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26.01.2024 – MESSE À LOURDES
26.01.2024 – MESSE À NOTRE-DAME DE LA GARDE
Chine: consécration du nouvel évêque de Zhengzhou

Chine: consécration du nouvel évêque de Zhengzhou
Le père Wang Yuesheng avait été désigné par le Pape le 16 décembre dernier, la publication de la nomination intervient le jour de la consécration, ce jeudi 25 janvier dans le cadre de l’Accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine.
Le père Wang Yuesheng est le nouvel évêque de Zhengzhou, dans la province chinoise du Henan. Il a été consacré ce mercredi 25 janvier 2024. Sa nomination épiscopale par le Pape remonte au 16 décembre dernier mais est rendue publique au moment de la consécration du nouveau pasteur diocésain. Elle s’est déroulée dans le cadre de l’Accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine.
Le nouvel évêque, âgé de 57 ans, est né à Zhumadian (Henan) le 27 février 1966, informe le bulletin de la Salle de presse du Saint-Siège. Il a suivi des cours de philosophie et de théologie au séminaire du Centre Sud de 1987 à 1993. Il a été ordonné prêtre à Hankou, le 17 octobre 1993. Il a été curé de la paroisse de Zhengzhou. Depuis décembre 2011, il est curé du district de Huiji, à Zhengzhou.
10 à 20 000 catholiques baptisés à Zhengzhou
L’agence Fides rappelle qu’après la reprise de la vie ecclésiale amorcée à la fin des années 1970, «le diocèse de Zhengzhou n’a plus eu d’évêques, mais seulement des administrateurs diocésains». Depuis les années 1980, plusieurs églises ont été restaurées ou construites ex nihilo. La vie ecclésiale a continué à battre son plein, mais sans retrouver l’intensité de l’épanouissement qui semblait se manifester dans les années 1950. À l’époque, sur une population de 4 millions d’habitants, on comptait plus de 20 000 catholiques baptisés. Aujourd’hui, sur une population qui a plus que doublé, selon les estimations de diverses sources, le nombre de catholiques baptisés varie de 10 à 20 000.
Depuis la signature de l’Accord provisoire entre la République populaire de Chine et le Saint-Siège, le 22 septembre 2018, rappelle Fides, agence du dicastère pour l’Évangélisation, il n’y a plus en Chine d’ordinations épiscopales illégitimes, celles célébrées sans le consentement du Pape, qui avaient provoqué de douloureuses déchirures parmi les catholiques chinois depuis la fin des années 1950. Depuis cette signature, six nouvelles ordinations épiscopales ont eu lieu en Chine. Au cours de la même période, six évêques dits «clandestins», nommés dans le passé sans tenir compte des protocoles de l’État, ont demandé et obtenu la reconnaissance de leur rôle par les autorités civiles. Parmi eux, Mgr Peter Jin Lugang, évêque de Nanyang, aussi originaire du Henan, qui a été officiellement reconnu par le gouvernement le 30 janvier 2019.
Source : VATICANNEWS, le 25 janvier 2024
Demandons à Marie que son mystère ne soit pas réduit en nous

Demandons à Marie que son mystère ne soit pas réduit en nous
Il faut trembler de toucher à ce mystère de la Sainte Vierge Marie. C’est une chose profonde, très pure, très lumineuse, et celui qui manque de ce qu’il faut pour s’en approcher – c’est le cas de chacun d’entre nous, à cause de nos résistances, de la lourdeur de nos esprits – va l’abaisser, le déformer dans son optique particulière.
Il faut demander à la Sainte Vierge elle-même d’ouvrir nos cœurs, de les rendre transparents pour que son mystère ne soit pas réduit en nous, à notre mesure, mais que nous soyons changés, nous, en sa lumière.
Cardinal Journet
Cité par Mgr Brincard (ancien évêque du Puy en France, décédé en 2014) dans la préface du Livre de Daniel-Ange, Touche pas à ma Mère– Editions Le Sarment-Fayard
Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.
Source : une minute avec Marie
26.01.2024 – SAINT DU JOUR

