France: déclaration de Mgr Éric de Moulins-Beaufort

Mgr Eric de Moulins-Beaufort, capture @KTO

Mgr Eric De Moulins-Beaufort, Capture @KTO

France: déclaration de Mgr Éric de Moulins-Beaufort

Une « détermination à mener les réformes nécessaires »

Déclaration de Mgr Éric de Moulins-Beaufort,

Archevêque de Reims, Président de la Conférence des évêques de France.

« Je demande pardon aux personnes victimes et à tous ceux qui ont pu être peinés ou choqués par le fait que le débat suscité par mes propos, sur France Info, au sujet de la confession, ait pris le pas sur l’accueil du contenu du rapport de la CIASE et sur la prise en considération des personnes victimes. »

+ Éric de Moulins-Beaufort

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des évêques de France, a pu s’entretenir ce mardi avec M. Gérald Darmanin, Ministre de l’Intérieur en charge des cultes, à l’invitation de ce dernier. Ils ont pu échanger sur la démarche de vérité vécue par l’Église catholique en France à propos des violences et agressions sexuelles commises au sein de l’institution depuis 1950. La publication du rapport de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise) constitue ainsi une étape essentielle dans cette démarche de vérité, et le travail réalisé par M. Jean-Marc Sauvé et son équipe est reconnu comme remarquable. La Conférence des évêques de France (CEF) et la Conférence des religieux et religieuses en France (CORREF) ont demandé au Pape de recevoir en audience M. Jean-Marc Sauvé et les membres de la CIASE.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort a pu évoquer avec M. Gérald Darmanin la formulation maladroite de sa réponse sur France Info mercredi dernier matin. L’Etat a pour tâche d’organiser la vie sociale et de réguler l’ordre public. Pour nous chrétiens, la foi fait appel à la conscience de chacun, elle appelle à chercher le bien sans relâche, ce qui ne peut se faire sans respecter les lois de son pays.

L’ampleur des violences et agressions sexuelles sur mineurs révélées par le rapport de la CIASE impose à l’Eglise de relire ses pratiques à la lumière de cette réalité. Un travail est donc nécessaire pour concilier la nature de la confession et la nécessité de protéger les enfants.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort a tenu à redire la détermination de tous les évêques et, avec eux, de tous les catholiques, à faire de la protection des enfants une priorité absolue, en étroite collaboration avec les autorités françaises. C’est le sens, par exemple, des protocoles qui lient déjà 17 diocèses de France avec les parquets, afin de faciliter et d’accélérer le traitement des signalements pour tout fait dénoncé. Le Garde des Sceaux vient d’ailleurs d’encourager le déploiement de ce type de dispositif.

Les évêques de France réunis en assemblée plénière, du 3 au 8 novembre 2021, travailleront ensemble, à partir du rapport de la CIASE et de ses 45 recommandations, sur les mesures et réformes à poursuivre et à entreprendre, en étroite communion avec l’Église universelle.

Avec les évêques de France, Mgr Éric de Moulins-Beaufort invite les paroisses, les mouvements, les communautés à lire ce rapport, à le partager, à le travailler, tant il semble essentiel que tous accueillent les nombreux témoignages des personnes victimes qu’il comporte et en tire les conséquences qui s’imposent.

La réalité des violences et agressions sexuelles sur mineurs au sein de l’Église et dans la société invitent les femmes et les hommes de bonne volonté, croyants ou non, à travailler ensemble au service de la protection des plus jeunes, de l’accueil et de l’accompagnement des personnes victimes.

Devant ces faits, Mgr Éric de Moulins-Beaufort redit sa honte, sa consternation, mais aussi sa détermination à mener les réformes nécessaires pour que l’Église, en France, mérite la confiance de tous.

Source: ZENIT.ORG, le 12 octobre 2021

MyChurchToo : des laïcs réclament la réforme de l’Eglise face aux abus sexuels

<img src="https://www.famillechretienne.fr/sites/default/files/dpistyles/ena_16_9_extra_big/node_37148/61560/public/thumbnails/image/laics_cef.jpg?itok=orFJpFIv1633710641&quot; alt="<p>Lors de leur assemblée plénière en novembre 2019, les évêques de France avaient invité deux laïcs par diocèse à participer à leur discussion sur la conversion écologique.

Lors de leur assemblée plénière en novembre 2019, les évêques de France avaient invité deux laïcs par diocèse à participer à leur discussion sur la conversion écologique. – Guillaume POLI/CIRIC

MyChurchToo : des laïcs réclament la réforme de l’Eglise face aux abus sexuels

Des fidèles catholiques ont initié une mobilisation sur Twitter avec le hashtag MyChurchToo, pour dire leur soutien aux victimes d’abus sexuels dans l’Eglise, et exhorter les évêques à mettre en œuvre les mesures de la commission Sauvé.

Tout a commencé à l’heure où l’Eglise fait mémoire de la Passion du Christ. Ce vendredi 8 octobre à 15 heures, une dizaine de laïcs catholiques parmi lesquels l’avocat et essayiste Erwan Le Morhedec, ont lancé sur Twitter le hashtag « MyChurchToo », « AussiMonEglise ». Leur volonté : « Témoigner aux victimes d’abus sexuels dans l’Eglise que nous faisons pleinement acte du rapport Sauvé [ayant révélé le 5 octobre les chiffres accablants des victimes de la pédocriminalité dans l’Eglise, ndlr], montrer à la société notre volonté de nous mobiliser, et surtout demander aux évêques une réforme de l’Eglise en actes et en profondeur pour faire cesser ces crimes », énumère l’avocat, fondateur du blog Koztoujours.

