L’Avent : « conversion à une présence qui vient apporter la paix », par Mgr Follo

Mgr Francesco Follo, 17 déc. 2018 © Mgr Francesco Follo
Mgr Francesco Follo, 17 Déc. 2018 © Mgr Francesco Follo

L’Avent : « conversion à une présence qui vient apporter la paix », par Mgr Follo

Méditation pour le 1er dimanche de l’Avent

« Le temps de l’Avent: temps de conversion à une présence qui vient pour apporter la paix » : c’est le titre de la méditation proposée par Mgr Francesco Follo, observateur permanent du Saint-Siège à l’Unesco, pour ce dimanche 27 novembre 2022, premier dimanche de l’Avent.

Le temps de l’Avent: temps de conversion à une présence qui vient pour apporter la paix

1er dimanche de l’Avent – Année A – 27 novembre 2022

Is 2, 1-5; Ps 121; Rm 13, 11-14; Mt 24, 37- 44

  • La vigilance et autres dispositions.

Aujourd’hui commence le temps de l’Avent[1] qui prépare la fête de la naissance de Jésus à Bethléem. Ce bref temps liturgique, d’un peu moins de 30 jours, retrace la longue étendue des siècles écoulés dans l’attente du Rédempteur jusqu’à la plénitude des temps.

La liturgie nous aide à vivre ce temps de grâce :

Avec vigilance, c’est à dire avec l’engagement intense et convaincu de qui fait confiance à l’amour miséricordieux de Dieu et se prépare à la rencontre avec le Christ Sauveur.

            Avec la conversion du cœur, parce que sans un cœur tourné vers Dieu, l’attente, l’espérance et la joie pour la venue du Messie ne sont pas possibles.

            Avec un cœur de pauvre, non pas tant pauvre au sens économique qu’au sens biblique[2]de celui qui fait pleinement confiance à Dieu et s’appuie sur lui.

            Avec foi, vertu qui nous soutient pour accueillir, comme Marie, le Fils de Dieu fait chair pour notre salut.

            Avec espérance qui est l’attente confiante d’un bien à venir absolument bon (cf Saint Thomas d’Aquin III Sent, d. 26, q. 2, a. 1, ad 3).

            Avec piété dans la pratique de la prière qui est pendant l’Avent une affectueuse invocation à celui qui est attendu: Viens Seigneur Jésus.

            Avec joie, expression d’une attente joyeuse parce que celui qui est attendu viendra certainement. Dieu est fidèle.

J’ai placé en premier la vigilance, l’attention – c’est à dire la tension à la présence imminente du Christ – parce qu’en ce premier dimanche de préparation à la venue du Fils de l’homme dans notre vie, nous sommes invités à être vigilants. En effet la liturgie d’aujourd’hui nous propose un passage de l’Évangile dans lequel le Christ nous demande d’être attentifs aux événements pour découvrir en eux l’heure de la venue du Fils de l’homme. Le Rédempteur, pour illustrer la manière dont nous devons être attentifs aux événements, recourt d’abord à l’épisode du déluge universel à l’époque de Noé, puis se compare à un voleur qui vient dans la nuit et enfin à un maître de maison qui ne surveille pas son habitation.

Le fait de ne pas connaître le jour et l’heure de la venue du Christ doit nous convaincre de la nécessité de veiller toujours, d’être toujours prêts pour que toute notre vie soit tendue vers cette heure et ce jour. Nous devons arriver préparés à cette rencontre avec le Rédempteur, pour ne pas être pris par surprise mais prêts à accueillir Dieu qui vient sans prévenir, qui arrive quand on s’y attend le moins.

La vigilance est donc l’attitude avec laquelle nous devons vivre chaque fragment de notre vie personnelle et commune comme étant immensément précieux, ou mieux, comme étant le seul à notre disposition parce que c’est le moment présent. Quand on demanda à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, alors qu’elle était sur le point de mourir, si elle n’avait pas peur du voleur qu’elle était sur le point de rejoindre, elle répondit qu’elle l’attendait avec désir et amour. Cette sainte nous donne un exemple de sérénité vigilante dans la charité, de grande ouverture à Dieu, d’intense attente et d’adhésion à lui. La prière d’ouverture de la messe d’aujourd’hui résume bien tout cela: « O Dieu, Père miséricordieux, qui pour réunir les peuples dans ton royaume a envoyé ton Fils unique, maître de vérité et source de réconciliation, réveille en nous un esprit vigilant pour que nous marchions sur tes chemins de liberté et d’amour jusqu’à te contempler dans la gloire éternelle. Par notre Seigneur Jésus Christ. » (Collecte du premier dimanche de l’Avent – année A)

2) La conversion dans la joie.