Sts Timothée et Tite
ÉVÊQUES († IER S.)
Saint Timothée et saint Tite, compagnons de voyage et amis de saint Paul, furent choisis par l’Apôtre pour gouverner, l’un l’Église d’Éphèse et l’autre l’Église de Crète. Autrefois, le premier était fêté le 24 janvier et le second le 4 janvier.
Timothée, né à Lystres d’un père païen, fut, avec sa mère (Eunice) et sa grand-mère (Loïs), juives et croyantes, converti par saint Paul qui, sur la recommandation des prophètes de la communauté de Lystres, le prit comme compagnon de voyage. Saint Paul lui confia des missions près des communautés (Thessalonique, Macédoine, Corinthe) et l’utilisa comme secrétaire pour rédiger les épîtres.
Après avoir partagé sa première captivité, il accompagna saint Paul jusqu’à ce que celui-ci lui demandât de rester à Éphèse dont il fut le premier évêque. Le corps de saint Timothée fut enterré près de celui de saint Jean, à Éphèse, où il resta jusqu’à ce qu’on le transportât à Constantinople (356).
Tite né dans le paganisme, aurait été, selon une ancienne tradition, de parents nobles, de la race royale de Minos, roi de Crète. Cette même tradition ajoute qu’il aurait fait de solides études en lettres profanes quand il aurait entendu une voix mystérieuse lui ordonnant de quitter son pays et de sauver son âme, ajoutant que la science profane des Grecs lui serait peu utile pour son salut. Il aurait attendu un an au bout duquel la même voix lui aurait dit de lire les Écritures des Hébreux.
Son oncle, proconsul de Crète, ayant appris la naissance du Messie d’Israël, l’aurait envoyé à Jérusalem où il aurait connu le Seigneur qui l’aurait compté parmi ses soixante-douze disciples. Témoin de la vie publique de Jésus, de sa Passion, de sa Résurrection et de son Ascension, il aurait été consacré par les Apôtres et adjoint à saint Paul.
Plus probablement, on pense que Tite, né païen, fut converti par saint Paul qui, quatorze ans plus tard, l’ayant rencontré à Antioche, l’emmène jusqu’à Jérusalem où il assiste au fameux « concile » qui rejette la circoncision des païens. A partir de ce moment là, il accompagne saint Paul dans ses voyages et lui sert de messager, singulièrement vers les communautés de Corinthe et d’Éphèse.
Après la première captivité de saint Paul, il aborda en Crète avec l’Apôtre qui l’y laissa jusqu’à ce qu’il l’envoie en Dalmatie. Après le martyre de saint Paul, Tite revint en Crète où, disent les byzantins, il mourut dans un âge très avancé (quatre-vingt-quatorze ans). Le corps de saint Tite resta dans la cathédrale de Gortyne jusqu’à ce que la cité fût détruite par les musulmans (823) ; on ne retrouva que la tête de Tite qui fut transportée à Venise où elle est vénérée à Saint Marc.
Pour approfondir, lire la Catéchèse du pape Benoît XVI :
Saints Timothée et Tite priez pour nous !

26.01.2024 – ÉVANGILE DU JOUR
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,1-9.

En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre.
Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.
Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.
Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin.

Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’
S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.
Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.
Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté.
Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” »
Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :
Catéchisme de l’Église catholique
§ 863-865
Timothée et Tite, successeurs des apôtres
Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle demeure, à travers les successeurs de saint Pierre et des apôtres, en communion de foi et de vie avec son origine. Toute l’Église est apostolique en tant qu’elle est « envoyée » dans le monde entier ; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont part à cet envoi. « La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat. » On appelle « apostolat » « toute activité du Corps mystique » qui tend à « étendre le règne du Christ à toute la terre » (Vatican II: AA – Apostolicam actuositatem, Apostolat des laïcs – 2). « Le Christ envoyé par le Père étant la source et l’origine de tout l’apostolat de l’Église », il est évident que la fécondité de l’apostolat, celui des ministres ordonnés comme celui des laïcs, dépend de leur union vitale avec le Christ. Selon les vocations, les appels du temps, les dons variés du Saint Esprit, l’apostolat prend les formes les plus diverses. Mais c’est toujours la charité, puisée surtout dans l’eucharistie, « qui est comme l’âme de tout apostolat » (AA 3). L’Église est une, sainte, catholique et apostolique dans son identité profonde et ultime, parce que c’est en elle qu’existe déjà et sera accompli à la fin des temps « le Royaume des cieux », « le Règne de Dieu », advenu dans la personne du Christ et grandissant mystérieusement au cœur de ceux qui lui sont incorporés, jusqu’à sa pleine manifestation eschatologique. Alors tous les hommes rachetés par lui, rendus en lui « saints et immaculés en présence de Dieu dans l’Amour » (Ep 1,4), seront rassemblés comme l’unique Peuple de Dieu, « l’Épouse de l’Agneau », « la cité sainte descendant du ciel, de chez Dieu, avec en elle la gloire de Dieu » ; et « le rempart de la ville repose sur les douze assises portant chacune le nom de l’un des douze apôtres de l’Agneau » (Ap 21,9-11.14).
LECTURES :
Deuxième lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 1,1-8.

