La liberté religieuse des catholiques en Chine est en danger

De Franca Giansoldati sur Il Messaggero via Il Sismografo :

Les États-Unis mettent en garde le Vatican : « La liberté religieuse des catholiques en Chine est en danger ».

« Je ne crois pas que le pape François soit aveugle à ce qui se passe en Chine, je pense plutôt qu’il n’est pas pleinement informé ». Nury Turkel, avocat américain d’origine ouïgoure et actuel président de la Commission américaine pour la liberté religieuse, ne cache pas sa « déception » face à l’ouverture de crédit que le Vatican continue d’accorder à Pékin malgré les nouvelles décourageantes provenant de nombreuses zones intérieures, où les catholiques qui refusent de souscrire aux règles édictées par l’Association patriotique (l’Église contrôlée par le Parti communiste) ont de gros problèmes avec la loi. Menaces, contrôles étouffants, pressions et, dans certains cas, restriction de leur liberté, pouvant aller jusqu’à la prison. Ce n’est pas la persécution musclée des camps de détention des Ouïghours, la minorité musulmane de Chine, mais la situation concernant le manque de liberté religieuse qui est également jugée alarmante par plusieurs cardinaux, missionnaires et évêques.

Ce matin, M. Turkel a eu un long entretien au Vatican avec le ministre des affaires étrangères du pape François, Monseigneur Paul Gallagher, pour discuter des effets négatifs de l’accord diplomatique signé avec le gouvernement de Pékin il y a quatre ans, dans le but de normaliser les nominations d’évêques. Ce qui s’est partiellement produit, même si le gouvernement de Pékin, suggère Turkel, tente ainsi de « siniser la religion » de manière rampante, en orientant le choix vers des évêques presque aplatis par le parti communiste. « Le problème de cet accord reste son caractère secret. Le gouvernement de Pékin ne veut pas que cela se sache ». La ligne de conduite du gouvernement chinois consiste à exercer une pression constante sur les chefs religieux, afin de guider la diffusion de la doctrine communiste par le biais de nominations. « Dommage que la religion soit autre chose et qu’elle se base sur la Parole, la Bible, les livres saints et non sur les directives du parti ».

Lors de la longue conversation au Vatican avec Monseigneur Gallagher, la grande question de Taïwan n’a pas été abordée. Pour le Saint-Siège, il s’agit d’un nœud diplomatique qui traîne en longueur depuis des années : l’île considérée comme rebelle par Pékin entretient des relations diplomatiques complètes avec le Saint-Siège depuis 1949, lorsque l’arrivée au pouvoir de Mao Tsé Toung a entraîné l’expulsion du nonce apostolique de l’époque, M. Riberi, qui a dû se réfugier à Formose. Les Chinois font depuis longtemps pression sur le Vatican pour qu’il révise les accords diplomatiques avec Taïwan, en déplaçant la nonciature de Taipei à Pékin, mais cette hypothèse ne semble pas se profiler à l’horizon pour le moment. « Nous n’avons pas parlé de ce sujet, le temps a manqué. Nous nous sommes uniquement concentrés sur les questions liées à la « liberté religieuse ».

Nury a ensuite raconté son histoire à un groupe de journalistes invités à l’ambassade des États-Unis. Il est lui-même né dans un camp de rééducation pendant la révolution culturelle chinoise : sa mère a été emprisonnée alors qu’elle était enceinte, tandis que son père était détenu dans un autre camp de travail agricole. « J’ai perdu mon père en avril de cette année et je n’ai même pas pu le pleurer ».

M. Nury a également qualifié d' »homme de paix et de courage » le cardinal émérite de Honk Kong, Zen Ze Kiung, qui a récemment été condamné par un tribunal pour avoir aidé des manifestants lors de manifestations contre l’introduction d’une législation sur la sécurité dans l’ancien protectorat britannique. Le cas de Zen pour moi reste emblématique. Selon lui, il n’y a toutefois aucun signe indiquant que le Vatican souhaite annuler l’accord avec la Chine.

