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08.02.2024 – Prédication du cardinal Cantalamessa pour le Carême 2024 (3/5)
Cantalamessa: dans la société de masse, Jésus est le seul berger
Ce vendredi 8 mars, le cardinal Cantalamessa a prononcé sa troisième prédication de Carême dans la Salle Paul VI, en présence du Pape et de la Curie romaine. «Même blessé, le chrétien est appelé à guérir la souffrance des autres», a souligné le prédicateur de la Maison pontificale.
Osservatore Romano
L’un des phénomènes les plus évidents de «notre société est la massification». Presse, télévision, Internet, on les appelle «moyens de communication de masse, les médias de masse, non seulement parce qu’ils informent les masses, mais aussi parce qu’ils les forment, ils les massifient». Ainsi s’exprimait le cardinal capucin Raniero Cantalamessa, lors du troisième sermon de Carême, prononcé ce matin, vendredi 8 mars, dans la Salle Paul VI, en présence du Pape François. Poursuivant sa réflexion sur l’affirmation du Christ dans l’Évangile de Jean: « Je suis« , le prédicateur de la Maison pontificale s’est attardé sur « Je suis le Bon Pasteur« .
À cet égard, il a souligné comment, sans s’en rendre compte, «nous nous laissons mener par le bout du nez, par toutes sortes de manipulations et de persuasions secrètes». Il suffit de penser à ces «modèles de bien-être et de comportement, idéaux et objectifs de progrès» qui, dès qu’ils sont proposés, «sont adoptés par les gens». Ils y vont, observe-t-il, «de peur de s’égarer, conditionnés et harcelés par la publicité». En fait, nous mangeons ce «qu’on nous dit, nous nous habillons selon la mode, nous parlons selon ce que nous entendons». De plus, a-t-il ajouté, «nous sommes amusés lorsque nous voyons un film qui se déroule à un rythme rapide, avec des gens qui bougent par à-coups, rapidement, comme des marionnettes; mais c’est l’image que nous aurions de nous-mêmes si nous nous regardions d’un œil moins superficiel», a commenté le cardinal.
Dans ce contexte, voici l’image du bon berger, à laquelle sont liées les images «des brebis et du troupeau». Soulignant que l’homme d’aujourd’hui «rejette avec dédain le rôle de brebis et l’idée de troupeau», le prédicateur a fait remarquer qu’il ne se rend pas compte qu’il vit en réalité «la situation qu’il condamne en théorie».
Pour comprendre dans quel sens Jésus se proclame le bon berger et «nous appelle ses brebis, il faut remonter à l’histoire biblique», a rappelé le prédicateur de la Maison pontificale. Au début, Israël était «un peuple de bergers nomades». Les Bédouins du désert «nous donnent aujourd’hui une idée de ce qu’était la vie des tribus d’Israël». Dans cette société, «une relation presque personnelle s’est développée entre le berger et le troupeau». Cela explique pourquoi, «pour exprimer sa relation avec l’humanité, Dieu a utilisé cette image, devenue aujourd’hui ambiguë».
Avec le passage du nomadisme à la condition de peuple sédentaire, observe le cardinal, «le titre de berger est aussi donné, par extension, à ceux qui sont les représentants de Dieu sur terre: les rois, les prêtres, les dirigeants en général». Mais dans ce cas, le symbole se dédouble: «Il n’évoque plus seulement des images de protection, de sécurité, mais aussi celles de l’exploitation et de l’oppression». À côté de l’image du bon berger, «celle du mauvais berger fait son apparition». D’autre part, note le capucin, l’image du Christ Bon Pasteur occupe une place privilégiée dans l’art et les inscriptions paléochrétiennes. Il «est présenté, selon la forme classique, dans la splendeur de la jeunesse». L’image johannique«se confond à jamais avec l’image synoptique du berger qui part à la recherche de la brebis perdue (Lc 15, 4-7)».
