Mère de Dieu, Theotokos, est le titre attribué officiellement à Marie au Ve siècle, plus exactement lors du Concile d’Éphèse de 431, mais qui s’était déjà affirmé dans la dévotion du peuple chrétien à partir du IIIe siècle, dans le contexte des discussions enflammées de cette période sur la personne du Christ.
On soulignait, par ce titre, que le Christ est Dieu et qu’il est réellement né, comme un homme, de Marie : on préservait ainsi son unité de vrai Dieu et de vrai homme. En vérité, même si le débat semblait porter sur Marie, celui-ci concernait essentiellement son Fils. Voulant sauvegarder la pleine humanité de Jésus, certains Pères suggéraient un terme plus atténué : au lieu du titre de Theotokos, ils proposaient celui de Christotokos, Mère du Christ ; cela fut cependant vu à juste titre comme une menace contre la doctrine de la pleine unité de la divinité avec l’humanité du Christ.
C’est pourquoi, après une longue discussion, lors du Concile d’Éphèse de 431, comme je l’ai dit, furent solennellement confirmées, d’une part, l’unité des deux natures, divine et humaine, en la personne du Fils de Dieu (cf. DS, n. 250) et, de l’autre, la légitimité de l’attribution à la Vierge du titre de Theotokos, Mère de Dieu (ibid., n. 251).
Je vous salue Marie, pleine de grâce ; Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, Priez pour nous pauvres pécheurs, Maintenant et à l’heure de notre mort.
Huit jours après la Nativité du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, nous célébrons sa Mère, celle qui lui a donné son être humain, corps et âme par l’Esprit-Saint qui vient sur elle la plaçant dans l’orbite de la paternité divine.
C’est pourquoi le concile d’Éphèse, en 431, la proclama la Theotokos(en grec Θεοτόκος; en latin Deipara ou Dei genetrix), la Mère de Dieu, puisque son fils est Dieu, ce qui ne préjuge pas de la différence entre Marie créature humaine et Jésus Fils éternel de Dieu.
La solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu, est la première fête mariale apparue dans l’Église occidentale.
Extrait de l’homélie du pape Benoît XVI
(Mardi 1er janvier 2008)
Chers frères et sœurs !
Nous commençons aujourd’hui une nouvelle année et l’espérance chrétienne nous prend par la main ; nous la commençons en invoquant sur elle la bénédiction divine et en implorant, par l’intercession de Marie, Mère de Dieu, le don de la paix : pour nos familles, pour nos villes, pour le monde entier. […]
Dans la première Lecture, tirée du Livre des Nombres, nous avons écouté l’invocation : « Quele Seigneur t’apporte la paix » (6, 26) ; que le Seigneur accorde la paix à chacun de vous, à vos familles, au monde entier. Nous aspirons tous à vivre dans la paix, mais la paix véritable, celle annoncée par les anges la nuit de Noël, n’est pas une simple conquête de l’homme ou le fruit d’accords politiques ; elle est tout d’abord un don divin qu’il faut implorer constamment et, dans le même temps, un engagement à conduire avec patience, en demeurant toujours dociles aux commandements du Seigneur. […]
Notre pensée se tourne à présent naturellement vers la Vierge, que nous invoquons aujourd’hui comme Mère de Dieu. Ce fut le pape Paul VI qui transféra au premier janvier la fête de la Divine Maternité de Marie, qui était autrefois célébrée le 11 octobre. En effet, avant la réforme liturgique qui a suivi le Concile Vatican II, le premier jour de l’année était célébrée la mémoire de la circoncision de Jésus au huitième jour après sa naissance – comme signe de la soumission à la loi, de son insertion officielle au sein du peuple élu – et le dimanche suivant était célébrée la fête du Nom de Jésus. Nous retrouvons encore quelques traces de ces célébrations dans la page évangélique qui vient d’être proclamée, dans laquelle saint Luc rapporte que, huit jours après sa naissance, l’Enfant fut circoncis et qu’il lui fut donné le nom de Jésus, « nom indiqué par l’ange avant sa conception » (Lc 2, 21). La fête d’aujourd’hui, par conséquent, est non seulement une fête mariale extrêmement significative, mais elle conserve également un puissant contenu christologique, parce que, pourrions-nous dire, avant la Mère, elle concerne précisément le Fils, Jésus vrai Dieu et vrai Homme.
