Trois œuvres originales d’El Greco exposées dans une église de Rome

Les peintures d’El Greco exposées dans la basilique de Santa Inés © @Web_pastor
Les Peintures D’El Greco Exposées Dans La Basilique De Santa Inés © @Web_pastor

Trois œuvres originales d’El Greco exposées dans une église de Rome

En préparation du Jubilé de 2025

Pour la première fois, trois des œuvres du peintre connu sous le nom d’El Greco quittent l’Espagne et sont exposées à Rome, comme prémices de l’Année Sainte.

L’exposition a été installée pendant le mois de septembre dans l’église de Sainte-Agnès-en-Agone. Les œuvres du peintre, de nationalité grecque mais qui s’est installé en Espagne sous le règne de Philippe II, au XVIe siècle, sont exposées pour la première fois en Italie. Mgr Rino Fisichella, pro-préfet du Dicastère pour l’évangélisation, a déclaré lors de l’inauguration : « Ce Jubilé a pour but de promouvoir de la beauté et de porter un message d’espérance là où elle n’est encore qu’en gestation. Certaines expositions se feront dans les prisons, dans les hôpitaux, dans des lieux où nous devons porter, par l’espérance, une grande consolation expression de réconfort fort et la capacité à regarder l’avenir avec courage ».

Les œuvres du peintre sont exposées dans la basilique de Sainte-Agnès-en-Agone, un bâtiment érigé à l’endroit où ce saint a été martyrisé : le cirque de Domitien, l’actuelle Piazza Navona. L’église a été conçue par Francesco Borromini avec la façade concave. Sainte Agnès est née en 291 à Rome et est morte décapitée par l’épée lors de la persécution de Dioclétien en 304.

Deux des œuvres de Domínikos Theotokópoulos, surnommé El Greco lors de son séjour à Rome et en Espagne, proviennent de Tolède : l’une d’entre elles représente la Sainte Famille avec Sainte Anne et l’autre le Baptême du Christ, ce tableau venant de l’hôpital de Tavera. La troisième œuvre, Le Christ embrassant la Croix,appartient à la paroisse d’une petite ville de La Mancha, El Bonillo. Outre Mgr Fisichella, l’exposition a été préparée par le recteur de la basilique, Mgr Paolo Schiavon ainsi que par l’ambassadrice d’Espagne près le Saint-Siège, María del Carmen de la Peña Corcuera, et le commissaire de l’exposition, Don Alessio Geretti.

La phrase emblématique du programme, « Le Jubilé est culture », montre que « le Jubilé est une expérience de foi, mais aussi une expérience culturelle : en un sens, lorsqu’il vient à Rome, devient aussi un touriste, curieux et chercheur de beauté ». C’est dans cette perspective qu’il s’agit de donner à voir la beauté pendant l’Année Sainte par des expositions riches de sens : prisons et hôpitaux, pour porter l’espérance aux personnes qui en ont besoin ».

Mgr Rino Fisichella explique : « Le Jubilé est vraiment et avant tout une expérience religieuse, mais, comme nous l’a dit le pape François, il a non seulement une valeur spirituelle, mais aussi une valeur sociale. C’est pourquoi l’exposition prépare le Jubilé. N’oublions pas, surtout, que les œuvres exposées sont celles d’un grand artiste, également considéré comme un représentant de la mystique du XVIesiècle. Il s’agit donc bien d’une expérience culturelle, mais aussi, d’une profonde expérience de foi ».

Don Alessio Geretti souligne la richesse de l’exposition d’El Greco : « Quand on regarde ses œuvres de la fin du XVIe ou du début du XVIIesiècle, comme ces trois tableaux exposés ici, on a l’impression qu’elles ont quelque chose de Cézanne pour les arrière-plans, de Kirchner pour les figures allongées, ou encore de Kandinsky pour la conception de la couleur perçue comme un événement qui génère en nous des résonances spirituelles ». Et il conclut : « Le Greco peignait en mettant – sciemment – la matière, la lumière, la couleur et la forme au service de l’esprit. Il avait déclaré que pour lui l’art était un moment de révélation et non un divertissement pour les sens. Puisque nous allons ouvrir des portes, geste classique pour initier un Jubilé, remplaçons les portes des églises par des œuvres d’art, comme pour rappeler que celles-ci sont des portes grandes ouvertes entre le visible et l’invisible, entre le matériel et le spirituel. »

Source : ZENIT.ORG, le 19 septembre 2023

El Greco, La Sainte Famille
El Greco, Le baptême du Christ
El Greco, Le Christ embrassant la Croix

20.09.2023 – AUDIENCE GÉNÉRALE À ROME

Audience générale: «évangéliser la culture et inculturer l’Évangile»

Entouré de nombreux fidèles place Saint-Pierre, François a poursuivi ce mercredi 20 septembre son cycle de catéchèses sur le zèle apostolique en relatant l’histoire de saint Daniel Comboni, fondateur en Afrique des missionnaires comboniens du Cœur de Jésus. S’adressant aux puissances mondiales, le Pape a réitéré son appel à «cesser d’étouffer l’Afrique». 

