Manifester le visage de « l’Eglise Mère », message à la ROACO (traduction complète)         

Audience à la ROACO, 24 juin 2021 © Vatican Media

Audience À La ROACO, 24 Juin 2021 © Vatican Media

Manifester le visage de « l’Eglise Mère », message à la ROACO (traduction complète)         

« L’essentiel, c’est l’annonce de l’Evangile »

« Votre style est précieux, parce qu’il aide les pasteurs et les fidèles à se concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire sur ce qui sert à l’annonce de l’Evangile » en manifestant « le visage de l’Eglise Mère », déclare le pape François à la Réunion des oeuvres pour l’aide aux Eglises orientales (R.O.A.C.O.).

Le pape François a rencontré les participants à l’assemblée de la ROACO, ce jeudi 24 juin 2021, dans la Salle Clémentine du Vatican.

Il les a longuement remerciés, « ainsi que toutes les personnes qui soutiennent » leurs projets, pour leur action, car, cela fait partie de l’annonce de l’Evangile que de manifester « ensemble le visage de l’Eglise qui est Mère et en portant une attention particulière aux petits et aux pauvres ».

Il a notamment évoqué la « grave crise » au Liban, les « rues désertes de Jérusalem, sans pèlerins » venant « exprimer leur solidarité concrète avec les Eglises et les populations locales », « le cri » de la Syrie « toujours présent dans le cœur de Dieu, mais il semble qu’il ne parvienne pas à toucher celui des hommes ».

Le pape François a également partagé son « appréhension » pour le conflit dans la région du Tigré, en Ethiopie, et ses « répercussions » sur l’Erythrée voisine et remercié pour l’aide apportée à la communauté catholique de Géorgie et d’Arménie.

HG

Discours du pape François

Chers amis,

Je suis heureux de vous rencontrer au terme des travaux de votre session plénière. Je salue le cardinal Leonardo Sandri, le cardinal Zenari, Mgr Pizzaballa, les autres supérieurs du dicastère – qui ont été changés entretemps – les officials et les membres des agences qui composent votre assemblée.

Le fait de se retrouver en présence donne confiance et aide votre travail, alors que l’année dernière, il n’a été possible que de se connecter à distance pour réfléchir ensemble ; mais nous savons que ce n’est pas la même chose : nous avons besoin de nous rencontrer, de mieux faire dialoguer les paroles et les pensées, pour accueillir les demandes et le cri qui parviennent de tant de parties du monde, en particulier des Eglises et des pays pour lesquels vous accomplissez votre œuvre. J’en suis moi-même témoin, parce que c’est précisément dans ce contexte qu’en 2019 j’ai annoncé mon intention de me rendre en Irak et, grâce à Dieu, j’ai pu réaliser ce désir il y a quelques mois. J’ai été content d’insérer, parmi les personnes de ma suite, une de vos représentants, notamment en signe de gratitude pour ce que vous avez fait et ce que vous ferez.

En dépit de la pandémie, vous avez eu des réunions extraordinaires au cours de cette année, pour affronter la situation de l’Erythrée comme pour suivre celle du Liban, après la terrible explosion dans le port de Beyrouth le 4 août dernier. Et à ce propos, je vous remercie pour votre engagement à soutenir le Liban dans cette grave crise ; et je vous demande de prier et d’inviter à le faire pour la rencontre que nous aurons le 1er juillet, avec les chefs des Eglises chrétiennes du pays, afin que l’Esprit Saint nous guide et nous éclaire.

A travers vous, je désire faire parvenir mes remerciements à toutes les personnes qui soutiennent vos projets et qui les rendent possibles : ce sont souvent de simples fidèles, des familles, des paroisses, des bénévoles… qui savent que nous sommes « tous frères » et qui dédient un peu de leur temps et de leurs ressources à ces réalités dont vous prenez soin. On m’a dit qu’en 2020, la Collecte pour la Terre Sainte a pu recueillir environ la moitié de ce qu’elle recueillait les années passées. Les longs mois où les personnes n’ont pas pu se rassembler dans les églises ont certainement pesé, mais également la crise économique générée par la pandémie. Si, d’un côté, elle nous fait du bien parce qu’elle nous pousse à aller à l’essentiel, elle ne peut toutefois pas nous laisser indifférents, notamment si nous pensons aux rues désertes de Jérusalem, sans pèlerins venant se ressourcer dans la foi, mais aussi exprimer leur solidarité concrète avec les Eglises et les populations locales. Je renouvelle donc mon appel à tous, afin que l’on redécouvre l’importance de cette charité, dont parlait déjà saint Paul dans ses Lettres et que saint Paul VI a voulu réorganiser avec l’exhortation apostolique Nobis in animo, en 1974, que je propose à nouveau dans toute son actualité et sa validité.

Au cours de votre réunion, vous vous êtes arrêtés sur différents contextes géographiques et ecclésiaux. Avant tout la Terre Sainte, avec Israël et la Palestine, ces peuples pour lesquels nous rêvons toujours que se dessine dans le ciel l’arc de la paix, donné par Dieu à Noé en signe de l’alliance entre le Ciel et la terre et de la paix parmi les hommes (cf. Gn 9, 12-17). Trop souvent au contraire, même récemment, ces cieux sont traversés par des engins porteurs de destruction, de mort et de peur !

Le cri qui s’élève de la Syrie est toujours présent dans le cœur de Dieu, mais il semble qu’il ne parvienne pas à toucher celui des hommes qui ont en main le sort des peuples. Le scandale de dix années de conflit perdure, avec ses millions de personnes déplacées à l’intérieur et à l’extérieur du pays, ses victimes et l’exigence d’une reconstruction qui est encore l’otage des logiques de partis et du manque de décisions courageuses pour le bien de cette nation martyrisée.

Outre celle du cardinal Zenari, nonce apostolique à Damas, la présence des représentants pontificaux au Liban, en Irak, en Ethiopie, en Arménie et en Géorgie, que je salue et que je remercie de tout cœur, vous a permis de réfléchir sur la situation ecclésiale dans ces pays. Votre style est précieux, parce qu’il aide les pasteurs et les fidèles à se concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire sur ce qui sert à l’annonce de l’Evangile, en manifestant ensemble le visage de l’Eglise qui est Mère et en portant une attention particulière aux petits et aux pauvres. Parfois, il est nécessaire de reconstruire les bâtiments et les cathédrales, y compris celles qui ont été détruits par les guerres, mais il faut avant tout avoir à cœur les pierres vivantes blessées et dispersées.

Je suis avec appréhension la situation provoquée par le conflit dans la région du Tigré, en Ethiopie, sachant qu’elle a également des répercussions sur l’Erythrée voisine. Au-delà des différences religieuses et confessionnelles, nous réalisons combien est essentiel le message de Fratelli tutti, lorsque les différences entre ethnies et les luttes pour le pouvoir qui s’ensuivent sont érigées en système.

Au terme de mon voyage apostolique en Arménie, en 2016, avec le Catholicos Garéguine II, nous avons lâché des colombes dans le ciel, en signe et souhait de la paix dans la région du Caucase tout entière. Malheureusement, ces derniers mois, elle a été encore une fois blessée et je vous remercie pour l’attention que vous avez portée à la réalité de la Géorgie et de l’Arménie, afin que la communauté catholique continue d’être un signe et un ferment de vie évangélique.

Chers amis, merci pour votre présence, merci pour votre écoute et votre œuvre. Je bénis chacun de vous et votre travail. Et vous, s’il vous plaît, continuez de prier pour moi. Merci !

Source: ZENIT.ORG, le 24 juin 2021

Italie : faire passer l’enfant « en premier », invite le pape

Etats généraux de la natalité, 14 mai 2021 © Vatican Media

Etats Généraux De La Natalité, 14 Mai 2021 © Vatican Media

Italie : faire passer l’enfant « en premier », invite le pape

Discours aux Etats généraux de la natalité (Traduction complète)

« Un enfant est le plus grand cadeau pour tous et il passe en premier », a affirmé le pape François en prenant la parole aux Etats généraux italiens de la natalité, organisés à Rome ce 14 mai 2021 : « Nous devons mettre les enfants en premier si nous voulons revoir la lumière après ce long hiver. »

Depuis l’Auditorium de la Via della Conciliazione, près du Vatican, le pape a encouragé à « prendre soin des familles, en particulier des jeunes familles, assaillies par des soucis qui risquent de paralyser leurs projets de vie ». Et d’évoquer « l’incertitude du travail », « les coûts de plus en plus inabordables pour élever les enfants ».

Il a appelé de ses voeux « des politiques familiales de grande envergure et clairvoyantes : non pas basées sur la recherche du consensus immédiat, mais sur la croissance du bien commun à long terme ».

« Comme il serait beau de voir augmenter le nombre d’entrepreneurs et d’entreprises qui, en plus de produire des bénéfices, promouvraient la vie, veilleraient à ne jamais exploiter les personnes avec des conditions et des horaires intenables et parviendraient à distribuer une partie des bénéfices aux travailleurs, en vue de contribuer à un développement inestimable, celui des familles ! » s’est exclamé le pape : « C’est un défi non seulement pour l’Italie, mais pour de nombreux pays, souvent riches en ressources mais pauvres en espoir. »

AKM

Discours du pape François

Chers frères et sœurs,

Je vous salue cordialement et je suis reconnaissant envers le président du Forum des associations familiales, Gianluigi De Palo, pour son invitation et pour ses paroles d’introduction. Je remercie le docteur Mario Draghi, président du Gouvernement, pour ses paroles claires et pleines d’espoir. Je vous remercie, vous tous qui réfléchissez aujourd’hui sur la question urgente de la natalité, fondamentale pour inverser la tendance et remettre l’Italie en mouvement à partir de la vie, à partir de l’être humain. C’est beau que vous le fassiez ensemble, en impliquant les entreprises, les banques, la culture, les médias, le sport et le monde du spectacle. En réalité, il y a beaucoup d’autres personnes ici avec vous : il y a surtout les jeunes qui rêvent. Les données disent que la majeure partie des jeunes désire avoir des enfants. Mais leurs rêves de vie, germes de la renaissance du pays, se heurtent à un hiver démographique encore froid et sombre : seule la moitié des jeunes pense pouvoir avoir deux enfants au cours de la vie.

