François aux jeunes à Athènes: «Rêvez en grand!»

Un ballet tradtionnel pour accueillir le Pape François à l'école des soeurs ursulines, le 6 dècembre 2021.Un ballet tradtionnel pour accueillir le Pape François à l’école des soeurs ursulines, le 6 dècembre 2021.  (Vatican Media)

François aux jeunes à Athènes: «Rêvez en grand!» 

Pour la dernière étape de son voyage en Grèce, le Saint-Père s’est rendu dans l’école Saint-Denys des sœurs ursulines à Maroussi, un quartier de la capitale grecque. Répondant à des témoignages de trois personnes, il a invité la jeunesse à ne pas se laisser paralyser par ses peurs et à prendre sa vie en main. 

Après une chaleureuse cérémonie d’accueil, où les jeunes de l’école Saint-Denys ont notamment exécuté un ballet traditionnel, deux jeunes femmes grecques et un jeune lycéen originaire de Syrie ont livré au Pape François un témoignage de leur vie personnelle, auquel le Saint-Père a ensuite répondu dans son discours.

D’abord à Katerina, qui a confié ses moments de doutes, «ma foi est mise à l’épreuve lorsque je vois des personnes souffrir». François s’est directement adressé à la jeune femme: «N’ayez pas peur des doutes, car ils ne sont pas des manques de foi. Au contraire, les doutes sont des « vitamines de la foi »: ils contribuent à l’affermir, à la rendre plus forte, c’est-à-dire plus consciente, plus libre, plus mature». Car la foi est précisément cela a-t-il ajouté, «un cheminement quotidien avec Jésus qui nous tient par la main, nous accompagne, nous encourage et, quand nous tombons, nous relève.»

Durant un moment de doute, a continué François, il faut se mettre «à l’écoute de votre grande culture classique», «Tout a commencé par une étincelle, une découverte, formulée par un mot magnifique: « thaumàzein ». C’est l’émerveillement, l’étonnement. C’est ainsi que la philosophie est née, de l’émerveillement devant les choses qui sont: notre existence, l’harmonie de la création, le mystère de la vie.» L’étonnement est le début de la philosophie mais aussi de la foi, a éclairé le Souverain pontife devant sa jeune assemblée. «Le cœur de la foi n’est pas une idée ni une morale, mais une réalité, une très belle réalité qui ne dépend pas de nous et qui nous laisse sans voix: nous sommes les enfants bien-aimés de Dieu! Enfants bien-aimés: nous avons un Père qui veille sur nous sans jamais cesser de nous aimer.»

Changer de perspective

«Si nous nous tenons devant un miroir, peut-être que nous ne nous verrons pas comme nous le voudrions, car nous risquons de nous fixer sur ce que nous n’aimons pas. Mais si nous nous plaçons devant Dieu, la perspective change. Nous ne pouvons que nous émerveiller d’être pour lui, malgré toutes nos faiblesses et tous nos péchés, des enfants aimés depuis toujours et pour toujours», a continué l’éveque de Rome.

Au lieu de se placer devant un miroir, «pourquoi n’ouvres-tu pas la fenêtre de la chambre pour t’arrêter devant la beauté que tu voies? Et dis alors: “C’est pour moi, c’est un cadeau pour moi, mon Père! Comme tu m’aimes!”  Chers jeunes, pensez-y : si, à nos yeux, la création est belle, aux yeux de Dieu, chacun de vous est infiniment plus beau! Il a fait de nous, dit l’Écriture, « des choses merveilleuses »(cf. Ps 139, 14). Laisse-toi envahir par cet émerveillement. Laisse-toi aimer par celui qui croit toujours en toi, par celui qui t’aime plus que tu ne peux t’aimer toi-même.»

Le Pape François à l'école  des soeurs ursulines à Maroussi à Athènes, le 6 décembre 2021..

Le Pape François à l’école des soeurs ursulines à Maroussi à Athènes, le 6 décembre 2021..