Vatican news 

Ce mercredi 20 septembre, la figure de saint Daniel Comboni était au cœur de la catéchèse du Pape François lors de l’audience générale tenue place Saint-Pierre. Ce saint italien, fondateur au XIXème siècle des missionnaires comboniens du Coeur de Jésus en Afrique, est, selon le Souverain pontife, un exemple à suivre de zèle apostolique.

Le pape renouvelle son appel pour l’Afrique

Le Saint-Père a tout d’abord rappelé la dévotion de saint Daniel Comboni pour les peuples d’Afrique, citant certains de ses écrits: « »ils ont pris possession de mon cœur qui ne vit que pour eux »(Ecrits, 941)». «Il le disait, explique le Saint-Père, dans un contexte marqué par l’horreur de l’esclavage dont il était témoin». «Il a aussi compris que l’esclavage social s’enracine dans un esclavage plus profond, celui du cœur, celui du péché, dont la Seigneur nous libère».

François a pousuivit en dressant un parallèle entre esclavagisme et colonialisme, des fléaux qui «malheuresement» n’appartiennent pas «au passé». «Dans l’Afrique tant aimée par Comboni, aujourd’hui déchirée par de nombreux conflits, après « le colonialisme politique », un “colonialisme économique” tout aussi asservissant s’est déchainé» déplore le Pape, pointant l’inaction du «monde économiquement plus avancé». Faisant référence à son discours mené lors de sa rencontre avec les autorités à Kinshasa le 31 janvier 2023, le Souverain pontife a reitéré son appel à «cesser d’étouffer l’Afrique», en ajoutant que le continent «n’est pas une mine à exploiter ni une terre à dévaliser». 

Une évangélisation où «l’objet» devient «sujet»

Le Pape est ensuite revenu sur le parcours de saint Daniel Comboni. A son arrivée en Afrique, le saint italien est immédiatement confronté à la maladie, mais pas de quoi lui faire abandonner sa mission. «Après un temps de discernement, relate le Saint-Père, il sentit que le Seigneur lui inspirait une nouvelle manière d’évangéliser, qu’il résuma en ces mots : « Sauver l’Afrique avec l’Afrique » (Ecrits, 2741s)». Une intuition qui transformera l’approche de Comboni à son engagement missionnaire, avec des «personnes évangélisées» qui ne sont plus seulement des «objets» mais des «sujets de la mission». Dans cet esprit, saint Daniel impliquera le clergé local dans l’action évangélisatrice, et mettra en avant le service laïc des catéchistes. Une volonté de faire évoluer la méthode de transmission de l’Évangile saluée par le Pape: «Combien est-il important, encore aujourd’hui, de faire progresser la foi et le développement humain de l’intérieur des contextes de mission, au lieu de transplanter des modèles externes ou de se limiter à un stérile assistancialisme!». «Évangéliser la culture et inculturer l’Évangile: cela va de pair » a martelé François.

La grande passion missionnaire de Comboni ne peut cependant pas, selon François, être attribuée à l’effort humain, mais à son zèle naissant «de la joie de l’Évangile». «Son désir était de voir des missionnaires ardents, joyeux, engagés : des missionnaires – écrivait-il – « saints et capables »» relate le Pape. Mais une autre qualité est essentielle selon Daniel Comboni pour être un bon missionnaire: savoir faire preuve de charité, «en particulier le zèle pour faire siennes les souffrances des autres». Pour le fondateur des missionnaires comboniens du Coeur de Jésus, le missionnaire ne peut être égoiste, défaut qui constitue une véritable «plaie du cléricalisme» selon François.

Le Pape a conclu en mettant en lumière «le rêve de Comboni», celui d’une «Église qui fait cause commune avec les crucifiés de l’histoire, pour vivre avec eux la résurrection. Son témoignage semble se répéter à nous tous, hommes et femmes d’Église: « N’oubliez pas les pauvres, aimez-les, parce qu’en eux se trouve Jésus crucifié qui attend de ressusciter »».