Des recommandations en tous genres pour l’Eglise

Le hashtag, repris près de 2 000 fois, s’est même hissé dans le top 3 des tendances sur Twitter. « Cela témoigne d’un véritable élan chez les fidèles, une volonté de faire changer les choses et de restaurer l’Eglise », se réjouit Erwan Le Morhedec. Pour l’heure, aucun mouvement n’a été constitué, « nous n’avons pas de porte-parole ni de réclamations précises », fait savoir l’avocat.

Derrière le hashtag fleurissent des demandes variées, des messages de soutien aux victimes, mais aussi de colère et de désolation face au silence de certains membres de l’épiscopat. « Aux évêques avant tout : la confiance est brisée. Je suis en colère depuis des années, avec l’impression que l’Eglise institutionnelle s’en fout. Vous revendiquez d’être en charge du troupeau et vous le malmenez. Honte à vous », peut-on lire. Ou bien « C’est encore le temps des larmes, de la compassion, de la sidération. Mais vient celui de la colère. Colère face aux réponses inappropriées, insuffisantes, creuses. Colère face à une gravité encore loin d’être mesurée, notamment par nos évêques. » Certains laïcs font aussi part de leur volonté de s’associer au travail des prêtres et des évêques, en étant « co-responsables ».

Si nombre d’évêques ont fait savoir toute leur détermination à changer de cap pour mettre fin aux abus sexuels dans l’Eglise et reconnaître les victimes, Erwan Le Moredhec regrette une « inertie » et le « silence » de certains évêques. « Sans doute parce que plusieurs ont à craindre du travail de vérité », lance-t-il.  « Hélas les médias ne veulent que des croix pectorales ou des cols romains pour parler du sujet, mais pour beaucoup de laïcs l’Eglise est notre vie, et nous voulons être partie prenante. Pendant longtemps nous avons délégué la gestion de l’Eglise avec une forme de naïveté, sans se sentir concernés, mais le résultat ne nous satisfait pas », poursuit l’essayiste. Et d’ajouter : « pour mettre fin à la crise des abus, on ne peut pas se contenter de petites mesures, d’un mémorial et d’une veillée de prière ».

Les laïcs profitent du hashtag pour faire part de recommandations en tous genres. « Nous demandons que les évêques ayant couvert des actes pédocriminels ou ayant manqué de vigilance remettent leur charge », réclame François Huguenin-Maillot, écrivain et éditeur religieux.

« Moi, prêtre, prophète et roi par mon baptême, je redis que cela ne doit plus jamais arriver. Nous le devons aux victimes. Cela passe par une profonde rénovation ecclésiale. Nous ne devons écarter aucune piste, en particulier celles de la Ciase », réclame un autre. « Nous demandons une participation réelle des laïcs et des laïques. Nous exigeons des réformes », réclame une troisième. Certains vont même jusqu’à demander une participation des laïcs à la nomination des prêtres et des évêques. « Le nonce apostolique peut déjà solliciter des fidèles avant la nomination d’un évêque », nuance Erwan Le Morhedec.

Soutien aux victimes ou colère contre les évêques ?

Cet élan à la tournure un peu anarchique ne risque-t-il pas de donner le visage d’une Eglise scindée en deux camps, les fidèles contre l’épiscopat ? « Nous pensons qu’il faut prendre des risques, et de fait, c’est un risque réel », reconnaît l’avocat co-initiateur du mouvement. « En réalité, nous ne voulons pas nous dresser contre les évêques, mais au contraire leur montrer que nous sommes membres d’un seul corps, et qu’ils ne pourront pas se contenter de nous demander une participation financière pour indemniser les victimes puis de prendre des décisions tous seuls dans leur hémicycle à Lourdes. » Il regrette notamment, reprenant l’analyse de Jean-Marc Sauvé lors de la remise du rapport, que l’évêque ait à la fois « un pouvoir législatif, exécutif et judiciaire ».

« Nous ne voulons pas défaire toute la hiérarchie de l’Eglise mais simplement donner aux laïcs le moyen de peser car ils ont des choses à dire, insiste encore Erwan Le Morhedec. Il faut que l’évêque puisse être entouré de fidèles pour prendre des décisions, qui ne soient pas forcément nommés par lui et à sa botte. Le but est de permettre des discussions constructives, pas de construire dans l’Eglise une armée de syndicats ! » Cette intégration des fidèles dans les instances de décision de l’Eglise fait partie des recommandations de la Ciase, et surtout, elle sera l’objet d’un prochain synode réclamé par le pape François : le fameux « synode sur la synodalité ».

Source: FAMILLECHRETIENNE, le 8 octobre 2021

Le cri du cœur d’un prêtre à propos des abus sexuels dans l’Église

<img src="https://www.famillechretienne.fr/sites/default/files/dpistyles/ena_16_9_extra_big/node_37147/61529/public/thumbnails/image/pretre_celebre_messe_0.jpg?itok=OP-344f91633691891&quot; alt="<p>Photo d'illustration, prêtre célébrant la messe. 