L’Avent est le temps pendant lequel L’Église célèbre la joyeuse attente du messie ainsi que la forte et véritable certitude de l’Avent du Royaume de Dieu, qui est justice, paix et joie, sans rapport avec le boire et le manger (cf Rm 14, 17). Mais c’est seulement en retournant vers le Seigneur de tout notre cœur, dans l’attente de sa venue et de son retour, que ce Royaume de paix, de justice et de joie s’instaurera en nous et dans le monde.

La vigilance réclame la conversion pour lutter contre la somnolence, l’inattention et l’oubli. Il faut rappeler cependant que la personne vigilante ne désigne pas, comme c’est en revanche habituellement le cas dans le monde grec, la personne qui est éveillée, qui rassemble toutes ses forces et qui trouve en elle-même tout le courage nécessaire pour affronter la nuit et l’éventuel ennemi. Dans le monde biblique, vigilant désigne celui qui est éveillé, qui fait confiance à Dieu et qui s’agrippe à lui, qui s’abandonne à lui. La parole vigilante ne dit donc pas directement quelque chose à faire mais plutôt une façon de vivre et de regarder.

L’hymne de l’Avent: « Levez les yeux vers le ciel » nous fait chanter que « le salut de Dieu est proche » et nous commande : « Réveillez l’attente dans votre cœur pour accueillir le Roi de gloire ». L’impératif de regarder avec un cœur éveillé, c’est à dire avec attention et perspicacité implique la lucidité de ne pas se laisser tromper par les apparences ainsi que la clairvoyance qui nous permettra de reconnaître dans une grotte l’Enfant, « messager de paix », qui « apporte au monde le sourire de Dieu ».

Pour être bibliquement et chrétiennement vigilant, une conversion du cœur et des « yeux » est donc nécessaire. En effet sans une profonde conversion, il n’est pas possible de vivre l’attente, l’espérance et la joie pour la venue du Seigneur. L’esprit de conversion, propre à l’Avent, a des tonalités différentes de celles que réclame le Carême, même si dans ces deux périodes liturgiques, nous sommes invités à pratiquer plus intensément la prière, le jeune et l’aumône (=miséricorde). La substance essentielle est toujours la même mais, alors que le carême est marqué par l’austérité du pardon des péchés, l’Avent est marqué par la joie de la venue du Seigneur.

A cet égard le pape François enseigne. » L’Avent est un temps de joie parce qu’il nous fait revivre l’attente de l’événement le plus joyeux de l’histoire: la naissance du Fils de Dieu de la Vierge Marie. Savoir que Dieu n’est pas loin, mais proche, qu’il n’est pas indifférent mais compatissant, qu’il n’est pas étranger mais Père miséricordieux et qu’il nous suit amoureusement dans le respect de notre liberté: tout cela est le motif d’une joie profonde que les événements quotidiens ne peuvent altérer » (18 décembre 2015).

L’Avent est le temps de l’attente du Dieu éternel qui se fait présence d’amour dans le monde. Et c’est justement pour cette raison qu’il est de façon particulière le temps de la joie, d’une joie intériorisée, qu’aucune souffrance ne peut effacer. La joie parce que Dieu s’est fait enfant. Cette joie, invisiblement présente en nous, nous encourage à continuer notre chemin avec confiance.

L’Avent est par excellence le temps de l’espérance pendant lequel ceux qui croient au Christ sont invités à rester dans une attente vigilante et active, alimentée par la prière et par l’engagement actif et quotidien de l’amour.