L’Italie se retrouve ainsi depuis des années avec le nombre de naissances le plus bas d’Europe, sur ce qui devient le vieux continent non plus en raison de son histoire glorieuse mais en raison de son âge avancé. Notre pays, où disparaît chaque année l’équivalent d’une ville de plus de deux-cent-mille habitants, a atteint en 2020 le nombre de naissance le plus bas depuis l’unité nationale : pas seulement à cause de la Covid, mais à cause d’une tendance continue et progressive à la baisse, d’un hiver de plus en plus rigoureux.

Et pourtant, tout cela ne semble pas avoir encore attiré l’attention générale, focalisée sur le présent et sur l’immédiat. Le président de la République a réaffirmé l’importance de la natalité, qu’il a définie comme « le point de référence le plus critique de cette saison », disant que « les familles ne sont pas le tissu connectif de l’Italie, les familles sont l’Italie » (Audience au Forum des associations familiales, 11 février 2020). Combien de familles, ces mois-ci, ont dû faire des heures supplémentaires, partageant la maison entre travail et école, les parents faisant les enseignants, les informaticiens, les ouvriers, les psychologues ! Et combien de sacrifices sont demandés aux grands-parents véritables canots de sauvetage des familles ! Mais ce n’est pas tout : ils sont la mémoire qui nous ouvre à l’avenir.

Pour que l’avenir soit bon, il faut donc prendre soin des familles, en particulier des jeunes familles, assaillies par des soucis qui risquent de paralyser leurs projets de vie. Je pense au désarroi causé par l’incertitude du travail, je pense aux craintes suscitées par les coûts de plus en plus inabordables pour élever les enfants : ce sont des peurs qui peuvent engloutir l’avenir, ce sont des sables mouvants qui peuvent faire couler une société. Je pense également avec tristesse aux femmes que l’on décourage, au travail, d’avoir des enfants ou qui doivent cacher leur ventre. Comment est-il possible qu’une femme puisse avoir honte du don le plus beau que la vie ait à offrir ? Ce n’est pas la femme qui doit avoir honte, mais la société, parce qu’une société qui n’accueille pas la vie cesse de vivre. Les enfants sont l’espérance qui fait renaître un peuple ! L’Italie a enfin décidé de faire une loi sur une allocation unique et universelle, pour chaque naissance. J’exprime ma reconnaissance aux autorités et j’espère que cette allocation répondra aux besoins réels des familles qui ont fait, et font encore, tant de sacrifices et qu’elle marquera le début de réformes sociales qui mettront les enfants et les familles au centre. Si les familles ne sont pas au centre du présent, il n’y aura pas d’avenir ; mais si les familles se remettent en marche, tout recommencera.

Je voudrais maintenant me pencher précisément sur ce nouveau départ et vous proposer trois réflexions qui, je l’espère, seront utiles dans la perspective d’un printemps espéré, qui nous sortira de l’hiver démographique. La première pensée tourne autour du mot « cadeau ». Tout cadeau se reçoit et la vie est le premier cadeau que chacun a reçu. Personne ne peut se le donner tout seul. Avant tout, il y a eu un cadeau. C’est un avant que nous oublions au cours de la vie, toujours occupés à regarder l’après, ce que nous pouvons faire et avoir. Mais avant tout, nous avons reçu un cadeau et nous sommes appelés à le transmettre. Et un enfant est le plus grand cadeau pour tous et il passe en premier. A un enfant, à chaque enfant est attaché ce mot : avant. De même qu’un enfant est attendu et aimé avant de venir au monde, ainsi nous devons mettre les enfants en premier si nous voulons revoir la lumière après ce long hiver.

En revanche, « le manque d’enfants, à l’origine du vieillissement de la population, affirme implicitement que tout finit avec nous, que seuls comptent nos intérêts individuels » (Lettre encyclique Fratelli tutti, 19). Nous avons oublié le primat du don – le primat du don ! – code source du vivre ensemble. Cela s’est surtout produit dans les sociétés les plus riches, les plus consuméristes. Nous voyons en effet que là où il y a plus de choses, il y a souvent plus d’indifférence et moins de solidarité, plus de fermeture et moins de générosité. Aidons-nous mutuellement à ne pas nous perdre dans les choses de la vie, pour retrouver la vie qui donne sens à toutes choses.

Aidons-nous mutuellement, chers amis, à retrouver le courage de donner, le courage de choisir la vie. Il y a une phrase de l’Evangile qui peut aider tout le monde, même les non-croyants, à orienter ses propres choix. Jésus dit : « Là où est ton trésor, là sera aussi ton cœur » (Mt 6, 21). Où est notre trésor, le trésor de notre société ? Dans nos enfants ou dans la finance ? Qu’est-ce qui nous attire, la famille ou le chiffre d’affaires ? Il faut le courage de choisir ce qui passe avant, parce que c’est là que notre cœur sera attaché. Le courage de choisir la vie est créatif, parce qu’il n’accumule ni ne multiplie ce qui existe déjà, mais il s’ouvre à la nouveauté, aux surprises : toute vie humaine est la vraie nouveauté, qui ne connaît ni avant ni après dans l’histoire. Tous, nous avons reçu ce don unique et les talents que nous avons servent à transmettre, de génération en génération, le premier cadeau de Dieu, le don de la vie.

La deuxième réflexion que j’aimerais vous offrir est liée à cette transmission. Elle tourne autour du mot « durabilité », mot-clé pour construire un monde meilleur. On parle souvent de durabilité économique, technologique et environnementale, etc. Mais il faut également parler de durabilité générationnelle. Nous ne serons pas en mesure d’alimenter la production et de préserver l’environnement si nous ne prêtons pas attention aux familles et aux enfants. La croissance durable passe par là. L’histoire nous l’enseigne. Pendant les périodes de reconstruction après les guerres, qui ont dévasté l’Europe et le monde au cours des derniers siècles, il n’y a pas eu de nouveau départ sans une explosion de naissances, sans la capacité d’insuffler confiance et espérance aux jeunes générations. Aujourd’hui encore, nous nous trouvons dans une situation de nouveau départ, aussi difficile que remplie d’attentes. Nous ne pouvons pas suivre des modèles de croissance à courte vue, comme si de quelques ajustements hâtifs étaient suffisants pour préparer le lendemain. Non, les chiffres dramatiques des naissances et ceux, effrayants, de la pandémie appellent au changement et à la responsabilité.

Durabilité rime avec responsabilité : c’est le temps de la responsabilité pour faire prospérer la société. Outre le rôle primordial de la famille, l’école est ici fondamentale. Elle ne peut être une usine de notions à déverser sur les individus ; elle doit être le temps privilégié pour la rencontre et la croissance humaine. A l’école, on ne mûrit pas seulement à travers les notes, mais à travers les visages que l’on rencontre. Et pour les jeunes, il est essentiel d’être en contact avec des modèles élevés, qui forment à la fois le cœur et l’esprit. Dans l’éducation, l’exemple fait beaucoup ; je pense également au monde du spectacle et du sport. C’est triste de voir des modèles pour qui ne compte que l’apparence, toujours beaux, jeunes et en forme. Les jeunes ne grandissent pas grâce aux feux d’artifice de l’apparence ; il mûrissent s’il sont attirés par ceux qui ont le courage de suivre de grands rêves, de se sacrifier pour les autres et de faire du bien au monde dans lequel nous vivons. Ce n’est pas avec des selfies et des retouches que l’on reste jeune mais en pouvant se refléter un jour dans les yeux de ses enfants. Parfois au contraire, le message est que l’épanouissement passe par l’argent et le succès, et les enfants semblent être presque une diversion qui ne doit pas entraver les aspirations personnelles de chacun. Cette mentalité est une gangrène pour la société et rend l’avenir intenable.

La durabilité a besoin d’une âme et cette âme – le troisième mot que je vous propose – est la solidarité. J’associe également à ce mot un adjectif : de même qu’il faut une durabilité générationnelle, il faut une solidarité structurelle. La solidarité spontanée et généreuse d’un grand nombre a permis à de nombreuses familles, pendant cette période difficile, de s’en sortir et de faire face à la pauvreté croissante. Toutefois, nous ne pouvons pas rester dans le domaine de l’urgence et du provisoire ; il est nécessaire de donner une stabilité aux structures de soutien des familles et d’aide pour les naissances. Une politique, une économie, une information et une culture qui promeuvent courageusement la natalité sont indispensables

Il faut en premier lieu des politiques familiales de grande envergure et clairvoyantes : non pas basées sur la recherche du consensus immédiat, mais sur la croissance du bien commun à long terme. C’est là que réside la différence entre la gestion des affaires publique et le fait d’être un bon politicien. Il est urgent d’offrir aux jeunes des garanties d’emploi suffisamment stable, la stabilité d’un foyer et des incitations à ne pas quitter le pays. C’est une tâche qui concerne e près également le monde de l’économie : comme il serait beau de voir augmenter le nombre d’entrepreneurs et d’entreprises qui, en plus de produire des bénéfices, promouvraient la vie, veilleraient à ne jamais exploiter les personnes avec des conditions et des horaires intenables et parviendraient à distribuer une partie des bénéfices aux travailleurs, en vue de contribuer à un développement inestimable, celui des familles ! C’est un défi non seulement pour l’Italie, mais pour de nombreux pays, souvent riches en ressources mais pauvres en espoir.