Source : Il Messaggero via Il Sismografo, le 12 janvier 2023

Les dons de Joseph Ratzinger aux catholiques chinois

par Gianni Valente
Rome (Agence Fides) – Une fois par an, depuis 15 ans, les catholiques du monde entier sont invités à prier pour les frères et sœurs de l’Église en Chine. Cela se passe le 24 mai, jour où l’on célèbre la mémoire liturgique de la Sainte Vierge Marie « Auxiliatrice », vénérée avec ce titre dans le sanctuaire national de Notre-Dame de Sheshan, près de Shanghai.
La journée de prière pour l’Église en Chine a été instituée par le Pape Benoît XVI dans sa lettre aux catholiques chinois en 2007. 
Joseph Ratzinger a toujours perçu que l’aventure vécue par les catholiques en Chine a un rapport particulier avec le cœur battant du mystère de l’Eglise. Et avant même de devenir évêque de Rome, il a également contribué de manière décisive à orienter les choix du Saint-Siège sur les événements souvent tributaires du catholicisme en République populaire de Chine.  
Au début des années 1980, au début de la longue période qu’il a passée à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal bavarois de l’époque avait dirigé le travail de discernement le plus pertinent mené par le Saint-Siège concernant la condition de l’Église catholique dans la Chine contemporaine.
Au cours de ces années, alors que les traumatismes de la Révolution culturelle étaient lentement surmontés et que Deng Xiaoping poursuivait sa politique de « réouverture » économique au monde, les palais du Vatican manquaient souvent d’informations et de coordonnées pour reconnaître ce qui arrivait réellement aux catholiques chinois. À ce moment historique, le dicastère doctrinal du Saint-Siège, dirigé par le cardinal Ratzinger, a mené une étude approfondie de deux ans, qui s’est terminée en 1985 et a affirmé que les ordinations épiscopales qui avaient eu lieu en Chine depuis 1958 sans le consentement du Pape, bien qu’illégitimes d’un point de vue canonique, devaient néanmoins être considérées comme valides. L’étude a constaté que les rites de consécration avaient été manipulés, mais que les conditions formelles et matérielles minimales, c’est-à-dire les gestes et les formules nécessaires pour assurer la validité sacramentelle d’une ordination épiscopale, avaient néanmoins été respectées.
C’est précisément l’étude doctrinale approfondie menée sous la supervision de Joseph Ratzinger qui a favorisé la large disponibilité du Saint-Siège à accepter la majorité des demandes des évêques ordonnés sans mandat pontifical qui, dans ces années-là, demandaient au pape de faire légitimer leur ordination épiscopale par le Saint-Siège.
L’étude signée par Ratzinger en tant que Préfet de la Congrégation de la Doctrine de la Foi concernant la validité des ordinations épiscopales chinoises est, sur le plan dogmatique, doctrinal, théologique et pastoral, l’acte ecclésial le plus contraignant exprimé par le Saint-Siège concernant la condition de l’Église en Chine au cours des dernières décennies

Cette enquête a reconnu et attesté le fait que les connotations catholiques de l’expérience ecclésiale chinoise n’avaient pas été déformées ou dénaturées par les conditionnements subis en raison des contingences historiques. Et cette reconnaissance serait en mesure d’orienter les choix à faire à partir de ce moment-là également dans les relations avec les autorités politiques et le contexte chinois, en ayant toujours comme objectif suprême le salut des âmes. 

L’étude doctrinale réalisée dans les années 1980 est devenue le critère d’inspiration à partir duquel a été tracé, malgré de nombreux contretemps en cours de route, le chemin qui a conduit à l’accord provisoire conclu en 2018 entre le Saint-Siège et le gouvernement de Pékin sur les mécanismes de sélection et de nomination des nouveaux évêques catholiques chinois.

En tant que pape, Benoît XVI a publié en 2007 la lettre aux catholiques chinois mentionnée plus haut. Ce document représente l’un des sommets de son magistère papal, et constitue la déclaration magistérielle la plus pertinente que le Siège apostolique ait réservée à l’Église de Chine au cours des dernières décennies. 

Dans sa lettre aux catholiques chinois, Benoît XVI a notamment réaffirmé que « malgré de nombreuses et graves difficultés, l’Église catholique en Chine, par une grâce spéciale de l’Esprit Saint, n’a jamais été privée du ministère de Pasteurs légitimes qui ont conservé intacte la succession apostolique ». Ainsi, il a été reconnu que les événements historiques troublés en Chine n’avaient pas provoqué de fractures irrémédiables dans la structure ecclésiale concernant la sacramentalité et l’apostolicité de l’Église. Ce qui s’est passé, c’est que certains évêques, « ne voulant pas être soumis à un contrôle indu exercé sur la vie de l’Église et désireux de maintenir une pleine fidélité au Successeur de Pierre et à la doctrine catholique, se sont vus contraints de se faire consacrer clandestinement […]. À l’inverse, d’autres pasteurs, poussés par les circonstances particulières, ont consenti à recevoir l’ordination épiscopale sans mandat pontifical, mais, par la suite, ils ont demandé de pouvoir être accueillis dans la communion avec le Successeur de Pierre et avec leurs autres frères dans l’Épiscopat ». Dans cette Lettre, Benoît XVI rappelait également que « la clandestinité ne fait pas partie de la normalité de la vie de l’Église », et souhaitait que même les évêques dits « clandestins », empêchés ou entravés dans l’exercice de leur ministère épiscopal par des appareils politiques, puissent être reconnus comme des pasteurs légitimes « par les Autorités gouvernementales, avec aussi tous les effets civils – autant qu’ils sont nécessaires – et que tous les fidèles puissent exprimer librement leur foi dans le contexte social dans lequel ils vivent ». La même Lettre espérait également « un accord avec le gouvernement pour résoudre certaines questions concernant le choix des candidats à l’épiscopat » et pour trouver une harmonisation entre les circonscriptions et provinces ecclésiastiques et les nouvelles subdivisions de l’administration civile. 
Il a été répété, dans le sillage de Matteo Ricci, que « l’Église catholique ne demande aujourd’hui aucun privilège à la Chine et à ses autorités politiques », et que même « l’Église catholique en Chine a pour mission non pas de changer la structure ou l’administration de l’État, mais d’annoncer le Christ aux hommes », qui « reconnut le pouvoir civil et ses droits quand il ordonna de payer le tribut à César; il rappela clairement qu’il faut respecter les droits supérieurs de Dieu ».

