Cap Fatima – Lettre de liaison n°166 du 2 octobre 2024

L’ “apparition” du 13 août

Le 13 août 1917, une foule d’environ 18 000 personnes se rassembla à la Cova da Iria, soit 13 000 de plus que le mois précédent. En effet, dans les trois apparitions précédentes, Notre-Dame avait dit qu’elle viendrait le 13 de chaque mois, jusqu’au mois d’octobre inclus. Ce jour-là, tout le monde attendit patiemment jusqu’à l’heure des apparitions, s’inquiétant de ne pas voir les voyants. Car l’administrateur franc-maçon de Vila Nova de Ourem était venu le matin pour interroger les enfants et, après l’interrogatoire, il les fit monter dans sa voiture, soi-disant pour les conduire sur le lieu de l’apparition ; mais au lieu d’y aller, il les emmena à Vila Nova de Ourem où il les enferma dans la prison.

La foule commençait à montrer un fort mécontentement, certains menaçant d’aller chez l’administrateur pour libérer les enfants, lorsqu’un coup de tonnerre se fit entendre, suivi quelques instants après d’un éclair, bien visible malgré le temps clair et ensoleillé. Puis tous virent un petit nuage blanc descendre du ciel, se poser sur le chêne vert, y rester quelques minutes et remonter vers le ciel.

Toutes les personnes présentes entendirent le coup de tonnerre et virent l’éclair alors que les petits voyants étaient emprisonnés à plus de 10 km de là, ce qui augmenta d’autant plus leur foi dans les apparitions comme le nota le curé de Fatima, l’abbé Ferreira, qui écrivit à l’époque :

Au dire de milliers de témoins, l’absence des enfants n’a pas empêché la Reine des anges de manifester son pouvoir. Tous ces gens attestent des faits extraordinaires et des phénomènes qui ont enraciné plus profondément leur croyance.

Il n’y avait donc aucun stimulant psychologique pour pousser les personnes présentes à voir, ce d’autant plus que nombre d’entre elles étaient venues pour se moquer de l’Église, persuadées qu’il ne se passerait rien. Par comparaison, au cours de l’apparition suivante le 13 septembre, un tiers de 30 000 témoins ne vit rien alors que les petits voyants étaient là. De toutes les façons, le seul fait d’un coup de tonnerre entendu en même temps par 18 000 personnes élimine catégoriquement l’hypothèse d’une hallucination collective.

C’est la seule apparition dans l’histoire de l’Église qui eut lieu devant 18 000 témoins sans les voyants. Il y a là un message de la Sainte Vierge. Par ces manifestations, elle montre à tous qu’elle a tenu sa promesse de venir le 13 de chaque mois. Elle montre aussi que les petits voyants n’ont pas menti. C’est même une de preuves les plus fortes de l’authenticité des apparitions et du fait que les petits voyants n’ont pas menti. Cette manifestation de Notre-Dame aux 18 000 personnes venues le 13 août signifie également que le message ne s’adresse pas qu’aux trois petits voyants : il concerne toutes les personnes présentes et, à travers elles, toute l’Église. Simplement, le contenu du message n’est adressé qu’aux trois petits voyants qui auront pour mission de le transmettre à la hiérarchie de l’Église, qui, à son tour, aura la charge de le transmettre à toute l’Église. Cette “apparition” du 13 août est donc non seulement une marque d’authenticité exceptionnelle, mais aussi une indication de l’universalité du message.

La récitation du chapelet

Après avoir tenté pendant trois jours, sans succès, de leur faire dire le secret, l’administrateur de Vila Nova de Ourem libéra les enfants. Et encore trois jours plus tard, c’est-à-dire le 19 août, alors qu’ils se trouvaient dans un lieu appelé les Valinhos, Notre-Dame leur apparut et leur dit : « Je veux que vous continuiez à aller à la Cova da Iria le 13, que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours. »

Pour la quatrième fois, Notre-Dame demande la récitation quotidienne du chapelet. Et elle le fait cette fois-ci sur le mode d’un ordre formel : « Je veux que vous continuiez … » (« Quero que continueis … »)

