Au Nigeria, une chrétienne lapidée à mort pour blasphème
Une étudiante chrétienne a été lapidée à mort par des dizaines d’étudiants de son école, l’accusant de blasphème contre le prophète Mahomet, dans l’Etat de Sokoto au nord-ouest du Nigeria. Aussi bien l’évêque que le sultan musulman de Sokoto ont condamné ce crime et demandé que justice soit faite, appelant la population au calme.
Christian Kombe, SJ – Cité du Vatican
Lorsqu’elle faisait sa note vocale dans le groupe de la messagerie whatsapp de sa classe, Deborah Samuel Yakubu n’aurait jamais imaginé qu’elle signait sa condamnation à mort. La jeune étudiante chrétienne a été lapidée à mort par des dizaines d’étudiants de l’école Shehu Shagari, qui ont par la suite brûlé son corps. Ces faits tragiques ont été rapporté jeudi 12 mai dans un communiqué de la police de l’Etat de Sokoto où a eu lieu le drame.
Accusée de blasphème
Suivant des témoignages crédibles, Deborah Samuel s’était plainte de l’afflux des messages religieux sur le groupe Whatsapp de sa classe. L’étudiante avait fait une note vocale pour rappeler à ses camarades de classe la finalité académique du forum. C’est ce commentaire jugé blasphématoire à l’égard du prophète Mahomet qui aurait provoqué l’ire de ses camarades fanatiques qui l’ont tuée par lapidation, puis brûlé son corps.
Dans une vidéo, qui a circulé jeudi 12 mai sur les réseaux sociaux, on voit la scène effroyable du lynchage de l’étudiante par une foule déchaînée. Deux suspects ont été arrêtés, selon la police, tandis que les autorités scolaires ont annoncé la fermeture immédiate de l’école, renvoyant les étudiants chez eux.
Un acte inhumain dont les auteurs doivent être punis
L’évêque de Sokoto, Mgr Mathew Hassan Kukah a condamné un «acte inhumain», dont les auteurs doivent être punis conformément aux lois du pays, quelle que soit leur motivation. Pour l’ordinaire de Sokoto, cet acte criminel «n’a rien à voir avec la religion», soulignant la cohabitation pacifique entre chrétiens et leurs voisins musulmans à Sokoto au fil des ans. Mgr Hassan Kukah demande ainsi «aux autorités d’enquêter sur cette tragédie et de veiller à ce que tous les coupables soient traduits en justice». Il a par ailleurs invité «tous les chrétiens de Sokoto et des environs à rester calmes et à prier pour le repos de l’âme de Mme Deborah», non sans exprimer sa sympathie pour les proches de la victime.
Un crime injustifiable selon le sultan de Sokoto
Le sultan de Sokoto, Muhammadu Sa’ad Abubakar, a également exprimé sa consternation suite à la mort de l’étudiante. Dans un communiqué de presse, «le conseil du sultanat a condamné l’incident dans sa totalité et a exhorté les agences de sécurité à traduire en justice les auteurs de cet incident injustifiable». Comme l’évêque de Sokoto, le conseil de la plus haute autorité spirituelle de tous les musulmans nigérians exhorte «tout le monde à rester calme et à assurer une coexistence pacifique entre tous les habitants de l’État et de la nation».
Mettre fin à la charia
Dans l’Etat de Sokoto, comme dans onze autre Etats du nord du pays, la charia est appliquée parallèlement au droit commun. La loi islamique punit de la peine de mort les coupables de «blasphème». En juin dernier, les évêques du Nigeria avait présenté à la commission sénatoriale sur la réforme constitutionnelle un mémorandum demandant de «mettre fin au statut dont jouit l’islam dans la constitution», qui contredit la laïcité de l’Etat, consacrée par les articles 10 et 38 de la constitution.
L’épiscopat avait souligné que la création des tribunaux de la charia, comme les références à la loi islamique dans la constitution, sont causes de graves inégalités dans le système judiciaire nigérian et mettent en péril les «libertés de pensée, de conscience, de religion, de culte, d’enseignement, de pratique et d’observance de ses croyances».
Le père Luke Adeleke, 38 ans, prêtre récemment ordonné le 19 août 2017, du diocèse d’Abeokuta, capitale de l’État d’Ogun (sud-ouest), a été tué alors qu’il rentrait chez lui après avoir célébré la messe de la veille de Noël, dans la soirée du 24 décembre.
Selon les informations recueillies par Fides, le prêtre a été touché par une grêle de balles tirées par une bande d’hommes armés dans la localité d’Ogunmakin Obafemi Owode, une zone où la criminalité est très élevée.
L’Église dénonce le « lent génocide » des chrétiens au Nigeria
L’Église catholique du Nigeria affirme que les chrétiens de ce pays sont victimes d’un processus de nettoyage ethnique effectué par les musulmans peuls, avec la complicité de l’État.