Photo d’illustration, prêtre célébrant la messe.  – Lightpoet

Le cri du cœur d’un prêtre à propos des abus sexuels dans l’Église

Curé dans le diocèse de Bordeaux, le père Pierre-Alain Lejeune a écrit ce texte très fort le jour de la remise du rapport de la Ciase, exprimant le désarroi de tous ces prêtres innocents qui poursuivent leur travail « la honte au front et le cœur brisé », portant avec l’Eglise le fardeau des abus sexuels commis par leurs frères.

Il fait partie de ces prêtres qui tentent, jour après jour, d’accomplir leur mission dans la fidélité au Christ, sans trahir. De ces prêtres qui ne sont pas auteurs d’abus sexuels et n’ont pas cherché à ignorer la souffrance des victimes, mais qui portent aujourd’hui avec humilité le visage défiguré de l’Eglise en tant que membres du même corps. Curé de quatre paroisses du diocèse de Bordeaux, le père Pierre-Alain a pris la plume pour exprimer dans ce texte (publié sur son blog) tout son désarroi face aux chiffres accablants du rapport Sauvé révélé le 5 octobre, pour dire sa sollicitude envers les victimes, de la difficulté d’être prêtre aujourd’hui, mais aussi, malgré tout, de son espérance pour l’avenir.

« Aujourd’hui, prêtre »

En ce mardi gris d’octobre, j’ai continué mon travail comme une bête de somme traçant le labour sous la pluie froide. J’ai poursuivi en essayant de ne pas trop me retourner, de ne pas perdre le rythme du cheval de trait qui sait qu’il ne doit pas s’arrêter au milieu du sillon. Et pourtant, Dieu sait si j’ai eu envie de lâcher l’attelage, accablé par le rapport de la CIASE rendu public ce matin. Dieu sait si j’ai souvent pensé aller, toutes affaires cessantes, me réfugier dans l’église voisine, fermer la porte et pleurer devant Dieu pour tant de misère.

Aujourd’hui j’ai continué mon travail, la honte au front et le cœur brisé ; j’ai continué parce que je ne pouvais laisser seul le vieil homme qui attendait de recevoir l’onction des malades, ni renoncer à visiter une famille endeuillée, ni oublier ces fiancés préparant leur mariage. J’ai continué avec toutes ces questions se bousculant en moi : Pourquoi ai-je voulu devenir prêtre ? Pourquoi me suis-je mis au service de cette Église dont j’ignorais tout de la face hideuse qui est révélée au grand jour ? A l’époque, aurais-je répondu de la même manière, si j’avais su ? 

Aujourd’hui j’ai continué à poser les gestes du ministère en faisant le dos rond, portant dans ma prière douloureuse les milliers de vies brisées et les silences complices : les victimes et les bourreaux. J’ai fait le dos rond, sentant autour de moi, la suspicion portée sur mon habit de prêtre et l’état de vie que j’ai choisi : le célibat. Ce célibat qui depuis 25 ans, je dois le dire, m’a procuré bien plus de joies que de peines.

Aujourd’hui j’ai continué tant bien que mal à rejoindre des personnes en attente d’une parole ou d’un geste, j’ai continué à faire mon métier de prêtre. Et si ce n’était qu’un métier, je pourrais au moins démissionner et chercher à gagner autrement ma vie. Mais voilà… on devient prêtre par amour du Christ et de son Église. Et l’on ne quitte pas celle que l’on aime simplement parce qu’un matin ténébreux, elle nous apparaît laide. On ne la quitte pas, même lorsque soudainement, on se retrouve éclaboussé par sa laideur.

Aujourd’hui, j’ai continué à répondre au téléphone et aux nombreux messages quotidiens de celles et ceux qui cherchent un peu de lumière dans l’ordinaire de leur vie ou dans les drames profonds qui les traversent ; j’ai continué en me demandant pourquoi il me fallait porter le poids d’un péché commis par d’autres, porter au front la honte de ce que je n’ai pas commis. Sans doute cette douleur nous rapproche t-elle un peu des victimes d’abus sexuels qui, plus que tout autre, payent pour un crime qu’elles n’ont pas commis. Peut-être nous rapproche t-elle un peu de notre Seigneur Jésus Christ qui, d’une manière unique, a payé pour les péchés qu’il n’a jamais commis.

J’ai continué en priant de tout mon cœur pour les innombrables victimes de ces prêtres prédateurs qui ont usé d’une si belle vocation comme d’un filet de chasseur pour mieux capter leurs proies. J’ai continué en priant aussi pour tous ceux qui seront pris par l’envie de quitter le navire de l’Église. Bruyamment ou sur la pointe des pieds. J’ai continué pour résister à l’illusion pharisienne ; l’illusion qu’en nous éloignant des bourreaux nous serions innocentés de tout mal. J’ai continué en m’efforçant de ne pas déserter le champ de bataille. Or le champ de bataille, ce n’est pas seulement l’Église salie par la faute de ses membres ; le champ de bataille est en chacun de nos cœurs. Le mal n’est pas seulement chez l’autre ou chez les autres ; le mal est en chacun de nous, sous des formes diverses certes, mais il est là, tapi comme une bête sauvage qu’il nous faut dominer. J’ai continué en essayant de ne pas déserter mon coeur meurtri.