Cette insistance de Notre-Dame non seulement marque l’importance qu’elle attache à cette récitation, mais aussi doit nous aider à surmonter les réticences que nous pouvons avoir à le faire. Un manque d’attirance pour le chapelet n’est pas nécessairement une marque de tiédeur : certains saints ne se sentaient pas attirés par le chapelet. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait : « J’ai beau m’efforcer de méditer les mystères du Rosaire, je n’arrive pas à fixer mon esprit… Maintenant, je me désole moins ; je pense que, la reine des Cieux étant ma Mère, elle doit voir ma bonne volonté et qu’elle s’en contente… » La plus grande sainte des temps moderne avait donc du mal à réciter le chapelet. Aussi, nous qui ne sommes pas saints, combien est-il naturel d’éprouver parfois une certaine réticence à le réciter.
Malheureusement cette réticence est souvent entretenue par des clercs qui, soit négligent de prêcher sur le chapelet, soit dissuadent même de le réciter, le trouvant répétitif, ennuyeux, vieillot, … Nous n’allons pas répondre à tous ces reproches, car nombreux sont ceux qui y ont déjà répondu avec talent. Considérons simplement un point : de tels reproches devraient être adressés à Notre-Dame elle-même. Car pourquoi a-t-elle toujours tant insisté sur la récitation du chapelet ? Pourquoi est-elle apparue si souvent avec un chapelet dans les mains comme à Lourdes, à Beauraing ou à Banneux ? Critiquer le chapelet revient à affirmer, au moins implicitement, que la Sainte Vierge s’est trompée, et avec elle de très nombreuses autorités dans l’Église ! C’est tout de même un peu difficile à croire. Léon XIII fit plus de dix encycliques sur le rosaire. Saint Pie X, dans son testament, n’hésita pas à écrire :

Si vous voulez que la paix règne dans vos familles et dans votre patrie, récitez tous les jours le chapelet avec les vôtres : le Rosaire est le parfait résumé de l’Évangile et il donne la paix à tous ceux qui le récitent… Aimez le Rosaire, récitez-le tous les jours.

Une telle affirmation dans un texte aussi important qu’un testament, et qui plus est le testament d’un pape canonisé, marque une importance exceptionnelle. Il est d’ailleurs extraordinaire de voir la ressemblance entre ces propos de saint Pie X et ceux de Notre-Dame à Fatima, comme si la Sainte Vierge avait voulu confirmer les propos du saint pape.

Plus près de nous, le père Gabriele Amorth, exorciste du diocèse de Rome, dans l’introduction de son dernier livre Il mio rosario, n’a pas hésité à écrire : « Je pense que le Rosaire est la prière la plus puissante », ajoutant : « Ce livre est dédié au Cœur Immaculé de Marie duquel dépend l’avenir de notre monde. » Il révéla que la source de sa force intérieure, il la trouvait dans la récitation quotidienne du chapelet, prière qui l’a soutenu dans son combat quotidien contre les manifestations du démon auxquelles il fut confronté durant de longues années.

Voici également ce que dit saint Louis-Marie Grignion de Montfort, dans Le secret admirable du très saint Rosaire (25e rose) :

Conservez la pratique du saint Rosaire, car jamais une âme qui dit son Rosaire tous les jours ne sera formellement hérétique ni trompée par le démon ; c’est une proposition que je signerais de mon sang.

Malgré cela, au Portugal, des théologiens menèrent une campagne contre le chapelet. Sœur Lucie réagit vigoureusement dans plusieurs lettres contre ces attaques injustes. Nous avons cité une de ces lettres dans la lettre de liaison n° 154. En voici une autre qu’elle écrivit le 26 novembre 1970 au père Pasquale :

Très Révérend Père,

J’ai été très contente d’apprendre quel était votre nouvel apostolat. Je crois que c’est là le fruit d’une grande inspiration qui vient à la rencontre, me semble-t-il, de ce dont notre époque a le plus grand besoin. La décadence du monde est sans nul doute l’effet du manque d’esprit de prière. Ce fut en prévision de cette désorientation que la Vierge a recommandé avec tant d’insistance la récitation du chapelet. C’est parce que la prière du Rosaire est, après la sainte Messe, la plus apte à conserver et à augmenter la foi dans les âmes, que le démon a déchaîné contre lui la guerre que l’on sait. Et nous voyons, hélas ! les ruines lamentables qu’il a provoquées.