Le contexte du passage sur le bon berger est le même que dans les deux chapitres précédents, a rappelé le cardinal, à savoir la discussion avec «les juifs» qui a lieu à Jérusalem, à l’occasion de la fête des Tentes. Mais, par Jean, nous savons que le contexte «compte relativement, car, à la différence des Synoptiques, il ne se préoccupe pas de nous donner un récit historique et cohérent de la vie de Jésus, ce qui semble aller de soi», mais un «ensemble de ‘signes’ et d’enseignements du Maître». Ceux-ci, cependant, n’apparaissent jamais «en dehors du temps et de l’espace, comme c’est le cas dans les livres de théologie», mais sont également situés «dans des lieux et des temps précis, parfois plus précis que les Synoptiques eux-mêmes, ce qui leur confère une valeur « historique » au sens le plus profond du terme».
Le discours de Jésus, a expliqué le cardinal Cantalamessa, a deux acteurs: le berger et le troupeau, c’est-à-dire, au singulier, chaque brebis. Il a ensuite rappelé que le psychologue suisse Carl Gustav Jung avait défini le psychiatre comme un guérisseur blessé. Le sens de sa théorie est qu’il faut connaître «ses propres blessures psychologiques pour guérir celles des autres et que connaître les blessures des autres aide à guérir les siennes». L’intuition du psychanalyste, a déclaré le cardinal, s’applique également aux blessures spirituelles. Le pasteur de l’Église est lui aussi un guérisseur blessé, un malade qui doit aider les autres à guérir.
Le prédicateur a ensuite évoqué la principale maladie dont il faut se guérir pour pouvoir guérir les autres. D’où la question de savoir ce qui, d’un bout à l’autre de la Bible, est inculqué aux brebis à propos de Dieu le Pasteur, à savoir «n’ayez pas peur». L’on parle, a rappelé le cardinal, de ce «mal obscur» qu’est la peur, qui a «tant de pouvoir pour priver les hommes et les femmes de la joie de vivre». Elle est «notre condition existentielle» et «nous accompagne de l’enfance à la mort». Jésus a nommé les principales peurs des adultes: la peur du lendemain, la peur du monde et des puissants, comme de «ceux qui tuent le corps (Mt 10,28)». Mais sur chacune d’entre elles, «il a prononcé la sienne: ‘Nolite timere!’». Il ne s’agit pas d’une «parole vide et impuissante, mais d’une parole efficace, presque sacramentelle». Comme toutes les paroles de Jésus, elle «fait ce qu’elle veut dire; elle n’est pas comme le simple: « Prends courage’’!».
Le cardinal a demandé ce qu’était la peur, nous invitant à mettre de côté «l’angoisse existentielle dont les philosophes discutent depuis un siècle et demi». Il s’agit plutôt de peurs communes et familières. En ce sens, «la peur est la réaction à une menace pour notre être, la réponse à un danger réel ou supposé: du plus grand danger de tous, celui de la mort, aux dangers particuliers qui menacent la tranquillité, la sécurité physique ou notre monde émotionnel». La peur est donc «une manifestation de notre instinct fondamental de préservation».
Selon que les dangers sont objectifs et réels, ou imaginaires, on parle de peurs justifiées et injustifiées. Néanmoins, ce que l’Évangile a de plus consolant à dire à ce sujet, c’est que Jésus «a pris sur lui nos peurs». Après avoir, de mille manières, exhorté ses disciples à «ne pas craindre, il a fait autre chose». Jamais on n’avait entendu dans la Bible que «le bon berger donne sa vie pour ses brebis, qu’il les connaît, les guide, les soigne, les défend: cela oui; mais pas qu’il donne sa vie pour elles». Jésus a promis «de faire cela et il l’a fait».
Cependant, «il n’est pas toujours en notre pouvoir de nous libérer de la peur et de l’angoisse». En revanche, assure le prédicateur, «il est en notre pouvoir de libérer quelqu’un d’autre, ou de l’aider à se libérer d’elles». D’où l’invitation à chercher à apporter du réconfort à quelqu’un pour l’entendre dire dans son cœur: «C’est toi qui m’as fait ça! (Mt 25,40)». C’est pourquoi, conclut-il, «nous aussi, pasteurs ou simples croyants, nous devons être des guérisseurs blessés, de pauvres malades qui guérissent les autres».
