne peut s’empêcher de vivre dans l’étonnement né de la contemplation du mystère chrétien comme mystère de suprême humilité : l’humilité du Christ dans sa naissance, dans sa passion, dans l’Eucharistie.

Avec une parfaite dévotion et une parfaite affection, les vierges cultivent avec la Vierge Marie, modèle de toute consécration, l’humble confiance filiale, la prière d’intercession, la contemplation des mystères de son Fils Jésus. Elles témoignent dans l’Eglise que la fidélité du chrétien se niche dans la fidélité de Dieu qui manifeste son humilité de cœur : Jésus n’est pas venu pour conquérir les hommes comme les rois et les puissants de ce monde, mais il est venu offrir l’amour dans la douceur et l’humilité.

Ces femmes se laissent envelopper dans l’humble fidélité et la douceur de l’amour du Christ, révélation de la miséricorde du Père. Leur vocation est de servir Dieu au milieu du monde avec courage et humilité, de toute la force de leur cœur.

Lecture Patristique

Saint Jean Chrysostome (+ 407)

Homélie sur la mémoire de saint Bassus, 2

PG 50, 721-722.

Le Christ est pour nous, aujourd’hui encore, un maître plein de douceur et d’amour. Il ne cesse jamais de prendre soin de notre salut. Il le déclare nettement dans l’Évangile, comme nous venons de le lire: Venez à moi, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur (Mt 11,28-29). Qu’elle est grande, la bienveillance du Créateur! Comment la créature n’est-elle pas saisie de stupeur? Venez à moi, devenez mes disciples, le Maître est venu consoler ses serviteurs déchus.

Voyez comme il agit. Il se montre compatissant pour le pécheur qui mérite pourtant ses rigueurs. La race de ceux qui déchaînent sa colère devrait être anéantie, mais il adresse aux hommes coupables des paroles pleines de douceur: Venez à moi, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur. Dieu est humble, l’homme, orgueilleux. Le juge se montre clément, le criminel, arrogant. L’artisan fait entendre des paroles d’humilité, l’argile discourt à la manière d’un roi. Venez à moi, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur. <> Il n’apporte pas le fouet pour frapper, mais le remède pour guérir.

Songez donc à son ineffable bonté. Allez-vous refuser votre amour au Maître qui jamais ne frappe et votre admiration au juge qui implore pour le coupable? Ses paroles si simples ne peuvent vous laisser insensibles: Je suis le Créateur et j’aime mon oeuvre. Je suis le statuaire et je prends soin de celui que j’ai formé. Si je ne voulais me soucier que de ma dignité, je ne relèverais pas l’homme déchu. Si je ne traitais pas sa maladie incurable avec des remèdes appropriés, jamais il ne pourrait recouvrer la santé. Si je ne le réconfortais pas, il mourrait. Si je ne faisais que le menacer, il périrait. Il gît sur le sol, mais je vais lui administrer les onguents de la bonté. Plein de compassion, je m’incline profondément pour le relever de sa chute. Celui qui se tient debout ne saurait relever un homme couché par terre sans se pencher pour lui tendre la main. Venez à moi, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur.

Je ne fais point étalage de paroles, vous pouvez m’examiner sur mes oeuvres. Vous serez persuadés que je suis doux et humble de coeur, si vous pensez à mon origine. Voyez quelle est ma nature. Songez à ma dignité. Adorez ma bienveillance pour vous. Comparez le séjour d’où je suis venu avec le lieu où je vous parle. Le ciel est mon trône, et je m’entretiens avec vous sur la terre! On me glorifie dans les hauteurs célestes, mais ma longue patience retient ma colère, car je suis doux et humble de coeur.

[1] Pour découvrir qui sont les humbles proclamés bienheureux par Jésus, on passera brièvement en revue les divers termes qui, dans les traductions modernes, rendent le mot « humbles (praeis) ». L’italien a deux mots : miti et mansueti.  Ce dernier se retrouve dans l’espagnol los mansos (les doux). En français on traduit littéralement i dolci par les doux , ceux qui possèdent la vertu de la douceur. (Il n’existe pas en français un terme spécifique pour mitezza ; dans le « Dictionnaire de spiritualité », cette vertu figure à l’entrée douceur , dolcezza).

En allemand, il existe plusieurs traductions. Luther traduisait ce terme par Sanftmuetigen, c’est-à-dire humbles, doux ; dans la traduction eucuménique de la Bible, la Eineits Bibel, les doux sont ceux qui n’exercent pas de violence – die keine Gewalt anwenden – soit, les non-violents ; certains auteurs insistent sur la dimension objective et sociologique et traduisent praeis par Machtlosen, les sans défense, les sans pouvoir. L’anglais rend généralement praeis par the gentle, introduisant dans la béatitude la nuance de gentillesse et de courtoisie.