L’apôtre Paul fait référence au mystère de la maternité divine de Marie, la Theotokos, dans la Lettre aux Galates. « Mais quand vint la plénitude du temps – écrit-il – Dieu envoya son Fils né d’une femme, né sujet de la Loi » (Ga 4, 4). En peu de mots, nous trouvons synthétisé le mystère de l’Incarnation du Verbe éternel et la divine maternité de Marie : le grand privilège de la Vierge réside précisément dans le fait d’être la Mère du Fils qui est Dieu. A huit jours de Noël, cette fête mariale trouve donc sa place la plus logique et la plus juste. En effet, dans la nuit de Bethléem, lorsqu’elle « enfanta son fils premier-né » (Lc 2, 7), s’accomplirent les prophéties concernant le Messie. « Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils », avait annoncé le prophète Isaïe (7, 14); « voici que tu concevras dans ton sein et tu enfanteras un fils », dit à Marie l’ange Gabriel (Lc 1, 31); et un autre ange du Seigneur – raconte l’évangéliste Matthieu -, apparaissant en songe à Joseph, le rassura en lui disant: « ne crains pas de prendre chez toi Marie ta femme: car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint; elle enfantera un fils » (Mt 1, 20-21).
Le titre de Mère de Dieu est le fondement de tous les autres titres sous lesquels la Vierge a été vénérée et continue d’être invoquée de génération en génération, en Orient et en Occident. Beaucoup d’hymnes et de prières de la tradition chrétienne font référence au mystère de sa divine maternité, comme par exemple une antienne mariale du temps de Noël, l’Alma Redemptoris mater, dans laquelle nous prions ainsi: « Tu quae genuisiti, natura mirante, tuum sanctum Genitorem, Virgo prius ac posterius – Toi, dans l’émerveillement de toute la création, tu as engendré le Créateur, Mère toujours vierge ».
Chers frères et sœurs, nous contemplons aujourd’hui Marie, mère toujours vierge du Fils unique du Père; nous apprenons d’elle à accueillir l’Enfant qui pour nous est né à Bethléem. Si dans l’Enfant né d’Elle nous reconnaissons le Fils éternel de Dieu et nous l’accueillons comme notre unique Sauveur, nous pouvons être appelés fils de Dieu : fils dans le Fils. L’Apôtre écrit : « Dieu envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l’adoption filiale » (Ga 4, 5).
L’évangéliste Luc répète plusieurs fois que la Vierge méditait en silence sur ces événements extraordinaires auxquels Dieu lui avait fait prendre part. Nous l’avons également écouté dans le bref passage évangélique que la liturgie nous repropose aujourd’hui : « Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant dans son cœur » (Lc 2, 19). […]
Chers frères et sœurs, ce n’est qu’en conservant dans le cœur, c’est-à-dire en mettant ensemble et en trouvant une unité à tout ce que nous vivons, que nous pouvons entrer, à la suite de Marie, dans le mystère d’un Dieu qui par amour s’est fait homme et qui nous appelle à le suivre sur le chemin de l’amour; un amour à traduire chaque jour en un généreux service pour nos frères. Puisse la nouvelle année, que nous commençons aujourd’hui avec confiance, être un temps au cours duquel progresser dans cette connaissance du cœur, qui est la sagesse des saints. Prions pour que, comme nous l’avons entendu dans la première Lecture, le Seigneur « fasse rayonner son visage » sur nous, nous « soit propice » (cf. Nb 6, 24-27), et nous bénisse. Nous pouvons en être certains : si nous ne nous lassons pas de rechercher son visage, si nous ne cédons pas à la tentation du découragement et du doute, si malgré toutes les difficultés que nous rencontrons nous demeurons toujours ancrés à Lui, nous ferons l’expérience de la puissance de son amour et de sa miséricorde. Puisse le fragile Enfant que la Vierge montre aujourd’hui au monde, faire de nous des artisans de paix, ses témoins, témoins du Prince de la Paix. Amen !
En ce temps-là, les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé. Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Acclamons et partageons la parole de Dieu !
COMMENTAIRE :
Livre d’heures du Sinaï (9e siècle)
Canon à la Mère de Dieu, SC 486 (Sinaiticus graecus 864; trad. Sr Maxime Ajjoub, éd. du Cerf, 2004, p. 425-427)
Mère toute immaculée, tu as porté en ton sein le feu de la divinité !
Tout souffle mortel rend honneur à ton enfantement, ô Toute Pure, et la troupe des anges célèbre l’incompréhensible mystère de ton accouchement, comment tu as conçu en ton sein le Créateur de l’univers et l’as mis au monde : redoutables en vérité, étranges, extraordinaires, absolument stupéfiants, ô Souveraine, sont tes prodiges ! Puisque tu as auprès de ton Fils, ô Souveraine, la liberté de parole d’une mère, ne cesse pas de l’implorer par tes divines suppliques : que ceux qui te supplient, Mère de Dieu, soient délivrés de toute affliction, eux qui t’honorent avec amour comme un refuge pour notre salut, comme un divin recours, Toute Pure, comme un rempart inviolable et la joie des affligés. Tu as fait de moi, ô Mère, un temple de l’Esprit saint, en purifiant par tes divines suppliques la souillure de ma chair et en essuyant, Mère de Dieu, la sanie de mes fautes : car c’est auprès de toi que je me suis réfugié, toi la véritable protection et le rempart infrangible des chrétiens, leur abri, leur divin recours et leur refuge. Daniel, en esprit, discernait en toi la montagne non touchée du ciseau (cf. Dn 2,34), et Ézéchiel, la porte divine (cf. Ez 44,2), Moïse t’a vue à l’avance, buisson non consumé (cf. Ex 3,2), toi qui a porté en ton sein le feu de la divinité sans être dévorée par la flamme, ô Vierge : et nous, nous t’avons reconnue comme la Mère toute immaculée, pour avoir enfanté dans la chair notre Rédempteur.
LECTURES :
Livre des Nombres 6,22-27.
Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : « Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras : Voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël : “Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !” Ils invoqueront mon nom sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »
Psaume quatre 67(66),2b.3.5abd.7.8b.
Que son visage s’illumine pour nous ; et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations.
Que les nations chantent leur joie, car tu gouvernes le monde avec justice ; sur la terre, tu conduis les nations.
La terre a donné son fruit ; Dieu, notre Dieu, nous bénit. Que la terre tout entière l’adore !
Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates 4,4-7.
Frères, lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils. Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et puisque tu es fils, tu es aussi héritier : c’est l’œuvre de Dieu.
François: «L’Église apprend la gratitude de la Vierge Marie»
Le Pape a présidé les Premières Vêpres de Marie Très Sainte Mère de Dieu ainsi que le Te Deum pour l’année écoulée, dans la basilique Saint-Pierre, dimanche après-midi. Lors de cette dernière cérémonie de l’année, l’évêque de Rome s’est arrêté sur deux expressions qui caractérisent les sentiments de l’Église en cette fin d’année, « gratitude » et « espérance ». Des expressions, a t-il précisé qu’elle apprend de la Vierge Marie.
Olivier Bonnel-Cité du Vatican
C’est devant 6500 fidèles environ que le Pape François a présidé la dernière cérémonie de l’année dans la basilique Saint-Pierre, dimanche après-midi, celle des Première Vêpres de Marie Très Sainte Mère de Dieu (La solennité de Marie est célébrée le 1er janvier, ndlr) ainsi que le traditionnel Te Deum afin de rendre grâce pour l’année écoulée. Dès le début de son homélie, le Souverain pontife a expliqué que la foi nous permet de vivre «d’une manière différente de la mentalité du monde». Elle se manifeste en effet selon lui à travers deux expressions: gratitude et espérance.
L’état d’esprit en ce dernier jour de l’année est quelque chose de quasi universel, a rappelé François, «Tout le monde remercie, tout le monde espère, que l’on soit croyant ou non», mais en réalité, a t-il mis en garde dès le début de son homélie, la gratitude et l’espérance peuvent devenir « mondaines », «il leur manque la dimension essentielle qu’est la relation avec l’Autre et avec les autres, avec Dieu et avec nos frères».
Louange, surprise, gratitude
«En revanche, dans cette liturgie, on respire une toute autre atmosphère, a t-il poursuivi : celle de la louange, de la surprise, de la gratitude». Ce n’est pas à cause de la majesté de la basilique ou de ses ornements, des chants ou des lumières que viennent ces sentiments mais à cause du Mystère que l’antienne du premier psaume exprimait ainsi : « Merveilleux échange ! Le Créateur a pris une âme et un corps, il est né d’une vierge ; […] il nous donne sa divinité ».
Le Pape a invité les fidèles à penser «à ce qu’a dû être la gratitude dans le cœur de Marie lorsqu’elle a regardé Jésus nouveau-né». «C’est une expérience que seule une mère peut faire, et qui pourtant, chez elle, chez la Mère de Dieu, a une profondeur unique, incomparable. Marie sait, elle seule avec Joseph, d’où vient cet enfant. Pourtant, il est là, il respire, il pleure, il a besoin de manger, d’être couvert, d’être protégé. Le Mystère laisse place à la gratitude, qui émerge dans la contemplation du don, dans la gratuité, alors qu’elle suffoque dans l’angoisse de l’avoir et du paraître».
L’icône de la « Vierge allaitant » placée ce dimanche dans la basilique Saint-Pierre
En préparation au Jubilé
Le chrétien, à l’image de la Vierge Marie «est un pèlerin de l’espérance» a encore expliqué François, rappelant que le thème choisi pour le grand Jubilé de 2025 était « Pèlerins de l’espérance« . Le Saint-Père a développé une longue réflexion sur la façon dont ce jubilé doit être vécu dans la Ville éternelle et le sens de cette année sainte à venir: Ainsi, outre l’aspect organisationnel de cet événement, le Jubilé est avant tout un «témoignage de la communauté ecclésiale et civile ; un témoignage qui, plus que dans les événements, consiste dans le style de vie, dans la qualité éthique et spirituelle de la vie en commun» a t-il expliqué.