La solidarité doit également se décliner dans le précieux service de l’information qui conditionne tant la vie et la façon de la raconter.  La mode est aux coups de théâtres et aux mots forts, mais le critère pour former en informant n’est pas le public, ce n’est pas la polémique, c’est la croissance humaine. Il faut « une information de taille familiale » où l’on parle des autres avec respect et délicatesse, comme s’il s’agissait de ses propres parents. Et qui, en même temps, mette en lumière les intérêts et les trames qui nuisent au bien commun, les manœuvres qui tournent autour de l’argent, sacrifiant les familles et les personnes. La solidarité convoque aussi le monde de la culture, du sport et du spectacle à promouvoir et à valoriser la natalité. La culture de l’avenir ne peut être fondée sur l’individu et sur la simple satisfaction de ses droits et de ses besoins. Il faut d’urgence une culture qui cultive la chimie de l’ensemble, la beauté du don et la valeur du sacrifice.

Chers amis, je voudrais enfin vous dire le mot le plus simple et le plus sincère : merci. Merci pour les Etats généraux de la natalité, merci à chacun de vous et à ceux qui croient dans la vie humaine et dans l’avenir. Parfois, vous aurez l’impression de crier dans le désert, de vous battre contre des moulins à vent. Mais avancez, ne vous rendez pas, parce qu’il est beau de rêver, de rêver le bien et de construire l’avenir. Et sans natalité, il n’y a pas d’avenir. Merci.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat 

Source: ZENIT.ORG, le 14 mai 2021

Huit ans de pontificat de François: retour sur les étapes marquantes

Le 13 mars 2013, après son élection, le Pape François apparaît pour la première fois à la "loggia" de la basilique Saint-Pierre.Le 13 mars 2013, après son élection, le Pape François apparaît pour la première fois à la « loggia » de la basilique Saint-Pierre. 

Huit ans de pontificat de François: retour sur les étapes marquantes

Le 13 mars 2013, Jorge Mario Bergoglio devenait le premier pape jésuite, sud-américain et également le premier à porter le nom de François. Ces huit années de pontificat ont été caractérisées par des initiatives et des réformes visant à impliquer tous les chrétiens dans un nouvel élan missionnaire dans le but de porter l’amour de Jésus à toute l’humanité.

Isabella Piro – Cité du Vatican

Proximité, synodalité et élan missionnaire: telles sont les pierres angulaires du pontificat de François, élu il y a huit ans sur le trône de Pierre. La perspective de son pontificat part d’en bas, de l’attention portée aux périphéries. Invitant à retrouver «la fraîcheur originelle de l’Évangile», il demande aux fidèles une nouvelle ferveur et un nouveau dynamisme pour que l’amour de Jésus puisse atteindre le monde entier. L’Église souhaitée par le Pape argentin est une Église «en sortie», aux «portes ouvertes», un «hôpital de campagne» qui n’a pas peur de la «révolution de la tendresse» ou du «miracle de la gentillesse»

2013: Evangelii gaudium, texte programmatique du Pontificat 

Premier pape portant le nom de François, premier jésuite et premier natif d’Amérique latine, mais aussi premier pontife des temps modernes élu suite à la démission de son prédécesseur, Jorge Mario Bergoglio a commencé son pontificat sous le signe de la nouveauté, notamment en célébrant la messe quotidienne présidée à la Maison Sainte Marthe, où il a décidé de résider, ce qui est un autre fait nouveau. Dans ses courtes homélies, prononcées rigoureusement dans le style d’un curé de paroisse, le Pape établit un dialogue direct avec les fidèles, les exhortant à une confrontation immédiate avec la Parole de Dieu.

Mais 2013 est également marquée par la publication de l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, véritable manifeste programmatique du nouveau pontificat, dans lequel François appelle à une nouvelle évangélisation caractérisée par la joie, ainsi qu’à la réforme des structures ecclésiales et à la conversion de la papauté, afin qu’elles soient plus missionnaires et plus proches du sens voulu par Jésus. Pour cela, toujours en 2013, il institue un Conseil des cardinaux dont la tâche est d’étudier un projet de révision de la Constitution apostolique Pastor bonus de la Curie romaine, datant de 1988. 

2014: La famille 

La famille est l’axe pastoral de l’année 2014 du Pape François, avec un Synode extraordinaire. Pour le Souverain Pontife, la société individualiste contemporaine attaque sévèrement la famille, mettant en péril les droits des enfants et des parents, notamment dans le domaine de l’éducation morale et religieuse. Le thème de la famille trouvera ensuite son apogée dans l’exhortation apostolique Amoris Laetitia, publiée le 8 avril 2016, dans laquelle François souligne l’importance et la beauté de la famille fondée sur le mariage indissoluble entre un homme et une femme, mais regarde aussi, avec réalisme, les fragilités vécues par certaines personnes, comme les divorcés remariés, encourageant les pasteurs au discernement.

Concernant les réformes, une mesure significative de 2014 fut la création de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, dont le but est de proposer des initiatives au Pontife pour «promouvoir la responsabilité des Églises particulières dans la protection de tous les mineurs et des adultes vulnérables.» 

Sur le plan diplomatique, l’année 2014 du Pape François est marquée par deux initiatives majeures : la première est l’Invocation pour la paix en Terre sainte, qui s’est tenue le 8 juin dans les jardins du Vatican en compagnie des présidents israélien, Shimon Peres, et palestinien, Mahmoud Abbas, quelques jours après la visite du Pape sur place. Le second est l’établissement de relations diplomatiques entre les États-Unis et Cuba. Un objectif pour lequel le Souverain Pontife a lui-même travaillé à travers des lettres envoyées aux chefs d’État des deux pays.

2015: La sauvegarde de la création 

2015 est l’année de la sauvegarde de la Création: le 24 mai, François signe l’encyclique Laudato si’ sur le soin de la maison commune, dont l’axe cartésien est l’écologie intégrale, celle dans laquelle le souci de la nature, l’équité envers les pauvres et l’engagement envers la société sont inséparables. À cet égard, le Souverain Pontife a institué la « Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création », de caractère œcuménique, qui sera célébrée chaque année le 1er septembre, suivant la tradition instituée quelques années plus tôt par le Patriarcat de Constantinople. 

Entre-temps, les travaux sur la nouvelle Constitution apostolique de la curie romaine se poursuivent. La même année explose l’affaire « Vatileaks 2 », sur la fuite de documents confidentiels du Saint-Siège. «Un acte déplorable», a déclaré le Pape lors de l’Angélus du 8 novembre, car «le vol de documents est un crime». Après un procès au tribunal du Vatican, l’affaire se clôt en juillet 2016, avec deux condamnations et deux acquittements. 

2016: Le Jubilé extraordinaire de la miséricorde 

La miséricorde est très certainement le fil rouge de 2016 : c’est l’année où se déroule le Jubilé extraordinaire convoqué par François sur le thème «Soyez miséricordieux comme le Père». La prévenance envers «les plus petits» se concrétise avec les « Vendredis de la miséricorde », c’est-à-dire les visites privées que le Pontife effectue dans des structures dédiées à l’accueil des pauvres, des malades, des marginaux. Il s’agit d’un Jubilé qui voit la possibilité d’ouvrir une Porte Sainte dans chaque église du monde. François lui-même, avant même d’ouvrir celle de la basilique Saint-Pierre, en a ouvert une autre, fortement symbolique: celle de la cathédrale de Bangui, en République centrafricaine, où il s’est rendu en voyage apostolique en novembre 2015. 

En 2016, en outre, un événement historique a lieu sur le plan œcuménique: le 12 février, à Cuba, l’évêque de Rome rencontre le Patriarche de Moscou, Kirill. Ensemble, ils signent une déclaration commune, dans laquelle ils s’engagent à répondre aux défis du monde contemporain, notamment à mettre fin à la persécution des chrétiens et aux guerres, à promouvoir le dialogue interreligieux, à aider les migrants et les réfugiés et à protéger la vie et la famille.  

2017: L’institution de la Journée mondiale des pauvres 

L’année 2017 est également marquée par un acte qui s’inscrit dans cette diplomatie de la paix portée par François: le 20 septembre 2017, aux Nations-Unies à New York, le Saint-Siège est parmi les premiers pays à signer et ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. 

Sur le plan pastoral, l’année est marquée par la célébration de la première Journée mondiale des pauvres: un anniversaire qui veut être – souligne le Pape – un rappel que c’est précisément chez les indigents que «la présence de Jésus se manifeste». Par conséquent, ils «ouvrent la voie vers le ciel» et sont notre «passeport pour le paradis».

2018: L’Accord avec la Chine

Deux faits saillants furent à relever dans l’année 2018 du Pape François. Au niveau pastoral, le Synode sur les jeunes a été un moment important de réflexion ecclésiale. Aux jeunes, le Souverain Pontife a demandé «d’écouter, de se faire proches, de témoigner», car «la foi est une question de rencontre, pas de théorie». Cet appel trouvera son prolongement dans l’exhortation apostolique post-synodale Christus vivit, signée en 2019. François, dans ce document, demande aux jeunes de ne pas reculer devant les défis du monde contemporain et de consacrer leur attention aux plus petits.

