Le rêve de sœur Clara pour que l’avenir des enfants en Irak se réalise

Irak - école AED- Dominicaines de Sainte Catherine de Sienne
CM / AED – Après trois ans de travaux, le collège de Qaraqoch, tenu par les dominicaines de Sainte Catherine de Sienne, accueillera presque 700 élèves.

Le rêve de sœur Clara pour que l’avenir des enfants en Irak se réalise

Prieure des dominicaines de Sainte Catherine de Sienne à Qaraqosh (Irak), sœur Clara Nas œuvre depuis 2016 à la reconstruction d’un collège. Grâce à sa détermination et à de nombreux soutiens, il doit ouvrir ce vendredi 1er octobre.

Le 6 août 2014, la ville de Qaraqosh, située à 25 km de Mossoul et autrefois considérée comme la plus grande ville chrétienne du pays, tombe entre les mains de l’État islamique (EI). Les chrétiens de cette région d’Irak sont contraints de fuir leur patrie. La ville ne sera libérée qu’en 2016 et, depuis, les familles reviennent progressivement s’y réinstaller. 

Sept ans après l’occupation par les djihadistes, Qaraqosh a connu des progrès remarquables en matière de reconstruction. L’Église s’est fortement impliquée dans cette évolution. Les sœurs de la congrégation Sainte Catherine de Sienne, très actives dans cette région depuis 1890, en sont un parfait exemple. Elles ont été parmi les premières à revenir sur place et à entamer sans hésitation la reconstruction de la communauté. Le retour et la présence des religieuses dans la région ont encouragé de nombreux chrétiens à rentrer.

Offrir un lieu de réconciliation et de guérison

Dès son retourà Qaraqosh en 2016, sœur Clara Nas, prieure des dominicaines de Sainte Catherine de Sienne, a eu l’idée de construire une nouvelle école secondaire. Quand elle a raconté son « rêve », les gens ont pensé que c’était impossible : les familles venaient tout juste de vivre les horreurs et les souffrances causées par l’EI. Elles commençaient à peine à rentrer et la ville était complètement détruite. Pour beaucoup, il était inconcevable de lancer un projet de construction d’une nouvelle école secondaire. 

Sœur Clara Nas, prieure des Dominicaines de Sainte Catherine de Sienne.

Mais sœur Clara ne voulait pas renoncer à son projet. « Notre objectif était d’offrir aux jeunes un lieu de réconciliation et de guérison après l’épreuve de plusieurs années de déplacement forcé par l’État Islamique », explique sœur Clara. C’est ainsi qu’elle a cherché de l’aide en 2018 pour lancer un grand projet de construction pour une nouvelle école secondaire. L’Aide à l’Eglise en détresse (AED) et la Chancellerie fédérale de la République d’Autriche ont accepté de l’aider dans cette entreprise. 

Notre objectif était d’offrir aux jeunes un lieu de réconciliation et de guérison

L’annonce de la construction d’une nouvelle école a été accueillie avec une grande joie par les familles de Qaraqosh. En effet, l’une des principales préoccupations de ceux qui étaient revenus ou qui comptaient revenir était l’éducation de leurs enfants. 

À l’heure actuelle, la qualité de l’enseignement dans la région est très médiocre. Le nombre d’élèves dépasse la capacité d’accueil des classes. Ce qui conduit les écoles à séparer les élèves en deux groupes : un groupe recevant des cours le matin et l’autre l’après-midi. Par ailleurs, les écoles ne disposent pas d’un matériel pédagogique en assez grande quantité. Il n’y a pas non plus d’enseignants en nombre suffisant car le gouvernement n’accorde pas assez de postes dans la région. Il ne paie pas non plus de salaires permettant aux instituteurs de vivre de leur travail. 

Éduquer l’esprit pour former le cœur

Si le projet a été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme, c’est aussi pour une autre raison : les sœurs étaient connues et appréciées par les habitants pour leur longue expérience dans le domaine de l’éducation. Avant l’invasion de l’EI, elles dirigeaient déjà l’école primaire d’Al Thaira. Elles ont ensuite poursuivi leur mission éducative à Erbil, en tant que réfugiées, dans des écoles provisoires spécialement aménagées à l’intérieur de conteneurs pour recevoir les enfants déplacés. L’école primaire de Qaraqosh a été rouverte en 2017 et compte désormais 427 élèves.