Enfin, réagissant toujours au témoignage de Katarina, François est revenu sur un évènement à ne pas manquer: «l’émerveillement du pardon». «La joie de l’Évangile, l’émerveillement de Jésus, font passer au second plan les renoncements et les fatigues. Alors, d’accord? Repartons de l’émerveillement! Où? Dans la création, dans l’amitié, dans le pardon de Dieu, dans le visage des autres.»

Les visages des autres

Puis François a adressé une réponse au témoignage de Ioanna. «J’ai aimé le fait que, pour nous parler de ta vie, tu aies parlé des autres». La jeune femme a découvert la foi à travers sa mère et sa grand-mère. «Ainsi, Jésus t’est devenu familier. Comme il est heureux lorsque nous nous ouvrons à Lui! C’est ainsi que l’on connaît Dieu. Parce que pour le connaître, il ne suffit pas d’avoir des idées claires sur lui, il faut aller à lui avec sa vie.» Jésus se transmet par des visages et personnes concrètes, a détaillé François. «Dieu ne nous met pas entre les mains un catéchisme, mais il se rend présent à travers les histoires des personnes. Il passe à travers nous».

«Servir les autres est le moyen d’atteindre la joie», a continué le Saint-Père. «Se consacrer aux autres, ce n’est pas pour les perdants, c’est pour les gagnants; c’est le moyen de faire quelque chose de vraiment nouveau dans l’histoire». En effet, le service est la nouveauté de Jésus, a-t-il expliqué. «Ne te contente pas de quelques posts ou tweets. Ne te contente pas de rencontres virtuelles, recherche les rencontres réelles, surtout avec ceux qui ont besoin de toi: ne cherche pas la visibilité, mais ce qui est invisible. C’est original, révolutionnaire.»

Beaucoup de personnes sont «très réseaux sociaux mais pas très sociables», a regretté François, «repliés sur eux-mêmes, prisonniers du téléphone portable qu’ils ont à la main. Mais, sur l’écran, il manque l’autre personne, ses yeux, son souffle, ses mains».

En Grèce, a-t-il continué, «il existe un dicton éclairant: « o filos ine állos eaftós », “l’ami est un autre moi”», car l’autre est le chemin pour se trouver soi-même. «Il est difficile de sortir de sa zone de confort, il est plus facile de s’asseoir sur le canapé devant la télévision. Mais c’est un vieux truc, ce n’est pas pour les jeunes. Les jeunes doivent réagir: lorsque l’on se sent seul, s’ouvrir; lorsque la tentation de se refermer sur soi-même vient, chercher les autres, s’entraîner à cette “gymnastique de l’âme”», a invité le Saint-Père.  

Odyssée des temps modernes

Enfin, le Saint-Père a répondu à Aboud, lycéen venu de Syrie avec sa famille, arrivée en Grèce sur un canot pneumatique. «Une véritable odyssée des temps modernes. Et il m’est venu à l’esprit que, dans l’Odyssée d’Homère, le premier héros qui apparaît n’est pas Ulysse, mais un jeune homme: Télémaque, son fils, qui vit une grande aventure.», a-t-il expliqué. Télémaque n’a jamais connu son père, il est angoissé et découragé, ne sait même pas s’il est vivant, mais il trouve le courage de partir.

«Le sens de la vie ne consiste pas à s’asseoir sur la plage en attendant que le vent apporte quelque chose de nouveau. Le salut est au large, dans l’élan, dans la recherche, dans la poursuite des rêves, les vrais, ceux qui se font les yeux ouverts, qui impliquent fatigue, lutte, vents contraires, tempêtes inattendues. Mais ne vous laissez pas paralyser par vos peurs, rêvez en grand! Et rêvez ensemble!», a conseillé François avec enthousiasme. «Comme pour Télémaque, il y aura ceux qui essaieront de vous arrêter. Il y aura toujours ceux qui vous diront : “laisse tomber, ne prends pas de risque, c’est inutile”. Ce sont les assassins de rêves, les tueurs d’espérance, les nostalgiques incurables du passé.»

Aboud lui a eu le courage de l’espérance, a salué François. «Choisir est un défi. C’est affronter la peur de l’inconnu, c’est sortir du marécage de la standardisation, c’est décider de prendre sa vie en main. Pour faire de bons choix, vous pouvez vous rappeler une chose : les bonnes décisions concernent toujours les autres, et pas seulement soi-même.»

