05.10.2024 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,17-24. 

En ce temps-là, les soixante-douze disciples que Jésus avait envoyés revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. »
Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair.
Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire.


Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »


À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.


Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »


Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !
Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Saint Jean Cassien (v. 360-435)

fondateur de monastère à Marseille

Des charismes divins, chap. VII-IX ; SC 54 (Conférences VIII-XVII ; trad. E. Pichery, éd. du Cerf, 1958 ; p. 217-219 ; rev.)

« Réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux » (Lc 10, 20)

C’est l’humilité qui est la maîtresse de toutes les vertus, le fondement inébranlable de l’édifice céleste, le don propre et magnifique du Sauveur. Celui-là pourra faire, sans péril d’élèvement, tous les miracles que le Seigneur a opérés, qui cherche à imiter le doux Seigneur, non dans la sublimité de ses prodiges, mais dans la vertu de patience et d’humilité. (…) Si l’on vient à faire en notre présence quelque prodige, ce n’est pas l’émerveillement des signes qui doit rendre son auteur estimable à nos yeux, mais seulement la beauté de sa vie. Ce n’est pas de savoir si les démons lui sont soumis qu’il faut s’enquérir, mais s’il possède les membres de la charité que l’Apôtre énumère. Aussi bien, est-ce un plus grand miracle d’extirper de sa propre chair le foyer de la luxure, que d’expulser les esprits immondes du corps d’autrui ; un signe plus magnifique, de contenir, par la vertu de patience, les mouvements sauvages de la colère, que de commander aux puissances de l’air. C’est quelque chose de plus, d’exclure de son propre cœur les morsures dévorantes de la tristesse, que de chasser les maladies et les fièvres corporelles des autres. Enfin, c’est, à bien des titres, une plus noble vertu, un progrès plus sublime, de guérir les langueurs de son âme, que celles du corps chez autrui. Plus l’âme est élevée au-dessus de la chair, plus est préférable son salut ; plus sa substance l’emporte par l’excellence et le prix, plus grave et funeste serait sa ruine. Des guérisons corporelles, il est dit aux bienheureux Apôtres : « Ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous sont soumis. » (Lc 10,20) Ce n’était pas leur puissance qui opérait ces prodiges, mais la vertu du nom qu’ils invoquaient. Et voilà pourquoi ils sont avertis de ne pas revendiquer ni béatitude ni gloire pour ce qui ne s’accomplit que par la puissance et la vertu de Dieu, mais uniquement pour la pureté intime de leur vie et de leur cœur, qui mérite d’avoir leurs noms inscrits dans les cieux.

LECTURES :

Livre de Job 42,1-3.5-6.12-17. 

Job s’adressa au Seigneur et dit :
« Je sais que tu peux tout et que nul projet pour toi n’est impossible.
“Quel est celui qui déforme tes plans sans rien y connaître ?” De fait, j’ai parlé, sans les comprendre, de merveilles hors de ma portée, dont je ne savais rien.
C’est par ouï-dire que je te connaissais, mais maintenant mes yeux t’ont vu.
C’est pourquoi je me rétracte et me repens sur la poussière et sur la cendre. »
Le Seigneur bénit la nouvelle situation de Job plus encore que l’ancienne. Job posséda quatorze mille moutons et six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses.
Il eut encore sept fils et trois filles.
Il nomma la première Colombe, la deuxième Fleur-de-Laurier, et la troisième Ombre-du-regard.
On ne trouvait pas dans tout le pays de femmes aussi belles que les filles de Job. Leur père leur donna une part d’héritage avec leurs frères.
Après cela, Job vécut encore cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils : quatre générations.
Et Job mourut âgé, rassasié de jours.

Psaume 119(118),66.71.75.91.125.130. 

Apprends-moi à bien saisir, à bien juger : 
je me fie à tes volontés.
C’est pour mon bien que j’ai souffert, 
ainsi, ai-je appris tes commandements.

Seigneur, je le sais, tes décisions sont justes ;
tu es fidèle quand tu m’éprouves.
Jusqu’à ce jour, le monde tient par tes décisions : 
toute chose est ta servante.

