Les mouvements populaires, un outil de lutte contre l’injustice

Le cardinal Peter Turskon, préfet du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral.Le cardinal Peter Turskon, préfet du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral. 

Les mouvements populaires, un outil de lutte contre l’injustice

Le cardinal Turkson, préfet du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral est intervenu dans le cadre de la rencontre des mouvements populaires organisée ce vendredi en visioconférence.

Benedetta Capelli – Cité du Vatican

Un changement qui vient d’une vie en harmonie avec la Création, sous le signe de l’écologie intégrale, dans le respect des droits des peuples autochtones, à la recherche du bien commun: ce sont les lignes directrices indiquées par le cardinal Peter Turkson, préfet du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, lors de la 4e rencontre mondiale des mouvements populaires qui s’est tenue en ligne cet après-midi. Il s’agissait d’une première étape en vue de celle de septembre, qui devrait constituer une occasion de partager le travail et les luttes des mouvements populaires pendant la pandémie, de dialoguer avec le Pape François sur les conclusions des réunions, et d’écouter son message.

Réfléchir à l’impact du virus sur les travailleurs les plus humbles et les plus marginalisés a été le point de départ du débat auquel ont participé des personnes issues de milieux tres divers: «les brocanteurs, les recycleurs, les vendeurs de rue, les créateurs de mode, les artisans, les pêcheurs, les agriculteurs, les constructeurs, les mineurs, les travailleurs des entreprises de récupération et tous les types de coopératives, les travailleurs des secteurs populaires, les travailleurs chrétiens appartenant à différents secteurs et professions, les travailleurs des quartiers et des villages… qui pratiquent la culture de la rencontre et marchent ensemble», indique le dicastère.

Les pauvres luttent contre l’injustice

Cette rencontre avait pour objectif de donner «voix et visibilité» aux préoccupations de ceux qui se sentent marginalisés et qui devraient au contraire voir leurs droits garantis, comme le Pape l’a souligné lors des trois rencontres précédentes (au Vatican, en 2014 et 2016; à Santa Cruz de la Sierra, en Bolivie, en 2015), en particulier les trois T : terre, toit et travail, qui constituent des critères fondamentaux pour la justice sociale.

Du Brésil, d’Inde et d’Espagne sont venus les témoignages de ceux qui sont en première ligne. Le cardinal Turkson a demandé un engagement, une action urgente «pour mettre l’économie au service de la personne» afin de la rendre «juste»«Les pauvres ne font pas que subir l’injustice, ils luttent aussi contre l’injustice. Et ceci est fondamental pour le mouvement populaire, qui non seulement représente le peuple qui lutte pour ceux qui subissent l’injustice, mais qui est aussi le groupe qui cherche à établir pour eux l’ordre social et économique juste», a insisté le cardinal ghanéen.

Favoriser une culture plus solidaire

«Nous avons besoin de la solidarité entre nous, qui est le fondement d’une culture populaire qui part des périphéries, créant un niveau très profond dans les relations entre les personnes, favorisant l’intégration dans la société», a expliqué le cardinal, en mettant en avant la solidarité comme ciment et principe pour amener les structures inégales de la société vers l’égalité et vers la justice, la solidarité sociale, la paix. «Nous sommes en train de faire l’histoire en menant une lutte qui entend surmonter les causes structurelles de la pauvreté et de l’injustice, en la poursuivant, comme François l’a indiqué à plusieurs reprises, avec courage, avec intelligence et avec ténacité, et non avec fanatisme et violence», a expliqué le cardinal.

Le processus de changement doit être mené en défendant «le travail décent, en nous efforçant de créer des emplois décents par l’inclusion et en promouvant une économie communautaire et sociale qui protège la vie des communautés dans lesquelles la solidarité prévaut sur le profit»«Nous luttons contre la culture de l’indifférence et tout en poursuivant notre propre dignité, nous protégeons également la dignité des autres», a-t-il expliqué.

Source: VATICANNEWS, le 9 juillet 2021

Le Pape appelle à un plan de relance mondial axé sur les pauvres 

Les réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale se tiennent à Washington du 5 au 11 avril 2021. Les réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale se tiennent à Washington du 5 au 11 avril 2021.   (AFP or licensors)

Le Pape appelle à un plan de relance mondial axé sur les pauvres 

Le Pape s’adresse aux sommités de la finance mondiale. François a envoyé un message paru le 7 avril aux participants de l’assemblée de printemps du FMI et de la Banque mondiale réunie à Washington, et qui l’avaient sollicité en ce sens. Dans le sillage de l’Économie de François, et de sa pensée sociale et inclusive développée depuis le début du pontificat, le Pape y plaide pour un plan de relance mondial, axé sur le bien commun universel, et tourné vers les plus faibles. 

Dans cette lettre, confiée au cardinal Peter Turkson, préfet du Dicastère pour le Service du développement humain intégral, le Saint-Père revient amplement sur la série de crises que traverse le monde en ce moment: toutes sont interdépendantes, tout comme le sont les solutions. Citant largement ses encycliques écologiques et sociales Laudato si’ et Fratelli tutti, François défend l’élaboration d’un modèle de relance, plus inclusif, durable, égalitaire.

