« Le talent, c’est l’amour que le Seigneur a pour chacun de nous », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo, 17 déc. 2018 © Mgr Francesco Follo
Mgr Francesco Follo, 17 Déc. 2018 © Mgr Francesco Follo

« Le talent, c’est l’amour que le Seigneur a pour chacun de nous », par Mgr Follo

« Accueillir le talent de l’amour du Christ »

« Le talent, c’est l’amour que le Seigneur a pour chacun de nous et notre réponse, c’est d’aimer », explique Mgr Francesco Follo dans ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 15 novembre 2020 (XXXIIIe dimanche du temps ordinaire – Année A).

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris (France), formule l’invitation « à accueillir le talent de l’amour du Christ dans nos cœurs afin qu’il porte des fruits de Bien ».

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose une lecture de S. Jean Chrysostome sur cette même parabole des talents dans l’Evangile selon saint Matthieu.

AB

Le talent, c’est l’amour que le Seigneur a pour chacun de nous 

et notre réponse, c’est d’aimer

Prémisse

Grâce à l’Evangile de dimanche dernier, nous avons médité sur la parabole des dix vierges, qui nous a montré comment le sens de notre vie est la rencontre avec l’Epoux, marchant avec lui vers la fête des noces qui célèbre la pleine union avec le Seigneur.  Pour faire ce déplacement avec l’Epoux qui arrive la nuit, il est nécessaire d’avoir une lampe pour donner de la lumière, donc il faut avoir de l’huile qui va être brûlée dans cette lampe : c’est maintenant qu’il faut obtenir cette huile.

En ce dimanche avec la parabole des talents, le Christ nous dit ce que nous devons faire pour obtenir cette huile : faire le commerce des talents. Cependant, l’expression « faire le commerce des talents » ne doit pas être comprise dans un sens commercial. Avec cette parabole, Jésus veut enseigner aux disciples d’alors et d’aujourd’hui à bien utiliser ses dons. Dieu appelle chaque personne humaine à la vie et lui donne des talents, tout en lui confiant une tâche à accomplir.

Ces dons, outre des qualités naturelles, représentent les richesses que le Seigneur Jésus nous a léguées en héritage, pour que nous les fassions fructifier. C’est à dire :

  • sa Parole, déposée dans l’Évangile;
  • le Baptême, qui nous renouvelle dans le Saint-Esprit;
  • la prière – le «Notre Père» – que nous élevons à Dieu en tant qu’enfants unis dans le Fils;
  • son pardon, qu’il a ordonné de le donner à tous;
  • le sacrement de son Corps immolé et de son Sang versé.

Il serait insensé de penser que ces dons sont dus ; de même, renoncer à les utiliser serait un échec dans l’accomplissement du but de son existence. Commentant ce passage de l’Evangile, saint Grégoire le Grand note que le Seigneur ne fait manquer à personne le don de sa charité, de l’amour. Il écrit : « Il faut donc, mes frères, que vous preniez tous l’attention possible dans le soin de la charité, dans chaque action que vous devez accomplir » (Homélies sur les Évangiles 9,6). Et après avoir précisé que la vraie charité consiste à aimer à la fois les amis et les ennemis, il ajoute : « si une personne manque de cette vertu, elle perd tout bien qu’elle possède, est privée du talent reçu et est jetée dans les ténèbres » (ibid. ).

1) L’Amour de Dieu, le premier des talents.

Plus que de renvoyer aux dons et capacités (intelligence ou autre) que Dieu a donnés à chacun, les « talents » dont parle Jésus dans l’Evangile évoquent plutôt son Amour et les dons de grâce, force et intelligence, dont il nous comble pour que nous assumions nos responsabilités d’enfants et de frères.

A ce propos le pape François nous demande : « Avez-vous pensé à comment mettre vos talents au service des autres ? », avant d’ajouter : « N’enterrez pas vos talents ! Misez sur les grands idéaux, les idéaux qui élargissent le cœur, ces idéaux de service qui rendront féconds vos talents. La vie ne nous est pas donnée pour que nous la gardions jalousement pour nous-mêmes, mais pour que nous la donnions ».

En effet, par cette parabole des talents [1], le pape nous rappelle que Jésus veut apprendre aux disciples (et donc à nous) à bien utiliser les biens que Dieu fait à chaque homme en l’appelant à la vie, en lui remettant des talents et lui confiant donc une mission à accomplir par le biais de ces biens à faire fructifier et partager. Par cette parabole, le Christ invite par ailleurs à ne pas avoir peur de la vie et à ne pas avoir peur de Dieu. Dieu n’est pas un maître excessivement et injustement exigeant, mais un Père qui, par le don de la Charité, nous offre des dons pour nous faire vivre dans la liberté et dans l’amour.