Source : VATICANNEWS, le 20 septembre 2023

Violence ethnique contre les Amharas en Ethiopie : l’ECLJ écrit au conseiller spécial de l’ONU pour la prévention du génocide

Illustration : Mme Alice Wairimu Nderitu, Conseillère spéciale du Secrétaire général pour la prévention du génocide, Compte X- Twitter @UNOSAPG

Comme nous l’écrivions il y a peu ici, le peuple Amhara, qui est une communauté majoritairement chrétienne orthodoxe en Éthiopie, est soumis à une persécution violente et systématique depuis des décennies. Alors que la situation s’aggrave et que l’état d’urgence a été déclaré, l’ECLJ a écrit à la Conseillère spéciale des Nations unies pour la prévention du génocide afin qu’elle lance une mission d’enquête.

Il y a trois semaines, le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) a soumis une déclaration écrite (en anglais uniquement) au Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour dénoncer les violations graves des droits de l’homme commises à l’encontre du peuple Amhara. Les principaux persécuteurs sont les Omoros et les Tigréens (Front de libération du peuple tigréen, Armée de libération oromo et le Parti de la prospérité) et la principale cause de cette persécution réside dans le fait que les structures de gouvernance éthiopiennes ont été dominées par les Amharas. L’association historique des Amharas avec la monarchie éthiopienne et l’Église chrétienne orthodoxe a souvent été perçue comme une forme d’hégémonie culturelle et politique sur les autres ethnies, en particulier les Oromos et les Tigréens.

Les griefs entre les groupes ethniques Oromo, Tigré et Amhara se sont manifestés de manière inquiétante, avec une escalade de la violence, jusqu’à des nettoyages ethniques et des atrocités de grande échelle. La situation est devenue très difficile avec l’arrivée au pouvoir, en 2018, d’un Premier ministre d’origine oromo.

Rien qu’en mai 2023, le gouvernement aurait détenu plus de 4 500 personnes de l’ethnie amhara. Ce nombre a grimpé après la déclaration de l’état d’urgence par le Gouvernement le 4 août 2023, jusqu’à environ 14.000 Amharas appréhendés depuis, selon des affirmations concordantes.

C’est pourquoi l’ECLJ a envoyé une lettre urgente (en anglais ici) au conseiller spécial pour la prévention du génocide, Alice Wairimu Nderitu. Les rapports qui nous parviennent font état d’une série de graves violations des droits de l’homme commises à l’encontre du peuple Amhara, y compris des violences ethniques de tendance génocidaires.

Comme nous l’avons indiqué, la situation requiert sans le moindre doute son attention :

Les rapports d’incidents sont profondément troublants. La nature de ces actes couvre un large éventail d’atrocités, allant de l’éviscération de femmes enceintes à la consommation cannibale des personnes tuées. Ces actes vont au-delà de la simple expression d’un mécontentement ou d’une dissidence politique ; ils témoignent d’une haine profondément enracinée qui a été manipulée et mobilisée pour justifier des crimes odieux. Ce niveau d’animosité est alimenté par une combinaison de griefs historiques, de manipulations politiques, de conditionnement social et de discours de haine largement répandus qui, ensemble, créent un environnement toxique propice à la perpétration de violences de masse.

Nous avons également mis l’accent sur les auteurs identifiés qui nous ont été décrits dans de nombreux rapports et souligné les motivations ethniques et religieuses des atrocités perpétrées contre le peuple Amhara :

Ces attaques visent la communauté amhara et les chrétiens orthodoxes auxquels elle est associée. Les auteurs semblent être le Qeerroo (qui se traduit littéralement par Jeunesse en langue oromo), l’armée de libération oromo (OLA), les miliciens gumuz, le Front de libération du peuple du Tigré et le Parti de la prospérité, actuellement au pouvoir. Le caractère ciblé et systématique de ces attaques contre les Amharas et les chrétiens orthodoxes révèle une intention non seulement d’intimider, mais aussi d’éliminer, physiquement ou culturellement, une communauté spécifique. Il s’agit là de la marque d’un nettoyage ethnique, voire d’un génocide, qui constituent tous deux des crimes contre l’humanité au regard du droit international.

C’est pourquoi nous avons attiré l’attention de la Conseillère spéciale et demandé une mission d’enquête pour établir la vérité sur les atrocités signalées contre les Amharas et les chrétiens orthodoxes en Éthiopie, depuis le 13 septembre 2018. Nous lui avons également demandé de mettre en garde le Secrétaire général et le Conseil de sécurité contre l’escalade des violences en Éthiopie. La perpétration d’un génocide contre les Amharas est peut-être en train de devenir une réalité.