La confiance, pierre angulaire

Le Pape insiste sur les personnes en marge, exclues du monde financier, et rappelle combien la pandémie montre que «personne n’est sauvé s’il reste seul». Pour faire face, il faut donc selon le Pape «créer des formes nouvelles et créatives de participation sociale, politique, économique, sensibles à la voix des pauvres». Et le Pape d’interpeller cette assemblée d’experts: «Vous savez dans vos métiers combien la confiance, née de l’interconnexion entre les personnes, est la pierre angulaire de toute relation».

Un paradigme international centré sur les pauvres

Il faut donc générer de nouvelles institutions de gouvernance mondiale attentive aux nations pauvres, pour construire un nouveau réseau de relations internationales, recommande le Pape, qui en rappelle la finalité ultime: viser le bien commun universel, jusque dans les cas les plus concrets. Comme l’allègement de la dette des pays pauvres, le calcul de la dette écologique des pays du Nord à ceux du Sud, la délégation aux nations plus pauvres «d’une part effective des prises de décision», ou encore la facilitation de leur accès au marché international.

Solidarité économique Nord-Sud

«Bien plus que des actes de générosité sporadiques, il convient de s’engager pour une vraie solidarité économique. Car il s’agit de reconnaître aussi et surtout que les marchés financiers ne se gouvernent pas eux-mêmes. Ils doivent être soutenus par des lois et des réglementations qui garantissent qu’ils travaillent pour le bien commun», soutient enfin François, rappelant combien la loi du marché ne doit pas prendre le pas sur la loi de l’amour et de la santé de tous, notamment dans la solidarité vaccinale. 

Source: VATICANNEWS, le 8 avril 2021

Cardinal Turkson: promouvoir une culture de l’entraide face aux maladies rares

Place Saint-Pierre, ce dimanche 28 février 2021, des pèlerins venus pour l'Angélus et pour rappeler la Journée mondiale des maladies raresPlace Saint-Pierre, ce dimanche 28 février 2021, des pèlerins venus pour l’Angélus et pour rappeler la Journée mondiale des maladies rares  (Vatican Media)

Cardinal Turkson: promouvoir une culture de l’entraide face aux maladies rares

Ce 28 février marque la 14e Journée mondiale des maladies rares. Dans un message, le préfet du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral attire l’attention sur les personnes qui en sont atteintes. Il invite à un «accès équitable et inclusif aux soins et à la santé», dans un esprit de solidarité. 

Le Pape François lui-même a fait mention ce dimanche de la Journée mondiale des maladies rares, après avoir prié l’Angélus depuis la fenêtre du Palais apostolique.

«Dans le cas des maladies rares, le réseau de solidarité entre les membres de la famille (…) est plus important que jamais», a-t-il souligné. François a également encouragé «les initiatives qui soutiennent la recherche et les traitements», avant d’exprimer sa «proximité avec les patients, les familles et surtout les enfants». «Être proche des enfants malades, des enfants qui souffrent, prier pour eux, leur faire ressentir la caresse de l’amour de Dieu, la tendresse»… Le Saint-Père a enfin inviter à prier pour les enfants et «pour toutes les personnes atteintes de ces maladies rares».

Des pathologies aux lourdes conséquences

Il existe aujourd’hui un nombre croissant de maladies rares: «plus de 6 000, dont 72% sont d’origine génétique et parmi celles-ci 70% commencent dès l’enfance», rappelle le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson dans un message publié ce 28 février.

Le préfet du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral rappelle ce que ces maladies signifient concrètement pour les personnes atteintes: un diagnostic difficile à établir, des connaissances médicales encore partielles. «La plupart de ces maladies sont incurables et sont généralement des maladies chroniques, progressives, dégénératives et invalidantes», souligne-t-il. Ces personnes malades font donc «partie des groupes les plus vulnérables de la société». Elles ne peuvent guère s’intégrer ou «participer activement à la vie familiale, professionnelle et sociale (…) ce qui génère discrimination et solitude».

Appel aux décideurs politiques et aux institutions

Bien entendu, la pandémie actuelle «a exacerbé nombre des difficultés auxquelles ces personnes sont confrontées chaque jour, avec leurs familles et leurs soignants», constate le prélat.

Le cardinal Turkson invite à lutter contre ces injustices. Il appelle spécialement les décideurs politiques et les institutions «à garantir le droit à la santé pour l’ensemble de la population, en promouvant des formes de coopération internationale, le partage des connaissances et des systèmes de santé plus durables et plus résistants».

Le préfet souligne l’importance de la promotion d’une «culture de l’entraide fondée sur la promotion de la dignité de chaque personne humaine (…)». «Ce n’est qu’en garantissant aux plus vulnérables un accès équitable et inclusif aux soins et à la santé que nous pourrons construire une société plus humaine, où personne ne se sent seul, abandonné ou exclu», explique-t-il en écho au Pape François.

Garder un regard d’amour

«Offrons avec notre charité une parole de confiance, et faisons sentir aux autres que Dieu les aime comme des enfants», écrit celui-ci dans l’encyclique Fratelli Tutti. Des mots repris par le cardinal Turkson en conclusion de son message, invitant le lecteur à faire sienne cette attitude auprès des plus vulnérables.

Le cardinal ghanéen confie enfin à Marie, «Mère de la Miséricorde et de la Santé des malades, tous ceux qui sont touchés par une maladie rare, leurs familles, ceux qui les soignent avec amour et tous ceux qui œuvrent pour la protection et la reconnaissance de leur droit à être soignés et à vivre pleinement».

