Le carême, pour « grandir sur le chemin de la fraternité », par Mgr Colomb

Carême 2021, le coffret de retraite des OPM © OPM

Carême 2021, Le Coffret De Retraite Des OPM © OPM

Le carême, pour « grandir sur le chemin de la fraternité », par Mgr Colomb

« La fraternité comme ligne de Frontière »

« Puisse ce Carême 2021, si particulier, être l’occasion pour nous tous de grandir sur le chemin de la fraternité ! »: c’est le voeu exprimé par le directeur des Oeuvres pontificales missionnaires en France, Mgr Georges Colomb dans cette méditation introduisant à la retraite de carême proposée par le OPM, avec la paroisse Saint-Ruf d‘Avignon, du 23 au 27 mars 2021.

AB

Message de Monseigneur Colomb, directeur national des OPM

La Fraternité comme ligne de frontière !

Il y a peu de temps, le pape François désignait une nouvelle frontière pour l’humanité1 , une espérance propre à mobiliser nos énergies, celle de la fraternité. C’est de cette fraternité dont le saint père nous a également longuement entretenus dans sa dernière encyclique Fratelli Tutti. Si le pape insiste tant sur ce sujet, c’est que l’exigence de la fraternité nous presse. Ce n’est que dans la mesure où nous serons capables de la faire grandir sur cette terre que nous garantirons la paix et que nous préparerons sereinement l’avenir pour les générations futures. Il y va de l’avenir de l’humanité. Notre monde est meurtri, divisé par les guerres, les conflits politiques, les disparités économiques entre continents et maintenant la pandémie qui semble résister à toute notre science et qui apparaît comme un accélérateur et un révélateur de nos fragilités, particulièrement pour les plus pauvres d’entre nous.

Saurons-nous faire preuve de fraternité ou l’égoïsme des pays développés aurait-il le dernier mot dans la course aux vaccins et aux traitements contre la Covid ? Laisserons-nous mourir dans l’indifférence nos frères des pays lointains pour nous garder le privilège exclusif de l’accès aux soins ? Lorsque la pandémie s’effacera, car n’en doutons pas elle finira par s’effacer, aiderons-nous les pays les plus meurtris à sortir de la crise économique, de la pauvreté, des conflits militaires et politiques qui, inexorablement, viendront ou assisterons-nous passivement à l’explosion de la misère et à l’accélération des flux migratoires qui lui est inévitablement liée ? Oui, nous sommes en train d’écrire une page de l’histoire de l’humanité. La page est vierge pour le moment, il nous appartient d’écrire une bonne nouvelle pour les générations à venir ! « Lorsque nous sortirons de cette pandémie, disait le pape François à la Pentecôte 2020, nous ne pourrons pas continuer à faire ce que nous faisions, et comme nous le faisions.

Non, tout sera différent…Des grandes épreuves de l’humanité, parmi lesquelles cette pandémie, nous ressortirons meilleurs ou pires. Ce n’est pas la même chose. Je vous le demande : comment voulez-vous en sortir ? Meilleurs ou pires ? »2 Laissons résonner au plus profond de notre cœur cette question du pape François. 1 Intervention du pape François pour la célébration du deuxième anniversaire de la signature du Document sur la Fraternité humaine 2 Message vidéo du pape François à l’occasion de la fête de la Pentecôte 2020 Alors que nous sommes séparés les uns des autres, à distance en apparence, nous pouvons faire de cette retraite de Carême un temps propice à vivre la fraternité et la communion. Un temps pour rêver comme nous y invite le pape François dans son encyclique, non pas en nous perdant dans des songes stériles, mais en imaginant la fraternité du XXIe siècle.

Qu’est-ce que la fraternité pour un disciple de Jésus-Christ aujourd’hui ? Comme nous le rappelle le pape François3 , nous appartenons à une seule et unique humanité, tous également dignes et égaux devant le Père qui nous a engendrés à la vie, devant le Fils qui nous ouvre les portes de l’éternité et dans l’Esprit Saint qui veut faire sa demeure dans notre cœur pourvu que nous acceptions de nous mettre humblement en chemin et de nous convertir chaque jour un peu plus. Mais qu’est-ce que la fraternité, me direz-vous ? Un slogan publicitaire, une idée d’hommes politiques en mal de réélection, une mode ? Nous pourrons cheminer vers une meilleure compréhension de ce qu’est la fraternité si nous accueillons, le cœur et les mains grands ouverts, la miséricorde de Dieu qui se révèle dans le don qu’Il nous fait de son Fils et dans le don que celui-ci nous fait de sa propre vie, don sans cesse actualisé dans les sacrements.

Comme la paix, la fraternité est d’abord un don de Dieu avant d’être une tâche à accomplir pour les hommes. Ce n’est pas en nous contentant de la graver sur le fronton de nos édifices publics que nous l’incarnerons dans nos vies. La fraternité, nous la voyons à l’œuvre dans la longue patience et l’investissement sans répit de nos soignants depuis bientôt un an. Nous la voyons à l’œuvre dans l’engagement de celles et de ceux qui chaque jour, inlassablement, s’engagent dans le monde, pour l’amélioration des conditions de vie des plus pauvres. La fraternité c’est encore le choix de celui qui préfère le dialogue, même difficile et imparfait, à la guerre. « Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains hommes créés à l’image de Dieu…

L’Eglise réprouve donc, en tant que contraire à l’esprit du Christ, toute discrimination ou vexation opérée envers les hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur classe ou de leur religion » proclamait déjà le Concile Vatican II (Nostra Aetate n° 5). La fraternité est possible lorsqu’on a un père divin ! Oui, l’amour de Dieu est pour les hommes, pour tous les hommes et comme Dieu n’a pas de mains, c’est par nos mains qu’Il veut construire chaque jour un monde plus juste, plus authentique, un monde de paix, de partage et de fraternité. Saint Jean nous le dit, nous ne saurons que nous aimons Dieu que nous ne voyons pas lorsque nous serons capables d’aimer le frère que nous voyons. Pour Jean, l’amour de Dieu et l’amour du frère sont inséparables.

