SAINT JEAN DE LA CROIX : POÉSIE SUR L’INCARNATION

Saint Jean de la Croix, dans une poésie sur l’Incarnation évoque le moment décisif où l’Époux s’incarne : 

Il appela un archange
Qui se nommait saint Gabriel
Et il l’envoya à une jeune vierge
Qui s’appelait Marie.
C’est du consentement de cette vierge
Que dépendait le mystère
Où l’adorable Trinité
Devait revêtir le Verbe d’une chair mortelle.
Les trois Personnes ont concouru à cette œuvre,
En une seule le mystère s’est accompli.
Et le Verbe s’est incarné
Dans le sein de Marie.
Et celui qui ne venait que du Père Éternel
Voulut avoir aussi une Mère
Qui néanmoins ne le conçut pas
Comme les autres mères d’ici-bas.
C’est de ses entrailles
qu’Il reçut sa chair,
Aussi le Fils de Dieu
S’est-il appelé aussi le Fils de l’homme.

Carmes Fribourg

25.03.2021 – SOLENNITÉ DE L’ANNONCIATION DE NOTRE SEIGNEUR

Méditation sur l’Annonciation du Bx Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus

Annonciation du Seigneur

Cette fête de l’Annonciation est un événement très important: l’Évangile de saint Luc nous l’indique d’une façon précise.

Dieu avait promis un Rédempteur. Il avait promis qu’il prendrait sa revanche de la victoire remportée par le démon sur Eve et qu’il obtiendrait cette revanche par une femme. Cette femme était annoncée; dans le passage d’Isaïe que nous venons de lire, il y avait le signe donné par Dieu à Acaz, qui n’en voulait pas, ce signe extraordinaire:  » Voici que la vierge enfantera « .

Et voici qu’après diverses annonces, le moment était venu de cette Incarnation. Dieu ne paraissait pas pressé d’envoyer le Rédempteur au monde perdu dans le péché, soumis à l’empire du démon. Mais l’heure est venue… et Dieu semble se presser. Il a envoyé à Zacharie son grand messager, l’archange Gabriel, pour lui annoncer la naissance d’un fils: ce sera Jean-Baptiste, le précurseur du Messie. Puis le même messager s’en va trouver à Nazareth une Vierge, Marie, fiancée à Joseph.

Cette Vierge a été choisie; déjà l’Esprit Saint, le grand architecte, l’artisan de l’Incarnation et de l’Église, l’a préparée, par une conception immaculée. Elle-même n’en sait probablement rien. Préservée du péché originel, elle a reçu une grâce première, nous pourrions dire une grâce « baptismale » incomparable, qui annonce déjà sa mission, une grâce supérieure à celle de n’importe quel saint et même, dit-on, à celle de tous les saints réunis. L’Esprit Saint s’est établi en elle, car il a une œuvre considérable à faire. Et voici maintenant qu’il envoie l’archange.

Qu’est-elle cette Vierge? Que sait-elle? Probablement peu de choses. A-t-elle conscience de sa sainteté, de sa grâce? C’est peu probable car elle ne se regarde pas. Son regard est si pur, si simple, qu’elle ne regarde que Dieu. Sa lumière est perdue dans celle qu’elle découvre en Dieu. Elle se découvre bien petite, cette jeune fille, dans cette lumière, cette pureté, dans cette sainteté et cette puissance de Dieu.

Mais voici: l’archange arrive, lui qui voit la vérité dans la lumière de Dieu et va la dire: « Je vous salue, pleine de grâce… Vous êtes un prodige de grâce, bénie entre toutes les femmes! Plénitude! Le Seigneur est avec vous, il habite en vous d’une façon extraordinaire, parce qu’il veut agir en vous d’une façon tout à fait extraordinaire « .

La présence de l’Esprit Saint est liée à son action. Il est là dans la Vierge Marie, et cette présence de mode extraordinaire fait de la Vierge un prodige au regard des anges, un prodige dans l’univers, dans la création!

Mais l’ange ne va pas s’attarder trop longtemps à admirer, il le fait depuis longtemps. Il est rempli de son message:  » Tu vas concevoir et enfanter un fils « . Et la Vierge s’étonne: elle n’avait pas songé à cela. Mais l’ange insiste. Elle pose alors une question normale:  » Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme?  » C’est un fait, c’est peut-être aussi une résolution qu’elle a prise.

