25.03.2021 – SOLENNITÉ DE L’ANNONCIATION DE NOTRE SEIGNEUR

Méditation sur l’Annonciation du Bx Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus

Annonciation du Seigneur

Cette fête de l’Annonciation est un événement très important: l’Évangile de saint Luc nous l’indique d’une façon précise.

Dieu avait promis un Rédempteur. Il avait promis qu’il prendrait sa revanche de la victoire remportée par le démon sur Eve et qu’il obtiendrait cette revanche par une femme. Cette femme était annoncée; dans le passage d’Isaïe que nous venons de lire, il y avait le signe donné par Dieu à Acaz, qui n’en voulait pas, ce signe extraordinaire:  » Voici que la vierge enfantera « .

Et voici qu’après diverses annonces, le moment était venu de cette Incarnation. Dieu ne paraissait pas pressé d’envoyer le Rédempteur au monde perdu dans le péché, soumis à l’empire du démon. Mais l’heure est venue… et Dieu semble se presser. Il a envoyé à Zacharie son grand messager, l’archange Gabriel, pour lui annoncer la naissance d’un fils: ce sera Jean-Baptiste, le précurseur du Messie. Puis le même messager s’en va trouver à Nazareth une Vierge, Marie, fiancée à Joseph.

Cette Vierge a été choisie; déjà l’Esprit Saint, le grand architecte, l’artisan de l’Incarnation et de l’Église, l’a préparée, par une conception immaculée. Elle-même n’en sait probablement rien. Préservée du péché originel, elle a reçu une grâce première, nous pourrions dire une grâce « baptismale » incomparable, qui annonce déjà sa mission, une grâce supérieure à celle de n’importe quel saint et même, dit-on, à celle de tous les saints réunis. L’Esprit Saint s’est établi en elle, car il a une œuvre considérable à faire. Et voici maintenant qu’il envoie l’archange.

Qu’est-elle cette Vierge? Que sait-elle? Probablement peu de choses. A-t-elle conscience de sa sainteté, de sa grâce? C’est peu probable car elle ne se regarde pas. Son regard est si pur, si simple, qu’elle ne regarde que Dieu. Sa lumière est perdue dans celle qu’elle découvre en Dieu. Elle se découvre bien petite, cette jeune fille, dans cette lumière, cette pureté, dans cette sainteté et cette puissance de Dieu.

Mais voici: l’archange arrive, lui qui voit la vérité dans la lumière de Dieu et va la dire: « Je vous salue, pleine de grâce… Vous êtes un prodige de grâce, bénie entre toutes les femmes! Plénitude! Le Seigneur est avec vous, il habite en vous d’une façon extraordinaire, parce qu’il veut agir en vous d’une façon tout à fait extraordinaire « .

La présence de l’Esprit Saint est liée à son action. Il est là dans la Vierge Marie, et cette présence de mode extraordinaire fait de la Vierge un prodige au regard des anges, un prodige dans l’univers, dans la création!

Mais l’ange ne va pas s’attarder trop longtemps à admirer, il le fait depuis longtemps. Il est rempli de son message:  » Tu vas concevoir et enfanter un fils « . Et la Vierge s’étonne: elle n’avait pas songé à cela. Mais l’ange insiste. Elle pose alors une question normale:  » Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme?  » C’est un fait, c’est peut-être aussi une résolution qu’elle a prise.

L’ange lui dit: « Ne te trouble pas »… Et pour qu’elle ne se trouble pas, il lui donne un signe, celui de la conception extraordinaire survenue en Élisabeth, car  » tout est possible à Dieu. Mets donc ta confiance en Dieu « .

En effet,  » l’Esprit Saint va survenir en toi « . Cet Artisan, cet Agent, cette Puissance créatrice, cet Amour Substantiel va descendre en toi. Il y est déjà venu, il y habite, mais il va y descendre d’une façon particulière. Et la vertu du Très-Haut, la toute-puissance de Dieu va agir en toi. C’est lui qui va réaliser en toi cette conception extraordinaire. « Tu enfanteras un fils qui sera le Fils de Dieu « .

La Vierge Marie se soumet: « Voici la servante du Seigneur ; ». Elle s’est donnée, elle s’offre: c’est le mouvement de sa grâce, le mouvement que lui inspire l’Esprit Saint qui est déjà en elle. Elle s’offre avec tout son être, physique, moral et spirituel; elle est toute donnée, toute livrée à la puissance de Dieu.

Et l’Esprit Saint descend, tout d’abord pour préparer cette âme à l’œuvre qu’il va accomplir, œuvre à laquelle la Vierge va coopérer: préparation oui, nouvelle grâce auprès de laquelle la grâce première de l’Immaculée Conception pâlit d’une certaine façon. Cette grâce met la Vierge à la hauteur de sa dignité et de sa fonction de mère de Dieu, grâce beaucoup plus grande que la première. Si les théologiens hésitaient à affirmer que la grâce première de la Vierge Marie était au-dessus de celle de tous les saints, ils n’hésitent plus maintenant. Cette descente de l’Esprit Saint a apporté sa grâce, c’est lui qui la diffuse dans l’âme.  » La grâce est diffusée dans nos cœurs par l’Esprit Saint « . Le voici pour donner cette grâce qui met la Vierge à la hauteur de sa dignité et de sa fonction.

La vertu du Très-Haut se met à l’œuvre. Qu’est-ce que cette vertu du Très-Haut? C’est la puissance de Dieu qui, unie à la collaboration, au Fiat de la Vierge Marie, réalise l’incarnation du Verbe de Dieu, la Deuxième Personne de la Sainte Trinité. Le Verbe descend en elle, et maintenant commence cette opération de construction de l’humanité du Christ; ou, plus fort et plus grand que cela, commence cette opération qu’est l’union hypostatique, l’union de la divinité et de l’humanité du Christ Jésus prise à la Vierge Marie, opération qui construit le Verbe incarné, Jésus. Cet enfant s’appellera Jésus: c’est lui le Messie, c’est lui le Médiateur, c’est Jésus que nous connaissons. Voilà ce qui se réalise aujourd’hui.

La sainte Église porte notre regard sur la Vierge Marie, plus encore peut-être que sur le Verbe incarné lui-même. Elle nous demande de considérer l’œuvre qui s’opère dans la Vierge Marie, l’Esprit Saint qui descend, la prépare, lui apporte une quantité extraordinaire de grâce, plus prodigieuse que la première. Il est la Puissance de Dieu qui réalise cette union hypostatique, en construisant un corps. Et le  » héros  » de tout cela, la personne que nous sommes spécialement invités à considérer aujourd’hui, en cette Annonciation, c’est la Vierge Marie.

