« La joie est possible en Irak », entretien avec le p. Ephrem Azar

P. Ephrem Azar, dominicain irakien © Zenit / AKM

P. Ephrem Azar, Dominicain Irakien © Zenit / AKM

« La joie est possible en Irak », entretien avec le p. Ephrem Azar

Le pape a relié le pays du nord au sud

« La joie est possible en Irak », affirme le dominicain irakien Ephrem Azar, au lendemain du voyage du pape François dans le pays. Dans un entretien à Zenit, il appuie sur la nécessité de l’éducation des jeunes, pour leur ouverture à l’autre et pour leur enracinement dans une culture « qui a pu être rayonnante pour le monde entier ».

Le p. Ephrem Azar évoque sa « grande émotion » lors de sa rencontre avec le pape dans l’église de Qaraqosh : « Je l’ai salué longuement, en le regardant en face, en lui serrant la main très fortement… Il y avait du monde qui s’attroupait autour de lui, c’était indiscret de lui dire quelque chose qui me tenait à coeur, mais j’aurais bien aimé lui dire : voyez cette cathédrale, on vient de la restaurer, et maintenant c’est l’être humain qu’il faut aussi restaurer. »

Les chrétiens sont des passeurs

Le dominicain retient de la visite papale « trois axes importants » : tout d’abord, « la joie est possible en Irak ». « Les médias, fait-il observer, étaient habitués depuis des décennies au visage de la guerre, de la violence ». Or durant ces journées c’est la joie qui a triomphé, et pas seulement chez les chrétiens : « Les musulmans aussi étaient heureux d’accueillir un pape chez eux. »

« Les Irakiens, poursuit-il, ont vu les images d’un homme bon, d’un homme de paix qui va semer la paix… La chaleur de cet homme, sa bonté, son humanité, ont joué un rôle fondamental dans ce voyage. »

Pour le religieux qui a participé à la prière interreligieuse à Ur en Chaldée (6 mars), le pape a une mission essentielle dans un pays où de nombreuses villes ont été vidées des chrétiens : « Voir parmi eux un responsable chrétien, c’est faire ressurgir la présence chrétienne dans la mémoire des Irakiens. »

Les chrétiens, ajoute-t-il, « sont les fondateurs de ce pays, bien avant l’islam », ils sont « des passeurs, qui ont joué un rôle fondamental dans la culture arabo-musulmane », ils ont « toujours agi comme un ferment » au Proche-Orient. Et ils « ont des droits comme tous les autres, ils ne sont pas des gens de seconde classe », affirme le p. Ephrem Azar qui déplore les articles « nettement contraires aux minorités » dans la constitution irakienne actuelle et certains programmes scolaires à l’école primaire. Il est notamment illégal pour un homme chrétien d’épouser une femme musulmane sans se convertir à l’islam. Les conversions ne sont pas interdites mais dans les faits un converti peut être poursuivi pour blasphème, ou tué par des militants djihadistes.

Dans les ruines, l’espoir de la restauration

Le deuxième axe de ce voyage, c’est la reconstruction par le dialogue, que le p. Ephrem Azar voit dans deux moments : la visite chez le grand ayatollah Al-Sistani à Nadjaf, haut lieu du chiisme irakien, et la prière pour les victimes des guerres à Mossoul.

« C’est là, s’enthousiasme le dominicain, dans les ruines, à 300 m de là où Abou Bakr al-Baghdadi avait proclamé l’Etat islamique (5 juillet 2014, dans la mosquée Al-Nouri, ndlr) que le pape a souligné la possibilité de la restauration, du dialogue, pas dans la violence mais dans le respect des autres… Comme Jonas à Ninive, le pape a voulu venir leur dire : je suis là, je suis parmi vous. »

Enfin le troisième axe du voyage est spirituel, il invite à « un chemin » de fraternité, d’ouverture. Aujourd’hui, estime le religieux, « c’est aux dirigeants irakiens de décider : soit ils choisissent la voie de la fraternité et de l’ouverture, soit ils gardent les choses telles quelles, sur la voie de l’anarchie, de la violence et de la corruption ».

Est-ce qu’après cela les chrétiens qui ont quitté l’Irak vont pouvoir revenir ? « Cela reste une question », répond le p. Ephrem Azar, qui est témoin de la « dépression » des exilés, sans racines, en Occident. « J’ai appris que cinq familles étaient rentrées à Qaraqosh. Ce sera peut-être des retours de reconstruction, non pas pour y rester indéfiniment, mais par sens de l’appartenance. L’élément chrétien est indispensable pour l’Irak. Les chrétiens comme les autres minorités ethniques et religieuses sont là pour dire aux musulmans que c’est en reconnaissant l’autre différent dans ses richesses culturelles et religieuse que nous pourrons construire le pays. »

Le pape a relié le pays du nord au sud

Au fil de ce déplacement, « le pape François a relié l’Irak dans son entier, du sud au nord, depuis Ur et la culture summérienne, babylonienne, en passant par Ninive et la culture assyrienne, sunnites et chiites, arabes et kurdes…. c’est l’Irak que j’ai toujours connue », confie le dominicain né à Mossoul.

Fondateur de l’association « Entre Deux Rives, la passerelle France-Orient », il s’inquiète surtout pour les jeunes, qui vivent des choses « dramatiques ». En visitant des écoles restaurées par son association – où les élèves sont à majorité musulmane – dans la plaine de Qaraqosh, il recommande l’éducation : « J’ai cité au directeur un verset du Coran où Dieu demande au prophète Mohammed de lire. “Lis au nom de ton Dieu qui a appris à l’homme ce qu’il connaît pas”. Pour faire sortir les enfants de l’ignorance de l’obscurantisme, il faut leur apprendre à lire, les éduquer pour s’ouvrir aux autres. Sinon Daesh est de retour. »

« Si vous éduquez vos enfants, vous gagnez ; si vous ne transmettez rien, le pays sera détruit, la culture va mourir », prévient le p. Ehprem Azar, s’attristant du chômage qui touche plus de 40% des jeunes, dont ses propres neveux et nièces qui « terminent l’université sans avenir ». Alors même « qu’en Irak, il y a tellement de richesse humaine, culturelle, sociale, il y a un potentiel inimaginable ».

Source: ZENIT.ORG, le 17 mars 2021

L’espérance de l’Irak dans le sourire d’une petite fille

Photo prise à Mossoul, le dimanche 7 mars 2021.Photo prise à Mossoul, le dimanche 7 mars 2021.  (Fotografico Vatican Media)

L’espérance de l’Irak dans le sourire d’une petite fille

Le voyage du pape en Irak a jeté une lumière nouvelle sur une terre dévastée par une guerre qui dure depuis dix ans, montrant au monde la soif de paix et de fraternité d’une population qui souhaite recommencer à vivre.

