« Chrétiens dans un monde qui ne l’est plus »; que faire ?

L’abbaye Notre-Dame de Fontgombault ©Wikimedia

Chrétiens dans un monde qui ne l’est plus

L’abbaye Notre-Dame de Fontgombault, grande amie de La Nef, fêtait le 9 septembre 2023 les 75 ans de la restauration de l’Abbaye par les moines venus de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes. À cette occasion, le Père abbé a demandé à Christophe et à Elisabeth Geffroy de donner une conférence sur le thème : « Chrétiens dans un monde qui ne l’est plus ». Vous pouvez aussi retrouver ici le texte en version PDF. 
Ils commencent dans les premières parties par analyser la déchristianisation en cours, ses causes internes et externes, ce qu’elle est à l’échelle de l’histoire l’Église. Puis ils s’attachent à décrire ce que veut dire un monde qui n’est plus chrétien, avant de proposer des pistes d’actions – notamment, se mettre à l’école des moines. 

PLAN 

  • 1/ Un constat peu original : la déchristianisation de l’Occident, accélérée depuis quelques décennies et d’une radicalité effrayante
  • 2/ Comment comprendre cette déchristianisation ?
  • 3/ Le rôle du contexte socio-politique dans cette déchristianisation
  • 4/ Un monde qui n’est plus chrétien : qu’est-ce à dire ?
  • 5/ Dès lors, que faire ? Comment rendre l’homme à sa vocation originelle ?
    a) par l’action, pour que l’homme habite le monde
    b) par le martyre, à l’exemple des moines, pour triompher de Satan
    c) par le sacré, pour que l’homme ait soif de Dieu
  • Conclusion

1/ Un constat peu original : la déchristianisation de l’Occident, accélérée depuis quelques décennies et d’une radicalité effrayante

La déchristianisation est devenue une évidence : « quantitativement », par la baisse du nombre de catholiques baptisés ou se revendiquant tels, par le nombre de vrais pratiquants (environ 1,5 %) et en conséquence de vocations (moins de 100 ordinations par an, en proportion du nombre de pratiquants) ; « qualitativement », par la méconnaissance du christianisme des nouvelles générations, par le fait que la culture chrétienne ne lui dit plus rien, qu’elle en ignore tout.

Certes, le reste, les 1,5 % de pratiquants réguliers, sont sans doute des catholiques fervents ayant une foi solide pour résister dans un environnement aussi peu favorable, mais ce chiffre continue de baisser jusqu’à maintenant, on attend un début de redressement du fait des familles nombreuses importantes qui existent dans ces milieux.

Il convient de noter deux points importants :
– d’abord l’idée d’une déchristianisation régulière et inéluctable depuis un moment donné de l’histoire (la Renaissance, les Lumières, la Révolution…) est fausse ; il y a eu des périodes de renaissance importantes comme au XIXe siècle avec un essor incroyable des missions ou dans la première moitié du XXe siècle en France avec le renouveau du thomisme, la conversion d’intellectuels notables, notamment autour de Jacques Maritain, l’essor de l’Action catholique, avec une réelle influence politique et sociale des chrétiens, qui, particulièrement, n’a pas été étrangère au dynamisme de ce que l’on a appelé les Trente glorieuses…
– ensuite et surtout il convient de remarquer que cette déchristianisation coïncide avec un recul généralisé de toutes les autres associations ou institutions, non seulement Églises, mais aussi partis politiques, syndicats, tout ce qui exige des engagements collectifs ; bref, cette déchristianisation accélérée depuis quelques décennies est inséparable d’un mouvement plus global de désocialisation (Pierre Manent) : toute la société est ainsi touchée et cette tendance à la déliaison met en péril sa pérennité même. Si Dieu laisse indifférent une majorité de nos concitoyens, ces derniers ne s’engagent pas davantage dans la chose publique, dans le service du bien commun : le commun a été dévalorisé au profit de l’extension sans fin des droits individuels. La crise n’est donc pas que religieuse ou spirituelle, elle englobe toutes les dimensions publiques de la vie en société.

2/ Comment comprendre cette déchristianisation ?

On peut l’expliquer par des causes internes à l’Église et des causes qui lui sont externes.
Pour les causes internes, il n’y a pas de consensus, « progressistes » et « traditionalistes » défendant deux points de vue opposés pour prendre les deux extrêmes : les premiers, déçus par le concile Vatican II, estiment que l’Église n’épouse pas suffisamment l’esprit du monde (ils plaident pour la contraception, l’avortement, le mariage entre personnes de même sexe, l’abolition du célibat des prêtres et la désacralisation de l’état clérical, l’ordination des femmes, etc.) ; les seconds se plaignent au contraire que depuis Vatican II l’Église a tout lâché et abîmé sa liturgie, ce qui expliquerait la débandade post-conciliaire. Il est clair que l’explication des « progressistes » n’est pas la nôtre et que si l’on suivait leurs préconisations, on irait droit dans le mur. Vous connaissez tous ces débats sans fin, nous n’y revenons pas ici. Disons seulement que l’ouvrage de Guillaume Cuchet, Comment notre monde a cessé d’être chrétien (Seuil, 2018), propose une analyse qui nous semble réaliste et ne cache pas le vent de folie qui a soufflé sur l’Église dans les années post-conciliaires, années où beaucoup cherchaient à faire du passé table rase.

Que ces causes internes à l’Église aient eu leur importance, c’est absolument certain, mais elles ne peuvent suffire à expliquer l’ampleur de la déchristianisation, car sinon comment comprendre qu’orthodoxes et protestants, qui n’ont connu ni concile Vatican II ni réforme liturgique, vivent la même crise, voire une crise plus grave encore, que celle de l’Église catholique ? C’est, à l’évidence, que les causes internes ne suffisent pas à épuiser le sujet et qu’il faut tenir compte d’un contexte extérieur qui a joué et continue de jouer un rôle central.

Parmi ces causes de déchristianisation externes à l’Église, citons principalement le long mouvement d’émancipation de l’homme de ses dépendances traditionnelles (Dieu, la nature, la culture), avec la révolution nominaliste et l’affirmation de la raison souveraine à partir de la Renaissance. Ainsi, sans que la foi ait été reniée dans un premier temps, Dieu a progressivement été mis à l’écart :
– au niveau personnel d’une part, la montée de l’individualisme, au détriment du holisme, a occasionné une dissociation entre la vie spirituelle, relevant de la sphère privée, et la vie publique ;
– au niveau politique d’autre part, une nette séparation entre les ordres temporel et spirituel s’est installée donnant une totale primauté au premier. Avec la Révolution française et la disparition de la « chrétienté », le mouvement s’accélère et prend parfois une forte tonalité antichrétienne, comme en France avec les lois laïques qui aboutissent à la séparation de 1905. À ce moment, la souveraineté de Dieu sur la cité est largement abattue ; mais il reste encore à détruire celles qu’exercent la loi morale naturelle et l’héritage de la culture pour que la volonté et le désir de l’homme, qui désormais priment tout, n’aient plus d’obstacle : nous y sommes aujourd’hui, la théorie du genre et le wokisme étant les ultimes étapes de la déconstruction de l’anthropologie classique façonnée par le christianisme.

J’ajoute un point important : la modernité, qui fait passer notre monde de l’Ancien Régime monarchique vers la démocratie parlementaire, met en avant la liberté, notion éminemment chrétienne. Même si la modernité en a une conception erronée, nous en bénéficions et y sommes tous attachés, et l’on ne peut nier que c’est là l’un apport réel de cette modernité si controversée. Un régime de liberté a cependant un « coût », qui est d’accepter que tous n’en usent pas comme il le faudrait. La contrepartie d’une société d’hommes libres est donc forcément le pluralisme, bien plus difficile à gérer qu’une société holiste où la pression sociale est assez forte pour imposer une certaine unité, religieuse notamment (comme en islam qui ignore la liberté religieuse). Bref, la liberté religieuse, en ouvrant inévitablement la voie au pluralisme a forcément conduit à un recul du christianisme.

Aujourd’hui, cependant, en France et en Europe, les chrétiens ne sont pas persécutés physiquement, comme sous le communisme ou l’islam par exemple, ils conservent la liberté d’évangéliser, nous ne risquons pas notre vie en tant que chrétiens, mais la morale chrétienne est systématiquement attaquée et peut conduire à des situations difficiles où la liberté de conscience est bel et bien menacée (c’est déjà le cas pour les pharmaciens, par ex.)… De plus, pour beaucoup, si l’on veut rester fidèle, la vie devient compliquée, notamment pour l’éducation des enfants, le choix des écoles…

Toutes ces explications de la déchristianisation laissent toutefois quelque peu insatisfait, on sent bien que ça n’explique pas un tel effondrement aussi rapide du christianisme. N’y a-t-il pas autre chose ?
Je propose une hypothèse ouverte au débat : à toute époque, les personnes qui vivent réellement, profondément et librement la foi chrétienne n’ont-elles pas toujours formé une petite minorité, même en régime de chrétienté ? Autrement dit, beaucoup ne suivent-ils pas les exigences extérieures de la religion dominante, sous la pression sociale et l’habitude, tout en pouvant avoir une foi sincère mais assez superficielle, un peu comme dans la parabole du grain tombé sur le bord de la route (cf. Mt 13, 1-23) ? Pierre Manent, dans son dernier essai sur Pascal, a un jugement encore plus sévère : « Pour qui regarde froidement les choses, le fait le plus significatif ne serait pas l’autorité acquise par le christianisme mais au contraire l’athéisme théorique ou pratique de l’immense majorité des êtres humains, chrétiens compris » (Grasset, 2022, p. 365). Personnellement, je tempérerais cette affirmation, car il me semble que l’athéisme au sens fort de ce terme est très peu répandu, l’homme étant un animal religieux plus facilement déiste qu’athée (cf. le succès actuel des « nouvelles religiosités », ésotérisme, etc.). Ce qui frappe néanmoins aujourd’hui, c’est l’indifférence de nos contemporains à la question de Dieu,comme s’il y avait une peur de réfléchir aux choses les plus essentielles, au sens de la vie et de la mort, comme si les grands médias avaient réussi à imposer leur vision superficielle et matérialiste, à confiner les humains dans une vie de plaisirs et de distractions, bref à lobotomiser les cerveaux en inculquant à tous les mêmes soucis terrestres au même moment.

Le « monde », au sens de saint Jean, n’a jamais reconnu Dieu (cf. Jn 1, 10-11), hier comme aujourd’hui, rien de nouveau. Fondamentalement, ce n’est pas en raison d’attaques extérieures ou de violentes agressions que le christianisme occidental recule, même si ces attaques existent bel et bien, et y contribuent bien évidemment. Il recule avant tout parce que les chrétiens perdent la foi et ne parviennent plus à la transmettre, comme si l’atmosphère relativiste et hédoniste qui est celle de nos démocraties libérales était un poison pour la foi bien plus efficace que la persécution ouverte qui produit des martyrs, dont on sait que leur sang est semence de chrétiens, selon le fameux mot de Tertullien. J’aime citer cette phrase si vraie de Bernanos : « Nous répétons sans cesse, avec des larmes d’impuissance, de paresse ou d’orgueil, que le monde se déchristianise. Mais le monde n’a pas reçu le Christ – non pro mundo rogo (je ne prie pas pour le monde) – c’est nous qui l’avons reçu pour lui, c’est de nos cœurs que Dieu se retire, c’est nous qui nous déchristianisons, misérables ! » (Nous autres, Français, dans Scandale de la vérité, Points/Seuil, 1984).

