05.01.2025 – HOMÉLIE DE L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR – MATTHIEU 2,1-12

Quand Dieu se manifeste

Homélie par le Fr. Laurent Mathelot

Nous célébrons aujourd’hui l’Épiphanie, je voudrais réfléchir avec vous sur la séquence « Adoration des Mages – Vie cachée de Jésus – Baptême par Jean – Tentations au désert » que nous présentent les évangiles à partir d’ici et tenter d’en tirer quelques enseignements pour notre vie spirituelle.

On va d’abord se débarrasser du stéréotype de Roi mage. Le texte de Matthieu qui relate l’Adoration des mages ne dit jamais qu’ils sont rois ni, d’ailleurs, qu’ils sont trois. Le terme grec μάγοι (magoï) désigne plutôt des savants, des sages venus d’Orient. Pour les Juifs, les sagesses sont orientales. C’est de Mésopotamie, de l’actuel Irak, que vient Abraham. C’est à l’Extrême-Orient que se trouve Babylone, la ville des sagesses qui ont cherché à s’élever d’elles-mêmes jusqu’à Dieu, dans l’épisode de la Tour de Babel. L’Adoration des mages, ce sont en fait les sagesses orientales qui viennent déposer leurs trésors aux pieds de l’Enfant-Jésus ; les sagesses humaines qui s’inclinent devant l’Incarnation divine. L’apparition d’une étoile est le phénomène cosmique qui, par excellence, interroge la science des hommes – c’est là sa symbolique dans le récit, qui renforce l’idée que les mages sont des savants, des astronomes, des sages qui étudient le cosmos. Le récit de l’Épiphanie met ainsi en scène les premiers à être avertis en eux-mêmes de la venue de Dieu sur Terre : d’abord des bergers, c’est-a-dire des gens simples, n’ayant que leur bon sens pour comprendre le monde et les plus éminents savants de l’époque qui déposent, aux pieds de l’Enfant-Dieu, toute la richesse de leur savoir. Ce que le récit montre ici, c’est que, si la simplicité et la science mènent à Dieu, devant lui, elles s’inclinent.

Épiphanie est un mot grec qui signifie « se manifester, apparaître, être évident, éclatant » – littéralement : « sur-briller ». Pour les bergers comme pour les mages, l’incarnation de Dieu est devenue évidente, éclatante. Plus précisément, on parle de « théophanies » c’est-à-dire de Dieu qui se manifeste, qui apparaît, dont la présence devient évidente. Pour Moïse, le Buisson ardent était une théophanie, une manifestation claire de la présence de Dieu. Nous en trouverons une autre dans l’Évangile de la semaine prochaine, lorsqu’après le Baptême de Jésus, le ciel s’ouvre, que l’Esprit Saint apparaît tel une colombe et qu’une voix venant du ciel proclame : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. ».

Dans nos vies aussi se produisent des événements qui touchent au divin. Nous avons tous dans nos existences – je l’espère – des événements où le temps semble suspendu, comme éternel, même s’il ne dure qu’un instant ; où l’esprit et le cœur se laissent gagner par une plénitude qui emporte tout. Parmi ces parcelles d’éternité qui nous gagnent, il doit y avoir – je pense – la mise au monde d’un enfant : pour nous croyants, donner la vie touche au divin. Pour des parents qui voient naître leur enfant, il y a quelque chose de la manifestation de Dieu dans leur existence. D’autres moments humains ont le goût de la plénitude divine : un « je t’aime » entendu, une tête complice qui se pose sur votre épaule, un moment de pure amitié ou un bel élan de fraternité. Il y a, si on y est attentif, tout au long de l’existence, de nombreux petits moments qui touchent au divin : chaque fois que nous voyons une manifestation authentique d’amour, nous, croyants, y voyons une manifestation de Dieu.

Dans notre vie spirituelle aussi. Si vous vous enfoncez dans la prière, s’il vous arrive de creuser votre relation avec Dieu, vous vivrez de ces moments qui touchent à l’extase spirituelle, qui donnent le sentiment de communion avec le divin, qui nous emportent dans un élan d’éternité. Il y a des prières qui peuvent se révéler intenses et qui n’inondent pas moins le cœur qu’un élan amoureux.