Source: VATICANNEWS, le 21 février 2021

Carême : «L’amour social», par le card. Turkson

Le card. Turkson @ END Fatima 2018

Le Card. Turkson @ END Fatima 2018

Carême : «L’amour social», par le card. Turkson

Présentation du message du pape pour le carême 2021

« Essayons de cultiver en nous l’amour, afin de pouvoir manifester ‘l’amour social’, invite le cardinal Peter Turkson : voilà notre projet! » Évoquant l’encyclique du pape Fratelli tutti, le cardinal ghanéen affirme: « Notre ‘amour social’ et une ‘civilisation de l’amour’ qui en découle doivent être enracinés et être un fruit de notre amour spirituel (amour de Dieu).  (…) L’intérieur doit être ce qui soutient l’extérieur ».

Le préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral a présenté le message du pape François pour le Carême 2021 lors de la conférence de presse qui a eu lieu le 12 février 2021, à la Salle de presse du Saint-Siège.

Sous le titre « Voici que nous montons à Jérusalem », le message du pape François pour le carême « rassemble et arrange les leçons de la passion, crucifixion et résurrection de Jésus en une triade de vertus théologales: foi, espérance et charité, et une triade d’exercices du carême: l’appauvrissement de soi (comme dans le jeûne et l’abstinence), la prière et la charité / l’aumône », explique le cardinal.

Ces deux triades, poursuit-il, « sont tissées ensemble pour former le message du pape cette année; et … ce sont des vertus et exercices que Jésus lui-même a vécus et a transmis à ses disciples »: « pour les rendre plus semblables au Christ! » Avec son message, « le pape François nous recommande les mêmes vertus et exercices que Jésus a enseignés à ses disciples ».

Le cardinal Turkson rappelle que le message de cette année « commence par une invitation à laisser la Parole de l’Écriture nous enseigner la vérité de Jésus: Fils de Dieu, qui pour nous s’est vidé pour devenir esclave, afin de révéler l’amour du Père pour nous ». Dans la vie, poursuit le cardinal, « nous nous vidons, lorsque nous abandonnons ce que nous chérissons ». « Ce n’est que par renoncement à soi-même, ajoute-t-il, que nous nous disciplinons pour pouvoir … reconnaître l’autre, prendre en compte ses besoins ».

Le préfet souligne que le carême est une « période de vie de la vertu théologale d’espérance » qui « nous dispose à rechercher le visage du Dieu de notre avenir dans la prière ». « Espérer, c’est parler de l’avenir; et parler de l’avenir, c’est parler de Dieu », note-t-il. Par la prière et la communion avec Dieu, « nous tirons une inspiration et une lumière intérieure pour devenir des rêveurs et des visionnaires d’un avenir meilleur, estime le cardinal: du temps renouvelé par la grâce de Dieu et la conversion de nous tous ».

Enfin, « quand l’espérance (en Dieu et sa grâce) stimule l’intellect et donne à la volonté tout son dynamisme, elles se manifestent en sortant de soi pour partager et favoriser le bien-être de tous: dans la charité ». Car c’est lorsque « l’activité humaine est inspirée et soutenue par l’amour / la charité qu’elle anticipe le royaume de Dieu sur terre », souligne le préfet. Et « nous pouvons résumer ici la vision de tous les exercices du carême »: cultiver l’amour à l’intérieur de soi-même « afin de pouvoir manifester ‘l’amour social’ ».

Source: ZENIT.ORG, le 15 février 2021

Covid-19 : le vaccin « une question de sécurité mondiale » par le card. Turkson

Card. Peter Turkson @ Vatican Media

Card. Peter Turkson @ Vatican Media

Covid-19 : le vaccin, « une question de sécurité mondiale », par le card. Turkson

La veille de la Journée mondiale du malade

Les brevets sur les médicaments font obstacle à la diffusion des vaccins contre le covid-19, dénonce le préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral, le cardinal Peter Turkson. Commentant la campagne de vaccination actuelle, il souhaite une intervention de la part des organismes internationaux, à commencer par le Conseil de Sécurité de l’ONU, car il s’agit d’« une question de sécurité mondiale ».

Le cardinal Turkson est intervenu au micro de Vatican News en italien à l’occasion de la Journée mondiale du malade, qui sera célébrée le 11 février 2021. Il a réfléchi sur la situation des pays les plus désavantagés : « Le sud du monde, affirme-t-il, se tourne vers le nord pour avoir le vaccin, oubliant qu’il pourrait être produit directement chez eux. »

Le préfet du Dicastère a mis en garde contre certaines recherches : « Maintenant, la préoccupation est aussi liée à la qualité des vaccins parce que, dans différentes parties du monde, arrivent des produits provenant de Chine, de Russie, d’Inde d’une efficacité douteuse. »

Le cardinal s’est aussi arrêté sur la situation en Afrique : dans différents pays du continent, a-t-il raconté, il y a des laboratoires capables de mettre le vaccin en circulation, facilitant l’accès universel invoqué constamment par le pape François. Il existe aussi des remèdes naturels, qui pourraient aider à traiter le virus, a poursuivi le préfet. Il a cité en particulier le cas du Sénégal, où un médicament de ce genre a été administré efficacement à des milliers de personnes. « Pas un décès », a-t-il précisé : « Nous sommes en train de voir s’il est possible de commander ces produits pour les apporter dans les pays où le vaccin n’arrivera pas rapidement. »

Entretemps, la Commission vaticane covid-19, voulue par le pape et guidée par le cardinal Turkson, observe avec préoccupation les effets provoqués par la pandémie sur la santé mentale des personnes. La Commission a d’ailleurs rédigé un document centré sur la coexistence dans les espaces domestiques en période d’urgence sanitaire. Il s’agit d’« un document pastoral et d’accompagnement, précise le préfet, qui vise à encourager ceux qui souffrent psychiquement de la pandémie et les personnes qui prennent soin d’elles ».

