Se renier soi-même n’est pas un choix pour la mort mais pour la vie, par Mgr Follo

Chemin de croix lors des JMJ à Lisbonne © Vatican Media
Chemin De Croix Lors Des JMJ À Lisbonne © Vatican Media

Se renier soi-même n’est pas un choix pour la mort mais pour la vie, par Mgr Follo

Notre chemin vers le Christ passe par la croix

Rite romain

Jr 20,7-9 ; Ps 62 ; Rm 12,1-2 ; Mt 16,21-27

1) Choisir la croix, c’est choisir la vie

Dans l’Évangile de dimanche dernier, il nous a été rappelé que Simon, le pêcheur de Capharnaüm, a professé que Jésus de Nazareth est le Messie. Grâce à cette foi, il a reçu du Christ le nom de Pierre et l’autorité d’être la pierre de fondation au service de l’amour et de la vérité dans l’Église.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, qui est en continuité directe avec le passage de dimanche dernier, il nous est raconté que Pierre est réprimandé par le Christ parce qu’il ne comprend pas et n’accepte pas que le Messie aie la croix comme passage nécessaire pour la résurrection. Quand, aujourd’hui, Jésus explique qu’il devra « partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter » (Mt 16,21).

Tout semble se renverser dans le cœur et dans l’esprit de Pierre. Il lui paraît impossible que « le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16,16) puisse souffrir jusqu’à la mort. Le premier des apôtres se rebelle, il n’accepte pas cette route, il prend la parole et dit au Maître : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas» (Mt 16,22). La divergence apparaît évidente entre le dessein d’amour du Père, qui va jusqu’à donner son Fils unique sur la croix pour sauver l’humanité, et les attentes, les désirs, les projets des disciples.

On peut confesser que Jésus est le Fils de Dieu et toutefois ne pas se rendre compte qu’il est un Dieu d’amour, d’un amour crucifié. Encore prisonnier de la logique des hommes, Pierre tente d’empêcher Jésus de se conformer à la logique de Dieu. Alors Jésus répond au disciple, qu’il venait à peine d’appeler pierre de fondation et qui, maintenant, avec son objection, devient pierre de scandale (= d’obstacle) : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (Mt 16,23).

Parcourir les routes selon les pensées des hommes, c’est mettre Dieu à part, c’est ne pas accepter son projet d’amour, quasiment l’empêcher d’accomplir sa sage volonté. Aujourd’hui, Jésus nous redit que « le chemin des disciples consiste à le suivre, [aller derrière lui], le Crucifié. Dans les trois Évangiles, il explique toutefois ce que signifie le suivre sous le signe de la croix… comme le chemin qui consiste à « se perdre soi-même », qui est nécessaire pour l’homme et sans lequel il ne lui est pas possible de se trouver lui-même » (Benoît XVI, Jésus de Nazareth, 2007).

C’est ainsi que le Christ décrit son chemin, qui – en passant par la croix – le conduit à la résurrection. C’est le « chemin » du grain de blé qui tombe en terre et meurt et ainsi porte beaucoup de fruit. Avec le chemin de la croix, avec la Via Crucis qui est un chemin chargé d’amour, Jésus révèle l’essence de l’amour. Laissons-nous aimer par celui qui nous aime depuis la croix.

En partant du centre de son sacrifice personnel et de l’amour qui en lui atteint son accomplissement, le Messie révèle que le véritable pouvoir, celui de Dieu, est d’aimer en se donnant soi-même jusqu’à la mort : c’est la suprématie de la tendresse et les pouvoirs du monde seront impuissants contre elle : le troisième jour, le Christ est ressuscité de la mort.

2) Se renier veut dire s’abandonner totalement au Christ

En acceptant volontairement la mort par amour, Jésus prend la croix de tous les hommes et devient source de salut pour toute l’humanité qui est invitée à comprendre que se renier veut dire se jeter dans les bras du Christ en croix et recevoir de lui la vie.

Sur la croix en effet, notre faiblesse est remise au Christ qui a le pouvoir d’en faire le tabernacle de son amour tendre, tout-puissant et victorieux. « La croix victorieuse a illuminé celui qui était aveuglé par l’ignorance, a libéré celui qui était prisonnier du péché et a porté la rédemption à l’humanité entière » (Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèse XIII,1 sur le Christ crucifié et mis au tombeau, PG 33, 772B).