Sur le plan diplomatique, l’actualité majeure de cette année-là est l’accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, signé à Pékin le 22 septembre 2018 et concernant la nomination des évêques. En 2020, l’accord sera renouvelé pour deux ans.

La lutte contre les abus

L’année 2018 sera aussi marquée par le drame des abus commis par certains membres du clergé: les affaires relatives au cardinal George Pell, jugé en Australie puis acquitté après 13 mois passés injustement en prison, et à l’ancien prêtre chilien Ferdinand Karadima, ensuite écarté par François de l’état clérical, ainsi que la publication du Rapport Pennsylvania aux États-Unis, soulignent l’importance de la lutte contre ce crime.

En août, à la fin de son voyage apostolique en Irlande, François a récité une prière pénitentielle pour demander pardon au nom de l’Église. Au cours de la même période, l’affaire McCarrick, qui concerne l’ancien cardinal-archevêque de Washington, responsable d’abus sexuels sur des mineurs et qui sera renvoyé de l’état clérical en 2019, occupe le devant de la scène médiatique. Le Saint-Siège répondra à cette affaire par un Rapport spécial (lien vers le texte intégral en anglais), préparé par la Secrétairerie d’État sur mandat du Pape et rendu public le 10 novembre 2020.

La lutte contre les abus se poursuit au cours de l’année 2019 avec le Sommet sur la protection des mineurs. De cette réunion découle le Motu proprio Vos estis lux mundi qui introduit l’obligation pour les clercs et les religieux de signaler les abus, tandis que chaque diocèse doit disposer d’un système facilement accessible au public pour recevoir les signalements. En outre, en décembre, par un rescrit, le pape a aboli le secret pontifical dans les cas d’abus sexuels.

2019: Fraternité, paix et unité des chrétiens

L’année 2019 sert de toile de fond à trois grands gestes : le premier est la signature du Document sur la Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, signé par le Pape et le Grand-Imam d’Al-Azhar Ahmad al-Tayyeb, à Abou Dhabi, le 4 février. Ce document, qui pose un jalon important dans les relations entre le christianisme et l’islam, encourage le renforcement du dialogue interreligieux et promeut le respect mutuel, en condamnant le terrorisme et la violence.

Le deuxième geste fort est l’organisation d’une retraite spirituelle au Vatican pour les responsables civils et ecclésiastiques du Soudan du Sud. La réunion a lieu en avril et se termine par un acte surprenant: François s’agenouille et embrasse les pieds du président de la République du Soudan du Sud Salva Kiir, et des vice-présidents désignés présents, parmi lesquels son adversaire Riek Machar. Il le fait pour «implorer que le feu de la guerre soit éteint une fois pour toutes» dans ce jeune pays africain.

Le troisième geste, enfin, va dans le sens de l’unité des chrétiens : le 29 juin, François remet à une délégation du patriarcat œcuménique de Constantinople des fragments des reliques de saint Pierre. Comme l’écrit le Pontife lui-même dans une Lettre au Patriarche Bartholomée, ce don «se veut une confirmation du chemin parcouru par nos Eglises pour se rapprocher».

2020: La prière dans la pandémie

En 2020, année de la pandémie de Covid-19, le Pape François est resté proche des fidèles avec la force constante de la prière. La « Statio Orbis » présidée le 27 mars par le Pape, seul, devant une Place Saint-Pierre déserte et trempée par la pluie, reste imprimée dans la mémoire du monde. La technologie a également permis de raccourcir les distances, nécessaires pour contenir les contagions: pendant un certain temps, les audiences générales et la récitation de l’Angélus étaient retransmises en direct par audio-vidéo, tout comme les messes du matin à la Maison Sainte-Marthe.

En février, a été publiée la cinquième exhortation apostolique du Pape François. Querida Amazonia, qui recueille les fruits du synode spécial pour l’Amazonie, qui s’est tenu au Vatican en 2019, et en octobre, la troisième encyclique, Fratelli tutti, qui, explicitant davantage les traits saillants de ce pontificat, appelle à la fraternité et à l’amitié sociale et réaffirme le non à la guerre pour construire un monde meilleur, avec l’engagement de tous.

Les voyages apostoliques et le regard vers les périphéries

L’année 2020, la première sans le moindre déplacement international pour un Pape depuis 1978, s’était terminée par l’annonce du voyage apostolique en Irak, qui s’est finalement achevé lundi dernier. Malgré les rumeurs d’annulation, ce voyage historique, le premier d’un Pape sur la terre d’Abraham, s’est finalement déroulé dans de bonnes conditions.

Après l’arrêt de 15 mois dû à la pandémie, François a recommencé à apporter au monde la lumière et la beauté de l’Évangile, en tournant son regard, une fois de plus, vers les périphéries, où «fraternité et espérance» sont nécessaires de toute urgence.

Son premier voyage en tant que Pape, le 8 juillet 2013, avait eu pour destination Lampedusa: depuis cette île, destination de débarquements désespérés, le Pape braquera les projecteurs mondiaux sur le drame des migrations, thème majeur de son pontificat. Le Pape répète souvent que les migrants sont avant tout des personnes, et pas seulement des chiffres ou des questions sociales, et il le fait non seulement en paroles, mais aussi en actes. Il suffit de penser à la décision prise en avril 2016, au retour d’une visite au camp de réfugiés de Lesbos: dans le vol papal, François a accueilli 12 réfugiés syriens et les a accompagnés à Rome, afin qu’ils puissent être assistés.

Les réformes dans le domaine économique et financier

Dans le cadre des réformes, en août 2019, avec un chirographe, le Pape renouvelle le statut de l’IOR, en introduisant la figure de l’auditeur externe pour vérifier les comptes. Cette décision est suivie, fin 2020, par le nouveau statut de l’Autorité des informations financières, qui s’appellera désormais Autorité de surveillance et d’information financière (Asif), et par le Motu proprio Sur certaines compétences en matière économico-financière, par lequel la gestion des fonds et des biens du Secrétariat d’État, y compris le Denier de Saint-Pierre, est transférée à l’Apsa, tandis que le rôle de surveillance du Secrétariat pour l’économie est renforcé.

Quelques données statistiques

Jusqu’à présent, François a effectué 25 voyages officiels en Italie (sans compter de nombreux déplacements à caractère informel, dans Rome et en dehors de la capitale italienne) et 33 en dehors de la péninsule. Il s’est exprimé durant plus de 340 Audiences générales, plus de 450 prières de l’Angélus ou du Regina Coeli, et près de 790 homélies à la Maison Sainte-Marthe. Il a proclamé environ 900 nouveaux Saints (parmi lesquels les 800 martyrs d’Otrante, dont la canonisation avait été programmée par son prédécesseur Benoît XVI).

François a également tenu sept Consistoires, créant 101 nouveaux cardinaux, et outre l’Année Sainte de la Miséricorde en 2016, il a convoqué plusieurs Années Spéciales, telles que celles consacrées à la Vie Consacrée (2015-2016), à saint Joseph (2020-2021) et à la Famille-Amoris Laetitia (2021-2022).

Il a aussi institué plusieurs « Journées », comme par exemple la Journée mondiale des Pauvres et le dimanche de la Parole de Dieu. La Journée mondiale des grands-parents et des personnes âgées sera célébrée pour la première fois en juillet 2021, à proximité de la fête des saints Joachim et Anne, les « grands-parents » de Jésus.

Source: VATICANNEWS, le 13 mars 2021

Irak: « Repartir d’Abraham pour se reconnaître comme frères », par A. Tornielli

Andrea Tornielli @ Catholic Center for Studies and Media, Jordanie

Andrea Tornielli @ Catholic Center For Studies And Media, Jordanie

Irak: « Repartir d’Abraham pour se reconnaître comme frères », par A. Tornielli

« Le voyage raté de Jean-Paul II est resté une plaie ouverte »

« Repartir d’Abraham pour se reconnaître comme frères », titre Andrea Tornielli, directeur éditorial du dicastère romain pour la communication, et historien de formation, à l’avant veille du voyage du pape François en Irak (5-8 mars 2021).

*****François se prépare au voyage le plus difficile et le plus important de son pontificat, qui manifestera à la fois la proximité aux chrétiens, le soutien à la reconstruction du pays dévasté par les guerres et par le terrorisme, et une main tendue aux musulmans. Ainsi se réalise le rêve de Jean-Paul II.

Les chrétiens irakiens attendaient le Pape depuis 22 ans. C’est en 1999 que saint Jean-Paul II avait prévu un pèlerinage bref mais significatif à Ur des Chaldéens, première étape du voyage jubilaire vers les lieux du Salut. Il voulait partir d’Abraham, du père commun reconnu par les juifs, les chrétiens et les musulmans. Beaucoup l’ont déconseillé au vieux pontife polonais, lui demandant de ne pas faire un voyage qui risquerait de renforcer Saddam Hussein, encore au pouvoir après la première guerre du Golfe. Le Pape venu de Cracovie tenait à ce projet, malgré les tentatives de dissuasion, notamment de la part des États-Unis. Mais en fin de compte, ce voyage éclair d’une nature essentiellement religieuse n’a pas été fait à cause de la situation du président irakien.