Outre son Amour, Jésus nous offre biens et talents qui sont : Sa Parole, déposée dans l’Evangile ; le Baptême, qui nous renouvelle dans l’Esprit Saint ; la prière – le ‘ Notre Père ‘ – que nous, fils unis dans le Fils, nous élevons vers Dieu ; son pardon qu’il a ordonné de porter à tous ; le sacrement de son Corps immolé et de son Sang versé. Dans une parole : le Royaume de Dieu, qui est Lui-même, présent et vivant au milieu de nous.

Ces talents que Jésus nous a confiés à nous, ses amis et frères, se multiplient en les donnant. C’est un trésor donné pour être investi et partagé avec tous. Il serait donc stupide de penser que les dons du Christ sont un dû, et tellement insensé de renoncer à les utiliser, cela serait manqué au but de notre existence. En commentant cette page de l’Evangile, saint Grégoire le Grand fait remarquer que le Seigneur ne fait manquer à personne le don de sa charité, de l’amour. Il écrit : « C’est pourquoi il est nécessaire, mes frères, que vous vous appliquiez à garder la charité, en toute action à accomplir » (Homélies sur les Evangiles, 9, 6). Et après avoir précisé que la vraie charité consiste à aimer tant ses amis que ses ennemis, il ajoute : « Si quelqu’un manque de cette vertu, il perd tout le bien qu’il a, il est privé du talent reçu et il est jeté dehors, dans les ténèbres » (ibidem).

 2) Une parabole encadrée par deux autres.

   Dans l’Evangile selon saint Matthieu la parabole des talents est précédée de celle des vierges sages et suivie de celle du jugement dernier sur l’amour (J’ai eu faim, soif, j’étais nu … et vous m’avez donné à manger, à boire, et de quoi m’habiller …), et nous pouvons dire que celle-ci est le pilier central qui les éclaire toutes les deux. Tout d’abord, elle jette de la lumière sur le sens de la sagesse, représentée par l’huile de réserve. La vraie sagesse jaillit de la nouveauté d’un rapport libre et créatif, que la personne humaine réalise avec son Seigneur. Deuxièmement, la parabole des talents enseigne que la grâce, qui est donnée par Dieu et que l’homme accueille et reconnaît, devient un bien à donner à nos frères, que l’on identifie à la personne même du Christ. Par ailleurs, si on pense à l’Evangile de Luc, cette parabole est étroitement liée à l’épisode de la rencontre gratuite entre Zachée et Jésus. De cette façon la parabole met l’accent sur un fait singulier : devant Dieu l’homme est non seulement toujours débiteur mais il est appelé à être libre de Le rencontrer, une liberté qui est pure grâce. Etre sage et judicieux devant Dieu sera alors pour l’homme l’unique possibilité de se libérer, une libération qui deviendra « don » et « gratuité » quand il rencontrera un frère.

Malheureusement, il arrive – parfois – que nous soyons devant Dieu comme le dernier serviteur, celui qui n’a pas fait fructifier son talent, fermés dans nos idées préconçues sur Dieu, et nos modestes idées sur Lui. Nous tenons trop à notre tranquillité, à notre routine. La nouveauté nous fait peur. Le Christ nous invite à être des disciples confiants, qui n’ont pas peur de Lui, qui restent à ses côtés sans crainte servile. Le disciple de Jésus doit se mouvoir dans une relation d’amour, seule capable de faire jaillir courage, générosité, liberté, voire le courage de courir les risques nécessaires.

En regardant Celui qui « a fait toutes choses nouvelles » nous sommes – hélas – plus effrayés qu’éclairés. La parabole des talents stimule donc à la liberté et à la gratuité, qui jaillit de cette reconnaissance que la rencontre est un acte d’une pure gratuité. Oui l’homme désire cette rencontre, comme ce fut le cas pour Zachée, mais c’est la bonté et l’amour de Dieu, venu chez lui et lui ayant apporté le salut, qui la font se réaliser. Ce fut l’avent du Christ sous le toit d’un pécheur repenti.

            3) Venue = Avent.

Tous les chrétiens latins font coïncider l’avent avec la période de 4, pour le rite romain, ou de six semaines pour le rite ambrosien, mais beaucoup ignorent l’origine du mot « avent » et certaines « curiosités » historiques que ce terme apporte avec lui et qui méritent d’être rappelés.