Paul, Apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, selon la promesse de la vie que nous avons dans le Christ Jésus,
à Timothée, mon enfant bien-aimé. À toi, la grâce, la miséricorde et la paix de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur.
Je suis plein de gratitude envers Dieu, à qui je rends un culte avec une conscience pure, à la suite de mes ancêtres, je lui rends grâce en me souvenant continuellement de toi dans mes prières, nuit et jour.
Me rappelant tes larmes, j’ai un très vif désir de te revoir pour être rempli de joie.
J’ai souvenir de la foi sincère qui est en toi : c’était celle qui habitait d’abord Loïs, ta grand-mère, et celle d’Eunice, ta mère, et j’ai la conviction que c’est aussi la tienne.
Voilà pourquoi, je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains.
Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération.
N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n’aie pas honte de moi, qui suis son prisonnier ; mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile.

Psaume 96(95),1-2a.2b-3.7-8a.9-10a.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !
De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !
Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur la gloire et la puissance,
rendez au Seigneur la gloire de son nom.
Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté :
tremblez devant lui, terre entière.
Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! »

25.01.2024 – VÊPRES DE LA CONVERSION DE SAINT PAUL
Le Pape encourage les chrétiens à avancer vers l’unité «pour que le monde croie»
Lors de la célébration des secondes vêpres clôturant la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens en la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, le Pape a encouragé les chrétiens à mettre de côté «la centralité de (leurs) idées pour chercher la voix du Seigneur et lui laisser l’initiative et la place», en privilégiant la prière et le service, pratiqués ensemble. François a mis en garde les Églises «barricadées», «infidèles» dès lors à l’Évangile.
Marie Duhamel – Cité du Vatican
«Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ?» C’est avec cette question posée à Jésus par le docteur de la Loi que le Pape entame son homélie prononcée ce soir en la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, lors de la célébration des secondes vêpres qui clôture la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Cette question rapportée par l’Evangile de Luc témoigne d’une «religiosité déformée, basée sur la possession plus que sur le don», où Dieu est un moyen d’obtenir quelque chose et non la fin à aimer. Jésus l’invite alors à aimer «le Seigneur ton Dieu […] et ton prochain comme toi-même», le thème de cette 57ème semaine de prière.
Placer son frère avant la défense de farouche de son système religieux
L’homme de Loi demande alors qui est son prochain, une demande qui n’est plus autocentrée mais menace de diviser, ce qui est toujours l’œuvre du Diable, souligne le Pape. Jésus répond avec la parabole du Bon Samaritain qui «se fait proche» de l’homme à terre, contrairement au prêtre et au lévite qui «privilégient la protection de leurs traditions religieuses» en manifestant de l’indifférence à celui qui souffre. Pour le Pape, «seul cet amour qui devient service gratuit, seul cet amour que Jésus a proclamé et vécu, rapprochera les chrétiens séparés les uns des autres. Oui, seul cet amour, qui ne revient pas sur le passé pour prendre ses distances ou pointer du doigt, seul cet amour qui, au nom de Dieu, place le frère avant la défense farouche de son système religieux, nous unira».
Dès lors, le Pape invite les baptisés qui appartiennent au même Corps du Christ et à la même «symphonie de l’humanité» de se demander si eux-mêmes, leurs communautés ou leurs Églises, savent se faire proche, ou bien si elles restent «barricadées pour défendre leurs intérêts, jalouses de leur autonomie, enfermées dans le calcul de leurs avantages, en nouant des relations avec les autres seulement pour en tirer quelque chose», ce qui ne serait pas de simples erreurs stratégiques, dit François mais une «infidélité à l’Évangile».
La nécessité d’une conversion
En cette solennité de la conversion de Paul, le Pape rappelle que la conversion de l’apôtre fut le «fruit d’un renversement existentiel, où la primauté n’appartient plus à sa bravoure face à la Loi, mais à la docilité à l’égard de Dieu, dans une totale ouverture à ce qu’Il veut». Et le Pape suggère ainsi à ses frères chrétiens de suivre le chemin de saint Paul, en mettant de côté «la centralité de nos idées pour chercher la voix du Seigneur et lui laisser l’initiative et la place». Or, sa volonté est connue, poursuit François: «afin que tous soient un»(Jn 17,21. Voilà ainsi ce en quoi devrait consister «notre programme ecclésial».
La prière et le service pour faire Sa volonté
Pour réaliser la volonté de Dieu, le Pape suggère de servir ensemble, car «lorsque les chrétiens mûrissent dans le service de Dieu et du prochain, ils grandissent aussi dans la compréhension réciproque» et marchent vers la fraternité, mais François appelle avant tout à la prière pour que chacun puisse reconnaitre «à partir de lui-même» le besoin de conversion vécu par saint Paul et pour permettre au Seigneur «de changer notre cœur». La prière est, dit-il, «une tâche sainte, parce que c’est être en communion avec le Seigneur qui pour l’unité a tout d’abord prié le Père». François encourage également à prier pour la fin des guerres, en Ukraine, en Terre Sainte mais aussi dans le Sahel. S’adressant aux chrétiens du Burkina Faso qui ont préparé les méditations cette année, François prie d’ailleurs pour «l’amour du prochain puisse prendre la place de la violence qui afflige leur pays».
Le Pape conclut enfin en exhortant les chrétiens à se relever, au nom du Christ, de leurs fatigues et de leurs habitudes pour avancer «parce qu’Il le veut, et Il le veut ‘pour que le monde croie'(Jn 17, 21)».
L’archevêque de Canterbury et primat de la Communion anglicane, Justin Welby, et le métropolite Polycarpe représentant le Patriarcat œcuménique de Constantinople étaient présents dans la basilique pour ces secondes vêpres. Le Pape les a remerciés de manière particulière, ainsi que les membres de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et les Églises orthodoxes orientales, et les évêques catholiques et anglicans participant à la réunion de la Commission internationale pour l’unité et la mission, qui se tient actuellement à Rome.