Source : VATICANNEWS, le 8 mars 2024
08.03.2024 – MESSE À NOTRE-DAME DE LA GARDE
Confitures et croix confites de la Vierge Marie

Confitures et croix confites de la Vierge Marie
Ce n’est pas que celui qui a trouvé Marie par une vraie dévotion soit exempt de croix et de souffrances, tant s’en faut ; il en est plus assailli qu’aucun autre, parce que Marie, étant la Mère des vivants, donne à tous ses enfants des morceaux de l’Arbre de vie, qui est la croix de jésus ; mais c’est qu’en leur taillant de bonnes croix, Elle leur donne la grâce de les porter patiemment et même joyeusement ; en sorte que les croix qu’Elle donne à ceux qui lui appartiennent sont plutôt des confitures ou des croix confites que des croix amères ; ou s’ils en sentent pour un temps l’amertume du calice qu’il faut boire nécessairement pour être ami de Dieu, la consolation et la joie, que cette bonne Mère fait succéder à la tristesse, les animent infiniment à porter des croix encore plus lourdes et plus amères.
La difficulté est donc de savoir trouver véritablement la divine Marie, pour trouver toute grâce abondante.
Saint Louis Marie Grignion de Montfort
Extrait du Traité de la Vraie dévotion à la Sainte Vierge
Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.
Source : une minute avec Marie
08.03.2024 – SAINT DU JOUR

St Jean de Dieu
RELIGIEUX ET FONDATEUR († 1550)
Saint Jean de Dieu
Fondateur des Frères de la Charité
(Ordre Hospitalier de Saint Jean de Dieu)
Jean de Dieu, de son vrai nom Joao Ciudad, est né le 8 mars 1495 à Montémor o Novo au Portugal.
À l’âge de huit ans, il quitte brusquement sa famille pour suivre un mystérieux gyrovague et commence une vie errante. Les raisons de ce départ restent un mystère. Il arrive assez rapidement en Espagne, à Oropesa (Tolède) où il est accueilli dans la famille de Francisco Cid, dénommé « el Mayoral ». La famille du Mayoral fait de l’élevage, et jusqu’à l’âge de 20 ans Jean se consacre au métier de berger. Il est apprécié de tous.
À la recherche d’aventures, il décide ensuite de s’enrôler dans les troupes que lève Charles Quint pour combattre François 1er. Après cette expérience militaire, il redevient berger mais, très vite, nous le retrouvons aux portes de Vienne en Autriche avec l’armée impériale qui entend stopper l’invasion des Turcs de Soliman le Magnifique. Il ira même jusqu’aux Pays-Bas avec sa compagnie.
Quittant définitivement l’armée, il se met au service d’une noble famille espagnole condamnée à l’exil à Ceuta, sur la côte marocaine. De retour en Espagne après un passage sur sa terre natale, il erre sur les routes d’Andalousie, s’installe à Grenade et se fait marchand ambulant de livres de piété et de chevalerie.
Un jour de 1539, il écoute une prédication du célèbre Jean d’Avila qu’on surnomme l’apôtre de l’Andalousie. Et c’est la conversion. Bouleversé par ce qu’il vient d’entendre, il parcourt les rues de la ville en criant « Miséricorde ! Miséricorde ! », il arrache ses vêtements, se roule dans la boue. Les enfants le poursuivent en criant « el loco ! el loco ! », « le fou ! le fou ! ». Il est alors enfermé à l’hôpital Royal de Grenade. Il connaît le sort des malades mentaux de l’époque : jeûne, coups de fouets, jets d’eau glacée… pour chasser le mal. C’est à ce moment que naît sa vocation. Il décide de passer le reste de sa vie à secourir ceux qu’il a côtoyés à l’hôpital Royal :
paralytiques, vagabonds, prostituées, et surtout malades mentaux.