L’idée que, à toute époque, les personnes qui vivent réellement, profondément et librement la foi chrétienne ont toujours formé une minorité, n’est-elle pas dans l’Évangile ? N’est-ce pas le Christ qui affirme : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux » (Mt 9, 32-38 et Lc 10, 1-9) ? Certains théologiens ont vu dans l’épisode des dix lépreux guéris par le Christ dont un seul est revenu le remercier (cf. Lc 17, 11-19) l’image de la foi, celle-ci n’étant partagée que par un faible pourcentage des hommes (10 % ici en l’occurrence). Jésus se plaint que Corazine, Bethsaïde, Capharnaüm ne se soient pas converties malgré sa présence et sa prédication (cf. Mt 11, 20-24). Ailleurs encore, il reproche leur peu de foi aux scribes et aux pharisiens qui lui demandent un signe, quand les habitants de Ninive se sont convertis à l’appel de Jonas ou quand la reine de Saba est venue des extrémités de la terre écouter Salomon, alors qu’il y avait bien plus que Jonas et Salomon (cf. Mt 12, 38-42). Or, si la majorité des contemporains de Jésus qui l’ont vu, entendu, été témoins de ses miracles ne se sont pas convertis, comment s’étonner qu’il en soit de même après son départ ? Ne pouvait-on rêver meilleur missionnaire pour la conversion des âmes ? Cette plainte du Seigneur du peu de foi de ses contemporains, n’est-elle pas de toutes les époques et ne nous concerne-t-elle pas tout particulièrement aujourd’hui ? Cette citation de saint Paul ne décrit-elle pas notre monde aussi bien que le sien : « Je vous l’ai souvent dit, et maintenant je le redis en pleurant : beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont à leur perte. Leur dieu, c’est leur ventre, et ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent qu’aux choses de la terre » (Ph 3, 18-19). D’où cette interrogation du Christ évoquant son second avènement : « Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8).

Si cette intuition est juste, cela ne signifie cependant pas que le christianisme soit réservé à une « élite » comme s’il s’agissait d’une gnose : au contraire, et l’histoire le prouve, il s’adresse, comme l’affirme l’Évangile, à ceux qui se reconnaissent « petits » et non à ceux qui se prétendent « sages » ou « intelligents » (cf. Mt 11, 25 et Lc 10, 21).

3/ Le rôle du contexte socio-politique dans cette déchristianisation

Au cours de l’histoire, une religion ne s’est imposée durablement à des peuples que moyennant un soutien politique exerçant une certaine pression sociale, dans le cadre de sociétés holistes où le groupe primait la personne. Globalement, le christianisme n’échappe pas à ce schéma. Sa vocation, ainsi que le Christ nous l’a montré, est de s’étendre, non par la force des armes, mais par la prédication, sans violer les consciences, et plus encore par le témoignage jusqu’au martyre. Cette façon « pauvre » d’opérer obtient des conversions libres et profondes mais historiquement toujours minoritaires. Même le passage du Dieu fait homme sur terre n’a pas occasionné d’adhésions massives on l’a vu. Lorsque Constantin promulgue l’édit de tolérance de Milan (313), les chrétiens représentent 5 % de la population de l’Empire ; un taux qui varie toutefois en fonction des territoires : Rome, la ville la plus christianisée d’Italie, compte environ 10 % de chrétiens ; ils sont autour de 20 % en Égypte, 10 à 20 % en Afrique et 30 % en Asie Mineure. Et chaque fois que l’évangélisation a été conduite dans cet esprit, comme en Asie à partir du XVIesiècle, c’est-à-dire sans aucun soutien politique, les fruits ont été magnifiques, révélant une foi admirable et un grand courage chez les convertis, mais ceux-ci n’ont toujours représenté qu’une faible part des populations.

Dans tous ces exemples, les chrétiens sont demeurés une minorité en raison de l’hostilité des instances politiques envers l’Église, qui ont souvent été jusqu’à mener de terribles persécutions pour tenter de l’éradiquer.

Bref, le christianisme ne commence à rassembler de larges pans des populations que lorsque le politique ne le menace pas, et plus encore quand il le soutient. Après l’édit de Milan, qui institue une sorte de liberté religieuse, le christianisme se répand, y compris dans les hautes sphères de l’État. Un pouvoir politique « neutre » en matière religieuse n’ayant jamais vraiment existé, l’Empire, sous Théodose, finit par faire de la religion devenue dominante la religion d’État (édit de Thessalonique en 380). Ainsi, le christianisme inaugure-t-il un nouveau statut, celui de l’État chrétien où pouvoir temporel et pouvoir spirituel sont à la fois liés et cependant distincts, dans un rapport de force qui ne cessera de varier au cours des siècles.

Ainsi s’est établie en Europe la « chrétienté », l’histoire forgeant deux systèmes différents en Orient et en Occident. Byzance, en Orient, héritière de l’Empire romain après la chute de Rome, perpétue un régime « césaro-papiste » caractérisé par une Église largement soumise à l’Empereur. En Occident, les invasions barbares détruisent l’Empire et, avec lui, le pouvoir politique central, ouvrant la voie à la féodalité : dans le chaos qui s’installe, l’Église est le seul rempart, la seule entité sauvegardant le savoir et capable de le transmettre. À la différence de l’Orient, en Occident, le spirituel fait plus ou moins jeu égal avec le temporel : cela dessine un régime où chacun des deux pouvoirs conserve son indépendance, l’Église devant longtemps résister à la tentative de mainmise du politique, d’où les querelles sans fin qui parcourent la chrétienté occidentale. Quoi qu’il en soit, dans les deux cas, la foi chrétienne est bon an mal an défendue par des princes eux-mêmes chrétiens : dans ces sociétés holistes, l’unité de religion est un facteur essentiel du bien commun temporel, c’est pourquoi l’atteinte à cette unité est alors un délit de droit commun que l’autorité politique peut sanctionner, au même titre que les infractions comme le vol – il faut s’en souvenir quand on évoque une institution comme l’Inquisition pour éviter tout anachronisme.

En « chrétienté », le christianisme est religion d’État – ce qui ne signifie pas qu’il s’agit de « théocratie » –, et l’immense majorité du peuple ne peut être que chrétienne, la pression sociale allant dans ce sens et les non-chrétiens ayant un statut inférieur qui ne leur permet pas d’exercer des responsabilités politiques au sein de la cité. Jusqu’à une époque assez récente, toutes les civilisations fonctionnaient plus ou moins ainsi, d’une façon assez coercitive, en ignorant la liberté individuelle et la dignité de la personne. C’est le cas notamment de l’islam qui, contrairement au christianisme, n’a guère progressé sur ces aspects.

Il y a en effet une différence essentielle entre christianisme et islam qui explique en partie l’évolution des sociétés chrétiennes et l’immobilisme des sociétés musulmanes : le christianisme est une religion de la foi quand l’islam est une religion de la loi. Autrement dit, l’adhésion au christianisme se manifeste par un acte de foi personnel censé être libre et éclairé, c’est-à-dire par un mouvement qui engage profondément toute la personne jusqu’à sa conscience, alors qu’il suffit d’observer la loi de l’islam dans sa lettre pour être musulman. Ainsi, la morale en islam se définit par ce qui est permis et ce qui ne l’est pas ; on reproche souvent à l’Église la même rigueur, à savoir que sa morale, sexuelle particulièrement, serait trop contraignante et serait un catalogue d’« interdits » ; mais il n’en est rien, c’est une conception viciée de la morale chrétienne qui est une morale du bonheur qui appelle à la vertu, non pour nous contraindre, mais précisément parce que c’est la vertu qui rend l’homme heureux (cf. les Béatitudes), même si la suivre représente un effort réel qui peut paraître inaccessible mais qui ne l’est jamais du fait de la grâce de Dieu. Ainsi la foi chrétienne exige-t-elle un engagement bien plus fort que l’obéissance à une loi extérieure – même si celle-ci peut être par ailleurs exigeante, comme lors du ramadan chez les musulmans. Et cela explique deux choses essentielles : pourquoi le concept de liberté individuelle avec la notion de dignité de la personne qui l’accompagne n’a pu émerger qu’en terre chrétienne ; et pourquoi aussi dès que la pression sociale et politique imposant la religion d’État s’est relâchée, la pratique religieuse du christianisme a fortement baissé.

Autrement dit, l’aspiration à la liberté, non seulement légitime en elle-même, mais aussi fruit indubitable du christianisme authentique, a fait exploser les sociétés holistes de l’Ancien Régime qui maintenaient l’unité religieuse par une certaine pression sociale incompatible avec les nouvelles libertés. Le pluralisme religieux est devenu dès lors inéluctable. Ces transformations politiques, qui doivent beaucoup au christianisme et dont le principe de départ était juste, se sont produites dans un contexte de gouvernements souvent antichrétiens qui avaient une fausse conception de la liberté. Si le désir de liberté est un élan spontané et légitime, celui-ci doit être encadré, tout particulièrement par la loi morale naturelle, et être au service du bien commun temporel ; de plus la liberté n’est pas au commencement mais à la fin : elle exige éducation et ascèse pour ne pas se corrompre. Quand ce désir n’est plus canalisé et la volonté humaine laissée à elle-même, les dérives sont inévitables, on ne le voit que trop aujourd’hui.

4/ Un monde qui n’est plus chrétien : qu’est-ce à dire ?

Tel est donc le monde dont nous héritons : un monde qui à bien des égards n’est plus chrétien. Mais comment décrire ce monde ? Certes, c’est un monde dans lequel la pratique religieuse chute, dans lequel la prière se fait plus ténue, dans lequel l’homme se permet de tuer les plus petits des siens. Mais plus fondamentalement encore, c’est un monde où l’homme s’est détourné du projet de Dieu. C’est un monde qui cesse de répondre à son appel, qui se laisse aller à l’affaissement de sa chute originelle. Ce n’est pas seulement un monde devenu plus « neutre », où nous regrettons que le bien n’abonde pas assez, non, c’est un monde où Satan étend son empire et prend toute la place laissée vide.

Pour comprendre cela, regardons ce qu’est la mission originelle de l’homme dans le monde, avec les mots que Louis Bouyer, théologien du XXe siècle, nous donne dans Le sens de la vie monastique.

Je vais ici m’attarder un peu pour essayer de vous retranscrire la création telle que Louis Bouyer la raconte dans ce livre. « Raconter » c’est vraiment le bon terme : dans des passages qui sont très poétiques, très visuels, il nous fait un grand cadeau, car il nous donne à voir véritablement la création des anges, la création du monde, la création de l’homme. Par ailleurs, il est je pense important pour nous de réapprendre à décrire notre monde avec les mots que nous prête la théologie, et qu’il n’y ait pas entre la théologie et notre rapport ordinaire au monde une sorte de cloisonnement artificiel et dommageable. 

Comment Bouyer le raconte-t-il ? Notre monde matériel est pris dans une création plus vaste, dans tout un univers spirituel. L’Esprit de vie s’est posé sur certaines Idées jusque-là rassemblées dans le divin Logos. Elles ont alors été comme animées d’une vie propre, et sont devenues les esprits créés, des anges. Or ces anges, qui sont à l’image de leur créateur, pensent, et à ces pensées aussi Dieu dit oui et donne vie, les projetant en dehors des esprits créés : ainsi est apparu le monde visible, issu des multiples pensées angéliques.

Sur ces bases, l’univers établi reposait dans la joie, dans la première aurore qu’évoque le livre de Job : « quand les étoiles du matin chantaient en chœur et que tous les fils de Dieu l’acclamaient ». C’est à l’aide de cette image du chœur que l’antiquité chrétienne se représentait le monde primordial spirituel : un chœur immense résonnant de la gloire divine. Tout était chant. Cette liturgie cosmique glorifiait d’une seule voix le Créateur. La société trinitaire s’est ainsi propagée dans une chaîne continue de création, telle une vague qui avance par flux et reflux : flux de l’amour créateur et reflux d’action de grâce de la création qui revient au créateur dans un chœur immense.

Mais une dissonance s’est introduite dans l’harmonie universelle. Un obstacle a surgi, qui voudrait arrêter le flot débordant de la création. « Parmi les créatures spirituelles, tout un secteur s’est détaché et comme effondré (…). À sa pointe se trouve une des plus hautes puissances créées : Lucifer, le Prince de ce monde sensible où venait déferler la dernière vague de lumière, résonner le dernier écho » de la grande liturgie céleste. Ce qui est arrivé ? L’orgueil tout simplement. Lucifer et ceux qui l’ont suivi ont voulu être le centre. Ils ont détourné leur regard du modèle divin, pour le plonger dans les choses, choses qui leur renvoyaient leur propre image, ils ont voulu se contempler eux-mêmes. « Or du même coup, ils ont fait écran au mouvement spontané de réponse qui remontait des couches les plus lointaines de la création vers le créateur, avides qu’ils étaient de l’arrêter à eux-mêmes. » Et quand Lucifer a réussi à tenter le premier homme, c’est tout notre monde qui a été entraîné dans sa chute.