Les mots sont forts et témoignent de l’urgence de la situation au Nigeria. « Il ne s’agit pas seulement de questions de pâturage. Pour moi, c’est une guerre de religion », a déclaré Mgr Wilfred Anagbe, évêque du diocèse de Makurdi, dans l’État de Benue (Nigeria), lors d’une conférence organisée par l’Aide à l’Église détresse (AED). Plusieurs participants ont confirmé que la violence qui sévit dans le pays depuis plusieurs années n’est pas seulement due à des « affrontements » entre bergers musulmans et agriculteurs chrétiens pour la possession de la terre. « Ils ont un programme qui est d’islamiser ce pays. Et ils le font en éliminant méthodiquement tous les chrétiens et en occupant les territoires. S’il s’agissait de pâturage, pourquoi tuer des gens ? Et pourquoi brûler leurs maisons ? », interpelle-t-il.
Implication des plus hautes sphères de l’État
Johan Viljoen, directeur de l’Institut sud-africain Denis Hurley Peace, qui œuvre à la promotion de la paix, de la démocratie et de la justice et qui étudie les attaques armées des Peuls dans le sud-est du Nigeria, parle d’une « occupation concertée et bien planifiée ». « Tout cela se passe sous le couvert de Miyetti Allah, dirigée par le président Buhari », dit-il, faisant référence à une organisation qui prétend défendre les droits des bergers peuls.
L’implication des plus hautes sphères de l’État est l’une des raisons pour lesquelles les forces armées se sont montrées réticentes à intervenir et à contrôler la violence. « Je ne pense pas que l’armée essaie de résoudre quoi que ce soit. Ils chercheraient plutôt à encourager les choses », a déclaré Johan Viljoen, en rappelant une récente mission d’enquête au Nigeria au cours de laquelle des collaborateurs de son institut ont été arrêtés tous les cinq kilomètres par des soldats, tous peuls, qui se montraient menaçants et pointaient des armes sur eux. Après des années de violence, « pas un seul Peul n’a été poursuivi en justice pour violences », ajoute-t-il.
Mgr Wilfred a souligné que les forces armées sont sous le contrôle direct du président, et que par ailleurs, « tous les chefs de service, de la marine, de l’armée de l’air et de la police, sont musulmans ». Les chiffres officiels indiquent que cette vague de violence a causé environ 3.000 morts au cours des dernières années, mais les personnes présentes sur le terrain affirment que ce chiffre pourrait atteindre 36.000, sans compter les nombreuses personnes déplacées, démunies et profondément traumatisées par ce qu’elles ont vécu. De nombreuses ONG ayant quitté les zones dangereuses, l’Église catholique et ses institutions sont les seules alternatives fiables pour apporter de l’aide aux populations sur le terrain.
Les représentants de l’Église demandent aux occidentaux de contribuer à l’acheminement des secours, mais aussi d’aider autrement. « Il faut changer le discours, on ne peut pas suivre le récit du gouvernement nigérian », a insisté le père Remigius Ihyula, qui est également du diocèse de Makurdi. « Ils ont placé leurs protégés dans les ambassades du monde entier, si bien que la parole officielle donne l’impression qu’il ne se passe rien ».
Ce n’est pas un affrontement, c’est un lent génocide. Déplacer des personnes de leur terre ancestrale, les priver de leurs moyens de subsistance et les massacrer est une forme de génocide.
Le père Joseph Fidelis, du diocèse de Maiduguri, a expliqué pour sa part qu’il est irritant d’entendre parler « d’affrontements » ou de « conflits » entre groupes opposés. « Ce n’est pas un affrontement, c’est un lent génocide. Déplacer des personnes de leur terre ancestrale, les priver de leurs moyens de subsistance et les massacrer est une forme de génocide ».
Le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique. Il n’y a pas de chiffres officiels, mais les estimations indiquent une répartition égale entre musulmans et chrétiens, les premiers étant majoritaires dans le nord et les seconds dans le sud. Cependant, la violence s’est maintenant propagée dans tout le pays, menaçant la stabilité de l’ensemble du pays.
Dimanche 26 septembre, plus de 40 personnes ont été tuées dans des attaques armées contre deux villages du nord du pays. À la fin de l’audience générale du mercredi 29 septembre, le Pape François a prié et fait prier pour les victimes et toute la population.
Salvatore Cernuzio – Cité du Vatican
Le Pape François s’est dit attristé par les attaques sanglantes qui ont récemment frappé le Nigeria, où les combats sont toujours en cours entre les deux principales factions djihadistes, Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap).
«J’ai appris avec douleur la nouvelle des attaques armées qui ont eu lieu dimanche dernier contre deux villages du nord du Nigeria», a déclaré le Souverain pontife à la fin de l’audiencegénérale. «Je prie pour ceux qui sont morts, pour les blessés et pour toute la population nigériane». Puis cet appel: «Je souhaite que la sécurité de tous les citoyens soit toujours garantie dans le pays !».
