22.02.2026 – HOMÉLIE DU 1ER DIMANCHE DE CARÊME – MT 4,1-11

Face aux démons

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

La semaine passée, l’Évangile nous a présenté un Jésus aux jugements tranchants : « Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le. Si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la » (Mt 5, 29-30). Si nous avions rapidement compris qu’il ne s’agissait pas d’une invitation à se mutiler, nous avions aussi relevé la radicalité de son jugement moral. Face à un choix, il s’agit avant tout d’opérer un discernement radical : « Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » Lorsqu’il s’agit d’accepter une idée et de discerner un passage à l’acte, qu’il s’agisse de dire ou de faire, le Christ nous invite autant à la radicalité du jugement moral qu’à la radicalité de l’amour.

Aujourd’hui, l’Évangile des tentations du Christ va précisément nous permettre de comprendre ce verset : « Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » Penchons-nous, si vous le voulez bien, sur le combat des esprits et la résistance aux tentations.

Comme toujours, pour mieux comprendre le texte, il convient de se plonger dans son contexte culturel. Vous le savez, les Évangiles sont écrits pour convaincre ; ils ont un propos prosélyte ; et s’adressent de prime abord aux Juifs à l’entour les disciples. De là, les nombreuses querelles qu’ils rapportent. Or la culture juive, à l’inverse de la pensée grecque dont nous héritons, n’apprécie pas les concepts abstraits, qu’elle a tendance à dépeindre avec des images particulièrement concrètes. Ainsi la foi est-elle grosse comme une graine de moutarde, le paradis est-il comme un jardin luxuriant, et la rencontre avec Dieu un banquet de noces.

L’Évangile des tentations du Christ nous présente ainsi une rencontre physique entre Jésus et le Diable. Le texte parle du tentateur qui s’approche, qui place Jésus au sommet du Temple et l’emmène encore sur une très haute montagne. On a l’impression d’un périple à deux. Or le Diable est un pur esprit. Les anges sont des créatures purement spirituelles, incorporelles, invisibles et immortelles, dit le catéchisme (CEC 328-330), qui précise que le Diable et les démons sont des anges déchus (CEC 391-395 ; 414). Maintenant, si l’on ôte le filtre de la rhétorique juive qui présente les réalités spirituelles comme des réalités concrètes, on comprend que le texte nous décrit un dialogue spirituel entre l’Esprit-Saint et le démon, un dialogue de voix intérieures, en la personne du Christ.

Notre religion proclame la réalité des esprits, de l’Esprit-Saint, des anges, du Diable et des démons. C’est un discours un peu oublié depuis l’avènement de la psychologie qui vise à rationaliser les réalités psychiques. Les discours sur les anges et les démons n’ont plus beaucoup cours dans l’Église aujourd’hui, qui apparaissent d’un autre temps, moyenâgeux. Que celui, ici, qui n’a jamais été le jeu d’esprits mauvais lève le doigt ! La psychologie s’intéresse aux états d’esprit, tandis que la spiritualité s’adresse aux esprits eux-mêmes. Nous croyons que les esprits existent, sinon nous ne pouvons plus considérer l’Esprit-Saint en tant que personne. Ainsi, nous croyons que les anges, les démons et le Diable existent tout autant. Il y a effectivement des esprits qui nous suggèrent des pensées. Certains sont bons ; certains sont mauvais. Et tout ce petit monde dialogue en nous, avec nous.

Le mot ‘Diable’ vient du verbe grec ‘διαβάλλειν’ (diabállein) qui signifie ‘jeter de part et d’autre’, ‘diviser’, désignant ainsi l’entité qui sème le doute sur la parole de Dieu et, de là, la discorde. Tandis que le terme ‘Satan’ est issu de l’hébreu ‘שָׂטָן’ (śāṭān) signifiant ‘adversaire’, ‘ennemi’ ou ‘accusateur’. Il est le tentateur, le diviseur, celui qui nous fait douter des suggestions divines. Il est avant tout une petite voix qui nous parle à l’intérieur de la tête. Non seulement une voix qui nous suggère de mauvaises idées, mais qui nous fait aussi douter des bonnes.