C’est elle que nous considérons en sa beauté première, avec cette nouvelle beauté qui lui est donnée, avec cette dignité qui l’élève à la hauteur de l’union hypostatique, collaboratrice de Dieu lui-même, collaboratrice efficiente, agissante, de l’union hypostatique. Voilà ce qui se fait aujourd’hui. Et, disent les théologiens, l’onction de la divinité qui prend la substance de la Vierge, remonte en quelque sorte dans la Vierge Marie elle-même; ils nous parlent d’une  » quasi-onction  » qui l’imprègne.

En cette fête de l’Annonciation, félicitons la Sainte Vierge d’avoir été choisie. Elle l’a été pour cette dignité, pour cette fonction de Mère de Dieu; elle a été choisie pour la maternité divine. Nous ne nous arrêtons pas aux détails matériels, aux détails physiques, nous voyons le spirituel. C’est en effet la grande réalité. Et en félicitant la Vierge Marie de cette maternité divine, pourquoi ne pas la féliciter aussi de la maternité de grâce qui va suivre? Elle a donné Jésus, elle a travaillé pour construire, pourrions-dire, jésus, le Verbe incarné; elle va agir et travailler pour construire le Christ total, le Corps mystique du Christ. Elle y sera mère aussi, non de la même façon, mais cependant elle y sera mère agissante, nous ne pouvons en douter, quoique la théologie hésite à préciser dans ce domaine. Mais nous le savons, la vérité est certaine.Fêtons donc cette maternité: maternité divine de la Vierge Marie, c’est la plus haute, la plus grande, au principe de tout; maternité aussi de la grâce c’est un plan inférieur mais c’est une très grande réalité, la plus grande réalité terrestre qui soit. Nous croirons que nous sommes les enfants de la Vierge Marie. Nous croirons que nous devons prolonger sa maternité: ce sera notre coopération. Elle a dit: « Voici la servante du Seigneur ; ». Nous aussi, d’une certaine façon, nous dirons que nous sommes les servantes du Seigneur pour cette grâce. grâce que nous recevons n’est évidemment p aussi grande que celle de la Vierge, et cependant elle est de même nature … Elle ne nous porte pas à une activité maternelle spirituelle comme la sienne, qu’importe: elle en est un prolongement. Il y a des grands fleuves, des océans, des lacs, il y a aussi de modestes ruisseaux; et le petit ruisseau, le petit canal, apporte la fécondité comme le grand fleuve! Nous y croirons, et c’est par notre foi que tout cela deviendra vivant.Il en a été ainsi pour la Vierge Marie elle-même: elle a cru à la parole de l’ange, et elle a rendu cette foi vraiment effective par un engagement, un don complet. Il en sera de même pour vous: votre foi s’affirmera par le don complet de vous-même qui la suivra et qui se prolongera dans l’activité, dans un amour sans cesse grandissant. Alors vos capacités physiques, morales, intellectuelles pourront augmenter pour que la grâce elle-même devienne plus efficace. C’est ainsi que vous affirmerez votre foi.

Approchez-vous de la Vierge en ce jour. Félicitez-la de ce qu’elle a reçu. Remerciez-la de ce qu’elle vous a donné, et demandez-lui qu’elle vous apprenne à dire vous aussi: Ecce ancilla Domini … Fiat mihi secundum verbum tuum. Me voici, je suis la servante du Seigneur, je crois à votre Parole. Qu’il me soit fait selon votre dessein. Que la grâce que vous m’avez donnée, que la pensée de Dieu sur moi se réalise pleinement, me voici.

O Vierge Marie, rendez-moi digne, aidez-moi, augmentez ma foi, augmentez mon amour.
Aidez-moi à réaliser le don complet de moi-même.
Ces dispositions que je ferai aujourd’hui ferventes, maintenez-les dans mon âme, malgré
ma faiblesse, malgré tout ce que vous voyez dans ma pauvre nature.
Je vous en prie, ô Vierge, je vous confie ce germe, cette grâce que vous
avez déposée en moi, qui est un petit grain de sénevé, c’est bien vrai,
en comparaison de cette grâce immense que vous avez reçue.
Protégez ce germe, ô Vierge Marie, parce qu’il est petit, faible,
parce qu’il a été déposé dans une terre qui en elle-même n’est pas très féconde!
Faites-le germer, faites-le grandir, ô Vierge Marie: il ne veut germer et grandir que pour
votre gloire, pour que partout vous apparaissiez vraiment comme Mère de la Vie,
plus spécialement dans les âmes qui me seront confiées.
 Et que cette gloire ô Vierge Marie, ô Notre-Dame de Vie, soit aussi la gloire de Dieu, la gloire de la Trinité Sainte.

Extrait du livre La Vierge Marie toute Mère, du bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, Éditions du Carmel

Source: LE CARMEL, le 24 mars 2020

Le plus beau cadeau jamais offert à Jésus

vierge marie avec jésus
© Kamira – shutterstock

Le plus beau cadeau jamais offert à Jésus

Par Jean-Michel Castaing 

L’Épiphanie est le moment d’offrir à Jésus des cadeaux qui lui prouvent notre reconnaissance. Mais la plus belle offrande qu’il ait jamais reçue de la part des hommes fut la Vierge Marie parce qu’elle lui donna son cœur tout entier. 

Généralement, c’est au Père que les chrétiens présentent leurs prières, louanges, actions de grâce et adoration. Qu’est-ce que la messe, dans sa dimension ascendante, sinon l’acte de l’Église qui s’offre avec, par et en Jésus, à la gloire du Père ? D’ailleurs, le seul don qui soit à la hauteur de Dieu, n’est-ce pas le Christ ? C’est lui que les croyants offrent au Père en signe de grâce propitiatoire, c’est-à-dire de sacrifice qui nous attire la faveur de Dieu. Selon le psaume 83, le Messie est pour nous un bouclier (« Dieu, vois notre bouclier, regarde le visage de ton messie » (Ps 83, 10). Dieu pourrait être tenté de désespérer des hommes. Cependant, en voyant, dans son éternité, l’amour et le désintéressement du Christ durant sa vie terrestre, Il reconnaît que, décidément, il valait la peine d’avoir créé l’espèce humaine ! En ce sens, Jésus constitue notre bouclier qui, en attirant sur nous la bénédiction du Père, nous protège de la sorte des flèches du diable. Ainsi, c’est au Père que les chrétiens adressent en priorité leurs offrandes et leur adoration.