Une crise sécuritaire majeure
Le 26 septembre dernier, des hommes non identifiés ont attaqué le village de Madamai, dans le district de Kaura. 34 habitants ont été tués dans l’attaque, sept ont été blessés, selon des sources de sécurité de l’État de Kaduna. Les soldats sont immédiatement intervenus et, après une fusillade, ont forcé les assaillants à battre en retraite. En représailles à cette attaque, huit autres personnes ont été tuées, six blessées et plusieurs maisons ont été détruites dans le village de Kacecere, selon des rapports publiés lundi soir.
Aggravée par le changement climatique et le boom démographique dans un pays qui compte déjà quelque 200 millions d’habitants, la violence sporadique a conduit à une grave crise sécuritaire au Nigéria, avec des attaques d’hommes armés et des représailles entre communautés. Des bandes criminelles pillent les villages, volent le bétail et procèdent à des enlèvements pour obtenir des rançons. Cette année, selon l’Unicef, les groupes armés ont beaucoup ciblé les écoles et les universités, enlevant plus de 1 400 étudiants.
Une escalade des violences est à craindre au Nigeria et dans les régions frontalières entre Boko Haram et les miliciens de l’Iswap.
Les enlèvements sont nombreux au Nigeria : des soldats nigérians patrouillent devant une école où des élèves ont été kidnappés (AFP or licensors)
Nigeria: libération du prêtre enlevé le 20 mai
Selon le diocèse de Sokoto, au Nigeria, le père Joseph Keke a été libéré ce jeudi 3 juin. Il avait été enlevé le 20 mai lors de l’attaque d’une paroisse lors de laquelle le père Bello a été tué.
C’est le père Chris Omotosho, directeur de la communication du diocèse de Sokoto, dans le nord-ouest du Nigeria, qui a annoncé ce jeudi la nouvelle de la libération du père Joseph Keke, 75 ans, enlevé le 20 mai dernier, lors de l’attaque de l’église Saint-Vincent Ferrer à Malunfashi, dans l’État de Katsina. Le père Alphonsus Yadhim Bello, qui avait également été kidnappé le même jour, avait été retrouvé mort le lendemain. Aucune autre précision n’a été donnée pour le moment sur les conditions de cette libération.
L’évêque de Sokoto, Mgr Matthew Kukuah avait confié le 28 mai dernier à Aide à l’Église en détresse qu’il menait des négociations avec les ravisseurs. «C’est une des expériences les plus douloureuses, parler et plaider avec des criminels et des meurtriers endurcis qui, dans un environnement plus civilisé devrait être enfermés à vie mais dont vous êtes à la merci», a-t-il déclaré.
Selon son témoignage, le négociateur des ravisseurs aurait une trentaine d’années et a demandé au début 240 000$ pour libérer le père Keke. Au final, l’évêque serait parvenu à baisser la rançon à 120 000$ environ.
Pour Mgr Kukuah, les personnes impliquées sont des «criminels purs et simples, qui travaillent souvent avec les habitants des communautés qui servent d’informateurs. Ils identifient simplement des cibles faciles et leur motivation première est l’argent». «La mort du père Bello fait partie des pertes insensées et sans fin qui ont englouti notre nation» poursuit-il, ajoutant: «Nous sommes tous littéralement sous l’épée au Nigeria, un pays qui est consumé par une horde barbare de l’humanité».
Au Nigeria, 3 jours de prière pour la fin des violences
L’initiative émane de la CAN, association chrétienne du Nigeria, qui la considère comme un acte «impératif et absolument nécessaire» pour obtenir du Ciel la fin des violences qui minent le pays. Ce Triduum court du 28 au 30 mai.
Depuis 2009, les attaques menées par le groupe jihadiste Boko Haram et les conflits liés au contrôle des ressources naturelles et agricoles ont plongé le Nigeria dans la terreur. Le centre du pays est particulièrement sujet à ces violences, avec des incursions fréquentes de bergers nomades, d’ethnie Fulani, qui s’en prennent aux biens des agriculteurs majoritairement chrétiens.
Durant trois jours, les chrétiens du pays sont donc invités «à se rassembler chaque soir pour prier Dieu, dans une attitude de deuil pour le sang versé de nombreux Nigérians innocents, en particulier des chrétiens».
La CAN exhorte les fidèles à prier «pour qu’échoue chaque pas que les terroristes, les bandits, les kidnappeurs, les hommes armés et toute personne malveillante accomplissent au milieu du peuple», afin que «le Nigeria soit en paix». «Priez pour que les plans diaboliques, destinés à paralyser les activités sociales et économiques du pays et à jeter la nation dans le chaos, soient déjoués par le Seigneur Jésus» et que le «pardon soit accordé à ceux qui ont commis un péché contre Dieu», peut-on lire dans le communiqué annonçant le Triduum. La CAN met aussi en garde contre toute tension religieuse et ethnique, qui, si elles étaient exacerbées ou exploitées, conduiraient le pays à la guerre.