Massimiliano Menichetti – Cité du Vatican

«Pour nous, c’était comme de se réveiller d’un cauchemar, nous n’en croyions pas nos yeux, le pays peut vraiment se relever». Ces simples mots contiennent l’espoir de tout un peuple, le peuple irakien, qui a accueilli le Pape du 5 au 8 mars dernier. S’il ne fallait retenir qu’une image de ce voyage, ce serait un instantané pris à Mossoul, grande ville du Nord dont le groupe État islamique avait fait sa capitale irakienne, où les décombres sont criblés de milliers de balles, où en regardant les églises, les maisons, les mosquées détruites et défigurées, on touche du doigt la violence des combats, la fureur de l’homme qui détruit, piétine, anéantit son frère.

Dans ce contexte, où l’horreur a semblé prévaloir, le Pape a été accueilli par le chant d’enfants brandissant des branches d’olivier, tandis que d’autres, non loin de la réunion, jouaient sur un chemin de terre ; l’asphalte ne subsiste que dans les rues centrales. C’est là qu’une petite fille de quatre ou cinq ans, vêtue d’une combinaison rose à fleurs et d’une paire de sandalettes, se détache de son groupe de compagnons et marche à reculons. Inconsciemment, elle s’arrête devant les jambes d’un soldat. Elle le regarde, ses yeux balayent sa silhouette de bas en haut.

Le soldat muni de bombes accrochés à sa taille, d’un casque, de lunettes pour se protéger du soleil, courbe le cou et croise le regard de la petite fille, le visage sali par la terre comme le reste de son corps. Derrière eux, seulement les décombres de ce qui furent des maisons. Leurs regards se croisent malgré ces sombres lunettes, l’homme caresse la petite fille sur la tête et la soulève. Elle éclate en un sourire, qu’il lui rend un instant plus tard. Dans cette image, il y a tout le présent et l’avenir de l’Irak.

Le voyage de François, le premier Pape à avoir mis les pieds sur la terre d’Abraham, fut mémorable. Le Saint-Père a encouragé et confirmé dans la foi la communauté chrétienne qui, avec les musulmans et les minorités présentes, comme les Yézidis, a connu des souffrances indicibles. Ce fut un voyage historique en raison du pont jeté avec chiites après celui jeté avec les sunnites à Abou Dhabi, en raison de l’accueil qu’a reçu le Saint-Père, mais surtout pour la lumière –du bien et de la rédemption- qu’il a apportée dans un lieu dévasté par la guerre, la violence et les persécutions perpétrées par Daesh, et qui vit aujourd’hui les fléaux de la pauvreté et de la pandémie du covid-19.

Ce qui frappe, c’est la militarisation: partout se trouvent des hommes en tenue de guerre, avec d’épais gilets pare-balles, des ceintures dotées de grenades, des casques munis de visières de précision et des armes lourdes ; des dizaines de pick-up le long des rues avec des mitrailleuses, des tanks et des voitures blindées. Le long des rues, alors que la procession papale passait, les personnes qui n’étaient pas autorisées à se tenir sur les bords avec des drapeaux et des bannières se trouvaient à des dizaines de mètres, les mains derrière le dos. Le long des murs emprisonnés dans du fil barbelé, de nombreux drapeaux du Vatican, or et blancs, avaient été déployés à Bagdad, Nasiriya, Ur, Mossoul, Qaraqosh, Erbil.

En 2020, l’Irak a subi environ mille quatre cents actions terroristes, il est difficile de trouver du travail, les difficultés économiques sont une réalité dramatique, mais le pays ne se résume pas à cela, même si c’est le récit dominant, souvent le seul. Cette histoire ne laisse aucune place à ceux qui aident les autres, à ceux qui s’engagent dans une réalité de partage et de reconstruction.

Le voyage du Pape a jeté une lumière différente sur le pays et, pour la première fois depuis des décennies, on a parlé de l’Irak en termes positifs, d’accueil, de perspectives, d’avenir. Les chrétiens et les musulmans ont remis à François leurs souffrances, mais aussi leur foi, leur force, leur désir de rester, en remettant sur pied une terre qui, dans le passé, a été le berceau d’anciennes civilisations et un exemple de coexistence pacifique. Tous écoutaient ce qu’ils ont défini comme étant «les grandes paroles» prononcées par un sage.

Les chrétiens se sont retrouvés en prière avec le Successeur de Pierre, devenant ainsi une lumière pour le monde entier. Un peuple concret, marqué par des histoires de souffrance indicible, qui cherche à surmonter la haine et n’accepte pas de devenir un réservoir de terreur et de fondamentalisme. Le Pape a apporté un ferment nouveau, dans une réalité habituée à être racontée en couleurs sombres et mortelles. À Bagdad, où les murs et les périmètres blindés protègent les fidèles dans les églises et les mosquées, les bâtiments partiellement habités alternent avec des places illuminées de façon festive ou des quartiers très pauvres. L’architecture montre la discontinuité des styles et les fissures des combats.

François a fait mémoire des martyrs, condamnant toute forme de fondamentalisme, il s’est fait proche de la communauté chrétienne tout comme de chaque personne ayant souffert et continuant de souffrir. Malgré la pandémie, des familles entières se sont rassemblées derrière des véhicules blindés appelés à former des cordons de séparation, ne serait-ce que pour voir un instant «l’homme de paix» venu de loin. À Ur, où s’est tenue la très attendue rencontre interreligieuse, alors que le vent du désert soufflait à travers les filets de protection placés le long du parcours depuis l’aéroport de Nasiriya. Ici, où la tradition indique ce se trouvait la maison d’Abraham derrière laquelle se dresse l’une des plus grandes ziggurats du monde, on a vu en plein jour les étoiles du ciel, le firmament que le Pape a indiqué comme une boussole, pour marcher sur la terre, pour construire des chemins de rencontre, de dialogue et de paix.