Christian de Chergé, moine de Tibhrine en Algérie, assassiné en 1995, écrivait quelques mois avant sa mort : « J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice moi aussi, du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde ». Lui, le saint ! Lui, l’homme de paix, se reconnaissait complice du mal qui allait pousser ses propres bourreaux à le tuer. Et il priait pour eux… C’est peut-être cela la sainteté : ne pas se croire innocent d’un mal reconnu chez les autres, même le pire ; savoir que le vrai combat se joue à la porte de notre cœur.

Aujourd’hui j’ai continué à pédaler sous la pluie et dans le vent froid d’automne pour aller célébrer la messe avec quelques fidèles aussi blessés que moi par cette dure réalité. Ensemble nous avons célébré le mystère du Christ mort pour nos péchés ; lui l’innocent, mort pour sauver le criminel. Et ensemble nous avons crié vers Dieu : « délivre-nous du mal » !

Aujourd’hui, en ce sombre mardi d’octobre, j’ai continué à être prêtre parce que je sais que cette mission est plus grande que moi et que je n’en serai jamais digne ; j’ai continué à donner Dieu aux gens que je rencontrais, ce Dieu que je ne possède pas mais qui, un jour, s’est saisi de mes pauvres mains d’homme pour se donner au monde. Aujourd’hui, j’ai continué à être prêtre par amour du Christ et des hommes qu’il aime.

Source: FAMILLECHRETIENNE.FR, le 8 octobre 2021

« La protection des enfants et des adultes vulnérables, une priorité absolue », par le card. O’Malley

Papal foundation © Vatican Media

Papal Foundation © Vatican Media

« La protection des enfants et des adultes vulnérables, une priorité absolue », par le card. O’Malley

« Aucune place dans le ministère pour ceux qui abusent des mineurs »

« Passer de la « cruelle indifférence » à une culture de la protection », titre Radio Vatican (Cyprien Viet) en commentant le communiqué du cardinal Sean O’Malley, président de la Commission pontificale pour la protection des mineursaprès la publication du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église catholique en France (CIASE), présidée par M. Jean-Marc Sauvé.

Pour le cardinal O’Malley, capucin, « ce rapport est un nouvel appel à l’Église du monde entier à faire de la sauvegarde et de la protection des enfants et des adultes vulnérables sa priorité absolue ».

Il s’adresse aux victimes: « Surtout, nos pensées et nos prières vont aux survivants d’abus sexuels. Je regrette profondément tout ce que ces survivants ont enduré à cause des actions destructrices de certains membres de l’Église. »

Le cardinal O’Malley demande pardon: « Au nom de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, j’exprime notre profonde tristesse et demande humblement le pardon de la part de tous ceux qui ont été lésés par ces crimes et ces violations répréhensibles de la dignité humaine. Nous nous engageons à défendre vigoureusement les droits des survivants, ainsi que l’éducation à la prévention des abus, la transparence, la responsabilité et la tolérance zéro. Il nous reste un long chemin à parcourir pour faire face aux abus dans notre Église et dans la société en général. »Le cardinal américain reconnaît que « ce rapport constitue une mise en accusation des manquements des dirigeants de l’Église en France et de ceux qui ont la responsabilité de prendre soin et de protéger les fidèles »: le travail de la CIASE a permis de montrer « comment des personnes innocentes ont pu souffrir si terriblement et comment leurs voix ont été ignorées pendant si longtemps ».

Il appelle à une pleine collaboration avec les autorités civiles et avec les forces de l’ordre, afin de « rechercher la guérison et la justice pour les survivants ».

« Les mesures globales présentées par les responsables de l’Église de France au début de l’année, qui illustrent concrètement comment la « cruelle indifférence » dont les survivants ont fait l’expérience au sein de l’Église peut être transformée en soins et en protection, doivent être saluées et intégrées à tous les niveaux d’autorité », affirme le cardinal archevêque de Boston.

A ses yeux ce rapport est un outil fondamental pour le diagnostic des défaillances du système ecclésial et pour prendre une nouvelle direction: « Il n’y a absolument aucune place dans le ministère pour ceux qui abusent des mineurs ou des adultes vulnérables (…). Nous ne pouvons pas permettre qu’un seul survivant ne soit pas reconnu ou qu’une seule personne soit en danger d’abus par un membre de l’Église. »

Source: ZENIT.ORG, le 8 octobre 2021

MercreLIVRE – La lecture de la Bible au service de la lutte contre les abus

MercreLIVRE – un auteur, un partage

Comment tuer Jésus ?
présenté par Philippe Lefebvre

Philippe Lefebvre, Dominicain, Professeur à l’Université de Fribourg (Suisse)

Mercredi 13 octobre 2021, de 18h00 à 19h30 au Centre Sainte-Ursule, Rue des Alpes 2, 1700 Fribourg.

Philippe Lefebvre nous présentera son livre Comment tuer Jésus ? En voulant ignorer le mal, l’Église s’est trop longtemps tue sur les abus qui avaient lieu en son sein. C’est pourquoi l’auteur a décidé de prendre la parole et éclaire les témoignages contemporains à la lumière de la bible. Un écrit salutaire.

