21.03.2021 – Homélie du 5ème dimanche du carême

Nous voudrions voir Jésus 

Homélie du 5ème dimanche du carême

Par l’Abbé Jean Compazieu

Textes bibliques : Lire

Tout au long de ce Carême, nous entendons la Parole de Dieu qui ne cesse de nous appeler à revenir vers lui. Avec la première lecture, nous découvrons qu’il a fait alliance avec son peuple. Mais ce dernier n’a pas respecté le contrat. Il a préféré faire confiance à d’autres divinités ou même à sa propre force. En se détournant de son Dieu, il rejette sa protection ; il court à sa perte. Ce texte est toujours d’actualité. Il nous renvoie à notre vie et à celle de notre monde. La tentation est grande de se tourner vers d’autres dieux qui s’appellent argent, recherche du pouvoir, désir de posséder toujours plus. Mais le prophète continue à nous renvoyer à l’essentiel : le Seigneur mettra sa loi au fond de nous-mêmes. C’est en nous tournant vers lui que nous trouverons le vrai bonheur.

Or voilà que dans l’évangile de ce dimanche, nous voyons cette promesse en train de se réaliser. Quelques grecs venus à Jérusalem vont trouver Philippe pour lui dire : Nous voudrions voir Jésus. Ce dernier va le dire à André et tous deux vont le dire à Jésus. Ces Grecs, ce sont des étrangers. Ils nous font penser aux mages venus d’Orient pour se prosterner devant lui. C’est une manière de dire que la bonne nouvelle annoncée par le prophète n’est pas réservée aux seuls membres de son peuple. Elle est offerte à tous les hommes de tous les pays et de toutes les générations. Comme Philippe et André, nous venons à Jésus pour lui présenter tous ces hommes et femmes en quête de vérité. C’est cela qui doit orienter notre prière.

En réponse, Jésus leur propose de le voir dans sa gloire. Et sa gloire, c’est la croix. Nous allons entrer dans la grande Semaine Sainte. C’est l’heure que Jésus attend depuis le début de sa mission. Ces grecs vont voir un homme comme les autres hommes, affreusement bouleversé de perdre sa vie. Ils verront la mort de Celui qui est l’auteur de la vie, un homme élevé au-dessus de tous et cloué sur une croix. Ce Jésus élevé de terre connaîtra la gloire puisqu’il attirera tous les hommes à lui.

Nous voudrions voir Jésus… Oui, c’est vrai. Mais c’est surtout lui qui voudrait nous voir et nous attirer à lui. Or trop souvent, c’est nous qui lui tournons le dos. C’est ce qui se passe chaque fois que nous organisons notre vie en dehors de lui. Nous n’accueillons pas l’amour qui est en lui. Nous voyons bien ce que cela donne. Nous assistons à des conflits qui n’en finissent pas de durcir les cœurs. Nous avons besoin de quelqu’un qui nous aide à sortir de la logique de la rancune et de la haine. Seul Jésus peut nous apprendre à aimer comme lui et à pardonner. Lui seul peut nous délier du mal.

“Nous voudrions voir Jésus.” L’évangile nous dit que nous devons le reconnaître là où nous ne pensions pas le trouver et sous les traits que nous n’avions pas imaginés. Il est dans ce malade que nous ne pouvons pas visiter sur son lit d’hôpital à cause de la pandémie ; il est dans ceux qui, à cause de la crise, n’ont plus de travail, plus de logement, plus d’espérance. Tout ce que nous faisons pour le plus petit d’entre les siens, c’est à lui que nous le faisons.

Alors c’est vrai, cela vaut la peine d’aller à sa rencontre. Avec lui, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres, aux prisonniers et aux exclus de toute sorte. Il est celui qui fait miséricorde aux pécheurs. Son salut est offert à tous. Lui-même nous dit qu’il n’est pas venu pour juger le monde mais pour le sauver. Son Évangile est un message d’espérance et d’amour qu’il faut proclamer à temps et à contretemps.

