Traditionis custodes : le cardinal Sarah défend le motu proprio

M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC – Cardinal Robert Sarah.

Traditionis custodes : le cardinal Sarah défend le motu proprio

Le but du pape François « n’est absolument pas de supprimer la liturgie ancienne », a indiqué le cardinal Robert Sarah dans un entretien accordé au Figaro, faisant référence au motu proprio « Traditionis custodes ».

Le motu proprio Traditionis custodes n’en finit plus de faire réagir. Dans un entretien au Figaro accordé à l’occasion de la sortie de son livre Pour l’éternité, le cardinal Robert Sarah, ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin, s’est à nouveau exprimé sur le texte du Pape. « Je crois que le pape François a clairement expliqué son intention dans les diverses visites ad limina des évêques français et polonais », a-t-il rappelé. « Son but n’est absolument pas de supprimer la liturgie ancienne. Il est conscient que de nombreux jeunes et des familles y sont intimement attachés. Et il est attentif à cet instinct de la foi qui s’exprime dans le peuple de Dieu. »

Et il le rappelle : « Le Pape a demandé d’appliquer ce texte avec souplesse et sens paternel. Il sait bien que ce qui a été sacré pour tant de générations ne peut du jour au lendemain se trouver méprisé et banni. » Le pape François attend ainsi « que la liturgie actuelle s’enrichisse de ce que la liturgie ancienne a de meilleur. De même, il attend clairement que la liturgie ancienne soit célébrée dans l’esprit de Vatican II, ce qui est parfaitement possible. » Selon lui, « elle n’est pas et ne doit pas devenir un prétexte pour les contestataires du concile ».

Source: ALETEIA, le 24 novembre 2021

Cardinal Sarah : « Je ne sais pas si l’Eglise a déjà connu de telles périodes »

Cardinal Sarah : « Je ne sais pas si l’Eglise a déjà connu de telles périodes »

Abus sexuels, corruption, crise du sacerdoce… Dans cet entretien vidéo à Famille Chrétienne, le cardinal Robert Sarah s’interroge sur la figure du prêtre dans notre monde sécularisé et dans une Eglise minée par les scandales.

A l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage «  Pour l’éternité », le cardinal Robert Sarah, ancien préfet de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, médite sur la figure du prêtre et sur sa vocation à la sainteté dans un monde marqué par la disparition progressive de Dieu. « On ne sait plus quelle est l’identité du prêtre. Il est entré dans une crise difficile, unique, inédite, explique le cardinal guinéen dans cet entretien vidéo accordé à Famille Chrétienne. Or, poursuit le prélat, « le prêtre n’est vraiment lui-même que s’il aspire profondément à la sainteté. Il n’est autre que Jésus Christ, présent, prolongé, aujourd’hui ». Le cardinal Sarah adresse un message de soutien aux prêtres et aux séminaristes dans cette vidéo : « Soyez toujours fidèles. Ne vous découragez pas par l’aspect massif de ces accusations », faisant référence à la crise des abus sexuels qui secoue l’Eglise, particulièrement en France depuis la publication du rapport de la Commission indépendante présidée par Jean-Marc Sauvé.

Voir aussi: Card. Robert Sarah, des prêtres ont détourné le sacerdoce pour en faire l’ instrument de leur perversion.

Source: FAMILLECHRETIENNE, le 19 novembre 2021

Le cardinal Sarah : « Des prêtres ont détourné le sacerdoce pour en faire l’instrument de leur perversion »

Ancien préfet de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le cardinal Robert Sarah se penche, dans son nouvel ouvrage « Pour l’éternité », sur la figure du prêtre. – ©Alessia Giuliani/CatholicPressPhoto pour FC

Le cardinal Sarah : « Des prêtres ont détourné le sacerdoce pour en faire l’instrument de leur perversion »

Dans son ouvrage « Pour l’éternité. Méditations sur la figure du prêtre » à paraître ce 17 novembre, le cardinal Robert Sarah exhorte à une véritable réforme du clergé pour sortir l’Eglise de la crise qu’elle traverse. Un entretien en exclusivité pour Famille Chrétienne.

Pourquoi publier un tel ouvrage sur la figure du prêtre dans le contexte actuel de l’Église ?

J’entends manifester mon affection, mon encouragement aux prêtres qui sont en difficulté – j’ai appris qu’en France des prêtres étaient allés jusqu’à se suicider -, mais aussi à tous ceux qui sont encore très vaillants, très convaincus de leur sacerdoce. Il s’agit de les encourager à ne pas perdre Dieu, à avoir le courage de suivre le Christ comme ils l’ont accepté dès le début, au jour de leur ordination. Car la crise que nous traversons aujourd’hui dans l’Église dépend essentiellement de la crise sacerdotale. Je souhaite donc que les prêtres trouvent une source de réflexion pour vivre pleinement leur sacerdoce. Si ce sacrifice n’est pas perpétué par des prêtres dans l’eucharistie, le monde est perdu.

Face à cette crise, certains proposent de réformer les structures, la gouvernance de l’Église. Vous appelez d’abord à réformer le sacerdoce…

Exactement, car ceux qui ont vraiment réformé l’Église sont les saints. Prenez par exemple Luther et saint François d’Assise : il y avait alors à leurs époques les mêmes scandales, les mêmes difficultés à croire encore à l’Église, mais l’un a voulu réformer les structures en sortant de l’Église quand l’autre a voulu radicalement vivre l’Évangile. C’est la radicalité de l’Évangile qui va réformer l’Église, ce ne sont pas les structures.

Cela signifie-t-il que les structures seraient inutiles ?

Le Christ n’a jamais créé de structures. Bien sûr, je ne dis pas qu’elles ne sont pas nécessaires. L’organisation est utile, dans la société, mais ce n’est pas premier. Ce qui est premier, c’est la toute première parole du Christ dans l’Évangile de Marc : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Si les prêtres, si la société se tournent vers Dieu, alors je pense que les choses changeront. Si les cœurs ne sont pas changés par l’Évangile, la politique ne changera pas, l’économie ne changera pas, les relations humaines ne changeront pas. C’est le Christ qui est notre paix, qui va créer des relations humaines plus fraternelles, de collaboration, de coopération, ce ne sont pas les structures. Elles sont d’ailleurs souvent un danger, parce que nous nous réfugions derrière elles. Dieu ne demandera pas des comptes à une conférence épiscopale, à un synode… C’est à nous, évêques, qu’Il demandera des comptes : comment avez-vous géré votre diocèse, comment avez-vous aimé vos prêtres, comment les avez-vous accompagnés spirituellement ?

Comment réagissez-vous aux révélations fracassantes sur les abus commis par une petite partie du troupeau ?