Avec une traduction d’Hélène Ginabat

Source: ZENIT.ORG, le 10 février 2021

Environnement : la «valeur intrinsèque» de la vie marine, par le card. Turkson

Card. Peter Turkson @ Vatican Media

Card. Peter Turkson @ Vatican Media

Environnement : la «valeur intrinsèque» de la vie marine, par le card. Turkson (traduction complète)

Conférence sur les poissons et la mer

Les fonds marins jouent « un rôle clé dans notre système climatique pour réguler la température de la terre et en tant que puits de carbone », rappelle le cardinal Turkson, soulignant également que « la vie de plus de 10 pour cent de la population mondiale dépend des pêches de capture et de l’aquaculture ». Toutefois, a-t-il insisté, la vie marine a « une valeur intrinsèque », « en soi », indépendante de son « utilité immédiate et directe pour les besoins humains ».

Le cardinal Turkson, préfet du Dicastère pour la Promotion du Développement humain intégral, a envoyé un message à l’occasion de la « Conférence sur le bien-être des poissons et de la mer » organisée en ligne par Catholic Concern for Animals, avec le parrainage de Mgr John Arnold, porte-parole pour l’environnement de la Conférence des évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galle, le 18 janvier 2021.

Le préfet du dicastère a conclu en appelant à la « vigilance » : « reconnaître la valeur intrinsèque de toutes les créatures n’exige ni n’implique la reconnaissance de leur égale valeur intrinsèque ». La « valeur particulière » de l’être humain, a-t-il insisté, « entraîne en même temps une terrible responsabilité ». Toutefois, « on ne peut pas exiger » de lui « un engagement respectueux envers le monde si on ne reconnaît pas et ne valorise pas ses capacités particulières de connaissance, de volonté, de liberté et de responsabilité ».

Voici notre traduction du message du cardinal Turkson publié en anglais.

HG

Message du cardinal Turkson

Excellence,

Mesdames et Messieurs les organisateurs et membres de Catholic Concern for Animals,

Chers participants,

Dans le livre de la Genèse, nous lisons que le quatrième jour de la création, « Dieu créa, selon leur espèce, les grands monstres marins, tous les êtres vivants qui vont et viennent et foisonnent dans les eaux (…). Et Dieu vit que cela était bon » (Gn 1, 21-22). A l’aube de la création, Dieu bénit les poissons et les autres espèces marines que vous avez choisis comme thème de votre conférence.

Nous le savons, la Bible est pleine de références aux poissons. Nous lisons par exemple que Jonas a été avalé par un gros poisson et qu’il est resté dans ses entrailles pendant trois jours et trois nuits (Jonas 1, 17). Jésus lui-même se réfèrera à cette image quand il parlera de sa future résurrection dans la chair (Mt 12, 40). Dans la Bible, le poisson (la bile du poisson) est aussi une marque du pouvoir de guérison de Dieu. Raphaël, l’un des anges de Dieu, révéla au jeune Tobie les qualités thérapeutiques du poisson (cf. Tobie 6, 3-9). Pour Jésus, qui vécut dans la petite ville de Capharnaüm, au bord de la mer de Galilée, pendant presque tout son ministère public, le poisson était une réalité quotidienne. Ses premiers disciples étaient de simples pêcheurs. Nous lisons que Jésus multiplia les poissons et les pains pour nourrir les gens (Mt 14, 13-21). Dans les récits sur le Seigneur ressuscité, nous voyons Jésus faisant griller du poisson pour ses apôtres sur le rivage du lac de Tibériade (Jn 21, 9-11) et, à une autre occasion, il a même mangé un morceau de poisson grillé (Lc 24, 12).

Il est très significatif que, dans la tradition des premiers chrétiens, IChThUS (ΙΧΘΎΣ  en grec “poisson”) ait été un acronyme de Jésus-Christ, Fils de Dieu et Sauveur.

En affrontant la question de la vie des poissons et de la vie marine, cette conférence s’intéresse à une très riche partie de la vie sur terre. L’habitat marin, dans son ensemble, constitue le plus gros habitat de la vie sur terre. Pourtant, pour de nombreuses raisons compréhensibles, nous sommes moins familiers de la « vie sous l’eau »[1] dans « la pure immensité des océans »[2] que de la vie sur terre.

