L’heure de la Mère

L’heure de la Mère

Si le Vendredi Saint est par excellence l’« Heure » de Jésus, qui aima les siens jusqu’à l’offrande de lui-même sur l’autel de la Croix, le Samedi Saint est l’« Heure » de la Mère, le sommet de son long et fatigant chemin de foi. Elle se tenait au pied de la Croix, comme la nouvelle Eve, en s’associant au sacrifice de son Fils et en accueillant comme ses enfants tous les hommes rachetés par son Sang divin.

Quand les disciples, le soir du Vendredi Saint, mirent Jésus dans le sépulcre, la foi de Marie ne fut pas brisée, ni son union indissoluble avec son Fils Rédempteur. Au contraire, c’est seulement en Elle que se trouvait à cette heure la foi de toute l’Église, en Elle que se rassemblaient les espoirs du monde. C’est pourquoi elle est la Mère de notre foi.

Saint Jean-Paul II écrivait : « Le Samedi Saint, l’Église s’identifie à Marie : toute sa foi est recueillie en Elle, le première croyante. Dans les ténèbres qui enveloppent la création, Elle reste seule à garder vivante la flamme de la foi, en se préparant à accueillir l’annonce joyeuse et surprenante de la résurrection. »

Et le pape François la priait ainsi : « Vierge et Mère Marie … Toi, qui es restée ferme près de la Croix avec une foi inébranlable, et qui a reçu la joyeuse consolation de la résurrection… Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités pour apporter à tous l’Évangile de la vie qui triomphe de la mort » (Evangelii gaudium, 288).

L’heure de la mère | ZENIT 

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie

04.07.2025 – SAINTE DU JOUR

Ste Élisabeth du Portugal

Sainte Élisabeth
Reine du Portugal 
(1271-1336)

Élisabeth, née en 1271, reçut ce nom à son baptême, en souvenir de sainte Élisabeth de Hongrie, sa tante. À l’âge de huit ans, elle récitait chaque jour l’office divin et conserva cette pratique jusqu’à sa mort. 

Elle méprisait le luxe, fuyait les divertissements, soulageait les pauvres, multipliait ses jeûnes et menait une vie vraiment céleste. Toutes les œuvres de piété d’Élisabeth étaient accompagnées de larmes que l’amour faisait monter de son cœur à ses yeux. Le temps que ses exercices religieux lui laissaient libre, elle aimait à l’employer à l’ornementation des autels ou aux vêtements des pauvres. 

Élevée sur le trône de Portugal par son mariage avec Denys, roi de ce pays, elle fut d’une patience remarquable dans les épreuves qu’elle eut souvent à subir de la part de son mari, et ne lui montra jamais, en échange de ses procédés injustes, qu’une amabilité croissante, une douceur toute affectueuse et un dévouement sans bornes, qui finirent par triompher de ce cœur rebelle. Élisabeth est célèbre par le don que lui fit le Ciel de rétablir la paix entre les princes et les peuples. 

Peu de Saintes ont montré tant de charité pour les membres souffrants de Jésus-Christ ; jamais aucun pauvre ne partait du palais sans avoir rien reçu ; les monastères qu’elle savait dans le besoin recevaient abondamment le secours de ses aumônes ; elle prenait les orphelins sous sa protection, dotait les jeunes filles indigentes, servait elle-même les malades.

Tous les vendredis de Carême, elle lavait les pieds à treize pauvres, et après les leur avoir baisés humblement, elle les faisait revêtir d’habits neufs. Le Jeudi saint, elle remplissait le même office auprès de treize femmes pauvres. Or, un jour qu’elle lavait les pieds à ces pauvres, il se trouva dans le nombre une femme qui avait au pied une plaie dont la mauvaise odeur était insupportable : la reine, malgré toutes les répugnances de la nature, prit ce pied infect, en pansa l’ulcère, le lava, l’essuya, le baisa et le guérit. Le même miracle se produisit avec un lépreux.

Un jour qu’elle portait dans les pans de sa robe de l’argent pour les pauvres, son mari lui demanda à voir ce qu’elle portait, et il fut émerveillé d’y voir des roses hors de saison. Après la mort du roi, elle voulait se retirer chez les Clarisses, mais on lui fit observer qu’elle ferait une meilleure œuvre en continuant ses libéralités. Enfin, après une vie toute d’œuvres héroïques, elle mourut, le 4 juillet 1336, en saluant la Très Sainte Vierge, qui lui apparut, accompagnée de sainte Claire et de quelques autres Saintes.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l’année, Tours, Mame, 1950.