En 1999, le pays était déjà à genoux en raison de la guerre sanglante contre l’Iran (1980-1988) et des sanctions internationales consécutives à l’invasion du Koweït et à la première guerre du Golfe, mais le nombre de chrétiens en Irak était alors plus de trois fois supérieur à ce qu’il est aujourd’hui. Le voyage raté de Jean-Paul II est resté une plaie ouverte. Le Pape Wojtyla a élevé la voix contre la deuxième expédition militaire occidentale dans le pays, la guerre éclair de 2003, qui s’est terminée par le renversement du gouvernement de Saddam Hussein.

Lors de l’Angélus du 16 mars 2003, il avait déclaré: «Je voudrais rappeler aux pays membres des Nations-Unies, et en particulier à ceux qui composent le Conseil de sécurité, que le recours à la force représente le dernier recours, après avoir épuisé toute autre solution pacifique, selon les principes bien connus de la Charte des Nations-Unies elle-même». Puis il a livré ce plaidoyer: «J’appartiens à cette génération qui a vécu la Seconde Guerre mondiale et qui a survécu. J’ai le devoir de dire à tous les jeunes, à ceux qui sont plus jeunes que moi, qui n’ont pas fait cette expérience: « Plus jamais la guerre », comme l’a dit Paul VI lors de sa première visite aux Nations unies. Nous devons faire tout ce qui est possible.»

Il n’a pas été entendu par ces «jeunes» qui faisaient la guerre et étaient incapables de construire la paix. L’Irak a été frappé par le terrorisme, avec des attaques, des bombes, des dévastations. Le tissu social s’est désintégré. Et en 2014, le pays a vu la montée de l’État islamique autoproclamé proclamé par Daech, accentuant la dévastation, la persécution, la violence, avec des puissances régionales et internationales engagées dans la lutte sur le sol irakien, avec la multiplication des milices hors de contrôle. La population sans défense, divisée en fonction de ses appartenances ethniques et religieuses, en paie le prix, avec un coût élevé en vies humaines.

En regardant la situation irakienne, on touche du doigt le caractère concret et réaliste des paroles que François a voulu graver dans sa dernière encyclique Fratelli Tutti«Nous ne pouvons donc plus penser à la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l’utilité hypothétique qu’on lui attribue. Face à cette réalité, il est très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible “guerre juste”. Plus jamais la guerre ! Toute guerre laisse le monde pire que dans l’état où elle l’a trouvé. La guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal.»

Au cours de ces années, des centaines de milliers de chrétiens ont été contraints d’abandonner leurs foyers et de chercher refuge à l’étranger. Dans une terre de première évangélisation, dont l’ancienne Église a des origines qui remontent à la prédication apostolique, les chrétiens attendent aujourd’hui la visite de François comme une bouffée d’air frais. Depuis quelque temps, le Pape avait annoncé sa volonté d’aller en Irak pour les réconforter, suivant la seule «géopolitique» qui l’émeut, c’est-à-dire celle de manifester la proximité avec ceux qui souffrent et de favoriser, par sa présence, les processus de réconciliation, de reconstruction et de paix.

C’est pourquoi, malgré les risques liés à la pandémie et à la sécurité, et malgré les récents attentats, François a jusqu’à présent maintenu ce rendez-vous à son agenda, déterminé à ne pas décevoir tous les Irakiens qui l’attendent. Le cœur du premier voyage international après 15 mois de blocus forcé dû aux conséquences du Covid-19, sera le rendez-vous à Ur, dans la ville d’où est parti le patriarche Abraham. Une occasion de prier avec les croyants d’autres religions, en particulier les musulmans, pour redécouvrir les raisons de la coexistence entre frères, afin de reconstruire un tissu social au-delà des factions et des groupes ethniques, et de lancer un message au Moyen-Orient et au monde entier.

Source: ZENIT.ORG, le 2 mars 2021

Le Pape en Irak: repartir d’Abraham pour se reconnaître comme frères

Les rues de Bagdad décorées d'affiches à quelques jours de la visite du Pape François.Les rues de Bagdad décorées d’affiches à quelques jours de la visite du Pape François.  (ANSA)

Le Pape en Irak: repartir d’Abraham pour se reconnaître comme frères

François se prépare au voyage le plus difficile et le plus important de son pontificat, qui manifestera à la fois la proximité aux chrétiens, le soutien à la reconstruction du pays dévasté par les guerres et par le terrorisme, et une main tendue aux musulmans. Ainsi se réalise le rêve de Jean-Paul II.

Andrea Tornielli – Cité du Vatican 

Les chrétiens irakiens attendaient le Pape depuis 22 ans. C’est en 1999 que saint Jean-Paul II avait prévu un pèlerinage bref mais significatif à Ur des Chaldéens, première étape du voyage jubilaire vers les lieux du Salut. Il voulait partir d’Abraham, du père commun reconnu par les juifs, les chrétiens et les musulmans. Beaucoup l’ont déconseillé au vieux pontife polonais, lui demandant de ne pas faire un voyage qui risquerait de renforcer Saddam Hussein, encore au pouvoir après la première guerre du Golfe. Le Pape venu de Cracovie tenait à ce projet, malgré les tentatives de dissuasion, notamment de la part des États-Unis. Mais en fin de compte, ce voyage éclair d’une nature essentiellement religieuse n’a pas été fait à cause de la situation du président irakien.

En 1999, le pays était déjà à genoux en raison de la guerre sanglante contre l’Iran (1980-1988) et des sanctions internationales consécutives à l’invasion du Koweït et à la première guerre du Golfe, mais le nombre de chrétiens en Irak était alors plus de trois fois supérieur à ce qu’il est aujourd’hui. Le voyage raté de Jean-Paul II est resté une plaie ouverte. Le Pape Wojtyla a élevé la voix contre la deuxième expédition militaire occidentale dans le pays, la guerre éclair de 2003, qui s’est terminée par le renversement du gouvernement de Saddam Hussein. Lors de l’Angélus du 16 mars 2003, il avait déclaré: «Je voudrais rappeler aux pays membres des Nations-Unies, et en particulier à ceux qui composent le Conseil de sécurité, que le recours à la force représente le dernier recours, après avoir épuisé toute autre solution pacifique, selon les principes bien connus de la Charte des Nations-Unies elle-même». Puis il a livré ce plaidoyer: «J’appartiens à cette génération qui a vécu la Seconde Guerre mondiale et qui a survécu. J’ai le devoir de dire à tous les jeunes, à ceux qui sont plus jeunes que moi, qui n’ont pas fait cette expérience: « Plus jamais la guerre », comme l’a dit Paul VI lors de sa première visite aux Nations unies. Nous devons faire tout ce qui est possible.»

Il n’a pas été entendu par ces «jeunes» qui faisaient la guerre et étaient incapables de construire la paix. L’Irak a été frappé par le terrorisme, avec des attaques, des bombes, des dévastations. Le tissu social s’est désintégré. Et en 2014, le pays a vu la montée de l’État islamique autoproclamé proclamé par Daech, accentuant la dévastation, la persécution, la violence, avec des puissances régionales et internationales engagées dans la lutte sur le sol irakien, avec la multiplication des milices hors de contrôle. La population sans défense, divisée en fonction de ses appartenances ethniques et religieuses, en paie le prix, avec un coût élevé en vies humaines.

En regardant la situation irakienne, on touche du doigt le caractère concret et réaliste des mots que François a voulu graver dans sa dernière encyclique Fratelli Tutti«Nous ne pouvons donc plus penser à la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l’utilité hypothétique qu’on lui attribue. Face à cette réalité, il est très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible “guerre juste”. Jamais plus la guerre ! Toute guerre laisse le monde pire que dans l’état où elle l’a trouvé. La guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal.»

Au cours de ces années, des centaines de milliers de chrétiens ont été contraints d’abandonner leurs foyers et de chercher refuge à l’étranger. Dans une terre de première évangélisation, dont l’ancienne Église a des origines qui remontent à la prédication apostolique, les chrétiens attendent aujourd’hui la visite de François comme une bouffée d’air frais. Depuis quelque temps, le Pape avait annoncé sa volonté d’aller en Irak pour les réconforter, suivant la seule «géopolitique» qui l’émeut, c’est-à-dire celle de manifester la proximité avec ceux qui souffrent et de favoriser, par sa présence, les processus de réconciliation, de reconstruction et de paix.

C’est pourquoi, malgré les risques liés à la pandémie et à la sécurité, et malgré les récents attentats, François a jusqu’à présent maintenu ce rendez-vous à son agenda, déterminé à ne pas décevoir tous les Irakiens qui l’attendent. Le cœur du premier voyage international après 15 mois de blocus forcé dû aux conséquences du Covid-19, sera le rendez-vous à Ur, dans la ville d’où est parti le patriarche Abraham. Une occasion de prier avec les croyants d’autres religions, en particulier les musulmans, pour redécouvrir les raisons de la coexistence entre frères, afin de reconstruire un tissu social au-delà des factions et des groupes ethniques, et de lancer un message au Moyen-Orient et au monde entier.

Source: VATICANNEWS, le 2 mars 2021

Cardinal Turkson: promouvoir une culture de l’entraide face aux maladies rares

Place Saint-Pierre, ce dimanche 28 février 2021, des pèlerins venus pour l'Angélus et pour rappeler la Journée mondiale des maladies raresPlace Saint-Pierre, ce dimanche 28 février 2021, des pèlerins venus pour l’Angélus et pour rappeler la Journée mondiale des maladies rares  (Vatican Media)

Cardinal Turkson: promouvoir une culture de l’entraide face aux maladies rares

Ce 28 février marque la 14e Journée mondiale des maladies rares. Dans un message, le préfet du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral attire l’attention sur les personnes qui en sont atteintes. Il invite à un «accès équitable et inclusif aux soins et à la santé», dans un esprit de solidarité. 