Ce Jésus que nous voudrions voir est aussi aux côtés de ceux et celles qui s’engagent dans la lutte contre la misère. Chaque année, des hommes, des femmes et des enfants s’organisent en lien avec le CCFD Terre solidaire pour faire de ce dimanche une journée de prière, de partage et de collecte d’informations sur les peuples du monde. Des chrétiens prennent l’initiative de jeûner et de se priver pour mieux partager avec les plus pauvres. En raison de leur situation précaire, ces derniers savent bien que l’homme ne peut pas s’en sortir seul. C’est pourquoi, un peu partout dans le monde, des gens s’organisent pour vivre différemment. Ils veulent construire une Église qui se met au service des autres. C’est cette Église-là qui nous permettra de rencontrer Jésus.

Par l’Eucharistie, c’est l’heure de Jésus qui se poursuit. Prions-le pour qu’il nous entraîne dans son amour; cet amour qui va jusqu’au bout.

Source: DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 13 mars 2021

Méditation du Ier dimanche de Carême : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous»

2020.05.12 speranza, croce, mani

Méditation du Ier dimanche de Carême : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous»

Le Père jésuite Antoine Kerhuel nous introduit à la méditation avec les lectures du premier dimanche de Carême de l’année liturgique B.

En ce premier dimanche de Carême, nous entendons l’apôtre Pierre affirmer : «le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ, lui qui est à la droite de Dieu,
après s’en être allé au ciel, lui à qui sont soumis les anges, ainsi que les Souverainetés et les Puissances ».

Il est important d’accueillir ces paroles alors que nous entrons dans ce temps de préparation au mystère de Pâques qu’est le Carême. Le baptisé n’a pas acquis un statut édifiant comme serait celui concédé à un être regardé comme « pur » ou « parfait ». Engagé envers Dieu avec une conscience droite, le baptisé devient comme un pèlerin qui marche sur une route déjà empruntée par quelqu’un d’autre avant lui : Jésus Christ qui, par sa passion et sa résurrection, est chemin vers la vie. Le Carême nous permet d’examiner où nous en sommes sur cette route … sans doute trouverons-nous des moments où négligences, erreurs voire même trahisons nous ont conduit à l’égarement. Puissions-nous profiter de ce temps pour accueillir la miséricorde de Dieu, toujours offerte dans notre itinéraire de baptisé.

Puissions-nous profiter de ce temps pour accueillir la miséricorde de Dieu, toujours offerte dans notre itinéraire de baptisé.

Pour mener à bien cet exercice, nous avons besoin d’une boussole … et celle-ci nous est donnée, en ce jour, par le mot « alliance ». La première lecture de ce dimanche évoque ce qui ressemble bien à une seconde création. Après le déluge qui a plongé sous les eaux la terre et tous les êtres vivants qui y habitaient (à l’exception de quelques-uns d’entre eux), Dieu – selon le livre de la Genèse – s’adresse ainsi à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre ». Pour Dieu, le déluge n’est donc pas la fin de l’histoire, mais l’occasion d’établir une alliance avec tous les êtres vivants. Dans la Bible – ne l’oublions jamais, même lorsque nous traversons de lourdes épreuves personnelles ou collectives – le mot « alliance » est central. Celui qui est la source de la vie ne laisse pas la mort dominer sa création. Il fait alliance avec nous, et cette alliance est comme une boussole sur notre route.

Il fait alliance avec nous, et cette alliance est comme une boussole sur notre route.

Dans l’évangile de Marc lu ce dimanche, il nous est dit que, après son baptême, Jésus se trouve poussé au désert par l’Esprit et que, là, il y est tenté pendant quarante jours. Marc ne détaille pas les tentations comme le font les évangélistes Matthieu ou Luc ; il suggère plutôt l’intensité de la lutte menée par Jésus contre l’accusateur Satan. Jésus sort de ce combat avec la mission de proclamer une heureuse nouvelle, la Bonne Nouvelle : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ». L’alliance dont il était question dès le récit de la Genèse prend la forme d’une personne : Jésus qui, par ses paroles et par ses actions, conduit l’humanité vers la vie. Nous pourrions dire que, comme baptisés, notre boussole a un visage : celui de Jésus.

Nous pourrions dire que, comme baptisés, notre boussole a un visage : celui de Jésus.