Les grandes eaux parlent le langage de la complexité et de l’équilibre. Elles sont le foyer d’une impressionnante partie de la biodiversité de notre planète et, en même temps, elles ont un rôle clé dans notre système climatique pour réguler la température de la terre et en tant que puits de carbone. Il y a encore beaucoup à apprendre sur la vie dans les profondeurs des océans, où se produisent d’énormes mécanismes telluriques et où la vie existe en l’absence de lumière. Le pape Benoît XVI recommandait aux croyants de « respecter l’équilibre intrinsèque de la création »[3], car le Dieu tout-puissant a certainement « tout réglé avec mesure, nombre et poids » [4].

Le poisson a également une immense signification existentielle. Nous savons aussi que « le poisson est la principale source de protéines animales pour des milliards de personnes dans le monde, et que la vie de plus de 10 pour cent de la population mondiale dépend des pêches de capture et de l’aquaculture »[5]. Depuis 1990, dans le domaine de l’aquaculture, la pisciculture et la production d’algues ont augmenté régulièrement, créant ainsi un revenu et fournissant des ressources pour différents usages.

J’aimerais maintenant inviter tous les participants à considérer la valeur intrinsèque de la vie marine à la lumière de Laudato si’, l’encyclique majeure du pape François sur le soin de la création. A la fin de chaque journée de création, dans le livre de la Genèse, nous lisons que « Dieu vit que cela était bon ». Les composants de la vie marine ont effectivement une « valeur intrinsèque (…) Tout comme chaque organisme est bon et admirable, en soi, parce qu’il est une créature de Dieu »[6]. La valeur intrinsèque de la vie marine est indépendante de son utilité, si nous estimons et affirmons cette utilité selon un critère d’utilité immédiate et directe pour les besoins humains.

Comme l’a écrit Benoît XVI, « Dans la nature, le croyant reconnaît le merveilleux résultat de l’intervention créatrice de Dieu, dont l’homme peut user pour satisfaire ses besoins légitimes – matériels et immatériels – dans le respect des équilibres propres à la réalité créée. »[7].

Nous avons été créés gardiens d’un jardin, et nous ne devons pas renoncer à ce mandat divin en ignorant notre sens général de la responsabilité ; nous ne devons pas non plus nous « moquer des préoccupations pour l’environnement »[8].

J’aimerais donc insister sur la responsabilité : nous devons comprendre la situation maritime, l’évaluer selon d’authentiques critères éthiques et agir en fonction. Permettez-moi de donner quelques directives à cet égard :

  1. Nous devons comprendre que la situation maritime est interconnectée et complexe : ce qui se passe au-dessous et au-dessus de la surface des océans, ce qui se passe sur terre et dans l’eau ; et elle est liée au climat. L’humanité, les animaux, les plantes, la température, la chimie, la géologie et même la force des marées générées par la lune ! Nous ne pouvons pas évaluer la vie marine seule, comme si elle était séparée de la géologie, des êtres humains et de l’atmosphère.
  2. Nous devons prendre conscience que nous sommes en train de ruiner les océans et la vie marine et que nous mettons en danger toute notre planète. L’année dernière, notre documentAqua fons vitae[9]a énuméré plusieurs défis : « La pollution croissante et les conditions des océans qui s’aggravent, en particulier en ce qui concerne la présence de plastiques et de micro-plastiques dans les flux marins et les organismes animaux (donc dans les aliments issus de la mer), les multiples pollutions (causées par les navires, les activités offshore, sous-marines et côtières, y compris l’extraction minière, les forages et les activités d’exploration des industries d’extraction), les rejets d’industries polluantes, les eaux usées et les produits chimiques agricoles qui passent par les rivières (…). L’intensification de la mise en danger et de l’extinction d’espèces marines (dues à la pollution ou aux pratiques de pêche destructrices et à la surexploitation qui ne permettent pas la régénération de certaines espèces) et l’épuisement des coraux, de certaines algues (laminaria), des mangroves et d’autres habitats. De nombreuses préoccupations ont également été soulevées concernant la pollution sonore qui nuit à la faune marine »[10].

Aqua fons vitae a également suggéré des solutions :

  1. « Les pêcheurs qui accomplissent leur travail en évitant de polluer, en respectant les réglementations en vigueur et en limitant le gâchis de poisson doivent être protégés. Cela exige, d’un côté, un soutien adapté et intégral pour l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement (pêche, nettoyage, conservation, etc.), en veillant aussi aux hommes et aux femmes qui travaillent à terre. Et, de l’autre côté, un effort constant pour combattre les méthodes de pêche nuisibles, les rythmes de pêche insoutenables, l’invasion par des flottes étrangères des eaux des pays ayant une faible capacité de patrouiller »[11].
  2. « Les pêcheurs doivent être encouragés et autorisés à apporter dans les ports les déchets collectés dans la mer et un service spécial de collecte doit être organisé, leur permettant ainsi d’étendre leur vocation traditionnelle (pêcher) en y incluant la sauvegarde de la mer (en contribuant à son nettoyage) »[12].
  3. « Les industries maritimes, les entreprises qui leur sont liées et les consommateurs doivent jouer leur rôle, à savoir : • toute l’industrie des constructions navales doit se mobiliser pour aider à réduire la pollution des océans ; • la transparence et la traçabilité des sources de nourriture provenant de la mer et des déplacements des flottes de pêches doivent être accrues, car cela peut contribuer à la sauvegarde des zones maritimes, à lutter contre l’esclavage dans le monde de la pêche et à offrir aux consommateurs plus de possibilités d’orienter leurs achats vers des choix éthiques »[13].