Nous devons nous sentir profondément blessés, en souffrir comme le Christ a souffert lorsque Judas L’a vendu, lorsque Pierre L’a renié. Ces révélations doivent nous faire souffrir et même pleurer. Nous ne devons pas avoir peur de la vérité. Il faut évaluer ce qui est réel, cette exigence est juste car l’Église doit être un modèle, les prêtres doivent être des modèles et un seul cas d’abus serait de trop. La découverte de tant de péchés commis nous fait mieux comprendre l’apparente stérilité de nos églises locales. Comment pouvions-nous donner du fruit alors qu’un tel cancer nous rongeait de l’intérieur ? Nous devons retrouver le sens de la pénitence et la contrition. En vérité, nous avons parfois confondu miséricorde et complaisance avec le péché. Nous devons maintenant adorer Jésus présent dans le Saint-Sacrement en réparation des profanations commises contre son image dans l’âme des enfants. Il ne faut pas non plus nous laisser abattre par le découragement. D’abord, l’immense majorité des prêtres est demeurée fidèle, et c’est une source d’action de grâces. Leur fidélité quotidienne et cachée ne fait pas de bruit, mais elle porte silencieusement de profonds germes de renouveau. Il nous revient de voir comment les prêtres coupables peuvent être punis et, si possible, soignés, guéris, accompagnés, afin que de tels actes ne se reproduisent plus. Il nous revient, surtout, de ne plus laisser ces horreurs détourner les âmes du Christ et enfermer tant de victimes innocentes dans la souffrance.

Quelle réponse apporter à de tels abus ?

En état de choc devant la profondeur du péché, certains voudraient inventer un « nouveau sacerdoce ». Mais nous ne devons pas avoir peur. Il n’y a rien à inventer, ni à transformer. Il s’agit de vivre pleinement ce que le Christ nous demande. Dans mon livre, j’ai voulu laisser parler les saints, les Pères de l’église. Ils nous invitent à ne pas craindre de vivre pleinement le sacerdoce, malgré les difficultés et les défis, comme le Christ nous le propose. La sainteté du Christ est notre sainteté. Ce n’est pas parce que certains hommes sont de mauvais époux ou de mauvais pères qu’il faudrait supprimer la famille ou la paternité. De même, ce n’est pas parce que certains ont détourné le sacerdoce pour en faire l’instrument de leur perversion qu’il faudrait rendre le sacerdoce lui-même responsable de ces abus. Au contraire, il nous revient de prendre tous les moyens pour retrouver la beauté du sacrement de l’ordre tel que Jésus nous l’a laissé. N’ayons pas peur d’affirmer que les prêtres sont pour nous des pères, car ils transmettent la grâce de Dieu par les sacrements. N’ayons pas peur de dire qu’ils continuent parmi nous la présence du Christ. Par le sacrement de l’ordre, ils sont configurés à Jésus. Non pas psychologiquement. Mais spirituellement. Cela n’ouvre la porte à aucune forme de toute-puissance. Au contraire, cela conduit les prêtres à suivre le Christ sur la croix. J’ai voulu ce livre pour que tous, tant les laïcs que les prêtres, redécouvrent le vrai visage du sacerdoce si souvent déformé.

La prière, écrivez-vous, est essentielle dans cette recherche de sainteté…

Qu’est-ce qu’un prêtre ? C’est quelqu’un qui a reçu l’appel privilégié de Jésus : « Viens, suis-moi ! » Quelqu’un qui prolonge Jésus, qui agit en son nom, in persona Christi. Son regard doit donc être constamment fixé sur le Christ. Je suis bouleversé de voir que Jésus a passé trente années à Nazareth dans le silence, la prière et le travail auprès de Joseph et Marie. Trente années sans dire un mot, comme s’Il se recueillait en écoutant son Père Lui préciser sa mission, une mission difficile, méditant cette volonté divine qui s’incrustait progressivement dans son cœur. Puis, avant de commencer son ministère public, il s’est rendu quarante jours et quarante nuits dans le désert, dans un face-à-face avec son Père. Et plusieurs fois, dans les Évangiles, nous Le voyons partir dans le désert, seul ou avec ses disciples. Pour Jésus, la prière était centrale.

Elle est donc tout aussi centrale pour les prêtres, mais ont-ils seulement assez de temps à y consacrer aujourd’hui, alors qu’ils gèrent des paroisses devenues immenses ?

La tentation est de vouloir faire beaucoup de choses, d’avoir des réunions, des colloques, des engagements pastoraux à droite et à gauche… On est tellement fatigué à la fin de la journée que l’on n’a pas le temps de se mettre devant le tabernacle ! En agissant ainsi, on se vide de son identité sacerdotale. On perd de vue Jésus-Christ que nous devons imiter. Comme dans la vie de n’importe quel chrétien, la prière est donc essentielle dans la vie d’un prêtre, son ministère est plus fécond. J’ai été frappé par les missionnaires spiritains que j’ai connus lorsque j’étais enfant. Ils avaient beau être actifs, ils commençaient toujours par la prière du matin. Dans la journée, avant le repas, ils allaient à l’église, et y retournaient après. Et ils finissaient encore leur journée en prière. Ils ne comptaient pas seulement sur leurs propres capacités, mais ils comptaient sur Dieu. Un prêtre qui compte seulement sur ses capacités intellectuelles, sa capacité de travail et non sur Dieu, ne prie pas !

En quoi, dans le contexte actuel, la fraternité sacerdotale et la vie communautaire sont-elles nécessaires pour les prêtres ?

Le Christ a formé une communauté avec les Douze. Un prêtre ne peut pas vivre seul ! Il court de grands dangers d’isolement, et il court le risque de penser par lui-même s’il ne dialogue pas avec des laïcs ou d’autres prêtres. Regardez saint Augustin, il vivait avec son clergé ! Il est indispensable de trouver un moyen pour que les prêtres aient une vie communautaire, même si cela demande de leur part beaucoup d’humilité.

Comment les laïcs peuvent-ils collaborer avec les prêtres, efficacement ?

Le concile Vatican II nous a rappelé la présence des laïcs dans l’Église. Et saint Paul aussi nous le dit : l’Église est un corps. Un corps est fait de membres. Chacun doit fonctionner selon sa mission, et il faut développer une collaboration harmonieuse. En paroisse, les laïcs peuvent aider à l’organisation, ou préparer les catéchumènes. En Afrique, par exemple, nous travaillons tout le temps avec les catéchistes.

En mai dernier, justement, le pape a institué le ministère laïc de catéchiste. Les laïcs sont-ils également la solution dans l’Église de notre vieille Europe ?

Les catéchistes ont toujours existé et ils existeront toujours. D’ailleurs, ce sont vos missionnaires européens qui les ont installés chez nous et qui ont créé des écoles de formation ! Le catéchiste est indispensable parce que, choisi par le curé, il est dans un ou plusieurs villages où il s’occupe des catéchumènes, dirige la prière du matin, celle du dimanche. Il lit la parole de Dieu, il la commente, puis vient le prêtre. Les catéchistes ont existé dès le début de l’Église. Saint Paul, déjà, était accompagné par Priscille et Aquila, par des familles qui l’aidaient. Je ne vois pas pourquoi cela ne pourrait pas exister en Europe.