Les fidèles sont également appelés à prier pour que les forces de l’ordre soient «à la hauteur de leurs responsabilités» et «assurent au Nigeria la sécurité dont il a besoin».
«Priez pour la droiture, la piété, la prospérité, la paix et l’amour dans notre nation. Priez pour le pays se relève de toutes ses pertes, qu’il devienne une nation modèle pour tous», conclut le communiqué.
L’initiative de l’association chrétienne intervient quelques jours seulement après la lettre ouverte que la Conférence des évêques a adressée au gouvernement. Dans cette missive, l’Église catholique nigériane appelle à la tenue d’un sommet sur la sécurité. «Cette réunion doit être organisée de quelque manière que ce soit, à condition qu’elle conduise à l’unité, à la paix, à la justice, au progrès et à la protection des Nigérians», ont écrit les évêques.
PIUS UTOMI EKPEI / AFP – Messe dans une église du diocèse de Lagos, dans le sud du Nigéria.
Le père Harrison Egwuenu a été enlevé le 15 mars à Abraka, une ville de l’Etat du Delta, dans le sud du pays. Près d’une semaine après le kidnapping, les autorités ne sont toujours pas parvenues à retrouver sa trace.
« Les autorités ont été informées et une chasse à l’homme a été lancée pour retrouver les ravisseurs », assurait ce jeudi 18 mars le père Benedict Okutegbe, un prêtre du diocèse de Warri, là où l’un de ses confrères a été enlevé la semaine dernière. Le même jour, le diocèse avait lancé une chaîne de prière pour implorer la « libération rapide » du père Harrison Egwuenu. Il se trouvait dans sa voiture le 15 mars dernier, lorsque des hommes armés l’ont violemment forcé à abandonner son véhicule, avant de le conduire à bord de leur propre voiture vers une destination inconnue. D’après plusieurs témoins, les ravisseurs ont tiré en l’air une dizaine de fois pendant l’enlèvement, pour effrayer le prêtre et les passants.
Another Nigerian Catholic priest has been kidnapped.
In your charity, kindly pray for the speedy and safe release of Fr. Harrison Egwuenu, a priest of the Catholic diocese of Warri who was kidnapped on Monday 15/3, along Abraka Road, Delta State, on his way back to his parish. pic.twitter.com/3L80KmwHuV
Interrogé par le média catholique ACI Africa trois jours après la disparition, le père Benedict Okutegbe a décrit son confrère comme un prêtre « dévoué et travailleur ». « Cet enlèvement est le reflet de l’effondrement de l’appareil de sécurité de l’Etat et du pays. Personne ne semble plus en sécurité au Nigéria », a-t-il regretté.
Un évêque auxiliaire enlevé en décembre
Ces derniers mois, la conférence épiscopale nigériane a appelé à plusieurs reprises le gouvernement à protéger davantage les citoyens. Le 1er octobre dernier, jour de l’anniversaire des 60 ans de l’indépendance du pays, les évêques avaient publié un communiqué commun : « Il est tout simplement inconcevable et inimaginable de célébrer les 60 ans de l’indépendance, alors que nos routes ne sont pas sûres, que notre peuple est kidnappé et qu’il vend ses propriétés pour payer des rançons aux criminels ».
Au mois de décembre dernier, Mgr Moses Chikwe, évêque auxiliaire de l’archidiocèse d’Owerri, avait été enlevé par des hommes armés, avant d’être relâché indemne. Le père Matthex Dajo avait subi le même sort en novembre. Il avait été libéré au bout de dix jours.
NIGERIA – Nouveaux enlèvements d’élèves du secondaire féminin au Nigeria
Quelques 300 élèves de la GGSS Jangebee Secondary School sise dans l’Etat de Zanfara, dans le nord-est du Nigeria, ont été enlevées par des hommes armés dans la nuit du 25 février. C’est ce qu’affirment les enseignants et les parents des jeunes filles, selon lesquels une centaine d’hommes armés arrivés à bord de tout-terrains et sur des motocyclettes sont entrés dans l’établissement aux alentours de minuit. Les autorités de l’Etat de Zamfara affirment ne pas connaître le nombre exact des personnes enlevées.