Chacune de ces traductions met en lumière une composante réelle m ais partielle de la béatitude. Il faut tenir compte de toutes à la fois, sans en isoler aucune, pour avoir une idée de la richesse originelle du terme de l’Evangile. Deux associations constantes dans la Bible et dans la parenesischrétienne antique permettent de saisir « tout le sens » du mot mitezza : l’une rapproche douceur et humilité, l’autre rapproche douceur et patience ; l’une met en lumière les dispositions intérieures d’où naît la douceur, l’autre les comportements qu’elle induit vis-à-vis du prochain : affabilité, douceur, gentillesse. Ce sont les mêmes traits que l’Apôtre met en évidence en parlant de l’amour : « L’amour prend patience, l’amour rend service, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne s’irrite pas… » (1Co 13,4-5).

Source: ZENIT.ORG, le 2 juillet 2020 par

« Le Pasteur: l’Agneau qui sauve les brebis », par Mgr Follo

Mosaïque du Bon Pasteur à Ravenne © Wikimedia Commons / Meister des Mausoleums der Galla Placidia in Ravenna

Mosaïque Du Bon Pasteur À Ravenne © Wikimedia Commons / Meister Des Mausoleums Der Galla Placidia In Ravenna

Toucher l’homme et reconnaître Dieu

« Avec le souhait que nous arrive ce qui arriva à l’Apôtre Thomas: Il toucha l’homme et il reconnut Dieu », Mgr Francesco Follo, Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris (France) offre un commentaire des lectures de la messe de ce dimanche 3 mai 2020, IVème dimanche de Pâques  (année A).

Le commentaire est suivi d’une lecture patristique de saint Augustin

Le Pasteur : l’Agneau qui sauve les brebis

Le vrai Pasteur, donc le bon Pasteur

La liturgie d’aujourd’hui nous invite à contempler Jésus comme pasteur et porte de la bergerie, tandis qu’à Pâques nous l’avons contemplé comme Agneau, victime pascale qui rachète les brebis en triomphant de la mort pour toujours

Aujourd’hui, dans le monde occidental développé, l’image du pasteur n’est pas trop présente et lorsqu’elle l’est, c’est avec un peu de mépris. Cela est d’autant plus vrai que l’expression  » je ne suis pas un mouton » est utilisée pour se définir comme des personnes adultes, indépendantes et courageuses, qui n’ont pas besoin de pasteurs.

Dans des temps plus anciens et dans la civilisation juive, la figure du pasteur était familière et bien connue : Abraham était pasteur, Moïse était pasteur de son peuple, et le Roi David le fut également. En effet, dans la civilisation biblique, l’image du roi pasteur qui guide son peuple était habituelle, tout comme l’était l’image du Dieu pasteur qui mène son peuple vers la liberté, vers la vie.

L’ histoire du salut chantée dans les Psaumes et racontée, en particulier dans l’ Exode, a rendu familière aux Juifs l’expérience d’un Dieu  proche très bien exprimée dans l’image de Dieu qui mène son peuple aux pâturages, le défend contre ses ennemis, le sauve des dangers du désert et le guide vers l’ accomplissement de Ses promesses, vers la Terre Promise.

C’est une idylle divine qui résume le rapport tourmenté entre le peuple et Dieu qui utilise l’image du pasteur pour dire sa tendresse : « Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin. De même qu’un berger prend soin de ses bêtes le jour où il se trouve au milieu d’un troupeau débandé, ainsi je prendrai soin de mon troupeau ; je l’arracherai de tous les endroits où il a été dispersé un jour de brouillard et d’obscurité. Je le ferai sortir d’entre les peuples, je le rassemblerai des différents pays et je l’amènerai sur sa terre ; je le ferai paître sur les montagnes d’Israël, dans le creux des vallées et dans tous les lieux habitables du pays. Je le ferai paître dans un bon pâturage, son herbage sera sur les montagnes du haut pays d’Israël. C’est là qu’il pourra se coucher dans un bon herbage et paître un gras pâturage, sur les montagnes d’Israël. Moi-même je ferai paître mon troupeau, moi-même le ferai coucher – oracle du Seigneur Dieu. La bête perdue, je la chercherai ; celle qui sera écartée, je la ferai revenir ; celle qui aura une patte cassée, je lui ferai un bandage ; la malade, je la fortifierai. Mais la bête grasse, la bête forte, je la supprimerai ; je ferai paître mon troupeau selon le droit. (Ez 34,11-16)