Sous les applaudissements Saint-Père a conclu sa prise de parole avec une expression grecque : «Brostà, óli masí», «En avant, tous ensemble».

Source: VATICANNEWS, le 6 décembre 2021

Athènes: Rencontre avec les évêques

Depuis Athènes, Grèce, Rencontre du Pape François avec les évêques, prêtres, religieux, religieuses, séminaristes et catéchistes dans la Cathédrale de St. Dionysius.

Devant la communauté catholique de Grèce, l’appel à la confiance du Pape François

Dernier rendez-vous public du Pape François à Athènes, sa rencontre avec les évêques, prêtres, religieux et religieuses catholiques dans la cathédrale catholique Saint-Denys-l’Aréopagite. Le Saint-Père est revenu sur l’important témoignage que la petite communauté catholique offre en Grèce. «Etre une Église petite fait de nous un signe éloquent de l’Évangile», a t-il notamment souligné. 

Olivier Bonnel-Cité du Vatican

«Je suis heureux de vous rencontrer sur cette terre qui est un don, un patrimoine de l’humanité sur lequel reposent les fondations de l’Occident » a lancé le Saint-Père, revenant ensuite sur la foi de cette petite communauté catholique. «Au cœur de ce riche patrimoine, ici, au début du christianisme, un « laboratoire » de l’inculturation de la foi a été inauguré, dirigé par la sagesse de nombreux Pères de l’Eglise, dont la sainteté de vie et les écrits restent un phare lumineux pour les croyants de tous les temps».

Une foi profondément liée aux racines grecques , grâce à l’Apôtre Paul, «celui qui a inauguré la rencontre entre le christianisme des origines et la culture grecque» a souligné le Saint-Père. C’est lui, a-t-il précisé, «qui a ouvert ce « laboratoire de la foi », qui a fait la synthèse de ces deux mondes. Et il l’a fait ici même, comme le racontent les Actes des Apôtres». François est ainsi revenu sur la période où Paul arrive à Athènes pour en tirer des enseignements pour aujourd’hui. Deux attitudes de l’Apôtre qui sont «utiles à notre actuelle élaboration de la foi», a-t-il expliqué.

La première est d’abord une attitude de confiance : «Pendant que Paul prêchait, certains philosophes commencent à se demander ce que ce « charlatan » (v. 18) veut enseigner». Emmené à l’Aréopage, Paul est sommé d’expliquer son enseignement. «Ces circonstances de sa mission en Grèce sont importantes, également pour nous. L’Apôtre se retrouve dans une impasse» a rappelé le Saint-Père. «Dans notre parcours, nous ressentons peut-être nous aussi souvent la fatigue et parfois la frustration d’être une petite communauté, ou une Eglise avec peu de ressources, avançant dans un contexte qui n’est pas toujours favorable» a poursuivi le Pape.

Aller de l’avant avec confiance

Malgré cette adversité, Paul ne s’est pas laissé aller à la tentation de se plaindre. «Telle est l’attitude du véritable apôtre : aller de l’avant avec confiance, en préférant l’appréhension des situations inattendues à l’habitude et à la répétition». Le Pape a ainsi invité ses hôtes à avoir confiance, «car être une Église petite fait de nous un signe éloquent de l’Évangile». «À nous, en tant qu’Église, il n’est pas demandé d’avoir un esprit de conquête ou de victoire, la gloire des grands nombres ou la splendeur mondaine» a-t-il poursuivi, mais plutôt «d’être le levain qui fermente, caché patiemment et silencieusement dans la pâte du monde, grâce à l’œuvre incessante de l’Esprit».

«Bénissez la petitesse et accueillez-la, a encore dit le Souverain Pontife, elle vous dispose à faire confiance à Dieu et à Dieu seul. Être minoritaires – et dans le monde entier l’Église est minoritaire – ne veut pas dire être insignifiants, mais parcourir la voie ouverte par le Seigneur, qui est celle de la petitesse : de la kénose, de l’abaissement, de la condescendance».