Ce nouvel enlèvement de masse intervient une semaine après celui perpétré le 16 février dans un autre établissement de l’enseignement secondaire sis à Kagara, dans l’Etat du Niger, au nord du Nigeria, dans le cadre duquel 27 élèves, un enseignant et six membres de sa famille ont été enlevés par des hommes armés. Un ultérieur signe de la dégénération de la situation sécuritaire dans de vastes zones du Nigeria est représenté par la mort, en date du 23 février, de 16 personnes au moins dans le cadre d’une attaque au mortier et à la grenade à fusil contre les faubourgs de Maiduguri, la capitale de l’Etat du Borno. L’attaque en question a été revendiquée dans une vidéo de Jamā’at Ahl as-Sunnah lid-Da’wah wa’l-Jihād, la branche de Boko Haram commandée par Abubakar Shekau.
L’échec de la part des autorités fédérales et de celles des différents Etats en matière de garantie de la sécurité publique fait actuellement augmenter le nombre des milices d’autodéfense promues par les communautés locales, un phénomène qui contribue à affaiblir l’unité nationale ainsi que cela a été dénoncé récemment par les Evêques du Nigeria, les tendances à l’autodéfense se diffusant rapidement sur le terrain. De nombreux groupes ethniques sonnent actuellement bruyamment les tambours de guerre, demandant non seulement davantage d’autonomie mais aussi la renonciation définitive à une nation dans laquelle ils ont perdu toute confiance et tout sens d’appartenance. Les demandes de sécession sur base ethnique ne devraient pas être ignorées ou prises à la légère » avertissent les Evêques dans une déclaration portant la signature de Leurs Excellences NN.SS. Augustine Obiora Akubeze et Camillus Raymond Umoh, respectivement Archevêque de Benin City et Président de la Conférence épiscopale du Nigeria (CBCN), et Evêque d’IIkot Ekpene et Secrétaire de ce même organisme (voir Fides 24/02/2021). Selon les Evêques, « le Nigeria est sur au bord de l’effondrement » et risque l’explosion.
Enlèvements au Nigeria : « Payer une rançon, c’est mettre tous les chrétiens en danger »
Au Nigéria, les enlèvements et actes de violence perpétrés régulièrement contre les prêtres et les religieuses sont de plus en plus préoccupant. Mgr Ignatius Kaigama, archevêque d’Abuja, en témoigne.
C’était fin décembre 2020. Pour la première fois dans l’histoire de l’Église catholique au Nigéria, un évêque – Mgr Moses Chikwe, évêque de l’archidiocèse d’Owerri – était enlevé par des individus en armes et détenu pendant plusieurs jours. Quelques jours auparavant, le père Valentine Ezeagu, prêtre de la congrégation des Fils de Marie Mère de Miséricorde, subissait le même sort avant d’être libéré 36 heures plus tard. En novembre, le père Matthew Dajo, prêtre de l’archidiocèse d’Abuja, était lui aussi enlevé et libéré après dix jours de captivité. Mi-janvier, ces enlèvements ont franchi un degré supplémentaire dans l’horreur quand on a appris qu’un prêtre du diocèse de Minna, le père John Gbakaan, avait été enlevé et tué le lendemain.
Dans un entretien accordé à l’Aide à l’Église en Détresse (AED), Mgr Ignatius Kaigama, archevêque d’Abuja, la capitale du Nigéria, qualifie la situation de « maladie qui se propage sans qu’aucun effort significatif ne soit fait pour y mettre fin ». Le prélat souligne que « cela fait longtemps que des enlèvements se produisent au Nigéria, que les gens pensaient que cela n’arriverait pas à des chefs religieux. Maintenant que cela se produit, c’est une nouvelle marquante ». Mgr Kaigama souligne que s’il est très triste que les chefs religieux du pays soient enlevés et tués, d’autres Nigérians subissent le même sort : « Ils sont ce que j’appellerais des victimes silencieuses, et ils sont nombreux ».
Le fait que nos forces de sécurité ne soient pas en mesure d’identifier ces personnes est déconcertant et suggère qu’elles ne font pas beaucoup d’efforts pour assurer la sécurité.
S’exprimant à propos des auteurs des crimes, Mgr Kaigama note que « les termes de “terroristes, bandits, hommes armés” ont été utilisés indistinctement pour décrire ceux qui sont derrière ces enlèvements, mais leur identité n’est pas connue avec certitude ». L’archevêque déplore que des centaines, voire des milliers de personnes soient tuées dans différentes parties du pays, et que rien de concret ne soit fait contre cela. « Le fait que nos forces de sécurité ne soient pas en mesure d’identifier ces personnes est déconcertant et suggère qu’elles ne font pas beaucoup d’efforts pour assurer la sécurité », déplore le prélat. « Cela continue encore et encore, et on nous raconte toujours la même histoire », dénonce-t-il.
