Le Christ est « le roi qui a le pouvoir de l’amour », par Mgr Follo

Le Christ miséricordieux de Vilnius, Lituanie @ gailestingumas.com
Le Christ Miséricordieux De Vilnius, Lituanie @ Gailestingumas.com

Le Christ est « le roi qui a le pouvoir de l’amour », par Mgr Follo

« Regarder le Christ Roi qui gouverne avec l’amour miséricordieux »

Le Christ est « le roi qui a le pouvoir de l’amour » et qui, ainsi, « tire le bien du mal », explique Mgr Francesco Follo, dans ce commentaire des lectures de la messe de dimanche prochain, 22 novembre 2020, fête du Christ Roi de l’Univers, qui conclut le cycle de l’année liturgique.

L’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris (France), formule « l’invitation à regarder le Christ Roi qui, de la Croix, gouverne avec l’amour miséricordieux ».

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose une lecture d’Origène (185-v.253) sur la prière.

AB

Le Christ, Roi qui a le pouvoir de l’Amour, qui tire le bien du mal

Prémisse de la méthode

La solennité du Christ Roi est toujours célébrée le dernier dimanche de l’année liturgique et nous pousse à regarder vers le Christ qui règne sur le trône de la Croix et nous dit aujourd’hui: « Viens, béni de mon Père, hérite du royaume préparé pour toi depuis création du monde, parce que j’avais faim et que tu m’as donné à manger, j’avais soif et tu m’as donné à boire, j’étais un étranger et tu m’as accueilli, nu et tu m’as habillé, malade et tu m’as visité, j’étais en prison et tu es venu pour me trouver »(Mt 25, 34 -35).

En contemplant le récit de la Crucifixion et celui du Jugement dernier, nous pouvons identifier cinq manières de regarder le Christ : la manière des chefs du peuple, celle des soldats, celle de l’un des deux criminels qui maudirent Jésus, celle du bon larron qui pria le Christ, celle de ceux qui, comme ce « bon » larron, ont su reconnaître le Christ dans son prochain souffrant et démuni. Seules les deux dernières sont la bonne manière : seules la quatrième et la cinquième nous libèrent du pouvoir des ténèbres et nous transfèrent au Royaume du Fils crucifié.

Ensuite, nous devons bien comprendre chacune de ces cinq manières.

Les chefs du peuple, les soldats, et l’un des deux délinquants crie au Crucifié : « Sauve-toi toi-même » et la raison pour laquelle le Crucifié doit se sauver est qu’il doit démontrer qu’Il est « le Christ de Dieu » qui d’une manière unique appartient à Dieu, et qui est « le roi des juifs » c’est-à-dire quelqu’un de fort et de puissant. Par conséquent, les trois premières manières de regarder le Roi crucifié découlent toutes d’une certitude : le salut de l’être humain est la démonstration de sa propre force ; l’affirmation de soi-même est l’acte qui manifeste sa personnalité : la royauté signifie la domination ; cela signifie avoir, pouvoir, apparaître. Si le Crucifié ne prouve pas qu’il est capable de se sauver par une manifestation sensationnelle de son pouvoir, il est – pour les dirigeants – maudit religieusement, politiquement -et pour les soldats – un impuissant, personnellement – pour le voleur – un échec.

Les chefs, les soldats et un des deux larrons ont regardé le Crucifié en mesurant sa Vérité avec les mesures des attentes humaines et ils n’ont plus rien compris. Ainsi, le passage de la puissance des ténèbres au Royaume du Fils, à la participation du sort des saints dans la lumière, était exclu.

Mais il y a une quatrième façon de regarder le Crucifié, celle de l’autre larron. Cela commence par l’étonnement de Le voir condamné à ce même châtiment, par l’étonnement de Le voir partager pleinement notre condition, de Le voir plongé dans notre propre misère. L’étonnement devant le partage divin me fait découvrir la vérité de mon injustice : nous sommes coupables, nous méritons de mourir. « Mais Il n’a rien fait de mal ». Et puis la question ultime se pose : pourquoi est-Il sur la croix ? Pour être proche de l’homme, avec l’homme même là où il se sent maudit, désespéré, seul dans sa mort et le ramenant ainsi à la vie. En regardant Jésus sur la croix, l’homme découvre qui est Dieu et le salut. Il est grâce, il n’est que miséricorde, il meurt pour que nous puissions vivre.