Nous vous encourageons à signer notre pétition et à nous suivre sur Twitter (X), car l’ECLJ prononcera une déclaration orale lors d’un Dialogue interactif avec la Commission internationale d’experts en droits de l’homme sur l’Éthiopie le 21 septembre 2023. Ce débat officiel aura lieu lors de la 54esession ordinaire du Conseil des droits de l’homme à Genève, en Suisse.

PÉTITION :

Pour la défense des Chrétiens persécutés Lire le texte complet de la pétition

Source : l’ECLJ (European Centre for Law & Justice), le 19 juin 2023

La Croix : quand le scandale devient salut

Lu sur le site web de « L’Homme Nouveau »

« À l’heure où la laïcité, fût-elle positive, tend à faire disparaître la croix (elle serait un signe ostentatoire…) de l’espace public, la fête de l’Exaltation de la sainte Croix (14 septembre) vient nous rappeler que la Rédemption ne peut passer que par elle.

Quand le scandale a du sens

Pour le chrétien, la Croix est tout un emblème : le symbole de sa Rédemption, l’instrument par lequel le Fils de Dieu, Jésus-Christ, offrit librement sa vie comme rançon du genre humain que le péché originel avait séparé de Dieu. Mais aux temps anciens, la Croix avait une toute autre signification : elle était le terrible outil de la justice romaine, le supplice le plus ignominieux réservé aux condamnés de la pire espèce.

Et c’est justement ce supplice que dut endurer Jésus, malgré son innocence. Alors l’impensable se produit : la croix, cet objet de scandale, devient l’instrument de la sagesse de Dieu… Et à travers elle, c’est toute souffrance qui cesse d’être un coup aveugle du destin pour devenir une clef, cette fameuse clef de la Maison de David que le Seigneur place sur l’épaule de son Grand-Prêtre dans la vision du prophète Isaïe (Is XXII, 22) ; clef ouvrant l’accès à de nouveaux horizons, souvent insoupçonnés, dans les contours de notre vie spirituelle.

Je suis la porte…

« Je suis la porte de la bergerie ; celui qui ne passe pas par moi est un voleur. » (Jn X, 1) Cet avertissement de Jésus s’applique aussi à la Croix, puisqu’elle est la clef nous ouvrant la porte de son Cœur.

Aussi vouloir profiter de la Rédemption sans Croix n’est guère possible ; et même le bon larron, duquel on dit qu’il a tout volé dans sa vie, jusqu’à son ciel, a dû y passer. « On ira tous au Paradis », chantait Polnareff, mais il oubliait d’ajouter la condition indispensable que Jésus nous a donnée pourtant : « celui qui veut venir après moi, qu’il se renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Mt XVI, 24)

C’est là toute la difficulté du combat spirituel : oser ce pari fou d’accepter la Croix pour y trouver le bonheur. Notre rationalisme nous hurle la vanité d’un tel espoir, notre sensiblerie y répugne… Et pourtant quelque part, dans les profondeurs de notre âme, nous croyons entrevoir une vague lueur de foi mêlée d’un peu d’espérance : « Et si c’était vrai ? Et si c’était réellement par cette Croix que j’obtenais l’objet de mes désirs ? » C’est le pari de Constantin sur le pont Milvius, de Clovis à Tolbiac et d’Héraclius contre Chosroès (cette dernière victoire permit le retour de la Vraie Croix, volée par les Perses, à Jérusalem; et c’est elle que nous commémorons aujourd’hui), le pari grâce auquel ont été écrites les plus belles pages de l’histoire de la christianisation du monde…

Tu me refuses, je t’écrase ; tu m’embrasses, je t’élève.

Le paradoxe de la Croix – on ne le comprend souvent que trop tard – se trouve dans son obstination à entrer dans notre vie. Personne n’échappe à sa Croix, pas même le Christ. Sa prière à Gethsémani allait pourtant dans ce sens : « Père, s’il est possible, que ce calice (ou cette Croix) s’éloigne de moi. » (Mt

XXVI, 39) Mais aussitôt sa volonté reprend la maîtrise de sa sensibilité épouvantée, et il s’empresse d’ajouter : « Cependant, non pas ma volonté mais la vôtre. »

Nous ne sommes pas plus forts que lui. Dans la plupart des situations, la Croix nous fait peur. Si ce n’est pas le cas, c’est souvent parce que nous n’avons pas bien estimé sa taille et son poids… Mais quoique nous y fassions, pas moyen d’y échapper : cette Croix sera la nôtre, et il ne peut y avoir devant elle que deux attitudes : la refuser ou l’embrasser.