Le Pape François lui-même a fait mention ce dimanche de la Journée mondiale des maladies rares, après avoir prié l’Angélus depuis la fenêtre du Palais apostolique.

«Dans le cas des maladies rares, le réseau de solidarité entre les membres de la famille (…) est plus important que jamais», a-t-il souligné. François a également encouragé «les initiatives qui soutiennent la recherche et les traitements», avant d’exprimer sa «proximité avec les patients, les familles et surtout les enfants». «Être proche des enfants malades, des enfants qui souffrent, prier pour eux, leur faire ressentir la caresse de l’amour de Dieu, la tendresse»… Le Saint-Père a enfin inviter à prier pour les enfants et «pour toutes les personnes atteintes de ces maladies rares».

Des pathologies aux lourdes conséquences

Il existe aujourd’hui un nombre croissant de maladies rares: «plus de 6 000, dont 72% sont d’origine génétique et parmi celles-ci 70% commencent dès l’enfance», rappelle le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson dans un message publié ce 28 février.

Le préfet du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral rappelle ce que ces maladies signifient concrètement pour les personnes atteintes: un diagnostic difficile à établir, des connaissances médicales encore partielles. «La plupart de ces maladies sont incurables et sont généralement des maladies chroniques, progressives, dégénératives et invalidantes», souligne-t-il. Ces personnes malades font donc «partie des groupes les plus vulnérables de la société». Elles ne peuvent guère s’intégrer ou «participer activement à la vie familiale, professionnelle et sociale (…) ce qui génère discrimination et solitude».

Appel aux décideurs politiques et aux institutions

Bien entendu, la pandémie actuelle «a exacerbé nombre des difficultés auxquelles ces personnes sont confrontées chaque jour, avec leurs familles et leurs soignants», constate le prélat.

Le cardinal Turkson invite à lutter contre ces injustices. Il appelle spécialement les décideurs politiques et les institutions «à garantir le droit à la santé pour l’ensemble de la population, en promouvant des formes de coopération internationale, le partage des connaissances et des systèmes de santé plus durables et plus résistants».

Le préfet souligne l’importance de la promotion d’une «culture de l’entraide fondée sur la promotion de la dignité de chaque personne humaine (…)». «Ce n’est qu’en garantissant aux plus vulnérables un accès équitable et inclusif aux soins et à la santé que nous pourrons construire une société plus humaine, où personne ne se sent seul, abandonné ou exclu», explique-t-il en écho au Pape François.

Garder un regard d’amour

«Offrons avec notre charité une parole de confiance, et faisons sentir aux autres que Dieu les aime comme des enfants», écrit celui-ci dans l’encyclique Fratelli Tutti. Des mots repris par le cardinal Turkson en conclusion de son message, invitant le lecteur à faire sienne cette attitude auprès des plus vulnérables.

Le cardinal ghanéen confie enfin à Marie, «Mère de la Miséricorde et de la Santé des malades, tous ceux qui sont touchés par une maladie rare, leurs familles, ceux qui les soignent avec amour et tous ceux qui œuvrent pour la protection et la reconnaissance de leur droit à être soignés et à vivre pleinement».

Source: VATICANNEWS, le 21 février 2021

Le carême, pour « grandir sur le chemin de la fraternité », par Mgr Colomb

Carême 2021, le coffret de retraite des OPM © OPM

Carême 2021, Le Coffret De Retraite Des OPM © OPM

Le carême, pour « grandir sur le chemin de la fraternité », par Mgr Colomb

« La fraternité comme ligne de Frontière »

« Puisse ce Carême 2021, si particulier, être l’occasion pour nous tous de grandir sur le chemin de la fraternité ! »: c’est le voeu exprimé par le directeur des Oeuvres pontificales missionnaires en France, Mgr Georges Colomb dans cette méditation introduisant à la retraite de carême proposée par le OPM, avec la paroisse Saint-Ruf d‘Avignon, du 23 au 27 mars 2021.

AB

Message de Monseigneur Colomb, directeur national des OPM

La Fraternité comme ligne de frontière !

Il y a peu de temps, le pape François désignait une nouvelle frontière pour l’humanité1 , une espérance propre à mobiliser nos énergies, celle de la fraternité. C’est de cette fraternité dont le saint père nous a également longuement entretenus dans sa dernière encyclique Fratelli Tutti. Si le pape insiste tant sur ce sujet, c’est que l’exigence de la fraternité nous presse. Ce n’est que dans la mesure où nous serons capables de la faire grandir sur cette terre que nous garantirons la paix et que nous préparerons sereinement l’avenir pour les générations futures. Il y va de l’avenir de l’humanité. Notre monde est meurtri, divisé par les guerres, les conflits politiques, les disparités économiques entre continents et maintenant la pandémie qui semble résister à toute notre science et qui apparaît comme un accélérateur et un révélateur de nos fragilités, particulièrement pour les plus pauvres d’entre nous.

Saurons-nous faire preuve de fraternité ou l’égoïsme des pays développés aurait-il le dernier mot dans la course aux vaccins et aux traitements contre la Covid ? Laisserons-nous mourir dans l’indifférence nos frères des pays lointains pour nous garder le privilège exclusif de l’accès aux soins ? Lorsque la pandémie s’effacera, car n’en doutons pas elle finira par s’effacer, aiderons-nous les pays les plus meurtris à sortir de la crise économique, de la pauvreté, des conflits militaires et politiques qui, inexorablement, viendront ou assisterons-nous passivement à l’explosion de la misère et à l’accélération des flux migratoires qui lui est inévitablement liée ? Oui, nous sommes en train d’écrire une page de l’histoire de l’humanité. La page est vierge pour le moment, il nous appartient d’écrire une bonne nouvelle pour les générations à venir ! « Lorsque nous sortirons de cette pandémie, disait le pape François à la Pentecôte 2020, nous ne pourrons pas continuer à faire ce que nous faisions, et comme nous le faisions.

Non, tout sera différent…Des grandes épreuves de l’humanité, parmi lesquelles cette pandémie, nous ressortirons meilleurs ou pires. Ce n’est pas la même chose. Je vous le demande : comment voulez-vous en sortir ? Meilleurs ou pires ? »2 Laissons résonner au plus profond de notre cœur cette question du pape François. 1 Intervention du pape François pour la célébration du deuxième anniversaire de la signature du Document sur la Fraternité humaine 2 Message vidéo du pape François à l’occasion de la fête de la Pentecôte 2020 Alors que nous sommes séparés les uns des autres, à distance en apparence, nous pouvons faire de cette retraite de Carême un temps propice à vivre la fraternité et la communion. Un temps pour rêver comme nous y invite le pape François dans son encyclique, non pas en nous perdant dans des songes stériles, mais en imaginant la fraternité du XXIe siècle.

Qu’est-ce que la fraternité pour un disciple de Jésus-Christ aujourd’hui ? Comme nous le rappelle le pape François3 , nous appartenons à une seule et unique humanité, tous également dignes et égaux devant le Père qui nous a engendrés à la vie, devant le Fils qui nous ouvre les portes de l’éternité et dans l’Esprit Saint qui veut faire sa demeure dans notre cœur pourvu que nous acceptions de nous mettre humblement en chemin et de nous convertir chaque jour un peu plus. Mais qu’est-ce que la fraternité, me direz-vous ? Un slogan publicitaire, une idée d’hommes politiques en mal de réélection, une mode ? Nous pourrons cheminer vers une meilleure compréhension de ce qu’est la fraternité si nous accueillons, le cœur et les mains grands ouverts, la miséricorde de Dieu qui se révèle dans le don qu’Il nous fait de son Fils et dans le don que celui-ci nous fait de sa propre vie, don sans cesse actualisé dans les sacrements.

Comme la paix, la fraternité est d’abord un don de Dieu avant d’être une tâche à accomplir pour les hommes. Ce n’est pas en nous contentant de la graver sur le fronton de nos édifices publics que nous l’incarnerons dans nos vies. La fraternité, nous la voyons à l’œuvre dans la longue patience et l’investissement sans répit de nos soignants depuis bientôt un an. Nous la voyons à l’œuvre dans l’engagement de celles et de ceux qui chaque jour, inlassablement, s’engagent dans le monde, pour l’amélioration des conditions de vie des plus pauvres. La fraternité c’est encore le choix de celui qui préfère le dialogue, même difficile et imparfait, à la guerre. « Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains hommes créés à l’image de Dieu…

L’Eglise réprouve donc, en tant que contraire à l’esprit du Christ, toute discrimination ou vexation opérée envers les hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur classe ou de leur religion » proclamait déjà le Concile Vatican II (Nostra Aetate n° 5). La fraternité est possible lorsqu’on a un père divin ! Oui, l’amour de Dieu est pour les hommes, pour tous les hommes et comme Dieu n’a pas de mains, c’est par nos mains qu’Il veut construire chaque jour un monde plus juste, plus authentique, un monde de paix, de partage et de fraternité. Saint Jean nous le dit, nous ne saurons que nous aimons Dieu que nous ne voyons pas lorsque nous serons capables d’aimer le frère que nous voyons. Pour Jean, l’amour de Dieu et l’amour du frère sont inséparables.