Mgr Kaigama estime que ces enlèvements ont plusieurs motifs. Certains sont des enlèvements crapuleux perpétrés par des criminels qui « ne cherchent que de l’argent rapide, qui retiennent les gens en otage et demandent une rançon de millions de nairas (1 million de nairas, l’équivalent de 2.150 euros, ndlr) ». D’autres sont le fait de fondamentalistes religieux qui cherchent l’expansion territoriale « pour conquérir ceux qu’ils considèrent comme des infidèles, et les chrétiens sont les premiers sur leur liste. Ils attaquent et tuent également les musulmans qui ne professent pas le même culte qu’eux », explique-t-il. Enfin, l’archevêque pointe du doigt ceux qui ne sont que des fanatiques religieux : « Ils ont oublié ce qu’ils veulent, mais ils redoublent d’efforts pour tuer et détruire ».
Ils attaquent là où les répercussions sont les plus fortes, et c’est ce qu’ils font en attaquant les prêtres catholiques et les religieuses.
L’Église catholique nigériane se distingue par sa visibilité, sa respectabilité et est reconnaissable dans le pays, « si bien que les criminels, les bandits ou quel que soit leur nom, sont conscients que lorsqu’ils s’en prennent à un prêtre ou à une religieuse catholique, cela devient rapidement une nouvelle, et ils croient que cela forcera le gouvernement à les prendre au sérieux », ajoute Mgr Kaigama. « C’est une stratégie terroriste », lance-t-il. « Ils attaquent là où les répercussions sont les plus fortes, et c’est ce qu’ils font en attaquant les prêtres catholiques et les religieuses ».
Le refus des rançons
En ce qui concerne les rançons exigées, parfois des millions de nairas, archevêque d’Abuja précise la position de l’Église sur la question : « Nous, évêques du Nigéria, avons approuvé à l’unanimité en Conférence épiscopale et avons clairement indiqué que nous ne payions pas de rançons. Lorsqu’un prêtre est enlevé, il indique clairement que son Église ne paie pas de rançon ».
Payer une rançon, c’est mettre chaque personne en danger, en faire un objet de négoce potentiel. Cela mettrait en danger tous les prêtres, les religieuses et collaborateurs de l’Église »
« Payer une rançon, c’est mettre chaque personne en danger, en faire un objet de négoce potentiel. Cela mettrait en danger tous les prêtres, les religieuses et collaborateurs de l’Église qui se déplacent continuellement entre les villages, sans jouir d’aucun confort, mais en étant toujours prêts à se sacrifier pour l’amour de Dieu et de son peuple, car cela encourage la criminalité et invite les ravisseurs à faire encore plus de mal », affirme-t-il.
Une utilisation défectueuse de l’argent
Mgr Kaigama affirme qu’il est urgent que le gouvernement nigérian s’attaque à cette situation en formant des agents de sécurité afin qu’ils agissent plus efficacement. « À ce stade, on pourrait s’attendre à ce qu’avec tout l’argent géré par les politiciens, le gouvernement investisse davantage dans l’achat d’équipement sophistiqué pour poursuivre les criminels », argumente-t-il. « Malheureusement, les agents de sécurité gagnent très peu et doivent faire face à des criminels qui ont des armes plus sophistiquées et finissent par les vaincre et les tuer », regrette-t-il. « Il y a des gens qui sont enlevés pendant des années, par exemple des jeunes filles à Chibok, dont Leah Sharibu et beaucoup d’autres, et ici, nous finissons par trouver ça normal ». C’est pourquoi il faut « un changement d’attitude », car de nombreux obstacles doivent être surmontés afin de trouver une solution durable au problème.
« Nous ne faisons pas un bon usage de ce que nous avons : même si de l’argent est dépensé pour acheter de l’équipement de sécurité, l’argent est perdu dans le processus, et quand vous l’achetez, il est défectueux. Le gouvernement doit bien utiliser l’argent et s’occuper des agents de sécurité qui sont en première ligne contre ces criminels, et ensemble, nous devons faire un effort plus déterminé pour les combattre », conclut-il.
Le Nigeria est un pays prioritaire pour l’AED. En 2019, 121 projets y ont été financés, dont des projets de formation des prêtres, de construction d’églises et d’aide d’urgence.
Les chrétiens du Nigeria gardent la foi au milieu de l’insurrection et des persécutions persistantes
19 janvier 2021
Chaque dimanche matin à 8 heures, Daniel Musa, 32 ans, se précipite à l’église, à un demi-kilomètre de sa maison dans le quartier de Polo à Maiduguri, sa bible à la main droite. En semaine, il s’assure que rien ne l’empêche d’assister aux offices de milieu de semaine, même dans cette ville qui a été attaquée à plusieurs reprises par le redoutable Boko Haram depuis 2002.