Cette vision des idées qui se bousculent dans notre tête comme des entités extérieures qui nous parlent a l’avantage majeur de nous déculpabiliser des tentations qui nous assaillent : le Christ, lui qui est sans péché, a subi la tentation. Personne n’est fautif d’avoir des idées tordues qui lui traversent l’esprit. Jésus a été tenté par la convoitise de la chair – changer les pierres en pain –, l’orgueil – mettre son Père à l’épreuve – et le désir de domination et de gloire. On retrouve en creux les trois conseils évangéliques, les trois vœux religieux : chasteté, obéissance et pauvreté, lesquels prémunissent des trois grandes tentations mondaines : prédation, pouvoir et argent.

L’Évangile d’aujourd’hui nous présente surtout une méthode pour résister à la tentation. Vous remarquerez que le Christ, contrairement à Adam et Eve dans le récit de la Genèse (3, 1-7), n’entre jamais en dialogue avec le Diable, qu’il ne raisonne aucun de ses arguments. Au contraire, à chaque fois, il lui oppose, de manière catégorique, une citation biblique évoquant un commandement de Dieu. On retrouve l’intuition de la semaine passée du jugement moral tranché. Premier principe à retenir : on n’entre pas en dialogue avec les démons qui nous parlent, a fortiori le Diable. A ce jeu, il est le plus fort. En matière d’éthique, le Christ ne discute pas, il affirme. « Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »

L’Écriture, aujourd’hui, nous présente un exorcisme au sens littéral, c’est à dire l’action d’abjurer le Diable. L’exorcisme est avant tout un acte de parole, qui oppose la parole de Dieu à celle des démons qui nous tentent. Ça n’a rien de mystérieux. Et, si les manuels d’exorcisme ne sont pas accessibles à tous pour éviter les abus, ils ne mentionnent que de paroles bibliques. Ainsi, nous découvrons un deuxième principe de la lutte contre les tentations : faire sortir les mauvais esprits de soi, les exorciser par une parole évangélique. D’où la nécessité de verbaliser la Justice, que nous avions évoquée la semaine passée. Ainsi, il s’agit non seulement de confesser nos valeurs, mais aussi confesser nos fautes. Dans le sacrement de la réconciliation, la verbalisation des péchés est le véritable exutoire, comme un exorcisme verbal de ce qui nous atteint et que nous voulons rejeter. N’hésitons pas à faire sortir de nous, par des paroles solennelles, ce qui nous trouble. C’est le moyen de la guérison spirituelle.

Alors tirons, si vous le voulez bien, quelques conclusions. Premièrement, la tentation n’est pas un péché, elle est l’œuvre d’esprits mauvais qui nous assaillent. C’est succomber à la tentation qui est peccamineux, assujettir notre esprit aux démons qui nous parlent. Ainsi, personne n’est-il jamais en soi diabolique, ni totalement perdu. Et il s’agit d’être très prudent avant de parler de possession. Tout le monde, même le Christ, a des esprits mauvais qui lui parlent. Deuxièmement, on n’entre jamais en dialogue avec ces esprits mauvais, ils parviendront à nous tromper. On leur oppose la prière et la parole de Dieu. Enfin, il s’agit de verbaliser toute injustice, celles des autres comme celles que nous commettons. Et ainsi, de les exorciser.

Expulser tout esprit mauvais qui nous parle, c’est retrouver un cœur pur et un esprit limpide. Et, ainsi, plus lumineusement aimer.