Mais Dieu veut sauver ce monde déchu et le réintégrer à la grande fête du Ciel. Et il le fait en s’appuyant sur l’homme, sur celui qui porte son image, et que son Verbe est venu visiter de l’intérieur en prenant sa chair. Telle est donc la mission de l’homme pris dans la grande création : il doit prendre sa place dans le chœur de l’universelle eucharistie. Il doit réentonner le chant d’allégresse au créateur et faire que la terre résonne à nouveau de réponses à l’appel divin. Grâce à la victoire du Christ sur Satan, l’homme peut à nouveau se hisser à la hauteur de ce rôle si glorieux qui consiste à faire entendre sa voix dans le chœur céleste, à ne pas laisser sans réponse l’appel du Créateur, à toujours tendre l’oreille en quête de cet appel, à le chercher aussi éperdument que le cerf cherche l’eau vive et que la fiancée guette son bien-aimé dans le Cantique des Cantiques. Et si, pour que l’humanité ne faillisse pas, tout repose sur le Christ, il faut très certainement des disciples du Christ pour suivre le chemin indiqué par lui, il faut des chrétiens !

Maintenant que grâce au Père Bouyer nous avons en tête toutes ces images de la création, que nous visualisons mieux le projet de Dieu pour nous, redemandons-nous ce qu’est un monde qui n’est plus chrétien. C’est un monde qui se détourne de Dieu, c’est un monde qui cesse de tendre l’oreille, qui manque l’appel, qui ne renvoie donc pas l’écho, qui garde la bouche fermée, qui fait barrage au reflux, c’est un monde dont le bruit incessant se perd dans le silence du néant. Un monde non chrétien c’est un monde où plus personne ne crie vers Dieu pour lui répondre. Un monde où plus personne n’a soif. Saint-Exupéry disait : « je hais son époque de toutes mes forces, l’homme y meurt de foi » : en réalité, le mal est si profond que l’homme ne sait même plus qu’il meurt de soif.

Se demander comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus, c’est poser la question : comment redonner à l’homme le courage de sa vocation originelle qui est de prendre part à l’action de grâce céleste ? Plusieurs réponses s’offrent à nous. Nous en choisirons trois :
– par l’action, pour que l’homme habite le monde ;
– par le martyr, à l’exemple des moines, pour triompher de Satan ;
– par le sacré, pour que l’homme ait soif de Dieu.

Et ce sont les 3 points que nous développons à présent.

5/ Dès lors, que faire ? Comment rendre l’homme à sa vocation originelle ?

a) Par l’action, pour que l’homme habite le monde

Lucifer a compris que l’homme représentait une menace sur cette terre dont il entend faire son empire. Et, sous la plume de Bouyer, la lutte se fait presque spatiale, territoriale : « en tout lieu du monde où l’humanité est présente et subsiste, non encore résorbée par la mort, le pouvoir de Satan est menacé, son règne est mis en échec, sa présence elle-même recule. Inversement, là où l’homme n’est pas apparu, le diable reste le seul maître du terrain. Dans le désert, par conséquent, et là seulement, il est chez lui. » Là où est l’homme, Satan recule.
Dès lors, si la simple existence et présence de l’homme fait déjà barrière à Satan, il nous faut habiter le monde, occuper le terrain ! Et pour cela, il faut miser sur l’homme, non pas sur les seuls chrétiens, mais sur tous les hommes de notre temps. Eux qui ont tous en eux l’image de Dieu, eux qui ont tous été sauvés par le Christ.

Parier sur l’homme, concrètement, cela veut dire non pas se retrancher dans quelques dernières réserves ou poches de résistance, ne pas agir uniquement comme une minorité attaquée organisant sa survie, mais se tenir de pleins pieds dans le monde des hommes, prendre en charge la chose publique et de là travailler à ce que le plus grand nombre possible d’hommes réponde à sa vocation originelle et lutte contre l’extension du domaine de Satan.
Prendre en charge la chose publique, disons-nous. Le problème, c’est que nous avons oublié que politique et morale, que législation et bonne conduite, que bien commun et bien personnel avaient partie liée, nous avons laissé la pensée libérale pénétrer notre vision politique. Pierre Manent écrit : « Si nous sommes si sévères pour les époques de confusion ou de mélange des pouvoirs, c’est peut-être que nous avons acquis un sens plus vif ou délicat de la liberté de conscience, mais c’est peut-être aussi que nous avons perdu le sens de l’importance de la loi dans l’orientation de la vie humaine en direction de son bien. »

Nous avons perdu le sens de l’importance de la loi quand nous sommes devenus les fils de l’individualisme libéral. Pour ce dernier en effet, et je cite ici MacIntyre, « une communauté n’est qu’une arène où les individus poursuivent leur propre conception de la bonne vie et où les institutions politiques existent pour fournir le degré d’ordre qui rend possible cette activité autodéterminée. Le gouvernement et la loi sont, ou devraient être, neutres face aux conceptions rivales de la bonne vie pour l’homme. Ainsi, selon les libéraux, si la tâche du gouvernement est de faire respecter la loi, il ne lui appartient pas d’imposer un point de vue moral. Au contraire, dans la vision antique et médiévale, non seulement la communauté politique exige l’exercice des vertus pour son propre maintien, mais il revient à l’autorité parentale de faire des enfants des adultes vertueux. » Et plus loin : « L’état moderne est totalement inapte à la fonction d’éducateur moral d’une communauté. » (MacIntyre, Après la vertu)

Ainsi, dans le logiciel libéral, le bien se joue au niveau individuel – charge à chaque individu de faire le bien à son échelle s’il l’entend, charge à chacun de fixer sa morale individuelle, qu’elle soit chrétienne, juive, nietzschéenne. Je fais le bien, que les lois soient bonnes ou mauvaises ; je respecte mon code moral, quoi qu’il se passe à côté dans la société qui m’entoure. Mais l’histoire et la théologie chrétiennes nous enseignent le contraire : nous avons besoin d’être porté, par nos familles, par nos amis, par les lois de notre pays. Et on ne peut se satisfaire d’une situation où nous faisons (ou essayons de faire) le bien et où notre frère, notre père, notre ami, notre compatriote fait le mal. C’est une leçon apprise de l’Ancien Testament : Dieu menace de détruire Ninive parce qu’elle fait le mal en tant que cité. Idem quand Dieu provoque le déluge qui recouvre et ravage la terre (c’est l’humanité comme ensemble qui est visé). Au désert, c’est aussi son Peuple dans son ensemble qu’il éduque, éprouve, réconforte. → Il se joue aussi quelque chose du bien, quelque chose du salut, au niveau collectif. On ne peut donc se passer de chrétiens qui se préoccupent en acte du destin collectif. Et notamment des lois. 

Aristote nous avait appris le rôle éducateur de la loi. L’agir moral – et le bonheur avec lui – se joue dans les vertus. Qu’est-ce que la vertu ? La vertu morale est la meilleure disposition possible de notre caractère, de nos puissances émotives et affectives, ce sont les dispositions qui font que nos émotions, nos désirs sont guidés par notre raison pratique et lui obéissent. C’est donc un habitus, une certaine inclination de notre être. Or on n’acquiert un habitus que par la répétition d’actes, par l’habitude. Et qu’est-ce qui forge une habitude ? Les règles. Les règles que chacun se donne. Mais aussi celles qui régissent la communauté humaine qui est la nôtre, et notamment les lois. Ainsi, les lois règlent les conduites, façonnent les mœurs, instillent des habitudes. Dès lors, si les chrétiens ont une vision morale à proposer, un attachement à la loi naturelle resté intact, un certain sens du bien et du mal, ils ne peuvent se lasser de vouloir influencer la législation du pays qui ensuite façonnera l’agir des hommes. Ils ne peuvent se lasser de défendre notamment la loi naturelle. Mais pour cela, il faut investir l’arène politique dans son sens large. 

Pierre Manent nous met ainsi en garde contre la pente de la sécession. Dans le présent contexte de dissolution du tissu social, faire sécession, ce serait simplement prendre acte de la décomposition sociale et vouloir sauver sa peau – ou se retirer, comme le « petit reste », dans un entre-soi communautariste. Manent, lui nous invite, à l’inverse, à une participation zélée à la recomposition de l’association humaine bien mise à mal par l’individualisme. Il voit même une obligation à agir en politique, dans l’espace public. Sous la double pression de l’islam et de lois qui semblent destinées à effacer les mœurs traditionnelles formées notamment par le christianisme, la tentation est forte de se mettre en défense et de se retirer de la chose publique. Mais « si les chrétiens cédaient à cette tentation ils priveraient le pays de la seule référence spirituelle capable de dialoguer avec toutes les autres traditions, anciennes ou nouvellement installées ». C’est aussi parce que l’Église sait endosser ce rôle de modérateur qu’elle doit s’exprimer et jouer son rôle, et les chrétiens avec elle.

À cet égard, c’est notamment parce que le christianisme a cette grande tradition d’articulation de la foi et de la raison, parce qu’il est persuadé que la foi a besoin du large espace de la raison, qu’il est un maillon essentiel de la discussion publique, du dialogue entre toutes les composantes de nos sociétés, qui ont de plus en plus de mal à se parler. Alain Finkielkraut conclut ainsi La défaite de la pensée : « la vie avec la pensée cède doucement la place au face-à-face terrible et dérisoire du fanatique et du zombie ». Le fanatique est celui qui embrasse une foi en la ratatinant sur elle-même, en la coupant de l’intelligence. Le zombie, lui, est celui qui, sous les assauts du divertissement, a renoncé à penser. On pourrait leur adjoindre la figure du blasé, du rationaliste désabusé qui voulait s’en tenir à son seul entendement et ne sait guère plus comment donner son sens à l’existence. Dans le théâtre de nos sociétés où ces trois figures jouent sur scène, indifférentes ou hostiles les unes aux autres, il est urgent que se lèvent des chrétiens qui cassent ces seules dynamiques, qui vivent de leur foi et sachent en rendre compte sur le terrain de la rationalité. 

b) Par le martyr, à l’exemple des moines, pour triompher de Satan

Nous nous demandons toujours : comment redonner à l’homme le courage de sa vocation originelle ? Par l’action, l’action politique notamment, pour qu’il habite le monde et menace ainsi Satan, pour que ce monde reprenne sa place dans le chant de la création qui loue Dieu, nous venons de le voir.

Une autre partie de la réponse, et c’est notre second point, est dans un christianisme qui se met à l’école des moines, qui redécouvre une forme de martyre, et qui lutte contre Satan.

En 2017, Rod Dreher faisait paraître aux États-Unis Le pari bénédictin, Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus, ouvrage qui a fait couler beaucoup d’encre, et qui a notamment soulevé la question de ce qui serait – je le dis au conditionnel – une forme de communautarisme chrétien. Sa démarche proposait aux chrétiens de s’inspirer de la Règle de saint Benoît pour ne pas se faire avaler par la postmodernité et prenait la forme d’un manuel pratique. Voici certains des conseils qu’il soumettait à notre jugement :
– recréer des communautés de vie et d’entraide catholique au milieu de nos cités, développer ce sens communautaire au-delà du seul rassemblement à la messe dominicale ;
– fonder des écoles véritablement catholiques, qui transmettent la culture occidentale et la foi ;
– renouer avec la pratique de l’ascèse et de la pénitence, et notamment du jeûne, pour nous fortifier dans notre rapport à notre corps, puisque le monde moderne livre un véritable siège à notre corps et veut nous faire chuter par lui ;
– redécouvrir la liturgie et son rôle formateur (elle nous éduque à reconnaître la transcendance divine) ;
– redécouvrir certains métiers si d’autres métiers deviennent trop incompatibles avec la voie chrétienne, etc.

Or ce livre pourrait être vu comme la transcription appliquée d’une intuition théologique très forte chez Louis Bouyer.
Pour lui, la vocation du moine ce n’est que la vocation du baptisé, mais la vocation du baptisé parvenue à son degré d’extrême urgence. Nous l’avons vu, Dieu nous appelle et veut qu’on le cherche : le moine est celui pour qui cet appel s’est fait si insistant qu’il ne peut s’agir d’y répondre demain. Il ne peut attendre que ce monde passe pour voir Dieu. Il va donc au-devant de son créateur, abandonnant tout de ce monde pour le chercher et le rencontrer dès à présent. « Le moine est de ces violents qui ne se contentent pas de se préparer à accueillir le règne de Dieu quand il viendra, mais qui prétendent s’en emparer eux-mêmes tout de suite ». Il veut anticiper la vie céleste et être tout tendu vers elle. Ad superna semper intenti (c’est la devise de Dom Antoine Forgeot, qui a été Père abbé de Fontgombault de 1962 à 2011.), sans cesse tendus vers les réalités d’en-haut, entendions-nous ce matin. Il n’y a donc pas discontinuité entre le ‘chrétien non-moine’ et le moine, mais un continuum. Le moine prend de l’avance. Il est le chrétien dont le christianisme devient le tout. Dès lors, dans des temps de crise, le chrétien ordinaire peut tourner son regard vers le chrétien intégral qu’est le moine pour s’en inspirer et s’orienter dans un monde qui n’est plus chrétien.