« Si quelqu’un dit :  »J’aime Dieu’, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas », lit-on dans la première lettre de Jean (1 Jn 3,23). 3 Encyclique Fratelli Tutti n° 18 Un des premiers fruits de la Pentecôte est le don de l’esprit de fraternité. Après l’effusion de l’Esprit Saint, nous voyons les portes s’ouvrir, les murs céder et les premières communautés de disciples voient le jour. Ainsi peut-on lire dans les Actes : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avaient qu’un cœur et qu’une âme et nul ne considérait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en commun » (Ac 4, 32-33).

C’est dans ce geste de partage que les premières communautés ont trouvé leur chemin pour vivre la fraternité. Quels nouveaux chemins allons-nous découvrir à l’heure de la mondialisation, des médias de masse, à l’heure où, à chaque seconde, par les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu, les malheurs et des joies qui font l’ordinaire de la vie de nos contemporains nous sont communiqués ?

Rien de ce qui est humain ne peut être étranger au cœur du disciple de Jésus-Christ. Un cri de désespoir à l’autre bout du monde doit retentir à nos oreilles avec la même force, la même urgence que celui de notre voisin, de notre enfant, car c’est le cri d’un frère qui a besoin de nous, qui crie à l’injustice, à la misère, à la violence et au mal sous toutes ses formes. L’apôtre Paul, après nous avoir magnifiquement rappelé l’histoire de notre Salut dans la lettre aux Colossiens, nous invite à vivre en frères, à cause de ce salut qui nous est donné gratuitement : « Ainsi donc, en tant qu’êtres choisis par Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous de sentiments de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience » (Co 3,12).

Certaines traductions de la bible n’hésitaient pas à parler « d’entrailles de miséricorde ». La Bible n’a jamais eu peur d’employer des images fortes pour tenter de nous faire pénétrer dans l’inouï de l’amour de Dieu pour l’humanité. La fraternité vraie, le désir authentique de vivre en frères, parce qu’il est désir et non pas raisonnement, parce qu’il est don de Dieu, nous saisit au plus profond de notre être, dans nos entrailles précisément, pour devenir l’urgence qui nous porte vers celui que nous pouvons voir enfin comme un frère.

C’est notre dignité d’enfants de Dieu, notre condition humaine, cette condition dont la pandémie nous fait redécouvrir toute la fragilité, la vulnérabilité et la pauvreté, qui est le fondement de la fraternité pour le disciple du Christ. Mais il n’y a pas que cela. Après avoir reconnu toute l’étendue de la précarité de notre condition humaine, la foi nous enseigne bien plus et nous conduit bien plus haut. Il serait misérable de ne contempler que notre infinie insignifiance et Dieu ne veut rien de tel pour les hommes. Au cœur de notre petitesse, se logent, l’espace, le vide, que Dieu vient remplir de son amour et de sa miséricorde.

Oui, Dieu s’est penché sur notre infinie pauvreté pour la revêtir des splendeurs de sa gloire et ce don n’est pas réservé à une élite, à quelques privilégiés triés sur le volet. Ce don est pour tous les hommes et, plus encore, il est d’abord donné aux plus petits parmi les hommes, à celui qui est configuré à l’image de l’enfant dans la crèche, à l’image de l’homme sur le chemin du calvaire, de l’homme sur la croix. Oui, Dieu se donne d’abord aux plus pauvres d’entre nous et vivre en frères c’est aussi cela, c’est contempler le mystère de Dieu dans les yeux de celui que nous pensons aider.

Vivre la fraternité, ou du moins, à échelle d’homme, tenter de la vivre du mieux possible, sans avoir peur de se tromper ou de rater quelques marches dans ce chemin de l’ascension vers Dieu, c’est donc tout cela ensemble, se découvrir frères car Fils de l’unique Père, sauvés par l’unique Fils, unis dans l’Esprit Saint pour ne plus former qu’un seul corps. La route sera longue et le chemin ardu car il n’est pas naturel aux hommes de vivre en frères. La fraternité est un fruit de la grâce et notre mission de baptisés est d’accueillir cette grâce, de la cultiver, de la soigner, de la nourrir, et de demander sans cesse à Dieu de nous aider à grandir sur cette route.

Avouez que cela en vaut la peine ! Dieu compte sur nous. C’est difficile, mais notre foi est exigeante car elle nous conduit sur le chemin de la vérité avec laquelle on ne transige pas ! Mettons-nous en route, confions au Seigneur toutes nos faiblesses, toutes nos difficultés. Comment voir un frère dans le S.D.F. défiguré par la solitude, le manque d’hygiène et la rue ? Comment voir un frère dans le migrant perdu dans un pays dont il ne comprend ni la langue ni les usages ? Comment voir un frère dans cette paroissienne, dans ce paroissien, assis à côté de moi à la messe, qui marmonne, chante faux et m’empêche de prier ? Et ce voisin qui met sa poubelle sous mes fenêtres ? Oui, c’est difficile mais cela n’est pas impossible, cela est même une urgence pour notre monde.

Afin de vous aider à cheminer en ces temps incertains où le confinement peut à tout moment nous tenir éloignés de nos paroisses, les OPM en partenariat avec la paroisse Saint-Ruf, vous invitent à entrer dans un temps de retraite du 23 au 27 mars.

Dans cette retraite, c’est Dieu qui vient vous rejoindre dans l’intimité de votre foyer. Durant cette retraite, vous pourrez prier l’office, recevoir des enseignements, prier, non pas seul mais en union intime avec vos frères et sœurs qui partageront le même temps de retraite et bien sûr avec toute l’Eglise unie dans ce temps du carême. Ce sera l’occasion de laisser se creuser en vous le désir de l’autre comme visage du Tout Autre et de redécouvrir combien l’humanité est interdépendante. C’est Dieu qui l’a voulu ainsi car notre Dieu est un Dieu trinitaire, un Dieu de relation et cette relation à un nom : l’amour.

Les inscriptions pour cette retraite sont en ligne sur le site http://www.moncareme.fr

Le coffret que vous avez reçu, les enseignements du Père Baudouin Ardillier, les lettres très personnelles de plusieurs missionnaires, la radio et internet seront des instruments au service de votre rencontre avec le Dieu Sauveur. Mais ce sont aussi des moyens pour tisser des liens spirituels entre nous et avec l’Eglise du monde entier.

Puisse ce Carême 2021, si particulier, être l’occasion pour nous tous de grandir sur le chemin de la fraternité !

Monseigneur Georges Colomb +

Evêque de La Rochelle et Saintes

Directeur national des Œuvres Pontificales Missionnaires

Source: ZENIT.ORG, le 26 février 2021

Pape François: le Carême, un temps pour être frères

Eglise de Notre-Dame du silence (Brésil)Eglise de Notre-Dame du silence (Brésil) 

Pape François: le Carême, un temps pour être frères

Le Pape envoie un message pour la traditionnelle campagne de la fraternité qu’organise chaque année la conférence épiscopale brésilienne pour le Carême et qui associe depuis quelque temps la solidarité à l’œcuménisme. «Nous devons surmonter la pandémie et nous le ferons dans la mesure où nous serons capables de surmonter les divisions et de nous unir autour de la vie», écrit le Saint-Père.

Alessandro De Carolis – Cité du Vatican

Le Carême est une période où le chrétien a beaucoup à faire. La charité est le premier moteur, mais si cette caractéristique se lie à la dimension œcuménique, le solidarité entre alors en jeu avec le dialogue, qui, nous dit le Pape, nous permet «d’ouvrir notre cœur à nos compagnons de voyage sans crainte ni suspicion, et de regarder d’abord ce que nous cherchons: la paix devant le Dieu unique».

Encourager la solidarité en cas de pandémie

Les pensées de François sont contenues dans le message envoyé chaque année au début du Carême aux fidèles brésiliens, qui s’engagent dans la campagne de la fraternité depuis plusieurs années. Et parmi les terrains d’action indiqués par François en ce temps liturgique se trouve la pandémie, qui a durement touché le pays. Le Christ, écrit-il, «nous invite à prier pour ceux qui sont morts, à bénir le service désintéressé de tant de professionnels de la santé et à encourager la solidarité entre les personnes de bonne volonté. Il nous appelle à prendre soin de nous-mêmes, de notre santé, et à prendre soin les uns des autres, comme nous l’enseigne la parabole du bon samaritain».

Des compagnons sur le chemin du dialogue

Le thème de la campagne 2021 – “Fraternité et dialogue : engagement à l’amour” – focalise l’attention sur la recherche de la communion avec les Églises chrétiennes du Brésil, un dialogue lancé depuis cinq ans et que François définit comme «une raison d’espérer». Les chrétiens, souligne-t-il, «sont les premiers à devoir donner l’exemple, à commencer par la pratique du dialogue œcuménique qui enseigne à ouvrir notre cœur à nos compagnons de voyage sans crainte ni suspicion, et à regarder d’abord ce que nous cherchons: la paix devant le Dieu unique».

Les trois instruments

Cette relation de respect et de partage donne naissance à cette «précieuse contribution à la construction de la fraternité et à la défense de la justice dans la société» telle qu’énoncée dans Fratelli Tutti. Et dans cet horizon, rappelle le Pape dans son encyclique, se trouve l’effort commun pour «vaincre la pandémie». «Nous le ferons, assure-t-il, dans la mesure où nous serons capables de surmonter les divisions et de nous unir autour de la vie». Et pour éviter de retomber, une fois la crise sanitaire passée, dans la tentation du «consumérisme fébrile et des nouvelles formes d’autoprotection égoïste», François encourage les fidèles à utiliser les outils du Carême: prière, jeûne et aumône.