En 2010, dans le livre-interview Luce del mondo (Lumière du monde), écrit avec Peter Seewald et publié par Libreria Editrice Vaticana, Benoît XVI, parlant des événements de l’Église en Chine, a souligné que c’était précisément « le vif désir d’être en union avec le Pape qui a toujours été présent chez les évêques ordonnés de manière illégitime ». Cela leur a permis à tous de parcourir le chemin de la communion, sur lequel ils ont été accompagnés par le patient travail effectué avec chacun d’entre eux individuellement ».

En tant que Pape, le 7 mai 2008, Joseph Ratzinger était présent dans la salle Paul VI du Vatican au concert de l’Orchestre philharmonique de Chine de Pékin et du Chœur de l’Opéra de Shanghai, qui ont interprété le Requiem de Mozart et des chants populaires chinois pour Benoît XVI. À cette occasion, le Pape a salué Deng Rong, fondatrice de l’Orchestre et fille de Deng Xiaoping, et l’ambassadeur de la République populaire de Chine en Italie. À ce jour, cela reste la seule rencontre publique entre un Pape et un représentant officiel du gouvernement de la République populaire de Chine.
En tant que Pape, Joseph Ratzinger a autorisé la reprise d’un dialogue direct avec les autorités de Pékin sur la question des ordinations épiscopales chinoises. Le 26 février 2020, le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Collège des cardinaux, a envoyé une lettre à tous les cardinaux du monde dans laquelle il se réfère à des documents consultés en personne aux Archives actuelles de la Secrétairerie d’État, qui attestent que  » le Pape Benoît XVI avait approuvé le projet d’accord sur la nomination des évêques en Chine, qui ne pouvait être signé qu’en 2018 « .(Agence Fides 4/1/2023)

Source : AGENCE FIDES, le 4 janvier 2023

Quatre questions sur le renouvellement de l’accord Chine-Vatican

POPE AUDIENCE
Antoine Mekary | ALETEIA | i.Media

Quatre questions sur le renouvellement de l’accord Chine-Vatican

Le Saint-Siège et la Chine ont renouvelé pour la seconde fois l’accord de 2018 sur la nomination des évêques, a indiqué le Bureau de presse du Saint-Siège le 22 octobre 2022. Aucun changement n’a été annoncé dans l’accord, dont les termes précis n’ont pas été dévoilés et qui reste donc valable ad experimentum pour deux ans. 

Le Saint-Siège a annoncé le renouvellement pour deux ans de l’accord avec la Chine sur la nomination des évêques, un pacte critiqué par certains mais considéré comme inévitable par Rome. Retour en quatre questions sur les grands enjeux de cette annonce.

1. QUE COMPREND CET ACCORD PASTORAL ?

Il s’agit d’un accord strictement pastoral – et donc sans valeur diplomatique officielle – signé par la République populaire de Chine et le Saint-Siège en 2018. Ses termes sont secrets, mais il a été dévoilé dès le départ qu’il portait sur la nomination des évêques catholiques en Chine. Valable seulement pour deux ans « à titre expérimental », il a été renouvelé une première fois en 2020. 

L’accord a tout d’abord permis en 2018 de réintégrer six évêques excommuniés qui avaient officiellement demandé pardon à l’Église, et à six évêques non reconnus par Pékin de l’être désormais. L’Église a pour cela dû accepter le processus de sélection « démocratique » des évêques par l’Association patriotique (liée au Parti communiste chinois) des catholiques de chaque diocèse. Cependant, le candidat choisi en Chine est ensuite systématiquement présenté au Pape, lequel doit donner l’approbation finale. Le Pape peut exercer un droit de veto si le candidat ne lui convient pas. Six évêques de « l’Église clandestine » ont désormais rejoint l’Église officielle. L’accord a aussi conduit à modifier le tracé de certaines régions ecclésiastiques. Il est possible qu’il y ait d’autres dispositions présentes dans l’accord, mais elles ne sont pour l’heure pas connues. 