Qu’offrirons-nous à Jésus pour le remercier d’être venu parmi nous ?

Toutefois, Jésus, parce qu’il est venu chez nous au risque d’y souffrir et d’y mourir, mérite bien lui aussi que nous lui offrions des cadeaux ! Telle est l’une des significations de la fête de l’Épiphanie. Les mages venus d’Orient lui rendent hommage et adoration avec l’or, l’encens et la myrrhe. Dans leur sillage, nous sommes invités à lui faire un présent à la mesure de son action en notre faveur. Reste à trouver le cadeau qui soit à la hauteur du mystère de l’Incarnation par laquelle la seconde Personne de la Trinité a consenti à renoncer à ses privilèges divins pour venir épouser une nature humaine marquée par la peine consécutive au péché.  Quel présent serait proportionné à ce qu’il en a coûté au Verbe de se faire chair – même s’il ne nous a pas rejoints sans déplaisir ? Avec le Père, nous pouvons toujours offrir le Christ, ainsi que nous le faisons à la messe. Mais que donnerons-nous à Jésus, lui qui est, comme le Père, une personne divine, même s’il est également un homme ?

La Vierge, seul hommage à la hauteur de l’Incarnation

C’est ici qu’il convient de répondre sans fioriture : le plus grand cadeau que les hommes puissent offrir à Jésus est Marie ! Seule l’Immaculée est en effet à la hauteur du mystère de l’Incarnation. Une hymne liturgique de l’Église d’Orient exprime parfaitement cette vérité : « Que devons-nous t’apporter, ô Christ, toi qui t’es incarné sur terre pour nous ? Chacune des créatures qui sont ton œuvre, t’apporte effectivement la preuve de sa reconnaissance : les anges leur amour ; le ciel l’étoile, les sages leurs présents, les bergers leur étonnement ; la terre sa caverne, le désert la crèche. Mais nous, les hommes, t’apportons une Vierge et mère. » Plus que l’or, l’encens et la myrrhe, le véritable cadeau à offrir à Jésus, en guise d’hommage, est sa propre mère ! La première raison tient à ce que la Vierge est la « femme eucharistique » (saint Jean-Paul II) qui rend parfaitement à Dieu ce qu’Il mérite, les remerciements dus à Ses actions en notre faveur.

La Vierge, celle qui a cru, représente donc le présent le plus précieux que les hommes puissent offrir à Celui que le Père a envoyé dans le monde.

Surtout, la Vierge sans péché n’a jamais douté de Dieu. Or, que nous demande Dieu en priorité, quel cadeau Lui fait le plus plaisir ? Notre foi, tout simplement. Dans la synagogue de Capharnaüm, à ceux qui lui demandaient : « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? », Jésus répondit : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jn 6, 28-29). La Vierge, celle qui a cru, représente donc le présent le plus précieux que les hommes puissent offrir à Celui que le Père a envoyé dans le monde. Dieu ne nous demande pas prioritairement des sacrifices matériels, petits ou grands, ou des renoncements (même s’ils ont leur importance). Le premier don à lui prodiguer consiste à croire en Lui et à l’Incarnation rédemptrice. Sur ce terrain, la Vierge est imbattable. C’est elle dont se prévalent les hommes pour affirmer que Jésus n’a pas connu d’ingratitude absolue sur cette terre. Sans compter que la Vierge, honneur du genre humain, outre sa foi, lui a offert l’hospitalité de son sein virginal, sa protection, son affection et l’instruction !

Le Christ attend que nous lui offrions notre cœur

Que nous apprend la Vierge en tant qu’offrande principale de l’humanité au Christ ? Aux cadeaux extérieurs à l’homme, Jésus préférera toujours le don de nos personnes elles-mêmes. Le fils de Marie attend que nous nous donnions à lui de tout notre cœur et tout notre esprit. C’était déjà la demande du Dieu d’Israël : « Tu aimeras ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Dt 6, 5). L’homme, seule créature créée pour elle-même, est si chère au cœur de Dieu que le Seigneur ne Se contentera jamais de sa part de simples cadeaux matériels ou d’hommages intermittents. Il désire établir avec Sa créature de prédilection un rapport où la confiance est totale, une relation au sein de laquelle chacun des partenaires s’offre à l’autre. Un époux n’attend pas en priorité que sa femme lui fasse présent de belles montres ou de beaux vestons bien ajustés. Ce qu’il désire, c’est son amour, c’est elle-même ! Il n’en va pas différemment avec Jésus. Ce don de soi, Jésus l’a d’abord trouvé, porté à la perfection, dans la Vierge Marie. Aussi rien n’empêche que nous devenions à notre tour, en lui offrant notre cœur comme le fit la jeune femme de Nazareth, des présents qui réjouiront le sien. Enfin, à ce don, n’oublions pas de joindre la compassion active envers nos frères les plus défavorisés auxquels le Christ s’est identifié (Mt 25, 40).

Source: ALETEIA, le 2 janvier 2021

Quand les grands saints louent la Vierge Marie

MARY
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Quand les grands saints louent la Vierge Marie

Il est parfois plus facile de se tourner vers Marie que vers Jésus. Son image de mère intimide peut-être moins que celle du Crucifié. Son amour maternel inconditionnel apporte souvent la consolation, la sécurité d’une Mère qui conduit les croyants immanquablement à son Fils.

Marie célébrée ce 1er janvier est une source d’inspiration inépuisable pour les artistes. Les saints ne s’y trompent pas non plus. Ils savent qu’elle est le chemin de plus sûr vers Jésus, et ils expriment pour elle leurs paroles souvent les plus affectueuses, les plus poétiques et les plus fortes :En images : quand les grands saints louent la Vierge Marie

DIAPORAMA

MADONNA

Source: ALETEIA, le 31 décembre 2020

Cinq choses que vous ignorez peut-être de la vie de Marie

Vierge Marie
© Catherine Leblanc / Godong

Cinq choses que vous ignorez peut-être de la vie de Marie

Si la Vierge Marie est certainement l’une des femmes les plus connues de l’histoire de l’humanité, son histoire personnelle est très peu connue. Dans son dernier livre intitulé « Marie : de son enfance juive à la fondation du christianisme », l’historien américain James D. Tabor a tenu à rassembler plusieurs thèses et éléments donnant à comprendre son histoire.