En outre, l’Église peut souligner en particulier les points suivants, au niveau local et à la lumière du principe de subsidiarité :

  1. « Contribuer autant que possible au nettoyage des plages et des rives des fleuves, en organisant ces activités ou en s’associant à ceux qui les organisent (en tirant parti des œuvres et des compétences disponibles localement, tels que les groupes pour la conservation de l’environnement qui travaillent en bord de mer, les aquariums, les communautés de pêcheurs, etc.), et en impliquant, par exemple, les jeunes, les familles, les religieux et les scouts. Faciliter – comme activité en plein air – l’étude pratique des enjeux liés aux océans et la participation à des projets de restauration côtière dans les écoles catholiques à tous les niveaux. Contribuer autant que possible à éviter et réduire la pollution causée par les paroisses, écoles, cantines et centres de santé côtiers et riverains. »[14].
  2. Promouvoir des styles de vie responsable qui reflètent l’enseignement de l’Évangile et des encycliques sociales majeures, notamment Laudato si’ et Fratelli tutti. Incontestablement, les choix quotidiens de chaque croyant (acheter, consommer, manger, voter, partager, réutiliser…) devraient être éclairés par le souci de nos frères et sœurs et de notre maison commune, dans le cadre écologique intégral de l’interconnectivité. Une interconnectivité qui implique également les lointaines créatures vivant au fond des océans, qui font aussi partie du cycle alimentaire.

En conclusion, soyons conscients que, lorsque nous parlons d’océans et de vie marine, l’humanité parle d’un « héritage commun »[15] qui a été mis en danger. Les paroles prophétiques du pape François dans Laudato si’ continuent de résonner à nos oreilles : « Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? Cette question ne concerne pas seulement l’environnement de manière isolée, parce qu’on ne peut pas poser la question de manière fragmentaire. Quand nous nous interrogeons sur le monde que nous voulons laisser, nous parlons surtout de son orientation générale, de son sens, de ses valeurs »[16].

Je vous laisse sur une note de vigilance : reconnaître la valeur intrinsèque de toutes les créatures n’exige ni n’implique la reconnaissance de leur égale valeur intrinsèque. En évoquant une communion universelle, Laudato si’ clarifie : « Cela ne signifie pas que tous les êtres vivants sont égaux ni ne retire à l’être humain sa valeur particulière, qui entraîne en même temps une terrible responsabilité. Cela ne suppose pas non plus une divinisation de la terre qui nous priverait de l’appel à collaborer avec elle »[17]. Un anthropocentrisme erroné ne doit pas conduire à un « “bio-centrisme”, parce que cela impliquerait d’introduire un nouveau déséquilibre qui, non seulement ne résoudrait pas les problèmes mais en ajouterait d’autres. On ne peut pas exiger de l’être humain un engagement respectueux envers le monde si on ne reconnaît pas et ne valorise pas en même temps ses capacités particulières de connaissance, de volonté, de liberté et de responsabilité. »[18].

Nous avons plus que jamais besoin d’une vision du monde relationnelle. Tout est interconnecté et interdépendant à l’intérieur d’une vision écologique intégrale, comme nous le rappelle le pape François dans Laudato si’ ». Nos actions ont des conséquences. Je conclus par un passage scripturaire qui souligne les implications du péché originel sur le reste de la création. Le prophète Osée écrivait, il y a des siècles : « il n’y a, dans le pays, ni vérité ni fidélité, ni connaissance de Dieu, mais parjure et mensonge, assassinat et vol ; on commet l’adultère, on se déchire : le sang appelle le sang. C’est pourquoi le pays est en deuil, tous ses habitants dépérissent (…) même les poissons de la mer disparaissent »[19].

Puissions-nous redécouvrir notre vocation originelle de gardiens de notre maison-jardin planétaire et faire tout notre possible pour promouvoir une culture du soin[20]. Puissions-nous apprendre à prendre soin de toutes les formes de vie et, tout particulièrement, de la vie marine, qui est étroitement liée à la vie sur la terre.

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

NOTES

[1] C’est le titre du 14ème Objectif de Développement durable.

[2] Lettre signée par le card. Pietro Parolin au nom du Saint-Père, addressée à la 4ème Conférence “Notre océan” qui s’est tenue à Malte en octobre 2017.

[3] Benoît XVI, Caritas in veritate, § 48.

[4] Livre de la Sagesse 11: 20.

[5] FAO, The state of world fisheries and aquaculture 2020, Rome 2020, p. 95.

[6] François, Laudato si’, § 140.

[7] Benoît XVI, Caritas in veritate, § 48.

[8] Laudato si’, § 217.

[9] Dicastère pour la Promotion du Développement humain intégral, Aqua fons vitae, Vatican City Mars 2020.

[10] Aqua fons vitae, § 84.

[11] Aqua fons vitae, § 90.

[12] Aqua fons vitae, § 91.

[13] Aqua fons vitae, § 93.

[14] Aqua fons vitae, § 100-102.

[15] Concept employé par les Nations Unies (Préambule de la Convention sur le droit de la mer) et également promu lors d’une conférence organisée à Rome, en 2017, par notre dicastère.

[16] Laudato si’, § 160.[17] Laudato si’, § 90.[18] Laudato si’, § 118.