Le cinquième monde du regard et de ceux que le Christ place à sa droite car avec des yeux purs et un grand cœur ils ont su le reconnaître dans les affamés, les malades, les pauvres, les prisonniers, dans tous ceux qui demandent du pain pour vivre, peut-être sans le savoir. le Pain de Vie qui est le Roi de l’univers.


1) Roi Pasteur

En ce dimanche du Rite romain, nous célébrons le Christ Roi de l’Univers, souverain d’un Règne de miséricorde, de justice et de paix, fondé sur le don de lui-même pour nous, sur la Croix.

Jésus n’est pas descendu du trône de la croix parce que c’est à partir de la croix qu’il règne et gouverne le Règne nouveau et heureux. De son scandaleux trône, le Seigneur Jésus nous regarde droit dans les yeux comme il regarda le bon larron et il nous dit : « Aujourd’hui, tu seras avec moi au Paradis, dans le Royaume éternel, dans l’amour infini ».

Le Royaume de la Terre devient le Royaume du Ciel grâce à la croix, d’où Il nous offre son amour de Roi Pasteur, comme nous l’indique la première lecture du livre d’Ezéchiel.

En effet, Ezéchiel (34,11-17), déçu par les pasteurs d’Israël (rois, prêtres et maîtres) qui pensent à eux-mêmes au lieu de penser au troupeau, rêve d’un pasteur différent : un pasteur qui ne « disperse » pas mais qui « rassemble », un pasteur qui conduit ses brebis dans les pâturages et les fait reposer ; un pasteur qui va à la recherche de la brebis égarée et panse celle qui est blessée. Ce sont des traits que nous retrouvons dans les évangiles, appliqués à Jésus.

Le Christ est le vrai pasteur qui s’occupe de son troupeau et qui va à la recherche de toutes les brebis égarées parce qu’aucune d’elles ne peut être isolée de son amour et de son regard de bonté divine. Le Christ exerce sa royauté comme bon pasteur parce que sa royauté que nous célébrons aujourd’hui est la royauté de l’amour et du service, du don, de miséricorde.

2) Roi de la vie

Dans la deuxième lecture, le passage de la première lettre aux Corinthiens nous aide à comprendre succinctement la signification de la solennité du Christ Roi. L’Apôtre Paul nous parle de la vraie royauté du Christ qu’Il exerce dans le mystère de sa mort et de sa résurrection. Après avoir surmonté la barrière de la mort corporelle, Il exercera cette royauté pleinement, lorsqu’Il fera surmonter cette barrière à toute l’humanité lors du jugement universel. En effet, la mort sera pour nous le dernier « ennemi » à abattre, tandis qu’aujourd’hui, nous y pensons comme à une transition vers l’éternité dont il ne faut pas avoir peur parce que le Christ a vaincu la mort. Il a tout gagné.

Inspirés donc par Jésus, notre Roi bien aimé et Seigneur de l’univers, prions Dieu le Père, qui a inauguré son Règne d’amour avec la résurrection du Christ pour qu’Il nous rende ouvriers passionnés et sincères afin que la royauté de Son Fils soit reconnue dans chaque coin de la terre. A la fin de l’année liturgique, temps de sainteté er de perfection dans la charité, unissons-nous à la prière du prêtre célébrant et, avec lui, disons : « Dieu tout-puissant et éternel qui a voulu renouveler les choses en Christ ton fils, Roi de l’univers, fais que chaque créature, libre de l’esclavage du péché, te serve et te loue sans fin ».