2. POURQUOI L’ACCORD EST-IL ENCORE RENOUVELÉ ?

Alors que les négociations sur le renouvellement n’avaient pas encore commencé, toutes les parties impliquées, à Pékin comme à Rome, ont manifesté dès le début de l’été un souhait commun de voir l’accord être renouvelé une seconde fois, le cas d’une adoption définitive ne semblant pas encore envisageable. Le pape François en personne a signifié son souhait d’une prolongation dans un entretien à l’agence britannique Reuters effectué le 2 juillet, affirmant que le processus de nomination des évêques était lent, mais que cette lenteur était préférable à la « situation bloquée » qui existait jusqu’alors.

Sans accord, il n’y aurait plus d’Église catholique en Chine.

« Sans accord, il n’y aurait plus d’Église catholique en Chine », insistait pour sa part en août dernier le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin, à qui le pape François a confié personnellement l’épineux dossier des relations avec Pékin. Le bras droit du Pape assurait en outre que l’accord n’omet pas « les éléments fondamentaux et inaliénables de la doctrine chrétienne » et que les évêques nommés sont d’ « authentiques pasteurs ». Il affirmait aussi, sans les dévoiler, que des « pas en avant » avaient été effectués ces dernières années dans le dialogue entre la Chine et le petit État romain. 

De son côté, la Chine avait officiellement ouvert la porte à un renouvellement de l’accord par l’intermédiaire du porte-parole du ministre des Affaires étrangères Zhao Lijian le 6 juillet dernier. Celui-ci avait alors souligné que du point de vue de Pékin, l’accord avait été « mis en œuvre avec succès grâce aux efforts des deux parties ». Cependant, il faut noter que la Chine a semblé la plupart du temps se désintéresser de l’accord ces deux dernières années. 

3. QUEL POIDS A JOUÉ L’ARRESTATION DU CARDINAL ZEN ?

L’arrestation le 11 mai dernier du cardinal hong-kongais Joseph Zen, plus grand adversaire de Pékin au sein de l’Église catholique a été un contre-temps inattendu dans le rapprochement opéré par le Saint-Siège vis-à-vis de l’appareil chinois dirigé par le président Xi Jinping. L’évêque émérite de Hong Kong a été l’une des voix les plus critiques contre l’accord, qu’il voit comme une trahison de l’Église vis-à-vis de l’Église souterraine chinoise – la communauté catholique qui refuse d’être sous contrôle du Parti communiste.

Devenu persona non grata au Vatican, où, malgré son statut de cardinal, l’accès au pape François lui a été refusé, le cardinal Zen s’en était pris au cardinal Parolin, l’accusant de manipuler le pontife, et avait encouragé les catholiques chinois « à se retirer dans les catacombes ». Son arrestation – en tant que membre du conseil d’administration d’une association de soutien aux manifestants qui s’oppose à l’emprise grandissante de Pékin sur Hong Kong – en fait une figure de martyr pour les défenseurs de la liberté de culte qui se sont empressés de demander au Vatican un réel soutien.

Discrétion du Vatican sur le procès du cardinal Zen

Mais l’inculpation sur des motifs très politiques du cardinal chinois n’a jamais constitué un casus belli entre Rome et Pékin. Le Saint-Siège, sans éviter le sujet, a fait preuve d’une très grande discrétion sur le procès du cardinal Zen, se contentant de dire qu’il était « préoccupé » et qu’il suivait de « très près » l’affaire. Interrogé sur cette arrestation au retour du Kazakhstan en septembre, le pape François a évité la question et décrit le cardinal comme « une personne âgée » qui dit « ce qu’il ressent ».

La Chine a pour sa part rapidement indiqué que la procédure lancée contre le cardinal Zen n’avait rien à voir avec sa foi catholique. Et alors que ce dernier avait été arrêté pour trahison d’une puissance étrangère selon les principes de la loi sur la sécurité imposée par Pékin en Chine il y a deux ans, le cardinal Zen s’est finalement retrouvé inculpé pour une simple erreur administrative, risquant au maximum quelques milliers d’euros d’amende. 

En somme, les deux parties semblent avoir tout fait pour que le renouvellement de l’accord ne souffre pas de cet événement.