« Marie est la femme la plus célèbre de l’Histoire, mais elle est aussi la plus mal connue », souligne l’historien américain James D. Tabor dans son dernier ouvrage consacré à Marie. Les Évangiles parlent très peu de sa vie et c’est ce qui a encouragé nombre de chercheurs qui se sont donné pour ambition d’en savoir plus sur le personnage historique de Marie. Dans son livreMarie : de son enfance juive à la fondation du christianisme, il a cherché à « ressusciter Marie », qu’il présente comme « une femme juive, veuve, mère de huit enfants au moins, descendante d’une lignée royale et sacerdotale » qui aurait été « peu à peu marginalisée et trahie ». 

Si nous sommes gré à James D. Tabor de reconnaître en Marie, la « femme la plus illustre qui ait jamais vécue » ni les textes anciens, ni le résultat des fouilles archéologiques ne permettent de certifier ces hypothèses peu conformes à ce qu’enseigne l’Église. Alors, que savons-nous véritablement sur la vie de la Vierge Marie ? 

1. CE QUE NOUS SAVONS DE LA VIE DE MARIE VIENT ESSENTIELLEMENT DES APOCRYPHES

La vie de Marie est très peu évoquée dans les évangiles. Certains ne la nomment pas même une seule fois. La plupart des traditions dont elle fait l’objet se trouvent dans des évangiles déclarés apocryphes à partir du VIesiècle : leur origine a été jugée douteuse et ils ne font pas partie du canon de l’Église. Pourtant, comme le rappelle James D. Tabor, ils comprennent “plusieurs dogmes essentiels à la mariologie”. C’est dans le Protévangile de Jacques (IIe après J.-C.) qu’on y apprend le nom de ses parents, Anne et Joachim. On y lit aussi l’histoire de sa nativité, de son adolescence, de sa vie à Éphèse, de sa Dormition et de son Assomption. 

2. MARIE A GRANDI À LA CROISÉE DES UNIVERS CULTURELS JUIF, GREC ET ROMAIN

Selon une tradition reprise par James D. Tabor, la Vierge Marie serait née non pas à Nazareth mais à Sepphoris, ville antique située au Nord de Nazareth et capitale de la Galilée. Marie y aurait grandi dans une grande maison dotée d’une cour. Ce n’est qu’après ses fiançailles qu’elle aurait déménagé à Nazareth, où vivait Joseph. Mais que ce soit à Nazareth ou à Sepphoris, il est reconnu que Marie a grandi en Galilée dans un contexte socioculturel très riche. « Grâce au multiculturalisme unique de la région de Galilée où elle est née, elle fut confrontée, dans son enfance et sa prime jeunesse, à des univers culturels variés, juif, grec et romain, à tous les niveaux”, explique l’auteur. Au Nord d’Israël, la Galilée est en effet une province frontière, ouverte au commerce avec les autres nations. Isaïe déjà la décrivait comme un « carrefour des nations » (Isaïe, 8, 23b).

3. MARIE SERAIT D’ASCENDANCE NOBLE, ROYALE ET SACERDOTALE 

Marie est la fille unique de Joachim, descendant de David, et d’Anne, descendante d’Aaron. Elle est donc de maison royale et sacerdotale. La généalogie de Jésus dans l’évangile de Matthieu (1, 1-17) mentionne queJoseph est issu de la maison royale d’Abraham et de David : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus ». Le pape émérite Benoît XVI commente ce passage dans son ouvrage sur L’enfance de Jésus : « Marie est un nouveau commencement. Son enfant ne vient d’aucun homme mais il est une nouvelle création, il a été conçu par l’opération du Saint-Esprit ». 

La généalogie de Luc (3, 23-3810) fait l’objet d’une interprétation controversée, inscrivant aussi bien Joseph que Marie dans la lignée des rois d’Israël. Par ailleurs, Luc précise qu’Elisabeth, cousine de Marie et mère de Jean-Baptiste, est aussi une descendante d’Aaron (Lc, 1, 5). Cela pourrait laisser supposer que Marie descendrait aussi du grand-prêtre Aaron.

4. MARIE A VÉCU DANS UNE RÉGION DÉCHIRÉE PAR LES QUERELLES DE POUVOIR

Marie serait née au milieu du règne d’Hérode le Grand (30-4 av. J.-C.) alors que le peuple juif « vibrait dans l’attente apocalyptique de l’avènement imminent du messie davidique », selon les prédictions énoncées plus tôt par les prophètes. La vie de Marie correspond à l’âge d’or du messianisme, qui commence à la naissance de la dynastie hasmonéenne et la volonté d’Hérode de s’imposer comme le roi des juifs légitime, suivies par la destruction de dizaines de prétendants et de courants messianiques, puis les deux grandes révoltes juives qui furent désastreuses pour le peuple juif et sa terre (66-136 ap. J.-C.). 

Marie a donc été « témoin de nombreuses crucifixions, de décapitations et de l’exil et de la condamnation à l’esclavage de milliers de juifs ». Ce contexte politique a pu inspirer la prière du Magnificat : « Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur » (Lc, 1, 51-53). 

5. LA MAISON DE MARIE A ÉTÉ DÉCOUVERTE À LA SUITE DE VISIONS DE CATHERINE EMMERICH

La maison où Marie aurait terminé sa vie se situerait près de Selçuk, en Turquie, non loin de l’ancienne ville d’Éphèse. Elle a été découverte au XIXesiècle à la suite des visions de la mystique Catherine Emmerich. D’après ses visions, elle détaille avec précision : « Après l’Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Marie vécut environ trois ans à Sion, trois ans à Béthanie et neuf ans à Éphèse. Cependant la sainte Vierge ne demeurait pas à Éphèse même; sa maison était située à trois lieues et demie de là, sur une montagne qu’on voyait à gauche en venant de Jérusalem, et qui s’abaissait en pente douce vers la ville. »

C’est là qu’aurait vécu « le disciple que Jésus aimait », celui à qui Jésus en croix aurait confié sa mère et qui est le plus souvent reconnu comme étant Jean l’Évangéliste lui même (Jn 19, 25-27). Si les données de l’archéologie ne permettent pas d’établir la certitude de ce lieu, l’Église catholique l’a accrédité comme lieu saint pour les chrétiens.