Je suis ton serviteur, éclaire-moi :
je connaîtrai tes exigences.
Déchiffrer ta parole illumine 
et les simples comprennent.

L’église Sainte-Marie-des-Anges à la Portioncule est le berceau de l’ordre franciscain

Basilique Sainte-Marie-des-Anges d'Assise.
© Shutterstock/Emanuele Mazzoni Photo
Basilique Sainte-Marie-des-Anges d’Assise. © Shutterstock/Emanuele Mazzoni Photo

L’église Sainte-Marie-des-Anges à la Portioncule est le berceau de l’ordre franciscain

Le grand sanctuaire que nous voyons en arrivant à Assise en Italie, fut construit au cours du XVIeme siècle. À l’intérieur, comme dans un écrin, nous trouvons l’humble petite église de la Portioncule, berceau de l’ordre franciscain. En effet, après avoir réparé deux églises, François répara l’église sainte Marie des anges et commença l’ordre des Frères mineurs en ce lieu.

C’est là qu’ont été tenus les premiers « chapitres » ou assemblées de frères. C’est là aussi que le saint est mort, en 1226. Récit de l’arrivée de saint François en ce lieu :

« Saint François d’Assise alla dans un lieu appelé la Portioncule, où autrefois une église avait été élevée en l’honneur de la bienheureuse Mère du Sauveur; mais cette église était alors déserte et nul n’en prenait soin. L’homme de Dieu, touché d’un tel abandon et excité par l’amour ardent dont il faisait profession envers la Reine du monde, revint fréquemment en ce lieu pour réparer son temple. Mais ayant appris que, selon le nom de cette église appelée Marie-des-Anges, les saints anges s’y montraient souvent, il s’y fixa tout à fait par respect pour ces esprits célestes et par la dévotion particulière qu’il avait à la Mère de Jésus.

Notre saint aima toujours ce lieu de préférence à tous les lieux du monde : c’est là qu’il jeta les fondements d’une vie parfaite, là qu’il s’avança merveilleusement dans la vertu, là qu’il consomma sa course par une mort bienheureuse, et en mourant il recommanda à ses frères ce lieu comme vraiment cher à la Vierge.

Un religieux très édifiant eut à ce sujet, avant d’avoir quitté le monde, une vision digne d’être rapportée. Il vit autour de cette église une multitude innombrable d’hommes frappés d’aveuglement, à genoux et le visage tourné vers le ciel. Tous élevaient les mains et criaient avec larmes vers Dieu, implorant sa miséricorde et lui demandant sa lumière. Alors une flamme éclatante, partie du ciel, se répandit sur eux, éclaira leurs yeux et leur apporta le salut qu’ils désiraient.

C’est en ce lieu que saint François commença à établir l’ordre des Frères mineurs après y avoir été poussé par une révélation céleste. »(1)

L’Encyclopédie Mariale

(1) Saint Bonaventure, Légende de Saint François, chapitre II, § 20-21

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie

04.10.2024 – SAINT DU JOUR

St François d'Assise

St François d’Assise

FONDATEUR O.F.M. († 1226)

Saint François d’Assise
Fondateur

 « Ordre des frères mineurs » (o.f.m.)

La vie de saint François d’Assise est la condamnation des sages du monde, qui regardent comme un scandale et une folie l’humilité de la croix. 

« Surgit au monde un soleil ». À travers ces paroles, dans la Divine Comédie (Paradis, chant XI), le plus grand poète italien Dante Alighieri évoque la naissance de François. 

 

François naît à Assise, en Ombrie, à la fin de 1181 ou au début de 1182. Sa mère voulait l’appeler Jean, mais son père – qui était marchand – de retour d’un voyage de France, le fit appeler François.

Sa naissance avait été marquée par une merveille : d’après un avis du Ciel, sa mère le mit au monde sur la paille d’une étable. Dieu voulait qu’il fût, dès le premier moment, l’imitateur de Celui qui eut pour berceau une crèche et est mort sur une croix. 