Un exemple quotidien de vie dans l’attente du Christ dans une charité active nous vient des vierges consacrées dans le monde. En cela elles suivent l’invitation du pape émérite Benoît XVI:

« Que votre vie soit un témoignage particulier de charité et signe visible du Royaume à venir » (RCV, 30). Faites en sorte que votre personne irradie toujours la dignité du fait d’être épouse du Christ, exprime la nouveauté de l’existence chrétienne, et l’attente sereine de la vie future. Ainsi, par votre vie droite, vous pourrez être des étoiles qui orientent le chemin du monde. Le choix de la vie virginale, en effet, est un rappel du caractère transitoire des réalités terrestres et une anticipation des biens à venir. Soyez des témoins de l’attente vigilante et active de la joie, de la paix, qui est propre à qui s’abandonne à l’amour de Dieu. Soyez présentes dans le monde et cependant en pèlerinage vers le Royaume. La vierge consacrée s’identifie en effet avec cette épouse qui, avec l’Esprit, invoque la venue du Seigneur: « L’Esprit et l’épouse disent « viens »! » (Ap 22, 17). (Discours aux participants du congrès de l’ »Ordo Virginum » sur le thème « Virginité consacrée dans le monde: un don pour l’Église et dans l’Église » 15 mai 2008, n.6).

Lecture patristique

Saint Paschase Radbert ( 790 – 865)

Commentaire sur l’évangile de Matthieu, 11, 24,

PL 120, 799-800

Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure (Mt 25,13). Bien que le Seigneur parle ainsi pour tous, il s’adresse uniquement à ses contemporains, comme dans beaucoup d’autres de ses discours qu’on lit dans l’Écriture. Pourtant, ces paroles concernent tous les hommes parce que, pour chacun d’eux, le dernier jour arrivera ainsi que la fin du monde, quand il devra quitter cette vie. Il est donc nécessaire que chacun en sorte comme s’il devait être jugé ce jour-là. C’est pourquoi tout homme doit veiller à ne pas se laisser égarer, mais à rester vigilant, afin que le jour du Seigneur, quand il viendra, ne le prenne pas au dépourvu. Car celui que le dernier jour de sa vie trouvera sans préparation, serait encore trouvé sans préparation au dernier jour du monde. Je ne pense donc nullement que les Apôtres aient cru que le Seigneur viendrait juger le monde pendant leur vie; et pourtant, qui douterait qu’ils aient été attentifs à ne pas se laisser égarer, à veiller et à observer tous les conseils, donnés à tous, pour qu’ils soient trouvés préparés?

C’est pourquoi il faut toujours tenir compte d’un double avènement du Christ: l’un quand il viendra, et que nous devrons rendre compte de tout ce que nous aurons fait; l’autre, quotidien, quand il visite sans cesse notre conscience, et qu’il vient à nous afin de nous trouver prêts lors de son avènement. A quoi me sert, en effet, de connaître le jour du jugement, lorsque je suis conscient de tant de péchés? De savoir si le Seigneur vient, et s’il ne vient pas d’abord dans mon cœur et ne revient pas dans mon esprit, si le Christ ne vit pas et ne parle pas en moi?

Alors, oui, il m’est bon que le Christ vienne à moi, si avant tout il vit en moi et moi en lui. Alors pour moi, c’est comme si le second avènement s’était déjà produit, puisque la disparition du monde s’est réalisée en moi, parce que je puis dire d’une certaine manière: Le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde (Ga 6,14).

Réfléchissez encore à cette parole de Jésus : Beaucoup viendront en mon nom (Mt 24,5). Seul l’Antéchrist s’empare de ce nom, bien que ce soit mensonger; de même il présente son corps, mais sans le Verbe de vérité, et sans en avoir la sagesse. Dans aucun passage de l’Écriture, vous ne trouverez que le Seigneur ait déclaré: « Moi, je suis le Christ ». Car il lui suffisait de montrer qu’il l’était, par ses enseignements et ses miracles, parce que l’oeuvre du Père était en lui. L’enseignement de sa parole et sa puissance criaient: « Moi, je suis le Christ », plus fort que si des milliers de voix l’avaient crié.