En images : les plus belles représentations de la Vierge Marie

Source: ALETEIA, le 31 décembre 2020

Quatrième méditation de carême du père Cantalamessa

5e méditation de carême du père Raniero Cantalamessa
4e méditation de carême du père Raniero Cantalamessa 

Quatrième méditation de carême du père Cantalamessa

Le père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison Pontificale, a conclu ce vendredi son cycle de méditations sur le rôle et la place de la Vierge Marie dans le mystère pascal.

Le prédicateur de la Maison Pontificale a délivré sa dernière méditation dans le cadre des exercices spirituels de carême de la Curie romaine. Comme ces dernières semaines, en raison des mesures de confinement, ce temps d’enseignement a été enregistré depuis la chapelle Redemptoris Mater du palais apostolique. Ce vendredi, le religieux est revenu sur ce thème: «“Femme, voici ton fils”: Marie mère des croyants» .

Voici le texte intégral de sa méditation:

“A cet endroit tel homme est né”

Nous continuons et concluions notre contemplation de Marie dans le mystère pascal.  Object de notre méditation sera la parole que Jésus du haut de sa croix adresse à sa mère et au disciple qu’il aimait:

« Voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère: “Femme, voici ton fils”. Il dit ensuite au disciple: “Voici ta mère”. Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (Jn 19, 26-27).

Dans nos considérations sur Marie dans le mystère de l’Incarnation, en Avent, nous avons contemplé Marie comme Mère de Dieu ; dans nos réflexions sur Marie dans le mystère pascal, nous allons la contempler comme Mère des chrétiens et notre Mère.

Précisons dès le départ qu’il ne s’agit pas de deux titres ou de deux vérités situés sur le même plan. « Mère de Dieu » est un titre défini solennellement ; il se base sur une maternité réelle et non seulement spirituelle ; il est en lien très étroit et nécessaire avec la vérité centrale de notre foi, à savoir que Jésus est Dieu et homme dans une seule et même personne. C’est un titre universellement reçu dans l’Église. « Mère des croyants », ou « notre Mère » indique une maternité spirituelle. Le rapport est moins étroit avec la vérité centrale du credo. On ne peut dire que dans le christianisme il ait été tenu « partout, toujours et par tous ». Il exprime la doctrine et la piété de quelques Églises, en particulier, mais pas uniquement, de l’Église catholique.

Saint Augustin nous aide à bien distinguer ressemblance et différence entre les deux maternités de Marie :

« Marie, corporellement, est seulement mère du Christ, alors que spirituellement, parce qu’elle fait la volonté de Dieu, elle est pour Jésus sœur et mère. Mère selon l’esprit, elle ne le fut pas de la Tête qui est le Sauveur lui-même, de laquelle plutôt elle est spirituellement fille. Elle l’est certainement des membres que nous sommes, parce qu’elle a coopéré, par sa charité, à la naissance, dans l’Église, des fidèles qui sont membres de cette Tête »[1]

Au cours de cette méditation nous voudrions découvrir toute la richesse que comporte ce titre, quel don du Christ il exprime : ainsi nous serons en mesure non seulement d’attribuer à Marie cet honneur de plus, mais de nous édifier dans la foi et de croître dans l’imitation du Christ.

La maternité spirituelle, de manière analogue à la maternité physique, se réalise en deux moments et deux actes: conception et enfantement. Aucun des deux ne suffit à lui seul. Marie a connu ces deux moments : spirituellement elle nous a conçus et enfantés. Elle nous a conçus, c’est-à-dire accueillis en elle quand, peut-être au moment même de l’Annonciation, et certainement par la suite, au fur et à mesure que Jésus avançait dans sa mission, elle a découvert que son fils n’était pas un fils comme les autres, une personne privée, mais « qu’il était le premier-né d’une multitude de frères » (Rm 8, 29) et qu’autour de lui se regroupait un « reste », se formait une communauté.

Ce fut alors le temps de la conception, du « oui » du cœur. Sous la croix, c’est l’heure du travail de l’enfantement. Jésus s’adresse à sa Mère en l’appelant « Femme ». Nous ne pouvons l’affirmer avec certitude, mais connaissant l’habitude de l’évangéliste Jean de parler par allusions, symboles et renvois à l’Ecriture, cette parole nous fait penser à ce que Jésus avait dit: « Lorsque la femme enfante, elle est dans l’affliction puisque son heure est venue » (Jn 16, 21). Allusion aussi à ce que dit l’Apocalypse de la femme enceinte qui « crie dans les douleurs de l’enfantement » (Ap 12, 1 s).

Si cette femme est d’abord l’Église, la communauté de la nouvelle alliance qui donne le jour à l’homme nouveau et au monde nouveau, Marie y est incluse au tout premier chef, comme commencement et représentante de cette communauté de croyants. Le rapprochement entre Marie et la Femme a été très tôt perçu par l’Église – déjà par saint Irénée, disciple de Polycarpe, lui-même disciple de Jean -, quand elle a vu en Marie la nouvelle Ève, la nouvelle « mère de tous les vivants »[2].

Abordons le texte de Jean et voyons comment il peut nous éclairer sur ce point. Les paroles de Jésus à Marie : « Femme, voici ton fils » et à Jean : « Voici ta mère », ont un premier sens immédiat et concret. Jésus confie Marie à Jean et Jean à Marie. Mais ceci n’épuise pas le sens de cette scène. L’exégèse moderne, grâce à d’énormes progrès dans la connaissance du langage et des modes d’expression du quatrième Évangile, en est encore plus convaincue qu’au temps des Pères. Si on entend ce passage de Jean uniquement avec une clef de lec­ture étroite, au sens d’ultimes dispositions testamentaires, il apparaît comme on l’a écrit « un poisson hors de l’eau », une dissonance par rapport au contexte.

Pour Jean, le moment de la mort est le moment de la glorification de Jésus, de l’accomplissement définitif des Écritures et de toutes choses. Chaque  verset et chaque parole contient une signification symbolique et fait allusion à l’accomplissement d’une Ecriture.  Tout ce contexte montre bien qu’on force davantage le texte si on veut n’y voir qu’une signification privée et personnelle, au lieu d’y déceler, avec l’exégèse traditionnelle, une signification plus universelle et ecclésiale, en lien avec la figure de la « femme » de Genèse 3, 15 et d’Apocalypse 12. Ce sens ecclésial, c’est qu’ici le disciple n’est pas seulement Jean, mais le disciple de Jésus comme tel, en fait tous les disciples. Jésus mourant les donne à Marie comme ses fils et Marie leur est donnée pour mère.