3) Roi Juge

C’est la troisième lecture liturgique, l’Evangile selon St Mathieu (25,31-46), qui nous montre le côté le plus surprenant de la royauté de Jésus. La parabole du jugement (Mt 25,31-36) est une page intéressante non seulement pour la force de son message, mais aussi pour la suggestion de sa mise en scène. Il y a trois parties : l’introduction qui présente l’arrivée glorieuse du Fils de l’homme, la convocation des peuples et leur séparation (25,31-33); le dialogue du roi qui parle d’abord avec ceux de droite et ensuite avec ceux de gauche (25,34-45); enfin la conclusion qui décrit l’exécution des sentences (25,46).

Dans cette parabole, nous voyons le Roi Juge qui juge avec amour et avec compréhension, mais aussi avec des règles bien précises qu’Il a lui-même dictées pour le salut éternel de ses fils.

La règle fondamentale est la charité vécue, attestée et concrétisée par des comportements et des actions simples, comme celles de donner à manger, à boire, assister, être proche de celui qui est dans la douleur, dans la souffrance, dans la marginalisation. La chose émouvante est que Dieu ne nous juge pas en parcourant la liste de nos faiblesses mais celle de nos gestes de bonté. Il n’examinera pas nos ombres mais il tiendra compte des semences de lumière et du bien que nous avons semé. Si, comme David, dans le psaume des pleurs et du repentir, nous disons : « Détourne ton regard de mon péché », Dieu exauce notre cri de douleur, nous confirme dans son amour, et le dernier jour, il détournera son regard du mal et le fixera pour toujours sur le bien, simple et concret parce que Dieu a lié le salut au don d’un peu de pain, d’un verre d’eau, d’un vêtement, de pas pour aller visiter un malade ou un pauvre. Certes, Dieu ne s’est pas lié aux choses, mais au cœur de celui qui se sert des choses. Saint-Jean de la croix écrivit : « A la fin de la vie, nous serons jugés sur l’amour ».

C’est cela la grandeur de la foi chrétienne évangélique : la confrontation suprême entre l’homme et Dieu n’est pas le péché mais le bien. La mesure de Dieu est, par conséquence, la mesure de l’homme et celle de l’histoire est le bien, c’est l’amour de Dieu. Notre futur, ciel et paradis, est généré du bien que chacun de nous a donné aux innombrables « Lazare » de la terre, qui méritent bien plus que les miettes qu’ils demandent. Le jugement de Dieu est l’acte qui exprime la dernière vérité de l’homme, et pour la trouver, ce n’est pas nous qu’Il regardera mais regardera autour de nous : nos relations, la partie de pauvres, de larmes et d’amours qui nous a été confiée et que je dois garder avec ma vie. S’il y a quelque chose d’éternel en nous, si quelque chose de nous reste lorsqu’ il ne reste plus rien, cette chose est l’’Amour.

4) Maria, Reine du Ciel et de la Terre

Parmi toutes les créatures de l’univers, Dieu a choisi la Vierge Marie pour l’associer à la royauté de son Fils fait homme. Notre Dame distribue royalement et maternellement ce qu’elle a reçu de son Fils Roi. Avec sa puissance, Elle protège nous, ses fils acquis aux pieds du Trône de la Croix et nous donne la joie avec ses dons, car le Roi a demandé que chaque grâce passe à travers ses mains de reine généreuse et maternelle.

Que Marie nous apprenne à témoigner avec courage du Règne de Dieu et à accueillir le Christ comme le Roi de notre existence et de l’univers entier.

Les vierges consacrées dans le monde sont appelées à ce témoignage d’une façon particulière. Comme le Catéchisme de l’Eglise Catholique aux numéros 922 – 923 nous l’apprend : « Depuis les temps apostoliques, il y eut des vierges chrétiennes qui, appelées par le Seigneur afin de se donner exclusivement à lui, dans la plus grande liberté de cœur, de corps et d’esprit, ont pris la décision, approuvée par l’église, de vivre l’état de virginité et de chasteté perpétuelle « pour le règne des cieux » (Mt 19,12). Emettant la sainte détermination de suivre Christ de plus près, les vierges sont consacrées, par l’Evêque, à Dieu selon le rite liturgique approuvé. Elles sont unies en des noces mystiques au Christ, Fils de Dieu et se consacrent au service de l’Eglise. A travers ce rite solennel (consecratio virginum), « la vierge est constituée personne consacrée », comme « signe transcendant de l’amour de l’église vers le Christ, image eschatologique de l’Epouse céleste et de la vie future ». La Vierge consacrée témoigne d’une façon particulière la royauté du Christ qui mérite tout, et, de sa personne, elle est l’annonce de charité et signe du caractère royal de la vie chrétienne. En fait, ceux qui gardent la virginité sont semblables à la Vierge Marie. « Comme d’elle est né le Fils, le Verbe de Dieu qui régit le monde, ainsi toutes celles qui gardent la virginité aident le Christ à régir en générant des paroles efficaces qui instruisent les autres dans la vertu (Card. Spidlik) et les soutient dans leur vie quotidienne. »

En bref : la liturgie d’aujourd’hui nous invite à contempler la royauté du Christ et, ensuite, nous demande de vivre royalement, c’est à dire, de nous approprier d’un style de vie haut, noble, solennel comme la charité. Comment ne pas penser à cette femme, petite et fragile, qui était la Bienheureuse Mère Teresa de Calcutta ? Sa vie a été celle d’une Reine qui suivait le Christ. Tous ont rendu hommage à cette Reine sans sceptres, sans couronnes, mais qui a été rendue belle par les pauvres qu’elle a aimés. Et nous, nous savons qu’en chacun de ces pauvres, elle a aimé Jésus. Faisons de même.

Lecture Patristique

ORIGÈNE

TRAITÉ D, SUR LA PRIÈRE

« Que ton règne vienne »

Comme l’a dit notre Seigneur et Sauveur, le règne de Dieu vient sans qu’on puisse le remarquer. On ne dira pas : Le voilà, il est ici, ou bien : Il est là. Car voilà que le règne de Dieu est au-dedans de vous. Et en effet, elle est tout près de nous, cette Parole, elle est dans notre bouche et dans notre cœur. En ce cas, il est évident que celui qui prie pour que vienne le règne de Dieu a raison de prier pour que ce règne de Dieu germe, porte du fruit et s’accomplisse en lui. Chez tous les saints en lesquels Dieu règne et qui obéissent à ses ordres spirituelles, il habite comme dans une cité bien organisée. Le Père est présent en lui et le Christ règne avec le Père dans cette âme parfaite, selon sa parole : Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui.

Le règne de Dieu qui est en nous, alors que nous progressons toujours, parviendra à sa perfection lorsque la parole l’Apôtre s’accomplira : le Christ, après avoir soumis ses ennemis, remettra son pouvoir royal à Dieu le Père afin que Dieu soit tout en tous. C’est pourquoi, priant sans cesse et avec des dispositions divinisées par le Verbe, nous disons : Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton Règne vienne.

À propos du règne de Dieu, il faut encore remarquer ceci : Comme il n’y a pas d’union entre la justice et l’impiété, entre la lumière et les ténèbres, entre le Christ et Bélial, le règne du péché est inconciliable avec le règne de Dieu. Si donc nous voulons que Dieu règne sur nous, que jamais le péché ne règne dans notre corps mortel. Mais faisons mourir nos membres qui appartiennent à la terre, et portons les fruits de l’Esprit. Ainsi, comme dans un paradis spirituel, le Seigneur se promènera en nous, régnant seul sur nous, avec son Christ. Celui-ci trônera en nous, à la droite de la puissance spirituelle, que nous désirons recevoir, jusqu’à ce que tous ses ennemis qui sont en nous deviennent l’escabeau de ses pieds, et que soit chassée loin de nous toute principauté, puissance et souveraineté.

Tout cela peut arriver en chacun de nous jusqu’à ce que soit détruit le dernier ennemi, la mort, et que le Christ dise en nous : Mort, où est ton dard venimeux ? Enfer, où est ta victoire ? Dès maintenant donc, que ce qui est périssable en nous devienne saint et impérissable ; que ce qui est mortel après la destruction, revête l’immortalité du Père. Ainsi Dieu régnera sur nous et nous serons déjà dans le bonheur de la nouvelle naissance et de la résurrection.

Source: ZENIT. ORG, le 19 novembre 2020

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