[19] Livre d’Osée 4, 1-3.

[20] Pape François, « La culture du soin comme parcours de paix », Message pour la célébration de la Journée mondiale de la paix (1er janvier 2021).

Source: ZENIT.ORG, le 22 janvier 2021

Cardinal Turkson: penser aux conséquences du Covid-19 pour ne pas être pris au dépourvu

Le cardinal Turkson en visite à la Polyclinique universitaire Gemelli de Rome, le 3 avril 2020.
Le cardinal Turkson en visite à la Polyclinique universitaire Gemelli de Rome, le 3 avril 2020.   (Vatican Media)

Cardinal Turkson: penser aux conséquences du Covid-19 pour ne pas être pris au dépourvu

Le préfet du dicastère pour Service du développement humain intégral souligne l’engagement en faveur des « Églises locales pour sauver des vies et aider les plus pauvres ». Cinq groupes de travail sont créés pour faire face à l’urgence et réfléchir à l’avenir.

Massimiliano Menichetti – Cité du Vatican 

L’Église est en première ligne dans le monde entier pour faire face aux conséquences du coronavirus. Il s’agira d’évaluer les besoins sanitaires, économiques et sociaux à court et à long terme. Alors que les vaccins et les traitements pour éradiquer le Covid-19 continuent d’être testés, les prévisions du Fonds monétaire international pour 2020 parlent d’une baisse de 3 % du produit intérieur brut mondial. Le déclin sera pire que la «Grande Dépression» des années 1930. Dans ce scénario, le cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, préfet du dicastère pour le Service du développement humain intégral, souligne qu’«une crise risque d’être suivie d’une autre, et plus encore, dans un processus où nous serons contraints d’apprendre lentement et péniblement à prendre soin de notre maison commune, comme l’enseigne si prophétiquement le Pape François dans l’encyclique Laudato Si’».

Éminence, le Pape vous a reçu en audience à plusieurs reprises pour parler de l’urgence du Coronavirus. Quelle est la préoccupation qu’il vous a exprimée?

Le Pape a exprimé son inquiétude pour le moment présent, pour la crise mondiale générée par le Covid-19 et pour les scénarios dramatiques qui se profilent à l’horizon. Il nous a demandé de ne pas perdre de temps, de nous mettre immédiatement au travail, parce que nous sommes le dicastère de référence. Nous devons agir maintenant. Et nous devons immédiatement penser à l’après.

Quel est le mandat qui a été donné à votre dicastère et quelle est votre mission?

Le Saint-Père nous a confié deux missions principales. La première concerne l’instant présent: la nécessité d’offrir rapidement, avec sollicitude, avec immédiateté le signe concret du soutien du Saint-Père et de l’Église. Nous devons offrir notre contribution, en ce moment d’urgence. Il s’agit de mettre en place des actions de soutien aux Églises locales pour sauver des vies, pour aider les plus pauvres. La seconde concerne l’après, le futur, il s’agit du changement. Le Pape est convaincu que nous sommes dans une période de changement, et il réfléchit à ce qui se passera après l’urgence, aux conséquences économiques et sociales de la pandémie, ce à quoi nous devrons faire face, et surtout à la manière dont l’Eglise pourra se proposer comme référence sûre dans un monde perdu face à un événement inattendu. Contribuer à l’élaboration d’une réflexion sur ce sujet est notre deuxième mission. Le Pape nous a demandé du concret et de la créativité, une approche scientifique et de l’imagination, une pensée universelle et la capacité de comprendre les besoins locaux.

Comment envisagez-vous cette activité?

Nous avons mis en place cinq groupes de travail qui sont déjà à l’œuvre. Nous avons déjà eu deux réunions de travail avec le Saint-Père. Nous avons créé une cabine de direction, de coordination, pour coordonner les initiatives qui concernent l’action d’aujourd’hui, et celles qui concernent la préparation de demain. Notre service se traduit en action et en réflexion. Nous avons besoin d’actions concrètes maintenant, et nous le faisons. Et nous devons regarder au-delà d’aujourd’hui, pour tracer la voie de la difficile navigation qui nous attend. Si nous ne pensons pas à demain, nous nous retrouverons à nouveau dépourvus.

Agir aujourd’hui et penser à demain ne doit pas se faire en alternance. Nous ne sommes pas face à un ‘ou ou’ mais à un ‘et et’. Notre équipe travaille déjà en collaboration avec la Secrétairerie d’Etat, le dicastère pour la Communication, Caritas Internationalis, les académies pontificales des Sciences et de la Vie, l’Aumônerie apostolique, la Congrégation pour l’évangélisation des peuples et la Pharmacie du Vatican. Avec notre équipe, nous avons créé un mode de collaboration quelque peu nouveau entre les différents Dicastères et bureaux du Saint-Siège. Un mode « task force« . Une modalité agile qui témoigne de l’unité et de la capacité de réaction de l’Église.

Qui compose la Commission au sein du dicastère et quels sont ses domaines d’intervention? Des personnalités ou des structures extérieures au Saint-Siège sont-elles également impliquées?

La Commission est composée de cinq groupes de travail.