Les personnes présentes ont parlé d’une «rencontre extraordinaire, inimaginable», rendant grâce à Dieu en différentes langues. La joie et l’émotion de la communauté de Qaraqosh où la majorité des habitants sont chrétiens, était inoubliable. Le Pape a écouté les blessures et le témoignage de foi de ceux qui ont vu le groupe État islamique tuer leurs enfants, leurs femmes, leurs frères. Il a entendu demander pardon pour les meurtriers. Ici, sur les visages des personnes âgées et des jeunes, qui avaient revêtus leurs habits de fête pour l’occasion, les larmes ont coulé lorsque le Pape a scandé les mots «Vous n’êtes pas seuls». Le salut d’espérance adressé par l’Irak au Pape est devenu visible dans le grand stade d’Erbil, au Kurdistan irakien, où de nombreux Irakiens et Syriens ont trouvé refuge. Plus de 10 000 personnes, arrivées de toutes les régions du pays, ont prié avec François, dans le recueillement et le silence, avec un nouvel espoir dans leur cœur: qu’un Irak différent soit possible.

Source: VATICANNEWS, le 15 mars 2021

À Qaraqosh, ces « youyous » qui ont salué le passage du Pape

Vincenzo PINTO / AFP – Le 7 mars 2021, le pape François est accueilli par les fidèles dans l’église de l’Immaculée Conception, à Qaraqosh (Irak).

À Qaraqosh, ces « youyous » qui ont salué le passage du Pape

Lors du passage du Pape à Qaraqosh, le 7 mars 2021, au cours de son voyage apostolique en Irak, de nombreux « youyous » ont résonné, manifestant la joie des femmes à la venue du pontife argentin. 

Aigus, vibrants, longs et peins de joie. Les « youyous », ces cris poussés par les femmes dans de nombreuses régions du monde, notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ont résonné  dans les rues de Qaraqosh, accompagnant le passage du Pape lors de son voyage apostolique en Irak.

Fraternité en Irak, association humanitaire qui vient en aide aux minorités religieuses victimes de violences, a publié plusieurs vidéos dans lesquelles on entend de façon très nette ce cri joyeux qui manifeste une émotion collective. Les femmes poussent des « youyous » le plus souvent lors d’évènements heureux, plus rarement lors de funérailles. À Qaraqosh, elles étaient toute à la joie de la venue du pontife argentin et ont su le manifester joyeusement, selon leur tradition.

Lors du passage du Pape à Qaraqosh, le 7 mars 2021, au cours de son voyage apostolique en Irak, de nombreux « youyous » ont résonné, manifestant la joie des femmes à la venue du pontife argentin. 

Aigus, vibrants, longs et peins de joie. Les « youyous », ces cris poussés par les femmes dans de nombreuses régions du monde, notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ont résonné  dans les rues de Qaraqosh, accompagnant le passage du Pape lors de son voyage apostolique en Irak.

Fraternité en Irak, association humanitaire qui vient en aide aux minorités religieuses victimes de violences, a publié plusieurs vidéos dans lesquelles on entend de façon très nette ce cri joyeux qui manifeste une émotion collective. Les femmes poussent des « youyous » le plus souvent lors d’évènements heureux, plus rarement lors de funérailles. À Qaraqosh, elles étaient toute à la joie de la venue du pontife argentin et ont su le manifester joyeusement, selon leur tradition.

Source: ALETEIA, le 7 mars 2021

Le pape accueilli par une délégation enthousiaste au Kurdistan irakien

Le pape accueilli par les autorités du Kurdistan irakien, 7 mars 2021, Erbil © Vatican Media
Le Pape Accueilli Par Les Autorités Du Kurdistan Irakien, 7 Mars 2021, Erbil © Vatican Media

Le pape accueilli par une délégation enthousiaste au Kurdistan irakien

Costumes traditionnels, chants et palmes

Des chants, des palmes, des rires… une petite foule d’enfants, de jeunes et d’autorités du Kurdistan irakien, en vêtements traditionnels, ont accueilli le pape François à son arrivée à Erbil, ce 7 mars 2021, troisième jour de son voyage en Irak.

Le pape a pris ce matin l’avion depuis Bagdad, où il réside à la nonciature apostolique, pour se rendre à Erbil à bord d’un avion de la compagnie Iraqi Airways. Il y a atterri aux alentours de 8h20 heure locale (6h20 à Rome), et a été salué sur le tapis rouge par deux enfants qui lui ont offert des fleurs, ainsi que par le président de la région autonome Nechirvan Barzani, et le premier ministre Masrour Barzani.

Autour du tapis rouge, plusieurs centaines de personnes, toutes générations confondues, exprimaient leur enthousiasme à l’arrivée du premier pape sur cette terre, qui plus est durement éprouvée par la guerre. L’archevêque d’Erbil des chaldéens, Mgr Bashar Matti Warda, et l’archevêque d’Erbil des syriens, Mgr Nizar Semaan, étaient également présents.

Dans une salle de l’aéroport, le pape a échangé avec les autorités du Kurdistan irakien, puis a pris un hélicoptère, survolant les terres dévastées et les villages en ruines jusqu’à Mossoul, le long d’une zone sous haute protection militaire. Là, dans les décombres de la ville, il a participé à une prière pour les victimes de la guerre.

Source: ZENIT.ORG, le 7 mars 2021

Rencontre historique entre le Pape François et le grand ayatollah Al-Sistani

Rencontre historique entre le Pape François et le grand ayatollah Al-Sistani

Le Saint-Père s’est entretenu pendant près de 45 minutes avec la principale autorité religieuse chiite en Irak, ce samedi 6 mars. 

Delphine Allaire et Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Au lendemain de son arrivée sur le sol irakien, le Pape François a pris ce samedi matin la direction de Najaf, la ville sainte chiite située à 160 kilomètres environ au sud de Bagdad, et lieu de résidence du grand ayatollah Sayyid Ali Al-Husayni Al-Sistani. Le Saint-Père l’a rencontré pendant près de 45 minutes, contre une demi-heure prévue initialement. Comme le souligne un communiqué de la Salle de presse du Saint-Siège, le Souverain Pontife a évoqué au cours de cet entretien privé «l’importance de la collaboration et de l’amitié entre les communautés religieuses afin qu’en cultivant le respect réciproque et le dialogue, on puisse contribuer au bien de l’Irak, de la région et de l’humanité entière».

«La rencontre a été l’occasion pour le Pape de remercier le Grand Ayatollah Al-Sistani car, avec la communauté chiite, face à la violence et aux grandes difficultés des années passées, il a élevé sa voix en faveur de la défense des plus faibles et des persécutés, en affirmant la sacralité de la vie humaine et l’importance de l’unité du peuple irakien», poursuit la déclaration de Matteo Bruni, directeur de la Salle de Presse du Saint-Siège.

«En prenant congé du Grand Ayatollah, le Saint-Père a réitéré sa prière à Dieu, Créateur de tous, en faveur d’un avenir de paix et de fraternité pour la bien-aimée terre irakienne, pour le Moyen-Orient et pour le monde entier», lit-on en conclusion.