Pour les bergers qui le rejoignent spontanément, pour les mages qui viennent à lui avec leurs sagesses : la rencontre avec le Christ est ce moment d’éternité, cette apparition phénoménale de Dieu dans leur vie qui les emporte vers le divin. Imaginez ce qu’il se passe dans le cœur et l’esprit des mages lorsqu’ils voient leurs espérances réalisées dans cet enfant qui manifeste authentiquement Dieu. Imaginez ce qu’il se passe dans le cœur et l’esprit de Jésus, à son baptême, quand il entend cette voix venue du ciel qui dit « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

Et puis plus rien, le désert …

Parce que si on réfléchit aux bergers, aux mages venus adorer l’enfant Jésus dans la crèche, pour eux, pendant les trente années qui suivent, il ne se passe rien. A part l’épisode où Jésus, jeune adolescent, viendra retrouver des sages au Temple, pendant trente années le Salut qu’il apporte reste totalement caché, pour ainsi dire : disparu, enfoui. Pour peu que les mages aient été âgés au moment de la venue de Jésus au monde, pour eux, il ne s’est rien passé d’autre …

Et même pour Jésus, après la théophanie de son baptême, les Évangiles nous racontent que l’Esprit l’emporte au désert pour y être tenté. Comme si la joie devait nécessairement retomber ; comme si après toute épiphanie, tout événement lumineux, toute manifestation divine dans l’existence, il devait y avoir un passage à vide … Pour les mères qui accouchent, on appelle cela une dépression post-partum : alors que la plus grande joie, avec leur enfant, vient de leur arriver, certaines mères sombrent dans le blues.

Les manifestations de Dieu, le sentiment d’éternité que donne la joie divine quand elle nous gagne, les grandes joies de nos existences, parce qu’elles changent profondément les choses en nous, parce qu’elles s’affrontent à nos libertés, parce qu’elles donnent à nos vies une autre dimension, les manifestations divines au sein de nos existences créent parfois paradoxalement en nous un sentiment de deuil, d’absence, de vide, de désert.

Ce n’est pas que la joie nous quitte ou nous abandonne, que Dieu après nous avoir comblé de sa présence se retire de nos vies, y laissant le sentiment d’un vide abyssal. Non, c’est que ces joies qui font exulter divinement le corps, pour pleinement s’incarner, doivent aussi rejoindre nos doutes et nos souffrances, dans ce qu’ils ont, eux aussi, de plus présent, d’encore vif.

Toutes les manifestations de Dieu, toutes nos joies les plus intenses finissent par rejoindre nos doutes les plus profonds, nos déserts les plus arides, nos solitudes les plus tristes. C’est précisément le signe qu’il s’agit d’action divine : elle rejoint tout, même le plus désespéré en nous, pour s’y mêler, quelque part s’y diluer et nous soigner. Dieu nous montre alors la puissance de la Résurrection ; à quel point il est guérisseur et qu’ainsi, il sauve véritablement le monde.

Comme les mystiques avec Dieu, les amoureux savent que les lunes de miel ne durent qu’un temps. Ce n’est pas le signe d’un amour qui s’étiole, d’une intensité qui disparaît. C’est le signe que l’amour s’incarne au niveau le plus profond, là où il rencontre nos meurtrissures et les guérit.

Merci Seigneur de nous redonner la joie de Noël à tout instant, par le souvenir de nos épiphanies, de ces rencontres divines qui nous ont profondément changés.

Fr. Laurent Mathelot OP

Source : RÉSURGENCE.BE, le 1er janvier 2025

05.01.2025 – HOMÉLIE DE L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR – MATTHIEU 2,1-12

Le Sauveur de tous les peuples

Pistes pour l’homélie


Textes bibliques : Lire


Dans le prolongement de Noël, nous célébrons aujourd’hui la fête de l’Épiphanie. En évoquant cette fête, nous pensons à la visite des mages auprès de l’enfant Jésus. Mais beaucoup ne connaissent pas la signification de ce mot. Il faut savoir qu’une épiphanie c’est une manifestation éclatante de la présence de Dieu. Ce qui était caché devient évident. Dieu s’est manifesté tout au long de l’histoire de son peuple et il continue aujourd’hui.

C’est ce message que nous trouvons dans le livre d’Isaïe (1ère lecture). Le prophète s’adresse à un peuple qui vit une situation désespérée : il lui annonce une bonne nouvelle : les choses vont changer ; l’avenir reste ouvert ; Dieu confirmera son alliance avec David. La ville de Jérusalem deviendra le centre du monde. Les nations viendront vers elle, non plus pour piller mais pour offrir leurs trésors. Elles reconnaitront “les exploits du Seigneur”, ce salut qu’il apporte à tous les peuples.