Sainte Élisabeth du Portugal priez pour nous !

04.07.2025 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 9,9-13. 

En ce temps-là, Jésus sortit de Capharnaüm et vit, en passant, un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain (collecteur d’impôts). Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit.
Comme Jésus était à table à la maison, voici que beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples.
Voyant cela, les pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? »
Jésus, qui avait entendu, déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades.
Allez apprendre ce que signifie : ‘Je veux la miséricorde, non le sacrifice’. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Saint Bède le Vénérable (v. 673-735)

moine, docteur de l’Église

Homélies sur les évangiles, I, 21 ; CCL 122, 149 (in Lectures chrétiennes pour notre temps, fiche I34; trad. Orval ; © 1971 Abbaye d’Orval; rev.)

À table avec Jésus

« Comme Jésus était à table dans la maison, de nombreux publicains et pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples. » (…) Essayons de comprendre plus profondément l’événement relaté ici. Matthieu n’a pas seulement offert au Seigneur un repas matériel dans sa demeure terrestre, mais, par sa foi et son amour, il lui a bien davantage préparé un festin dans la maison de son cœur, comme en témoigne celui qui a dit : « Je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un écoute ma voix et m’ouvre, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3,20). Oui, le Seigneur se tient à la porte et il frappe lorsqu’il rend notre cœur attentif à sa volonté, soit par la parole de ceux qui enseignent, soit par une inspiration intérieure. Nous ouvrons notre porte à l’appel de sa voix quand nous acceptons librement ses enseignements intérieurs ou extérieurs et quand, ayant compris ce que nous devons faire, nous l’accomplissons. Et il entre pour manger, lui avec nous et nous avec lui, parce qu’il habite dans le cœur de ses élus, par la grâce de son amour. Ainsi il les nourrit sans cesse par la lumière de sa présence, afin qu’ils élèvent progressivement leurs désirs, et lui-même se nourrit de leur zèle pour le ciel comme la plus délicieuse des nourritures.

LECTURES :

Livre de la Genèse 23,1-4.19.24,1-8.62-67. 

Sara vécut cent vingt-sept ans.
Elle mourut à Kiriath-Arba, c’est-à-dire à Hébron, dans le pays de Canaan. Abraham s’y rendit pour le deuil et les lamentations.
Puis il laissa le corps pour aller parler aux Hittites qui habitaient le pays :
« Je ne suis qu’un immigré, un hôte, parmi vous ; accordez-moi d’acquérir chez vous une propriété funéraire où je pourrai enterrer cette morte. »
Abraham ensevelit sa femme Sara dans la caverne du champ de Macpéla, qui est en face de Mambré c’est-à-dire à Hébron, dans le pays de Canaan.
Abraham était vieux, avancé en âge, et le Seigneur l’avait béni en toute chose.
Abraham dit au plus ancien serviteur de sa maison, l’intendant de tous ses biens :
« Je te fais prêter serment par le Seigneur, Dieu du ciel et Dieu de la terre : tu ne prendras pas pour mon fils une épouse parmi les filles des Cananéens au milieu desquels j’habite.
Mais tu iras dans mon pays, dans ma parenté, chercher une épouse pour mon fils Isaac. »
Le serviteur lui demanda : « Et si cette femme ne consent pas à me suivre pour venir ici ? Devrai-je alors ramener ton fils dans le pays d’où tu es sorti ? »
Abraham lui répondit : « Garde-toi d’y ramener mon fils !
Le Seigneur, le Dieu du ciel, lui qui m’a pris de la maison de mon père et du pays de ma parenté, m’a déclaré avec serment : “À ta descendance je donnerai le pays que voici.” C’est lui qui enverra son ange devant toi, et tu prendras là-bas une épouse pour mon fils.
Si cette femme ne consent pas à te suivre, tu seras dégagé du serment que je t’impose. Mais, en tout cas, tu n’y ramèneras pas mon fils. »
Un jour, Isaac s’en revenait du puits de Lahaï-Roï. Il habitait alors le Néguev.
Il était sorti à la tombée du jour, pour se promener dans la campagne, lorsque, levant les yeux, il vit arriver des chameaux.
Rébecca, levant les yeux elle aussi, vit Isaac. Elle sauta à bas de son chameau
et dit au serviteur : « Quel est cet homme qui vient dans la campagne à notre rencontre ? » Le serviteur répondit : « C’est mon maître. » Alors elle prit son voile et s’en couvrit.
Le serviteur raconta à Isaac tout ce qu’il avait fait.
Isaac introduisit Rébecca dans la tente de sa mère Sara ; il l’épousa, elle devint sa femme, et il l’aima. Et Isaac se consola de la mort de sa mère.