Aux côtés pour la première fois du Pape sur la tombe de l’apôtre des nations, l’archevêque de Canterbury Justin Welby fut présent ce soir. On note également la présence du métropolite Polycarpe du patriarcat de Constantinople et du cardinal Koch, préfet du dicastère pour la Promotion pour l’unité des chrétiens.
Source : VATICANNEWS, le 25 janvier 2024
25.01.2024 – CHAPELET À LOURDES
28.01.2024 – HOMÉLIE DU 4ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE B – MARC 1,21-28

Être et paraître
Par le Fr. Laurent Mathelot
Si quelqu’un n’a rien d’étonnant, je dis qu’il n’est pas chrétien. Le chrétien est précisément celle ou celui qui, quelque part, doit dénoter, surprendre, interroger. Être chrétien c’est autant être soi qu’une présence, particulière de Dieu qui s’incarne.
« Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : ‘ Qu’est-ce que cela veut dire ? ‘ » Le Christ, nous raconte l’Écriture, ne laisse pas les gens indifférents : il est étonnant. Le chrétien est celui qui a toujours quelque chose d’étonnant en lui, qui pose question, qui entre quelque part en contradiction avec l’esprit du monde. A mon sens, un chrétien ne devrait jamais passer totalement inaperçu. Au fond, c’est la parole de l’Évangile : en quoi différons-nous des autres, si nous n’aimons que celles qui nous aiment, que ceux qui nous font du bien ? [ Mt 5, 46-47 et Lc 6, 32-35 ]. Il doit y avoir chez tout chrétien une façon particulière d’aimer, qui se voit et qui surprend.
« Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée. » C’est parce qu’à bien des égards, il est étonnant par rapport à la culture ambiante, que le christianisme se répand. Et si, aujourd’hui, chez nous, sa renommée est fort ternie, c’est sans doute parce que ceux qui se revendiquaient de l’Église n’avaient plus rien d’étonnant, qu’ils n’apparaissaient finalement pas bien différents d’autres, qui ne croyaient pas.
Et on comprend bien le désintérêt : à quoi bon s’imposer rites et catéchismes si notre religion n’a rien d’extraordinaire, qui suscite l’étonnement, l’émerveillement et l’attrait ? A quoi bon pratiquer, si notre foi ne bouleverse rien ; ne change rien ; ne surprend pas ? Qu’est-ce qui étonne encore du christianisme aujourd’hui ? En quoi, en tant que chrétien, suis-je surprenant ? Au fond, quel est mon témoignage de l’Évangile en ce monde ?
Marc nous raconte que le premier acte posé par Jésus, à peine a-t-il appelé ses premiers disciples, est un exorcisme : à la synagogue de Capharnaüm, il guérit un homme tourmenté par un esprit impur. Bien sûr, il est dit qu’avant, Jésus enseignait et qu’ « on était frappé par son enseignement » mais, à ce stade, l’Évangile ne rapporte aucune des paroles enseignées par Jésus. A dessein, Marc place délibérément l’acte avant la parole.
Son propos est d’établir d’emblée l’autorité de Jésus. Pour ce faire, il utilise un artifice rhétorique qui consiste à placer dans la bouche d’un démon ce que le texte veut que nous comprenions, à savoir que Jésus est le « Saint de Dieu ». Si même les démons l’admettent, a fortiori toute personne sensée … De ceci, on peut tirer plusieurs enseignements.