4. UN SIGNE DE RAPPROCHEMENT OU DE STAGNATION ?

Dans les mois qui ont précédé le renouvellement de l’accord, le cardinal Parolin a, à de nombreuses reprises, exprimé le souhait de voir l’accord évoluer. Dans le processus de sélection, un pas semble avoir été effectué. Le pape François a évoqué le travail d’une « commission bilatérale vaticano-chinoise » en charge de l’« entreprise gigantesque » que représente selon lui le dialogue avec la Chine. Plusieurs médias ont affirmé que les représentants du Pape pourraient un jour quitter Hong Kong et s’installer à Pékin, un rapprochement qui serait significatif mais qui pour l’heure n’a pas été effectué. Et même si le Vatican est encore très loin de l’établissement d’une relation bilatérale avec la Chine, le maintien d’un accord ad experimentum est déjà le signe d’une normalisation positive des rapports. 

Interrogé après l’annonce, le cardinal philippin Luis Antonio Tagle, qui est en charge de l’évangélisation auprès du Pape à Rome, a mis en avant les avancées effectuées ces dernières années en Chine. « De nombreux signes attestent que de nombreux catholiques chinois ont saisi l’inspiration suivie par le Saint-Siège dans le processus en cours », se réjouit-il, mettant en avant le dynamisme des paroisses et communautés « dans toute la Chine ». Il témoigne que dans celles-ci, « de nombreux nouveaux baptêmes, même parmi les adultes » sont célébrés et se réjouit de l’existence d’une « communion ecclésiale qui transcende les frontières », citant notamment le rôle joué par les expatriés chinois catholiques qui finance la construction d’églises et de chapelles. 

Cependant, le cardinal philippin reconnaît aussi l’existence de « souffrance » résultant de « pressions et interférences inappropriées » au sein de l’Église en Chine. Le cardinal Parolin assure pour sa part ne pas vouloir masquer ces difficultés, évoquant des « diocèses dans lesquels, malgré tous les efforts et la bonne volonté, aucun dialogue fructueux n’existe avec les autorités locales ».

Un bilan encore maigre

De plus, si le secrétaire d’État a évoqué des « pas significatifs » effectués ces dernières années, il reste qu’en l’absence d’annonces officielles, son souhait de voir l’accord évoluer n’a pas été exaucé. 

Et le bilan de l’accord est pour l’heure bien maigre : en quatre ans, seulement six nominations d’évêques ont pu être effectuées dans un pays qui compte 108 diocèses , dont 69 sont vacants et un certain nombre ont des évêques très âgés. « Nous espérons sincèrement qu’au cours du prochain exercice biennal, nous pourrons continuer à identifier, selon la procédure établie, de bons candidats à l’épiscopat pour l’Église qui est en Chine », déclare le cardinal Parolin.

Cependant la Chine n’a pour l’instant guère montré depuis de signes probants de sa volonté de faire évoluer la relation avec le Saint-Siège. Le dernier exemple est son refus d’organiser une rencontre au Kazakhstan, à Nour-Soultan, entre le Pape et Xi Jinping en septembre dernier lorsque les deux hommes se sont retrouvés, le temps de quelques heures, dans la même ville.

Source: ALETEIA, le 22 octobre 2022

Les bas-reliefs de Kong Wang Shan: témoins de la présence chrétienne en Chine ?

Vue d'ensemble du bas-relief de Kong Wang Shan Vue d’ensemble du bas-relief de Kong Wang Shan  

Les bas-reliefs de Kong Wang Shan, témoins de la présence chrétienne en Chine?

Des roches sculptées il y a 1900 ans, considérées des siècles durant d’origine bouddhiste, pourraient en réalité être un témoignage de la présence des premiers chrétiens dans le pays.

Claire Riobé – Cité du Vatican

L’hypothèse est ambitieuse, mais suscite à Rome un vif intérêt. À l’occasion d’un colloque interdisciplinaire sur l’histoire des premiers siècles de l’Église, organisé du 27 au 29 octobre 2021 à proximité du Vatican, le scientifique Shueh-Ying Liao a fait part de ses recherches sur l’origine de la célèbre fresque de Kong Wang Shan. Les bas-reliefs chinois, considérés pendant des siècles comme d’origine bouddhiste, font de nouveau l’objet d’une étude plus approfondie depuis les années 1980. Ils pourraient en réalité témoigner de la présence des tout premiers chrétiens en Chine, explique le chercheur de l’université Bordeaux-Montaigne.

Un trésor archéologique inestimable  

Le colloque «Enquête sur l’histoire des premiers siècles de l’Église» a été initié par le Comité pontifical des Sciences historiques, en collaboration avec l’Université Catholique de Lyon. Il avait pour objectif d’élargir le périmètre de la recherche historique bien au-delà du bassin méditerranéen, en permettant notamment à des chercheurs aux origines variées de présenter l’objet de leurs travaux.

On apprend que des traces du christianisme antique ont été identifiées jusqu’en Inde et en Chine, terres qui, selon la tradition, ont été évangélisées par l’apôtre Thomas. Il en est ainsi des bas-reliefs de Kong Wang Shan, situés dans l’enceinte de l’ancienne ville portuaire de Lianyun (Est du pays), sur la mer de Chine. S’étalant sur 20 mètres de roche, la frise se compose d’un ensemble de plus d’une centaine de sculptures, gravées entre l’an 58 et 75 de notre ère.