De son côté, le grand ayatollah a confirmé son intérêt à ce que les citoyens chrétiens vivent en Irak, comme tous les citoyens, «dans la sécurité et la paix et dans le plein respect de leurs droits constitutionnels». Dans une déclaration publiée par son bureau de presse, le dignitaire chiite s’est arrêté lors de leur entretien sur le rôle des chefs religieux pour endiguer les «tragédies» dont souffre le pays et ceux de la région: «l’injustice, l’oppression, la pauvreté, la persécution religieuse et intellectuelle, la suppression des libertés fondamentales et de l’absence de justice sociale» et évidemment les guerres ou blocus – il mentionne dans sa déclaration le sort des Palestiniens. Les dignitaires religieux doivent, selon lui, exhorter les parties concernées, notamment «les grandes puissances», afin qu’elles privilégient la raison et la sagesse, qu’elles rejettent le langage de la guerre et ne fassent pas prévaloir leur propre intérêt sur le droit des peuples à vivre dans la liberté et la dignité. Le grand ayatollah Al-Sistani y remercie enfin le Saint-Père d’être venu jusque Najaf pour le rencontrer et lui souhaite beaucoup de bonheur ainsi qu’aux chrétiens lors de son voyage en Irak.

Favorable aux minorités chrétiennes en Irak

François est donc le premier Souverain Pontife à rencontrer le chef suprême des chiites d’Irak. Une étape interreligieuse très forte dans ce voyage apostolique, qui a suscité l’enthousiasme dans le pays. Elle a été saluée par le président irakien Barham Saleh comme «une expression religieuse profonde de modération».

Ali Al Sistani, âgé de 90 ans, a un rôle central dans la construction de la paix. Cette autorité politique et religieuse de référence du pays a déjà pris des positions favorables aux minorités chrétiennes d’Irak: dans plusieurs de ses fatwas, il insiste sur respect et la protection de toute minorité religieuse, et alerte chaque vendredi contre le risque de guerre civile dans le pays.

Selon le cardinal Fernando Filoni, ancien nonce apostolique en Irak qui témoignait récemment sur nos ondes, le Pape et le grand ayatollah sont un peu comme deux piliers prêts à former un arc, un même pont de paix. Plusieurs figures bibliques communes peuvent aider en ce sens. Abraham bien sûr, mais aussi le prophète Ezéchiel très respecté dans cette province de Babylone où il est enterré, dans un sanctuaire partagé entre les 3 monothéismes.

Source: VATICANNEWS, le 6 mars 2021

À Ur, le Pape exhorte les différentes religions à témoigner de la bonté de Dieu

Rencontre interreligieuse à Ur, le 6 mars 2021
Rencontre inter religieuse à Ur, le 6 mars 2021

À Ur le Pape exhorte les différentes religions à témoigner de la bonté de Dieu

C’est depuis l’antique site d’Ur, considéré dans la Bible comme la patrie d’Abraham, que le Pape François a présidé ce samedi 6 mars une rencontre interreligieuse. Devant les représentants de différentes traditions religieuses irakiennes, il a lancé un vibrant appel à la paix et à la fraternité, condamnant fermement le terrorisme et la violence, «des trahisons de la religion». 

Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Rencontre interreligieuse à Ur, le 6 mars 2021

«Ici, où vécut Abraham, notre père, il nous semble revenir à la maison» a déclaré le Pape François au début de son discours, prononcé sur une estrade protégée par une toile blanche, dans un paysage désertique et sous un soleil de plomb.  

La rencontre entre le Saint-Père et les représentants d’autres confessions religieuses d’Irak avait lieu à quelques mètres de la ziggurat d’Ur, édifice emblématique de l’une des plus anciennes et des plus importantes villes de la Mésopotamie antique, considérée dans la Bible comme la patrie d’Abraham.

Avant que le Pape ne s’exprime, plusieurs personnes ont pris la parole: un extrait du  livre de la Genèse a d’abord été lu, puis un passage du Coran invoquant au pardon des péchés et à la prière. Deux jeunes, un musulman et un chrétien de Bassorah ayant créé ensemble un magasin de vêtements ont témoigné de leur longue amitié.  Une femme sabéenne mandéenne a évoqué les souffrances de sa communauté, dont une grande partie a émigré en Amérique du Nord, et un universitaire musulman a présenté les efforts de coopération interreligieuse menés pour faire connaître ce patrimoine commun de la cité d’Abraham.

François s’est ensuite adressé à l’assemblée, invitant «juifs, chrétiens et musulmans», ainsi que les «frères et sœurs d’autres religions», à prendre exemple sur le patriarche Abraham, père des croyants, en regardant le ciel et en marchant sur la terre.

Rencontre interreligieuse à Ur, le 6 mars 2021

Élever le regard pour témoigner de la bonté de Dieu

Le ciel livre «un message d’unité», a expliqué François. Le «Très-Haut au-dessus de nous nous invite à ne jamais nous séparer du frère qui est à côté de nous»«Nous, descendance d’Abraham et représentants de diverses religions, nous sentons avoir avant tout ce rôle: aider nos frères et sœurs à élever le regard et la prière vers le ciel». Alertant contre l’autosuffisance et l’attachement aux biens terrestres, le Saint-Père a rappelé ce qu’est «la vraie religiosité: adorer Dieu et aimer le prochain». «Dans le monde d’aujourd’hui, qui oublie souvent le Très-Haut ou en présente une image déformée, les croyants sont appelés à témoigner de sa bonté, à montrer sa paternité à travers leur fraternité», a-t-il insisté.

François a ensuite condamné avec fermeté toute forme de violence et de terrorisme:

“«De ce lieu source de foi, de la terre de notre père Abraham, nous affirmons que Dieu est miséricordieux et que l’offense la plus blasphématoire est de profaner son nom en haïssant le frère. Hostilité, extrémisme et violence ne naissent pas d’une âme religieuse : ce sont des trahisons de la religion. Et nous, croyants, nous ne pouvons pas nous taire lorsque le terrorisme abuse de la religion. Au contraire, c’est à nous de dissiper avec clarté les malentendus. Ne permettons pas que la lumière du Ciel soit couverte par les nuages de la haine ! Au-dessus de ce pays, se sont accumulés les sombres nuages du terrorisme, de la guerre et de la violence. Toutes les communautés ethniques et religieuses en ont souffert».”