D’abord que l’autorité ne s’affirme pas de soi. On ne se proclame pas tant sauveur que l’on est reconnu sauveur ; on ne se proclame pas tant parent que l’on est reconnu parent ; on ne se proclame pas tant religieux que l’on est reconnu religieux ; on ne se proclame pas tant chrétien que l’on est reconnu chrétien.
Mais surtout, que l’autorité ne s’affirme pas mais s’établit d’abord en acte. C’est parce qu’on est sauveur en acte, parent en acte, religieux en acte, chrétien en acte que l’on est reconnu tel. Je ne suis pas chrétien simplement parce que je le proclame ; je suis chrétien parce que, par mes actes, je le montre. Le Christ ne se proclame pas tant sauveur que pratiquement il sauve. Il n’est pas tant nécessaire de proclamer l’amour que d’aimer.
Au fond, l’affirmation de cet évangile, c’est que la querelle sur la foi et les œuvres n’a pas lieu d’être. Rien, au sein du christianisme, ne permet de distinguer la foi des œuvres. Elle n’a rien de théorique notre foi et tout de pratique. Elle est un élan du cœur, vers Dieu et vers les hommes, qui concrètement sauve. D’ailleurs, plus loin dans l’Évangile (3, 5 ; 6, 52 ; 8, 17), Marc révélera que le véritable esprit impur n’est autre que le cœur humain endurci, inerte, qui finalement n’agit pas par amour.
Ainsi l’autorité de Jésus s’établit d’elle-même. Avoir autorité c’est d’abord faire impression sans parole, ou préalablement à toute parole, par des actes. Autrement dit, l’autorité s’exerce quand la parole est acte et que l’acte est parole, quand il y a telle adéquation des deux qu’on ne les distingue plus.
Le monde actuel vit une crise de l’autorité. A qui encore se fier de nos jours ? N’assistons-nous pas, de toutes parts, à une chute des élites : religieuses, philosophiques, politiques, scientifiques et même artistiques ? Qui parle encore aujourd’hui avec autorité ? La crise actuelle n’est-elle pas précisément celle du leadership ?
L’autorité de la religion, des parents, des professeurs, des journalistes, des politiques, de la science même : tout ça est remis en cause aujourd’hui. Advienne quelque prêcheur de renouveau quelque peu radical et des foules considérables s’apprêtent à le suivre. Survienne n’importe quelle fake news et ils sont pléthore à y donner foi. Dieu lui-même parle-t-il encore à l’Occident ? Sans parler de l’Église …. Quelle autorité conserve-t-elle aujourd’hui ? Celle du seul pape François ?
Si jadis l’Église a pris l’ascendant sur l’Empire romain qui la persécutait, ce n’est pas avec des discours, ni par l’affirmation de soi, ni même grâce à la beauté de son message. Si l’Église a pu recevoir par le passé quelqu’autorité, c’est parce qu’elle s’est instituée service social : agent de guérison et de résurrection. Le reste n’est que théorie.
Avant toute chose, être chrétien ce n’est pas dire, c’est agir. Le Christianisme n’est pas tant parole ; qu’acte d’aimer.

Source : RÉSURGENCE.BE, le 24 janvier 2024