Alors que le rapport de la commission sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique de France vient de dévoiler un nombre effroyable de victimes, nous vous invitons mercredi 13 octobre à discuter avec le Frère Philippe Lefebvre à propos de son ouvrage Comment tuer Jésus ? Membre de la Commission biblique pontificale, ce dominicain qui lutte depuis des années contre les abuseurs – et le silence de l’Eglise – part de la Bible pour nous aider à comprendre ce qui se joue là. La Bible apparaît alors toujours plus comme une Parole qui réveille et ouvre un chemin. Un mercrelivre essentiel.

Avec la collaboration de la librairie St-Augustin à Fribourg.

Source: Centre Sainte-Ursule

CIASE : le cardinal 0’Malley demande de passer de la «cruelle indifférence» à une culture de protection

Le cardinal Sean Patrick O'Malley, président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs.Le cardinal Sean Patrick O’Malley, président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs. 

CIASE : le cardinal 0’Malley demande de passer de la «cruelle indifférence» à une culture de protection

Le président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs a réagi à la publication du rapport final de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église catholique en France.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Dans un communiqué diffusé ce mercredi, le cardinal O’Malley reconnaît que ce rapport constitue une mise en accusation des manquements des dirigeants de l’Église en France et de ceux qui ont la responsabilité de prendre soin et de protéger les fidèles. Le travail de la CIASE a permis de montrer «comment des personnes innocentes ont pu souffrir si terriblement et comment leurs voix ont été ignorées pendant si longtemps», souligne-t-il.

Il appelle donc à une pleine collaboration avec les autorités civiles et les forces de l’ordre, afin de «rechercher la guérison et la justice pour les survivants»«Les mesures globales présentées par les responsables de l’Église de France au début de l’année, qui illustrent concrètement comment la « cruelle indifférence » dont les survivants ont fait l’expérience au sein de l’Église peut être transformée en soins et en protection, doivent être saluées et intégrées à tous les niveaux d’autorité», précise-t-il.

Ce rapport est aussi un outil fondamental pour le diagnostic des défaillances du système ecclésial et pour prendre une nouvelle direction. «Il n’y a absolument aucune place dans le ministère pour ceux qui abusent des mineurs ou des adultes vulnérables», insiste le cardinal en citant le Pape François. «Nous ne pouvons pas permettre qu’un seul survivant ne soit pas reconnu ou qu’une seule personne soit en danger d’abus par un membre de l’Église».

Une demande de pardon face aux «actions destructrices de certains membres de l’Église»

«Au nom de la Commission Pontificale pour la Protection des Mineurs, j’exprime notre profonde tristesse et demande humblement le pardon de la part de tous ceux qui ont été lésés par ces crimes et ces violations répréhensibles de la dignité humaine. Nous nous engageons à défendre vigoureusement les droits des survivants, ainsi que l’éducation à la prévention des abus, la transparence, la responsabilité et la tolérance zéro. Il nous reste un long chemin à parcourir pour faire face aux abus dans notre Église et dans la société en général. Nous ne nous lasserons pas de ce voyage», assure-t-il.

«Enfin, et surtout, nos pensées et nos prières vont aux survivants d’abus sexuels. Je regrette profondément tout ce que ces survivants ont enduré à cause des actions destructrices de certains membres de l’Église», s’attriste le cardinal O’Malley. 

«Ce rapport est un nouvel appel à l’Église du monde entier à faire de la sauvegarde et de la protection des enfants et des adultes vulnérables sa priorité absolue», martèle enfin le cardinal américain.

L’expérience de purification menée par le cardinal 0’Malley

L’archevêque de Boston a pris ses fonctions dans ce vaste diocèse du Massachusetts en 2002, en pleine tourmente. Il est connu pour sa grande rigueur dans la lutte contre les affaires d’abus sexuels qui s’étaient multipliées sous les mandats de ses prédécesseurs, jusqu’à ce que l’enquête du collectif journalistique « Spotlight », objet d’un film quelques années plus tard, n’en révèle l’ampleur systémique, menant à la démission du cardinal Law, l’archevêque de Boston à l’époque. Son successeur a dû mener une purge dans le clergé local, en écartant de nombreux prêtres coupables d’abus ou de complicités.

Tout en demeurant en fonction aux États-Unis, le cardinal O’Malley a été appelé par le Pape François en 2014 à la présidence de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, dont la composition inclut notamment des experts et des victimes d’abus. Cet organisme a essentiellement un rôle de prévention et de sensibilisation.

Source: VATICANNEWS, le 6 octobre 2021

Message de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, à propos de la remise du rapport de la CIASE.

Message de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, à propos de la remise du rapport de la CIASE.

Chers frères et sœurs, chers amis,

Comme vous le savez nous attendions le rapport de la CIASE qui a été rendu public aujourd’hui. Nous l’avions demandé pour faire la vérité car nous la devions absolument aux personnes victimes et à tous les fidèles.

Je méditais cela ce matin avec le psaume de la messe Ps 129 : « Des profondeurs je crie vers toi Seigneur ».

Cette vérité nous l’avons découverte avec vous tous. Elle est bien au-delà de ce que nous croyions savoir, elle est effrayante.