La deuxième attitude Paul à l’Aréopage d’Athènes est celle de l’accueil. «C’est la disposition intérieure nécessaire à l’évangélisation : ne pas vouloir occuper l’espace et la vie de l’autre, mais semer la Bonne Nouvelle dans le terreau de son existence, en apprenant d’abord à accueillir et à reconnaître les semences que Dieu a déjà mises dans son cœur, avant notre arrivée» a précisé François. «Évangéliser, ce n’est pas remplir un vase vide, c’est avant tout mettre en lumière ce que Dieu a déjà commencé à accomplir» a-t-il poursuivi. Voilà «l’extraordinaire pédagogie dont l’Apôtre fait preuve devant les Athéniens. Il ne leur dit pas “vous vous trompez complètement” ni “maintenant je vais vous enseigner la vérité”, mais il commence par accueillir leur esprit religieux».

Un cœur animé par le désir de communion

Le Pape a rappelé que le style de l’Apôtre était de proposer et non d’imposer, il a su accueillir la sensibilité religieuse de ses interlocuteurs. L’attitude de Paul «commence donc par l’accueil de l’autre : n’oublions pas que « la grâce suppose la culture, et le don de Dieu s’incarne dans la culture de la personne qui la reçoit »» a-t-il souligné, citant son encylique Evangelii Gaudium. «Aujourd’hui, il nous est demandé, à nous aussi, d’adopter une attitude d’accueil, un style d’hospitalité, un cœur animé par le désir de créer une communion entre les différences humaines, culturelles et religieuses» a ainsi expliqué François.

En cette terre grecque, saint Paul a montré sa confiance sereine en Dieu, et c’est ce qui l’a rendu accueillant envers les aréopagites qui se méfiaient de lui. «Grâce à ces deux attitudes, il a annoncé ce Dieu qui était inconnu à ses interlocuteurs»  a encore expliqué le Saint-Père. Parmi eux certains devinrent croyant comme Denys, à qui cette cathédrale catholique d’Athènes est dédiée.

«Je vous souhaite de tout cœur de poursuivre l’œuvre de cet historique laboratoire de la foi», a conclu le Pape «et de le faire avec ces deux ingrédients, la confiance et l’accueil, pour goûter l’Évangile comme une expérience de joie et de fraternité». Avant de prendre congé de ses hôtes, François a assuré à cette communauté catholique de Grèce qu’il la portait dans son cœur et sa prière.

Source: VATICANNEWS, le 4 décembre 2021

À Athènes, de jeunes chrétiens Syriens en quête d’un avenir de paix

Elias et Khegam, réfugiés syriens à Athènes.Elias et Khegam, réfugiés syriens à Athènes. 

À Athènes, de jeunes chrétiens Syriens en quête d’un avenir de paix

Le retour du Pape François à Lesbos marquera sans conteste l’acmé de son 35e voyage apostolique ; la question des migrants et réfugiés constitue de fait le fil rouge de ce déplacement en Méditerranée. Ils sont encore nombreux aujourd’hui dans les îles égéennes, mais également dans les grandes villes de la péninsule hellénique, dont la capitale, Athènes. Nous sommes allés à la rencontre de deux jeunes Syriens qui y sont accueillis dans un petit centre de l’Église arménienne catholique.

Manuella Affejee – envoyée spéciale à Athènes

Non loin du quartier pittoresque et touristique de Plaka qui se déploie au pied du majestueux Acropole, l’ordinariat arménien catholique de Grèce offre une atmosphère d’emblée familiale et chaleureuse à ses visiteurs. L’accueil, ici, n’est pas un vain mot mais fait véritablement partie de l’ADN de cette maison. Elle fut en effet fondée en 1921 pour être le refuge des Arméniens de Turquie ayant fui le génocide qui décima une grande partie d’entre eux.