Je ne sais donc pas si vous pourrez trouver qu’il l’a dit en paroles, mais il l’a montré en accomplissant les œuvres du Père (Jn 5,36) et en donnant un enseignement imprégné de piété filiale. Les faux messies en étant dépourvus, ils ne pouvaient employer que leurs discours pour soutenir leurs prétentions mensongères.

[1]L’Avent a quatre dimanches pour le rite romain et six pour le rite ambrosien. Cette année nous sommes dans l’année A selon le cycle liturgique triennal et nous serons accompagnés de l’évangile de Matthieu. Certaines caractéristiques de cet évangile sont  l’amplitude avec laquelle sont retranscrits les enseignements de Jésus (les fameux discours, comme celui de la montagne), et l’attention au rapport Loi-Évangile (l’Évangile est la « nouvelle Loi »). Il est considéré comme l’Évangile le plus « ecclésiastique » par le récit du primat de Pierre et par l’utilisation du terme Église, en grec « Ecclesia » (du verbe ekkalein qui veut dire convoquer, dont le substantif est justement ecclesia= convocation, assemblée) qui ne se rencontre pas dans les trois autres évangiles de Marc, Luc et Jean.

[2] Ce pauvre ou « anawim » comme l’appelle la Bible en hébreux, est le doux et l’humble, dont les principales dispositions sont l’humilité, la crainte de Dieu et la foi.

Source : ZENIT.ORG, le 25 novembre 2022

Calendrier des célébrations liturgiques du temps de Noël au Vatican

Messe de la nuit de Noël 2020 en la basilique saint-Pierre de Rome. Messe de la nuit de Noël 2020 en la basilique saint-Pierre de Rome. (Vatican Media)

Calendrier des célébrations liturgiques du temps de Noël au Vatican

Le calendrier des cérémonies présidées par le Pape François a été dévoilé pour la période du 23 décembre, date des vœux à la Curie romaine, au 9 janvier, jour des baptêmes dans la chapelle Sixtine.

Ce sont des semaines centrales et intenses qui clôturent l’année 2021 et commencent la nouvelle année, du 23 décembre au 9 janvier. La période de Noël est marquée par de nombreuses célébrations présidées par le Souverain pontife et suivies par le monde entier.

Le premier rendez-vous du calendrier annoncé ce samedi par l’Office des célébrations liturgiques est celui du jeudi 23 décembre à 10h00 pour les vœux à la Curie romaine en salle Clémentine du Palais apostolique. Puis, débute le calendrier de Noël.

Vendredi 24 décembre – Solennité de la Naissance du Seigneur

À 19h30, François présidera dans la basilique Saint-Pierre la messe de la Sainte Nuit de Noël.

Samedi 25 décembre – Solennité de la Nativité du Seigneur

Le Saint-Père prononcera son message de Noël et adressera sa traditionnelle bénédiction Urbi et Orbi aux fidèles du monde entier à 12h00.

Vendredi 31 décembre – Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu

François présidera à 17h00 les premières vêpres et récitera le Te Deum en action de grâce pour l’année écoulée, en la basilique Saint-Pierre.

La basilique accueillera également des célébrations le 1er janvier et le 6 janvier.

Samedi 1er janvier 2022 – Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu

Le Pape présidera une messe à 10h00 en la basilique Saint-Pierre. Il s’agira de la 55ème Journée mondiale de la Paix.

Mercredi 6 janvier  Solennité de l’Épiphanie du Seigneur

Messe du Pape François à 10h00 en la basilique Saint-Pierre.

Dimanche 9 janvier – Fête du Baptême du Seigneur

À 9h30, le Pape François célèbrera la Sainte Messe et le baptême de quelques enfants avec leurs parents.

Source: VATICANNEWS, le 27 novembre 2021

« L’Avent : temps de conversion », par Mgr Follo

Mgr Follo, 2016 © courtoisie de la Mission du Saint-Siège à l'UNESCO
Mgr Follo, 2016 © Courtoisie De La Mission Du Saint-Siège À L’UNESCO

« L’Avent : temps de conversion », par Mgr Follo

« Toute la vie est un Avent »

Mgr Francesco Follo invite, à la lumière des lectures de la messe de dimanche prochain, 6 décembre 2020, à « comprendre que la conversion, c’est se jeter aux pieds du Seigneur, afin qu’Il nous élève à Lui-même ».