François a ainsi demandé si chacun travaillait pour que Rome «soit un signe d’espérance pour ceux qui l’habitent et pour ceux qui la visitent?», mentionnant notamment l’importance de l’accessibilité de la ville «aux personnes âgées ou à celles qui souffrent d’un handicap moteur».
Une année de prière
«Un pèlerinage, surtout s’il est exigeant, demande une bonne préparation, a encore dit le Pape, expliquant que l’année 2024, précédant le Jubilé serait justement consacrée à la prière. «Et quel meilleur maître pourrions-nous avoir que notre Sainte Mère ?» a t-il demandé, invitant les fidèles à «apprendre d’elle à vivre chaque jour, chaque moment, chaque occupation avec notre regard intérieur tourné vers Jésus. Tout cela avec gratitude et espérance».
A l’issue de la cérémonie, le Pape s’est rendu place Saint-Pierre pour se recueillir devant la crèche de Greccio alors que la fanfare de la Garde Suisse pontificale jouait des hymnes de Noël.
Le pape Benoît XVI nous a quittés il y a un an, le 31 décembre 2022. Petit hommage pour le premier anniversaire de sa mort.
« Dieu est le véritable Père de sa créature. Ce Dieu est la vie, et la mort est donc la contradiction totale de la réalité de Dieu. Dieu ne veut pas son contraire. […] C’est pourquoi Dieu cherche la vie de sa créature, non pas la punition, mais la vie au sens plein : la communication, l’amour, l’épanouissement de l’être, la participation à la joie de la vie et à la grâce d’exister » (Le Ressuscité, DDB, 1986, p. 50). Ces propos du Cardinal Ratzinger, tirés de la retraite de Carême qu’il avait prêchée au Vatican en 1985 devant Jean-Paul II, constituent une sorte de préambule à l’enseignement que prodigua toute sa vie durant cet éminent théologien dont nous avons fêté le 31 décembre le premier anniversaire de la mort. C’est que celui qui devint pape le 19 avril 2005 sous le nom de Benoît XVI ne cessa d’affirmer – tant dans son enseignement universitaire que dans son magistère pétrinien – le primat de l’Amour de Dieu. Un Dieu créateur et rédempteur fidèle à la promesse de son Alliance avec l’homme qu’Il n’abandonne jamais en dépit de son péché, à qui Il veut communiquer Sa Vie pour le faire participer à Sa joie. La théologie du pape Benoît XVI est donc extrêmement joyeuse parce qu’elle s’enracine dans cette vertu d’Espérance dont il fera le thème principal de son encyclique Spe Salvi, du 30 novembre 2007. Une encyclique qu’il faudrait lire avec deux autres de ses textes magistériels : Deus Caritas est, sa première encyclique, qui porte sur le thème de la Charité divine, et celle que le pape François valida après la renonciation de son prédécesseur, mais dont celui-ci est l’auteur, à l’exception du dernier chapitre : Lumen fidei, l’encyclique tant attendue de Benoît XVI sur la vertu de la Foi.
Pourquoi avoir ainsi consacré la majeure partie de son ministère pétrinien aux vertus théologales, et à la foi en particulier ? C’est parce qu’il a constaté, tout au long de son ministère, en Allemagne ou à Rome lorsqu’il fut à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la foi et à celle de l’Eglise tout entière, combien celle-ci traversait une crise profonde qui touchait à ses fondements mêmes. Il le notera dans l’un de ses derniers textes, que l’éditeur Artège a publié sous le titre : Ce qu’est le christianisme, et qui constitue comme son Testament spirituel. Le pape émérite, retiré dans son monastère du Vatican, ne craint pas de proposer comme cause principale des dérives sexuelles de certains membres du clergé la grave crise de la foi que traverse l’Eglise depuis plus de 50 ans ; et propose d’y apporter comme remède le retour au primat de la foi et de l’abandon à l’amour de Dieu : « Si nous voulions synthétiser au maximum le contenu de la foi tel qu’il est présenté dans la Bible, nous pourrions dire que le Seigneur a initié une histoire d’amour avec nous et souhaite y associer toute la Création. Le contrepoids contre le mal, qui nous menace et menace le monde entier, ne peut consister qu’en notre abandon à cet amour. (…) La puissance du mal naît de notre refus d’aimer Dieu. Celui qui met sa foi dans l’amour de Dieu est racheté. Le fait que nous ne soyons pas rachetés est une conséquence de notre incapacité à aimer Dieu. Apprendre à aimer Dieu est donc la voie de la rédemption pour l’humanité » (ibid. Editions Rocher/Artège, p. 222).
On le voit, le pape Benoît réaffirme le primat de l’amour de Dieu, qui n’est pas d’abord ce que l’homme peut faire pour Lui, mais ce que Dieu a fait et continue de faire pour l’humanité entière ; voilà en quoi consiste la Bonne nouvelle, celle de l’Evangile, où l’existence de Dieu « devient in fine un message de joie, parce que Dieu crée et qu’Il est l’amour. » Et il ajoute : « Faire en sorte que les hommes reprennent conscience de ce message est la tâche première et fondamentale que le Seigneur nous confie » (ibid. p. 223).