Un point de chute pour les réfugiés syriens chrétiens

L’immigration arménienne s’étant tarie au fil des ans, l’ordinariat ralentit ses activités liées à l’accueil des réfugiés, pour se concentrer sur sa vie paroissiale. En 2015-2016, l’afflux de personnes migrantes venant essentiellement du Moyen-Orient, via la Turquie, permet à l’ordinariat de renouer avec sa vocation première. Son responsable, Mgr Joseph Bezezian, raconte avoir reçu un jour l’appel d’une ancienne paroissienne à Alep. Elle lui raconte que son fils a fui la Syrie et se retrouve en Grèce, seul et démuni. Le prêtre lui propose volontiers l’hospitalité ; un autre jeune se présente une semaine plus tard, puis un autre. C’est ainsi que le petit centre se verra héberger jusqu’à une quarantaine de personnes, toutes chrétiennes, malgré des moyens limités.

La plupart viennent de Syrie, à l’instar d’Elias et de Kegham, 22 ans chacun. Le premier est originaire de Hama, arrivé à Athènes depuis 2 ans après une odyssée de 22 semaines ; le second vient d’Idleb, après être passé par le Liban, la Turquie d’où il s’est embarqué à bord d’un canot pneumatique surchargé pour traverser la mer Égée. Il se trouve à Athènes depuis 2 semaines seulement.

L’impossibilité d’un avenir serein en Syrie

Leur histoire est celle de nombreux jeunes Syriens de leur âge. Depuis 11 ans, Elias et Kegham ne connaissent que le bruit des bombes, la destruction et les privations. Leurs familles sont restées au pays, eux se sont exilés pour fuir l’obligation du service militaire. Kegham pointe de son côté une pression de moins en moins tenable à Idleb : « Il y a du racisme envers les chrétiens, comme minorité, nous n’avons pas les mêmes droits… Cela devenait inutile que je reste en Syrie ». Le départ, pour lui et Elias, s’est imposé comme une douloureuse évidence. Leur sourire timide se teinte de tristesse lorsqu’ils évoquent leur pays et surtout leurs familles. « Nos parents, nos amis… Ce sont eux qui nous manquent le plus, même si on s’adapte à tout », avoue simplement Kegham.

Les deux jeunes Syriens, avec une dizaine d’autres, sont suivis par une équipe de 4 personnes, dont Mgr Bezezian ; l’ordinariat peut également compter sur un avocat qui pourvoit à une assistance légale ainsi que sur deux autres volontaires, en charge d’une aide médicale, le cas échéant. Pour faciliter leur intégration, des cours de grec et d’anglais leur sont proposés. Car certains pensent rester en Grèce, en dépit d’un contexte économique bien sombre. Elias, par exemple, suit actuellement une formation culinaire, en prévision de l’ouverture d’une boulangerie par l’ordinariat. Kegham aimerait plutôt aller en Allemagne, y travailler pour ensuite organiser la venue de sa famille en Europe et lui être ainsi réunie.

« Je ne me sens plus seul »

Les deux Syriens participeront à la rencontre du Pape avec les jeunes, lundi 6 décembre au matin ; plutôt réservés, ils ne sauraient trop expliquer ce qu’ils en attendent. Une chose est sûre : la venue de l’évêque de Rome -qu’ils n’ont jamais vu qu’en photo- ses paroles fortes sur les migrants et réfugiés les touchent au premier chef. « Notre réalité est mise en lumière », lâche Elias ; « je ne me sens plus seul, quelqu’un fait attention à moi, parle de moi », avoue pour sa part le jeune Kegham.

Cette attention manifestée par le Pape et l’Église universelle durant ces jours, est déjà vécue au quotidien par Elias et Kegham. La toute petite église arménienne catholique d’Athènes est devenue leur fragile point d’ancrage, et leur permet de se sentir, après tant d’épreuves, comme à la maison, comme en famille.

Source: VATICANNEWS, le 4 décembre 2021

Athènes, Rencontre avec S.B. Ieronymos II et les suites

Athènes, Rencontre avec S.B. Ieronymos II et les suites

D’Athènes, Grèce, Rencontre de Sa Béatitude Ieronymos II avec le Pape François et leurs suites, dans l’archevêché orthodoxe.