Dans ce commentaire des lectures du deuxième dimanche de l’Avent, l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, fait notamment observer que « toute la vie est un Avent ».

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un passage d’une homélie d’Origène (+ 253) sur saint Luc (22, 1-4), dans laquelle celui-ci fait observer: « Donc Jésus mon Seigneur est venu; il a égalisé nos aspérités et converti en routes unies tout ce qui était chaotique, pour faire de nous un chemin sans danger de chute, un chemin facile et très pur, pour que Dieu le Père puisse progresser en nous et que le Seigneur Jésus Christ fasse en nous sa demeure. »

L’Avent : temps de conversion

1-Jean-Baptiste nous invite à nous convertir à Quelqu’un et non à quelque chose. 

La liturgie de la Parole du premier dimanche de l’Avent nous a invités à être vigilants pour être prêts à la venue de Dieu qui veut être proche de nous. Dimanche dernier, le Christ a répété « à tous : veillez ! » (Mc 13,37). S’il faut être vigilant, cela signifie que nous sommes dans la nuit. « Maintenant nous ne vivons pas dans le jour, mais dans l’attente du jour, parmi l’obscurité et la fatigue. Le jour viendra où nous serons avec le Seigneur. Cela viendra, donc ne soyons pas découragés et veillons, c’est-à-dire attendons le Seigneur qui se fait prochain. Attendre ne doit pas être submergé par le découragement, et cela s’appelle vivre dans l’espérance » (Pape François). L’invitation que le Christ adresse non seulement à ses disciples, mais aussi à nous tous : « Veillez ! (Mt 13, 37) est un rappel utile où la vie n’a pas seulement une dimension terrestre, mais où elle est aussi projetée vers un « au-delà », comme une petite plante qui jaillit de la terre et qui s’ouvre vers le ciel. Une plante pensante (cf. Pascal), un homme, doué de liberté et de responsabilité, par laquelle chacun de nous sera appelé à rendre compte de sa vie, de la manière dont il a utilisé ses capacités : qu’il les garde pour lui ou les fasse fructifier aussi pour le bien des frères.

La liturgie de la Parole de ce deuxième dimanche de l’Avent nous offre la figure de Jean-Baptiste. À travers le récit de l’Évangile d’aujourd’hui, le Précurseur s’adresse à nous tous. Ses paroles claires et dures sont très salutaires pour nous, hommes et femmes de notre temps, où même la façon de vivre et de percevoir Noël est malheureusement affectée, très souvent, d’une mentalité matérialiste. La « voix » du grand prophète Jean nous demande de préparer le chemin du Seigneur qui vient, dans les déserts d’aujourd’hui, les déserts extérieurs et intérieurs, assoiffé de l’eau vive qui est le Christ. Que nous guide la Vierge Marie que nous célébrerons comme l’Immaculée Conception dans quelques jours ! Elle a attendu avec amour la naissance de l’Amour qu’elle portait en son sein, pour une véritable conversion du cœur et de l’esprit, afin que nous puissions faire les choix nécessaires pour nous convertir à la mentalité de l’Évangile. Nous nous tournons également vers Jean-Baptiste, car il était l’homme envoyé par Dieu pour inviter à la conversion, préparer le chemin à la venue imminente de Jésus et le désigner comme l’Agneau de Dieu qui pardonne avec un amour infini. Pour apprendre quelque chose de ce Jean, je répondrai brièvement à trois questions à son sujet : « Où est-il allé, qu’a-t-il dit et fait pour accomplir sa mission ? ».

         Il est allé dans le désert. Pour nous, aujourd’hui, cela signifie aller dans le « désert » de notre cœur et prier en se mettant à l’écoute de Dieu qui conduit l’âme aimée au désert et parle à son cœur (cf Osée 2). Le Précurseur du Christ, « la voix de celui qui crie dans le désert », prêche dans le désert de l’âme qui a soif de sens, d’amour et de paix.

         Il a dit « convertissez-vous », en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés qui nous est donné quand nous le demandons après nous être repentis.