Psaume 106(105),1-2.3-4ab.4c-5. 

R/ Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! (Ps 105, 1a)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! 
Éternel est son amour !
Qui dira les hauts faits du Seigneur, 
qui célébrera ses louanges ?

Heureux qui pratique la justice, 
qui observe le droit en tout temps !
Souviens-toi de moi, Seigneur,
dans ta bienveillance pour ton peuple.

Toi qui le sauves, visite-moi :
que je voie le bonheur de tes élus ; 
que j’aie part à la joie de ton peuple, 
à la fierté de ton héritage.

06.07.2025 – HOMÉLIE DU 14ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – LUC 10, 1-12,17-20

La disparition du Diable

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Évangile selon saint Luc 10, 1-12.17-20

Combien de fois n’avons-nous nous pas entendu cette citation de l’Évangile « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux » ? Souvent pour appeler à prier pour les vocations. Nous avons tous une vocation religieuse. Tous nous sommes appelés à être les ouvriers de notre vie spirituelle. Comme les relations d’amour, la vie spirituelle se travaille, s’entretient. Un peu comme on cultive un jardin. Dis-moi, est-il beau le jardin de ton âme ?

Qu’est-ce que le Royaume de Dieu dont Jésus nous demande de proclamer la proximité ? Est-ce simplement la perspective d’un Paradis au-delà de la mort ? Ce Royaume que Dieu nous présente comme un banquet de noces auquel il ne cesse de nous inviter est-il seulement celui de la fin des temps ? Est-ce cela, la fin des temps, que le Christ nous annonce toute proche ?

Le Règne de Dieu, c’est celui de son Amour. Et si le Christ insiste tant pour dire qu’il s’est rendu tout proche de nous, c’est parce qu’il est accessible dès à présent. Il nous est possible de vivre d’un amour divin, de la plénitude de l’Esprit Saint, dès ici-bas. Il est possible que le jardin de notre âme soit un magnifique jardin et notre vie en ce monde un perpétuel banquet de noces où l’on célèbre l’amour entre les personnes.

Mais parfois dans notre jardin, il y a des mauvaises herbes, des ronces qui l’envahissent, comme parfois dans notre cœur ne coule pas le vin magnifique de l’amour mais le vin aigre du ressentiment, du mépris voire de la haine. Parfois, au lieu de nous laisser gagner par l’Esprit Saint, notre âme se fait envahir par un esprit mauvais et, au lieu de trouver la paix du cœur, nous souffrons et nous perdons espoir. A force, ces ronces dans notre âme, ce vinaigre qui coule parfois en nous, ces mauvais états d’esprit, le ressentiment, le mépris, la haine qui nous envahissent peuvent susciter le découragement – le jardin de notre âme n’est alors plus entretenu – ou pire, la dépression – et notre jardin est alors laissé à l’abandon …

Ainsi, on comprend que, pour trouver la paix de l’âme, il faut lutter contre ces assauts d’esprits mauvais. Voilà le rôle de l’ouvrier pour la moisson : désencombrer les âmes de tout ce qui les assaille, les étouffe et les fait dépérir. Et tous, nous sommes appelés à le faire. C’est le sens de l’exclamation des disciples : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. »

On ne parle plus beaucoup du Diable ni des démons aujourd’hui. Un peu comme si tous ces discours qui parlent d’Enfer étaient d’un autre temps – des images archaïques, au fond, pour effrayer les gens simples …