Commençons par le mot « Avent », qui dérive du latin, et qui signifie littéralement « arrivée », « venue ». Dans l’Antiquité, surtout en Orient, les souverains l’utilisaient pour indiquer le rituel qu’ils souhaitaient célébrer pour marquer leur arrivée solennelle (donc, leur « avènement ») dans une ville, et ils prétendaient être accueillis en bienfaiteurs et divinités. Le choix de la liturgie chrétienne est donc un choix cohérent, conforme à la mentalité des temps anciens, qu’on a voulu utiliser pour indiquer la « venue » de Jésus Christ, vrai donneur de salut et rédemption, au milieu des hommes, dans la grande ville de ce monde.

Le vrai « avent », au sens propre du mot, coïnciderait donc en soi à la fête de Noël qui est le jour où l’on fête la venue de Quelqu’un et non quelque chose. Puis le mot « avent » s’est élargi et s’est mis à indiquer la période de préparation qui précède la fête du 25 décembre. Résultat, un problème se pose : combien de temps la préparation de Noël doit-elle durer ? La solution la plus ancienne, que le rite ambrosien a conservée jusqu’à nos jours, fut de « construire » une préparation de Noël sur le modèle de la période de préparation précédant Pâques, c’est-à-dire le Carême. Et donc, comme le Carême comprend six dimanches, on a « bâti » l’Avent sur le rythme des six dimanches [2].

Des dimanches destinés à entretenir la flamme de l’attente, pour que le Christ ne nous trouve pas indolents et paresseux et que le démon ne nous vole pas ce trésor. Des dimanches où l’on nous rappelle qu’avoir la foi signifie faire fructifier le talent qui a été placé dans nos mains.

 4) Qui aime doit vivre dans l’attente, rester vigilant.

Pour accueillir la présence du Christ en nous et veiller sur elle, il faut une vigilance du cœur, que le chrétien est toujours appelé à exercer, dans sa vie quotidienne, et qui caractérise en particulier cette période durant laquelle nous nous préparons avec joie au mystère de Noël.

Le climat extérieur propose les habituels messages de type commercial, même si la crise économique les a peut-être fait baisser d’un ton. Le chrétien est invité à vivre l’Avent comme un temps d’attente, sans se laisser distraire par les lumières des boutiques et des supermarchés, mais en fixant son regard intérieur sur le Christ, vraie Lumière.

En effet si nous persévérons en étant « vigilants dans la prière et heureux de chanter sa louange » (Préface I dimanche de l’Avent), nos yeux seront capables de reconnaître en Lui la vraie lumière du monde, qui vient éclaircir nos ténèbres.

La Vierge Marie est pour nous un modèle de vigilance active et joyeuse dans notre cheminement à la rencontre de Dieu. A l’exemple de notre Mère Céleste, les vierges consacrées montrent quotidiennement comment vivre cette attente. Elles montrent que l’Amour de Dieu, son Royaume et sa justice, est le plus grand des talents.

La vierge est une personne qui est dans l’attente, même dans son corps, des noces eschatologiques du Christ avec l’Eglise, et qui se donne entièrement à l’Eglise dans l’espérance que le Christ se donnera à celle-ci dans la pleine vérité de la vie éternelle. La personne vierge anticipe dans sa chair le nouveau monde de la résurrection à venir. Elle témoigne au sein de l’Eglise la conscience du mystère du mariage et le défend contre toute atteinte à son intégrité et tout appauvrissement. (cf. S. Jean Paul II, Familiaris consortio, n. 16)

Les vierges consacrées dans le monde sont, enfin, appelées à témoigner que le fait d’être persévérants et « vigilants dans la prière et heureux de chanter sa gloire » (Préface I dimanche de l’Avent), permet à nos yeux de reconnaître en Jésus Christ la vraie lumière du monde, qui vient éclaircir nos ténèbres.

Les vierges consacrées ont le devoir de construire la vie sur le roc d’un Seigneur aimé, écouté et attendu (cf. Mt 7,24-25).