         Il a fait ce geste : il a administré le baptême de conversion quand conversion signifie

  • Inversion, un retour en arrière, un retour à la relation précédente avec Dieu (celle d’avant le péché), prendre la route du retour, du retour chez soi comme l’a fait le Fils prodigue.
  • Aplanissement du chemin du cœur que le pardon purifie et ouvre de nouveau à l’Amour. Il ne s’agit pas d’une route physique, mais de la route du cœur. La route du cœur a deux entrées : la vue et l’ouïe. Plus pur est le regard et plus facilement Jésus, qui est Lumière de la Lumière, entre en chacun de nous, plus l’oreille est tendue et plus il est facile d’entendre la « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers» (Is 40,3). C’est d’abord cette voix qui arrive aux oreilles du cœur, ensuite, après la voix, ou mieux, en même temps que la voix, c’est la parole qui pénètre dans le cœur par le biais de l’ouïe.

Mais avec la naissance de Jésus, la Parole de Dieu peut être non seulement écoutée, mais aussi être vue (cf. G. d’Igny) comme l’ont vue les bergers et les Rois Mages dans la grotte de Bethléem, les pénitents sur les rives du Jourdain, et comme nous pouvons la voir aujourd’hui dans la vie de communion fraternelle de ceux qui croient en Christ.

2-Toute la vie est un Avent

Comme je l’ai écrit plus haut, en ce deuxième dimanche de l’Avent, la liturgie de la Parole nous propose la figure du Précurseur Jean-Baptiste en s’inspirant de ce prophète du Feu.

Imitons Jean-Baptiste en vivant comme un Avent, comme une attente, notre vie tout entière et pas seulement la période qui précède Noël. En effet, le Précurseur vécut sa vie comme un témoin de l’Avent (cf. saint Jean Chrysostome, Homélie 37,1-2 in Mt, PG 57, 419-421), comme une préparation à la rencontre avec Dieu et, quand Jésus arriva auprès de lui, il le désigna aux autres comme la bonne Nouvelle. Oui, bien sûr, parce que l’Evangile, la Bonne Nouvelle, c’est Jésus lui-même, comme le rappelle la troisième lecture de ce dimanche : «Commencement de l’Evangile[1] qui est Jésus : le Christ, le Fils de Dieu » (Mc 1,1). L’Evangéliste saint Marc commence ainsi sa narration pour nous rappeler que la bonne nouvelle c’est le Christ. Lui, il est le centre de notre vie et Il attend seulement que chacun de nous lui ouvre la porte et qu’advienne le début de la vraie vie, pour nous aussi.

Le plus dramatique est que tout seuls nous apprenons seulement que nous devons mourir. La bonne nouvelle, c’est le Christ-Vie qui vainc la mort et dont l’Amour divin nous permet de vivre l’amour humain à jamais et saintement, c’est-à-dire en vérité.

L’Evangile, c’est Dieu qui vient en apportant l’amour, et tout ce qui est « non-amour » est « non-Dieu », est « non-vie » et, par conséquent, la mort. Dieu vient, Il parle au cœur humain.  Voici ce qu’Il enseigne à ses prophètes : « parlez au cœur de Jérusalem, dites-lui qu’il n’y a plus de nuit » (Isaïe), mais il révèle aussi que Jésus est « le plus fort » puisqu’il est le seul qui parle au cœur avec tendresse et puissance tout en désaltérant l’homme de sa soif de justice (cf. Malachie 3,1ss), de liberté (cf. Isaïe 40,1-11) et de vie.

Mais comment pouvons-nous reconnaître le Christ quand il vient ?

En nous fondant sur l’exemple privilégié que nous offre la figure de Jean, il nous est donné de savoir comment rencontrer Dieu, comment reconnaître Jésus Christ, le Sauveur, l’Agneau qui enlève les péchés du monde, en le désignant comme Celui qui pardonne notre mal et nous donne le vrai sens de la vie et de la mort.