Dans le discours de l’Église, le Diable a disparu dans les années 1970. C’est un phénomène qui a commencé plus tôt. Sans doute, après les horreurs de la Seconde guerre mondiale, était-il plus difficile de prêcher sur l’Enfer. Mais on constate qu’à partir des années 70, presque plus aucun livre de théologie ne paraît sur les anges et les démons ; les homélies qui évoquent le Diable et l’Enfer deviennent rarissimes. L’obsession était alors celle du sens – tout alors devait avoir un sens – et ce dont on ne comprenait plus le sens, il fallait l’évacuer. Adieu l’encens, adieu toutes les dévotions populaires, adieu les élans mystiques, adieu les miracles, adieu les dogmes incompréhensibles ! L’évacuation du mystère au sein du discours de l’Église est, pour ma part, la principale cause de la désertification de nos assemblées. Pour rejoindre le plus de monde possible, il fallait tout simplifier, tout rationaliser, tout expliquer, tout psychologiser. Se voulant accessibles, les discours religieux sont devenus spirituellement plats, n’évoquant plus les mystères d’une relation affective avec Dieu. A nos ambons, le relationnel humain a pris le pas sur le spirituel. Je crois fort en l’urgence de reprendre le discours mystique, sinon nous ne sommes plus qu’une philosophie du vivre ensemble, ce qu’un bon repas convivial peut sans doute mieux réaliser qu’une messe.

Le Diable existe, l’Enfer existe et il nous arrive d’être assaillis par des démons. Si nous voulons que des expressions telles que « vivre un enfer » ou « faire face à ses démons » aient un sens, il faut bien que « enfer » et « démons » aient quelque réalité. De même, quand on parle d’élans diaboliques ou de pulsions démoniaques, on comprend bien qu’ils s’agit de réalités qui nous dépassent. Il y a des gens qui vivent un enfer, il y a des gens qui sont sous l’emprise d’esprits mauvais, nous-mêmes il nous arrive d’être assaillis par de mauvais sentiments.

Le Christ, par le don de l’Esprit Saint, nous a donné tous pouvoirs sur les assauts d’esprits mauvais. « Les esprits vous sont soumis » dit Jésus. Les démons qui nous assaillent n’ont que le pouvoir que nous leur laissons. Ils peuvent certes nous faire de terribles suggestions – ainsi la tentation n’est pas un péché – mais Dieu nous donne aussi la force spirituelle, son Esprit d’Amour, pour y faire face et résister.

Vous avez le pouvoir de rendre vie aux personnes dépressives, par amour.
Vous avez le pouvoir de consoler celles qui sont en deuil, par amour.
Vous avez le pouvoir de faire taire tous les élans de haine, d’apaiser toutes les peurs, d’assécher toutes les larmes, par amour.
Vous avez le pouvoir de chasser tous les démons, par amour.
Vous avez ce pouvoir pour les autres, et vous l’avez pour vous-mêmes.

« Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » dit Jésus. On peut certes le comprendre comme la méchanceté du monde qui refuse la parole de Dieu et persécute celui qui en témoigne. Mais on peut aussi le comprendre comme ‘Je vous envoie combattre les loups qui assaillent votre âme’.

La spiritualité chrétienne est un sport de combat. Et c’est un beau combat. La paix du cœur est à ce prix : lutter patiemment, assaut après assaut, contre les attaques d’esprits mauvais qui parfois nous emportent. C’est ainsi que nous verrons sortir de notre âme pulsions de haine, de mépris, de désespérance, de désordres affectifs et comportementaux.

Donne-nous de croire, Seigneur, que nous pouvons triompher de tout esprit mauvais, grâce à la puissance mystérieuse de ton Amour et que c’est ainsi que nous sommes sauvés.

« Le Royaume de Dieu est tout proche de vous ».

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 1er juillet 2025

06.07.2025 – HOMÉLIE DU 14ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – LUC 10, 1-12,17-20

Avec le Christ ressuscité,
témoins de la joie de l’Évangile

Textes bibliques : Lire

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu :

Nous sommes invités à la joie parce que cette Jérusalem est une mère pour nous. Isaïe nous dit que nous serons nourris et rassasiés du lait de ses consolations. Ce lait consolateur dont il est question, c’est “le lait non frelaté de la parole” (2 P. 2. 2). Isaïe nous parle également de la paix “qui déborde comme un torrent”. Cette paix, ce n’est pas seulement l’absence de conflits ; c’est surtout la plénitude de la présence de Dieu, la gloire des nations converties au Seigneur.