Puissions-nous, durant ce Carême, nous ouvrir à la façon dont Jésus nous guide sur un chemin de profonde alliance avec Dieu. En marchant derrière lui jusqu’à l’expérience de Pâques, nous nous engageons sur une route qui, à travers la passion et la résurrection, conduit à la vraie vie. Nous découvrirons ainsi que Jésus, mort et ressuscité pour nous, est la figure de l’alliance que Dieu scelle avec chacun d’entre nous et avec l’humanité entière.

Méditation du Ier dimanche de Carême de l’année liturgique B avec le Père Antoine Kerhuel, SJ

Conseil | The Society of Jesus

Source: VATICANNEWS, le 16 février 2021

Entrer en carême par la fenêtre de notre âme

ceriser en fleurs

© Couleur / Pixabay

Entrer en carême par la fenêtre de notre âme

Par le Père Jean-François Thomas, sj 

Pour ne pas se laisser surprendre par le carême, essentiel à notre croissance intérieure, ouvrons une fenêtre sur notre âme telle qu’elle est, sans mensonge, sans faux semblant.

Au Japon, surtout à Kyôto qui est le conservatoire des traditions, il existe une coutume ancestrale, celle de contempler les fleurs de cerisiers au printemps et la neige en hiver. Il ne s’agit point d’un acte anodin, un simple regard distrait jeté sur la nature, mais un rite quasi religieux. Des fenêtres sont d’ailleurs prévues spécialement dans les cloisons coulissantes, les shôji, pour permettre cette contemplation de l’intérieur des maisons. Ainsi, les hanami-mado sont-elles les fenêtres pour contempler la floraison (hana = fleur, mi = voir, mado = fenêtre), les yukimi-mado sont-elles celles pour profiter de la beauté de la neige (yuki =neige). 

Certes, il ne s’agit là que d’un principe esthétique au plus proche de la nature, mais il est possible de le transposer dans le domaine spirituel, notamment pour le carême qui approche. Rien de pire que de se laisser surprendre par ce temps liturgique essentiel à notre croissance et notre purifications intérieures.Si nous ne nous préparons pas — et tel est le but de la Septuagésime qui est le marchepied pour entrer dans la pleine pénitence — nous attraperons le train au passage sans prêter attention à ce qui nous entoure et qui doit nous aider à nous lancer vers la conversion.

Ne pas rater le coche

Préparons-nous une fenêtre pour contempler le Carême : une shijunsetsumi-mado (shijusetsu, carême). Avant de nous risquer dehors, de nous jeter dans le cœur de l’action, cette contemplation soutiendra notre désir de ne pas rater le coche cette fois et de mener à bien des résolutions et des engagements raisonnables et non point le fruit de notre imagination débridée et de notre boulimie spirituelle condamnée à l’échec. PUBLICITÉ

Comment jugerions-nous un chef de guerre ne prenant pas d’abord le temps de jauger les forces ennemies en présence, leur position, et se lançant sans réflexion dans la mêlée ? 

Comment jugerions-nous un chef de guerre ne prenant pas d’abord le temps de jauger les forces ennemies en présence, leur position, et se lançant sans réflexion dans la mêlée ? Chaque année pourtant, ou presque, nous rassemblons en hâte nos hardes lorsque le temps est venu d’entrer dans ce carême qui ne nous enthousiasme guère, et nous nous précipitons sans enthousiasme, les dents serrées, ne souhaitant qu’une chose, que ces semaines peu aguichantes s’écoulent le plus rapidement possible. Nous oublions que nous sommes cependant en situation d’urgence pour ne pas négliger cette opportunité qui nous est donnée pour remettre en ordre notre âme en jachère ou en sommeil.

Notre âme est empesée

Nicolás Gómez Dávila notait, dans ses Carnets d’un vaincu : « Ce qui préoccupe le Christ des Évangiles ce n’est pas la situation économique du pauvre mais la condition morale du riche. » Si un très grand nombre de chefs-d’œuvre du patrimoine culturel français sont aujourd’hui en danger, nos âmes surchargées sont encore plus en péril, elles qui ne figurent sur aucune liste de protection et de conservation. À chacun de manier la truelle pour restaurer celle qui dépend de lui. Nous sommes bien empêtrés dans la condition morale du riche des Saintes Écritures, même si nous ne sommes pas tous millionnaires. Notre âme est empesée par tant de couches inutiles surajoutées au cours des ans. Nous n’avons guère procédé à un ravalement de façade et les chirurgiens esthétiques qui font fortune avec les chairs qu’ils étirent et déplissent sont bien impuissants à refaire une beauté à l’âme qui nécessite des soins autrement délicats. S’il suffisait d’une liposuccion pour aspirer la graisse du péché, ce serait en effet bien pratique, mais le sacrement de pénitence qui élimine toutes les scories n’est pas toujours utilisé comme il le mérite, encore un trésor négligé et à l’abandon de notre héritage chrétien.