Refuser sa Croix, c’est finalement l’attitude du jeune homme riche qui refuse de suivre le Christ, retenu captif par l’abondance de ses biens. Mais il ignore que cet appel qu’il ressentait à l’intime de son coeur ne le quittera jamais, comme un reproche lancinant adressé par sa conscience. Toute sa vie, il portera le poids de ce regret : « Si je le croisais à nouveau, pensera-t-il, combien ma réponse serait différente ! » Toute Croix, qu’elle soit physique comme une jambe qu’on se casse ou morale comme enfant qui s’éloigne, est définitive ; celui qui la refuserait en subirait brutalement, frontalement, toute la douleur. Comme si cette Croix voulait à  toute force l’écraser pour le punir de l’avoir refusée. Le seul moyen de faire cesser sa Croix, c’est de la traverser, ou plutôt de s’en servir comme d’une passerelle pour nous rendre sur l’autre rive : cette nouvelle étape de notre vie spirituelle, à laquelle Dieu nous appelle. Et ce n’est que lorsque nous y sommes parvenus que cette Croix prend tout son sens : parce nous l’avons embrassée, elle nous a élevés…

« Et moi, disait Jésus à la foule des Juifs, quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi. » (Jn XII, 32) S’il nous appelle à le rejoindre, par la sainteté, c’est par la Croix qu’il nous en donne les moyens.

Et si cette fête de l’Exaltation de la Sainte Croix était justement l’occasion de cesser de voir nos Croix en noir, pour enfin comprendre, comme le montre Martin Steffens dans La Vie en bleu, qu’elles sont bleues, de cette couleur du Ciel vers lequel elles nous font monter ? »

Source : L’homme nouveau, le 19 septembre 2023

Le synode du Pape François n’a rien appris des synodes des Églises orientales

Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso (traduction de Diakonos.be) :

Le synode du Pape François n’a rien appris des synodes des Églises orientales. Les objections d’un évêque grec catholique

Le Pape François a déclaré à deux reprises, d’abord en conversant avec les jésuites du Portugal et ensuite dans le vol de retour de Mongolie, et pratiquement avec les mêmes mots que : « Ce n’est pas moi qui ai inventé le synode. C’est Paul VI, à la fin du Concile, qui s’est rendu compte que l’Église occidentale avait perdu la synodalité tandis que l’Église orientale l’a toujours eue ».

Et le 11 septembre, en recevant Baselios Marthoma Mathews III, Catholicos de l’Église Orthodoxe syro-malankare, il a répété que « nous pouvons apprendre beaucoup de la séculaire expérience synodale de votre Église ».

Mais est-ce bien le cas ? À en juger par l’échec en 2016 de la convocation d’un Concile de toutes les Églises orthodoxes, après soixante-dix ans de préparation, simplement parce qu’il n’y avait pas unanimité sur l’approbation d’un des documents préliminaires, le modèle oriental de synodalité ne semble pas vraiment le plus à même d’accélérer, en Occident, ce « processus » de changement de l’Église qui plaît tant au Pape et aux siens :

> Ou tous ou aucun. La synodalité qui provoque le naufrage du Concile panorthodoxe

« En effet, si l’Occident considère la synodalité comme un lieu ou un moment où tous, laïcs et clergé, agissent ensemble pour parvenir à une décision ecclésiastique, doctrinale, canonique, disciplinaire, quelle qu’elle soit, il est clair que cette synodalité n’existe pas en Orient ».

La personne qui attire par ces mots l’attention sur cette colossale équivoque est un évêque bien connu en Orient.

Son nom est Manuel Nin. Catalan, 67 ans, moine de l’abbaye bénédictine de Montserrat, professeur de théologie et spécialiste des Pères de l’Église puis recteur à Rome du Collège pontifical grec, il est depuis 2016 évêque titulaire de Carcabia et exarque apostolique pour les catholiques de rite byzantin en Grèce, siégeant à Athènes.

Il participera, en octobre, à la prochaine session du synode sur la synodalité et il fait partie de ceux que le Pape a personnellement ajouté à la liste des participants. Mais il ne se prive pas de critiquer ouvertement le « malentendu » sur lequel François insiste tellement :

« Quand on affirme que : « Vous en Orient, vous avez toujours eu la synodalité’, on confond tout simplement la synodalité avec le collège épiscopal ».