Les premières années de François se passèrent pourtant dans la dissipation ; il aimait la beauté des vêtements, recherchait l’éclat des fêtes, traitait comme un prince ses compagnons, avait la passion de la grandeur ; au milieu de ce mouvement frivole, il conserva toujours sa chasteté. 

Il avait une grande compassion pour les pauvres. Ayant refusé un jour l’aumône à un malheureux, il s’en repentit aussitôt et jura de ne plus refuser à quiconque lui demanderait au nom de Dieu. Après des hésitations, François finit par comprendre la volonté de Dieu sur lui et se voua à la pratique de cette parole qu’il a réalisée plus que tout autre saint : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive ! » (Lc 9,23).

Sa conversion fut accompagnée de plus d’un prodige : un crucifix lui adressa la parole ; un peu plus tard, il guérit plusieurs lépreux en baisant leurs plaies. Son père fit une guerre acharnée à cette vocation extraordinaire, qui avait fait de son fils, si plein d’espérance, un mendiant jugé fou par le monde. François se dépouilla de tous ses vêtements, ne gardant qu’un cilice, et les remit à son père en disant : « Désormais je pourrai dire avec plus de vérité : Notre Père, qui êtes aux cieux. » 

Un jour, il entendit, à l’évangile de la messe, ces paroles du sauveur : « N’emportez ni or ni argent, ni aucune monnaie dans votre bourse, ni sac, ni deux tuniques, ni souliers, ni bâtons. » (Mt 10,9-10). Dès lors, il commença cette vie tout angélique et tout apostolique dont il devait lever l’étendard sur le monde. On vit, à sa parole, des foules se convertir ; bientôt les disciples affluèrent sous sa conduite ; il fonda un ordre de religieux qui porta son nom, et un ordre de religieuses qui porte le nom de sainte Claire, la digne imitatrice de François. 

En 1224, dans l’ermitage de la Verna, François vit le Crucifié sous la forme d’un séraphin et de cette rencontre avec le séraphin crucifié, il reçut les stigmates ; il devint ainsi un avec le Christ crucifié : un don qui exprime donc son intime identification avec le Seigneur. 

La mort de François – son transitus – advint le soir du 3 octobre 1226, à la Portioncule. Après avoir béni ses fils spirituels, il mourut, étendu sur la terre nue. 

Deux années plus tard, le pape Grégoire IX (Ugolino dei Conti di Segni, 1227-1241) l’inscrivit dans l’album des saints. Peu de temps après, une grande basilique fut élevée en son honneur, à Assise, destination encore aujourd’hui de nombreux pèlerins, qui peuvent vénérer la tombe du saint et jouir de la vision des fresques de Giotto, le peintre qui a illustré de manière magnifique la vie de François. 

Pour approfondir, lire la Catéchèse du pape Benoît XVI 

 >>> Saint François d’Assise

Saint François d’Assise priez pour nous !

04.10.2024 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,13-16. 

En ce temps-là, Jésus disait : « Malheureuse es-tu, Corazine ! Malheureuse es-tu, Bethsaïde ! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que leurs habitants auraient fait pénitence, avec le sac et la cendre.
D’ailleurs, Tyr et Sidon seront mieux traitées que vous lors du Jugement.


Et toi, Capharnaüm, seras-tu élevée jusqu’au ciel ? Non ! Jusqu’au séjour des morts tu descendras !
Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé. »

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Saint Jean-Paul II (1920-2005)

pape

Encyclique « Redemptoris missio », § 38-39 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)

« Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette »

  Notre époque est tout à la fois dramatique et fascinante. Tandis que, d’un côté, les hommes semblent rechercher ardemment la prospérité matérielle et se plonger toujours davantage dans le matérialisme de la consommation, d’un autre côté, on voit surgir une quête angoissante du sens, un besoin d’intériorité, un désir d’apprendre des formes et des méthodes nouvelles de concentration et de prière. Dans les cultures imprégnées de religiosité, mais aussi dans les sociétés sécularisées, on recherche la dimension spirituelle de la vie comme antidote à la déshumanisation… L’Église a un immense patrimoine spirituel à offrir à l’humanité dans le Christ qui se proclame « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6)… L’Église doit être fidèle au Christ, dont elle est le corps et dont elle poursuit la mission. Il est nécessaire qu’elle « suive la même route que le Christ, la route de la pauvreté, de l’obéissance, du service et de l’immolation de soi jusqu’à la mort, dont il est sorti victorieux par sa résurrection » (Vatican II, AG 5). L’Église doit donc tout faire pour déployer sa mission dans le monde et atteindre tous les peuples ; elle en a aussi le droit, qui lui a été donné par Dieu pour la mise en œuvre de son plan. La liberté religieuse, parfois encore limitée ou restreinte, est la condition et la garantie de toutes les libertés qui fondent le bien commun des personnes et des peuples. Il faut souhaiter que la véritable liberté religieuse soit accordée à tous en tout lieu… Il s’agit bien d’un droit inaliénable de toute personne humaine. D’autre part, l’Église s’adresse à l’homme dans le respect entier de sa liberté ; la mission ne restreint pas la liberté, mais elle la favorise. L’Église propose, elle n’impose rien ; elle respecte les personnes et les cultures, et elle s’arrête devant l’autel de la conscience. À ceux qui s’opposent, sous les prétextes les plus variés, à son activité missionnaire, l’Église répète : « Ouvrez les portes au Christ ! »

LECTURES :

Livre de Job 38,1.12-21.40,3-5. 

Le Seigneur s’adressa à Job du milieu de la tempête et dit :
« As-tu, une seule fois dans ta vie, donné des ordres au matin, assigné son poste à l’aurore,
pour qu’elle saisisse la terre aux quatre coins et en secoue les méchants ?
La terre alors prend forme comme argile sous le sceau et se déploie tel un vêtement ;
aux méchants est enlevée la lumière, et le bras qui se levait est brisé.
Es-tu parvenu jusqu’aux sources de la mer, as-tu circulé au fond de l’abîme ?
Les portes de la mort se sont-elles montrées à toi, les as-tu vues, les portes de l’ombre de mort ?
As-tu réfléchi à l’immensité de la terre ? Raconte, si tu sais tout cela !
Quel chemin mène à la demeure de la lumière, et l’obscurité, quel est son lieu,
pour que tu conduises chacune à son domaine et discernes les sentiers de sa maison ?
Si tu le sais, alors tu étais né, et le nombre de tes jours est bien grand ! »
Job s’adressa au Seigneur et dit :
« Moi qui suis si peu de chose, que pourrais-je te répliquer ? Je mets la main sur ma bouche.
J’ai parlé une fois, je ne répondrai plus ; deux fois, je n’ajouterai plus rien. »

Psaume 139(138),1-3.7-8.9-10.13-14ab. 

Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !
Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ; 
de très loin, tu pénètres mes pensées.
Que je marche ou me repose, tu le vois, 
tous mes chemins te sont familiers.

Où donc aller, loin de ton souffle ? 
où m’enfuir, loin de ta face ?
Je gravis les cieux : tu es là ; 
je descends chez les morts : te voici.

Je prends les ailes de l’aurore 
et me pose au-delà des mers :
même là, ta main me conduit, 
ta main droite me saisit.

C’est toi qui as créé mes reins, 
qui m’as tissé dans le sein de ma mère.
Je reconnais devant toi le prodige,
l’être étonnant que je suis.

Les stigmates de saint François, blessures d’amour

Les stigmates de saint François, blessures d’amour

À la mi-août 1224, frère François se retire avec plusieurs compagnons sur le Mont Alverne, en Toscane, afin d’y vivre la retraite le « carême de la Saint-Michel », les quarante jours qui séparent l’Assomption, le 15 août, de la fête de l’Archange, le 29 septembre. Alors qu’il médite de toute son âme les souffrances du Christ, François ose demander au Crucifié la grâce de partager autant que faire se peut ses douleurs. Un séraphin, c’est-à-dire un ange du premier chœur céleste, lui apparaît alors attaché à une croix et de ses blessures jaillissent « des rayons de feu et de lumière » qui vont imprimer de manière indélébile dans la chair de François les plais visibles et sanglantes de la Passion de Jésus, déclenchant des souffrances indicibles qui ne le quitteront jamais jusqu’à sa mort le 3 octobre 1226.