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSILIENCE.BE, le 18 février 2026

22.02.2026 – HOMÉLIE DU 1ER DIMANCHE DE CARÊME – MT 4, 1-11

Trois tentations

Textes bibliques : Lire

Pistes pour l’homélie par l’Abbé Jean Compazieu


Depuis mercredi dernier, nous sommes entrés dans le temps du Carême. Ils sont nombreux ceux et celles qui ne savent plus très bien ce que c’est. Beaucoup pensent d’abord aux privations : on jeûne… on ne mange pas de viande… Les enfants ajoutent qu’on ne mange pas de bonbons…

Oui, bien sûr, tout cela peut faire partie du Carême. Mais ces privations ne sont que des moyens. Le véritable but de ces quarante jours c’est de nous débarrasser. Notre seule priorité c’est Jésus mort et ressuscité. Quand on a compris cela, tout le reste est accessoire. Nous sommes invités à nous éloigner des bruits du monde et à nous libérer des bagages qui encombrent. Le Carême n’est pas une période de manque mais un temps de retrouvaille avec le Seigneur qui n’a jamais cessé de nous aimer.

Les textes bibliques de ce dimanche nous apportent un éclairage lumineux. Le récit de la Genèse (1ère lecture) nous dit que l’homme a été créé pour le bonheur, la paix et la joie. Dieu veut notre bien et celui de notre monde. Mais le tentateur cherche à nous détourner de Dieu. Il veut nous faire croire que Dieu a de mauvaises intentions sur nous. Ce n’est là que mensonge. Au désert, le peuple d’Israël a fait l’expérience de serpents venimeux. Le soupçon porté sur Dieu est un poison mortel qui empoisonne nos vies.

Aujourd’hui comme autrefois, le Seigneur nous voit nous enfoncer dans le péché et nous détourner de lui. En ce début du Carême, il nous adresse un appel solennel : « Revenez à moi de tout votre cœur… » C’est une supplication pressante de notre Dieu. Il ne veut que notre bonheur. Toute la bible nous dit qu’il est « tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment ». Dieu n’est pas là pour nous punir mais pour nous sauver et nous combler de ses bienfaits. C’est avec lui que nous trouvons la joie d’être pardonnés. Et du coup, nous retrouvons l’intimité avec notre Dieu. Et nous pourrons rendre grâce pour cette merveille qu’il réalise dans notre vie.

Voilà ce chemin qui nous est proposé. Mais sur ce chemin, nous rencontrons la tentation. L’Évangile de ce jour nous dit que Jésus y a été affronté. Derrière ces tentations, il y a quelqu’un : La bible le nomme « le diable ». Il est celui qui cherche à faire tomber l’homme. Il est présent dans toutes les luttes de notre vie et n’en démord pas. Jésus a été tenaillé par la faim. Mais il a refusé de céder à la tentation de posséder et de consommer. Il est le Fils bien-aimé du Père et il veut lui rester fidèle jusqu’au bout. Il répond par un rappel de la Parole de Dieu : « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu… »

Jésus sait très bien qu’avec Satan, on ne peut pas dialoguer. Il choisit de se réfugier dans la Parole de Dieu. Nous l’avons entendu : Ce n’est pas seulement de pain que vit l’homme. Manger c’est vital. Être en accord avec Dieu est encore plus vital : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ». Ne le provoque pas. À Dieu seul, tu rendras un culte… Ne te prosterne pas devant les idoles, devant les personnes et encore moins devant le diable. Ces tentations sont aussi appétissantes que le fruit défendu de la Genèse. À nous de choisir si nous voulons vivre en enfants de Dieu et être en relation de fraternité entre nous. Si nous choisissons de marcher à la suite du Christ, nous vivrons ; sinon c’est la jungle.

Jésus a résisté au tentateur et celui-ci a fini par le quitter. Le Seigneur nous montre comment faire face à toutes ses attaques. Il nous invite à nous réfugier, comme lui, dans la Parole de Dieu ; les Écritures nous ouvrent le cœur de Dieu. Leur méditation, leur mise en pratique auprès de nos frères nous rapprochent de Dieu. C’est avec lui que nous trouverons force et courage dans notre lutte contre le mal. Avec le Christ, nous apprendrons à rejeter toutes les publicités mensongères qui courent à travers le monde et nous détournent de l’Évangile. La Lumière de la Parole de Dieu nous est offerte pour éclairer notre vie.