Le premier groupe travaille déjà sur l’urgence. Il travaille avec Caritas International. Il a mis en place des mécanismes d’écoute des Églises locales pour identifier les besoins réels et aider à l’élaboration de réponses efficaces et adéquates. Il a demandé aux nonces apostoliques et aux conférences épiscopales de signaler les problèmes sanitaires et humanitaires qui nécessitent une action immédiate. Il faut une vision large. Personne ne doit être oublié: ni les prisonniers, ni les personnes vulnérables. Nous devons partager les bonnes pratiques.

Le second groupe a pour tâche de surveiller la nuit, comme la sentinelle, pour voir l’aube. Et pour ce faire, nous devons connecter les meilleures intelligences dans les domaines de l’écologie, de l’économie, de la santé, de la sécurité sociale. Nous avons besoin du caractère concret de la science et nous avons besoin de prophétie, de créativité. Nous devons aller plus loin. Ce groupe travaillera en collaboration très étroite avec l’Académie pontificale pour la vie, l’Académie pontificale des sciences et l’Académie pontificale des sciences sociales.

Le troisième groupe a pour mission de faire connaître notre travail, et de construire – par la communication – une nouvelle conscience, d’appeler par la communication à un engagement renouvelé. Une section du site internet du Développement humain sera consacrée à la communication de notre équipe.

Le quatrième groupe, coordonné par le Secrétariat d’État, traitera de toutes les initiatives possibles concernant les relations avec les États ou multilatérales. Pour cela il faut à la fois des mesures concrètes et de la prophétie.

Le cinquième groupe sera chargé de trouver les fonds nécessaires de manière transparente en favorisant une circularité vertueuse de la richesse.

Nous faisons les premiers pas. Nous savons qu’il y a beaucoup à faire. Nous nous engagerons avec toute l’énergie dont nous sommes capables. Nous impliquons également des institutions qui ont traditionnellement collaboré – et qui collaborent toujours – avec le Dicastère, comme l’université de Georgetown, l’université de Potsdam, l’université catholique du Sacré-Cœur de Milan, le World Resources Institute, et bien d’autres encore.

L’Église entière est très engagée dans cette urgence: il y a les Caritas, les congrégations religieuses, les communautés, les organisations et les mouvements catholiques… Tout le réseau de charité et de solidarité du monde ecclésial a été mobilisé. Quelles relations aurez-vous avec ces réalités?

Le réseau de l’Église dans les différents pays est essentiel. Le travail que fait Caritas est extraordinaire. Tout ce que nous faisons sera fait en communion entre nous, à Rome, et les Églises locales. L’équipe est au service du Pape et des Églises. Notre mission n’est pas de remplacer l’action des Églises locales, mais de les aider et de faire en sorte qu’elles nous aident. Nous sommes au service les uns des autres. Nous ne comprendrions pas l’époque dans laquelle nous vivons si nous n’agissions pas ainsi. Mais c’est surtout de cette manière que se manifeste l’universalité de l’Église.

Pourquoi est-il important, dès aujourd’hui, de réfléchir aux perspectives d’avenir?

Il est important de réfléchir immédiatement à la suite des événements pour ne pas être pris au dépourvu. La crise sanitaire a déjà déclenché une crise économique. Et la crise économique, si elle n’est pas traitée immédiatement, risque de provoquer une crise sociale. Une crise risque d’être suivie d’une autre, puis d’autres, dans un processus où nous serons obligés d’apprendre lentement et péniblement à prendre soin de notre maison commune, comme l’enseigne si prophétiquement le pape François dans l’encyclique Laudato Si’.

Courage, et prophétie sont nécessaires. Le Pape l’a clairement indiqué dans son message Urbi et Orbi. Ce n’est pas le temps de l’indifférence, de l’égoïsme, des divisions; car le monde entier souffre et doit se retrouver uni pour faire face à la pandémie. Il est plutôt temps d’assouplir les sanctions internationales qui empêchent les pays de fournir un soutien adéquat à leurs citoyens. Il est temps de permettre à tous les États de répondre aux besoins les plus importants du moment. Il est temps de réduire, voire d’annuler, le fardeau de la dette qui pèse sur les budgets des États les plus pauvres. Il est temps de recourir à des solutions innovantes. Il est temps de trouver le courage de se joindre à l’appel pour un cessez-le-feu global et immédiat partout dans le monde. Ce n’est pas le moment de poursuivre la fabrication et le trafic d’armes, en dépensant des capitaux énormes qui devraient servir à soigner des gens et à sauver des vies.

Comment l’homme d’aujourd’hui est-il appelé à vivre cette épreuve?

L’homme redécouvre aujourd’hui toute sa fragilité. Il redécouvre, tout d’abord, qu’habiter la Terre comme une Maison commune exige beaucoup plus: il faut de la solidarité pour accéder au bien de la création le considérant comme « bien commun », et de la solidarité dans l’application des fruits de la recherche et de la technologie afin de rendre notre « Maison » plus saine et plus vivable pour tous. En cela, l’homme redécouvre Dieu, qui lui a confié cette vocation à la solidarité. Il redécouvre combien le destin de chacun est lié à celui des autres. Il redécouvre la valeur des choses qui comptent et la non-valeur de tant de choses que nous considérions importantes. Comme l’a dit le Pape le 27 mars dernier: «La tempête démasque notre vulnérabilité et laisse à découvert ces certitudes fausses et superflues avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et nos priorités». 

Source: Vaticannews, le 15 avril 2020