Aussi devons-nous travailler sans relâche pour établir et augmenter l’esprit de prière puisque c’est l’oraison qui nous rapproche de Dieu. C’est dans cette rencontre que Dieu accorde ses grâces, qu’il nous donne lumière et force pour vaincre les tentations et les difficultés et que se résolvent bien des problèmes dont nous ne trouvions pas la solution.

Comme, hélas ! rares sont les personnes qui assistent chaque jour à la Messe et se nourrissent du Pain eucharistique, la prière du Rosaire devient indispensable pour les âmes. Car, si elles ne récitent pas le chapelet, quelle prière feront-elles? Et, sans la prière, qui se sauvera ?

Mais même pour ceux qui vont à la Messe chaque jour, la récitation quotidienne du chapelet est une nécessité pour conserver la Foi, l’Espérance et la Charité. Le chapelet est le fondement de la sainte Liturgie parce qu’il rappelle aux âmes les principaux mystères de notre Rédemption.

Le Rosaire nous met d’abord en contact avec la très Sainte Trinité. En effet, nous le commençons en disant : « Seigneur, venez à mon secours ! Hâtez-vous de me secourir ! Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. » Ensuite, nous récitons le Gloria après chaque dizaine d’Ave pour louer la très Sainte Trinité. N’est-ce pas le Père qui inspira cette louange aux Anges qu’Il envoya chanter près de son Fils à peine né et fait homme ? Je crois que c’est la raison pour laquelle nous pouvons appeler le Rosaire une prière trinitaire plus qu’une prière mariale. Après le Gloria, nous récitons le Pater, prière qui s’adresse au Père et qui nous a été enseignée par Jésus : elle n’est qu’une louange et une supplication adressée à Dieu. Et Jésus-Christ ne nous a pas dit qu’avec le temps elle vieillirait et qu’il faudrait en trouver une autre. Il a dit : « Vous prierez ainsi : « Notre Père qui êtes aux Cieux. » » (Mt 6, 9-13)

L’Ave Maria aussi est une prière adressée à Dieu, et on y trouve la première révélation du mystère de la Sainte Trinité, faite par Lui aux hommes.

L’Ange envoyé par le Seigneur pour annoncer à Marie l’Incarnation du Verbe, la salue avec des paroles dictées par le Père : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. » C’est-à-dire : « Vous êtes le Temple où Dieu réside. » Et l’Ange ajouta : « L’Esprit-Saint descendra sur vous et la Puissance du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’Être Saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu. » (Lc 1, 28-35).

Nous avons ici le premier temple vivant où réside la Sainte Trinité, et la première révélation de ce mystère aux hommes : le Père la couvre de son ombre ; le Saint-Esprit descend sur Elle ; et le Fils de Dieu s’y fait homme. De la sorte, Marie fut le premier tabernacle vivant où le Père enferma son Fils, le Verbe fait chair ; son Cœur Immaculé fut le premier ostensoir pour l’accueillir ; dans son Cœur Immaculé et dans ses veines a circulé le premier sang du Dieu fait homme ; le sein et les bras de cette Vierge furent le premier autel sur lequel Dieu présenta son Fils à nos adorations : c’est là que les anges, les pasteurs et les mages l’adorèrent.

Si nous voyons dans l’Ave Maria toute la beauté de sa véritable signification, il sera pour nous vraiment plus qu’une simple prière mariale, une oraison trinitaire et eucharistique. Je ne sais si l’on peut trouver des prières plus sublimes, plus appropriées et plus agréables à Dieu, à réciter devant le Saint-Sacrement.