Depuis plusieurs années, nous avons pris des mesures pour prendre au sérieux cette épouvantable tragédie mais nous voyons que nous avons encore bien du chemin à faire pour accueillir la souffrance des victimes, les accompagner dans leur reconstruction, et rendre plus sûre la maison commune. L’analyse des causes exposées par le rapport de M. Sauvé nous oblige à regarder de près les facteurs qui ont permis de tels abus. Nous aurons besoin de vous tous pour nous éclairer et nous aider dans les réformes nécessaires. Nous avions demandé à la CIASE de nous donner des recommandations. Nous allons les étudier attentivement avec tous les évêques de France afin de décider ce qui convient de mettre en œuvre.

Croyez bien que je partage votre profonde tristesse devant ces terribles révélations. Je vous invite à prier pour les personnes victimes dont la vie est brisée. Je vous demande aussi de prier pour tous les prêtres, diacres et laïcs afin qu’ils continuent à œuvrer avec dévouement. Nous sommes tous profondément attristés par ces révélations.

Chers frères et sœurs, chers amis, je vous assure de ma profonde communion dans le Christ.

+Michel Aupetit
Archevêque de Paris

Source: L’Eglise Catholique à Paris, le 5 octobre 2021

Des profondeurs je crie vers Toi – Psaume 129

Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel ! 
Que ton oreille se fasse attentive 
Au cri de ma prière !


Si tu retiens les fautes, Seigneur, 
Seigneur, qui subsistera ? 
Mais près de toi se trouve le pardon 
Pour que l’homme te craigne.


J’espère le Seigneur de toute mon âme ; 
Je l’espère, et j’attends sa parole.


Mon âme attend le Seigneur, 
Plus qu’un veilleur ne guette l’aurore. 
Plus qu’un veilleur ne guette l’aurore, 
Attends le Seigneur, Israël.


Oui, près du Seigneur, est l’amour ; 
Près de lui, abonde le rachat. 
C’est lui qui rachètera Israël 
De toutes ses fautes.

Devant le rapport de la Ciase, d’abord pleurer

TABLICA POŚWIĘCONA PAMIĘCI OFIAR PRZEMOCY SEKSUALNEJ
LOIC VENANCE/AFP/East News

Devant le rapport de la Ciase, d’abord pleurer

Pleurer, mais aussi rendre grâce pour le don de la vérité qui libère. Notre chroniqueur Henri Quantin, auteur de « l’Église des pédophiles, raison et déraison d’un procès sans fin » (Cerf, mai 2021) réagit au rapport de la Commission Sauvé. 

D’abord pleurer. Pleurer avec les victimes dont le nombre accable, quelles que puissent être les réserves de détail sur le rapport de la Ciase. Pleurer d’autant plus que ce n’est pas le nombre d’abuseurs — assez prévisible pour qui avait suivi les enquêtes dans d’autres pays — qui frappe, mais la capacité de trop d’entre eux à agir impunément si longtemps et à briser tant de vies. Pleurer comme Benoît XVI avec une victime chilienne, qui fut bouleversée par ce saint Père qui méritait son nom.

Pleurer encore sur les coupables, cette fois, ou plutôt à leur place, comme y invitait saint Pierre-Damien au XIe siècle, devant l’ampleur, déjà, des vices du clergé : « Si je me désole sur toi avec tant de larmes, c’est parce que je ne te vois pas pleurer. » Pleurs de honte et de dégoût devant des tueurs de corps et d’âmes, capables de célébrer pendant des années le sacrement de l’Alliance, tout en crucifiant Dieu sous les espèces de leurs jeunes fidèles.

Oui, la vérité libère, tandis que le mensonge aliène : s’il y a bien une chose que les crimes et plus encore leur dissimulation doit nous rappeler, c’est celle-là.

La lumière sur les ténèbres

Oser rendre grâce, ensuite, pour la lumière faite sur tant de ténèbres, dans la certitude que la Vérité libère, même si elle doit nous brûler comme un fer rouge avant de nous guérir. Benoît XVI fut un guide sûr, lorsqu’il écrivait dès 2010 que même au milieu d’un concert anticlérical, la boussole du chrétien ne pouvait quitter le cap de la gratitude paradoxale : « Dans la mesure où c’est la vérité, nous devons être reconnaissant de tout éclaircissement. » Mgr Aupetit lui avait emboîté le pas en déclarant : « Puisque nous avons caché nos fautes, le Seigneur a permis que tout cela soit révélé par les médias et la parole des victimes. » Après les pleurs, le premier lieu de conversion se trouve là : la reconnaissance pour ceux dont la parole a empêché la maladie de continuer à se propager. Il est plus que temps d’admettre, comme l’a fait Mgr Ravel, que la pression des victimes a plus fait que les atermoiements cléricaux et les plaquettes épiscopales. Oui, la vérité libère, tandis que le mensonge aliène : s’il y a bien une chose que les crimes et plus encore leur dissimulation doit nous rappeler, c’est celle-là.

Comment prétendre éduquer, tout simplement, si on ne croit pas que la sanction peut être un acte d’amour, tant pour la victime qu’on protège que pour le bourreau qu’on met face à l’horreur de son geste ?

Sortir, aussi, d’une pastorale du « On ira tous au paradis », qui a transformé pendant des décennies la Miséricorde en déni de justice et la gravité du péché en simple faiblesse. Comment regarder le Mal en face, si on atténue sans cesse sa portée ? Comment annoncer la bonne nouvelle d’un Rédempteur, si on se convainc à peu de frais que l’homme n’a pas vraiment besoin d’être sauvé ? Comment prétendre éduquer, tout simplement, si on ne croit pas que la sanction peut être un acte d’amour, tant pour la victime qu’on protège que pour le bourreau qu’on met face à l’horreur de son geste ?