À ce point, ce que signifie vraiment suivre le Christ, l’impératif qu’il rappelle encore une fois à ses disciples est clair : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive» (Mt 16,24).

Se renier soi-même signifie renoncer à son idée de Dieu pour accepter celle de Jésus.

Se renier soi-même n’est pas un choix pour la mort mais pour la vie, pour la beauté et pour la joie. C’est suivre le Verbe de Dieu pour apprendre le langage du véritable amour. En suivant le Christ qui se révèle être Dieu dans l’amour et dans le don de soi, nous apprenons aussi à changer la logique de notre existence : non plus une vie vécue pour nous-mêmes mais une vie vécue comme un don. C’est cela, fondamentalement, la logique de la croix, pour Jésus comme pour ses disciples.

Se renier soi-même pour se mettre à la suite de Jésus « signifie prendre sa croix – nous en avons tous une – pour l’accompagner sur son chemin, un chemin malcommode qui n’est pas celui du succès, de la gloire passagère, mais celui qui conduit à la vraie liberté, celle qui nous libère de l’égoïsme et du péché. Il s’agit d’opérer un refus net de cette mentalité mondaine qui met le « je » et les intérêts propres au centre de l’existence : ce n’est pas ce que Jésus veut de nous ! Au contraire, Jésus nous invite à perdre notre vie pour lui, pour l’Évangile, pour la recevoir renouvelée, réalisée et authentique » (Pape François, Discours à l’Angelus du 13 septembre 2015).

Se renier soi-même veut dire « perdre » sa vie pour le Christ et dans le Christ, pour la recevoir renouvelée, réalisée et authentique, parce que suivre la croix conduit à la résurrection, à la vie pleine et définitive avec Dieu.

Se renier soi-même, c’est accepter d’être une argile malléable dans la main créatrice de Dieu qui fait de nous des vases de grâce et d’amour.

Se renier soi-même veut dire renoncer à nos fragiles pensées et à nos sentiments inconstants pour avoir en nous les sentiments du Christ.

Se renier soi-même veut dire tout quitter pour le suivre, notre Maître et Seigneur qui s’est fait serviteur de tous. Cela veut dire marcher derrière lui et l’écouter attentivement dans sa Parole et dans les sacrements, pour apprendre à sentir comme il sentait, conformer notre manière de penser et de décider aux sentiments de Jésus en nous conformant à lui et pour être « déjà comme des anges sur cette terre » (saint Ambroise de Milan). Non pas dans le sens où leur vie se soustrait à la réalité concrète, mais parce qu’ils témoignent dès aujourd’hui que le destin de l’homme se joue en référence au Christ.

Mais le saint évêque de Milan va encore au-delà. Dans le commentaire de l’Évangile de Luc, saint Ambroise parle de la « génération du Christ ». Expliquant le Magnificat, il dit ceci : « Vois bien que Marie n’avait pas douté, mais cru et c’est pourquoi elle avait obtenu le fruit de sa foi. Bienheureuse toi qui as cru (Lc 1,47). Mais bienheureux vous aussi qui avez entendu et avez cru : en effet, toute âme qui croit, conçoit et engendre le Verbe de Dieu et en comprend les œuvres. Que l’âme de Marie soit en chacun pour magnifier le Seigneur, que soit en chacun l’esprit de Marie pour exulter en Dieu ; si en effet selon la chair, une seule est la mère du Christ, selon la foi toutes les âmes engendrent le Christ ; chacune en effet accueille en soi le Verbe de Dieu pourvu que, se gardant sans tâche et libre du péché, elle garde avec une pudeur persévérante la pureté de la vie » (Expos. Evangelii sec. Lucam, II, 26-27).

De là nous comprenons que la valeur exemplaire de la virginité consacrée est de montrer une fécondité qui se réalise dans la virginité, mais cette fécondité est proposée à tous les croyants. Concevoir et engendrer le Verbe de Dieu, en effet, signifie avoir les mêmes sentiments que le Christ et reproposer dans la vie ses gestes et ses paroles, faisant réadvenir la présence du Christ à l’intérieur de son Église qui célèbre une année sainte en 2025 – le Grand Jubilé 2025 – où est prévue une rencontre pour la vie consacrée (voir détails sur ce lien)

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)
Sermon 96, 1 3-4

PL 38, 584-586

Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (Mc 8,34). Quand le Seigneur engage l’homme qui veut le suivre à renoncer à soi-même, nous trouvons son commandement difficile et dur à entendre. Mais si celui qui commande nous aide à l’accomplir, son commandement n’est ni difficile ni pénible. <> Et cette autre parole sortie de la bouche du Seigneur est également vraie : Mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger (Mt 11,30).

L’amour, en effet, adoucit ce que les préceptes peuvent avoir de pénible. Nous connaissons toutes les merveilles que l’amour peut accomplir. Sans doute, cet amour est souvent immoral et malhonnête ! Quelles rigueurs les hommes n’ont-ils pas endurées, quelles conditions de vie indignes et intolérables n’ont-ils pas supportées pour arriver à posséder l’objet de leur amour ! <> Or, ce qu’ils aiment nous permet, le plus souvent, de savoir ce qu’ils sont eux-mêmes ; ils devraient, quand ils s’interrogent sur la direction à donner à leur vie, se soucier uniquement du choix de ce qu’ils aimeront. Pourquoi s’étonner que celui qui aime le Christ et veut le suivre, renonce à soi-même pour l’aimer ? Car, si l’homme se perd en s’aimant soi-même, il doit sans aucun doute se trouver en se renonçant.

Qui refuserait de suivre le Christ au séjour du bonheur parfait, de la paix suprême et de l’éternelle tranquillité ? Il est bon de le suivre jusque-là ; encore faut-il connaître la voie pour y parvenir. Aussi bien le Seigneur n’a pas fait cette recommandation après sa résurrection, mais avant sa passion. Il devait encore être crucifié, endurer l’ignominie, les outrages, les coups, les épines, les blessures, les insultes, l’opprobre et la mort !

Le chemin te semble couvert d’aspérités, il te rebute, tu ne veux pas suivre le Christ. Marche à sa suite ! Le chemin que les hommes se sont tracé est raboteux, mais il a été aplani quand le Christ l’a foulé en retournant au ciel. Qui donc refuserait d’avancer vers la gloire ? Tout le monde aime à s’élever en gloire, mais l’humilité est la marche à gravir pour y arriver. Pourquoi lèves-tu le pied plus haut que toi ? Tu veux donc tomber au lieu de monter ? Commence par cette marche : déjà elle te fait monter.

Les deux disciples qui disaient : Seigneur, accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume (Mc 10,37), ne prêtaient aucune attention à ce degré d’humilité. Ils visaient le sommet et ne voyaient pas la marche. Mais le Seigneur leur a montré la marche. Eh bien, qu’a-t-il répondu ? « Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire (Mc 10,38) ? Vous qui désirez parvenir au faîte des honneurs, pouvez-vous boire le calice de l’humilité ? » Voilà pourquoi il ne s’est pas borné à dire d’une manière générale : Qu’il renonce à lui-même et qu’il me suive, mais il a ajouté : Qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (Mc 8,34).

Que signifie : Qu’il prenne sa croix ? Qu’il supporte tout ce qui lui est pénible ; c’est ainsi qu’il me suivra. Dès qu’il aura commencé à me suivre en se conformant à ma vie et à mes commandements, il trouvera sur son chemin bien des gens qui le contrediront, qui chercheront à le détourner et à le dissuader, et cela même parmi ceux qui passent pour des compagnons du Christ.

Quelles que soient les menaces, les séductions ou les interdictions dont tu seras l’objet, si tu veux le suivre, fais de tout cela ta croix. Accepte-la, porte-la, ne succombe pas sous le poids.
Ces paroles du Christ ont encouragé les martyrs. Ne faut-il pas, à l’heure de la persécution, que tu ne comptes pour rien toutes choses à cause du Christ ?

Source : ZENIT.ORG, le 1er septembre

Réflexions du cardinal Giorgio Marengo, évêque de Mongolie

Monseigneur Giorgio Marengo saluant le pape François © Facebook. Missions de la Consolata 

Monseigneur Giorgio Marengo Saluant Le Pape François © Facebook. Missions De La Consolata 

Réflexions du cardinal Giorgio Marengo, évêque de Mongolie

Témoignage du plus jeune cardinal du monde qui parle de l’Église dans un pays bouddhiste

Le plus jeune cardinal du monde et évêque de toute la Mongolie parle de différents aspects de l’Église et de ses relations avec les institutions mongoles, de la Mongolie en général et du travail de l’Église catholique dans le pays.

Avec le voyage apostolique en Mongolie, commence, pour ainsi dire, le cycle 2023-2024 du pape François. Le pape se rend dans un pays à majorité bouddhiste, un vaste territoire bordé d’un côté par la Russie et de l’autre par la Chine. Certains ont vu dans ces deux frontières le véritable prétexte pour que le souverain pontife se rende dans l’une des plus petites communautés catholiques du monde.

Mais comment l’Église catholique vit-elle en Mongolie ? Mgr Giorgio Marengo, le plus jeune cardinal du monde, qui est aussi l’évêque de Mongolie, l’a expliqué à Mondo e Missione.

En ce qui concerne les relations de l’Église avec les institutions, il déclare : « Depuis le début, elles ont été bonnes et nous continuons à les cultiver en dialoguant avec les autorités au niveau local et national, en particulier lorsqu’il s’agit d’expliquer ce qu’est l’Église catholique, en évitant certaines simplifications : en tant qu’héritage du socialisme, il existe encore une certaine méfiance à l’égard de la religion. D’autre part, nous voulons faire comprendre que nous sommes un interlocuteur fiable pour l’État, et non une menace. Nous nous appuyons pour cela sur la beauté du passé mongol : même à l’époque de l’empire fondé en 1206 par Gengis Khan, il existait une certaine tolérance et des chrétiens nestoriens. Le franciscain Giovanni da Pian del Carpine fut le premier occidental à poser le pied dans la capitale impériale, Karakorum : un fait connu dans le monde de la culture, parmi les historiens et les archéologues, mais pas au niveau de la « connaissance populaire ». »

Le cardinal Marengo n’est pas mongol. Il est italien. Pourtant, il exerce son ministère au sein d’une population locale. Lorsqu’on lui demande ce qui le frappe chez les Mongols, il répond :  « Ils sont porteurs de richesses humaines, spirituelles et culturelles. J’admire beaucoup la résilience des Mongols, habitués à supporter tant d’extrêmes, tant climatiques que géographiques : ils ont intériorisé cette capacité à résister aux coups de la vie et ont mûri une grande sagesse, transmise de génération en génération. Et ils ont une sensibilité marquée pour l’aspect religieux. »

Comme nous l’avons dit, la Mongolie est un pays d’un peu plus de trois millions d’habitants et la plupart d’entre eux sont bouddhistes, bien qu’il y ait aussi beaucoup de chamanisme. Voici comment l’archevêque d’Oulan-Bator décrit la spiritualité mongole : « Formée par le chamanisme et le bouddhisme, avec une série de symboles, un art figuratif, un patrimoine musical que soixante-dix ans de communisme rigide n’ont pas réussi à éradiquer. Même pas par la violence : la Mongolie est le pays bouddhiste qui compte le plus grand nombre de martyrs, quelque quinze mille moines ayant été massacrés lors des terribles purges socialistes. D’une manière générale, pour les Mongols, la vie ne peut être interprétée uniquement en fonction de ce qui est « visible, palpable et calculable ». »

En se concentrant sur le visage de l’Église mongole, le cardinal Marengo raconte que « sa beauté est la fraîcheur de la foi : les chrétiens, tous de la première ou de la deuxième génération, embrassent la Parole de Dieu et cherchent sincèrement à vivre à sa lumière ». Le pape François, s’adressant aux évêques d’Asie centrale, a utilisé l’image du « jeune arbre dans la steppe » : « une Église naissante qui exige de nous, missionnaires, une attention particulière, une profondeur, un engagement ».