Contemplons donc brièvement la figure de Jean-Baptiste, fils de la vieillesse et du miracle. Il fut consacré avant sa naissance par la visite de Marie qui portait Jésus en son sein. Puis, à sa naissance, il fut consacré « Nazireo », c’est-à-dire pur. En grandissant, il ne se coupa jamais les cheveux, ne but jamais de vin, ni ne toucha aucune femme : il ne connut aucun autre amour que l’amour de Dieu. Encore jeune, il quitta la maison de ses parents et se cacha dans le désert. Là-bas, il vécut longtemps tout seul, sans maison, sans tente, sans rien d’autre que ce qu’il portait sur lui : une peau de chameau, une ceinture en cuir. En outre, barbe et cheveux longs, regard enflammé, voix forte, corps brûlé par le soleil du désert, âme brûlée et brûlante du désir du Royaume, il put annoncer le Feu de l’Amour…  Ce « sauvage » fascinant apparaissait à qui allait le voir comme le dernier espoir d’un peuple égaré.

En contemplant cette grande figure, cette force dans la passion, on en vient spontanément à se demander d’où naît une vie intérieure si forte, si droite, si cohérente, toute donnée à Dieu et à Jésus pour préparer ses voies. La réponse est simple : de la relation avec Dieu, de la prière qui est le fil conducteur de toute son existence.

L’annonce de la naissance de Jean-Baptiste se fit dans un lieu de prière, le Temple de Jérusalem, ou plutôt elle advint quand Zacharie, son futur père, se trouvait à l’endroit le plus sacré du temple, le Saint des Saints, pour faire au Seigneur l’offrande de l’encens.

Même la naissance de Jean-Baptiste fut marquée par la prière : ce chant de joie, de louange et de remerciement que Zacharie éleva vers le Seigneur, le « Benedictus ». Ce chant sortit de la bouche et du cœur de Zacharie et l’Eglise le fait réciter tous les matins lors des Laudes pour exalter l’action de Dieu dans l’histoire et indiquer la mission de Jean, son fils : précéder (il est pour cela appelé le Précurseur) le Fils de Dieu qui s’est fait chair pour lui préparer le chemin et préparer le cœur du peuple à la rencontre avec le Seigneur.

L’existence entière du Précurseur de Jésus fut nourrie de sa relation avec Dieu, en particulier pendant la période passée dans le désert. Car s’il est vrai que le désert est le lieu de la tentation, il est vrai qu’il est le lieu où l’homme ressent sa propre pauvreté lorsqu’il est privé de soutien et de sécurité matérielle, et où il comprend que le seul point de repère solide reste Dieu Lui-même.

Jean-Baptiste ne fut pas seulement un homme de prière, en contact permanent avec Dieu, mais il fut aussi un guide à la prière comme moyen de renouer la relation avec Dieu en prêchant la conversion et en indiquant de la voix et du geste de la main : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève les péchés du monde ». Il fut aussi un guide pour la prière quotidienne puisque les disciples de Jésus lui demandèrent : « Seigneur apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples » (cf Lc 11,1), et le Fils de Dieu leur enseigna le « Notre Père ».

Prier n’est pas du temps perdu ou dérobé à l’action. La prière est l’âme de chacune de nos actions, comme elle le fut pour Jean-Baptiste. La prière est du travail, parce que, comme le travail humain, sinon davantage, elle transforme les personnes et les choses. « La prière est un échange de vie : Dieu se fait homme et prend sur lui-même notre pauvreté, mais nous prenons de Lui tout ce qu’Il est » (Divo Barsotti). Dieu est Amour. Dieu est Parole. Lui le premier, adresse à l’homme une parole d’amour et nous pouvons « apprendre le cœur de Dieu dans la Parole de Dieu » (Saint Grégoire le Grand).

A l’exemple des vierges consacrées qui le jour de leur consécration ont reçu le bréviaire, afin de prier tous les jours et tout au long de la journée, prenons la Parole pour nous adresser à Dieu, c’est une Parole chargée de tout ce que nous sommes et devenue chair en nous.

En se dédiant chaque jour à la lecture de la Parole, les Vierges consacrées en font le terrain fertile de la prière. Faisons de même.

En se mettant quotidiennement à l’écoute de la Parole, les Vierges consacrées habitent la Parole en vraies disciples. Au moins pour le temps de l’Avent, nous aussi accordons un peu de temps à l’écoute de la Parole afin qu’elle prenne chair en nous.