François souligne les racines communes qui unissent catholiques et orthodoxes

La deuxième étape de la visite du Pape François en Grèce était dédiée à l’Église orthodoxe grecque. Accueilli par l’archevêque orthodoxe d’Athènes, Hieronymos II, l’évêque de Rome a développé une réflexion tournée vers le pardon et la réconciliation.

Vatican News

Le Pape a tout d’abord expliqué comment lui était venu ce projet de pèlerinage en Grèce. «En priant devant les trophées de l’Église de Rome, que sont les tombeaux des Apôtres et des martyrs, je me suis senti poussé à venir ici en pèlerin, avec beaucoup de respect et d’humilité, pour renouveler cette communion apostolique et nourrir la charité fraternelle», a expliqué l’évêque de Rome, saluant, à travers l’archevêque Hieronymos II, «le clergé, les communautés monastiques et tous les fidèles orthodoxes de Grèce».

 «Nous nous sommes rencontrés, il y a cinq ans, à Lesbos, dans l’urgence de l’un des plus grands drames de notre temps, celui de tant de frères et de sœurs migrants, qui ne peuvent être abandonnés dans l’indifférence et considérés uniquement comme un fardeau à gérer ou, pire encore, à déléguer à d’autres, a rappelé le Pape, évoquant sa visite du 16 avril 2016 sur l’île grecque. Nous nous retrouvons aujourd’hui pour partager la joie de la fraternité et pour regarder la Méditerranée qui nous entoure, non seulement comme un lieu qui inquiète et divise, mais aussi comme une mer qui unit.»

Reprenant, comme dans son discours au Palais présidentiel, l’image des «oliviers centenaires qui relient toutes ces terres», François a évoqué «les racines que nous partageons. Elles sont souterraines, cachées, souvent négligées, mais elles sont bien là et c’est sur elles que tout repose. Quelles sont nos racines communes qui ont traversé les siècles ? Ce sont les racines apostoliques», a expliqué le Pape, qui a tenu à honorer la place particulière de la Grèce dans la structuration du christianisme antique. «Ces racines, qui ont poussé à partir de la semence de l’Évangile, ont commencé à porter de grands fruits précisément dans la culture hellénique : je pense aux si nombreux Pères et aux premiers grands Conciles œcuméniques», a-t-il souligné.

La guérison après les divisions

Mais le Pape François n’a pas éludé les blessures de l’histoire. «Plus tard, malheureusement, nous avons grandi loin les uns des autres. Les poisons du monde nous ont contaminés, et l’ivraie de la suspicion a accru notre distance, et nous avons cessé de cultiver la communion», a regretté le Pape.

«À notre honte – je le reconnais au nom de l’Église catholique – des actions et des choix qui ont peu ou pas de rapport avec Jésus et l’Évangile, mais plutôt avec une soif de profit et de pouvoir, ont flétri la communion. Nous avons ainsi laissé les divisions compromettre la fécondité. L’histoire a du poids, et je ressens aujourd’hui le besoin de renouveler ma demande de pardon à Dieu et à mes frères pour les erreurs commises par beaucoup de catholiques», a redit François, dans la continuité des mots employés par Jean-Paul II lors de sa visite à Athènes en 2001.

«C’est cependant un grand réconfort d’être certains de savoir que nos racines sont apostoliques et que, malgré les déformations du temps, la plante de Dieu pousse et porte du fruit dans le même Esprit. Et c’est une grâce que les uns reconnaissent les fruits des autres et d’en remercier ensemble le Seigneur», a assuré François.

 «L’Esprit qui se répand dans nos esprits nous pousse à une fraternité plus intense, à nous structurer dans la communion. N’ayons donc pas peur les uns des autres, mais aidons-nous à adorer Dieu et à servir le prochain, sans faire de prosélytisme et en respectant pleinement la liberté de l’autre», a espéré le Pape.

«Comment pouvons-nous témoigner au monde de la concorde évangélique si nous, chrétiens, sommes encore séparés? Comment pouvons-nous proclamer l’amour du Christ, qui rassemble les gens, si nous ne sommes pas unis entre nous?», a demandé le Pape, qui a salué les initiatives académiques ayant permis d’établir des relations fructueuses entre universitaires catholiques et orthodoxes.