Là où le péché abonde…

Croire, enfin, que Dieu, qui a fait la folie de confier son Église aux hommes, continue à la vouloir sainte et immaculée, comme osait aussi le dire Benoît XVI devant le mystère insondable du Mal : « Quand on voit tout ce que des hommes, tout ce que des ecclésiastiques ont fait dans l’Église, c’est précisément une preuve que le Christ soutient l’Église et l’a fondée. Si elle ne dépendait que des hommes, elle aurait péri depuis longtemps. » Alors l’enjeu de ce jour de Vérité pourra être que les victimes puissent dire un jour, comme Mauriac à la fin de sa vie : « J’appartiens à une Église qui m’aura consolé de tous les coups qu’elle m’avait portés. » Cela, ce n’est pas le travail de la Ciase mais de tous ceux qui croient que là où le péché abonde, la grâce est appelée à surabonder. Cela suppose évidemment de ne pas fermer les yeux sur le péché, mais de ne pas non plus nier la grâce. Car l’Église, comme le note le frère dominicain Augustin Laffay, « n’est à la hauteur de sa vocation que lorsqu’elle la considère à hauteur d’éternité ».

Source: ALETEIA, le 6 octobre 2021

Abus sexuels dans l’Église : l’ignoble baiser de Judas

Gianni Dagli Orti / Aurimages

Abus sexuels dans l’Église : l’ignoble baiser de Judas

L’arrestation de Jésus et le baiser de Judas, par Fra Angelico.

Lors de la semaine Sainte 2018, l’écrivain James Haggerty s’emparait de la thématique du Chemin de Croix, contemplant chacune des souffrances du Christ. A la deuxième station, c’est l’odieux baiser de Judas. En relisant ce texte, à la lumière des révélations de la Ciase, les mots de l’écrivain revêtent un caractère prophétique. Les profanations que des hommes de Dieu ont pu faire subir à des enfants constituent une trahison plus ignoble encore que celle de Judas. Aleteia a décidé de publier ce texte inédit.

N’est-ce pas, Seigneur Jésus, on ne va pas en faire tout un plat de la trahison de Judas ? Ce n’est peut-être pas notre intérêt, de le juger trop sévèrement. Des gens qui T’ont trahi, ou qui ont trahi leur conscience, pour du fric, ou pour leur part de renommée, ou pour un peu plus de pouvoir, ou pour prendre du plaisir ; des gens qui T’ont trahi pour l’un quelconque de ces leurres que Satan sait si bien faire scintiller devant nos yeux ; des gens qui T’ont trahi pour ça ou pour autre chose, eh bien, à la fin des temps ils seront plus difficiles à compter que les grains de sable du désert.

Non, vraiment, Seigneur Jésus, nous, si on nous demandait notre avis on n’aurait tout de même pas intérêt, personnellement, à envoyer Judas en Enfer, pour T’avoir trahi pour un peu de fric. Chacun de nous peut faire là son examen de conscience… Tu sais Seigneur, pourquoi, nous détestons Judas ? Et pourquoi, volontiers, nous l’envoyons directement en Enfer ? Malgré le fait indéniable que nous, nous te trahissons aussi ? Eh bien, parce que lui, il a ajouté l’odieux au sordide.

Vois les manœuvres de ces sépulcres blanchis, maîtres spirituels de la Nouvelle Evangélisation, candidats sans vergogne aussi bien à la médiatisation qu’à la canonisation ! 

Sordides, nous le sommes tous, plus ou moins, à un moment où à un autre de notre vie, selon ce qui est en jeu. Certains d’entre nous le sont même à temps complet. Mais odieux, cela ne se fait pas quand on se prétend ton disciple. Seigneur Jésus, ce Judas, entre mille, Tu as posé ton regard sur lui, et Tu l’as aimé, et Tu l’as appelé à Te suivre. Et voici qu’il Te trahit, non pas naturellement, humainement, si l’on peut dire, comme nous on Te trahit, mais odieusement. Par un baiser. Judas, a osé ajouter au bassement sordide – une question de fric -, une odieuse moquerie de ton message d’amour. Hélas, Seigneur : c’est par un baiser qu’il Te livre.

Ah l’ignoble paraphe ! Comme ignobles, aujourd’hui, le paraphe de certains pasteurs que Tu as ordonnés au service de tes brebis, et qu’on voit se pavaner dans ta bergerie. Ah, Seigneur, eux c’est pire que par un baiser qu’ils Te trahissent, ces abuseurs en ton Nom, ces prédateurs si redoutables d’efficacité séductrice d’agir au nom de ton amour ! Ah les Judas ! Qu’osent-ils faire de ton Message d’amour ! Un appât ! Ces loups ravisseurs, ils Te pendent à leurs hameçons pour mieux séduire tes brebis ! Vois les manœuvres de ces sépulcres blanchis, maîtres spirituels de la Nouvelle Evangélisation, candidats sans vergogne aussi bien à la médiatisation qu’à la canonisation ! On ne Te citera pas de nom, la liste est trop longue et Tu les connais trop bien d’avoir dû endurer leurs baisers mis en scène.