Apprenons de ces personnes comment imiter Jean-Baptiste : avec humilité. Comme le Précurseur mit en pratique ses paroles : « Il faut que le Christ grandisse et que moi je diminue », les consacrées font humblement cela, par leur vie elles désignent leur Epoux et elles se font petites pour Lui.

Apprenons de ces femmes consacrées à vivre en toute humilité la fête de l’Immaculée Conception qui se célèbre demain, 8 décembre. Le cœur immaculé de Marie est en parfait accord avec la miséricorde de Dieu qui nous connaît tous personnellement par notre nom, un par un, et nous appelle à resplendir de sa lumière. Et ceux qui sont les premiers aux yeux du monde, pour Dieu sont les derniers ; les petits, pour Dieu sont grands comme la Vierge.

A l’exemple de Marie, et par son intercession, « nettoyons » notre cœur de tout ce qui est imparfait et laissons-le libre pour le Christ qui descend parmi nous comme un « enfant ».

Lecture patristique

Homélie d’Origène (+ 253)

Homélies sur saint Luc, 22, 1-4 (SC 67, 300-302…)

Examinons comment l’avènement du Christ est proclamé, et d’abord ce qui est écrit au sujet de Jean: A travers le désert une voix crie: Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Ce qui suit concerne en propre le Seigneur notre Sauveur, car ce n’est pas par Jean Baptiste que tout ravin sera comblé, mais par le Seigneur notre Sauveur. Que chacun se considère soi-même, ce qu’il était avant de croire, et il découvrira qu’il a été une vallée basse, une vallée en pente rapide, plongeant vers les bas-fonds. Mais le Seigneur Jésus a envoyé l’Esprit Saint, son remplaçant. Alors toute vallée a été comblée, par les bonnes oeuvres et les fruits de l’Esprit Saint.

La charité ne laisse pas subsister en vous de vallée, si bien que, si vous possédez la paix, la patience et la bonté, non seulement vous cesserez d’être vallée, mais vous commencerez à être montagne de Dieu. Nous voyons se produire et s’accomplir chaque jour pour les païens cette parole: Tout ravin sera comblé, et pour le peuple d’Israël, qui est tombé de si haut: Toute colline et toute montagne seront abaissées (Lc 3,4-5).

C’est à la faute des fils d’Israël que les païens doivent le salut: Dieu voulait les rendre jaloux (Rm 11,11). Si vous dites que ces montagnes et ces collines qui ont été abattues sont les puissances ennemies qui se dressaient contre les hommes, vous ne vous tromperez pas. En effet, pour que les vallées en question soient comblées, il faut que les puissances ennemies, montagnes et collines, soient abaissées.

Mais voyons si une autre prophétie s’est accomplie à l’avènement du Christ. Car le texte poursuit: Les passages tortueux deviennent droits. Chacun de nous était tortueux, du moins s’il l’était et ne le reste plus aujourd’hui, car, par l’avènement du Christ qui s’est réalisé pour notre âme, tout ce qui était tortueux a été redressé. A quoi peut-il nous se rvir en effet, que le Christ soit venu jadis dans la chair, s’il n’est pas venu aussi jusqu’à notre âme? Prions pour que son avènement s’accomplisse chaque jour en nous, et que nous puissions dire: Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi (Ga 2,20).

Donc Jésus mon Seigneur est venu; il a égalisé nos aspérités et converti en routes unies tout ce qui était chaotique, pour faire de nous un chemin sans danger de chute, un chemin facile et très pur, pour que Dieu le Père puisse progresser en nous et que le Seigneur Jésus Christ fasse en nous sa demeure et dise: Mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. (Jn 14,23).

[1] Au ler siècle le mot évangile (du grec euangelion, bonne nouvelle) n’indiquait pas encore le genre littéraire dont l’œuvre de Marc constitue peut-être le premier exemple  qui sera suivi des évangiles de Matthieu, Luc et Jean, mais il était déjà l’annonce de Jésus par les apôtres puis par la communauté chrétienne. Il est source de joie car il annonce le salut. Parlant de Jésus, il peut s’agir du sujet ou de l’objet de cette annonce.

Source: ZENIT.ORG, le 3 décembre 2020