Bien qu’il s’agisse d’une petite communauté catholique, elle doit dialoguer avec le bouddhisme. Il existe de nombreux espaces de dialogue entre catholiques et bouddhistes, a-t-il déclaré. « Notre premier évêque, Monseigneur Wenceslao Padilla, était déjà engagé dans ce sens, et pour nous, missionnaires, le dialogue est l’un des aspects centraux de notre présence. En outre, ces dernières années, j’ai constaté une croissance des relations au niveau officiel : il existe aujourd’hui un groupe interreligieux qui comprend des catholiques, des évangéliques, des mormons, des bouddhistes, mais aussi des musulmans, des bahaïs et un représentant du judaïsme. Avec le bouddhisme, un canal privilégié continue d’exister, comme en témoigne la première visite officielle au Vatican, l’année dernière, d’un représentant de la Mongolie. »

Enfin, à propos de l’évangélisation, le cardinal Marengo explique que « 70 % de l’activité de l’Église sont des œuvres sociales, mais à travers cette attention au prochain dans l’esprit de l’Évangile, qui est celui de la gratuité, nous essayons d’incarner le message de Jésus, pour que les gens le reconnaissent.» Et sur l’insertion du message dans la culture locale, il conclut : « Le premier vecteur est la langue, utilisée pour la célébration. Ensuite, nous vivons les moments clés de la vie, comme la naissance et la mort, en essayant d’intégrer des éléments de la tradition dans la liturgie, avec l’aide des fidèles mongols. Nous repensons également la musique, avec des instruments locaux. Et les exemples d’ouverture à la culture indigène sont innombrables ».

Source : VATICANNEWS, le 1er septembre 2023

Le Pape François rend hommage à la sagesse de la Mongolie

Le Pape François saluant le président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh le 2 septembre à Oulan-Bator. (Vatican Media)

Le Pape François rend hommage à la sagesse de la Mongolie

À l’occasion de son premier discours prononcé devant le monde politique et la société civile, le Souverain pontife a salué la Mongolie comme un pays sachant allier tradition et modernité, salué sa contribution à la paix dans le monde et loué l’apport important des différentes traditions religieuses pour la société mongole. 

Olivier Bonnel-Envoyé spécial à Oulan-Bator, Mongolie

C’est sur la place Sükhbaatar, au centre d’Oulan-Bator, devant le palais du gouvernement que s’est déroulée samedi matin la cérémonie officielle de bienvenue du Pape François en Mongolie. Le Souverain pontife y a reçu les honneurs de la garde nationale aux couleurs rouge et bleu du drapeau national, au pied de l’imposante statue de Gengis Kahn qui trône devant le palais du peuple.

François s’est ensuite rendu au palais d’État qui borde cette place pour un entretien en privé avec le président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh. Avant cela il avait signé le livre d’honneur en écrivant ces mots : «Pèlerin de paix dans ce pays jeune et antique, moderne et riche de traditions, je suis honoré de parcourir les chemins de la rencontre et de l’amitié, porteurs d’espérance. Que le grand ciel clair qui embrasse la terre mongole éclaire de nouveaux chemins de fraternité».

C’est ensuite devant les autorités politiques, la société civile et le corps diplomatique qu’il a ensuite prononcé son premier discours.

Le Souverain pontife a remercié ses hôtes et choisi la métaphore de la yourte pour rendre hommage au pays d’Asie centrale. «J’imagine entrer pour la première fois, avec respect et émotion, dans l’une de ces tentes circulaires qui parsèment la majestueuse terre mongole, afin de vous rencontrer et mieux vous connaître, a-t-il expliqué, Me voici donc à l’entrée, pèlerin de l’amitié, venu à vous sur la pointe des pieds et le cœur joyeux, désireux de m’enrichir humainement en votre présence ».

La yourte, symbole de continuité du peuple mongol

« J’ai appris que de la porte de la yourte, tôt le matin, les enfants de vos campagnes regardent l’horizon lointain pour compter le bétail et en rapporter le nombre à leurs parents, a poursuivi François, Il est bon pour nous aussi d’embrasser du regard le vaste horizon qui nous entoure, en dépassant l’étroitesse de vues et en nous ouvrant à une mentalité d’ampleur globale, comme nous y invitent les yourtes, qui, nées de l’expérience du nomadisme des steppes, se sont répandues sur un vaste territoire, devenant un élément d’identification des différentes cultures voisines ».