Parfois les paroles de Jésus décrivent une réalité déjà pré­sente, elles révèlent ce qui existe ; parfois au contraire elles créent et font exister ce qu’elles expriment. C’est à ce second ordre qu’appartiennent les paroles de Jésus mourant à Marie et à Jean. En disant : « Ceci est mon corps »… Jésus faisait du pain son corps; ainsi, toutes proportions gardées, en disant : « Voici ta mère » et « Voici ton fils », Jésus constitue Marie mère de Jean et Jean fils de Marie. Jésus n’a pas seulement proclamé la nouvelle maternité de Marie, mais l’a instituée. Cette maternité ne vient pas de Marie, mais de la Parole de Dieu ; elle ne se fonde pas sur le mérite, mais sur la grâce.

Sous la croix, Marie apparaît donc comme la fille de Sion qui, après le deuil et la perte de ses fils, reçoit de Dieu une nouvelle descendance, plus nombreuse que la première, non selon la chair, mais selon l’Esprit. C’est ce que chante un psaume appliqué à Marie par la liturgie : « Certes, c’est en Philistie, à Tyr ou en Nubie, que tel homme est né. Mais on peut dire de Sion : “En elle, tout homme est né…” Le Sei­gneur inscrit dans le livre des peuples: “A cet endroit tel homme est né” » (Ps 87, 2 s). C’est vrai : tous nous sommes nés en cet endroit. De Marie, la nouvelle Sion, on dira aussi : en elle tout homme est né. De moi, de toi.

N’avons-nous pas été « engendrés de nouveau par la Parole de Dieu vivante et éternelle » (cf. 1 P 1, 23) ? Ne sommes-nous pas « nés de Dieu » (Jn 1, 13)?, renés « de l’eau et de l’Esprit » (Jn 3,5)? Tout à fait ! mais cela ne sup­prime pas que, dans un sens différent, subordonné et instru­mental, nous sommes nés aussi de la foi et de la souffrance de Marie. Si Paul, serviteur et apôtre du Christ, peut dire à ses fidèles : « C’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engen­drés en Jésus Christ » (1 Co 4, 15), combien plus Marie peut- elle le dire, qui en est la mère ! Qui mieux qu’elle peut faire siennes les paroles de l’Apôtre : « Mes petits enfants que, dans la douleur, j’enfante à nouveau » (Ga 4, 19) ? Elle nous enfante « à nouveau » sous la croix, parce qu’elle nous a déjà enfantés une première fois, non dans la douleur, mais dans la joie, lorsqu’elle a donné au monde cette « Parole vivante et éternelle », qu’est le Christ, en qui nous sommes régénérés.

Ainsi, comme nous avons appliqué à Marie sous la croix le chant de lamentation de la Sion détruite qui a bu le calice de la colère divine, maintenant, confiants dans les possibi­lités et dans les richesses inépuisables de la Parole de Dieu, qui vont bien au-delà des schémas exégétiques, nous lui appli­quons le chant de la Sion reconstruite après l’exil. Pleine d’étonnement à la vue de ses nouveaux enfants elle s’écrie : «Ceux-ci, qui me les a enfantés? Moi, j’étais privée d’enfants, stérile ; ceux-là, qui les a fait grandir ? » (Is 49, 21).

La synthèse mariale du Concile Vatican II

Le concile Vatican II a donné une formulation nouvelle à la doctrine catholique traditionnelle sur Marie mère des chrétiens. Cet enseignement est inséré dans le cadre plus vaste qui permet de situer Marie dans l’histoire du salut et dans le mystère du Christ.

« La bienheureuse Vierge, prédestinée de toute éternité, à l’intérieur du dessein d’incarnation du Verbe, pour être la Mère de Dieu, fut sur la terre, en vertu d’une disposition de la Providence divine, l’aimable Mère du divin Rédempteur, généreusement associée à son œuvre à un titre absolument unique, humble servante du Seigneur. En concevant le Christ, en le mettant au monde, en le nourris­sant, en le présentant dans le Temple à son Père, en souf­frant avec son Fils qui mourait sur la croix, elle apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente cha­rité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle a été pour nous dans l’ordre de la grâce, notre Mère[3]. »

Et le concile se préoccupe de préciser le sens de cette maternité de Marie:

« Le rôle maternel de Marie à l’égard des hommes n’offusque et ne diminue en rien cette unique médiation du Christ : il en manifeste au contraire la vertu. Toute influence salutaire de la part de la bienheureuse Vierge sur les hommes a sa source dans une disposition pure­ment gratuite de Dieu : elle ne naît pas d’une nécessité objec­tive, mais découle de la surabondance des mérites du Christ ; elle s’appuie sur sa médiation, dont elle dépend en tout et d’où elle tire toute sa vertu ; l’union immédiate des croyants avec le Christ ne s’en trouve en aucune manière empêchée, mais au contraire aidée[4]. »

A côté du titre de Mère de Dieu et des croyants, l’autre catégorie fondamentale employée par le concile pour illus­trer le rôle de Marie, est celle du modèle, ou de la figure :

« La bienheureuse Vierge, de par le don et la charge de sa maternité qui l’unissent à son fils, le Rédempteur, et de par ses grâces et les fonctions singulières qui sont siennes, se trouve également en intime union avec l’Église : de l’Église, selon l’enseignement de saint Ambroise, la Mère de Dieu est le modèle dans l’ordre de la foi, de la charité et de la par­faite union au Christ[5]. »

La grande nouveauté de cet énoncé sur la Vierge Marie consiste en la place où il a été inséré : dans la constitution sur l’Église. Le concile — non sans souffrances et déchi­rures, comme il est inévitable en pareils cas — réalisait là un profond renouveau de la mariologie, par rapport aux siècles précédents. Le traité théologique sur Marie n’est plus un thème isolé comme s’il occupait une situation intermédiaire entre le Christ et l’Église. Il est ramené, ainsi qu’il l’était à l’époque des Pères, dans le domaine de l’Église.