François a cité en particulier «la communauté yézidie, qui a pleuré la mort de nombreux hommes et a vu des milliers de femmes, de jeunes filles et d’enfants enlevés, vendus comme esclaves et soumis à des violences physiques et à des conversions forcées». «Aujourd’hui nous prions pour tous ceux qui ont subi de telles souffrances, pour tous ceux qui sont encore dispersés et séquestrés, afin qu’ils puissent vite revenir chez eux. Et nous prions pour que la liberté de conscience et la liberté religieuse soient respectées et reconnues partout : ce sont des droits fondamentaux parce qu’ils rendent l’homme libre de contempler le Ciel pour lequel il a été créé», a souligné le Successeur de Pierre.

Rencontre interreligieuse à Ur, le 6 mars 2021

S’ouvrir à l’amour du prochain, sans avidité

Puis le Pape a eu une pensée pour le nord de l’Irak, région ravagée par le terrorisme, qui «a détruit de façon barbare une partie de son merveilleux patrimoine religieux, dont des églises, des monastères et des lieux de culte de diverses communautés». Il a cependant salué les signes concrets de fraternité apparus sur le chemin de la reconstruction. François a aussi rappelé l’importance «de pérégriner vers les lieux sacrés : c’est le plus beau signe de la nostalgie du Ciel sur la Terre. C’est pourquoi aimer et préserver les lieux sacrés est une nécessité existentielle».

«Que notre présence ici aujourd’hui sur ses traces soit un signe de bénédiction et d’espérance pour l’Irak, pour le Moyen-Orient et pour le monde entier» a ensuite souhaité le Saint-Père, avant d’évoquer Abraham quittant sa terre et ses attachements pour devenir «père d’une famille de peuples». D’où cette invitation à se libérer des liens qui empêchent «d’accueillir l’amour infini de Dieu et de voir dans les autres des frères», en particulier dans cette période de pandémie où menace la tentation du repli sur soi. «Dans les tempêtes que nous sommes en train de traverser, l’isolement ne nous sauvera pas, la course pour renforcer les armements et pour ériger des murs, qui nous rendront au contraire toujours plus distants et fâchés, ne nous sauvera pas», a affirmé le Pape, indiquant la «la voie de la paix» qui «demande, surtout dans la tempête, de ramer ensemble du même côté». Et François de lancer cet appel:

“«Il est indigne, alors que nous sommes tous éprouvés par la crise pandémique, et surtout ici où les conflits ont causé tant de misère, que l’on pense avidement à ses propres affaires. Il n’y aura pas de paix sans partage et accueil, sans une justice qui assure équité et promotion pour tous, à commencer par les plus faibles. Il n’y aura pas de paix sans des peuples qui tendent la main à d’autres peuples. Il n’y aura pas de paix tant que les autres seront un eux et non un nous. Il n’y aura pas de paix tant que les alliances seront contre quelqu’un, parce que les alliances des uns contre les autres augmentent seulement les divisions. La paix n’exige ni vainqueurs ni vaincus, mais des frères et des sœurs qui, malgré les incompréhensions et les blessures du passé, cheminent du conflit à l’unité. Demandons-le dans la prière pour tout le Moyen-Orient, je pense en particulier à la Syrie voisine, martyrisée».”

Rencontre interreligieuse à Ur, le 6 mars 2021

Choisir l’hospitalité et non l’oppression

«D’où le chemin de la paix peut-il alors commencer ?» a ensuite demandé le Souverain Pontife. «Du renoncement à avoir des ennemis», en n’ayant qu’un seul ennemi à combattre, «l’inimiti黫Celui qui suit les voies de Dieu ne peut pas être contre quelqu’un, mais pour tous», a insisté François. «Il ne peut justifier aucune forme d’imposition, d’oppression et de prévarication, il ne peut pas se comporter de manière agressive». Le Pape a regretté qu’au cours de l’histoire, chacun ait trop souvent cheminé «pour son propre compte». Il a donc invité au changement:

“«Il nous revient, humanité d’aujourd’hui, et surtout à nous, croyants de toute religion, de convertir les instruments de haine en instruments de paix. Il nous revient d’exhorter avec force les responsables des nations afin que la prolifération croissante des armes cède le pas à la distribution de nourriture pour tous. Il nous revient de réduire au silence les accusations réciproques pour donner une voix au cri des opprimés et des rejetés sur la planète : trop sont privés de pain, de médicaments, d’instruction, de droit et de dignité ! Il nous revient de mettre en lumière les manœuvres douteuses qui tournent autour de l’argent et de demander avec force que l’argent ne finisse pas toujours et seulement par alimenter le confort effréné de quelques-uns. Il nous revient de protéger la maison commune de nos intentions prédatrices. Il nous revient de rappeler au monde que la vie humaine vaut pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle a, et que les vies des enfants à naître, des personnes âgées, des migrants, des hommes et des femmes de toutes couleurs et nationalités sont toujours sacrées et comptent comme celles de chacun ! Il nous revient d’avoir le courage de lever les yeux et de regarder les étoiles, les étoiles que notre père Abraham a vues, les étoiles de la promesse».”

Le Saint-Père a mis en avant l’urgence d’éduquer les jeunes à la fraternité, comme «le vaccin le plus efficace pour un lendemain de paix», avec ceux qui sont le «présent» et l’«avenir» du pays. Il a salué une fois encore le témoignage de ceux qui œuvrent silencieusement à la réconciliation et la reconstruction de leur terre blessée par des années conflits. «Que ceux qui n’y sont pas parvenus et ont dû fuir trouvent un accueil bienveillant, digne de personnes vulnérables et blessées», a souhaité François avant de lancer un dernier appel, en se référant à la figure d’Abraham: «nous voulons nous engager afin que se réalise le rêve de Dieu: que la famille humaine devienne hospitalière et accueillante envers tous ses fils ; qu’en regardant le même ciel, elle chemine dans la paix sur la même terre».

À la fin de cette rencontre a été lue une prière commune, la « prière des Fils d’Abraham ».

Rencontre interreligieuse à Ur, le 6 mars 2021

Source: VATICANNEWS, le 6 mars 2021

Irak: le pape François bénit l’École du sport pour la paix de Scholas Occurrentes

Scholas Occurrentes à Bagdad, Irak, 5 mars 2021 © Vatican Media

Scholas Occurrentes À Bagdad, Irak, 5 Mars 2021 © Vatican Media

Irak: le pape François bénit l’École du sport pour la paix de Scholas Occurrentes 

Rencontre à la nonciature apostolique

La fondation Scholas Occurrentes  inaugure l’École du sport pour la paix en Irak, annonce un communiqué de Scholas, dont le pape a rencontré l’équipe ce vendredi 5 mars 2021 à la nonciature apostolique de Bagdad, avec des jeunes de différentes religions.