Source: VATICANNEWS, le 17 février 2021

Carême : «L’amour social», par le card. Turkson

Le card. Turkson @ END Fatima 2018

Le Card. Turkson @ END Fatima 2018

Carême : «L’amour social», par le card. Turkson

Présentation du message du pape pour le carême 2021

« Essayons de cultiver en nous l’amour, afin de pouvoir manifester ‘l’amour social’, invite le cardinal Peter Turkson : voilà notre projet! » Évoquant l’encyclique du pape Fratelli tutti, le cardinal ghanéen affirme: « Notre ‘amour social’ et une ‘civilisation de l’amour’ qui en découle doivent être enracinés et être un fruit de notre amour spirituel (amour de Dieu).  (…) L’intérieur doit être ce qui soutient l’extérieur ».

Le préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral a présenté le message du pape François pour le Carême 2021 lors de la conférence de presse qui a eu lieu le 12 février 2021, à la Salle de presse du Saint-Siège.

Sous le titre « Voici que nous montons à Jérusalem », le message du pape François pour le carême « rassemble et arrange les leçons de la passion, crucifixion et résurrection de Jésus en une triade de vertus théologales: foi, espérance et charité, et une triade d’exercices du carême: l’appauvrissement de soi (comme dans le jeûne et l’abstinence), la prière et la charité / l’aumône », explique le cardinal.

Ces deux triades, poursuit-il, « sont tissées ensemble pour former le message du pape cette année; et … ce sont des vertus et exercices que Jésus lui-même a vécus et a transmis à ses disciples »: « pour les rendre plus semblables au Christ! » Avec son message, « le pape François nous recommande les mêmes vertus et exercices que Jésus a enseignés à ses disciples ».

Le cardinal Turkson rappelle que le message de cette année « commence par une invitation à laisser la Parole de l’Écriture nous enseigner la vérité de Jésus: Fils de Dieu, qui pour nous s’est vidé pour devenir esclave, afin de révéler l’amour du Père pour nous ». Dans la vie, poursuit le cardinal, « nous nous vidons, lorsque nous abandonnons ce que nous chérissons ». « Ce n’est que par renoncement à soi-même, ajoute-t-il, que nous nous disciplinons pour pouvoir … reconnaître l’autre, prendre en compte ses besoins ».

Le préfet souligne que le carême est une « période de vie de la vertu théologale d’espérance » qui « nous dispose à rechercher le visage du Dieu de notre avenir dans la prière ». « Espérer, c’est parler de l’avenir; et parler de l’avenir, c’est parler de Dieu », note-t-il. Par la prière et la communion avec Dieu, « nous tirons une inspiration et une lumière intérieure pour devenir des rêveurs et des visionnaires d’un avenir meilleur, estime le cardinal: du temps renouvelé par la grâce de Dieu et la conversion de nous tous ».

Enfin, « quand l’espérance (en Dieu et sa grâce) stimule l’intellect et donne à la volonté tout son dynamisme, elles se manifestent en sortant de soi pour partager et favoriser le bien-être de tous: dans la charité ». Car c’est lorsque « l’activité humaine est inspirée et soutenue par l’amour / la charité qu’elle anticipe le royaume de Dieu sur terre », souligne le préfet. Et « nous pouvons résumer ici la vision de tous les exercices du carême »: cultiver l’amour à l’intérieur de soi-même « afin de pouvoir manifester ‘l’amour social’ ».

Source: ZENIT.ORG, le 15 février 2021

Mgr de Romanet: le TIAN est un cri lancé à la conscience de l’humanité

Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises, à Lourdes en 2018.Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises, à Lourdes en 2018. 

Mgr de Romanet: le TIAN est un cri lancé à la conscience de l’humanité

Le traité sur l’interdiction des armes nucléaires est entré en vigueur vendredi 22 janvier 2021. Il prohibe l’utilisation, le développement, la production, les essais, et le stockage de telles armes. Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises, livre son regard sur ce texte.

Entretien réalisé par Hélène Destombes – Cité du Vatican

Le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) avait été approuvé par 122 nations sur 192 lors de l’Assemblée générale des Nations-Unies le 7 juillet 2017, et ouvert à la signature à partir du 20 septembre 2017. Il a été ratifié en octobre dernier par un cinquantième pays, le Honduras, permettant son entrée en vigueur dans un délai de 90 jours. Ce traité, que le Saint-Siège avait instamment signé, est le «premier instrument international juridiquement contraignant à interdire explicitement ces dispositifs», a rappelé le Pape François mercredi 20 janvier, au terme de l’audience générale.

Le TIAN entre en vigueur plus de 50 ans après la signature du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), le 1er juillet 1968. S’inscrivant dans une trajectoire historique, il est «un cri lancé à la conscience de l’humanité, pour que tous se ressaisissent alors que nous assistons actuellement à une prolifération nucléaire», observe Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaisesIl s’agit de retrouver «une dynamique de négociations multilatérales»; et «le Pape souligne, de manière prophétique, combien l’essentiel est la conversion des cœurs», observe Mgr de Romanet. 

Entretien avec Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises 

L’entrée en vigueur du traité sur l’interdiction des armes nucléaires, constitue-t-elle une étape importante, quelle en est la portée?

Cette date du 22 janvier est importante, et il faut la replacer dans la trajectoire historique de cette réalité de l’arme nucléaire et de Nagasaki et Hiroshima en 1945. D’emblée, l’ensemble de ceux qui ont eu à connaître cette arme terrifiante ont essayé de la contrôler, cela a été le sens du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires signé en 1968. Depuis cette date, nous travaillons donc sur ce sujet et un certain nombre d’États signataires se sont émus du fait que les négociations, dans le cadre du TNT, n’avançaient pas très vite et l’on s’est mis à douter de la ferme détermination d’un certain nombre d’États possesseurs de la bombe atomique d’entrer dans une véritable logique de désarmement.

C’est la raison du traité sur l’interdiction des armes nucléaires, soutenu par le Saint-Siège, qui vient signifier que nous ne sommes absolument pas engagés sur une trajectoire heureuse, bien au contraire. Nous assistons même à une prolifération nucléaire car un certain nombre d’États, en contradiction avec le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, ont acquis l’arme nucléaire. Il s’agit de faire retentir un cri pour que tous se ressaisissent, et que l’on rentre à nouveau avec fermeté dans une logique de désarmement nucléaire. Que l’ensemble de l’humanité comprenne que ce n’est qu’à travers des relations multilatérales, dans des logiques de fraternité, de charité, de solidarité, que nous parviendrons à faire baisser les tensions.

Les États dotés de l’arme nucléaire n’ont pas signé ce traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Quel peut en être le poids?

Il s’agit d’un poids essentiellement moral. Il n’y a pas de portée juridique sur les États non signataires, mais c’est un cri lancé à la conscience de l’humanité pour inviter les uns et les autres à prendre le problème à bras-le-corps, et prendre conscience que nous dansons sur un volcan. Nous ne pouvons pas rester tranquille sur ce sujet.

Le Pape François comme ses prédécesseurs a fustigé l’usage de l’arme nucléaire, et depuis le Japon en novembre 2019, il a condamné leur possession. Quelle peut-être l’apport des encycliques Laudati Si’ et Fratelli Tutti dans cette réflexion sur la dénucléarisation? Au-delà des considérations géopolitiques et diplomatiques, est-ce un appel à la conscience?

Il y a un appel à la conscience tout à fait essentiel. Le Pape Françoise souligne, de manière prophétique, combien l’essentiel est la conversion des cœurs. Il s’agit de retrouver une dynamique de négociations multilatérales et d’intégrer que tout est lié. Que la seule voie de salut est la fraternité. Sans fraternité, c’est la mort pour notre humanité, comme le signifie le Pape François.

Les encycliques du Pape François, Fratelli Tutti et Laudato Si’, sont donc en ce sens des outils importants?

Considérables! Fratelli Tutti qui insiste sur cette dimension essentielle de la fraternité dit bien la nécessité de la conversion des cœurs. Les armes n’ont jamais rien réglées, les rapports de force et de puissance conduisent à des tensions et des crispations. Il s’agit de passer à un autre registre, celui de la fraternité, de la charité, de la solidarité, celui de notre commune humanité. Il faut dépasser les clivages, les nationalités, pour permettre au bien commun de se déployer. Fratelli Tutti et Laudato Si’ sont en cela des textes puissamment inspirants et décisifs.

Peut-on véritablement croire en un changement de paradigme, imaginer un monde sans armes nucléaires. N’est-ce pas utopique?

Certes, il y a une part d’utopie, le Pape Jean-Paul II l’évoquait lui-même. Mais nous avons besoin de sens et de paroles prophétiques. Il est important que nous nous mettions en marche vers cet objectif. Il est vrai que l’humanité est touchée par le péché, que l’homme témoigne de cette volonté de domination et de puissance tapie dans son cœur, mais nous ne pouvons pas rester enkystés dans ces réalités tragiques qui conduisent à la mort. Il nous faut aller vers la lumière et la vie, et donc quand bien même nous prenons conscience du fait qu’il s’agit d’un processus de temps long, il s’agit de féconder les consciences. Et ce sont tous les peuples de la terre qui ont à peser sur les autorités en charge de ces questions, pour avancer vers plus de justice, de fraternité et de charité. C’est ainsi seulement que notre planète demeurera vivable.

Source: VATICANNEWS, le 22 janvier 2021