La seconde lecture fait suite au bouleversement de Paul sur le chemin de Damas. Il y a reçu une révélation extraordinaire : les nations païennes “sont associées au même héritage, au même Corps au partage de la même promesse dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile”. Le Salut en Jésus Christ est offert à tous. Il faut absolument l’annoncer à toutes les nations. Paul a participé à cette mission. Il a été l’apôtre des étrangers. A travers ses lettres, ses discours et ses voyages dans le monde païen, il témoignera de cet amour universel qui est en Dieu.

L’Évangile nous parle de ces mages qui se sont mis en route pour se prosterner devant le Roi des juifs. Les premiers adorateurs de ce Messie Roi sont des païens. Pour se rendre à Bethléem, ils ont été guidés par une étoile, puis par l’Écriture. Les chefs religieux qui connaissent bien la Bible les ont orientés vers cette ville toute proche de Jérusalem. Arrivés devant ce nouveau-né, ils lui offrent leurs présents : l’or destiné à un roi, l’encens à un Dieu, et la myrrhe à un mortel. Comme les mages, nous sommes appelés à la crèche pour y rencontrer le Seigneur et l’adorer.

Ces mages dont nous parle l’Évangile représentent toutes les nations païennes qui viennent se prosterner devant le Christ Sauveur. A travers elles, c’est le monde païen qui a accès au Salut. L’Évangile nous dit qu’ils se sont mis en route. Mais n’oublions pas : c’est Dieu lui-même qui a agi dans leur cœur. Plus tard, le Christ dira : “Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire à moi.” Cet Évangile de l’Épiphanie doit être lu à la lumière de la Pentecôte. Ce jour-là, les nations rassemblées à Jérusalem découvriront la foi annoncée dans leur langue.

Voilà cette fête de l’Épiphanie : Dieu qui se manifeste au monde sous les traits d’un nouveau-né. Le même Dieu continue à se manifester au monde d’aujourd’hui. Malgré la pauvreté et le péché de ses membres, elle continue à rendre témoignage en annonçant l’Évangile jusque dans les “périphéries”. En ce dimanche, notre solidarité et notre prière sont tout spécialement pour les communautés d’Afrique. Elles ont besoin de notre prière et de notre aide matérielle. Ce sera une manière de prendre part à l’évangélisation de ce continent.

L’Épiphanie c’est ce témoignage extraordinaire qui parvient de l’Église du silence en Syrie, en Irak, en Corée du Nord et dans de nombreux autres pays. Dans leurs prisons ou derrière les barbelés, les chrétiens continuent à prier pour leurs persécuteurs. Beaucoup meurent simplement parce qu’ils ont osé proclamer que Dieu existe. Des Épiphanies, nous pourrions en citer bien d’autres. Dans tous les cas c’est la présence de Dieu qui se manifeste sous des formes variées et diverses.

C’est de cela que nous avons à témoigner dans les ténèbres qui environnent notre terre. Nous y voyons des pauvres de plus en plus pauvres et des riches qui ont peur de perdre ce qu’ils croient être leur force, leur richesse. Qu’en cette fête, l’espérance l’emporte ! Que tous les peuples, riches et pauvres, reconnaissent que le petit enfant trouvé par les mages est leur Sauveur.

En ce jour, nous nous tournons vers loi, Seigneur : “Lumière des hommes, nous marchons vers toi. Fils de Dieu, tu nous sauveras.”

Abbé Jean Compazieu

Source : DIMANCHEPROCHAIN.ORG, le 29 décembre 2024

01.01.2025 – La Porte Sainte ouverte à Sainte-Marie-Majeure

Ouverture de la Porte Sainte en la basilique Sainte-Marie-Majeure, mercredi 1er janvier 2025.   (VATICAN MEDIA Divisione 

La Porte Sainte ouverte à Sainte-Marie-Majeure

Près d’une semaine après l’ouverture de la Porte Sainte dans la basilique Saint-Pierre, celles de la prison de Rebibbia et de la cathédrale Saint-Jean-de-Latran, la quatrième Porte Sainte a été ouverte mercredi 1er janvier dans la basilique papale de Sainte-Marie-Majeure, la plus ancienne église romaine consacrée à la Vierge Marie. 