Lecture Patristique

Saint Jean Chrysostome

 sur Matthieu, 78

«Car Dieu agit avec les hommes comme un maître qui, devant faire un long voyage hors de son pays, appela ses serviteurs et leur mit son bien entre les mains (Mt 25,14). Et ayant donné cinq talents à l’un, deux à l’autre, et un à l’autre, à chacun selon son industrie, il partit aussitôt (Mt 25,15). Celui donc qui avait reçu cinq talents s’en alla, les fit valoir, et il en gagna cinq autres (Mt 25,16). Celui qui en avait reçu deux, en gagna de même encore deux autres (Mt 25,17). Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla faire un trou dans la terre, et y cacha l’argent de son maître (Mt 25,18). Longtemps après le maître de ces serviteurs étant revenu, leur fit rendre compte (Mt 25,19). Et celui qui avait reçu cinq talents, vint lui en présenter cinq autres en lui disant: Seigneur, vous m’aviez mis cinq talents entre les mains, en voici cinq autres que j’ai gagnés par-dessus (Mt 25,20). Son maître lui répondit: Bien ! serviteur bon et fidèle, parce que vous avez été fidèle en peu de choses, je vous établirai sur beaucoup, entrez dans la joie de votre Seigneur (Mt 25,21). Celui qui avait reçu deux talents vint aussi se présenter et dit: Seigneur, vous m’avez mis deux talents entre les mains, en voici deux autres que j’ai gagnés par-dessus» (Mt 25,22). Son maître lui répondit : Bien ! serviteur bon et fidèle, parce que vous avez été fidèle en peu de choses, je vous établirai sur beaucoup. Entrez dans la joie de votre Seigneur (Mt 25,23). »

Pourquoi cette parabole nous représente-t-elle Dieu comme un maître, après que celle des vierges, qui précède, parle de lui comme d’un époux ? C’est pour nous apprendre par cette qualité d’époux, l’union très étroite que Jésus-Christ veut avoir avec les vierges qui quittent tout pour son amour. Car c’est en cela proprement que consiste la virginité. C’est pourquoi saint Paul en parle de la sorte : « La vierge », dit-il, « qui n’est point mariée, a soin de ce qui regarde le Seigneur, afin qu’elle soit sainte de corps et d’esprit ». (1Co 7,32) Si l’on objecte que dans saint Luc la parabole est rapportée tout différemment, on pourra répondre que les deux évangélistes ne racontent pas la même parabole. Dans la parabole de saint Luc, un capital égal produit des revenus inégaux. Une mine en rend cinq entre les mains d’un serviteur et dix entre les mains d’un autre. Aussi ces serviteurs ne reçoivent-ils pas des récompenses égales. Dans notre évangéliste, au contraire, le rapport est en proportion de l’argent confié, c’est pourquoi la couronne est égale ; elle est inégale chez saint Luc, parce que, je le répète, un même argent a rendu ici plus et là moins.

Mais remarquez, mes frères, dans l’une et dans l’autre des paraboles, que Dieu ne revient pas tout de suite redemander compte de l’argent qu’il avait donné en dépôt, mais qu’il laisse passer beaucoup de temps. On voit aussi dans la parabole de la vigne, qu’après l’avoir donnée aux vignerons, il va faire un grand voyage ; voulant nous faire comprendre par toutes ces circonstances avec quelle patience il nous supporte. Il me semble aussi voir dans (4) ces paroles une allusion à la résurrection générale.

Il est remarquable encore que dans cette parabole des talents il n’y a ni vignerons ni vigne, mais que tous sont ouvriers ; car il ne parle pas ici seulement aux princes des Juifs, ou au peuple, mais généralement à tous. Et considérez, mes frères, que lorsque ces serviteurs s’approchent de leur maître pour lui offrir ce qu’ils ont gagné dans leur trafic, ils reconnaissent tous avec une grande franchise, et ce qui vient d’eux, et ce qui vient de leur maître. L’un lui dit humblement qu’il a reçu cinq talents, et l’autre deux, et ils avouent tous deux par cette humble reconnaissance que c’est de lui qu’ils ont reçu le moyen d’agir. Ils lui témoignent tous qu’ils ne sont pas ingrats, et ils lui attribuent ce qu’ils ont comme venant uniquement de lui.

Que leur répond donc leur maître : « Bien ! serviteur bon et fidèle ». (Mt 25,21Mt 25,23); Car c’est être « bon» que d’être attentif et appliqué à faire du bien à ses frères: «Bien ! serviteur bon et fidèle, parce que vous avez été fidèle en peu de choses, je vous établirai sur beaucoup. Entrez dans la joie de votre Seigneur»: (Mt 25,21Mt 25,23) Ce seul mot renferme tout le bonheur de l’autre vie. Mais ce serviteur paresseux et lâche ne lui parle pas comme les deux autres :

«Celui qui n’avait reçu qu’un talent vint ensuite et dit: Seigneur, je sais que vous êtes un homme rude et sévère, que vous moissonnez où vous n’avez point semé, et que vous recueillez où vous n’avez rien mis (Mt 25,24). C’est pourquoi, comme je vous appréhendais, j’ai été cacher votre talent dans la terre. Le voici : Je vous rends ce qui est à vous (Mt 25,25). Son maître lui répondit: Serviteur méchant et paresseux: Vous saviez que je moissonne où je n’ai point semé, et que je recueille où je n’ai rien mis (Mt 25,26). Vous deviez donc mettre mon argent entre les mains des banquiers, afin qu’à mon arrivée je retirasse avec usure ce qui est à moi (Mt 25,27) ».