LES RAISONS D’Y CROIRE :

  • La stigmatisation est aujourd’hui parfaitement connue, tant par la médecine que la phénoménologie mystique. Mais ce qui arrive à François ce jour-là est alors absolument inédit, ce qui pousse à croire en la réalité de cet événement extraordinaire, qui ne pouvait pas être imaginé jusque-là.
  • La stigmatisation de saint François s’inscrit avec logique dans un nouveau courant mystique plus christocentré qui oriente prières et méditations sur la sainte humanité du Christ, le mystère d’amour qui a poussé le Fils de Dieu à s’incarner, souffrir et mourir par pur amour envers nous. Initié au XIIe siècle avec saint Bernard et l’école cistercienne, cette dévotion gagne en ampleur au XIIIe siècle justement grâce à François et ses disciples qui se veulent amants de la Croix et vénèrent intensément la Passion.
  • Cette familiarité assumée avec le Christ souffrant explique l’audace nouvelle qui pousse François à demander à partager ses douleurs afin de l’en soulager. François ose s’écrier : « Seigneur Jésus-Christ, accorde-moi deux grâces avant que je meure. Autant que cela est possible, que, dans mon âme et mon corps, je puisse éprouver les souffrances que tu as dû subir dans ta cruelle passion et ressentir cet amour démesuré qui t’a conduit, toi, le Fils de Dieu, à souffrir tant de peines pour nous, misérables pécheurs.» Cette demande est typique de celle des stigmatisés qui ne réclament jamais les stigmates en tant que tels (à plus forte raison, François qui ne sait pas que cela existe) mais acceptent pleinement de s’associer aux souffrances du Christ.
  • Aussitôt après sa prière apparaît un être étrange, avec six ailes, conforme à l’iconographie classique des Séraphins, ces ange embrasés de l’amour divin dont la mission est de communiquer ce feu aux hommes. Que l’ange apparaisse crucifié, ce qui ne renvoie à aucune représentation alors usitée, prouve que François n’invente pas sa vision en recyclant ce qu’il a vu ailleurs.
  • Il existe un témoin, Frère Léon, qui a assisté à la stigmatisation. François ne s’est donc pas volontairement infligé ces blessures.
  • Dans sa biographie de saint François, saint Bonaventure décrit les stigmates avec le réalisme du fils de médecin qu’il est : « Au côté, une large plaie saignante dont le sang sortait avec une telle abondance que ses vêtements en étaient imprégnés. […] Les têtes des clous apparaissaient sur le dessus des mains et des pieds, leurs pointes enfoncées dans la chair repliées de l’autre côté. […] Ceux qui virent constatèrent que les clous étaient miraculeusement de sa chair et tellement adhérents que, quand on les poussait d’un côté, ils avançaient de l’autre, si bien unis à la chair et la peau qu’après sa mort, on essaya vainement de les arracher. » Cela a été écrit alors qu’il reste de nombreux proches et contemporains de François qui auraient corrigé erreurs ou outrances le concernant.
  • Là encore, impossible de s’infliger de telles blessures et de les entretenir comme ont pu le faire de pseudo-mystiques car, en pareil cas, les plaies ne peuvent être que superficielles, ne saignent pas ou très peu et cicatrisent sauf si on les envenime par différents moyens. Au demeurant, de vrais stigmates restent sains et ne s’infectent jamais. C’est le cas de ceux de saint François.
  • L’on peut écarter l’explication psychiatrique car François ne pouvait réclamer un phénomène qui n’existait pas avant lui. Quant à la possibilité qu’il se soit obnubilé sur la Passion du Christ jusqu’à faire apparaître spontanément les plaies du Crucifié, un autre stigmatisé, Padre Pio, a dit ce qu’il fallait en penser en répondant à l’objection d’un médecin : « Pense très fort pendant des années que tu es un bœuf et reviens me dire s’il t’a poussé des cornes ! »
  • Autre preuve en faveur de l’honnêteté de François ; comme tous les autres stigmatisés par la suite, après avoir refusé de comprendre ce qui lui arrive, s’en jugeant indigne, il va tout faire pour dissimuler ses encombrantes blessures, décidant, lui qui marchait pieds nus, de remettre des chaussures pour cacher les plaies. Cette humilité est toujours une démonstration forte que le phénomène vient de Dieu.
  • C’est frère Élie, le nouveau supérieur, qui publiera le miracle : « Voici que je vous annonce une grande joie, un miracle nouveau, prodige inouï […] Peu de temps avant sa mort, notre frère et père François a pris l’apparence du Crucifié portant en son corps les cinq plaies qui sont les stigmates du Christ. »
  • En 1237, l’on fait dresser la liste des témoins de l’existence des stigmates, puis le frère Bonizo en parle afin de dissiper les doutes de certains. Jusqu’en 1291, Rome publiera neuf bulles réaffirmant la réalité du miracle.
  • Il est remarquable que l’Église, méfiante concernant ce type d’événements, ait rapidement admis la véracité de la stigmatisation de saint François et reconnu en elle une grâce accordée pour le salut des âmes.
  • Au contraire, les remises en cause du phénomène sont apparues bien plus tardivement, seulement en réaction au succès des Franciscains.