Vatican News

Aux côtés de l’icône de la Salus populi romani, représentant la Vierge Marie protectrice du peuple romain, est désormais ouverte une Porte Sainte. Conformément à la bulle d’indiction du Jubilé, le rite d’ouverture de la Porte Sainte et la messe ont été présidés, en ce 1erjanvier 2025, 58e Journée mondiale de la paix, par le cardinal archiprêtre coadjuteur, Rolandas Makrickas.

Le cardinal lituanien a proposé une homélie construite sur cinq piliers: la voix de la Mère de Dieu qui nous appelle, le temps, l’icône Salus populi romani, la mangeoire sacrée et la grâce du Jubilé.

La « Sperduta »

Les premiers pas des pèlerins de l’année jubilaire étaient accompagnés ce mercredi soir par le son de l’ancienne cloche de Sainte-Marie-Majeure, connue sous le nom de «la Sperduta», «la cloche perdue». Un son de cloche qui marque non seulement les heures et les temps de prière, a déclaré Mgr Makrickas au début de son homélie, mais aussi «transforme en son l’image traditionnelle attribuée à Marie, celle d’une guide et d’une signalisation, la Stella Maris, qui éclaire le chemin dans l’obscurité de la nuit.» Par ailleurs, a-t-il ajouté, les paroles de l’apôtre Paul «lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme» (Ga 4,4), éclairent et guident la réflexion de chacun.

Le temps, une grande créature de Dieu

Le cardinal Makrickas, en miroir du Pape François lors de la messe de la Solennité de Marie, Mère de Dieu, plus tôt dans la journée, a lui aussi analysé ces paroles de l’apôtre Paul: «L’expression ‘’plénitude du temps’’ est frappante.(…) Le temps acquiert sa plénitude lorsqu’il s’unit à l’éternité, c’est-à-dire au temps infini de Dieu

Ainsi, si aujourd’hui la technologie veut influer sur le temps, pour l’augmenter ou le perfectionner, «on ne peut jamais se sentir désorienté, perdu ou fatigué du temps passé avec Dieu.» 

Mgr Antonios Aziz Mina, copte-catholique d’Egypte et Mgr Irynej Bilyk, greco-catholique ukrainien, ont concélébré la messe qui a suivi l’ouverture de la Porte Sainte.

L’icône Salus populi romani

Aux pieds de l’icône très chère au Pape François et au peuple romain, l’archiprêtre de Sainte-Marie-Majeure, est revenu sur les mains de Marie, «elles caressent notre vie», et tout pèlerin qui franchira la Porte Sainte de cette basilique papale, qui priera devant la Salus populi romani et devant la mangeoire sacrée de Jésus, repartira avec la sensation «que la Mère céleste et avec lui».

Messe d'ouverture de la Porte Sainte en la basilique Sainte-Marie-Majeure.
Messe d’ouverture de la Porte Sainte en la basilique Sainte-Marie-Majeure.

La mangeoire sacrée, témoin silencieux de la naissance de Jésus

Depuis 1606, une relique dans la mangeoire sacrée est exposée dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, également appelée Bethléem de l’Occident.

“À partir de ce témoignage silencieux de la naissance du Fils de Dieu, l’humanité a commencé à compter les années de l’ère chrétienne. Pensons-y notre temps se définit précisément à partir de cette mangeoire !”

Ainsi, cet antique sanctuaire marial situé dans le centre de Rome est au cœur d’un carrefour de routes en forme d’étoiles qui évoquent celle de Bethléem.

La grâce du Jubilé

Enfin, concluant son homélie, le cardinal Makrickas a demandé la grâce pour «que cette Année jubilaire nous touche et nous pousse à marcher vers le Seigneur avec une sollicitude authentique et sincère pour nos proches, pour les pauvres, pour les malades, pour ceux qui ont perdu le chemin de la vérité, de la joie et de la paix

Tous les pèlerins, «sans distinction, sont appelés à cette même espérance».

La prochaine et dernière Porte Sainte qui sera ouverte sera celle de la basilique Saint-Paul-Hors-Les-Murs, dimanche 5 janvier. 

Source : VATICANNEWS, le 1er janvier 2025

Message du Pape pour la Journée mondiale de la paix 2025

Le pape François et la colombe – 2 décembre 2023. 

Message du Pape pour la Journée mondiale de la paix 2025

À l’occasion de la 58e Journée mondiale de la paix, célébrée le 1er janvier, le Pape François se penche sur le thème central du prochain Jubilé de l’espérance et réitère son appel pressant à la remise des dettes, nous rappelant que «nous sommes tous débiteurs» envers Dieu et «envers les uns les autres». Il invite aussi tout le monde à se mettre à l’écoute du «cri de l’humanité» pour «briser les chaînes de l’injustice». 