Mais voyons le reste de cette prière. Le texte sacré nous dit : « Élisabeth, remplie du Saint-Esprit et élevant la voix, s’exclama : “Vous êtes bénie entre les femmes et le fruit de votre sein est béni.” » (Lc 1,41-42) C’est donc le Saint-Esprit qui nous dicta ces paroles par la bouche d’Élisabeth. Cette salutation elle-même est une louange à l’adresse de Dieu : « Vous êtes bénie entre les femmes parce que le Fruit de votre sein est béni. » Même la supplication que la Sainte Église y a ajoutée, sûrement mue par le Saint-Esprit, s’adresse à Dieu : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. »

Tout est dirigé vers Dieu, grâce à l’union de Marie avec Dieu : « Parce que vous êtes la Mère de Dieu, Temple vivant de Dieu, Tabernacle vivant du Verbe fait chair, priez pour nous pauvres pécheurs. »

Nos frères protestants s’arrêtent aux mots de saint Paul disant : « Il y a un seul Médiateur auprès du Père. » Ils ne tiennent pas compte du fait que ce même Apôtre reconnaît qu’il est utile de prier les uns pour les autres. Et Marie, qui est la Mère de Dieu, ne pourrait pas prier pour nous ?

Nous devons défendre les âmes contre les erreurs qui les égareraient hors du bon chemin. Moi, je ne peux rien faire d’autre que vous aider de mes pauvres et humbles prières et sacrifices. Mais vous, Père Umberto, vous avez devant vous un champ beaucoup plus étendu pour développer votre apostolat. Et nous ne devons pas nous reposer ni laisser, comme dit Notre-Seigneur, les fils des ténèbres être plus habiles que les fils de la lumière.

Ici, au Portugal, des jeunes se sont mis à organiser une campagne de prière avec le Rosaire, pour rétablir la pratique de cette dévotion dans les âmes et dans les familles, en groupes ou individuellement, parmi les diverses populations.

À cette fin, ils recrutent le plus grand nombre de familles possible qui s’engagent à réciter le Rosaire tous les jours. Parfois, comme le dimanche et les jours de fêtes, ils forment des groupes et s’en vont sur les routes, disant le chapelet à haute voix et chantant des cantiques, jusqu’à l’église ou la chapelle choisie pour terminer leur prière. S’ils ont un prêtre, ils terminent par la bénédiction du Saint-Sacrement ou la sainte Messe ; sinon, par la visite au Saint-Sacrement. S’il n’y a pas le Saint-Sacrement, ils concluent par une louange à la Sainte Vierge.

Ces jeunes ont trouvé les gens pleins d’enthousiasme. Je crois que, présentement, c’est le meilleur apostolat pour conserver et augmenter la foi.

En Argentine, s’est fondé récemment un institut séculier, l’association Notre-Dame de Fatima, dont le but est cet apostolat. On se rassemble sur les places et on récite le Rosaire avec le peuple ; de grandes foules, dit-on. On va aussi le réciter dans les hôpitaux, dans les prisons. On raconte que tous prient avec une ferveur incroyable. Les évêques en sont si contents, que le Saint-Siège a permis aux fondatrices de venir m’en parler.

Je vous dis ces choses pour que vous voyiez les fruits que peut produire le Rosaire. Je crois qu’avec les moyens que Dieu vous a mis entre les mains vous pouvez en faire autant et même plus. Le Rosaire est l’arme la plus puissante pour nous défendre sur le champ de bataille.

Je prie pour vous, pour que le Seigneur vous donne encore assez de vie, assez de force et de courage pour mener à terme et avec succès cet apostolat.

Toujours reconnaissante et en union de prières.
Sœur Lucie, i. c. d.

 P. S. : Ce que je vous ai raconté vise aussi à conserver la foi du peuple de Dieu en la présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie. C’est pour cela que l’on conclut la récitation du Rosaire dans une église par la bénédiction du Saint-Sacrement, par la Messe, ou simplement, faute de prêtre, par une visite au Saint-Sacrement.

Cette lettre a été écrite par une personne qui a vu la Sainte Vierge et lui a parlé. Alors, oublions toutes les critiques injustifiées à l’encontre du chapelet et répondons à la demande si insistante de Notre-Dame en le récitant tous les jours, et en nous efforçant de suivre les recommandations que sœur Lucie confia au père Pasquale.