« Si quelqu’un dit :  »J’aime Dieu’, alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas », lit-on dans la première lettre de Jean (1 Jn 3,23). 3 Encyclique Fratelli Tutti n° 18 Un des premiers fruits de la Pentecôte est le don de l’esprit de fraternité. Après l’effusion de l’Esprit Saint, nous voyons les portes s’ouvrir, les murs céder et les premières communautés de disciples voient le jour. Ainsi peut-on lire dans les Actes : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avaient qu’un cœur et qu’une âme et nul ne considérait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en commun » (Ac 4, 32-33).

C’est dans ce geste de partage que les premières communautés ont trouvé leur chemin pour vivre la fraternité. Quels nouveaux chemins allons-nous découvrir à l’heure de la mondialisation, des médias de masse, à l’heure où, à chaque seconde, par les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continu, les malheurs et des joies qui font l’ordinaire de la vie de nos contemporains nous sont communiqués ?

Rien de ce qui est humain ne peut être étranger au cœur du disciple de Jésus-Christ. Un cri de désespoir à l’autre bout du monde doit retentir à nos oreilles avec la même force, la même urgence que celui de notre voisin, de notre enfant, car c’est le cri d’un frère qui a besoin de nous, qui crie à l’injustice, à la misère, à la violence et au mal sous toutes ses formes. L’apôtre Paul, après nous avoir magnifiquement rappelé l’histoire de notre Salut dans la lettre aux Colossiens, nous invite à vivre en frères, à cause de ce salut qui nous est donné gratuitement : « Ainsi donc, en tant qu’êtres choisis par Dieu, saints et bien-aimés, revêtez-vous de sentiments de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience » (Co 3,12).

Certaines traductions de la bible n’hésitaient pas à parler « d’entrailles de miséricorde ». La Bible n’a jamais eu peur d’employer des images fortes pour tenter de nous faire pénétrer dans l’inouï de l’amour de Dieu pour l’humanité. La fraternité vraie, le désir authentique de vivre en frères, parce qu’il est désir et non pas raisonnement, parce qu’il est don de Dieu, nous saisit au plus profond de notre être, dans nos entrailles précisément, pour devenir l’urgence qui nous porte vers celui que nous pouvons voir enfin comme un frère.

C’est notre dignité d’enfants de Dieu, notre condition humaine, cette condition dont la pandémie nous fait redécouvrir toute la fragilité, la vulnérabilité et la pauvreté, qui est le fondement de la fraternité pour le disciple du Christ. Mais il n’y a pas que cela. Après avoir reconnu toute l’étendue de la précarité de notre condition humaine, la foi nous enseigne bien plus et nous conduit bien plus haut. Il serait misérable de ne contempler que notre infinie insignifiance et Dieu ne veut rien de tel pour les hommes. Au cœur de notre petitesse, se logent, l’espace, le vide, que Dieu vient remplir de son amour et de sa miséricorde.

Oui, Dieu s’est penché sur notre infinie pauvreté pour la revêtir des splendeurs de sa gloire et ce don n’est pas réservé à une élite, à quelques privilégiés triés sur le volet. Ce don est pour tous les hommes et, plus encore, il est d’abord donné aux plus petits parmi les hommes, à celui qui est configuré à l’image de l’enfant dans la crèche, à l’image de l’homme sur le chemin du calvaire, de l’homme sur la croix. Oui, Dieu se donne d’abord aux plus pauvres d’entre nous et vivre en frères c’est aussi cela, c’est contempler le mystère de Dieu dans les yeux de celui que nous pensons aider.

Vivre la fraternité, ou du moins, à échelle d’homme, tenter de la vivre du mieux possible, sans avoir peur de se tromper ou de rater quelques marches dans ce chemin de l’ascension vers Dieu, c’est donc tout cela ensemble, se découvrir frères car Fils de l’unique Père, sauvés par l’unique Fils, unis dans l’Esprit Saint pour ne plus former qu’un seul corps. La route sera longue et le chemin ardu car il n’est pas naturel aux hommes de vivre en frères. La fraternité est un fruit de la grâce et notre mission de baptisés est d’accueillir cette grâce, de la cultiver, de la soigner, de la nourrir, et de demander sans cesse à Dieu de nous aider à grandir sur cette route.

Avouez que cela en vaut la peine ! Dieu compte sur nous. C’est difficile, mais notre foi est exigeante car elle nous conduit sur le chemin de la vérité avec laquelle on ne transige pas ! Mettons-nous en route, confions au Seigneur toutes nos faiblesses, toutes nos difficultés. Comment voir un frère dans le S.D.F. défiguré par la solitude, le manque d’hygiène et la rue ? Comment voir un frère dans le migrant perdu dans un pays dont il ne comprend ni la langue ni les usages ? Comment voir un frère dans cette paroissienne, dans ce paroissien, assis à côté de moi à la messe, qui marmonne, chante faux et m’empêche de prier ? Et ce voisin qui met sa poubelle sous mes fenêtres ? Oui, c’est difficile mais cela n’est pas impossible, cela est même une urgence pour notre monde.

Afin de vous aider à cheminer en ces temps incertains où le confinement peut à tout moment nous tenir éloignés de nos paroisses, les OPM en partenariat avec la paroisse Saint-Ruf, vous invitent à entrer dans un temps de retraite du 23 au 27 mars.

Dans cette retraite, c’est Dieu qui vient vous rejoindre dans l’intimité de votre foyer. Durant cette retraite, vous pourrez prier l’office, recevoir des enseignements, prier, non pas seul mais en union intime avec vos frères et sœurs qui partageront le même temps de retraite et bien sûr avec toute l’Eglise unie dans ce temps du carême. Ce sera l’occasion de laisser se creuser en vous le désir de l’autre comme visage du Tout Autre et de redécouvrir combien l’humanité est interdépendante. C’est Dieu qui l’a voulu ainsi car notre Dieu est un Dieu trinitaire, un Dieu de relation et cette relation à un nom : l’amour.

Les inscriptions pour cette retraite sont en ligne sur le site http://www.moncareme.fr

Le coffret que vous avez reçu, les enseignements du Père Baudouin Ardillier, les lettres très personnelles de plusieurs missionnaires, la radio et internet seront des instruments au service de votre rencontre avec le Dieu Sauveur. Mais ce sont aussi des moyens pour tisser des liens spirituels entre nous et avec l’Eglise du monde entier.

Puisse ce Carême 2021, si particulier, être l’occasion pour nous tous de grandir sur le chemin de la fraternité !

Monseigneur Georges Colomb +

Evêque de La Rochelle et Saintes

Directeur national des Œuvres Pontificales Missionnaires

Source: ZENIT.ORG, le 26 février 2021

Pape François: le Carême, un temps pour être frères

Eglise de Notre-Dame du silence (Brésil)Eglise de Notre-Dame du silence (Brésil) 

Pape François: le Carême, un temps pour être frères

Le Pape envoie un message pour la traditionnelle campagne de la fraternité qu’organise chaque année la conférence épiscopale brésilienne pour le Carême et qui associe depuis quelque temps la solidarité à l’œcuménisme. «Nous devons surmonter la pandémie et nous le ferons dans la mesure où nous serons capables de surmonter les divisions et de nous unir autour de la vie», écrit le Saint-Père.

Alessandro De Carolis – Cité du Vatican

Le Carême est une période où le chrétien a beaucoup à faire. La charité est le premier moteur, mais si cette caractéristique se lie à la dimension œcuménique, le solidarité entre alors en jeu avec le dialogue, qui, nous dit le Pape, nous permet «d’ouvrir notre cœur à nos compagnons de voyage sans crainte ni suspicion, et de regarder d’abord ce que nous cherchons: la paix devant le Dieu unique».

Encourager la solidarité en cas de pandémie

Les pensées de François sont contenues dans le message envoyé chaque année au début du Carême aux fidèles brésiliens, qui s’engagent dans la campagne de la fraternité depuis plusieurs années. Et parmi les terrains d’action indiqués par François en ce temps liturgique se trouve la pandémie, qui a durement touché le pays. Le Christ, écrit-il, «nous invite à prier pour ceux qui sont morts, à bénir le service désintéressé de tant de professionnels de la santé et à encourager la solidarité entre les personnes de bonne volonté. Il nous appelle à prendre soin de nous-mêmes, de notre santé, et à prendre soin les uns des autres, comme nous l’enseigne la parabole du bon samaritain».

Des compagnons sur le chemin du dialogue

Le thème de la campagne 2021 – “Fraternité et dialogue : engagement à l’amour” – focalise l’attention sur la recherche de la communion avec les Églises chrétiennes du Brésil, un dialogue lancé depuis cinq ans et que François définit comme «une raison d’espérer». Les chrétiens, souligne-t-il, «sont les premiers à devoir donner l’exemple, à commencer par la pratique du dialogue œcuménique qui enseigne à ouvrir notre cœur à nos compagnons de voyage sans crainte ni suspicion, et à regarder d’abord ce que nous cherchons: la paix devant le Dieu unique».

Les trois instruments

Cette relation de respect et de partage donne naissance à cette «précieuse contribution à la construction de la fraternité et à la défense de la justice dans la société» telle qu’énoncée dans Fratelli Tutti. Et dans cet horizon, rappelle le Pape dans son encyclique, se trouve l’effort commun pour «vaincre la pandémie». «Nous le ferons, assure-t-il, dans la mesure où nous serons capables de surmonter les divisions et de nous unir autour de la vie». Et pour éviter de retomber, une fois la crise sanitaire passée, dans la tentation du «consumérisme fébrile et des nouvelles formes d’autoprotection égoïste», François encourage les fidèles à utiliser les outils du Carême: prière, jeûne et aumône.

Source: VATICANNEWS, le 17 février 2021

Carême : «L’amour social», par le card. Turkson

Le card. Turkson @ END Fatima 2018

Le Card. Turkson @ END Fatima 2018

Carême : «L’amour social», par le card. Turkson

Présentation du message du pape pour le carême 2021

« Essayons de cultiver en nous l’amour, afin de pouvoir manifester ‘l’amour social’, invite le cardinal Peter Turkson : voilà notre projet! » Évoquant l’encyclique du pape Fratelli tutti, le cardinal ghanéen affirme: « Notre ‘amour social’ et une ‘civilisation de l’amour’ qui en découle doivent être enracinés et être un fruit de notre amour spirituel (amour de Dieu).  (…) L’intérieur doit être ce qui soutient l’extérieur ».

Le préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral a présenté le message du pape François pour le Carême 2021 lors de la conférence de presse qui a eu lieu le 12 février 2021, à la Salle de presse du Saint-Siège.

Sous le titre « Voici que nous montons à Jérusalem », le message du pape François pour le carême « rassemble et arrange les leçons de la passion, crucifixion et résurrection de Jésus en une triade de vertus théologales: foi, espérance et charité, et une triade d’exercices du carême: l’appauvrissement de soi (comme dans le jeûne et l’abstinence), la prière et la charité / l’aumône », explique le cardinal.

Ces deux triades, poursuit-il, « sont tissées ensemble pour former le message du pape cette année; et … ce sont des vertus et exercices que Jésus lui-même a vécus et a transmis à ses disciples »: « pour les rendre plus semblables au Christ! » Avec son message, « le pape François nous recommande les mêmes vertus et exercices que Jésus a enseignés à ses disciples ».

Le cardinal Turkson rappelle que le message de cette année « commence par une invitation à laisser la Parole de l’Écriture nous enseigner la vérité de Jésus: Fils de Dieu, qui pour nous s’est vidé pour devenir esclave, afin de révéler l’amour du Père pour nous ». Dans la vie, poursuit le cardinal, « nous nous vidons, lorsque nous abandonnons ce que nous chérissons ». « Ce n’est que par renoncement à soi-même, ajoute-t-il, que nous nous disciplinons pour pouvoir … reconnaître l’autre, prendre en compte ses besoins ».

Le préfet souligne que le carême est une « période de vie de la vertu théologale d’espérance » qui « nous dispose à rechercher le visage du Dieu de notre avenir dans la prière ». « Espérer, c’est parler de l’avenir; et parler de l’avenir, c’est parler de Dieu », note-t-il. Par la prière et la communion avec Dieu, « nous tirons une inspiration et une lumière intérieure pour devenir des rêveurs et des visionnaires d’un avenir meilleur, estime le cardinal: du temps renouvelé par la grâce de Dieu et la conversion de nous tous ».