Sa première rencontre avec les insurgés a eu lieu le 6 janvier 2012, juste après la célébration du Nouvel An à Maiduguri. Il a commencé à entendre des cris de différentes tonalités résonnant de l’extérieur de sa maison. Il a ouvert sa porte pour savoir ce qui se passait, mais n’a rien trouvé. « Je suis donc allé chercher des paquets de nouilles pour le dîner », raconte-t-il. « Sur le chemin du retour, deux de mes amis chrétiens ont couru vers moi sans savoir qu’ils étaient suivis par trois membres du groupe redouté. Ils nous ont rattrapés, nous ont encerclés et en ont éliminé un d’une balle dans la tête », rapporte-t-il. De retour dans sa ville natale de Goza – autrefois contrôlée par les insurgés de Boko Haram – son oncle maternel, Joseph Aga, a été coupé en morceaux et laissé pour mort. « Ils l’ont molesté et l’ont laissé pour mort alors que tout le monde autour fuyait pour se mettre à l’abri. » a déclaré Musa au Catholic Herald.
Le Nigeria est divisé de façon à peu près égale : un peu plus de la moitié des 206 millions d’habitants du pays sont musulmans, un peu moins de la moitié sont chrétiens. Dans la partie nord du pays, l’islam est la religion dominante, tandis que le christianisme est présent dans le sud – mais la plupart des meurtres ont lieu dans la zone centrale du Nigeria, où les deux moitiés du pays se rencontrent. Si la religion n’était pas à l’origine une question liée au conflit au Nigeria, elle est passée au premier plan.
Les questions qui ont initialement catalysé le conflit dans certaines régions du Nigéria étaient la politique, l’économie et l’ethnicité. C’est une question complexe, et sans doute encore plus aujourd’hui. Le Nigéria est un pays profondément religieux, dans lequel de nombreux citoyens ont des opinions très fortes sur la religion et s’identifient même à elle. Lorsque l’insurrection de Boko Haram a débuté en 2002, elle était considérée comme un mouvement djihadiste visant à établir un ordre islamique dans le nord. La persécution des chrétiens est devenue de plus en plus une politique pour de nombreuses factions du Boko Haram, en particulier après que son fondateur, Yusuf Muhammed, ait été tué par la police nigériane alors qu’il était en détention en 2009.
L’année dernière, le Nigeria s’est classé troisième dans l’index mondial du terrorisme parmi 163 pays, une position qu’il conserve depuis 2015. Boko Haram, un groupe terroriste opérant principalement au Nigeria, est l’une des principales raisons de ce classement. Les facteurs qui ont produit le Boko Haram sont nombreux, ce qui rend difficile de comprendre pourquoi l’organisation terroriste mène une guerre contre le gouvernement et les croyants religieux qui ne s’alignent pas sur son idéologie : L’islamisation. Le groupe s’est également scindé, certaines factions ayant des liens avec d’autres organisations terroristes internationales et menant une guerre contre les croyants non islamiques dans tout le nord du Nigeria.
Le père Aniedi Okure, prêtre catholique et directeur exécutif de l’Africa Faith and Justice Network, affirme que la perception qu’a Boko Haram des chrétiens comme agents de l’occidentalisation a fait des chrétiens une cible. « Cela montre », a-t-il déclaré au Catholic Herald, « qu’ils enlèvent des jeunes filles et les convertissent à l’Islam, les vendent comme épouses de l’autre côté de la frontière et les utilisent comme kamikazes ». « Nous avons également l’exécution publique de pasteurs et de dirigeants chrétiens qui ont été décapités, et l’enlèvement de Leah Sharibu, une écolière chrétienne de Dapchi qui est toujours en captivité pour avoir refusé de renoncer à sa foi chrétienne ».
Alors que le Nigeria s’apprêtait à se rendre aux urnes pour choisir un président qui gérerait les affaires du pays jusqu’aux élections générales de 2015, des accusations et contre-accusations ont été lancées contre l’ex-président Goodluck Jonathan, un chrétien, comme étant responsable de l’insurrection de Boko Haram. L’équipe de campagne du président Muhammadu Buhari a monté ce cheval de bataille pour vaincre Jonathan. Cinq ans plus tard, l’insurrection et le banditisme se poursuivent sans relâche.
Le Dr Leo Igwe, spécialiste des questions religieuses et président de l’Association humaniste, affirme qu’il y a eu une compétition entre le christianisme et l’islam dans le nord « et cette compétition a été politique, sociale et économique, elle a impliqué l’utilisation d’armes par des zélateurs musulmans. Le mouvement jihadiste est devenu une aile militaire non étatique des efforts des musulmans pour supprimer, opprimer et persécuter les chrétiens ».
« Boko Haram a été armé par les musulmans pour promouvoir leur religion, combattant ainsi le christianisme, en supprimant et en persécutant les non-musulmans », a déclaré le Dr Igwe au Catholic Herald. (…) Le chercheur sur les conflits violents, Idris Mohammed, n’est pas d’accord : « Lorsque vous observez de manière critique les activités du Boko Haram », dit-il, « vous vous rendez compte qu’ils ciblent tous ceux qui ne sont pas en accord avec leur idéologie, la majorité de leurs victimes sont des musulmans, en particulier ceux qui, selon eux, ne soutiennent pas leur campagne ». Mohammed a cité les nombreux centres de culte – y compris les mosquées et les églises – que les insurgés ont rasés. « Ils visaient tous ceux qui sont contre leur idéologie », a-t-il expliqué. « Tout musulman qui ne croyait pas en leur idéologie est un infidèle », a-t-il déclaré. « Ils se battent pour leur idéologie », a-t-il dit.