En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie
Yves de Lassus

06.10.2024 – HOMÉLIE DU 27ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 10,2-16

Ce que Dieu a uni

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Je suis ce que l’on appelait alors un enfant du divorce, avant qu’hélas ce ne soit presque normal. A l’époque, j’aurais dit « enfant victime du divorce ». Victime au sens étymologique : l’élément sacrifié. Et de fait, on observe que le divorce n’est pas sans conséquences sur l’équilibre des enfants : ils réussissent globalement moins bien à l’école et dans la vie ; ils présentent plus de troubles du comportement ; adultes, plus de troubles psychologiques : anxiétés, dépressions, instabilité affective …. Ici, je ne cherche à culpabiliser personne. D’autant qu’il serait abusif de généraliser : d’autres troubles surgissent au sein des familles qui n’ont connu aucun divorce et – Dieu merci – beaucoup d’enfants du divorce se portent bien, certains se trouvant parfois même soulagés du poids d’un climat familial devenu délétère. Pour ma part, cette souffrance d’enfance est grandement apaisées.

Il reste que, si on parle bien de familles recomposées, c’est qu’il y a des familles décomposées, dont il faut faire le deuil – parents et enfants. Et face au deuil, nous ne sommes pas tous égaux, sans doute à mesure de l’amour meurtri.

Avant d’être un discours sur le divorce, les lectures d’aujourd’hui sont d’abord un enseignement sur l’unité. Et, plus précisément, l’unité dans la diversité et la complémentarité des sexes. Pour la première lecture, celle de l’Ancien Testament, ce n’est pas la possibilité de divorcer accordée par Moïse qui a été choisie, mais bien la Genèse de l’amour de l’homme et de la femme : « Tous deux ne feront plus qu’un »

Certains reprocheront peut-être au texte son point de vue très masculin – celui d’Adam. Un militantisme forcené pourrait même oser proclamer qu’il y a là, en germes, tous les éléments de la domination de la femme par l’homme. Au fond, n’arrive-t-elle pas par défaut dans le récit, Eve, parce que l’homme n’a trouvé, parmi les animaux (sic!), « aucune aide qui lui corresponde » ?

On aurait tort de vouloir faire du chapitre 2 de la Genèse un traité des relations homme-femme, encore plus de croire qu’il réponde aux questions du féminisme actuel. Il s’agit avant tout d’un poème. Et, si ce poème prend le point de vue d’Adam, c’est peut-être que, précisément, il vise à enseigner prioritairement les hommes, en dénonçant justement ceux qui traitent leur femme comme du bétail. Adam y proclame sa femme « os de mes os et chair de ma chair ». C’est une affirmation très forte et très imagée de la culture hébraïque, qui signifie précisément « mon égale ». Et il est heureux que la traduction ait maintenu les termes hébreux Ish et Ishsha qui montrent clairement l’identité étymologique entre homme et femme, ce que le français ne rend pas.

Par ailleurs, pour qui connaît les nuances de la langue hébraïque dans laquelle le texte est rédigé, il est possible de remarquer qu’il fait deux usages du terme Adam, d’abord comme nom commun – l’adam, qu’on pourrait traduire par « l’humain » et que le texte français rend par « l’homme » – et Adam comme nom propre – le premier homme, l’époux d’Eve. C’est l’humain que Dieu plonge dans la torpeur, duquel surgissent Adam et Eve. Adam, vous le savez, veut dire « celui qui est issu de le Terre » – le terreux. Tandis que Eve signifie « la vivante ». Une fois encore pour affirmer l’égale dignité de la femme : celle qui partage le même souffle divin.

Au-delà de l’égalité, ce texte parle d’unité. A cause précisément de cette égalité dans l’altérité, à cause de ce même souffle de vie, de ce même souffle d’amour, qui finalement est le souffle de Dieu, « l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un ». C’est l’Amour avec un grand A, et donc l’amour de Dieu, qui scelle l’union de l’homme et la femme. De même, c’est le cas de toute altérité : c’est d’abord Dieu qui nous pousse à aller vers les autres, à reconnaître qu’ils partagent le même souffle de vie. Sans cette poussée de l’Amour, nous resterions sans doute dans ce qu’on appelle aujourd’hui notre zone de confort, que le texte évoque comme le fait de rester chez ses parents.

Jésus embraye sur ce passage dans l’Évangile et il ajoute : « Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » On peut comprendre de deux manière ce passage. D’une part, comme l’interdiction explicite de divorcer. Mais aussi, et peut-être plus subtilement, comme l’impossibilité de totalement séparer ceux qu’un amour fécond a uni.

