Sous la plume de saint François de Sales, la genèse d’un best-seller

SAINT FRANCIS SALES
© Pascal Deloche / Godong / Photononstop – Vitrail de saint François de Sales à Combloux.

Sous la plume de saint François de Sales, la genèse d’un best-seller

Né dans la noblesse savoyarde, François de Sales (1568-1622) renonce à son héritage et ses titres pour devenir prêtre. Sa grande humanité lui permet de toucher un grand nombre de personnes, des illettrés aux plus grands intellectuels. C’est de ce désir de ramener tous les cœurs à la foi qu’est né son ouvrage le plus célèbre, encore aujourd’hui, Introduction à la vie dévote.

Annecy, 1608. Une fois de plus, François fait les cent pas devant la fenêtre de son bureau du palais épiscopal. L’inspiration n’est décidément pas son amie, dernièrement. L’évêque de Genève pensait profiter de l’heure qui lui reste avant sa prochaine audience pour se lancer dans la planification de l’ouvrage que lui réclame son entourage depuis quelque temps. Mais voilà trois quarts d’heure qu’il fait face à une page blanche, l’esprit embrouillé par les nombreux devoirs auxquels un évêque doit penser.

François lâche un soupir en regardant à présent d’un œil distrait les brouillons des lettres envoyées à Madame de Charmoisy. Sa parente, il y a quelque temps déjà, lui avait demandé de l’initier à la vie de prière. Mais il ne s’attendait pas à ce que ses lettres connaissent un tel succès auprès des amis de sa cousine. Parvenues jusqu’aux oreilles d’un jésuite, ce dernier a demandé à François d’en faire un ouvrage. L’entourage de l’évêque s’est empressé d’insister, et le voilà face à sa page blanche.

Le temps manque, des affaires plus urgentes l’attendent… Entre reformater les lettres en ouvrage et trouver des citations latines et grecs, la charge de travail est monstrueuse. Pourtant, l’évêque ne peut s’empêcher de penser que cette œuvre est importante.

On frappe alors à la porte du bureau. C’est le père Gauthier, son secrétaire, qui vient lui apporter des documents. Mais en poussant la porte, un courant d’air se faufile dans le bureau et fait voler quelques lettres.

– Mille pardons, Monseigneur ! dit le secrétaire, confus, en s’empressant de les ramasser. Je ne voulais pas vous déranger dans votre travail.

– Travail est un bien grand mot pour ce que je fais là, répond François en riant. Je ne sais même pas par où commencer.

– Je n’en doute pas. Adapter le contenu aux consacrés et grands lettrés n’est point tâche facile.

François se fige aux mots de son secrétaire. L’adapter aux hommes lettrés ? Là n’est pourtant pas le but de ces lettres. Au contraire. Madame de Charmoisy n’est certes pas illettrée, mais elle n’est pas savante non plus. Elle est des gens du monde qui ne sont pas experts en théologie ou latinistes, mais qui veulent tout autant que lui se rapprocher de Dieu.

– La vie de prière n’est pas un privilège des consacrés, murmure-t-il.

Sur ce, François se précipite à son bureau et reprend sa plume. Au diable le latin et le grec ! Cet ouvrage sera accessible à tous ceux parlant la langue française. Et ceux sont les saints qui ont vécu dans le monde qui serviront d’exemples. Les ermites et les moines qui se sont retirés sont trop éloignés.

Comme possédé par l’inspiration, François rédige, reprenant les lettres à sa cousine en faisant des liens habiles entre chaque points. Il traite d’abord de l’aspect pratique et comment passer du désir de Dieu à la recherche active et concrète. La deuxième et troisième partie traiteront de la recherche de la perfection et de la pratique des vertus. Ensuite, il faudra apprendre aux fidèles à identifier et vaincre les obstacles à la prière. Enfin, tous doivent pouvoir renouveler leur ferveur afin de toujours rester dans la grâce de Dieu par la prière.

Les idées fusent, la plume file et sans relâche, l’évêque surchargé rédige. Cette fois, les lettres sont adressées à Philothée (celle qui aime Dieu), qui incarne toute personne cherchant le Seigneur. Pour François de Sales, Dieu est pour tous, en tout temps. Libre aux hommes de venir à Lui, mais qu’aucun qui vienne ne soit repoussé par trop d’esprit !

En choisissant de s’adresser à tous les chercheurs de Dieu, il rend non seulement la tâche moins laborieuse, mais accomplit également son désir de propager et renforcer la foi du Christ parmi les laïcs.

L’Introduction à la vie dévote est complétée en 1609. Connaissant un succès phénoménal, elle est réimprimée quarante fois du vivant de l’évêque de Genève. Saint François de Sales s’éteint le 28 décembre 1622 à Lyon. Sa canonisation a lieu en 1665, et il est déclaré docteur de l’Église par Pie IX en 1877. L’homme qui écrivait sans cesse pour tous les fidèles est aujourd’hui le saint patron des journalistes et des écrivains.