L’ange lui dit: « Ne te trouble pas »… Et pour qu’elle ne se trouble pas, il lui donne un signe, celui de la conception extraordinaire survenue en Élisabeth, car  » tout est possible à Dieu. Mets donc ta confiance en Dieu « .

En effet,  » l’Esprit Saint va survenir en toi « . Cet Artisan, cet Agent, cette Puissance créatrice, cet Amour Substantiel va descendre en toi. Il y est déjà venu, il y habite, mais il va y descendre d’une façon particulière. Et la vertu du Très-Haut, la toute-puissance de Dieu va agir en toi. C’est lui qui va réaliser en toi cette conception extraordinaire. « Tu enfanteras un fils qui sera le Fils de Dieu « .

La Vierge Marie se soumet: « Voici la servante du Seigneur ; ». Elle s’est donnée, elle s’offre: c’est le mouvement de sa grâce, le mouvement que lui inspire l’Esprit Saint qui est déjà en elle. Elle s’offre avec tout son être, physique, moral et spirituel; elle est toute donnée, toute livrée à la puissance de Dieu.

Et l’Esprit Saint descend, tout d’abord pour préparer cette âme à l’œuvre qu’il va accomplir, œuvre à laquelle la Vierge va coopérer: préparation oui, nouvelle grâce auprès de laquelle la grâce première de l’Immaculée Conception pâlit d’une certaine façon. Cette grâce met la Vierge à la hauteur de sa dignité et de sa fonction de mère de Dieu, grâce beaucoup plus grande que la première. Si les théologiens hésitaient à affirmer que la grâce première de la Vierge Marie était au-dessus de celle de tous les saints, ils n’hésitent plus maintenant. Cette descente de l’Esprit Saint a apporté sa grâce, c’est lui qui la diffuse dans l’âme.  » La grâce est diffusée dans nos cœurs par l’Esprit Saint « . Le voici pour donner cette grâce qui met la Vierge à la hauteur de sa dignité et de sa fonction.

La vertu du Très-Haut se met à l’œuvre. Qu’est-ce que cette vertu du Très-Haut? C’est la puissance de Dieu qui, unie à la collaboration, au Fiat de la Vierge Marie, réalise l’incarnation du Verbe de Dieu, la Deuxième Personne de la Sainte Trinité. Le Verbe descend en elle, et maintenant commence cette opération de construction de l’humanité du Christ; ou, plus fort et plus grand que cela, commence cette opération qu’est l’union hypostatique, l’union de la divinité et de l’humanité du Christ Jésus prise à la Vierge Marie, opération qui construit le Verbe incarné, Jésus. Cet enfant s’appellera Jésus: c’est lui le Messie, c’est lui le Médiateur, c’est Jésus que nous connaissons. Voilà ce qui se réalise aujourd’hui.

La sainte Église porte notre regard sur la Vierge Marie, plus encore peut-être que sur le Verbe incarné lui-même. Elle nous demande de considérer l’œuvre qui s’opère dans la Vierge Marie, l’Esprit Saint qui descend, la prépare, lui apporte une quantité extraordinaire de grâce, plus prodigieuse que la première. Il est la Puissance de Dieu qui réalise cette union hypostatique, en construisant un corps. Et le  » héros  » de tout cela, la personne que nous sommes spécialement invités à considérer aujourd’hui, en cette Annonciation, c’est la Vierge Marie.

C’est elle que nous considérons en sa beauté première, avec cette nouvelle beauté qui lui est donnée, avec cette dignité qui l’élève à la hauteur de l’union hypostatique, collaboratrice de Dieu lui-même, collaboratrice efficiente, agissante, de l’union hypostatique. Voilà ce qui se fait aujourd’hui. Et, disent les théologiens, l’onction de la divinité qui prend la substance de la Vierge, remonte en quelque sorte dans la Vierge Marie elle-même; ils nous parlent d’une  » quasi-onction  » qui l’imprègne.