« Le pape attendait avec impatience ce voyage en Irak, auquel Scholas a également participé: une partie intégrante de ce rêve. Plus tôt cette semaine, une équipe de Scholas est arrivée dans le pays pour réaliser divers programmes avec de jeunes Irakiens et pouvoir vivre la culture de la rencontre
à travers le sport et l’art », explique la même source.

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Au cours de la première journée de son voyage en Irak, le pape François a rencontré l’équipe de Scholas à la nonciature de Bagdad, ainsi que de jeunes Irakiens qui ont participé à l’expérience et partagé des moments intenses, au cours desquels le langage commun était art, musique et sport.

Parmi les participants, Mina Hazim Louis, qui a pris part à la réunion interreligieuse à Bagdad le
jeudi 4 mars dernier, elle a offert au pape François un t-shirt peint par elle avec le logo de
Scholas et l’inscription Scholas en arabe.

Mustafa Muneer Karm, en revanche, lui a remis les rêves écrits par les jeunes afin de continuer à développer ensemble la culture de la rencontre.

Le pape a vu des images des activités menées dans les jours précédant à Erbil, où, grâce à la signature de l’accord avec l’Université internationale de Tishk – TIU, la Chaire Scholas pour le développement de programmes en Irak a été inaugurée.

L’Ecole des Sports pour la paix de Scholas Occurrentes a été bénue pae le pape au terme de la rencontre. Elle bénéficiera du soutien du ministère de la Jeunesse et des Sports d’Irak et la Ligue espagnole de football professionnel, qui développent déjà un programme pour mettre en œuvre le football de base en Irak.

L’École des sports pour la paix bénéficie également du soutien du World Box Council va développer les actions BoxVal en Irak.

Par ces actions et ces engagements, Scholas veille à maintenir vivant l’engagement pris par le pape
François de continuer, après sa visite en Irak, à construire la culture avec les jeunes
de la rencontre

Les jeunes de Scholas Irak étaient accompagnés de Mgr Robert Jarjis, évêque de Bagdad,
de M. Adnan Dirjal, ministre de la jeunesse et des sports d’Iraq, de M. Juan José Escobar Stemmann, ambassadeur d’Espagne en Irak, de M. Riyad Kadhum Alazzawi, athlète irakien et champion du monde de le kickboxing, avec Mario del Verme, coordinateur sportif de Scholas Italia et Manuel Deza, formateur international Scholas.

Source: ZENIT.ORG, le 5 mars 2021

Le Pape aux autorités irakiennes: «Que l’on donne la parole aux artisans de paix»

Le Pape François s'exprimant devant les responsables politiques, de la société civile et les membres du corps diplomatique à Bagdad, ce vendredi 5 mars 2021
Le Pape François s’exprimant devant les responsables politiques, de la société civile et les membres du corps diplomatique à Bagdad, ce jeudi 5 mars 2021

Le Pape aux autorités irakiennes: «Que l’on donne la parole aux artisans de paix»

Dans son premier discours sur la terre irakienne, le Pape a énoncé les blessures d’un pays qui a souffert de guerres, du terrorisme et de conflits sectaires. En pèlerin pénitent, de paix et d’espérance, il a plaidé pour un dialogue patient et sincère entre toutes les communautés pour bien reconstruire. Il appelle à faire taire les armes et les responsables à lutter contre la corruption et pour la justice afin de garantir la dignité de tous.

Vatican News

Dès son atterrissage et comme le veut la tradition, le Pape a rencontré les responsables politiques irakienne: le Premier ministre à l’aéroport, puis le président à 21km de là, au sein du Palais présidentiel, au cœur de la zone verte à Bagdad, une zone internationale et très sécurisée où se trouve les ambassades étrangères.

Dans le grand salon du palais où siègent les autorités irakiennes depuis 2009, le Pape s’est adressé aux autorités, aux membres de la société civile et du corps diplomatique, soit quelque 150 personnes, se réjouissant de l’opportunité de cette visite apostolique «longtemps attendue et désirée» dans une terre qui est le «berceau de la civilisation, étroitement liée, à travers le Patriarche Abraham et de nombreux prophètes, à l’histoire du salut et aux grandes traditions religieuses du judaïsme, du christianisme et de l’islam». Si le Pape vient en pèlerin pour encourager l’Église locale dans son témoignage de foi, d’espérance et de charité, il souhaite aussi promouvoir la fraternité avec les autres communautés et traditions religieuses, «que Dieu nous accorde de marcher ensemble».

Les souffrances du peuple irakien

 Le Pape connaît les difficultés et les souffrances du peuple irakien. Comme le reste du monde, le pays est touché par la pandémie mondiale de Covid-19 qui appelle «à repenser nos modes de vie» et François défend, encore, une distribution équitable des vaccins pour tous. Mais il se penche surtout sur les plaies spécifiques de l’Irak qui a connu en quelques décennies, «les désastres des guerres, du fléau du terrorisme et des conflits sectaires souvent fondés sur un fondamentalisme qui ne peut accepter la coexistence pacifique de différents groupes ethniques et religieux, d’idées et de cultures diverses». Tout cela a apporté mort, destructions et ruines, matérielles et dans les cœurs. Il évoque le sort des Yézidis, victimes de «barbaries insensées et inhumaines» en raison de leur appartenance religieuse.

François offre un regard confiant vers l’avenir, qui passe par la reconstruction afin de laisser un monde meilleur aux prochaines générations. Il faut d’abord apprendre à se regarder, avec ses différences. Pour lui, «la diversité religieuse, culturelle et ethnique, qui a caractérisé la société irakienne pendant des millénaires, est une précieuse ressource à laquelle puiser, non pas un obstacle à éliminer». Le pays doit montrer à tous, en particulier au Moyen-Orient, souligne François, que les différences – plutôt que de donner lieu à des conflits – doivent coopérer en harmonie dans la vie civile.

Les garants d’une véritable reconstruction

La coexistence fraternelle a besoin d’un effort de chacun pour dépasser les rivalités et les oppositions, elle a besoin d’un «dialogue patient et sincère, protégé par la justice et le respect du droit», ce qui n’est pas un exercice facile, reconnaît François, et requiert de «se parler à partir de l’identité la plus profond que nous avons, celle de fils de l’unique Dieu et Créateur». Une première fois, le Pape en appellera aux autorités afin qu’elles accordent à toutes les communautés religieuses «reconnaissance, respect, droits et protection». Il salue les efforts faits en ce sens.