Eux aussi, ils les prennent dans leurs bras, eux aussi ils les embrassent, en ton nom. In persona Christi, qu’ils leur disent, les salauds.

Et voici l’abomination de la désolation : souvent, trop souvent leurs victimes ne sont encore que des petits agneaux ; des enfants, dont les anges contemplent sans cesse, aux cieux, la face de ton Père ; des enfants comme ceux que Tu faisais venir à toi, pour les bénir ; des enfants comme ceux que Tu prenais sur tes genoux et que Tu embrassais. Ah Seigneur, regarde-les faire, ces loups ravisseurs qui n’ont que l’imitation de Jésus-Christ à la bouche ! Eux aussi, comme Toi, ils font venir à eux les petits enfants. Eux aussi, ils les prennent dans leurs bras, eux aussi ils les embrassent, en ton nom. In persona Christi, qu’ils leur disent, les salauds.

Et comme Judas, ils signent leur trahison par un baiser. Un baiser sur les lèvres d’une innocence à jamais profanée. Jésus, tes trois lourdes chutes, est-ce encore assez pour décharger ces maudits de ce péché-là ? Ne faudrait-il pas que ton chemin de croix se poursuive encore ? Se poursuive jusqu’à la fin du monde pour que leur péché devienne rémissible ? Sinon, peut-être que ces pasteurs-là, ce qu’à Dieu ne plaise, il eut mieux valu, pour eux, qu’ils ne fussent jamais nés…

Source: ALETEIA, le 5 octobre 2021

Rapport Sauvé sur les abus dans l’Eglise en France, réaction de Mgr Aveline

Mgr Aveline, 9 av. 2021 © Vatican Media

Mgr Aveline, 9 Av. 2021 © Vatican Media

Rapport Sauvé sur les abus dans l’Eglise en France, réaction de Mgr Aveline

«Une épreuve de vérité pour tout le corps ecclésial»

Le rapport sur les abus commis par les membres du clergé en France depuis 1950 « constituera une épreuve de vérité pour tout le corps ecclésial », a affirmé l’archevêque de Marseille, Mgr Jean-Marc Aveline, dans une lettre aux catholiques de son diocèse publiée le 24 septembre 2021, avant la publication du Rapport même, indique Vatican News.

Il appelle « tout le Peuple de Dieu » de prendre « conscience de ce qui nous est arrivé » et de s’engager « à tout faire pour que cela ne se reproduise plus ».

Mgr Aveline invite à aborder cette période difficile avec la volonté « de regarder la vérité en face ». « Ces crimes, écrit-il, ne nous laissent pas indemnes et jettent un voile de honte sur notre famille. C’est vrai, les péchés de quelques-uns sont retombés sur nous tous. »

Dans sa lettre l’archevêque explique que lui-même a « été profondément atteint par le récit des personnes » qu’il avait « reçues et écoutées ». « Comment ne pas l’être, s’exclame-t-il, quand on prend conscience de ces abus qui ne sont pas tous sexuels, mais qui commencent dès que des personnes ayant autorité, qui plus est une autorité religieuse, manipulent et asservissent des consciences, des corps et des âmes? »

Afin de faire face à ses témoignages accablants, Mgr Aveline invite d’abord « à se taire et écouter ». « Être sidéré. Ressentir le dégoût, la violence, l’immense détresse qui monte de ces vies abîmées ou détruites par ceux-là mêmes qui étaient chargés d’en prendre soin. »

Mgr Aveline rappelle la création d’une Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase, novembre 2018) et résume son travail qui consistait à recueillir les témoignages, à tenter de comprendre comment de tels drames ont pu se produire, à dresser le bilan de l’action de l’Église contre la pédocriminalité et à faire des recommandations pour l’avenir. Il explique également quel travail a été fait au niveau national avec la création d’un tribunal pénal canonique national et avec la mise en place de mesures de prévention.

L’archevêque de Marseille souligne que dans les cas des abus « on ne peut s’en tirer à bon compte en rejetant simplement la faute sur les auteurs de crimes, comme si le corps entier ne devait lutter contre ce mal qui peut prendre bien des formes avant de devenir criminel ».

Il invite tout le monde à lutter contre ces crimes « en détectant les complicités et les engrenages qui conduisent au mépris de la vie des autres, surtout des plus vulnérables ». Il invite à « lutter en veillant à la formation préventive de tous ceux qui travaillent avec des jeunes et des enfants. Lutter en prenant sa part du travail de reconstruction humaine de ceux qui ont été victimes de tels actes et dont la douleur, même si elle fut longtemps enfouie, ne sera jamais prescrite. Lutter en continuant de croire en la bonté originelle de l’être humain, une bonté que le péché peut défigurer, mais qu’il ne peut pas entièrement détruire. Lutter en refusant la vindicte contre les coupables, lui préférant la justice et l’espoir d’un pardon que seules les victimes peuvent accorder ».

En concluant sa lettre, l’archevêque de Marseille cite les paroles du cardinal jésuite Henri de Lubac sur « le paradoxe et le mystère de l’Église », soulignant que c’est une « Église trop sale pour être idolâtrée et cependant plus vraie dans l’aveu de son péché ».

Source: ZENIT.ORG, le 5 octobre 2021