Véritable trésor archéologique, admirablement conservée, elle aurait été commandée par le prince Liu Ying, demi-frère de l’empereur Han Mingdi. Selon Shueh-Ying Liao, «c’est la plus ancienne frise conservée en Chine actuellement», qui «n’a pas son équivalent archéologique ou littéraire» aujourd’hui.

Une origine bouddhiste «peu probable»

Les bas-reliefs de Kong Wang Shan ont fait l’objet d’études successives de la part d’archéologues et chercheurs depuis les années 1980. Si la majorité des chercheurs chinois pense toujours que cette frise signe l’arrivée du bouddhisme en Chine, une autre hypothèse est aujourd’hui avancée. C’est d’ailleurs «le vide laissé par la recherche dans ce domaine», qui a poussé Shueh-Ying Liao à approfondir l’hypothèse d’une origine chrétienne de la célèbre frise.

Le chercheur Pierre Perrier, dans son ouvrage L’apôtre Thomas et le prince Ying, a été un des premiers à remettre en question l’attribution bouddhiste ou taoïste des bas-reliefs de Kong Wang Shan. La logique des figures gravées dans la pierre, avance-t-il, ne devient compréhensible que lorsque l’on prend en considération le judéo-christianisme et la culture parthe.

Le témoignage d’une première persécution religieuse

Pierre Perrier défend depuis la thèse suivante : le thème de la frise est la prédication évangélique initiale de l’apôtre Thomas. Arrivé dans l’Empire impérial par la mer de Chine, depuis le sud de l’Inde, il aurait été accueilli par le Prince Ying. Des propos que corrobore, de son côté, Shueh-Ying Liao. La mort du prince Ying, assassiné sur ordre de l’empereur Ming après gravure de la frise, pourrait être considérée comme «la première persécution religieuse d’un culte divin barbare» en Chine.

Si toute la lumière n’a pas encore été faite sur les origines des bas-reliefs de Kong Wang Shan, leur intérêt pour l’histoire des premiers siècles de l’Église s’en trouve renforcé. Et permet de nous éclairer sur la formation de la chrétienté en Asie mineure. 

Source: VATICANNEWS, le 29.10.2021

Le clergé chinois contraint de«déclarer son amour» au Parti communiste ?

Chinese President Xi

GREG BAKER / AFP – Portrait de Xi Jinping.

Le clergé chinois contraint de«déclarer son amour» au Parti communiste ?

Le gouvernement chinois a publié un nouveau décret dans lequel il est demandé aux prêtres et religieux chinois de montrer « leur amour au Parti communiste ».

En matière de contrôle et de violence envers l’Église catholique de Chine, le gouvernement n’en est pas à son coup d’essai. Un nouveau décret oblige désormais les prêtres et religieux chinois à montrer leur « amour pour le Parti communiste », rapporte le journal catholique allemand Die Tagespost. Cinq religions sont officiellement reconnues et autorisées en République populaire de Chine : le bouddhisme, le taoïsme, l’islam, le catholicisme et le protestantisme. Mais qui dit autorisation ne dit pas liberté.

Ce décret, appelé « Ordonnance n °15 », a été publié en janvier par le Bureau national des affaires religieuses de Pékin pour « l’administration » des institutions religieuses. D’après ce document, les ecclésiastiques sont tenus de « maintenir l’unité nationale, l’unité ethnique, l’harmonie religieuse et la stabilité sociale ». Ils ne doivent pas « mettre en danger la sécurité nationale » ou « saper l’unité nationale » et « diviser le pays ». Il est également prévu que mes célébrations religieuses doivent répondre à des normes édictées par le Parti communiste.

Concrètement, parmi les différentes mesures, chaque membre du clergé chinois va se voir attribuer un code numérique personnalisé à douze chiffres faisant partie d’un système de notation. S’ils ne se conforment aux exigences du Parti communiste chinois, ils perdront leur autorisation à poursuivre leur activité pastorale et pourront encourir des sanctions. Au-delà de l’Église catholique, toutes les religions sont concernées t compris les lamas bouddhistes, les représentants des différentes églises chrétiennes ainsi que les imams.

Source: ALETEIA, le 18 avril 2021

Parolin: l’accord avec la Chine a été recherché par tous les Papes récents

Des fidèles catholiques priant devant la Basilique Notre-Dame de Sheshan à Shanghai. Des fidèles catholiques priant devant la Basilique Notre-Dame de Sheshan à Shanghai.  