Avec les moines, nous pouvons redécouvrir ce que veut dire suivre la voie ouverte par le Christ et traverser avec lui l’épreuve de la Croix, mourir à nous-mêmes. Pour accéder à la vie angélique, c’est-à-dire à la vie céleste de celui qui voit Dieu, il faut préalablement mourir et ressusciter. « Nul ne peut voir Dieu sans mourir ». Le Christ lui-même est allé à la mort. En effet il est entré dans le monde pour reconduire l’homme au Paradis, d’où il pourra s’élever à la vision de Dieu. Or ce qui fait obstacle à cette élévation, ce sont les chaînes que son péché lui a forgées et qui le lient à Satan. Et la mort est le test suprême de ce pouvoir acquis par le Malin sur l’humanité, elle est son chef d’œuvre monstrueux, sa créature par voie de conséquence. Pour vaincre le diable et reconduire l’homme au paradis, il faut donc affronter la mort, rencontrer le diable dans sa place forte par excellence. C’est dans la mort, qui n’a pas eu le dernier mot sur lui, que le Ressuscité a triomphé de Satan. Ainsi, mettant ses pas dans ceux du Christ, donnant tout, le moine va à son tour au-devant de la mort car il croit que le Christ vit en lui.

Or cette mort du « mourir au monde et mourir à soi-même », le chrétien non-moine essaie de la traduire dans un détachement du monde qui est surtout une réalité intérieure. Mais chez le moine, elle a des prolongements immédiats dans la réalité objective, et lui consomme ce détachement affectif du monde : il lui faut avoir tout quitté du monde présent (le règne de Satan), pour vivre tout au monde qui vient (le règne de Dieu). C’est là une mort qui n’est pas purement spirituelle, elle est réelle, physique. Et s’incarne dans les renoncements essentiels liés à la profession monastique : « renoncement aux choses de ce monde par la pauvreté, renoncement à notre propre corps par la chasteté, renoncement à notre volonté (c’est-à-dire à son libre usage dans des actions concrètes) par l’obéissance ». En un sens, ce réalisme des exigences des moines nous oblige, nous laïcs, nous chrétiens dans un monde qui ne l’est plus : leur exigence peut être pour nous une incitation à opérer plus de renoncements de fait.

De plus, cet affrontement délibéré de la mort par le moine nous ramène à l’aspect fondamental de l’ascèse monastique dans la tradition des pères, c’est-à-dire, d’après Bouyer, à « son aspect agonistique, son aspect de lutte, et plus précisément de lutte contre les démons. » D’où le fait que les moines se retirent au désert : « Le désert est l’habitat du diable ». Plus que la solitude et la tranquillité propices à la poursuite de la vie intérieure, c’est cette raison qui pousse le moine à s’enfoncer au désert, à la suite du Christ lui-même qui s’y est rendu pour être mis à l’épreuve par le diable et essayer ses forces contre lui.
Au fond, cette mort des moines rejoint la mort des martyrs : les deux sont attestations de leur foi dans le Christ vainqueur de la mort, et les deux sont un engagement de tout l’être et un témoignage rendu. Martyre en grec signifie « témoignage ». Là réside la justification fondamentale de l’apparition du monachisme, dans un moment de l’histoire de l’Église où disparaissait le martyre. Le monachisme est « une forme nouvelle du martyre, demandée par des circonstances modifiées », écrit Louis Bouyer. Et peut-être nous faut-il nous préparer à retrouver dans notre temps une forme intermédiaire de martyre qui se rapproche de celle des moines, peut-être est-ce là l’héroïsme qui nous est demandé dans ce monde qui n’est plus chrétien.

En outre, les moines se sont trouvés être des missionnaires qui ont exercé une influence déterminante dans l’essor du christianisme : l’histoire le raconte mieux que tous nos mots. À mille lieues de l’épouvantail du prosélytisme, la méthode monastique pour la mission est un apostolat qui plonge dans la réalité profonde, qui procède plus de l’être que de l’agir : en la matière, tous les chrétiens ont beaucoup à apprendre des moines, et ces derniers n’ont pas fini de rendre à l’Église et au monde de grands services. Les moines du haut Moyen Âge, comme les premiers chrétiens,« ne considéraient pas leur annonce missionnaire comme une propagande qui devait servir à augmenter l’importance de leur groupe, mais comme une nécessité intrinsèque qui dérivait de la nature de leur foi. Le Dieu en qui ils croyaient était le Dieu de tous, le Dieu (…) qui s’était fait connaître au cours de l’histoire d’Israël et, finalement, à travers son Fils, apportant ainsi la réponse qui concernait tous les hommes et, qu’au plus profond d’eux-mêmes, tous attendent. » (Bouyer)

C’est un point qui mérite qu’on s’y arrête : car il tue à la racine le préjugé qui voudrait que les moines soient renfermés sur leur communauté. De même, il n’est pas du tout certain que s’engager en faveur d’un pari bénédictin soit un geste suspect de communautarisme. Car, et c’est là la perspective dans laquelle est pris tout notre propos, l’Église n’est pas là pour elle-même. Ratzinger disait : « l’Église ne peut ressembler à une association qui veut dans les situations difficiles se tenir à flot, elle a une mission pour le monde, pour l’humanité : et c’est seulement pour cette raison qu’elle doit survivre. Sa disparition entraîneraient l’humanité dans un tourbillon, le tourbillon des ténèbres, le tourbillon de l’obscurité, le tourbillon même de la destruction de ce qui fait l’homme. Nous ne nous battons pas en pensant à notre conservation, nous nous savons chargés d’une mission qui nous impose une responsabilité face à tous. » (Conférence de Carême du 8 avril 2001, à Paris). Nous ne sommes donc pas dans une attitude d’abord défensive face au monde qui n’est plus chrétien ; ce monde est d’abord celui à qui nous devons annoncer la Parole, celui qui devrait être un espace pour la présence de Dieu.

Deuxième aparté suscité par le constat des fruits missionnaires de l’apostolat des moines : l’œuvre apostolique des moines des premiers temps s’est doublée, on le sait, d’une formidable œuvre civilisatrice. Benoît XVI l’a admirablement rappelé dans son discours au monde de la culture en 2008 : « les monastères furent des espaces où survécurent les trésors de l’antique culture et où, en puisant à ces derniers, se forma petit à petit une culture nouvelle. (…) Sans cette culture du travail qui, avec la culture de la parole, constitue le monachisme, le développement de l’Europe, son ethos et sa conception du monde sont impensables. » Si nous sommes aujourd’hui travaillés par cette condition de chrétiens dans un monde qui ne l’est plus, nous le sommes aussi par notre condition d’Occidentaux qui voient leur civilisation, leur monde culturel, se défaire sous leurs yeux. Dans cette angoisse civilisationnelle, il peut donc être bon de garder à l’esprit l’exemple des moines et le rappel de Benoît XVI : « Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable ». Nous connaissons le point de départ de tous nos efforts à venir en ce sens.

Mais revenons plus directement à notre sujet. La question qui nous tient est : comment redonner à l’homme le courage de sa vocation originelle ? Après avoir fait porter notre réflexion sur l’urgence d’un investissement de la chose publique, après nous être mis à l’école des moines et de leur « martyre ordinaire » pour réapprendre à lutter contre Satan, il nous reste à examiner dans notre troisième point le rôle que tient le sens du sacré pour que l’homme retrouve sa soif de Dieu et pour que les voix d’allégresse retentissent à nouveau depuis notre terre

c) Par le sacré pour qu’il ait soif de Dieu

Dieu est pour la créature le Tout Autre, l’inaccessible. Chose bonne à se rappeler pour prendre l’impossible mesure de son amour pour nous. Cette idée du Dieu Tout Autre est une grande idée de la révélation juive. Or, pour l’avoir un peu perdue, nous avons mis en danger notre sens de Dieu et avec lui notre sens du sacré, qui sont intimement liés. Le sacré est ce qui est mis à distance, à part, détaché des choses profanes, c’est le Saint qui inspire crainte et respect. Méconnaître le sacré, c’est s’exposer à méconnaître Dieu et sa grandeur, son caractère de Tout Autre.

Il est donc urgent de retrouver le sens du sacré, et de la liturgie ! Et là, encore, les moines nous devancent et nous éduquent. Saint-Exupéry lui-même, qui ne fréquentait guère les églises, quand il s’inquiétait que dans notre époque l’homme meurt de soif et qu’il en cherchait le remède, se tournait vers les moines, eux qui ont inventé une musique digne de Dieu : « il n’y a qu’un problème, un seul de par le monde. Rendre aux hommes une signification spirituelle, des inquiétudes spirituelles, faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. » Toute la liturgie chrétienne est une invitation à chanter avec les anges. Pour saint Benoît, la règle déterminante de la prière et du chant des moines est la parole du Psaume : en présence des anges, je veux te chanter, Seigneur (138, 1). Benoît XVI le commentait ainsi : « Se trouve ici exprimée la conscience de chanter, dans la prière communautaire, en présence de toute la cour céleste, et donc d’être soumis à la mesure suprême : prier et chanter pour s’unir à la musique des esprits sublimes qui étaient considérés comme les auteurs de l’harmonie du cosmos, de la musique des sphères». Le monastère est, déjà sur cette terre, un chœur d’adoration, une société liturgique : l’image de la cité céleste. Comment dès lors ne pas prendre exemple sur ces monastères, quand nous nous préoccupons de savoir comment rendre à l’homme sa vocation originelle ? 

*   *   *

Conclusion

Je voudrais pour conclure insister sur un point essentiel sans lequel rien n’est possible : la prière et la vie intérieure ! L’exemple de la vie des saints, même des saints « politiques » comme Saint Louis ou saint Thomas More, montre qu’aucune grande œuvre qui concerne forcément l’ordre de la grâce ne se fait sans une intense vie de prière. Sans la prière, sans doute ce monde s’effondrerait complètement et plongerait dans le chaos. Le monde a un besoin impératif de saints comme réceptacles de la grâce divine qui maintient ce monde dans l’être. C’est pourquoi les ordres religieux contemplatifs sont si importants, c’est pourquoi ils contribuent si fondamentalement au bon équilibre du monde, c’est pourquoi la prière de chacun l’est aussi. Et cela répond à l’objection fréquente de ceux qui se lamentent car tout part à la dérive et que l’on ne pourrait plus rien faire ! Chacun, à son niveau, si modeste soit-il, a un pouvoir pour influer le cours des choses : être un saint là où l’on est concourt au bien commun et contribue à l’édification d’une société meilleure.

Et c’est là où les abbayes comme Fontgombault sont si essentielles : pas seulement par le rayonnement de la prière des moines, mais aussi parce qu’elles sont des « oasis » de ressourcement pour tous, des points de départ pour la « nouvelle évangélisation » de notre vieux continent. Le pape Benoît XVI avait évoqué la nécessité de ces « oasis » : « Étant donné qu’il existe une culture hédoniste qui veut nous empêcher de vivre selon le dessein du Créateur, nous devons avoir le courage de créer des îlots, des oasis, puis de grands terrains de culture catholique, dans lesquels vivre le dessein du Créateur » (Benoît XVI, rencontre avec les jeunes du diocèse de Rome, le 6 avril 2006). Déjà, avant d’être pape, le cardinal Ratzinger écrivait : « L’Église prendra d’autres formes. Elle ressemblera moins aux grandes sociétés ; elle sera davantage l’Église des minorités ; elle se perpétuera dans de petits cercles vivants, où des gens convaincus et croyants agiront selon leur foi. Mais c’est précisément ainsi qu’elle redeviendra, comme le dit la Bible, le sel de la terre » (Cardinal Ratzinger, Le sel de la terre, Flammarion, 1997, p. 214). C’est bien ce qu’il nous faut être.