SYNTHÈSE :

En 1224, François est éprouvé par les privations qu’il s’est infligé, mal remis de son voyage en terre d’Islam où il a tenté de convertir le sultan et étonné des crises que sa longue absence a suscitées parmi ses disciples. À bout de forces, las de l’exercice du supériorat, inquiet de l’avenir des Frères Mineurs et des pauvres Dames, les clarisses, François aspire à la solitude et à la retraite afin de méditer sur l’amour de Dieu. Il se retire quarante jours pour le carême de la Saint Michel, sur le Mont Alverne, l’un de ses refuges.

Durant son séjour, il continue de méditer ce qui nourrit sa spiritualité depuis qu’il s’est tenu devant le crucifix de San Damiano, pour parvenir à cette intolérable évidence : « L’Amour n’est pas aimé ! », les hommes ne savent pas reconnaître jusqu’où est allé l’amour du Christ pour eux. Sans doute le 17 septembre, pendant sa prière, il voit un séraphin lui apparaître sous l’aspect d’un crucifié qui imprime dans sa chair la réplique des plaies du Christ : « des rayons de feu et de lumière partent de ses blessures » frappant François aux pieds, aux mains et au côté, représentant ainsi les plaies du Crucifié,  « y imprimant les saints stigmates et lui infligeant des souffrances indicibles. »

Bien que le phénomène soit inédit, François l’accepte, telle la réponse à sa demande de partager les souffrances du Christ. Mais il éprouve aussi  de la honte à la pensée que son secret puisse se répandre. La douleur est si atroce qu’il ne peut bientôt plus poser le pied par terre ni marcher sans être soutenu par un frère. Quasiment aveugle, François vit ses derniers mois en proie à d’immenses douleurs qui ne l’empêchent pas de chanter la splendeur de la Création qu’il ne peut plus contempler.

Il s’éteint à Assise en son couvent de la Portioncule le soir du 3 octobre 1226. Son ami le cardinal Ugolin, protecteur des frères Mineurs, devenu le pape Grégoire IX, le canonise en 1228.

Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages pour la plupart consacrés à la sainteté.

AU-DELÀ DES RAISONS D’Y CROIRE :

Preuve qu’elle n’en doute pas de la réalité de la stigmatisation de saint François, l’Église permet les représentations du miracle et en approuve la propagation. Le pape Benoît XI le dote d’un anniversaire et d’un office solennel et que Paul V étende la fête à l’Église universelle.

Source : 1000raisonsdecroire