05.12.3024 – CAP FATIMA – LETTRE DE LIAISON NO 168

Lettre de liaison n° 168 (5 décembre 2024)

Chers amis,

Avant de poursuivre nos réflexions sur le message de Fatima, il nous faut signaler un prochain événement important : dans quelques jours, ce sera le 99e anniversaire de la demande de Notre-Dame à Pontevedra de répandre dans le monde la dévotion réparatrice des premiers samedis du mois. En effet, le 10 décembre 1925, Notre-Dame apparut à sœur Lucie et lui confia (voir fiche sur les premiers samedis du mois) :

Dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet et me tiendront compagnie pendant quinze minutes, en méditant sur les quinze mystères du Rosaire en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort, avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme.

En plus d’être une Année Sainte, 2025 sera une année particulièrement importante, car elle sera celle du 100e anniversaire de cette demande. Malheureusement, celle-ci n’est toujours pas complètement satisfaite, car le Saint-Siège ne s’est jamais prononcé officiellement sur cette dévotion : aucun document ne la recommande. C’est pourquoi Salve Corda (https://salve-corda.org) et Cap Fatima ont décidé de mener une action pour promouvoir cette dévotion : fêter cet anniversaire par un jubilé, le Jubilé 2025 des 1ers samedis de Fatima. (Voir texte de présentation en pièce jointe).
Afin de mobiliser les fidèles du monde entier, des évènements internationaux vont être lancés. Chaque premier samedi du mois de 2025, un pèlerinage sera organisé dans un des grands sanctuaires du monde pour y réaliser la dévotion réparatrice demandée par Notre Dame ce jour-là.
De plus, pour lancer ce jubilé, une messe sera dite à l’église Saint Roch, à Paris, le mardi 10 décembre à 19h15, suivie d’une adoration à 20h15. (Voir tract en pièce jointe) Vous êtes tous invités à y participer (au moins les parisiens) ou à aller à la messe dans votre paroisse ce jour-là.

Poursuivons maintenant nos réflexions sur le message de Fatima.

Le message de Fatima

Le 19 août 1917, après avoir reçu les consignes de Notre-Dame sur les processions et l’usage de l’argent, Lucie lui demanda : « Je voudrais vous demander la guérison de quelques malades. » Notre-Dame lui répondit : « Oui, j’en guérirai quelques-uns dans l’année. Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs. Car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. »

« J’en guérirai quelques-uns »

Cette réponse peut paraître déconcertante. Pourquoi seulement quelques-uns ? Lucie a-t-elle indiqué une préférence ? Pourquoi celui-là et pas celui-là ? Il y a là une discrète incitation de Notre-Dame à réfléchir sur les conditions d’une prière efficace. Nous les méconnaissons trop souvent. Aussi nous arrive-t-il d’être décontenancés, voir mécontents, lorsque, malgré d’intenses prières, nous ne sommes pas exaucés.

Pourtant, Jésus dit : « Demandez et l’on vous donnera. (…) Car quiconque demande reçoit. » (Mt VII, 7-8) ; « Si deux d’entre vous, sur la terre, s’unissent pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est dans les cieux. » (Mt XVIII, 19) ; « Tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l’obtiendrez et cela vous sera accordé. » (Mc XI, 24) ; « Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, je le ferai afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. » (Jn XIV, 13-14) ; etc.
Par la suite, Dieu confirma ces affirmations de Notre-Seigneur. Par exemple, Il confia à sainte Catherine de Sienne : « Je suis un Dieu prodigue et non pas avare : J’accorde avec abondance à ceux qui me demandent ; J’ouvre avec empressement à ceux qui frappent véritablement, et Je réponds à tous ceux qui M’appellent. » Alors pourquoi Dieu n’exauce-t-Il pas toutes nos prières ?

Certes, nous savons que, si nous n’obtenons pas ce que nous avons demandé, Dieu nous donne autre chose et d’une plus grande valeur. Mais, comme nous ne voyons pas toujours ce que peut être cet “autre chose”, nous avons parfois du mal à y croire, au point que certains perdent confiance dans la valeur de la prière. Même les plus grands saints éprouvèrent cette difficulté. À sainte Gertrude qui Lui demandait : « Seigneur, je Vous prie pour obtenir une grâce et Vous me la refusez. », Notre-Seigneur lui répondit :

Il n’y a rien d’étonnant qu’un père refusât à son fils une pièce d’argent, s’il avait l’intention de lui donner cent pièces d’or. De même, ne soyez pas étonnée que Je diffère de vous exaucer, parce que chaque fois que vous M’invoquez par la moindre parole, Je mets en réserve pour vous des biens qui surpassent de beaucoup cent pièces d’or.

Pour bien comprendre cette attitude de Dieu à notre égard, il faut repartir de ce qu’est la prière, et plus particulièrement la prière de demande, puisque c’est bien une demande que fit la petite Lucie à la Sainte Vierge. Saint Jacques donne la raison de l’inefficacité de nos prières : « Vous demandez et ne recevez pas, parce que vous demandez mal. » (Jc IV, 3). Dans son ouvrage Le grand moyen de la prière, au chapitre 3, saint Alphonse de Liguori, en s’appuyant sur saint Thomas d’Aquin, rappelle les conditions nécessaires pour une prière efficace : « Saint Thomas ramène à quatre les conditions requises pour que la prière soit efficace : “Que l’on demande pour soi-même, des biens nécessaires au salut, avec piété, avec persévérance”. »

1re condition : Demander pour soi-même

Charité bien ordonnée commence par soi-même. Notre toute première préoccupation doit être de penser à notre salut. Et elle doit être de chaque instant, car nous pouvons mourir à n’importe quel moment. De nombreuses fois dans l’Évangile, Jésus nous demande d’être prêts. C’est pourquoi Il nous demande de prier sans cesse. Il faut à tout instant penser que Dieu peut nous rappeler dans l’heure qui vient et que, pour cela, nous devons être prêts.

Toutefois, cela n’exclut pas de prier aussi pour notre prochain. Saint Jacques le recommande très clairement : « Priez les uns pour les autres afin d’être sauvés. » (Jc V, 16) C’est aussi une des demandes essentielles du message de Fatima : l’Ange l’exprime à chacune de ses trois apparitions de 1916. Il en est de même pour Notre-Dame. Le 13 mai elle répète presque mot pour mot la demande de l’Ange de prier et de faire des sacrifices pour obtenir la conversion des pécheurs.

Mais cette demande se heurte à la liberté humaine. Nous ne pouvons pas nous substituer à la volonté de ceux pour qui nous prions. Notre prière peut leur apporter une grâce, mais nos demandes restent malgré tout conditionnée par leur liberté. Dans l’apparition du 13 juin 1917, Notre-Dame le précise clairement : « S’il se convertit, il guérira dans l’année. »
Le 13 septembre, à Lucie qui lui demande à nouveau la guérison de plusieurs malades, dont un sourd muet, Notre-Dame répond comme le 19 août : « Oui, j’en guérirai quelques-uns. Les autres, non. » Et le 13 octobre, sur une nouvelle demande de Lucie, Notre-Dame rappelle la condition qu’elle a donnée le 13 juin : « Les uns, oui, les autres non. Il faut qu’ils se corrigent, qu’ils demandent pardon de leurs péchés»

Dieu n’agit pas contre la volonté des pécheurs. Dieu ne nous sauvera pas sans nous. Il respectera notre liberté de refuser sa grâce. Voilà pourquoi saint Alphonse dit qu’une des conditions pour être plus sûrement exaucé est de prier pour nous. Mais cela ne nous dispense absolument pas de prier pour notre prochain. Au contraire : c’est une exigence du message de Fatima. Notre-Dame le dit le 13 juillet : « Sacrifiez-vous pour les pécheurs » et enseigne une prière à cet effet. Et c’est pourquoi, après avoir dit : « Oui, j’en guérirai quelques-uns », Notre-Dame ajoute : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs. »

2e condition : Demander des biens nécessaires au salut

Pour être exaucés, nous devons demander ce qui est nécessaire à notre salut. Dieu, dans sa bonté, ne nous accordera jamais quelque chose qui apparemment nous semblera bon, mais à terme risque de nous éloigner de Lui. Il est en de même lorsque nous prions pour les pécheurs.
Plusieurs fois, Lucie a demandé la guérison de quelques malades. Certes, il est heureux de recouvrer la santé. Mais, parfois la maladie peut nous être plus salutaire que la santé. Saint Ignace de Loyola s’est converti après avoir été blessé. Sans cette blessure qui le maintint allongé plusieurs mois, que serait-il devenu ?

Lorsque nous L’oublions ou que nous nous détournons de Lui, Dieu utilise souvent l’épreuve pour nous ramener à Lui. Car bien souvent nous ne nous tournons vers Lui que lorsque nous sommes dans le besoin. Comment Lui reprocher d’utiliser ce moyen pour nous attirer à Lui, si c’est le seul que nous Lui laissons ? Combien ont retrouvé Dieu suite à une grande épreuve ! Jacques Fesch s’est converti pendant son séjour en prison et est mort pieusement. Sainte Thérèse n’a pas demandé que Pranzini soit gracié, mais qu’il se convertisse avant d’être exécuté.

Il faut donc demander ce qui est nécessaire pour notre salut ou celui de notre prochain. Saint Thomas d’Aquin en donne les raisons : « Il y a des biens dont on ne peut user mal et qui ne peuvent avoir d’issue fâcheuse : ceux qui font notre béatitude ou qui nous permettent de la mériter. C’est ce que les saints demandent de façon absolue. » Et le saint docteur ajoute : « Quand nous demandons dans la prière ce qui concerne notre salut, nous conformons notre volonté à celle de Dieu dont il est dit (1 Tm 2, 4) qu’Il “veut le salut de tous les hommes”. (…) Notre prière n’a pas pour but de changer le plan de Dieu, mais d’obtenir par nos prières ce qu’Il a décidé de nous donner. »

Voilà pourquoi l’Ange et Notre-Dame ne cessent de nous demander de prier non pas pour la santé de notre prochain mais pour sa conversion. Car la santé de l’âme est mille fois plus importante que la santé du corps, même s’il est tout à fait légitime de demander la grâce d’être guéri d’une maladie.

3e condition : Demander avec piété

Dieu, qui est vraiment notre Père, aime que nous Lui demandions. Dans la vie de saint Thomas More se trouve un fait qui montre combien un vrai père aime qu’on lui demande. Voici une lettre qu’il écrivit à sa fille :

Tu me demandes de l’argent, ma chère enfant, avec trop de timidité et d’hésitation. Ton père, tu le sais bien, est toujours prêt à t’en donner, et d’autant plus que ta lettre mériterait, non pas deux philippes d’or [pièce d’or à l’effigie de Philippe VI] pour chaque ligne, comme le fit Alexandre pour les vers du poète Cherilus, mais, si ma bourse se mesurait à mes désirs, deux onces d’or pour chaque syllabe…
Pourtant je t’envoie juste ce que tu me demandes. J’aurais bien ajouté quelque chose, mais si j’aime donner, j’aime aussi beaucoup que ma fille chérie me demande gentiment, comme elle sait le faire. Aussi dépêche-toi de dépenser cet argent – je suis certain que tu en feras bon emploi. Plus tôt tu reviendras à la charge, et plus je serai content.

C’est exactement ce qu’enseigne saint Thomas d’Aquin :

Dieu, dans sa libéralité, nous accorde bien des choses sans même que nous les Lui demandions. Mais s’Il exige en certains cas notre prière, c’est que cela nous est utile. Cela nous vaut l’assurance de pouvoir recourir à Lui, et nous fait reconnaître en Lui l’auteur de nos biens. D’où ces paroles de Chrysostome : « Considère quel bonheur t’est accordé, quelle gloire est ton partage : voilà que tu peux converser avec Dieu par tes prières, dialoguer avec le Christ, souhaiter ce que tu veux, demander ce que tu désires. »

Dieu sait mieux que nous ce dont nous avons besoin et Il sait aussi quel est le meilleur moment pour nous l’accorder. Mais Il aime que nous le Lui demandions avant de nous l’accorder.

4e condition : Demander avec persévérance

Lorsque nous ne sommes pas exaucés, il ne faut pas nous décourager. Dieu attend parfois pour exaucer nos demandes. S’Il le fait, c’est encore pour notre bien (ou celui de notre prochain). Lorsque Marthe informa Jésus de la maladie de son frère, Il attendit quelques jours avant de revenir à Béthanie et arriva trop tard : Lazare venait de mourir. Jésus attendit sa mort pour pouvoir le ressusciter ensuite. Il ne faut donc pas s’impatienter si Dieu ne nous accorde pas tout de suite ce que nous Lui demandons. S’Il nous fait attendre, c’est pour notre bien ; c’est dans notre intérêt.

C’est pourquoi Notre-Dame ajoute : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs. » Et c’est ce qu’a dit Notre-Seigneur : « Il faut prier toujours, sans se lasser. » (Lc XVIII, 1) Si lorsque nous sommes comblés de faveurs, notre ferveur et nos temps de prière étaient aussi grands et profonds que lorsque nous sommes éprouvés, peut-être Dieu nous laisserait-Il dans cet état pour jouir de nos prières. Malheureusement, le bonheur nous attiédit. C’est presque inévitable. Voilà pourquoi Dieu se rappelle à nous par toutes les contrariétés de la vie quotidienne. Voilà pourquoi l’Ange et Notre-Dame demandent d’offrir tous les jours ces petites contrariétés. Un feu rouge alors que nous sommes en retard, quelqu’un qui nous bouscule, un enfant qui casse un objet, un supérieur injustement désagréable, … chacune d’elles peut être une occasion d’offrir et donc de nous tourner vers Dieu. Tout acte offert (y compris une joie reçue) est une prière si elle est offerte. Donc offrons toute notre journée dès le matin pour que chaque moment, pénible ou non, chaque joie ou chaque contrariété soit offerte. Voilà une manière facile d’être persévérant tant les contrariétés sont nombreuses dans une journée !

Ainsi, la Sainte Vierge n’a dit que quelques mots : « J’en guérirai quelques-uns ». Mais ils suffisent à nous pousser à une profonde réflexion. Dieu agit souvent ainsi. Par exemple, dans l’Évangile, tout n’est pas dit. Car les manques suscitent notre attention et notre intelligence. Alors comme l’ont si souvent demandé l’Ange et Notre-Dame, prions et offrons tous les sacrifices de la journée pour notre conversion et celle des pécheurs.

Les pécheurs qui vont en enfer

Ensuite Notre-Dame ajoute : « Car beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. » Après avoir dit qu’elle rendrait la santé à certains, Notre-Dame revient sur l’indispensable nécessité de prier surtout pour la conversion des pécheurs. Et pour la troisième fois, elle parle de l’enfer. Dans l’apparition précédente (13 juillet), elle en avait parlé deux fois : une première fois, juste après la vision de l’enfer : « Vous avez vu l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. » et une deuxième dans la prière qu’elle enseigna après la révélation du secret : « Ô mon Jésus, pardonnez-nous. Préservez-nous du feu de l’enfer, conduisez au Ciel toutes les âmes, surtout celles qui en ont le plus besoin. »

Nous avons vu combien ces propos avaient impressionné Jacinthe (voir lettre de liaison n° 159 – mars 2024). Mais Lucie aussi fut très marquée par ces paroles. Au cours de sa vie, elle revint de nombreuses fois sur cette question. Par exemple, voici ce qu’elle répondit, le 7 février 1954, au père Lombardi qui la questionnait :

— Croyez-vous vraiment que beaucoup vont en enfer ? Personnellement, j’espère que Dieu sauvera la plus grande partie de l’humanité. J’ai même écrit un livre auquel j’ai donné pour titre : Le salut de ceux qui n’ont pas la foi.
— Mon Père, nombreux sont ceux qui se damnent.
— Il est certain que le monde est une sentine de vices et de péchés. Mais il y a toujours un espoir de salut.
— Non, mon Père, beaucoup, beaucoup se perdront.

C’est exactement ce qu’a dit la Sainte Vierge : « Beaucoup d’âmes vont en enfer parce qu’elles n’ont personne qui se sacrifie pour elles.» Lucie rapporte que Notre-Dame prononça ces paroles « en prenant un air encore plus triste ». Le 1er novembre 1943, elle avait écrit au père Pasquale, un de ses confesseurs : « Ces âmes qui se perdent éternellement sont, sans doute, pour la majeure partie, les victimes de cette lèpre vénéneuse [le péché d’impureté] qui infecte actuellement une grande partie de l’humanité. N’est-il pas vrai aussi que, déjà dans l’Ancien Testament, ce fut ce péché qui provoqua plusieurs fois le châtiment du Seigneur ? »

Le salut éternel de beaucoup d’âmes dépend donc de nos prières et de nos sacrifices. Affirmation surprenante ! C’est si stupéfiant que certains théologiens ont tenté d’atténuer la portée de cette parole de Notre-Dame. Pourtant elle est parfaitement conforme à l’enseignement de l’Église. Voici ce qu’écrit Pie XII dans Mystici corporis (29 juin 1943) : « Il y a un mystère redoutable que nous ne méditerons jamais assez : le salut de beaucoup dépend des prières et des pénitences volontaires des membres du Corps du Christ. »

Si cette phrase est trop dure pour certains, n’oublions pas que la réciproque est tout aussi vraie : beaucoup d’âmes seront sauvées parce que beaucoup auront prié et se seront sacrifiés pour elles. C’est le sens de la phrase de l’Ange « Priez. Priez beaucoup ! (…) Offrez à Dieu un sacrifice en acte (…) de supplication pour la conversion des pécheurs. » C’est aussi le sens de la phrase de Notre-Dame le 13 juillet. « Si l’on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d’âmes se sauveront. ». Et Notre-Seigneur disait à sainte Marguerite-Marie : « Une âme juste peut obtenir le pardon pour mille criminels. » Si nous prions, en particulier le chapelet, et si nous offrons des sacrifices, nous sauverons de nombreux pécheurs. Car, comme le dit saint Augustin : « La prière est la toute-puissance de l’homme et la faiblesse de Dieu. »

En union de prière, dans le Cœur Immaculé de Marie.
Yves de Lassus

La Vierge Marie répond aux interrogations angoissées de notre culture post-moderne

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La Vierge Marie répond aux interrogations angoissées de notre culture post-moderne

Chez beaucoup de nos contemporains, la tentation est forte de taxer de suranné le culte légitime que l’on porte à Marie, de le considérer comme obsolète. La piété mariale véhiculerait selon certains une fois simpliste, plutôt émotionnelle, marquée par la superstition ou par une sensibilité doloriste et saint sulpicienne, une foi dénuée de raison, qui se réfugierait dans le sentimentalisme religieux.


La dévotion envers la Mère de Dieu n’est pas une piété dépassée. Le Rosaire, en particulier, comme l’écrit le pape Jean Paul II, « dans sa simplicité et dans sa profondeur, (…) reste, même dans le troisième millénaire commençant, une prière d’une grande signification, destinée à porter des fruits de sainteté ».


En fréquentant la Vierge Marie, nous découvrons une vision de l’homme et de l’histoire du salut qui présente une réponse pertinente aux interrogations angoissées de notre culture post-moderne.

Mgr. Dominique Rey,

Le Mystère du Rosaire, Editions de l’Emmanuel, Paris, 2008, page 5

Lectures de la messe du jour

Prions :
Je vous salue, Marie pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort.
Amen.

Source : une minute avec Marie

06.12.2024 – SAINT DU JOUR

St Nicolas de Myre

St Nicolas de Myre

ARCHEVÊQUE († 324)

Saint Nicolas
Archevêque de Myre
(† 324)

Nicolas, né probablement à Patare, en Lycie, en Asie mineure (actuelle Turquie) entre le 260 et 280, fut le fruit des prières de ses pieux parents. 

Il eut l’esprit ouvert aux choses divines dès sa plus petite enfance ; à peine sut-il manger, qu’il sut jeûner. Il avait un oncle évêque, qui, voyant avec admiration les vertus de Nicolas, l’ordonna prêtre dès qu’il eut l’âge requis et fit de lui cette prédiction : « Il sera la consolation des affligés, le sauveur des âmes en péril, le bon pasteur qui rassemble ses brebis égarées au bercail de Jésus-Christ. » 

Une de ses premières œuvres fut de sauver l’honneur de trois filles exposées à la perte de leur vertu ; il les dota toutes, l’une après l’autre, et il le fit si discrètement, que c’est à la fin seulement que le père, touché d’admiration, surprit la main du bienfaiteur.

Après un pèlerinage aux lieux saints, Nicolas se retira à Myre, espérant échapper aux honneurs qu’il voulait éviter avec tant de soin, et à la mort de l’évêque de Myre, qui arriva peu de temps après, il fut élu pour lui succéder. Dès lors il s’appliqua à devenir le modèle de son troupeau. Il ne mangea plus qu’une fois le jour, et jamais de viande ; il faisait toujours lire à sa table quelque livre de la Sainte Écriture ; ses nuits se passaient en oraison, et la terre dure était sa couche pour le peu de repos qu’il prenait. Levé avant le jour, il réveillait ses clercs pour chanter des hymnes et des psaumes ; aussitôt le soleil paru, il allait à l’église et employait le reste du jour à ses diverses fonctions pastorales. 

Nicolas, sous la persécution de Dioclétien, fut jeté dans un cachot et mis à la torture ; mais on n’osa pas le faire mourir, par peur de la vengeance de son peuple. 

Peu de saints ont opéré de plus nombreux et de plus éclatants miracles. Tantôt il apparaît à Constantin pendant la nuit, pour lui ordonner de mettre en liberté trois innocents qui doivent être exécutés le lendemain ; tantôt il se montre, en pleine tempête, à des matelots en danger qui l’ont appelé à leur secours. Il est surtout légendaire, entre mille, le miracle de la résurrection de trois enfants tués par un boucher et hachés menu, pour être mêlés à la viande de son commerce. 

On l’honore comme le patron des écoliers.

Saint Nicolas de Myre priez pour nous !

06.12.2024 – ÉVANGILE DU JOUR

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 9,27-31. 

En ce temps-là, Jésus était en route ; deux aveugles le suivirent, en criant : « Prends pitié de nous, fils de David ! »
Quand il fut entré dans la maison, les aveugles s’approchèrent de lui, et Jésus leur dit : « Croyez-vous que je peux faire cela ? » Ils lui répondirent : « Oui, Seigneur. »
Alors il leur toucha les yeux, en disant : « Que tout se passe pour vous selon votre foi ! »
Leurs yeux s’ouvrirent, et Jésus leur dit avec fermeté : « Attention ! que personne ne le sache ! »
Mais, une fois sortis, ils parlèrent de lui dans toute la région.

Acclamons et partageons la parole de Dieu !

COMMENTAIRE :

Hildebrand (13e siècle)

moine cistercien

Opuscule sur la contemplation (Lectionnaire monastique de l’office divin, t.1 Avent-Noël; trad. Solesmes; Éd. Solesmes-Cerf 1993, p. 99)

« Aie pitié de nous, fils de David »

Jésus béni, mon espoir, mon attente, mon amour, j’ai quelque chose à te dire, quelque chose sur toi, un propos plein de douleur et de misère. Toi qui es le Verbe, unique engendré du Père inengendré, devenu chair pour moi, Parole sortie du cœur du Père, Parole que Dieu a proférée une seule fois (cf. He 9,26), Parole par laquelle « dans les derniers jours » (He 1,2) ton Père céleste m’a parlé, daigne écouter, toi, Parole de Dieu, la parole que des désirs abondants font sortir de mon cœur. Écoute et vois : mon âme est triste et toute troublée quand on me dit chaque jour : « Où est ton Dieu ? » (Ps 41,4). Je n’ai rien à répondre, je crains que tu ne sois pas là, je ne sens pas ta présence. Mon cœur brûle, je désire voir mon Seigneur. Où sont, en effet, ma patience et ma constance ? C’est toi, Seigneur mon Dieu, et que vais-je faire ? Je te cherche et je ne te trouve pas ; je te désire et je ne te vois pas ; je te poursuis, et je ne te saisis pas. Quelle est ma force, pour que je puisse tenir ? Jusqu’où puis-je endurer ? Quoi de plus triste que mon âme ? Quoi de plus misérable ? Quoi de plus éprouvé ? Crois-tu, mon amour, que ma tristesse se changera en joie lorsque je te verrai ? (Jn 16,20) (…) « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1S 3,9). Que je puisse écouter ce que tu dis en moi, Seigneur mon Dieu. Dis à mon âme : Je suis ton salut ! (Ps 84,9 ;34,3) Dis davantage, Seigneur, et parle de manière à ce que j’entende : « Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi » (Lc 15,31). Ah ! Verbe de Dieu le Père, c’est cela que j’ai voulu entendre.

LECTURES :

Livre d’Isaïe 29,17-24. 

Ainsi parle le Seigneur Dieu :
Ne le savez-vous pas ? Encore un peu, très peu de temps, et le Liban se changera en verger, et le verger sera pareil à une forêt.
Les sourds, en ce jour-là, entendront les paroles du livre. Quant aux aveugles, sortant de l’obscurité et des ténèbres, leurs yeux verront.
Les humbles se réjouiront de plus en plus dans le Seigneur, les malheureux exulteront en Dieu, le Saint d’Israël.
Car ce sera la fin des tyrans, l’extermination des moqueurs, et seront supprimés tous ceux qui s’empressent à mal faire,
ceux qui font condamner quelqu’un par leur témoignage, qui faussent les débats du tribunal et sans raison font débouter l’innocent.
C’est pourquoi le Seigneur, lui qui a libéré Abraham, parle ainsi à la maison de Jacob : « Désormais Jacob n’aura plus de honte, son visage ne pâlira plus ;
car, quand il verra chez lui ses enfants, l’œuvre de mes mains, il sanctifiera mon nom, il sanctifiera le Dieu Saint de Jacob, il tremblera devant le Dieu d’Israël.
Les esprits égarés découvriront l’intelligence, et les récalcitrants accepteront qu’on les instruise. »

Psaume 27(26),1.4abcd.13-14. 

R/ Le Seigneur est ma lumière et mon salut (Ps 26, 1a)

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; 
de qui aurais-je crainte ? 
Le Seigneur est le rempart de ma vie ; 
devant qui tremblerais-je ?

J’ai demandé une chose au Seigneur,
la seule que je cherche :
habiter la maison du Seigneur
tous les jours de ma vie.

Mais, j’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur 
sur la terre des vivants.
« Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; 
espère le Seigneur. »

08.12.2024 – HOMÉLIE DU 2ÈME DIMANCHE DE L’AVENT – LUC 3,1-6

Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers

Le texte de l’Évangile d’aujourd’hui se divise en deux. D’abord, il se situe dans le temps par l’énumération des dirigeants laïcs et religieux de l’époque : Tibère, Hérode, Caïphe … Ce n’est pas une liste anodine. Elle rappelle la férocité du moment : la domination de Rome et la corruption des élites politiques et religieuses. Aux yeux des contemporains de Jésus, ce sont des dirigeants corrompus que l’on cite là.

Jean le Baptiste lui-même est issu d’une famille sacerdotale. Zacharie, son père, est un prêtre du Temple de Jérusalem. C’est son propre monde que Jean le Baptiste trouve corrompu. Il lance alors un vibrant appel au changement, à la conversion, et en décrit le processus : il s’agit de rendre droit ce qui est tortueux et d’aplanir ce qui ne l’est pas. La métaphore est géographique, mais tout le monde comprend qu’il s’agit des tensions de la vie : des chemins tortueux que l’âme peut prendre, des abîmes de perplexité dans lesquels on sombre parfois, de la difficulté qu’il y a à remonter la pente. Ce sont les chemins de l’espérance que Jean le Baptiste veut redresser ici.

Ainsi, les dirigeants sont corrompus, le peuple souffre et Jean le Baptiste pose un geste radical, qui surprend : il tourne le dos au Temple, où il devait succéder à son père, et va au bord du Jourdain. C’est clairement un geste de défi, qui proclame que le Temple lui-même est désormais corrompu, que ce n’est plus là qu’il faut rendre un culte à Dieu, que Dieu a déserté sa terre, que le peuple d’Israël a perdu la Terre promise. Et, de fait, elle est désormais romaine la Terre promise.

Symboliquement, aller au bord du Jourdain, c’est proclamer qu’il faut à nouveau reconquérir la Terre d’Israël. Pour les plus biblistes d’entre nous, Jean le Baptiste figure ici un nouveau Moïse, et préfigure Jésus comme un nouveau Josué, celui qui dans l’Ancien Testament est le premier à entrer en Terre sainte. Ce que propose Jean le Baptiste, c’est précisément une nouvelle entrée en Terre promise.

Jésus nous enseignera plus tard que la véritable Terre sainte, le véritable Temple, c’est notre corps. On voit déjà cette idée surgir dans l’idée du baptême que propose Jean. On va au Jourdain pour symboliser une nouvelle entrée en Terre d’Israël certes, mais c’est aussi son âme et son corps que l’on purifie, le pardon de ses péchés que l’on demande. Jean le Baptiste appelle avant tout à la conversion personnelle, avant de plonger ensuite les corps dans l’eau. Dès le baptême de Jean, on voit se préfigurer cette notion du corps humain comme une terre sacrée, comme le vrai Temple. La Terre sainte, c’est le peuple de Dieu : voilà ce que proclame Jean le Baptiste.

Dès lors, on peut se poser la question pourquoi est-ce tout le peuple et non pas seulement les oppresseurs du peuple que Jean invite à se convertir ?

« Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. »

La souffrance, l’oppression nous changent. Elles changent notre regard sur le monde, sur les autres et sur nous-mêmes. Les tristesses et les duretés de la vie assombrissent notre cœur, les agressions que nous avons subies entament profondément notre capacité d’aimer, jusqu’à susciter en nous des sentiments contradictoires : difficile de ne pas vouloir se venger quand quelqu’un nous fait du mal ; difficile de ne pas en vouloir à la Terre entière quand le malheur nous tombe dessus ; difficile de ne pas devenir injuste ; difficile de ne pas répercuter la souffrance qui nous accable sur les autres. Un vent de révolte et de haine parcourt le peuple, voilà pourquoi Jean le Baptiste l’invite à la conversion.

Cette haine de l’oppresseur, cette révolte contre le malheur, si on les laisse s’amplifier, rendent tortueuses et rocailleuses toutes nos relations. Elles instillent partout leur violence qui ne trouve nulle part d’exutoire. On se voit alors soi-même devenir quelqu’un d’agressif et de violent – violent envers les autres, violent envers soi, en pensées, en paroles et parfois en actes. Au mieux, on se voit devenir quelqu’un de fermé. La haine, l’esprit de vengeance voire simplement le fait de ne désespérément plus vouloir souffrir sont des feux qui nous rongent au risque de nous rendre injustes envers tout le monde, la vie-même et parfois Dieu. « Où est Dieu puisque je souffre ? » « Que vaut une vie pleine de malheurs ? »

Nos blessures rendent tortueux les chemins de notre cœur, nos souffrances suscitent en nous des sentiments rocailleux. « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. »

En ce temps de l’Avent où nous nous préparons à accueillir à nouveau l’incarnation de Dieu, à prier pour qu’il vienne au monde à travers nous, c’est faire œuvre spirituelle utile que de rechercher en soi – en son esprit et en son âme – ces chemins tortueux, nos pensées toujours rocailleuses de souffrances ; de rechercher en notre cœur ce qui est encore tordu ou escarpé.

Mais il importe surtout de rechercher la paix de l’âme, la douce sérénité qui, malgré les évènements, éclatera en joie le soir de Noël. Ce n’est pas du luxe, pendant ce temps de l’Avent, de rechercher tout ce qui nous apaise. La paix dans le monde ne surgira que de la paix personnelle de tous les cœurs.

« Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. »

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Fr. Laurent Mathelot

Source : RÉSURGENCE.BE, le 5 décembre 2024