Cette Jérusalem dont il est question n’est pas vraiment la Jérusalem terrestre qui est très belle. Ce texte d’Isaïe est une prophétie qui n’est pas encore réalisée. Nous chrétiens, nous comprenons qu’il s’agit de l’Église. Elle est vraiment une mère pour nous : elle nous enfante à travers le baptême, elle nous nourrit de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie ; elle nous annonce quelque chose de la Jérusalem céleste. C’est vers cette joie éternelle que nous marchons. Nous en avons un avant-goût sur cette terre ; elle nous sera donnée en plénitude dans la Jérusalem céleste. “Notre cité se trouve dans les cieux” (Phil 3. 20). St Cyrille d’Alexandrie nous le dit : “Dans l’Église du Christ, pas de place pour la tristesse ; l’Église est riche de l’espérance de la vie sans fin et de la gloire sans déclin”

Cette “joie de l’Évangile” doit être annoncée à tous. Saint Luc nous raconte l’envoi des 72. Ce chiffre symbolise l’ensemble des nations connues à l’époque de Jésus. C’est une manière de dire que la Bonne Nouvelle doit proclamée dans le monde entier. Elle est pour tous, pour les chrétiens qui ne vont plus à l’Église, pour les adolescents en pleine crise, pour ceux qui tournent en dérision la foi des chrétiens. Tous les hommes du monde entier doivent pouvoir entendre et accueillir cette bonne nouvelle.

Voilà donc une vaste mission qui dépasse nos possibilités humaines. Mais il y a une chose que nous ne devons jamais oublier : Jésus envoie des soixante-douze “dans toutes les villes et localités où lui-même devait se rendre”. La mission n’est pas leur affaire mais celle du Seigneur. Le principal travail c’est lui qui le fait dans le cœur des hommes, des femmes et des enfants qu’il met sur notre route. Bernadette de Lourdes disait : “Je ne suis pas chargée de vous faire croire mais de vous dire”. En dehors du Seigneur, rien n’est possible.

Au moment où il rédige son Évangile, saint Luc pense à ceux qui sont les missionnaires des communautés. C’est bien le Seigneur ressuscité qui les désigne et les envoie pour porter la bonne nouvelle jusqu’aux extrémités de la terre. Cette mission est un défi extraordinaire. Aujourd’hui, encore plus qu’autrefois, les chrétiens sont affrontés aux persécutions. Beaucoup sont assassinés simplement parce qu’ils annoncent l’Évangile aux hommes. Mais rien ne pourra arrêter la Parole de Dieu ni l’empêcher de produire du fruit. C’est précisément en voyant le courage des chrétiens persécutés que des hommes et des femmes se convertissent au Christ. Nous en avons de nombreux témoignages dans le monde d’aujourd’hui.

L’apôtre Paul (2ème lecture) nous montre la réalisation de la prophétie d’Isaïe. Avec Jésus mort et ressuscité, le salut est offert à tous. Il n’est pas le résultat d’une accumulation de bonnes actions ou de mérites. C’est un don gratuit de Dieu. La seule fierté de Paul, c’est la croix du Christ : Elle est la clef qui introduit dans la création nouvelle ; elle nous arrache à toutes les pesanteurs du péché. Au jour de notre baptême, nous sommes devenus enfants de Dieu.

En nous rassemblant ici dans cette église, nous nous nourrissons de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie. Puis comme les 72, nous sommes envoyés pour annoncer : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” Dans un monde où beaucoup de choses vont mal, Dieu vient nous remplir de sa présence et de sa gloire. L’Évangile insiste sur l’urgence de cette mission. Comme le Christ et comme les prophètes, nous serons affrontés au rejet ou à l’indifférence. Mais rien ne peut arrêter l’arrivée du règne de Dieu. Si nous rencontrons la méchanceté, nous triompherons du mal par le bien.

Avec le prophète Isaïe, nous comprenons que la présence du Seigneur doit nous faire exulter de joie, même quand tout va mal. Oui, nous comptons sur toi, Seigneur : toi qui nous envoies “comme des agneaux au milieu des loups”, rends-nous forts dans les épreuves et garde-nous fidèles à la mission que tu nous confies.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN, le 29 juin 2025