Enfin, « quand l’espérance (en Dieu et sa grâce) stimule l’intellect et donne à la volonté tout son dynamisme, elles se manifestent en sortant de soi pour partager et favoriser le bien-être de tous: dans la charité ». Car c’est lorsque « l’activité humaine est inspirée et soutenue par l’amour / la charité qu’elle anticipe le royaume de Dieu sur terre », souligne le préfet. Et « nous pouvons résumer ici la vision de tous les exercices du carême »: cultiver l’amour à l’intérieur de soi-même « afin de pouvoir manifester ‘l’amour social’ ».

Source: ZENIT.ORG, le 15 février 2021

Mgr de Romanet: le TIAN est un cri lancé à la conscience de l’humanité

Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises, à Lourdes en 2018.Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises, à Lourdes en 2018. 

Mgr de Romanet: le TIAN est un cri lancé à la conscience de l’humanité

Le traité sur l’interdiction des armes nucléaires est entré en vigueur vendredi 22 janvier 2021. Il prohibe l’utilisation, le développement, la production, les essais, et le stockage de telles armes. Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises, livre son regard sur ce texte.

Entretien réalisé par Hélène Destombes – Cité du Vatican

Le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) avait été approuvé par 122 nations sur 192 lors de l’Assemblée générale des Nations-Unies le 7 juillet 2017, et ouvert à la signature à partir du 20 septembre 2017. Il a été ratifié en octobre dernier par un cinquantième pays, le Honduras, permettant son entrée en vigueur dans un délai de 90 jours. Ce traité, que le Saint-Siège avait instamment signé, est le «premier instrument international juridiquement contraignant à interdire explicitement ces dispositifs», a rappelé le Pape François mercredi 20 janvier, au terme de l’audience générale.

Le TIAN entre en vigueur plus de 50 ans après la signature du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), le 1er juillet 1968. S’inscrivant dans une trajectoire historique, il est «un cri lancé à la conscience de l’humanité, pour que tous se ressaisissent alors que nous assistons actuellement à une prolifération nucléaire», observe Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaisesIl s’agit de retrouver «une dynamique de négociations multilatérales»; et «le Pape souligne, de manière prophétique, combien l’essentiel est la conversion des cœurs», observe Mgr de Romanet. 

Entretien avec Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises 

L’entrée en vigueur du traité sur l’interdiction des armes nucléaires, constitue-t-elle une étape importante, quelle en est la portée?

Cette date du 22 janvier est importante, et il faut la replacer dans la trajectoire historique de cette réalité de l’arme nucléaire et de Nagasaki et Hiroshima en 1945. D’emblée, l’ensemble de ceux qui ont eu à connaître cette arme terrifiante ont essayé de la contrôler, cela a été le sens du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires signé en 1968. Depuis cette date, nous travaillons donc sur ce sujet et un certain nombre d’États signataires se sont émus du fait que les négociations, dans le cadre du TNT, n’avançaient pas très vite et l’on s’est mis à douter de la ferme détermination d’un certain nombre d’États possesseurs de la bombe atomique d’entrer dans une véritable logique de désarmement.

C’est la raison du traité sur l’interdiction des armes nucléaires, soutenu par le Saint-Siège, qui vient signifier que nous ne sommes absolument pas engagés sur une trajectoire heureuse, bien au contraire. Nous assistons même à une prolifération nucléaire car un certain nombre d’États, en contradiction avec le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, ont acquis l’arme nucléaire. Il s’agit de faire retentir un cri pour que tous se ressaisissent, et que l’on rentre à nouveau avec fermeté dans une logique de désarmement nucléaire. Que l’ensemble de l’humanité comprenne que ce n’est qu’à travers des relations multilatérales, dans des logiques de fraternité, de charité, de solidarité, que nous parviendrons à faire baisser les tensions.

Les États dotés de l’arme nucléaire n’ont pas signé ce traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Quel peut en être le poids?

Il s’agit d’un poids essentiellement moral. Il n’y a pas de portée juridique sur les États non signataires, mais c’est un cri lancé à la conscience de l’humanité pour inviter les uns et les autres à prendre le problème à bras-le-corps, et prendre conscience que nous dansons sur un volcan. Nous ne pouvons pas rester tranquille sur ce sujet.

Le Pape François comme ses prédécesseurs a fustigé l’usage de l’arme nucléaire, et depuis le Japon en novembre 2019, il a condamné leur possession. Quelle peut-être l’apport des encycliques Laudati Si’ et Fratelli Tutti dans cette réflexion sur la dénucléarisation? Au-delà des considérations géopolitiques et diplomatiques, est-ce un appel à la conscience?

Il y a un appel à la conscience tout à fait essentiel. Le Pape Françoise souligne, de manière prophétique, combien l’essentiel est la conversion des cœurs. Il s’agit de retrouver une dynamique de négociations multilatérales et d’intégrer que tout est lié. Que la seule voie de salut est la fraternité. Sans fraternité, c’est la mort pour notre humanité, comme le signifie le Pape François.

Les encycliques du Pape François, Fratelli Tutti et Laudato Si’, sont donc en ce sens des outils importants?

Considérables! Fratelli Tutti qui insiste sur cette dimension essentielle de la fraternité dit bien la nécessité de la conversion des cœurs. Les armes n’ont jamais rien réglées, les rapports de force et de puissance conduisent à des tensions et des crispations. Il s’agit de passer à un autre registre, celui de la fraternité, de la charité, de la solidarité, celui de notre commune humanité. Il faut dépasser les clivages, les nationalités, pour permettre au bien commun de se déployer. Fratelli Tutti et Laudato Si’ sont en cela des textes puissamment inspirants et décisifs.

Peut-on véritablement croire en un changement de paradigme, imaginer un monde sans armes nucléaires. N’est-ce pas utopique?

Certes, il y a une part d’utopie, le Pape Jean-Paul II l’évoquait lui-même. Mais nous avons besoin de sens et de paroles prophétiques. Il est important que nous nous mettions en marche vers cet objectif. Il est vrai que l’humanité est touchée par le péché, que l’homme témoigne de cette volonté de domination et de puissance tapie dans son cœur, mais nous ne pouvons pas rester enkystés dans ces réalités tragiques qui conduisent à la mort. Il nous faut aller vers la lumière et la vie, et donc quand bien même nous prenons conscience du fait qu’il s’agit d’un processus de temps long, il s’agit de féconder les consciences. Et ce sont tous les peuples de la terre qui ont à peser sur les autorités en charge de ces questions, pour avancer vers plus de justice, de fraternité et de charité. C’est ainsi seulement que notre planète demeurera vivable.

Source: VATICANNEWS, le 22 janvier 2021

Histoire franciscaine : des premiers martyrs à la fraternité humaine

Audience à 400 franciscains 23/11/1017 © L'Osservatore Romano

Audience À 400 Franciscains 23/11/1017 © L’Osservatore Romano

Histoire franciscaine : des premiers martyrs à la fraternité humaine

La vocation de saint Antoine de Padoue

C’est en voyant les dépouilles de cinq frères mineurs, tués au Maroc, que Fernando de Lisbonne décida de devenir franciscain, prenant le nom d’Antoine. Ainsi, « le sang des protomartyrs franciscains fut la semence de la vocation comme frère mineur de saint Antoine de Padoue », commente le p. Pietro Messa ofm, de l’Université pontificale Antonianum, paraphrasant une expression fameuse de Tertullien, auteur antique ayant vécu entre le IIème et le IIIème siècle.

Au cœur de l’Italie, non loin d’Assise, le diocèse de Terni-Narni et Amelia (Ombrie) conclura la célébration du huitième centenaire (1220-2020) de la mort des protomartyrs franciscains, ce dimanche 17 janvier 2021. Ces cinq martyrs des premiers temps du christianisme furent tués en 1220, au Maroc, à Marrakech.

Cette célébration du huitième centenaire, explique le p. Pietro Messa, « invite non seulement à vénérer, mais également à mettre en valeur le témoignage de ceux qui ont versé leur sang pour l’Évangile, comme ce fut le cas de l’évêque capucin Mgr Luigi Padovese, tué en Turquie à Iskenderun le jeudi du Corpus Domini (appelée aussi Fête-Dieu, ou Solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, ndr) le 3 juin 2010 ». C’était, précise-t-il, exactement la semaine précédant un congrès international intitulé Des protomartyrs franciscains à saint Antoine de Padoue, qui s’est tenu à Terni.

Pour le p. Pietro Messa, malgré les contraintes sanitaires liées à la pandémie, l’organisation de ce centenaire a aidé à « découvrir que les martyrs sont vraiment ceux qui ont assumé la forme de la vie de Jésus, c’est-à-dire un amour eucharistique qui passe de la gratitude pour les dons reçus à la gratuité jusqu’à donner sa vie pour ses frères ». En outre, ajoute-t-il, « ils témoignent que les termes d’amour et de sacrifice sont faits pour marcher ensemble si l’on ne veut pas que le premier devienne pure émotivité évanescente et le second activisme frustrant ». « Quand l’amour s’exprime dans le sacrifice et que le sacrifice est motivé par l’amour, poursuit le franciscain, on se trouve – pour emprunter les mots de Dostoïevski – devant la beauté qui sauve le monde ; on peut alors vraiment affirmer que seul l’amour est crédible ».

Autre dimension mise en lumière par le centenaire : la mission. En effet, comme le fit François d’Assise, les protomartyrs franciscains se rendirent en terre non-chrétienne pour annoncer l’Évangile ; d’ailleurs, fait observer le spécialiste en histoire franciscaine, la Règle des frères mineurs est « la première à consacrer une partie spécifique à ceux qui se rendent parmi les “infidèles” ».

Le p. Messa se réjouit du congrès historique interreligieux du 6 décembre dernier qui a réuni, outre les historiens Luciano Bertazzo et Christian Grasso, l’imam Nader Akkad, professeur à l’Université islamique al-Azhar du Caire, et l’évêque de Terni-Narni et Amelia, Mgr Giuseppe Piemontese, ces derniers s’inspirant du Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune.

« Si des moments œcuméniques et interreligieux de commémoration où l’on passe de la méfiance à la confiance mutuelle sont importants pour parvenir à vivre “da fratelli tutti” (« tous, en frères », ndr), conclut le franciscain, « il est nécessaire d’avoir le courage de lire ensemble les pages de l’histoire avec les documents, l’iconographie et d’autres éléments les concernant et qui peuvent non seulement faire obstacle à cette fraternité, mais carrément devenir des occasions de conflit ».

Traduction d’Hélène Ginabat

Source: ZENIT.ORG, le 8 janvier 2021

Les vœux de paix du patriarche copte catholique

Mgr Sidrak, patriache de l'Eglise copte catholique, le 24 décembre 2018 dans une église au Caire. Mgr Sidrak, patriache de l’Eglise copte catholique, le 24 décembre 2018 dans une église au Caire.  

Les vœux de paix du patriarche copte catholique

Les vœux de paix du patriarche copte catholique 

Dans un entretien accordé à Vatican News, Mgr Ibrahim Isaac Sidrak, patriarche d’Alexandrie et chef de l’Eglise copte catholique annonce vouloir cultiver l’espérance malgré ces difficultés et formule ses vœux pour cette année qui s’ouvre. 

Olivier Bonnel – Cité du Vatican

En Egypte, les coptes s’apprêtent à célébrer Noël le 7 janvier selon le calendrier julien en vigueur pour les Eglises orientales. Certains coptes catholiques, en haute Egypte notamment célèbreront la nativité le même jour, tandis que les autres coptes catholiques au Caire ou Alexandrie ont célébré Noël la nuit du 24 décembre selon le calendrier grégorien. Une festivité vécue, comme dans beaucoup d’endroits dans un contexte difficile en raison de la pandémie de Covid 19. Le patriarche copte catholique Mgr Sidrak souhaite malgré tout rappeler que le principal est de regarder avec confiance dans l’avenir.

«Bien-sûr nous ne sommes pas libres de nos mouvements en raison de cette pandémie, il est difficile de se rencontrer et nous avons peur, mais c’est le cas dans le monde entier» explique le patriarche copte catholique, pour lequel ce contexte de l’épidémie «diminue un peu la joie de la célébration de la Nativité, mais cela n’empêche pas de vivre la joie intérieure».

Interrogé sur ses vœux pour l’année 2021, Mgr Sidrak explique que sa volonté est que «la personne récupère son humanité», que sa dignité soit toujours mise en avant. Refaisant une lecture de la crise actuelle, le patriarche copte catholique souhaite qu’elle soit «utile, pour que l’homme ne pense pas seulement à la vie matérielle, à la guerre ou à la concurrence, mais soit convaincu que l’on ne peut pas vivre seul, que l’on ne peut vivre sans dialogue». Il souhaite aussi que la famille soit reste une entité choyée et «récupère sa vitalité» pour contribuer à la société.

Fratelli tutti, une boussole pour l’avenir

Mgr Sidrak revient aussi sur l’encyclique Fratelli tutti du Pape François qui a ses yeux est un texte-clé pour l’avenir. L’Egypte, à travers l’imam d’Al Azhar, compagnon de route du pape François sur ce chemin du dialogue interreligieux a reçu très positivement ce texte selon le patriarche. «L’encyclique Fratelli tutti c’est la continuation de la Bonne Nouvelle de l’Evangile , note-il, le Pape François explique comment vivre en fils de Dieu». Selon Mgr Sidrak, «le dialogue est une voie nécessaire aujourd’hui pour l’humanité, afin que chacun puisse se respecter».

Si le patriarche note «qu’il est nécessaire de surmonter les malentendus de l’histoire», il note les progrès faits en Egypte selon lui dans le domaine interreligieux et au niveau même de la société. «Beaucoup de musulmans ont changé leur manière de parler des chrétiens, souligne t-il, nous nous sentons plus citoyens égyptiens et chrétiens, avec plus de respect». Le travail qui reste à mener en Egypte est de toucher les catégories les plus pauvres où la méfiance de l’autre est souvent encore forte. 

Source: VATICANNEWS, le 6 janvier 2021

S’inspirer de « Fratelli tutti » et de Charles de Foucauld pour construire un monde meilleur

Charles de Foucauld Charles de Foucauld  

S’inspirer de « Fratelli tutti » et de Charles de Foucauld pour construire un monde meilleur

La Conférence des évêques de la Région Nord de l’Afrique (Cerna) invite à faire face aux nombreux défis actuels, et en particulier la pandémie, en puisant dans l’encyclique « Fratelli tutti » et en suivant les traces de Charles de Foucauld. 

Vatican News

La Cerna se réjouit de la publication de l’encyclique du Pape François « Fratelli tutti » sur la fraternité et de la perspective de la prochaine canonisation de Charles de Foucauld. Dans un message, ses membres disent vouloir faire face aux défis actuels, et notamment à la pandémie de coronavirus, à la lumière de ces deux évènements ecclésiaux. Ils invitent les fidèles à «inventer un monde meilleur» et considèrent que «la pandémie a bouleversé le travail, les études, les voyages, la santé, la famille, la communauté et la vie de l’Église».

Le désarroi des plus faibles a augmenté mais, relève la Conférence des évêques de la Région Nord de l’Afrique, cette pandémie a également stimulé la créativité dans la vie des Églises, donnant lieu à des initiatives de respect mutuel et encourageant à une meilleure utilisation des réseaux sociaux. Les évêques exhortent, à la lumière de la crise, à réfléchir «aux dysfonctionnements économiques, écologiques et sociaux», rappelant, dans le même temps, l’importance de la prière.

Charles de Foucauld, un témoin de l’amour de Dieu

Saluant la figure de Charles de Foucauld, ils évoquent une vie transformée après des expériences vécues en Palestine, au Maroc ou encore en Algérie. Très attentif aux autres, Charles de Foucauld voulait que toute sa vie «crie» son amour et sa dévotion à Jésus-Christ, soulignent-ils.

«Passionné par le Sahara et ses habitants», poursuivent les évêques du Nord de l’Afrique, il a voulu être considéré par eux comme un frère, car cela lui semblait le témoignage le plus important de l’amour de Dieu. La Conférence des évêques de la Région Nord de l’Afrique invite ainsi à redécouvrir Charles de Foucauld dans la perspective de sa canonisation, «pour nous laisser transformer par Dieu, pour nous convertir».

Tisser des liens de fraternité

La Cerna analyse ensuite l’encyclique « Fratelli tutti » du Pape François, qui fait référence au document sur la Fraternité humaine signé en 2019 à Abou Dhabi avec le Grand-Imam d’Al-Azhar. Elle rappelle que l’encyclique ne s’adresse pas uniquement aux chrétiens mais à toutes les personnes de bonne volonté.

Les évêques de la région mettent en exergue leur expérience concernant la rencontre et le dialogue avec les musulmans «qui peut nous faire grandir dans la foi et dans notre compréhension des appels de Dieu». «Au Maghreb, nous vivons quotidiennement dans cette Église qui ne peut être pensée sans un lien de fraternité et de mission avec l’autre, celui qui n’est pas chrétien», précisent-ils.

En Afrique du Nord, il existe une expérience de fraternité entre des personnes de différentes confessions et cela se produit également au sein des familles, observent-ils. La Cerna conclue son message sur un appel à «renouveler l’engagement à construire la fraternité universelle à travers la communion, l’effort œcuménique et la rencontre islamo-chrétienne» pour œuvrer en faveur de la paix et pour la sauvegarde de la « maison commune ».

Source: VATICANNEWS, le 1er novembre 2020

« Fratelli tutti », une source d’inspiration pour trouver la paix en Ukraine

Des fidèles lors d'une cérémonie en la cathédrale de Donetsk, Ukraine, en avril 2020Des fidèles lors d’une cérémonie en la cathédrale de Donetsk, Ukraine, en avril 2020

« Fratelli tutti », une source d’inspiration pour trouver la paix en Ukraine

Mgr Bohdan Dzyurakh, secrétaire du Synode des évêques de l’Église gréco-catholique ukrainienne, revient sur la situation actuelle en Ukraine, voyant dans la dernière encyclique du Pape François des éléments pour entamer un «processus de réconciliation». Il décrit aussi le rôle de l’Église auprès de la population. 

 «Le processus de réconciliation doit commencer par la vérité et la recherche de la justice et de la miséricorde. Dans un pays marqué par un conflit qui dure depuis plus de six ans à l’Est, le chemin de la paix doit également être lu à la lumière de l’encyclique Fratelli tutti». Telle est l’analyse donnée par Mgr Bohdan Dzyurakh, secrétaire du Synode des évêques de l’Église gréco-catholique ukrainienne, lors d’une interview accordée à Vatican News. Le prélat évoque les tensions politiques toujours en cours, mais aussi le problème du chômage qui «oblige de nombreux Ukrainiens à abandonner leur terre». Le manque de travail, explique-t-il,«contraint les jeunes à renoncer à leurs rêves et à une formation adéquate. Ce sont des thèmes que le Pape François aborde dans sa dernière encyclique».

Le conflit du Donbass a commencé en 2014, lorsque la Russie a armé des milices séparatistes, à l’est de l’Ukraine, pour tenter de mettre fin aux velléités de Kiev de se rapprocher de l’Europe. Depuis lors, l’armée ukrainienne régulière s’oppose aux deux républiques séparatistes autoproclamées – la République populaire de Lougansk (LNR) et la République populaire de Donetsk (DNR), soutenues par la Russie. Les affrontements ont fait plus de 13 000 morts dont plus de 3 000 civils et 1,5 million de déplacés, selon une estimation datant de juin 2020. Le cessez-le-feu prévu par les accords de Minsk II signés en 2015 est violé quotidiennement et les affrontements continuent de faire des victimes chaque semaine.

L’Église, une présence essentielle auprès des Ukrainiens

Malgré les difficultés que connaît le pays, l’Église gréco-catholique doit offrir à l’Église universelle un témoignage de fraternité et d’amitié sociale, estime Mgr Dzyurakh: «Notre Église a une longue histoire dans le domaine de l’assistance sociale qui trouve ses racines au siècle dernier, lorsque notre Métropolite, Andrey Sheptytsky, a promu de nombreux projets pour sensibiliser à la situation des pauvres, des malades, des marginaux et, surtout, pour assurer la formation des femmes et des enfants. En particulier à l’époque de l’Ukraine indépendante, nous avons pu mettre en pratique toute la richesse de la Doctrine sociale, en élevant à plusieurs reprises nos voix pour défendre l’humanité opprimée».

Le secrétaire du Synode des évêques de l’Église gréco-catholique ukrainienne salue par ailleurs l’engagement des prêtres qui, pendant la révolution de Maïdan, ont toujours garanti l’assistance spirituelle, tout comme l’héroïsme des aumôniers qui, dans les zones de guerre, se sont trouvés aux côtés des soldats et des civils. «Notre Caritas est l’une des plus grandes organisations humanitaires dans toute l’Ukraine», souligne aussi les prélat. «Grâce au réseau de paroisses, nous accueillons les réfugiés et les personnes déplacées à l’intérieur du pays, ce qui à ce jour, représente plus d’un million et demi d’individus. Et puis la disponibilité et la générosité des gens sont vraiment admirables».

Mgr Dzyurakh assure que l’Église gréco-catholique ukrainienne «entend s’ouvrir aux besoins des sociétés locales pour partager sa tradition spirituelle. Elle veut également apporter son soutien ». Et l’évêque de mentionner les«soignants qui travaillent en Italie. Ils n’aident pas seulement les familles dans leur vie quotidienne, mais les soutiennent aussi spirituellement. Et c’est un service très apprécié par le Saint-Père, ainsi que par de nombreux évêques italiens qui considèrent la présence des Ukrainiens comme un enrichissement pour leurs communautés».

Vatican News Service – SD

Source: VATICANNEWS, le 12 octobre 2020

Fratelli Tutti », une encyclique au rayonnement universel

Le Pape saluant des représentants de diverses religions le 31 octobre 2019 lors d'une conférence à l'Université du Latran.Le Pape saluant des représentants de diverses religions le 31 octobre 2019 lors d’une conférence à l’Université du Latran. (ANSA)

« Fratelli Tutti », une encyclique au rayonnement universel

C’est une encyclique profondément sociale que le Saint-Père a signé sur la tombe de saint François d’Assise le samedi 3 octobre 2020. Dans le monde chrétien et au-delà, cette lettre résonne comme un appel à changer notre prisme pour le baser sur la fraternité et l’amitié sociale.

Marine Henriot – Cité du Vatican

«C’est une voix prophétique, pas seulement pour les chrétiens», résume d’emblée depuis Bagdad le cardinal Louis Sako, Patriarche de l’Eglise chaldéenne. La voix du Pape lance un cri «pour un réveil spirituel et humain», estime-t-il, «et j’espère que ce n’est pas dans le désert mais dans le coeur des hommes». Un appel de François qui, pas inédit mais indispensable en cette période, «nous dit que nous sommes tous frères».

La fraternité est une notion fondamentale, abonde le père Daniel Nourissat, depuis Rabat au Maroc, où le Saint-Père s’était rendu en mars 2019. Il y a urgence à redécouvrir la fraternité, nous explique le curé de la cathédrale Saint-Pierre de la capitale marocaine. Tous les dimanches à l’écoute de ses paroissiens, le père Nourissat se réjouit et accueille «avec bonheur et intérêt» Fratelli Tutti, car «il est important que l’Église soit servante d’une fraternité entre les personnes». «J’aime que le Pape nous aide à découvrir que ce que nous appelons « Église » s’est d’abord appelé « fraternité »», explique le prêtre.

Des pistes concrètes

Sur le site internet de la Conférence des Évêques de France, Mgr Éric de Moulins-Beaufort salue un «grand texte dans la doctrine sociale de l’Église»«Il met sous les yeux de chacun les lieux où chacun risque de manquer à la fraternité. Tout le monde peut faire son examen de conscience : chaque personne, les entreprises, les familles, les États…». Effectivement, dans Fratelli Tutti, François énumère, puis apporte des solutions.

Ainsi, le Pape montre l’urgence de nouvelles relations humaines et sociales et donne des clefs aux évêques et aux chrétiens du monde entier pour rebâtir ses relations. «Le Pape nous invite à changer radicalement les grands équilibres de la planète», nous détaille depuis Bruxelles le père Tommy Scholtes, qui salue des prises de positions fortes sur les plans politique et économique. Mais pour qu’elle porte ses fruits, les évêques vont mettre en place «un travail pour que la base, les citoyens, entendent cette encyclique», détaille le porte-parole de la Conférence épiscopale belge. «L’encyclique parle aux chrétiens de manière magnifique, mais pour que la parole soit entendue plus loin, cela va dépendre de comment les chrétiens en parlent», précise-t-il.