Monseigneur Nin a condensé ses objections dans une note publiée en août sur le site de son exarchat.

En Orient, écrit-il, c’est vrai qu’on appelle « Synode » le collège des évêques dirigé par un patriarche, un archevêque ou un métropolite, quand il se réunit pour exercer l’autorité sur son Église respective (comme par exemple celui de l’Église grecque catholique qui s’est tenu à Rome du 3 au 13 septembre).

Mais cette synodalité n’a rien à voir avec le modèle d’une « république parlementaire moderne, où tous peuvent dire ce qu’ils veulent et parler de tout. La vie des Églises chrétiennes n’a jamais été une forme de démocratie dans laquelle tous décident de tout sur base de la règle de la majorité ».

Bien sûr, le Pape François a insisté à plusieurs reprises pour dire que « le Synode n’est pas un parlement », ou encore moins « un programme télévisé où on parle de tout ».

Mais en même temps, il a étendu la participation au synode non seulement à ceux qui sont revêtus de l’autorité épiscopale mais aussi à des prêtres, des religieux et à des laïcs, hommes et femmes, conformément à une interprétation principalement horizontale du mot grec « Synode », compris comme « cheminer ensemble ».

Mais ensemble avec qui ? Avec les autres, avec tous. Même avec l’avertissement de laisser le rôle principal à l’Esprit Saint.

Alors que – écrit Mgr Nin, et c’est là sa plus grande objection – le véritable sens de la parole « Synode » n’est pas « cheminer ensemble avec tous », mais « cheminer tous ensemble avec le Christ ».

Mgr Nin cite le père du monachisme : « À un certain moment, Antoine réalise que les empreintes dans le sable du désert qu’il pensait être les siennes, n’appartiennent pas à lui mais à celui qui chemine à ses côtés et qui le soutient dans les moments de faiblesse. À celui qui est toujours à côté de nous, le Seigneur ressuscité et vivant qui est au milieu de nous. La vocation monastique peut nous aider à comprendre une réalité fondamentale de la vie chrétienne ».

Il est intéressant de remarquer combien cette objection de Mgr Nin concorde avec celle publiée en juillet sur Settimo Cielo par le théologien new-yorkais Robert P. Imbelli, qui pointait lui aussi du doigt que dans l’ « Instrumentum laboris » du prochain synode, on assigne à l’Esprit Saint un rôle aussi démesuré que vague et fumeux et qu’on ne fait que très peu référence au Christ, à la Croix, au mystère pascal, c’est-à-dire au seul guide fiable pour pouvoir véritablement « converser dans l’Esprit ».

« Je propose donc de considérer la synodalité – écrit encore Mgr Nin – comme le chemin de nous tous qui avons été baptisés en Christ, écoutant son Évangile, célébrant notre foi, recevant sa grâce dans les sacrements. Un chemin à parcourir certainement ensemble, accompagnés et conduits par la main, ou même portés sur les épaules, par nos pasteurs, mais en suivant les traces de Celui qui est le chemin, la vérité et la vie ».

Vers la conclusion de sa note, Nin fait une référence inattendue à un personnage de l’Église mort il y a une vingtaine d’années, auquel il s’associe :

« Je me souviens de la belle réflexion du cardinal Giacomo Biffi, archevêque de Bologne entre 1987 et 2003, publiée pendant les années du grand jubilé de l’an 2000 sous le titre : ‘Identikit del Festeggiato’. Déjà à l’époque, ce grand cardinal italien mettait en garde contre le danger de reléguer au second plan ou même d’oublier Celui qui était l’unique motif du Jubilé, la cause principale, l’unique destinataire, celui qui est Célébré ».

Hier le Jubilé, aujourd’hui le synode. Avec le même oubli ?

*

Edward Pentin également a relayé les observations critiques de l’évêque Manuel Nin dans le « National Catholic Register » :

> Greek Catholic Bishop: Synod on Synodality Is Not Like Eastern Synods

Source : L’Espresso, le 19 septembre 2023

Le pape François, le secret et le débat sur le Synode

D’Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican (traduction de « Benoît et moi ») :

Le Pape François, le secret et le débat sur le Synode

18 septembre 2023

La nouvelle selon laquelle le pape François pourrait instaurer le secret pontifical dans le débat synodal a créé quelques remous. Pour l’instant, le règlement du Synode n’a pas encore été publié, et il pourrait y avoir quelques changements de procédure, notamment en ce qui concerne les modalités de participation au débat et au vote. Cependant, le fait que les premières communications officielles du Synode établissent que toute interview des pères synodaux doit d’abord être demandée par courriel au responsable de la communication du Secrétariat général du Synode a déclenché le débat sur la transparence du processus synodal. Les indiscrétions concernant le secret papal ont ajouté de l’agitation à l’agitation.