Le Pape a également insisté sur la sagesse du peuple mongol, « accumulée au fil des générations d’éleveurs et d’agriculteurs prudents, toujours attentifs à ne pas perturber l’équilibre délicat de l’écosystème, elle a beaucoup à enseigner à ceux qui, aujourd’hui, ne veulent pas s’enfermer dans la poursuite d’un intérêt particulier à court terme, mais souhaitent léguer à la postérité une terre encore accueillante et fertile ».

Le Pape François et le président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh

Le Pape François et le président mongol Ukhnaagiin Khürelsükh

Une écologie responsable

En valorisant ce que les chrétiens nomment création, fruit du dessein bienveillant de Dieu, les Mongols aident à contrecarrer «les effets de la dévastation humaine par une culture de l’attention et de la prévoyance, qui se traduit par des politiques d’écologie responsable» a-t-il poursuivi en rendant hommage également à « la vision holistique de la tradition chamanique mongole et le respect de chaque être vivant, issus de la philosophie bouddhiste, qui représentent une contribution précieuse à l’engagement urgent et désormais incontournable en faveur de la protection de la planète Terre».

La culture de la paix de la Mongolie

Les yourtes, a encore souligné François, témoignent par ailleurs «de la précieuse combinaison entre tradition et modernité», elles réunissent plusieurs générations et montrent la continuité avec l’Antiquité. Le Pape y a vu par là l’occasion de saluer la Mongolie comme un pays s’étant pleinement inscrit dans la modernité.

Le Souverain pontife a ainsi rappelé que La Mongolie d’aujourd’hui «joue un rôle important au cœur du grand continent asiatique et sur la scène internationale». Il a salué l’engagement et la détermination du pays à mettre fin à la prolifération nucléaire tout comme le choix de mettre fin à la peine de mort.

«La Mongolie est non seulement une nation démocratique qui met en œuvre une politique étrangère pacifique, mais elle entend également jouer un rôle important pour la paix dans le monde» s’est encore félicité François.

Comme Gengis Kahn a su reconnaître les excellences des peuples qui composaient l’immense territoire impérial et à les mettre au service du développement commun, la Mongolie contemporaine peut jouer un rôle dans le monde actuel, fracturé par les conflits a encore expliqué le Pape. «Plaise au Ciel que sur la terre, ravagée par trop de conflits, les conditions de ce qui fut autrefois la pax mongolica, c’est-à-dire l’absence de conflits, soient reproduites dans le respect des lois internationales encore aujourd’hui»  a-t-il lancé.

“La communauté catholique mongole est heureuse de continuer à apporter sa propre contribution”

Savoir regarder le Ciel

Reprenant l’image de la yourte, François a par ailleurs insisté sur son point central le plus élevé, qui permet de regarder le ciel. Une métaphore puissante. «Je voudrais insister sur cette attitude fondamentale que votre tradition nous aide à redécouvrir : savoir garder le regard fixé vers le haut, a t-il souligné, lever les yeux vers le ciel – l’éternel ciel bleu que vous vénérez toujours – signifie rester dans une attitude d’ouverture docile aux enseignements religieux».

La contribution des religions et de l’Église catholique

«Beaucoup de vos premiers leaders furent des protagonistes d’un regard tourné vers le haut et d’une vision plus ample, faisant preuve d’une capacité peu commune à intégrer des voix et des expériences différentes, y compris du point de vue religieux» a encore expliqué le Souverain pontife, avant de mettre en avant la contibution positive des relions à la société.

La Mongolie se reconnait aujourd’hui «dans cette valeur essentielle d’harmonie et de synergie entre croyants de différentes confessions». En ce sens, a précisé François, «la communauté catholique mongole est heureuse de continuer à apporter sa propre contribution».

Le Pape signant le livre d'or au Palais d'État à Oulan-Bator

Le Pape signant le livre d’or au Palais d’État à Oulan-Bator

«Je me réjouis donc que la communauté catholique, aussi petite et discrète soit-elle, participe avec enthousiasme et engagement à la croissance du pays, en diffusant la culture de la solidarité, du respect de tous et du dialogue interreligieux, et en œuvrant pour la justice, la paix et l’harmonie sociale» a encore expliqué le Saint-Père, rappelant que l’accord bilatéral signé il y a trente ans entre le Saint-Siège et Oualn-Bator «représente un canal important pour atteindre ces conditions essentielles au déroulement des activités ordinaires dans lesquelles l’Église catholique est engagée».