Si nous approfondissons un peu plus les Évangiles, nous découvrons une bonne nouvelle : Tout ce que le diable lui promet, Jésus l’obtiendra de son Père : ce sera l’événement de la multiplication des pains, puis la résurrection d’entre les morts au matin de Pâques. Mais tandis que le diable lui offre de posséder tout cela immédiatement, Jésus ne veut le recevoir que de son Père, en acceptant la voie douloureuse qui l’établira en Messie glorieux.

À chaque Eucharistie, le Seigneur ne demande qu’à nous nourrir du « Pain vivant descendu du ciel ». Il nourrit la foi ; il fait grandir l’espérance et nous donne la force d’aimer. Puissions-nous, tout au long de ce Carême à avoir toujours faim du Christ, seul Pain vivant, et de toute parole qui sort de sa bouche.

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 15 février 2026

« Plus je me rapproche de Dieu, plus je prie la Vierge Marie »

« Plus je me rapproche de Dieu, plus je prie la Vierge Marie »

Dans son roman autobiographique Au secours, Marie (éd. Fayard), Amandine Cornette de Saint-Cyr accompagne sa mère malade à Lourdes afin d’espérer sa guérison. Extrait de son entrevue avec Véronique Jacquier :

Amandine Cornette de Saint-Cyr : Ce pèlerinage était en soi une épreuve puisque ma mère et moi partions en pensant que la mort rôdait, tant l’oncologue avait été pessimiste. Soudain, à l’approche de la cité mariale, un étrange phénomène s’est produit. Tout devint blanc, cotonneux comme les ailes d’un ange. Puis un disque doré est apparu, presque irréel. Tous les voyageurs y ont vu la présence de la Vierge qui nous accueillait. Nous sommes restées deux jours au sanctuaire, un temps béni où j’ai eu le sentiment d’être au Ciel et dans les bras de Marie.

Lorsque nous sommes revenues à Paris, ma mère a appris qu’elle était en rémission et que les soins palliatifs n’étaient plus d’actualité. Je n’ose parler de miracle, il faut attendre cinq ans, mais il est évident que la mère de Dieu, que j’aime décrire comme « mère veilleuse », a suscité en moi une transformation intérieure : j’ai reçu de l’amour et de la joie et j’ai vu ma mère dénouer des nœuds et se réconcilier avec sa défunte mère.

Lourdes est aussi l’endroit où j’ai compris les conditions pour qu’advienne un miracle. Christophe, hospitalier à Lourdes, m’a confié comment il avait été touché par la grâce. Il avait fallu qu’il accepte d’abord son état. Arrivé en fauteuil roulant il y a cinq ans, il est reparti quelques jours plus tard sur ses deux jambes ! Une guérison inexpliquée sur laquelle enquête le bureau des constatations médicales. Il m’a expliqué qu’il avait d’abord reçu le sacrement des malades et que ce jour-là quelque chose en lui s’était relâché, comme si, enfin, il acceptait sa condition abîmée et fragile. Une étrange paix l’a alors envahi. Le lendemain, plongé dans l’une des piscines de Lourdes, une chaleur douce l’a enveloppée et une voix lui a dit : « Tu peux marcher… ». Puis il a compris qu’on lui disait : « Tu as été relevé. Relève les autres maintenant. » C’est ainsi qu’il est devenu hospitalier.

La persévérance dans la foi est essentielle. Plus je me rapproche de Dieu, plus je prie la Vierge Marie, plus j’ai le sentiment d’être dans un combat spirituel. C’est pourquoi il est important d’aller à Lourdes en pèlerinage.

www.france-catholique.fr

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie