Le 3 mai 1491 à 10h du matin, ainsi que le précise la chronique de Thann, Thierry Schoeré, forgeron d’Orbey se rendant au marché de Niedermorschwihr, près de Colmar dans l’est de la France, passa devant un chêne où il aperçut une image sainte déposée, selon la coutume de cette époque, afin d’inviter les passants à prier pour un homme qui venait de rendre l’âme en ce lieu quelques jours auparavant.
Descendant de son cheval, il s’agenouilla devant la pieuse image et priant avec ferveur pour le repos de l’âme du malheureux, il fut soudain ébloui par un éclatant rayon lumineux, au milieu duquel apparut une forme délicate et vaporeuse. C’était la Vierge Marie, enveloppée de longs voiles blancs transparents, qui tenait trois épis en sa main droite et un grêlon dans la main gauche :
« Relève-toi, brave homme, dit la Vierge avec douceur, et écoute. Vois ces épis. Ils sont le symbole de l’abondance des belles moissons qui viendront récompenser les êtres vertueux, généreux et apporter le bien-être et le bonheur dans les foyers des fidèles chrétiens. Quant à ce glaçon, il signifie que la grêle, la gelée, l’inondation, la famine et tout son cortège de désolation et de malheurs viendront punir les mécréants dont la gravité des péchés a pu lasser la miséricorde divine. Va, bonhomme, descends dans les villages et annonce à tous les habitants le sens de ces prophéties.»
Récit des apparitions de Notre-Dame-des-Trois-Epis, en Alsace
Selon les archives du village d’Orbey – toujours conservées au musée de Colmar
Prions : Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.
Saints Philippe et Jacques le Mineur Apôtres et martyrs
Philippe était de Bethsaïde, en Galilée, patrie de saint Pierre et de saint André. Le Sauveur, dès les premiers jours de sa vie publique, le rencontra et lui dit : « Suis-Moi ! »
Après la Pentecôte, il alla prêcher dans les immenses contrées de l’Asie supérieure ; il évangélisa longtemps les Scythes, puis les Galates, les Phrygiens, et c’est dans la ville d’Hiérapolis, en Phrygie, qu’il confirma sa prédication par le témoignage de son sang.
Un jour que le peuple offrait de l’encens à un gros serpent qu’il regardait comme une de ses divinités principales, Philippe, saisi de compassion, se jette à terre et supplie Dieu de délivrer ces malheureux de la tyrannie du serpent infernal. L’affreuse bête expire aussitôt. Le peuple se montrait disposé à accepter la doctrine d’un homme qui opérait de telles merveilles ; mais les magistrats et les pontifes s’emparèrent de l’Apôtre, le battirent de verges, le clouèrent à une croix et l’accablèrent de pierres. À sa mort, la terre trembla et plusieurs édifices s’écroulèrent.
Jacques, appelé le Mineur pour le distinguer de Jacques le Majeur, frère de saint Jean, était né à Cana, en Galilée ; il était de la tribu de Juda et cousin de Notre-Seigneur selon la chair. La tradition affirme qu’il ressemblait au Sauveur, et que les fidèles aimaient à regarder en lui une vivante image de leur Maître remonté dans le Ciel. Jacques eut un frère, Apôtre comme lui, nommé Jude, et ses deux autres frères, Joseph et Simon, furent disciples de Jésus.
Après la Pentecôte, quand les Apôtres se partagèrent le monde, Jacques se fixa à Jérusalem, pour la conversion spéciale des Juifs. Son autorité était très grande dans l’Église primitive, et, au concile de Jérusalem, c’est lui qui, le premier après saint Pierre, prit la parole. Il nous reste de lui une belle Épître.
Les conversions nombreuses et éclatantes opérées par son ministère lui suscitèrent des ennemis. Les princes des Juifs le firent monter sur la terrasse du temple et lui dirent : « Juste, nous avons confiance en toi ; parle et dis-nous la vérité sur Jésus ! » Le saint Apôtre s’écria : « Pourquoi m’interrogez-vous sur le Christ ? Il siège dans les Cieux à la droite de la Majesté divine, et un jour Il reviendra sur les nuées du Ciel. » La foule approuvait ces paroles ; mais les chefs, jaloux, précipitèrent le vieillard du haut en bas. Brisé dans sa chute, le martyr trouve encore la force de se mettre à genoux et de prier Dieu pour ses bourreaux, en répétant la parole du Sauveur : « Seigneur, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Un foulon l’étendit mort d’un coup de levier sur la tête.
Pour approfondir, lire les Catéchèses du Pape Benoît XVI :
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 14,6-14.
En ce temps-là, Jésus dit à Thomas : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres.
Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. » et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Quand vous me demanderez quelque chose en mon nom, moi, je le ferai. »
Saints Philippe et Jacques, apôtres envoyés proclamer au monde entier le Royaume de Dieu
En lisant les Écritures, il apparaît clairement que la proposition de l’Évangile ne consiste pas seulement en une relation personnelle avec Dieu. (…) La proposition est le Royaume de Dieu (Lc 4,43) ; il s’agit d’aimer Dieu qui règne dans le monde. Dans la mesure où il réussira à régner parmi nous, la vie sociale sera un espace de fraternité, de justice, de paix, de dignité pour tous. Donc, aussi bien l’annonce que l’expérience chrétienne tendent à provoquer des conséquences sociales. Cherchons son Royaume : « Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33). Le projet de Jésus est d’instaurer le Royaume de son Père ; il demande à ses disciples : « Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 10,7). Anticipé et grandissant parmi nous, le Royaume concerne tout et nous rappelle ce principe de discernement que le pape Paul VI proposait en relation au développement véritable : « Tous les hommes et tout l’homme. » Nous savons que « l’évangélisation ne serait pas complète si elle ne tenait pas compte des rapports concrets et permanents qui existent entre l’Évangile et la vie, personnelle, sociale, de l’homme » (Paul VI). Il s’agit du critère d’universalité, propre à la dynamique de l’Évangile, du moment que le Père désire que « tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4) et que son dessein de salut consiste à « saisir toutes choses, celles du ciel et celles de la terre, sous un seul Seigneur, le Christ » (Ep 1,10). Le mandat est : « Allez dans le monde entier ; proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16,15), parce que « la création en attente, aspire à la révélation des enfants de Dieu » (Rm 8,19). Toute la création signifie aussi tous les aspects de la nature humaine, de sorte que « la mission de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ a une dimension universelle. Son commandement de charité embrasse toutes les dimensions de l’existence, toutes les personnes, tous les secteurs de la vie sociale et tous les peuples. Rien d’humain ne peut lui être étranger. »
LECTURES :
Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 15,1-8.
Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Évangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants. Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont endormis dans la mort –, ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis.
Psaume 19(18),2-3.4-5ab.
Les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains. Le jour au jour en livre le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance.
Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s’entende; mais sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle, aux limites du monde.
« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis.» Nous avons été choisis par Dieu. Avons-nous conscience d’être les élus de son cœur ?
Nous aurions pu naître ailleurs, loin de la religion chrétienne. Nous aurions pu ne pas avoir été baptisés et même avoir été éduqués dans le mépris de la foi. Nous aurions pu, comme tant d’autres, avoir déserté l’Église. Mais nous avons été choisis, divinement attrapés par le cœur et c’est pour cela que nous sommes ici.
Depuis toujours, nous sommes assoiffés d’amour au point de ne l’espérer que divin, c’est à dire total et éternel. Voilà le signe de notre élection par Dieu. Plus que nous-mêmes avoir choisi l’amour, c’est lui qui nous porte depuis l’enfance, avant que nous en ayons eu conscience. Si nous sommes ici, c’est parce qu’il y a en nous une puissance d’aimer qui nous dépasse, confine au divin et qui, depuis toujours, nous fait vivre.
Même malade, même en souffrance, et peut-être particulièrement là, nous éprouvons un véritable désir d’amour. Peut-être même l’amour d’un père, d’une mère, de proches nous a-t-il manqué ? C’est encore le signe que nous sommes tout entier tournés vers l’amour.
Mesurons-nous à quel point nos joies comme nos peines révèlent le fait que nous ne vibrions que d’amour ? Nous sommes tellement gagnés par le désir d’amour que nous en avons fait notre religion. Oui, l’amour s’incarne pleinement et, oui, c’est ce que nous voulons vivre.
Bien sûr, il n’y a pas besoin d’être croyant pour aimer et se sentir aimé. L’amour humain est accessible à tous et la fraternité humaine est possible entre tous, croyants et non-croyants. Mais le désir de vivre un amour absolu ne vient, lui, que de la rencontre avec Dieu. Notre soif n’est pas tant celle d’un amour naturel que celle d’un amour surnaturel, qui pourtant nous touche et nous porte concrètement, quotidiennement. Nous aspirons au divin dans l’amour humain, non pas comme un idéal abstrait vers lequel il faudrait désespérément tendre, mais pratiquement, incarné en nous, ici et maintenant.
D’ailleurs, le commandement que nous donne le Christ n’est pas tant de nous aimer les uns les autres – c’est le minimum bien sûr – que de nous aimer « comme Dieu nous a aimés ». Lui en premier, lui avant tout et lui plus de tout. C’est lui qui nous a choisis et nous ne faisons que languir de cet amour. De là, notre désir de le voir à l’œuvre encore à travers nous. De là, notre présence ici.
Le commandement de Dieu c’est de ne pas sortir de l’amour ; d’encore voir dans nos blessures et dans nos peines, même dans l’amour qui nous manque, encore et d’abord l’amour ; de ne jamais rester centré sur nos souffrances, mais plutôt sur l’amour qu’elles révèlent malgré elles. Que mon frère m’offense, c’est bien que je ne désire que l’aimer. Suis-je en deuil ? C’est bien par amour. Ai-je l’impression que quelqu’un m’abandonne ou me trahit ? C’est parce que je l’aime. Tout ce qui blesse notre amour témoigne encore de sa présence.
Donner sa vie pour ceux qu’on aime, c’est trouver dans toute l’existence, dans les joies comme dans les peines, la trace, en plein ou en creux, de cet amour – intense, profond, puissant, qui transcende le bien comme le mal, et que nous éprouvons quoi qu’il advienne.
Enfin, il n’y a pas d’amour sans, quelque part, la joie d’aimer. « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. » nous dit le Christ. Si nous parvenons à voir que toute tristesse est le signe d’un amour blessé – et donc d’un amour vif, bien plus profond qu’il n’est meurtri – si nous parvenons à voir que toute blessure affective est le signe d’un plus grand amour qu’encore nous éprouvons, alors il est toujours possible de retrouver la joie de cet amour. Si nous parvenons à voir la tristesse comme le reflet blessé d’une plus grande joie d’aimer, alors notre joie sera parfaite, puisque de toutes circonstances.
Donner sa vie, c’est trouver dans toutes ses circonstances, les plus belles comme les plus affligeantes, la trace de l’amour d’autrui. Alors nous aimerons comme Dieu nous aime.
Les lectures bibliques de ce dimanche se résument en un mot : “AIMEZ”. C’est un commandement que nous trouvons tout au long de la Bible. Mais le livre des Actes des Apôtres (1ère lecture) nous rappelle que ce n’est pas gagné, même chez les chrétiens. Pour les juifs convertis au Christ, tout soldat romain était un ennemi national. Tout étranger était exclu de la plénitude de l’Alliance. Il était interdit à tout juif pieux de fréquenter la maison des païens. Les premiers chrétiens partageaient cette façon de voir. L’expansion de l’Évangile devait se traduire dans un premier temps par le rassemblement des douze tribus d’Israël.