C’est en cela aussi que le pape émérite rejoint la perspective qui a guidé toute son œuvre théologique, et dont on trouve les fondements dans son maître-ouvrage La Foi chrétienne, hier et aujourd’hui, qu’il avait publié en Allemagne en 1968, mais qui n’a rien perdu de sa pertinence. Dans ce livre, qui est un commentaire du Credo dans la formulation du Symbole des Apôtres, le futur pape Benoît, qui n’était encore qu’un professeur de théologie dogmatique à l’Université de Tübingen, se réapproprie la foi de l’Eglise pour en faire comme le programme de son enseignement et de son ministère futur tout entier. Il faut relire la Préface que le Cardinal Ratzinger a rédigée pour la nouvelle édition de ce livre en 2000, afin de mieux comprendre l’attachement qu’il lui porte : « En y plaçant au centre la question de Dieu et la question du Christ, je crois que je ne me suis pas trompé quant à l’orientation fondamentale, avoue-t-il en conclusion de sa Préface, (…) qui indique le lieu de la foi dans l’Eglise… L’orientation fondamentale, je le crois, était juste ». Remettre la foi chrétienne au cœur d’un monde de plus en plus sécularisé, voire nihiliste, constitue ainsi déjà, pour celui qui allait devenir son Pasteur suprême cinq ans plus tard, le dessein le plus urgent, « l’orientation fondamentale » de toute l’Eglise catholique. Pourquoi cela ? Parce qu’il est convaincu qu’une société dans laquelle Dieu est absent de la sphère publique est « une société dans laquelle l’équilibre de l’humain est de plus en plus remis en cause » (Ce qu’est le christianisme, op. cit., p. 223).
Et cette absence de Dieu ne touche pas seulement le monde actuel, il est aussi l’un des facteurs majeurs de la crise dans l’Eglise. « Comment la pédophilie a-t-elle pu atteindre de telles proportions ? », s’interroge le pape émérite. « En fin de compte, répond-il, la raison principale réside dans l’absence de Dieu » (ibid. p. 224). Et le pape Benoît d’inviter tous les chrétiens, hommes d’Eglise ou laïcs, à Le remettre à la première place, et « à ce que nous nous remettions à vivre de Dieu, à réapprendre à reconnaître Dieu comme le fondement de nos vies, le centre de nos pensées, de nos paroles et de nos actions » (ibid. p. 225). Le primat de l’amour de Dieu, encore et toujours… Le pape Benoît se fait à nouveau prophète d’un Dieu « qu’on laisse de côté comme une parole creuse », alors « qu’il s’est fait homme pour nous. Sa créature humaine est si chère à son cœur qu’il s’est unie à elle et s’est ainsi intégré dans son histoire de manière très concrète. Il parle avec nous, il vit avec nous, il souffre avec nous et il a pris la mort sur lui pour nous sauver » (ibid.). Le pape Benoît se fait ainsi le chantre du dogme de l’Incarnation du Verbe ; il en serait même l’un de ses plus grands Docteurs tant il lui semble que le Christ représente le Centre de toute vie humaine.
Il rejoint en cela un autre Docteur de l’Eglise, sainte Thérèse de l’E. J., dont nous fêtions cette année le 150 ème anniversaire de la naissance. Il n’est d’ailleurs pas anodin de remarquer que la Petite Thérèse n’entreprit « sa course de géant » qu’après avoir reçu cette fameuse grâce de Noël, qui allait transformer sa vie entière. En cette nuit du 25 décembre 1886, où le Dieu fort et puissant se rend « faible et souffrant » par amour pour les hommes, Il la rendit « forte et courageuse », changeant la « nuit de son âme en torrents de lumière »… (Manuscrits Autobiographiques, Ms A, folio 45 r°). Le pape Benoît souscrirait volontiers à la pensée de Thérèse, qui tient en une seule phrase : « Il n’y a que Jésus qui est, tout le reste n’est rien »… Sans l’Enfant de la crèche, qui est aussi le Crucifié du Calvaire, la vie n’a tout simplement aucun sens : « En réalité, la mort de Dieu dans une société signifie aussi la mort de la liberté, parce que ce qui meurt, c’est le sens, qui donne son orientation à la société. Et parce que disparaît alors la boussole qui nous oriente dans la bonne direction en nous apprenant à distinguer le bien du mal » (Ce qu’est le christianisme, op. cit., p. 223).