Le père John Bakeni, secrétaire général du diocèse catholique de Maiduguri, dans l’État de Borno, affirme que la persécution des chrétiens est plus ou moins systémique et qu’elle est ancrée dans les structures gouvernementales et politiques depuis plus de dix ans. « Nous avons vu des violences et des agressions typiques sur les vies et les propriétés des chrétiens », a déclaré le père Bakeni au Herald, « en particulier dans les lieux de culte. C’est notre foi qui nous a maintenus en vie, et c’est notre espoir et nos convictions dans notre propre croyance ». « Il y a eu beaucoup d’enlèvements forcés de nos fils et de nos frères, ainsi que des mariages de nos filles », a-t-il poursuivi. « Ce sont les problèmes avec lesquels nous vivons depuis des décennies, et des voix se sont élevées contre cela dans certains milieux, et nous, en tant que dirigeants chrétiens, avons essayé de faire avancer la partie relation et dialogue ». « Pour moi, c’est plus productif », nous a dit le père Bakeni, « mais la réalité demeure : la persécution est calculée, délibérée et systémique ».
Le diocèse de Maiduguri comprend tout l’État de Borno, Yobe et une partie de l’Adamawa, tous situés dans le nord-est du Nigeria. C’est le plus grand en termes de superficie. Mais en termes de population, le diocèse compte environ 300 000 catholiques, selon le père Bakeni. « Nous vivons de la générosité des gens et nous utilisons nos ressources pour répondre aux besoins humanitaires des chrétiens déplacés, y compris les musulmans et les non-chrétiens ; nous nous concentrons sur l’aspect humain, pas sur la religion ». Le père Bakeni a déclaré.
En 2015 et 2016, le diocèse catholique de Maiduguri a enregistré plus de 90 000 catholiques déplacés dans le nord-est ; plus de 60 000 d’entre eux vivaient à Minawao au Cameroun, et sont retournés et réintégrés dans leur communauté de Pulka à Goza. Le diocèse de Maiduguri a dépensé plus de 150 millions de nairas (416 000 dollars américains) pour les personnes déplacées à l’intérieur du pays, en utilisant ses propres fonds et les dons des diocèses du Nigeria et d’organisations étrangères. Le diocèse a également reçu des fonds d’autres organisations, dont MISSIO, l’organisation caritative officielle de l’Église catholique pour les missions à l’étranger. En 2017, l’Aide à l’Église en détresse a fourni une subvention de 75 000 dollars pour 5 000 veuves et 15 000 orphelins pris en charge par le diocèse. Le Catholic Relief Services fournit des uniformes scolaires, des manuels et des frais de scolarité aux enfants des écoles catholiques.
Sur les onze camps de déplacés chrétiens existants à Borno, un a été créé par l’Église catholique. Le diocèse de Maiduguri dispose également de fonds pour l’éducation de certains des enfants afin qu’ils puissent retourner à l’école, et parraine plus de 200 élèves dans des écoles de différents niveaux. Jusqu’à présent, plus de 100 000 catholiques, plus de 250 catéchistes, prêtres et religieuses ont été déplacés, et plus de 200 paroisses, notamment dans la partie nord de l’Adamawa et dans le nord de Borno, ont été détruites.
Le secrétaire du diocèse affirme que l’attaque contre les prêtres, les catéchistes et les religieuses est effrayante. « Quand on l’envisage sous l’angle de la foi, on le voit comme un appel au martyre. Donc, cela ne nous vient pas comme quelque chose d’entièrement nouveau. Beaucoup d’entre nous ont souffert au cours de l’histoire de l’Eglise et ce n’est pas quelque chose qui est propre aux autres Nigérians. Nous vivons préparés et voyons chaque jour comme une grâce ».
Le père Bakeni, cependant, affirme que les catholiques ne sont pas découragés. « Personne ne peut arrêter l’Evangile du Christ », a-t-il dit. « Ce n’est pas un projet humain, mais un projet divin qui ne peut être arrêté. » « Nous sommes conscients que c’est un terrain difficile et exigeant », a déclaré le père Bakeni, « mais nous continuerons à propager l’Évangile. »
(*) Valentine Iwenwanne (@valentineiwen) est une journaliste et photographe basée au Nigeria qui couvre la santé mondiale, le développement et l’environnement. Ses travaux ont été présentés dans Vice News, Ozy, The National News, Equal Times, CNN Africa, Byline Times, Sojourners et bien d’autres.