«Je suis certain que les catholiques mongols sont aussi et seront prêts à apporter leur contribution à la construction d’une société prospère et sûre, a conclu le Pape, en dialogue et en collaboration avec toutes les composantes qui habitent cette grande terre bénie du ciel », qui a souhaité que les différentes composantes de la société mongole, continuent à offrir au monde « la beauté et la noblesse d’un peuple unique».

Source : VATICANNEWS, le 2 septembre 2023

Entre art et folklore, au cœur de la culture mongole avec le Naadam

La musique avec le sitar; le Khöömei, les chants harmoniques aux sonorités gutturales; les danses folkloriques; le Bok, la lutte, croisement entre le sumo et le catch; le carrousel équestre, avec des acrobaties sur les nombreux chevaux qui peuplent les steppes; des exhibitions de contorsionnistes. C’est un spectacle pour les yeux et l’esprit que d’assister au Besreg Naadam, le festival culturel traditionnel de Mongolie, qui, par le biais de compétitions artistiques et sportives, permet au visiteur étranger d’entrer dans les racines de la culture de ce pays d’Asie centrale et de s’en imprégner.

À quarante kilomètres à l’est de la capitale Oulan-Bator, au premier jour du voyage de François consacré au repos avant le début des différents rendez-vous du 2 septembre, la suite pontificale et les journalistes accompagnant le Souverain pontife ont pu assister à un moment d’art et d’histoire parmi les masques anciens, les danseurs, les musiciens, les chameaux et les chevaux. Le tout immergé dans un cadre naturel impressionnant de vallées verdoyantes parsemées de yourtes typiques, les tentes des bergers nomades.

Source : VATICANNEWS, le 2 septembre 2023

Le samedi est le jour de Marie (I)

iStock/Getty Images Plus/Sthaporn

Le samedi est le jour de Marie (I)

La dédicace du samedi à sainte Marie dans la liturgie a commencé à l’époque carolingienne, avec le moine anglais Alcuin (735-804), maître de Charlemagne. Nous ne connaissons pas la raison pour laquelle Alcuin voulut des intentions mariales pour la liturgie du samedi, mais dans les siècles suivants, des théologiens et liturgistes comme par exemple au XIII siècle Humbertus de Romanis, maître général des moines prêcheurs (dominicains), proposeront jusqu’à sept raisons à ce choix :


1 – Le samedi est le jour béni par Dieu plus que les autres jours, Dieu bénit le septième jour (cf Gn 2, 3) et Marie est la « bénie entre les femmes » (Lc 1,42)

2 – Le samedi est le jour sanctifié par Dieu et Marie est la « pleine de grâce » (Lc 1,28) ; il est donc juste de dédier le jour saint à la Toute sainte. Ou encore, le samedi est le jour où Dieu a parachevé l’œuvre de la nature, et en Marie, Dieu a parachevé l’œuvre de la grâce.

3 – Le samedi est le jour où Dieu, après l’œuvre de la création, se reposa (cf. Gn 2,2) mais le vrai « repos »de Dieu est Marie à qui la liturgie applique Sir 24, 8 : « Celui qui me créa reposa dans ma tente » parce que Dieu se repose dans une âme qui le contente, Marie. La Bible dit aussi que Dieu s’est reposé dans son tabernacle (Ps 18,6). Humbert dit, « le samedi et la Vierge sont donc associés : le samedi est le jour et Marie est l’endroit où Dieu se repose. »

4 – De même que le samedi est la porte qui introduit le dimanche, Marie a été la porte par laquelle le Christ est entré dans le monde.

Ignazio Calabuig

Le culte de Marie en Occident, Dans l’Institut liturgique pontifical de Saint Anselme.

Scientia Liturgica, sous la direction de A.J. Chupungco, vol V, Piemme 1998. pp. 342.

(à suivre demain 2 septembre)

Prions :

Je vous salue Marie, pleine de grâce ;
Le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen

Source : une minute avec Marie