Le pape Benoît XVI est « entré dans la Vie » il y a un an exactement, le 31 décembre 2022. Dieu a voulu que sa mort coïncide avec l’Octave de Noël, au seuil d’une nouvelle année et de la célébration de sainte Marie Mère de Dieu. Comme une invitation pour tous à contempler le mystère d’un Dieu si proche qu’il s’est fait l’un de nous ! On peut y lire aussi une invitation à nous plonger dans l’enseignement si riche de ce théologien et pasteur éminent pour y puiser de fortes raisons de croire, et donc aussi de vivre…
Père Jean-Gabriel, ocd Prieur du couvent des Carmes de Toulouse
« Beaucoup de personnes se demandent : pourquoi la famille est-elle aussi importante ? Pourquoi l’Église insiste-t-elle tant sur le thème du mariage et de la famille ? La raison est simple, même si tous ne parviennent pas à le comprendre : de la famille dépend le destin de l’homme, son bonheur, la capacité de donner un sens à son existence. Le destin de l’homme dépend de celui de la famille et c’est pour cette raison que je ne me lasse jamais d’affirmer que l’avenir de l’humanité est étroitement lié à celui de la famille » (Jean-Paul II).
Depuis ses origines, l’histoire de l’homme est substantiellement une histoire d’amour ; car « Dieu a créé l’homme à son image » (Gn 1, 27), et malgré les défigurations que le péché lui a fait subir, cette image demeure toujours vivante au fond de chacun de nous. Or la famille est le premier lieu où se vit l’amour, où il manifeste sa mystérieuse fécondité, où il se transmet et s’apprend.
Le Fils de Dieu lui-même a voulu initier sa course au sein d’une famille. La Providence aurait pu choisir d’autres circonstances pour accomplir le mystère de la Rédemption ; mais elle a voulu honorer en tout premier lieu la famille domestique de sa visite, pour signifier à toutes les générations sa suréminente dignité, comme fondement de la « famille de Dieu » (Ep 2, 19) et de toute société humaine.
Au cœur des lectures de ce jour où nous fêtons la Sainte Famille, modèle des familles chrétiennes, se situe l’enfant, don de Dieu, signe d’Alliance.
Vu les circonstances extraordinaires de la conception de leur enfant, les prescriptions de la Loi ne concernent pas vraiment Marie et Joseph. S’ils se rendent au Temple pour y accomplir ce que prescrit la Loi, c’est avant tout pour rendre grâce à Dieu de sa confiance et du don qu’il leur a fait. La joie devait illuminer le visage de cette jeune fille et de ce jeune homme venus présenter leur nouveau-né au Seigneur : le don de la vie n’est-il pas le bien le plus précieux ? L’enfant n’est-il pas « le printemps de la famille et de la société », selon l’heureuse expression qui constituait le thème de la rencontre mondiale des Familles, lors du Jubilé de l’An 2000 ?
Le vieillard Siméon exulte de joie en accueillant dans ses bras cet enfant, ce fils d’homme qui porte en lui la semence de Vie divine. Grâce à lui désormais, la mort ne sera plus qu’un passage, une naissance à une autre Vie, définitive cette fois, d’où sera bannie toute souffrance, car « Dieu lui-même essuiera toute larme de nos yeux. La mort ne sera plus. Il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu » (Ap 21, 4).
Chaque enfant reprend le flambeau des générations qui passent et s’éteignent, assurant ainsi la continuité de la vie triomphante. Mais chaque enfant apporte aussi son lot de difficultés, de souffrances, que les parents auront à assumer, en plus du poids – souvent très lourd – des autres fardeaux qu’ils ont à porter. La Sainte Famille n’en fut pas épargnée, loin de là : la fuite en Egypte, l’incompréhension des habitants de Nazareth, l’hostilité croissante des chefs religieux, jusqu’au drame de la Passion, que la Vierge a vécu comme un martyr : « Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée ».
Pourtant, jamais il n’y eut sur les lèvres de Marie ou de Joseph, le moindre murmure : leur foi en la bienveillance de Dieu est demeurée inébranlable, lui qui fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment (cf. Rm 8, 28). Cette confiance leur permettait de rendre grâce en toutes circonstances, anticipant le précepte de l’Apôtre : « Priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit » (1 Th 5, 17-18).
Certes l’héroïcité des vertus est un don de la grâce, qui ne s’acquiert qu’au terme d’un long et patient cheminement, fait de chutes et de relèvements. Mais Dieu est fidèle, et sa miséricorde demeure toujours disponible ; comme le Bon Berger, il accompagne son troupeau sur le chemin de l’Evangile, ramène les brebis égarée, et prend soin de celles qui sont blessées (Ez 34, 15). N’est-il pas étonnant que la famille, qui toujours et partout a été célébrée comme le sanctuaire de la vie, soit devenue de nos jours un lieu où rôde la mort ? N’est ce pas un signe éloquent de la crise de l’espérance que traverse notre société marquée par la « culture de la mort » ?