Jésus qui portait en lui la vérité et l’accomplissement de toutes les prophéties, se place dans ce sillage et montre qu’il est le vrai, le bon Pasteur qui connaît ses brebis et que ses brebis connaissent, comme le Père Le connaît et Lui connaît le Père (cf Jn 10,14-15). Comme elle est merveilleuse cette connaissance, qui va jusqu’ à l’éternelle Vérité et à l’Amour dont le nom est le « Père ». C’est précisément de cette source que provient cette connaissance particulière qui fait naître la confiance pleine et pure. Il ne s’agit pas d’une connaissance abstraite, d’une certitude purement intellectuelle : c’est une connaissance libératrice qui suscite la confiance.

Le Pasteur qui est la Porte

Comme je l’ai évoqué plus haut, l’allégorie du pasteur, à travers laquelle Jésus décrit son identité :  » JE SUIS le bon pasteur » (Jn 10,11), se développe sur un fond encore très familier à la vie en Terre Sainte. Le soir, les bergers conduisent le troupeau dans un enclos pour la nuit. En général, plusieurs troupeaux se retrouvent dans un enclos commun. Le matin, chaque berger appelle son troupeau et les brebis – elles connaissent sa voix- le suivent.
En racontant cette scène familière, Jésus souligne surtout, que c’est Lui le Vrai pasteur, parce que, à la différence du berger mercenaire, il ne vient pas voler les moutons mais il vient donner la vie. La caractéristique du bon pasteur est le don de soi.

Mais ici intervient une deuxième réflexion : Jésus est la porte de la bergerie :  » JE SUIS la porte » (cf Jn 10, 7 et 9), qui peut s’entendre en deux sens : l’un s’adresse aux chefs, l’autre concerne les fidèles. Jésus est la porte à travers laquelle il faut passer pour être des pasteurs légitimes. Personne ne peut avoir une autorité sur l’Eglise s’il n’est pas légitimé par Jésus. Ensuite, personne n’est un disciple s’il ne passe à travers Jésus et n’entre dans sa communauté. Comme on peut le voir, Jésus est le centre, aussi bien de l’autorité qui gouverne en son nom, que des fidèles qui, par la communion avec lui, peuvent appartenir réellement au peuple de Dieu.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus dit :  » Je-Suis » et le dit quatre fois : Je-Suis la porte, encore Je-Suis la porte, puis Je-Suis le  bon pasteur, Je-Suis le bon pasteur ; là, Je-Suis rappelle le Dieu de l’Exode, la révélation du Nom de Dieu, du Dieu qui sauve l’homme et le libère.
Celui qui entre par la Porte est le pasteur, les autres sont des voleurs et des malfaiteurs. La porte est une brèche dans le mur de l’enclos d’où on peut sortir vers la liberté. Jésus représente la porte qui est l’ouverture entre Dieu et l’homme ; en tant que Parole de Dieu incarnée, Il est la porte de l’homme sur Dieu. C’est la porte de l’homme sur la vérité de l’homme qui est fils de Dieu et celui qui entre par cette porte, entre à travers l’intelligence parce que le Fils est le Verbe du Père, il est l’intelligence ; il entre à travers la liberté et l’amour parce qu’il est le fils libre, qui aime, répond à l’amour et mène un certain type de vie.

Quant à l’enclos de la bergerie, qui, bien que nécessaire pour la protection des brebis, n’en est pas moins une barrière, la porte signifie la capacité, la possibilité de communication, de communion.

Cette porte qui est Jésus, représente la frontière de tout ce qui nous sépare de Dieu et qui sépare Dieu de nous, et, par conséquent, la possibilité d’une communication et d’une communion, désirée aussi bien par Lui que par nous.

Suivre le Pasteur, pour évangéliser.

Dans le passage de l’évangile d’aujourd’hui, on ne décrit pas seulement la figure du pasteur Jésus et des pasteurs de l’Eglise, mais on décrit également le comportement des brebis appelées par leur nom à Le suivre. Leur démarche est le fruit d’un appel (« il appelle ses brebis une par une »), elle implique une appartenance (les brebis sont les siennes) et exige une écoute ( » elles écoutent sa voix »).

Appel, Appartenance et Ecoute constituent les particularités de la communauté qui marche avec Jésus. Naturellement, elles impliquent le refus affirmé de tout autre pasteur, et de tout autre maître (« elles ne suivront pas un étranger, mais le fuiront »).