En tant que sœurs dominicaines, nous sommes convaincues que l’éducation éclaire l’esprit et ouvre le cœur à la vérité.

L’école secondaire devrait ouvrir ses portes à 625 élèves, âgés de 13 à 18 ans, le 1er octobre. « En tant que sœurs dominicaines, nous sommes convaincues que l’éducation éclaire l’esprit et ouvre le cœur à la vérité. C’est pourquoi nous avons lancé le projet d’une nouvelle école secondaire dans un village où les jeunes ont désespérément besoin d’un environnement intellectuel sain « , explique sœur Clara. 

Aid to the Church in Need

La nouvelle école, sur trois étages, apportera une aide à la communauté à bien des égards. Tout d’abord, elle viendra renforcer le système éducatif de la région et les élèves seront de devront plus se scinder en deux groupes pour étudier. En outre, le terrain de sport construit sera mis à la disposition de tous les jeunes de la région, même de ceux qui ne sont pas scolarisés dans cet établissement. D’autre part, ce projet offre des opportunités d’emploi à la population locale. Ainsi, ce sont des locaux qui ont été embauchés pour la construction du bâtiment. On estime que jusqu’à 200 ingénieurs, ouvriers du bâtiment et artisans ont participé à la construction de la nouvelle école. Et maintenant, elle va créer des emplois pour les enseignants et d’autres membres du personnel scolaire. 

Comme dans leur école primaire, les sœurs auront un aumônier dans le futur collège, car elles savent le grand soutien spirituel que ce service représente pour leurs élèves. Les jeunes pourront utiliser la chapelle de l’école accessible au public, participer à diverses activités religieuses, assister à la catéchèse et se préparer à recevoir leur première communion.

SOURCE: ALETEIA, le 30 septembre 2021

Irak : il y a sept ans, l’exode des chrétiens de la plaine de Ninive

Une vue du clocher de la cathédrale de l'Immaculée Conception à Qaraqosh, le 5 mars 2021.Une vue du clocher de la cathédrale de l’Immaculée Conception à Qaraqosh, le 5 mars 2021.  (AFP or licensors)

Irak : il y a sept ans, l’exode des chrétiens de la plaine de Ninive

Durant l’été 2014, l’offensive de l’organisation État islamique avait contraint une grande partie de la population du nord de l’Irak à quitter son domicile. Aujourd’hui des milliers d’Irakiens, parmi lesquels de nombreux chrétiens, attendent encore avant de regagner leurs terres d’origine. Mais la visite du Pape François a relancé une dynamique d’espérance.

Giancarlo La Vella – Cité du Vatican

«Des dizaines de milliers de chrétiens irakiens de la plaine de Ninive ont été contraints de quitter leurs terres. L’avancée des miliciens de l’autoproclamé État islamique a provoqué un exode biblique. Et aujourd’hui encore, beaucoup doivent rentrer chez eux. Nous ne devons pas laisser les Irakiens de la plaine de Ninive seuls», a déclaré Don Renato Sacco de Pax Christi à Radio Vatican, sept ans après l’offensive de Daech. «La reconstruction et le retour seront longs et difficiles», reconnaît le prêtre italien.

Don Renato Sacco, il y a sept ans, l’enfer a éclaté pour les chrétiens irakiens dans la plaine de Ninive. Que s’est-il passé cette nuit-là?

Dans la nuit du 6 au 7 août, il y a sept ans, jour de la Transfiguration et anniversaire de la bombe atomique d’Hiroshima, le soi-disant État islamique, qui occupait déjà ce territoire depuis un certain temps – Mossoul était déjà sous le contrôle de ce groupe – a chassé 100 000 personnes de la plaine de Ninive. Il s’agissait principalement de chrétiens et d’un exode biblique. Presque tous sont allés vers Erbil. J’en ai entendu parler parce que le matin j’ai parlé avec le patriarche, Louis Sako, et d’autres personnes, puis j’ai téléphoné aux agences de presse et à de nombreux journalistes, mais ils m’ont fait comprendre que ce n’était pas une information intéressante. Le seul média qui a rapporté la nouvelle est Radio Vatican.