Enfin, pour terminer, et puisque nous fêtons le bel anniversaire des 75 ans du retour à la vie monastique bénédictine à Fontgombault, qu’il me soit permis un bref témoignage personnel. J’ai créé La Nef fin 1990 dans la dynamique du motu proprio Ecclesia Dei du pape Jean-Paul II (1988). Durant ces quelque 33 années, notre Église a traversé des épisodes difficiles, notamment autour des questions liturgiques : pour moi, Fontgombault a toujours été un exemple, l’abbaye a représenté la ligne de crête à suivre entre la légitime résistance et la nécessaire obéissance au pape et à la Hiérarchie de l’Église. Encore aujourd’hui, aujourd’hui peut-être plus que jamais, cette ligne de crête est difficile à tenir, il est cependant indispensable de s’y maintenir. Merci à Fontgombault pour ce magnifique exemple d’esprit ecclésial et romain. Et merci à ses Pères Abbés, Dom Antoine Forgeot maintenant au Ciel et Dom Jean Pateau, pour leur confiance, leur soutien et leurs conseils tout au long de ces belles années. Merci de tout cœur !

Christophe et Elisabeth Geffroy

© Christophe Geffroy et Elisabeth Geffroy, mis en ligne le 18 septembre 2023

Source : LA NEF, le 18 septembre 2023

Sur les sommets, Marie transforme la montagne en sanctuaire

iStock/Getty Images Plus/Solovyova

Sur les sommets, Marie transforme la montagne en sanctuaire

En dix jours, les guides de haute montagne Guillaume Pierrel et Lucien Boucansaud, à 38 et 27 ans respectivement, ont enchaîné un total de 130 kilomètres et 16.000 m de dénivelé pour gravir les sept sommets du massif du Mont-Blanc (Alpes françaises) où trônent des statues de la Vierge Marie.

« Nous ne sommes pas chrétiens pratiquants, explique Guillaume Pierrel auprès du Figaro, mais nous voulions aller sur les traces de ces hommes qui ont installé ces statues, animés par une foi qui traduisait des valeurs et un amour de la montagne et de sa beauté ». Les deux amis sont partis de l’église de Courmayeur, côté italien, et sont arrivés à Chamonix.

Depuis l’âge d’or de la conquête des sommets au XIXe siècle, qui fut aussi le grand siècle marial par excellence, plusieurs madones ont été hissées à dos d’hommes sur sept sommets du massif du Mont-Blanc. La dernière en date a été installée au petit clocher du Portalet par un guide qui a d’ailleurs accompagné la cordée des deux Français dans l’ascension de ce sommet. Les deux alpinistes avaient planifié un itinéraire rigoureux. Ils ont notamment escaladé les mythiques sommets de l’Aiguille Noire de Peuterey, de la Dent du Géant, ou encore des Drus et du Grépon.

« Parfois, en montagne, il y a une petite madone qui est là, qui nous regarde et nous protège », rapporte aussi Guillaume. Et chaque fois, ces vierges silencieuses, ces dames d’en haut les ont accueillis, comme une rencontre « réconfortante ». « Ces madones sont belles, elles transforment la montagne en sanctuaire », ajoute Lucien.

Les deux alpinistes avaient opté pour redescendre chaque soir en vallée, dans un esprit d’ascension légère et très rapide. « Cela nous a permis de ne pas être dans les gros cumulus chargés de pluies ». Et sans doute d’éviter également les nuages chargés d’électricité. Les Vierges tranquilles témoignent d’ailleurs de ces violents orages de haute montagne où il vaut mieux ne pas s’être attardé dans les hauteurs. « Elles ont souvent des impacts de foudre au niveau de la tête ».

« Le projet est né suite à un bivouac au sommet du Grépon », raconte Lucien qui avoue son coup de cœur. « C’est la plus belle des Vierges, la reine des madones, elle porte une couronne et veille sur la vallée ». Cette statue a été installée par le célèbre Ravanel, dans les années 1920. Très croyant, il avait fait le vœu après une mésaventure en haute montagne où il avait failli perdre la vie, d’installer une Vierge au sommet de cette majestueuse pointe rocheuse. Une importante expédition accompagnée d’un prêtre avait hissé la statue en bronze au sommet du Grépon !

www.lefigaro.fr

Prions :

Je vous salue Marie, pleine de grâce ;
Le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen

Source : une minute avec Marie

L’image publique du pape a été détruite en Ukraine

Orest lyzhechka | Shutterstock

Du site (anglais) Aleteia.org :

Un dirigeant catholique ukrainien tente de sauver l’image du pape dans son pays

16/09/23

L’archevêque majeur de l’Église catholique ukrainienne a défendu le pape tout en déplorant certaines de ses déclarations les plus polémiques.

« L’image publique du Pape est détruite en Ukraine », a déclaré Sa Béatitude Sviatoslav Shevchuk, archevêque majeur de l’Église gréco-catholique ukrainienne, lors d’une conférence de presse tenue le 14 septembre 2023 à Rome, à l’occasion du synode de son Église d’Orient. Le représentant ukrainien a défendu le pontife en affirmant que le pape François leur avait dit : « Je vous assure : Je suis avec vous. »

Un synode d’espérance

Du 3 au 13 septembre, 45 évêques de l’Église gréco-catholique ukrainienne se sont réunis à Rome pour leur synode. Les prélats sont venus d’Ukraine, d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord et du Sud, d’Australie, là où se trouve la diaspora de leur pays. Cette assemblée, dont le thème était l’accompagnement des populations touchées par la guerre, était un « synode de l’espoir », a déclaré Mgr Shevchuk.

Pendant les 10 jours de travail, les participants au synode ont eu l’occasion de se rendre au Vatican pour une rencontre avec le Pape François le 6 septembre. La rencontre a duré deux heures, le pape ayant prolongé la réunion d’une heure pour « permettre aux évêques de s’exprimer », a déclaré Mgr Shevchuck.

Dans une déclaration publiée peu après, les évêques ont remercié le souverain pontife, tout en lui faisant part de la « souffrance » de leur peuple et d’une « certaine déception » face aux « malentendus » entre Kiev et Rome. Les commentaires du souverain pontife sur les dirigeants historiques russes lors d’une récente vidéoconférence avec de jeunes catholiques ont fortement marqué l’opinion publique ukrainienne.

Un accueil mitigé pour la diplomatie papale

Mgr Shevchuck est également revenu sur les propos d’un conseiller du président Volodymyr Zelensky, qui a critiqué l’action diplomatique du pape dans la presse italienne, affirmant qu’il était « philo-russe » et que sa volonté de jouer un rôle de médiateur n’était donc « pas crédible ».

L’archevêque majeur a expliqué que les diplomates ukrainiens au Saint-Siège et en Italie lui avaient assuré qu’il s’agissait de « l’opinion personnelle » du conseiller et non d’une déclaration officielle ukrainienne. « Je ne suis pas sûr que le gouvernement ukrainien ait fermé ses portes », a-t-il déclaré.

Le chef religieux ukrainien a néanmoins affirmé que la cote de popularité du souverain pontife avait récemment chuté de manière significative en Ukraine et que les sondages qui faisaient de lui le principal « leader moral » pour près de la moitié des Ukrainiens avant la guerre lui accordaient aujourd’hui une confiance de « 6 %, voire 3 % ». « L’image publique du pape a été détruite en Ukraine », a-t-il déploré, faisant écho aux propos de l’évêque latin de Kiev, Vitaliy Krivitskiy. Il a ajouté : « C’est un vrai problème pour l’Église catholique en Ukraine ».

Le pasteur catholique ukrainien a tenu à lutter contre ce rejet : « Il ne faut pas mépriser les amis ».

« Sans un soutien global de la communauté internationale, l’Ukraine ne résistera pas » et a affirmé sa confiance dans la formule de paix proposée par le cardinal Matteo Zuppi, l’envoyé du pape actuellement à Pékin.

Il a toutefois souligné la difficulté de la mission du cardinal, qui cherche à libérer les civils ukrainiens présents en Russie. Pour Moscou, accepter un tel accord – en particulier concernant les enfants – reviendrait à reconnaître qu’ils les ont enlevés, et donc qu’ils ont commis des crimes de guerre.

Mgr Shevchuck a relaté les propos du souverain pontife lors de leur rencontre, qui lui ont laissé une impression durable. « Vous doutez peut-être de la position du pape. Je vous assure que je suis avec vous : Je suis avec vous ». Il s’agit là d’un « message de consolation » pour eux, a-t-il déclaré, avant de poursuivre : « Maintenant, c’est à nous de convaincre notre peuple de ce message et de le transmettre.

Le représentant des catholiques ukrainiens a rappelé les 227 interventions publiques étonnantes du Pape en faveur de l’Ukraine depuis le début du conflit. Il a également souligné les 3 000 participants ukrainiens à la messe célébrée par les évêques gréco-catholiques le 10 septembre dans la basilique Saint-Pierre. La décision de tenir leur synode dans la capitale italienne a permis de « faire grandir la communion catholique », a-t-il déclaré. Cette Église orientale dont il est le chef est unie à Rome depuis la fin du XVIe siècle et sa séparation d’avec le patriarcat orthodoxe russe.

« Nous avons payé un prix très élevé pour cette communion. Aujourd’hui, cette communion catholique et universelle est la force de survie de notre peuple », a déclaré Mgr Shevchuck. Il a cité le cas du martyre de saint Josaphat (1580-1623), les « marques » de torture soviétique que portent encore certains évêques gréco-catholiques et le destin tragique d’un prêtre de 34 ans, Oleg Tsunovskyy, qui a perdu un bras et une jambe dans le conflit actuel.

Pour une paix juste et durable

L’archevêque de Kiev a expliqué que lors de leur rencontre, le pape a pu entendre le témoignage des évêques des diocèses les plus touchés par la guerre, notamment ceux d’Odessa, de Kharkhiv et de Donetsk – aujourd’hui exilés à Zaporijia. Il lui a été rappelé qu’aucun prêtre catholique – latin ou grec-catholique – ne travaille actuellement dans les territoires ukrainiens occupés par l’armée russe.

L’archevêque Shevchuk a défendu le souverain pontife, mais a semblé déplorer certaines de ses déclarations polémiques. Il a notamment cité la référence du pape à la « pax mongolica » du XIIIe siècle lors de sa récente visite en Mongolie.

Mgr Shevchuk estime que cela ne correspond guère à ce que les populations envahies et soumises par les Mongols – notamment celles d’Ukraine et de Pologne – ressentaient à l’époque. « On voit comment le mot paix peut changer de sens », a-t-il affirmé, rappelant que lorsque la Russie a envahi la Géorgie lors de la guerre russo-géorgienne de 2008, elle a présenté son action militaire comme une « pacification ».

Le chef religieux ukrainien a tenu à défendre une vision de la paix, reprenant les propos de l’envoyé du pape, le cardinal Zuppi : « La paix doit être juste et durable. Sinon, a-t-il prévenu, il ne s’agira que d’une « trêve ».

Au cours de sa rencontre avec le pape, Mgr Shevchuk a attiré une nouvelle fois son attention sur le souhait des gréco-catholiques ukrainiens de voir leur Église orientale, actuellement un grand archidiocèse, élevée au rang de patriarcat – le rang le plus élevé pour une Église orientale. Il a assuré le souverain pontife que, de leur point de vue, il ne s’agissait pas d’un « privilège » mais d’un modèle d’organisation ecclésiale qui correspondrait à leur réalité d’aujourd’hui.

Source: ALETEIA.ORG, le 16 septembre 2023

20.09.2023 – SAINTS DU JOUR

Sts André Kim

Sts André Kim

PAUL CHONG ET 101 COMP., MARTYRS († 1867)

Saints André Kim
et ses compagnons
Martyrs de Corée
(1839-1867)

Durant les quatre vagues de persécutions qui se succédèrent en Corée de 1839 à 1867, saint André Kim fut le premier prêtre coréen martyrisé pour sa foi.
Né en 1821, il mourut en Corée en 1846, à l’âge de 25 ans, après d’horribles tortures à l’exemple de son père, saint Ignace Kim, qui l’avait précédé dans le martyre, décapité lui aussi, neuf ans plus tôt.
Durant les années qui suivirent, 10.000 chrétiens allaient donner leur vie en témoignage.

En 1984, à Séoul, saint Jean-Paul II a canonisé André Kim, avec 102 prêtres et laïcs morts lors de ces persécutions de 1839-1846 et 1866-1867. Parmi eux, des enfants, 3 évêques et 7 prêtres français des Missions étrangères de Paris (rue du Bac).

Le groupe des martyrs est composé de : 

– Trois évêques français :
Laurent IMBERT,
Siméon BERNEUX,
Antoine DAVELUY ;
– Sept prêtres missionnaires français : 
Pierre MAUBANT,
Jacques CHASTAN,
Just Ranfer de BRETENNIERES,
Pierre Henri DORIE,
Louis BEAULIEU,
Martin Luc HUIN,
Pierre AUMAITRE ;

– André KIM TAEGON, premier prêtre coréen ;
– 92 laïcs, dont Paul CHONG HASANG, un des chefs de la communauté chrétienne.

Ils furent tous martyrisés en 1839, 1846 ou 1866.
Ils ont été béatifiés ainsi :
79 béatifiés le 5.7.1925 par Pie XI : 70 martyrs de 1839-1841 et 9 martyrs de 1846.
24 béatifiés le 6.10.1968 par Paul VI : martyrs en 1866.
24.05.1839 : Agathe Yi So-sa.
24.05.1839 : Anne Pak A-gi.
24.05.1839 : Augustin Yi Kwang-hon.
24.05.1839 : Barbara Han A-gi.
24.05.1839 : Damien Nam Myong-hyog.
24.05.1839 : Lucie Pak Hui-sun.
24.05.1839 : Madeleine Kim O-bi.
24.05.1839 : Pierre Kwon Tu-gin.
26.05.1839 : Joseph Chang Song-jib.
27.05.1839 : Barbara Kim.
27.05.1839 : Barbara Yi.
01.07.1839 : Sébastien Nam I-gwan.

Saints André Kim et compagnons priez pour nous !

20.09.2023 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 7,31-35.

En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « À qui donc vais-je comparer les gens de cette génération ? À qui ressemblent-ils ?
Ils ressemblent à des gamins assis sur la place, qui s’interpellent en disant : “Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé. Nous avons chanté des lamentations, et vous n’avez pas pleuré.”
Jean le Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : “C’est un possédé !”
Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.”
Mais, par tous ses enfants, la sagesse de Dieu a été reconnue juste. »

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Saint Grégoire le Grand (v. 540-604)

pape et docteur de l’Église

Livre XIII, SC 212 (Morales sur Job, trad. A. Bocognano, éd. du Cerf, 1974 ; p. 303-305)

Apprenez à devenir fous pour être sages devant Dieu

« Et que je ne trouve pas un seul sage parmi vous. » (Jb 17,10 Vg) Pourquoi, en effet appeler à la sagesse et souhaiter cependant de ne pas trouver sages [les amis de Job], sinon parce que ne peuvent venir à la véritable sagesse des hommes abusés par la suffisance de leur fausse sagesse ? C’est d’eux qu’il est écrit : « Malheur à vous qui êtes sages à vos yeux et devant vous-mêmes prudents ! » (Is 5,21) Et c’est à eux qu’il est dit encore : « Ne vous complaisez pas dans votre propre sagesse. » (cf. Rm 12,16 ; Pr 3,7) De là vient encore que, si le grand prédicateur [ Paul ] rencontrait des sages selon la chair, il leur demandait d’acquérir la vraie sagesse en commençant par devenir fous : « Si l’un d’entre vous, leur dit-il, se croit un sage au jugement de ce monde, qu’il se fasse fou pour être sage » (1 Co 3,18) et la Vérité dit elle-même : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, toi qui as caché ces choses aux sages et aux prudents et qui les as révélées aux tout-petits. » (Mt 11,25) Ainsi, comme ceux qui sont sages devant eux-mêmes ne peuvent parvenir à la véritable sagesse, le bienheureux Job, qui désire la conversion de ceux qui l’écoutent, est en droit de souhaiter de ne pas trouver parmi eux un seul sage, c’est-à-dire : apprenez à devenir fous devant vous-mêmes pour pouvoir être véritablement sages devant Dieu.

LECTURES :

Première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 3,14-16.

Bien-aimé, je t’écris avec l’espoir d’aller te voir bientôt.
Mais au cas où je tarderais, je veux que tu saches comment il faut se comporter dans la maison de Dieu, c’est-à-dire la communauté, l’Église du Dieu vivant, elle qui est le pilier et le soutien de la vérité.
Assurément, il est grand, le mystère de notre religion : c’est le Christ, manifesté dans la chair, justifié dans l’Esprit, apparu aux anges, proclamé dans les nations, cru dans le monde, enlevé dans la gloire !

Psaume 111(110),1-2.3-4.5-6.

De tout cœur je rendrai grâce au Seigneur
dans l’assemblée, parmi les justes.
Grandes sont les œuvres du Seigneur ;
tous ceux qui les aiment s’en instruisent.

Noblesse et beauté dans ses actions :
à jamais se maintiendra sa justice.
De ses merveilles il a laissé un mémorial ;
le Seigneur est tendresse et pitié.

Il a donné des vivres à ses fidèles,
gardant toujours mémoire de son alliance.
Il a montré sa force à son peuple,
lui donnant le domaine des nations.

NIGERIA – Un prêtre enlevé avec six autres personnes

Père Marcellinus Obioma Okide

Abuja (Agence Fides) – Un prêtre catholique, le Père Marcellinus Obioma Okide, a été enlevé à Udi, dans l’Etat d’Enugu, au sud-est du Nigeria.

L’enlèvement s’est produit sur la route Eke-Affa-Egede, dans la zone de gouvernement local de l’Etat d’Udi, à l’intérieur, à 17 heures, le dimanche 17 septembre.

Outre le prêtre, six autres personnes circulant sur la route visée par le gang criminel ont été enlevées.


Le prêtre, qui sert à la paroisse St. Mary Amofia-Agu Affar, retournait à sa paroisse lorsqu’il a été enlevé.


Dans un communiqué, le diocèse d’Enugu a appelé les fidèles catholiques à prier pour le prêtre enlevé, en espérant qu’il soit libéré rapidement et sain et sauf, et qu’il y ait une conversion du cœur de la part des ravisseurs.


Dans une déclaration signée par le père Wilfred Chidi Agubuchie, chancelier et secrétaire diocésain, il a déclaré qu' »il est décourageant que ces crimes continuent d’affliger notre peuple ».


Dimanche 17 septembre également, des hommes armés ont enlevé onze passagers, dont un employé de la Nigeria Television Authority (NTA), après avoir intercepté un véhicule de Benue Links se rendant d’Onitsha, dans l’État d’Anambra, à Makurdi, le long de la route Olanyega/Ogbodo, dans la zone de gouvernement local d’Okpokwu, dans l’État de Benue.

Cela confirme que le fléau des enlèvements, en particulier le long des routes, continue d’affecter de vastes régions du Nigeria. Le sud-est du pays est particulièrement touché, avec une augmentation des enlèvements à but lucratif. (LM)

Source : Agence Fides, le 19 septembre 2023

CHINE – « À vin nouveau, outres neuves ». La première congrégation de religieuses de Chine, dans la province de Shaanxi, célèbre les 100 ans de sa fondation

Xi’an (Agence Fides) – Une célébration vécue sous le signe de la gratitude, demandant au Christ lui-même de renouveler l’élan missionnaire des débuts, pour annoncer l’Évangile dans le vaste horizon de la Chine d’aujourd’hui : c’est dans cet esprit que les Sœurs Franciscaines Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus, première congrégation féminine chinoise de la province de Shaanxi en Chine continentale, ont partagé les célébrations du 100ème anniversaire de la fondation de leur institut religieux.

La célébration commémorative a eu lieu le 16 septembre, à la veille de la mémoire liturgique des stigmates de saint François, qui tombe le 17 septembre, coïncidant avec la date de la fondation.

Sept évêques de la province de Shaanxi, 120 prêtres et plus d’un millier de fidèles de diverses régions du pays, ainsi que des représentants de neuf congrégations féminines travaillant en Chine continentale ont participé à l’eucharistie solennelle, se rassemblant autour des sœurs franciscaines du Sacré-Cœur en ce moment si heureux et si important pour elles.

Le 17 septembre 1923, Eugenio Massi, OFM (1875-1944), Vicaire apostolique de Zhongjing (devenu Vicariat apostolique de Xi’an, capitale de la province et mission franciscaine historique en Chine), et le missionnaire franciscain espagnol Francisco Ormazabal ont fondé la première congrégation provinciale de femmes dans le but de confier la prédication de l’Évangile à des femmes consacrées locales.

La commémoration du 100e anniversaire de la fondation a débuté le 13 septembre par une veillée dédiée au Sacré-Cœur. Les 14 et 15 septembre, plusieurs réunions, cours et séminaires ont été organisés sur les thèmes de la mission et de la promotion des vocations.

Au cours de l’une des réunions, un clip vidéo réalisé par les sœurs et intitulé « Follow Me » a été présenté, qui contenait également les vœux et les félicitations des évêques de la province. Mgr Antonio Dang Mingyan, évêque du diocèse de Xi’an, a présidé l’eucharistie du 16 septembre.

Dans son homélie, il a passé en revue les 100 ans d’engagement missionnaire et caritatif des Sœurs Missionnaires du Sacré-Cœur, les exhortant à embrasser avec une nouvelle ferveur l’œuvre de l’annonce de l’Évangile du salut.

Les Missionnaires franciscains du Sacré-Cœur de Jésus consacrent leurs ressources humaines et spirituelles au service pastoral dans les paroisses, les orphelinats, les jardins d’enfants, les foyers pour malades du sida et une quarantaine de petites cliniques disséminées dans la campagne où ils soutiennent les soins de santé. Une petite imprimerie permet de produire des bulletins pour les paroisses et des subventions pour le travail apostolique, tandis qu’un petit atelier d’art qu’elles dirigent produit des images sacrées et des statues de saints et de la Vierge Marie.

Pour financer leurs initiatives, les sœurs produisent également des vêtements liturgiques et suivent toutes des formations, notamment pour obtenir l’agrément de l’État qui leur permettra d’enseigner la langue chinoise, la médecine traditionnelle et la peinture dans les lycées. (NZ)

Source : Agence Fides, le 19 septembre 2023

Pacem in Terris: le Pape appelle à un monde sans armes nucléaires

La conférence Pacem in Terris mardi 19 septembre coincide avec les huit ans du voyage du Pape à Cuba (19 au 28 septembre 2015).

Pacem in Terris: le Pape appelle à un monde sans armes nucléaires

En commémoration de la publication il y a soixante ans de l’encyclique « Pacem in Terris » du Pape Jean XXIII, l’Académie pontificale des Sciences sociales et l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo organise ce mardi 19 septembre une conférence sur les obstacles à la paix dans le monde. Dans un discours adressé aux participants, François a déploré la place toujours omniprésente aujourd’hui des armes nucléaires dans les conflits mondiaux. 

Alexandra Sirgant – Cité du Vatican 

Du 19 au 20 septembre, l’Académie pontificale des Sciences sociales et l’Institut de recherche sur la paix d’Olso organisent conjointement une conférence intitulée « Pacem in Terris: War and other Obstacles to Peace », afin de commémorer les soixante ans de l’encyclique de Jean XXIII. Considérée comme le testament de ce dernier, décédé deux mois après sa parution en 1963, l’encyclique sur la paix entre les peuples et les nations s’inscrivait dans un contexte de guerre froide, en pleine crise des missiles de Cuba. Hasard du calendrier, ce mardi 19 septembre marque également les huit ans du voyage du Pape François à Cuba et aux États-Unis, qui s’est déroulé du 19 au 28 septembre 2015.

Dans un discours adressé au cardinal Peter K.A. Turkson, chancelier de l’Académie pontifical des Sciences sociales, François a rappelé que cette conférence venait «à point nommé», alors que «le monde est en proie à une troisième guerre mondiale» et que «dans le cadre tragique de la guerre en Ukraine, la menace d’un recours à l’arme nucléaire persiste».