Saint Augus­tin le disait : Marie est le membre par excellence de l’Église, mais un de ses membres, non quelqu’un au-dehors ou au- dessus : « Sainte est Marie, bienheureuse est Marie, mais plus importante est l’Église que la Vierge Marie. Pourquoi ? Parce que Marie est une partie de l’Église, un membre saint, excel­lent, supérieur à tous les autres, mais cependant un membre de tout le corps. Si c’est un membre de tout le corps, le corps est sans aucun doute plus important qu’un membre5. »

Aussitôt après le concile, Paul VI développa le thème de la maternité de Marie mère des croyants. Il lui a attribué explicitement et solennellement le titre de Mère de l’Église : « A la gloire de Marie et pour notre réconfort, nous procla­mons la très sainte Vierge Marie Mère de l’Église, c’est-à-dire de tout le peuple de Dieu, aussi bien des fidèles que des pas­teurs, qui l’appellent Mère très aimante ; et nous voulons que dorénavant, avec ce titre si doux, la Vierge soit encore davan­tage honorée et invoquée par tout le peuple chrétien6. »

 « Et depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui »

Ce serait le moment, selon notre méthode, de passer de la contemplation d’un titre ou d’un moment de la vie de Marie à une imitation pratique en considérant Marie comme figure et miroir de l’Église. En ce chapitre où nous avons contem­plé Marie comme « notre mère », l’application pratique est d’un genre particulier. Il ne consiste évidemment pas à imi­ter Marie, mais à l’accueillir. Nous devons imiter Jean, en prenant, à partir d’aujourd’hui, Marie avec nous dans notre vie. Tout est là.

« Et le disciple la prit chez lui » (eis ta l’dia). On pense trop peu à toute la richesse de cette phrase si brève. Elle cache une nouvelle d’une portée immense et historiquement assurée, car donnée par la personne intéressée elle-même. Marie passa les dernières années de sa vie avec Jean. Ce qu’on lit dans le quatrième Évangile, au sujet de Marie à Cana de Galilée et sous la croix, fut écrit par quelqu’un qui vivait sous le même toit que Marie. 11 est impossible en effet de ne pas admettre un rapport étroit, sinon l’identité même, entre « le disciple que Jésus aimait » et l’auteur du quatrième Évangile. La phrase : « Et le Verbe s’est fait chair », fut écrite par quelqu’un qui vivait sous le même toit que celle dans le sein de qui s’était accompli ce miracle, ou au moins de quelqu’un qui l’avait connue et fréquentée.

Qui peut dire ce que signifia, pour le disciple que Jésus aimait, d’avoir Marie avec lui, chez lui, jour et nuit ? De prier avec elle, de prendre ses repas avec elle, de l’avoir devant lui comme auditrice quand il parlait à ses fidèles, de célébrer avec elle le mystère du Seigneur ? Est-il pensable que Marie ait vécu dans la proximité du disciple que Jésus aimait sans avoir eu aucune influence dans le lent travail de réflexion et d’approfondissement qui l’amena à la rédaction du quatrième Évangile ? Dans l’antiquité il semble qu’Origène ait eu pour le moins l’intuition du secret caché là. Les savants et les cri­tiques du quatrième Évangile, pas plus que ceux qui en cher­chent les sources, n’y prêtent d’habitude attention. Origène écrit :

 « Les prémices des Évangiles, c’est celui de Jean, dont personne ne peut saisir le sens profond s’il n’a reposé sur la poitrine de Jésus et s’il n’a reçu de lui Marie comme mère »[6]

Posons encore une question : que peut signifier concrètement pour nous de prendre Marie chez nous ? C’est ici, me semble-t-il, le lieu où parler de ce qui est le cœur sobre et sain de la spiritualité montfortaine de la confiance en Marie. Et cela consiste à « faire toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin de les faire plus parfai­tement par Jésus, avec Jésus, en Jésus et pour Jésus ».

« Il faut se livrer à l’esprit de Marie pour en être mus et conduits de la manière qu’elle voudra. Il faut se mettre et se laisser entre ses mains virginales, comme un instrument entre les mains de l’ouvrier, comme un luth entre les mains d’un bon joueur. Il faut se perdre et s’abandonner à elle, comme une pierre qu’on jette dans la mer : ce qui se fait simplement et en un instant, par une seule œillade de l’esprit, un petit mouvement de volonté, ou verbalement[7]. »

Mais n’usurpe-t-on pas alors la place de l’Esprit Saint dans la vie chrétienne, puisque c’est par l’Esprit Saint que nous devons nous « laisser conduire » (cf. Ga 5, 18), c’est lui que nous devons laisser agir et prier en nous (cf. Rm 8, 26) pour nous assimiler au Christ ? N’est-il pas écrit que le chrétien doit tout faire « dans l’Esprit Saint » ? Cet inconvénient d’attribuer à Marie les fonctions propres à l’Esprit Saint dans la vie chrétienne a été décelé en certaines formes de dévotions mariales antérieures au concile[8].

C’était dû au manque d’une conscience éclairée et active du rôle et de la place de l’Esprit Saint dans l’Église. Le développement et l’approfondissement de la pneumatologie ne conduit aucunement à refuser cette spiritualité de la confiance à Marie, mais seulement à en clarifier la nature. Marie est précisément l’un des moyens privilégiés par qui l’Esprit Saint peut guider les âmes et les conduire à la ressemblance avec le Christ, parce que Marie fait partie de la Parole de Dieu et qu’elle est elle-même une parole de Dieu en action. Sur ce point, St. Louis Grignion de Montfort devance son temps lorsqu’il écrit :

Dieu le Saint-Esprit étant stérile en Dieu, c’est-à-dire ne produisant point d’autre personne divine, est devenu fécond par Marie qu’il a épousée. C’est avec elle et en elle et d’elle qu’il a produit son chef-d’œuvre, qui est un Dieu fait homme, et qu’il produit tous les jours jusqu’à la fin du monde les prédestinés et les membres du corps de ce chef adorable : c’est pourquoi plus il trouve Marie, sa chère et indissoluble Epouse, dans une âme, et plus il devient opérant et puissant pour produire Jésus-Christ en cette âme et cette âme en Jésus-Christ[9].

La phrase ad Jesum per Mariam, à Jésus par Marie, n’est donc acceptable que comprise dans le sens que l’Esprit Saint nous conduit à Jésus en se servant de Marie. La média­tion créée de Marie, entre Jésus et nous, retrouve toute sa validité, si elle est comprise comme le moyen de la média­tion incréée qu’est l’Esprit Saint.