Votre ouvrage est dédié aux séminaristes. Pourquoi ?

Ils vivent dans un contexte difficile qui ne les encourage pas. Ils se demandent ce qu’ils vont devenir, et si l’Église va continuer à survivre. Et je veux leur dire : si le Christ t’a appelé, Il va te donner les moyens de Le suivre réellement. Essaie d’imiter Jésus. Essaie de prendre au sérieux cet appel. Le Seigneur qui t’appelle ne va pas te laisser seul. Il te soutiendra par sa grâce mais il faut que, toi-même, tu sois un homme réalisé pleinement, un homme vrai, honnête, droit, qui a toutes les qualités humaines.

À vos yeux, cet apprentissage humain a-t-il suffisamment lieu au séminaire ?

Les séminaires ont abandonné le style initialement pensé par saint Charles Borromée. On a voulu moderniser, insister sur la pastorale en envoyant les séminaristes à gauche et à droite. Avant d’envoyer ses apôtres deux à deux, Jésus les a d’abord longuement formés. Il faut veiller à offrir aux séminaristes la capacité de prendre des décisions, d’être cohérents dans leurs choix et qu’ils osent prendre des responsabilités. Si quelqu’un n’est pas assis humainement parlant, c’est un homme léger. Il prend le risque d’être porté par le vent… Et le vent d’aujourd’hui ne nous porte pas toujours vers le Christ. On doit donc former des personnes assises sur leur identité humaine. Le Christ ne s’est pas incarné pour rien !

En quoi les familles peuvent-elles s’avérer précieuses pour les prêtres ?

Les familles ont un rôle important à jouer. Chacun de nous sort d’une famille et, lorsqu’on devient prêtre, c’est l’Église qui devient notre famille. Les familles présentes sur une paroisse ont alors un rôle d’accompagnement humain et affectif. Les prêtres ne prennent plus beaucoup le temps de visiter les familles, mais elles peuvent les aider à ne pas être isolés. Il faut inviter les prêtres à la maison, à venir prier, échanger sur l’éducation des enfants, sur les questions de la vie aujourd’hui. Et puis un prêtre qui a des contacts avec des familles peut aussi y apprendre comment on vit l’Évangile.

Un célèbre ouvrage évoquait, après-guerre, la « France, pays de mission ». Quatre-vingts ans plus tard, la France semble toujours être ce pays de mission. Dans ce contexte, quel rôle les prêtres, devenus des inconnus pour leurs semblables, peuvent-ils jouer ?

Non seulement la France, mais l’Occident tout entier a tué Dieu. Dieu n’existe pas. On n’a pas besoin de Lui. Dieu est mort, et on n’a pas besoin de ce qui est mort. Pourquoi ? Parce qu’avec ses prodiges sur le plan scientifique, technologique, avec sa puissance économique et militaire, l’Occident orgueilleux juge qu’il n’a pas besoin d’un père, qu’il n’a pas besoin de Dieu. Parfois, même au sein de l’Église, il semble que l’on n’ait pas besoin de Dieu… Un pays de mission, c’est à mes yeux un pays qui découvre Dieu dans son incarnation, en Jésus-Christ. Si la France, si l’Occident, grâce au ministère des prêtres, redécouvrent que Dieu est venu parmi nous, qu’Il nous aime, qu’Il veut notre Salut, qu’Il veut que nous découvrions la vérité et que cette vérité nous rendra libres, alors la mission sera possible. Mais tant que l’Occident reste fermé à cette prodigieuse redécouverte, tant qu’il ne s’ouvre pas à Dieu et s’enferme sur ses capacités technologiques, alors la mission ne peut pas se réaliser.

Mais il n’y a pas à désespérer. C’est pourquoi il faut que les prêtres redécouvrent leur mission, que les prêtres redécouvrent leur identité. Ils sont la présence du Christ au milieu de ce monde. S’ils se conduisent bien, s’ils sont la présence du Christ, alors la France comme l’Occident peuvent le redécouvrir petit à petit. Regardez ce qu’a fait le Curé d’Ars, tout seul, parce qu’il était un homme tellement en Christ, tellement en Jésus, tellement un homme de prière. Il est parvenu à changer son village, à changer toute la France.

Reste que la France du Curé d’Ars n’est pas la France du XXIe siècle !

En effet, mais l’homme est le même ! L’homme ne change pas. Il a les mêmes ambitions, il a les mêmes défauts, les mêmes vices depuis Adam jusqu’à aujourd’hui. Ce sont seulement les circonstances que nous avons créées qui peuvent nous désorienter, mais l’homme ne change pas. Le Français du Curé d’Ars, c’est le Français d’aujourd’hui, à la différence que le Français d’aujourd’hui a un téléphone portable… Mais dans ses ambitions, dans ses vices et ses défauts, il est le même. Nous avons encore besoin de saints prêtres identifiés au Christ !

« Pour l’éternité. Méditations sur la figure du prêtre « , cardinal Robert Sarah, Fayard.

Source:

FamilleChrétienne.fr, le 16 novembre 2021

Belgicatho, le 16 novembre 2021

Au-delà de la querelle des rites, c’est la crédibilité de l’Église qui est en jeu (Card. Robert Sarah)

Cardinal Robert Sarah celebrated Mass in St. Peter's Basilica on the occasion of the 50th anniversary of his ordination to the priesthood, Sept. 28, 2019.Cardinal Robert Sarah célébrant la messe en la Basilique Saint Pierre à l’occasion du 50ème anniversaire de son ordination comme prêtre, le 28 septembre 2019 (photo: Evandro Inetti/CNA / EWTN)

Au-delà de la querelle des rites, c’est la crédibilité de l’Église qui est en jeu (Card. Robert Sarah)

Sur la crédibilité de l’Église catholique

COMMENTAIRE : Au cours de deux millénaires, l’Église a déjà joué ce rôle de gardien et de passeur de la civilisation. Mais en a-t-elle encore les moyens, et la volonté, aujourd’hui ?

14 août 2021

Note de la rédaction : Cette tribune a été publiée pour la première fois le 13 août dans le journal francophone Le Figaro. La traduction anglaise est reproduite ici avec la permission du Cardinal Robert Sarah. Le style a été modifié.

Le doute s’est emparé de la pensée occidentale. Intellectuels et politiques décrivent la même impression d’effondrement. Face à la rupture des solidarités et à la désintégration des identités, certains se tournent vers l’Eglise catholique. Ils lui demandent de donner une raison de vivre ensemble à des individus qui ont oublié ce qui les unit comme un seul peuple. Ils la supplient d’apporter un supplément d’âme pour rendre supportable la dureté froide de la société de consommation. Lorsqu’un prêtre est assassiné, tout le monde est touché et beaucoup se sentent frappés au cœur.