L’engagement commun dans la charité

L’Esprit Saint est aussi une «huile de consolation», qui «nous exhorte encore à prendre soin des plus faibles et des plus pauvres, et à porter leur cause, primordiale aux yeux de Dieu, à l’attention du monde. Ici, comme ailleurs, le soutien offert aux plus démunis a été indispensable pendant les périodes les plus difficiles de la crise économique. Développons ensemble des formes de coopération dans la charité, ouvrons-nous et collaborons sur les questions éthiques et sociales pour servir les hommes de notre temps, et leur apporter la consolation de l’Évangile. En effet, l’Esprit nous appelle, aujourd’hui plus encore qu’hier, à panser les plaies de l’humanité avec l’huile de la charité», a rappelé le Pape dans ce pays très éprouvé par la crise économique de 2008, qui a fait plonger une grande partie de la population dans la pauvreté.

François a espéré que catholiques et orthodoxes grecs pourront se tourner ensemble vers Jésus. «Les Apôtres, craintifs et hésitants, se réconcilièrent avec la déchirante désillusion de la Passion lorsqu’ils virent le Seigneur ressuscité devant eux. C’est dans ses blessures, qui semblaient impossibles à guérir, qu’ils ont puisé une nouvelle espérance, une miséricorde sans précédent ; un amour plus grand que leurs erreurs et leurs misères, qui les transformerait en un seul Corps, uni par l’Esprit dans la multiplicité de nombreux membres différents.»

Le Pape François a demandé à l’Esprit Saint d’aider catholiques et orthodoxes grecs «à ne pas être paralysés par la négativité et les préjugés du passé, mais à regarder la réalité avec un regard neuf. Alors, les tribulations du passé feront place aux consolations du présent, et nous serons confortés par les trésors de grâce que nous redécouvrirons chez nos frères», a-t-il espéré.

Apprendre du modèle orthodoxe de la synodalité

«Nous, catholiques, nous venons de nous engager dans un chemin visant à approfondir la synodalité et nous avons le sentiment d’avoir beaucoup à apprendre de vous, a également rappelé le Pape François. Nous le souhaitons sincèrement, certains que lorsque des frères dans la foi se rapprochent, la consolation de l’Esprit descend dans les cœurs.»

«Béatitude, cher Frère, que les nombreux et illustres saints de ces terres nous accompagnent sur ce chemin, ainsi que les martyrs, malheureusement plus nombreux aujourd’hui que par le passé. De confessions différentes sur cette terre, ils habitent ensemble dans le même Ciel. Qu’ils intercèdent pour que l’Esprit, l’huile sainte de Dieu, dans une Pentecôte renouvelée, soit répandu sur nous comme sur les Apôtres dont nous descendons: qu’il allume dans nos cœurs le désir de la communion, qu’il nous éclaire de sa sagesse et nous donne l’onction de sa consolation», a conclu l’évêque de Rome.

Source: VATICANNEWS, le 4 décembre 2021

Le Pape François est arrivé en Grèce

L'arrivée du Pape François en Grèce, le 4 décembre 2021.
L’arrivée du pape en Grèce, le 4 décembre 2021

Le Pape François est arrivé en Grèce

Deuxième étape de ce 35ème voyage apostolique, le Saint-Père a quitté dans la matinée du 4 septembre le territoire chypriote, il est arrivé vers 11h10 heure locale à l’aéroport d’Athènes, la capitale grecque. 

La Grèce devient le premier pays européen (en dehors de l’Italie) à avoir accueilli deux fois le Pape François, après sa visite du 16 avril 2016 à Lesbos. François marchera aussi sur les pas de saint Jean-Paul II, venu il y a 20 ans, en 2001.