Recourons pour mieux comprendre, à une analogie. Paul exhorte ses fidèles à regarder ce qu’il fait et à faire comme ils le voient faire : « Ce que vous avez appris, reçu, entendu de moi, observé en moi, tout cela, mettez-le en pratique » (Ph 4, 9). Or, il est certain que Paul ne prétend pas se mettre à la place de l’Esprit Saint ; il pense simplement que l’imiter signifie seconder l’Esprit de Dieu (cf. 1 Co 7, 40). Cela vaut à plus forte raison pour Marie et explique le sens de « faire tout avec Marie et comme Marie ». Elle peut vraiment dire comme Paul et plus que lui : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ » (1 Co 11, 1). Elle est en effet notre modèle et notre maîtresse parce que parfaite disciple et imitatrice du Christ.

C’est cela, au sens spirituel, prendre Marie chez soi : la prendre comme compagne et comme conseillère, en sachant qu’elle connaît mieux que nous quels sont les désirs de Dieu à notre sujet. Si nous apprenons à consulter et à écouter Marie en toute chose, elle devient vraiment pour nous la maîtresse incomparable dans les voies de Dieu, qui enseigne par l’intérieur, sans bruit de paroles. Il ne s’agit pas que d’une abstraite déduction théologique, mais d’une réalité  expérimentée aujourd’hui comme dans le passé par d’innombrables histoires d’âmes.

 « Le courage dont tu as fait preuve… »

Avant de conclure notre contemplation de Marie dans le mystère pascal, je voudrais rappeler un instant le thème de Marie modèle de foi et d’espérance. Une heure vient dans notre vie où une foi et une espérance comme celles de Marie nous sont nécessaires. C’est lorsque Dieu semble ne plus écouter nos prières, lorsqu’on dirait qu’il se retire lui-même et retire ses promesses, lorsqu’il nous fait passer de défaite en défaite et que les puissances des ténèbres semblent triompher sur tous les fronts autour de nous et les ténèbres descendent sur nous, comme il advint alors « sur toute la terre » (Mt 27, 45). Lorsque, selon le psaume, il semble « dans sa colère avoir fermé son cœur et oublié sa miséricorde » (Ps 77, 10). Quand vient cette heure pour toi, rappelle-toi de la foi de Marie et crie toi aussi, comme d’autres l’ont fait : « Mon Père, je ne te comprends plus, mais j’ai confiance en toi ! »

Peut-être Dieu nous demande-t-il à cette heure de lui sacrifier comme Abraham, notre « Isaac », c’est-à-dire la personne, ou la chose, le projet, la fondation ou l’office qui nous est cher, que Dieu lui-même nous a confié un jour et pour lequel nous avons travaillé toute notre vie. C’est l’occasion que Dieu nous offre pour lui prouver qu’il nous est plus cher que tout, plus que ses dons même, plus que le travail que nous faisons pour lui.

Un des pères de la Reforme, Jean Calvin,  en commentant Genèse 12,3, dit que « Abraham ne sera pas seulement exemple et patron, mais cause de bénédiction »[10]. Cela pourrait rendre compréhensible et acceptable par tous les chrétiens l’affirmation de saint Irénée : « De même qu’Eve, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même Marie … devint, en obéissant, cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain ».[11] Marie aussi donc n’est pas seulement un exemple et un cas de  bénédiction, mais une cause, quoique bien entendu instrumentale, pas grâce, non par mérite.

Dieu dit à Abraham : « Je te fais père d’une multitude de nations » (Gen 17, 5), et après le sacrifice d’Isaac : « Parce que tu as fait cela et n’as pas épargné ton fils unique, je te comblerai de bénédictions, je rendrai ta postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel… Par ta postérité se béniront toutes les nations de la terre, parce que tu m’a obéit   (Gen 22, 16-18 s). De même, et bien davantage, il dit à présent à Marie : Je te ferai mère d’une multitude de nations, mère de mon Église ! Par ton nom seront bénies toutes les races de la Terre. Toutes les générations te diront bienheureuse !

Il est écrit que lorsque Judith retourna chez les siens, après avoir risqué sa vie pour son peuple, les habitants de la ville coururent à sa rencontre et le grand prêtre la bénit en disant : « Bénie sois-tu ma fille, par le Dieu très haut, plus que toutes les femmes qui sont sur la terre… En effet ton espérance ne quittera pas le cœur des hommes » (Jdt 13, 18 s). Nous adressons ces mêmes paroles à Marie : Sois bénie entre toutes les femmes ! L’espérance et le courage dont tu as fait preuve ne s’effaceront jamais du cœur et du souvenir de l’Église !

Récapitulons la participation de Marie au mystère pascal, en lui appliquant, avec les différences qui s’imposent, les paroles de saint Paul pour récapituler le mystère pascal du Christ :

« Marie, elle qui est Mère de Dieu,

n’a pas considéré ce privilège comme une proie à saisir.

Mais elle s’est dépouillée, prenant la condition de servante,

reconnue par son aspect semblable à toute autre femme.

Elle a vécu cachée et dans l’humilité,

obéissant à Dieu jusqu’à accepter la mort de son Fils,

à la mort sur une croix.

C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevée

et lui a conféré le nom

qui, après celui de Jésus,

est au-dessus de tout nom,

afin qu’au nom de Marie

toute tête  s’incline,

dans les cieux, sur la terre et sous la terre,

et que toute langue confesse que Marie est la Mère du Seigneur,

à la gloire de Dieu le Père. Amen ! »

[1] Saint Augustin, La sainte virginité 5-6 (PL 40, 399).

[2] St. Irénée, Adversus Haereses, III, 22, 4.

[3] Lumen gentium 61.

[4] Ibid. 60.

[5] Ibid. 63.

[6] Origène, Commentaire sur l’Evangile de Jean I, 6, 23 (SCh 120, p. 70-72).

[7] Saint Louis Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à Marie, n. 257-259 (Œuvres complètes, Paris, 1966, p. 660 s).

[8] Cf. H. Mühlen, Una mystica persona (§11, 92), Paderborn, 1967.

[9] Traité, cit., n. 20.

[10] Calvin, Le livre de la Genèse, Genève, 1961, p. 195. Cf. G. von Rad, Das erste Buch Moses, Genesis, ch. II, 18, Gôttingen, 1972.

[11] St. Irenée, Adversus Haereses, III, 22, 4 (SCh 211, p. 441).

Source: Vaticannews, le 03.04.2020