Mais l’Eglise est-elle capable de répondre à ces appels ? Certes, elle a déjà joué ce rôle de gardienne et de transmetteur de la civilisation. Au crépuscule de l’Empire romain, elle a su transmettre la flamme que les barbares menaçaient d’éteindre. Mais a-t-elle encore les moyens et la volonté de le faire aujourd’hui ?

Au fondement d’une civilisation, il ne peut y avoir qu’une seule réalité qui la dépasse : un invariant sacré. Malraux le constate avec réalisme : « La nature d’une civilisation est ce qui se rassemble autour d’une religion. Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera obligée de trouver sa valeur fondamentale, ou bien elle se décomposera. « 

Sans fondement sacré, les frontières protectrices et infranchissables sont abolies. Un monde entièrement profane devient une vaste étendue de sables mouvants. Tout est tristement ouvert aux vents de l’arbitraire. En l’absence de la stabilité d’un fondement qui échappe à l’homme, la paix et la joie – signes d’une civilisation durable – sont constamment englouties par un sentiment de précarité. L’angoisse du danger imminent est le sceau des temps barbares. Sans fondement sacré, tout lien devient fragile et inconstant.

Certains demandent à l’Église catholique de jouer ce rôle de fondation solide. Ils voudraient la voir assumer une fonction sociale, à savoir être un système cohérent de valeurs, une matrice culturelle et esthétique. Mais l’Église n’a pas d’autre réalité sacrée à offrir que sa foi en Jésus, Dieu fait homme. Son unique but est de rendre possible la rencontre des hommes avec la personne de Jésus. L’enseignement moral et dogmatique, ainsi que le patrimoine mystique et liturgique, sont le cadre et les moyens de cette rencontre fondamentale et sacrée. La civilisation chrétienne naît de cette rencontre. La beauté et la culture en sont les fruits.

Pour répondre aux attentes du monde, l’Église doit donc retrouver le chemin d’elle-même et reprendre les paroles de saint Paul : « Car je n’ai voulu connaître, pendant que j’étais avec vous, que Jésus-Christ et Jésus crucifié. » Elle doit cesser de se considérer comme un substitut de l’humanisme ou de l’écologie. Ces réalités, bien que bonnes et justes, ne sont pour elle que des conséquences de son unique trésor : la foi en Jésus-Christ.

Ce qui est sacré pour l’Église, c’est donc la chaîne ininterrompue qui la relie avec certitude à Jésus. Une chaîne de foi sans rupture ni contradiction, une chaîne de prière et de liturgie sans rupture ni reniement. Sans cette continuité radicale, quelle crédibilité l’Église pourrait-elle encore revendiquer ? En elle, il n’y a pas de retour en arrière, mais un développement organique et continu que nous appelons la tradition vivante. Le sacré ne se décrète pas, il est reçu de Dieu et transmis.

C’est sans doute la raison pour laquelle Benoît XVI a pu affirmer avec autorité : 

« Dans l’histoire de la liturgie, il y a une croissance et un progrès, mais pas de rupture. Ce que les générations précédentes ont considéré comme sacré, reste sacré et grand pour nous aussi, et ne peut pas être tout à coup entièrement interdit ou même considéré comme nuisible. Il nous appartient à tous de préserver les richesses qui se sont développées dans la foi et la prière de l’Église, et de leur donner la place qui leur revient. » 

A l’heure où certains théologiens cherchent à rouvrir les guerres de liturgie en opposant le missel révisé par le Concile de Trente à celui en usage depuis 1970, il est urgent de le rappeler. Si l’Eglise n’est pas capable de préserver la continuité pacifique de son lien avec le Christ, elle ne pourra pas offrir au monde « le sacré qui unit les âmes », selon les mots de Goethe.

Au-delà de la querelle des rites, c’est la crédibilité de l’Église qui est en jeu. Si elle affirme la continuité entre ce qu’on appelle communément la messe de saint Pie V et la messe de Paul VI, alors l’Église doit pouvoir organiser leur cohabitation pacifique et leur enrichissement mutuel. Si l’on devait radicalement exclure l’une au profit de l’autre, si l’on devait les déclarer inconciliables, on reconnaîtrait implicitement une rupture et un changement d’orientation. Mais alors l’Église ne pourrait plus offrir au monde cette continuité sacrée, qui seule peut lui donner la paix. En entretenant en son sein une guerre liturgique, l’Église perd sa crédibilité et devient sourde à l’appel des hommes. La paix liturgique est le signe de la paix que l’Église peut apporter au monde.

L’enjeu est donc bien plus grave qu’une simple question de discipline. Si elle devait revendiquer un retournement de sa foi ou de sa liturgie, au nom de quoi l’Église oserait-elle s’adresser au monde ? Sa seule légitimité est sa cohérence dans sa continuité.

En outre, si les évêques, qui sont chargés de la cohabitation et de l’enrichissement mutuel des deux formes liturgiques, n’exercent pas leur autorité à cet effet, ils risquent de ne plus apparaître comme des bergers, gardiens de la foi qu’ils ont reçue et des brebis qui leur sont confiées, mais comme des dirigeants politiques : commissaires de l’idéologie du moment plutôt que gardiens de la tradition pérenne. Ils risquent de perdre la confiance des hommes de bonne volonté. 

Un père ne peut pas introduire la méfiance et la division parmi ses enfants fidèles. Il ne peut pas humilier les uns en les opposant aux autres. Il ne peut pas mettre à l’écart certains de ses prêtres. La paix et l’unité que l’Église prétend offrir au monde doivent d’abord être vécues au sein de l’Église. 

En matière liturgique, ni la violence pastorale ni l’idéologie partisane n’ont jamais produit de fruits d’unité. La souffrance des fidèles et les attentes du monde sont trop grandes pour s’engager dans ces voies sans issue. Personne n’est de trop dans l’Église de Dieu !

Source: NATIONAL CATHOLIC REGISTER, le 14 août 2021

Le cardinal Sarah nommé membre de la Congrégation pour les Églises orientales

M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC – Cardinal Robert Sarah, ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrement.

Le cardinal Sarah nommé membre de la Congrégation pour les Églises orientales

Le pape François a nommé le cardinal Robert Sarah, préfet émérite de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, membre de la Congrégation pour les Églises orientales, a récemment indiqué le Saint-Siège.

Le cardinal Robert Sarah vient d’être nommé par le pape François membre de la Congrégation pour les Églises orientales, a indiqué le Saint-Siège samedi 8 mai. Le souverain pontife avait accepté le 20 février 2021 la renonciation du cardinal guinéen. Préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, il avait célébré ses 75 ans le 15 juin 2020, limite d’âge à laquelle le code canonique prévoit que les évêques doivent présenter leur démission au souverain pontife.