En soixante ans, une accélération du recours au nucléaire 

François appelle les participants à cette conférence à porter une attention particulière aux passages de « Pacem In Terris » consacrés au désarmement nucléaire. «En effet, a souligné le Saint-Père, la situation actuelle ressemble étrangement à la période qui a précédé « Pacem in Terris », lorsque qu’octobre 1962, avec la crise des missiles de Cuba, le monde a frôlé la destruction nucléaire généralisée». Le Souverain pontife a poursuivi en déplorant que depuis «cette menace apocalyptique», «non seulement le nombre et la puissance des armes nucléaires ont augmenté, mais d’autres technologies d’armement se sont développées, et le consensus de longue date sur l’interdiction d’utilisation des armes chimiques et biologiques est remis en question».

«C’est notre responsabilité à tous de maintenir vivante la vision « qu’un monde sans armes nucléaires est possible et nécessaire »» a rappelé François, en faisant allusion à son propre discours au Corps diplomatique du Saint-Siège du 10 janvier 2022.  

Le Pape s’est également penché sur les problèmes éthiques soulevés par «l’utilisation, dans les guerres contemporaines, d’armes dites « conventionnelles », qui ne devraient être utilisées qu’à des fins défensives et ne pas être dirigées contre des cibles civiles».

Le Souverain pontife a conclu en réitérant la prière d’espérance formulée par le Pape Jean XXIII en conclusion de son encyclique, selon laquelle «par la puissance et l’inspiration de Dieu, tous les peuples puissent s’embrasser comme des frères et sœurs, et que la paix à laquelle ils aspirent puisse fleurir et régner parmi eux».

Source : VATICANNEWS, le 19 septembre 2023

Schönborn: «La synodalité est le moyen de vivre la communion dans l’Église»

Le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne en Autriche.

Schönborn: «La synodalité est le moyen de vivre la communion dans l’Église»

Entretien de l’archevêque de Vienne avec les médias du Vatican sur l’assemblée générale du synode qui s’ouvrira à Rome le 4 octobre prochain. 

Andrea Tornielli – Cité du Vatican

«La synodalité est le modus operandi de la communion ecclésiale, de la participation qui touche également aux questions et aux décisions de gouvernance, aux aspects de la vie de l’Église. Le synode sur la synodalité est un synode sur la façon dont la communion ecclésiale est vécue de manière évangélique, le “marcher ensemble“ de tous les membres du peuple de Dieu». C’est par ces mots que le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, résume, dans un entretien accordé aux médias du Vatican, le point central de la prochaine assemblée synodale, en soulignant le lien entre le synode que l’Église vit actuellement et le synode de 1985 consacré à la communion ecclésiale. Un accent qui montre clairement que la communion et la recherche de l’unité – ut unum sint – précèdent les différences de positions, dans l’espoir qu’elles déterminent également la manière dont elles sont présentées et discutées.

Éminence, le premier des deux synodes sur la synodalité est sur le point de commencer: qu’attendez-vous de ce travail commun ?

Il peut se passer beaucoup de choses dans ce synode, nous ne le savons pas. Le Pape François nous a mis sur un chemin assez unique, celui de l’écoute et du discernement. Ce sont des choses qu’il faut toujours faire, ce sont des choses élémentaires pour la vie de l’Église, mais le Pape a mis un accent beaucoup plus explicite sur la question du discernement: qu’est-ce que le Seigneur nous montre ? Que veut-il pour nous aujourd’hui, pour l’Église ? Le synode est donc une tentative d’approfondir, d’apprendre, d’expérimenter ce chemin de discernement ».

Dans l’Église de Vienne, il y a quelques années, vous avez célébré un synode diocésain. Que s’est-il passé?

Je dois vous corriger un peu, car il ne s’agissait pas d’un synode diocésain. Le synode diocésain a des règles très précises fixées par le droit canonique. J’ai eu l’idée, et nous l’avons partagée avec beaucoup, d’emprunter une autre voie, celle des assemblées diocésaines. Nous en avons fait cinq, chacune avec 1 400, 1 500 délégués des paroisses, des institutions, des ordres, de toutes les réalités du diocèse. L’idée directrice était celle que le Pape François a mentionnée à plusieurs reprises, celle du concile des apôtres, que nous lisons dans les Actes des Apôtres. J’ai proposé au diocèse: parlons entre nous de manière ordonnée de ce que nous avons vécu de notre cheminement avec le Seigneur, de ce que Dieu nous a fait percevoir dans nos vies et dans nos paroisses.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans le déroulement de la démarche?

La méthodologie était celle des Actes des Apôtres. A l’époque, il y avait un problème, celui des païens devenus chrétiens: fallait-il les baptiser ou non? Et s’ils étaient baptisés, devaient-ils aussi assumer la loi juive ou la foi au Christ suffisait-elle? Pour résoudre cette question dramatique, ils ont écouté les expériences et discerné. Pierre a parlé, puis Paul et Barnabé, et enfin toute l’assemblée a écouté et prié. Finalement, ils sont parvenus à cette conclusion: « L’Esprit Saint et nous avons décidé… ». Lorsque le Pape François m’a demandé de faire une introduction pour le 50e anniversaire de l’institution du synode en 2015, dans la salle Paul VI, avant son célèbre discours sur la synodalité, j’ai dû faire une synthèse de ce qu’est le synode et j’ai parlé tout d’abord de l’expérience de l’Église primitive. Et je pense que ce chemin – le Pape François l’a souvent répété – le chemin à raconter, de l’écoute et du discernement est une bonne voie pour le cheminement synodal que nous sommes en train de vivre.

Quel est le bilan des assemblées diocésaines?

Ce que nous avons essayé de faire dans le diocèse a certainement approfondi la communion entre nous, encouragé les initiatives pastorales. Nous n’avons pas voté, ni pris de résolutions, ni publié de textes: nous avons seulement partagé la vie de l’Église à la lumière de nos expériences. Telle a été la méthode de ces cinq assemblées diocésaines. Ce fut une expérience très positive, dans une période difficile, car il y a eu tout le drame des abus et la crise de crédibilité de l’Église. Mais nous avons vraiment vécu une expérience forte de foi et de communion et cela nous a certainement aidés à aller de l’avant sans nous décourager.

« Synode sur la synodalité »: ce titre peut sembler éloigné de la sensibilité des gens, un titre un peu technique. Qu’en pensez-vous?

J’ai participé au synode de 1985 non pas en tant qu’évêque mais en tant que théologien. J’ai été l’un des théologiens qui ont collaboré à ce synode qui s’est tenu 20 ans après la clôture du Concile et dont le thème était la communion, la communio, un mot essentiel de Vatican II. Même ce synode n’avait pas de thème spécifique, mais c’était presque un synode sur la communion: la communio, comme note essentielle de l’Église, comme caractéristique de la vie ecclésiale. Et je pense que le synode sur la synodalité est quelque chose de similaire. La synodalité est très simple: c’est le modus operandi de la communion ecclésiale, la participation qui touche également aux questions et aux décisions de gouvernance, aux aspects de la vie de l’Église. Le synode sur la synodalité est un synode sur la façon de vivre de manière évangélique, d’une manière qui correspond à la vie de l’Évangile, à la communion ecclésiale, au “marcher ensemble“ du peuple de Dieu, de tous les membres du peuple de Dieu. Bien sûr, on peut dire que la plupart des synodes après 1965 ont eu un thème plus spécifique: par exemple, la pénitence ou la famille, comme nous l’avons eu en 2014-15. Mais je pense que ce thème de la synodalité est un pas de plus dans la réception du Concile Vatican II, de la communio et du modus operandi de la communio, la synodalité. Il ne faut pas non plus oublier que le “marcher ensemble“ de la synodalité ne se fait pas seulement dans le temps présent, mais aussi dans l’histoire. Ainsi, la synodalité signifie aussi se souvenir du chemin de ceux qui nous ont précédés dans la foi.

Le Pape François insiste sur le fait que le synode est fait de prière, d’écoute de la voix de l’Esprit Saint, d’écoute mutuelle et de discernement. Et il est différent du travail d’un parlement – tout aussi positif – qui est soumis à la logique de la majorité et de la minorité.

Vous avez dit que le travail d’un parlement est une chose positive. Nous sommes reconnaissants à tous les pays qui ont un parlement, un vrai parlement, une démocratie parlementaire. Je voudrais ajouter une petite note. Bien sûr, le parlement n’invoque pas explicitement le Saint-Esprit: dans certains parlements, il existe une tradition de prière, qui est rare, mais qui existe. Je pense à ce magnifique discours du Pape Benoît XVI au parlement de Londres, où il a mis en évidence que même dans une démocratie parlementaire, il y quelque chose qui tient du discernement… Il avait parlé de la conscience de Thomas Moore, qui devait adopter une attitude contraire à celle du roi, mais il avait surtout parlé d’une décision du parlement de Londres, sur l’abolition de l’esclavage, montrant comment les débats parlementaires avaient fait progresser la prise de conscience que l’esclavage était contraire à la dignité humaine. C’est pourquoi je voudrais ajouter un mot positif sur le travail du parlement. Le synode n’est certes pas un parlement, mais cela ne veut pas dire que le travail parlementaire n’est pas une bonne chose.

Pouvez-vous expliquer cette différence entre le synode et le parlement?

La différence est que la synodalité, la vie dans l’Église, est toujours une recherche de l’unanimité, non pas dans le sens parlementaire où tout le monde doit voter de la même manière – comme cela arrive dans les dictatures ou le communisme – mais comme une orientation vers l’unité. Il s’agit d’écouter la voix de l’Esprit Saint qui progresse dans la recherche de la vérité, dans la recherche du bien, jusqu’à la quasi-unanimité. C’est ce qu’ont fait les conciles et aussi les synodes que j’ai connus: la règle du synode est qu’il y a des votes, mais ceux-ci doivent obtenir les deux tiers des voix. N’oublions pas non plus que le synode est consultatif, ce n’est pas un organe législatif. Il s’agit d’écouter ensemble la voix de l’Esprit Saint. C’est pourquoi le Pape a voulu, tant pour le synode sur la famille que pour celui-ci sur la synodalité, deux étapes ou plusieurs étapes, locale, continentale, etc. Et à la fin deux réunions de l’assemblée synodale parce que c’est un chemin vers une unanimité qui doit toujours être ut sint cor unum et anima una, comme on dit de l’Église primitive: ils n’avaient qu’un cœur et qu’une âme. Cette concorde est le signe de l’Esprit Saint.

Que signifie concrètement « écouter la voix de l’Esprit »?

Le Pape nous a enseigné – et nous la pratiquons déjà avec succès – la méthode de l’entretien spirituel. En quoi consiste-t-elle? C’est s’écouter les uns les autres avec respect, avec accueil, pour arriver à un discernement, pour comprendre quelle est la volonté de Dieu. Et pour moi, j’étais impressionné par le fait que dans le document “Querida Amazonia“, le Pape François propose un écho au synode sur l’Amazonie, auquel j’ai pu assister. Il a dit à certains moments: ici je sens qu’il y a un manque de discernement, nous avons besoin de plus de discernement. Comment savons-nous que nous avons fait le discernement nécessaire pour arriver à une décision? C’est certainement l’art du gouvernement du Pape mais aussi de la concorde du synode, des membres du synode. Je pense donc que nous allons vivre une expérience ecclésiale forte dans cette écoute. Bien sûr, sur de nombreuses questions et de nombreux sujets, la liste est longue, il y aura beaucoup de temps pour la discussion et l’échange, mais toujours dans la perspective de l’écoute de l’Esprit.

Un élément certainement nouveau de ce synode a été la tentative d’impliquer et d’écouter largement les Églises locales, en associant les communautés et même ceux qui se sont éloignés de l’Église aux travaux. Cette méthode est-elle importante et, si oui, pourquoi?

Oui, il est important d’écouter aussi la voix de ceux qui ne sont pas « dedans », qui se sont éloignés, parce que cet écho nous permet de mieux discerner. Et puis écouter la voix des fidèles. Il suffit de lire le célèbre petit livre de St John Henry Newman sur l’écoute des fidèles en matière de foi. Ce petit livre écrit autour du Concile Vatican I est très important pour notre situation de recherche de la synodalité.

Que signifie écouter la foi du peuple de Dieu? 