La menace qui pèse sur la vie de l’enfant, fruit et incarnation de l’amour, n’est-elle pas la preuve irréfutable que notre société a perdu le sens du mystère de la personne humaine ? Lorsqu’un groupe humain revendique conjointement le « droit » à l’enfant et le « droit » de l’éliminer, il reconnaît ouvertement qu’il ne considère plus cet enfant comme une fin en soi, mais simplement comme un moyen au service de la satisfaction des désirs des parents.
Il est urgent que les hommes et les femmes de notre temps reprennent conscience de la grandeur de la vocation de l’homme et de la femme, appelés à devenir les proches collaborateurs de Dieu dans l’acte de procréation de leurs enfants. Par sa seule présence, l’enfant est signe de la fécondité de l’Alliance ; de l’alliance matrimoniale entre l’homme et la femme, mais aussi de l’Alliance nuptiale entre Dieu et l’humanité : « A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Eglise » (Ep 5, 32).
Le mariage est pour les époux chrétiens, leur façon spécifique d’être disciples de Jésus, de contribuer à l’édification du Royaume de Dieu, de marcher vers la sainteté à laquelle tout baptisé est appelé. C’est pourquoi les époux chrétiens ont aujourd’hui une mission spécifique urgente : au cœur du monde, ils ont à être une “bonne nouvelle pour le troisième millénaire” en étant des témoins convaincus et cohérents de la vérité sur la famille » (Jean-Paul II).
Puissent les époux chrétiens découvrir à l’école de Nazareth « ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable » (Paul VI), et puissent-ils vivre cette vocation et cette mission qui leur est propre, dans la paix, la joie et la fécondité de l’Esprit.
Un village de l’État du Plateau au Nigéria, après l’attaque du 26 décembre. (AFP or licensors)
Le Nigeria, la Terre Sainte ou le Soudan, au coeur des prières de François
A l’issue de la prière de l’Angélus, le Souverain pontife a lancé de nouveaux appels à la paix, revenant notamment sur les récents massacres au Nigeria où près de 200 personnes ont été tuées ces derniers jours.
Vatican News
À l’issue de la prière de l’Angélus de ce dimanche 31 décembre, le Pape François a une nouvelle fois tourné ses prières vers plusieurs pays plongés dans la guerre et la violence. Le Saint-Père est revenu en particulier sur les récents massacres survenus dans l’État du Plateau, au centre du Nigéria, où près de 200 personnes ont été tuées. «Malheureusement, la célébration de Noël au Nigeria a été marquée par de graves violences dans l’État du Plateau, qui ont fait de nombreuses victimes. Je prie pour elles et leurs familles. Que Dieu délivre le Nigeria de ces horreurs !» a t-il lancé devant les fidèles. François a également prié pour les victimes de l’explosion d’un camion citerne au Liberia, où plus de 40 personnes ont perdu la vie et des dizaines d’autres blessées.
L’Ukraine, la Terre Sainte, la Birmanie
«Continuons à prier pour les peuples qui souffrent des guerres: le peuple ukrainien tourmenté, les peuples palestinien et israélien, le peuple soudanais et bien d’autres encore», a poursuivi le Pape. «Au terme de l’année, ayons le courage de nous demander : combien de vies humaines ont été brisées par les conflits armés? Combien de morts? Et combien de destructions, de souffrances, de pauvreté? Que ceux qui sont concernés par ces conflits écoutent la voix de leur conscience. Et n’oublions pas les Rohingyas martyrisés !» a encore exhorté François.
VIngt missionnaires tués dans le monde au cours de l’année 2023.
Vingt missionnaires tués en 2023, avec un nombre record en Afrique
Le continent africain a enregistré le plus grand nombre de prêtres, religieux, catéchistes, mais aussi de laïcs, assassinés en 2023. C’est ce qu’indique un dossier publié par l’Agence Fides. Ces missionnaires ont été dans de nombreux cas victimes d’enlèvements ou d’actes de terrorisme, ou encore impliqués dans des fusillades ou des violences diverses.
Paolo Ondarza – Cité du Vatican
Ils n’ont pas réalisé d’exploits extraordinaires, mais ce qui caractérise les vingt missionnaires tués en 2023, c’est la normalité de leur vie, vécue dans des contextes de pauvreté économique et culturelle, de dégradation morale et environnementale, où viennent à manquer le respect pour la vie et pour les droits de l’homme, et où l’oppression et la violence sont la norme.
Normalité de vie et témoignage évangélique
Cette année encore, les données publiées par l’Agence Fides, dirigé par Stefano Lodigiani, donnent à voir des photographies de vies ordinaires, écrasées dans l’offre quotidienne du simple témoignage évangélique. La liste comprend un évêque, huit prêtres, deux religieux non prêtres, un séminariste, un novice et sept laïcs (hommes et femmes).