Et cette lecture est intéressante pour l’enfant du divorce que je suis. L’amour de mes parents subsistera toujours uni en moi, tant que je vivrai. Je suis précisément ce qu’il reste de vivant de cette union consacrée par Dieu. Et si je crois en la vie éternelle, c’est dans l’éternité que j’emporterai cette union.

Je crois que les enfants souffrent du divorce parce qu’ils continuent à incarner l’union de leurs parents, la même qu’ils voient par ailleurs blessée. Mais je crois aussi que c’est en allant vers Dieu que tous les deuils s’apaisent. « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. »

A l’image des enfants qui sont toujours le fruit de l’union, en un seul corps, d’une femme et d’un homme, le royaume de Dieu est ce lieu où se maintiennent vivantes, pour l’éternité, les relations fondées sur l’amour. « Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. »

Malgré nos conflits, malgré nos séparations, malgré le désamour qu’il peut parfois y avoir entre nous, je crois que de toutes nos relations d’amour, même celles qui sont passées, il persistera éternellement quelque chose de vivant, qui se maintiendra jusque dans le royaume de Dieu. Car ce que Dieu a un jour uni, je crois que l’homme ne parvient jamais à totalement le séparer.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 1er octobre 2024

06.10.2024 – HOMÉLIE DU 27ÈME DIMANCHE ORDINAIRE – MARC 10,2-16

“Homme et femme, il les créa”

Textes bibliques : Lire


Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu :


L’Évangile de ce dimanche nous montre deux manières de se comporter à l’égard du Christ : D’un côté, nous trouvons celle des petits enfants ; Jésus les donne en exemple pour leur manière d’accueillir le Royaume de Dieu. Ce Royaume est offert à tous. Pour l’accueillir, il suffit de se laisser aimer par Dieu comme seuls les petits enfants savent le faire. Face à eux, l’Évangile nous montre ceux qui ne cherchent qu’à piéger Jésus. Ils n’hésitent pas à utiliser la ruse pour l’enfoncer. Ces deux attitudes, celle des petits enfants et celle des pharisiens nous interpellent : comment accueillons-nous la Parole de Dieu ? Avec droiture et générosité ? Ou dans l’indifférence et le refus ?

Cette différence dans l’accueil de la Parole de Dieu est illustrée par la question des pharisiens à Jésus : “Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ?” Jésus les renvoie à la loi de Moïse qu’ils connaissent par cœur. Ils savent qu’elle permet de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. Jésus leur répond que si Moïse a fait cette concession, c’est à cause de l’endurcissement de leur cœur. La Bible prend les gens là où ils en sont pour les amener progressivement vers la Révélation dans le Christ Jésus.

Dans sa réponse, Jésus prend le parti de Dieu. Il les renvoie au livre de la Genèse (1ère lecture) : “Il les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un. Ainsi, ils ne sont plus deux mais ils ne font qu’un.” Et Jésus ajoute : “Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas.”

Cet enseignement du Christ est très fort ; il défend la dignité du mariage. L’homme et la femme qui se marient sont appelés à former une communauté de vie, de partage et d’amour. À travers leur manière de s’aimer et d’aimer leurs enfants, ils disent quelque chose de l’amour passionné qui est en Dieu. Or c’est précisément cela qui a été voulu par Dieu depuis les origines. Il a voulu que leur amour soit un écho de celui qui est en lui.

C’est vrai que tout cela ne va pas sans difficulté. Il suffit de voir tous ces couples qui n’arrêtent pas de se déchirer et qui finissent par se séparer. Nous voyons aussi des vies de familles très déroutantes : certaines se contentent d’être des familles “hôtel restaurant” ou des “familles dortoir”. Elles sont une simple juxtaposition de personnes ; il n’y a pas de vrai dialogue sur les questions essentielles.