C’est le sensus fidei. Bien sûr, cela ne se découvre pas dans les statistiques. Si nous ne faisons pas ce travail d’écoute du sensus fidei, nous n’écoutons pas l’Esprit-Saint parce que ce qui vit dans le sensus fidei du peuple de Dieu, on le voit, c’est le fond, le cœur de la foi de l’Église. Je pense à une expérience personnelle lorsque j’étais un jeune étudiant en théologie et que l’on nous enseignait toutes les idées de Bultmann et de l’Entmythologisierung (démythologisation, ndlr). Une remise en question radicale de la foi chrétienne. Je suis rentré à la maison et j’en ai parlé à ma mère qui m’a écouté et qui, au bout d’un moment, m’a regardé d’un air un peu surpris et m’a dit simplement ceci: « Mais si Jésus n’est pas le fils du Dieu vivant, notre foi est vide ». J’ai toujours dit que cette leçon de ma mère a été pour moi cette écoute du peuple de Dieu, la foi des gens simples. C’est pourquoi l’insistance du Pape François sur la religiosité populaire, sur la foi du peuple – une insistance que l’on retrouve déjà dans le document d’Aparecida – est très importante. Je me souviens du célèbre sermon du cardinal Ratzinger à l’époque de la crise avec Hans Küng, lorsqu’il a dit: la théologie qui ne se met pas humblement au service, à l’écoute de la foi du peuple de Dieu, n’est pas utile, c’est une gnose, mais ce n’est pas le service de la foi. Je pense donc que la méthode consistant à impliquer un grand nombre de fidèles et de personnes qui se sont éloignées de l’Église est importante pour le discernement.

La participation de membres non évêques et l’inclusion d’un nombre significatif de fidèles laïcs, et surtout de femmes, est une autre caractéristique de ce synode. En quoi la physionomie du synode change-t-elle et quelles en seront, selon vous, les conséquences?

Dans les synodes des 50 dernières années, il y a toujours eu des laïcs, hommes et femmes, qui ont participé en tant qu’experts, auditeurs et vérificateurs. Aujourd’hui, pour la première fois, un grand nombre de laïcs, hommes et femmes, sont membres à part entière du synode. Je pense que cela ne change pas fondamentalement la physionomie du synode, car il s’agit bien d’un synode d’évêques, la majorité reste des évêques, car la tradition synodale est avant tout celle de la rencontre des évêques de la région, de la nation, etc. J’ai participé à un bon nombre de synodes et je me souviens d’interventions d’hommes et de femmes, de laïcs, parmi les experts, parmi les auditeurs, qui ont profondément marqué les travaux. Cette fois-ci, un pas de plus sera franchi pour impliquer ces voix. Il y aura encore dans ce synode des experts, même des délégués d’autres Églises fraternelles. Je pense qu’il s’agit simplement d’un enrichissement. Mais il faut aussi se souvenir du synode créé par Paul VI il y a plus de 55 ans. Ce synode est conçu comme la voix de l’épiscopat de l’Église universelle auprès du successeur de Pierre. Nous le savons bien, il y a des votes et des scrutins très significatifs, mais ces votes sont l’expression du sensus fidelium, des attentes du peuple de Dieu qui sont finalement transmises au Pape pour son discernement ultérieur. Cette nouvelle participation ne change pas la substance du sens d’un synode postconciliaire.

L’une des conséquences de cette large participation a été l’inclusion dans l’Instrumentum laboris synodal de nombreux sujets qui ont été discutés pendant des décennies. Par exemple, l’appel à des réformes spécifiques pour une plus grande participation des laïcs et des femmes à la vie de l’Église, ou une nouvelle réflexion sur certains sujets liés à la théologie morale. Quel sera leur poids au sein du Synode?

Je ne peux pas répondre à cette question, nous verrons.  Ce que j’ai perçu, c’est que les synodes continentaux et aussi l’écho de nombreuses conférences épiscopales dans le monde insistent certainement sur la question de la participation des laïcs à la vie de l’Église. Il s’agit déjà d’un thème central du Concile Vatican II. La participation des laïcs est au cœur des intentions du Concile et il reste encore beaucoup à apprendre et à faire. Saint Jean XXIII avait déjà dit que la question des femmes dans la vie de l’Église est un des signes des temps, c’est une des grandes questions qui émergent dans le monde et cette thématique sera certainement présente. Cependant, je suis un peu sceptique quant au fait que la liste des sujets hautement débattus, en particulier dans le monde occidental sécularisé, soit si centrale pour l’ensemble de l’Église. J’en donne un exemple. Lors du synode sur l’Amazonie, certains groupes ont exercé une forte pression pour qu’une décision soit prise sur les viri probati, l’ordination sacerdotale des hommes mariés. On me reprochera peut-être d’en parler, mais cela a été dit au synode. Certains se sont interrogés: Comment se fait-il qu’il y ait jusqu’à 1 200 prêtres colombiens, un pays qui a beaucoup de vocations sacerdotales, qui vivent aux États-Unis et au Canada? Pourquoi cent ou deux cents d’entre eux ne partent-ils pas en Amazonie? Le problème du manque de prêtres serait résolu. Je pense donc qu’il faut parfois un peu plus de discernement et d’honnêteté pour voir la complexité des problèmes. En ce sens, je suis convaincu que le synode sera une occasion belle et forte, une opportunité de discerner ensemble ces questions.

La sécularisation progresse dans les sociétés occidentales, la transmission de la foi qui se faisait dans la famille semble s’être arrêtée. Comment revenir à l’annonce de l’Évangile dans ces contextes? Comment le prochain Synode peut-il y contribuer?

Vous l’avez dit, la transmission de la foi se faisait au sein de la famille. Il est vrai que si celle-ci ne se fait pas dans la famille, la transmission de la foi n’est pas impossible, mais elle est beaucoup plus difficile. C’est pourquoi le double synode 2014-15 sur la famille est très important pour la transmission de la foi. J’ai confiance que la transmission de la foi se fait et elle se fait parce qu’elle est l’œuvre du Seigneur. C’est le Seigneur qui appelle, qui invite, c’est le Seigneur qui agit dans le cœur des gens, qui attire comme Jésus l’a dit: « quand je serai élevé de la terre, j’attirerai tout le monde à moi ». Cette attraction de Jésus opère dans le monde entier, mais il y a aussi besoin de ceux qui aident à saisir cet appel, cette œuvre du Seigneur. Bien sûr, la sécularisation est un grand défi. Mais une fois de plus, je me souviens de Benoît XVI qui a dit des choses étonnantes sur la société sécularisée. Je me souviens que lorsqu’il s’est rendu en République tchèque, un pays très sécularisé, il a dit: ici, il y a aussi des occasions d’agir pour l’Esprit-Saint, d’être opérationnel. Et c’est vrai. La sécularisation n’est donc pas seulement un inconvénient, elle a aussi un côté positif, en ce sens que les questions existentielles personnelles se posent d’une manière peut-être plus directe. Le Seigneur est donc à l’œuvre. C’est cela l’Évangile: c’est une force de vie, il suscite la vie, et en ce sens, je suis convaincu que ce synode, malgré toutes les critiques qui ont déjà été formulées, sera un pas pour faire avancer la communion de l’Église.

Source : VATICANNEWS, le 19 septembre 2024

Mgr Gallagher: la paix entre Israéliens et Palestiniens profiterait à tous

Un char israélien est vu derrière le mur frontalier lors des affrontements entre les Palestiniens et les troupes israéliennes à la frontière orientale de la bande de Gaza, le 18 septembre 2023. (ANSA)

Mgr Gallagher: la paix entre Israéliens et Palestiniens profiterait à tous

Intervenant lors d’une réunion en marge de la 78e session de l’Assemblée générale des Nations unies, intitulée « Effort pour la Journée de la paix: Un effort pour la paix au Moyen-Orient », le secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les États et les organisations internationales, a souligné que le Vatican «accueille toute initiative de paix, à condition qu’elle ne porte pas préjudice aux populations locales ou aux revendications légitimes des Israéliens et des Palestiniens».

Vatican News

La situation dans les territoires où l’État d’Israël et l’État de Palestine sont aujourd’hui présents, ne laisse pas le Saint-Siège indifférent. Ses «intérêts dans cette région se concentrent essentiellement sur deux aspects: l’existence des lieux Saints du Seigneur Jésus, confiés par les papes à la Custodie des Frères Mineurs il y a plus de 800 ans; et surtout la présence ininterrompue et constante de la communauté chrétienne depuis 2000 ans», a souligné Mgr Paul Richard Gallagher.

La paix entre Isréeliens et Palestiniens 

En effet, le Saint-Siège reste «fermement convaincu» que «la paix entre Israéliens et Palestiniens», et plus généralement dans la région, «profiterait à l’ensemble de la communauté internationale». D’où son engagement, comme il en a toujours été, à «accueillir toute initiative de paix, à condition qu’elle ne porte pas préjudice aux populations locales ou aux revendications légitimes des Israéliens et des Palestiniens»,  affirmé le secrétaire du Saint-Siège pour les Relations avec les États et les organisations internationales.

Ces derniers – il faut le reconnaître honnêtement – sont aujourd’hui dans une position très faible, à la fois en raison de problèmes de gouvernance interne et de l’attitude de plus en plus autoritaire et militairement invasive de l’État d’Israël, a-t-il relevé.

Le statut de l’administration de Jérusalem 

Lors de cette réunion coparrainé par le Royaume d’Arabie saoudite, la Ligue des États arabes, l’Union européenne, la République arabe d’Égypte et le Royaume hachémite de Jordanie, Mgr Gallagher a déploré que le conflit israélo-palestinien fasse toujours l’objet de débats, «30 ans après la signature des accords d’Oslo, le 13 septembre 1993, qui laissaient entrevoir ce que serait la solution des deux États pour les deux peuples».

Il a particulièrement insisté sur le statut et l’administration de Jérusalem, «un point de désaccord central qui doit être abordé afin de parvenir à une paix stable et durable», expliquant que le Saint-Siège considère la ville sainte «non pas comme un lieu de confrontation et de division, mais comme un lieu de rencontre», où les chrétiens, les juifs et les musulmans peuvent vivre ensemble dans le respect et la bonne volonté. Mgr Gallagher a donc réitéré le soutien du Saint-Siège, à un «statut spécial» internationalement garanti pour Jérusalem, qui pourrait préserver et promouvoir le caractère multireligieux spécifique de la ville, sa dimension spirituelle, son identité unique et son patrimoine culturel.

«Il est évident que cette ville est très importante pour nous, chrétiens, ainsi que pour les juifs et les musulmans, qui la considèrent tous comme la ville sainte», a-t-il déclaré.

L’ntolérance contre des chrétiens 

Mgr Paul Richard Gallagher n’a pas caché sa tristesse de constater des «actes d’intolérance à Jérusalem, tels que ceux perpétrés récemment par certains extrémistes juifs contre des chrétiens». De tels actes, a-t-il suggéré, doivent être clairement condamnés par tous les gouvernements, en premier lieu le gouvernement israélien, poursuivis par la loi et empêchés à l’avenir par l’éducation à la fraternité.

Le Saint-Siège promeut l’idée d’un statut spécial depuis des années, car il est fermement convaincu que quiconque administre la ville de Jérusalem doit adhérer aux principes internationalement garantis, tels que: l’égalité des droits et des devoirs des fidèles des trois religions monothéistes (chrétiens, juifs et musulmans), la garantie absolue de la liberté de religion, d’accès et de culte dans les lieux saints.

Les appels au dialogue du Saint-Père 

Dans son intervention, il est également est revenu sur les appels répétés du Pape à un dialogue direct entre Israéliens et les Palestiniens, en abordant chacune des questions qui se sont compliquées au fil des ans, même celles qui semblent ne pas avoir de solution claire.

Il y a presque dix ans, le 8 juin 2014, le président israélien de l’époque, Shimon Peres, et le président palestinien, Mahmoud Abbas, se sont rencontrés au Vatican pour prier ensemble pour la paix. Ils ont, avec le Pape François, planté un olivier dans les jardins du Vatican. Après cette rencontre, «il me semble qu’il n’y a pas eu d’autres réunions de haut niveau similaires». Néanmoins, «nous continuons à arroser cet olivier, en attendant que les présidents des deux États, accompagnés de leurs gouvernements, reviennent pour récolter les fruits de la paix», a souhaité Mgr Gallagher.

La rencontre de 2014 dans les jardins du Vatican entre Shimon Peres, Mahmoud Abbas et le Pape François.

La rencontre de 2014 dans les jardins du Vatican entre Shimon Peres, Mahmoud Abbas et le Pape François.

Source : VATICANNEWS, le 19 septembre 2023