Il fonde une première « maison de Dieu » qui s’avère très vite trop petite, il en fonde donc une deuxième plus grande. Pour subvenir aux besoins de sa «maison de Dieu », il quête chaque jour en criant : « Frères, faites-vous du bien à vous-mêmes en donnant aux pauvres ! » Très vite, les habitants de Grenade le surnomment Jean de Dieu. Cinq compagnons, gagnés par son exemple, le rejoignent.
Il meurt le 8 mars 1550, laissant derrière lui une renommée de sainteté qui traverse les frontières. Ses compagnons vont très vite se réunir pour fonder l’Ordre Hospitalier des frères de Saint Jean de Dieu, grâce au pape saint Pie V (Antonio Michele Ghislieri, 1566-1572) qui, le 1er janvier 1572, approuve la congrégation et lui donne la règle de saint Augustin, et au pape Sixte V (Felice Peretti, 1585-1590) qui, le 1er octobre 1586, l’élève au rang d’Ordre religieux.
>>> Six lettres manuscrites de saint Jean de Dieu ont été conservées précieusement. Parmi les nombreuses citations, on peut y lire notamment «Dieu avant tout et par-dessus tout ce qui est au monde ! », « Je suis endetté et captif pour Jésus-Christ seul ! », ou encore, « Mettez votre confiance en Jésus-Christ seul ! »
Jean de Dieu est canonisé en 1690 par le pape Alexandre VIII (Pietro Vito Ottoboni, 1689-1691), déclaré patron des malades et des hôpitaux en 1886 et protecteur des infirmiers et infirmières en 1930.
Aujourd’hui, l’Ordre Hospitalier est présent sur les cinq continents : les frères y ont fondé des hôpitaux, des maisons de santé, des centres de réhabilitation, des accueils de nuit, des écoles de formation…
Saint Jean de Dieu priez pour nous !

08.03.2024 – ÉVANGILE DU JOUR
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 12,28b-34.

En ce temps-là, un scribe s’avança pour demander à Jésus : « Quel est le premier de tous les commandements ? »
Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : ‘Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force.’
Et voici le second : ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même.’ Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »

Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui.
L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »
Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.
Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :
Saint Augustin (354-430)
évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
Les Confessions X, 6 (in Lectures chrétiennes pour notre temps, fiche J26 ; trad. Orval ; © 1973 Abbaye d’Orval)
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » (Mc 12, 30)
Je ne doute pas, je suis sûr dans ma conscience, Seigneur, que je t’aime. Tu as frappé mon cœur de ton verbe et je t’ai aimé. Or, qu’est-ce que j’aime quand je t’aime ? Ce n’est pas la beauté du corps, ni le charme d’un temps, ni l’éclat de la lumière, amical à mes yeux d’ici-bas, ni les douces mélodies des cantilènes de tout mode, ni la suave odeur des fleurs, des parfums, des aromates, ni la manne ou le ciel, ni les membres accueillants aux étreintes de la chair : ce n’est pas cela que j’aime quand j’aime mon Dieu. Et pourtant, j’aime certaine lumière et certaines voix, certain parfum et certain aliment et certaine étreinte quand j’aime mon Dieu : lumière, voix, parfum, aliment, étreinte de l’homme intérieur qui est en moi, où brille pour mon âme ce que l’espace ne saisit pas, où résonne ce que le temps ne prend pas, où s’exhale un parfum que le vent ne disperse pas, où s’exhale un parfum que le vent ne disperse pas, où se savoure un mets que la voracité ne réduit pas, où se noue une étreinte que la satiété ne desserre pas. C’est cela que j’aime quand j’aime mon Dieu.

LECTURES :
Livre d’Osée 14,2-10.
Ainsi parle le Seigneur : Reviens, Israël, au Seigneur ton Dieu ; car tu t’es effondré par suite de tes fautes.
Revenez au Seigneur en lui présentant ces paroles : « Enlève toutes les fautes, et accepte ce qui est bon. Au lieu de taureaux, nous t’offrons en sacrifice les paroles de nos lèvres.
Puisque les Assyriens ne peuvent pas nous sauver, nous ne monterons plus sur des chevaux, et nous ne dirons plus à l’ouvrage de nos mains : “Tu es notre Dieu”, car de toi seul l’orphelin reçoit de la tendresse. »
Voici la réponse du Seigneur : Je les guérirai de leur infidélité, je les aimerai d’un amour gratuit, car ma colère s’est détournée d’Israël.
Je serai pour Israël comme la rosée, il fleurira comme le lis, il étendra ses racines comme les arbres du Liban.
Ses jeunes pousses vont grandir, sa parure sera comme celle de l’olivier, son parfum, comme celui de la forêt du Liban.
Ils reviendront s’asseoir à son ombre, ils feront revivre le froment, ils fleuriront comme la vigne, ils seront renommés comme le vin du Liban.
Éphraïm ! Peux-tu me confondre avec les idoles ? C’est moi qui te réponds et qui te regarde. Je suis comme le cyprès toujours vert, c’est moi qui te donne ton fruit.
Qui donc est assez sage pour comprendre ces choses, assez pénétrant pour les saisir ? Oui, les chemins du Seigneur sont droits : les justes y avancent, mais les pécheurs y trébuchent.

Psaume 81(80),6c-8a.8bc-9.10-11ab.14.17.
J’entends des mots qui m’étaient inconnus :
« J’ai ôté le poids qui chargeait ses épaules ;
ses mains ont déposé le fardeau.
Quand tu criais sous l’oppression, je t’ai sauvé.
« Je répondais, caché dans l’orage,
je t’éprouvais près des eaux de Mériba.
Écoute, je t’adjure, ô mon peuple ;
vas-tu m’écouter, Israël ?
« Tu n’auras pas chez toi d’autres dieux,
tu ne serviras aucun dieu étranger.
C’est moi, le Seigneur ton Dieu,
qui t’ai fait monter de la terre d’Égypte ! »
« Ah ! Si mon peuple m’écoutait,
Israël, s’il allait sur mes chemins !
Je le nourrirais de la fleur du froment,
je te rassasierais avec le miel du rocher ! »

07.03.2024 – MESSE À SAINT GERMAIN L’AUXERROIS
07.03.2024 – CHAPELET À LOURDES
10.03.2024 – HOMÉLIE DU 4ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 3,14-21

La perspective de la joie
Par le Fr. Laurent Mathelot
Je ne sais pas si vous le savez, mais le psaume 136 que nous venons de prier est devenu un tube planétaire en 1978. « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions », ce sont exactement les paroles de « By the rivers of Babylon » du groupe Boney M qui chantait ce psaume, quasi mot à mot, sur un air joyeux. Excellente entrée en matière que cette chanson, ce psaume pour célébrer ce dimanche de Lætare.
Lætare est le premier mot du chant d’entrée traditionnel de la messe de ce matin, en fait le premier mot de la version latine d’un verset du Livre d’Isaïe : « Réjouis-toi, Jérusalem ! Exultez en elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui la pleuriez ! Alors, vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire. » (Isaïe 66, 10-11)
Notre exercice spirituel – notre carême – consiste à nous rendre volontairement au désert ; à organiser en nous la faim ; à vouloir nous pencher sur nos manques et la vivacité de nos désirs, pour mieux savourer ensuite le don de Dieu, la joie dont rayonne Jérusalem et, pour nous, la joie de la Résurrection.
Nous sommes aujourd’hui à mi-chemin. Il reste moins à parcourir que ce que nous avons déjà parcouru. Réjouissez-vous, la délivrance est plus proche de nous que notre entrée au désert. La mi-carême symbolise cette frontière où l’on passe des larmes, de la soif et de la récrimination – c’est à dire de la souffrance au désert – à la joie de trouver bientôt la Terre promise, la délivrance, la guérison.
Je le disais, le psaume illustre à la perfection ce moment charnière. Historiquement, il se situe au milieu de la première lecture : Nabuchodonosor a ravagé la Terre d’Israël, ruiné le Temple. Le peuple a été déporté à Babylone et ils sont là, prisonniers, à se demander comment encore trouver la joie et chanter Dieu, face à tant de désolations. « Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? » dit le texte. Comment, en effet, trouver à se réjouir au milieu des souffrances ?
Puis, la première lecture reprend l’histoire : les Babyloniens sont eux-mêmes défaits par les Perses, 70 ans plus tard, et leur roi, Cyrus, permet aux Juifs de retourner dans leur pays, finançant même la reconstruction du Temple. Voilà la délivrance.
L’image de Jésus comme le serpent de bronze élevé par Moïse dans le désert, que nous présente l’Évangile, renforce cette idée de moment charnière. Le serpent est une figure ambiguë dans la Bible, tantôt mauvais, vénéneux et perfide, comme dans la Genèse ou dans l’Apocalypse ; tantôt symbole de guérison comme le représente le caducée des médecins. C’est le cas ici. Le serpent permet, en une image, de cerner le paradoxe de la Croix – celui de la vie donnée de Jésus –, qui est souffrance d’une part et qui pourtant nous sauve.
Le dimanche de Lætare symbolise cet instant de toutes les traversées du désert dans notre vie ; ce moment où la délivrance apparaît enfin en vue, comme la vigie d’un navire qui crie enfin « Terre » ; ce moment où notre cœur entrevoit à nouveau un avenir paisible ; quand l’espérance reprend subrepticement le dessus sur la tristesse ; quand revient, au milieu des larmes, la perspective de la joie. Précisément, ce qu’on fête aujourd’hui c’est la joie de la délivrance, la joie de Pâques, en vue.
Aujourd’hui, les temps ne sont certainement pas à la joie, qui voient d’intenses conflits surgir dans le monde, une crise migratoire d’ampleur planétaire, une corruption économique sans précédent se développer et des tensions émaner de toutes parts, sans parler de l’urgence climatique qui, pour certains, se mue en peur. C’est aussi la fin de l’hiver et les esprits sont plus sombres.
La joie est un état d’esprit qui dépend fort de l’orientation de notre regard : vers la souffrance ou vers la délivrance. C’est ce que nous célébrons aujourd’hui, ce changement de regard sur nos vies qui passe de la désolation sur notre sort, à la joie de lendemains heureux qu’on entrevoit.
La mi-carême, cependant, n’est pas une question de géométrie, à strictement parler un mi-parcours. Ce changement de regard sur la traversée du désert et les efforts qu’il reste à faire peut survenir très tôt. Certains, dès le surgissement d’une difficulté, trouvent rapidement la joie de se mettre en chemin pour la résoudre, témoignant ainsi d’un élan fondé sur une espérance de salut qui prend, chez eux, plus rapidement le pas sur la désolation. A cet égard, notre exercice de trouver la joie parmi les privations du carême est une préparation à cet état d’esprit. Face aux problèmes du monde, c’est l’anticipation d’un salut qui nous délivre de nos angoisses ; c’est l’élan confiant – et joyeux déjà – vers une résurrection en laquelle on a foi, qui exorcise nos découragements et nos peurs.
Lætare, c’est quand la joie d’une délivrance l’emporte sur la désolation du moment.
Réjouissez-vous ! L’issue de notre vie est heureuse.

Source : RÉSURGENCE.BE, le 6 mars 2024
10.03.2024 – HOMÉLIE DU 4ÈME DIMANCHE DE CARÊME – JEAN 3,14-21

SAUVÉ PAR L’AMOUR
Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu
Textes bibliques : Lire
Dans les lectures bibliques de ce dimanche, nous trouvons plusieurs fois le mot “sauvés”. Le premier texte (livre des Chroniques) est une relecture des événements du passé. Les chefs des prêtres et tout le peuple multipliaient les infidélités. Ils imitaient les sacrilèges des nations païennes. Cette conduite a été la cause de leur perte. Le temple de Jérusalem a été détruit ; le peuple a été déporté en exil. Mais Dieu reste éternellement fidèle à son alliance alors que l’homme ne cesse de la trahir. Il envoie des messagers car il a pitié de son peuple. Il ne cesse de lui offrir son amour généreux.