Jésus, lumière du monde, nous conduit vers les pâturages de la vie : il fait de nous un seul troupeau de personnes libres, de fils et frères, tous semblables à lui et différents entre eux. Lui est l’Agneau qui sait exposer, déposer et disposer de sa vie en faveur des autres. Il est le Chef parce qu’il est le Serviteur de tous : Il est le vrai Pasteur, et non l’un de ces personnages connus, trop souvent suivis comme des modèles, mais des modèles qui volent la vie, qui ne la donnent pas.

Le modèle d’homme que Jésus nous propose de vivre, c’est celui du pasteur. Lui, le bon Pasteur, vient pour nous conduire à la liberté, et non pas pour nous inciter à suivre ces modèles ordinaires, à la mode et déviants. Lui est le pasteur, bon et vrai, qui offre sa vie pour ses brebis (cf Jn 10,11.15).

Mais il est une autre caractéristique dont il est fait mention plus basse. Jésus Pasteur non seulement trace le chemin du troupeau (il marche devant le troupeau), il n’est pas uniquement celui qui rassemble le troupeau (celui qui aime et appelle ses brebis), mais il est celui qui, en marchant devant le troupeau, pense aux brebis qui n’appartiennent pas à la bergerie. Ainsi Pierre : il est le pasteur de l’Eglise, mais il pense au monde entier. Sa fonction est aussi de veiller à ce que la communauté chrétienne ne se renferme pas sur elle-même, qu’elle ne s’extraie pas du monde, qu’elle ne pense pas qu’à elle-même.

En ce sens, les vierges consacrées dans le monde montrent qu’être religieux ne signifie pas « se réserver » pour la vie éternelle… mais entrer, comme le Verbe de Dieu, dans  la quotidienneté du travail, en montrant le visage du Père qui attend, du Fils qui refait toutes choses nouvelles, de l’Esprit qui anime.

S’intégrer dans le monde signifie porter l’exemple de l’Incarnation jusqu’à ses limites les plus intensément dramatiques. Comme le dit Saint-Paul :  » Que ceux qui tirent profit de ce monde soient comme s’ils n’en profitaient pas vraiment. Car la figure de ce monde passe » (cf. 1 Cor 7,31). Il s’agit de mettre le transcendant au cœur même de la vie et de l’activité quotidienne qui nous ont été confiées. Cette dimension représente une consécration et un « engagement qui crée une relation exceptionnelle au service et à la gloire de Dieu » (Con Vat.II, Const. Dog. Lumen Gentium, 44).

…………….

Lecture Patristique

Saint-Augustin d’Hippone

(13 novembre 354 – le 28 août 430)

40ème TRAITÉ.

DEPUIS CES PAROLES : «JE SUIS LE BON PASTEUR, ET JE CONNAIS MES BREBIS», JUSQU’À CES AUTRES : « LE DÉMON PEUT-IL OUVRIR LES YEUX DES AVEUGLES ». (Chap. X, 14-21.)

Pour le texte complet : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/jean/tr41-50/tr47.htm

PASTEUR ET PORTE.

Jésus-Christ nourrit ses brebis du pain de la vérité ; c’est par sa grâce que les prédicateurs ont entrée dans l’esprit des fidèles pour y porter la connaissance du bon Pasteur. Il y entre donc par lui-même. Il est aussi exclusivement la porte qui nous conduit au Père, car il a quitté son âme, il est mort pour nous ; œuvre d’autant plus méritoire qu’elle fut l’effet de sa pleine liberté, bien que son Père la lui eût commandée.