Augustine Asta – Cité du Vatican

Dans son message adressé à l’occasion de la 58ème Journée mondiale de la paix célébrée le 1er janvier 2025, en cette veille d’année jubilaire, François formule d’ores et déjà ses meilleurs vœux pour la nouvelle année qui se profile à l’horizon. «J’adresse mes vœux les plus sincères de paix à toute femme et à tout homme, en particulier à ceux qui se sentent abattus par leur condition existentielle, condamnés par leurs erreurs, écrasés par le jugement des autres, et qui ne parviennent plus à percevoir une quelconque perspective pour leur vie», a-t-il spécifié, souhaitant par ailleurs que 2025 soit «une Année de Grâce qui vient du Cœur du Rédempteur!».

2025, Année Jubilaire

Les premières lignes du message du Pape ont été aussi consacrées à un bref rappel historique du Jubilé. Cet événement qui, selon lui, «remplit les cœurs d’espérance», «remonte à une ancienne tradition juive où le son d’une corne de bélier (…) annonçait, tous les quarante-neuf ans, une année de clémence et de libération pour le peuple». Et le son de cette corne explique-t-il «rappelait à tout le peuple, aux riches comme aux pauvres, que personne ne vient au monde pour être opprimé». «Aujourd’hui encore, le Jubilé est un événement qui nous pousse à rechercher la justice libératrice de Dieu sur la terre», a noté l’évêque de Rome, qui souhaite par ailleurs, à l’aube de cette nouvelle Année de Grâce, entendre, «non pas la corne», mais plutôt l’«appel à l’aide désespéré» qui«provient de par le monde et que Dieu ne cesse d’entendre, comme la voix du sang d’Abel le juste», a-t-il ajouté.

Lutter contre toutes formes d’injustices

Aussi, le Successeur de Pierre interpelle tout le monde à lutter contre toutes formes d’injustices qui selon lui prennent parfois l’allure de ce que saint Jean-Paul II a appelé des «structures de péch黫Chacun doit se sentir d’une certaine manière responsable de la dévastation à laquelle notre maison commune est soumise, en commençant par les actions qui, ne serait-ce qu’indirectement, alimentent les conflits qui affligent l’humanité»,décrit François.

Dans le contexte actuel, plusieurs «défis systémiques, distincts mais interconnectés», sont enregistrés. Les inégalités, le traitement inhumain réservé aux personnes migrantes, la dégradation de l’environnement, la désinformation, le refus de tout type de dialogue et le financement énorme de l’industrie militaire, constituent pour le Souverain pontife une «menace réelle pour l’existence de l’humanité tout entière». C’est pourquoi en ce début d’année, «nous voulons donc nous mettre à l’écoute de ce cri de l’humanité pour nous sentir appelés, tous ensemble et personnellement, à briser les chaînes de l’injustice afin de proclamer la justice de Dieu», a-t-il souligné.

Les transformations culturelles et structurelles

Pour parvenir à un changement durable, François précise qu’il ne faut pas simplement se limiter à «des actions épisodiques de philanthropie» il faut opter pour «des transformations culturelles et structurelles».  

Le Jubilé est aussi une invitation «à entreprendre des changements pour affronter la situation présente d’injustice et d’inégalité», en tenant en compte le fait «que les biens de la terre sont destinés non seulement à quelques privilégiés, mais à tous». Se référant à saint Basile de Césarée, le Pape souligne qu’en «nous enseignant le “Notre Père”, Jésus nous invite» à Lui demander: «Remets-nous nos dettes» (Mt 6, 12).

Faisant une comparaison avec l’époque de Jésus où «les élites profitaient des souffrances des plus pauvres», François déplore la réalité actuelle. «Dans un village mondial interconnecté, le système international, s’il n’est pas nourri par des logiques de solidarité et d’interdépendance, génère des injustices exacerbées par la corruption, qui piègent les pays pauvres», fustige le Pape.