«Une société qui porte l’empreinte de l’unité fraternelle est une société dont les membres vivent dans la solidarité», affirme le Pape dont les pensées vont à ceux qui ont perdu des proches, leur maison, des biens de première nécessité, mais aussi à tous ceux qui «luttent chaque jour à la recherche de sécurité et de moyens pour avancer», alors que le chômage et la pauvreté augmentent. «Après une crise, il ne suffit pas de reconstruire, il faut le faire bien, de manière à ce que tous puissent mener une vie digne», a insisté François qui appelle à créer «des possibilités concrètes, que ce soit sur le plan économique ou dans le domaine de l’éducation, comme aussi pour le soin de la création, notre maison commune», avant d’interpeler directement les autorités. S’il est nécessaire «de lutter contre la plaie de la corruption, les abus de pouvoir et l’illégalité», ce n’est pas suffisant, estime le Pape qui appelle, en même temps, à «édifier la justice, faire grandir l’honnêteté, la transparence et renforcer les institutions à cet effet.» Alors la stabilité peut grandir et une saine politique peut se développer, permettant aux jeunes l’espérance d’un avenir meilleur.

À nous d’écouter Dieu et de marcher dans ses voies

En pèlerin pénitent, le Pape demande pardon au Ciel et aux frères pour les nombreuses destructions et de cruautés. En pèlerin de paix, il rappelle combien il a, comme ses prédécesseurs, prié pour la paix en Irak. «Dieu écoute toujours !», assure François qui propose à tous de se mettre maintenant à son écoute, et à marcher dans ses voies.

“«Que se taisent les armes! Que la diffusion en soit limitée, ici et partout ! Que cessent les intérêts partisans, ces intérêts extérieurs qui se désintéressent de la population locale. Que l’on donne la parole aux bâtisseurs, aux artisans de paix ; aux petits, aux pauvres, aux personnes simples qui veulent vivre, travailler, prier en paix ! Assez de violences, d’extrémismes, de factions, d’intolérances ! Qu’on laisse de la place à tous les citoyens qui veulent construire ensemble ce pays dans le dialogue, dans une confrontation franche et sincère, constructive ; à celui qui s’engage pour la réconciliation et qui, pour le bien commun, est prêt à mettre de côté ses intérêts particuliers.»”

Afin de continuer à poser les bases d’une société démocratique, à nouveau, le Pape juge indispensable «d’assurer la participation de tous les groupes politiques, sociaux et religieux, et de garantir les droits fondamentaux de tous les citoyens», afin que «personne ne soit considéré comme citoyen de deuxième classe».  

Les nations appelées à aider sans imposer

Elle aussi interpellée par le Saint-Père, la communauté internationale a un rôle à jouer dans la promotion de la paix, ce qui requiert une coopération à l’échelle mondiale pour affronter les inégalités et les tensions régionales. Le Pape salue le travail de ceux –États ou organisations et agences, dont plusieurs catholiques-  qui œuvrent pour la reconstruction, l’assistance aux migrants ou la réconciliation. Il demande aux nations de ne pas retirer aux Irakiens «la main tendue de l’amitié et de l’engagement constructif», dans un esprit «de commune responsabilité avec les Autorités locales» et, souligne-t-il, «sans imposer des intérêts politiques ou idéologiques».

Les religions au service de la paix

À la fin de ce long discours, le Souverain Pontife rappelle ce qu’il a plusieurs fois martelé: «le nom de Dieu ne peut pas être utilisé pour justifier des actes d’homicide, d’exil, de terrorisme et d’oppression». Au contraire, Dieu appelle à répandre amour, bienveillance, concorde. Ainsi l’Église «désire être amie de tous et, par le dialogue, collaborer de façon constructive avec les autres religions, à la cause de la paix». Le Pape souligne le «riche héritage» de la très ancienne présence des chrétiens en Irak. Ils souhaitent pouvoir continuer à contribuer à la vie du pays, «au service de tous». «Leur participation à la vie publique, en tant que citoyens jouissant pleinement de droits, de liberté et de responsabilité, témoignera qu’un sain pluralisme religieux, ethnique et culturel peut contribuer à la prospérité et à l’harmonie du pays», assure François, qui encourage toutes les responsables présents à continuer à œuvrer pour le bien commun et édifier une société «empreinte d’unité fraternelle, de solidarité et de concorde».

Le Saint-Père invoque enfin le Tout-Puissant afin qu’Il les soutienne dans leurs responsabilités et les guide sur la voie de la sagesse, de la justice et de la vérité. Il invoque l’abondance des bénédictions divines sur tout le peuple irakien.

Source: VATICANNEWS, le 5 mars 2021

Irak : chaque matin, Sara, musulmane, va prier devant la Vierge de Lourdes

Avvenire

Irak : chaque matin, Sara, musulmane, va prier devant la Vierge de Lourdes

Dans l’église du Sacré-Cœur de Bassorah (Irak), chaque matin, Sara, une jeune musulmane, va prier devant la statue de la Vierge de Lourdes. 

« Cette femme ne me fait jamais revenir les mains vides ». Cette « femme », comme l’appelle Sara, c’est Marie, la mère de Jésus. Chaque matin, Sara part à sa rencontre dans l’église du Sacré-Cœur de Bassorah, au sud de l’Irak. La fillette s’arrête un instant devant la réplique de la grotte de Lourdes, allume un cierge et embrasse la statue de la Vierge, rapporte l’Avvenire. Puis elle s’en va en silence.

Intrigué par ce rituel, Mgr Atanasios Firas Dardar, vicaire patriarcal de Bassorah pour les catholiques syriens, lui a demandé qui elle était. La petite fille, qui ne semblait pas avoir plus de 12 ans, lui a alors expliqué qu’elle venait d’Abo Sker, un des quartiers chiites les plus populaires de la ville, et qu’elle vendait des sacs en plastique pour gagner sa vie. La jeune musulmane a ajouté ne pas très bien savoir qui était Marie, ce qui ne l’empêchait pas de venir tous les jours goûter à cette présence maternelle.

Un enseignement

« La foi spontanée de cette enfant représente la foi de tout homme qui a confiance en Dieu », a commenté le prélat en relatant l’histoire sur sa page Facebook. Les traditions chrétiennes et musulmanes reconnaissent toutes deux la conception virginale de Jésus dans le sein de Marie. Réunis autour de la Vierge Marie, chrétiens et musulmans peuvent se retrouver en l’amour qu’ils lui témoignent. Il est touchant de voir que si Marie a parlé à la jeune Bernadette, elle a pu aussi bien toucher le cœur de la jeune Sara.