Rayonner au-delà du monde chrétien

La diffusion de cette encyclique est indispensable au-delà du monde chrétien, appuie le cardinal Louis Sako, qui veut la faire connaître à tous ses interlocuteurs politiques et religieux en Irak. «Dès que j’aurai la traduction en arabe, je la donnerai aux autorités musulmanes, chiites et sunnites, et aux responsables politiques».

De l’autre côté de la Méditerranée, c’est également le son de cloche du père Nourissat. «Ici nous cherchons à nouer relations avec les personnes musulmanes, mais aussi avec les personnes que l’Europe ne veut pas, qu’on appelle les personnes migrantes, qui nous disent leur détresse», car c’est cela finalement l’esprit de Fratelli Tutti. Au-delà des croyances de chacun, l’encyclique parle à tous les coeurs et esprits ouverts à la valeur sacrée de la relation humaine.

Source: VATICANNEWS, le 5 octobre 2020

Regarder les autres comme des frères et sœurs pour sauver le monde

Le Pape rencontrant des migrants lors de sa visite à Bologne, le 1er octobre 2017.Le Pape rencontrant des migrants lors de sa visite à Bologne, le 1er octobre 2017. 

Regarder les autres comme des frères et sœurs pour sauver le monde

Le message de la nouvelle encyclique sociale du Pape François est que personne ne se sauve tout seul. Il invite à bâtir une société fraternelle pour ne pas être accablés par les guerres, la haine, la violence, l’indifférence et les nouveaux murs.

Andrea Tornielli

Nous sommes entourés par «les ombres d’un monde fermé» mais il y en a qui ne se résignent pas à la progression de l’obscurité, et qui continue à rêver, à espérer, à se salir les mains en s’engageant à créer de la fraternité et de l’amitié sociale. La troisième guerre mondiale a déjà commencé, la logique du marché fondée sur le profit apparaît victorieuse sur la bonne politique, la culture du déchet semble prévaloir, le cri des peuples de la faim n’est pas écouté, mais il en y a qui indiquent une voie concrète pour construire un monde différent et plus humain.

Il y a cinq ans, le Pape François publiait l’encyclique Laudato si’ en mettant en évidence les connexions qui existent entre crise environnementale, crise sociale, guerres, migrations et pauvreté. Et il indiquait un objectif à atteindre : celui d’un système économique et social plus juste et respectueux de la création, qui ait au centre l’homme gardien de la mère terre et non pas l’argent élevé au rang de divinité absolue. Aujourd’hui, avec la nouvelle encyclique sociale Fratelli tutti, le Successeur de Pierre montre la voie concrète pour arriver à cet objectif : se reconnaître frères et sœurs, frères parce que fils, gardiens les uns des autres, tous sur la même barque, comme la pandémie l’a rendu encore plus évident. La voie pour ne pas succomber à la tentation de l’homo homini lupus, des nouveaux murs, de l’isolement, et regarder au contraire l’icône évangélique du Bon Samaritain, si actuel et éloigné des schémas.

Reconnaitre le Christ dans tout être humain

Le chemin indiqué par le pape François est basé sur le message de Jésus qui fait tomber toute extranéité. Le chrétien est en effet appelé à «reconnaître le Christ en tout être humain, à le voir crucifié dans l’angoisse des abandonnés et des oubliés de ce monde, et ressuscité en tout frère qui se relève». Mais le message de la fraternité peut être accepté, compris, partagé également par les croyants d’autres religions, ainsi que par de nombreux non-croyants.

La nouvelle encyclique se présente comme une somme du magistère social de François, et rassemble de manière systématique les idées offertes par les déclarations, discours et interventions des sept premières années de son pontificat. Une origine et une inspiration sont certainement représentées par le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, signé le 4 février 2019 à Abou Dhabi avec le Grand Imam d’Al-Azhar, Ahmad Al-Tayyeb. À partir de cette déclaration commune, qui constitue un pierre milliaire dans le dialogue entre les religions, le Pape réitère son appel à adopter le dialogue comme moyen, la collaboration commune comme conduite et la connaissance mutuelle comme méthode et critère.

Repenser la politique

Il serait toutefois réducteur de reléguer la nouvelle encyclique uniquement à la sphère du dialogue interreligieux. Le message de Fratelli tutti concerne chacun d’entre nous. Et il contient également des pages éclairantes sur l’engagement social et politique. Il peut sembler paradoxal que ce soit l’évêque de Rome, voix dans le désert, qui relance aujourd’hui le projet de la bonne politique. Une politique capable de reprendre son propre rôle, trop longtemps confié à la finance et à la fable des marchés qui produiraient du bien-être pour tous sans avoir besoin d’être gouvernés. Un chapitre entier est consacré à l’action politique vécue comme un service et un témoignage de charité, qui se nourrit de grands idéaux et de projets pour demain en pensant non pas au petit gain électoral mais au bien commun et surtout à l’avenir des nouvelles générations. Encore une fois, à un moment où de nombreux pays ferment leurs portes, c’est précisément le Pape qui formule l’invitation à ne pas perdre confiance dans les organismes internationaux, bien qu’ils aient besoin d’être réformés pour que ce ne soient pas seulement les plus forts qui comptent.

Parmi les pages les plus puissantes de l’encyclique figurent celles consacrées à la condamnation de la guerre et au rejet de la peine de mort. Dans le sillage de l’encyclique de Jean XXIII Pacem in Terris, partant d’un regard réaliste sur les résultats catastrophiques que tant de conflits de ces dernières décennies ont eu pour la vie de millions d’innocents, le Pape rappelle qu’il est aujourd’hui très difficile de maintenir les critères rationnels mûris au cours des autres siècles pour parler d’une éventuelle «guerre juste». Tout comme le recours à la peine capitale, qui doit être abolie dans le monde entier, est injustifié et inadmissible.

Il est vrai, comme le souligne le Pape, que «dans le monde d’aujourd’hui, les sentiments d’appartenance à une même humanité s’affaiblissent, tandis que le rêve de construire ensemble la justice et la paix semble une utopie d’un autre temps». Mais il est nécessaire de revenir au rêve et surtout de réaliser ce rêve ensemble. Avant qu’il ne soit trop tard.

Source: VATICANNEWS, le 4 octobre 2020