  1. Tous ceux d’entre vous qui écoutent la parole de notre Dieu, non-seulement avec plaisir, mais encore avec attention, se souviennent, sans aucun doute, de la promesse que nous vous avons faite. On vous a donné encore aujourd’hui lecture du passage de l’Evangile qui nous a déjà été lu dimanche dernier ; comme nous nous étions arrêtés sur certaines explications indispensables, il nous a été impossible de vous fournir toutes celles dont vos désirs nous rendaient redevable envers vous. Nous ne nous occupons donc plus aujourd’hui de ce qui a été précédemment dit et discuté. En nous répétant, nous nous exposerions peut-être à ne pouvoir traiter les sujets non encore abordés. Vous avez déjà appris, au nom du Seigneur, qui est le bon pasteur, et comment les bons pasteurs sont ses membres ; vous savez qu’il n’y a par conséquent qu’un seul pasteur. Vous n’ignorez pas davantage quels sont les mercenaires à supporter ; le loup, les voleurs et les brigands à éviter ; vous connaissez les brebis et la porte par laquelle entrent dans le bercail les brebis et le pasteur. On vous a dit qui est-ce qui est désigné sous le nom de portier ; enfin, vous savez que celui qui n’entre point par la porte est un voleur et un brigand, dont le but unique est de dérober, de tuer et de détruire. Tout cela a été dit et, je le pense, suffisamment expliqué. Notre Sauveur Jésus-Christ nous a déclaré être le pasteur et la porte, et il a ajouté que le bon pasteur entre dans la bergerie par la porte ; aujourd’hui, nous dirons donc, avec le secours de la grâce, comment il entre par lui-même. Puisque, d’une part, nul n’est bon pasteur s’il n’entre par la porte, et que, d’autre part, il est lui-même et particulièrement le bon pasteur et aussi la porte, je dois nécessairement comprendre qu’il entre par lui-même dans le bercail, qu’il fait entendre sa voix à ses brebis afin qu’elles le suivent, et qu’en entrant et en sortant, elles trouvent des pâturages, c’est-à-dire la vie éternelle.
  2. Je m’explique donc sans plus tarder. Je cherche à pénétrer en vous, c’est-à-dire en vos cours ; c’est pourquoi je vous prêche le Christ : si je vous prêchais autre chose, je chercherais à entrer par un autre endroit. Le Christ est donc pour moi la porte par laquelle il m’est légitimement possible d’arriver jusqu’à vous : par le Christ, je pénètre, non jusqu’à vos murs, mais jusqu’à vos cœurs. J’entre en vous par le Christ, et vous l’écoutez volontiers parler par ma bouche. Et pourquoi l’écoutez-vous avec plaisir en ma propre personne ? Parce que vous êtes les brebis du Christ, rachetées au prix de son sang. Vous connaissez votre valeur : je ne vous la donne [647] pas, cette valeur ; je ne fais que vous l’annoncer. Celui qui a versé pour vous son sang, vous a achetés, et ce sang précieux est le sang de Celui qui est sans péché. Et Celui-là a donné de la valeur au sang des fidèles pour lesquels il a répandu son précieux sang ; s’il ne lui avait pas communiqué cette valeur, il ne serait pas dit : « La mort de ses élus est précieuse aux yeux du Seigneur (1) ». Par conséquent, il n’a pas été le seul à mettre en pratique ces paroles : « Le bon pasteur donne a sa vie pour ses brebis ». Et puisque ceux qui l’ont fait sont ses membres, il est, à vrai dire, le seul qui l’ait fait. Sans eux, il a pu agir de la sorte ; mais qu’auraient-ils pu faire sans lui, puisqu’il a dit : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire (2) ? » La preuve que les autres ont donné leur vie pour leurs brebis, je la trouve dans une épître de ce même apôtre Jean, qui a écrit l’Evangile dont on vous a donné lecture : « Comme le Christ a donné sa vie pour nous, ainsi devons-nous a donner la nôtre pour nos frères (3) ». « Nous a devons » ; en nous donnant l’exemple, il nous a imposé l’obligation de ce sacrifice. C’est pourquoi il est écrit quelque part : « Quand tu seras assis pour manger avec le roi, considère attentivement ce qu’on placera devant toi : tends alors la main, et sache qu’il te faut préparer de telles choses (4) ». Cette table du roi, quelle est-elle ? Vous le savez. Là se trouvent le corps et le sang de Jésus-Christ : celui qui s’approche d’une pareille table doit préparer de pareilles choses. Qu’est-ce à dire : il doit préparer de pareilles choses ? « Comme le Christ a donné sa vie pour nous, ainsi devons-nous », pour l’édification du peuple et l’affirmation de notre foi, « donner la nôtre pour nos frères ». Aussi le Sauveur dit-il à Pierre, dont il voulait faire un bon pasteur, non en Pierre lui-même, mais dans son propre corps : « Pierre, m’aimes-tu ? Pais mes brebis ». Il ne se contenta pas de lui parler ainsi une seule fois, il lui répéta ces paroles deux et trois fois, jusqu’à le contrister. Et quand il l’eut interrogé autant de fois qu’il jugea à propos de le faire, pour obtenir de lui une confession triple comme son reniement, quand il lui eut, pour la troisième fois, confié ses brebis, il lui dit : « Lorsque tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais lorsque, dans ta vieillesse, tu étendras tes mains, un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudras pas ». L’Evangéliste a donné l’explication des paroles du Sauveur ; la voici : « Il dit cela, pour marquer par quelle mort il devait glorifier Dieu (1) ». Ces mots : « Pais mes brebis », signifient donc : Tu dois donner ta vie pour tes brebis.
  1. Ps. CXV, 15.— 2. Jean, XV, 5.— 3. I Jean, III, 16.— 4. Prov. XXIII, 1, 2, suiv. les Septante.

Source: Zenit.org, le 30 avril 2020, par Hélène Ginabat