Parolin: l’accord avec la Chine a été recherché par tous les Papes récents

Le secrétaire d’État du Saint-Siège est samedi à Milan pour célébrer le 150ème anniversaire de la présence de l’Institut pontifical pour les Missions étrangères en terre chinoise. «Pour que le dialogue porte des fruits plus consistants, il est nécessaire de le poursuivre. Au cours de ces deux années, j’ai remarqué des signes de rapprochement entre les catholiques chinois qui ont longtemps été divisés sur de nombreuses questions», a déclaré le cardinal Pietro Parolin. 

Vatican News

L’accord provisoire que le Saint-Siège a signé avec la République populaire de Chine et qui concerne la nomination des évêques, «est seulement un point de départ», qui a donné quelques résultats: pour que «le dialogue porte des fruits plus consistants, il faut le poursuivre», a déclaré le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège dans son discours d’ouverture à la conférence organisée à Milan par le Centre missionnaire PIME sur «Une autre Chine. Temps de crise, temps de changement».

Le congrès célèbre les 150 ans de présence des missionnaires de l’Institut pontifical pour les Missions Étrangères en Chine. À cette occasion, le cardinal Parolin a ainsi rappelé ce que le cardinal Giovanni Battista Re avait déjà écrit, à savoir que Benoît XVI avait approuvé le projet d’accord sur la nomination des évêques qui ne fut finalement signé  plusieurs années après sa renonciation.

La tentative de Pie XII

L’intervention du cardinal s’est déployée à travers l’histoire, en commençant par la présence inoubliable du jésuite Matteo Ricci en Chine à la fin du XVIe siècle, puis en rappelant l’arrivée des missionnaires de l’Institut pontifical pour les Missions étrangères il y a un siècle et demi dans le Henan. Le cardinal Parolin a ensuite cité les tentatives de dialogue qui ont eu lieu après le début de la République populaire de Chine avec la montée au pouvoir de Mao. «Le 17 janvier 1951, les autorités ont invité quelques évêques et prêtres catholiques à une réunion à laquelle ont également participé le premier ministre et le ministre des affaires étrangères, Zhou Enlai. Il a assuré que les catholiques pouvaient continuer à suivre l’autorité religieuse du Saint-Père, mais qu’ils devaient s’assurer de la pleine loyauté patriotique envers leur pays», a déclaré le Secrétaire d’État. 

«Commence alors la tentative de rédaction d’un document contenant ces deux principes, à laquelle participent non seulement les évêques et les prêtres, mais aussi le secrétaire de l’internonce Antonio Riberi: ce dernier l’envoie à Pékin précisément pour qu’il puisse participer à la tentative. Cela montre que dès le temps de Pie XII, le Saint-Siège a ressenti le besoin de dialogue, même si les circonstances de l’époque le rendaient très difficile».

Dans les premiers mois de 1951, quatre projets d’un éventuel accord ont été rédigés, mais malheureusement, ils n’ont pas été jugés satisfaisants. «Outre les tensions internationales -années de la guerre de Corée-, je pense que l’échec d’une telle tentative a contribué aux malentendus entre les deux parties et à la méfiance mutuelle. C’est un échec qui a marqué toute l’histoire ultérieure», a avancé le cardinal italien.

La réouverture du dialogue

Après cette tentative, il a fallu presque 30 ans avant que la voie du dialogue ne puisse être rouverte.  «Je me souviens en particulier du voyage effectué par le cardinal Echegaray en 1980 quand la Chine commençait à peine à sortir de la douloureuse expérience de la Révolution culturelle. Depuis lors, un chemin a été emprunté qui, au fil des hauts et des bas, a conduit jusqu’à aujourd’hui», a rappelé le Secrétaire d’État. Le cardinal Parolin a ainsi bien expliqué que tous les Papes de l’histoire récente, de Paul VI à François, ont cherché ce que Benoît XVI a indiqué comme étant le dépassement d’une «lourde situation d’incompréhension et de malentendu» qui «ne profite ni aux autorités chinoises ni à l’Eglise catholique en Chine».

Citant son prédécesseur Jean-Paul II, Benoît XVI a écrit par exemple en 2007: «Ce n’est un mystère pour personne que le Saint-Siège, au nom de toute l’Église catholique et – je crois – pour le bien de toute l’humanité, espère l’ouverture d’un espace de dialogue avec les autorités de la République populaire de Chine, dans lequel, ayant surmonté les malentendus du passé, nous pourrons travailler ensemble pour le bien du peuple chinois et pour la paix dans le monde». C’est précisément dans ces années-là, comme l’a écrit le cardinal Giovanni Battista Re ces derniers mois, que le Pape Benoît XVI a approuvé «le projet d’accord sur la nomination des évêques en Chine, qui ne pourra être signé qu’en 2018».