Source: ALETEIA, le 24 janvier 2021 par Aliénor Goudet 

Alors il court tout droit vers sa divine Mère

Alors il court tout droit vers sa divine Mère

Nous sommes en 1586. À cette époque la prédestination était la question passionnante entre toutes. Calvin avait traité ce sujet en termes si crûs, si désespérants que dans les chaires catholiques d’enseignement on l’avait violemment pris à partie.

Bien que sur ce point, François de Sales, jeune savoyard(1) qui étudie la théologie, s’en rapporte les yeux fermés aux dires de saint Augustin et de saint Thomas, il se surprend à songer : « Et si Dieu m’a réprouvé? Et si Dieu m’abandonne dans une heure mauvaise ?… »

Ces pensées deviennent pour lui une obsession. Il y a là une attaque du démon et une souffrance purificatrice voulue de Dieu. Telle est la violence de son chagrin qu’il défaille souvent et, à force de pleurer, semble en agonie. Il redouble de prière pour toucher le cœur de Dieu. Cette agonie d’une âme de 20 ans dure six longues semaines.

Un soir de janvier 1587, plus mort que vif et rongeant son angoisse, il entre à l’église Saint Etienne des Grés et désespéré, il court « tout droit » vers sa divine Mère. Humblement prosterné devant son image, il ouvre son cœur en la présence de Dieu. Puis, il prend une tablette posée sur la balustrade de la chapelle et lit dévotement le  Souvenez-vous(2)… De quel accent il dit : « Ô Vierge, Mère des vierges, je recours à vous, pécheur, je gémis à vos pieds. Ne méprisez pas ma prière. Exaucez-la ! » À ce cri jailli du plus endolori des cœurs, la tentation s’évanouit. François, l’étudiant, voue à Dieu et à la Vierge sa virginité, en témoignage de quoi, il s’oblige à réciter le chapelet tous les jours de de sa vie.

(1) La Savoie ne sera rattachée à la France qu’en 1860, par le traité de Turin.

(2) Voici le texte de cette très ancienne prière : « Souvenez-vous ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu’on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance ou réclamé vos suffrages, ait été abandonné. Animé de cette confiance, ô Vierge des vierges, ô ma mère, je viens vers vous, et gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. Ô Mère du Verbe incarné, ne méprisez pas mes prières, mais écoutez-les favorablement et daignez les exaucer. Amen. » Saint Bernard (1090-1153)

Mgr Francis Trochu

Extrait de Saint François de Sales – 1943, p. 126 à 132

Prions:

Je vous salue Marie, pleine de grâce ;
Le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen

Source: une minute avec Marie

24.01.2021 – SAINT DU JOUR

Saint François de Sales , († 1622)

Évêque et Docteur de l’Église

(mémoire) 

François naît le 21 août 1567 au château de Sales, en Savoie. Nommer ce saint, c’est personnifier la vertu de douceur ; il fut le saint aimable par excellence et le parfait imitateur de Celui qui a dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. »

Jeune homme, il mena la vie des anges. Ordonné prêtre, le 18 décembre 1593, il se montra digne émule des plus grands apôtres, par ses travaux et par les innombrables conversions qu’il opéra parmi les protestants.

Évêque, il fut le rempart de la foi, le père de son peuple, le docteur de la piété chrétienne, un pontife incomparable. « On disait communément, écrit sainte Jeanne de Chantal, qu’il n’y avait pas de meilleur moyen de gagner sa faveur que de lui faire du mal, et que c’était la seule vengeance qu’il sut exercer. » — « Il avait un cœur tout à fait innocent, dit la même sainte ; jamais il ne fit aucun acte par malice ou amertume de cœur. Jamais on n’a vu un cœur si doux, si humble, si débonnaire, si gracieux et si affable qu’était le sien. »

Citons quelques paroles de François lui-même : « Soyez, disait-il, le plus doux que vous pourrez, et souvenez-vous que l’on prend plus de mouches avec une cuillerée de miel qu’avec cent barils de vinaigre. S’il faut donner en quelque excès, que ce soit du côté de la douceur. » — « Je le veux tant aimer, ce cher prochain, je le veux tant aimer ! Il a plu à Dieu de faire ainsi mon cœur ! Oh ! Quand est-ce que nous serons tout détrempés en douceur et en charité ! »

Il meurt à Lyon le 28 décembre 1622, le jour des saints Innocents.

François de Sales a été béatifié en 1661 et canonisé en 1665 par le pape Alexandre VII (Fabio Chigi, 1655-1667). 

Le pape Léon XIII (Vincenzo Gioacchino Pecci, 1878-1903) le proclama Docteur de l’Église en 1887 ; Pie XI (Ambrogio Damiano Ratti, 1922-1939) le proclama Patron des journalistes en 1923.

On célèbre sa mémoire au jour anniversaire du transfert de son corps de Lyon à Annecy, le 24 janvier 1623.


Pour approfondir, lire la catéchèse du pape Benoît XVI :

>>> Saint François de Sales

Saint François de Sales priez pour nous !