S’il ne dirige plus de dicastère à Rome, le haut prélat a cependant déclaré vouloir continuer d’œuvrer « au service de l’unité de l’Église, dans la vérité et la charité », et continue donc de travailler au sein de la Curie romaine. Le pape François a récemment élevé le cardinal Sarah au rang de cardinal-prêtre au sein du Collège cardinalice. Âgé de 75 ans, ce dernier pourrait donc participer à un éventuel conclave, mais ne serait alors plus cardinal proto-diacre, comme il l’était jusqu’alors.

Plus jeune évêque nommé au monde

Né en 1945 dans le nord de la Guinée dans une famille très modeste d’agriculteurs non-croyants, il a découvert sa vocation au contact des pères spiritains qui officiait dans une mission près de chez lui. Il est devenu à 34 ans, en 1979, le plus jeune évêque au monde. Robert Sarah s’oppose pendant ces années à de nombreuses reprises au régime, et reste en poste à Conakry jusqu’en 2001.

Repéré par Jean Paul II, il est nommé secrétaire de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples. En 2010 il est créé cardinal par Benoît XVI. Quatre ans plus tard, en novembre 2014, le pape François le nomme préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrement. Nomination que le Guinéen a confié avoir refusé trois fois avant d’accepter devant l’insistance du pontife. Sept ans plus tard, il prend donc sa retraite : le cardinal Sarah aura œuvré pendant vingt ans au service du Saint-Siège.

Source: ALETEIA, le 10 mai 2021

Cardinal Sarah :  » L’Eglise n’est pas un champ de bataille »

Cardinal Sarah : 
« l’Eglise n’est pas un champ de bataille »

Après plus de vingt ans de service de l’Église au sein de la curie romaine, le cardinal Sarah, atteint par la limite des 75 ans, a remis au Pape sa démission de préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements le 15 juin dernier. Celle-ci a finalement été acceptée le 20 février dernier. Beaucoup ont été surpris par la soudaineté de ce départ, d’autant plus qu’aucun successeur n’a été nommé au Culte divin et que la prolongation de la charge du Cardinal n’avait été accordée qu’il y a quelques mois. Dans un entretien qu’il a accordé à nos confrères italiens d’Il Foglio, et qu’il a souhaité voir publié en France par L’Homme Nouveau, le cardinal Sarah dresse un bilan de sa mission, évoque ses relations avec le pape François et la vérité sur le livre écrit avec Benoît XVI. Il insiste aussi sur l’importance de la liturgie et de la sainteté, aborde le synode allemand et l’apostasie silencieuse, tout en entrevoyant son action dans l’avenir.

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Éminence, tout le monde a été surpris de votre départ de la Congrégation pour le culte divin . Que signifie ce calendrier ?

Comme tous les cardinaux, selon la règle en vigueur, j’avais remis au Saint-Père ma lettre de renonciation de préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements en juin dernier à l’occasion de mes 75 ans. Il m’avait alors demandé de continuer ma tâche au service de l’Église universelle « donec alter provideatur », en d’autres termes « jusqu’à ce que le Saint-Père en dispose autrement ». Mais il y a quelques semaines, le Pape m’a signifié qu’il avait désormais décidé d’accepter cette proposition. Je lui ai tout de suite répondu que j’étais heureux et reconnaissant de sa décision.

Je l’ai souvent dit : l’obéissance au pape n’est pas seulement une nécessité humaine, elle est le moyen d’obéir au Christ qui a mis l’apôtre Pierre et ses successeurs à la tête de l’Église. Je suis heureux et fier d’avoir servi trois papes : saint Jean-Paul II, Benoît XVI et François, à la curie romaine pendant plus de vingt ans. J’ai essayé d’être un serviteur loyal, obéissant et humblement soumis à la vérité de l’Évangile. Même si certains journalistes rabâchent continuellement les mêmes inepties, jamais je ne me suis opposé au Pape.

Que retenez-vous de votre service au dicastère pour la liturgie ?

Certains voient ce dicastère comme un poste honorifique mais de peu d’importance. Je crois au contraire que la responsabilité de la liturgie nous met au cœur de l’Église, de sa raison d’être. L’Église n’est pas une administration, ni une institution humaine. L’Église prolonge mystérieusement la présence du Christ sur la terre. « La liturgie », dit le concile Vatican II, « est le sommet auquel tend l’action de l’Église, et en même temps la source d’où découle toute sa vigueur »[1], et « en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, la liturgie est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré »[2].

L’Église existe pour donner les hommes à Dieu et pour donner Dieu aux hommes. C’est précisément le rôle de la liturgie : rendre un culte à Dieu et communiquer la grâce divine aux âmes. Quand la liturgie est malade, toute l’Église est en danger parce que son rapport à Dieu est non seulement fragilisé, mais profondément abîmé. L’Église court alors le risque de se couper de sa source divine pour devenir une institution autocentrée qui n’a plus qu’elle-même à annoncer.

Je suis très frappé, on parle beaucoup de l’Église, de sa réforme nécessaire. Mais parle-t-on de Dieu ? Parle-t-on de l’œuvre de la Rédemption que le Christ a accomplie principalement par le mystère pascal de sa bienheureuse Passion, de sa Résurrection du séjour des morts et de sa glorieuse Ascension, mystère pascal par lequel « en mourant il a détruit notre mort, en ressuscitant il a restauré la vie »[3] ? Plutôt que de parler de nous-même, tournons-nous vers Dieu ! Voilà le message que je n’ai cessé de répéter depuis des années. Si Dieu n’est pas au centre de la vie de l’Église, alors elle est en danger de mort. C’est certainement pour cela que Benoît XVI affirmait que la crise de l’Église est essentiellement une crise de la liturgie parce que c’est une crise du rapport à Dieu.

C’est aussi pour cela qu’à la suite de Benoît XVI, j’ai insisté : le but de la liturgie n’est pas de célébrer la communauté ou l’homme, mais Dieu. C’est ce que manifeste très bien la célébration orientée. « Là où l’orientation directe vers l’orient n’est pas possible », dit Benoît XVI, « la croix peut donc servir d’orient intérieur de la foi. Elle doit alors prendre place au centre de l’autel et concentrer le regard du prêtre et de la communauté en prière. Nous nous conformons en cela à l’antique invitation à la prière qui ouvre l’eucharistie : “ Conversi ad Dominum ” : “ Tournez-vous vers le Seigneur ”. Nous regardons alors ensemble vers celui dont la mort nous obtient la vie, vers celui qui se tient pour nous devant le Père, nous prend dans ses bras, et fait de nous des temples vivants et nouveaux de l’Esprit saint ( cf. 1 Co 6, 19) ». Quand tous se tournent ensemble vers la croix, on évite le risque du face à face trop humain et fermé sur lui-même. On ouvre les cœurs à l’irruption de Dieu. « L’idée que, dans la prière, le prêtre et le peuple devraient se faire face n’est née que dans le christianisme moderne, elle est tout à fait étrangère au christianisme ancien. Il est certain que le prêtre et le peuple prient tournés non pas l’un vers l’autre, mais vers l’unique Seigneur»[4], le Christ qui, dans le silence, vient à notre rencontre. C’est aussi pourquoi je n’ai cessé de revenir sur la place du silence dans la liturgie. Lorsque l’homme se tait, il laisse une place pour Dieu. Au contraire, quand la liturgie devient bavarde, elle oublie que la croix est son centre, elle s’organise autour du micro. Toutes ces questions sont capitales parce qu’elles conditionnent la place que nous donnons à Dieu. Malheureusement, on les a transformées en questions idéologiques.

Vous semblez exprimer un regret. Que voulez-vous dire ? Qu’entendez-vous par « idéologiques » ?

 Aujourd’hui dans l’Église, trop souvent on agit comme si tout était question de politique, de pouvoir, d’influence et d’imposition injustifiée d’une herméneutique de Vatican II en rupture totale et irréversible avec la Tradition. Cela a été pour moi une grande souffrance de constater ces luttes de factions. Quand j’ai parlé d’orientation liturgique et de sens du sacré, on m’a dit : « vous êtes opposé au concile Vatican II » ! C’est faux ! Je ne crois pas que la lutte entre progressistes et conservateurs ait un sens dans l’Église. Ces catégories sont politiques et idéologiques. L’Église n’est pas un champ de lutte politique. La seule chose qui compte est d’y chercher Dieu toujours plus profondément, de l’y rencontrer et se mettre humblement à genoux pour l’adorer.

Le pape François, quand il m’avait nommé, m’avait donné deux consignes : d’abord mettre en œuvre la Constitution sur la liturgie du concile Vatican II et ensuite faire vivre l’héritage liturgique de Benoît XVI. Je suis intimement persuadé que ces deux consignes forment une unique direction. Car Benoît XVI est certainement celui qui a le plus profondément compris Vatican II. Continuer l’œuvre liturgique de Benoît XVI est le meilleur moyen d’appliquer le vrai Concile. Malheureusement, certains idéologues veulent opposer l’Église d’avant le Concile à celle d’après. Ce sont des diviseurs, ils font l’œuvre du diable. L’Église est une, sans rupture, sans changement de cap, car son fondateur « Jésus-Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais » (He 13, 8). Elle va vers Dieu, elle nous oriente vers lui. Depuis la profession de foi de saint Pierre jusqu’au pape François en passant par Vatican II, l’Église nous tourne vers le Christ. Donner à la liturgie son caractère sacré, laisser la place au silence, et même célébrer parfois vers l’orient, comme fait le pape François dans la chapelle Sixtine ou à Lorette, c’est la mise en œuvre profonde et spirituelle du Concile.

Une coïncidence extraordinaire : le jour même de l’annonce de mon départ, le pape émérite Benoît XVI m’a envoyé l’édition française de ses œuvres sur la liturgie. J’y ai vu une invitation de la Providence à continuer ce travail pour restaurer une liturgie qui remette Dieu au cœur de la vie de l’Église.

Benoit XVI ©Sergey Gabdurakhmanov

Comment s’est passée la collaboration avec le pape François ? N’y a-t-il pas eu de difficultés ?

Certains insinuent sans raison ni même sans pouvoir fournir des preuves concrètes et crédibles que nous étions des ennemis, c’est faux ! Le pape François aime la franchise. Nous avons toujours collaboré avec simplicité, malgré les fantasmes des journalistes. Par exemple, le pape François a très bien compris et reçu le livre pour lequel j’avais collaboré avec Benoît XVI, Des profondeurs de nos cœurs. Je ne lui ai pas caché mon inquiétude quant aux conséquences ecclésiologiques d’une remise en cause du célibat des prêtres. Quand il m’a reçu après cette publication, alors que des campagnes de presse m’accusaient de mensonge, il m’a soutenu et encouragé. Il avait lu et apprécié, semble-t-il, l’exemplaire dédicacé que le pape Benoît XVI, dans sa délicatesse, lui avait fait parvenir.

J’ai mesuré à cette occasion que la vérité finit toujours par triompher sur le mensonge. Il ne sert à rien d’entrer dans de grandes campagnes de communication. Il suffit d’avoir le courage de rester vrais et libres. Le soutien du pape François, l’affection constante du pape émérite Benoît XVI et les milliers de messages de remerciements venus de prêtres et de laïcs du monde entier m’ont permis de comprendre la profondeur du message de Jésus ressuscité repris par le pape saint Jean-Paul II dès le début de son pontificat : « N’ayez pas peur ! »

Comment voyez-vous l’avenir de l’Église ?

Je suis membre de la Congrégation pour la cause des saints. Là, j’y vois avec une immense joie combien l’Église est éclatante de sainteté. On y est heureux de voir de ses yeux le nombre impressionnant de tant de filles et fils de l’Église catholique qui prennent au sérieux l’Évangile et l’appel universel à la sainteté. Vraiment « c’est du côté du Christ endormi sur la croix qu’est né l’admirable sacrement de l’Église tout entière »[5]. Malgré ce qu’en disent les « aveugles de naissance », malgré les nombreux péchés de ses membres, l’Église est belle et sainte. Elle est le prolongement de Jésus-Christ. L’Église n’est pas une institution mondaine, on ne mesure pas sa santé à sa puissance et à son influence. L’Église vit aujourd’hui un Vendredi saint. Le bateau semble prendre l’eau de toutes parts. Certains la trahissent de l’intérieur. Je pense au drame et aux crimes horribles des prêtres pédophiles. Comment la mission pourrait-elle être féconde alors que tant de mensonges couvrent la beauté du visage de Jésus ? D’autres sont tentés de trahir en quittant le navire pour se mettre à la remorque des puissances à la mode. Je pense aux tentations à l’œuvre en Allemagne dans le chemin synodal. On se demande ce qu’il restera de l’Évangile si tout cela va jusqu’au bout : une véritable apostasie silencieuse. Mais la victoire du Christ passe toujours par la croix. L’Église doit aller vers la croix et vers le grand silence du Samedi saint. Nous devons prier avec Marie auprès du corps de Jésus. Veiller, prier, faire pénitence et réparer pour pouvoir mieux annoncer la victoire du Christ ressuscité !

Quel avenir pour vous ?