Un jour, Jésus a dit qu’il est “venu pour que tous les hommes aient la vie en abondance.” Cela vaut aussi pour les couples. Par le sacrement du mariage il veut les aider à ne plus faire qu’un dans l’amour. Aujourd’hui, nous le prions d’ouvrir le cœur de tous les époux à son projet d’amour. Aimer c’est une aventure qui s’appuie sur la fidélité de Dieu. L’union de l’homme et de la femme nous dit quelque chose de l’alliance entre Dieu et les hommes. En vivant dans l’amour, le respect et la fidélité, ils témoignent à leur manière d’un Dieu qui aime, qui pardonne et qui se donne.

C’est vrai que tout cela n’est pas facile à vivre. Mais aujourd’hui, Jésus nous annonce une bonne nouvelle : ce qui est impossible aux hommes ne l’est pas pour Dieu. Dieu seul peut nous donner un cœur neuf, un esprit nouveau. Le problème de chacun de nous n’est pas la conversion des autres mais la nôtre ; c’est de transformer notre propre cœur. Dieu seul peut nous apprendre à aimer comme il nous aime. Il est fidèle, même si nous le trahissons. Il nous conserve sa tendresse absolue indépendamment de la nôtre. Alors, soyons parfaits comme notre Père du ciel. Même si ce n’est pas apparent, sa volonté coïncide toujours avec notre bonheur.

Nous recevons cet Évangile comme un appel à défendre la famille sans relâche. À son époque, le pape Jean-Paul II nous rappelait que l’avenir de l’humanité passe par la famille. C’est là que nous apprenons le sens du partage, du don et du respect de l’autre. C’est aussi là que nous apprenons à nous ouvrir à la richesse du pardon et de l’écoute, au respect des différences, à la patience qui fait grandir.

La lettre aux hébreux ne parle pas spécialement du mariage. Mais elle nous révèle cet amour passionné de Jésus pour tous les hommes. C’est un amour qui est resté fidèle et qui s’est donné jusqu’au sacrifice de sa vie. Par sa Passion, sa mort et sa résurrection, il nous a ouvert le chemin de la vraie vie. Ce qu’il attend de nous, c’est que nous venions à lui comme les petits enfants dont nous parle l’Évangile. C’est autour de lui que doit se construire l’unité des familles et celle des communautés chrétiennes.

En ce dimanche, nous nous tournons ensemble vers notre Dieu qui est source de tout amour. L’Eucharistie, c’est Dieu qui se donne pour nous faire vivre de son amour à l’intérieur de nos familles et de nos divers lieux de vie. Dieu nous aime tous inconditionnellement quelle que soit notre situation et quels que soient nos torts. Il vient nous chercher là où nous en sommes pour nous inviter à faire un pas de plus sur le chemin de la vie. Que cette bonne nouvelle nourrisse notre espérance et notre prière !

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCAIN.ORG, le 29 septembre 2024

Les frères et sœurs de Jésus ne sont pas les fils de Marie

Illustration
La fresque de l’Annonciation à l’église St. Anton par Fritz Kunz (1921). © Shutterstock/Renata Sedmakova

Les frères et sœurs de Jésus ne sont pas les fils de Marie

Si le Nouveau Testament parle des frères et sœurs de Jésus, pourquoi les Catholiques croient-ils que Marie est restée toujours vierge ?

Le Nouveau Testament n’identifie nulle part les « frères et sœurs » de Jésus comme étant les fils ou les filles de Marie, sa mère. Selon l’usage de l’Ancien Testament, les proches parents pouvaient également être appelés « frères ou sœurs ». Le paragraphe 500 du Catéchisme de l’Église catholique l’explique clairement.

Lorsque Matthieu 1,25 nous dit que Joseph n’a pas eu de relations avec Marie « jusqu’à ce qu’elle ait enfanté un fils », cela ne signifie pas que Marie et Joseph ont eu des relations conjugales après la naissance de Jésus. 

Les Pères de l’Église ont également trouvé des preuves de la virginité perpétuelle de Marie dans le Nouveau Testament. La réponse de Marie à l’ange : « Comment cela se fait-il, puisque je n’ai pas de relations avec un homme ? » (Lc 1, 34) suggère une volonté de rester vierge. Lorsque le Seigneur confie le soin de Marie au disciple bien-aimé (Jn 19, 26-27), cela implique que Marie n’avait pas d’autres enfants à qui la confier.

Robert Fastiggi, 7 mai 2024

Extraits de www.catholicreview.org 

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie