« Croire en Dieu-Amour porte en soi l’espérance », par Mgr Follo

Lampe à huile © wikipedia
Lampe À Huile © Wikipedia

« Croire en Dieu-Amour porte en soi l’espérance », par Mgr Francesco Follo

« Une lampe avec laquelle traverser la nuit »

Mgr Francesco Follo invite « à se souvenir que croire en Dieu-Amour porte en soi l’espérance qui est comme une lampe avec laquelle traverser la nuit au-delà de la mort avec l’huile de l’amour, et atteindre la grande fête de la vie ».

« Être prêts pour la rencontre avec l’Amour qui vient de l’infini et nous demande de faire quelques pas pour rester toujours avec Lui », souligne l’Observateur permanent du Saint-Siège à l’UNESCO, à Paris, dans ce commentaire des lectures de dimanche prochain, 8 novembre 2020.

Comme lecture patristique, Mgr Follo propose un passage de saint Grégoire de Nazianze : « L’Époux fera son entrée en grande hâte. »

AB

« Être prêts pour la rencontre avec l’Amour qui vient »

1) La prudence permet de marcher avec l’Amour.

C’est être réaliste de reconnaitre que notre vie sur terre est fragile. Comment ne ne pas nous reconnaître dans le bref poème du poète italien Giuseppe Ungaretti

« On est là comme les feuilles d’automne sur les arbres » que j’ai déjà rappelé dans mon commentaire de dimanche dernier. Si nous avons la grâce de croire, nous ne vivons pas cette caducité comme une frustration à éviter en cherchant à savourer l’instant présent. Pour le chrétien, la vie, aussi fragile soit-elle, est « vigilance », attente d’une rencontre et un pèlerinage vers la vraie Vie, la Vie éternelle. Sans la perspective d’une rencontre pleine de sens et porteuse d’éternité, le sens de la vie est bouleversé : il cède à la frénésie pour cacher le désespoir.

Pour nous aider à vivre cette vigilance qui devient chemin de fête, l’évangile d’aujourd’hui nous propose la parabole des dix vierges qui sont invitées à une fête de noce, symbole du Royaume des cieux, de la vie éternelle. C’est une image heureuse avec laquelle Jésus enseigne une vérité qui nous met en question. En fait, parmi ces dix jeunes filles, cinq d’entre elles entrent dans la fête, parce qu’elles ont de l’huile pour allumer leurs lampes quand l’Epoux arrive. Tandis que les cinq autres restent dehors, car, insensées, elles n’ont pas apporté d’huile. Que représente cette « huile », indispensable pour marcher avec l’Epoux et être admis au banquet de mariage ? Saint Augustin (cf. Discours 93, 4) y lit un symbole de l’amour qui ne peut être acheté, mais qui est reçu comme un don, conservé dans notre intime et pratiqué dans nos œuvres.

La vraie sagesse profite de la vie mortelle pour accomplir des œuvres de miséricorde, car, après la mort, cela ne sera plus possible. Lorsque nous serons réveillés pour le jugement dernier, celui-ci se fera sur la base de l’amour pratiqué dans la vie terrestre (cf. Mt 25, 31-46). Et cet amour est un don du Christ, répandu en nous par le Saint-Esprit. Quiconque croit en Dieu-Amour porte en lui une espérance invincible, comme une lampe avec laquelle traverser la nuit au-delà de la mort et atteindre la grande fête de la vie.

Si d’un côté, l’accent est mis sur la nécessité d’être prêts pour ne pas être exclus de la fête nuptiale, de l’autre il est rappelé que l’attente vigilante et prudente concerne la venue du Christ glorieux, appliquant sur lui l’image de l’Epoux que l’Ancien Testament utilise pour Dieu.

En divisant le groupe des dix vierges en deux catégories, cinq prévoyantes et cinq insouciantes, comme ces personnes qui construisent sur la roche ou sur le sable (cf. Mt 25, 1- 13), Saint Matthieu décrit la façon dont se passaient les noces entre Juifs à l’époque de Jésus. Celles-ci impliquaient aussi un cortège de jeunes filles (c’est le sens donné au mot « vierge »), qui accompagnaient les époux, généralement vers le soir (d’où l’utilisation des lampes).

L’époux se rendait dans la maison paternelle de la future épouse pour l’amener dans la sienne, mais il devait d’abord conclure des accords avec le père, un contrat nuptial. Il pouvait arriver qu’ils doivent encore discuter et que les choses s’étirent à la longue. Les cinq vierges prévoyantes montrent qu’elles sont prêtes à toute éventualité, portant avec elles de l’huile pour alimenter leurs lampes, au cas où l’attente devienne plus longue que prévue.

Ce qui distingue les deux groupes de jeunes filles n’est pas la vigilance, mais la prudence face à l’imprévu : en effet le passage de l’évangile nous raconte qu’elles s’assoupirent toutes et s’endormirent, quand l’éventualité du retard se vérifia.

Pourquoi certaines furent prudentes et d’autres pas ? Ce n’était pas seulement une question de bon sens, mais d’amour.

L’amour est la vertu avec laquelle on vit l’attente vigilante et prudente. Si on attend intensément, ardemment, celui qu’on aime, on se prépare à tout et on prend toutes les précautions nécessaires, on pense à tous les détails qui permettront à cette attente de se dérouler le mieux possible et à la rencontre avec l’Epoux de se réaliser. Ce faisant, on imite ces vierges prudentes et prévoyantes qui attendent l’époux avec les lampes allumées, après avoir pris la précaution de se faire une réserve d’huile. Contrairement aux cinq jeunes filles insouciantes, celles-ci ont été prévoyantes, car elles sont éprises de l’époux qu’elles attendent.

Même si le sommeil les surprend, elles ont eu la prudence d’acheter de l’huile pour ne pas risquer de ne pas rencontrer l’Epoux, en ajoutant leur lumière à celle du Christ et en marchant avec lui vers la fête nuptiale. Sans l’amour pour les motiver, elles n’auraient pas pensé à devoir se fournir en huile et seraient restées sans la lumière de l’amour. Seul l’amour pour le Christ, l’Epoux qui vient pour nous faire entrer dans son Royaume nous motive à attendre avec prudence, de manière active et assidue, sans crainte, car même si le corps est endormi, le cœur veille.

2) L’huile de la lampe est l’amour.

Il est à noter que l’Epoux est le premier à aimer, l’attente n’est pas la cause de la rencontre mais celle-ci ne se réalise pas sans l’attente entretenue par le cœur vigilant. Sachons également présenter cette attente en priant : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres ! Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange. Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler. Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes » (Ps 62 – Psaume responsorial de la Messe d’aujourd’hui)

Mais pourquoi le cœur des jeunes filles prudentes, pourtant si ouvert à l’attente de l’Epoux, est-il fermé au partage de l’huile avec les autres jeunes filles, qui le leur demande avec insistance et préoccupation ?

Je vous propose une interprétation spirituelle : « La lampe appartient à toutes les vierges, l’huile que les unes ont, est un don qu’elles ont reçu de Celui qui l’accroît. Chaque jeune fille doit alimenter amoureusement sa relation avec celui qui vient, avant que l’huile ne commence à manquer. C’est pourquoi ce don ne peut pas passer de l’une à l’autre, ne peut être reçu que de celui qui peut le donner à tous. L’huile de la relation d’amour ne peut être acheté et vécu par personne interposée. L’Epoux qui est sa réserve le donne et le verse dans de petites bocaux. L’important n’est pas d’en avoir beaucoup, mais veiller à ce qu’il n’en manque pas et que la lampe reste allumée jusqu’à l’arrivée de l’époux » (D. Mongillo, Per lo Spirito in Cristo al Padre, Bose, Ed. Qiqajon, 2005 p. 16-19).

Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient », ne s’adresse pas qu’aux personnes appelées à la virginité. Elle vaut pour tous les chrétiens et pour tous les temps. La vigilance doit être comprise comme une attitude vitale générale faite de désir et d’attention, d’amour actif et d’espérance.

Naturellement la phrase de l’Evangile d’aujourd’hui : « Les vierges sages sont ces personnes qui ont saisi le moment favorable de leur permanence sur Terre pour faire de bonnes actions, et se sont préparées à la venue du Seigneur. Les vierges insouciantes sont ces personnes, inattentives et obtuses qui ne se préoccupent que des choses présentes et oublient les promesses de Dieu, n’entretiennent pas la flamme de l’espérance de la résurrection.

Un exemple de comment vivre l’existence quotidienne, chez soi ou au travail, nous vient des vierges consacrées.

En se donnant totalement au Christ-Epoux, ces femmes montrent que l’on peut vivre la vie comme une attente, en faisant de la journée, du travail, des occupations, un pas vers l’infini, c’est-à-dire avec le corps sur terre mais l’âme au ciel. Ces consacrées témoignent que l’on peut ne se « préoccuper » que du Christ, et leur unique « préoccupation » est d’être des femmes de prière qui regardent en Haut, là où règne la joie.

C’est le propre de leur vocation comme le rappelle la prière de l’évêque le jour de leur consécration : « Ecoute Seigneur ton Eglise en prière : dans ton amour, prends pitié de celle que tu as appelée ; conduis-la dans la voie du salut et pour qu’elle désire ce qui te plaît et soit toujours vigilante pour l’accomplir. Par Jésus, le Christ notre Seigneur » (Rituel de consécration des Vierges, n 34).

Lecture Patristique
Saint Grégoire de Nazianze (320 – 389) 

Discours 40, 46 (PG 36, 425)

Aussitôt après ton baptême, tu te tiendras debout devant le grand sanctuaire, pour signifier la gloire du monde à venir. Le chant des psaumes qui t’accueillera est le prélude des louanges célestes. Les lampes que tu allumeras préfigurent ce cortège des lumières qui conduira au- devant de l’Époux nos âmes resplendissantes et vierges, munies des lampes étincelantes de la foi.

Prenons garde à ne pas nous abandonner au sommeil, par insouciance, de peur que celui que nous attendons ne se présente à l’improviste, sans que nous l’ayons vu venir. Ne restons pas sans provision d’huile et de bonnes oeuvres, de crainte d’être exclus de la salle des noces.

Je vois, en effet, ce que sera ce malheur si affligeant. L’Époux arrivera. Une voix puissante nous appellera à nous présenter devant lui. Toutes les âmes prudentes iront à sa rencontre avec leur lampe allumée et une réserve d’huile très abondante. Les autres, pleines d’inquiétude, chercheront bien tardivement à en obtenir auprès de celles qui en seront pourvues.

L’Époux fera son entrée en grande hâte. Les premières entreront avec lui. Les autres, tout occupées à préparer leurs lampes, ne trouveront pas le temps d’entrer et seront laissées dehors au milieu des lamentations. Elles se rendront compte trop tard de ce qu’elles auront perdu par leur insouciance. Alors, malgré toutes leurs supplications, elles ne pourront plus pénétrer dans la salle des noces dont elles se seront exclues par leur propre faute.

Elles ressembleront aussi à des invités aux noces qu’un noble père célèbre en l’honneur d’un noble époux, et qui s’abstiennent d’y prendre part. L’un, parce qu’il vient de prendre femme ; un autre, parce qu’il vient d’acheter un champ ; un troisième, parce qu’il a acquis une paire de bœufs (cf. Lc 14,18-20). Ce qu’ils ont obtenu ainsi leur a été bien dommageable, puisqu’ils se sont privés d’un excellent profit pour des avantages médiocres.

Car il n’y a pas de place dans le ciel pour l’orgueilleux et l’insouciant, pour l’homme sans habit convenable, qui ne porte pas le vêtement de noce (cf. Mt 22,11), même s’il s’est cru, sur terre, digne de la splendeur céleste, et s’est introduit furtivement dans le groupe des fidèles en se berçant de faux espoirs.

Qu’adviendra-t-il ensuite? L’Époux connaît ce qu’il nous enseignera quand nous serons au ciel, et il sait quelles relations il entretiendra avec les âmes qui y seront entrées avec lui. Je crois qu’il vivra en leur compagnie, et qu’il leur enseignera les mystères les plus parfaits et les plus purs.

Nous qui vous donnons cet enseignement et vous qui nous écoutez, puissions-nous y avoir part dans le Christ notre Seigneur, à qui soient la gloire et la puissance dans les siècles. Amen.

Source: ZENIT.ORG, le 5 novembre 2020

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