Je ne compte pas m’arrêter de travailler ! Et même, je suis heureux d’avoir davantage de temps pour prier et lire. Je vais continuer à écrire, à parler, à voyager. Ici à Rome, je continue à recevoir des prêtres et des fidèles du monde entier. Plus que jamais, l’Église a besoin d’évêques à la parole claire, libre et fidèle à Jésus-Christ et aux enseignements doctrinaux et moraux de son Évangile. Je compte bien continuer cette mission et même l’amplifier. Je dois continuer à travailler au service de l’unité de l’Église, dans la vérité et la charité. Je souhaite humblement continuer à soutenir la réflexion, la prière, le courage et la foi de tant de chrétiens déboussolés, confus et désorientés par les nombreuses crises que nous traversons en ce moment : crise anthropologique, crise culturelle, crise de la foi, crise sacerdotale, crise liturgique, crise morale, mais surtout crise dans nos rapports avec Dieu.


[1] Sacrosanctum Concilium, n. 10.

[2] Cf. Sacrosanctum Concilium, n. 7.

[3] Sacrosanctum Concilium, n. 5.

[4] Joseph Ratzinger, Préface du tome XI : « Théologie de la liturgie » des Œuvres complètes, Parole et Silence, 682 p., 39 €.

[5] Sacrosanctum Concilium, n. 5.

Source: HOMME NOUVEAU, le 12 mars 2021

Congrégation pour le Culte divin: démission du cardinal Robert Sarah

Le cardinal Robert Sarah, interrogé par la Section africaine de Radio Vatican lors du Synode des Jeunes en 2018.Le cardinal Robert Sarah, interrogé par la Section africaine de Radio Vatican lors du Synode des Jeunes en 2018. 

Congrégation pour le Culte divin: démission du cardinal Robert Sarah

Le préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements avait eu 75 ans le 15 juin dernier. 

Il est depuis 20 ans l’une des grandes voix africaines de la Curie romaine: le cardinal guinéen Robert Sarah quitte ses fonctions à la tête du dicastère en charge de la liturgie, quelques mois après avoir atteint la limite d’âge des 75 ans.

Né le 15 juin 1945 à Ourouss, au nord de la Guinée, dans un environnement marqué par la mixité religieuse entre christianisme, islam et animisme, Robert Sarah s’est lié dans son enfance aux missionnaires spiritains qui avaient participé à l’évangélisation de sa région. Après avoir étudié en Guinée, en Côte d’Ivoire ainsi qu’en France au Grand Séminaire de Nancy, il est ordonné prêtre en 1969 à la cathédrale de Conakry.

Il part ensuite étudier à Rome et à Jérusalem, puis revient en 1974 dans son pays, où il sera curé puis professeur et directeur du petit séminaire. En 1979, à seulement 33 ans, il est nommé par saint Jean-Paul II archevêque de la capitale Conakry, devenant l’un des plus jeunes évêques du monde. Durant ses 22 ans d’épiscopat, il sera remarqué pour son dynamisme pastoral et sa fermeté vis-à-vis du régime de Sékou Touré, alors aligné sur le bloc communiste, et donc hostile à la liberté religieuse. Huit ans après la mort du dirigeant marxiste, auquel Lansana Conté a succédé, Jean-Paul II viendra encourager Mgr Sarah par un voyage apostolique dans le pays, du 24 au 26 février 1992.

20 ans de service au sein de la Curie romaine

En 2001, Mgr Sarah est appelé au Vatican, tout d’abord comme Secrétaire de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, le dicastère dédié aux terres de mission, parmi lesquelles l’Afrique. En 2010, Benoît XVI le nomme président du Conseil pontifical Cor Unum, en charge de coordonner les organismes de charité liés à l’Église catholique dans le monde. Il le promeut cardinal quelques semaines plus tard.

En 2014, le cardinal Sarah est nommé par le Pape François préfet du Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements. À travers ses nombreux ouvrages et ses interventions, il sera un ardent défenseur de la sacralité de la liturgie et de la défense de la famille et de la vie, en continuité avec l’enseignement des Papes avec lesquels il a travaillé, de Jean-Paul II à François.

Source: VATICANNEWS, le 20 février 2021

Les condoléances du Pape à l’évêque de Nice

Basilique Notre-Dame de Nice
Basilique Notre-Dame de Nice

Les condoléances du Pape à l’évêque de Nice

Priant pour les victimes du « sauvage attentat » survenu dans la basilique Notre-Dame de Nice, le Pape adresse ses condoléances à l’évêque de la ville, Mgr André Marceau, et exhorte le peuple français à l’unité.

« Informé du sauvage attentat qui a été perpétré ce matin dans une église de Nice, causant la mort de plusieurs personnes innocentes, Sa Sainteté le Pape François s’associe par la prière à la souffrance des familles éprouvées et partage leur peine. Il demande au Seigneur de leur apporter le réconfort et il recommande les victimes à sa miséricorde. Condamnant de la plus énergique manière de tels actes violents de terreur, il assure de sa proximité la Communauté catholique de France et tout le peuple français qu’il appelle à l’unité. Confiant la France à la protection de Notre-Dame, il donne de grand cœur la Bénédiction apostolique à toutes les personnes que touche ce drame », peut-on lire dans ce télégramme signé par le cardinal Pietro Parolin et adressé à l’évêque de Nice, Mgr André Marceau.

Plus tôt dans la journée, un communiqué officiel a été publié par Matteo Bruni, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège. «C’est un moment de douleur dans un temps de confusion. Le terrorisme et la violence ne peuvent jamais être acceptésL’attentat d’aujourd’hui a semé la mort dans un lieu d’amour et de consolation, comme la maison du Seigneur», déclare-t-il.

La ville de Nice et la France entière sont sous le choc après l’odieux attentat commis ce matin dans la basilique Notre-Dame, dans le centre de la cité portuaire, éprouvée il y a quatre ans déjà par l’attentat du 14 juillet.

Réactions et condamnations affluent de par le monde. Les fidèles catholiques de France s’unissent à la douleur de leurs frères niçois. Toutes les églises du pays sonneront le glas à 15h cet après-midi.

Source: VATICANNEWS, le 29 octobre 2020

A noter que le cardinal du Vatican, Robert Sarah, a déclaré jeudi que l’Occident devait se réveiller face à la menace de l’islamisme après que trois personnes ont été tuées, dont une décapitée, dans une église française par un assaillant criant «Allahu Akbar. »

« L’islamisme est un fanatisme monstrueux qui doit être combattu avec force et détermination », a de son côté réagi le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. « Il n’arrêtera pas sa guerre. Nous africains le savons hélas trop bien. Les barbares sont toujours les ennemis de la paix. L’Occident, aujourd’hui la France, doit le comprendre », déclare-t-il.

Le lendemain du meurtre de Paris, le cardinal Sarah a tweeté qu’il priait à Rome «pour la France martyrisée».

La messe “virtuelle” ne remplace pas la participation personnelle à l’église

Cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements.Cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements.