Après la cérémonie de congé à 9h10 à l’aéroport international de Larnaka à Chypre, l’avion du Pape s’est envolé à 9h30 pour une arrivée à Athènes vers 11h10, heure locale. Comme le veut la tradition, le Saint-Père a envoyé un télégramme de congé au président de la République chypriote, Nicos Anastasiades : «Au moment de conclure ma visite apostolique à Chypre, je renouvelle ma profonde gratitude à votre excellence et au peuple chypriote pour leur accueil chaleureux et leur hospitalité. Avec l’assurance de mes prières pour la paix et la prospérité de la nation, j’invoque sur vous toutes les bénédictions de Dieu tout-puissant».

Programme en Grèce

Après l’accueil officiel à l’aéroport international, François se rendra au Palais présidentiel à 12h pour y rencontrer la présidente puis le Premier ministre, avant son discours aux autorités, à la société civile et au corps diplomatique, à 12h45.

À 16h, il effectuera une visite à Sa Béatitude Ieronymos II, archevêque d’Athènes et de toute la Grèce, qui l’avait accompagné à Lesbos en 2016. L’évêque de Rome et l’archevêque orthodoxe d’Athènes tiendront ensuite à 16h30 une rencontre publique accompagnés de leurs délégations respectives, en la Salle du Trône de l’archevéché orthodoxe, avec un discours du Pape. La fin de journée sera consacrée à la minorité catholique, avec à 17h15 la rencontre avec les évêques, prêtres, religieux et religieuses, séminaristes et catéchistes en la cathédrale saint Denys, toujours à Athènes. À 18h45, le Pape recevra les jésuites de Grèce à la nonciature apostolique.

Le dimanche 5 décembre, le Pape s’envolera pour Lesbos à 9h15, pour un atterrissage prévu à 10h10 à l’aéroport de Mytilène. Il visitera à 10h45 les réfugiés au Centre d’identification et de réception de Mytilène, où il prononcera un discours, ainsi que la prière de l’Angélus. Il reprendra l’avion pour Athènes à 12h15. Á 16h45, il présidera la messe dominicale au Megaron Concert Hall d’Athènes, avant de recevoir Ieronymos II à la nonciature apostolique à 19h pour une visite de courtoisie.

Le lundi 6 décembre, dernier jour de ce voyage apostolique, le Pape recevra le président du Parlement à 8h15 à la nonciature, avant de rencontrer les jeunes à 9h45 l’école Saint-Denys des sœurs ursulines à Maroussi, un quartier de la capitale grecque. Il y prononcera son dernier discours. La cérémonie de congé à l’aéroport d’Athènes est prévue à 11h15 et le décollage de son avion à 11h30, pour un atterrissage prévu à Rome-Ciampino à 12h35.

Source: VATICANNEWS, le 4 décembre 2021

L’Église orthodoxe de Grèce, une réalité complexe

Un moine du Mont Athos Un moine du Mont Athos  

L’Église orthodoxe de Grèce, une réalité complexe

Cette Église autocéphale, fondée au XIXe siècle, se revendique l’héritière du patrimoine de l’Église byzantine, dont les traditions continuent d’imprégner ses institutions et la vie quotidienne de ses fidèles.

C’est en 1833, après la guerre d’indépendance, que l’Église de Grèce déclare unilatéralement son autocéphalie ; celle-ci ne sera toutefois reconnue par le patriarcat de Constantinople qu’en 1850. Son territoire couvre l’équivalent de ce qu’était la Grèce avant les guerres balkaniques de 1912 – 1913 ; la Crète, le Dodécanèse et le Mont Athos relèvent quant à eux de la juridiction du patriarcat de Constantinople, tout en bénéficiant d’une certaine autonomie.

Le chef de cette Église, qui reçoit le titre d’archevêque d’Athènes et de toute la Grèce, est élu par le Saint-Synode, instance très importante réunissant quelques 80 évêques métropolites.

Autre donnée fondamentale pour comprendre la complexité de cette réalité : la primauté de cette Église est inscrite dans la Constitution du pays. Identité nationale et confessionnelle sont donc étroitement imbriquées.

Christos Arabatzis est professeur de patrologie à l’Université de Thessalonique (Grèce). Il revient sur le contexte de la fondation de l’Église de Grèce et sur ses particularités :

Entretien Avec Christos Arabatzis

Source: VATICANNEWS, le 2 décembre 2021