Mais l’Esprit Saint fait voler en éclat cette barrière. Pierre doit intégrer dans la communauté des croyants un païen converti. L’Évangile de Jésus Christ est pour tous, même pour ceux qui sont très loin. C’est très important pour nous qui avons toujours tendance à juger ceux qui ne sont pas de notre bord. Il y a des paroles méprisantes et blessantes qui sont un obstacle à l’annonce de l’Évangile. Nous oublions que ces personnes ont la première place dans le cœur de Dieu. Elles sont son bien le plus précieux. En les rejetant, c’est contre Dieu que nous péchons.
La lettre de saint Jean (2ème lecture) insiste fortement sur le grand commandement de l’amour : “Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres puisque l’amour vient de Dieu”. C’est important pour nous d’entendre cet appel, surtout quand on est confronté aux divisions et aux disputes qui empoisonnent la vie chrétienne. L’amour du frère s’enracine dans l’amour dont Dieu nous aime. Il faut le dire et le redire : Dieu nous a aimés, il a aimé le monde pour que nous vivions de la vie divine. Il s’est offert en sacrifice pour le pardon des péchés. Il attend de nous une réponse qui soit à la mesure de son amour pour nous.
L’Évangile nous rappelle les paroles de Jésus au joie du Jeudi Saint : “Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.” Ces paroles sont le testament qu’il nous a laissé la veille de sa mort. Elles s’adressent aux apôtres mais aussi à chacun de nous aujourd’hui. Ce sont ses dernières volontés. Elles nous révèlent ce qu’il y a de plus profond en lui, ce qu’il nous confie de réaliser.
Jésus tient à préciser que c’est un commandement nouveau. Ce qui est nouveau, ce n’est pas l’amour. Ce commandement de l’amour existait dans l’Ancien Testament, bien avant la venue de Jésus : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”. Avec l’Évangile de ce jour, nous faisons un pas de plus : “Aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés.” L’amour que nous devons avoir les uns pour les autres nous vient du Père par Jésus. Ce qui est premier, c’est cette affirmation : Dieu est amour. Cet amour, ce n’est pas une simple qualité de Dieu. C’est tout son être qui est amour.
Quant à nous, nous ne sommes pas l’amour, mais nous avons en nous celui qui est l’Amour. C’est pour cette raison que saint Jean écrit : “celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui.” On ne peut pas vivre sans cet amour qui est en Dieu Père, Fils et Esprit Saint. Et cet amour qui vient de Dieu, nous ne pouvons le vivre qu’en passant par les autres.
Il nous appartient d’en tirer toutes les conséquences dans nos familles, nos villages, nos quartiers. Quand un chrétien va visiter une personne malade ou un prisonnier, c’est toujours au nom de cet amour qui est en Dieu. Il en est de même quand nous partageons avec les plus pauvres, ceux qui ont tout perdu. C’est toujours une réponse à Jésus qui nous commande de nous aimer les uns les autres. Aimer nous fait ressembler à Dieu.
Bien sûr, quand nous parlons d’amour, il faut éviter les contrefaçons. Nous le savons bien : le verbe aimer comporte des nuances qui vont du sublime au sordide. L’amour vrai trouve sa source en Dieu. Il fait sans cesse le premier pas vers nous. C’est la croix du Christ qui nous le révèle. Elle nous le montre livrant son corps et versant son sang pour nous et pour la multitude. C’est ce don de Dieu qui nous rassemble chaque dimanche à la messe. Nous accueillons celui qui est l’Amour pour le porter aux autres.
Seigneur, toi qui es l’Amour, nous te prions les uns pour les autres et pour notre monde. Rassemble-nous tous dans la paix de ton amour. Amen