La messe “virtuelle” ne remplace pas la participation personnelle à l’église

Dans une lettre adressée aux présidents des conférences épiscopales, le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, affirme la nécessité de revenir à la normalité de la vie chrétienne, là où la situation sanitaire liée au coronavirus le permet: assister à la messe par le biais des médias n’est pas comparable à la participation physique à l’église, souligne-t-il.

Il est urgent de revenir à la normalité de la vie chrétienne avec la présence physique à la messe, lorsque les circonstances le permettent: aucune retransmission n’est comparable à une participation personnelle ou ne peut la remplacer, explique en substance le cardinal Robert Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, dans une Lettre sur la célébration de la liturgie pendant et après la pandémie de Covid-19, intitulée “Revenons avec joie à l’Eucharistie !” Le texte, adressé aux présidents des conférences épiscopales de l’Église catholique, a été signé le 15 août dernier et approuvé par le Pape François le 3 septembre.

La dimension communautaire de la vie chrétienne

«La pandémie due au nouveau coronavirus, écrit le cardinal Sarah, a provoqué des bouleversements non seulement dans les dynamiques sociales, familiales (…) mais aussi dans la vie de la communauté chrétienne, y compris dans la dimension liturgique». Le prélat rappelle que «la dimension communautaire a une signification théologique: Dieu est la relation des Personnes dans la Très Sainte Trinité» et «il se met en relation avec l’homme et la femme et les appelle à son tour à une relation avec Lui». Ainsi, «tandis que les païens construisaient des temples dédiés à la seule divinité, auxquels les gens n’avaient pas accès, les chrétiens, dès qu’ils jouirent de la liberté de culte, construisirent immédiatement des lieux qui seraient domus Dei et domus ecclesiæ, où les fidèles pourraient se reconnaître comme communauté de Dieu». C’est pourquoi «la maison du Seigneur suppose la présence de la famille des enfants de Dieu».

Collaboration de l’Église avec les autorités civiles

«La communauté chrétienne, lit-on dans la lettre, n’a jamais recherché l’isolement et n’a jamais fait de l’église une ville à huis clos. Formés dans la valeur de la vie communautaire et dans la recherche du bien commun, les chrétiens ont toujours cherché l’insertion dans la société». «Et même dans l’urgence pandémique, un grand sens des responsabilités a émergé: à l’écoute et en collaboration avec les autorités civiles et avec les experts, les évêques et leurs conférences territoriales ont été prompts à prendre des décisions difficiles et douloureuses, jusqu’à la suspension prolongée de la participation des fidèles à la célébration de l’Eucharistie», tient à rappeler le préfet de la Congrégation pour le Culte divin.

Une urgence: revenir à la normalité de la vie chrétienne

«Cependant, dès que les circonstances le permettent, souligne le cardinal Sarah, il est nécessaire et urgent de revenir à la normalité de la vie chrétienne, qui a le bâtiment de l’église pour foyer et la célébration de la liturgie, en particulier l’Eucharistie, comme “le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et en même temps la source d’où émane toute sa force” (Sacrosanctum Concilium, 10). Conscients du fait que Dieu n’abandonne jamais l’humanité qu’il a créée, et que même les épreuves les plus dures peuvent porter des fruits de grâce, nous avons accepté l’éloignement de l’autel du Seigneur comme un temps de jeûne eucharistique, utile pour nous en faire redécouvrir l’importance vitale, la beauté et la préciosité incommensurable. Le plus tôt possible» avec «avec un désir accru de rencontrer le Seigneur, de demeurer avec lui, de le recevoir pour l’amener à nos frères avec le témoignage d’une vie pleine de foi, d’amour et d’espoir», assure le prélat.

Nécessité d’une participation personnelle à la messe

Comme l’explique ensuite le cardinal Sarah, «bien que les médias rendent un service apprécié aux malades et à ceux qui ne peuvent pas aller à l’église, et ont fourni un grand service dans la transmission de la Sainte Messe au moment où il n’y avait aucune possibilité de célébrer d’une manière communautaire, aucune transmission équivaut à une participation personnelle ou peut la remplacer. En effet, ces transmissions, à elles seules, risquent de nous éloigner d’une rencontre personnelle et intime avec le Dieu incarné qui s’est donné à nous non pas de manière virtuelle, mais réellement, en disant: « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui » (Jn 6, 56). Ce contact physique avec le Seigneur est vital, indispensable, irremplaçable. Une fois que les mesures concrètement réalisables ont été identifiées et adoptées pour minimiser la contagion du virus, il faut que tous reprennent leur place dans l’assemblée des frères», en encourageant ceux qui sont «découragés, effrayés, et depuis trop longtemps absents ou distraits».

Suggestions pour un retour à la célébration de l’Eucharistie

La lettre suggère également «suggérer quelques lignes d’action pour promouvoir un retour rapide et sûr à la célébration de l’Eucharistie. Une attention particulière aux normes d’hygiène et de sécurité ne peut pas conduire à la stérilisation des gestes et des rites», met-on en garde. Par ailleurs, la Congrégation compte sur «l’action prudente mais ferme des évêques pour que la participation des fidèles à la célébration de l’Eucharistie ne soit pas déclassifiée par les autorités civiles comme un “rassemblement”, et ne soit pas considérée comme comparable ou même subordonnée à formes d’agrégation récréative. Les normes liturgiques ne sont pas une matière sur laquelle les autorités civiles peuvent légiférer, seules peuvent le faire les autorités ecclésiastiques compétentes (cf. Sacrosanctum Concilium, 22)».   

Respect des normes liturgiques

Le cardinal Sarah exhorte à «faciliter la participation des fidèles aux célébrations», «mais sans expériences rituelles improvisées et dans le plein respect des normes contenues dans les livres liturgiques qui régissent leur déroulement», et en reconnaissant «aux fidèles le droit de recevoir le Corps du Christ et d’adorer le Seigneur présent dans l’Eucharistie de la manière prévue, sans limitations allant même au-delà de ce qui est prévu par les règles d’hygiène édictées par les autorités publiques ou par les évêques».

Un principe sûr: l’obéissance aux évêques

Sur ce point, le cardinal donne une indication précise: «L’obéissance est un principe sûr pour ne pas commettre d’erreur. Obéissance aux normes de l’Église, obéissance aux évêques. En période de difficulté (par exemple on pense aux guerres, aux pandémies), les évêques et les conférences épiscopales peuvent donner des règlements provisoires auxquels il faut se conformer. L’obéissance sauvegarde le trésor confié à l’Église. Ces mesures dictées par les évêques et les conférences épiscopales expirent lorsque la situation revient à la normalité».

Santé publique et salut éternel

L’Église, conclut le préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, protège la personne humaine «dans sa totalité», et «à la préoccupation nécessaire pour la santé publique », elle «unit l’annonce et l’accompagnement des âmes vers le salut éternel des âmes».

Source: VATICANNEWS, le 12 septembre 2020