Et puis, quand le fait est sorti, les mêmes journalistes, qui m’avaient snobé, m’ont rappelé parce qu’ils ont compris que quelque chose de dramatique s’était produit. C’était un exode vraiment biblique. N’oublions pas que les années précédentes, en 2008, l’évêque chaldéen de Mossoul, Mgr Faraj Raho, avait été enlevé et tué, et l’année précédente, le père Rashid Ghani, un très jeune homme, avait été tué avec trois de ses compagnons. De nombreuses personnes ont souffert de cette tragédie. De nombreuses femmes ont été enlevées, transformées en esclaves sexuelles, et des milliers d’entre elles se trouvent toujours dans cette situation tragique.

Quand les chrétiens ont-ils réussi à retourner à Ninive?

C’était il y a longtemps, car beaucoup sont restés pendant des années, surtout à Erbil, et beaucoup y sont encore aujourd’hui. Puis, lorsque l’État islamique est tombé, beaucoup sont revenus avec difficulté. Mais n’oublions pas que, tout d’abord, les destructions ont été énormes et qu’il est impossible de reconstruire en deux minutes, puis il y a eu les bombes non explosées, les maisons minées, les pièges, de sorte que vous ne pouviez pas retourner dans vos maisons comme après une inondation.

Je dirais que les centres que je connais le mieux comme Qaraqosh et Mossoul, lentement et récemment, reviennent à la vie. Mais par exemple à Mossoul, il y a une partie qui est complètement détruite, elle n’est plus habitable, certaines maisons sont encore occupées, donc certaines personnes ne peuvent pas retourner chez elles. Disons qu’il y a un retour, mais il est encore assez lent et laborieux, même s’il est plein d’espoir.

Le Pape a souhaité personnellement apporter du réconfort aux chrétiens et aux habitants de la plaine de Ninive lors de son voyage en mars dernier. Que reste-t-il de cette rencontre?

Comme nous l’avons titré dans le magazine de Pax Christi Mosaïque de la paix, je crois vraiment que ce voyage a été bouleversant pour les gens sur place, pour l’Occident, pour ce que le Pape a dit et pour ce qu’il a fait. Une religieuse m’a dit que pendant ces jours du voyage de François, il n’y avait pas de diversité religieuse, tout le monde était irakien, car la tragédie concerne tous les Irakiens.

Je pense donc qu’il est important que le Pape soit perçu comme un signe, une présence d’espoir pour tous et je dirais même pour l’Occident, car il a fait un bel appel à notre conscience. Aucun dirigeant politique au monde n’a fait ce que le Pape François a fait: il est allé voir l’ayatollah Al-Sistani, il a dénoncé la guerre, il a dénoncé les marchands d’armes. Puis, à son retour, il nous a posé, à nous Occidentaux, la question quelque peu provocatrice: «Qui a vendu les armes?». Toutes ces destructions ont évidemment été effectuées en réponse aux intérêts majeurs des marchands d’armes dans lesquels nous sommes personnellement impliqués.

Peut-on dire, alors, qu’avec le voyage du Pape, l’espérance est véritablement revenue pour tous les Irakiens?

Il s’agit certainement d’une injection d’espérance qui restera en circulation et qui a mis quelque chose de positif en eux. Ce que nous devons faire, c’est ne pas les laisser seuls, car les problèmes sont nombreux: la lutte pour le redressement, la cohabitation, la lutte contre la corruption au niveau politique. N’oublions pas qu’en octobre, il y aura également des élections générales en Irak, un pays déchiré d’abord par la guerre et maintenant par la corruption.

Il y a donc des signes d’espoir, mais, je le répète, nous ne devons pas les laisser seuls comme nous l’avons toujours fait, en faisant la guerre ou en volant des matières premières comme le pétrole. Nous devons nous rappeler, comme le dit le Pape François, que nous sommes frères. Ainsi, les chrétiens irakiens de rite chaldéen ou autre, les musulmans ou les Yazidis sont nos frères et sœurs. Ils doivent garder cet espoir.

Sans oublier que l’Irak, comme tous les autres pays du monde, est aux prises avec la crise du coronavirus, avec la pandémie…

Oui, en plus de tout cela, ils doivent faire face au coronavirus, avec une souche encore plus importante. C’est pourquoi nous ne devons pas les oublier.

Source: VATICANNEWS, le 6 août 2021