En cette fête de l’Annonciation, félicitons la Sainte Vierge d’avoir été choisie. Elle l’a été pour cette dignité, pour cette fonction de Mère de Dieu; elle a été choisie pour la maternité divine. Nous ne nous arrêtons pas aux détails matériels, aux détails physiques, nous voyons le spirituel. C’est en effet la grande réalité. Et en félicitant la Vierge Marie de cette maternité divine, pourquoi ne pas la féliciter aussi de la maternité de grâce qui va suivre? Elle a donné Jésus, elle a travaillé pour construire, pourrions-dire, jésus, le Verbe incarné; elle va agir et travailler pour construire le Christ total, le Corps mystique du Christ. Elle y sera mère aussi, non de la même façon, mais cependant elle y sera mère agissante, nous ne pouvons en douter, quoique la théologie hésite à préciser dans ce domaine. Mais nous le savons, la vérité est certaine.Fêtons donc cette maternité: maternité divine de la Vierge Marie, c’est la plus haute, la plus grande, au principe de tout; maternité aussi de la grâce c’est un plan inférieur mais c’est une très grande réalité, la plus grande réalité terrestre qui soit. Nous croirons que nous sommes les enfants de la Vierge Marie. Nous croirons que nous devons prolonger sa maternité: ce sera notre coopération. Elle a dit: « Voici la servante du Seigneur ; ». Nous aussi, d’une certaine façon, nous dirons que nous sommes les servantes du Seigneur pour cette grâce. grâce que nous recevons n’est évidemment p aussi grande que celle de la Vierge, et cependant elle est de même nature … Elle ne nous porte pas à une activité maternelle spirituelle comme la sienne, qu’importe: elle en est un prolongement. Il y a des grands fleuves, des océans, des lacs, il y a aussi de modestes ruisseaux; et le petit ruisseau, le petit canal, apporte la fécondité comme le grand fleuve! Nous y croirons, et c’est par notre foi que tout cela deviendra vivant.Il en a été ainsi pour la Vierge Marie elle-même: elle a cru à la parole de l’ange, et elle a rendu cette foi vraiment effective par un engagement, un don complet. Il en sera de même pour vous: votre foi s’affirmera par le don complet de vous-même qui la suivra et qui se prolongera dans l’activité, dans un amour sans cesse grandissant. Alors vos capacités physiques, morales, intellectuelles pourront augmenter pour que la grâce elle-même devienne plus efficace. C’est ainsi que vous affirmerez votre foi.

Approchez-vous de la Vierge en ce jour. Félicitez-la de ce qu’elle a reçu. Remerciez-la de ce qu’elle vous a donné, et demandez-lui qu’elle vous apprenne à dire vous aussi: Ecce ancilla Domini … Fiat mihi secundum verbum tuum. Me voici, je suis la servante du Seigneur, je crois à votre Parole. Qu’il me soit fait selon votre dessein. Que la grâce que vous m’avez donnée, que la pensée de Dieu sur moi se réalise pleinement, me voici.

O Vierge Marie, rendez-moi digne, aidez-moi, augmentez ma foi, augmentez mon amour.
Aidez-moi à réaliser le don complet de moi-même.
Ces dispositions que je ferai aujourd’hui ferventes, maintenez-les dans mon âme, malgré
ma faiblesse, malgré tout ce que vous voyez dans ma pauvre nature.
Je vous en prie, ô Vierge, je vous confie ce germe, cette grâce que vous
avez déposée en moi, qui est un petit grain de sénevé, c’est bien vrai,
en comparaison de cette grâce immense que vous avez reçue.
Protégez ce germe, ô Vierge Marie, parce qu’il est petit, faible,
parce qu’il a été déposé dans une terre qui en elle-même n’est pas très féconde!
Faites-le germer, faites-le grandir, ô Vierge Marie: il ne veut germer et grandir que pour
votre gloire, pour que partout vous apparaissiez vraiment comme Mère de la Vie,
plus spécialement dans les âmes qui me seront confiées.
 Et que cette gloire ô Vierge Marie, ô Notre-Dame de Vie, soit aussi la gloire de Dieu, la gloire de la Trinité Sainte.

Extrait du livre La Vierge Marie toute Mère, du bienheureux Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, Éditions du Carmel

Source: LE CARMEL, le 24 mars 2020