C’est important pour nous aujourd’hui. Nous vivons dans une société qui cherche à se construire en dehors de toute référence religieuse. Dieu y est le grand absent. En dehors de lui, nous courons, nous aussi, à la catastrophe. Mais Dieu ne cesse de vouloir nous sauver. Il nous appelle inlassablement à revenir vers lui de tout notre cœur : “Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle.” Notre Dieu ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il se convertisse et qu’il vive. Voilà cet appel que nous sommes invités à accueillir. Dieu est amour ; il n’a jamais cessé de nous aimer.
C’est aussi cette révélation que nous trouvons dans la lettre de saint Paul aux Éphésiens : “Dieu est riche en miséricorde : à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions esclaves par suite de nos fautes, il nous a donné la vie dans le Christ.” C’est la bonne nouvelle qui nous est annoncée tout au long de ce Carême : Dieu est amour ; il nous aime tous d’un amour passionné. Tout ce qui nous arrive par le Christ vient de cette miséricorde de Dieu ; cela ne vient pas de nous ni de nos actes. Saint Paul qui a rencontré le Christ sur le chemin de Damas sait de quoi il parle. Il sait ce qu’est la vie renouvelée par l’amour.
Dans l’Évangile, nous retrouvons également ce mot “sauvés”. En dehors de Dieu, nous sommes des naufragés. Et c’est pour ramener tous les hommes à Dieu que l’apôtre Pierre a reçu la mission de “pêcheur d’hommes”. Aujourd’hui, saint Jean nous invite à lever les yeux vers un signe. Il nous parle de Jésus “élevé” en croix comme le serpent de bronze avait été “élevé” par Moïse sur le peuple. Celui qui tournait les yeux vers le serpent élevé était guéri. Il n’était pas guéri par l’objet mais par le sauveur de tous les hommes.
L’évangéliste multiplie les expressions qui parlent de délivrance : “Obtenir la vie éternelle… être sauvés… échapper au jugement…” Le grand projet de Dieu c’est d’apporter son salut à tous les hommes. Il envoie son Fils pour réaliser ce projet. Il nous a montré son immense amour en nous donnant son Fils. C’est par la croix que se révèle cet amour unique. L’évangéliste nous demande de nous déterminer face au crucifié qui nous révèle l’amour de Dieu. “Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé”.
Il nous faut le dire et le redire : jamais nos péchés ne seront plus grands que cet amour-là. C’est une certitude inébranlable de l’Église : nous sommes sauvés par ce Jésus qui a livré son Corps et versé son sang sur une croix. Jamais aucune faute ne pourra venir à bout de cet amour. Pour ceux qui savent regarder, la croix est un signe de salut et non de condamnation. Malheureusement, nous regardons trop souvent ailleurs. Quand nous organisons notre vie en dehors de Dieu, c’est la catastrophe, le naufrage.
Tout au long de ce Carême et tout au long de notre vie, nous sommes donc invités à lever les yeux vers la croix du Christ. Par sa mort et sa résurrection, le Christ Jésus nous fait passer vers la vraie Lumière. Avec lui, nous pourrons faire un pas ce plus. Il nous invite à regarder le monde avec lui et comme lui. Par sa croix, il guérit les blessures du monde. Il est la Lumière plus forte que la nuit, l’amour plus fort que la mort. Alors oui, levons les yeux, élevons nos cœurs ! Profitons de ces derniers jours du Carême pour ouvrir les yeux sur la Vérité et renaître à la Lumière de la vie.
Esprit de Dieu, attire nos regards vers Celui qui a été “élevé de terre”. Répands en nous l’Esprit du Christ et fais-nous revivre avec lui. Amen

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 2 mars 2024