Source: ALETEIA, le 3 mars 2021

Les cinq choses à savoir sur le voyage du pape François en Irak

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Hugues Lefèvre I IMedia

Les cinq choses à savoir sur le voyage du pape François en Irak

Le pape François sera en Irak du 5 au 8 mars. Voici les cinq choses à savoir sur ce voyage symbolique et historique.

Le pape François entame ce vendredi son 33e voyage apostolique hors d’Italie. Il sera le premier successeur de Pierre à fouler le sol de l’Irak, du 5 au 8 mars. Retour en cinq points sur un voyage historique.

1. L’IRAK : LE VOYAGE TANT ESPÉRÉ DE JEAN PAUL II

Le pape François est sur le point de réaliser l’un des rêves que Jean Paul II n’avait pas pu assouvir. Pour le Jubilé de l’an 2000, le pontife polonais prévoyait de se rendre à Ur, à 300 kilomètres au sud de Bagdad, pour se recueillir sur les lieux où Abraham, le Père des croyants, vécut. Pour des raisons sécuritaires et politiques, son vœu n’avait pas pu se réaliser. Un crève-cœur que le pape François a en tête. Début février, à des journalistes américains, il confiait que son prédécesseur avait « pleuré » de ne pas pouvoir fouler le sol de Mésopotamie. Il ajoutait ne pas vouloir décevoir une seconde fois le peuple irakien.

« C’est un grand signe qu’il puisse se rendre dans la patrie d’Abraham vingt ans après ce désir de Jean Paul II », se réjouit Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient. « Le site d’Ur est un lieu essentiel de l’Histoire du Salut, un lieu où les trois monothéistes peuvent se reconnaître dans ce qui les unit, c’est à dire, la postérité et la spiritualité d’Abraham. Ce sera l’un des moments forts de ce voyage », souligne celui qui est aussi vicaire général des catholiques orientaux en France.

2. LE PREMIER VOYAGE PAPAL À L’ÈRE DU COVID-19

Mercredi 23 janvier 2019. Le Pape à sa sortie de l’avion. 

26 novembre 2019. Le Pape descend de son avion qui le ramène du Japon et de Thaïlande. Personne ne se doute alors que le pontife argentin ne se déplacera plus à l’étranger pendant plus d’un an. La crise du Covid-19, survenue quelques semaines plus tard, a en effet mis à plat tous les projets de visites apostoliques du souverain pontife – des voyages en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Indonésie ont par exemple dû être annulés.

Pour le chef de l’Église catholique, la crainte est que sa présence entraîne des déplacements de foule qui favoriseraient la propagation de l’épidémie. « Je ne peux pas, en conscience, provoquer des rassemblements », assurait-il dans un entretien télévisé en janvier dernier. Il y évoquait même la possibilité d’ajourner sa visite en Irak, si la situation sanitaire le demandait.

3. QUINZE HEURES DANS LE CIEL, NEUF VOLS AU PROGRAMME

À 84 ans, le pape François s’apprête à faire un 33e voyage hors d’Italie fatiguant. Récemment diminué par une sciatique douloureuse, le pontife devra monter et descendre à neuf reprises d’un avion ou d’un hélicoptère. Outre les 3.000 kilomètres qu’il devra parcourir pour relier Rome à Bagdad (6.000 km aller-retour), le pontife argentin fera près de 1.500 kilomètres de déplacements à l’intérieur de l’Irak, à chaque fois par les airs. Il voyagera à deux reprises dans un hélicoptère militaire – pour se rendre à Mossoul et à Qaraqosh. En Irak, le vol le plus long durera un peu plus d’une heure (Baghdad – Erbil) ; le plus rapide, entre Mossoul et Qaraqosh, ne durera que vingt minutes. En quatre jours seulement, l’évêque de Rome passera environ quinze heures dans le ciel.

4. DES CONDITIONS SANITAIRES ET SÉCURITAIRES (TRÈS) INCERTAINES

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Une épidémie de Covid-19 qui repart à la hausse et des graves incidents sécuritaires… La visite du Pape en Irak s’inscrit dans un contexte pour le moins délicat. « On est loin d’être dans le meilleur des scénarios », glisse un bon connaisseur du pays. Sur la plan sanitaire d’abord, alors que le nombre de contaminations avait atteint un plateau très bas à la mi-janvier, la courbe s’est clairement inversée et inquiète le pouvoir qui a pris des mesures draconiennes (couvre-feu et confinement les vendredis, samedis et dimanches jusqu’à la fin de la visite du Pape, le 8 mars).

Si le Pape vient en Irak, c’est bien parce que le pays souffre.

Sur le plan sécuritaire ensuite, l’attentat suicide en plein cœur de Bagdad le 21 janvier dernier ou bien les attaques aux roquettes survenues à la mi-février dans la région d’Erbil – où doit être célébrée une messe papale dans un stade –, illustrent l’instabilité d’un pays qui connaît le bruit des armes depuis tant d’années. « Le contexte est particulier, certes, mais rappelons que si le Pape vient en Irak, c’est bien parce que le pays souffre », confie le frère Olivier Poquillon, dominicain de Mossoul. « Vous savez, en Orient, quand on veut honorer les gens, on ne les invite pas chez soi mais on va à leur rencontre. C’est exactement ce que le Pape veut faire : venir visiter les membres souffrants de sa famille », poursuit le religieux qui définit ce voyage comme « une visite de compassion ».

5. UNE RENCONTRE HISTORIQUE AU PROGRAMME

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L’ayatollah Ali al-Sistani.

La rencontre entre le pape François et l’une des plus hautes autorités chiites au monde sera très certainement l’un des grands moments de la visite papale. Le 6 mars, au lendemain de son arrivée en Irak, le pontife argentin s’entretiendra avec le grand ayatollah al-Sistani, 90 ans, dans sa modeste demeure de Najaf, ville sainte de l’islam chiite qui abrite le mausolée de l’imam Ali.

S’il ne faut pas s’attendre à une déclaration commune à l’issue de la rencontre – comme ce fut le cas entre le Pape et le sunnite al-Tayyeb en 2019 – ce rendez-vous revêt une grande importance. « Pour l’islam chiite devenu minoritaire aujourd’hui, cette rencontre avec le pape François est fondamentale car elle signifie que toute la famille de l’islam est désormais considérée », décrypte le père Christopher Clohessy, docteur à l’Institut Pontifical d’Études Arabes et d’Islamologie, (PISAI). L’éminent spécialiste de l’islam chiite considère que le Pape, par ce geste, « envoie un message aux chiites pour leur dire qu’ils ne sont pas oubliés et leur assure qu’ils font partie intégrante du processus de dialogue et de paix dans le monde ».

Source: ALETEIA, le 2 mars 2021