Levons toute ambiguïté : le secret pontifical sur les opinions et les débats des autres gens était déjà prévu dans le règlement antérieur du Synode. Paul VI voulait permettre un débat aussi large que possible, et cette décision n’a été modifiée ni par Jean-Paul II ni par Benoît XVI. Les votes sur le texte final du Synode en donnaient un exemple. Le vote se faisait paragraphe par paragraphe, et si l’un des paragraphes n’atteignait pas le consensus synodal (c’est-à-dire les deux tiers des voix), il n’était ni publié ni partagé.

Supposons qu’on ait parlé de la question du secret dès le début. Dans ce cas, il faut préciser que la machine de communication du Synode des évêques, définitivement développée sous la direction du Bureau de presse par Joaquin Navarro-Valls, a déblayé le terrain de toute inférence possible. 

Fidèle au principe du cardinal Schotte [prélat belge, 1928-2005, créé cardinal en 1994, ndt] – « Il n’y a rien qui mérite de rester secret au Synode » – tous les débats étaient rapportés en publiant les résumés des interventions en six langues différentes, avec un système précis de codes et de couleurs qui permettait de connaître immédiatement la langue d’origine, le moment où le texte a été publié, et le traducteur.

Chaque jour, il y avait donc un briefing informel divisé en groupes linguistiques, ce qui permettait à tous les journalistes d’être informés de l’avancement du processus. Les pères synodaux étaient souvent invités à ces briefings et traitaient les journalistes avec une grande ouverture.

Le pape François a centralisé la communication du synode, en réduisant tout à un seul briefing, plus formel, et en ne distribuant ni textes ni résumés des textes. Cependant, lors des premiers synodes du pape François, le cardinal Lorenzo Baldisseri, alors secrétaire général du synode, a justifié la décision de ne pas distribuer formellement les textes par le fait que les pères synodaux étaient libres de parler avec qui ils voulaient et aussi éventuellement de donner les brouillons de leurs discours.

Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ? Le climat a radicalement changé. Le problème n’est plus la question formelle de savoir si le secret pontifical s’applique ou non au débat synodal. Il s’agit plutôt du fait que, ces dernières années, des mots ont été utilisés en les privant de leur pleine signification ou en les interprétant différemment. Le problème est d’abord sémantique. Toutefois, il devient un problème pratique.

J’ai déjà souligné que le pape François décontextualise souvent des expressions et des phrases, en les extrapolant d’un discours et en leur donnant des interprétations uniques. Le problème s’applique également au concept de synodalité. Le pape François a toujours déclaré que l’exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi [publiée en 1975 à la suite des travaux du synode sur ce thème, ndt] de Paul VI était sa référence. Dans cette exhortation, Paul VI nous invite à nous inspirer de la synodalité des Églises orientales.

D’une certaine manière, Paul VI n’essayait pas de changer le paradigme de l’Église. Il essayait de comprendre comment l’Église pouvait exister dans les temps modernes. Il accordait une grande importance au Synode, à tel point que l’une des propositions de réforme du Conclave prévoyait que le Secrétaire général du Synode soit inclus avec tous les membres du Secrétariat général du Synode dans l’élection d’un pape. Il abandonna cette idée parce que l’élection d’un pape concerne les cardinaux que le pape lui-même crée, qu’elle a une signification spirituelle profonde et qu’elle ne peut donc pas être déléguée aux évêques et aux archevêques qui sont nommés par le pape mais qui ont un rôle temporaire. L’élection d’un pape n’est pas un processus démocratique auquel participent ceux qui occupent un poste temporaire.

Cette seule anecdote montre que Paul VI considérait la synodalité non pas comme une forme alternative de gouvernement, dans le cadre d’une réforme de l’Église, mais plutôt comme un modèle de débat qui devrait maintenir vivante la discussion du concile.