C’est-à-dire : Ne deviez-vous pas parler, avertir et conseiller vos frères ? Ils ne me croient pas, dites-vous. Mais que vous importe qu’ils vous croient ou qu’ils ne vous croient pas ? Peut-on rien voir de plus doux que cette conduite ? Il n’en est pas ainsi chez les hommes, mais celui qui a été chargé de prêter l’argent est obligé aussi d’en exiger l’intérêt.

7803 3. Dieu exige moins de ses serviteurs: «Vous deviez », dit-il, «mettre mon argent entre les mains des banquiers » (Mt 25,27); et me laisser à moi seul le soin de l’exiger avec usure, comme j’eusse fait à mon arrivée. Ce mot « d’usure » se doit prendre pour la pratique des bonnes oeuvres. Vous deviez donc faire ce qui était le plus aisé, et vous reposer sur moi du plus difficile. Mais puisque vous ne l’avez pas fait « Qu’on lui ôte le talent qu’il a, et qu’on le donne à celui qui a dix talents (Mt 25,28). Car on donnera à tous ceux qui ont déjà, et ils seront comblés de richesses, mais pour celui qui n’a point, on lui ôtera même ce qu’il a (Mt 25,29) ». C’est-à-dire, celui qui a reçu de Dieu le don de science pour l’utilité des autres, et qui ne s’en sert pas, le perdra entièrement. Au lieu que celui qui dispense sagement et avec soin ce qu’il sait, fera croître encore ce don que l’autre étouffe et détruit par sa paresse. Mais le malheur de ce serviteur paresseux et négligent ne se termine pas là et cette première parole est aussitôt suivie d’une sentence terrible.

« Qu’on précipite donc dans les ténèbres extérieures ce serviteur inutile : C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents (Mt 25,30) ». Remarquez donc ici, mes frères, que ce ne sont pas seulement les voleurs et les usurpateurs du bien d’autrui, ni ceux qui commettent des violences, qui seront condamnés par Jésus-Christ aux flammes éternelles de l’enfer, mais encore ceux qui sont lâches pour faire le bien.

Ecoutons, mes frères, ces paroles effrayantes, et pendant que nous en avons encore le temps, travaillons sérieusement à notre salut. Prenons de l’huile dans nos lampes, et faisons fructifier le talent que Dieu nous a donné en dépôt : Si nous vivons ici dans la paresse et dans la négligence, personne n’aura alors compassion de notre misère ni de nos larmes. Nous voyons que celui qui osa se présenter à ces noces saintes de l’Evangile avec un vêtement sale, se condamna lui-même par son silence, et que néanmoins cet arrêt qu’il porta contre lui-même ne lui servit de rien, et qu’il n’empêcha pas qu’on ne le jetât dans les ténèbres extérieures. Nous venons encore de le voir, le serviteur paresseux a beau rendre tout l’argent qu’il avait reçu, il n’évite pas néanmoins la juste colère de son maître. On voit aussi que les vierges folles viennent frapper à la porte de l’Epoux, et qu’on ne leur ouvre pas.[1] Dans la célèbre parabole de l’évangéliste Saint Mathieu (cf. 25,14-30), Jésus raconte l’histoire de trois serviteurs auxquels leur maître confie son argent au moment de partir pour un long voyage. Deux d’entre eux se comportent bien, en faisant fructifier les talents reçus et les faisant valoir le double. Le troisième, au contraire, cache l’argent reçu dans un trou. De retour chez lui, le maître de maison demande des comptes aux serviteurs. Il félicite les deux premiers de ce qu’ils ont fait mais est déçu par le troisième. En effet, ce serviteur, qui a caché le talent sans en tirer de la valeur, a mal fait ses comptes : il s’est comporté comme si son maître ne devait plus jamais rentrer, comme si le jour où celui-ci lui aurait demandé des comptes sur sa manière de gérer le bien reçu, ne serait jamais arrivé.[2] Et cette année, le 15 novembre est le sixième dimanche avant Noël : donc du début de l’avent ambrosien. A une époque plus récente le rite romain abrégea cette période à quatre dimanches « seulement » : d’où cette différence de calendrier et le fait que l’on parle d’« avent romain » pour le 29 novembre 2020.

Source: ZENIT.ORG, le 12 novembre 2020

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