Le carême est le moment de sortir le miroir de sa housse, d’ouvrir la fenêtre donnant sur le champ de notre monde intérieur. 

Se placer à la fenêtre du carême nous permettrait de détailler le paysage de notre âme telle qu’il est, sans mensonge, sans faux semblant. Nous aimons nous tromper nous-mêmes, comme à tricher sur la balance qui affiche soudain les kilos redoutés. Demeurer dans sa bulle, ne rien regarder, ne rien contempler, ne réfléchir sur rien nous évite bien des tourments sur le moment, mais nos entrailles continuent de gémir. Notre facile charité elle-même est le signe de notre refus de jeter un œil sur notre propre jardin. Georges Bernanos, dans Le Dialogue des Carmélites, a cette formule : « Qui s’aveugle volontairement sur le prochain, sous prétexte de charité, ne fait souvent rien autre chose que de briser le miroir afin de ne pas se voir dedans. » Le carême est le moment de sortir le miroir de sa housse, d’ouvrir la fenêtre donnant sur le champ de notre monde intérieur. Nous découvrirons des amoncellements de choses inutiles, néfastes, des foyers potentiels de putréfaction. Il ne suffit pas de vaporiser tout au long de l’année pour se défaire de la pourriture.

Le bonheur de se découvrir pécheur

Accoudons-nous à la fenêtre du carême car, en soulevant le rideau, nous apercevrons le bonheur qui se dessine, non point celui qui est proposé à longueur de slogans par le monde aveugle, mais celui promis par le Maître de l’Évangile, ce Bonheur défini ainsi dans le Désespéré de Léon Bloy : « Le Bonheur, mon cher père, est fait pour les bestiaux… ou pour les saints. » Il s’agit du bonheur de se découvrir pécheur pardonné si nous empruntons le chemin de retour, si nous délaissons le vieux monde, si nous contemplons par la fenêtre le royaume promis et à portée de main. La couleur violette de la pénitence du carême débouche sur le rose des fleurs de cerisiers, bien au-delà du dimanche de Lætare, sur le blanc éclatant et sur les ors foudroyants du soleil levant, ressuscité. 

Dans Le Soleil de Satan, Georges Bernanos signalait que « le mal, comme le bien, est aimé pour lui-même, et servi ». À chacun de refuser de s’en rendre esclave, en désherbant au fur et à mesure que poussent les herbes folles. 

À la fenêtre du carême, nous devinons l’édifice construit pour nous par le Sauveur. Paul Claudel, dans son Journal, livre ces deux images puissantes : « Le Christ sur la Croix accomplit la plénitude de ses devoirs d’état » et « Jésus chargé de sa Croix comme un maçon l’est de briques et de mortier ». Si Notre Seigneur a tant peiné, serions-nous soudain dispensés de tout effort, nous serait-il donc permis de prendre à la légère le Salut en considérant que, de toute façon, nous y avons droit et qu’il suffit de le saisir à l’aveuglette 

Le carême nous rappelle combien nous devons être des ouvriers — de la première, de la dernière, de toutes les heures, peu importe — à l’image du Christ qui a sué sang et eau, et larmes, et s’est vidé de son Sang pour nos beaux yeux, si ingrats, si peu enclins à Le contempler pour Le suivre sans hésitation. Dans Le Soleil de Satan, Georges Bernanos signalait que « le mal, comme le bien, est aimé pour lui-même, et servi ». À chacun de refuser de s’en rendre esclave, en désherbant au fur et à mesure que poussent les herbes folles. En poste à notre fenêtre pour accueillir le carême avec tranquillité, nous serons capables d’analyser la situation et de préparer les moyens qui s’imposent pour refaire à neuf notre cour carrée. Il y flotte déjà le parfum des fleurs de cerisiers.

Source: ALETEIA, le 15 février 2021