Malentendus sur l’accord

Le cardinal Pietro Parolin a donc voulu clarifier les choses une fois de plus en réfutant les lectures politiques de ce qui est un véritable accord pastoral. «Certains malentendus sont apparus. Nombre d’entre eux découlent d’une attribution à l’accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine d’objectifs que cet accord n’a pas. Ou d’un lien supposé entre l’accord et des événements concernant la vie de l’Église catholique en Chine qui lui sont étrangers. Ou encore des liens avec des questions politiques qui n’ont rien à voir avec cet accord. Je rappelle une fois de plus – et sur ce point le Saint-Siège n’a jamais laissé place à des malentendus ou à des confusions – que l’accord du 22 septembre 2018 concerne exclusivement la nomination des évêques».

Le Secrétaire d’État a déclaré qu’il était «conscient de l’existence de nombreux autres problèmes concernant la vie de l’Église catholique en Chine. Mais il n’a pas été possible de les traiter tous ensemble et nous savons que le chemin vers la pleine normalisation sera encore long, comme l’avait prédit Benoît XVI en 2007. Toutefois, la question de la nomination des évêques revêt une importance particulière. C’est en fait le problème qui a fait le plus souffrir l’Église catholique en Chine au cours des 60 dernières années».

Un premier objectif atteint

«Pour la première fois après tant de décennies – a encore souligné le cardinal Parolin – aujourd’hui, tous les évêques de Chine sont en communion avec l’évêque de Rome». Ceux qui connaissent l’histoire de l’Église en Chine «savent combien il est important que tous les évêques chinois soient en pleine communion avec l’Église universelle. Beaucoup de ceux qui n’étaient pas en pleine communion avec le Pape dans les décennies passées ont été formés par des missionnaires, qui connaissaient bien leur cœur et leur foi».

Beaucoup de ces évêques illégitimement consacrés «ont demandé le pardon du Pape et la pleine réconciliation. Cela montre qu’en fin de compte, leur cœur n’a pas changé et leur foi n’a pas failli».

Cependant, jusqu’à il y a deux ans, la possibilité de nouvelles ordinations illégitimes est toujours restée ouverte. C’est pourquoi il était nécessaire, a rappelé le Secrétaire d’État, «d’affronter et de résoudre ce problème délicat une fois pour toutes. Mais l’expérience de tant de décennies a montré (et montre) qu’une telle solution passe nécessairement (et passe) par un accord entre le Saint-Siège et les autorités de la République populaire de Chine. C’est pourquoi le Saint-Siège a souligné à plusieurs reprises que l’objectif de l’Accord est avant tout ecclésial et pastoral».

«De sa mise en œuvre, dépend en fait la possibilité d’éviter – définitivement espérons-le – l’éventualité d’autres ordinations illégitimes. En d’autres termes, travailler pour empêcher l’Église en Chine de vivre d’autres expériences similaires à celles qui ont été douloureusement vécues ces soixante dernières années», a ajouté le cardinal Pietro Parolin, réaffirmant cet «objectif pastoral» du Saint-Siège. «C’est-à-dire aider les Églises locales à jouir de conditions de plus grande liberté, autonomie et organisation, afin qu’elles puissent se consacrer à la mission d’annoncer l’Évangile et de contribuer au développement intégral de la personne et de la société».

Signes positifs chez les catholiques chinois

Le cardinal Parolin a conclu affirmant qu’il est «conscient que l’accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine du 22 septembre 2018 n’est qu’un point de départ. Deux ans est une période très courte pour évaluer les résultats d’un accord». Aux difficultés de démarrage d’un tel nouveau processus s’ajoutent celles créées par la pandémie. Certains résultats «ont été obtenus, mais pour que le dialogue porte des fruits plus consistants, il est nécessaire de le poursuivre. Le Saint-Siège souhaite donc que l’accord soit prolongé, « ad experimentum » comme il l’a été jusqu’à présent, afin de vérifier son utilité».

Le cardinal a déclaré qu’il avait remarqué «au cours de ces deux années, des signes de rapprochement entre les catholiques chinois qui ont longtemps été divisés sur de nombreux sujets». Un signe important car à la communauté catholique en Chine «le Pape confie de manière particulière l’engagement de vivre un authentique esprit de réconciliation entre frères, en faisant des gestes concrets qui aident à surmonter les malentendus du passé, même récent. Ainsi les fidèles, les catholiques en Chine pourront témoigner de leur foi, d’un amour authentique et s’ouvrir aussi au dialogue entre tous les peuples et à la promotion de la paix».

Enfin, a conclu le Secrétaire d’État, «un autre objectif que nous nous sommes fixés avec la signature de l’accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine sur la nomination des évêques est la consolidation d’un horizon international de paix, en ce moment où nous connaissons de nombreuses tensions au niveau mondial».

Source: VATICANNEWS, le 3 octobre 2020