Le pape François a repris cette idée. Il a contourné le problème de l’inclusion du secrétaire général du synode dans le conclave en faisant de tous ses secrétaires généraux du synode des cardinaux. Il a ensuite lancé un processus synodal qui, à ses yeux, sert à dépasser les vieux schémas de pouvoir. Le débat du Synode doit apporter de nouvelles opinions et de nouveaux points de vue, mais aussi être capable de remettre en question les modèles de gestion qui se sont perpétués jusqu’à présent. Après tout, le Pape parle toujours de son expérience en tant que rapporteur général du Synode de 2001 et de la façon dont les textes, selon lui, ont été manipulés ou, en tout cas, préprogrammés.

Pour surmonter la manipulation, le Pape utilise la méthode qu’il a toujours utilisée : confidentialité maximale, et transparence seulement à la fin du processus de décision. Les discours ne sont pas publiés, les évêques peuvent s’exprimer mais sont dissuadés de parler concrètement du débat, puis les votes de chacun sont comptabilisés et connus. Le document final du Synode est ainsi complété, y compris avec les paragraphes qui ne font pas l’objet d’un consensus synodal, dépassant toute préprogrammation.

En même temps, le pape parle du synode comme d’un synonyme de l’Église. Il qualifie le processus synodal de nouveau modèle. Il parle de transparence et de débat sur les décisions.

C’est là que le problème sémantique se pose. La synodalité est un concept abstrait, qui n’a jamais été utilisé dans les documents du Concile Vatican II, précisément parce qu’il n’avait pas de base concrète. Le modèle de la synodalité des Églises orientales n’est pas exempt de problèmes, à commencer par une nationalisation excessive ou même l’impossibilité pour un patriarche de décider sans être influencé par des facteurs externes qui influencent son propre synode.

Ces difficultés n’apparaissent pas dans les déclarations du Pape, qui ne se laisse pas aller à des nuances, mais donne plutôt un sens général des choses lorsqu’il s’exprime [cf. La théologie « à la louche » de François !!]. Mais si le langage n’est pas précis, tout est possible.

C’est ainsi que se développent les grandes attentes à l’égard du Synode. Même parmi les plus proches du pape, on pense que les structures de l’Église doivent être modifiées, mais il n’est pas certain que le pape soit d’accord, et il n’est pas certain que le pape veuille une réforme en ces termes.

Du point de vue de la communication, nous en sommes venus à penser qu’un synode devrait être un processus transparent et, par conséquent, avec la participation de journalistes. Dans la pratique, le synode ressemble à une session ouverte du Parlement, où l’opinion publique peut scruter chaque discours. Ce n’est pas ce que veut le Pape – et il l’a dit clairement – mais les déclarations et les gestes sont allés si loin que c’est maintenant ce qui est attendu.

Ainsi, chaque mot est porté à l’exaspération, créant un débat polarisé et spéculatif. La division entre progressistes et conservateurs n’existe plus car les préoccupations sont similaires, à savoir que le Pape pourrait vouloir quelque chose de différent de ce qui est généralement compris. Il en sera probablement de même lors du prochain synode.

Au milieu de cette polarisation, une interview du futur cardinal Victor Fernandez, préfet du Dicastère de la Doctrine de la Foi, souligne que le problème se situe en fait à la fois du côté progressiste et du côté conservateur, mais met également en garde contre une prise de position qui pourrait créer un schisme. Parce qu’en fin de compte – c’est son argument – le Pape a un charisme dynamique, et lui seul détient l’interprétation correcte de la doctrine [cf. Tucho Fernandez et le charisme unique de Pierre ]. Des mots qui, eux aussi, risquent de réduire la doctrine à l’arbitraire papal. Ce n’est probablement pas ce que Fernandez veut dire [???] , à tel point que dans un autre passage de l’interview, il parle d’une doctrine qui ne change pas et d’un Évangile qui est déjà une révélation [cf. Une critique raisonnée des dernières déclarations du préfet Tucho]. Cependant, même dans ce cas, la réaction à une exaspération en entraîne une autre.

Le problème du prochain Synode ne sera pas le secret papal, qui a toujours existé, ni la communication, car les évêques pourront toujours s’exprimer. Il s’agira plutôt de comprendre la terminologie. Il faudra revenir au sens originel des mots, opposer leur sens historique à leur sens actuel, et dépasser les dichotomies entre miséricorde et doctrine, entre idéal chrétien et réalité, qui ne reflètent pas la réalité. Et cela, c’est que la vie chrétienne est une vocation intégrale. La doctrine sert à soutenir cette vocation, et le péché est une limite spécifiquement humaine, mais une limite qui peut être surmontée avec la grâce de Dieu.

C’est probablement ce qui fait avancer le débat synodal. Le reste risque de n’être qu’une élucubration.

Source : Monday Vatican, le 18 septembre 2023