La «crise de la dette»

our François, cette logique «de l’exploitation du débiteur décrit aussi en résumé la “crise de la dette” actuelle qui touche plusieurs pays, en particulier du Sud». «La dette extérieure est devenue un instrument de contrôle par lequel certains gouvernements et institutions financières privées des pays les plus riches n’hésitent pas à exploiter, sans discernement, les ressources humaines et naturelles des pays les plus pauvres, afin de satisfaire les besoins de leurs propres marchés». Il faut y ajouter aussi le fait que «plusieurs populations, déjà accablées par la dette internationale, se voient contraintes de supporter également le fardeau de la dette écologique des pays les plus développés». «Dette écologique et dette extérieure sont les deux faces d’une même médaille, de cette logique d’exploitation qui culmine dans la crise de la dette», note le Pape.

Profitant donc de cette année jubilaire, François a invité la «communauté internationale à agir pour remettre la dette extérieure, en reconnaissant l’existence d’une dette écologique entre le Nord et le Sud». Réitérant ainsi son «appel non seulement à la solidarité, mais surtout à la justice», a-t-il déclaré.

Sur le chemin de l’espérance

Durant l’Année de Grâce du Jubilé, le Pape recommande de laisser les cœurs être touchés par ces changements nécessaires, afin que, «de nouveau, le chemin de l’espérance» puisse s’ouvrir pour «chacun d’entre nous». Puisque, estime-t-il, «l’espérance naît de l’expérience de la miséricorde de Dieu qui n’a jamais de limites».

Dans le même sillage, observe le Pape, Dieu «entend le cri des pauvres et de la terre». Et «il suffirait de s’arrêter un instant, au début de cette année, et de penser à la grâce par laquelle Il pardonne toujours nos péchés et remet toutes nos dettes, pour que nos cœurs soient inondés d’espérance et de paix».

“L’espérance est surabondante dans la générosité, dépourvue de calcul; elle ne fait pas les comptes dans les poches des débiteurs, elle ne se soucie pas de son propre gain, mais elle n’a qu’un seul but: relever ceux qui sont tombés, panser les cœurs brisés, libérer de toute forme d’esclavage”

Sur le chemin de l’espérance pendant l’année jubilaire, le Pape François suggère trois propositions, tout en gardant à l’esprit que «nous sommes des débiteurs dont les dettes ont été remises».

Plaidoyer pour la remise des dettes

Tout d’abord, l’évêque de Rome renouvelle l’appel lancé par saint Jean-Paul II à l’occasion du Grand Jubilé de l’an 2000 pour envisager des réductions substantielles ou l’annulation pure et simple des dettes internationales des pays «qui ne sont pas en mesure de rembourser le montant qu’ils doivent», compte tenu également de la dette écologique que les pays plus prospères ont à leur égard.

Cela devrait se faire dans un «nouveau cadre financier»,conduisant à la création d’une charte financière mondiale «basée sur la solidarité et l’harmonie entre les peuples».

Appel à l’abolition de la peine de mort

Le Pape demande ensuite «un engagement ferme à respecter la dignité de la vie humaine, de la conception à la mort naturelle» et appelle à l’abolition de la peine de mort et à la promotion d’une culture de la vie qui valorise chaque individu.

Limiter le financement des armes afin de promouvoir le développement

Dans la lignée de saint Paul VI et de Benoît XVI, le Pape François réitère son appel à détourner «au moins un pourcentage fixe de l’argent»destiné à l’armement vers un fonds mondial pour éradiquer la faim et favoriser le développement durable dans les pays les plus pauvres, en les aidant à lutter contre le changement climatique.

«L’espérance déborde de générosité, elle ne fait pas de calculs, elle n’a pas d’exigences cachées, elle ne se soucie pas du gain, mais elle ne vise qu’une seule chose: relever ceux qui sont tombés, guérir les cœurs brisés et nous libérer de toute forme d’esclavage».

Désarmer les cœurs

L’objectif primordial de ces propositions est la réalisation d’une paix véritable et durable dans le monde, qui n’est pas simplement l’absence de guerre, mais une transformation profonde des cœurs et des sociétés.

Selon le Pape, la paix véritable est accordée par Dieu aux cœurs«désarmés» de l’égoïsme, de l’hostilité et de l’anxiété face à l’avenir, pour les remplacer par la générosité, le pardon et l’espoir d’un monde meilleur. «Puissions-nous rechercher la véritable paix qui est accordée par Dieu aux cœurs désarmés», a-t-il ajouté.

De simples actes de bonté et de solidarité, note-t-il, peuvent ouvrir la voie à ce nouveau monde, empreint à un sens plus profond de la fraternité et de l’humanité partagée.

Source : VATICANNEWS, le 12 décembre 2024