Deux missionnaires de plus tués
Par rapport à l’année 2022, deux missionnaires supplémentaires ont été assassinés, mais comme le rappelle Fides, les données compilées restent ouvertes à des mises à jour et à des corrections. Le nombre le plus élevé est encore une fois enregistré en Afrique, où neuf personnes ont été tuées (cinq prêtres, deux religieux, un séminariste, un novice). Vient ensuite l’Amérique avec six victimes (un évêque, trois prêtres, deux laïcs), l’Asie avec quatre laïcs assassinés, et l’Europe avec un missionnaire laïc tué.
Rencontrer la mort sans y être pour rien
Tous ont trouvé la mort bien qu’innocents: victimes d’enlèvements ou d’actes terroristes, impliqués dans des fusillades ou des violences de toutes sortes. Qu’il s’agisse de prêtres allant célébrer la messe ou allant exercer des activités pastorales dans une communauté éloignée, comme le père Jacques Yaro Zerbo, assassiné par des inconnus dans la région de la Boucle du Mouhoun au Burkina Faso; ou d’attaques à main armée perpétrées le long de routes très fréquentées; ou encore d’assauts contre des presbytères et des couvents où des missionnaires se consacraient à l’évangélisation, à la charité et à la promotion de l’homme. Il y a également le cas du père Stephen Gutgsell, tué à coups de couteau dans le presbytère de l’église de Fort Cahloun au Nebraska aux États-unis.
Du coté du Mexique, des jeunes catéchistes, Gertrudis Cruz de Jesús et Gliserina Cruz Merino, ont été tuées dans l’État d’Oaxaca lors d’une embuscade alors qu’elles se rendaient à une procession eucharistique. En Palestine, Samar Kamal Anton et sa mère, Nahida Khalil Anton, ont été abattues par des tireurs embusqués, alors qu’elles se rendaient au couvent des religieuses de Mère Teresa à Gaza. Avec d’autres femmes catholiques et orthodoxes, elles étaient engagées dans un parcours de foi et d’apostolat, notamment en faveur des pauvres et des handicapés. Le dossier de Fides traite également de l’Europe, où en Espagne, Diego Valencia, laïc sacristain de la paroisse de Nuestra Senora de La Palma, à Algesiras, dans la province de Cadix, a été tué par un jeune marocain armé d’une machette.
Témoins de foi et d’espérance
Ces femmes et ces hommes de foi qui auraient pu éviter la mort, en allant dans des lieux plus sûrs, ou en renonçant à leurs engagements chrétiens, ont fait un choix différent, conscients du risque auquel ils étaient chaque jour exposés. Naïfs aux yeux du monde mais authentiques témoins de fraternité et d’espérance, grâce auxquels l’Eglise et le monde avancent.
Concrètement en 2023, parmi les missionnaires tués en Afrique, quatre l’ont été au Nigeria; deux au Burkina Faso et deux également en Tanzanie. En Amérique, ils sont deux a avoir été tués au Mexique et deux aux États-Unis; en Asie, deux aux Philippines et deux en Palestine également. Enfin, en Europe, précisément en Espagne, une personne a perdu la vie.
Les fruits mûrs de la vigne du Seigneur
Selon l’Agence Fides, 544 agents pastoraux ont été tués entre 2001 et 2022. Environ 115 au cours de la décennie 1980-1989; 604 entre 1990 et 2000, décennie au cours de laquelle s’est déroulé le génocide au Rwanda qui a fait au moins 248 victimes parmi le personnel ecclésiastique. «Les martyrs, a dit le Pape, ne doivent pas être considérés comme des héros qui ont agi individuellement, comme des fleurs qui poussent dans un désert, mais comme des fruits mûrs et excellents de la vigne du Seigneur, qui est l’Église».
Le dossier de Fides ne concerne pas seulement les missionnaires ad gentes au sens strict, mais prend en considération tous les baptisés engagés dans la vie de l’Église qui sont morts de manière violente, même si cela ne se produit pas expressément «en haine de la foi». « C’est pourquoi, lit-on dans le rapport, nous préférons ne pas utiliser le terme de martyrs, sauf dans son sens étymologique de témoins, afin de ne pas entrer dans le jugement que l’Église pourrait éventuellement porter sur certains d’entre eux en les proposant, après un examen attentif, à la béatification ou à la canonisation».
Instruments du plan de salvifique de Dieu
L’Agence Fides utilise le terme «missionnaire» en référence à chaque personne baptisée car, comme l’a écrit François dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium, «chaque baptisé est un sujet actif d’évangélisation». «Aujourd’hui encore, a déclaré le Pape lors de la prière de l’angélus du 26 décembre dernier, en la fête de saint Étienne le Protomartyr, il y a, et ils sont nombreux, ceux qui souffrent et meurent pour témoigner de Jésus. La semence de leurs sacrifices, qui semble mourir, germe, porte du fruit, parce que Dieu, à travers eux, continue à faire des merveilles, à changer les cœurs et à sauver les hommes».